Throwback Thursday livresque #199 : la santé

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Cela fait un petit moment que je n’ai pas participé à ce rendez-vous, mais j’ai décidé d’y remédier en participant au thème de la semaine, la santé. Un thème plus que jamais d’actualité….

Le premier livre qui m’est venu à l’esprit est un petit livre rapide à lire et plein d’humour, chose plus qu’indispensable en ce moment : Bonjour Docteur ! d’Antoine Roberti.

Le docteur Antoine Roberti exerce dans une petite commune de l’est de la France, à la limite entre la ville et la campagne. Médecin généraliste, il est le tout premier étage de notre cher système de santé et, comme tel, reçoit quotidiennement les demandes les plus farfelues de patients perdus, inquiets, esseulés, perturbés ou tout simplement mythomanes. Des maladies qui n’existent pas, des affabulations calculées, des exagérations camouflant de réelles détresses ou bien l’envie de faire marcher le portefeuille de la sécu : tout cela forme, au quotidien, une collection de perles, de dialogues involontairement comiques… et aussi un concentré sans filtre d’humanité.


Sans autre prétention que celui de vous faire sourire, cet livre vous fera passer un bon moment de divertissement sans prise de tête, qui vous permettra de vous couper de votre quotidien et, peut-être, d’oublier un peu la morosité ambiante…

N’hésitez pas à lire mon avis de Bonjour Docteur ! dont voici la conclusion :

Même s’il peut porter à réflexion, Bonjour Docteur !, c’est avant tout un livre sans prise de tête qui devrait vous assurer quelques beaux moments de rire. D’ailleurs, je vous conseille de le lire chez vous ou à l’abri des regards extérieurs, les éclats de rire dans un transport en commun pouvant occasionner quelques regards suspicieux. Alors si vous aimez rire, foncez pour cette petite lecture parfaite pour accompagner vos vacances ou pour vous permettre de décompresser après une dure journée de labeur.

Et vous, à quel titre auriez-vous pensé ?
Ce livre pourrait-il vous tenter ?

Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Mini-chroniques en pagaille #35

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Blue au pays des songes (tome 1) : La forêt envahissante de Davide Tosello ( Vents d’Ouest) :

Blue au pays des songes - Tome 01Si j’ai adoré l’ambiance onirique instaurée par l’auteur, j’avoue avoir été assez déstabilisée par l’histoire qui a un petit côté absurde à la Alice au pays des merveilles. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que sans le résumé qui est, pour le coup, très clair, j’aurais totalement su appréhender le contenu de cette magnifique BD. Cela ne m’a pas empêchée de me laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur, et d’être enchantée par les somptueuses illustrations, dont j’ai adoré les couleurs et les contours.

Nous suivons ici Blue, une jeune fille qui fuit une forêt sombre qui grandit et grignote tout ce qui se trouve sur son chemin, humains et maison y compris. Dans sa fuite, Blue sera accompagnée d’une baleine miniature enfermée dans un bocal, puis par un jeune garçon avec lequel elle désire se rendre à la cité de la tristesse, un endroit où il est possible d’échanger des larmes contre un vœu. Mais la route ne sera pas dénuée de dangers et de rencontres allant de surprenantes à fortement désobligeantes.

En plus d’être sublime et très rythmée, cette BD offre un très beau travail sur les songes, les cauchemars et n’est pas dénuée de messages importants, notamment sur la force de la magie, l’importance de croire en soi et la nécessité de connaître son passé pour construire son futur. Le passé de Blue nous apparaît d’ailleurs par petites touches à mesure qu’elle progresse dans son aventure…

En bref, La forêt envahissante nous offre un énigmatique, étrange et mystérieux voyage au pays des rêves, ou plutôt des cauchemars, en même temps qu’une aventure rythmée qui enchantera les yeux des lecteurs. Belle et intrigante, voici une BD que je ne peux que vous conseiller.


Les trois titres suivants sont proposés en accès libre sur NetGalley. Je remercie d’ailleurs le site et les maisons d’édition pour ces lectures.

  • La musique d’Édouard de Monika Filipina (Editions Crackboom !) 

Couverture La musique d’Edouard

J’ai tout de suite craqué devant la couverture que ce soit pour ses couleurs pleines de pétillants, l’illustration de couverture adorable, ou tous les animaux qui y sont représentés. Et je dois dire que j’ai été enchantée par cette belle histoire qui nous plonge en pleine jungle. On y découvre tout un panel d’animaux divers et variés qui partagent une passion commune : la musique. Mélomanes dans l’âme, ces animaux jouent donc chacun d’un instrument. Tous sauf le pauvre Édouard, un éléphant qui a tout essayé, mais qui s’est fait une raison : aucun instrument ne lui sied ou ne résiste à sa force.

Loin de se laisser abattre, il s’est donc transformé en soutien et fan inconditionnel de ses amis dont il écoute avec un plaisir non dissimulé les concerts en pleine jungle. Mais un jour, un petit contretemps va lui permettre de faire une surprenante et très belle découverte !

J’ai adoré cette histoire d’animaux mélomanes et j’ai été touchée par ce petit éléphant dont l’amour de la musique ne peut pas s’exprimer comme il le souhaiterait. Mais ce qui fait la beauté de cet album est la manière dont l’autrice permet aux enfants de comprendre qu’il faut toujours garder espoir et que chacun d’entre nous possède ses propres talents et dons. Une belle leçon d’espoir et de confiance en soi qui plaira autant aux enfants qu’aux parents et adultes.

À noter également, un petit récapitulatif des différents instruments joués par les animaux de l’album, un beau moyen de montrer leur variété aux enfants et de leur apprendre à bien les reconnaître/nommer. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de l’illustration de couverture : mignonnes à souhait, douces et colorées.

En bref, voici un très bel album jeunesse qui plaira aux amoureux des animaux et de la musique, et qui à travers un jeune éléphant montre que chacun d’entre nous possède un talent qui lui est propre et qui ne demande qu’à s’exprimer.


  • Les filles modèles – tome 1 : Guerre froide de Potvin, Morival et Bussi (Kennes éditions) :

Les filles modèles, BD tome 1 : Guerre froide (BD) par Potvin

Il s’agit ici de l’adaptation en BD du roman Les filles modèles que je n’ai personnellement pas lu.

Marie-Douce porte bien son nom. Gentille et adorable, elle réserve un très bon accueil à Laura, sa nouvelle demi-sœur avec qui elle va devoir partager sa chambre. Il faut dire qu’en fille aimante, elle est prête à tout pour que son père soit heureux avec la mère de Laura, sa nouvelle compagne. Malheureusement pour elle, Laura n’est pas dans les mêmes dispositions et ne possède pas un caractère aussi conciliant. Franchement odieuse, elle fera tout pour se montrer désagréable dans l’espoir de pouvoir déménager, et de se tenir éloignée de mademoiselle Barbie et de son agaçant et trop parfait père.

