La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puértolas

Couverture La Police des fleurs, des arbres et des forêts

Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

Albin Michel (2 octobre 2019) – 352 pages – Broché (19€) – Ebook (7,49€)

AVIS

Lu il y a plusieurs mois, ce n’est que maintenant que je prends le temps de vous parler de ce roman qui m’a fait forte impression puisque malgré la centaine de livres lus depuis, j’en garde un excellent souvenir !

Si de tête, je serais bien incapable de me rappeler le nom de chaque protagoniste, ce dont je me souviens, en revanche, c’est de l’humour truculent de l’auteur qui m’a bien souvent fait rire aux éclats. L’auteur joue et déjoue les codes des romans policiers tout en se délectant du décalage entre les grandes villes et les campagnes, tout ça dans le contexte du début des années 60. C’est original, frais et savoureux !

D’une plume vivace et bourrée d’allégresse, l’auteur nous conte ainsi l’histoire d’un jeune policier des villes, qui devient policier des champs. Entre les quiproquos, les échanges surréalistes, les villageois, un garde champêtre de bonne volonté, mais pas vraiment taillé pour une affaire de meurtre… le pauvre citadin a de quoi en perdre son latin ! J’ai adoré ce choc des cultures entre le policier et les villageois qui vivent les mêmes événements, mais qui ne réagissent pas, mais alors pas du tout, de la même manière. À cela s’ajoute des échanges épistolaires plus que savoureux entre, entre autres, notre policier, qui a l’impression d’être tombé chez les fous, et Madame la Procureure de la République qui se veut conciliante…

C’est simple, rien qu’en écrivant ces quelques lignes, j’ai le sourire aux lèvres et la bonne humeur qui me gagne. L’enquête de police en soi n’est pas inintéressante, mais c’est, pour ma part, le ton du livre qui m’a conquise et qui fait tout le charme de ce roman. Il n’y a pas à dire, l’auteur n’a pas besoin de verser dans le feel good pour faire du bien à ses lecteurs et les faire sourire, voire, si comme moi vous êtes sensible à son humour, les faire rire sans retenue. Mieux vaut donc le savoir et lire ce roman à l’abri des regards, sauf à vouloir attirer sur vous quelques regards interrogatifs.

Autre point que j’ai apprécié après avoir pris le temps du recul : la mise en garde très théâtrale en début de livre. Il nous est ainsi expliqué que le roman va nous surprendre par sa révélation. Or, les indices donnés par l’auteur sont tellement gros qu’on découvre assez vite le pot aux roses. Je me suis donc demandé si Romain Puértolas avait présumé de ses capacités à surprendre son lectorat amateur de romans policiers ou si cet avertissement n’était pas une nouvelle preuve de sa capacité à se jouer de ses lecteurs… pour leur plus grand plaisir. N’étant pas dans les confidences de l’auteur, je ne saurais répondre avec certitude à la question, mais si vous avez lu le roman, je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez.

Ma chronique sera bien plus courte que d’habitude autant pour cause de mémoire défaillante que la conviction que La police des fleurs, des arbres et des forêts est un roman qu’il vaut mieux découvrir par soi-même sous peine de passer à côté de ce qui en fait tout le charme. Mais ce qui est certain, en revanche, c’est que si vous avez envie d’une enquête champêtre truculente et divertissante à souhait, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Une fille comme elle, Marc Levy

Couverture Une fille comme elle

New York, sur la 5e Avenue, s’élève un petit immeuble pas tout à fait comme les autres… Ses habitants sont très attachés à leur liftier, Deepak, chargé de faire fonctionner l’ascenseur mécanique, une véritable antiquité. Mais la vie de la joyeuse communauté se trouve chamboulée lorsque son collègue de nuit tombe dans l’escalier. Quand Sanji, le mystérieux neveu de Deepak, débarque en sauveur et endosse le costume de liftier, personne ne peut imaginer qu’il est à la tête d’une immense fortune à Bombay… Et encore moins Chloé, l’habitante du dernier étage. Entrez au N°12, Cinquième Avenue, traversez le hall, montez à bord de son antique ascenseur et demandez au liftier de vous embarquer… dans la plus délicieuse des comédies new-yorkaises !

Robert Laffont/Versilio; 01 édition (18 mai 2018) – 384 pages

AVIS

Connaissant peu l’auteur, je serais bien incapable de vous dire si ce roman entre dans la veine de ce qu’il a l’habitude d’écrire, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai été très agréablement surprise par cette histoire que j’ai trouvé divertissante à souhait et pleine d’humour. C’est d’ailleurs l’humour qui m’a le plus séduite ayant éclaté de rire à deux ou trois reprises. Marc Levy, comique ? Peut-être pas, mais l’auteur a fait preuve dans ce roman d’un humour pince-sans-rire auquel je suis extrêmement sensible sans oublier différents comiques de situation qui ne m’ont pas laissée indifférente.

On découvre ainsi la vie dans un immeuble cossu de New York avec son ascenseur d’époque qui fait toute sa splendeur, ses deux liftiers, dont Deepak que l’on suit plus particulièrement, et ses habitants hauts en couleur et plus ou moins sympathiques. À première vue, ces derniers sont tous très attachés à Deepak, un homme de confiance, droit et d’une fiabilité exemplaire qui, en plus de s’occuper de l’ascenseur d’une main de maître et avec un savoir-faire d’orfèvre, leur rend des menus services. Il suffira pourtant d’un incident, et de l’initiative d’un gestionnaire bien trop content de profiter de l’aubaine, pour que soit votée l’automatisation de l’ascenseur. Mais tout le monde n’est pas d’accord avec cette décision et certains sont prêts à se battre dans l’ombre pour que Deepak et son collègue gardent leur poste ! Après tout, au fil des années, Deepak n’est-il pas devenu un peu l’âme de cet immeuble dont le charme réside bien plus dans son ascenseur, symbole d’une autre époque, que dans son architecture ?

