La véritable histoire de Boucle d’Or et du chat Marcel, Benjamin Perrier

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Connaissez-vous vraiment l’histoire de Boucle d’Or ? Le chat Marcel, lui, peut tout raconter, il était là ! Et son histoire rétablit quelques vérités… notamment sur son action à lui, toujours ignorée !

Gautier Languereau (8 février 2017) – 3 ans et + – 32 pages – Album (10,50€)
Illustrations : Jules

AVIS

Découverte par hasard, cette chouette réécriture de conte, proposée par les éditions Gautier Languereau, a offert à la trentenaire que je suis un très joli retour en enfance.

Boucle d’Or fait partie de ces contes que je lisais toujours avec beaucoup de plaisir adorant cette petite fille qui ose entrer dans l’antre d’une famille d’ours. Et c’est avec tout autant de bonheur que j’ai découvert la version imaginée par Benjamin Perrier.

Avec l’auteur, cette histoire connue des petits et des grands prend une tout autre tournure et saveur grâce au chat Marcel, un personnage facétieux qui entre majestueusement en scène.

Un peu fainéant sur les bords, et gourmand comme il se doit, ce minet n’a qu’une idée : faire un festin aux frais de cette famille d’ours dont le petit-déjeuner le fait saliver d’avance. Profitant de leur habituelle balade et de l’arrivée fortuite de Boucle d’Or, il arrive enfin à atteindre son but quitte, au passage, à mettre dans une situation difficile une fillette qui ne demandait qu’à l’aider et à le câliner.

Mais rassurez-vous, tout est bien qui finit bien ! Et puis comment en vouloir à ce chat qui sait jouer des ronrons et des miaous pour faire fondre le cœur des lecteurs et de Boucle d’Or ? Impossible même si quand même, il est bien culotté notre poilu gourmand, un peu fainéant et quelque peu manipulateur. Mais attendez, n’est-ce pas exactement ce que l’on attend d’un chat ?

Cette réécriture de conte ne pourra que vous faire sourire, l’humour étant bien présent que ce soit grâce à l’habileté avec laquelle l’auteur se joue des stéréotypes autour des chats, un comique de répétition bien amené ou encore les illustrations de Jules qui viennent appuyer cette impression d’humour et de bonne humeur que l’on ressent tout au long de la lecture.

Le crayonné, simple et enfantin, facilitera, quant à lui, l’immersion des enfants dans l’histoire. Ceux-ci devraient être ainsi séduits par l’histoire non pas de Boucle d’Or, mais du chat Marcel qui lui vole sans vergogne la vedette ! L’arrivée des ours pourra peut-être inquiéter un peu les plus jeunes comme ce fut le cas avec ma nièce de trois ans, mais la douceur des dessins atténuera très vite la peur qu’ils pourraient ressentir. J’ai, en outre, apprécié l’utilisation d’une palette de couleurs restreinte qui permet de se concentrer sur l’histoire tout en offrant un cadre visuel assez plaisant pour capter l’attention des jeunes lecteurs.

En conclusion, le duo Benjamin Perrier et Jules nous offre ici une jolie réécriture d’un conte qui devrait rappeler de bons souvenirs aux adultes, et permettre aux enfants de passer un très joli moment de divertissement. L’humour est bien présent, les émotions au rendez-vous et le personnage haut en couleur du chat Marcel une raison suffisante pour se plonger dans cette jolie version de Boucle d’Or.

Retrouvez le livre sur le site Place des libraires

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Les fantômes du manoir, Fabrice Colin

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Travailler dans une fête foraine  ? En apparence, rien de mieux pour passer son été…

L’oncle d’Hugo possède un train fantôme. Problème  : l’attraction ne fait peur à personne  ! Alors que les visiteurs se font de plus en plus rares, Hugo passe à l’action. Et tant pis s’il doit faire un peu l’espion et prendre quelques risques…

Rageot Editeur (25 octobre 2017) – 128 pages – 7,10 € – Ebook (5,49€)
Illustratrice : Noëmie Chevalier

AVIS

Bonne nouvelle pour Hugo, au lieu de passer son été à s’ennuyer, il va pouvoir travailler aux côtés de son oncle dans l’attraction de train fantôme que ce dernier gère ! Une bonne nouvelle qui vient vite se confronter à la réalité : l’attraction n’attire plus personne, les clients préférant celle d’un concurrent aux effets spéciaux redoutables et plus vrais que nature.

