De Terre et de Racines, Oriane

J’ai lu De Terre et de Racines d’Oriane dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

RÉSUMÉ

Où se cache notre identité ? Sur nos terres, dans nos racines… ailleurs ? Au Grand Terrier, Gareth subit le rejet quotidien. Il ne s’imaginait pas sauver Corène, quitter son pays ou encore affronter les meurtriers « respectables » de son père. Pourtant, même loin des siens, il protégera Corène. Parce que sa culture et ses différences le fascinent et le troublent à la fois. L’alchimie se crée et il est bien décidé à comprendre… Pourquoi des gardiens terrons pourchassent-ils une jeune Silverine ? Exil, manipulation, mort ; le pire les menace. Hélas, plus question de reculer : il leur faut éclairer leurs passés pour enfin se définir. Découvrez une romance pleine de questionnements, d’innocence et de légèreté, quand deux héros venus de pays différents voient leurs repères chamboulés et leurs ombres du passé les poursuivre. A leur âge, on ne devrait pas s’inquiéter de demain. Mais plus encore, ressentir un tel amour. Comment vont-ils y survivre ?

Auto-édition (29 août 2017) – 444 pages – ebook – 2.99€

AVIS

Ce roman faisait partie de ma sélection pour le Prix des auteurs inconnus, mais malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à le terminer. Les longueurs sont venues à bout de mon enthousiasme malgré un univers riche et la variété des sujets abordés…

Nous sommes, dès les premières pages, plongés dans un univers de science-fiction intéressant dans lequel deux peuples mènent une vie bien différente : l’un a choisi l’ombre avec des infrastructures sous terre, l’autre la lumière avec une vie à l’extérieur sous un dôme de verre. Mais les différences ne s’arrêtent pas là, la culture de chaque peuple étant aux antipodes l’une de l’autre.

Et c’est ce que vont avoir l’occasion de découvrir Gareth, un jeune homme habitant avec sa mère au Grand Terrier, et Corène, une orpheline de douze ans vivant, quant à elle, en Silvérie. Ils n’avaient, a priori, aucune raison de se rencontrer, mais le hasard va placer Corène sur la route de Gareth. Le jeune homme, faisant acte de bravoure, va la sauver d’une situation périlleuse sans pour autant mesurer les conséquences de son geste… En danger, il va être contraint de suivre la jeune fille dans son pays afin de la protéger, protéger la vie de sa mère et, accessoirement, la sienne.

Les deux personnages vont vivre des situations éprouvantes qui ne manqueront pas de les rapprocher et de créer entre eux un attachement profond. L’amitié fera donc vite place à l’amour, ce qui devrait ravir les amateurs de romance. Pour ma part, si certains passages m’ont attendrie, d’autres m’ont paru un peu trop guimauves même si en raison de l’âge des personnages, j’arrive à en comprendre la logique. Je n’ai donc pas particulièrement accroché à la romance, mais elle dégage néanmoins un côté Roméo et Juliette qui n’est pas déplaisant d’autant que l’autrice ne pousse pas le drame aussi loin que Shakespeare…

J’ai, en revanche, apprécié qu’à travers cette histoire d’amour, l’autrice aborde la question des différences culturelles et des difficultés que celles-ci peuvent occasionner dans toute relation. On découvre ainsi progressivement et de manière très réaliste, toutes ces petites et grandes différences entre Le Grand Terrier et la Silvérie, deux pays qui tendent à se regarder en chiens de faïence. Dans ces conditions, nos deux amoureux pourront-ils vivre pleinement leur amour naissant d’autant que le danger les guette à chaque instant ?

Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que l’histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît, Corène et Gareth se trouvant  au milieu d’enjeux géopolitiques qui les dépassent. Cet aspect du roman est celui qui m’a le plus intéressée notamment en raison de la tension et du suspense qu’il introduit. Au gré des révélations, les cartes se brouillent, les personnages doutent, et les lecteurs sont tenus en haleine par l’émergence d’un complot dont ils saisissent progressivement toute l’ampleur… À cet égard, et sans en dire plus, j’ai beaucoup apprécié la manière dont l’autrice établit un pont entre présent et passé. C’est très bien amené et ça offre une conclusion très touchante pour l’un des personnages.