Si j’ai trouvé Laura franchement agaçante, elle évoluera en cours d’aventure et apprendra à mettre sa colère de côté pour se rendre compte que Marie-Douce n’est peut-être pas la fille naïve et insipide qu’elle pensait. Une jolie manière pour l’autrice de montrer qu’il faut se méfier des apparences et qu’il est toujours dangereux de cataloguer des individus du seul fait de ses aprioris.

Quant à Marie-Douce, elle se révèle d’emblée attachante et touchante, notamment dans son envie de bien faire et d’assurer une certaine harmonie au sein de sa famille recomposée. J’ai également apprécié que l’on nous montre que l’on peut être très gentille, aimer le rose et la danse, mais aussi avoir une certaine force de caractère et être douée dans les sports de combat. Une image qui sort clairement des stéréotypes que l’on a coutume de voir.

Le début de la BD m’a bien plu, avec notamment cette confrontation entre deux jeunes filles à la personnalité diamétralement opposée, mais unies par le même amour pour leur animal de compagnie, un chien pour l’une, et un chat pour l’autre. Néanmoins, si j’ai apprécié que l’un des personnages offre une leçon de vie à Laura, qui en avait clairement besoin, j’ai trouvé le moyen de le faire assez mesquin, voire humiliant. Pas certaine que dénoncer un comportement problématique au moyen d’un comportement qu’il l’est tout autant soit très pertinent… 

Mais c’est peut-être toute l’intrigue amoureuse qui se dessine qui m’a le moins intéressée, étant probablement trop âgée maintenant pour ce genre de schéma et de retournement de situation. Je reconnais toutefois que ce point et la manière dont il est amené devraient séduire les jeunes lectrices. Et je dis lectrices parce que la BD est somme toute connotée très girly, que ce soit au niveau des personnages, de leurs sujets de conversation ou des tons pastels des illustrations. Des illustrations dont j’ai d’ailleurs apprécié les couleurs et la douceur.

En bref, Les filles modèles est une BD qui plaira aux adolescentes en quête d’une histoire mêlant rivalités entre deux jeunes filles devant apprendre à vivre ensemble, amitiés et prémisses d’une histoire d’amour qui s’avère compliquée ou, du moins, délicate.


  • Mé en vré il fo mangé koi ? de Cédric Yout (Publishroom Factory)

Couverture Mé en vré il fo mangé koi ?

Contrairement aux ouvrages précédents, la couverture ne m’a pas inspirée plus que cela et j’avoue que le titre en langage SMS aurait eu plutôt tendance à me faire fuir. À l’inverse, le résumé a attiré toute mon attention, la question de l’alimentation m’intéressant.

Avant d’aller plus loin, je préfère préciser que l’ouvrage n’est pas un album, mais plutôt un mini guide très accessible qui aborde succinctement différents points liés à l’alimentation : les bénéfices apportés par une bonne alimentation, les différents « personnages » de l’alimentation (lipide, glucides, vitamines)… et leurs effets positifs ou négatifs sur le corps ainsi que les aliments où on peut les trouver… On évoque aussi le sport, l’importance de ne pas se jeter sur les plats préparés, l’application Yuka, quelques exemples de petits-déjeuners (avec la tendance française à trop insister sur les glucides, le combo pain/miel ou confiture étant quelque peu déconseillé…) et l’auteur propose même une petite visite des rayons des supermarchés avec quelques recommandations de fréquence de consommation.

En bref, si le fond est intéressant, il m’a semblé qu’il faudrait peut-être revoir quelques passages et faire un bref rappel sur le fait que l’alimentation est l’un des facteurs qui joue sur le poids et qu’à ce titre, il est important d’être bien renseigné sur le sujet, mais qu’il y a d’autres variables à considérer. Mis à part ce bémol, ce guide se révèle très accessible et offre un premier pas intéressant pour sensibiliser les adultes et surtout les enfants au thème de l’alimentation et de l’importance de l’équilibre alimentaire.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous déjà lus ?

Risibles ! (mondes cruels et destins déroisoires), Jean Allouis #ProjetOmbre

Parfois absurdes, souvent cruelles, mais toujours d’un humour décapant, ce sont les vingt histoires de ce recueil.

Risibles ! donne le premier rôle à toute une palette de personnages décalés qu’on n’est pas près d’oublier. Qu’il s’agisse de la comédienne shakespearienne contrainte à tourner dans des blockbusters stupides, de l’homme dépressif inscrit à un stage de perfectionnement au suicide ou de la femme qui souffre d’un sulfureux dédoublement de la personnalité digne des Liaisons dangereuses, impossible de ne pas succomber à l’envie de connaître le pourquoi du comment (… et sa chute, bien sûr).

AVIS

À la recherche d’une ou de plusieurs nouvelles humoristiques pour le thème d’avril du Projet Ombre (humour), j’ai sauté sur ce recueil de nouvelles disponible en téléchargement libre sur NetGalley. Trois des nouvelles sont également proposées gratuitement en version audio sur Soundcloud, sous le titre Petites Histoires Curieuses, Cruelles et Cocasses).

Avant de parler brièvement de chacune des 20 nouvelles, je peux vous dire que le fil conducteur de l’humour est bien présent que ce soit de manière claire et nette ou plus subtile. L’auteur alternant entre cynisme, ironie, humour noir et parfois bien plus bon enfant… il y en a pour tous les goûts, ce que j’ai fortement apprécié, même si certains propos m’ont parfois gênée. Mais on peut imaginer que la désinvolture assumée avec laquelle sont traités certains sujets est également une manière de les dénoncer. Dans tous les cas, l’auteur possède indéniablement une belle plume qu’il sait moduler en fonction des thématiques et des effets recherchés.

Je me suis donc prise au jeu de ces nouvelles, étant à chaque fois impatiente de partir à la rencontre de personnages bien souvent hauts en couleur, parfois attachants, d’autres fois quelque peu antipathiques, énigmatiques, surprenants...  Aucun ne vous laissera donc indifférent. 

Que ce soit en raison des personnalités de chacun, de l’histoire ou des thématiques abordées, toutes les nouvelles ne m’ont pas forcément plu ou convaincue. J’ai donc décidé de les classer en fonction de mon appréciation globale, ce qui vous permettra éventuellement de porter attention aux textes qui m’ont semblé les plus prometteurs, à moins que vous ne préfériez vous concentrer sur ceux qui ne m’ont pas convaincue, mais qui pourraient tout à fait vous convenir…

Certaines chutes font leur petit effet, mais j’aurais peut-être apprécié que les fins soient plus marquantes. Ce n’est pas un point négatif en soi, juste l’expression de mon appétence pour les nouvelles à chute, car ce sont celles dont je me souviens le plus longtemps et que je trouve les plus savoureuses.

À noter que si l’humour est en trame de fond, il y a des thématiques qui reviennent régulièrement comme la famille, les problèmes conjugaux et l’art sous ses différentes formes.


