Spirou et Fantasio : Le triomphe de Zorglub ; Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Spirou et Fantasio : Le triomphe de Zorglub ; Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Dupuis pour m’avoir permis de découvrir cette BD dans le cadre de l’opération Les Explorateurs de la BD.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cool ! les aventures de Spirou et Fantasio vont être adaptées au cinéma ! Impatient de devenir une vedette du grand écran, Fantasio postule pour son propre rôle… et se fait recaler (« trop vieux pour le rôle ») ! Très vexé, il déprime. Spirou, pour lui remonter le moral, lui propose de se faire engager comme journaliste sur le tournage. Sur le plateau, Spirou est un peu surpris par l’acteur qui joue son rôle (« un type lisse et sans aucune personnalité ») alors que le comédien est son sosie parfait. Quant à Seccotine, elle est offusquée par le scénario quand elle découvre que l’actrice qui joue son rôle doit multiplier les scènes déshabillées totalement dispensables. Bref, les trois héros vont suivre le tournage en Afrique et en France en essayant de limiter les dégâts provoqués par un réalisateur dans un état second et un producteur qui est la copie conforme de Zoglub !

  • Album: 60 pages
  • Editeur : Dupuis (26 janvier 2018)
  • Prix : 12€

AVIS

Cette BD n’est pas l’adaptation à proprement parler du film Les aventures de Spirou et Fantasio sorti au cinéma en février 2018, mais elle en est néanmoins librement inspirée. N’ayant pas encore vu le film, je ne pourrai pas vous en dire plus sur le degré d’inspiration même si j’espère le voir bientôt, cette BD ayant plus qu’attisé ma curiosité…

Comme la plupart d’entre vous, je connais Spirou et Fantasio, mais je dois reconnaître que mis à part la lecture de quelques albums dans ma prime jeunesse, je connais finalement assez peu la BD. Je préfère le souligner, car je pense qu’un amateur de la série n’aura pas forcément le même avis que le mien ni les mêmes attentes… C’est donc sans a priori que je me suis plongée dans cette histoire loufoque et, somme toute, des plus originales.

J’ai adoré l’idée de donner vie à des personnages fictifs puisqu’ici, Fantasio et Spirou sont bien réels et sont confrontés à une situation inédite : le tournage d’un film mettant en scène leurs aventures. Cela aurait pu être plutôt sympathique, voire flatteur, pour les deux amis si la tentative de Fantasio de jouer son propre rôle n’avait pas été soldée par un cuisant et humiliant échec. Il a, en effet, été considéré trop vieux, trop gros et trop mauvais acteur par la directrice de casting. Les effets du temps n’épargnent personne que l’on soit un grand aventurier/journaliste ou non… Et l’humiliation ne s’arrête pas là : Fantasio et Spirou finissent par découvrir que le scénario ne les présente pas vraiment sous leur meilleur jour. Mais rien de vraiment étonnant si l’on considère que le producteur/acteur ressemble comme deux gouttes d’eau à un certain personnage que notre duo connaît trop bien à son goût : Zorglub. Trop, c’est trop, Spirou et Fantasio sont bien décidés à laver leur honneur, à rétablir la vérité et à faire sortir de sa tanière ce producteur trop louche pour être honnête !

Il me semble préférable d’avoir lu quelques aventures de Spirou et Fantasio pour mieux savourer les différentes références à cette série, notamment au niveau des personnages, qui sont parsemées dans l’album. Néanmoins, même les néophytes pourront se laisser entraîner dans cette aventure abracadabrantesque menée à une cadence folle. Les personnages et les lecteurs n’ont ainsi pas le temps de s’ennuyer entre la découverte des dessous de la réalisation d’un film, un voyage dans le désert, des retournements de situation, des scènes d’action qui déménagent, des gags à gogo, une actrice qui, aidée de Seccotine, se rebelle contre le sexisme dont elle est victime et qui réduit son rôle à celui d’un faire-valoir sexuel (toute ressemblance avec le « vrai » cinéma n’est pas fortuite…), des jeux de mots qui font mouche, des petites piques envers notre duo qui se fait malmener et dont l’ego est mis à rude épreuve…

On sent que le scénariste, Olivier Bocquet, s’est fait plaisir, et qu’il a eu à cœur de nous proposer une histoire qui se démarque des aventures plus classiques de Spirou et Fantasio, tout en ayant veillé à garder le charme de leur relation même si celle-ci est gentiment moquée. Le résultat est d’autant plus savoureux qu’on retrouve le côté déjanté et un peu foufou du script dans les dessins de Brice Cossu et d’Alexis Sentenac. Les expressions des visages, bien souvent exagérées, soulignent à merveille le caractère incongru, si ce n’est absurde, des situations dans lesquelles se retrouvent nos deux amis. Il y a même un petit côté manga dans les traits des dessinateurs au point qu’avec sa gigantesque crinière jaune flamboyante nouvellement acquise, et qui aurait pu être une aubaine pour un chauve précoce si elle ne poussait pas comme une herbe folle, Fantasio aurait toute sa place dans un épisode de Dragon Ball Z… Je soulignerai également l’excellent travail fait sur Fantasio qui, pour moi, est le personnage dont la personnalité a été la mieux mise en images par les dessinateurs. Quant au travail de colorisation de Johann Corgié, je l’ai trouvé parfait pour s’immerger facilement dans l’intrigue d’autant que les couleurs sont un parfait équilibre entre réalisme et exubérance, cette dernière étant criante quand le coloriste s’évertue à retranscrire, en couleurs, les émotions des personnages.