Mais parce qu’Hugo n’est pas du genre à baisser les bras, il va mener une petite enquête afin de découvrir les ficelles de ce concurrent qui semble attirer les foules. Une bonne intention qui se retourne contre lui quand il fait une étrange et quelque peu inattendue découverte…

Amateurs de frissons (très) légers, n’oublions pas que nous sommes dans un livre pour enfants, vous devriez apprécier ce roman dans lequel vous ne vous ennuierez pas un instant, Hugo allant de surprise en surprise. Certaines se révèlent d’ailleurs plus agréables que d’autres puisque jouer l’espion en herbe va le conduire à rencontrer des personnages hauts en couleur et très différents les uns des autres.

Je ne vous en dirai pas beaucoup plus sur ces derniers vous laissant le plaisir de la découverte, mais ils apportent pas mal de piquant à l’histoire ! Ils ne devraient donc laisser aucun lecteur indifférent. Ils m’ont, en outre, rappelé, dans une certaine mesure, un film que j’adorais enfant et que je prenais beaucoup de plaisir à regarder.

L’auteur a également réussi à retranscrire l’ambiance des fêtes foraines et ce plaisir que beaucoup de personnes prennent à se faire peur. Néanmoins, même si j’apprécie quelques frissons, je ne suis toutefois pas certaine que j’aimerais tester la nouvelle version de l’attraction de l’oncle d’Hugo qui semble quelque peu remuer les clients… pour le meilleur et pour le pire !

Le jeune garçon voulait donner une seconde vie au manège de son oncle, c’est maintenant chose faite… Mais la situation ne commence-t-elle pas à lui échapper ? Vous le découvrirez en lisant ce roman, mais ce qui est certain, c’est qu’Hugo a de la réserve et son courage va lui permettre de réaliser bien des miracles. Attachant, volontaire et plein de fougue, c’est un personnage que j’ai apprécié et qui devrait beaucoup plaire aux enfants. Il n’est pas parfait et fait parfois des erreurs comme chacun d’entre nous, mais c’est aussi un jeune homme responsable qui fait de son mieux pour les réparer. En cours d’aventure, il découvrira également la frontière entre le bien et le mal, entre les bonnes intentions et les mauvaises actions…

Roman entrant dans la collection Flash fiction des éditons Rageot, Les fantômes du manoir présente des atouts certains pour permettre aux jeunes lecteurs, même peu habitués à la lecture, de s’immerger dans le récit : présentation succincte des personnages en début de roman, de belles et grandes illustrations, une mise en page très aérée, des pages teintées pour limiter la fatigue oculaire, des chapitres courts, du rythme, de l’action, du mystère, une plume simple mais imagée..

En conclusion, Les fantômes du manoir est une lecture fort sympathique, portée par un personnage courageux, qui devrait ravir les jeunes lecteurs en quête d’une histoire teintée de fantastique, de frissons et de mystère. Quant aux adultes, mon petit doigt me dit qu’ils pourraient également se laisser embarquer avec plaisir pour un tour dans l’imaginaire de Fabrice Colin.

Autre titre de la collection Flash Fiction ( Miss Samouraï et le Ninja bleu)
Autre titre de l’auteur (Wonderpark)

Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps de chroniquer de manière plus classique.


Les trois petits ouvrages présentés dans cet article sont proposés gratuitement (cliquez sur les titres pour les télécharger).

Couverture Teddy The Squirrel Becomes a Pilot
Teddy est un écureuil qui ne s’intéresse pas vraiment aux noisettes ni à l’idée de faire des provisions pour l’hiver. Lui, c’est plutôt un doux rêveur qui s’imagine volontiers en pilote d’avion. Un rêve inattendu pour un écureuil qui ne manque pas de personnalité !

Mais ce qui aurait pu rester une douce lubie va devenir une réalité quand l’avion télécommandé d’enfants jouant dans le parc s’écrase entre les branches d’un arbre….

Voici un mignon petit livre sur le courage et la force des rêves qu’il ne faut jamais abandonner ! Très courte et très accessible au niveau de la langue, l’histoire de cet écureuil et de son frère est parfaite pour une première lecture en anglais. Elle pourrait également séduire les adultes avec une âme d’enfant souhaitant se replonger en douceur dans la langue de Shakespeare.

