Urbanités coréennes : Un « spectateur » des villes sud-coréennes

Photo

Je remercie Babelio et la maison d’édition L’atelier des cahiers pour cette découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quelles questions la Corée soulève-t-elle sur l’essence de ce qui fait la ville ? En quoi l’histoire urbaine de Séoul nous instruit-elle sur notre propre conception de la modernité ? Pourquoi ne construirait-on pas des grands ensembles au cœur de la ville ? Et si le droit à une vue dégagée depuis son appartement était aussi important que la protection des vieilles pierres qui sommeillent au cœur des centres historiques ? Que nous dit de la société coréenne l’esthétique des villes, des corps qui les habitent aux monuments qui les structurent ? Des mégacentres commerciaux aux espaces marginaux des jardins potagers, quels sont les nouveaux lieux de sociabilité des citadins ?
Voilà quelques-unes des questions qui ont été chaudement débattues au cours des quatre journées du forum « Urbanités coréennes » tenu à la Cité de l’architecture & du patrimoine à Paris en avril 2016. À partir de onze films et documentaires, architectes, chercheurs et créateurs français et coréens ont interrogé les cultures urbaines en Corée, dans toute leur diversité. Cet ouvrage en restitue l’essentiel sous une forme originale.
Tout comme les Anglo-Saxons publient des « lecteurs » (readers) qui sont des anthologies de ce qu’il faut avoir lu sur une thématique particulière, nous proposons ici un « spectateur » (viewer) critique des films qu’il faut avoir vu pour comprendre la ville sud-coréenne.

  • Nombre de pages : 208 pages
  • Dimensions : 14,5 x 21 cm
  • Prix public : 22 000 wons/22 euros
  • Parution : octobre 2017

AVIS

Avant de parler du fond, il convient de parler de la forme dans la mesure où d’une part, la qualité du travail éditorial mérite qu’on s’y attarde un instant et que d’autre part, la forme et le fond de cet essai sont intrinsèquement liés. Urbanités coréennes est le troisième ouvrage de L’atelier des cahiers que je tiens en main et le deuxième que je chronique. Et j’y retrouve ce souci de publier un livre aussi intéressant qu’agréable à lire : couverture avec rabats et un effet presque cartonné, papier épais ce qui est important pour que les différentes photos du livre ne se voient pas au verso par effet de transparence, photos de qualité, contenu enrichi avec des QR codes renvoyant à des films, des bandes-annonces, des critiques cinématographiques… Tout est mis en place pour assurer une expérience de lecture complète et immersive. La seule chose que j’ai un peu regrettée et qui m’a parfois un peu frustrée, c’est que beaucoup des QR codes ouvrent des documents qui ne sont pas traduits en français ou, au moins, en anglais.

Ensuite, ce livre est original dans sa forme puisque issu du forum cinéma-sciences sociales ‘Urbanités coréennes », organisé à la Cité de l’architecture et du patrimoine à Paris, il propose, ni plus ni moins, que de permettre de comprendre les villes coréennes par les films. Pour ce faire, les différents participants à l’ouvrage, à travers quatre grandes parties (Séoul et la grande modernité, Un imaginaire XXL : les architectures du futur, Les coulisses de la ville verticale et Jardins secrets et marges urbaines) répondent à des problématiques en rapport avec les villes coréennes en s’appuyant sur des films qu’ils résument, et surtout analysent. Sont également rapportées des discussions issues des tables rondes organisées lors du forum.

La démarche d’utiliser les films, un média populaire non pas dans son sens péjoratif, mais dans l’idée qu’il est accessible à tous, est originale. Cela permet à des personnes non-coutumières des questions d’urbanisme, et a fortiori dans une société aussi éloignée de la nôtre que la société coréenne, de s’intéresser à ce sujet sans être complètement perdues. Cette manière, volontaire ou non, de rendre ces différentes problématiques accessibles à tous est l’un des points forts de cet essai qui, malgré la diversité et la multiplicité des sujets abordés, reste relativement abordable. J’écris relativement, car certains propos ou certaines notions m’ont parfois paru un peu abstraits…

J’ai néanmoins trouvé passionnantes les analyses des films présentés dans l’ouvrage : à partir de scènes et/ou de décors, des déplacements des protagonistes… qui n’auraient pas particulièrement marqué le spectateur lambda, les auteurs arrivent à souligner l’importance de la ville ou des lieux d’habitation en tant qu’espace géographique, mais également en tant qu’élément d’organisation des relations entre les individus. Nous nous rendons alors compte à quel point une ville peut influer sur les individus que ce soit à travers les types de constructions, leur taille (grands ensembles…), la manière dont elle favorise l’émergence de quartiers prisés par certaines catégories de population, la place laissée à la nature et aux individus dans l’espace public…

A travers cet ouvrage, les auteurs montrent également que la ville est un peu le témoin du passé et des évolutions sociétales, mais aussi politiques. En fonction du contexte politique local et national, les villes peuvent ainsi se voir repensées et réorganisées. C’est d’ailleurs révoltés que nous découvrons les conséquences néfastes de l’organisation des Jeux Olympiques de 1988 à Séoul puisque cet événement international a conduit les autorités à déloger, sans solution satisfaisante de relogement, les populations les plus pauvres. C’est que cette catégorie de population, en plus de gêner les chantiers de rénovation urbains, n’était pas forcément compatible avec l’image de modernité que le gouvernement voulait donner de la Corée. Cet exemple est l’un de ceux qui m’a le plus marquée, car il montre comment des autorités peuvent rendre presque invisibles des individus « gênants » en supprimant leurs espaces dans la ville. Il faut dire que gigantesques par leurs tailles et leurs nombres d’habitants, les villes coréennes contribuent à faire rayonner cette idée de « miracle économique coréen », une image incompatible avec les laissés-pour-compte qui n’ont pas réussi à faire de ce miracle le leur.

Sans tous les énumérer ou les détailler, cet essai aborde de nombreux autres thèmes comme la question des logements sociaux, un type d’habitats qui n’existait pas jusqu’à la fin des années 1990 puisque les Coréens étaient plutôt dans un système d’entraide entre voisins. La démocratisation du pays et les événements survenus durant les JO ont marqué une évolution dans ce domaine. D’ailleurs, les villes asiatiques et ici, Séoul étonnent par leurs capacités à évoluer rapidement, les autorités n’hésitant pas à construire et à démolir au gré des besoins. Malheureusement, les changements semblent souvent résulter de logiques financières, spéculatives et politiques, et sont loin de découler des véritables besoins des habitants. Un décalage dénoncé et combattu par Chung Guyon, un architecte maintenant décédé qui plaçait l’individu au cœur de ses projets. Bien que finalement, sa philosophie et ses enseignements aient plus marqué les esprits que ses quelques réalisations, sa manière de prendre en compte les besoins des personnes pour leur proposer des constructions qu’elles peuvent s’approprier m’a beaucoup plu et m’a semblé un moyen d’atténuer l’anonymat voire la dureté des grandes villes. Et si finalement, la vision humaniste et quasi philosophique de cet homme était le devenir de la ville coréenne voire de toutes les villes ? Faire renouer le dialogue entre les politiques, les citadins et toutes ces personnes qui construisent les villes de demain ne serait-il pas, en effet, le premier pas pour que chacun puisse enfin y trouver sa place ?