La seule chose qui m’a un peu perturbée dans cet album est le décalage physique entre Fantasio et Spirou. Si le premier a vraiment été marqué par le temps entre rides, calvitie importante et bidon bien rebondi qui donne l’impression que Fantasio a passé son temps libre à s’enfiler tous les litres de bières qui ont croisé son chemin, le second, quant à lui, conserve un aspect juvénile qui peut laisser faire croire que le temps n’a pas eu de prise sur lui. Cela m’a déstabilisée même si je reconnais que le scénariste a su utiliser ce décalage à bon escient puisque cela donne lieu à des quiproquos assez amusants.

En conclusion, empreint d’humour et d’action, Le triomphe de Zorglub est un album qui vous plongera dans une aventure loufoque menée tambour battant. Entre références aux albums « classiques » et version revue et corrigée du célèbre duo, le scénariste propose une histoire qui devrait plaire aux amateurs de Spirou et Fantasio à condition qu’ils gardent en tête le caractère unique et quelque peu déjanté de cet album.

Et vous, envie de découvrir Le triomphe de Zorglub ?

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Chouflette veut son papa, Virginie Oks

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Je remercie la maison d’édition Yakabooks pour la découverte de ce petit album tout choupinou.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chouflette remarque l’absence de son papa quand celui-ci est au travail et le veut près d’elle. Elle aime être avec sa maman, mais ce n’est pas pareil. Ce qu’elle veut, c’est ses deux parents avec elle.

  • Éditeur : Yakabooks (1 août 2017)
  • Prix : 2€

AVIS

Je n’ai pas d’enfant, mais à la lecture du résumé, j’avais très envie de lire ce petit album autant pour le sujet que l’idée d’une future lecture pour ma petite nièce de deux ans.

On rencontre ainsi une petite fille toute mignonne et souriante, Chouflette, qui aime beaucoup son papa. Elle est donc triste quand il est au travail et qu’il ne peut pas lui faire un gros câlin. Et quand elle est avec son papa, elle est triste de ne pas avoir sa maman à ses côtés, car ce que veut Chouflette, c’est avoir ses deux parents avec elle !

Comme le souligne l’auteure en fin d’ouvrage, vers 2 ans, l’enfant est dans une période œdipienne dans laquelle il ressent le besoin d’une relation exclusive avec l’un des deux parents. Or, ma petite nièce suit exactement ce même schéma de développement que je suppose classique. Elle ressent ainsi le besoin d’être en permanence avec mon frère quand il est dans la même pièce ou lieu qu’elle.

Je me suis donc dit que cet album pourrait lui parler. Si cela n’a pas été flagrant, elle m’a quand même demandé, lors de la lecture, où était son père, comme si elle arrivait un peu à s’identifier à Chouflette qui veut son papa. A noter que je lui ai lu moi-même l’ouvrage et qu’une lecture avec ses parents aurait peut-être eu plus d’impact. Ou elle est simplement encore trop jeune pour arriver à faire complètement le lien entre l’histoire de Chouflette et ce qu’elle peut ressentir notamment quand mon frère d’astreinte doit s’absenter ou que sa mère ne peut pas jouer avec elle, car elle est au travail.

Cela ne l’a néanmoins pas empêchée d’apprécier les illustrations de Marine Carron qui ont tout pour séduire les plus jeunes : des dessins simples, mais agréables, des couleurs vives qui happent le regard même des plus grands, la présence sur presque toutes les pages du doudou de Chouflette et je peux d’ailleurs vous dire que ma nièce l’a très vite repéré ce doudou… Pour l’anecdote, lors de la découverte de la première illustration dans laquelle on voit Chouflette dessiner avec ses deux amis, Élise et Abel, ma nièce m’a tout de suite parlé de son meilleur ami à la crèche, Arthur, en ajoutant que c’était lui qui avait fait le dessin.

Il faut dire que les illustrations mettent en scène des situations qui parleront à beaucoup d’enfants : école, moment du coucher, activité avec le papa (l’auteure casse les clichés puisque c’est un moment bricolage que Chouflette partage avec son père), moment de tendresse parents/enfant avec une illustration de fin pleine de douceur qui ne pourra que toucher les lecteurs.

J’avoue avoir été surprise par le format de l’ouvrage m’attendant à un livre un peu plus grand. Mais, c’est plutôt une bonne chose, car sa petite taille en rend la prise en main par des enfants très facile. Très léger et avec des pages assez épaisses, il devrait résister aux manipulations parfois un peu rudes des enfants qui devraient prendre plaisir à entendre encore et encore cette jolie petite histoire.

