Léonard de Vinci, L’indomptable – Henriette Chardak

Je remercie les éditions De borée pour m’avoir permis de découvrir Léonard de Vinci L’indomptable d’Henriette Chardak.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Portrait intime d’un génie. Léonard de Vinci demeure le génie de tous les temps. Homme d’esprit universel, artiste peintre, sculpteur, poète, écrivain, philosophe, musicien, scientifique, ingénieur-inventeur, anatomiste… Qui est-il en vérité ? Au début du XVIe siècle, au terme de sa vie, Léonard de Vinci, génie, artiste pluriel et homme de science, quitte l’Italie où il fut reconnu par ses pairs, mais surtout moqué, accusé, rejeté, détesté, incompris… François Ie l’accueille, le protège à Amboise et le nomme premier peintre de la Cour. Le roi de France et sa mère Louise de Savoie partagent plusieurs secrets avec lui : l’origine du linceul du Christ, l’identité de la Joconde et un projet fou : une ville nouvelle. Enfin admiré et choyé, Léonard de Vinci revisite son passé, le scénario chaotique de sa vie. Très tôt arraché à sa mère aux origines étranges par un père notaire et sans scrupules, il ne peut espérer étudier à l’université pour cause de bâtardise… Placé dans un atelier d’art de Florence, tous, maître et apprentis, remarquent sa taille de géant et ses talents de peintre ambidextre. Magnétique, beau, drôle, insolent, secret, il est toujours dans l’œil du cyclone de l’Histoire, tel une star moderne. Proche des Médicis qu’il déteste, ami de Botticelli et de Machiavel, il observe le monde en annonciateur du futur. Chassé de Florence, c’est à Milan que Ludovic Sforza lui réclame des projets d’armes de guerre et non de paix. On l’utilise, on le méprise, on le pille… Il prône l’amour et la bonté. Mais qui écoute cet humaniste et poète qui réinvente le monde ? Il signait souvent IO, car sa plus grande richesse fut d’être simplement lui et personne d’autre ! Ce récit romanesque apporte un éclairage original sur la vie de l’indomptable et génial Léonard de Vinci.

Éditions De Borée (24 janvier 2019) – 670 pages – Broché (24,50€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Ce pavé a été une lecture assez déstabilisante puisque même si j’en ai apprécié le fond, il m’a fallu le soutien de mes deux copinautes de lecture commune pour le terminer. La faute a un style très riche qui m’a parfois décontenancée par son caractère peut-être un peu trop foisonnant pour moi. L’autrice est une passionnée de Léonard de Vinci, et cela se ressent dans sa manière de donner beaucoup de détails, de passer d’un aspect de sa vie à un autre,  de mélanger passé/présent sans transition, de rebondir sur un événement pour nous emporter vers d’autres horizons… Ce n’est pas un défaut en soi, mais quand, comme moi, on ne maîtrise que très peu le contexte historique, on finit par être perdu et par ressentir un certain manque de fluidité dans la lecture. Je pense donc que pour profiter pleinement du travail de recherche et de documentation de fourmi de l’autrice, il m’aurait fallu posséder un bagage culturel plus conséquent, cette Italie du XVe et XVIe siècles étant loin de m’avoir livré tous ses secrets.

Fort heureusement, les notes de bas de page et le découpage en chapitres relativement courts permettent de se raccrocher au récit et de prendre un certain plaisir à découvrir la vie d’un homme passionnant et passionné. Notons toutefois que l’autrice ne nous offre pas LA vérité sur un homme qui a su garder une part de mystère, mais sa propre interprétation de son histoire, ce qui m’a, je le confesse, parfois frustrée. N’aurais-je pas mieux profité de ma lecture si j’avais su discerner les faits des suppositions et choix narratifs ? Une question qui m’a taraudée tout au long de ma lecture d’autant que certains éléments m’ont semblé discutables… Je suis loin d’être une spécialiste de Léonard de Vinci, mais le traitement qui est fait de sa sexualité dans cet ouvrage m’a gênée. J’ai parfois eu l’impression que l’autrice se refusait à considérer que le grand homme ait été un homme de chair, un peu comme si elle nous en offrait une vision éthérée et purifiée.

Excepté ce point, j’ai été touchée par la vision de ce Léonard de Vinci qui, derrière son génie, cache une grande sensibilité et une soif inextinguible de connaissances. C’est peut-être d’ailleurs l’un des secrets de sa faculté à être en avance sur son temps et ses contemporains, et à faire des incursions réussies dans des domaines et des sciences aussi variés que les mathématiques, la peinture,  la musique, la sculpture, l’astronomie, le génie civil, l’art militaire… Véritable touche-à-tout, Léonard de Vinci sera toutefois victime de cette quête de connaissances ayant du mal à terminer à temps ses projets et à honorer ses commandes. Mais peut-être est-ce là simplement la caractéristique d’un homme hors du temps plus intéressé par le faire et la découverte que les contingences de la vie et des choses aussi triviales que les délais.