Sont également abordés dans ce roman un certain nombre de sujets intéressants comme le racisme, le rejet de la différence, la peur de l’autre, mais aussi cette question essentielle de l’identité. Le titre du roman porte d’ailleurs très bien son nom ! Corène qui est sans racines, car sans famille tend à ne plus savoir où est sa place, voire si elle en a vraiment une, quand Gareth, qui lui sait très bien d’où il vient, finit par se demander qui il est et où il va. Cette question de l’identité est quelque chose de prégnant dans le roman et apporte une certaine profondeur au récit…

Les protagonistes sont profondément humains et, comme dans la vraie vie, ont leurs bons et mauvais côtés. Volontaires et matures, Gareth et Corène se révèlent aussi parfois assez puérils et extrêmes dans leurs réactions, ce qui leur confère une certaine aura d’authenticité puisque rappelons qu’ils sont relativement jeunes. Qu’on les apprécie ou non, difficile de ne pas être impressionné par leur courage, leur altruisme et la manière dont ils essaient, parfois maladroitement, de veiller l’un sur l’autre… Certains personnages secondaires se démarquent du lot comme la mère de Gareth et l’ami de la famille qui offrent au jeune couple un soutien et un appui sans faille. La relation, tout en retenue, entre ces deux adultes se révèle très belle et très touchante. Il est juste regrettable que les méchants de l’histoire soient un peu trop caricaturaux à mon goût et manquent donc de profondeur.

La plume de l’autrice, en plus d’être immersive, dégage une certaine fluidité qui la rend accessible à un large public. Les dialogues sont, quant à eux, assez nombreux pour plaire aux lecteurs allergiques aux récits trop denses. À noter toutefois une certaine familiarité dans les échanges entre les deux amoureux, ce qui pourra déranger certaines personnes. Pour ma part, cela ne m’a pas gênée outre mesure puisque c’est cohérent avec l’âge des protagonistes et leur état émotionnel du moment, mais j’ai trouvé néanmoins que certains dialogues berçaient inutilement dans la grossièreté… J’ai, de plus, regretté que certains échanges sonnaient creux et n’apportaient rien à l’intrigue ni à la relation amoureuse entre Corène et Gareth. Si on ajoute à cela une histoire qui met très longtemps à démarrer et de nombreuses longueurs, on obtient un roman que j’ai eu beaucoup de mal à terminer malgré ses atouts. Sans ma participation au Prix des auteurs inconnus, je l’aurais d’ailleurs abandonné.

En résumé, De Terre et de Racines aborde, à travers la rencontre de deux personnages que tout oppose, un certain nombre de sujets intéressants et universels : amour, amitié, quête d’identité, rejet de la différence… Malgré un univers riche et détaillé, cette histoire n’a néanmoins pas su me convaincre en raison, entre autres, de ses trop nombreuses longueurs. Ce roman pourrait toutefois intéresser les lecteurs en quête d’une romance mettant en scène deux protagonistes prêts à tout pour défendre leur amour malgré les dangers et leurs différences.

Retrouvez/feuilletez le roman sur Amazon.

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Cœur de menhir – tome 2 : les nouveaux druides, Adrien Hortemel

couverture tome 2 du livre fantasy Cœur de menhir

Je remercie Adrien Hotemel de m’avoir proposé la suite de son premier roman, Cœur de Menhir ainsi que pour sa patience, ayant eu un certain retard dans ma lecture/chronique.

ATTENTION : risque de spoiler du tome 1 dont vous pourrez retrouver ma chronique sur le blog.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

La prophétie s’est accomplie : le Dalc’h, une magie démoniaque, est de retour et va chercher à conquérir l’âme des êtres vivants de ce monde. Et alors que le contrôle de la forêt de Déremkas est plus que jamais sujet de conflits, les survivants de l’expédition, devront partir à la recherche des cœurs de menhir, sans pouvoir prendre le temps de pleurer leurs morts.

