Frères d’enchantement, Siana

Frères d'enchantement - Siana

Je remercie Siana de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, son roman Frères d’enchantement publié par Rroyzz éditions.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité, j’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou.

Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants.

La révélation d’un héros sur le déclin.
Le parcours d’un homme devenu extrémiste.
De fraternité à rivalité…

Rroyzz (5 février 2019) – 348 pages – Broché – 17€ – Couverture : Jérémie Guneau

AVIS

Communiquer par la pensée avec son/sa meilleur(e) ami(e) ou un proche, n’en avez-vous jamais rêvé ? Bravant tous les interdits, Ensio et Ljuka ont fait plus qu’en rêver, ils ont réussi à créer ce lien télépathique qui leur permet de rester en contact même à distance. Une bénédiction pour ces deux enfants qui partagent alors une solide amitié, mais qu’en sera-t-il, une fois adultes, quand les incompréhensions et les rancœurs les auront séparés ?

Une question à laquelle Ensio va être confronté lorsque, dans le cadre de sa fonction de Milicien, il finira par commettre l’impensable : tuer son frère d’enchantement devenu incontrôlable ! Rassurez-vous, je ne spoile rien, c’est écrit dans le résumé et cela arrive dès les premières pages. L’autrice part de ce dramatique événement pour nous offrir une narration alternée et audacieuse qui joue entre présent et passé. Nous suivons ainsi, dans le présent, un Ensio déboussolé par son geste dont il n’avait pas anticipé les répercussions sur sa santé mentale : Ljuka mort et leur lien rompu, un vide s’empare de lui et le ronge de l’intérieur. En parallèle, nous remontons le fil du temps, pour suivre Ljuka dans ses études à la Grande académie où il ne se sentira pas à sa place. Quand l’on constate la déchéance du premier dont la vie va à vau-l’eau, on suit la descente aux enfers du deuxième qui, petit à petit, tombe dans l’extrémisme… C’est à se demander qui est finalement le plus fou des deux.

La narration à deux voix est ici efficace d’autant qu’elle donne l’occasion à Siana de nous offrir deux protagonistes complexes et tout en nuances. Pas de héros ni de grand méchant ici, mais deux amis séparés par la vie, les incompréhensions, les rivalités, les rancœurs, la jalousie et les non-dits, ce qui est pour deux amis pouvant communiquer par la pensée, assez ironique. La complexité des personnages est intéressante dans la mesure où elle pousse le lecteur à développer une certaine empathie pour ces derniers même quand il n’approuve pas leurs actes ni leur personnalité. À cet égard, j’ai trouvé le personnage d’Ensio particulièrement bien construit. D’abord tête à claques, imbu de sa personne, prétentieux et vantard, il s’humanise à mesure que sa vie tombe en lambeaux et qu’il sombre dans la folie. Cela se fait progressivement ce qui rend son évolution réaliste et touchante. Alors qu’en début de roman, je n’espérais rien de ce personnage, il apporte finalement une très jolie réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids de ses erreurs et la nécessité de les réparer. Contre toute attente, il a ainsi su me toucher voire m’émouvoir, et rien que pour ça, je tire mon chapeau à l’autrice !

Le personnage de Ljuka m’a aussi surprise, son évolution suivant le schéma inverse de celui d’Ensio et suscitant en moi des sentiments ambivalents : compréhension, peine, pitié puis agacement… En début de roman, il attire la sympathie par sa gentillesse, ses fêlures, ses difficultés à rentrer dans le moule, sa lutte quotidienne pour faire accepter ses différences et sa personnalité pleine de sensibilité. Incapable de s’exercer aux enchantements sur le vivant, il va se rapprocher d’un élève Mécaniste malgré la réprobation générale ; une personne de son rang n’ayant pas à s’acoquiner avec la plèbe. Son comportement et cette amitié nouvelle vont susciter moquerie et rejet de tous, même de la part des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, son meilleur ami et cette fille qui lui plaisait tant. Se sentant incompris, trahi et ne supportant plus cette société dans laquelle les Maîtres s’approprient tous les pouvoirs, il va, petit à petit, laisser son jugement s’obscurcir…

Si ses idées d’égalité et son envie de protéger la population de la toute-puissance des Maîtres nous semblent justes, cela tourne à l’obsession. Sous couvert de justice, Ljuka finit par nous apparaître comme un fou prêt à tout pour prouver sa supériorité et la suprématie de ses idées. Un point qui le fait finalement de plus en plus ressembler aux Maîtres qu’il méprise, mais qui eux, ne font pas couler le sang pour assurer leur pouvoir… Même si ce n’est pas développé outre mesure, le système de classe se révèle d’ailleurs intéressant. On retrouve, comme sous l’Ancien Régime, une société divisée en classes avec une classe dominante qui impose ses desiderata aux « classes inférieures ».

J’ai adoré suivre le cheminement de cette amitié hors norme qui va se déliter jusqu’à se transformer en haine. On ne peut s’empêcher de se demander comment la situation a pu prendre une telle tournure entre deux personnes qui étaient pourtant unies par un lien télépathique. À moins que ce soit justement ce lien, en leur donnant l’illusion d’une parfaite compréhension, qui ne soit responsable d’un tel manque de communication et d’un tel gâchis… Amour et haine sont donc ici inextricablement liés, l’ami devenu ennemi ne semblant jamais l’être totalement.

En plus d’une narration dynamique ponctuée de nombreux dialogues rendant la lecture très fluide, l’autrice possède une très belle plume qu’elle met au service de ses protagonistes avec beaucoup de justesse. S’adaptant à leurs états d’âme et aux différents événements, le rythme est parfois rapide, d’autres fois un peu plus lent, mais toujours parfaitement cadencé. Les amateurs de belles plumes devraient donc être ravis de s’immerger dans cet univers enchanteur qui, même en absence de longues descriptions, se révèle très immersif. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice a su introduire très naturellement quelques touches de steampunk, mais surtout de science-fiction. Cela apporte un plus indéniable à la narration qui prend une autre tournure, peut-être un peu plus introspective, mais jamais ennuyeuse.

Quant à la fin, c’est l’une des meilleures que j’aie pu lire ! Inattendue, belle et forte à la fois, elle permet aux lecteurs de terminer le roman sur des émotions fortes et la conviction que Siana a effectué un travail de fourmi, ne laissant rien au hasard dans la construction de son roman.

En conclusion, ni roman de fantasy classique avec sa cohorte de créatures, ni roman de science-fiction pur avec ses théories parfois complexes, Frères d’enchantement mélange habilement ces deux genres, quelques touches de steampunk en plus, pour nous offrir un univers passionnant et très bien construit. À travers deux amis unis par des liens encore plus profonds que ceux du sang et séparés par une rivalité tournant à la haine, l’autrice offre une belle réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids du passé, mais aussi sur la société et la manière dont des idées justes, déformées par la rancœur et l’aveuglement, peuvent conduire à des actes de pure folie.

Siana

Page FB de l’autrice

Retrouvez le roman sur le site de Rroyzz éditions ou sur Amazon.

Lily 2.0 Tome I : Équinoxe de Printemps, Émilie Colline

Je remercie les éditions Caouanne de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, le premier tome de la série Lily 2.0 d’Émilie Colline.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

LA SÉRIE

La saga Lily 2.0 « OPEN YOUR MIND » relate, en quatre tomes, les aventures de Lily Valentine Tournelle, une adolescente apparemment sans histoires, qui découvre, au fil d’une année marquée par les solstices et les équinoxes, l’incroyable potentiel psychique des êtres humains.