Autre caractéristique fascinante chez cet homme, sa propension à appréhender avec une curiosité toujours renouvelée chaque étape de sa vie et chaque découverte. Tout est prétexte à observer, à questionner, à étudier et à façonner le monde selon sa propre pensée, une pensée unique et protéiforme qui s’affranchit des normes et des carcans de son époque. Intelligent, humaniste, amoureux des animaux, et prompt à rejeter les œillères que la religion tend à vouloir imposer à ses ouailles, on devine chez Léonard de Vinci un réel refus de la norme. Il encourage d’ailleurs toujours ses apprentis à trouver leur propre voie… Des apprentis qui, pour certains, n’hésiteront pas à profiter des largesses et de la bonté de leur maître. Léonard de Vinci semble pourtant au-dessus de ces comportements dont il est bien conscient, mais qui ne semblent pas avoir de prise sur lui.

Il faut dire que ses véritables blessures sont ailleurs et remontent notamment à une enfance chaotique avec un père ambitieux qui n’accepte de voir son « bâtard » qu’à travers le prisme des retombées positives que ce dernier peut avoir pour lui. Léonard s’impose donc au fil des années un peu comme le contre-modèle de cet homme froid et insensible qui manque tellement d’humanité que le contraste avec son fils est saisissant. Bien que sa mère ait loin d’avoir été parfaite, Léonard fera, en revanche, preuve d’un véritable attachement envers celle-ci et veillera jusqu’à la fin sur cette femme dont la vie n’a pas non plus été facile…

Le génie de Léonard lui a permis de côtoyer les plus grands de son époque, mais cela ne l’a pas empêché d’être victime de la cruauté et de la jalousie humaine. De fausses accusations de viol aux intrigues de cour en passant par toutes ces humiliations qu’on lui fera subir, Léonard devra faire face à des épreuves difficiles dont il sortira la tête haute se contentant de faire ce qu’il fait le mieux, étudier, imaginer et créer !

En conclusion, Henriette Chardack nous propose ici une biographie romancée dense et documentée qui aurait mérité d’être allégée pour en offrir une lecture plus fluide et accessible. On appréciera néanmoins la manière dont elle a su mettre en lumière l’homme derrière le génie qui a transcendé le temps et les frontières pour inscrire son nom dans l’Histoire.

Retrouvez l’avis de Lire à la folie et de Melle Cup of Tea Bouquine

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De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

Je remercie les éditions Albin Michel et Babelio pour m’avoir permis de découvrir les épreuves non-corrigées de De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Albin Michel (2 mai 2019) – 496 pages – Broché (21,90€) – Ebook (14,99€)

TRAILER

 

AVIS

De bonnes raisons de mourir est un roman captivant et prenant, non pas par son originalité, l’auteur reprenant les grands ressorts d’un bon thriller, mais par le lieu de l’action, l’Ukraine, et plus particulièrement, la ville fantôme de Pripiat vidée de ses habitants à la suite de l’incident nucléaire de Tchernobyl.

La date du 26 avril 1986 est profondément ancrée dans la mémoire collective, mais les personnes non directement impactées ont depuis repris le cours de leur vie sans autre désagrément qu’une éventuelle crainte relayée dans un coin de leur cerveau. La situation est bien différente pour toutes ces personnes qui vivent, elles, avec le fantôme de Tchernobyl qui hante leur histoire familiale, mais aussi leur vie actuelle. Entre les enfants nés avec des infirmités, les cancers qui continuent à se déclarer plus de trente ans après le drame et ces radiations qui font partie de la vie des individus condamnés à vivre près d’un monstre toujours aussi menaçant, la page Tchernobyl n’est définitivement pas tournée pour tout le monde…

Et ce n’est pas l’inspecteur Melnyk et sa jeune collègue, Galina Novak, fraîchement sortie de l’académie de police, qui diront le contraire, tous les deux ne rêvant que d’une chose : s’éloigner de Pripiat et de toutes ces radiations dont il est bien difficile de véritablement se prémunir. Mais pour cela, ils vont devoir retrouver un terrifiant meurtrier qui n’a pas hésité à mutiler et exposer sa victime, un citoyen russe du nom de Léonid Sokolov, sur la façade d’un immeuble. L’enquête, déjà intrigante, va prendre de l’ampleur quand on établira un lien avec le meurtre de la mère de Léonid assassinée en même temps que sa voisine, trente ans plus tôt, lors de la terrible nuit où la centrale a explosé. Difficile alors de ne pas être pétri de curiosité quant à l’identité de ce tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle !

Léonid Sokolov s’est-il brûlé les ailes en s’approchant trop près de l’identité du tueur de sa mère ? Son père, Vektor Sokolov, un homme puissant et fortuné, en est convaincu, et est bien décidé à arrêter une bonne fois pour toutes cet assassin qui s’acharne sur sa famille. Déplorant l’inefficacité des autorités locales, il engage alors un policier russe, Alexandre Rybalko né à Pripiat, pour mener à bien sa vendetta. Le policier s’était promis de ne jamais retourner dans la ville de son enfance, mais ses jours étant comptés, il finit par accepter la proposition afin de pouvoir offrir, grâce à la promesse d’une énorme somme d’argent une fois sa mission accomplie, une vie meilleure à sa fille. Un dernier cadeau d’un père négligent qui n’a pas toujours fait les meilleurs choix dans sa vie…