La suite de cette quête, à l’issue incertaine, sera parsemée d’embûches. Les bandits, les monstres et les serviteurs du Dalc’h, seront légion. De nouvelles alliances vont naître, mais les survivants pourront-ils trouver les gardiens à temps ? Seront-ils aidés par les villages avoisinants ? Qui sera assez brave pour combattre les ténèbres ?

Illustrations : Christophe Le Galliot – 237 pages – 17€

AVIS

Mon seul regret concernant cette lecture que j’ai appréciée est de ne pas l’avoir lue plus tôt, les souvenirs du premier tome s’étant quelque peu estompés. Je vous conseillerais donc de ne pas suivre mon exemple, la multiplicité des personnages et l’enchaînement plutôt intensif des événements du premier tome nécessitant, en effet, de bien avoir toutes les informations en mémoire pour apprécier à sa juste valeur cette suite…

Le groupe d’amis formé dans la première aventure a subi des dommages importants et a été mis à mal par une trahison inattendue qui m’avait d’ailleurs laissée pantoise… Nous retrouvons donc, dans ce deuxième tome, certains de ses membres à commencer par Sigrid et Raudan. Si ce dernier ne m’avait pas vraiment marquée, difficile de ne pas se souvenir de Sigrid et de son secret sur lequel elle continue de veiller jalousement ! Forte, mais avec des failles et des blessures qui menacent à tout moment de lui faire perdre son équilibre, cette femme apporte une dualité bienvenue à l’histoire. Avec elle, on oscille toujours entre admiration devant sa force physique et mentale et crainte devant les dommages qu’elle pourrait occasionner si elle laissait se déchaîner toute sa bestialité…

D’autres personnages rencontrés dans le premier tome font également leur apparition, mais je vous laisserai le (dé)plaisir de les découvrir par vous-mêmes. Je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié d’en apprendre plus sur certains d’entre eux, sur leurs capacités, leurs objectifs et sur les motivations expliquant certaines trahisons. Aux côtés de ces personnages apparaît un duo atypique composé d’un nain et d’un géant très gentil, mais un peu simplet. Si le premier est intelligent et a du caractère, le second se révèle terriblement attachant. Ses réactions sont emplies d’une naïveté toute juvénile qui contraste avec sa physionomie. À travers ce protagoniste au grand cœur, l’auteur aborde également, sans s’appesantir, des thèmes intéressants comme l’acceptation de soi, la peur et le rejet de la différence, le déterminisme social… J’ai, pour ma part, adoré ces deux personnages dont l’amitié indéfectible apporte, d’une certaine manière, un peu de renouveau et de douceur à l’intrigue.

Une douceur bienvenue puisque l’auteur n’hésite pas, pour mon plus grand plaisir, à malmener ses personnages ! Un peu comme dans ces séries où vous savez qu’à tout moment une tête d’affiche peut tomber, vous ne pourrez que rester sur le qui-vive, à l’affût d’une mort inattendue et brutale. Je peux vous dire que ma lecture a été entrecoupée d’interjections de surprise et de quelques sursauts d’indignation. Je vous rassure, j’ai aimé les choix scénaristiques de l’auteur, mais il m’a quand même brisé le cœur à de multiples reprises bien que quelque chose nous laisse penser que tout n’est peut-être pas fini pour tout le monde…

La multiplicité des personnages permet à l’auteur de varier les profils d’autant qu’avec ce dernier, rien n’est gravé dans le marbre ! Les alliés d’aujourd’hui peuvent devenir les ennemis de demain et les traîtres du passé, les alliés du moment. Une valse de trahisons et d’alliances amicales/politiques qui apporte une certaine tension au récit et pas mal de suspense. Le danger qui revêt bien des formes est là, prêt à bondir sur nos héros qui vont devoir faire montre de beaucoup de courage et de pugnacité pour l’affronter. Comme dans toute guerre, des sacrifices et des choix difficiles devront être faits…