Le très insolent Harry Watson est surpris à l’annonce du challenge organisé par sa professeure d’économie ménagère : choisir une boîte mystère et utiliser une partie de ses ingrédients dans une recette ! Les fans de MasterChef et autres émissions du genre de sa classe sont ravis, lui beaucoup moins. Mais comme il nous semble un peu râleur cet élève, rien d’étonnant à sa réaction.

La suite des événements, quant à elle, est beaucoup plus inattendue, Harry n’étant pas au bout de ses surprises. Je n’en dirai pas plus sur ce point puisque tout le charme du roman réside dans l’imagination fertile de l’autrice. Il se dégage d’ailleurs un petit air d’Alice au pays des merveilles dans ce récit qui tend quelque peu vers l’absurde, les élèves se comportant de manière plutôt étrange face à une situation qui n’a rien de normale ! Mais je vous rassure, le livre, très accessible, n’est pas aussi déroutant que peut l’être l’œuvre de Carroll Lewis.

Voici une petite histoire sympathique qui devrait vous surprendre et à l’issue de laquelle, vous ne devriez plus cuisiner de la même manière.

Adorant les histoires de sorcières depuis que je suis enfant, le titre et l’image de ce chaudron en pleine ébullition m’ont tout de suite attirée. En aidant sa mère à débarrasser et nettoyer un placard, Tania trouve des livres qu’elle met à disposition de tous dans son club de lecture sauf un qu’elle s’empresse de dévorer. Elle y découvre alors le récit d’une jeune fille ayant décidé de lancer un mauvais sort à un autre enfant qui se montre méchant avec elle…

Pour rigoler et se venger, pour de faux, d’un garçon qui n’est pas sympathique avec elle, elle décide avec son amie Tanisha de lancer ce sort dont elles suivent scrupuleusement la recette. Si les poils de chat sont faciles à obtenir, d’autres ingrédients comme les cheveux de la future victime demandent un peu plus de travail et d’imagination… Mais les filles s’en sortent très bien ! Le sort lancé, elles passent à autre chose. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Mais l’était-ce vraiment ? Certaines coïncidences commencent sérieusement à les faire douter…

Je ne vous dirai pas si le sort a véritablement fonctionné ou non, mais je peux néanmoins vous assurer que cette petite histoire très divertissante se lit toute seule d’autant qu’elle est agrémentée de quelques petits illustrations ce qui facilite l’immersion même pour les jeunes lecteurs. Ils devraient prendre beaucoup de plaisir à assister les deux fillettes dans la recherche des ingrédients, plus ou moins ragoûtants, et sourire devant certaines situations.

Quant à la fin, j’ai apprécié la manière dont l’autrice aborde la question des superstitions et de certains biais cognitifs. Cela manque peut-être un peu de subtilité pour des adultes, mais ses explications par l’exemple permettront aux enfants de s’approprier facilement des concepts pas toujours évidents à appréhender.

Throwback Thursday Livresque #134 : rentrée

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Après une pause estivale bien méritée, Carole a relancé le Throwback Thursday Livresque avec comme thème de reprise : la rentrée.

Pour cette édition, j’ai eu envie de vous parler d’un roman jeunesse qui m’avait particulièrement plu : Salomé et les femmes de parole de Nathalie Charles.

Couverture Salomé et les femmes de parole

Salomé entre en 6e, dans un tout nouveau collège. Rêveuse, amoureuse des mots grâce à sa mère traductrice, inventrice d’interviews imaginaires, elle est qualifiée d’« intello » par certains. Timide, elle sait réagir face à l’injustice. Sa grande rivale en classe est Capucine, déléguée et initiatrice de rumeurs. Bientôt, Salomé relève un défi : proposer un nom pour le collège. À cette fin, elle doit être parrainée par un professeur et faire un exposé devant ses pairs pour les convaincre de voter en sa faveur. Capucine se lance aussi dans ce défi. Quel personne célèbre va choisir Salomé ? Dans ce collège, parmi tous ses camarades, saura-t-elle trouver sa place ?

Pourquoi ce choix ?