TOP 3

L’étrange cas d’Anne Noblet : dès les premiers mots, j’ai su que j’allais adorer cette nouvelle et je ne m’étais pas trompée. À travers des extraits du carnet d’Anne Noblet et du journal du célèbre docteur Charcot, on assiste à une terrible bataille intérieure. Je préfère garder un certain mystère pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais avec cette nouvelle, l’auteur nous prouve son talent pour manier la langue française avec malice et poésie. Il possède, en outre, un côté théâtral qui n’a pas été pour me déplaire. Probablement ma nouvelle préférée de ce recueil !

Un courrier de ministre : afin de le remercier de ses trente ans de bons et loyaux services, la direction d’une entreprise de fromages nomme Auguste Directeur de la Qualité et du Suivi. Un titre ronflant dont notre directeur va assez vite découvrir la vacuité. Mais pas de panique, quand les lettres des clients se tarissent et qu’il n’a plus rien à faire, il va trouver une solution assez cocasse qui ne manque ni de charme ni d’originalité. Moins truculente que la précédente, l’intérêt de cette nouvelle réside, du moins pour moi, dans la personnalité attachante du protagoniste : un homme, puis un retraité entièrement dévoué à son entreprise, qui a su trouver un palliatif assez original à l’ennui et à la solitude.

Didascalies : une nouvelle particulièrement savoureuse dans laquelle un auteur dramatique à succès et reconnu dans le monde du théâtre règle ses comptes de manière aussi malicieuse qu’intelligente. S’il y avait une morale à cette histoire que j’ai adorée, ce serait bien « tel est pris qui croyait prendre« . Quand l’art se met au service d’une douce et pernicieuse vengeance…

ELLES M’ONT TOUCHÉE

Le Maître des mariages : passer du roi des mariages à celui des enterrements, il n’y a qu’un pas… qu’a franchi allègrement notre protagoniste. Après tout, n’est-il pas question d’émotion dans les deux cas ? Et avec son talent inné pour élaborer les plus exquises et touchantes playlist, on peut dire que notre maître des cérémonies sait en véhiculer de l’émotion… Si la chute m’a perturbée pour des raisons personnelles, j’ai apprécié ce voyage dans la vie d’un personnage qui a su donner une certaine beauté à la mort, et trouver dans la musique une forme d’ultime hommage, que ce soit volontaire ou non.

La femme dans l’ascenseur : il y a des gens pas physionomistes pour un sou et parfois inconvenants, du genre à vous fixer dans l’ascenseur ! De fil en aiguille, on suit les digressions et autres pensées d’une femme sur les autres personnes qu’elle rencontre, qu’elle côtoie, sur son fils, son mari qui n’est plus… jusqu’à la chute que l’on pressent arriver, et dont l’on devine les contours avant la fin, mais qui n’en demeure pas moins très touchante.

ELLES M’ONT PLU

Murano : une fois sa femme et sa fille parties vers d’autres horizons, notre narrateur a le temps de meubler son temps comme il le souhaite. Et c’est donc tout naturellement qu’il décide de le passer en compagnie… de son énorme lustre de Murano, objet de dissension dans son ancien couple, objet d’une étrange fierté pour lui. Entre tentatives d’apaisement, envie de flatter l’ego de cet objet surdimensionné et essais de conversations peu concluants, se noue une étrange relation, teintée d’absurde, entre un homme esseulé et un lustre personnifié en ami menaçant... Voici une nouvelle non dénuée d’humour et dont la chute, dans tous les sens du terme, fut brutale !

Quand j’arrivais à la Continental : ou quand le passé rattrape une ancienne star du cinéma français, dont le comportement sous l’Occupation rappelle que derrière le strass et les paillettes se cache parfois la plus ignoble des laideurs. Cette nouvelle, dans laquelle un homme est bien décidé à mettre une femme face à la vérité et à l’horrible personne qu’elle a été, ne devrait pas manquer de vous marquer. De fil en aiguille, le ton léger, presque badin, laisse place à un propos plus fort et acerbe qui nous replonge dans une période de notre histoire bien sombre… Mais les crimes ne restent pas tous impunis et l’heure de la vengeance a sonné !

Une courte apparition : quoi de mieux pour oublier la pénibilité d’un plateau de tournage loin de chez soi, et auprès d’un metteur en scène un peu trop familier et sûr de lui, qu’une brève mais marquante apparition ? En plus de cette ambiance magie du cinéma, ou plutôt tracas de la vie d’acteur, j’ai apprécié l’ironie qui se dégage d’une rencontre entre un acteur et une actrice dont la personnalité, dirons-nous avenante, est aux antipodes du rôle qu’elle interprète…

Je m’appelle Laura : dans cette nouvelle, on parle coming-out, tentative de suicide, pédophilie, réseaux sociaux... Des thématiques fortes, mais que l’auteur a su introduire dans un texte qui fait sourire grâce à la jeune narratrice, une enfant de 8 ans et demi qui a une vision assez naïve et très pragmatique des événements, rendant le tout assez cocasse. Pour ma part, j’ai trouvé le texte intéressant, et si je ne suis pas certaine que la manière dont les parents gèrent la situation soit la plus pertinente qui soit, j’ai, en revanche, apprécié qu’ils rappellent à leur enfant que le plus important est qu’il soit heureux.

Une loge aux Italiens : si Constance vit déjà comme une séance de torture l’Opéra qui se déroule sous ses yeux, contrairement à son mari et à une lointaine cousine qu’il veut déniaiser sur le plan artistique, il s’entend, ses sentiments ne s’améliorent guère quand elle est frappée par l’évidence. J’ai aimé le retour dans le passé, la maîtrise avec laquelle l’auteur décrit le drame qui se joue sur scène, mais aussi dans la vie d’une femme rattrapée par les années et la jeunesse d’une nouvelle fleur prête à éclore.

Rock Critic : un critique de rock pas tendre avec les groupes et artistes dont il n’apprécie pas la musique, et c’est un euphémisme, va faire une désagréable rencontre, une de celles qui frappent, avant de faire la connaissance de figures emblématiques du rock que tout le monde croyait disparues. Si j’ai deviné la chute avant la fin, j’ai apprécié le mordant de la nouvelle et le ton cinglant des avis de notre critique et de son acolyte. Un duo qui dit ce qu’il pense et sans y mettre les formes !

J‘ai tout raté : de quoi peut bien de plaindre un parolier richissime solidement installé ? De ne pas être pris au sérieux par des personnes qui refusent de reconnaître son talent pour écrire des œuvres plus nobles que des chansons populaires. Mais ça, c’était avant d’avoir une idée de génie… Une idée impliquant un homme d’abord réticent, puis franchement enthousiaste. Il faut dire que si l’échange de procédés n’est pas sans risque, il  n’en demeure pas moins très tentant. En effet, difficile de résister à la gloire et à la reconnaissance de ses pairs même si elles sont temporaires ! Je n’aurais pas été contre quelques pages de plus, et une fin avec plus de panache, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette nouvelle.