Enfin, cet album pourra peut-être aider les parents qui travaillent et ne peuvent pas toujours être ensemble pour s’occuper de leurs enfants, à trouver les mots pour leur expliquer pourquoi malgré tout l’amour qui leur porte, ils doivent parfois s’absenter pour le travail avant de mieux les retrouver pour un joli bisou sandwich. Le meilleur, cela va de soi !

Et vous, envie de découvrir Chouflette veut son papa ? Foncez sur le site de Yakabooks où vous trouverez d’autres petites merveilles au prix unique de 2€.

 

Ira Dei – Tome 1 : L’or des caïds, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Je remercie Babelio et les Éditions Dargaud pour l’envoi d’Ira Dei : L’or des caïds de Vincent Brugeas et illustré par Ronan Toulhoat. Je remercie également Delphine des éditions Dargaud pour son petit mot manuscrit ainsi que pour l’ajout, dans l’enveloppe, de Dargaud le mag dans lequel on retrouve une interview de l’illustrateur.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

En 1040, les armées de Byzance tentent de reconquérir la Sicile, alors aux mains des Arabes. Alors que la ville de Taormine résiste à Harald, le terrible chef varègues à la tête des troupes byzantines, un Normand nommé Tancrède et un jeune moine, Étienne, légat du pape proposent les services de leur petite troupe de mercenaires. À la demande d’Étienne, Tancrède se rapproche d’Harald et lui propose un marché : il fera tomber Taormine en trois jours, en échange de quoi il recevra les richesses de la cité. Même s’il comprend que Tancrède est en mesure de réaliser ce prodige, Harald se méfie de cet homme dont les yeux révèlent qu’il a « traversé les Enfers » et dont le passé mystérieux ressurgit peu à peu… Pourquoi l’Église a-t-elle fait de lui une arme au service de Dieu ? Et quelle revanche veut-il prendre aujourd’hui ?…

  • Album: 64 pages
  • Éditeur : Dargaud (12 janvier 2018)
  • Public : à partir de 16 ans
  • Prix : 13.99€
  • Autre format : ebook

TRAILER OFFICIEL DE LA BD

AVIS

L’histoire et les personnages…

Si le Moyen Âge est une période que j’apprécie, j’avoue néanmoins que le contexte historique de cette BD, la Sicile du XI e siècle alors sous le joug des Arabes, m’était peu familier. Cela m’a parfois un peu gênée dans ma lecture d’autant que cette île, carrefour entre différentes civilisations, concentre un certain nombre d’enjeux politiques, économiques et culturels. Fort heureusement, cela ne m’a pas empêchée de me plonger avec plaisir dans l’histoire, celle d’un énigmatique Normand, Tancrède, qui débarque en l’an 1040 sur la côte est de la Sicile. Accompagné d’une vingtaine d’hommes et d’un diacre, Étienne, il proposera ses services au seigneur Harald, à la tête des troupes byzantines, pour faire tomber la ville de Taormine qui lui résiste. Une aide qui, évidemment, ne se fera pas sans une onéreuse contrepartie…

Que ce soit en profitant de la solidarité normande, en exploitant l’appât du gain, valeur commune à chaque peuple, ou en jouant sur la pression exercée sur Harald, Tancrède se révèle, dès le début de son arrivée sur l’île, être un fin stratège. Il sait pertinemment jouer sur les besoins et aspirations, plus ou moins avoués, des individus qu’il rencontre et arrive à tirer parti de leurs failles. Et c’est cette intelligence des situations et des personnes qui rend ce personnage aussi passionnant que dangereux ! Intelligent et patient, il devrait vous surprendre par sa faculté à mener à bien ses plans sans que personne ne se doute de ses véritables intentions. À commencer par Étienne…

Si une grande part de l’action et du suspense repose sur le Normand, l’auteur nous propose également une palette intéressante de personnages à l’instar de cet homme de foi qui accompagne Tancrède. Assez autoritaire, il se plaît à jouer de son autorité sur le guerrier qu’il pense, de manière assez naïve, avoir sous sa coupe. Il se rend néanmoins assez vite compte que les actions de celui-ci ne correspondent pas forcément à ce que l’église attend de lui. Mais d’ailleurs, que cherchent vraiment l’église et Étienne en s’associant au Normand ? Une question qui viendra titiller la curiosité des lecteurs d’autant que Tancrède semble loin de partager la foi, virant au fanatisme, du diacre. À cet égard, bien que la BD ne soit pas un plaidoyer anticlérical, on retrouve, contexte historique oblige, l’importance de l’Église et les moyens peu éthiques et moraux déployés pour faire respecter la « vraie foi ».

Deux personnages féminins se démarquent également de ce premier tome bien que leur rôle reste finalement assez peu développé. Nous découvrons ainsi une femme manipulatrice autant dans l’apparence, son visage étant criant de sournoiserie, que dans sa manière de se comporter. Il se dégage d’elle une certaine dangerosité qui contraste à merveille avec le caractère craintif de la sœur cachée d’Étienne. Deux femmes, deux personnalités diamétralement opposées, mais un destin lié… J’ai, pour ma part, hâte de découvrir quelle sera l’influence de ces deux femmes sur le cours de l’intrigue.

