Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation.

Ainsi, il se refuse à abandonner Marcin à son triste sort et fait de son mieux pour sauver la vie de ce jeune homme pour lequel il va, tout au long de l’aventure, développer un certain attachement, voire une profonde affection. Un sentiment qui aurait pu lui être fatal dans ce monde du chacun-pour-soi, mais qui va le révéler à lui-même. Cela va également le pousser à se battre encore et encore pour se détacher d’une société qui ne lui convient guère, et lancer une première offensive pour en abattre les murailles. Cela ne se fera pas sans heurt et sans un énorme et ultime sacrifice qui, je dois l’avouer, m’a quelque peu surprise et peinée, tout en me semblant étrangement offrir une sorte de lumière dans l’obscurité. 

Tout détruire pour mieux reconstruire, ce serait un peu le leitmotiv de ce livre qui nous montre qu’il faut parfois se méfier des apparences et ne jamais oublier de s’interroger sur le modèle sociétal qu’on nous propose ou nous impose. Pour espérer vivre, et non survivre, doit-on vraiment renoncer à sa liberté et s’enfoncer dans une illusion qui, derrière le paravent des faux-semblants, n’en demeure pas moins une cage comme une autre ? Devoir renoncer à son individualité pour se fondre dans la masse et espérer un minimum de paix, est-il vraiment mieux qu’une vie totalement orientée vers la productivité ? Peut-être finalement, mais ce n’est pas non plus vraiment vivre. Alors ne vaut-il pas mieux accepter la dangerosité liée à une existence menée hors des sentiers battus que d’accepter de se cantonner aux limites de sa caverne ?

Ce sont tout autant de questions qui viennent s’ajouter à une longue série que cette duologie ne manquera pas de soulever. Parfois philosophiques, parfois simplement humaines et représentatives des idéaux de chacun, ces interrogations apportent une certaine profondeur à une duologie menée tambour battant. Ainsi, comme dans le premier tome, l’action est au rendez-vous, l’auteur nous entraînant dans une sorte de road-trip survivaliste où notre protagoniste accompagné de son protégé va passer de la brutalité des Territoires Perdus à la réalité trompeuse des Enfers.

Deux endroits aux règles différentes qui se révèlent, chacun à leur manière, déroutants et fascinants. Quoi que fascinant ne convienne peut-être pas vraiment aux Territoires perdus, ce no man’s land m’ayant révulsée par sa brutalité et la manière dont les mutants et humains sont réduits à l’état de viande ou d’objets comme les autres que l’on marchande et maltraite… Quant aux Enfers, ils s’apparenteraient presque au paradis si l’on considère les endroits infâmes et immondes traversés par notre duo. Comme quoi, tout est toujours question de perspective !

Je préfère rester vague sur l’intrigue en elle-même parce qu’elle est de celles qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur vous réserve encore de l’action et une révélation qui redistribue de nouveau les cartes ! Ainsi, Federico Saggio possède indéniablement un certain talent pour retourner le cerveau de ses lecteurs en même temps que celui de son protagoniste, qui semble de plus en plus marqué psychiquement… Ce qui se comprend fort bien au vu son histoire, des « améliorations » imposées à son corps, et de tout ce qu’on a fait subir à sa personnalité et à sa mémoire. Comment être soi quand on s’est arrangé pour que vous ne le soyez jamais vraiment ? À moins que cela ne compte finalement pas vraiment, et que le plus important est la personne que vous avez choisi de devenir en votre âme et conscience. Une personne bien plus humaine en ce qui concerne notre héros !

En conclusion, Luland Infrarouge conclut à merveille une duologie qui questionne aussi bien les fondements d’un monde ayant perdu toute son humanité que la notion de mémoire et de personnalité. Rythmée, haletante, non dénuée de tension, de mystère et de coups de théâtre, voici une lecture passionnante qui plaira aux lecteurs en quête d’un univers de science-fiction dur et brutal, dans lequel un homme se débat contre les règles de la société, tout en cherchant à définir les siennes…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

Moi, Ligia, Sirène de Sylvie Baussier

Couverture Moi, Ligia sirène

Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Scrineo (20 août 2020) – 10,90€

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman jeunesse qui prend le parti original d’aborder la mythologie grecque à travers le point de vue d’un méchant, une sirène. Une sirène qui ne colle pas à la version imaginée par Hans Christian Anderson, mais qui s’inscrit plutôt dans la pure tradition grecque, celle d’une femme-oiseau qui se repaît de la chair des marins.

De fil en aiguille, on découvre donc l’histoire de Ligia et de Leucosia, deux jeunes filles transformées en femmes-oiseaux par Déméter. Leur crime : n’avoir pas su empêcher la disparition de Coré, la fille de la déesse, et de ne pas avoir su la retrouver. Les voilà ainsi condamnées à attendre que des marins imprudents s’approchent de leur rocher afin de leur servir de repas. Les lecteurs ne pourront s’empêcher de s’offusquer devant l’injustice de la situation, les deux sœurs n’ayant rien fait de mal !

Devenues monstres malgré elles, elles survivent, alternant entre sensations tenaces de faim et culpabilité, une fois leur ventre tendu et repu. Parce qu’elles n’ont pas choisi d’être des monstres et qu’elles ne le sont pas vraiment, ces deux sœurs m’ont beaucoup touchée, et plus particulièrement Ligia, dont on sent le poids des regrets, de la nostalgie et du dégout de soi. Attirer, envoûter, tuer et mâcher… tout autant d’activités qui lui répugnent, mais qu’elle est condamnée à effectuer encore et encore pour survivre.

Malgré la situation et la manière dont Leucosia peut parfois provoquer Ligia, les deux sœurs peuvent heureusement compter l’une sur l’autre, une condition sine qua non pour ne pas sombrer. Et puis, ce n’est qu’en combinant leur chant qu’elles arrivent à harponner et transporter leurs proies…. Du moins, jusqu’à ce qu’une rencontre ne scelle leur destin à jamais !

Le gros point fort de ce roman est la manière dont l’autrice arrive à faire ressentir une profonde empathie pour des « méchantes » qui nous apparaissent ici bien plus victimes que bourreaux. Alors bien sûr, elles tuent des humains, mais ce n’est pas par plaisir ni cruauté, juste par nécessité, sans oublier que ces meurtres ne sont pas sans conséquence sur leur équilibre psychique. Doucement, on sent d’ailleurs Ligia glisser vers un état qui n’appelle pas de retour…

Au-delà du point de vue original de cette histoire et du sort de ces deux sœurs condamnées à une vie de solitude, d’attente et de souffrance, j’ai apprécié l’accessibilité de ce roman qui met la mythologie grecque à la portée des enfants : rappels succincts et illustrés des personnages mythologiques apparaissant au cours de l’histoire, plume fluide, chapitres courts, texte aéré, un point sur le mythe des sirènes intéressant, un cahier de jeux… Tout est mis en place pour faciliter l’expérience de lecture des jeunes lecteurs, et leur permettre de son plonger sans réserve dans l’histoire de Ligia et de sa sœur.