En conclusion, avec un taux d’urbanisation de 85%, on comprend aisément que la question des villes coréennes est un sujet à la hauteur de ce pays, c’est-à-dire complexe et passionnant. A travers des films coréens, leurs analyses et l’intervention de différents professionnels, les auteurs vous proposent un ouvrage qui offre une plongée dans les villes d’un pays qui demeure encore trop peu connu en France. D’un abord simple bien que parfois peut-être trop abstrait, cet essai devrait plaire aux amateurs d’architecture et à ceux qui s’intéressent à la question de l’aménagement des territoires, mais aussi aux simples curieux qui aiment à découvrir d’autres pays.

Et vous, envie de vous laisser tenter par Urbanités coréennes ?

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Uderzo L’intégrale 1953-1955, Philippe Cauvin et Alain Duchêne

Je suis toujours excitée quand je reçois un mail me confirmant ma sélection à une opération Masse critique de Babelio, mais je dois dire que mon excitation s’est muée en émerveillement quand j’ai découvert le titre de l’ouvrage que j’allais recevoir. Je tiens donc à remercier chaleureusement Babelio et Hors Collection de m’avoir offert l’occasion de découvrir ce superbe livre de collection.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le tome 3 de l’Intégrale Uderzo consacré aux années clés 1953 à 1955 : le tandem Goscinny-Uderzo est lancé ! Premières planches jamais vues de séries peu connues du grand public, épisodes complets, nombreux dessins inédits.

En 1953, pour le tout jeune couple que forment Albert et Ada Uderzo, c’est le temps des vaches maigres… mais heureuses ! Albert travaille de cinq heures du matin à minuit : la passion dévorante pour le dessin l’habite depuis toujours. Entre 1953 et 1955, avec, entre autres, Jean-Michel Charlier et René Goscinny, Uderzo produit des planches humoristiques (ou non) par dizaines, et des illustrations époustouflantes de réalisme par centaines.

Au fil de ces 424 pages fabuleuses de planches soigneusement restaurées, de dessins inédits, de documents d’archives, de commentaires du maître, le talent d’Uderzo explose, le trait s’affirme et s’affine, les blagues fusent. Bien plus qu’une compilation de séries BD présentées ici dans leur intégralité, cette intégrale est une merveilleuse malle aux trésors à ouvrir d’urgence !

Ce très bel ouvrage, relié, dos toilé, est le troisième volume d’une série comportant deux autres volumes : L’Intégrale Uderzo 1941-1951 et L’Intégrale Uderzo 1951-1953.

  AVIS

Cette intégrale Uderzo est la troisième d’une série qui comprend deux autres volumes, le premier consacré aux travaux de l’illustrateur durant la période 1941-1951 et le deuxième, durant la période 1951-1953. Quant à ce troisième tome, il se consacre à la période 1953-1955.
Deux ans dans la vie d’un illustrateur, ça semble finalement peu, mais c’est beaucoup quand on parle d’un illustrateur comme Uderzo à la capacité de travail époustouflante. Par nécessité souvent, mais aussi, j’aime à croire, par passion, il n’hésitait pas à se consacrer corps et âme à son travail avec, fort heureusement, la présence bienveillante de sa femme, Ada, dont on sent, à travers ce livre, le profond attachement. C’est d’ailleurs l’un des points que j’ai le plus aimé dans cette intégrale. Sans nous donner en long et en large les détails de sa vie privée, on y découvre quelques informations, grâce notamment à des photos personnelles ou à des interventions d’Uderzo, qui nous permettent de voir l’homme derrière l’illustrateur.

 

 

 

L’intérêt, pour le lecteur, est de se sentir plus proche de lui et de son travail et de prêter, peut-être, plus attention à des détails sur lesquels il ne se serait pas spécifiquement attardé. Uderzo aime les voitures et les chevaux ? Ne reste plus qu’au fil des planches qui se dévoilent à nous de chercher cette appétence pour cet objet et cet animal dont le point commun est d’offrir vitesse et liberté. Est-ce deux valeurs appréciées par l’illustrateur ? Peu importe puisque ce qui compte ici est le plaisir qu’on prend à scruter plus attentivement, par exemple, les dessins des chevaux que vous ne manquerez pas de croiser tout au long de votre lecture.

Je dois avouer que pour moi, Uderzo, c’est Astérix et Obélix et éventuellement, Oumpah-Pah. Et à la lecture de cette intégrale, j’ai quelque peu honte d’avoir réduit et cantonné l’illustrateur à ces deux BD, certes de qualité, mais qui ne représentent qu’une très infime part de son impressionnante production. Rappelons-nous que nous parlons ici d’un bourreau de travail qui pouvait travailler de 5h du matin à minuit pour assurer ses nombreuses commandes. Alors, je suis reconnaissante aux auteurs de cet ouvrage d’avoir pris le temps de collecter les différents travaux du dessinateur durant cette période 1953-1955. Il aurait été, en effet, difficile et fastidieux pour un lecteur lambda d’effectuer ce travail de longue haleine d’autant que loin de nous proposer seulement la reproduction de documents déjà publiés, nous avons ici droit à des documents d’archives, des dessins inédits, des planches originales, des croquis, des tapuscrits…

Au-delà du panel de documents dont la richesse et la diversité devraient conquérir chaque lecteur, cette intégrale contient les illustrations d’Uderzo publiées quotidiennement dans La Libre Belgique, celles réalisées pour des scenarii de Goscinny (Jehan Pistolet, Luc Junior et Bill Blanchart) et de Jean-Michel Charlier (Belloy, Valérie André et Le fils du tonnelier, une histoire de l’Oncle Paul). Si le duo Goscinny-Uderzo m’est évidemment familier, j’ai aimé la synergie dégagée par celui formé par Jean-Michel Charlier et Uderzo, un duo qui fonctionne, à l’instar du premier, à merveille.

A noter que chacune des histoires bénéficie de quelques pages d’explications afin de permettre, entre autres, aux lecteurs d’en connaître le contexte de publication et les techniques artistiques utilisées par Uderzo qui lui sont d’ailleurs parfois imposées…

Cette démarche apporte une réelle valeur ajoutée aux planches que l’on prend ensuite plaisir à découvrir, à ausculter sous toutes les coutures afin de s’imprégner des illustrations qui subliment, à chaque fois, le scénario qu’elles servent. Puis, vient le temps de la dégustation pendant lequel on se laisse simplement emporter par les dessins qui nous conduisent aussi bien sur les traces de l’Histoire, que sur celles d’un jeune reporter affublé d’un chien fougueux et d’un collègue qui n’aspire qu’à la tranquillité ou même sur celles d’un chasseur de fauves…

Si certaines histoires m’ont plus intéressée que d’autres, en raison notamment de leur scénario, elles permettent toutes de s’apercevoir qu’Uderzo est un artiste aux multiples facettes, capable aussi bien de souligner l’absurdité d’une situation en quelques coups de crayon que de suggérer les émotions d’une scène par un trait saisissant de réalisme. Et je dois d’ailleurs faire mon second mea-culpa de cette chronique. Jusqu’à présent, j’avais tendance à associer Uderzo à Asterix avec ses personnages typés et aux traits quelque peu caricaturaux. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant si l’on considère que l’auteur avoue, à plusieurs reprises, son goût pour le dessin humoristique où il s’illustre avec brio. Néanmoins, grâce à Jean-Michel Charlier et à son histoire mettant en scène la vie de cette femme d’exception qu’est Valérie André, j’ai découvert que le talent de dessinateur d’Uderzo dépassait de loin ce que j’imaginais. Ses dessins sont d’un tel réalisme que l’on s’approche presque plus de la photo que de l’illustration. On s’attend ainsi à voir Valérie André sortir du livre pour se lancer dans une nouvelle aventure. Des dessins d’exception pour une femme d’exception en somme ! A noter qu’Uderzo avait reçu comme consigne de faire des dessins au lavis afin d’avoir un rendu proche du roman-photo. Et je pense que l’on peut dire qu’il a relevé le défi haut la main au point que je regrette qu’il n’ait pas plus souvent utilisé cette technique qui lui réussit plutôt bien.