Une narration dynamique mêlant habilement présent et passé…

Dans cette vidéo, l’illustrateur revient plus particulièrement sur une double page de la BD et explique pourquoi et comment il a séquencé la scène. Mais il met également en avant un point qui m’a plu : la colorisation et la mise en scène des différents flash-back présents dans la BD.

Le scénariste ne s’est pas perdu en détails narratifs inutiles qui auraient alourdi une histoire dont le contexte historique peut déjà se révéler complexe, ce qui a permis au dessinateur de nous offrir un moyen simple et efficace pour repérer les allers-retours entre passé et présent : des bordures noires délimitant les scènes et l’abandon de la colorisation rouge au profit d’une teinte plus claire. Le procédé présente l’avantage de mettre en valeur ces retours dans le passé qui revêtent une certaine importante dans la narration puisqu’ils permettent d’assouvir notre curiosité. À travers ces flash-back, on découvre ainsi quelques pans du passé de Robert, sa réelle identité ainsi que ses véritables intentions. Son comportement parfois assez énigmatique, ses mimiques à la limite de la moquerie et empreintes d’une certaine défiance vis-à-vis de l’autorité du prêtre, cette impression tenace qu’il cache son jeu… Tout devient alors plus clair et conduit à la seule conclusion possible : Tancrède n’est définitivement pas une personne de laquelle il est bien prudent de se jouer !

L’auteur exploite jusqu’au bout le caractère assez mystérieux et spectaculaire de son protagoniste en nous proposant un final explosif dans lequel il abat ses cartes, ou du moins, une partie de son jeu. Une bonne fin de premier tome qui laisse espérer une suite pleine d’action, de complots et de révélations. Quant aux personnes qui ont osé ou qui oseront se dresser sur son chemin, ne leur reste plus qu’à affronter l’implacable vengeance de ce guerrier Normand passé maître dans l’art de la guerre.

Des scènes d’action parfaitement maîtrisées…

Sans être particulièrement amatrice de ce genre de scènes, force est de constater que l’illustrateur et l’auteur ont su travailler de concert pour nous offrir de très belles scènes de bataille. À travers moult détails, une colorisation à dominante rouge, un découpage dynamique des différentes scènes d’action, des gros plans sur les visages et notamment sur les yeux qui reflètent toute la violence des combats, ils nous offrent une plongée vivante et réaliste dans l’action. J’ai, en outre, fortement apprécié que l’auteur se soit abstenu d’alourdir les scènes de combat par du texte superflu, le travail visuel se suffisant à lui-même pour transmettre l’intensité de l’action et la violence qui se dégage des affrontements. À cet égard, il y a une scène qui m’a particulièrement marquée par sa cruauté, mais c’est probablement la lectrice amoureuse des animaux en moi qui s’exprime. Je ne sais pas si cette scène est tirée d’un fait réel, mais cela ne serait pas étonnant si l’on considère que les animaux ont depuis très longtemps été utilisés dans les guerres à l’instar des porcs de guerre ou cochons incendiaires utilisés durant l’Antiquité.

La couleur rouge, couleur du soleil, de la chaleur, du sang et de la vengeance, qui est omniprésente dans cet ouvrage, m’a parfois un peu gênée par l’atmosphère pesante dans laquelle elle nous plonge. Mais je dois reconnaître que son utilisation rend l’immersion dans l’intrigue encore plus probante et finit, d’une certaine manière, par symboliser Tancrède, un personnage au passé violent et à l’avenir probablement teinté de rouge. Fort heureusement, quelques planches, notamment celles mettant en lumière la nature à travers de jolis paysages, bénéficient d’une colorisation plus lumineuse qui apporte une certaine douceur et sérénité à une histoire plutôt violente. 

À noter le grand format de la BD qui rend sa prise en main et la découverte des scènes d’action des plus agréables. Cette édition est également accompagnée d’un cahier graphique.

En conclusion, une narration menée tambour battant et valorisée par un coup de crayon précis et un découpage dynamique des scènes, de l’action, du sang, des combats, des trahisons, des complots, du suspense, un héros charismatique, des personnages assez mystérieux dont il est bien difficile d’appréhender les véritables intentions, de beaux décors… Nul doute que le duo Brugeas/Toulhoat a toutes les clés en main pour séduire les amateurs de BD mêlant action et aventure dans un contexte historique riche et mouvementé !

Et vous, envie de découvrir ou de feuilleter Ira Dei ? Visiter le site des éditions Dargaud.