En conclusion, avec Moi, Ligia, Sirène, l’autrice offre aux enfants une porte d’entrée intéressante sur la mythologie grecque à travers non pas le point de vue d’un héros de légende, mais celui d’un monstre qui n’en est peut-être pas vraiment un. Touchant, accessible et captivant, voici un court roman jeunesse qui devrait plaire aux enfants, mais aussi aux adultes appréciant la mythologie et les textes emplis de sensibilité.

Mini-chroniques en pagaille #33

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les Souffrances du jeune Werther de Goethe (écouté en livre audio)

Couverture Les souffrances du jeune WertherLes Souffrances du jeune Werther est un roman dont j’avais eu l’occasion de lire un extrait dans le cadre de mon bac blanc de français qui commence sérieusement à dater. Et j’en garde la même impression : un livre dont l’intérêt réside bien plus dans la manière dont sont exprimés et exacerbés les sentiments que dans l’intrigue en elle-même.

On suit les sentiments profonds et les réflexions d’un jeune homme tellement ancré dans ses émotions et son moi intérieur qu’il en vient à s’enfermer dans une bulle qui nous apparaît parfois bien différente de la réalité… S’il part de faits concrets, il a une légère tendance à les extrapoler et en tirer ses propres conclusions, toujours très passionnées au demeurant !

Le retournement de situation, bien qu’inéluctable, m’a beaucoup touchée. Car si on a parfois envie de dire au jeune Werther de vivre au lieu de penser et décortiquer chaque bribe de sa vie et de celle de Charlotte, la femme objet de ses passions, il n’en demeure pas moins un homme d’une sensibilité à fleur de peau qui émeut. Le roman ne plaira pas à tout le monde, surtout si les atermoiements et les tourments de l’âme humaine vous rebutent, mais c’est un parfait exemple du romantisme que j’aurais envie de qualifier de triste et de beau à la fois. Au-delà de l’amour courtois magnifié et parfois idéalisé, le roman présente également quelques réflexions intéressantes sur l’éducation et l’humanité.

  • Martin et la Divine Chipie de François Vincent (Didier jeunesse)

Couverture Martin et la divine chipie

Le jeune Martin décide un jour de quitter Gondenans-les-Moulins pour Paris avec l’espoir de faire fortune, de mener la grande vie et de goûter aux joies et futilités de la vie parisienne, nonobstant les dangers et les mises en garde de ses parents. Sa décision est prise et rien ne l’en dissuadera ! D’ailleurs, la chance semble lui sourire : après une rencontre sympathique, le voilà doté de trois objets magiques qui vont vite lui révéler leur utilité, et conférer au roman, un joli air de conte d’antan.

Mais une fois arrivé à Paris, le jeune Martin va découvrir les joies, non pas des cafés parisiens, du moins pas que. Il va faire face à la duplicité, à la méchanceté, à la convoitise et à la manipulation. Des choses d’autant plus déroutantes qu’elles arrivent par l’entremise de la Divine Demoiselle, jeune femme riche à la beauté reconnue. Une femme qui n’hésite pas à jouer de ses atouts pour obtenir ce qu’elle veut.

En début d’ouvrage, Martin n’attire guère la sympathie puisqu’il nous apparaît assez ingrat, peu reconnaissant et comme notre Demoiselle, quelque peu cupide. Et puis, il se révèle parfois exaspérant par sa manie de se laisser duper encore et encore. Mais de fil en aiguille, le naïf des débuts laisse place à un jeune homme un peu plus réfléchi et moins obnubilé par la réussite. On appréciera, en plus du jeu sur les apparences, la belle leçon de vie que notre protagoniste va apprendre. Et si finalement, le véritable bonheur ne passait pas par la gloire et la richesse ?

Les amateurs de contes et de romans de chevalerie devraient également apprécier les références disséminées tout au long du roman. Les illustrations en couleurs apportent, quant à elles, beaucoup de charme à l’aventure, tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs.

En bref, Martin et la Divine Chipie est un conte plein d’humour et d’intelligence qui séduira petits et grands lecteurs.

  • Ève d’Anne Langlois (application Rocambole)

Ayant souscrit il y a quelques semaines à l’application Rocambole, j’ai enfin pris le temps de lire ma première série : Ève. Je ne suis pas croyante, mais j’avoue que le résumé m’a bien intriguée et que j’étais curieuse de découvrir l’une des histoires les plus connues au monde à travers le point de vue d’Ève. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience fut concluante et des plus amusantes !

En 11 chapitres et moins d’une heure de lecture, l’autrice nous offre une petite pépite féministe qui, sous couvert d’humour, aborde des thématiques importantes allant de la charge mentale des femmes aux stéréotypes liés au sexe. C’est drôle, grinçant, voire parfois mordant, mais c’est surtout plein d’intelligence, de bons sens et de pertinence.

Dans cette histoire, Adam en prend clairement pour son grade : niais au possible, peureux, complètement à côté de la plaque, incapable de se débrouiller sans Eve qui joue le rôle de nounou, de maman et d’épouse… L’image pourrait paraître caricaturale, elle l’est d’ailleurs parfois. Mais derrière les comportements d’Adam et ses arguments à la mords-moi le nœud, on retrouve tout un pan de notre culture. Un pan qui porte aux nues la « masculinité des hommes  » tout en n’oubliant pas de louer la dextérité des femmes pour les travaux ménagers et la capacité à tout mener de front (sans se plaindre, c’est encore mieux). Après tout, c’est bien connu, on naît toutes avec des aiguilles dans les mains pour repriser plus vite que notre ombre les chaussettes ou, dans le cas d’Adam, les slips.

Heureusement que notre Ève, en plus d’avoir du caractère, peut compter sur le soutien de ses copines auxquelles on s’attache d’ailleurs fort vite. Chacune issue d’une espèce différente, elles lui apportent un peu de cette solidarité féminine indispensable dans un monde créé par et pour les hommes… Si Adam m’a donné des envies de meurtre, j’ai également beaucoup ri, notamment grâce aux remarques sarcastiques d’Ève et sa capacité à prendre du recul face à un compagnon imposé pour le meilleur, et surtout pour le pire.

La fin m’a paru un peu abrupte, mais elle laisse la porte ouverte à d’éventuelles nouvelles aventures… Dans tous les cas, Ève est une série pleine d’humour que je ne peux que vous recommander, a fortiori si la condition de la femme est une thématique qui vous intéresse.

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
En avez-vous déjà entendu parler ?