L’artiste a également participé pour La Libre Belgique à une série qui, de nouveau, prouvera sa capacité à faire des dessins réalistes même si ce n’est pas un genre qu’il affectionne beaucoup. J’ai trouvé cette idée de développer un sujet, sur plusieurs semaines, à travers quatre vignettes fort intéressante d’autant que les thèmes abordés sont nombreux : la prise de la Bastille, l’Indochine, les faits marquants de l’année 1953, la guerre des Boers…

Les illustrations sont assez réalistes pour que, plusieurs années après leur publication, on les comprenne aisément et qu’on en ressente toujours l’importance. Certaines illustrations sont également agrandies permettant aux lecteurs d’en analyser un peu plus les détails.

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Toujours avec cette idée de réalisme, bien qu’ici ce soit plus subtil, j’ai été subjuguée par l’attention portée aux faciès des personnages. Une mimique, un sourire en coin, un regard… Il n’en faut pas beaucoup plus pour que le lecteur perçoive les émotions des personnages mises à nu par les dessins : couardise, bravoure, férocité, méchanceté, peur, détermination… J’ai également été saisie par la capacité d’Uderzo à suggérer le mouvement : multiplication des points de vue, découpage de l’action, fluidité dans les coups de crayon.. Ce sens du mouvement explique, entre autres, la complémentarité entre l’illustrateur et les deux scénaristes dont les histoires pleines d’action avaient définitivement besoin de dessins dynamiques tels que les siens.

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Et puis, il y a ce sens du détail qui fait qu’en regardant de plus près certains dessins, vous verrez que rien n’y est laissé au hasard comme avec ce bol qui semble épouser la forme du crâne ajoutant un comique de situation auquel il est bien difficile de ne pas succomber. Ceci est d’autant plus remarquable que l’artiste, pris par une cadence de production intensive, n’avait pas forcément le temps et la possibilité de fignoler les détails…

Enfin, je ne peux pas terminer cet article sans souligner le magnifique travail éditorial dont les quelques photos ci-dessus vous donnent un petit aperçu. Si le livre est beau visuellement, on ne peut qu’en outre apprécier son large format qui offre un vrai confort de lecture.


D’aucuns pourraient reprocher un ouvrage peut-être un peu lourd, mais son poids ne gêne en rien la lecture puisque je l’ai moi-même dévoré en position semi-allongée avec un chat allongé sur mes genoux. Et puis, nous sommes ici face à un article de collection dont le poids est à la hauteur de la qualité ! Quant au papier, j’ai aimé son aspect glacé, mais je sais que certains amateurs de BD sont attachés au papier traditionnel. Pour ma part, je n’ai pas cet attachement appréciant fortement que le papier glisse entre mes mains lorsque je tourne les pages.

BD format classique – L’intégrale – BD grand format

En conclusion, offrant une petite incursion dans la vie de l’homme derrière l’illustrateur, cette intégrale est un petit bijou que tout amateur d’Uderzo se doit de posséder dans sa bibliothèque. Cet article de collection devrait vous convaincre, une fois de plus, du talent de ce dessinateur qui manie aussi bien le dessin humoristique avec ces gros nez qu’il aime tant que le dessin réaliste avec des faciès au réalisme remarquable. Un artiste aux multiples talents et à la productivité hors norme qui a marqué toute une génération et qui, nul doute, en marquera encore bien d’autres. Uderzo ou le nom d’un artiste que l’on peut définitivement qualifier d’intemporel.

Je terminerai cette chronique par une photo de l’illustrateur qui représente à merveille ce que vous ressentirez une fois la dernière page du livre tournée.

Et vous, envie de craquer pour cette sublime intégrale ou d’en feuilleter quelques pages ?

Comme un poisson hors de l’eau (recueil de nouvelles), Rooibos éditons

Je remercie Babelio et Rooibos éditons pour m’avoir offert, dans le cadre d’une opération masse critique, la possibilité de lire ce recueil de nouvelles. En grande consommatrice de thés et de rooibos, je suis complètement fan du nom de cette maison d’édition toute jeune, puisque créée en 2016. Comme un poisson dans l’eau est d’ailleurs le premier ouvrage qu’elle propose au public.

A noter qu’un petit mot manuscrit et un carnet accompagnaient le livre ; petites attentions toujours appréciables.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Six auteurs ont relevé le défi d’écrire une histoire courte dans laquelle les personnages essaient de trouver une issue dans un lieu, un temps ou un monde complètement différent.
Ce recueil de six nouvelles en est le résultat. Six histoires de personnages touchants, étrangers à leur monde ou à leur propre corps. Six histoires originales aux univers variés : réalistes et fantastiques, contemporains et futuristes. Six histoires émouvantes qui nous donnent l’occasion d’être, pour un court instant, comme un poisson hors de l’eau

  • Broché: 96 pages
  • Éditeur : Rooibos Éditions (19 mai 2017)
  • Prix : 10€
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

Ce recueil contient six nouvelles toutes très différentes, mais avec le point commun de tourner autour d’un thème très original : Comme un poisson dans l’eau.

  • Le cheveu blancMickaël Auffray

Théo découvre, un matin comme les autres, une chose pas comme les autres : son premier cheveu blanc. Branle-bas de combat dans sa tête, il est bien déterminé à terrasser l’ennemi !

Découvrir un cheveu blanc quand on a la trentaine n’a rien de surprenant ni de très dramatique. Alors le lecteur assiste médusé et, avouons-le, amusé à la recherche désespérée de Théo pour trouver une pince à épiler avant que sa compagne ne découvre le pot aux roses. Nous le suivons dans son périple le conduisant dans un magasin où il devra affronter son propre Goliath, mais aussi dans les transports où son obsession du cheveu blanc ne passera pas inaperçue, et dans un bar au sein duquel il rencontrera un drôle de type, pour ne pas dire un fou. Seront alors question de temps qui passe et surtout d’apocalypse !

Certains passages m’ont amusée et fait sourire, car Théo est clairement dans l’exagération comme si le temps qui passe lui faisait horriblement peur. Néanmoins, la chute nous permet de nous rendre compte que la situation ne prêtait pas vraiment à sourire… J’ai d’ailleurs apprécié la fin que je n’avais pas anticipée ne sachant pas quelle direction allait prendre l’auteur. J’ai, enfin, aimé la métaphore de l’apocalypse touchant le monde pour représenter celle qui a lieu dans la tête de notre protagoniste à la découverte de son premier cheveu blanc.