Nous suivons donc alternativement le policier ukrainien aidé de sa collègue, et le policier russe qui agit à titre personnel et, bien souvent, en dehors des clous. Les deux enquêteurs se rapprochent, d’abord séparément puis en collaborant, de ce tueur répugnant qui se plaît à mettre en scène ses méfaits de manière particulièrement macabre. Prend-il un malin plaisir à mutiler les corps de ses victimes ou ses actes suivent-ils des motivations plus profondes ? Une question, parmi d’autres, qui vous tiendra en haleine et qui vous fera tourner avec avidité ces presque cinq cents pages que je n’ai, pour ma part, pas vu défiler. Il faut dire que l’action est au rendez-vous, les révélations fracassantes et bouleversantes, et les péripéties s’enchaînent sans vous laisser le temps de reprendre votre souffle !

En plus du rythme, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a su construire des personnages complexes dont on découvre, petit à petit, les faiblesses, les qualités, les attentes, les espoirs… Bien qu’imparfaits, les deux policiers se révèlent donc profondément humains et touchants. Melnyk essaie de composer avec cette Ukraine dans la tourmente et en proie à la corruption, la misère, la violence, la guerre... Honnête dans une société malade qui fait de cette qualité une excentricité, il reste droit quoi que cela puisse lui en coûter que ce soit dans sa vie professionnelle ou familiale. C’est ainsi qu’en travaillant dans des zones à risque, il devient paria auprès de sa propre femme, et qu’en refusant de participer aux magouilles, petites ou grandes, il ne peut apporter à son fils l’aide matérielle dont il aurait tellement besoin…

Ce policier m’a beaucoup touchée, mais c’est bien Rybalko qui apporte la plus grande densité dramatique à l’histoire. En choisissant quelqu’un qui n’a rien à perdre, Vektor Sokolov s’est assuré le support d’une machine de guerre qui nous apparaît pourtant vulnérable. Devant le peu de temps qu’il lui reste à vivre, Rybalko en vient à faire le point sur son passé, le traumatisme de Tchernobyl, son engagement en Tchétchénie qui l’a profondément marqué, et ses nombreux manquements en tant que père et mari. Une introspection tardive sans complaisance qui, en plus d’être touchante, ajoute au sentiment d’urgence que l’on ressent tout au long de la lecture, un peu comme si un compte à rebours était enclenché et qu’on en percevait le tic-tac ininterrompu. Rybalko permet également à l’auteur d’évoquer le racisme en Ukraine et auprès de certains groupes d’individus qui ne voient pas d’un bon œil qu’un métis ose s’immiscer dans leurs affaires…

Grâce à un style entraînant, vif et immersif, Morgan Audic arrive, en outre, à retranscrire à la perfection l’ambiance sordide et mortifère de Tchernobyl et de ses environs. Au passage, attestant d’un travail de recherche pointilleux, il en profite pour donner des informations qui sont tellement surréalistes qu’on en vient à espérer qu’elles ne soient que le fruit de son imagination : des visites guidées des environs de la centrale d’une indécence folle, des zones protégées qui sont des paniers percés, des objets contaminés qui font le tour du globe…

En conclusion, De bonnes raisons de mourir est un thriller captivant et intelligemment construit qui nous immerge dans une Ukraine en proie à la tourmente et sur laquelle plane le fantôme de Tchernobyl qui se révèle peut-être finalement le plus terrible meurtrier de ce récit. Entre corruption et violence, Morgan Audic nous offre une enquête palpitante portée par deux enquêteurs complexes et complémentaires dont on suit chaque mouvement avec intérêt et appréhension. Voici donc un thriller à l’ambiance aussi sombre et glauque qu’immersive que je vous conseille si vous avez envie d’une histoire rythmée mêlant habilement fiction et réalité.

 

Les loyautés, Delphine de Vigan

J’ai découvert par hasard le livre audio Les loyautés de Delphine De Vigan, et j’ai eu tout de suite envie de l’écouter, certaine de passer un moment fort et riche en émotion comme avec chaque livre de l’autrice…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Audible (14 mars 2018) – 4 heures et 7 minutes – CD (18,50€)

AVIS

Je ne pensais pas vous parler de ce roman ayant toujours beaucoup de mal à évoquer les livres de Delphine de Vigan que j’aime pourtant beaucoup. Trop bouleversants et puissants, ses ouvrages ont tendance à tellement résonner en moi que je n’arrive pas vraiment à prendre le recul nécessaire pour les analyser et dépasser le stade primaire de l’émotion.

Je tenais néanmoins à vous dire quelques mots sur cette histoire qui parle de ce sentiment de loyauté qui nous pousse à cautionner des comportements qu’on n’approuve pas toujours, mais qu’il est parfois difficile de remettre en question. Comment trahir la confiance d’un ami, quitter un être dont le secret puant vous rebute et vous pousse à mettre en perspective toute votre vie, que faire avec cette amie qui s’enlise dans ses obsessions, et comment ne pas se trahir soi-même en étant plus loyal aux idées d’autrui qu’aux siennes ?

