In My Mailbox #228 : de la VO, de belles réceptions et le retour de l’audio…

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


  • Romans en anglais : je continue de préparer le Cold Winter Challenge avec l’achat de The Snow Angel

Couverture Alice in Brexitland

  • Romans en français : j’ai été gâtée par Myriam Lorenz qui, en plus de son roman dédicacé, m’a envoyé de jolis marques pages. J’ai, en outre, eu la surprise de recevoir un très beau kit presse de la part des éditions Bayard avec Amari, un roman que j’ai hâte de lire.

Lalie, le monde caché de Naturia par [Myriam Lorenz]Amari, tome 1 : Amari et le Bureau des affaires surnaturelles par ALSTONLe dit de Wolveric, Tome 1 : Les portes de Llyr par [Denis Labbé]

  • Livres audio (abonnement Audible) : en ce moment, j’ai du mal à ouvrir un livre, mais je me suis remise aux puzzles. Et qui dit puzzle dit livre audio, du moins pour moi. Ayant adoré le premier tome, j’ai pris la suite de The Bargainer et j’ai décidé de donner sa chance à un livre dont j’ai entendu du bons avis sur le booktube anglophone : A touch od darkness.

A Strange Hymn: The Bargainer, Book 2Couverture Hades & Persephone, book 1: A touch of Darkness

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?

Top Ten Tuesday #227 : mes 10 meilleures lectures depuis le début de l’année

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Il a été difficile de ne choisir que 10 titres, mais voici mes 10 meilleures lectures depuis de l’année ou du moins, les 10 qui, de mémoire, m’ont le plus marquée, émue, touchée, remuée, fait réfléchir, divertie…

Les romans sont majoritaires (La princesse au visage de nuit, Rouge, Valkyrie, Masques & Monstres, Les indécis et From Blood and Ash), mais cela semble assez logique puisque c’est ce que je lis le plus. On notera, en outre, que parmi cette sélection, il y a deux auteurs auto-édités : R. Oncedor et Federico Saggio. J’en profite d’ailleurs pour rappeler qu’il y a de véritables pépites dans l’auto-édition.

Aux côtés des romans, vous trouverez un ouvrage hors fiction, Une histoire de genres, et des BD toutes les trois très émouvantes : chaque jour Dracula, Jamais et Ceux qui restent.

10 meilleures lectures depuis de l'année

Et vous, avez-vous lu/apprécié certains de ces livres ou certains vous tentent-ils ?
Quelles sont vos meilleures lectures depuis le début de l’année ?

L’adieu à Camille, Guy-Roger Duvert

Couverture L'Adieu à Camille

Installé depuis deux ans à la PJ de La Rochelle après avoir fui la capitale, le capitaine Gabriel Podilsky gère son deuil aussi bien que possible, ayant préféré s’aider de récentes technologies révolutionnaires là où d’autres se laissent tomber dans la dépression ou dans l’alcoolisme. Enclin aux relations conflictuelles, à la mauvaise foi et à un certain cynisme, ses rapports avec ses collègues se sont vite montrés compliqués, mais ne l’ont pas empêché de gagner une légitimité certaine sur place.

Lorsqu’on l’envoie enquêter sur la mort d’une actrice hollywoodienne venue tourner un long métrage international sur l’Île d’Aix, il n’est pas surpris d’y trouver des histoires de sexe, de drogue, de pouvoir et d’argent. Il l’est déjà beaucoup plus en découvrant que la même technologie dont il profite s’avère possiblement liée au meurtre. Il lui faut vite dénouer l’affaire, car pendant ce temps, les morts s’accumulent.

Auto-édité – (3 juin 2021) – 278 pages – 19,99€

AVIS

C’est toujours avec plaisir que je me lance dans un livre de Guy-Roger Duvert à la plume particulièrement visuelle et cinématographique, ce qui n’est guère étonnant, l’auteur étant également réalisateur. Un amour pour le septième art que l’on retrouve ici, car s’il situe son intrigue sur l’Île d’Aix, c’est au cœur du tournage d’une production hollywoodienne qu’il nous plonge avec un sens du réalisme plus que convaincant. Une production quelque peu mise à mal par le décès de son actrice principale qui, à défaut d’avoir été appréciée de son vivant par les membres du tournage, était douée devant une caméra.

Bête accident comme chacun semble le penser ou meurtre ? C’est pour le déterminer que le capitaine Gabriel Podilsky de la PJ de La Rochelle, et le lieutenant de gendarmerie Beltiers sont envoyés sur place. J’ai apprécié de découvrir aux côtés des deux enquêteurs les dessous d’un plateau de tournage, la hiérarchie nette et franche qui sépare les gros poissons du menu fretin, les différents corps de métier, le rôle de chacun, certains termes techniques, les tensions, les solidarités, les cancans… Mais ce qui fait tout le sel de cette enquête, en apparence classique, c’est la manière dont l’auteur nous place aux côtés du capitaine et de son coéquipier de circonstance qu’il aime à charrier. Mais rassurez-vous, ce dernier semble tout à fait capable de lui rendre la pareille.

En plus d’une relation assez sympathique et amusante à suivre, j’ai donc apprécié cette impression de suivre chaque étape de l’enquête, un peu comme si j’étais dans la tête de notre capitaine ! Une tête qu’il partage d’ailleurs avec Camille, son alter et ancienne collègue décédée en mission. Les alters sont des intelligences artificielles créées à partir du scan d’une personne vivante ou de souvenirs, avant d’être implantés. Certaines personnes peuvent également préférer se faire implanter une création originale répondant à ses attentes et à ses besoins, dans le respect de la loi et de certaines règles de déontologie. Un implanté communique via la pensée ou à voix haute avec son alter, qu’il peut faire taire et apparaître sur demande. Une possibilité que n’hésitera d’ailleurs pas à utiliser notre capitaine bien qu’en théorie, il ne soit pas autorisé à communiquer avec Camille durant son temps de travail.  Évidemment, ces intelligences artificielles ne sont pas figées dans le temps et évoluent au gré de leurs expériences, de leurs interactions, de leurs observations…

Ainsi si L’adieu à Camille est un roman policier classique au premier abord, il intègre quelques touches de science-fiction qui m’ont personnellement plu. Il faut dire que la science-fiction, c’est un genre dans lequel l’auteur excelle ! Il prouve ici qu’il est capable d’écrire des œuvres de science-fiction pure, mais aussi de mélanger habilement les genres pour proposer une histoire captivante et, comme toujours, porteuse de réflexion. Car, si l’entreprise Alter propose une technologie qui a de quoi faire rêver, bien qu’on regrettera une certaine inégalité d’accès en fonction de ses moyens, des questions quant aux limites et aux dangers de celle-ci ne manqueront pas d’être soulevées au cours de l’enquête.

Malgré les règles de sécurité instaurées, les alters ne peuvent-ils pas induire des pensées dangereuses chez leur hôte, voire des comportements immoraux et illégaux ? Moyen de lutte contre la dépression et les vices qui semble avoir fait ses preuves chez certains, ou outil qui tend à couper l’utilisateur d’autrui et à l’enfermer auprès d’une personne qui n’existe pas vraiment, mais dont la sphère d’influence est bien réelle ? Que l’on approuve ou non la conclusion du roman, force est de constater qu’elle soulève une réflexion pertinente, et dans une certaine mesure, vertigineuse quant aux implications pour l’humanité. Alors, si j’ai au début du roman souhaité qu’une telle technologie nous soit un jour proposée, j’avoue que ses potentiels dangers et détournements ont quelque peu freiné mon enthousiasme. Après tout, la manipulation est déjà bien assez présente dans les modèles économiques actuels sans qu’on ait besoin qu’elle soit directement implantée dans notre tête !