L’univers mis en place par l’auteur est très immersif grâce, entre autres, à des descriptions détaillées, mais toujours concises. Les lecteurs qui ne lisent pas de fantasy pourront donc découvrir l’ouvrage sans se sentir dépassés par des longueurs. La présence d’une très jolie carte facilite également la lecture et l’immersion dans le récit tout comme les superbes illustrations de Christophe Le Galliot qui émaillent le roman. Celles-ci permettent de se représenter avec précision les personnages et les différentes créatures rencontrées tout au long de l’aventure.  L’auteur nous offre, en effet, un bestiaire étoffé et passionnant : banshee, elfes, kobolds, loup-garou, créatures monstrueuses…

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L’intrigue, menée tambour battant, ne laisse aucune place à l’ennui, les lecteurs étant pris par les différents événements qui s’enchaînent rapidement et sans aucun temps mort. Loin de se limiter à une succession de batailles, l’histoire se révèle donc d’une grande richesse, les enjeux étant multiples et les dangers nombreux… Il y a bien sûr cette magie démoniaque qui pervertit les âmes et contre laquelle il est impératif de lutter. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le Tric’horn qui poursuit ses propres objectifs ou cette montée de l’intolérance et du fanatisme religieux à travers un ordre bien décidé à exterminer tous les hérétiques et les « mauvais croyants ». Nos héros ne sont donc pas au bout de leur peine et devront, plus que jamais, unir leurs forces pour affronter tous ces dangers. Mais les amitiés et les alliances résisteront-elles aux tensions, aux non-dits, aux malentendus et aux nombreux coups durs ?

Quant à la plume de l’auteur, j’ai trouvé qu’elle avait gagné en maturité et en profondeur, l’auteur semblant avoir peaufiné son style depuis le premier tome. Le phrasé est fluide, les descriptions précises, et parfois non dénuées d’une certaine poésie, et les dialogues naturels. À noter également que ce deuxième tome a bénéficié d’un travail de relecture et que cela se ressent dans la qualité de l’œuvre finale.

En conclusion, avec ce deuxième tome, Adrien Hortemel confirme sa capacité à embarquer ses lecteurs dans une épopée rythmée, riche en action, en rebondissements, en magie et en créatures plus ou moins sympathiques. Portée par des personnages complexes et nuancés, l’intrigue devrait vous offrir un moment de lecture intensif et plein de surprises ! Amateurs ou non de fantasy, je ne peux que vous inviter à vous laisser séduire par la plume de l’auteur et son imaginaire très joliment capturé par Christophe Le Galliot.

Retrouvez Cœur de menhir – tome 2 sur le site de l’auteur

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Frères d’enchantement, Siana

Frères d'enchantement - Siana

Je remercie Siana de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, son roman Frères d’enchantement publié par Rroyzz éditions.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité, j’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou.

Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants.

La révélation d’un héros sur le déclin.
Le parcours d’un homme devenu extrémiste.
De fraternité à rivalité…

Rroyzz (5 février 2019) – 348 pages – Broché – 17€ – Couverture : Jérémie Guneau

AVIS

Communiquer par la pensée avec son/sa meilleur(e) ami(e) ou un proche, n’en avez-vous jamais rêvé ? Bravant tous les interdits, Ensio et Ljuka ont fait plus qu’en rêver, ils ont réussi à créer ce lien télépathique qui leur permet de rester en contact même à distance. Une bénédiction pour ces deux enfants qui partagent alors une solide amitié, mais qu’en sera-t-il, une fois adultes, quand les incompréhensions et les rancœurs les auront séparés ?

Une question à laquelle Ensio va être confronté lorsque, dans le cadre de sa fonction de Milicien, il finira par commettre l’impensable : tuer son frère d’enchantement devenu incontrôlable ! Rassurez-vous, je ne spoile rien, c’est écrit dans le résumé et cela arrive dès les premières pages. L’autrice part de ce dramatique événement pour nous offrir une narration alternée et audacieuse qui joue entre présent et passé. Nous suivons ainsi, dans le présent, un Ensio déboussolé par son geste dont il n’avait pas anticipé les répercussions sur sa santé mentale : Ljuka mort et leur lien rompu, un vide s’empare de lui et le ronge de l’intérieur. En parallèle, nous remontons le fil du temps, pour suivre Ljuka dans ses études à la Grande académie où il ne se sentira pas à sa place. Quand l’on constate la déchéance du premier dont la vie va à vau-l’eau, on suit la descente aux enfers du deuxième qui, petit à petit, tombe dans l’extrémisme… C’est à se demander qui est finalement le plus fou des deux.