Fabuleux nectar, Vincent Portugal

J’ai découvert ce roman dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du haut de sa tour du Palais Suspendu, Misha étudie ses grimoires et réchauffe ses alambics. L’alchimiste du roi est un créateur talentueux. Il invente des sortilèges et murmure des poèmes pour transformer la magie en outils insolites.
Son quotidien est bouleversé par la capture de trois rebelles des îles Liberté qui luttent pour leur indépendance. Pourquoi la princesse Séléna s’est-elle livrée à ses ennemis ? L’alchimiste soupçonne la prisonnière de profiter de sa captivité pour leur tendre un piège.
La belle étrangère prétend que son navire contient des trésors dignes des légendes, l’héritage d’un antique peuple des mers. Ses ruses et ses manigances se teintent de mystère, de magie, et d’une alchimie fabuleuse qui pourrait changer le destin du royaume.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Vincent Portugal;
  • Prix : 2.99€ (compatible abonnement Kindle Amazon)
  • Autre format : broché (9.90€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez vous douter que mon intérêt pour ce livre a été éveillé dès la découverte de sa couverture que je trouve plutôt attractive. En plus du côté esthétique, j’ai été intriguée par la présence de sirènes, une créature que j’affectionne beaucoup bien qu’elle soit finalement assez peu représentée dans la littérature…

Dans ce roman, les sirènes sont présentes en filigrane puisque leur mythe est mis en avant par la princesse Séléna des îles Liberté qui, avec deux autres compagnons, a été capturée par le roi Alexander. Cette princesse, à la forte personnalité, s’est donnée comme mission de gagner l’indépendance de ses chères îles que le roi asphyxie par la levée d’impôts injustes et de plus en plus importants. Et pour ce faire, quoi de mieux que de lui faire miroiter l’existence de multiples richesses héritées d’antiques descendants ayant quitté la terre ferme pour les profondeurs de l’océan ? En offrant à ce roi la promesse d’un partage de ces trésors et des revenus des îles Liberté, la princesse espère ainsi faire cesser une guerre coûteuse en vies pour les siens et en argent pour le roi. Un accord qui devrait se révéler gagnant-gagnant pour chacun à moins que la princesse et ses acolytes ne gardent encore quelques secrets comme la provenance de ce mystérieux nectar qui affole les sens du roi et l’imagination de la cour…

Ce roman m’a assez surprise, dans le bon sens du terme, dans la mesure où je n’avais pas anticipé la tournure prise par l’histoire. Je m’attendais à un récit empreint de magie, j’ai trouvé un récit empreint de magie, de poésie, mais surtout de politique, de manigances en tout genre et de faux-semblants. Alors je vous rassure, l’auteur ne nous présente pas un débat politique rébarbatif, mais plutôt une histoire où les enjeux politiques et économiques sont au cœur de tout. Ils se révèlent d’ailleurs, bien que pour des raisons différentes, d’une importance capitale pour Séléna et son peuple, et pour le roi et l’affirmation de son autorité.

Au milieu de tout ça, nous avons l’alchimiste du roi, Misha, qui est accompagné d’un Djinn que j’ai beaucoup apprécié. Jouant un peu le rôle de Jiminy Cricket pour l’alchimiste, le Djinn tentera de le guider et de le soutenir sans se départir d’un certain humour qui rend le personnage plutôt attachant. Les échanges entre l’humain et son compagnon surnaturel sont donc plaisants à suivre bien que j’aurais adoré que le Djinn soit encore plus présent… Quoi qu’il en soit, le Djinn sait faire preuve de dérision tout en sachant également soutenir inconditionnellement son ami même dans les situations qui, à première vue, semblent mal engagées…

Et de ce soutien, Misha en aura fort besoin puisque bien qu’intelligent et très doué quand il est question de magie, il semble dépassé quand il s’agit de politique… Il sera néanmoins le premier et le seul à douter de l’existence des sirènes tellement vantée par Séléna. Et il sera encore le seul à deviner que la princesse est bien plus dangereuse que ce qu’elle aimerait faire croire… Troublé par l’influence grandissante de la captive sur son roi, il lui sera toutefois difficile de faire entendre sa voix face à un souverain bourru et assez impulsif d’autant que le caractère un peu mou de Misha ne l’aide pas vraiment à s’imposer. C’est un petit génie de la magie, mais c’est aussi une personne timorée qui, face à ses privilèges nouvellement acquis, n’est pas prompte à défendre ses opinions pacifiques. Contre la guerre et le détournement de ses inventions pour exterminer le peuple des îles Libertés, il préféra donc fermer les yeux plutôt que de monter au créneau et refuser de continuer à servir le roi.

Je dois avouer que ce personnage m’a parfois un peu agacée ne supportant pas les gens qui ont des prétendus idéaux, mais qui les bafouent allègrement dès que leur petit confort entre en jeu. Et c’est exactement ce que fait Misha jusqu’à sa rencontre avec la princesse et son garde du corps. Il va très vite être confronté au mépris de ces deux individus pour un homme qui a mis son savoir magique au service de la destruction plutôt que de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Heureusement, petit à petit, Misha va évoluer et s’interroger sur ses actions jusqu’à avoir une certaine prise de conscience qui ne lui permet plus de se dédouaner de sa part de responsabilité dans le massacre d’innocents…