J’ai adoré le jeu de l’auteur autour des relations humaines, parce que si Deepak s’est fixé des règles strictes quant à la vie privée des habitants, cela ne l’empêche pas de prendre soin d’eux, de connaître les habitudes de chacun, de veiller à leur confort et à leur sécurité. Il m’a ainsi parfois donné l’impression d’être leur nounou ou un ange gardien bienveillant et d’une discrétion absolue. Il a d’ailleurs développé des liens forts avec certains habitants comme Chloé, une jeune femme en fauteuil roulant qui fait montre d’un certain sens de la répartie. Chloé apprécie les petites attentions de Deepak, et notamment la manière dont il veille à ne pas l’infantiliser en raison de son handicap, mais on sent qu’elle est surtout attachée à Deepak en tant qu’homme. Un homme bienveillant, gentil et d’une conscience professionnelle absolue.

Si j’ai adoré ces deux personnages et leur relation pleine de pudeur, j’ai également apprécié la femme de Deepak, une personne de caractère, et son neveu, Sanji, tout droit venu d’Inde en quête d’investisseurs pour un projet de grande ampleur. Lali, ayant dû fuir l’Inde pour vivre son histoire d’amour avec Deepak sans risque, a perdu contact avec sa famille. Elle accueille donc avec plaisir ce neveu qu’elle ne connaît pas et se méprend quelque peu sur ce qu’il vient faire à New York. Elle le pense sans le sou, il est richissime… De là, va naître une série de malentendus et de quiproquos qui ne manqueront pas d’amuser les lecteurs et de faire vivre des péripéties inattendues au pauvre Sanji, bien incapable de rétablir la vérité. Il faut dire que pour faire plaisir à sa tante et revoir Chloé rencontrée brièvement, il va accepter de jouer un rôle pour lequel il ne semble pas forcément le mieux taillé… Mais que ne ferait-on pas par amour ?

Sanji, à l’image de son oncle par alliance, est un homme d’une droiture exemplaire, un trait de caractère qui va bien souvent rendre chèvre son ami Sam. Mais cela le rend particulièrement attachant et attendrissant. Il y a ainsi une sorte d’anachronisme entre sa personnalité et les temps actuels, surtout dans une grande ville comme New York, cosmopolite par nature, méfiante par essence. Une dure réalité que Sanji va percevoir quand il se fera bien promptement accusé du vol d’un collier. Être indien dans un immeuble occupé par des blancs étant, apparemment, un motif de suspicion, a fortiori quand les gens vous pensent pauvres

L’auteur nous offre ici une comédie truculente, mais il aborde également des thèmes plus sérieux, de manière subtile et toujours en les incorporant avec naturel à son récit : le handicap et la manière dont les autres peuvent le percevoir, le travail de reconstruction, le racisme et les préjugés, le système de caste en Inde, l’importance des liens sociaux à une époque où ils sont bien souvent sacrifiés sur l’autel de la rentabilité… Il est également question d’amour que ce soit celui d’un homme qui, par sens du devoir, s’est trop longtemps oublié, d’un couple inébranlable qui a dû fuir pour s’aimer sans jamais se retourner, ou d’une jeune femme et d’un homme que rien ne destinait à se rencontrer, si ce ne sont les facéties du destin. Et pour les allergiques aux bons sentiments, soyez rassurés, l’auteur nous évite l’écueil de la mièvrerie, préférant jouer sur l’humour et les répliques qui font mouche.

Amusant et touchant, ce roman n’a qu’un défaut, se terminer trop vite, car il s’est avéré bien difficile de quitter cet immeuble et de dire au revoir à des personnages qui, pour certains, se sont révélés tellement attachants que j’aurais adoré les avoir pour voisins. Je suis donc ravie de m’être laissée tenter par ce roman qui se lit rapidement, l’auteur possédant un style aussi fluide que pétillant qui rend la lecture délicieusement addictive et immersive.

En conclusion, Une fille comme elle fut une lecture divertissante qui m’a très agréablement surprise. D’une plume fluide et agréable, l’auteur nous plonge dans la vie d’un immeuble new-yorkais dont le charme réside bien plus dans la personnalité de ses habitants et de son liftier de jour que dans son architecture. Amusant et très humain, voici un roman que je vous recommande si vous avez envie d’une lecture entraînante et sans prise de tête qui vous offrira quelques éclats de rire et de jolis moments d’amitié et de tendresse.

Throwback Thursday Livresque #187 : une lecture qui vous fait sourire

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour le thème de la semaine, un livre qui vous fait sourire, j’ai tout de suite pensé à tous ces livres mettant en scène les petits travers et adorables manies des chats, mais j’ai décidé de vous parler d’un autre animal. Et mon choix s’est porté sur un renard qui, malgré ses efforts pour croquer de la poule, se révèle juste adorable.

Couverture Le grand méchant renard

Face à un lapin idiot, un cochon jardinier, un chien paresseux et une poule caractérielle, un renard chétif tente de trouver sa place en tant que grand prédateur. Devant l’absence d’efficacité de ses méthodes, il développe une nouvelle stratégie. Sa solution : voler des œufs, élever les poussins, les effrayer et les croquer. Mais le plan tourne au vinaigre lorsque le renard se découvre un instinct maternel…

Les péripéties de ce grand méchant renard, qui n’en porte que le nom, ne devraient pas manquer de vous faire sourire et de vous mettre du baume au cœur. En plus d’être amusant et de vous envelopper dans une douce ambiance, ce livre fait partie de ces ouvrages doudous et universels qui peuvent être partagés et savourés par tous. À lire et relire, indéniablement !

Une adaptation cinématographique existe, mais je ne l’ai pas encore vue…

Et vous, connaissez-vous ce grand méchant renard ?
Avez-vous apprécié ses aventures ?

You slay me, tome 1 de Katie MacAlister

You Slay Me ("Aisling Grey, Guardian, Novel" Book 1) (English Edition) par [Katie Macalister]

Aisling Grey is a courier enjoying a free, work-related trip to Paris when she learns she’s a Guardian. That’s a keeper of the Gates of Hell, for those who don’t know. She finds this out from Drake Vireo, who’s scrumptiously sexy-at least in his human form. Now Drake has stolen the package Aisling was sent to deliver, and she must track him down, get the package, and try to resist the passion boiling inside her.