La narration à deux voix est ici efficace d’autant qu’elle donne l’occasion à Siana de nous offrir deux protagonistes complexes et tout en nuances. Pas de héros ni de grand méchant ici, mais deux amis séparés par la vie, les incompréhensions, les rivalités, les rancœurs, la jalousie et les non-dits, ce qui est pour deux amis pouvant communiquer par la pensée, assez ironique. La complexité des personnages est intéressante dans la mesure où elle pousse le lecteur à développer une certaine empathie pour ces derniers même quand il n’approuve pas leurs actes ni leur personnalité. À cet égard, j’ai trouvé le personnage d’Ensio particulièrement bien construit. D’abord tête à claques, imbu de sa personne, prétentieux et vantard, il s’humanise à mesure que sa vie tombe en lambeaux et qu’il sombre dans la folie. Cela se fait progressivement ce qui rend son évolution réaliste et touchante. Alors qu’en début de roman, je n’espérais rien de ce personnage, il apporte finalement une très jolie réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids de ses erreurs et la nécessité de les réparer. Contre toute attente, il a ainsi su me toucher voire m’émouvoir, et rien que pour ça, je tire mon chapeau à l’autrice !

Le personnage de Ljuka m’a aussi surprise, son évolution suivant le schéma inverse de celui d’Ensio et suscitant en moi des sentiments ambivalents : compréhension, peine, pitié puis agacement… En début de roman, il attire la sympathie par sa gentillesse, ses fêlures, ses difficultés à rentrer dans le moule, sa lutte quotidienne pour faire accepter ses différences et sa personnalité pleine de sensibilité. Incapable de s’exercer aux enchantements sur le vivant, il va se rapprocher d’un élève Mécaniste malgré la réprobation générale ; une personne de son rang n’ayant pas à s’acoquiner avec la plèbe. Son comportement et cette amitié nouvelle vont susciter moquerie et rejet de tous, même de la part des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, son meilleur ami et cette fille qui lui plaisait tant. Se sentant incompris, trahi et ne supportant plus cette société dans laquelle les Maîtres s’approprient tous les pouvoirs, il va, petit à petit, laisser son jugement s’obscurcir…

Si ses idées d’égalité et son envie de protéger la population de la toute-puissance des Maîtres nous semblent justes, cela tourne à l’obsession. Sous couvert de justice, Ljuka finit par nous apparaître comme un fou prêt à tout pour prouver sa supériorité et la suprématie de ses idées. Un point qui le fait finalement de plus en plus ressembler aux Maîtres qu’il méprise, mais qui eux, ne font pas couler le sang pour assurer leur pouvoir… Même si ce n’est pas développé outre mesure, le système de classe se révèle d’ailleurs intéressant. On retrouve, comme sous l’Ancien Régime, une société divisée en classes avec une classe dominante qui impose ses desiderata aux « classes inférieures ».

J’ai adoré suivre le cheminement de cette amitié hors norme qui va se déliter jusqu’à se transformer en haine. On ne peut s’empêcher de se demander comment la situation a pu prendre une telle tournure entre deux personnes qui étaient pourtant unies par un lien télépathique. À moins que ce soit justement ce lien, en leur donnant l’illusion d’une parfaite compréhension, qui ne soit responsable d’un tel manque de communication et d’un tel gâchis… Amour et haine sont donc ici inextricablement liés, l’ami devenu ennemi ne semblant jamais l’être totalement.

En plus d’une narration dynamique ponctuée de nombreux dialogues rendant la lecture très fluide, l’autrice possède une très belle plume qu’elle met au service de ses protagonistes avec beaucoup de justesse. S’adaptant à leurs états d’âme et aux différents événements, le rythme est parfois rapide, d’autres fois un peu plus lent, mais toujours parfaitement cadencé. Les amateurs de belles plumes devraient donc être ravis de s’immerger dans cet univers enchanteur qui, même en absence de longues descriptions, se révèle très immersif. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice a su introduire très naturellement quelques touches de steampunk, mais surtout de science-fiction. Cela apporte un plus indéniable à la narration qui prend une autre tournure, peut-être un peu plus introspective, mais jamais ennuyeuse.