Clairvoyance, clairaudience, psychométrie, médiumnité…, autant d’expériences aussi inattendues que déconcertantes qui vont bousculer son quotidien et la pousser à reconsidérer sa conception jusqu’alors très rationnelle de l’univers.

LE TOME 1

Que faire quand on est soudainement confrontée à des rêves qui se suivent, des visions spontanées et de surprenantes concordances des songes avec la réalité ?
Primo : garder son calme et ne pas paniquer.
Deusio : mettre le tout par écrit afin de ne rien oublier et pouvoir analyser sereinement la situation.
Tertio : ouvrir son esprit et aligner ses énergies pour essayer de canaliser l’étourdissant éveil de ses capacités extrasensorielles.
Dans ce premier tome, Lily découvre son potentiel énergétique, les notions de chakras et de koshas et s’essaie à la méditation, aux rêves guidés et aux voyages astraux. Elle expérimente également certains aspects de la clairvoyance, de la psychométrie et de la protection psychique.

Caouanne (9 novembre 2018) – 188 pages – Broché (16€) –
Tome 1 d’une série de 4 tomes

AVIS

Lily est une collégienne de treize ans et demi ordinaire qui mène une vie des plus classiques. C’était, du moins, ce qu’elle pensait jusqu’à ce que, pour son plus grand étonnement, un nouveau monde s’ouvre à elle. Lily se découvre ainsi des capacités extrasensorielles et notamment celle de faire des rêves qui concordent étrangement avec la réalité… Elle sera fort heureusement soutenue dans la découverte de ce nouveau chemin de vie par sa mère, une acupunctrice adepte de yoga et très ouverte au monde de la spiritualité.

Comme le papa de Lily, un restaurateur d’œuvres d’art, je suis de nature très terre à terre,  et ne tends à croire que ce que la science a prouvé ou, du moins, ce qui me semble rationnel. Cela ne m’a pas empêchée de savourer ce roman qui offre une plongée captivante et immersive dans un monde qui m’est inconnu, celui de la parapsychologie, de la spiritualité, des rêves guidés et lucides (peut-être l’élément qui m’a le plus intriguée), de la psychométrie, de la sagesse indienne, de la lithothérapie, de la médiumnité, et de toutes ces capacités extrasensorielles qui ont ce quelque chose de fascinant…

Alors que je ne suis pas forcément le public cible, j’ai adoré la manière dont l’autrice évoque ces sujets. C’est fait avec enthousiasme, simplicité et sans aucun prosélytisme. Chaque lecteur est laissé libre d’interpréter l’histoire comme il le souhaite et d’en retirer les enseignements qu’il estime importants. Une manière de procéder qui m’a conquise d’autant que grâce aux explications claires, mais détaillées et précises, de la maman de Lily, j’ai appris plein de choses. Certaines m’ont paru un peu trop ésotériques pour moi, quand d’autres m’ont poussée à me poser des questions et/ou donné envie d’approfondir le sujet. Il se dégage également de ce roman, un petit côté développement personnel qui n’est pas pour me déplaire. Je vous rassure, rien de dogmatique, juste l’histoire d’une jeune fille qui, avec l’aide de sa mère, apprend à mieux se connaître, à développer et s’approprier ses propres capacités et dons.

La relation mère-fille est d’ailleurs l’une des pierres angulaires de ce roman. On ressent à la perfection la complicité qui unit Lily à ses parents, et plus particulièrement à sa mère, une femme très ouverte d’esprit et très calée sur la spiritualité et le potentiel psychique des individus. Sa mère sera un véritable guide pour Lily la rassurant et l’invitant avec tact et douceur à explorer ses propres capacités et à accueillir sans crainte, mais avec une certaine précaution, ses rêves qui semblent faire écho à des événements et à des personnes qui ont réellement existé.

Soutenue par sa mère, Lily va donc faire ses premiers pas dans ce monde qui lui était inconnu et dont elle partage les découvertes dans un carnet. Et c’est là le gros point fort du livre, son format atypique oscillant entre roman, journal intime et bullet journal. Loin d’être linéaire, le livre est ainsi agrémenté de dessins, de suggestions de musiques à écouter, d’indications sur l’humeur du jour, d’une recette de cookies, d’un DIY, d’un plan en couleurs du quartier de Lily, de bonus tels que les expressions favorites de la mère de Lily…

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Cette mise en page ludique et pleine de peps rend la lecture agréable et facilite l’immersion dans la vie de Lily. Comme dans un journal intime, la jeune fille se confie à nous, partage ses découvertes, ses doutes notamment sur la nature de ses rêves, ses craintes, sa passion pour la nourriture, mais aussi tous les petits moments qui font le quotidien d’une adolescente : les cours et les devoirs, les copines, les relations garçons-filles, les sorties entre amis, les disputes et les réconciliations… Les jeunes lecteurs devraient donc facilement s’identifier à Lily, et suivre avec intérêt, si ce n’est avec passion, son incursion dans le monde spirituel et parapsychologique.

Lily est une jeune fille attachante qui, en plus de conquérir le cœur des plus jeunes, devrait ravir celui des adultes. Émilie Colline a, en effet, réussi le parfait équilibre entre une héroïne réaliste, Lily restant une adolescente comme les autres, et une héroïne assez mature pour plaire à un lectorat plus âgé. De la même manière, j’ai apprécié la plume dynamique de l’autrice qui, tout en restant simple et accessible, se révèle riche et variée. On sent un véritable travail de recherche pour offrir précision et justesse quant au vocable employé.

Au-delà des différents thèmes abordés, qui sont plutôt originaux pour un roman jeunesse, l’autrice nous offre également une fabuleuse et captivante histoire dans l’histoire. Nous partons ainsi, grâce aux rêves de Lily, dans le passé, sur les traces de pirates ! Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré cet aspect du roman qui n’est d’ailleurs pas dénué d’un certain suspense… C’est que comme Lily et sa mère, vous serez pressés de connaître le fin mot de cette aventure des mers !

En conclusion, Émilie Colline nous offre ici un roman jeunesse atypique autant au niveau du fond que de la forme. D’une plume vive et dynamique, elle met à la portée des lecteurs, jeunes et moins jeunes, un monde riche empli de spiritualité, de capacités extrasensorielles et de toutes ces possibilités que l’être humain n’a pas encore fini d’explorer. En choisissant de narrer les aventures de Lily, une adolescente ordinaire aux capacités extraordinaires, sous forme de carnet/journal intime, l’autrice établit une véritable complicité entre son héroïne et les lecteurs qui n’ont alors plus qu’une envie, connaître la suite !

Découvrez le roman sur le site des éditions Caouanne.