  • Altéa, Régis Goddyn

Altéa est en détresse perdue dans l’espace avec, comme seule compagnie, un robot du nom de Bob…

Je dois reconnaître n’être pas très fan de science-fiction pure et d’histoires se déroulant dans l’espace. Heureusement, le format très court de ce récit m’a quand même permis de le lire sans déplaisir d’autant qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour suivre avec anxiété l’aventure d’Altéa. On ne peut s’empêcher de souhaiter qu’elle survive à cette expédition qui a mal tourné. Altéa, quant à elle, semble plus lucide sur son sort estimant que ses chances de survie sont proches du néant. Cela ne l’empêche pas cependant de prendre les choses en main n’attendant pas les bras ballants sa mort. Elle a définitivement les traits d’une battante !  Mais cela sera-t-il suffisant pour faire pencher la balance du destin ?

A la fin de l’histoire, l’auteur introduit brièvement une nouvelle personne avec sa propre problématique, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous spoiler. J’ajouterai donc seulement que cela introduit un certain questionnement et laisse, à mon sens, deux interprétations possibles à la nouvelle. Ou c’est possible que ce soit juste moi qui ai trop d’imagination et qui aime me poser des questions. Mais peu importe que ce soit une volonté de l’auteur ou de mon esprit puisque c’est un aspect que j’ai apprécié.

  • Olga, Roger Grange

Olga et Tang n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer ! La première est guide sur un bateau de croisière, « l’Anton Tchekhov », en Russie quand le second est un étudiant chinois fasciné par les créatures marines des plus terrestres aux plus mythiques comme les Selkies et les sirènes. Ils partagent néanmoins tous les deux l’amour de l’eau et des animaux.

J’ai tout de suite été happée par le récit en raison de la plume de l’auteur que j’ai beaucoup aimée. Raffinée avec un petit côté poétique, elle sied à merveille à cette histoire teintée d’onirisme. Ce fut également un plaisir de voyager, même un bref instant dans deux immenses pays que je connais très peu : la Russie et la Chine. La brièveté de l’histoire ne permet pas les épanchements ni les longs développements, mais il n’empêche, je me suis aisément imaginé dans les différents lieux de l’intrigue. Le fait, en outre, que l’auteur aborde le mythe des sirènes à travers l’attraction qu’elles exercent sur Tang n’était pas pour me déplaire adorant ces créatures. L’auteur arrive d’ailleurs à tenir en haleine le lecteur en le promenant entre rêve et réalité à travers le personnage d’Olga. Cette femme dont on entrevoit la beauté semble envoûter Tang tout comme le lecteur qui se l’imagine presque sous les traits d’une naïade…

Enfin, si vous aimez la lecture (ce que je suppose être le cas si vous lisez cette chronique), vous apprécierez peut-être, comme moi, la référence à l’un des auteurs russes les plus connus en France et l’un des plus prolixes, Anton Tchekhov.

  • Le goût de l’orange, Laurence Marino

Nejma, de sa tour parisienne, nous offre un petit voyage dans ses souvenirs d’enfance au Maroc :  les odeurs d’oranger qui lui manquent, le hammam, sa famille et ses premiers émois amoureux avec d’autres femmes, chose inacceptable dans son pays d’origine.

J’ai apprécié que l’auteure aborde le thème de l’homosexualité féminine ce qui n’est pas courant, a fortiori quand l’intrigue se déroule dans un pays du Maghreb. J’ai cependant regretté un traitement du sujet assez maladroit et qui m’a semblé presque artificiel. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à croire à l’homosexualité de la protagoniste ni à celle des deux autres personnes. Tout arrive trop vite et de manière bien trop pratique. Je n’ai, en outre, pas compris cette femme qui fait des études pour rentrer simplement dans sa campagne et ne pas les mettre en application…

Enfin, et c’est évidemment très subjectif, la plume de l’auteure n’a pas su me convaincre ni me séduire. La juxtaposition de phrases courtes sans aucun effort de liaison entre elles donne, pour moi, un air bien trop enfantin au récit. Le texte mériterait à mon sens d’être retravaillé pour coller à l’ambiance de la nouvelle. En effet, alors qu’on ressent une certaine langueur qui émane de l’histoire, on se retrouve avec des phrases saccadées et une écriture presque nerveuse. Que cette dichotomie du fond et de la forme soit recherchée ou non par l’auteure, elle m’a simplement rebutée.

En bref, si la nouvelle a le mérite d’aborder un sujet qui est toujours considéré comme tabou dans de nombreux pays, je n’ai pas été séduite par la manière dont il a été traité. Chaque avis restant subjectif, je vous invite à lire la chronique d’Alex qui, contrairement à moi, a beaucoup apprécié ce texte.

  • Claudius, Fabien Rey

Sasha se réveille à l’hôpital relié à des tuyaux. La tête embrouillée et les souvenirs confus, il ne sait pas ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé. Pourtant, on attend de lui qu’il réponde à une énigmatique question : Claudius a-t-il eu tort de tuer son frère ?

Autant les histoires se déroulant dans l’espace ne me parlent pas beaucoup, autant les récits de science-fiction futuriste comme celui-ci me plaisent énormément. Claudius n’a pas échappé à la règle ! J’ai adoré la manière dont l’auteur introduit dès le début du suspense : pas d’autre choix que de vouloir en apprendre plus sur Sasha et ce fameux Claudius. Certains devineront d’emblée à qui fait référence le personnel médical qui semble obsédé par la fameuse question, mais à ma grande honte, ce ne fut pas mon cas.

J’ai adoré cette nouvelle, mais je préfère rester brève, car le plaisir de la lecture provient vraiment du fait que comme Sasha, le lecteur est dans le brouillard. En peu de pages, on arrive complètement à s’identifier à lui, à ressentir son impatience, ce sentiment désagréable d’être perdu et dépossédé de sa vie. On partage aussi son agacement puis sa colère devant ces personnes qui s’entêtent avec leur stupide question quand ils refusent de répondre aux nôtres. En d’autres termes, le personnage étant presque vierge de souvenirs cohérents, le lecteur arrive sans peine à se l’approprier et à se projeter dans son histoire.

L’écriture est ici nerveuse et parfois saccadée comme pour la nouvelle précédente, mais cela correspond parfaitement à l’ambiance, et permet d’accentuer les émotions de Sasha. En bref, Claudius est certainement le récit du recueil que j’ai préféré.

  • L’Indéfectible mélancolie du chou, Lucie Troisbé-Baumann

Jill se réveille d’une sieste avant d’entamer son service dans le restaurant où elle travaille. Réveil difficile dans la mesure où il est marqué par l’absence de Nathan, l’amour de sa vie. Son absence se révèlera d’ailleurs de plus en plus oppressante et douloureuse au cours de la journée…

Le gros point fort de cette nouvelle est sans aucun doute la très belle plume de Lucie Troisbé-Baumann. D’une grande poésie, elle vous fait voyager entre rêve et réalité, entre le quotidien de la vie et les errances de la pensée. Il se dégage en outre du texte une grande mélancolie, mais également une certaine douceur à l’image des oiseaux au duvet cotonneux dont la présence en filigrane dans le texte relie subtilement et joliment l’existence de Jill et de Nathanaël.

L’indéfectible mélancolie du chou fait partie de ces récits qui n’ont de valeur que s’ils sont lus. L’histoire ne vous offre ainsi pas de suspense ou une tension qui vous poussent à tourner les pages, mais une expérience de lecture, qu’en fonction de votre vécu et de votre personnalité, vous vivrez différemment. Ce qui est certain c’est que l’auteure vous propose ici un très joli texte qui ravira les amateurs de poésie et de récit teinté d’onirisme. A cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin.