AVIS

C’est sur le blog Between dreams and reality que j’ai découvert cette série qui, malgré une couverture kitsch à souhait, m’a fait passer un bon moment de lecture auprès d’une héroïne américaine qui n’a pas, mais alors pas de chance du tout. Alors qu’Aisling est en mission à Paris pour son oncle, elle découvre que la personne à laquelle elle devait délivrer un précieux objet a été assassinée et que, comble de la malchance, le charmant homme rencontré sur la scène du crime, en plus d’être un potentiel meurtrier, le lui a volé. Enfer et damnation, tonton ne va pas être content et la police parisienne risque de fort mal interpréter sa présence sur la scène du crime…

Aisling est le genre d’héroïne qui ressemble à madame Tout-le-Monde à ceci près que c’est un puits à ennui, les meurtres ayant une légère tendance à se multiplier autour d’elle ! Sa mission à Paris va également la plonger dans un monde surnaturel dont elle ne veut pas entendre parler. Mais les événements vont la rattraper en même temps que le très sexy Drake, un homme pouvant se transformer en dragon, avec lequel elle va se retrouver bien plus liée qu’elle n’accepte de l’admettre. La relation entre les deux personnages est plutôt amusante et devrait ravir les amoureux de romances paranormales, le duo se révélant plutôt piquant ! Je suis d’ailleurs très curieuse de découvrir comment la relation entre les deux personnages va évoluer dans le deuxième tome puisqu’ils ne semblent pas vraiment partager la même vision d’un potentiel futur à deux. Bien que parfois un peu possessif, j’ai apprécié Drake et la manière dont l’autrice joue sur l’une des caractéristiques des dragons, l’amour de l’or et des trésors quels qu’ils soient. Une chose qui va quelque peu compliquer la vie d’Aisling et qui risque fort de la compliquer dans le futur.

Au-delà de la relation entre notre héroïne et son dragon et du côté enquête plutôt bien amené, ce sont les personnages secondaires qui rendent cette série tellement amusante et attachante. Aisling va ainsi être épaulée par un chauffeur de taxi haut en couleur, Rene. En plus de la transporter dans les rues de Paris et de l’aider à échapper à ses poursuivants, il va lui apprendre quelques phrases de français qui, à défaut d’avoir un véritable sens, ne manqueront pas de vous arracher un sourire. Il existe un certain mystère autour de ce personnage ! D’ailleurs, sa manière d’être toujours là au bon moment et de ne pas prendre la poudre d’escampette devant certains événements d’origine surnaturelle me pousse à m’interroger sur sa véritable nature…. J’espère qu’on en apprendra plus dans la suite de la série, mais pour le moment, j’aime beaucoup cette figure du chauffeur de taxi non dénué d’humour, de gouaille et de courage.

Aisling pourra également compter sur sa nouvelle amie française et un démon assez particulier revêtant l’apparence d’un chien hilarant qui n’a pas la langue dans sa poche. J’ai eu un coup de cœur pour ce démon qui m’a beaucoup amusée et que j’adorerais adopter bien qu’il puisse parfois se montrer râleur et imprévisible…. Quand notre héroïne a décidé d’invoquer un démon, ce n’est probablement pas cette figure canine qu’elle attendait, mais cela lui apprendra une leçon importante : ne pas jouer avec la magie quand on n’est pas certain d’en maîtriser les règles. Côté magie, j’ai d’ailleurs hâte d’en apprendre plus sur le rôle dans le monde surnaturel qu’elle est censée jouer et sur la manière dont elle va arriver à accepter ou non son engagement avec un certain dragon sexy. Parce que si Aisling semble vouloir prendre ses distances, quelque chose me dit que Drake ne l’entend pas de cette oreille…

En conclusion, You Slay me est le premier tome d’une série fort sympathique qui, au-delà d’une enquête pleine de rebondissements dans le monde de l’occulte parisien, nous permet de découvrir une palette de personnages particulièrement hauts en couleur et attachants. Rythmé, non dénué de suspense, plein d’humour et auréolé d’une tension amoureuse plutôt savoureuse entre deux personnages que tout oppose, voici un roman à lire pour un moment de détente sans prise de tête.

 

Où est le dragon ?, Leo Timmers

Au beau milieu de la nuit, trois chevaliers prennent en chasse un dragon. Ils repèrent bien vite le dangereux monstre.
Mais dans le noir, il faut se méfier des apparences…

Cambourakis (4 mars 2020) – 32 pages -14€ À partir de 3 ans
Traduction : Laurent Bayer

AVIS

Où est le dragon ? This is the question ! Et une question de la plus haute importance, voyez-vous, parce que si on ne retrouve pas le dragon aperçu par le roi, ce dernier n’osera pas aller au lit ! Mais pas de panique, un dragon, ça doit bien se voir même dans le noir, non ?

C’est, du moins, ce qu’espéraient les trois chevaliers lancés à sa poursuite avant de finir par déchanter. Malgré tout ce qu’ils connaissent des caractéristiques physiques d’un dragon, à chaque fois qu’ils pensent l’avoir identifié, ils se retrouvent nez à nez avec tout, sauf un dragon ! Saperlipopette, c’est que la chasse au dragon, ça n’est pas facile et pas très rigolo !

Enfin si, c’est amusant à rire à pleines dents pour les enfants qui devraient être séduits par les (més)aventures de trois chevaliers qui font faire une importante découverte : les apparences sont bien souvent trompeuses. Mais après une telle leçon de vie, ne serait-il pas enfin temps d’aller au lit ?

On saluera le piquant avec lequel l’auteur casse les codes des histoires de chevalerie. Il se moque ainsi gentiment de ces trois chevaliers, peut-être preux, mais pas très dégourdis, et pousse les enfants à ressentir une certaine empathie pour un dragon qui, ma foi, n’a pas l’air bien méchant. Après tout, quel est son crime à part d’avoir été aperçu par le roi ?