Robilar ou le Maistre Chat – tome 1 : Miaou ! ! de Chauvel, Guinebaud (illustrations) et Lou

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Robilar est un chat domestique qui coule des jours heureux auprès d’une comtesse dont l’obsession est de marier son fils à la fille du roi. Un jour qu’ils cheminent tous ensemble vers le royal château, un ogre vient malencontreusement pulvériser le carrosse, ne laissant parmi les débris qu’un seul survivant : Robilar. Anéanti, perdu, chassé, passé à tabac, il ne doit son salut qu’à la gentillesse d’un fils de meunier et décide de le remercier… à sa façon.

Delcourt (30 septembre 2020) – 64 pages – 15,50€

AVIS

Ayant entendu beaucoup de bien de cette BD, j’étais impatiente de la commencer. Et je dois dire que j’ai adoré la manière dont l’auteur s’inspire d’un conte très connu pour nous proposer une histoire pleine de saveur et de mordant !

En plus des références au vieux français, aux contes et à diverses chansons enfantines et populaires, l’auteur a créé un personnage absolument fascinant qui mêle caractéristiques félines et humaines. Si l’apparence de Robilar est indéniablement celle d’un chat, et qu’il possède les qualités et défauts que l’on associe volontiers à cet animal, c’est aussi un personnage très humain, notamment dans son désir de vengeance. Rappelons, en effet, pour les gens peu coutumiers des chats, que ces derniers ne se vengent jamais : leurs bêtises traduisent toujours un mal-être, un besoin de se dépenser ou un problème physique, pas de fourbes intentions…

Ce qui est loin d’être le cas de Robilar qui n’aspire qu’à une chose, se venger. Se venger d’un ogre qui a détruit jusqu’à la moindre parcelle de sa vie de pacha et qui a tué sa maîtresse, se venger de paysans grossiers et violents, se venger d’autres chats qui l’ont rossé sans raison, se venger d’à peu près tout le monde… Et pour ce faire, il peut compter sur sa roublardise, son bagoût, son intelligence et sur la stupidité des êtres humains qui sont prêts à tout pour accéder à leurs désirs, quitte à faire confiance à un chat ! Et ce n’est pas lui qui va s’en plaindre.

Au fil des pages, on assiste à la transformation physique et mentale de Robilar : là où il perd en formes généreuses, il gagne en dureté et malignité. Grâce à un cerveau affûté qui trouve en chaque situation une opportunité, il fait ce que sont supposés faire tous les chats,  rebondir sur ses pattes. Et si ce dernier n’hésite pas à manipuler, même la seule personne qui l’a vraiment aidé, à ourdir des complots, à promettre avant de mieux trahir, on se surprend à très vite le soutenir dans ses desiderata de vengeance, bien qu’il aille peut-être quand même très loin pour les assouvir. Mais quand on voit à quel point l’humanité qui nous est présentée ici ne l’est qu’à travers ses vices (violence, méchanceté, avidité, lâcheté…), on peut le comprendre.

Les pages s’enchaînent rapidement, notre protagoniste étant fort affairé. Mais on ne ressent aucune précipitation, chaque acte semblant s’insérer parfaitement dans une trame qui se durcit à mesure des épreuves traversées par un chat qui a l’instinct de survie chevillé au corps, et le désir de vengeance ancré dans l’ADN. Parce que si on le cherche, on le trouve, la fin laisse entrevoir de nouveaux plans machiavéliques pour ce personnage à la forte personnalité, qu’il serait fort dangereux de sous-estimer, d’autant qu’il semble avoir trouvé un nouvel allié de poids ! Et c’est ça aussi qui fait sa force, sa capacité à forger des alliances providentielles pour les tourner à son avantage.

Au-delà d’une histoire captivante et de son protagoniste charismatique, les lecteurs devraient apprécier le ton de cette BD qui joue sur le charme des contes d’antan qu’elle détourne, conférant ainsi parfois un côté satirique aux situations. À cet égard, j’ai adoré les premières planches dans lesquelles maîtresse et chat sont fardés plus ou moins de la même manière. Elles accentuent le côté gros pépère à sa maman qui tranche tellement avec l’image que l’on se fait de Robilar au cours de cette aventure riche en actions et en retournements de situation. Preuve que derrière un minet qui aimait se la couler douce, se cachait un tempérament de feu qui ne demandait qu’à se révéler. Et maintenant que c’est fait, j’ai envie de dire sauve qui peu, parce que notre Maistre chat semble bien déterminé à semer la zizanie avant de tout chapeauter.

Quant à l’ambiance graphique, elle correspond à merveille à l’histoire. En plus du choix des couleurs que j’ai particulièrement apprécié, j’ai aimé la manière dont les caractéristiques principales des personnages se lisent sur leurs traits, mimiques et expressions. Il y a ici un sens de l’esthétique particulièrement expressif.

En conclusion, Robilar fut une excellente lecture que j’ai autant aimée pour cette plongée dans la quête de vengeance d’un chat retors, et particulièrement machiavélique, que la manière dont l’auteur détourne un conte emblématique pour nous offrir une aventure trépidante à l’humour grinçant !

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil, Magali Guyot

Couverture Les chroniques de la Cité, tome 2 : Exil

Après les derniers évènements, la Cité tente de sauver les apparences tandis que les communautés éclatent.
La Vallée est en fuite, scindée en deux groupes à la survie incertaine. Les années passent, détruisant Yannis, poussant son fils, Alexis, à prendre la relève pour la quête de pouvoir.
Un allié inattendu veille. Mais les nouveaux dirigeants de la Cité sont plus cruels que jamais. Poussés à la fuite, Brionne et Raul, anciens dirigeants de la Vallée, séparés, se retrouvent confrontés à certains choix et de nouvelles rencontres.
Au sud du territoire, à l’abri des humains, une brise aussi inespérée qu’instable se lève.

FARALONN éditions (2 décembre 2019) – 218 pages – Papier (14,50€) – Ebook (5,99€)

AVIS

L’action se déroule juste après les terribles et dramatiques événements du premier tome, dont l’un m’avait cruellement brisé le cœur. Je crois que je ne m’en suis toujours pas remise et ce n’est pas cette suite qui va m’aider à panser mes blessures, l’autrice poussant de nouveau ses protagonistes dans leurs retranchements. Bien que les circonstances soient différentes et inhérentes à la vie humaine en elle-même, mon cœur a d’ailleurs de nouveau été mis à rude épreuve !

Les Vallériens, ces hommes, femmes et enfants qui ont fui l’oppression de la Cité, ont dû se résoudre à se séparer en deux groupes, avec l’espoir un jour de pouvoir se réunir sans danger et sans subir la vengeance d’un pouvoir politique vicié et autoritaire. En attendant, chaque groupe poursuit sa propre route qui se révélera semée d’embûches, mais aussi de nouvelles rencontres et de belles alliances, qui nous prouvent qu’il y a une vie en dehors de la Cité et de la Vallée. Une réalité que les dirigeants de la Cité sont bien décidés à garder cacher, sous peine d’une révolte populaire qu’ils n’ont guère envie d’affronter. C’est qu’un peuple apeuré devant les caprices de la nature et d’un monde en partie décimé est bien plus facile à gérer que des individus pleinement conscients des forces en jeu et des véritables enjeux de leur soumission…

En trame de fond, la question politique est donc essentielle, les drames vécus par les Vallériens n’étant finalement que les conséquences de vastes machinations et de décisions mues par la convoitise et l’appétit de pouvoir de certains. Mais ce tome laisse également une très large place à l’action, puisque nous suivons au plus près les aventures des deux groupes. Si j’ai apprécié d’alterner entre les deux fronts et de voir comment chacun allait faire face à la situation, je dois reconnaître avoir préféré suivre le groupe mené par Brionne et Alaric. Rien d’étonnant à cela, Alaric étant l’un de mes personnages préférés.