Quant à la fin, c’est l’une des meilleures que j’aie pu lire ! Inattendue, belle et forte à la fois, elle permet aux lecteurs de terminer le roman sur des émotions fortes et la conviction que Siana a effectué un travail de fourmi, ne laissant rien au hasard dans la construction de son roman.

En conclusion, ni roman de fantasy classique avec sa cohorte de créatures, ni roman de science-fiction pur avec ses théories parfois complexes, Frères d’enchantement mélange habilement ces deux genres, quelques touches de steampunk en plus, pour nous offrir un univers passionnant et très bien construit. À travers deux amis unis par des liens encore plus profonds que ceux du sang et séparés par une rivalité tournant à la haine, l’autrice offre une belle réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids du passé, mais aussi sur la société et la manière dont des idées justes, déformées par la rancœur et l’aveuglement, peuvent conduire à des actes de pure folie.

Siana

Page FB de l’autrice

Retrouvez le roman sur le site de Rroyzz éditions ou sur Amazon.

La Geste des Braves: La Guerre des Rois, Fox Miliveles

Je remercie Fox Miliveles de m’avoir fait parvenir, en service presse, son roman La Geste des Braves : La Guerre des Rois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après cinq ans de famine, de malheur et de guerre, le royaume d’Enselant est plongé dans le chaos. À bout de forces, son peuple se raccroche à une ancienne prophétie qui annonce la chute du roi Sicard et le retour à la lumière. Bientôt vont s’affronter les armées du souverain et celles d’un jeune chevalier qui a pris la tête de la révolte. Brave et fier, il incarne un espoir de renouveau, dont la force emporte comme une vague l’ancienne dynastie.
Mais tout juste arrivé au pouvoir, le jeune Lodève comprend que la partie n’est pas encore jouée, car à chaque nouveau pas sa couronne vacille, tandis que les envieux décomptent les jours jusqu’à sa chute. Les cinq braves qui l’entourent sauront-il l’aider à défendre son règne et à imposer sa lignée ?
Plongez dans l’ombre du pouvoir et découvrez le grand dessein qui bouleversera à jamais l’histoire des Cinq Royaumes.

Bookelis (29 juin 2018) – 286 pages – Broché (11,90€)

AVIS

Avant de commencer, je tiens à souligner la beauté de cette couverture signée Tiphs qui est encore plus belle en réalité que sur la photo ! J’ai aussi beaucoup apprécié le format du roman qui rend la prise en main du roman très agréable et confortable.

Le résumé du livre proposé par l’autrice est très fidèle à l’histoire, mais allez savoir pourquoi, j’avais imaginé un tout autre récit… Or la dernière phrase, « plongez dans l’ombre du pouvoir », est très juste, Fox Miliveles nous narrant l’arrivée au pouvoir, et surtout sa lutte pour le conserver, du jeune Lodève. Si je ne suis en général pas une grande fan des romans abordant ce thème, je n’ai ici pas vu défiler les pages. Il faut dire que l’autrice arrive à captiver son lectorat dès les premières pages avec un passage très visuel.

Le reste du roman est beaucoup plus calme au niveau de l’action pure, mais ne tombe jamais pour autant dans le rasoir, bien au contraire. Les enjeux se déplacent juste du terrain à la cour où une bataille politique âpre et pleine de tensions s’engage. Tout juste couronné, Lodève se rend très vite compte qu’il ne pourra pas se reposer sur ses lauriers pour conserver son trône et instaurer sa propre dynastie, des dissensions et autres menaces ne cessant d’émerger, et de menacer le nouvel ordre établi.