En plus d’une histoire amusante non dénuée de mystère, j’ai apprécié les rimes simples, mais efficaces, qui apportent une dose supplémentaire de charme à l’album. La forme ne manque pas non plus d’atouts : un format agréable à prendre en main, de jolies illustrations, des traits ronds et simples très expressifs…

ouestledragon2

Mais ce que j’ai probablement préféré, c’est la manière dont sont alternativement plongés les chevaliers dans l’ombre et la lumière avec, comme fil conducteur, une bougie qui éclaire et qui fait toute la lumière sur la vérité. Une vérité bien souvent éloignée de celle imaginée par les enfants dont l’imagination est ici stimulée avec originalité et mordant.

Où est le dragon ?, Leo Timmers illustrations

Plein d’humour et de charme, cet album jeunesse est une merveille de poésie et de beauté que je conseillerais à tous les petits et grands enfants. Pour ma part, nul doute que je le relirai avec grand plaisir.

La gitane aux yeux bleus, Mamen Sánchez

L’inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d’une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l’interlocuteur – c’était en anglais –, mais il devina qu’il ne s’agissait pas d’un appel au secours, on n’y sentait aucune peur.
– Qu’est-ce qu’il dit ? demanda-t-il.
– Textuellement : « Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation. »

En bon Espagnol, l’inspecteur Manchego a tout de suite identifié d’où provenait le message : d’une boîte de flamenco. Pas de quoi s’alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d’un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous.
En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus – ça c’est curieux – et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr…comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventures.

Mercure de France (4 juin 2020) – 304 pages – Broché (21,80 €) – Ebook ( 15,99 €)
Traduction : Judith Vernant

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité une minute, le résumé m’ayant tout de suite intriguée. Et très vite, j’ai compris que l’auteure allait me faire passer un bon, non, un excellent moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur !

Atticus, fils prodigue d’un ponte de l’édition anglaise, est envoyé par son père en Espagne afin de fermer la revue Librarte, un gouffre financier. Mais avant de pouvoir tourner la page de ce retentissant et désagréable échec commercial, il doit licencier en bonne et due forme les cinq employées à temps plein. Une mission pas très agréable, mais en apparence assez simple, qui va toutefois prendre un tournant quelque peu inattendu ! Les cinq femmes travaillant pour la revue ne sont, en effet, pas décidées à partir sans tenter de sauver leur outil de travail dont elles ont toutes, pour des raisons différentes, besoin. Et pour ce faire, elles ont fomenté un plan aussi audacieux que loufoque.

Est-ce que ce plan a quelque chose à voir avec la disparition d’Atticus qui conduira son père à solliciter l’inspecteur Manchego ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que vous pouvez vous attendre à être embarqué dans une aventure complètement extravagante qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous arracher de nombreux sourires et éclats de rire. Je me suis ainsi beaucoup amusée à remonter la trace d’Atticus, l’auteure ne ménageant pas ses effets de surprise et multipliant les situations rocambolesques durant lesquelles les différences culturelles entre Anglais et Espagnols sont mises en avant avec beaucoup de charme et d’humour. Quand le flegme britannique et le côté hautain et guindé de l’aristocratie anglaise rencontrent la flamboyance et la chaleur espagnole, cela fait quelques étincelles ! Certains dialogues et échanges valent ainsi leur pesant d’or et me resteront probablement longtemps en tête… Le trait est parfois forcé et flirte avec la caricature et les clichés, mais ça semble complètement assumé et fait sans excès, ce qui rend le tout savoureux à souhait.

Le rôle de l’inspecteur volontaire, mais avec un côté un peu boulet, apporte aussi pas mal de comique à l’histoire d’autant que Manchego ne fait rien pour qu’on ait envie de le considérer avec sérieux. Vous auriez l’idée vous en tant que policier d’engager un cambrioleur pour éviter de passer par une voie plus classique, mais plus longue, ou d’aller acheter des cotons-tiges pour faire un test ADN ? Beaucoup d’humour, de bonne humeur et de légèreté donc dans ce roman qui est loin d’être un banal roman policier, la disparition d’Atticus ne servant que de prétexte à une intrigue pleine de mordant dans laquelle l’amitié revêt une place primordiale. Je parle d’amitié au singulier, mais elles sont pourtant plurielles, Berta, Soleà, María, Asunción et Gaby étant très proches. Ces femmes ont des parcours professionnels et personnels très différents, mais elles ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs différences pour développer une jolie complicité.

Cette galerie de femmes au tempérament varié est probablement l’atout charme de ce roman puisqu’il est impossible de ne pas se prendre d’affection pour ces dernières et de leur souhaiter le meilleur. J’ai toutefois eu un peu de mal avec María qui m’a semblé considérer avec une certaine nonchalance des actes discutables sur le plan moral et pénal même si on lui accordera des circonstances atténuantes. J’ai eu, à l’inverse, un coup de cœur pour Berta, la patronne de la revue qui veille avec beaucoup de bienveillance sur les autres femmes de son équipe. Le traitement que lui réserve l’auteur m’a vraiment séduite et m’a même donné quelques papillons dans le ventre ayant trouvé cette femme très touchante dans sa relation avec un autre protagoniste.

Tout au long du roman, on apprend donc à connaître ces femmes, ce qui est également l’occasion pour l’auteur d’aborder, sans pathos et avec une certaine douceur, une multitude de sujets : l’amitié, l’amour, l’adultère, la trahison, le mensonge, le pardon, le désir de maternité non assouvi, la maltraitance physique et psychologique, les secrets de famille, la famille… En ce qui concerne la famille, les lecteurs auront, tout comme Atticus, l’occasion de découvrir celle de Soleà. Une expérience plutôt inoubliable ! Exubérants, chaleureux et accueillants, les membres de la famille de la jeune femme ne manquent ni de présence ni de panache même si c’est probablement la grand-mère qui m’a le plus marquée et touchée. Difficile donc de ne pas succomber au charme de cette grande famille, et ce n’est pas Atticus qui vous dira le contraire.