En conclusion, Comme un poisson hors de l’eau est un recueil de nouvelles fort sympathique qui nous permet de voir qu’à partir d’un même thème, des auteurs peuvent nous offrir des histoires très différentes. Excepté un récit qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais qui plaira certainement à d’autres, j’ai trouvé chaque récit intéressant et très plaisant à lire. La seule chose qui m’a un peu décontenancée est la brièveté de l’ouvrage, celui-ci mériterait ainsi d’être un peu plus étoffé pour satisfaire mon appétit de lectrice. Pour ma part, je suis contente d’avoir découvert six auteurs que je ne connaissais pas, et d’avoir rencontré, à travers ces petits textes, des plumes que je prendrai plaisir à suivre. Alors si vous avez envie d’une lecture rapide vous permettant de faire de nouvelles découvertes en matière d’auteurs, ce petit recueil devrait vous ravir.

Envie de vous procurer le recueil ? Visitez le site de Rooibos éditions ou d’Amazon.

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Cette chose étrange en moi, Orhan Pamuk

index

Je remercie Babelio et Gallimard pour m’avoir fait parvenir les épreuves non corrigées du roman d’Orhan Pamuk, Cette chose étrange en moi.

NB : n’ayant pas eu la version finale en main, je ne saurais vous dire l’importance des éventuels changements apportés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Comme tant d’autres, Mevlut a quitté son village d’Anatolie pour s’installer sur les collines qui bordent Istanbul. Il y vend de la boza, cette boisson fermentée traditionnelle prisée par les Turcs.
Mais Istanbul s’étend, le raki détrône la boza, et pendant que ses amis agrandissent leurs maisons et se marient, Mevlut s’entête. Toute sa vie, il arpentera les rues comme marchand ambulant, point mobile et privilégié pour saisir un monde en transformation. Et même si ses projets de commerce n’aboutissent pas et que ses lettres d’amour ne semblent jamais parvenir à la bonne destinataire, il relèvera le défi de s’approprier cette existence qui est la sienne.
En faisant résonner les voix de Mevlut et de ses amis, Orhan Pamuk décrit l’émergence, ces cinquante dernières années, de la fascinante mégapole qu’est Istanbul. Cette «chose étrange», c’est à la fois la ville et l’amour, l’histoire poignante d’un homme déterminé à être heureux.

  • Broché: 688 pages
  • Editeur : Gallimard (17 août 2017)
  • Prix : 25€

AVIS

Je dois admettre qu’à la lecture du résumé, je n’étais pas particulièrement emballée par ce roman. Éprouvant déjà du mal à me plonger dans la biographie de personnages historiques qui pourtant me fascinent, je me voyais difficilement suivre avec palpitation les tribulations d’un vendeur de yaourt et de boza (boisson traditionnelle fermentée). Je me suis néanmoins laissée tenter pour le plaisir de découvrir un auteur turc, ma connaissance en matière de littérature turque approchant du néant. Et je peux déjà d’ores et déjà vous dire que je me félicite de ma curiosité.

L’histoire d’un marchand ambulant, de celle de sa famille et de ses amis dans la Turquie de 1969-2012

Dès la première page, l’auteur arrive en effet à créer un climat de complicité qui vous enjoint à vous poser confortablement afin d’arpenter virtuellement les rues d’Istanbul et de découvrir la vie de Mevlut et de ses amis. A cet égard, je trouve le titre complet du livre beaucoup plus parlant que son raccourci : Cette chose étrange en moi. La vie, les aventures, les rêves du marchand de boza Mevlut Karatas et l’histoire de ses amis et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par les yeux de nombreux personnages.

Ce titre révèle, en partie, ce que l’auteur vous propose : découvrir une saga familiale/amicale et le contexte socio-culturel, économique et politique dans lequel elle évolue. L’auteur aborde ainsi différents sujets comme la corruption, la haine raciale et les tensions entre les différentes communautés, l’islamisme, les meurtres politiques, la question de la place de la femme dans une société où elle est en permanence sous le joug d’un homme, l’urbanisation presque sauvage et très rapide d’Istanbul, l’industrialisation et les nouvelles normes d’hygiène… Néanmoins, le roman n’ayant pas de vocation idéologique ou politique, ces différents sujets sont toujours abordés sous le prisme de l’impact plus ou moins direct qu’ils ont sur la vie personnelle et professionnelle de Mevlut et de ses amis. L’auteur ne s’attarde donc pas sur les différents événements ce qui évite d’alourdir une histoire déjà très riche.

Cette chose étrange en moi, c’est avant tout l’histoire d’un homme ordinaire, de ses amis et de sa famille. Le caractère banal de notre protagoniste permet à l’auteur d’aborder des thèmes universels : les relations enfants/parents, la famille avec l’amour que l’on porte à ses membres mais également les dissensions qui peuvent séparer ses membres, l’amitié et les disputes, les soirées entre amis, les premiers questionnements sur sa sexualité, la recherche d’un travail, l’argent, la solitude, la quête de soi et du sens de la vie et bien sûr, l’amour. Nous découvrons ainsi les premiers émois amoureux de nos protagonistes, et notamment de Mevlut à travers ses lettres d’amour. Elles n’arriveront jamais à la bonne destinataire, mais scelleront pourtant pendant quelques années son destin, et son bonheur auprès d’une femme qu’il n’aura de cesse d’aimer. Je ne suis pas forcément très sensible aux histoires d’amour, mais j’ai trouvé celle de notre protagoniste plutôt belle, car parfaitement ancrée dans la réalité.

A noter que Gallimard vous propose, en fin d’ouvrage, une chronologie très bien pensée des principaux événements de la vie de Mevlut et de ses amis, entremêlée avec les faits historiques de la période 1954-2012. Je n’ai pas ressenti le besoin de la consulter durant ma lecture, mais cela peut se révéler utile si vous vous sentez perdus.

Des personnages nombreux… rendant la narration vivante 

En effet, bien que la maison d’édition propose un petit arbre généalogique en début d’ouvrage, la multitude de personnages, aux noms peu communs pour des Occidentaux, pourrait effrayer, décontenancer ou simplement perdre certains lecteurs. Pour ma part, ce ne fut pas le cas, car les différents personnages interviennent suffisamment pour que leurs noms nous deviennent rapidement familiers tout comme leurs liens avec Mevlut.

J’ai apprécié que l’auteur ne se focalise pas seulement sur notre vendeur de boza, mais offre une place importante aux personnes qui ont compté dans sa vie. Il n’hésite d’ailleurs pas à leur donner la parole puisque ceux-ci s’adressent et interpellent régulièrement le lecteur. Je ne suis pas friande de ce genre de procédé, mais utilisé avec intelligence comme ici, je ne peux que l’apprécier. Cela crée une connivence entre le lecteur et les personnages, et donne un côté très vivant à la narration. J’ai parfois eu le sentiment d’entrer dans une conversation ou de suivre en direct un reportage où plusieurs intervenants échangent leurs points de vue sur un sujet et veillent à rétablir leur propre vérité.