Le suicide est un sport trop risqué (pour qu’on l’autorise à ceux qui ne l’ont encore jamais pratiqué) : si en France, la question du suicide assisté demeure un sujet tabou, ici l’auteur prend le contre-pied en abordant cette thématique de manière décomplexée. Notre narrateur en assez de la vie ? Pas de souci, une solution lui est proposée en la forme d’un stage de préparation au suicide. Parce que quitte à laisser la vie derrière soi, autant le faire avec panache ! Au programme, étude des différentes voies de sortie : pendaison, arme à feu, arme blanche, noyade… Il n’y a plus qu’à faire son choix. Mais notre protagoniste est-il certain de vouloir tirer sa révérence ? Cette nouvelle ne manque pas de cynisme et sa chute d’une ironie cinglante m’a beaucoup plu.

Première nouvelle ! : un jeune auteur de 72 ans, notre protagoniste aime la formule, laisse cours à sa fibre créatrice et écrit sa première nouvelle, dont nous avons la chance de lire des extraits. Il imagine la réception de son texte, les invitations pour en parler, mais aussi les critiques, avant d’en tirer une certaine conclusion… En voici une nouvelle qui nous plonge avec aplomb dans les affres de la création et nous prouve qu’on n’est jamais plus critique qu’avec soi-même !

SYMPATHIQUES MAIS IL M’A MANQUÉ UN PETIT QUELQUE CHOSE

Paradis Terrestre : Léopold, homme quelque peu certain de ses qualités, a une vie et des nuits parfaitement ordonnées, millimétrées et organisées, du moins jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer une machine pourtant bien huilée… J’ai surtout apprécié cette nouvelle pour la nature et la personnalité du grain de sable dont le passé difficile nous est progressivement dévoilé. Quant à la fin, sans offrir une chute rocambolesque, elle m’a bien plu et promet des instants difficiles pour Léopold.

Sparadrapbien plus longue que les autres, cette nouvelle nous présente différents personnages qui, comme on le découvre en cours de lecture, sont tous liés. J’ai tout de suite ressenti un certain attachement pour Monsieur Paul, un vieillard peut-être pas si ronchon que cela, et pour Sparadrap, surnom donné à une infirmière qui panse les cœurs en plus des corps. J’ai un peu moins été touchée par sa petite amie, Laura et encore moins par La Pieuvre, le patron aux mains baladeuses de Laura. De fil en aiguille et au gré de leurs péripéties, bien souvent surprenantes, les liens entre ces différents personnages se resserrent, permettant à chacun d’évoluer… J’ai néanmoins été moins convaincue par le chapitre 4 qui m’a paru « too much ». C’est bien sûr personnel, mais je pense que j’aurais gardé un bien meilleur souvenir de cette nouvelle si elle s’était arrêtée à un événement qui marquait autant une fin qu’un commencement, d’autant que certains revirements de personnalité m’ont semblé forcés et incohérents. On notera néanmoins la construction originale de cette nouvelle autour de plusieurs chapitres, dont chacun porte un intitulé plutôt parlant et non dénué d’humour. 

Laurel Canyon : actrice de théâtre au début de carrière prometteur, Laurel passe maintenant ses journées à jouer seule devant un fond vert pour une superproduction Marvel, auprès de grandes stars qu’elle ne côtoie quasiment pas. Il y a plus stimulant dans la vie d’une actrice ! Mais finalement, n’est-ce toujours pas mieux que de rentrer chaque soir pour retrouver une famille avec des problèmes qui, hélas, ne se règlent pas à coup d’effets spéciaux ? Il y a un certain désabusement dans ce texte qui, en plus de pointer l’évolution du métier d’acteur de cinéma, a le mérite de montrer que les acteurs et actrices sont des personnes comme les autres…

Quelqu’un a vu Jack ? : en assistant à une scène gênante, mais à l’étrange pouvoir hypnotique, notre protagoniste n’aurait jamais pensé être frappé par un sentiment duquel il s’était toujours tenu à l’écart, avant de renouer de la plus incongrue des façons avec une vieille connaissance. Le hasard a parfois des coïncidences qu’il est préférable de ne pas questionner, mais plutôt de savourer. La nouvelle est bien écrite, mais j’avoue que tout ce qui touche aux relations de couple ne m’intéresse guère… J’ai néanmoins apprécié la manière dont l’auteur a su nouer habilement présent et passé.

ELLES M’ONT LAISSÉE INDIFFÉRENTE

Tu me manques : pas facile d’essayer de suivre une série d’enquêtes so british à la télé tout en tentant vaguement de répondre à une ex plaintive au téléphone, tout ça pendant que votre compagne prépare un gratin dans la cuisine… Mais quand il faut, il faut. Je n’en dirai pas plus, n’ayant pas particulièrement accroché à cette nouvelle.

Et qu’on parle un peu de lui... : on alterne entre trois personnages : la femme trompée pour la énième fois, le mari volage et complètement indifférent au mal qu’il fait à sa femme, et la dernière maîtresse en date bien dépitée de ne pouvoir présenter son amant à ses parents. C’est que ça ne se fait pas ! Si comme pour les autres nouvelles, la touche d’humour est appréciable, la thématique principale et son traitement ne m’ont pas passionnée et l’absence de chute ne m’a pas permis de terminer la lecture sur une note plus positive…

Je remercie l’auteur, la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

Ivy Wilde, tome 2 : Meurtre, magie et télé-réalité, Helen Harper

Couverture Ivy Wilde, tome 2 : Meurtre, magie et télé-réalité

Moteur. Ça tourne… Inaction ! Ivy Wilde, paresseuse sorcière de l’Ouest et addict de la Sieste, est toujours obligée de faire copain-copain avec le Saint Ordre des Lumières Magiques. Ce qui n’est pas si mal, hein, vu que ça lui donne un prétexte du tonnerre pour passer plus de temps avec Raphaël Winter, son pseudo-Némésis aux yeux saphir. Et quand il toque à sa porte en lui demandant d’aller jouer l’espionne sur le tournage de sa série préférée, Enchantement, elle saute sur l’occasion. Glander sur un plateau télé, c’est sûrement pas difficile… ni dangereux… n’est-ce pas ?

AVIS

Retrouvez mon avis du tome 1 : Quand fainéantise rime avec magie

Ayant beaucoup apprécié le premier tome, je me suis plongée avec enthousiasme dans cette suite qui m’a semblé encore plus savoureuse, palpitante et amusante. J’ai adoré retrouver Ivy, une sorcière fainéante par essence, extrêmement douée par nature. C’est d’ailleurs ce décalage entre ses talents innés pour la magie et sa volonté assumée d’en faire le moins possible qui rend cette sorcière aussi drôle et attachante. Malheureusement pour elle, l’Ordre, une organisation de sorciers qu’elle fuit comme la peste, semble s’évertuer à faire de sa vie un long et fatigant voyage.