J’ai donc apprécié que l’auteur fasse évoluer progressivement son protagoniste comme j’ai aimé qu’il mette sur sa route, une femme forte et auréolée d’un certain mystère. Farouche, intelligente tout en étant prête à des actes de bravoure frôlant la folie pour protéger les siens, envoûtante, habile conteuse et négociatrice, les deux allant souvent de pair, Séléna est définitivement une femme qui possède un charisme fou. On l’imagine sans peine galvaniser les foules ! D’ailleurs, le roi lui-même semble ensorcelé par cette beauté… Découvrir cette femme fut un réel plaisir même si j’aurais aimé en apprendre plus sur cette princesse déterminée à sauver son peuple. Mais ça, c’est la faute de l’auteur qui a su donner vie à un personnage tellement intéressant que l’on aurait envie de lire des pages et des pages sur ses aventures et ses pensées. J’ai ainsi adoré m’interroger sur ses motivations, essayer de deviner ses intentions, tenter de cerner le vrai du faux de ses récits fabuleux sur les sirènes… En d’autres mots, comme le roi, je me suis laissée envoûter par cette femme qui a tout pour devenir une souveraine respectée et redoutable. Il vaut mieux donc l’avoir de son côté, ce que va découvrir de manière assez brutale notre alchimiste.

Au-delà des personnages, l’univers imaginé par l’auteur est un pur délice à découvrir d’autant que d’une plume élégante et poétique, il nous immerge dans son récit où la magie et la poésie sont intrinsèquement liées. Dans ce roman, il ne vous faudra pas, en effet, savoir manier la baguette pour lancer des sortilèges. Il vous faudra plutôt apprendre à manier avec délicatesse les mots et les rimes. Et attention aux plus distraits des alchimistes, la poésie pouvant se révéler mortelle quand elle n’est pas déclamée de manière rigoureuse et réfléchie. Lier magie et poésie est certainement l’idée qui m’a le plus séduite dans cette histoire puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur soulignait, par ce biais, le côté presque enchanteur de la poésie. J’ai, dans tous les cas, fortement apprécié la place donnée à la poésie, un art que notre alchimiste maîtrise à merveille. J’aurais d’ailleurs adoré trouver, en fin d’ouvrage, certains de ses poèmes-sortilèges. Si vous êtes dans mon cas, vous apprécierez néanmoins la présence de poèmes, extraits de traités d’alchimie, en début de chapitre… Un petit plus qui contribue au charme qui se dégage de cet univers aussi dangereux que poétique :

« Des arômes boisés, souvenirs d’une épave,
Caressent le palais dont je me sais l’esclave.
Chêne, pin, acajou ? Qu’importe la résine !
Les trésors se goûtent ; la route se devine. »

« Pilleurs d’épaves »
L’Alchimie du Goût – Poèmes gustatifs et applications, Vol. I

En conclusion, en nous offrant une plongée dans un univers imaginaire teinté de poésie et de magie, l’auteur arrive à concilier les amateurs d’histoires fantastiques et les amateurs de jolis textes. Quant aux lecteurs avides de rencontrer des personnages qui leur réservent quelques surprises, Fabuleux nectar devrait les séduire.

A noter une interview de l’auteur sur le site du Prix des auteurs inconnus, une manière intéressante d’en apprendre plus sur l’auteur et son univers. Découvrez également, sur le site, les chroniques des autres membres du jury

Photo de la page FB de l’auteur

Site de l’auteurPage FB de l’auteur

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Fabuleux Nectar ?

 

 

Une ombre au tableau, Myriam Chirousse

Je remercie Babelio et les éditions Buchet/Chastel de m’avoir permis de découvrir Une ombre au tableau de Myriam Chirousse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La Côte d’Azur. Ses villas de luxe et ses piscines.

Quand Greg Delgado, employé de banque, visite la maison de ses rêves, il décide de ne pas dire à sa femme, Mélissa, qu’un enfant s’est noyé dans la piscine. Le couple emménage. Mélissa est-elle dupe ? N’a-t-elle pas aussi certaines choses à cacher ?

Dans la chaleur caniculaire, chacun cherche son intérêt et son plaisir…

  • Broché: 190 pages
  • Editeur : Buchet-Chastel (5 avril 2018)
  • Prix : 17€
  • Autre format : ebook

L’AUTEURE

Née à Cagnes-sur-mer le 12 avril 1973, Myriam Chirousse suit des études de lettres et de philosophie à Nice, puis à Paris. Elle écrit, en parallèle, ses premiers contes pour enfants et des nouvelles. En 2000, elle quitte la France pour l’Espagne où elle travaille comme professeur de français et traductrice. Son premier roman, Miel et vin, paraît en 2009. De retour en France, elle se consacre à la traduction et à l’écriture. Elle a publié Le Cantique des Elfes (2011, roman jeunesse), La Paupière du Jour (2013) Le Sanglier (2016) et Une Ombre au tableau (2018).