En ce qui concerne l’enquête, sorte de huis clos insulaire, je préfère rester vague, mais je peux néanmoins vous dire qu’elle se complexifie à mesure que l’on tourne les pages. La mort de l’actrice principale n’est pas le seul drame qui va venir entacher la production hollywoodienne et une île devenue bien menaçante… Entre les constatations d’usage, les interrogatoires, la plongée dans un monde à part avec ses codes, les vices de certains, les révélations et autres joyeuses découvertes… le capitaine et son coéquipier ne vont pas avoir le temps de s’ennuyer. Ni le lecteur d’ailleurs, car à peine une question survient qu’une autre se pose, le tout dans un climat étrange où le glamour est estompé par la mort, l’argent en trame de fond puisque drame ou pas « the show must go on », les petits arrangements avec la morale que l’on pense à la drogue ou à la présence d’un réalisateur connu pour ses comportements de prédateur sexuel… Mais que voulez-vous, il est « bankable » alors la santé physique et mentale des femmes avec lesquelles il travaille ne semble pas une priorité. Difficile de ne pas faire le lien avec une célèbre affaire impliquant un producteur américain. 

Si j’ai deviné l’une des révélations, mais pas le motif, cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre le cheminement de pensées du capitaine, ses hypothèses, ses doutes, les ponts qu’il fait entre la situation sur place et sa vie personnelle… Un plaisir d’autant plus grand que le personnage est finalement bien plus sympathique que la description des débuts ne le laisse présager. Certes, il a tendance à mettre les gens à distance en se montrant cassant, mais son humour m’a fait sourire et sa relation avec Camille le rend assez touchant. On sent que derrière le côté bourru, se cache un homme qui a du mal à se pardonner la mort de sa coéquipière, mais qui ne cherche pas à explorer plus que cela ses sentiments et sa douleur. Quant à savoir si faire son deuil à l’aide d’un double virtuel de la personne que Camille fut est sain, chacun se fera sa propre opinion. Pour ma part, j’ai apprécié la lucidité du capitaine sur son alter et l’efficacité avec laquelle il utilise cette technologie.

Un point m’a semblé au départ peut-être un peu gros, mais après réflexion, je ne peux que reconnaître qu’en l’état actuel du monde, il est finalement assez réaliste ! C’est peut-être ce qui rend le dénouement aussi marquant avec cette impression qu’il y a au-dessus de la toile une araignée intouchable prête à étendre son influence. En ce qui concerne la plume de l’auteur, elle se révèle, comme toujours, très agréable et facile d’accès, ce qui rend la lecture aussi rapide que facile, d’autant que le roman ne souffre d’aucun temps mort ni de détails inutiles.

En conclusion, fidèle à son habitude, l’auteur nous propose un véritable page-turner, qualification qui tient autant à l’intrigue en elle-même, une enquête policière sur une île qui se complexifie au fil des pages, qu’à une plume fluide, immersive et agréable. Mais ce qui fait l’originalité de ce roman policier est sa touche de science-fiction qui, en plus de s’intégrer avec beaucoup de réalisme à l’intrigue, soulève des questions intéressantes quant aux intelligences artificielles, leurs bienfaits, leurs dangers et leurs limites, tout en nous poussant à nous demander si le véritable danger provient de la technologie en elle-même ou de l’utilisation que certains en font ou aimeraient en faire…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Backup, Guy-Roger Duvert

Couverture Backup

Dans un futur plus ou moins proche, l’immortalité est devenue un service, un monopole détenu par la multinationale Backup. Les clients procèdent régulièrement à des sauvegardes de leur psyché – souvenirs, personnalité, tout ce qui les définit en tant qu’individu. Le jour où ils meurent, leur sauvegarde la plus récente est téléchargée dans l’un de leurs clones, prêt à être activé. L’immortalité à la portée de tous. Du moins des plus nantis.

Aiden Romes est un flic. Honnête, droit dans ses bottes, psychorigide, même, diraient certains de ses collègues moins regardants avec la loi. Il est bon dans ce qu’il fait, mais un tel métier effrait de plus en plus sa compagne, enceinte de plusieurs mois et terrifiée à l’idée de perdre son époux. La situation change cependant le jour où il contribue à sauver la fille du dirigeant de la firme Backup, qui le remercie en lui offrant un abonnement gratuit aux services de la compagnie. Il va rejoindre la caste fermée des immortels, et pourra enfin continuer le job qu’il aime sans que sa compagne n’ait plus à en souffrir. Il s’installe dans le siège de connexion, ferme les yeux…… et les rouvre quelques secondes après dans un lieu qu’il ne connait pas. Mais surtout dans un corps qui n’est pas le sien! C’est pour lui le début d’une descente aux enfers, où il devra voir jusqu’où il sera prêt à violer ses propres principes et ainsi se salir les mains afin de protéger les siens et déjouer un complot de portée mondiale. La technologie Backup constitue-t-elle l’accès à l’immortalité pour l’être humain, ou bien la perte de son identité?

(17 mai 2020) – 313 pages – Broché (19,99€) – Ebook (4,99€)

À noter que j’ai reçu l’ancienne couverture que j’aime bien, mais la nouvelle est également sympathique et très représentative de l’atmosphère qui se dégage du roman.

AVIS

Appréciant la plume de l’auteur, je n’ai pas hésité très longtemps quand il m’a proposé de découvrir un autre de ses romans, Backup. Un roman que, sans surprise, j’ai de nouveau dévoré. On y retrouve ce qui caractérise le style de Guy-Roger Duvert : une plume immersive et dynamique, un imaginaire riche, mais accessible, un mélange parfaitement dosé de noirceur et de lumière et, surtout, une manière bien à lui de mélanger action et réflexion.

Bien que l’histoire soit très différente de celle de sa série Outsphere, j’ai, de nouveau, été conquise par les différentes réflexions d’ordre éthique et moral que l’auteur arrive à soulever tout au long de ce thriller d’action que j’ai lu d’une traite ou presque. Il faut dire qu’on n’a pas vraiment le temps de s’ennuyer, la mise en place de l’univers et des personnages étant rapide et l’action ne se faisant pas attendre. On se retrouve ainsi plongés dans un monde futuriste où la technologie est bien plus avancée que la nôtre, mais dans lequel les inégalités semblent s’être creusées : quand les riches s’approprient les ressources sans vergogne du haut de leurs tours, les pauvres sont relégués dans des bas-fonds…

Une situation finalement pas si différente de celle que nous connaissons à la seule nuance qu’en plus d’avoir accès à ce qui se fait de mieux, les plus fortunés peuvent également devenir immortels. Et ce miracle est possible grâce à l’entreprise Backup qui propose, moyennant finance, de copier votre mémoire et de la transférer dans un clone créé à partir de vos cellules. Une possibilité qui a de quoi faire rêver cette humanité qui est depuis bien longtemps en quête d’immortalité.