Elle se retrouve ainsi impliquée dans une enquête délicate qui va la conduire dans un trou paumé des Highlands où un affreux meurtre a été commis. Mais pour une fois, Ivy ne rechigne pas devant l’effort ! Il faut dire que cette enquête va lui permettre de passer un peu de temps avec Raphaël Winter, ce sorcier qui fait battre son cœur, malgré sa détestable tendance à être un bourreau de travail. Et cerise sur le gâteau, sa mission va lui permettre de mettre les pieds sur le plateau de son émission de télé-réalité préférée, une émission dans laquelle les candidats sont censés avoir au moins un soupçon de magie ! Mais parce qu’il faut toujours un mais, ce ne sera pas en dilettante, mais en tant que coursière corvéable à merci, du moins, jusqu’à ce qu’un concours de circonstances la fasse passer de l’ombre à la lumière…

L’enquête sur le meurtre se révèle plutôt intéressante et bien amenée, mais elle va surtout nous conduire dans les arcanes d’une magie puissante, maléfique et redoutable. L’autrice fait monter la tension crescendo à tel point que j’ai lu la dernière partie presque en apnée. Autant vous le dire tout de suite, j’ai vraiment tremblé pour Ivy qui n’est pas ménagée dans ce deuxième tome. Entre la méchanceté de certains candidats, le travail épuisant, les fausses pistes et le danger qui semble provenir de nulle part et partout à la fois, notre sorcière préférée n’a pas une minute pour se reposer. Et quand on la connaît, on sait que c’est loin de la ravir…

Si ma seule et unique expérience de la télé-réalité se résume à la première saison de Loft Story, cette plongée dans les coulisses de la télé-réalité m’a beaucoup plu. On y découvre la concurrence féroce, la jalousie, le rythme de travail insensé, les faux-semblants, les scénarios montés de toutes pièces, les candidats formatés pour correspondre aux archétypes voulus par la direction… Il n’y a pas à dire, être un candidat de télé-réalité, ce n’est pas une sinécure ! Mais il en faudra bien plus à Ivy pour perdre son légendaire aplomb et s’avouer vaincue.

Ivy, avec son humour et son sens de la répartie, c’est 100% de fun et pas mal de problèmes, bien qu’ils soient rarement de sa faute. Alors on savoure chacune de ses (més)aventures et on attend avec impatience de la voir de dépêtrer avec brio de situations dans lesquelles on n’aimerait pas, mais alors pas du tout, être plongés. À titre d’exemple, les créatures qu’elle va rencontrer dans les Highlands se révèlent tout simplement cauchemardesques ! Ivy pourra heureusement compter sur le soutien de Raphaël Winter qui se montre un poil jaloux, mais absolument craquant. Les deux sorciers vont devoir régler un petit malentendu, mais à aucun moment, on ne doute de leur complicité et de leur compatibilité. N’a-t-on pas l’habitude de dire que les contraires s’attirent ? Pour ma part, j’ai adoré leurs interactions, la manière dont ils se provoquent et se cherchent…

Dans ce tome, on retrouve également d’autres connaissances comme Tarquin qui est toujours un boulet franchement agaçant, le chef de l’Ordre qui m’a semblé ici bien plus humain et Brutus, le familier d’Ivy. Dans le premier tome, je n’avais pas accroché à ce chat qui parle, le trouvant inutilement vulgaire. Mais avec cette suite, je dois revoir mon avis puisqu’il m’a semblé bien plus intéressant. J’ai apprécié ses quelques interventions qui ont le mérite de nous prouver que si M. apprécie beaucoup de manger, il n’est pas non plus indifférent au sort de sa sorcière apprivoisée. J’espère que le troisième tome confirmera cette chouette évolution et surtout qu’elle nous permettra de retrouver une Ivy remise d’aplomb après toutes les épreuves qu’elle a dû traverser. Pour quelqu’un qui se dit fainéante, elle a quand même bien tendance à courir de tous les côtés !

Comme souvent avec l’autrice, le roman se révèle très vite addictif et les pages défilent comme par magie. Et si l’humour est bien présent, l’ambiance n’en demeure pas moins parfois très sombre, certains événements m’ayant d’ailleurs étonnée par leur dureté et brutalité. En d’autres termes, Helen Harper sait tenir ses lecteurs en haleine, alternant entre moments drôles et moments possédant une belle intensité dramatique. Impossible donc de s’ennuyer quand on se lance dans un tome d’Ivy Wilde.

En conclusion, si vous avez envie d’un roman d’urban fantasy bourré d’humour, d’action, de magie et de personnages hauts en couleur, dont une sorcière très drôle qui n’a pas la langue dans sa poche, Ivy Wilde est fait pour vous. Rires et grande aventure garantis !

Robilar ou le Maistre Chat – tome 1 : Miaou ! ! de Chauvel, Guinebaud (illustrations) et Lou

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Robilar est un chat domestique qui coule des jours heureux auprès d’une comtesse dont l’obsession est de marier son fils à la fille du roi. Un jour qu’ils cheminent tous ensemble vers le royal château, un ogre vient malencontreusement pulvériser le carrosse, ne laissant parmi les débris qu’un seul survivant : Robilar. Anéanti, perdu, chassé, passé à tabac, il ne doit son salut qu’à la gentillesse d’un fils de meunier et décide de le remercier… à sa façon.

Delcourt (30 septembre 2020) – 64 pages – 15,50€

AVIS

Ayant entendu beaucoup de bien de cette BD, j’étais impatiente de la commencer. Et je dois dire que j’ai adoré la manière dont l’auteur s’inspire d’un conte très connu pour nous proposer une histoire pleine de saveur et de mordant !

En plus des références au vieux français, aux contes et à diverses chansons enfantines et populaires, l’auteur a créé un personnage absolument fascinant qui mêle caractéristiques félines et humaines. Si l’apparence de Robilar est indéniablement celle d’un chat, et qu’il possède les qualités et défauts que l’on associe volontiers à cet animal, c’est aussi un personnage très humain, notamment dans son désir de vengeance. Rappelons, en effet, pour les gens peu coutumiers des chats, que ces derniers ne se vengent jamais : leurs bêtises traduisent toujours un mal-être, un besoin de se dépenser ou un problème physique, pas de fourbes intentions…

Ce qui est loin d’être le cas de Robilar qui n’aspire qu’à une chose, se venger. Se venger d’un ogre qui a détruit jusqu’à la moindre parcelle de sa vie de pacha et qui a tué sa maîtresse, se venger de paysans grossiers et violents, se venger d’autres chats qui l’ont rossé sans raison, se venger d’à peu près tout le monde… Et pour ce faire, il peut compter sur sa roublardise, son bagoût, son intelligence et sur la stupidité des êtres humains qui sont prêts à tout pour accéder à leurs désirs, quitte à faire confiance à un chat ! Et ce n’est pas lui qui va s’en plaindre.