Ce roman s’est imposé à moi, car il évoque cette rentrée en 6ème qui a marqué et qui marquera encore des générations d’écoliers. Pas facile de quitter la cour de l’école pour intégrer celle des « grands » ! L’autrice retranscrit à merveille les peurs, les attentes, les amitiés, mais aussi les tensions et les rivalités…

Mais ce qui fait le charme de ce roman, c’est le personnage de Salomé qui, en tentant de mener à bien un projet, s’aperçoit de l’existence des inégalités hommes/femmes, ces dernières ayant légèrement tendance à se voir gommer de l’Histoire. Mais qu’à cela  ne tienne, à son petit niveau, elle est bien décidée à faire bouger les choses…

Si le roman vous intéresse, je vous invite à lire ma chronique dont voici la conclusion :

D’une plume simple mais très agréable, Nathalie Charles nous immerge dans la vie d’une jeune fille à laquelle il est bien difficile de ne pas s’attacher, et ceci quel que soit l’âge du lecteur. Entre l’entrée dans cette année de 6ème tellement redoutée, l’amitié, les rivalités, et une mission à laquelle elle se donne complètement, Salomé va vivre des moments forts qui la feront grandir, et lui prouveront l’importance de se battre pour ses valeurs… Voici une collégienne pleine de courage qui ne devrait pas manquer d’inspirer les enfants et leur donner envie de découvrir la suite de ses aventures.

Rendez-vous la semaine prochaine autour du thème fort prometteur des Contes & légendes !

Et vous, qu’auriez-vous choisi ?

Sur la route de Nosy Komba, Delphine Gosset

Je remercie Lucca éditions de m’avoir permis de découvrir Sur la route de Nosy Komba de Delphine Gosset.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vie d’Elizabeth et du zoo de sa ville est paisible… Enfin, jusqu’au jour où Odile Panier resurgit dans l’existence de la jeune fille et prend la direction dudit zoo. Ses directives mettant en danger le bien-être des animaux et surtout celui de Pierre, son lémur noir préféré, Elizabeth fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Oui, tout : même se rendre à Madagascar et tenter une expérience folle en enfreignant plein de lois !

Lucca éditions en codiffusion avec Hikari Éditions (9 novembre 2018)
Broché
– 288 pages (14€) – À partir de 10 ans
Illustratrice : Mélanie Rebolj

AVIS

Après Le Trésor de Sunthy que j’avais beaucoup apprécié, j’étais curieuse de découvrir une autre parution des éditions Lucca, une curiosité qui a été largement récompensée si l’on considère l’excellent moment de lecture passé auprès d’Elizabeth.

Elizabeth est une jeune fille de 15 ans qui a une passion originale pour une adolescente de son âge : les primates, et plus particulièrement, les lémuriens qu’elle aime observer durant son temps libre. Mais les choses se compliquent quand une femme odieuse, menteuse et opportuniste prend la tête du zoo qui, jusque-là, l’accueillait pour ses séances d’observation.

Faisant fi du bien-être et de la sécurité des pensionnaires, Odile Panier provoque un véritable chaos autour d’elle entreprenant des changements afin de rendre la structure rentable et attractive à la manière… d’un cirque ! Une logique purement mercantile qui ne peut s’appliquer à un zoo, les animaux n’étant pas une vulgaire marchandise comme les autres, mais des êtres dotés de besoins spécifiques et de sensibilité. Bien sûr, l’autrice n’idéalise pas les zoos, ce que j’ai apprécié, mais elle démontre néanmoins le rôle que ce genre d’établissements joue dans la protection et la préservation de certaines espèces animales.

Devant les actes odieux de la nouvelle directrice, Elizabeth ne peut rester indifférente a fortiori quand elle s’attaque à Pierre, un lémurien étant mis au ban de son groupe lors des périodes de reproduction. Bien décidée à le sauver du triste sort qui l’attend, elle prend alors une décision qui va la conduire sur les routes de Madagascar, mais aussi sur celles de son passé….