Des questions, parmi tant d’autres, que l’on se pose en suivant le quotidien d’une galerie variée de personnages : une maîtresse d’école qui projette un passé douloureux sur l’un de ses élèves, deux jeunes amis qui sont confrontés bien trop tôt à une addiction d’adulte, des parents qui, englués dans leur propre peine, en deviennent maltraitants avec leur enfant, une femme qui se perd dans son mariage…

Certains personnages sont plus touchants et marquants que d’autres à l’instar d’Hélène qui, en croyant reconnaître des signes de maltraitance sur l’un de ses élèves, Théo, met le pied dans un engrenage infernal. Maltraitée elle-même dans son enfance, elle finit par confondre son propre passé avec le sort de cet élève au point d’avoir des comportements inappropriés qui mettront en péril sa carrière. Mais plus grave, en se décrédibilisant auprès de ses collègues et de sa direction, Hélène n’aura plus vraiment les moyens d’apporter cette attention et cette aide dont Théo semble avoir terriblement besoin.

Car oui, Théo va mal, mais pas forcément pour les raisons que cette femme, tellement humaine et touchante dans sa vulnérabilité, imagine. Non, il n’est pas roué de coups chaque soir, mais il est victime d’une violence plus ordinaire et destructrice : celle de parents dont la route s’est séparée de manière fracassante ! Pris en étau entre une mère incapable de pardonner le départ de son mari et qui en fait payer le prix à son fils,  et un père paumé devenu alcoolique, Théo a dû développer sa propre manière de survivre…

L’autrice aborde ici un thème très rare en littérature, l’alcoolisme infantile, et le fait avec beaucoup de sensibilité et de réalisme. Elle plonge le lecteur aux côtés de ce jeune garçon dont le comportement annonce un futur drame ou du moins, une descente aux enfers que sa jeunesse rend effroyable. Quel gâchis ! C’est le sentiment que l’on ressent à la vue de ce garçon livré à lui-même et dont personne, à part sa maîtresse et son meilleur ami, ne semble voir la détresse. Quand les garçons de son âge pensent à s’amuser avec leurs amis, Théo pense lui à sa prochaine beuverie et à cet alcool qui embrumera son esprit… Le besoin d’alcool devient impérieux, son équilibre de plus en plus instable, et son détachement au monde de plus en plus inquiétant. Jusqu’où devra aller Théo pour qu’un adulte réagisse ?

Bien que très dure, j’ai adoré cette histoire sublimement écrite, la plume de l’autrice mêlant avec brio froideur et réalisme tout en suscitant chez ses lecteurs une implication totale. On entre dans cette lecture sans retenue et on ne la quitte pas avant d’en avoir découvert le dernier mot.

Et c’est là que la frustration commence, l’autrice concluant son livre de manière brutale, un peu comme si elle nous éjectait sans préavis de son récit, et donnait le droit à ses personnages de reprendre le cours de leur vie sans témoin. Que cette fin ouverte m’a décontenancée ! Même actuellement, je ne saurais dire si je la trouve brillante ou simplement frustrante. Ce qui est certain, c’est qu’elle est marquante et frappante à l’image de ce drame qui se construit inexorablement sous nos yeux…

Terminons cette chronique par la partie audio qui ici m’a complètement convaincue, les acteurs donnant vie aux personnages avec beaucoup de force et de réalisme. En collant parfaitement au texte de Delphine de Vigan dont on ressent alors toute la puissance évocatrice de la plume, les acteurs offrent à ce récit déjà poignant une émouvante et très belle interprétation dont vous ne pourrez que ressortir troublés et touchés. À lire, mais surtout à écouter !

La fille aux cheveux roses, Amélie B.

Couverture La fille aux cheveux roses

J’ai lu La fille aux cheveux roses d’Amélie B. dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie young adult.

RÉSUMÉ

Après deux années de prépa, Adèle, élève sérieuse et réservée, quitte le cocon familial pour intégrer une école supérieure en province. La cohabitation avec les autres étudiants n’est pas toujours facile et l’ambiance festive qui règne sur le campus perturbe ses habitudes. Une personne intrigue immédiatement la jeune Parisienne : Chloé. Son style décalé et son caractère bien trempé soulèvent quelques interrogations. En voulant percer les mystères qui entourent cette fille aux cheveux roses, Adèle s’apprête à vivre l’année la plus marquante de son existence.

Auto-édition – 259 pages – Ebook (2,99€) – Broché (13,99€)

AVIS

Malgré ses très bons avis sur la blogosphère, je suis complètement passée à côté de ce roman et de cette histoire d’amitié entre deux étudiantes que tout oppose. Adèle est une fille modèle couvée par sa mère et obsédée par la réussite scolaire. Rien d’étonnant donc à ce qu’elle ait besoin d’un certain temps d’adaptation pour s’approprier sa nouvelle vie d’étudiante… À l’inverse, Chloé, avec sa mèche rose et sa personnalité haute en couleur, est plutôt du genre rebelle… Bien qu’elles proviennent de deux mondes très différents, les deux jeunes femmes arriveront-elles à dépasser leurs différences pour devenir amies ?