Mevlut et Istanbul

Contrairement à son père que la vie à la ville a rendu aigri, envieux et médisant, Mevlut est ce genre de personne profondément optimiste qui voit le verre à moitié rempli plutôt qu’à moitié vide. Les différentes épreuves qu’il rencontrera le rendront parfois d’humeur chagrine et le conduiront à avoir de brusques emportements difficilement compréhensibles pour son entourage, mais il n’en demeure pas moins un homme bon, avec ses défauts et ses qualités. Tout au long du roman, il essaiera ainsi de vivre sa vie sans juger ni prendre parti tout en restant fidèle à ses valeurs. Cette neutralité lui sera d’ailleurs utile pour exercer son métier de vendeur ambulant sans trop d’encombres, et côtoyer des personnages aux opinions politiques et religieuses diamétralement opposées. Si son entourage est assez politisé, Mevlut n’aspire, quant à lui, qu’à une seule chose : être heureux. Cela peut parfois donner le sentiment qu’il se laisse porter par les événements se contentant de les constater et de s’ajuster sans vraiment anticiper, mais ça lui donne un côté rêveur et idéaliste qui le rendent assez touchant.

Le roman nous permet de découvrir la vie de notre vendeur de boza et de ses amis, mais, tout au long du livre en filigrane, il y a Istanbul. Istanbul et ses rues, Istanbul et son foisonnement, Istanbul et son urbanisation, Istanbul et ses constants changements, mais surtout Istanbul et Mevlut dont la vie semble intrinsèquement liée à cette ville comme si elle était un peu sa vieille amie. Alors qu’il aurait été assez humain de rejeter toutes les évolutions de la ville en se réfugiant dans un passé idéalisé, Mevlut se contente de les observer tout en continuant à faire ce qui le rend véritablement heureux : arpenter les rues le soir en vendant de la boza, parler avec des clients et sentir ce vent de liberté qui s’offre à lui. Et peu importe que les clients se tarissent et que l’activité ne soit pas rémunératrice… Mevlut apparaît alors au lecteur ainsi qu’à la plupart de ses clients, comme l’un des derniers représentants du passé et des traditions dans une Istanbul sans cesse renouvelée.

Enfin, j’ai beaucoup aimé la profusion des détails donnés par l’auteur, car ils permettent de se plonger complètement dans la vie de Mevlut et de sa famille et dans les rues d’Istanbul que l’on voit évoluer. Ils sont ainsi indispensables pour comprendre les personnages et le contexte dans lequel ils évoluent et rendent, paradoxalement, ce roman de plus de 600 pages facile et agréable à lire.

En conclusion, avec Cette chose étrange en moi, Orhan Pamuk nous offre une très belle saga familiale dans une Istanbul en pleine évolution urbaine, culturelle, politique… Si le livre aborde différents thèmes allant de la corruption à la place de la femme dans la société turque en passant par l’urbanisation sauvage d’Istanbul, son intérêt principal réside ailleurs. Il réside dans la parole donnée à un protagoniste banal qui n’est pas un héros, qui n’est ni riche, ni méchant, et dont le seul objectif dans la vie est simplement d’être heureux. Et si, sous l’apparente naïveté de Mevlut dont l’entourage aime à se moquer, se cachait finalement une certaine sagesse ?

Je conseillerais ce roman à toutes les personnes qui aiment les histoires où les nombreux détails font la richesse du récit et où le voyage est plus important que la destination.

 

 

Sothik, Marie Desplechin, Sothik Hok

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J’ai reçu Sothik de Marie Desplechin et Sothik Hok dans le cadre d’une opération Masse critique de Babelio. Je remercie donc la maison d’édition l’École des loisirs et Babelio pour cette belle découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sothik est né en 1967 dans un Cambodge en pleine tourmente. Il a trois ans quand la guerre civile fait rage, huit ans quand les Khmers rouges prennent le pouvoir. Du jour au lendemain, tout change. L’argent est aboli, les livres sont détruits, la religion interdite, la propriété privée n’existe plus. Sothik et sa famille doivent quitter leur maison en laissant tout derrière eux et prouver sans cesse leur obéissance au nouveau régime. Mais cela ne suffit pas ! Les Khmers rouges décident brutalement d’enlever les enfants à leurs parents afin de mieux les éduquer. Sothik rejoint un groupe d’enfants de son âge. La famille n’existe plus, la terreur et la famine s’installent…

Marie Desplechin est allée pour la première fois au Cambodge en 2014. Invitée à rejoindre Sipar par Suzanne Sevray, longtemps en charge de l’international à l’école des loisirs, elle a suivi sur place le travail des équipes et fait la connaissance de Sothik. C’est à la fin d’un séjour de trois semaines qu’ils ont décidé de travailler ensemble à ce livre, que Tian a accepté d’illustrer.

  • Broché: 96 pages
  • Editeur : ECOLE DES LOISIRS (14 septembre 2016)
  • Prix : 13€

MON AVIS

L’objet livre…

Je suis complètement sous le charme du livre en tant qu’objet. Sa couverture me plaît beaucoup et l’on y reconnaît facilement le travail de Tian qui a réalisé la série L’année du lièvre.

Ni trop petit ni trop grand, le format du livre est en outre parfait pour que sa prise en main soit autant agréable pour les enfants que leurs parents. La lecture en est d’autant plus plaisante que le texte est aéré et agrémenté de très belles illustrations. Même si j’aurais aimé qu’elles soient plus nombreuses, elles enrichissent indéniablement le récit :

L’histoire…

Sothik commence par nous raconter son enfance d’avant les Khmers rouges avec sa part d’insouciance et surtout ses liens avec sa famille que l’on perçoit emplis d’amour. Puis, avec l’arrivée des Khmers rouges au pouvoir, le récit se fait petit à petit plus sombre et l’on découvre alors toutes les horreurs commises par ceux-ci.

Ainsi les Khmers rouges, sous couvert de créer une société parfaitement égalitaire, « révolutionnent » la vie des Cambodgiens pour leur plus grand malheur. Comme dans les grandes dictatures communistes, la pauvreté, la faim, la dénutrition, la surveillance constante entre les habitants, les dénonciations, la rupture des liens familiaux et amicaux, le racisme et les meurtres, l’abolition de toute forme de culture et d’espoir… deviennent le quotidien du peuple.

A ma grande honte, je ne connaissais que les grandes lignes des exactions commises par les Khmers rouges au Cambodge. J’ai donc été frappée par toute l’atrocité de la situation qu’ont su décrire simplement mais de manière marquante Sothik Hok et Marie Desplechin.

J’ai été néanmoins perturbée par le sentiment qu’en nous racontant son histoire, Sothik prenait une certaine distance avec celle-ci comme pour se protéger d’un passé marqué par l’horreur ou simplement, pour se prouver qu’il a définitivement tourné la page de celui-ci.  Cela m’a parfois donné l’impression qu’il nous racontait son histoire mais que son récit aurait tout aussi bien pu être celui d’un autre enfant.

Mais au final, c’est peut-être volontaire puisque ces expériences traumatisantes ont été partagées par beaucoup d’autres enfants…

Un roman jeunesse qui mériterait d’être plus développé pour les adultes…

La seule chose que j’ai un peu regrettée, c’est que la narration m’a semblé rester un peu trop en surface. Si l’on découvre les atrocités commises par les Khmers rouges, le récit n’entre pas dans les détails. On finit par ressentir une certaine résignation comme si tous ces événements dramatiques n’étaient au final pas si terribles. Des détails plus importants les auraient sûrement ancrés plus fortement dans l’esprit des lecteurs.

Néanmoins, je pense que cela s’explique par le fait que le livre soit avant tout destiné à des jeunes de 9 à 12 ans. A cet égard, le roman me semble vraiment parfait pour des enfants car, sans être traumatisant, il leur permet de connaître cette période noire du Cambodge. Le fait que l’histoire soit celle de Sothik enfant ne peut en outre que les encourager à lire le roman puisqu’il est alors plus facile pour eux de s’identifier au personnage principal.