Ce roman est une pure merveille de sensibilité, d’intelligence et d’émotions. À travers l’histoire d’Elizabeth, l’autrice nous parle de la richesse du monde animal et plus particulièrement de celui des primates. Du haut de mes trente-quatre ans, j’ai été émerveillée devant la diversité des espèces existantes et fascinée par leur intelligence, leurs spécificités, leurs comportements, leurs utilisations plus ou moins conscientes d’outils, leurs interactions, leurs méthodes de communication, leurs modèles d’organisation sociale…

Ce roman est une petite mine d’informations qui devrait ravir tous les lecteurs, car l’autrice explique les choses de manière claire, simple, passionnante et avec un tel enthousiasme qu’on ne peut qu’entrer de plainpied dans ce monde animal qu’elle met à la portée de tous. Après avoir terminé ce roman, difficile de ne pas approuver le Great Ape Project destiné à offrir des droits fondamentaux aux grands singes tout en espérant qu’un jour, ces droits soient étendus à d’autres animaux. L’autrice évoque également des scientifiques, certains connus comme Jane Goodall et d’autres peut-être un peu plus confidentiels du grand public ainsi que des expériences comme le test du miroir de Gordon Gallup nous prouvant, si besoin en est, que les animaux n’ont pas fini de nous surprendre.

Voici donc un roman de vulgarisation scientifique efficace et réussi d’autant que loin de se cantonner à cet aspect, Delphine Gosset a réussi le tour de force de nous offrir une aventure riche en péripéties, en rebondissements et en émotions. Page après page, on apprend ainsi à découvrir Elizabeth, son passé marqué par la disparition de sa mère puis plus tard par celle de son père, son entourage que ce soit sa tante aussi touchante qu’exaspérante, son ami Arthuro, un animalier l’ayant prise en affection, un étudiant tout aussi passionné qu’elle, son compagnon d’enfance, Konrad, un « choucas des tours » plutôt attendrissant… Une galerie de personnages haute en couleur que j’ai adoré voir évoluer et interagir.

Elizabeth est un modèle de courage et de maturité, mais elle n’en demeure pas moins une adolescente de quinze ans avec ses incertitudes, ses premiers émois amoureux, ses décisions parfois impulsives… C’est donc un personnage réaliste et attachant dont on suit avec intérêt l’évolution et les péripéties. Il faut dire qu’en partant à l’aventure à Madagascar, elle ne s’attendait pas à traverser, entre deux paysages à vous couper le souffle, toutes ces zones de turbulences. Mais sur la route la menant à Nosy Komba, elle pourra heureusement compter sur le soutien d’Arthuro avant d’être soutenue par ses proches et ses deux nouveaux amis qui feront un joli pont entre présent et passé. Je préfère ne pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ces deux personnages m’ont beaucoup touchée…

Aux côtés de ces personnages, on découvre à travers quelques courts chapitres qui lui sont consacrés, le père d’Elizabeth, Léo. On perçoit, très vite, avec force et émotion l’amour qu’il vouait à sa fille bien que son métier le conduisant à observer les lémuriens dans leur milieu d’origine l’ait tenu bien trop souvent éloigné de sa fille. Même disparu prématurément dans de mystérieuses circonstances, cet homme intelligent, gentil, sensible et fascinant imprègne de sa forte présence tout le roman. Pas besoin de chercher très loin pour comprendre de qui Elizabeth a hérité son esprit passionné ! Cette incursion dans le passé de Léo met également en lumière un autre personnage bien différent de lui. D’aucuns pourraient regretter un certain manque de nuances dans l’expression de sa personnalité, mais ayant déjà pu côtoyer des arrivistes prêts à tout pour arriver à leurs fins, je trouve, hélas, le personnage crédible…

Destiné aux enfants à partir de dix ans, le roman se révèle accessible grâce, entre autres, à l’alternance de chapitres courts, une écriture immersive, simple mais travaillée, la présence de nombreux dialogues fluidifiant le récit… À cela s’ajoutent des illustrations de Mélanie Rebolj qui, en plus d’apporter beaucoup de cachet au roman, permettent aux lecteurs de complètement s’immerger dans le récit et de mieux se représenter les personnages et les animaux évoqués.

 

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À noter également que bien que ce ne soit pas le sujet central du récit, le thème du handicap physique et mental est également abordé. J’ai trouvé que cela était fait de manière plutôt positive dans la mesure où l’autrice ne joue pas sur le pathos, mais montre des personnages entourés qui avancent dans la vie avec entrain et une certaine joie.