Issu de l’aristocratie anglaise qui considère toute forme de démonstration affective comme un signe de vulgarité, notre jeune Anglais aurait pu être tenté de prendre la poudre d’escampette devant toutes ces embrassades et effusions tellement peu anglaises. Mais de fil en aiguille, on le découvre de plus en plus attaché à des us et des coutumes très éloignés de ses habitudes, mais qui le rapprocheront d’une certaine jeune femme au regard envoûtant. L’évolution d’Atticus se révèle spectaculaire bien que plus amusante que crédible, l’auteur jouant habilement avec cette idée de « l’amour qui transforme » pour la pousser à son paroxysme. Pour ma part, j’ai apprécié ce changement, mais je ne vous cacherai pas que l’Atticus version anglaise, qui ne se déplaçait jamais sans sa bouilloire et son Earl Grey (bon du Twinings, mais personne n’est parfait) me plaisait plutôt bien. N’envisageant pas une journée sans mes trois tasses de thé réglementaires, je ne suis peut-être pas très objective sur ce point…

En plus d’avoir proposé une intrigue complètement loufoque et une truculente galerie de personnages, l’auteure multiplie les références littéraires et fait même intervenir, sous une forme inattendue, un auteur classique de fantasy qui a ici quelques tendances au voyeurisme. Les amoureux des livres, a fortiori s’ils aiment le thé et rire, devraient donc trouver leur bonheur avec ce roman qui se lit tout seul ou presque.

Il faut dire que Mamen Sánchez réussit à attiser l’intérêt des lecteurs dès les premières pages que ce soit grâce à une plume fluide et légère pleine d’humour ou l’alternance entre présent et passé qui ne peut que donner envie de comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition d’Atticus. Les pages défilent donc toutes seules avant de nous offrir une conclusion à la hauteur de personnages hauts en couleur et des péripéties pleines de surprises d’un Anglais qui n’est peut-être pas aussi froid et guindé qu’il le pensait. Et si le bonheur n’était finalement pas dans le thé ?

Tendre, rocambolesque et pétillant, plus qu’un roman, une bouffée d’oxygène et de légèreté pour un beau voyage plein de saveurs entre Madrid et Grenade !

Je remercie Babelio et les éditions Mercure de France pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige, Catherine Girard-Audet

Couverture L'envers des contes de fées, tome 3 : Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige / Journal intime de la belle-mère (pas si) cruelle de Blanche-Neige

La dernière fois que vous avez entendu parler de moi, j’essayais d’empoisonner ma belle-fille avec une pomme. Mon plan a échoué et j’ai tout perdu. J’ai dû faire une cure de gentillesse dans un centre de méditation où je ne pouvais porter ni maquillage ni belles robes et où je n’ai pas pu apporter mon miroir ! Cela m’a transformée. Je suis prête à réintégrer mon village pour prouver à Blanche-Neige et à tous les autres habitants de Livresdecontes que je suis une nouvelle femme. Lisez-vite mon journal !

Kennes (17 juin 2015) – 124 pages – 6/9 ans – Broché (9,95€) – Ebook (6,99€)

AVIS

J’aime beaucoup la collection L’envers des contes de fées qui nous permet de voir les méchants des contes autrement… Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige est le troisième roman de la série, mais chaque tome peut se lire indépendamment des autres.

Comme toujours avec les livres de cette série, le travail éditorial est soigné avec de multiples petites illustrations qui viennent égayer le texte et lui apporter une bonne dose de peps bien que le récit n’en manque déjà pas. La construction du livre autour d’entrées de journal intime est également très agréable et facilite grandement la lecture des jeunes lecteurs tout comme l’humour omniprésent qui ne manquera pas de faire également sourire les adultes.

Dans ce tome, l’autrice s’amuse gentiment de l’engouement pour le développement personnel en envoyant la méchante belle-mère de Blanche-Neige en cure dans un centre de méditation. On la retrouve donc quelques semaines après son arrivée et l’on découvre son programme : thérapie individuelle et thérapie de groupe, yoga, méditation, graines de lin et choux de Bruxelles, beaucoup de choux de Bruxelles… Mais loin de la rendre chèvre, cette ambiance zen fera beaucoup de bien à la méchante belle-mère qui a appris progressivement à se délester de ses possessions matérielles, et notamment de son fameux miroir, pour se recentrer autour de son moi intérieur. Cela n’est pas toujours aisé, surtout quand il est question de boutons sur le visage, mais elle essaie maintenant de faire passer l’être avant le paraître. Son évolution est d’ailleurs probante et stupéfiante.

Il faut dire que Reine a bien compris que le début de tous ses ennuis a pris racine dans son obsession de la beauté qui l’a inéluctablement conduite sur le chemin de la jalousie. Adieu donc le maquillage et les belles robes qui pourraient entretenir, du moins tant qu’elle n’est pas complètement guérie, sa vanité et bienvenue à une Reine dépourvue d’artifices, mais non dénuée d’une belle aura et d’une jolie personnalité. Mais si les autres membres du centre ont pu assister à sa métamorphose, reste à convaincre les habitants de Livresdecontes que le changement est réel et durable !

Le temps de quitter le centre de méditation étant venu, Reine déménage dans une cabane au fond des bois, loin de la tentation, afin de se réadapter à la vie en société et faire amende honorable de ses péchés. Elle pourra heureusement compter sur le soutien sans faille de sa psychologue qui va venir lui tenir compagnie dans cette cabane rustique que n’apprécie pas particulièrement Reine qui aurait aimé un peu plus de confort et un environnement plus urbain. Et si cette nouvelle vie n’était déjà pas un défi en soi, notre ancienne méchante est persuadée d’être la proie d’un monstre marin… Réalité ou fantasme ? Je vous laisserai le plaisir de le découvrir.