Cette amitié n’a suscité chez moi ni intérêt ni enthousiasme parce que je n’ai pas cru un seul instant à la relation unissant Adèle à Chloé, la première déclarant pour la seconde une fascination qui vire à l’obsession. On a bien des tentatives d’explication sur le pourquoi du comment, mais cela ne m’a guère convaincue… Transposé dans la vraie vie, le comportement d’Adèle m’a également semblé dérangeant et malsain. S’intéresser à une personne, fort bien, mais s’immiscer dans sa vie sans aucune gêne, et partir à la recherche d’informations personnelles quand l’autre personne ne désire pas les partager, me paraît quelque peu déplacé. Si on ajoute à cela les questions incessantes d’Adèle…

Ce détachement vis-à-vis du thème principal du roman ne m’a pas permis de m’impliquer dans cette lecture qui m’a, et j’en suis désolée, clairement ennuyée. Il y a bien quelques tentatives pour susciter l’intérêt du lecteur, mais elles n’ont pas fonctionné sur moi : il y a ce groupe d’amis qui se formera autour d’Adèle et qui apportera sa propre dynamique à l’histoire, la tentative d’instaurer un peu de mystère autour de Chloé, l’émergence de sentiments amoureux, les péripéties inhérentes à la vie d’étudiant…

Quelques points ne sont néanmoins pas dénués d’intérêt comme cet événement brutal qui va marquer un tournant décisif dans la vie d’Adèle. Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié le mystère et le suspense qu’il suscite… Le voyage à l’étranger d’Adèle apporte également un peu de dynamisme au récit même s’il m’a fallu me faire violence pour ne pas lever les yeux au ciel quant aux raisons qui l’ont poussée à l’entreprendre. Ce voyage va lui permettre de grandir, et de commencer à couper un peu le cordon avec ses parents. Forte de son expérience dans un pays dont la culture et les conditions de vie sont très éloignées de celles de la France, la jeune fille va réaliser que la voie toute tracée qu’elle s’imaginait suivre ne lui convient peut-être plus vraiment… 

Malgré cette évolution que j’ai appréciée, je n’ai ressenti aucun attachement à Adèle qui m’a plutôt agacée par sa manière plus qu’intrusive d’entrer dans la vie de Chloé, et ses changements d’avis incessants vis-à-vis de ses sentiments pour deux autres personnages… J’ai, en revanche, bien plus accroché à Chloé qui, derrière ses grands airs de fille forte qui se moque de tout et de tout le monde, cache une certaine vulnérabilité. Le personnage est certes un poil caricatural, mais il n’en demeure pas moins attachant et somme toute, bien plus intéressant que celui d’Adèle. J’ai d’ailleurs préféré les quelques passages narrés du point de vue de Chloé. Néanmoins, je ne me suis pas sentie concernée par l’aura de mystère que l’autrice a tentée d’instaurer autour de ce personnage ayant anticipé assez rapidement son secret, du moins, en partie. Mais il est de plus en plus rare qu’une fin me surprenne, et je ne doute pas que beaucoup de lecteurs seront bouleversés par la révélation finale.

Si le fond ne m’a pas convaincue, la forme, en revanche, m’a plu. Le style d’Améie B. est fluide et agréable à lire tout en restant très accessible. La présence de nombreux dialogues devrait, quant à elle, séduire les lecteurs n’aimant pas trop les récits descriptifs.

Pour conclure, malgré la plume agréable de l’autrice, La fille aux cheveux roses n’a pas su me convaincre ni éveiller en moi un réel intérêt en raison d’une amitié qui m’a paru aussi invraisemblable que dérangeante. Chaque avis étant bien sûr différent, je vous invite toutefois à vous laisser tenter par ce roman si vous êtes curieux de découvrir comment deux jeunes femmes que tout oppose vont se rapprocher, et si vous êtes en quête d’un récit qui parle également d’amour, de vie étudiante, et de ce chemin parfois difficile vers la vie d’adulte.

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Cendrillon et moi : la belle-mère parle enfin, Danielle Teller

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir Cendrillon et moi de Danielle Teller.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui savait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, quelle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux est alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ? Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle. Une réécriture ingénieuse et jubilatoire du célèbre conte, qui réussit l’exploit de nous faire aimer un personnage détesté.

Denoël (11 avril 2019) – 400 pages – Broché (22,90€) – Ebook (16,99€)
Traduction : Audrey Coussy

AVIS

Vous pensez tout connaître de l’histoire de Cendrillon, de sa marâtre et de ses deux horribles belles-sœurs ? Détrompez-vous ! Agnès, alias la méchante belle-mère, vous donne sa propre version de l’histoire, une version bien différente de celle communément admise…

Quand nous imaginons Agnès méchante et cruelle, nous la découvrons malmenée par la vie, courageuse et pugnace. Que ce personnage m’a fascinée, émue, remuée… Élevée dans une famille pauvre qui ne peut continuer à subvenir à ses besoins, elle est envoyée très jeune dans un manoir pour assister la lingère. Cette femme fainéante et odieuse, qui abusera de sa position pour l’exploiter, sera, d’une certaine manière, la première personne à lui apprendre la dureté de la vie…

Tout au long du roman, on alterne entre des flash-back durant lesquels nous voyons Agnès grandir et partageons les moments forts de sa vie d’enfant, d’adolescente et d’adulte, et le présent.