Le ciel de Darjeeling, Nicole Vosseler

Je remercie les éditions l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

l’Archipel (6 février 2019) – 440 pages – Broché (23€) – Ebook (15.99€)

AVIS

La présence du mot Darjeeling dans le titre a suffi pour me donner envie de lire ce roman, on est tea-addict ou on ne l’est pas ! Mais avant de nous transporter dans la plantation de thé de Ian, l’autrice nous fait d’abord voyager : Grèce, Cornouailles et enfin, Inde. L’Inde, un pays qui stimule l’imaginaire, mais que pour ma part je ne connaissais que très peu. J’ai donc été enchantée de découvrir, aux côtés de Helena, ce pays, ses paysages, ses traditions ancestrales, son histoire, du moins, une partie de son histoire, ses cultes, son cosmopolitisme, ses couleurs chatoyantes…

Le plaisir a été décuplé par la très belle plume de l’autrice qui, dès les premières lignes, a su me charmer. Élégante et d’une grande finesse, elle fait des merveilles pour retranscrire les décors, les paysages, le temps qui passe, mais aussi les émotions des personnages, leurs états d’âme, leurs joies et leurs tourments. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce roman, ses personnages complexes que l’on a envie parfois de prendre par la main et d’autres fois, de secouer…

Les protagonistes ne sont pas nombreux, ce qui permet de se concentrer sur leur histoire bien que pendant une bonne partie du roman, nous suivons Helena, une jeune femme qui, sans héritage à la mort de son père, se retrouve acculée. En charge de son frère, elle est contrainte d’accepter une proposition qui ne lui plaît guère : épouser Ian, un homme fortuné rencontré fortuitement. En échange, il lui promet une vie à l’abri du besoin pour elle et son frère à condition qu’elle accepte de le suivre dans sa plantation de thé en Inde. Pourquoi ce bon parti désire-t-il l’épouser, elle qui n’a rien à offrir, ni statut, ni argent ? 

Ian est un homme secret qui souffle de manière fort agaçante le chaud et  le froid. Tantôt enjôleur avec des sourires à faire fondre les cœurs, tantôt froid et calculateur, difficile de comprendre ses pensées et les raisons qui le poussent régulièrement à prendre ses distances. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il cache une part d’ombre et un secret qui le hante ! Un secret que Helena aimerait percer afin de se rapprocher de cet époux qui la tient à distance suscitant chez elle attirance et répulsion, deux sentiments contradictoires qui l’épuisent et la tourmentent. Mais tous les secrets sont-ils bons à dire ?

Pour ma part, je n’ai pas succombé au personnage de Ian, n’étant pas particulièrement adepte des personnes qui attendent de leur partenaire le salut. Je n’ai, en outre, pas apprécié certains de ses agissements, et notamment un geste impulsif intolérable bien que malheureusement, courant au 19e siècle. Toutefois, en découvrant le passé de ce personnage torturé et énigmatique, on comprend certaines de ses réactions et la manière dont il en est venu à se forger cette image d’homme affable, mais dangereux autant craint que respecté. Insaisissable et changeant comme le caméléon, son surnom, l’homme intrigue…

Si la relation entre Ian et Helena est intéressante dans la manière dont elle évolue, les deux personnages apprenant peu à peu à s’apprivoiser, le tour de force de l’autrice est d’avoir su imbriquer une histoire dans l’histoire en déroulant sous les yeux des lecteurs captivés, le passé de Ian et de ses parents. Je ne développerai pas beaucoup cet aspect du roman qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai trouvé l’histoire d’amour entre ses parents très touchante. Elle comporte cette part de beauté et de cruauté qui forge dans le marbre les sentiments les plus profonds. Attendez-vous donc à être émus et remués par ce couple que la vie ne va pas épargner.

Cette histoire d’amour avec un grand A est également l’occasion, pour l’autrice, d’aborder des sujets forts et parfois difficiles comme les couples mixtes dans une Inde colonisée où les sentiments entre colonisateur et colonisés sont ambivalents et complexes, la question des différences culturelles, ethniques et religieuses, source parfois de haine et de méfiance,  la place des croyances, traditions et mythes dans cette Inde du 19e siècle… Ce sont tout autant d’aspects de ce pays que j’ai apprécié de découvrir d’autant que le sens du détail de l’autrice permet totalement de s’immerger dans cette culture si différente de la nôtre.

On comprend alors sans peine l’attachement viscéral que Ian ressent pour ce pays qui l’a vu grandir… Un attachement qui gagnera, petit à petit, Helena qui, contre toute attente, finira par s’adapter à sa nouvelle vie apprenant même à parler l’hindoustani. Il faut dire qu’en plus des somptueux paysages, de cette liberté dont elle était dépourvue en Angleterre, et de l’amitié de Mohan, fidèle ami et bien plus encore de Ian, elle sera également conquise par la plantation de thé de son mari qui produit le meilleur thé du monde. Si vous aimez le thé, vous devriez, comme moi, être ravis de la manière dont l’autrice évoque l’histoire du thé, les différents grades, sa cueillette… C’est fait avec une telle passion et justesse que vous n’aurez qu’une envie, vous préparer une bonne tasse de thé !

En conclusion, d’une plume fluide et élégante, Nicole Vosseler vous propose ici un très beau voyage qui vous conduira dans cette fascinante Inde du 19e siècle dont elle sait retranscrire toute la splendeur. À travers deux personnages que tout semble opposer, mais qui sont bien plus proches qu’ils ne le pensent, elle tisse progressivement le fil d’une relation mouvementée et intense qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Histoire d’amour, d’amitié et de haine à la fois, Le ciel de Darjeeling est un ouvrage entraînant et immersif qui saura offrir de multiples émotions aux lecteurs qui prendront le temps, comme avec un bon thé, de le déguster.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou, entre autres, sur  Chapitre.com

Le Caveau de famille, Katarina Mazetti

Le Caveau de famille de Katarina Mazetti est la suite du roman Le Mec de la tombe d’à côté. Si vous ne l’avez pas encore lu, je vous recommande d’attendre de le faire avant de lire la présentation éditeur et/ou cette chronique.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Elle c’est Désirée, la bibliothécaire, et lui c’est Benny, le paysan. Elle dévore avec autant d’ardeur livres et produits bio, lui élève des vaches et n’imagine pas qu’on puisse lire « de son plein gré ». Pourtant, ils se sont promis trois essais pour avoir un enfant en-semble. Si cela ne donne rien, c’est terminé pour toujours. Et si ça marche… Comme le disait un critique littéraire suédois : « Le quotidien tue l’amour, la vie de famille l’enterre. » C’est gai. Bienvenue dans le caveau de famille ! Pétillant et jubilatoire..

ACTES SUD (6 octobre 2012) – 272 pages – Broché (8€)

AVIS

Je me suis lancée dans cette suite avec quelques craintes, plusieurs lecteurs m’ayant fait part de leur déception. En ce qui me concerne, c’est une lecture qui, sans avoir été passionnante, ne m’a pas non plus rebutée. Il faut dire que je n’en attendais rien de précis…

On retrouve donc Benny et Désirée dans leur projet enfant. Pour rappel, alors que Benny vivait avec une autre femme, nos deux ex-amants ont décidé de se donner trois essais pour avoir un enfant. Je dois dire que cette idée m’a extrêmement déplu la trouvant déplacée, malhonnête et irrespectueuse envers la pauvre femme qui se fait cocufier alors qu’elle espérait un mariage. Si on ajoute à cela que la fiancée de Benny est en plus sa cousine, on se retrouve avec une situation tordue qui m’a mise mal à l’aise.

Toutefois, une fois l’agacement passé, j’ai suivi sans déplaisir le récit de la nouvelle vie de Benny et Désirée en tant que parents puisqu’il est principalement question de cela dans ce deuxième tome. Je vous rassure, ce n’est pas un spoil puisqu’on découvre rapidement que l’essai a été concluant… Je n’ai moi-même pas d’enfant, mais j’ai retrouvé dans les nombreux déboires de notre couple atypique, certains de ceux rencontrés par mes amis ou même par mon frère et ma belle-sœur : les pleurs parfois difficiles à calmer, les balades pour tenter d’endormir sa tête blonde, les coliques, les grossesses rapprochées, le manque de sommeil et les nuits hachurées, l’absence de temps pour soi, la fatigue, la difficile conciliation entre vie personnelle et professionnelle…

Au-delà de la difficulté d’être parent, l’autrice aborde également le thème de la répartition des tâches au sein d’un couple et de l'(in)égalité homme/femme dans ce domaine. Bien sûr et fort heureusement, il y a des couples qui se partagent les tâches quotidiennes et l’éducation des enfants, mais je côtoie également beaucoup de Benny, des hommes qui s’attendent à ce que leur femme s’occupe, en plus de leur travail, des tâches ménagères et des enfants, et avec le sourire s’il vous plaît. Et je peux vous dire que cet aspect de la personnalité de notre protagoniste m’a horripilée et très fortement agacée.