L’autrice a un vrai talent pour rendre les méchants des contes terriblement humains et attachants. J’ai ainsi adoré Reine qui reconnaît ses errances passées et qui fait de son mieux pour offrir au monde une nouvelle et meilleure version d’elle-même. Loin d’être la marâtre sans cœur que l’on connaît tous, elle nous apparaît ici sympathique et même touchante, notamment avec sa meilleure amie qui ne lui a jamais tourné le dos, et un certain bûcheron qui ne semble pas la laisser indifférente ! Sa relation avec Henri est d’ailleurs toute mignonne et pleine de jolis sentiments au point de me donner le sourire aux lèvres, et pourtant, je ne suis pas du style fleur bleue.

Avec facétie et humour, l’autrice s’amuse également à ternir l’image des princesses de contes, et ça fonctionne à merveille. Oubliez donc la Blanche-Neige serviable et altruiste, et faites place à une nunuche (ça, ça ne change pas trop de la version Disney) obsédée par les apparats, le beau, le luxe, et surtout, par son physique et sa beauté au point de vouloir écraser les « concurrentes ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu’un ou, plutôt, l’ancienne version d’une certaine personne ?

En plus d’une histoire fort sympathique et emplie d’humour, on appréciera le savant mélange entre l’ambiance si particulière des contes et notre réalité : ici, on parle autant de miroir magique que de test ADN ou de Gossip Girl. Un mélange truculent à l’instar de ce roman que je ne peux que vous recommander pour un joli et divertissant moment de lecture qui réunira, enfants et adultes, autour de l’amour des contes, un genre revisité et dépoussiéré avec brio par Catherine Girard-Audet.

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Mini-chroniques en pagaille #24

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • C’est grave docteur ? du docteur Michel Guilbert (Editions de l’Opportun) :

C’est grave docteur ? - Michel GUILBERT - Les Éditions de l'Opportun

Fort de 30 ans d’expérience, le docteur Guilbert a réuni dans ce sympathique ouvrage les perles de ses patients et de ceux de certains de ses collègues. J’aime beaucoup ce genre d’ouvrages qui offre un joli moment de détente que l’on déguste le sourire aux lèvres. Lu en 10/15 minutes, ce livre est un concentré de bonne humeur et la preuve que les patients ont parfois une manière bien à eux de s’approprier le vocabulaire médical. Entre quiproquos, bons mots spontanés et involontaires et interprétation très personnelle des questions du docteur, le lecteur n’a donc pas le temps de s’ennuyer… Certaines perles m’ont ainsi fait éclater de rire quand d’autres m’ont fait sourire par leur côté complètement décalé, voire loufoque.

On saluera également les remarques pleines de bon sens des enfants comme cette fillette qui s’étonne que le docteur lui demande son âge sans jamais prendre le temps de lui souhaiter son anniversaire. Et l’on souhaitera bonne chance à ce patient qui signale que son psychiatre est fou à lié et à cette femme qui vient de perdre les os tout en espérant que la prochaine fois, les patients n’oublieront pas leur carte virale. Quant à ceux qui font des comas idylliques, ils devraient peut-être partager leur recette…

En bref, voici un livre à la mise en page agréable et aérée à parcourir pour une pause détente pleine d’humour.

  • Bane Seed, tome 3.5 : Dans la tête de Dorian Murray, Fanny André (MxM Bookmark) :

Couverture Bane Seed, tome 3.5 : Dans la tête de Dorian Murray

Si le premier tome de Bane Seed ne m’avait pas emballée outre mesure, j’ai fini, au fil des tomes, par apprécier cette série qui repose sur un duo atypique, une banshee et un incube. Un mélange explosif qui donne lieu à de savoureuses répliques et à des piques bien cinglantes comme je les aime !

Bane et Dorian, forcés de collaborer, vont devoir apprendre à se faire confiance, ce qui ne sera pas de tout repos d’autant que Bane est pétrie de préjugés sur les incubes… Mais Dorian n’est pas du genre à se laisser faire et sait faire face aux piques de sa partenaire qui va, petit à petit, devenir plus que cela.

Dans ce court livre, l’autrice vous propose de redécouvrir certains passages des trois premiers tomes de la série du point de vue de Dorian. J’ai adoré m’immiscer dans sa tête et découvrir ses sentiments, notamment sur Bane et sa manière bien à elle de le rejeter en raison de son espèce. Si j’appréciais déjà le personnage, ce livre me l’a rendu encore plus sympathique, attachant et touchant…

Rapide à lire, Dans la tête de Dorian Murray est un complément agréable à la série à dévorer avant d’attaquer le quatrième tome que j’avais, pour ma part, beaucoup apprécié.

  • Meilleurs ennemis, Sally Thorne (chronique perdue dans les limbes de mes brouillons depuis 2017 ), éditions Harlequin : à noter que trois ans après ma lecture, je garde un assez bon souvenir du roman, ce qui est assez inattendu quand je relis ma mini-chronique. Je n’ai peut-être pas lu le roman au bon moment…

Couverture Meilleurs ennemis

Ayant lu un avis assez positif sur le livre et ayant besoin d’une lecture très légère, j’ai fini par me lancer.

Je dois avouer avoir pas mal apprécié les premiers chapitres qui nous offrent de belles joutent verbales entre Lucy et Joshua, deux collègues apparemment ennemis. Leur comportement est complètement puéril, mais c’est amusant et plutôt divertissant ! La tension est telle qu’on finit par se demander comment ils arrivent à travailler dans la même pièce, voire à travailler tout court, puisqu’ils passent leur temps à se lancer dans des jeux idiots destinés à écraser l’autre.

Alors, ce n’est pas crédible car les deux bourreaux de travail vont assez loin dans leurs propos et auraient sûrement été licenciés depuis un bon moment, mais on ne cherche pas forcément la crédibilité dans ce genre d’histoire. Toutefois, l’obsession de Lucy pour le corps de Joshua a fini par me fatiguer tout comme l’agressivité de ce dernier que j’ai trouvée parfois quand même limite.