Mais une fois le côté grisant de cette technologie passé, se pose toute une série de questions : est-ce vraiment juste que l’immortalité soit conditionnée au compte en banque d’une personne ? Au regard de leur capacité de destruction, est-il souhaitable que les êtres humains acquièrent l’immortalité ? Ne doit-on pas craindre des dérives d’un tel système, notamment de la part des personnes qui le maîtrisent et qui peuvent en dévoyer le but affiché ? Car si le créateur de Backup semble sincère dans ses intentions, qu’en est-il de ses directeurs qui ne partagent pas vraiment sa vision humaniste du droit à l’immortalité…

Des questions, parmi beaucoup d’autres, qui viendront se heurter violemment à une autre interrogation sur la notion d’individualité et d’identité. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré l’intelligence et la perspicacité avec lesquelles l’auteur amène le sujet. Pour ma part, je me suis posé un certain nombre de questions quasi philosophiques sans arriver vraiment à trouver de réponses satisfaisantes. Une situation assez déstabilisante, mais qui laisse entrevoir toute la complexité de la notion d’identité humaine, mais aussi de la place des souvenirs et des expériences dans la construction de sa personnalité. À cet égard, j’ai trouvé la fin cohérente et intelligente, mais n’ai pas pu m’empêcher de ressentir une certaine tristesse…

En plus de proposer une histoire pleine d’intelligence, l’auteur a veillé à offrir à ses lecteurs une intrigue bourrée d’action, ce dont se serait volontiers passé Aiden Romes. Ce policier intègre va se retrouver, bien malgré lui, dans une situation difficile à gérer, mais surtout, à appréhender dans son ensemble. Ce qui s’annonçait comme un cadeau inespéré, la possibilité d’accéder à l’immortalité gratuitement suite à service rendu, va ainsi se transformer en un véritable cauchemar qui va mettre ses nerfs à rude épreuve et faire vaciller tous ses repères ! Comment réagir quand vous vous réveillez dans le corps d’un autre sans comprendre ce qui se passe et sans pouvoir compter sur toutes les personnes qui constituaient le socle de votre vie et de votre bonheur ? Comment faire face aux révélations qui se succèdent et vous plongent dans un monde proche du vôtre sans en avoir la saveur ?

Pour le découvrir, il vous faudra lire le roman, mais ce qui est certain, c’est que l’auteur ne ménage pas son protagoniste qu’il pousse dans ses retranchements et conduit dans des situations extrêmes qui ne devraient pas manquer de susciter en vous quelques sueurs froides. Il faudra donc à Aiden tout son courage, son expertise, son abnégation, sa volonté et sa détermination pour garder la tête hors de l’eau et faire le point sur une situation dont il semble bien difficile de cerner tous les tenants et aboutissants.

J’ai apprécié de voir le personnage s’engager dans une course contre la montre et une lutte acharnée pour la survie, mais j’ai également trouvé intéressante la manière dont il se débat avec sa propre conscience. Petit à petit, il comprend qu’il s’avère parfois bien difficile de respecter ses idéaux quand les personnes qui comptent le plus pour vous sont en danger… Mais jusqu’où peut-on aller pour protéger les siens ? Une question à laquelle il va devoir répondre, sa femme et sa fille se retrouvant, malgré ses efforts, au milieu d’un complot mettant en jeu le destin de l’humanité et son indépendance…

D’abord intransigeant quant à ses valeurs et sa morale, Aiden va donc apprendre à faire des compromis et prendre des décisions difficiles. Le personnage évolue, s’endurcit et se complexifie tout en gardant une étincelle d’humanité qui le rend attachant et qui nous permet de ressentir une certaine empathie pour tout ce qu’il traverse. Assez isolé, il pourra heureusement compter sur l’appui d’une alliée inattendue, une intelligence artificielle plus que performante, dont la toute-puissance ne manquera pas de l’inquiéter. Il faut dire qu’à mesure qu’il coopère avec cette dernière, il ne pourra que mesurer l’étendue de ses capacités et son esprit d’initiative dont il est bien difficile de cerner les limites.

Cette entité immatérielle constitue-t-elle vraiment une autre menace à gérer à plus ou moins long terme ou, au contraire, une lueur d’espoir ? Une intelligence artificielle n’est-elle finalement pas le moyen de préserver une humanité prompte à s’autodétruire que ce soit par appât du gain ou du pouvoir ? Chacun se forgera sa propre opinion, mais tout le monde devrait reconnaître l’efficacité du duo homme/intelligence artificielle dans ce thriller futuriste au rythme effréné qui soulève d’intéressantes réflexions sur, entre autres, les notions d’humanité et d’identité. Immersif, haletant et non dénué d’une certaine intelligence, voici un roman qui devrait vous offrir un divertissement à la hauteur d’un bon film, l’auteur possédant une plume très visuelle et cinématographique !

Autres titres de l’auteur déjà chroniqués sur le blog : Outsphere tome 1, Outsphere tome 2

Je remercie Guy-Roger Duvert pour m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

Passeuse d’âmes – Tome 1 : Damnée, Lyn A. Lewis

Couverture Passeuse d'Âmes, tome 1 : Damnée

 

RÉSUMÉ

Malédiction. Destin. Trahison.
Depuis des générations, les membres de la famille Homes perçoivent les esprits et les manipulent dans leur propre intérêt. Seule Érine a choisi d’user de ses talents pour enfermer les plus malveillants d’entre eux afin de protéger ceux qui en sont victimes.
Un jour, sa route croise celle d’un homme énigmatique à l’aura aussi effrayante qu’intrigante. Suite à cette rencontre, l’existence d’Érine est bouleversée. Elle se retrouve prise au piège d’une succession d’événements funestes qui feront d’elle une Passeuse d’âmes. Elle se verra alors contrainte d’affronter sa famille ainsi que le terrible secret qu’elle cache depuis des siècles.

La mort n’est pas la fin, elle n’est qu’une destination.

AVIS

NB : cette chronique dormait dans mes brouillons depuis plus de 3 ans, mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais… 

J’ai attendu quelques jours avant de rédiger ma chronique pour essayer d’y voir plus clair dans mon ressenti et mes émotions. En effet, si j’ai apprécié la plume de l’autrice et l’histoire, deux éléments m’ont beaucoup moins plu…

Contrairement à mon habitude, je vais donc commencer par les deux points du roman qui ne m’ont pas convaincue. Le premier est la présence du sempiternel triangle amoureux qui n’est pas crédible une seule minute et qui ne semble pas apporter grand-chose à l’histoire. Ce point pourra peut-être plaire à certaines personnes, mais en ce qui me concerne, ça ne passe pas du tout.

Le second point qui a été particulièrement pénible pour moi est la banalisation des agressions sexuelles. Ce problème est récurrent dans la bit-lit au point que j’avais arrêté d’en lire. Un viol, surtout quand il est d’une perversité aussi importante que dans le livre, ne peut que laisser des traces chez une personne. Or, Érine évoque seulement quelques souvenirs « désagréables » et ne semble pas plus traumatisée que cela. Alors, elle a bien quelques rêves qui la perturbent, mais rien de bien terrible.

Même en prenant en compte le contexte de sa vie, ou de ses vies antérieures, et son lien avec son bourreau, cela reste très très désagréable à lire en tant que femme. Je comprends que l’autrice n’ait pas eu forcément envie d’aborder en long et en large les séquelles d’un viol, mais j’aurais néanmoins souhaité qu’elle évoque cette expérience traumatisante de manière plus réaliste.  Je tiens à préciser que le roman de Lyn A. Lewis n’est pas pire qu’un autre dans cette banalisation des agressions sexuelles, mais c’est juste la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Je ne veux plus lire de récit où ce genre de fait gravissime ne laisse pas de grosses séquelles sur l’héroïne. Il est possible d’en avoir une approche bien plus sensible comme l’a prouvé, par exemple, Patricia Briggs dans Mercy Thompson.

L’histoire et les personnages….

Issue d’une famille malveillante dont les membres sont capables de percevoir et manipuler les esprits, Érine a préféré couper les ponts avec les siens pour vivre une vie plus en accord avec ses valeurs. Elle apprendra néanmoins qu’on n’échappe pas aussi facilement aux liens du sang et que la soif de pouvoir peut conduire aux actes les plus abjects.