Il a certes un travail éreintant, mais il néglige complètement le fait que Désirée travaille également à temps plein et que, contrairement à lui, elle s’occupe de la maison, des enfants et donne même un coup de main à la ferme… Pour  Benny, le travail effectué à la maison et l’éducation des enfants sont donc deux choses qui ne requièrent pas un grand investissement physique et mental… Alors que j’ai parfois trouvé Désirée agaçante dans le premier tome, elle m’a fait ici de la peine. Éreintée et peu soutenue, c’est à se demander comme elle arrive à tenir face à cette charge mentale qui l’asphyxie complètement. En tout cas, l’autrice détricote le mythe d’une Suède égalitaire…

Comme dans le premier tome, Benny continue, en outre, à ne pas prendre en compte l’amour de sa femme pour son travail. Il est tellement obsédé par sa ferme qu’il considère qu’il est normal de demander à Désirée de tout sacrifier pour l’aider à la tenir… Si Benny m’a régulièrement fait sortir de mes gonds, j’ai néanmoins apprécié la manière dont l’autrice a su utiliser ce personnage attaché à son métier pour questionner l’évolution de la condition paysanne. À travers son histoire, elle décrit avec réalisme celle de ces petites structures démunies face à la bureaucratie européenne et les mastodontes du secteur qui les écrasent. Le roman montre à quel point la course au profit a détruit les solidarités qui pouvaient exister entre les petits agriculteurs et a modifié profondément le visage de l’agriculture moderne. D’autres critiques sociétales, notamment sur les dépenses de santé, sont également abordées et sont finalement très similaires à celles formulées à l’encontre de nos institutions.

Quant à la narration, elle reste fidèle à celle mise en place dans le premier tome, l’autrice alternant les points de vue entre Désirée et Benny. Un moyen efficace pour insuffler un certain dynamisme au récit et insister sur la vision très différente que ces deux personnages ont de la vie. Le lecteur se fait ainsi le témoin privilégié de la vie d’un couple atypique qui finit  pas rencontrer les mêmes problèmes que M. et Mme tout le monde.

En conclusion, l’autrice, en nous proposant de suivre la vie de notre couple sur plusieurs années, en profite pour aborder des thèmes qui devraient parler à de nombreux lecteurs, et plus particulièrement aux femmes. Un peu moins humoristique que le premier tome, mais à mon sens, peut-être plus ancrée dans le réel, cette suite devrait plaire à ceux qui ont envie de suivre un couple dans sa vie quotidienne et ses aléas.

Retrouvez ce roman chez votre libraire ou en ligne.

L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir L’Ours et le Rossignol de Katherine Arden, une lecture qui m’a enchantée de la première à la dernière page. Et cela ne gâche rien, la couverture est superbe !

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté. C’est le premier roman de Katherine Arden.

Denoël (17 janvier 2019) – 368 pages – 21,90€ (broché) – 15,99€ (ebook)
Traduction : Jacques Collin

AVIS

Ce roman nous plonge, dès les premières pages, dans la Russie, celle des contes qui vit au rythme de ses mythes, de ses légendes et de son folklore. Il en résulte un dépaysement total et glacial qui, un peu à l’image de Morozko le Roi de l’Hiver, se veut, tour à tour, cajoleur et menaçant. Katherine Arden nous invite donc à découvrir tout un folklore passionnant peuplé de créatures magiques qui peuvent se montrer aussi bienveillantes que sournoises et dangereuses. La plupart d’entre elles m’étant inconnues, j’ai pris un immense plaisir à les découvrir. Certaines, à l’instar de la Roussalka, une créature des eaux, m’ont d’ailleurs fascinée quand d’autres comme le Domovoï, protecteur des foyers, m’ont attendrie un peu comme a su le faire Dobby dans Harry Potter.

Mais ce que j’ai certainement le plus apprécié, c’est la relation particulière que noue Vassia, notre jeune héroïne, avec ces êtres de contes et de légendes qu’elle est capable de voir. Consciente de leur importance pour la sûreté de son village, elle veillera ainsi à entretenir de bonnes relations avec ceux-ci, malgré une belle-mère austère et dure qui ne tolère pas vraiment cette incursion dans le fantastique. Il faut dire que capable également de voir au-delà du visible, cette femme considère plus cette capacité comme l’expression du diable que comme une bénédiction.

L’Ours et le Rossignol nous offre un très bel univers magique qui derrière sa beauté n’en cache pas moins danger, peur et envie. Et des dangers, Vassia va devoir en affronter qu’ils soient d’ordre naturel ou surnaturel. Il y a d’abord le problème de cet asservissement qui la guette comme il guette chaque femme : dans cette Russie moyenâgeuse, les devoirs des femmes sont nombreux, les libertés quasi absentes. Il est ainsi demandé à Vassia, une fois en âge de se marier et de procréer, de choisir entre prendre époux ou entrer dans les ordres quand bien même elle aspirerait à tout autre chose. Un sort révoltant qu’elle refusera coûte que coûte, la jeune femme étant, dès ses premières années, éprise de liberté.

À travers cette héroïne aussi fougueuse que les chevaux qu’elle aime tant, difficile de ne pas voir une ode à la liberté et à l’émancipation des femmes. Contre l’avis de son père, contre l’influence grandissante d’un prêtre et de la foi chrétienne, contre les conventions et contre toutes ces personnes qui veulent décider pour elle de sa vie, Vassia va s’élever et se donner les moyens de faire entendre sa voix. Vous aurez donc compris que j’ai adoré cette enfant que l’on voit grandir et prendre en main son destin malgré les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser sur son chemin.

Ce refus constant et inflexible de se plier aux normes est courageux si l’on considère cette société patriarcale qui transforme une femme indépendante en sorcière. Mais il force carrément le respect quand l’on sait à quels dangers surnaturels s’expose Vassia pour protéger les siens et son village des démons et d’une force obscure qui se rapproche et gagne en force. Je n’en dirai pas plus sur ce point si ce n’est que le principal antagonisme du récit est aussi insaisissable que glaçant. La jeune femme affrontera moult épreuves avec toujours beaucoup de courage et, reconnaissons-le, parfois une certaine impétuosité qui frôle l’inconscience ! L’autrice a donc su créer un personnage entier qui se fond parfaitement dans ce récit baigné d’ombres et de mystères. À contexte exceptionnel, femme exceptionnelle !