Bien qu’il soit profondément affecté par une perte immense, il refuse de céder à la vengeance et fait de son mieux pour tempérer la fougue de Brionne et l’aider à diriger le groupe en bonne intelligence. Parfois encore un peu renfermé, année après année, cet homme nous prouve son humanité, sa gentillesse et son envie d’aller de l’avant sans s’enfermer dans la haine. Des caractéristiques qui nous frappent à mesure que l’on découvre ses carnets où il a consigné scrupuleusement les différents événements des dernières années. Une démarche d’historien pleine d’intelligence et non dénuée d’un certain optimisme quant à la possibilité qu’en découvrant les erreurs du passé, les générations futures évitent de les reproduire.

La question de la vengeance et du pardon est récurrente dans ce tome : si certains veulent panser leurs blessures pour s’assurer un avenir de paix où la haine n’a pas sa place, d’autres se révèlent plus vindicatifs et n’aspirent qu’à rendre coup pour coup. Malgré ces différences de points de vue, il semble néanmoins y avoir une certaine entente et joie de vivre à l’intérieur des deux groupes. Mais rappelons que dans cet univers, rien n’est jamais gravé dans le marbre et que la paix n’est jamais assurée bien longtemps. Et si finalement, cet idéal de paix prôné par certains risquait de coûter très cher à la communauté ? Que peuvent les velléités de paix et de reconstruction de survivants face à la technologie de la Cité et à la fourberie de son dirigeant, qui ne conçoit le pouvoir qu’à travers le prisme de la domination et de la manipulation ?

La manipulation semble être l’arme des puissants, mais est-elle toujours utilisée à mauvais escient ? Une question qu’Alexis, fils de Yannis, nous pousse à nous poser. Ce personnage est probablement le plus insaisissable de ce tome. Froid, intelligent et calculateur comme son grand-père et l’ancienne version de son père, il se révèle encore plus insondable, au point que même son plus grand soutien en vient parfois à douter de ses motivations et de ses réactions. Sans être attachant, c’est un personnage fascinant qui représente peut-être la plus grande chance de paix, que ce soit à moyen ou longs termes, à condition que le pouvoir ne finisse pas par le pervertir et le détruire comme il l’a fait avec son propre père.

À cet égard, l’autrice a réussi l’exploit de rendre Yannis si pathétique que j’en suis venue à le prendre en pitié, alors que je l’ai détesté une bonne partie du premier tome. Rongé par la culpabilité et cette ambition qui l’a poussé à commettre la pire des trahisons, on assiste à sa descente aux enfers, une descente aux enfers bien méritée ! Néanmoins, devant son changement de personnalité et une certaine prise de conscience de sa part sur ses actes passés, j’avoue espérer le voir revenir sur le devant de la scène et, peut-être, tenter d’œuvrer pour la paix. Ce serait une belle manière de rendre hommage à un personnage dont on sent encore l’ombre planer.

En plus des deux groupes et de différentes personnalités de la Cité, on suit Fento, un robot faisant le pont entre la machine et l’humain, que j’avais adoré dans le premier tome. Il découvre ici un rôle surprenant pour un robot : celui de père ! Grâce à ses souvenirs et à ses connaissances en encyclopédiques, il a fait de son mieux pour élever Keira, un nourrisson qu’il a voulu éloigner et sauver de la perversion et de la méchanceté humaine. Toutefois, au fil des années, Fento réalisera que condamner toute une humanité sur la base des exactions de certains n’est finalement pas la plus sage des décisions… Je vous avouerai avoir complètement craqué devant la relation père/fille qui s’est nouée entre notre robot et Keira !

En raison d’une éducation peu conventionnelle, cette dernière est devenue une jeune femme forte et déterminée, mais pas très douée pour les relations humaines. Elle se révèlera assez drôle sans le vouloir, son absence de connaissance des codes sociaux la faisant ressembler parfois fortement à Fento, qui n’est pas connu pour sa diplomatie. Je n’en dirai pas plus, mais j’anticipe, j’espère à raison, une confrontation avec des personnes liées à son histoire familiale. Dans tous les cas, la fin nous laisse entrevoir quelques rebondissements et un jeu du chat et de la souris entre la jeune fille et le pouvoir en place au sein de la Cité. Les ennemis naturels d’hier, deviendront-ils les alliés de fortune de demain ? Tout est possible dans ce monde de manipulation et de faux-semblants, où chacun semble porter un masque et ses ambitions comme reflet de sa personnalité.

Fuite, recherche de nouveaux territoires, découverte d’autres survivants, construction d’une nouvelle vie pour certains, soif de pouvoir pour d’autres, il se passe toujours quelque chose dans ce deuxième tome particulièrement rythmé et immersif. En plus de l’action omniprésente et de la tension qui n’est jamais bien loin, la force de ce roman réside également dans l’alternance des points de vue et l’utilisation parfaitement maîtrisées des ellipses temporelles. Sans nous perdre dans des détails inutiles, futiles ou redondants, l’autrice se concentre sur l’important, nous permettant ainsi d’avoir une vision claire et précise de l’évolution de la situation et des personnages. Un peu comme si nous étions dans un immense jeu de stratégie et de survie. Elle n’en oublie pas pour autant de partager avec nous quelques tranches de vie, condition sine que non pour susciter l’attachement des lecteurs aux personnages et humaniser un récit dans lequel certains sont aussi froids que des robots…

À noter que pour les lecteurs qui auraient laissé passer un certain temps entre la lecture des deux tomes, une liste des principaux personnages est disponible en début d’ouvrage ainsi qu’un prologue qui ne devrait pas manquer de réveiller votre mémoire.

En conclusion, ce deuxième tome intitulé Exil porte parfaitement son nom puisque l’autrice ne nous propose ni plus ni moins qu’une aventure dans laquelle des survivants vont devoir se séparer pour espérer survivre et s’éloigner des griffes d’une Cité gangrénée par un pouvoir manipulateur, qui ne recule devant rien pour imposer sa domination. Entre l’espoir, les rencontres et les désillusions, le danger n’est jamais loin et les forces en place peut-être plus mouvantes qu’il n’y paraît. Paix ou destruction, quel avenir pour la Cité et les anciens Vallériens ?