NOTE : 4,5/5

Pour conclure, Sothik est un livre que j’ai beaucoup apprécié et que je n’hésiterai pas à relire. A travers un récit simple mais très joliment illustré, les auteurs ont su partager un épisode noir et dramatique de l’Histoire cambodgienne.

Destiné à la jeunesse, je ne peux qu’inviter tout le monde à se pencher sur ce livre et à découvrir l’histoire de ce petit garçon qui a vécu sous les Khmers rouges. Son témoignage sert un peu d’hommage à tous les autres enfants et adultes qui, contrairement à lui, n’ont pas survécu à la barbarie.

Un travail de mémoire collectif en somme…

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Masse critique #3 : Alexandre ou la vie éclatée, Alexis Varlamov

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J’ai reçu Alexandre ou la vie éclatée d’Alexis Varlamov, des Éditions Motifs, dans le cadre d’une opération Masse critique de Babelio.

Je remercie Babelio et la maison d’édition pour m’avoir permis de lire cet ouvrage.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Russie. 1963-1993, de Brejnev à Eltsine. Dans sa quête du sens de la vie et, aussi, de Cosette, le seul amour véritable de sa courte existence, le héros, Alexandre, le petit, le sans-grade, le « paumé », traverse, sans la comprendre, et animé de son seul instinct « d’amour et de mort », cette période charnière de la fin prochaine de l’Union soviétique et de l’éclatement de son empire, avec, pour tout avenir, la promesse improbable de l’arrivée d’une Russie dite « nouvelle ».

« Ça c’est un roman ! » s’exclame le lecteur en refermant ce livre. Car il y a tout ici, absolument tout : l’amour et la solitude, le passé et l’incertain présent, le plus improbable avenir, la religion et son absence, la ville et la nature, l’histoire et le particulier, la Russie et le sentiment de celle-ci, ce vieux mystère irréductible, que tous les géants de la littérature russe ont tenté en vain, semble-t-il, de sonder. Elle est là, demeure, noyau caché et incandescent, et pourtant plus menacée par la sourde modernité, son éclatement absurde, qu’elle ne l’avait été par les coups de boutoir du communisme.

L’auteur, un romancier qui sait lire les signes de son temps et un homme qui déchiffre les énigmes contradictoires de l’âme, bref un grand écrivain, nous fait vivre ici les bouleversements de la Russie post-Gorbatchev à travers la vie éclatée de son héros.

  • Nombre de pages  : 320 pages
  • Editeur : Motifs (13 octobre 2016)
  • Prix : 21€
  • Autre format : Ebook

AVIS

De notre héros et des autres personnages…

Pendant tout le roman, nous suivons Alexandre, de sa naissance à sa mort. Et assez vite, on comprend que le titre du roman Alexandre ou la vie éclatée n’est pas anecdotique mais a été choisi avec soin par l’auteur puisqu’il résume particulièrement bien la vie de notre personnage.

D’un esprit que l’on peut décemment qualifier de torturé, Alexandre donne l’impression de faire partie de ces personnes qui ne trouvent le sens du bonheur que dans le malheur. Plus prosaïquement, cela se traduit par une alternance entre des périodes où notre héros semble mener une vie classique avec un travail et une relation amoureuse et des périodes où tout dans sa vie va à vau-l’eau.

J’avoue avoir eu souvent du mal à comprendre notre personnage ; beaucoup de ses décisions m’ont paru dénuées de tout sens. Alors qu’il dit rechercher le bonheur, il tend souvent à agir dans le sens contraire, se faisant l’artisan de son propre malheur. Avouons qu’il est loin d’être le seul dans ce cas puisque son grand amour Cosette ou son meilleur ami, Goldovski, tendent à agir plus ou moins de la même manière.

Je ne connais pas suffisamment la culture russe pour savoir si ce genre de comportement est courant que ce soit dans la vie ou dans la littérature. Mais cette absence de logique nuit quelque peu à l’empathie que l’on peut développer pour les différents personnages ; il est en effet plutôt difficile de s’identifier à eux.

Cependant, grâce à la plume de l’auteur et l’ambiance du roman, j’ai quand même pris plaisir à côtoyer Alexandre et les quelques personnages qui font inlassablement partie de sa vie. Leur caractère qui m’a laissé perplexe les rend également et bizarrement intéressants. Difficile de deviner ce qui va se passer dans la vie de chacun et de manière générale, dans le roman.

La Russie et l’intrigue

Si la Russie est bien le lieu dans lequel se déroule la plupart de l’action, elle ne donne pas lieu à de longues descriptions. J’ai d’ailleurs un peu regretté de ne pas avoir plus de détails sur les paysages ou encore sur Moscou et ses monuments. L’immersion dans ce pays se fait plutôt grâce à la vie d’Alexandre, ses voyages mais surtout, ou du moins, c’est comme cela que je l’ai perçu, grâce à de très nombreuses allusions historiques.

Ces allusions nous permettent d’en apprendre plus sur le passé russe, le communisme et les conséquences de sa chute autant financières que morales ou sociétales, les différentes politiques gouvernementales destinées à sauver la Russie du déclin… En plus d’un intérêt culturel, j’ai apprécié la manière dont l’auteur a évoqué ce passé que ce soit de manière ironique ou plus philosophique à travers les différents questionnements d’Alexandre et de son meilleur ami. Il ne s’agit pas d’une autobiographie mais je ne peux m’empêcher de penser que l’auteur s’est servi de son roman pour partager ses idées.

Tout au long de l’ouvrage, j’ai en outre eu l’impression d’un jeu de miroir entre la chute de l’URSS et les soubresauts de la Russie pour ne pas perdre sa splendeur passée avec la vie d’Alexandre alternant entre réussite et échec, calme et déchéance. La vie du héros m’a paru ainsi être inexorablement liée à celle de sa patrie.

De la littérature russe facile d’accès mais…

Quand j’ai été sélectionnée pour ce livre je craignais un peu, n’étant pas coutumière de la littérature russe, que l’ouvrage ne soit pas d’un accès facile. J’ai été heureusement rassurée dès le premier chapitre : la plume de l’auteur en plus d’être très agréable se lit très facilement. Alors si vous aimez les phrases très courtes, vous ne serez pas forcément séduit mais si vous privilégiez les jolies tournures de phrases alors ce livre devrait vous séduire.

J’ai en outre apprécié que tout soit mis en place pour faire de la lecture de cet ouvrage une expérience plaisante : un tableau fixant le cadre historique initié par le traducteur, de nombreuses notes de bas de page qui apportent un plus indéniable à la compréhension du contexte dans lequel se déroule l’histoire, un découpage intelligent du livre en parties et chapitres plutôt courts…

La seule chose que j’ai un peu regrettée mais qui m’est toute personnelle, c’est un manque de connaissances de la Russie et de la période du roman pour réellement saisir tout ce qu’a voulu transmettre l’auteur. Je me demande d’ailleurs si une meilleure connaissance de la Russie m’aurait permis de comprendre un peu mieux Alexandre et les autres.