L’attention des lecteurs est captée dès les premières pages du livre grâce à la plume très fluide de l’autrice. Elle possède ce petit quelque chose qui rend la lecture du roman comme coulant de source. Vous enchaînez donc les chapitres sans vraiment vous en rendre compte d’autant que l’alternance de points de vue apporte un certain dynamisme. Vous découvrez ainsi les pensées d’Érine de Clayton et, dans une moindre mesure, de Ian.

J’ai beaucoup aimé Érine qui, malgré un passé très difficile, est restée une personne combative qui va de l’avant sans se plaindre. C’est typiquement le genre de personne simple et naturelle que j’aime découvrir dans les romans. Fuyant une famille peu recommandable, elle se révèle très solitaire au point de ne compter qu’une personne dans sa vie : Ian, son meilleur ami ambulancier. Si je n’ai pas cru une seule seconde à leur potentielle idylle, j’ai apprécié de découvrir leur complicité et leur profonde amitié. J’espère vraiment retrouver cet aspect dans le deuxième tome.

Clayton, second mâle du triangle amoureux, ne m’a pas particulièrement plu ; il est un peu trop stéréotypé et agaçant à mon goût. Et puis les hommes lunatiques n’ont jamais été ma tasse de thé. Je pense néanmoins qu’il possède tous les atouts pour plaire aux personnes aimant les personnages taquins et charmeurs avec un côté mystérieux. Complexe et froid au premier abord, il finit par évoluer au contact d’Érine envers laquelle il commence à développer un certain attachement et des sentiments qu’il a bien du mal à s’avouer. Il faut dire qu’avec son passé dramatique, il ne s’attendait pas forcément à nouer des liens avec d’autres individus que ceux appartenant à son cercle restreint d’amis. D’ailleurs, ce côté solitaire et une histoire familiale compliquée sont deux points qui semblent rapprocher nos deux passeurs d’âmes.

En plus de ce trio, il y a deux personnages secondaires que j’ai trouvés particulièrement intéressants et énigmatiques. Le premier a un rôle de tout premier ordre dans le nouveau travail de notre héroïne. Quant au second, il est certain qu’il va prendre une place considérable dans sa nouvelle vie. Je suis vraiment impatiente d’apprendre à mieux les connaître ; je sens qu’ils nous réservent des surprises ou, du moins, je l’espère grandement.

Les deux méchants du roman sont, quant à eux, mauvais à souhait au point qu’il m’est bien difficile de les départager dans leur monstruosité. Ils remplissent donc à merveille leur rôle et ne peuvent que faire réagir les lecteurs. Dans un style différent, on peut dire qu’ils font bien la paire !

Enfin, j’ai apprécié de découvrir petit à petit la mythologie derrière le rôle de passeur d’âmes même s’il reste certainement beaucoup de choses à apprendre de ce côté-là, Clayton n’ayant pas eu le de temps de finaliser la formation d’Érine. Je suis d’ailleurs curieuse de découvrir comment les capacités de notre héroïne vont évoluer…

En conclusion, écrit dans un style fluide et agréable, Passeuse d’âmes devrait ravir les personnes en quête d’une histoire où se mêlent paranormal, personnages forts et malmenés par la vie, trahison, mystère et romance. Malgré deux points qui m’ont dérangée dans ma lecture, j’ai, pour ma part, passé un moment divertissant aux côtés d’Érine et lirai donc le deuxième tome avec plaisir en espérant que les écueils du premier ne soient plus qu’un lointain souvenir.

À noter qu’une version poche est sortie chez Livresque éditions.

Le dernier gémini (Galénor t. 2), Audrey Verreault

Le dernier gémini (Galénor t. 2) par [Audrey Verreault]

« Asmodée est de plus en plus radical avec sa politique anti-inferniths… Il veut qu’on les envoie tous à la prison d’Astheroth pour les interroger et les pister… Puis il y a ces magiciens avec leurs masques en forme de têtes de corbeaux qui rôdent à travers Galénor et attaquent des villages. Personne ne sait d’où ils viennent. Ni ce qu’ils veulent. Moi je m’en doute. Ils ont assassiné mes parents adoptifs… Je pense qu’ils cherchaient ce qu’ils m’ont légué… J’essaie de chasser tout ça de mes pensées…
Nous avons presque tout épuisé nos réserves de poudre d’artanis et nous, magiciens, ne pourrons bientôt plus exercer notre magie.
Asmodée a mis la main sur une pierre de Kartane qui pourra peut-être remplacer l’artanis et mettre fin à la pénurie magique qui plane sur notre monde. Or, le Kartane figure parmi les substances les plus convoitées de l’univers…
Nous avons été mandatés, moi et les autres géminis pour protéger cette pierre jusqu’à ce que les alchimistes aient terminé leurs recherches.
Nous sommes en fonction. Cette nuit, j’ai la pierre, dissimulée sur moi. La fête bat son plein. La salle est bondée. Un homme encapuchonné franchit la porte d’arche. Des ailes noires pendent à son dos. Il sort du lot, mais il y a autre chose… »
– Daphnée

Fantasy, magie et romance vous attendent dans ce deuxième tome de Galénor où nous suivons cette fois-ci Daphnée, accompagnée de ses amis géminis – JudyAnn, Tom et Kyle, ainsi que de Vincent, leur nouvel allié vampire.

Auto-éditée (6 mars 2020) – 361 pages – Broché (14,76€) – Ebook (3,99€)

Retrouvez ma chronique du premier tome, Le livre des portes.

AVIS

J’ai attaqué ma lecture sans avoir beaucoup de souvenirs du tome précédent. Fort heureusement, après quelques pages, certains événements et éléments me sont revenus en tête comme mon coup de cœur pour Mérindol. J’adore sa personnalité, sa bienveillance et son rôle de guide et de mentor qu’il prend très à cœur…

Bien que ce tome soit centré sur Daphnée, l’autrice a opté pour une narration alternée nous permettant de suivre également les autres personnages découverts, pour la plupart, dans le premier tome. Cela apporte beaucoup de fluidité et de dynamisme tout en nous donnant l’impression de faire partie intégrante de l’action et de la bande d’amis. Toutefois, ce procédé ne permet pas de développer outre mesure la psychologie de chacun, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’on sent que c’est un choix de l’autrice de favoriser le rythme et l’action et que ça fonctionne très bien puisqu’on ne s’ennuie pas un instant.

L’autrice nous donne néanmoins assez d’informations et d’éléments pour différencier les personnages et développer nos propres préférences. À cet égard, je reconnais avoir nettement préféré Daphnée à JudyAnn. La jeune femme affronte avec beaucoup de courage et de détermination les différentes épreuves qui se présentent à elle, du meurtre de ses parents adoptifs à ce puissant et dangereux artefact dont elle a hérité et qu’elle doit protéger en passant par cette pierre qu’elle a en partie absorbée et qui menace de la faire sombrer ! Elle pourra heureusement compter sur ses amis et ses alliés tout en devant collaborer avec un insaisissable magicien-corbeau dont la vie se retrouve inopinément et inextricablement liée à la sienne.