Vassia est un personnage qui fascine et qui attire par sa force de caractère, et qui touche par son côté profondément humain. Elle est forte et intrépide, mais elle a également besoin du soutien et de l’amour de ses proches. J’ai ainsi beaucoup aimé sa relation complexe avec son père. Juste, mais dur, autant avec ses enfants que les membres de son village, celui-ci va tout faire pour protéger sa fille allant jusqu’à essayer de l’enfermer dans une prison, dorée certes, mais une prison quand même. Ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est que l’on constate que s’il tend comme les autres à vouloir enfermer sa fille dans un rôle qui ne lui convient pas, il le fait plus par volonté d’assurer sa sécurité que par conviction sur sa supposée infériorité. Il oscille donc entre fierté devant ce que Vassia sait faire, et volonté de la remettre sur « le droit chemin ». Bien sûr, certains de ses propos sexistes ( il reste un homme formaté par son contexte culturel et historique) et sa manière de ne pas voir à quel point sa nouvelle femme déteste sa fille m’ont hérissé le poil, mais c’est un personnage tout en nuances qui évite le cliché du père abusif. Quant à Aliocha, un des frères de Vassia, j’ai adoré le soutien inconditionnel qu’il lui porte. Sans la juger, mais toujours en l’épaulant de son mieux, ce sera un véritable allié pour cette dernière. La complicité frère/sœur m’a donc beaucoup touchée et apporte une certaine douceur à un récit qui, sans baigner dans le sang, comporte néanmoins sa part de noirceur.

Dans ce roman, il est question de quête de soi et d’identité, de famille, de mythes et légendes, mais aussi de religion, et de la manière dont la progression d’une religion monothéiste comme le christianisme a pu modifier profondément la société. Le village de Vassia vivait fastueusement et joyeusement en mêlant croyances chrétiennes et rites anciens sans que cela ne pose le moindre problème. La croyance relativement récente en un dieu unique n’empêchait donc pas, par exemple, de laisser des offrandes aux esprits de la maison pour s’assurer de leur bienveillance et de leur protection. Mais la situation va progressivement changer à l’arrivée d’un prêtre animé par une soif de pouvoir immense et une foi tournant à l’extrémisme. Persuadé de devoir sauver ses ouailles de la perdition, et plus particulièrement Vassia pour laquelle il développera une relation de haine/attirance, il finira par instaurer le règne de la peur, de la colère, de la suspicion et de la violence. Grâce à ce personnage complexe qui semble bien souvent en proie à ses propres démons et à cette fierté qui obscurcit son jugement, l’autrice nous offre non pas une critique de la religion en tant que telle, mais une dénonciation subtile et éclairée de cette foi extrême qui divise et terrifie au lieu d’apaiser et réunir…

Le livre se lit très facilement, la plume de l’autrice naviguant entre rudesse de l’hiver, beauté du froid et lyrisme d’un poème. Le style est donc très agréable à lire tout en demeurant très accessible. Je pense néanmoins que les lecteurs en recherche d’une histoire menée tambour battant avec des batailles épiques pourraient être déçus. Nous sommes clairement plus ici dans un conte dont le charme réside autant dans les différents événements que dans le plaisir pris à se plonger corps et âme dans cet univers de glace et de mystère dont la beauté n’a d’égale que sa dangerosité.

En conclusion, L’Ours et le Rossignol est un magnifique conte teinté de magie qui nous plonge avec délectation dans le folklore russe et ses démons plus ou moins sympathiques. Sous fond de magie, de quête de soi et de liberté, Katherine Arden nous propose une jolie épopée, celle d’une enfant exceptionnelle qui grandit et évolue, se bat pour les siens et ses idéaux, mais aussi pour ce qu’on a toujours refusé aux femmes, la liberté et le droit de choisir sa vie !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne.

Proxima du Centaure, Claire Castillon

Couverture Proxima du centaure

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. Un jour, elle me dira son vrai prénom, à l’oreille, elle le prononcera avec le souffle. Son souffle réveillerait un mort. En attendant, de là où je me trouve, je kiffe à fond dès que je pense à elle. »

Tous les matins, Wilco regarde Apothéose passer sous sa fenêtre. Jusqu’à ce qu’un jour, il se penche tellement qu’il tombe.

Éditions Flammarion (7 février 2018) – 223 pages – Broché (13€) – Ebook (9.99€)

AVIS

Attirée par sa couverture, j’ai eu envie de découvrir Proxima du centaure dont le résumé reste finalement assez évasif. C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que je me suis plongée dans cette histoire qui m’a autant émue et touchée que déstabilisée, le récit étant, somme toute, plutôt atypique.

Nous faisons la connaissance de Wilco, un adolescent qui a une passion dans la vie, Apothéose, une jeune fille qu’il a nommée ainsi et qu’il aime beaucoup suivre du regard quand elle passe sous la fenêtre de sa chambre. Et puis un jour, c’est le drame, le jeune homme tombe des cinq étages qui le séparent du sol. La chute est rapide, brutale et irrémédiable.

Les lecteurs passent ainsi sans transition, ou presque, de sa chambre d’adolescent à sa chambre d’hôpital où les jours, les semaines puis les mois s’écouleront. Wilco est heureusement entouré de sa famille, à commencer par ses deux parents dont il prend, petit à petit, la mesure des liens profonds qui les unissent. Il y a aussi sa sœur Andréa qui a fait vœu de chasteté jusqu’au retour de son petit frère dans l’appartement familial. Seul le meilleur ami du jeune homme brille par son absence, mais ce n’est pas grave, il a une mission à remplir : amener à son chevet Apothéose, l’amour de sa vie.

Alors que le sujet est grave, l’autrice nous offre une très belle histoire emplie d’amour qu’il soit familial ou amical. On ne peut ainsi qu’être touché par cette famille qui essaie d’avancer et qui croit jusqu’au bout au rétablissement de Wilco. Les parents paraîtront parfois à côté de la plaque minimisant l’état de santé de leur fils ou se concentrant sur des détails sans importance, mais on comprend très vite que c’est simplement le moyen pour eux de continuer à avancer sans s’effondrer…

Dans ce huis clos qui se déroule dans une chambre d’hôpital, le lecteur assiste au déroulement de l’hospitalisation de Wilco qui ne peut plus parler ni bouger, mais qui est conscient de ce qu’il se passe autour de lui. Son corps en miettes ne l’empêche donc pas d’avoir l’esprit alerte et affûté. Le jeune homme ne manque également pas d’humour, ce qui lui permet de prendre un certain recul sur son accident et sa vie.

Cette prise de distance dans la narration m’a toutefois empêchée de m’attacher tout de suite à lui, mais au fil du récit et des souvenirs que Wilco partage avec nous, j’ai fini par le voir comme un ami ou un lointain cousin. On finit donc par avoir de la tendresse pour cet adolescent à l’humour parfois cocasse, et on ne peut s’empêcher de rêver à ses côtés. Il faut dire que si son corps est cassé en mille morceaux et immobile dans une chambre d’hôpital, son esprit, quant à lui, vagabonde librement hors des murs de sa chambre. Entre rêves, fantasmes et réalité, l’adolescent nous plonge ainsi sans retenue dans son esprit, un esprit de battant et de rêveur qui lui permet de faire face à la situation avec un certain aplomb !

J’ai tout de suite été séduite par la plume très originale de l’autrice, mais je pense qu’elle ne plaira pas tout le monde. Simple, mais parfois semblant appartenir à un autre monde, elle correspond assez bien à Wilco, un garçon cloué dans son lit d’hôpital, mais dont l’esprit s’évade à la moindre occasion. Vous pourrez donc avoir cette impression d’une plume concrète, ancrée dans le présent,  qui s’envole parfois vers d’autres horizons. Cela peut paraître déstabilisant, mais une fois la surprise passée, j’ai apprécié le style à la fois froid et poétique de Claire Castillon.

En conclusion, pas de pathos, mais de l’émotion, voilà ce que nous offre l’autrice avec Proxima du Centaure. L’histoire aurait pu être triste, elle se révèle belle, parfois absurde, parfois difficile, mais jamais larmoyante. À travers l’histoire d’un jeune homme dont la vie va prendre une tournure inattendue, l’autrice aborde des thèmes comme l’amitié, les premiers émois amoureux, la famille, la séparation, la culpabilité, et l’amour inconditionnel qui permet à une famille d’être unie même dans la douleur…

Retrouvez Proxima du Centaure chez votre libraire ou en ligne ?