Au fil des pages, on assiste à la transformation physique et mentale de Robilar : là où il perd en formes généreuses, il gagne en dureté et malignité. Grâce à un cerveau affûté qui trouve en chaque situation une opportunité, il fait ce que sont supposés faire tous les chats,  rebondir sur ses pattes. Et si ce dernier n’hésite pas à manipuler, même la seule personne qui l’a vraiment aidé, à ourdir des complots, à promettre avant de mieux trahir, on se surprend à très vite le soutenir dans ses desiderata de vengeance, bien qu’il aille peut-être quand même très loin pour les assouvir. Mais quand on voit à quel point l’humanité qui nous est présentée ici ne l’est qu’à travers ses vices (violence, méchanceté, avidité, lâcheté…), on peut le comprendre.

Les pages s’enchaînent rapidement, notre protagoniste étant fort affairé. Mais on ne ressent aucune précipitation, chaque acte semblant s’insérer parfaitement dans une trame qui se durcit à mesure des épreuves traversées par un chat qui a l’instinct de survie chevillé au corps, et le désir de vengeance ancré dans l’ADN. Parce que si on le cherche, on le trouve, la fin laisse entrevoir de nouveaux plans machiavéliques pour ce personnage à la forte personnalité, qu’il serait fort dangereux de sous-estimer, d’autant qu’il semble avoir trouvé un nouvel allié de poids ! Et c’est ça aussi qui fait sa force, sa capacité à forger des alliances providentielles pour les tourner à son avantage.

Au-delà d’une histoire captivante et de son protagoniste charismatique, les lecteurs devraient apprécier le ton de cette BD qui joue sur le charme des contes d’antan qu’elle détourne, conférant ainsi parfois un côté satirique aux situations. À cet égard, j’ai adoré les premières planches dans lesquelles maîtresse et chat sont fardés plus ou moins de la même manière. Elles accentuent le côté gros pépère à sa maman qui tranche tellement avec l’image que l’on se fait de Robilar au cours de cette aventure riche en actions et en retournements de situation. Preuve que derrière un minet qui aimait se la couler douce, se cachait un tempérament de feu qui ne demandait qu’à se révéler. Et maintenant que c’est fait, j’ai envie de dire sauve qui peu, parce que notre Maistre chat semble bien déterminé à semer la zizanie avant de tout chapeauter.

Quant à l’ambiance graphique, elle correspond à merveille à l’histoire. En plus du choix des couleurs que j’ai particulièrement apprécié, j’ai aimé la manière dont les caractéristiques principales des personnages se lisent sur leurs traits, mimiques et expressions. Il y a ici un sens de l’esthétique particulièrement expressif.

En conclusion, Robilar fut une excellente lecture que j’ai autant aimée pour cette plongée dans la quête de vengeance d’un chat retors, et particulièrement machiavélique, que la manière dont l’auteur détourne un conte emblématique pour nous offrir une aventure trépidante à l’humour grinçant !

My teen romantic comedy is wrong as I expected (tome 1), Io Naomichi, Wataru Watari et Ponkan 8

Le jeune Hachiman a une vision des plus pessimistes de la vie. De toute façon, sa situation actuelle ne le pousse guère à déborder d’optimisme : pas d’amis, pas de petite amie et une capacité à envisager l’avenir totalement nulle. Néanmoins, ses ennuis ne font que commencer : déjà forcé à se remettre en question, Hachiman apprend qu’il doit coopérer avec Yukino une élève aussi brillante que sarcastique et antipathique, qui ne lui laissera aucun répit. La rencontre de ces deux lycéens aux caractères si différents risque de créer des étincelles !

Ototo (21 septembre 2018) – 164 pages – 6,99€

AVIS

C’est en voulant ajouter ce manga dans mes lectures sur Livraddict que j’ai réalisé l’avoir déjà lu en 2019. Je n’en gardais absolument aucun souvenir, ce qui est étonnant parce que j’ai bien apprécié ce premier tome mettant en relation deux loups solitaires : Hachiman, un lycéen quelque peu blasé de la vie, et Yukino, une brillante et sublime lycéenne, dont la perfection lui a valu d’être ostracisée par les autres filles.

Ces deux lycéens, qui préfèrent encore le confort de la solitude aux platitudes et faux-semblants de relations amicales codifiées, sont contraints de travailler ensemble au sein d’un club venant en aide aux personnes qui en font la demande. Alors qu’ils ne sont pas enchantés par cette collaboration forcée et qu’ils doutent qu’on vienne les solliciter, ils font face à leurs premières demandes. La première émane de manière assez surprenante d’une élève très populaire, et la suivante d’un écrivain en herbe désespéré d’être lu et de récolter des avis, qu’ils soient positifs ou non.

J’ai beaucoup aimé la personnalité de nos deux héros qui, derrière leur cynisme et une certaine froideur, se révèlent plutôt attachants. On comprend assez vite que contrairement à ce qu’il laisse entendre, Hachiman n’est pas aussi allergique aux interactions sociales que cela. Il n’est juste pas très doué avec les autres, et le fait d’avoir été absent les premières semaines de la rentrée ne l’a pas aidé à s’intégrer. Une fois les groupes formés, il est bien souvent difficile d’y entrer, à moins d’être un être très sociable, ce qui est loin d’être son cas. En grande réservée et phobique sociale que je suis, j’avoue m’être parfois reconnue dans ce lycéen, bien que tout son délire autour des « life » m’ait laissée sceptique. Pour faire court, il tend à mépriser les jeunes qui veulent profiter à fond de leur jeunesse… Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce rejet bien plus un petit fond de jalousie qu’un véritable mépris. À l’inverse, je partage complètement son aversion de cette échelle sociale qui tend vite fait à séparer les personnes « cool » des autres.

Quant à Yukino, c’est son franc-parler qui m’a plu. Elle ne veut pas particulièrement être blessante, sauf peut-être avec Hachiman, mais elle ne mâche pas ses mots, chose qui plaira à une élève populaire. En effet, notre bénévole, par son honnêteté, va lui montrer l’importance d’être soi et de ne pas chercher à tout prix à vouloir se fondre dans la masse, sous peine d’y perdre son âme. Une jolie leçon à un âge où s’intégrer signifie parfois renoncer à ses propres particularités… Au fil des pages, Yukino, une fille brillante et belle, nous dévoile une partie de son passé, ce qui nous permet de comprendre sa manière bien à elle de ne pas se mêler aux autres qui ne lui ont jamais fait de cadeau. On pourra parfois la trouver un peu prétentieuse, mais cela fait partie de son charme : plutôt que de se cacher derrière une fausse modestie, elle énonce les faits tels qu’ils sont, point !

La relation chien/chat entre nos deux bénévoles ne manquera pas de vous faire sourire en plus d’apporter pas mal de piquant et de panache à l’intrigue. Quant aux illustrations, elles m’ont enchantée. J’ai adoré la rondeur des traits, la beauté des dessins, le jeu sur les visages et les expressions volontairement appuyées… L’ambiance graphique vaut à elle seule que l’on donne sa chance à cet ouvrage atypique que je serais curieuse de découvrir sous sa forme romancée, l’histoire existant sous forme de light novels.