Toujours en train de manigancer quelque chose et manquant cruellement de transparence et d’honnêteté, Danik se révèle un personnage fort intrigant qui évolue tout au long de l’aventure. Ce personnage permet à l’autrice de soulever la question du passé et des émotions. Peut-on vivre sans tous ces souvenirs qui font de nous ce que nous sommes ? Une vie, dépourvue d’émotions, vaut-elle vraiment la peine d’être vécue ? Un individu sans passé et sans aucune émotion ne devient-il pas une coquille vide dont la vie se résume à une succession de jours sans saveur ? Chacun se forgera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que ces questions vont fortement diviser Danik et Daphnée, le premier aspirant à tout oublier quand la deuxième n’imagine pas une vie sans tous ses souvenirs…

Les deux protagonistes ne pourraient être plus différents, pourtant, au fil des épreuves, ils se rapprochent et apprennent, petit à petit, à se faire confiance malgré les nombreux doutes et les dangers. Et puis, il y a cette part d’onirique dans leur relation qui les lie et leur permet de faire tomber les masques quand la réalité leur demande la prudence. Les interactions entre les deux personnages se révèlent intéressantes tout comme la manière dont ils évoluent côte à côte, mais j’ai surtout apprécié que l’autrice ne tombe pas dans l’écueil du premier tome avec une romance assez peu convaincante. Si l’on devine rapidement le tournant que va prendre la relation entre Danik et Daphnée, il n’y a aucune précipitation ni faux drame. Leurs sentiments se développent naturellement, ce qui ne les rend que plus touchants et réalistes.

La narration alternée dynamise grandement le récit, mais il faut aussi compter sur les multiples enjeux de ce tome, chaque problème semblant en amener un autre. Une cascade de dangers qui entraîne moult aventures et péripéties, certaines poussant nos protagonistes dans leurs retranchements. Loin de Mérindol et pris en étau entre leurs ennemis et leur propre camp, ils vont ainsi devoir puiser au fond d’eux-mêmes pour trouver la force d’avancer et de se surpasser alors même que tout autour d’eux n’est que mensonges, complots et faux-semblants…

Comme dans le premier tome, l’autrice nous offre un bestiaire étoffé, des personnages de différentes natures et un univers complexe et nuancé dans lequel le manichéisme n’a pas sa place. On retrouve également ce thème du racisme et du rejet systématique de l’autre en raison de sa différence. Un thème qui ne devrait pas manquer de vous révolter et de vous faire comprendre combien il s’avère difficile pour certains de nos personnages de trouver leur place dans un univers où, quelle que soit la dimension, les préjugés ont la vie tenace.

Pour autant, tout n’est pas sombre, les choses évoluant progressivement grâce à des personnes qui se battent pour la justice, l’équité et le droit à la différence. Une jolie leçon qui trouve son apogée dans une fin émouvante et pleine de vérité nous prouvant qu’il est toujours possible de se repentir et d’agir pour le bien commun. Quant au grand final, riche en émotions, il se révèle d’une justesse folle bien que difficile sur le plan émotionnel. Une fois le choc passé, je l’ai même trouvé optimiste avec cette idée que de l’obscurité peut naître la lumière et que la vie n’a de sens qu’en étant pleinement vécue… Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler surtout quand c’est fait, comme ici, de manière poignante. 

En conclusion, Le dernier gémini ne souffre nullement du syndrome du deuxième tome, l’autrice nous proposant ici une suite menée tambour battant et riche en révélations, complots et autres retournements de situation. L’univers est toujours aussi étoffé et complexe et source à soulever des thèmes ancrés dans notre réalité comme le racisme, la peur de la différence, la résilience, la rédemption, l’amitié, l’amour mais aussi le sens de la vie et de la mort. Rythmé et immersif, voici un roman de fantasy qui vous fera passer par différentes émotions et vous tiendra en haleine jusqu’à un dénouement final aussi intense que lumineux.

Merci à l’autrice pour cettte lecture que vous pourrez achter sur Amazon.

Dernière ambition, Mélinda Schilge

Riviere veut mettre un ultime point d’orgue à son ascension sociale en accédant à la mairie de la Croix-Rousse, arrondissement de Lyon chargé d’histoire. Mais au fur et à mesure des échéances de la campagne électorale, Jean Hertzan, qui lui est entièrement dévoué, dérape : il ne supporte pas la concurrence de Nathanaël, jeune étudiant, à qui son mentor offre sa chance. Et il considère que Céleste — une vielle amie de Riviere, ancienne résistante comme lui —, représente un danger.
Marie, une étudiante qui a trouvé refuge chez Céleste, et Nathanaël, devenu un membre actif de la liste électorale, sont maintenant les cibles de son esprit dérangé…

Ce roman traverse la ville et l’Histoire, celle d’une colline mythique de Lyon dans les foisonnantes années 90, avec des réminiscences de la période trouble de l’Epuration. Plusieurs générations s’y confrontent : des jeunes qui cherchent leur place, des moins jeunes plutôt déphasés, et des sexagénaires ambitieux ou croustillants…

Auto-édition (24 janvier 2020) – 237 pages – Broché (8,50€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Après avoir brillamment mené sa carrière jusqu’à atteindre les hautes sphères d’un grand groupe, Riviere désire maintenant se lancer en politique. Son objectif : devenir le maire de La Croix-Rousse à Lyon, un poste qui a échappé à son père, il y a de cela de nombreuses années. Entouré par son homme de confiance, Jean Hertzan et par son équipe de campagne électorale, dont fait partie un jeune étudiant aux dents longues, Nathanaël, il va toutefois réaliser que la route vers ce mandat tant désiré est loin d’être un long fleuve tranquille…

Si je me fais un devoir de voter, la politique ne m’intéresse guère, ce qui ne m’a pas empêchée de dévorer ce roman que j’ai trouvé fluide et bien écrit, l’autrice ne nous abreuvant pas d’un jargon politique, souvent abscons et creux. Elle préfère nous immerger avec beaucoup d’humanité et de réalisme dans la vie présente et passée de personnages dont nous découvrons, petit à petit, les forces et les faiblesses. Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier, mais ils ont tous su éveiller en moi quelque chose : de l’espoir, de la peine, de la compassion, de l’agacement, du dégoût, de la colère, de la pitié, de la compréhension, de l’attendrissement…

À cet égard, Céleste, une femme qui a beaucoup souffert de la mort d’un être cher durant la guerre, m’a plus particulièrement émue. Guindée et un peu austère, elle n’en demeure pas moins très touchante et nous permet de réaliser à quel point il est néfaste de s’enfermer dans le passé. Sa rencontre et sa cohabitation avec une étudiante apportent également un certain charme au roman même si j’aurais apprécié que l’autrice développe un peu plus la relation entre les deux femmes. Mais cela m’est personnel puisque je porte une affection particulière aux relations intragénérationnelles.

La galerie de personnages est variée et complémentaire. Se côtoient ainsi des leaders et des suiveurs, des idéalistes et des opportunistes, des seniors et des étudiants… Ce mélange des genres et des âges revêt une certaine importance dans l’intrigue, la campagne électorale pour la mairie de la Croix-Rousse mettant rapidement en lumière deux conceptions antagonistes de la vie et de la manière d’aborder la politique. D’un côté, le « jeunisme » de Nathanaël qui considère que sa jeunesse et sa scolarité dans une école de commerce valent toute l’expérience du monde, ou peu s’en faut, et de l’autre, la vision très patriarcale et traditionnelle de Riviere qui attend de son entourage qu’il ait fait ses preuves. Mais les deux hommes possèdent néanmoins quelque chose en commun, l’ambition et une confiance en eux à toute épreuve… Des qualités autant que des défauts qui vont les pousser dans leurs retranchements et les conduire dans des situations délicates.