Retrouvez le roman sur le site des éditons Faralonn.
Je remercie Magali Guyot pour sa dédicace et l’envoi de son roman en échange de mon avis.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Prenez un chaudron, mettez-y trois bulles de savon, un soupçon de chlore, une plume de corbeau, un morceau d’étoffe et deux lucioles scintillantes, remuez le tout avec passion, vous obtiendrez ce recueil de nouvelles fantasques et gourmandes.

« Prix de la Nouvelle » reçu au Salon du Livre Gourmand de Périgueux en 2006.

Stellamaris (25 septembre 2015) – Broché (15€)
Illustrations : Martin Trystram

AVIS

Je sais que vous êtes nombreux à ne pas apprécier le format nouvelle, mais j’ai bon espoir qu’avec un recueil de cet acabit, votre opinion évolue quelque peu à ce sujet. C’est simple, il s’agit ici de l’un des meilleurs recueils de nouvelles que j’aie pu lire. Plein de fantaisie, de gourmandise, de douceur et de tendresse, ce recueil se savoure le sourire aux lèvres avec cette impression d’être complètement immergé dans une lecture évasion. Vous savez, du genre de celle qui vous enferme dans une bulle protectrice et chaleureuse dans laquelle vous vous oubliez avec volupté.

J’ai donc dévoré ce livre découvrant avec plaisir chacune des nouvelles qui, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de célébrer l’amour, la gourmandise et la passion sous toutes ses formes. En plus de récits mignons à souhait, qui ont fait fondre mon cœur, j’ai adoré retrouver la plume poétique et élégante de Pascale Leconte. Une plume joliment mise au service de personnages hauts en couleur et attachants et d’un univers gourmand et fantasque, auréolé d’une douce et joyeuse exubérance. Ce fut, en outre, une agréable surprise de retrouver des personnages découverts dans le roman Narcisse versus Lollaloca. Mais je vous rassure, pas besoin de l’avoir lu pour savourer ce pétillant recueil.

Qui dit nouvelle, dit chute, et à ce niveau, vous serez gâtés, l’autrice s’étant évertuée à terminer ses histoires de manière à vous émerveiller, à vous surprendre et à vous donner le sentiment que l’amour est définitivement une bien belle chose à partager et à ressentir. Cerise sur le gâteau, quelques illustrations sont disséminées par-ci, par-là. Un bonus fort appréciable qui ajoute beaucoup de cachet et de charme à ce recueil qui en est déjà bien pourvu.

Framboise et volupté, Pascale Leconte

Pétillant, fantaisiste, délicat et non dénué d’humour, voici un recueil que je vous invite à lire et à relire. Gourmandise et bonne humeur garanties !

Pour plus de détails, voici mes impressions succinctes pour chacune des nouvelles du recueil. 

  • Framboise et volupté : digne d’un véritable conte de fées, Pascale Leconte nous propose ici une très jolie histoire qui aurait pu s’intituler « le pouvoir créateur de l’amour ». Vladimir Sauvage travaille dans une boulangerie où il vend, jour après jour, pâtisseries et autres gourmandises. Un métier qui ne le passionne guère, mais qui lui offre le plus beau des cadeaux : la possibilité de voir, chaque semaine, une jolie cliente aux cheveux roses. Timide au possible, mais bien décidé à déclarer sa flamme à cette femme qui hante ses pensées, le voilà lancé dans l’expérience de la gourmandise et de la créativité !

Cupcake Bac, Gâteaux, Plat, Gâteau

Je n’en dirai pas beaucoup plus, mais j’ai été touchée par la sensibilité et la générosité de ce personnage et ai apprécié la manière dont ses sentiments vont le pousser à se dépasser et à trouver sa voie. Quant à la chute, elle ne devrait pas manquer de vous faire sourire, et de vous attendrir. Entre amour, secret et gourmandise, voici un joli moment sucré à déguster et, si possible, à partager.

  • Twïnna Azur : Twïnna Azur est une personne fantasque qui aime le changement et qui n’hésite pas à faire preuve d’originalité, notamment dans son style vestimentaire et/ou capillaire. Cela la rend intrigante et attachante, mais son apparence est tellement changeante que les gens ont parfois bien du mal à la reconnaître ! Un problème qui n’empêchera néanmoins pas un mystérieux homme de tomber sous son charme et de lui déclarer sa flamme par missive. Dans ses poétiques et anonymes courriers , le jeune homme la convie à des rendez-vous sans jamais, hélas, les honorer…

Vieilles Lettres, Courrier

Qui est-il et pourquoi ne suit-il pas les élans de son cœur en rencontrant l’élue de son âme ? Une question qui vous poussera à tourner les pages avec entrain même si l’on devine rapidement les tenants et les aboutissants d’une histoire qui ne manquera pas d’éveiller en vous de jolies émotions et, peut-être, de provoquer quelques doux papillons. Mignonne à souhait, cette nouvelle m’a fait fondre alors que je suis loin d’être une grande romantique dans l’âme.

    • Luciole et Blandine : Luciole et Blandine, en plus de se ressembler comme deux gouttes d’eau, ont les mêmes avis et partagent le même projet professionnel : ouvrir un magasin de friandises. Mais contre toute attente, des divergences naissent entre les jumelles qui choisissent alors de se lancer chacune de leur côté dans l’aventure de l’entreprenariat. Le succès est heureusement au rendez-vous pour les deux sœurs qui vont rapidement tomber sous le charme d’un galant client qui côtoie les deux boutiques. Mais laquelle des deux jumelles intéresse vraiment cet homme, son comportement nous laissant perplexes ? Difficile de le deviner à moins qu’il ne se moque en toute impunité des belles demoiselles. Mystère et boule de gomme !Boutique, Bonbons, Friandises
      L’autrice a su me surprendre avec une chute que je n’avais pas vue venir, mais qui m’a bien fait sourire et que j’ai trouvée à la hauteur de deux jeunes femmes pétillantes et de caractère.
  • Le pouvoir de la lune noire : Moon Pervenche est la reine des potions supposées magiques, mais que la magie intervienne ou non dans ses préparations, ce qui est certain, c’est que la réputation de la jeune femme n’est plus à faire. Accompagnée de son fidèle corbeau, elle reçoit donc avec plaisir ses différents clients, certains ayant des demandes plus ou moins surprenantes et légitimes. Il existe néanmoins une requête que Moon refuse avec véhémence, éthique de « sorcière » oblige, l’élaboration de philtres d’amour. Il y a des choses avec lesquelles on ne plaisante pas ! Et si un événement venait remettre en question cette sage politique ?

 

Purple, Magie, Potion, À Base De Plantes
J’ai très vite deviné le retournement de situation final, mais j’ai adoré suivre cette jeune femme en proie à des émotions qui ne l’avaient, jusqu’à présent, jamais traversée. Elle apprendra ainsi qu’il ne faut jamais juger autrui trop durement puisque face à nos propres élans du coeur, la sagesse s’offre parfois des vacances forcées… Quant à son compagnon à plumes et à bec, son petit caractère ne devrait pas vous laisser indifférent. Mélange de sorcellerie et de pommes sucrées, encore une belle nouvelle à croquer !