En conclusion, Sur la route de Nosy Komba est un très bel ouvrage que je conseillerais à tous les curieux, amoureux des primates ou non, qui aiment apprendre en se divertissant. À travers une adolescente passionnée, d’une grande maturité et d’une force de caractère à toute épreuve, Delphine Gosset nous offre un ouvrage de vulgarisation scientifique accessible et immersif. De la France à Madagascar, attendez-vous à découvrir un monde animal fascinant et varié et à vibrer d’émotions à mesure que le passé et le présent d’Elizabeth se rejoignent dans une aventure riche et mouvementée.

À lire et à relire à tout âge !

Retrouvez le roman sur le site de Lucca éditions.

L’enfant silence de Cécile Roumiguière, illustré par Benjamin Lacombe


PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un texte sombre et intense qui évoque avec justesse les souffrances d’une enfant maltraitée partagée entre amour et peur. Les illustrations magnifiques et sensibles en font un album d’exception.

Seuil jeunesse (mars 2008) – 32 pages – Relié (13,90€)

AVIS

J’ai emprunté L’enfant silence sans rien en savoir si ce n’était le nom de son illustrateur, Benjamin Lacombe, dont j’apprécie beaucoup le travail. À la vue de la couverture et du titre, je m’attendais bien sûr à un récit assez sombre, mais je ne m’attendais certainement pas à être aussi remuée par cette histoire. Nous découvrons ainsi une petite fille murée dans son silence, une petite fille coincée entre deux mondes, celui de la peur et celui de l’espoir…

Au fil des pages, on devine derrière le langage presque feutré de l’autrice, l’enfer vécu par cette enfant dont Benjamin Lacombe a su capturer toute la tristesse. Tout passe par le regard, un regard triste et tourmenté qui tranche terriblement avec le jeune âge du personnage. Ce que l’enfant silence ne veut ou ne peut dire, on le devine pourtant : la maltraitance, l’isolement, la violence, le désespoir… Des thématiques difficiles d’autant plus quand elles sont, comme ici, abordées dans un album pour enfants.

L'enfant silence, Benjamin Lacombe

À la place de descriptions brutes dans laquelle la violence pure se serait exprimée, l’autrice joue sur les mots et opte pour un langage métaphorique. Sous sa plume, les monstres bien humains et réels se transforment ainsi en loups, ces animaux qui hantent les contes et les cauchemars des plus jeunes. Une distanciation qui permet de rendre l’histoire plus supportable…

Car difficile pour le lecteur de ne pas être remué par toutes ces émotions transmises autant par le texte que les illustrations. Intenses et douloureuses, ces émotions frappent par leur justesse et leur ambivalence. Comme dans toutes les histoires de maltraitance infantile, il y a la peur de ces adultes bourreaux, mais aussi cet amour malgré tout, celui qui empêche de détester, de condamner et de se séparer. Comment un enfant peut-il accepter d’être séparé de ses piliers même quand ceux-ci sont dysfonctionnels ?

Une question traitée ici avec beaucoup de sensibilité, l’autrice nous faisant ressentir pleinement le décalage entre les jours rouges où la violence se déchaîne et durant lesquels la bave dégouline de la gueule béante des loups, et ces jours bleus où leur fourrure forme un écrin doux et protecteur… Un cercle vicieux et destructeur de peur et de chaleur qu’on hâte de voir se briser afin que l’enfant silence puisse se libérer de ses attaches et prendre son envol.

Poignant, douloureux et porteur d’espoir à la fois, L’enfant silence est un sublime texte sur la maltraitance infantile qui devrait être lu par tous pour que plus jamais un enfant ne reste dans le silence et la souffrance.

L’Agence Pendergast – Le Prince des ténèbres, Christophe Lambert

J’avais déjà repéré L’Agence Pendergast de Christophe Lambert autant pour la couverture que le résumé. J’ai donc été ravie de voir qu’il faisait partie des vingt livres disponibles dans le cadre du Challenge NetGalley. Merci aux éditions Didier jeunesse et à NetGalley pour ce très bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Didier Jeunesse (3 avril 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

New-York, fin du XIX e siècle, Sean, 15 ans, pickpocket plutôt doué, détrousse un homme sans se rendre compte que celui-ci était sous bonne surveillance ! Le voilà donc avec un Indien à ses trousses qui semble bien décidé à reprendre l’objet subtilisé à son ami. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une situation bien fâcheuse pour l’adolescent va se transformer en une étrange et fabuleuse opportunité.