La relation entre ces deux personnages est intéressante, mais c’est celle entre Riviere et son homme de main qui m’a le plus intéressée, car elle se révèle bien plus complexe. Si Riviere a développé une certaine dépendance envers son collaborateur dans l’exercice de ses fonctions de dirigeant, Hertzan a, quant à lui, un besoin impérieux et quasi maladif de l’approbation de son patron qu’il considère un peu comme son père de substitution. Cette relation ambiguë tient le lecteur en haleine, Hertzan étant un personnage dangereux, une sorte de cocotte-minute dont on attend l’explosion avec fébrilité…

Quant à Riviere, il nous apparaît démesurément ambitieux et prêt à tout pour atteindre son objectif, cette mairie de la Croix-Rousse qu’il considère comme une revanche sur le passé et une manière de réhabiliter sa famille et son père. Ni sympathique ni totalement antipathique, son image tend pourtant à s’assombrir à mesure que l’on découvre des informations sur son passé, notamment durant son engagement dans la résistance… Mais si certaines personnes semblent définitivement irrécupérables, Riviere, lui, évolue, tâtonne, trébuche, se relève et finit par agréablement nous surprendre… Cela ne l’absout pas de tout ce qu’il a pu faire dans le passé, qu’il soit récent ou plus lointain, mais cela l’auréole d’une certaine humanité et apporte une touche d’espoir quant à la capacité de chacun à s’améliorer.

À travers cet ouvrage, l’autrice aborde de nombreux thèmes : la guerre et l’épuration d’après-guerre, la différence entre la justice et la vengeance, les trahisons, l’ambition, la politique et ses compromissions, la famille, le besoin d’indépendance, les idéaux, l’émergence d’internet et des réseaux sociaux dans cette France des années 90… Des sujets intéressants et forts qui sont abordés sans pathos et avec une certaine intelligence. 

En conclusion, Dernière ambition est un ouvrage prenant qui devrait enchanter les Lyonnais et les habitants de la Croix-Rousse, ce quartier emblématique de Lyon étant au centre des enjeux d’une intrigue autant politique qu’humaine. Mais les autres lecteurs devraient également prendre plaisir à suivre les ambitions, les victoires et les défaites de personnages complexes et terriblement humains. Secrets, mensonges et révélations sont au programme d’une campagne électorale menacée par l’ombre du passé et les actions d’un homme dont la dévotion ne semble avoir aucune limite…

Merci à Mélinda Schilge pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #23

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Un certain intérêt pour les flammes de Violette Paquet : nouvelle écrite durant les 24h de la nouvelle avec la consigne d’intégrer un lieu abandonné dans l’histoire.

Un certain intérêt pour les flammes

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je dois dire que j’ai été très agréablement surprise par la manière dont l’autrice arrive en quelques lignes à poser un décor et à saisir une ambiance. On découvre ainsi Edith, une jeune femme qui ne partage guère le goût des mondanités de sa famille, à commencer par son frère si parfait et si bien apprêté. Alors qu’elle aurait pu passer sa soirée à fumer et à regarder les invités guindés de ses parents « se distraire » et s’échanger des banalités, son attention est très vite attirée par l’une des invités, Alexandrine.

Si la jeune femme a tous les attraits d’une jeune ingénue, il faut parfois se méfier de l’eau qui dort. En faisant sa rencontre, Edith était loin de se douter qu’elle ferait une plongée brûlante et violente dans le passé de sa propre famille. Un passé que les flammes n’auront pas réussi à complètement effacer comme notre jeune héritière l’apprendra à ses dépens… En plus d’une tension qui monte crescendo avec cette impression d’étau qui se resserre et nous prend à la gorge, on appréciera la plume de l’autrice et sa manière bien à elle de brouiller les frontières entre les époques puisque si le récit se déroule de nos jours, il s’en dégage un charme suranné qui nous donne le sentiment d’avoir remonté les couloirs du temps.

Surprenante, immersive et pleine de tension, voici une nouvelle que je ne peux que vous conseiller et qui devrait vous surprendre par la tournure cauchemardesque qu’elle prend. Claustrophobes s’abstenir !

Lire la nouvelle en ligne ou la télécharger sur le site de l’autrice

  • La pension Moreau – les enfants terribles de Marc Lizano et Benoît Broyart : (Éditions de la Gouttière) :

Emile est un jeune garçon souvent perdu dans son monde intérieur. Il adore dessiner, griffonner, croquer, au grand dam de ses parents. Désespérés, ces derniers décident de l’envoyer à la Pension Moreau, un lieu de vie accueillant des enfants  » difficiles « . Pour être accepté, il suffit simplement d’avoir le porte-monnaie bien garni… Emile fait la connaissance de Paul, Jeanne et Victor, des pensionnaires qui ont subi le joug des différents professeurs. Peu à peu, la pension prend des allures de pénitencier et révèle sa vraie nature à Emile. L’entraide est de mise entre les camarades afin de supporter les humiliations et les mauvais traitements, mais pendant combien de temps vont-ils accepter ce régime ? Qu’ont-ils fait pour mériter cela ?

La pension Moreau est censée être un endroit pour éduquer et venir à bout des velléités de rébellion d’enfants difficiles appartenant à des familles fortunées. Il s’agit en fait d’un établissement lugubre tenu par un horrible directeur qui n’hésite pas à prôner l’humiliation et l’enfermement pour obtenir le respect et l’obéissance des enfants.

Sous fond de maltraitance infantile, on suit donc avec curiosité et un certain dégoût cette histoire mélangeant avec efficacité humains et animaux. Les humains étant les détenus et les animaux, les bourreaux de ces enfants que l’on ne peut que prendre en pitié. On se demande d’ailleurs ce qu’a bien pu faire le calme et gentil Emile pour finir dans cet horrible endroit. Certes, il a dû mal à communiquer autrement que par ses dessins, mais est-ce là un motif suffisant pour que des parents se séparent définitivement de leur enfant ?

Heureusement, le garçon va se faire des amis qui l’aideront à supporter un quotidien difficile autant physiquement que psychologiquement. Si Emile ne parle pas beaucoup, il n’en demeure pas moins touchant, notamment par sa gentillesse et sa manière très personnelle de se lier aux autres. Ses dessins sont pour lui son exutoire et l’on sent que derrière chacun d’entre eux, c’est une partie de lui-même qu’il pose sur le papier.

Entre brimades et jolis moments d’amitié et d’entraide, Emile va devoir faire face à sa nouvelle vie au sein d’une pension sur laquelle plane encore un certain mystère. Ce qui est certain, en revanche, c’est que la situation risque d’exploser, certains élèves ne semblant pas prêts à baisser les bras devant la violence et les injustices qu’ils subissent au quotidien…

  • Mon grand frère et moi de Taghreed Najjar et Maya Fidawi

Aloush est le plus jeune de sa famille. Il est très proche de son grand frère, Ramez, qui est son idole.
Chaque jour, en se rendant à son travail, Ramez dépose Aloush à l’école. Il l’emmène jouer au basketball, le conduit au cinéma, et lui permet même de regarder le soccer avec ses amis. Mais soudainement, Ramez n’a plus de temps pour son petit frère : il est amoureux !
Aloush se sent délaissé et contrarié et essaie de se débarasser de cette « menace » en réalisant une série de farces. Aloush réussira-t-il à récupérer son frère
?

Crackboom (20 juin 2019) – 32 pages – 9,90€

Pas facile pour Aloush que son grand frère Ramez, dont il est très proche, se détourne de lui. Alors qu’ils passaient beaucoup de temps ensemble et multipliaient les activités,  Ramez prend ainsi ses distances ! La raison de ce changement de comportement : l’amour.

Des sentiments, certes très humains, mais qui laissent Aloush, encore très jeune, bien indifférent. Lui, ce qu’il comprend, c’est qu’une intruse est en train de lui voler son grand frère adoré. Une seule solution, s’en débarrasser ! Et pour ce faire, le garçon a tout un arsenal d’idées qu’il n’hésite pas à mettre en œuvre. Mais cette jeune femme représente-t-elle vraiment une menace pour Aloush et sa relation avec son frère ?