  • Enquête en maillot de bain : l’inspecteur Valgatt est envoyé dans une station thermale, le Paradis Bleu, afin de mener une enquête sur la disparition d’Eléa Novak. Malgré ses cheveux bleus qui la rendent facilement repérable, la jeune femme semble s’être tout simplement volatilisée ! Bien décidé à la retrouver, notre policier va alors avoir besoin de tout son savoir-faire et de toute sa patience pour faire parler des suspects forts peu sympathiques et pas vraiment très coopératifs. Et si toutes les personnes interrogées lui cachaient quelque chose ?

Femme, Maillot De Bain, Piscine, Détente
Plus que l’enquête en elle-même, ce qui fait le charme de ce récit, c’est la chute ainsi que l’ambiance particulière de cette station thermale d’un genre nouveau qui propose des installations et des services plutôt originaux ! J’irais bien y faire un petit tour. Quelqu’un se dévoue pour m’accompagner ? Mais je vous préviens, je décline toute responsabilité en cas de disparition inopinée…

Je remercie Pascale Leconte pour cette sympathique lecture.

 

Challenge Le Printemps de l’Imaginaire Francophone 2020

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C’est avec plaisir que je retrouve Le Printemps de l’Imaginaire Francophone qui se tiendra du 1er mars au 1er juin 2020.

Ces trois mois seront l’occasion de mettre à l’honneur les livres de SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique) d’auteurs francophones. Pour valider le challenge, il vous suffit de lire un seul ouvrage de SFFF francophone et de partager votre avis.

Pour ceux qui aimeraient aller plus loin, plusieurs paliers sont proposés.  Pour ma part, j’ai choisi le plus élevé, Bibliothécaire céleste, qui consiste à lire 15 livres (romans, nouvelles, BD, livres audio..). Un objectif ambitieux, mais réalisable, si l’on considère que ma PAL regorge d’auteurs de SFFF francophones.

Pour corser le challenge, il est possible de participer à des défis, mais ce n’est pas obligatoire. Un livre peut remplir une ou plusieurs consignes… Voici une petite idée des livres de ma PAL vers lesquels je pense m’orienter même si je ne compte pas tout lire et qu’il y a de fortes chances pour que je finisse par dévier de ces prévisions de lecture.

  • Lire un-e auteur/-trice européen-ne francophone qui n’est pas français-e

Couverture L'Immortelle, tome 1 : la clef de cuivre

  • Lire un-e auteur/-trice candien-ne francophone

Couverture Le Royaume de Lénacie, tome 1 : Les Épreuves d'AlekCouverture Blanche Neige

  • Lire un livre en rapport avec le printemps ou qui vous fait penser au printemps (par un titre qui rappelle le vent ou la nature ; l’histoire qui se passe au printemps ; la couverture avec de la nature ou des fleurs…)

Couverture L'Imparfé, tome 1 : Le Royaume qui perdait ses couleursCouverture Les mémoires d'un elfe

  • Lire un livre d’au moins 500 pages

Couverture Chroniques des Cinq Trônes, tome 1 : Moitiés d'âme

  • Lire une nouvelle ou un recueil de nouvelles

Couverture Vampire malgré luiCouverture Notre-Dame-aux-EcaillesCouverture Serpentine

  • Lire un livre autoédité

Couverture Projet Espoir, tome 1 : TouchéeCouverture L'or et le fer, tome 1 : Pas de trois

  • Lire un livre d’une petite maison d’édition

Couverture Outre-Temps, tome 1Couverture Aiden Jones, tome 1 : La Marque

  • Lire un récit avec un personnage principal féminin

Couverture AmazonesCouverture Les Aventures Occultes de Lady Bradsley

  • Lire un livre écrit par une autrice

Les Chroniques de la Cité: Exil par [Guyot, Magali]Couverture Monstr'Hotel, tome 1 : Les chasseurs de trésorCouverture Semblables, tome 1

  • Continuer/Terminer une série

Couverture Le Cycle des âmes déchues, tome 3 : Coeur de TénèbresCouverture Bane Seed, tome 4 : Mort sur la landeCouverture L'agence Pendergast, tome 2 : Le monstre des égouts

  • Lire une relique de votre PAL

Couverture Le ballet des âmesCouverture Les Tangences divinesCouverture Pegasus, tome 1 : Les terres oubliées

  • Lire un livre d‘un auteur ou d’une autrice que vous avez découvert-e au cours du challenge de cette année ou des années précédentes (Dans les PAL ou les suggestions des autres participant-e-s, par exemple) : j’ai découvert ce livre sur le blog Histoires de Clarisse

  • Se faire choisir un livre dans sa PAL au hasard ou par une autre personne : j’ai pioché dans la liste des livres sélectionnés par Lully dans le cadre de l’épreuve des alliés du PLIB.

Couverture Un jour une étoileCouverture Miss Pook, tome 1 : Miss Pook et les enfants de la luneCouverture KerebanCouverture La pelote d'épingles

Couverture MemoryCouverture L'écrivain abominableCouverture La stratégie des as

  • Lire un livre qui parle d’une créature légendaire (griffon, sirène, dragon, kelpie, basilic, dullahan…)

Couverture Seirens, tome 1 : Rivage

  • Lire un livre en rapport avec le folklore celte/breton/gaulois (par exemple : réécriture de la matière de Bretagne ou des contes et légendes de nos contrées ; des récits qui parlent de fées, de druides, de dieux et déesses celtes…) :

Couverture La magie d'Avalon, tome 1 : Morgane

Pour tous les détails, je vous invite à lire l’article dAline Wheeler. N’hésitez pas non plus à rejoindre le groupe FB si vous avez envie d’échanger de manière conviviale autour de vos lectures.

Et vous, comptez-vous vous participer ?
Pour rappel, il suffit de lire un livre pour valider le challenge…

 

De Terre et de Racines, Oriane

J’ai lu De Terre et de Racines d’Oriane dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

RÉSUMÉ

Où se cache notre identité ? Sur nos terres, dans nos racines… ailleurs ? Au Grand Terrier, Gareth subit le rejet quotidien. Il ne s’imaginait pas sauver Corène, quitter son pays ou encore affronter les meurtriers « respectables » de son père. Pourtant, même loin des siens, il protégera Corène. Parce que sa culture et ses différences le fascinent et le troublent à la fois. L’alchimie se crée et il est bien décidé à comprendre… Pourquoi des gardiens terrons pourchassent-ils une jeune Silverine ? Exil, manipulation, mort ; le pire les menace. Hélas, plus question de reculer : il leur faut éclairer leurs passés pour enfin se définir. Découvrez une romance pleine de questionnements, d’innocence et de légèreté, quand deux héros venus de pays différents voient leurs repères chamboulés et leurs ombres du passé les poursuivre. A leur âge, on ne devrait pas s’inquiéter de demain. Mais plus encore, ressentir un tel amour. Comment vont-ils y survivre ?