A cet égard, j’ai beaucoup aimé les propos, en fin d’ouvrage, d’un personnage allemand tout aussi sceptique que j’ai pu l’être face aux choix d’Alexandre :

« Alexander, dit Volker, d’une voie brisée par l’émotion, il y a une chose que je voulais vous dire depuis longtemps. Je ne vous connais que depuis peu, mais c’est comme si je vous avais toujours connu. Et je ne vous comprends pas du tout. Pourquoi ne pouvez-vous pas utiliser tout le talent qui est en vous ? Pourquoi êtes-vous tellement indifférent à vous-même ? Je ne vous comprend pas, Alexander. »

NOTE : 3,75/5

En résumé, d’une plume agréable parfois incisive, l’auteur offre aux lecteurs une incursion en Russie que ce soit à travers la vie d’Alexandre ou grâce aux nombreuses allusions historiques.

Alexandre ou la vie éclatée est un roman que je conseille aux amoureux de la Russie mais également aux personnes en quête d’un livre dépaysant, autant en raison du lieu de l’action que des personnages. C’est le genre d’ouvrage qui ne devrait laisser personne indifférent.

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Les yeux d’Astrid, Jean-Marie Kassab

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J’ai été sélectionnée pour recevoir Les yeux d’Astrid de Jean-Marie Kassab dans le cadre d’une opération spéciale Masse critique. Je remercie donc les Éditions Persée et Babelio pour cette réception.

La maison d’édition vous propose de lire un extrait gratuit d’une quinzaine de pages.


PRÉSENTATION ÉDITEUR

Victime d’un père autoritaire, Francis, travailleur acharné devenu millionnaire fait récemment faillite. En instance de divorce de surcroît, le cumul des problèmes le mène au désespoir. Envisageant pour un moment le suicide, il se retrouve au hasard des routes face à face sur une plage déserte avec une inconnue prénommée Astrid.

À travers quelques questions judicieuses, Astrid ouvre les yeux de Francis, l’aide à identifier ses problèmes réels et à poursuivre sa quête du bonheur pour retrouver la joie de vivre qui était en fait à portée de main. Leur débat prend la forme d’une vraie leçon de vie.

Les dernières pages du récit réservent au lecteur des développements inattendus.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Persée (23 novembre 2015)
  • Prix : 13,20€
  • Autre format : ebook

AVIS

La découverte de Francis…

Le livre est scindé en plusieurs petits chapitres ce que je trouve plutôt pratique pour ce genre d’ouvrage qui peut nous amener à nous poser des questions. Cela m’a permis de ne pas enchaîner les chapitres comme avec une histoire classique. J’ai ainsi pris le temps, que ce soit quelques secondes ou quelques minutes, de réfléchir et de revenir sur les pages lues.

A travers les premiers chapitres, on découvre Francis et toute sa souffrance, celle d’un père, celle d’un mari qui a laissé le diktat de l’argent prendre toute la place dans sa vie au détriment de sa famille. L’auteur a su, sans long discours, partager les regrets de Francis avec le lecteur. On ressent parfaitement sa peine. A cet égard, j’ai trouvé assez dur le chapitre intitulé « Photos » où notre personnage constate, à travers la consultation des albums photos, son absence dans la vie de ses proches.

Francis est sans complaisance vis-à-vis de ses manquements ce que j’ai apprécié. J’aurais été assez agacée par quelqu’un, à la manière d’un Jean-Jacques Rousseau, qui aurait passé son temps à se justifier et à se trouver des excuses.

Au fil des pages, l’ombre du père du personnage commence à planer et l’on devine son rôle dans la vie de Francis. Sans être un bourreau, on comprend qu’il lui a offert la sécurité matérielle à défaut d’une sécurité émotionnelle et affective ou du moins, c’est ainsi que le perçoit Francis. On se rendra néanmoins compte au cours de la lecture que les apparences sont parfois trompeuses et que les non-dits peuvent être lourds de conséquence…

« Cet homme m’avait gravé comme un sculpteur taille dans la pierre suivant l’image qu’il se faisait de lui-même, mais omit au dernier instant d’y souffler une âme. Oubli ou préméditation, je ne le saurai jamais. »

L’arrivée d’Astrid…

J’ai été surprise de ne voir arriver Astrid qu’à la moitié de l’ouvrage. Le quatrième de couverture m’avait plutôt donné l’impression qu’elle serait partie prenante du livre dès les premières pages… Ce n’est au final pas un problème, puisque nous avons pris le temps de connaître Francis, mais cela n’en demeure pas moins une source d’étonnement.

J’avoue avoir eu du mal à apprécier les premiers propos échangés entre notre protagoniste et la nouvelle venue. Ces échanges m’ont semblé peu naturels voire surjoués surtout en comparaison des premiers chapitres marquant, en quelque sorte, une période d’introspection pour Francis.

J’ai toutefois réussi à passer outre cet inconvénient pour apprécier la conversation qui s’est nouée spontanément entre les deux protagonistes. Le fait que notre personnage s’épanche aussi facilement et rapidement auprès d’une inconnue ne m’a pas paru incongru surtout dans le contexte du livre.

« Conscient de mon incapacité à soulager cet être poignardé dans son cœur, mes seules interventions se résumaient à un tapotement amical sur l’épaule ou bien à lui offrir une boîte de mouchoirs  pour sécher ses larmes. Il ne voulait pas plus.  Je ne pouvais lui offrir mieux. « 

Un texte qui permet de se poser des questions

Les yeux d’Astrid peut sembler, de prime abord, très simple voire trop simpliste. Ce serait cependant négliger le fait que derrière l’histoire de Francis, l’auteur soulève différentes questions qui ne peuvent qu’inciter le lecteur à prendre le temps de réfléchir, chose parfois difficile dans une vie au rythme effréné.

A travers le livre se pose notamment la question du bonheur. Jean-Marie Kassab ne vous en donne pas une définition clef en main qui, de toute manière, serait dépourvue de sens tant cette notion est propre à chacun. Il a préféré vous amener, petit à petit et en délicatesse, à vous interroger sur votre propre conception du bonheur grâce à l’histoire de Francis et de sa rencontre avec Astrid. Cette dernière va lui faire entrevoir (et à la fin de votre lecture vous apercevrez tout le paradoxe de la situation), des vérités face auxquelles il est resté bien trop longtemps aveugle.

NOTE : 4/5

AUTEUR (informations du site de l’éditeur)

Jean-Marie Kassab est né en 1960 au Liban. Diplômé en sciences de l’Université Américaine de Beyrouth, et après une longue carrière dans différents domaines, il décide de se consacrer à son premier amour, la littérature, sous ses diverses formes. Ses écrits allient à l’unisson science et philosophie, politique et histoire. Curieux de tout, son expérience de vie donne à ses récits de la profondeur, du recul et beaucoup de chaleur.

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En résumé, Les yeux d’Astrid est un livre rapide à lire que je vous conseille autant pour le fond que la forme. Vous pouvez simplement vous laisser bercer par l’histoire de Francis et apprécier le style de l’auteur aussi élégant qu’agréable à lire. Ou vous pouvez profiter de votre lecture pour réfléchir aux questions, notamment sur le bonheur, que la vie de Francis et sa rencontre avec Astrid soulèvent.

Pas tout à fait un roman, pas tout à fait un livre de développement personnel ou un « feel good book », Les yeux d’Astrid est le genre de livre que l’on peut relire à différents moments de sa vie afin d’y trouver, si ce n’est des réponses, des pistes de réflexion, des éléments nouveaux ou tout simplement, un peu de réconfort.

 

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