À travers ce court et sympathique ouvrage, sont abordés avec justesse et beaucoup de sensibilité des thèmes comme la fraternité, mais également la jalousie et l’importance d’accueillir et d’accompagner ce sentiment. Chose qu’a su parfaitement faire l’intruse qui, de fil en aiguille, deviendra Dimas, la sympathique fiancée d’un grand frère peut-être moins disponible, mais qui aime toujours autant son petit frère.

En bref, voici un joli album jeunesse sur la fraternité, la jalousie et la nécessité de rassurer un enfant sur le fait que l’arrivée d’une nouvelle personne dans sa vie ne menace nullement l’importance des relations déjà existantes.

Merci à NetGalley et aux éditions Crackboom pour cette lecture.

Et vous, connaissez-vous ces titres ?
Certains vous tentent-ils ?

Sang Rancune, Jordan Breton

Sang Rancune est un roman qui mêle dark fantasy et romance dans un monde où les monstres les plus ignobles ne sont peut-être pas les créatures mortelles qui rôdent dans les bois, arpentent les campagnes et se dissimulent à la faveur de la nuit.

Léna est la fille du seigneur le plus puissant de l’Empire, mais cela ne l’a pas mise à l’abri des pires horreurs. Ohën, lui, est né Fange, mais a réussi à inscrire son nom en lettres de sang à côté de ceux des assassins les plus célèbres du monde. Leurs univers sont opposés, mais que reste-t-il de leurs différences lorsque jugement, naissance et préjugés sont laissés de côté ?

Jordan Breton (28 janvier 2020) – 420 pages – Broché (15,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ohën, assassin dont la réputation n’est plus à faire, accepte avec son complice de longue date, Fëir, un juteux contrat, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Alors qu’il devait kidnapper Léna après avoir exécuté son frère et son père, un puissant souverain, il finit par l’arracher aux griffes d’une impitoyable et très douée tueuse. Blessé, il s’enfuit avec la jeune femme en se gardant bien de lui avouer la véritable raison de sa présence providentielle dans sa chambre… Si Léna se doute rapidement que son sauveur n’est pas celui qu’il prétend être, elle consent néanmoins à le suivre d’autant que les créatures et autres truands à leurs trousses semblent représenter une menace bien plus importante.

Commence alors pour le duo un voyage des plus mouvementé. Entre les attaques de goules désireuses de faire payer à Ohën sa tromperie et celles de mercenaires très remontés contre notre assassin, Ohën et Léna ne sont pas au bout de leur peine ! Les amateurs d’action devraient être ravis, l’auteur nous offrant de très convaincantes et immersives scènes de combat où l’hémoglobine coule à flots, et les morts sont légion. J’ai apprécié le rythme effréné de cette histoire qui ne souffre d’aucun temps mort. Nos deux protagonistes mènent une lutte de chaque instant pour survivre dans cet univers violent où seuls l’argent et le pouvoir comptent. On ressent donc un certain sentiment d’urgence et de tension qui donne envie de tourner les pages, et de découvrir le destin de deux personnes que tout oppose, mais qui vont finir par se rapprocher.

Les débuts sont pourtant difficiles, chacun voyant l’autre sous le prisme de ses propres préjugés sans oublier certains comportements, de part et d’autre, qui agacent et frustrent. Ainsi, Ohën ne supporte pas le caractère de Léna qu’il voit comme une petite princesse pourrie gâtée quand cette dernière ne goûte guère son air goguenard et son humour grivois de fort mauvais aloi… J’ai adoré la manière dont Léna remet à sa place son prétendu sauveur lui assénant ses vérités que cela lui plaise ou non. L’auteur a réussi habilement à transformer des propos graveleux qui auraient eu de quoi irriter n’importe quelle femme, et n’importe qui avec un minimum d’empathie, en une manière de dénoncer très justement les violences physiques et verbales faites aux femmes, les dernières sous couvert « d’humour ». C’est tellement rare dans la fantasy que je tenais à le souligner !

Les joutes verbales entre les deux personnages ne manqueront pas de vous faire sourire d’autant que chacun dans leur style, il possède une langue bien pendue et acérée. Mais ce que j’ai préféré, c’est assister à l’évolution de leur relation que j’ai trouvée bien amenée et surtout très réaliste. Venant de deux milieux radicalement différents, Ohën et Léna auraient pu ne rien avoir en commun, mais la douleur, la rancune et la violence dépassent les simples clivages de classe. Ainsi, être bien née ne signifie pas être privilégiée et avoir une douce vie comme le passé de Léna, qui se dévoile progressivement à nous, l’en atteste. Quant à Ohën, à mesure que l’on découvre toutes les épreuves qu’il a traversées, on arrive à mieux comprendre le personnage qu’il est devenu et la carapace qu’il s’est construite. Tué ou être tué, un leitmotiv qui s’est très vite imposé à lui et à son ami d’enfance et qui a impacté profondément sa vision du monde et de la valeur d’une vie humaine.

Ohën est un personnage torturé et complexe qui cache en son sein une force obscure, puissante et mystérieuse qu’il lutte pour maîtriser même si cette dernière se révèle un atout précieux contre ses ennemis… Le jeune homme lutte également contre lui-même, déchiré entre ses réflexes hérités d’une vie à la dure où il a dû lutter pour simplement vivre, et sa conscience qui commence à s’éveiller. Il évolue en cours d’aventure et se montre de plus en plus humain, ce qui s’explique autant  par un événement traumatisant qui le pousse à revoir certains souvenirs sous un autre jour que la présence bénéfique de Léna dans sa vie. Bien que j’aie regretté une certaine passivité du personnage en début de roman, Léna n’en demeure pas moins une femme de caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle affronte avec beaucoup de courage, et un certain stoïcisme, les épreuves qui se présentent à elle quand elle aurait pu baisser les bras à de nombreuses reprises.

En plus du duo, on découvre, à travers les souvenirs d’Ohën, son meilleur ami, Fëir. Difficile de ne pas développer un certain attachement pour cet homme qui nous est décrit comme réfléchi et motivé par l’envie d’une vie simple loin du sang et de la violence. La relation entre Ohën et Fëir dépasse largement le cadre de l’amitié. Ils ont traversé tellement d’épreuves ensemble et subi tellement d’affronts que plus que des amis, ils sont devenus des frères de sang ! Le sang est un élément omniprésent dans leur vie, les deux amis l’ayant beaucoup fait couler, d’abord par obligation, puis pour servir leurs propres intérêts et leur propre enrichissement. Une soif d’or, pas vraiment partagée par Feïr, que le duo va payer très lourdement…

Les romans de fantasy peuvent parfois se révéler fouillis et ardus à appréhender, mais ce n’est pas le cas ici. Alternant entre dialogues et plongées dans les pensées de ses protagonistes, l’auteur trouve le ton juste pour rendre son histoire très accessible et plutôt addictive. Un point qui rend ce roman parfait pour les personnes souhaitant découvrir la fantasy même si les amateurs du genre devraient également apprécier le voyage. Quant à la fin, je l’ai trouvée parfaite pour conclure une histoire d’amour, de sang et d’amitié.

En conclusion, grâce à deux protagonistes complémentaires et à la forte personnalité, une narration dynamique et entraînante, et une plume aussi fluide qu’immersive, l’auteur plonge ses lecteurs dans une histoire haletante où se mêlent habilement mensonges, secrets, action, trahison, sang, quête de sens, amitié et amour. Si vous avez envie d’un bon roman de dark fantasy très accessible et bien écrit, Sang rancune devrait vous plaire et vous faire vibrer au rythme des péripéties qui ne manqueront pas de s’enchaîner et de vous tenir en haleine.

Merci à l’auteur pour cette lecture.
Retrouvez le roman sur Amazon.