L’homme détroussé, M. Pendergast, se révèle être à la tête d’une agence spéciale qui traque et gère de manière, plus ou moins définitive, les êtres surnaturels qui n’ont pas vraiment envie de côtoyer pacifiquement les humains. Et coup de chance pour Sean, il aurait bien besoin de ses talents dans sa lutte acharnée contre le mal !

Bien que voleur et opportuniste, Sean est un personnage auquel je me suis tout de suite attachée. Il faut dire qu’élevé depuis son plus jeune âge par un mafieux pas vraiment du type conciliant et chaleureux, il ne peut que toucher le lectorat. J’ai, en outre, apprécié que malgré son activité de pickpocket, il ne soit pas sans foi ni loi et suive son propre code moral : pas de veuves, pas de démunis… parmi les personnes qu’il vole. Une déontologie qui ne va pas plaire, mais alors pas du tout, à son « protecteur ». Dans ces conditions, sa rencontre avec l’Agence se révèle quelque peu providentielle, qu’il accepte de le reconnaître ou non.

Sean évolue au fil de l’intrigue et de ses rencontres avec les autres membres de l’Agence Pendergast qui se révèlent tous, chacun à leur manière, attachants. Le directeur qui a donné son nom à l’organisation semble avoir bon cœur au grand dam de Célia, une jeune femme au fort caractère, qui aimerait bien que son patron soit un peu plus méfiant…  Mais l’agence ne serait pas l’agence sans ce vieil excentrique, accompagné de son fidèle chien, qui veille à proposer des armes et autres gadgets originaux, et plus ou moins fiables, pour aider les agents à traquer et maîtriser les créatures qui hantent les rues de New York.

Quant à Joe l’Indien, bien qu’il ait une présence indéniable, ce n’est pas le plus accueillant des membres. Il faut dire que sa relation avec Sean étant partie sur de mauvaises bases, les interactions entre les deux personnages vont donner lieu à quelques étincelles et de nombreux échanges de piques. Ils ne s’aiment pas, et ils ne s’en cachent pas ! Au-delà de cette relation qui ne manque pas de piquant, l’auteur aborde avec subtilité et efficacité un sujet plus sérieux : les préjugés. Ses parents ayant été tués par des Indiens, Sean se méfie de ceux-ci et plus particulièrement de Joe qu’il n’hésite d’ailleurs pas à affubler de surnoms ridicules. Mais au fil des péripéties, et grâce à Célia, il va finir par comprendre que ses idées ne sont que des préjugés qui ne reflètent en rien la réalité.

En plus des personnages, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le bestiaire mis en place dans le roman, l’auteur n’hésitant pas à mélanger des êtres issus de différentes époques. Les centaures côtoient ainsi les sorcières, vampires et autres charmantes créatures ! Un mélange explosif pour une ville qui n’est pas consciente d’abriter une faune diverse et variée, et pas forcément des plus conciliantes. Heureusement que l’Agence veille au grain et s’assure de garder la situation sous contrôle.

Le livre étant à destination des enfants, les chapitres sont relativement courts, et le récit mené tambour battant. Pris dans l’action, on suit donc sans ennui et avec beaucoup de plaisir les (més)aventures de Sean qui va devoir affronter, en plus de son terrible père adoptif, une créature aussi fascinante que dangereuse. Les adultes regretteront peut-être que l’histoire aille un peu trop vite, mais cela ne m’a pas dérangée appréciant la manière dont l’auteur a su concilier concision et immersion. Les descriptions sont ainsi relativement succinctes, mais assez parlantes pour nous immerger complètement dans l’histoire. Les quelques illustrations distillées par-ci par-là tout au long du roman rendent, quant à elles, l’expérience de lecture encore plus immersive.

En conclusion, riche d’un bestiaire étoffé qui mêle allègrement des créatures venant de différentes périodes et cultures, ce roman plante le décor d’une série qui s’annonce pleine d’action, de magie, d’humour et de rencontres palpitantes. Alors n’hésitez pas à pousser les portes de l’Agence Pendergast, et venir à la rencontre de ses truculents agents !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Didier Jeunesse.