La suite du roman, quant à elle, ne réserve aucune surprise et perd nettement de cette tension entre les deux personnages qui rendait la lecture si amusante. Cela n’en rend pas l’histoire déplaisante, mais bien moins palpitante.

En résumé, si j’ai apprécié le début du roman, le reste m’a un peu moins plu. Néanmoins, je pense que si vous aimez les romances avec une héroïne qui a de la répartie, Meilleurs ennemis possède les ingrédients pour vous plaire. À conseiller donc aux amateurs de romances mêlant humour et ambiance sexy.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous lus ? Qu’en avez-vous pensé ?

Fingus Malister, tome 1 : Feux follets, mandragore et cadavre frais, Ariel Holzl

Couverture Fingus Malister, tome 1 : Feux follets, mandragore et cadavre frais

« Préparez une soupe de mandragore avec 120 g de sève de mandragore et 80 g d’or des fous. Mélangez les ingrédients dans un bocal à élixir et faites mijoter une journée à feu follet. Une fois la soupe terminée, il suffit de la répandre sur tout cadavre frais pour qu’il revienne à la vie en quelques minutes. Et le rituel de zombification est accompli ! »
Apprenti seigneur maléfique, Fingus Malister sait comment il va éblouir les jurés de sa future académie de magie. Mais il a besoin de l’aide d’une sorcière plus têtue que lui…

Rageot ( 02/10/2019) – 10/12 ans – Ebook (9,99€) – Broché (12,50€)

AVIS

Fingus Malister rêve d’entrer à l’académie de magie, mais avant de faire de son rêve une réalité, il va devoir éblouir le jury lors de l’Audition. Pour y arriver, il a déjà sa petite idée : réaliser le rituel de zombification repéré dans un manuel de nécromancie dont le piteux état n’a pas l’air de le rebuter. Reste à trouver les ingrédients de la recette qui, hélas pour lui, ne s’achètent pas dans la première épicerie venue. Et c’est comme ça qu’il part à l’aventure ou à la catastrophe (avec Fingus, c’est souvent la même chose), et qu’il entraine avec lui sa seule et meilleure amie, une jeune sorcière du nom de Poppy.

Descendant d’une lignée de sorciers maléfiques, Fingus n’est pas vraiment apprécié des villageois, et c’est un euphémisme. Seul survivant de sa famille décimée par un incendie, il ne semble pourtant pas être particulièrement affecté par la situation. Il faut dire qu’il est plus préoccupé par l’idée de faire honneur à son héritage familial en devenant un puissant nécromancien que par sa cote de popularité. Imbu de lui-même, de mauvaise foi et souvent désobligeant avec sa meilleure amie, Fingus est pourtant un personnage que je n’ai pas réussi à détester. D’abord, parce que c’est une telle catastrophe ambulante qu’il en devient comique malgré lui et puis parce que vu son passé et le manque de figures bienveillantes dans sa vie, difficile de lui en vouloir de ne pas être un parangon de vertu… J’ai, en outre, apprécié le décalage entre le monde qu’il s’est forgé et la réalité sans oublier son côté complètement décalé. Vous en connaissez beaucoup vous des enfants qui se trimballent avec le crâne de leur ancêtre ?

Malgré un caractère peu avenant, Fingus peut compter sur l’amitié de Poppy qui le soutient dans ses péripéties tout en tentant, souvent sans grand succès, de le ramener à la raison quand ses idées farfelues le conduisent dans des situations quelque peu périlleuses... Poppy est une jeune fille sérieuse, débrouillarde, douée et intelligente qui n’a absolument rien en commun avec Fingus. En plus d’avoir une influence bénéfique sur ce dernier, la jeune sorcière est aussi son garde-fou. Sans elle, pas certain que notre apprenti nécromancien aille bien loin. Une réalité qu’il n’est pas prêt à admettre, mauvaise foi de sorcier maléfique oblige !

Poppy aurait pu être fade, surtout face à un personnage aussi atypique et haut en couleur que Fingus, mais l’auteur l’a rendue intrigante et surprenante, notamment si l’on considère son refus de lancer des sorts. Elle préfère ainsi suivre un enseignement plus traditionnel de la sorcellerie, ce qui est tout à son honneur même si cela ne plaît pas forcément à son meilleur ami. Si j’ai parfois regretté que la jeune fille se laisse un peu trop marcher sur les pieds, Fingus ayant une légère tendance à se comporter comme un tyran, on finit par se rendre compte qu’elle ne manque pas de caractère et qu’il y a une explication logique à son comportement… Le duo fonctionne donc très bien, sa complémentarité ne faisant aucun doute et sa dynamique originale. 

J’ai également apprécié que le roman évoque le thème de la grossophobie à travers Fingus qui n’hésite pas à se moquer de la silhouette de son amie. Je trouve intéressant d’introduire ce genre de remarques méchantes et déplacées (tellement courantes dans une cour d’école, mais pas que…) dans la bouche d’un personnage à la base peu sympathique. Cela permet aux enfants d’associer les moqueries sur le poids d’une personne à la méchanceté tout en offrant, aux adultes, une éventuelle base pour lancer une discussion à cœur ouvert sur le sujet. Mais je vous rassure, Fingus ne passe pas non plus son temps à se moquer de Poppy, c’est juste que ce thème est tellement rare en littérature jeunesse qu’il me semblait important de le mentionner.

Notre tandem de choc va être mis à rude épreuve, sa quête d’ingrédients pour le rituel de zombification ne se révélant pas de tout repos ! Entre des fantômes vindicatifs, la traversée d’un bois abritant des bestioles fort peu ragoûtantes et la confrontation avec leurs camarades pas très amicaux, nos deux amis vont devoir faire preuve de débrouillardise et d’imagination pour faire face aux multiples dangers qui se dresseront sur leur chemin ! Un autre danger bien plus pernicieux guette également notre jeune sorcier…

Quant à la plume de l’auteur, fluide, immersive et agréable, elle fait des merveilles sur les jeunes lecteurs, mais aussi sur des lecteurs plus âgés qui devraient se laisser séduire par l’imagination fertile de l’auteur et son humour noir et décalé. Rythmé et auréolé d’une délicieuse atmosphère mêlant mystère et doux frissons, ce roman se dévore donc très vite.