Jack l’éventreur n’est pas un homme, Pascale Leconte

Je remercie Pascale Leconte de m’avoir proposé de découvrir son roman, Jack l’éventreur n’est pas un homme.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si Jack l’Éventreur était une femme ? Voici la vie de Florence Maybrick, à partir de ses dix-huit ans lorsqu’elle rencontre son futur mari anglais, alors qu’elle est américaine. Comment cette « étrangère » fut-elle poussée dans ses derniers retranchements ? Une enfance instable, une mère castratrice aux mœurs légères, un mari volage ainsi que l’époque victorienne et puritaine sont autant d’explications nous guidant sur le chemin de la réponse. Florence est-elle l’auteur du « Journal de Jack l’éventreur » ? Mêlant biographie et faits réels, ce roman pourrait-il être la clé ? Florence était-elle une perverse narcissique capable d’éliminer ses rivales sans le moindre remord ? Aaron Kosminski a tué l’une des victimes présumées de Jack, et Florence, elle, a tué les autres.

Auto-édition – 330 pages – Broché (10€) – Ebook (0,99€) – Emprunt Kindle

AVIS

Tout le monde connaît les atroces crimes commis par Jack l’Éventreur (Jack The Ripper) dans le quartier malfamé de Whitechapel à Londres en 1888. Des crimes qui ont depuis enflammé l’imaginaire collectif et inspiré de nombreuses œuvres… Sans être une ripperologue aguerrie, je me suis plongée avec curiosité dans cet ouvrage dont la grande force est de nous proposer une théorie originale sur l’identité du célèbre tueur de Whitechapel. Et si toutes les pistes étaient fausses pour la simple et bonne raison que Jack l’Éventreur n’était pas un homme, mais une femme ?

Afin de comprendre ce qui a bien pu pousser une femme à commettre de telles atrocités, les lecteurs sont plongés dans le passé et dans la vie de Florence, une jeune Américaine qui va épouser un gentleman anglais. Le début d’une nouvelle vie pour la belle Américaine, et des ennuis pour lui… C’est que Florence est loin d’être l’épouse attentionnée et aimante qu’espérait James, plus âgé et diablement amoureux. Entre ses caprices, ses dépenses, et la distance qu’elle instaure avec son mari puis avec ses enfants, Florence se révèle tout simplement odieuse !

Difficile d’apprécier une femme aussi égoïste et égocentrique qui ne pense qu’à son bon plaisir. Elle n’en demeure pas moins fascinante par sa force de caractère, son impression sincère d’être dans son bon droit et ses velléités d’indépendance puisqu’elle refuse de se laisser enfermer dans un rôle de mère qu’elle n’a jamais souhaité. Dommage que ce refus, tout à fait compréhensible, soit tel que Florence ne prend pas le temps de s’occuper de ses enfants qui n’y sont pour rien…

Devant l’échec de leur mariage, Florence et James vont, chacun de leur côté, assouvir leur passion dans les bras d’autres personnes. Mais si James accepte l’infidélité chronique de sa ravissante femme sans faire d’esclandre, Florence va se montrer bien plus retorse face aux incartades de son mari qu’elle considère comme un affront intolérable. De fil en aiguille, le lecteur assiste impuissant et étrangement fasciné aux actes de Florence qui se conduit de manière de plus en plus inquiétante jusqu’à sombrer doucement et irrémédiablement dans l’horreur et la folie…

Ses envies de meurtres, de sang et de vengeance quittent alors la douce chaleur de sa maison pour semer chaos et terreur dans le quartier de Whitechapel à Londres. Vous aurez donc compris qu’avec ce roman, l’autrice ne nous propose ni plus ni moins que d’assister à la naissance d’un monstre, Jack l’Éventreur alias Florence Maybrick, une femme instable, psychotique et manipulatrice. Alternant entre scènes d’intérieur où Florence manipule et réfléchit à la manière d’assouvir ses envies d’hémoglobine et scènes où elle passe à l’acte, l’autrice insuffle un climat de tension et d’angoisse qui prend à la gorge. Une tension qui croît à mesure que Florence, de plus en plus grisée par ses « exploits », tend à jouer à un jeu dangereux avec les forces de l’ordre essayant de les mettre sur la piste de Jack l’Éventreur, ou du moins, sur celle de la personne qu’elle aimerait accuser de ses propres crimes.

Florence est détestable, sanguinaire et froide, mais c’est l’atout de ce roman, l’autrice ayant réalisé un formidable travail sur sa psychologie. De fil en aiguille, on entre dans sa tête, on découvre ses traumatismes du passé et on suit ses raisonnements complètement tordus… Impossible de lâcher le roman avant de découvrir jusqu’où sa folie va l’entraîner et si malgré son machiavélisme, elle va finir par faire un faux pas.  Il faut dire que tout le monde n’est pas aveugle face au comportement étrange de cette jeune femme, et que des doutes commencent à s’élever autour d’elle. La situation va d’ailleurs prendre une tournure inattendue…

La fin a su me convaincre puisque je l’ai trouvée à l’image d’une femme manipulatrice qui a su construire autour d’elle un monde de fantasmes, de folie, d’horreur et de sang. J’ai, en outre, apprécié que l’autrice nous montre ici que contrairement à ce que certaines personnes aiment à croire, le sexe faible n’est faible que dans leur imagination, et qu’une femme est tout aussi capable de commettre l’indicible qu’un homme…

Si j’avais émis des réserves sur le précédent livre de l’autrice chroniqué sur le blog, je n’en ai eu aucune sur ce roman qui m’a captivée de la première à la dernière ligne. Même les descriptions de scènes de crime qui ne sont pas, en général, ce que j’apprécie le plus dans un livre m’ont ici intéressée. Il faut dire qu’elles sont indissociables de la personnalité fascinante de notre héroïne qui, en plus de faire une originale, mais crédible version de Jack L’Éventreur, revêt aussi les habits d’un docteur Jekyll et d’un M. Hyde au féminin. Femme de la haute société belle et fragile le jour, meurtrière du peuple et vengeresse la nuit… Une double casquette qu’elle manie à la perfection faisant d’elle une femme aussi impitoyable que redoutable !

De la même manière, il est intéressant de voir la facilité avec laquelle Florence se berce d’illusions estimant que ses odieux crimes sont également un moyen pour elle de dénoncer la crasse et la pauvreté de certains quartiers de Londres laissés aux mains de la vermine. C’est qu’on finirait par lui donner une médaille… Dans tous les cas, j’ai apprécié que l’autrice utilise une femme qui a réellement existé et qui, à son époque, a été au centre d’une retentissante affaire criminelle, pour étayer son roman. Le mélange biographie, fiction et réalité historique fonctionne à merveille et apporte cette petite touche d’authenticité qui rend le récit glaçant et effroyable !

En plus d’une écriture fluide, immersive et assez descriptive pour nous faire saisir toute l’horreur des crimes de Florence, l’autrice nous offre quelques clins d’œil savoureux notamment à des figures emblématiques comme Sherlock Holmes ou le spécialiste français des tueurs en série…

En conclusion, Pascale Leconte a su agréablement me surprendre par un texte immersif,  bien construit et réaliste qui offre une hypothèse originale sur la réelle identité de Jack l’Éventreur. En jouant à merveille sur la mince frontière entre vengeance, décadence et folie, elle arrive à créer un climat où l’angoisse monte crescendo jusqu’à ce que les lecteurs brûlent d’impatience de découvrir si quelqu’un arrivera à se mettre sur la route d’une femme manipulatrice dont l’esprit dérangé vous saisira d’effroi. Basé sur des faits réels, Jack l’Éventreur n’est pas un homme est un roman qui saura vous tenir en haleine et vous pousser dans vos retranchements.

Retrouvez le roman sur le site de l’autrice ou sur Amazon.