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Anima, tome 1 : Les enfants, Mary Sara (Prix des auteurs inconnus 2018)

Couverture Anima, tome 1 : Les enfants

J’ai lu Anima : Les enfants de Mary Sara dans le cadre du Prix des auteurs inconnus 2018, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Au pays de Ryatil vit Evahny, une jeune fille dont la curiosité ne connaît aucune limite. Elle ne cesse de questionner sa mère Sorhia, reine de cette contrée, sur le monde qui l’entoure mais plus encore sur la fameuse Quête de la Moitié. De jour en jour, la petite fille ressent un vide qu’elle ne peut décrire et comprend bien que sa vie risque d’être chamboulée… Elle et son frère Sajyel découvrent en réalité qu’ils font partie de l’ultime Quête de l’Anima. Une tradition qui trouve ses origines au sein du peuple des Thuatyls et qui lie chaque existence à un Anima, la moitié d’une âme, son souffle, son essence même. De son côté, la reine s’interroge sur l’imminence de la Quête, étonnamment précoce pour ses enfants. Avec l’aide de son mage de bataille Thanius, elle doit les préparer aux dangers de la Quête… Accompagnés de Lekhal, un Élu déchu, Evahny et Sajyel devront accomplir leur destin et rétablir l’équilibre d’un monde sous le joug d’une malédiction vieille de vingt ans…

Librinova (18 mai 2018) – 250 pages – Ebook (2.99€) – Broché (17.90€)
Emprunt abonnement kindle disponible 

TRAILER

AVIS

Mary Sara nous offre ici un très beau roman à l’univers riche et complexe que l’on imagine sans peine se dessiner sous nos yeux. Les descriptions sont lumineuses, le vocable précis et imagé, les phrases soignées… Il se dégage indéniablement une certaine poésie, voire un certain onirisme, de cette ambiance enchanteresse dans laquelle nous plonge l’autrice ! Ce sentiment de vivre un rêve éveillé est exacerbé par la découverte de la Quête de l’Anima, une quête que des Élus doivent entreprendre afin de trouver leur moitié qui peut être aussi bien un animal ordinaire qu’un animal légendaire comme un dragon.

Cette tradition ancestrale, qui n’est pas sans danger, effraie Sorhia, reine de Ryatil, qui aurait aimé épargner à sa fille Evahny, et à son fils adoptif Sajyel, cette épreuve qu’elle a déjà elle-même traversée. Mais face à l’inéluctable, cette mère aimante qui aura tout fait pour protéger ses enfants appelés bien trop tôt à trouver leur moitié, sera contrainte, avec l’aide d’autres personnages, de les préparer à affronter leur destin. Si la situation pousse la reine dans ses retranchements, parfois à la limite de la folie, elle aura le mérite de renforcer la complicité entre Evahny et Sajyel.

Ces deux enfants m’ont touchée, leur relation fraternelle étant très belle, mais c’est bien la personnalité extravertie d’Evahny qui m’a le plus marquée. La jeune fille possède tous les atouts que j’aime retrouver chez une héroïne de fantasy : de la curiosité, une grande soif d’apprendre, de l’intelligence, un caractère affirmé qui n’exclut pas une certaine capacité de raisonnement… Amusante, elle se distingue donc de son frère, plus posé et plus réfléchi bien qu’au fil des pages, on se rendra compte que les apparences sont parfois trompeuses.

Ce premier tome étant un tome introductif, l’autrice prend le temps de nous dévoiler les nombreux protagonistes que l’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue, et les liens qui les unissent. On a donc parfois le sentiment de suivre des histoires en parallèle avant que le puzzle se reconstitue progressivement nous permettant de constater que chaque personnage a parfaitement sa place dans le récit. Ce roman à plusieurs voix offre une galerie de personnages variée et complexe que l’on prend plaisir à découvrir. Certains individus se montrent touchants par leur passé, leurs blessures et leurs attentes, d’autres inquiètent franchement par la noirceur qui semble les pervertir, quand d’autres, plus ambivalents, provoquent des réactions à mi-chemin entre la tendresse et l’agacement.

Chose rare pour un livre de fantasy et/ou de young adult, les adultes/parents se comportent en tant que tel et ont un vrai rôle à jouer ! Comme dans la vraie vie, ils ne sont pas parfaits et commettent des erreurs, mais j’ai apprécié de ne pas me retrouver avec une énième histoire où de jeunes enfants sont livrés à eux-mêmes. Cela confère un certain réalisme au roman.

Anima est donc un roman qui a su me séduire par la qualité de la plume de l’autrice, ses personnages complexes et profondément humains, par la mythologie autour de la Quête de l’Anima et de ses enjeux, mais aussi par l’aura de mystère qui plane sur l’histoire. On s’interroge notamment sur cette mystérieuse malédiction qui conduit des individus à ne plus se souvenir de leur enfance, ou encore sur la disparition des enfants sans que personne ne sache ou ne fasse rien… D’autres interrogations ne manqueront pas de vous assaillir durant votre lecture, cette nouvelle Quête de l’Anima, spéciale à bien des égards, semblant encore receler bien des mystères.

Ce suspense devrait, comme ce fut le cas pour moi, vous donner envie de tourner les pages les unes après les autres. Bien qu’il n’y ait pas d’action à proprement parler, je me suis donc surprise à lire chapitre après chapitre avec un intérêt croissant. Toutefois, il y a un point qui m’a gênée, ce sont les relations amoureuses entre les adultes ou plutôt leur passé amoureux et les conséquences sur le présent. Au-delà du côté révélation qui a son intérêt pour maintenir éveillée l’attention du lecteur, j’ai parfois eu l’impression qu’on tombait dans le mélodramatique. Je reconnais néanmoins que cela donne l’occasion à l’autrice de mettre en scène des femmes à la personnalité éclatante qui ne se laissent pas faire, et qui sont prêtes à tout pour protéger les leurs.

En conclusion, Anima est un roman qui nous plonge dans un univers passionnant et poétique empreint de magie, de mystère, et façonné autour d’une mythologie fascinante. À travers l’histoire d’enfants Élus et d’anciens Élus devenus adultes, Mary Sara déploie sous nos yeux une intrigue complexe dont on prend plaisir à dénouer les fils. De révélations en découvertes sur ce monde plein de promesses et de dangers, vous ne devriez pas voir le temps passer. Voici donc un roman de fantasy qui, bien que classé en young adult, devrait séduire un large public.

Découvrez le roman sur LibrinovaSite de l’autrice

Prix des Auteurs Inconnus logo

Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti

J’ai lu Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, aux éditions Actes Sud, dans le cadre du Challenge mystère dont le thème de janvier était : Lire un roman contemporain.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Actes Sud (30 mars 2009) – 253 pages – Poche (7.70€) – ebook – audiobook

AVIS

Si cette histoire d’amour, assez différente de celles que j’ai pu lire jusqu’à présent, ne m’a pas transportée, j’en ai toutefois apprécié l’originalité. Ici, point de coup de foudre au premier regard, mais des premières rencontres emplies d’exaspération ! Désirée, jeune veuve, ne supporte plus le mauvais goût avec lequel est décorée la tombe d’à côté de celle de son défunt mari. Quant à Benny, il n’apprécie guère plus cette pimbêche qui semble le toiser quand il vient se recueillir sur la tombe de sa mère.