Dans son accession au pouvoir et dans sa nouvelle vie de souverain, Lodève est entouré de différents personnages, mais très vite, deux d’entre eux se distinguent vraiment pour des raisons bien différentes. Cela ne signifie pas que les autres ne servent à rien, mais plutôt que l’autrice les utilise pour insuffler une dynamique de groupe qui apporte un certain crédit et réalisme à son récit. Le fait de resserrer l’intrigue sur une poignée de personnages présente, en outre, un avantage non négligeable, faciliter la lecture. Il est ainsi aisé de se rappeler le rôle des personnages principaux et leurs traits de personnalité.

À cet égard, j’ai apprécié de découvrir des personnages souvent nuancés et plutôt complémentaires. Il y a ainsi les alliés de circonstance qui ne semblent pas toujours si amicaux que cela, un roi pris dans les arcanes du pouvoir et qui en vient à prendre des décisions d’une terrifiante froideur sans pour autant être un monstre, une reine qui ne se contente pas de jouer la potiche tout en reconnaissant les limites de son pouvoir et influence, l’ami-conseiller qui n’est pas aveugle face aux égarements de son souverain… Le roman étant relativement court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais suffisamment pour poser chaque personnage sur le jeu de l’échiquier politique.

Au-delà d’un personnage dont j’ai adoré l’intelligence, la sagesse et la modération, c’est le traitement des personnages féminins qui a surtout éveillé mon intérêt. Il se dégage de cet ouvrage un certain féminisme, l’autrice ayant su réserver une place de choix à certaines femmes tout en le faisant de manière très réaliste. La reine Astia n’est pas dépeinte en super-héroïne, mais comme une femme intelligente qui ne se cantonne pas au rôle symbolique que sa lignée lui octroie. Bien au contraire, elle va essayer de s’impliquer dans les affaires du pays, et ne pas hésiter à changer de stratégie en comprenant que son influence ne se joue pas forcément sur le devant de la scène. J’ai adoré l’humanisme de cette femme et sa manière de se projeter avec intelligence dans le futur pour aider ses enfants à l’affronter. Je ne sais pas si ses rêves d’égalité deviendront un jour réalité au royaume d’Enselant, mais si tel est le cas, elle aura indubitablement participé à cette évolution sociétale. Un autre protagoniste féminin tire son épingle du jeu et a été un quasi-coup de cœur pour moi, mais difficile d’en parler sans vous gâcher le plaisir de la découverte… 

Le roman, en plus d’être très prenant, sonne également très vrai : ancré dans un univers imaginaire, il est tellement réaliste que le livre aurait pu, du moins pour ce premier tome, narrer les aventures d’un réel souverain et de sa lutte pour maintenir son pouvoir et son royaume à flot. On retrouve donc des thèmes ayant marqué notre propre histoire : la condition de la femme dans la noblesse et les mariages organisés, la quête d’une descendance royale, les jeux d’alliances, la guerre et le difficile maintien de la paix, la superstition et la religion… Le fait de nous dépeindre un univers imaginaire fortement inspiré de notre histoire facilite l’immersion dans le récit, et permet à l’auteure de faire l’impasse sur une avalanche de détails superflus. Elle a donc réussi à développer une histoire immersive sans pour autant la complexifier par de longues descriptions. Ce point devrait plaire aux lecteurs aimant les récits allant droit à l’essentiel.

Le livre est mené tambour battant, chaque événement ou plutôt, chaque intrigue de cour, chaque problème, chaque question quant au devenir du royaume, s’enchaînant les uns après les autres. Ne vous attendez donc pas à des batailles épiques à chaque page ou à des aventures trépidantes, mais plutôt à découvrir les coulisses de la vie de château d’un roi luttant pour conserver le trône, de sa famille, et de ses proches… Cela aurait pu être ennuyeux ou difficile à suivre, mais grâce à la plume percutante de l’autrice, la lecture est d’une grande fluidité. Avec un vocable précis et recherché, mais jamais pédant, une plume tout en finesse, des descriptions réalistes, mais concises, et de nombreux dialogues, elle vous plonge sans réserve dans son univers médiéval traditionnel sur lequel se lève un vent de renouveau… 

Petit bonus, une carte en fin d’ouvrage !