AVIS

Employé de banque, Greg Delgado qui rêve de se faire appeler Grégoire, question de standing, ne réfléchit pas longtemps à la proposition de son ami, un cador de l’immobilier : une magnifique villa à un prix dérisoire dans une résidence de luxe avec piscine. Une opportunité inespérée que la mort par noyade d’un enfant, dans cette même piscine, ne doit surtout pas ruiner ! Il omet donc de parler de ce « petit détail » à sa femme, Mélissa, lors de la visite de la maison et il ne lui en parle pas plus lors de son achat. Un mensonge qui va déclencher l’engrenage d’une machine infernale que Greg n’a pas conscience d’avoir amorcé.

Une ombre au tableau, c’est l’histoire d’un homme ambitieux qui, par peur de connaître les difficultés financières de son enfance, est prêt à beaucoup pour réussir, et même à fermer les yeux sur des vérités dérangeantes. C’est aussi l’histoire d’un couple qui s’en sort bien dans la vie, mais qui va faire son entrée dans la cour des grands, dans un monde où tout semble beau et luxueux, dans un monde où tout paraît couler de source et dans lequel il semble presque difficile de ne pas se noyer…

Pourtant, Mélissa résiste, à sa manière, mais elle résiste quand même. Devant la beauté du bleu profond de la piscine de la résidence, un malaise s’empare d’elle… La maison est belle, mais quelque chose ne va pas ! Elle ne saurait expliquer cette impression que tel un serpent, le danger se profile discrètement et menace son équilibre. Elle le ressent au fond d’elle-même, de ses tripes, et même ses conversations imaginaires avec des statues de divinités indiennes lui confirment ce qu’elle essaie pourtant de taire.

Mélissa n’est pas une illuminée, mais plus on apprend à la connaître à travers les réminiscences de son passé, plus on perçoit chez elle un sens aigu de l’observation, mais surtout de la perception. Ostéopathe de métier, le toucher est sa spécialité, mais elle lui donne une tout autre dimension par sa capacité à saisir au vol des informations qui ne seraient pas accessibles au commun des mortels. Alors, en plus de toucher les corps, elle est aussi capable de percevoir des fragments d’âme et d’effleurer du bout des doigts ces secrets qui s’échappent à leur insu des individus. Une capacité qui peut se révéler une malédiction quand elle essaie de briser les carapaces, à commencer par la sienne.

Depuis qu’elle habite dans cette résidence de luxe qui s’apparente de plus en plus à une cage dorée, Mélissa change. Cette femme que son mari décrivait comme positive et facile à vivre, commence à se fêler, à s’interroger sur sa vie actuelle et sur sa relation avec son mari, à faire défiler des bribes de sa vie passée… Et à accepter que finalement, tout ne va pas bien. Sa vie n’a pas pris la tournure que la jeune idéale qu’elle fut avait imaginée… Mère d’un petit Clément et épouse d’un mari employé de banque, sa vie s’est progressivement enracinée dans un quotidien que la chaleur étouffante de l’été rend presque palpable.

Une grande partie de l’intrigue est basée sur Mélissa, une femme intelligente qui semble parfois basculer dans l’irréel. Est-ce pour cette raison qu’il se dégage une telle poésie de la plume de Myriam Chirousse ? Amatrice de belles plumes, j’ai, en effet, été complètement subjuguée par la capacité de l’auteure à nous offrir, à travers un vocable riche et de nombreuses métaphores, de très belles images. Celles-ci prennent vie sous nos yeux nous permettant ainsi une immersion totale dans l’intrigue. L’auteure joue habilement avec les mots, les contrastes, les non-dits comme si elle soulignait que tout ce qui brille n’est pas d’or et que la beauté et le luxe peuvent cacher des choses beaucoup plus sombres. On oscille donc souvent entre ombre et lumière, entre euphorie et malaise, entre plénitude et vacuité… Je me permettrai d’ailleurs de citer un passage que vous trouverez en quatrième de couverture et qui illustre assez bien cette impression de dualité :

« Une obscurité nacrée baignait le parc, lui conférant un aspect inquiétant et mystérieux, plus authentique aussi, comme si la nuit avait le pouvoir de révéler le vrai visage des choses. La pelouse avait le bleu foncé des mers australes et tout le reste était noir, les grands pins, les bosquets, les haies. Noir aussi le prunier en fleurs du printemps, dont tous les fruits avaient été mangés par les oiseaux et les vers. Seule la margelle de la piscine traçait dans l’ombre un ovale lactescent, au milieu duquel l’eau étalait son vif-argent. »

De la plume de l’auteure, se dégage également une certaine sensualité que ce soit à travers la découverte des corps en maillots de bain, les séances de massage pour faire pénétrer l’huile de coco, les quelques ébats toujours suggérés jamais rendus vulgaires, la chaleur étouffante de l’été et des braises, les images parfois sensuelles que l’on ne peut s’empêcher d’imaginer à la lecture de certains passages… Cette sensualité finit par se confondre avec l’ambiance étouffante du roman. En plein été sur la Côté d’Azur, le soleil frappe aveuglément, mais ce n’est pas cet astre qui donne ce sentiment que plus on avance dans l’intrigue, plus l’ambiance devient étouffante et écrasante. Cela provient de la narration mise en place par l’autrice et qui, telle une pieuvre, déploie progressivement ses tentacules. Comme Mélissa, on finit par ressentir un certain malaise et on se demande de quel côté la foudre va finir par s’abattre. Et d’ailleurs, quelle forme prendra-t-elle ? Celle d’une épouse révoltée par le mensonge de son époux, celle d’une femme qui a fait le point sur sa vie et qui pourrait avoir envie de la remodeler, celle d’un homme qui s’est laissé entraîner par une décision qui le dépasse, celle d’un amant oublié qui ne l’est pas tant que ça ou celle d’une voisine omnisciente et omnipotente ?