Les regards pleins de mépris et de défiance vont néanmoins, petit à  petit, laisser place aux sourires puis à une histoire d’amour plutôt mouvementée. Il faut dire que la rencontre entre ces deux personnages est placée sous le choc des cultures ! Désirée est une citadine dans l’âme quand Benny est un agriculteur dont la vie tourne entièrement autour de la ferme familiale. Source de non-dits et de tensions non apaisées, du moins autrement que par une réconciliation sur l’oreiller, cette différence de milieu social et de personnalité, qui aurait pu être une force pour le couple, va finir par le menacer…

L’alternance des points de vue entre Désirée et Benny est intéressante dans la mesure où elle nous permet de comprendre le point de vue de chacun. Et on se rend alors vite compte d’un certain manque de communication entre les deux personnages qui ont une vision de la vie totalement différente. Benny aime les moteurs de camion, il aime la vie à la ferme bien que ses vaches l’épuisent, il aime les choses simples… Désirée adore les livres et son travail de bibliothécaire, elle aime son appartement, la ville, découvrir de nouvelles choses.

Deux cadres de vie très différents qu’il est difficile de concilier surtout quand personne ne semble prêt à faire de concessions ou à s’intéresser à ce que veut l’autre. C’est d’ailleurs un point qui m’a quelque peu exaspérée : chacun construit sa relation dans son coin avec son propre système de valeurs et ses propres attentes en espérant que l’autre accepte de s’y conformer. Difficile dans ces conditions de développer une relation équilibrée, épanouissante et harmonieuse ! Benny espère donc que Désirée abandonne tout, ou presque, pour vivre avec lui dans sa ferme quand Désirée semble complètement déconnectée des obligations et de la charge de labeur qu’un travail d’agriculteur implique. Je reconnais toutefois qu’au fil des pages, Désirée paraît comprendre certaines choses sur ce que représente la ferme pour Benny qui, lui-même, se rend compte que la personne dont il est amoureux n’est pas forcément celle dont il aurait besoin… Un bel exemple de l’adage « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Si ces deux amoureux m’ont parfois agacée, j’ai apprécié l’évolution de leur relation et la volonté de l’auteure de ne pas nous offrir une romance à l’eau de rose qui passerait sous silence les difficultés à concilier deux milieux sociaux très différents. Car en plus de l’aspect romance, il y a un côté roman social, le roman nous dépeignant même si ce n’est que superficiellement, la difficulté du travail d’agriculteur qui demande abnégation et un certain pragmatisme parfois même dans les choses de l’amour… Il est juste regrettable que les personnages manquent cruellement de nuances. Désirée et Benny sont très caricaturaux dans leurs valeurs, comportements, et même loisirs. Ils ne dénoteraient d’ailleurs pas dans une comédie balayant les clichés sur les citadins vs les « campagnards ». Ce point ne m’a pas permis d’apprécier cette histoire à sa juste valeur.

Je l’ai néanmoins lue rapidement, la plume de l’autrice s’étant révélée agréable et simple avec juste ce qu’il faut de relief pour rendre la lecture prenante et plaisante. Katarina Mazetti décrit les choses telles qu’elles sont sans embellissement ni ornements. Les personnages ne sont pas parfaits, ils sont parfois agaçants, parfois touchants, mais ils ne laissent jamais indifférents d’autant que leurs échanges ne sont pas dénués d’un certain humour. Atypique, ce couple m’a surprise jusqu’à la fin du roman avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir. J’avouerai que celui-ci m’a quelque peu gênée dans son aspect assez peu moral, mais j’attends de voir comment l’autrice va le gérer dans le second tome.

En conclusion, Katarina Mazetti nous propose une romance atypique entre deux personnages que tout oppose et qui touchent autant qu’ils agacent. Rapide à lire, et non dénuée d’humour, voici une petite romance qui peut plaire autant aux amateurs du genre qu’aux personnes en quête d’un roman traitant avec réalisme l’évolution d’une relation amoureuse mouvementée avec ses incompréhensions et ses nécessaires concessions…

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10 bonnes raisons d’aimer la maîtresse, Laurence Colin

Je remercie Évidence éditions pour m’avoir permis de découvrir 10 bonnes raisons d’aimer la maîtresse de Laurence Colin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Même si elle fait des efforts pour le cacher, la maîtresse n’est pas celle qu’on croit. Et c’est bien pour ça qu’on l’aime tant !

Évidence éditions (5/12/201/) -56 pages – Broché (8€) – ebook (3.99€)

AVIS

En recherche d’un livre pour le thème de janvier du Challenge Lire en thème (lire un livre avec un chiffre ou un nombre dans le titre), j’ai jeté mon dévolu sur ce petit album dont le titre et le résumé me plaisaient bien.

Un bon choix puisque j’ai passé un joli moment de lecture auprès de ces jeunes élèves qui, il n’y a pas à en douter, ont l’imagination fertile ! À partir de différentes situations, ils imaginent des raisons expliquant le comportement de leur maîtresse, une maîtresse qu’ils aiment beaucoup d’ailleurs. C’est toujours très amusant, voire cocasse, et parfois non dénué d’une certaine logique. Ainsi, si la maîtresse lit des histoires, c’est parce que, comme ses élèves, elle n’aime pas beaucoup travailler, et si elle fait semblant de ne pas entendre la cloche, c’est pour une raison quelque peu inattendue….

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La présentation de l’ouvrage, un dessin d’un côté et quelques lignes de texte de l’autre, le rend très accessible aux jeunes lecteurs qui devraient, en outre, facilement s’identifier aux différents élèves que l’on rencontre au fil des pages. Une petite lecture immersive qui me semble donc parfaite pour les enfants découvrant la lecture même si, bien sûr, la présence d’un adulte pour partager ces petits moments de rire est toujours un gros plus.

Le livre est à destination des enfants à partir de 6 ans, mais cela ne m’a pas empêchée d’en apprécier la lecture. Il faut dire qu’à l’instar de ces ouvrages reprenant les « bons mots » des enfants, cet album apporte un peu de cette fantaisie enfantine qui égaie le quotidien. Quant aux maîtresses et aux maîtres, je ne doute pas qu’ils soient conquis par cet album imaginé par Laurence Colin, maîtresse de profession.

Pour ma part, j’ai été attendrie par ces enfants qui, en plus de nous faire sourire par leurs explications amusantes sur le comportement de leur maîtresse, sont d’une telle tendresse envers cette dernière qu’ils en deviennent touchants. J’espère d’ailleurs que les personnes travaillant avec des enfants ont ou auront la chance d’en rencontrer d’aussi adorables.

J’ai également été séduite par les illustrations lumineuses et tout en rondeurs qui représentent à merveille l’univers de l’enfance. Elles collent donc parfaitement à l’ambiance qui se dégage du livre et contribuent fortement au plaisir que l’on prend à faire défiler ses pages.

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En conclusion, 10 raisons d’aimer la maîtresse est un mignon petit album plein de douceur, de tendresse et d’humour. Riche en dessins, cette lecture familiale devrait séduire petits et grands lecteurs.

Envie de découvrir l’album ? Rendez-vous sur le site de la maison d’édition.