Auto-édition (29 août 2017) – 444 pages – ebook – 2.99€

AVIS

Ce roman faisait partie de ma sélection pour le Prix des auteurs inconnus, mais malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à le terminer. Les longueurs sont venues à bout de mon enthousiasme malgré un univers riche et la variété des sujets abordés…

Nous sommes, dès les premières pages, plongés dans un univers de science-fiction intéressant dans lequel deux peuples mènent une vie bien différente : l’un a choisi l’ombre avec des infrastructures sous terre, l’autre la lumière avec une vie à l’extérieur sous un dôme de verre. Mais les différences ne s’arrêtent pas là, la culture de chaque peuple étant aux antipodes l’une de l’autre.

Et c’est ce que vont avoir l’occasion de découvrir Gareth, un jeune homme habitant avec sa mère au Grand Terrier, et Corène, une orpheline de douze ans vivant, quant à elle, en Silvérie. Ils n’avaient, a priori, aucune raison de se rencontrer, mais le hasard va placer Corène sur la route de Gareth. Le jeune homme, faisant acte de bravoure, va la sauver d’une situation périlleuse sans pour autant mesurer les conséquences de son geste… En danger, il va être contraint de suivre la jeune fille dans son pays afin de la protéger, protéger la vie de sa mère et, accessoirement, la sienne.

Les deux personnages vont vivre des situations éprouvantes qui ne manqueront pas de les rapprocher et de créer entre eux un attachement profond. L’amitié fera donc vite place à l’amour, ce qui devrait ravir les amateurs de romance. Pour ma part, si certains passages m’ont attendrie, d’autres m’ont paru un peu trop guimauves même si en raison de l’âge des personnages, j’arrive à en comprendre la logique. Je n’ai donc pas particulièrement accroché à la romance, mais elle dégage néanmoins un côté Roméo et Juliette qui n’est pas déplaisant d’autant que l’autrice ne pousse pas le drame aussi loin que Shakespeare…

J’ai, en revanche, apprécié qu’à travers cette histoire d’amour, l’autrice aborde la question des différences culturelles et des difficultés que celles-ci peuvent occasionner dans toute relation. On découvre ainsi progressivement et de manière très réaliste, toutes ces petites et grandes différences entre Le Grand Terrier et la Silvérie, deux pays qui tendent à se regarder en chiens de faïence. Dans ces conditions, nos deux amoureux pourront-ils vivre pleinement leur amour naissant d’autant que le danger les guette à chaque instant ?

Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que l’histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît, Corène et Gareth se trouvant  au milieu d’enjeux géopolitiques qui les dépassent. Cet aspect du roman est celui qui m’a le plus intéressée notamment en raison de la tension et du suspense qu’il introduit. Au gré des révélations, les cartes se brouillent, les personnages doutent, et les lecteurs sont tenus en haleine par l’émergence d’un complot dont ils saisissent progressivement toute l’ampleur… À cet égard, et sans en dire plus, j’ai beaucoup apprécié la manière dont l’autrice établit un pont entre présent et passé. C’est très bien amené et ça offre une conclusion très touchante pour l’un des personnages.

Sont également abordés dans ce roman un certain nombre de sujets intéressants comme le racisme, le rejet de la différence, la peur de l’autre, mais aussi cette question essentielle de l’identité. Le titre du roman porte d’ailleurs très bien son nom ! Corène qui est sans racines, car sans famille tend à ne plus savoir où est sa place, voire si elle en a vraiment une, quand Gareth, qui lui sait très bien d’où il vient, finit par se demander qui il est et où il va. Cette question de l’identité est quelque chose de prégnant dans le roman et apporte une certaine profondeur au récit…

Les protagonistes sont profondément humains et, comme dans la vraie vie, ont leurs bons et mauvais côtés. Volontaires et matures, Gareth et Corène se révèlent aussi parfois assez puérils et extrêmes dans leurs réactions, ce qui leur confère une certaine aura d’authenticité puisque rappelons qu’ils sont relativement jeunes. Qu’on les apprécie ou non, difficile de ne pas être impressionné par leur courage, leur altruisme et la manière dont ils essaient, parfois maladroitement, de veiller l’un sur l’autre… Certains personnages secondaires se démarquent du lot comme la mère de Gareth et l’ami de la famille qui offrent au jeune couple un soutien et un appui sans faille. La relation, tout en retenue, entre ces deux adultes se révèle très belle et très touchante. Il est juste regrettable que les méchants de l’histoire soient un peu trop caricaturaux à mon goût et manquent donc de profondeur.

La plume de l’autrice, en plus d’être immersive, dégage une certaine fluidité qui la rend accessible à un large public. Les dialogues sont, quant à eux, assez nombreux pour plaire aux lecteurs allergiques aux récits trop denses. À noter toutefois une certaine familiarité dans les échanges entre les deux amoureux, ce qui pourra déranger certaines personnes. Pour ma part, cela ne m’a pas gênée outre mesure puisque c’est cohérent avec l’âge des protagonistes et leur état émotionnel du moment, mais j’ai trouvé néanmoins que certains dialogues berçaient inutilement dans la grossièreté… J’ai, de plus, regretté que certains échanges sonnaient creux et n’apportaient rien à l’intrigue ni à la relation amoureuse entre Corène et Gareth. Si on ajoute à cela une histoire qui met très longtemps à démarrer et de nombreuses longueurs, on obtient un roman que j’ai eu beaucoup de mal à terminer malgré ses atouts. Sans ma participation au Prix des auteurs inconnus, je l’aurais d’ailleurs abandonné.

En résumé, De Terre et de Racines aborde, à travers la rencontre de deux personnages que tout oppose, un certain nombre de sujets intéressants et universels : amour, amitié, quête d’identité, rejet de la différence… Malgré un univers riche et détaillé, cette histoire n’a néanmoins pas su me convaincre en raison, entre autres, de ses trop nombreuses longueurs. Ce roman pourrait toutefois intéresser les lecteurs en quête d’une romance mettant en scène deux protagonistes prêts à tout pour défendre leur amour malgré les dangers et leurs différences.

Retrouvez/feuilletez le roman sur Amazon.

Prix des Auteurs Inconnus logo

Cœur de menhir – tome 2 : les nouveaux druides, Adrien Hortemel

couverture tome 2 du livre fantasy Cœur de menhir

Je remercie Adrien Hotemel de m’avoir proposé la suite de son premier roman, Cœur de Menhir ainsi que pour sa patience, ayant eu un certain retard dans ma lecture/chronique.