En lisant ce roman, je m’attendais à une réécriture de conte légère et empreinte d’humour alors que j’ai découvert un récit plus proche d’une fiction historique que d’une histoire fantastique. Oubliez la fée marraine et sa baguette magique, et entrez plutôt de plain-pied dans cette histoire qui décrit de manière implacable une réalité sociale difficile, celle des pauvres contre les nantis, celle des femmes du peuple qui doivent se battre pour assurer leur survie et protéger le fruit de leurs entrailles, celle des femmes qui ne sont que peu de chose face à un pouvoir religieux écrasant et une société patriarcale qui a vite fait de vous voler tous vos acquis à la mort de votre mari…

On ne peut que se révolter devant les injustices faites à Agnès d’autant que derrière cette œuvre de fiction, se cache une réalité historique qui est d’ailleurs, en partie, toujours d’actualité dans certaines régions du globe. Agnès vit des choses difficiles et révoltantes, mais à aucun moment, nous ne ressentons de pitié pour cette femme. Non parce qu’elle nous est antipathique, bien au contraire, mais parce que c’est une battante qui ne se laisse pas faire, et qui affronte chaque situation et chaque personne avec courage. Intelligente, débrouillarde et déterminée, elle se battra sans relâche pour assurer son avenir et celui de ses deux filles issues d’un mariage malheureux dont elle arrive pourtant à s’accommoder et tirer parti…

Matilda et Charlotte, les deux amours de sa vie, ont également connu leur lot de malheurs. Rendues laides, chacune à leur manière, par les vicissitudes de la vie, elles seront rejetées et moquées alors que derrière leur apparence se cachent un cœur d’or et une grande intelligence. À travers ces deux personnages, l’autrice semble souligner ce culte de l’apparence qui hante le monde depuis tellement longtemps qu’il a imprégné les contes de notre enfance. Quand la laideur est associée à la méchanceté, la beauté est, quant à elle, synonyme de toutes les vertus. Mais est-ce vraiment le cas ?

Les choses ne sont-elles pas bien plus complexes à l’image de cette histoire qui nous permet de voir le mythe de Cendrillon sous un autre jour ? Sous la plume poétique et évocatrice de Danielle Teller, les personnages de ce célèbre conte nous apparaissent bien différents de l’image que nous en avons. Agnès n’est pas cette méchante femme que l’on a tous détestée, et Cendrillon ou Elfida de son vrai nom, aucunement ce parangon de vertu qui aurait été brimé et asservi par sa belle-famille ! Tout ceci n’est que billevesées et rumeurs idiotes dont rien ne semble entraver la propagation…

Ni sorcière pour l’une, ni modèle de perfection pour l’autre, ces deux femmes sont simplement des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités. Agnès se montre parfois maladroite, trop rigide et trop dure avec sa belle-fille pensant agir pour son bien… Quant à Cendrillon, c’est une enfant complexe dont il est difficile de briser la carapace, et qui se révèle capricieuse, habituée à ce que son père alcoolique et défaillant lui passe tous ses caprices. Mais derrière les malentendus, les incompréhensions, et les tensions inhérentes à toute vie de famille, a fortiori d’une famille recomposée, il y a aussi beaucoup de tendresse et d’amour. Le « belle » de belle-mère et de belle-fille finit d’ailleurs par disparaître ne laissant plus qu’une mère et sa fille qui sont passées par des moments difficiles, mais qui ont fini par se trouver.

En conclusion, en prenant le parti de nous offrir une réécriture de conte aux allures de fiction historique, Danielle Teller captive ses lecteurs qu’elle rend témoin privilégié de l’émancipation d’une enfant devenue femme malgré l’adversité. Quand l’imaginaire collectif fait de la belle-mère de Cendrillon et de ses deux filles d’horribles personnes, l’autrice les humanise et nous prouve que derrière chaque histoire, peut se cacher une tout autre réalité.

Feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions Denoël.

Dernière Terre. La série complète

Dernière Terre. La série complète par Rivière

Je remercie Babelio et Audible pour m’avoir permis de découvrir le livre audio Dernière Terre.  

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au cœur d’une France envahie par les zombies, Dernière Terre raconte le voyage insolite de quatre jeunes prêts à tout pour rejoindre l’Angleterre.

Thomas, David, Laura et la petite Sophie vont côtoyer une série d’univers aussi bien mystique, surnaturel que médiéval. Pour traverser la Manche, notre quatuor de bras cassés va ainsi croiser une galerie de survivants aussi terrifiants qu’excentriques. Chaque étape de l’aventure permet de comprendre les origines de l’infection et le rôle primordial que les quatre personnages vont devoir tenir. Auront-ils assez de courage, de culot et d’inconscience pour parvenir à sauver l’Europe ? Disputes, kidnapping, menace de mort et fou rire embarquent l’auditeur dans un road movie burlesque et… particulièrement sanglant !

Avec, dans les rôles principaux : Donald Reignoux, Pierre Lacombe, Audrey Pirault & Mathilde Cerf.