Vice-Vers’Âmes, Muriel Rawolle

Vice-Vers'Âmes par [Rawolle, Muriel]

Je remercie Muriel Rawolle de m’avoir permis de découvrir Vice-Vers’Âmes. 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

À la suite d’une expérience de mort imminente, Samuel, jeune étudiant du XXIe siècle, se retrouve propulsé dans le corps de l’une de ses vies antérieures, Clémence une jeune bourgeoise de 1851, et inversement. Si de son côté, Samuel est d’abord persuadé d’être victime d’effets hallucinogènes, il doit s’adapter tant à la physiologie féminine et à la soumission qu’elle implique qu’à l’absence de technologie du XIXe, ou à ses coutumes matrimoniales. Tandis qu’au XXIe siècle, n’osant confier son désarroi au corps médical de l’hôpital où elle se réveille, Clémence, persuadée d’être amnésique et de se souvenir d’une vie antérieure, tente de s’approprier une enveloppe charnelle, une existence et une époque qu’elle croit siennes jusqu’au jour où le doute n’est plus possible. Car au XIXe, Samuel avec son tempérament et sa personnalité un brin narcissique, transforme la jeune bourgeoise qu’il incarne en une débutante que les salons et quelques grands noms de l’Histoire s’arrachent. Cette course éperdue n’a qu’un but : dans ce siècle où l’ésotérisme se développe, trouver le médium qui lui permettra de revenir à son époque.

Auto-édition – 2018 – 349 pages – Broché (19€) – Ebook disponible

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AVIS

Vice-Vers’Âmes est un roman que j’ai dévoré prise par cette histoire un peu folle d’échange de corps et de voyage dans le temps. On est néanmoins à des années-lumière d’un roman de science-fiction tarabiscoté. Ici, Muriel Rawolle nous invite plutôt à une aventure fantastique, prenant parfois des allures de roman de mœurs, ancrée dans l’histoire.

Suite à un petit dérapage lors d’une soirée, Samuel, jeune étudiant, sexiste, arrogant, dragueur et égocentrique, est propulsé au XIXe siècle dans le corps de Clémence, jeune bourgeoise parisienne peu sûre d’elle et atteinte d’un syndrome qui l’a éloignée des siens et de la bonne société… Bien que tout les oppose, sexe, caractère, milieu social, époque, ces deux âmes en peine se retrouveront donc inextricablement liées. Cette situation incongrue ne sera pas vécue de la même manière par les deux personnages, l’un cherchant à réintégrer son corps alors que l’autre essaiera de se convaincre qu’il a simplement perdu la mémoire et qu’il revit une vie antérieure. Deux approches différentes qui se répercuteront sur la manière d’envisager la suite des événements…

Si j’ai un peu regretté la facilité avec laquelle nos protagonistes s’adaptent à la situation, j’ai, en revanche, adoré les voir, chacun à leur tour, prendre possession de la vie de l’autre. Au cours de leurs (més)aventures, ils feront des rencontres, en apprendront plus sur eux-mêmes et feront des découvertes plus ou moins déconcertantes. Samuel aura ainsi, entre autres, le privilège de découvrir la notion très particulière de la propreté au XIXe siècle quand Clémence sera déstabilisée par la manière assez « cavalière » dont les êtres du XXIe siècle s’expriment et se comportent. Ce décalage entre les personnages et l’époque à laquelle ils sont propulsés rend certaines scènes très drôles et pleines de mordant d’autant que l’autrice n’hésite pas à instaurer, par-ci par-là, quelques touches d’humour.

L’alternance des points de vue entre les deux personnages est parfaitement maîtrisée, insufflant un réel dynamisme à la narration sans toutefois créer un sentiment de frustration : à aucun moment, je n’ai pesté de devoir quitter un personnage pour en retrouver un autre. Néanmoins, contre toute attente, je confesserai avoir préféré suivre Samuel dans ses aventures. Je l’ai, bien sûr, pris en grippe dès les premières pages, mais j’ai aimé la manière dont il réussit à tirer parti de la situation sans se lamenter ni chercher à fuir devant les épreuves qu’il rencontre. Et puis son évolution est intéressante, car réelle et positive, tout en restant limitée et réaliste. Du jour au lendemain, il ne se transforme pas en bon samaritain, mais il comprend ses failles, se rend compte de ses mauvais côtés et ouvre les yeux sur des sujets dont il n’avait cure jusqu’à ce qu’il y soit confronté. Le personnage est cohérent jusque dans son langage même si ce point m’a fait me rendre compte à quel point j’étais déconnectée des mots en vogue parmi les « jeunes ». Mais rassurez-vous, si vous aussi vous vous sentez dépassés, des notes de bas de page viendront éclairer votre lanterne.

Samuel agace, impressionne, amuse, mais il ne laisse jamais indifférent. Quant à Clémence, bien qu’elle se révèle touchante notamment dans sa découverte de l’amitié, cette denrée précieuse qui lui a été si longtemps refusée en raison de sa maladie, elle marque moins les esprits. Cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier, et de louer sa capacité d’adaptation et sa volonté farouche de s’approprier sa nouvelle vie qu’elle considère comme une seconde chance. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, au fil des pages, sortir de sa coquille, s’affirmer et s’ouvrir aux autres.

Bien qu’ils vivent des choses très différentes, il y aura néanmoins un sujet qui sera source d’étonnement pour nos deux personnages : la condition féminine. Samuel, macho invétéré qui a de la gent féminine une vision purement utilitariste, va, petit à petit, évoluer et se rendre compte de la goujaterie avec laquelle il s’est jusqu’à maintenant comporté. Il faut dire qu’en ce XIXe siècle, il aura le loisir de découvrir les limites et les injustices qui ont été imposées aux femmes par le passé : pas de liberté en dehors de l’autorité paternelle, maritale ou de l’église, l’impossibilité d’exprimer son intelligence pour ne pas faire d’ombre à son époux, les humiliations, voire les agressions, impunies, le poids écrasant des normes d’être et de paraître à respecter notamment dans les milieux bourgeois… À l’inverse, Clémence sera ravie de constater les droits acquis par les femmes à notre époque, celles-ci pouvant vivre la vie qu’elles choisissent sans se référer à une autorité masculine. Pour autant, l’autrice n’oublie pas d’inclure quelques remarques machistes d’un personnage prouvant que si les progrès sont réels, il reste de la route à faire avant d’obtenir une réelle parité.

Quant à la plume de l’autrice, fluide et non dénuée d’humour, elle rend la lecture prenante d’autant que Muriel Rawolle a la capacité, à travers quelques détails historiques distillés avec subtilité et parcimonie, de rendre son histoire aussi réaliste qu’immersive. J’ai ainsi adoré rencontrer d’illustres personnages, et (re)découvrir certains détails et anecdotes de notre histoire. J’ai également pris plaisir à en apprendre plus sur des sujets comme le spiritisme et l’ésotérisme qui, de prime abord, ne sont pourtant pas des sujets qui me passionnent. Il faut dire que les quelques scènes dans lesquelles ces sciences parallèles ou occultes interviennent sont dépeintes avec beaucoup d’intensité et de mystère.

En conclusion, Vice-Vers’Âmes est une divertissante histoire fantastique qui vous fera voyager entre deux époques et deux mondes différents, celui d’un étudiant imbu de lui-même, et d’une jeune bourgeoise solitaire rejetée de tous ou presque. Deux personnes, liées par les caprices du destin, qui vont vivre une aventure hors du commun qui les changera à jamais. Au-delà du côté romanesque, l’autrice émet également une critique juste et subtile des mœurs d’une autre époque et d’une classe sociale adepte du paraître sans oublier de dépeindre, au passage, les tares de notre société actuelle qui semble avoir oublié que le progrès ne passe pas que par la technologie.

Pour découvrir le roman, ça se passe sur le site de l’autrice qui vous offre, pour l’achat de son roman, votre thème numérologique…

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