Tout autant de questions qui vous pousseront à tourner les pages les unes après les autres avec ce sentiment d’anxiété mêlé d’urgence qui rend cette lecture complètement immersive et prenante.

Pour conclure, Une ombre au tableau est un roman qui joue sans complexe ni états d’âme avec la vérité et ses vaporeux contours. Derrière le tableau idyllique d’une famille s’installant dans une riche résidence, ce sont les doutes, les faux-semblants et tous ses arrangements (petits ou grands) avec la vérité et les désirs les plus profonds de ses personnages que l’auteure expose. Un roman à l’ambiance étouffante et à la poésie enchanteresse que vous ne pourrez que lire d’une traite en espérant que la foudre ne s’abatte pas à votre propre. Car finalement, Mélissa et Greg sont-ils les seuls à avoir dessiné eux-mêmes les contours de leur prison ?

Everything comes with a price…

Myriam Chirousse

Photo du site des éditions Buchet Chastel

Site de l’auteure

Et vous envie de feuilleter ou de craquer pour Une Ombre au tableau ?

 

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

Fairyloot avril 2018 : Whimsical Journeys

Devant l’annonce du thème d’avril, j’ai craqué et ai commandé ma Fairyloot, ce que je ne regrette pas au regard de la beauté et de la qualité des goodies reçus.

  • Côté papeterie : des marques-pages et une carte de Fictiontea Designs.

  • 1 mug de voyage Narnia réalisé par Ink and Wonder : avec ses nombreux détails et toutes ses couleurs, ce mug est juste magnifique ! Je ne m’en servirai cependant que chez moi, car il ne permet pas de garder les boissons au chaud pendant de longues heures, fonction que j’attends d’un mug de voyage. Cela n’enlève rien à sa beauté et à mon envie de me faire un thé rien que pour le plaisir de l’utiliser.
  •  1 petite bougie assortie au roman du mois et réalisée par Flick The Wick.

  • 1 porte-étiquette à bagage inspiré par Fantastic Beasts and Where to find them et réalisé par Lovely Owls Books : très joli, je pense qu’il va finir dans ma bibliothèque ou accroché à mon sac à main.

  • 1 pin’s inspiré par Percy Jackson et réalisé par Taratjah et 1 badge Ace of Shades plutôt joli.

  • 1 petite bloc-notes Carpe Diem de Little Inkling : j’aime beaucoup la citation imprimée et les bordures noires qui se marient bien avec la couverture du roman de la box.

  • 1 tote bag avec une citation de J. R. R Tolkien réalisé par Stella’s Bookish Art : c’est certainement mon article préféré. A lui seul, il justifie l’achat de cette box ! Je ne l’ai pas encore utilisé ayant reçu la box durant le week-end, mais ce sac semble assez solide pour résister aux nombreux déplacements que je compte bien lui faire subir.

  • Le roman du mois, un autographe de l’auteure, une interview, une lettre et 1 sticker : je n’avais jamais entendu parler de ce livre, la surprise fut donc totale d’autant que pour éviter de me faire spoiler, je suis restée éloignée des chaînes Booktube américaines… Beyond a Darkened Shore m’intrigue et me laisse espérer une jolie épopée riche en action et, peut-être, en rebondissements.

The ancient land of Éirinn is mired in war. Ciara, princess of Mide, has never known a time when Éirinn’s kingdoms were not battling for power, or Northmen were not plundering their shores.

The people of Mide have always been safe because of Ciara’s unearthly ability to control her enemies’ minds and actions. But lately a mysterious crow has been appearing to Ciara, whispering warnings of an even darker threat. Although her clansmen dismiss her visions as pagan nonsense, Ciara fears this coming evil will destroy not just Éirinn but the entire world.

Then the crow leads Ciara to Leif, a young Northman leader. Leif should be Ciara’s enemy, but when Ciara discovers that he, too, shares her prophetic visions, she knows he’s something more. Leif is mounting an impressive army, and with Ciara’s strength in battle, the two might have a chance to save their world.

With evil rising around them, they’ll do what it takes to defend the land they love…even if it means making the greatest sacrifice of all.

  • Relié: 448 pages
  • Editeur : HarperTeen (10 avril 2018)
  • Prix : 15.26€

En bref, je suis complètement conquise par cette édition qui nous offre des goodies variés, sublimes et de qualité.

Et vous, que pensez-vous de cette édition ? Lequel de ces articles vous tente le plus ?