Et dans les rôles secondaires (par ordre d’apparition) : Aurélien Portehaut, Jean-François Vlérick, Frédéric Courraud, Jacques Chambon, Amaury Jansens, Jean-Luc Couchard, Aliette Dussine, Renaud Rutten, Joëlle Sevilla, Clément Rivière, Kemar, Renaud Cathelineau, Diane Lacombe, Damien Minet, Laurent Blanpain, Ann Christin, Keith Farquhar, Benjamin Diebling & Charlie

Audible Studios – Livre audio ( 28/02/2019 ) – 4 h et 10 min – 17,95€

AVIS

Il m’a fallu du temps, mais j’ai fini par me mettre aux livres audio appréciant la flexibilité qu’offre ce format. Mais Dernière terre ne ressemble à rien de ce que j’ai pu écouter jusqu’à présent. Oubliez la monotonie que l’on peut retrouver dans certains textes audio ou encore cette impression de « faux » que l’on peut ressentir quand un narrateur prend plusieurs voix. Et pour cause, ici, chaque protagoniste a le droit à son propre comédien ce qui change radicalement l’expérience d’écoute. Ceci est d’autant plus important que cette histoire déjantée n’est construite que sur des dialogues, ce qui implique des échanges percutants et réalistes pour que la magie opère. Au-delà du jeu très convaincant des acteurs qui se sont complètement approprié leur rôle, le studio a veillé à soigner son ambiance sonore avec des effets et des bruitages plus que réalistes, et une bande-son rythmée et immersive. Résultat, on a le sentiment non pas d’écouter un livre audio, mais de prendre part à un film, les images se formant d’elles-mêmes dans notre esprit. Et ça, ça change tout dans le plaisir que l’on prend à assister à cette aventure complètement loufoque et décalée.

Les auteurs plongent directement les lecteurs dans une France zombifiée aux côtés de Thomas et David, deux amis qui aimeraient se rendre en Angleterre où le frère de Thomas les attend. Autre fléau, autre temps, mais même lieu de résistance… Mais avant d’atteindre la terre promise, ou plutôt l’île de toutes les convoitises, les deux amis d’enfance vont devoir affronter ces charmantes créatures que sont les zombies. Ils seront heureusement accompagnés par deux personnages rencontrés en cours de route : une fillette, Sophie, et une jeune femme, Laura.

Les personnages sont très différents les uns des autres et plutôt complémentaires même si j’ai regretté que David soit cantonné au rôle du boulet de service. Accro aux jeux vidéo qu’il a une légère tendance à confondre avec la réalité, il semble parfois complètement déconnecté de la réalité. Cet aspect de sa personnalité apporte un certain comique, mais a fini par me lasser d’autant qu’en plus de ne servir à rien, il adore se plaindre… En cas d’apocalypse zombie, je me sentirais donc bien plus en sécurité auprès de Thomas qui lui a les pieds sur terre et qui, sans être parfait, a quand même bien plus de bon sens et de sens pratique que son comparse. Mais c’est bien Laura et son esprit d’initiative qui suscitent le plus l’admiration. Brute de décoffrage, la jeune femme affronte toutes les situations, même les plus dangereuses, sans sourciller et avec un certain aplomb ! Avec elle, les zombies, mais pas que, n’ont qu’à bien se tenir ! Sophie, quant à elle, apporte une bonne dynamique au groupe qui veille sur elle bien qu’on soit en droit de se demander si ce n’est pas plutôt elle qui veille sur lui. Pleine d’entrain et d’impertinence, cette enfant, psychopathe sur les bords, vous réservera quelques surprises…

Le quatuor va traverser des situations extrêmes et variées dont le côté loufoque ne pourra que vous faire sourire. Car si les zombies sont au menu, nous sommes avant tout ici dans un road trip burlesque qui ne manque pas de charme. L’humour omniprésent est d’ailleurs ce qui m’a permis d’apprécier l’histoire n’étant pas une grande fan des histoires de zombie quand elles sont traitées de manière conventionnelle. En plus de se moquer gentiment des classiques et des poncifs du genre en les poussant à l’extrême, les auteurs nous offrent une jolie plongée dans la culture populaire avec, entre autres, de nombreuses références à des jeux vidéo que l’on connaît tous plus ou moins, même si ce n’est que de nom… Au passage, ils ne manquent pas d’évoquer l’actualité avec notamment l’apparition de gilets jaunes qui pourra faire grincer quelques dents, mais qui m’a beaucoup amusée, ou encore cette question des réfugiés dont le parallèle avec la situation dans laquelle se trouvent nos personnages est plutôt bien amené… En plus de quatre heures, bien d’autres sujets sont évoqués avec dérision et parfois un certain cynisme, mais pour les découvrir, reste à vous jeter sur ce livre audio d’un genre nouveau.

La construction du livre en dix chapitres de vingt à trente minutes m’a beaucoup plu puisqu’elle permet à chacun de caser facilement l’écoute d’un ou plusieurs chapitres dans son emploi du temps sans avoir la frustration de devoir s’arrêter en plein milieu d’une scène décisive. J’ai également apprécié le rythme de ce récit qui ne souffre d’aucun temps mort, les péripéties et les rencontres, plus ou moins sympathiques, s’enchaînant les unes à la suite des autres jusqu’à la révélation finale. J’ai d’ailleurs trouvé la fin peut-être un peu expéditive, mais elle reste dans la lignée de l’histoire, complètement barrée !