En conclusion, si vous avez envie d’un manga amusant qui vous plonge au cœur de la vie lycéenne, mais dû côté des laissés-pour-compte, ce titre est fait pour vous. Dans une ambiance pleine de piquant, on se prend au jeu de ce club de volontaires, pas très volontaires, qui vient en aide aux autres et l’on a hâte de découvrir les requêtes des personnes qui en franchiront les portes… Léger et drôle, un manga parfait pour un moment de divertissement sans prise de tête !

Mac sur un toit brûlant, Melinda Metz

Couverture Mac sur un toit brûlant

Chat kleptomane épris d’indépendance, MacGyver – le Cupidon félin – a le don de se fourrer dans des situations impossibles. Mais, lorsqu’il tombe sur une portée de cinq chatons orphelins, il fond.
Pour ne pas les laisser livrés à eux-mêmes, Mac décide de s’occuper de ces petites boules de poil – le temps de trouver des humains qui les adopteront.
Mais Mac, suspect n° 1 d’une série de larcins commis dans le voisinage, est assigné à résidence par ses maîtres Jamie et David – qui s’étaient rencontrés grâce à lui.
Avec cinq chatons à caser – et deux matons à ses trousses –, notre matou a de quoi exercer sa sagacité légendaire. Sauf qu’une jolie minette croisée récemment lui fait perdre jusqu’à son sixième sens…

L’Archipel (11 mars 2021) – 340 pages – 19€

AVIS

Découvrez mon avis sur Un amour de chat et Le chapardeur des cœurs.

Si vous n’avez pas lu ces deux romans, vous pouvez néanmoins lire mon avis sans risque de spoiler, chaque tome mettant en scène un couple différent.

Quel plaisir de retrouver Mac, un chat de caractère aux tendances cleptomanes et au talent certain pour former les couples. Et dans ce tome, il est sur tous les fronts !

Car en plus de devoir venir en aide à tous ces humains incapables d’être heureux sans son aide, il va devoir prendre soin d’une portée de quatre chatons dont la mère a disparu. Notre minet, devenu papa poule, nous offre une version encore plus adorable de lui-même. On le voit ainsi jongler entre la recherche de nourriture pour ses petits protégés, quelques leçons éducatives indispensables pour leur équilibre et leur sûreté, et sa quête pour trouver un foyer à chacun des chatons. Et pour cela, il peut compter sur son flair infaillible qui lui permet d’associer les caractères et de juger de la nature profonde des deux pattes qui croisent sa route. Il n’hésitera ainsi pas à faire passer quelques tests de son cru aux humains qu’il estime dignes de veiller sur les chatons. Si vous aimez les animaux et/ou les chats, vous ne pourrez que craquer devant cette famille à poils et à moustaches. Pour ma part, j’ai adoré Fripouille qui porte très bien son nom et qui va donner du fil à retordre à notre Mac. Mais les caractères affirmés, il connaît et ça ne lui fait pas peur !

Malheureusement pour Mac, sa réputation de voleur de haut niveau le rattrape : le voilà injustement accusé du vol de différents objets précieux qui, soit dit en passant, sont tellement hideux que leur voleur aurait dû être remercié plutôt que traqué. Si la situation ne manque pas de piquant, elle n’arrange pas notre pauvre chat qui va devoir prouver son innocence, tout en prenant soin des chatons, et en affrontant une situation fort contrariante au sein de son propre foyer. Et cette fois, même enquiquiner le crétin, comprenez le chien de la maison, ne va pas suffire à lui faire oublier un véritable acte de trahison… Comme vous l’aurez compris, Mac est absolument débordé, mais cela ne l’empêchera pas de continuer sa mission de Cupidon qu’il maîtrise à merveille. Après tout, quand on est un être supérieur tel que lui, on ne peut décemment pas laisser de pauvres humains se dépatouiller tout seuls avec leurs émotions et leur tristesse…

Ce troisième tome nous permet de retrouver des personnages que l’on a croisés dans les deux précédents tomes, ce que j’ai adoré, d’autant que l’un des couples réunis grâce à Mac attend un très heureux événement. Mais il nous permet aussi de découvrir Serena, une professeure d’art dramatique qui est venue tenter sa chance à Hollywood grâce à une bourse. Installée dans l’une des maisons atypiques de Storybook Court, elle a un an pour faire de son rêve d’actrice une réalité. Pétillante, amusante, joyeuse, passionnée et dynamique, Serena est une jeune femme que l’on ne peut que trouver d’emblée fort sympathique. Un sentiment que semble d’ailleurs partager Erik, un des deux policiers nouvellement en charge des patrouilles dans Storybook Court. Entre les deux, ça fait tout de suite des étincelles ! L’attirance est mutuelle et évidente, mais il va leur falloir affronter les blessures de cœur d’Erik que sa précédente rupture a profondément marqué, et rendu craintive quant aux relations amoureuses.

Si le policier va se comporter à quelques reprises comme un véritable goujat, préférant fuir lâchement plutôt qu’affronter ses peurs et ses sentiments pour Serena, j’avoue qu’il m’a touchée. J’ai apprécié que, pour une fois, ce soit le personnage masculin qui fait montre d’une certaine vulnérabilité affective. Soufflant le chaud et le froid, Erik va néanmoins devoir faire face à l’évidence : son attirance pour Serena n’est pas passagère et la fuir, pas vraiment une solution. Une réalité que sa très perspicace collègue, Kait, ne manquera pas de lui rappeler à la moindre occasion.. Comme elle, on suit l’évolution de leur relation avec plaisir, tout en croisant les doigts pour qu’Erik ait la force de se libérer du passé et d’accepter que Serena, bien qu’actrice comme son ex, ne lui ressemble en rien. C’est une jeune femme équilibrée et altruiste qui adore les arts dramatiques, mais qui a assez la tête sur les épaules pour affronter avec aplomb et positivité les déceptions… Il se pourrait d’ailleurs qu’elle se (re)découvre à Storybook Court. Pour ma part, j’ai adoré la complicité immédiate entre Serena et Erik, une complicité qui donne lieu à des échanges aussi drôles que taquins et parfois sensuels. Mais rassurez-vous, rien de vulgaire ni de détaillé.