ATTENTION : risque de spoiler du tome 1 dont vous pourrez retrouver ma chronique sur le blog.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

La prophétie s’est accomplie : le Dalc’h, une magie démoniaque, est de retour et va chercher à conquérir l’âme des êtres vivants de ce monde. Et alors que le contrôle de la forêt de Déremkas est plus que jamais sujet de conflits, les survivants de l’expédition, devront partir à la recherche des cœurs de menhir, sans pouvoir prendre le temps de pleurer leurs morts.

La suite de cette quête, à l’issue incertaine, sera parsemée d’embûches. Les bandits, les monstres et les serviteurs du Dalc’h, seront légion. De nouvelles alliances vont naître, mais les survivants pourront-ils trouver les gardiens à temps ? Seront-ils aidés par les villages avoisinants ? Qui sera assez brave pour combattre les ténèbres ?

Illustrations : Christophe Le Galliot – 237 pages – 17€

AVIS

Mon seul regret concernant cette lecture que j’ai appréciée est de ne pas l’avoir lue plus tôt, les souvenirs du premier tome s’étant quelque peu estompés. Je vous conseillerais donc de ne pas suivre mon exemple, la multiplicité des personnages et l’enchaînement plutôt intensif des événements du premier tome nécessitant, en effet, de bien avoir toutes les informations en mémoire pour apprécier à sa juste valeur cette suite…

Le groupe d’amis formé dans la première aventure a subi des dommages importants et a été mis à mal par une trahison inattendue qui m’avait d’ailleurs laissée pantoise… Nous retrouvons donc, dans ce deuxième tome, certains de ses membres à commencer par Sigrid et Raudan. Si ce dernier ne m’avait pas vraiment marquée, difficile de ne pas se souvenir de Sigrid et de son secret sur lequel elle continue de veiller jalousement ! Forte, mais avec des failles et des blessures qui menacent à tout moment de lui faire perdre son équilibre, cette femme apporte une dualité bienvenue à l’histoire. Avec elle, on oscille toujours entre admiration devant sa force physique et mentale et crainte devant les dommages qu’elle pourrait occasionner si elle laissait se déchaîner toute sa bestialité…

D’autres personnages rencontrés dans le premier tome font également leur apparition, mais je vous laisserai le (dé)plaisir de les découvrir par vous-mêmes. Je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié d’en apprendre plus sur certains d’entre eux, sur leurs capacités, leurs objectifs et sur les motivations expliquant certaines trahisons. Aux côtés de ces personnages apparaît un duo atypique composé d’un nain et d’un géant très gentil, mais un peu simplet. Si le premier est intelligent et a du caractère, le second se révèle terriblement attachant. Ses réactions sont emplies d’une naïveté toute juvénile qui contraste avec sa physionomie. À travers ce protagoniste au grand cœur, l’auteur aborde également, sans s’appesantir, des thèmes intéressants comme l’acceptation de soi, la peur et le rejet de la différence, le déterminisme social… J’ai, pour ma part, adoré ces deux personnages dont l’amitié indéfectible apporte, d’une certaine manière, un peu de renouveau et de douceur à l’intrigue.

Une douceur bienvenue puisque l’auteur n’hésite pas, pour mon plus grand plaisir, à malmener ses personnages ! Un peu comme dans ces séries où vous savez qu’à tout moment une tête d’affiche peut tomber, vous ne pourrez que rester sur le qui-vive, à l’affût d’une mort inattendue et brutale. Je peux vous dire que ma lecture a été entrecoupée d’interjections de surprise et de quelques sursauts d’indignation. Je vous rassure, j’ai aimé les choix scénaristiques de l’auteur, mais il m’a quand même brisé le cœur à de multiples reprises bien que quelque chose nous laisse penser que tout n’est peut-être pas fini pour tout le monde…

La multiplicité des personnages permet à l’auteur de varier les profils d’autant qu’avec ce dernier, rien n’est gravé dans le marbre ! Les alliés d’aujourd’hui peuvent devenir les ennemis de demain et les traîtres du passé, les alliés du moment. Une valse de trahisons et d’alliances amicales/politiques qui apporte une certaine tension au récit et pas mal de suspense. Le danger qui revêt bien des formes est là, prêt à bondir sur nos héros qui vont devoir faire montre de beaucoup de courage et de pugnacité pour l’affronter. Comme dans toute guerre, des sacrifices et des choix difficiles devront être faits…

L’univers mis en place par l’auteur est très immersif grâce, entre autres, à des descriptions détaillées, mais toujours concises. Les lecteurs qui ne lisent pas de fantasy pourront donc découvrir l’ouvrage sans se sentir dépassés par des longueurs. La présence d’une très jolie carte facilite également la lecture et l’immersion dans le récit tout comme les superbes illustrations de Christophe Le Galliot qui émaillent le roman. Celles-ci permettent de se représenter avec précision les personnages et les différentes créatures rencontrées tout au long de l’aventure.  L’auteur nous offre, en effet, un bestiaire étoffé et passionnant : banshee, elfes, kobolds, loup-garou, créatures monstrueuses…

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L’intrigue, menée tambour battant, ne laisse aucune place à l’ennui, les lecteurs étant pris par les différents événements qui s’enchaînent rapidement et sans aucun temps mort. Loin de se limiter à une succession de batailles, l’histoire se révèle donc d’une grande richesse, les enjeux étant multiples et les dangers nombreux… Il y a bien sûr cette magie démoniaque qui pervertit les âmes et contre laquelle il est impératif de lutter. Mais il ne faut pas non plus sous-estimer le Tric’horn qui poursuit ses propres objectifs ou cette montée de l’intolérance et du fanatisme religieux à travers un ordre bien décidé à exterminer tous les hérétiques et les « mauvais croyants ». Nos héros ne sont donc pas au bout de leur peine et devront, plus que jamais, unir leurs forces pour affronter tous ces dangers. Mais les amitiés et les alliances résisteront-elles aux tensions, aux non-dits, aux malentendus et aux nombreux coups durs ?

Quant à la plume de l’auteur, j’ai trouvé qu’elle avait gagné en maturité et en profondeur, l’auteur semblant avoir peaufiné son style depuis le premier tome. Le phrasé est fluide, les descriptions précises, et parfois non dénuées d’une certaine poésie, et les dialogues naturels. À noter également que ce deuxième tome a bénéficié d’un travail de relecture et que cela se ressent dans la qualité de l’œuvre finale.

En conclusion, avec ce deuxième tome, Adrien Hortemel confirme sa capacité à embarquer ses lecteurs dans une épopée rythmée, riche en action, en rebondissements, en magie et en créatures plus ou moins sympathiques. Portée par des personnages complexes et nuancés, l’intrigue devrait vous offrir un moment de lecture intensif et plein de surprises ! Amateurs ou non de fantasy, je ne peux que vous inviter à vous laisser séduire par la plume de l’auteur et son imaginaire très joliment capturé par Christophe Le Galliot.

Retrouvez Cœur de menhir – tome 2 sur le site de l’auteur

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