En conclusion, Fox Miliveles vous propose ici un roman entraînant qui vous plonge dans un univers médiéval très réaliste. Aux côtés des traditionnelles scènes de combat qui sont ici parfaitement orchestrées et maîtrisées, l’autrice vous offre également une plongée palpitante et sous tension dans les arcanes du pouvoir. Entre luttes sur le terrain et luttes dans les coulisses, laissez-vous séduire par cette épopée marquant l’avènement d’une nouvelle dynastie à moins que ce ne soit celle de sa chute…

Découvrez le roman sur Bookelis ou commandez-le chez votre libraire.

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Challenge Le Printemps de l’Imaginaire francophone 2019

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Lisant beaucoup de littérature de l’imaginaire et d’auteurs francophones, je ne  pouvais que participer de nouveau au Challenge Le Printemps de l’Imaginaire francophone qui se tient du 1er mars au 1er juin 2019.

Ces trois mois seront donc l’occasion de mettre à l’honneur les livres de SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique) d’auteurs francophones. Cela tombe bien puisque j’en ai un certain nombre dans ma PAL.

Pour valider le challenge, il vous suffit de lire un seul ouvrage, mais vous pouvez bien sûr, vous fixez un objectif plus ambitieux. Parmi les différents paliers proposés, j’ai choisi le plus élevé, Bibliothécaire céleste, consistant à lire 15 livres.

En plus d’être accessible à tous, ce challenge demeure très flexible puisque sont aussi bien autorisés les romans que les nouvelles ou les ouvrages graphiques, et ceci sous toutes leurs formes (papier, ebook, audio).

Pour pigmenter le challenge, 17 défis, des options et des jokers sont proposés. Je verrai au fur et à mesure de mes lectures les défis validés, mais j’ai choisi l’option Guerrier/Guerrière des mots : un livre = 1 défi.

Pour tous les détails, je vous invite à lire l’article de Monde Fantasy et à vous inscrire sur le groupe FB si vous avez envie d’échanger de manière conviviale autour de vos lectures.

Je ne reste jamais bien fidèle à mes PAL de départ, mais j’ai noté quelques lectures que j’aimerais bien faire dans le cadre du challenge :

Couverture PentacleCouverture Lys Striker, tome 1 : Piégée par le passé

Couverture Le Cycle des âmes déchues, tome 3 : Coeur de TénèbresCouverture Frères d'enchantement

Couverture Avalon, tome 1 : Les reines de BrocéliandeCouverture La Geste des braves, tome 1 : La Guerre des rois

Couverture De Terre et de Racines

Couverture La Citadelle des dragonsCouverture Le Cycle d'Ekysse, tome 1 : La Cité des Abysses

Couverture Blanche NeigeRésultat de recherche d'images pour "Cœur de menhir adrien"

Couverture Eden, tome 1: Le mirage de GemmaCouverture Anthea, tome 1 : Les mastels

Couverture Ninn, tome 1 : La ligne noireCouverture Odyssée (BD), tome 1 : La Malédiction des pierres noires

Couverture Les enfants d'Evernight (BD), tome 1 : De l'autre côté de la nuit

Et vous, participez-vous à ce challenge ?

Challenge Le printemps de l’Imaginaire francophone

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Je me suis inscrite au challenge Le printemps de l’Imaginaire francophone dont le but est de lire, du 1er mars au 1er juin, des livres (romans, BD, mangas…) fantastiques, de science-fiction et de fantasy d’auteurs francophones.

Parmi ceux proposés, j’ai opté pour le palier 3 avec 6 ouvrages à lire. J’ai également pris l’option « lire au moins un ouvrage d’une moyenne ou petite maison d’édition ou d’un auteur auto-édité ».

Les inscriptions pour ce challenge sont ouvertes jusqu’au 31 mars. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter le site Monde Fantasy et vous inscrire au groupe facebook Le Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Je n’ai pas préparé de PAL spécifique pour l’occasion, mais je ne doute pas de trouver mon bonheur dans ma bibliothèque.

Le suivi du challenge sera effectué sur cet article :

Et vous, le challenge vous tente ?