Seuls deux points ne m’ont pas permis d’avoir un coup de cœur pour ce livre audio que j’ai pourtant pris beaucoup de plaisir à découvrir : la voix criarde et aigüe de Sophie qui finit par devenir difficilement supportable même si elle correspond assez bien à l’idée que l’on pourrait se faire du personnage. Et l’humour qui, au bout d’un moment, m’a parfois semblé too much, certains gags étant répétitifs, et l’abus de clichés/caricatures lassant… Mais c’est un point très personnel, et je ne doute pas que d’autres apprécieront la manière dont les auteurs jouent cette carte à fond.

En conclusion, grâce à un sublime travail sur l’ambiance sonore et les voix des personnages, Dernière Terre fut une expérience d’écoute ébouriffante, originale et complètement immersive. Si vous aimez ou souhaitez découvrir les livres audio, je ne peux que vous encourager à vous laisser tenter, et ceci, que vous appréciiez ou non les zombies puisque pris dans le feu de l’action et charmé par l’humour corrosif des auteurs, vous ne devriez pas voir le temps passer. Amateurs d’horreur et d’humour, vous avez trouvé votre prochaine « lecture » !

Retrouvez Dernière Terre sur Audible et/ou téléchargez gratuitement le pilote

 

Miss Samouraï et le Ninja Bleu, Arnaud Alméras

Je n’avais jamais entendu parler de ce petit livre jeunesse, mais le titre et la superbe couverture m’ont fait craquer.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

En pleine lecture d’un nouveau manga, Sidonie et Arthur sont transportés dans leur livre… Ils atterrissent dans la chaumière d’une terrible sorcière. Ils ne pourront revenir dans notre monde que s’ils lui rapportent son amulette magique. Pour les aider à affronter les démons qui ne manqueront pas de se dresser en travers de leur chemin, la sorcière dote les deux enfants d’armes magiques. Sidonie devient Miss Samouraï et Arthur le Ninja Bleu. L’aventure ne fait que commencer.

Rageot Éditeur (17 octobre 2018) – 6/9 ans – Poche (7,10€)

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Sidonie et Arthur sont transportés dans un manga fraîchement emprunté : Le Cristal de Sorcellerie ! Le titre a son importance puisque les deux amis vont justement devoir retrouver ce cristal volé à la sorcière Uma-Yaba par un homme-crapaud devenu le Maître des Démons grâce au  pouvoir de cet artefact. La mission est dangereuse, mais ils n’ont pas le choix s’ils veulent rentrer chez eux, la sorcière n’acceptant de les aider qu’en échange de son précieux cristal. Uma-Yaba va alors doter chacun d’entre eux d’un équipement : ce sera une armure de samouraï et un sabre pour Sidonie, et un costume de ninja et les armes qui lui sont associés pour Arthur.

Nous suivons donc nos jeunes protagonistes dans leur aventure qui sera ponctuée de rencontres plus ou moins sympathiques. Nous sommes dans un livre jeunesse, les méchants sont donc assez caricaturaux, mais cela n’est pas gênant d’autant que j’ai adoré le personnage de la sorcière, un peu plus nuancé, qui n’est pas sans rappeler le mythe russe de la Baba-Yaga que j’aime beaucoup.

Sidonie et Arthur, au cours de leurs péripéties, se feront un allié inattendu et quelque peu mystérieux. Ont-ils d’ailleurs eu raison de lui faire confiance ? Ce sera à vous de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que ce personnage apporte un peu de mystère à l’intrigue.

Le livre est très rythmé et les événements s’enchaînent les uns après les autres sans aucun temps mort. Ce point devrait permettre de conserver l’attention des jeunes lecteurs durant toute la lecture d’autant que les illustrations en grand format facilitent vraiment l’immersion dans le récit. Elles possèdent, en outre, un côté manga qui apporte du crédit à l’idée que nos deux protagonistes ont été transportés dans l’un de ces ouvrages. Quant aux style tout doux et tout en rondeur de l’illustratrice, Myrtille Tournefeuille, il dégage beaucoup de charme.

Miss Samouraï et le Ninja Bleu fait partie de la collection Flash Fiction des éditions Rageot destinée à susciter chez les enfants récalcitrants à la lecture, ou peu habitués à pratiquer ce loisir, l’envie de lire. Tout est donc mis en place pour rendre l’ouvrage plaisant à  lire : texte aéré, livre rythmé, présentation en début d’ouvrage des principaux personnages et de leurs caractéristiques, quelques illustrations, un vocable simple, des phrases courtes, et un peu d’humour. Un cocktail qui devrait plaire aux jeunes lecteurs, mais aussi à certains adultes qui aiment à retomber en enfance !

Pour conclure, Miss Samouraï et le Ninja Bleu est un roman plein de peps porté par deux personnages attachants qui forment un beau duo. Rempli d’action, de magie et agrémenté de belles illustrations, il devrait séduire les jeunes lecteurs aimant l’aventure.

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