De l’amour familial, des sentiments amoureux… Il ne manquait plus que l’amitié pour former le portrait de la parfaite comédie romantique. Et à cet égard, l’autrice nous a gâtés que ce soit avec la relation entre Ruby et Serena, entre Serena et Daniel, mais surtout entre Erik et Kait, sa collègue. Si vous ne croyez pas en l’amitié homme-femme, avec ce duo, vous risquez fort bien de réviser votre jugement. Complices, proches et complémentaires, Erik et Kait sont aussi efficaces sur le terrain que dans le domaine amical. En véritables amis, ils osent ainsi aborder les sujets qui fâchent et se poussent mutuellement à sortir de leur zone de confort. Et à ce petit jeu, Kait est bien plus directe. Si elle ne brille pas par sa subtilité, elle se révèle touchante par sa volonté de voir Erik mener la vie dont il rêve. Elle va donc s’efforcer de l’aider à y voir plus clair et l’exhorter à ne pas laisser ses peurs tout gâcher avec une femme pour laquelle il ressent de forts sentiments, qu’il veuille bien l’admettre ou non. Mais elle-même n’est pas non plus très honnête avec ses propres sentiments, vis-à-vis d’un suspect dans l’enquête sur les vols, un suspect aussi amateur qu’elle de comics et de statistiques. Et ça, c’est du jamais-vu ! J’aurais adoré que la vie sentimentale de Kait soit un peu plus exploitée, ayant trouvé cette forme atypique et très attachante…

En résumé, comme toujours, la plume de l’autrice est fluide, agréable et légère, et j’aurais envie d’ajouter pleine d’allégresse. J’ai aimé tous les tomes de la série, mais celui-ci a quelque chose de vraiment spécial. Il s’en dégage une douceur folle, une bonne humeur contagieuse et une avalanche de beaux sentiments qui donnent immédiatement envie de sourire et de voir la vie en couleurs. C’est mignon, doux et tendre ! Mac sur un toit brûlant ou la comédie romantique quatre saisons, car il n’y a véritablement aucun moment meilleur que l’autre pour s’y plonger et découvrir la vie d’un chat haut en couleur et des humains qui sont sous sa protection. Parce ce qu’un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, Mac n’est pas prêt de se reposer !

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #30

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Entre les bras d’un rival, Michelle Willingham (Harlequin)

Couverture Cœur de guerrier, tome 2 : Entre les bras d'un rival

Voici une romance historique assez classique, mais qui se lit toute seule et se révèle diablement efficace pour un moment de lecture divertissant et sans prise de tête. Mais avant d’entrer dans les détails, je préférais vous avertir que le titre est peut-être un peu trompeur parce que, pour moi, notre héroïne tombe bien plus dans les bras d’un « ennemi » que d’un rival.

Afin de sceller une alliance entre un clan normand et un clan écossais, Lianna et Rhys de Laurent sont promis l’un à l’autre depuis leur plus tendre enfance. Une situation qui ne sied guère à notre héroïne qui souhaite plus que tout rester auprès de son clan et qui, surtout, refuse de partager la couche d’un Normand, contexte historique oblige… Mais un subterfuge et une tendance de notre demoiselle à ne rien écouter vont la conduire tout droit dans les bras de celui qu’elle voulait fuir. Cela ne l’empêchera pas de tout faire pour négocier sa liberté, d’autant que son promis est au cœur d’un drame qu’elle n’est pas prête de lui pardonner !

Peut-être un peu moins attachante que d’autres héroïnes de romances historiques, Lianna est une femme flamboyante qui séduit par sa totale dévotion envers son clan ! Une dévotion d’autant plus louable et remarquable que les siens ne se montrent pas tendres avec elle. En effet, loin de reconnaître ses sacrifices et tout ce qu’elle fait pour eux, ils aiment à se moquer de ses particularités…

Si on peut regretter que l’autrice ne développe pas outre mesure cet aspect, j’ai apprécié qu’elle nous présente une héroïne souffrant d’un besoin compulsif d’ordre et de propreté. De la même manière, si elle évoque brièvement le harcèlement sexuel, ce n’est pas du point de vue d’une victime féminine, mais de celui d’une victime masculine. Du jamais vu pour moi dans ce genre de livres.

Au-delà d’une trame efficace et d’un dénouement bien ficelé, je retiendrai quelques efforts d’originalité et un travail soigné sur l’écriture, qui rendent la lecture agréable et immersive. J’ai, en outre, apprécié que nos deux héros aient à affronter quelques difficultés, mais qu’on ne tombe jamais dans le pathos ni la surenchère de drames. Convaincue par ce tome, je lirai le tome suivant consacré cette fois à une jeune femme persuadée d’être victime d’une malédiction.

  • Seigneur et époux, Lynsay Sands (Harlequin – Collection Victoria)

En plus de la couverture assez énigmatique, ce que je retiendrai en priorité de ce roman, c’est l’humour. Un humour qui ne vole pas super haut, mais qui, je dois l’avouer, a très bien fonctionné sur moi. C’est simple, pendant presque la moitié du roman, j’ai multiplié les rires et les sourires.

J’ai ainsi adoré les moyens plutôt extrêmes mis en place par Lady Helen, avec l’aide de sa tante et des personnes du village, pour tenir à distance le mari que le roi Henri lui a imposé. Je ne gâcherai pas l’effet de surprise, mais ce n’est pas super ragoûtant que ce soit pour son promis ou elle-même. C’est que pour rester célibataire, il faut parfois en venir à des solutions radicales et accepter de se salir !

Et si Lady Helen refuse de se marier, c’est qu’elle a de bonnes raisons, à commencer par le caractère irascible de son futur mari, un guerrier farouche, et la méchanceté avec laquelle il traite les personnes sur lesquelles il est censé veiller. Pour preuve, elle doit parfois en accueillir certaines qui viennent trouver chez elle autant un travail qu’un refuge. Mais alors, comment expliquer qu’à la place de la punir vertement de toutes les choses qu’elle lui fait subir, Lord Hethe Holden se montre étonnamment conciliant ?

Il semble même prendre plaisir à la prendre à son propre jeu, lui prouvant que lui également sait faire preuve d’humour et de malice. Et puis, où est passée toute cette violence qui pousse Holden à demander à l’intendant de son domaine de punir avec cruauté ses gens, qu’ils soient femmes ou enfants ? Un mystère que Lady Helen va devoir résoudre avant d’y avoir un peu plus clair dans son cœur…

Au gré de leurs interactions et des découvertes qu’ils font l’un sur l’autre, leurs sentiments vont évoluer et tendre vers quelque chose de bien plus doux et sensuel que la défiance et la méfiance. Mais, hélas, se tapit dans l’ombre une menace que ni la belle et rebelle Lady Helen ni le vaillant et ténébreux Holden ne semblent voir s’approcher… La seconde partie du roman change complètement de ton et d’ambiance, ce qui m’a un peu déstabilisée. J’ai néanmoins apprécié l’aura de complot et de mystère que l’autrice instaure bien que, pour ma part, j’avais assez vite anticipé le fin mot de l’histoire.

En résumé, Seigneur et époux fut une lecture très divertissante que je vous recommande si vous avez envie d’une histoire mêlant avec efficacité humour, amour et trahison. Un cocktail qui, pour ma part, me plaît toujours beaucoup, a fortiori quand, comme ici, il ne souffre d’aucun temps mort.