En conclusion, ayant adoré le premier tome des Sœurs Carmines, j’étais curieuse de découvrir l’auteur dans un registre plus jeunesse. Et je dois bien avouer que l’effet Ariel Holzl a de nouveau bien fonctionné sur moi ! Bien que l’humour soit un peu moins grinçant que dans sa précédente série, on reconnaît sa manière bien à lui de jouer sur les mots, de créer des personnages en théorie détestables, mais auxquels on s’attache, et d’introduire une ambiance particulière mélange d’humour noir, de morbide et d’extravagance. Voici donc un premier tome introductif, mais non dénué d’originalité, de mordant et de charme !

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour cette lecture.

 

Orgueil et préjugés, version manga ou le cas typique d’un livre difficile à noter

Orgueil et Préjugés

Lorsque Monsieur Bingley, jeune homme riche et célibataire vient s’installer à Netherfield accompagné de son ami Monsieur Darcy, c’est Madame Bennet et ses cinq filles à marier les premières averties ! Car chacun sait qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier ! Découvrez cette superbe adaptation en manga du mondialement connu chef-d’œuvre de Jane Austen. Tout l’humour et le romantisme de l’original y sont parfaitement éclairés par un dessin riche et somptueux

Soleil (23/11/2016 ) – Scénariste : King Stacy – Illustrateur : PoTse – 368 p.

AVIS

Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous savez peut-être qu’Orgueil et préjugés de Jane Austen est l’un de mes livres préférés. Je lis donc toujours avec impatience, excitation et crainte les livres qui tournent autour de cette œuvre. Et cette adaptation en manga n’a pas échappé à la règle…

Pour une fois, je ne vais pas vous en faire une chronique détaillée parce que d’une part, Orgueil et préjugés est assez connu pour que beaucoup d’entre vous en connaissent au moins la trame, et d’autre part, j’aimerais me focaliser sur un autre aspect : la difficulté de noter certains livres.

Je ne note plus mes lectures sur le blog, le côté scolaire me gênant, mais je continue à le faire sur les réseaux car c’est un critère pour mieux organiser mes chroniques, du moins, c’est ainsi que je le perçois. Mais il arrive que noter un livre devienne un vrai casse-tête, le lecteur étant partagé entre son ressenti en fonction de ses attentes et les qualités intrinsèques du livre. Et c’est ce qui s’est passé pour moi avec cette adaptation en manga.

Ce manga est bon, voire très bon, mais il ne m’a pas, pour autant, transportée. Un paradoxe dont j’ai perçu, au fil de ma lecture, les raisons. J’adore Orgueil et préjugés parce qu’il forme un tout : une critique sociétale sous fond d’humour et d’amour, le tout relevé par la plume caustique de Jane Austen et son acuité pour percevoir l’âme humaine. Privée de l’un de ces aspects, l’histoire perd, du moins pour moi, de sa force et de sa portée.

Or, même si le contexte historique est conservé et que l’on a quelques critiques sociétales sous-jacentes, cette adaptation graphique se concentre principalement sur la romance. N’étant pas une inconditionnelle du genre même si je commence à l’apprécier, je n’ai donc pas réussi à me sentir totalement impliquée dans ma lecture… Ceci n’est pas un point négatif dans la mesure où l’éditeur précise clairement dans son résumé que c’est un choix voulu et assumé. En attaquant le manga, je savais donc à quoi m’attendre.

D’ailleurs, si on aime les romances historiques et les mangas, je pense sincèrement que cet ouvrage devrait vous ravir : les personnages sont attachants et hauts en couleur pour certains, les décors et les dessins sont sublimes et les détails permettent une réelle immersion dans l’histoire, les principaux freins à l’amour entre Elizabeth et Darcy bien restitués, la complicité entre l’héroïne et sa sœur Jane toujours aussi forte et belle, les émotions au rendez-vous…

La scénariste et l’illustratrice ont même réussi à rendre Lydia encore plus agaçante que dans le roman : son égocentrisme, son égoïsme, sa frivolité, son manque de bon sens transparaissant à chacune de ses apparitions… J’ai également aimé la manière dont a été scénarisée Mme Bennet qui garde son côté « obnubilée par le mariage de ses filles », mais dont la représentation graphique tout en rondeur adoucit ce trait de caractère.

Toutefois, si vous êtes un fan de l’œuvre originale, certains points pourraient, comme ce fut le cas pour moi, vous perturber. Il y a d’abord le rôle minoré de la sœur de Darcy ce que j’ai trouvé fort dommage même si je comprends sans problème que l’autrice a dû opérer des choix. Mais j’ai surtout regretté le lissage de la personnalité de Lizzie et de Darcy qui m’ont semblé bien ternes par rapport à la version originale. Lizzie perd son sens de la répartie qui est, pour moi, l’atout charme de l’histoire et Darcy se transforme bien vite en amoureux incompris et éconduit…

J’ai donc eu l’impression qu’on tombait tout simplement dans une banale histoire d’amour avec le beau gosse de service riche et taciturne qui se rend compte que la fille qu’il a jusqu’à maintenant dénigrée est un petit bijou qui ne demande qu’à être poli. Un schéma qui ne me convient guère quand il est brut comme ici, mais qui devrait ravir le cœur des amateurs de romance.

En conclusion, cette version graphique d’Orgueil et préjugés est très bonne si l’on souhaite (re)découvrir l’histoire originale uniquement d’un point de vue romantique. L’autrice a su restituer avec précision les étapes marquantes de la relation entre Elizabeth et Darcy et l’illustratrice les sublimer. En revanche, si vous aimez les romances se déroulant dans un contexte sociétal et historique bien exploité et/ou que vous espérez retrouver l’humour présent dans l’œuvre de Jane Austen, vous pourriez rester sur votre faim…