Camarade Wang achète la France, Stéphane Fière

Camarade Wang achète la France -

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Phébus pour la découverte de Camarade Wang achète la France de Stéphane Fière.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Wang Desheng, vice-Ministre du Commerce de la République populaire de Chine, est en visite en France. Sa garde rapprochée ? Huit collaborateurs et six très jolies camarades de lit. Son objectif ? Faire ses courses dans le pays, comme dans un vaste discount center. Rien ne l’arrête, et surtout pas les scrupules. Ni le peu de résistance de ses interlocuteurs français. La délégation profite allègrement de leur cupidité pour acheter entreprises, hôtels, terres agricoles…

Jusqu’à ce qu’une belle universitaire croise la joyeuse équipe. Elle rêvait d’être interprète, juste le temps d’une cérémonie. Mais quand les raviolis à la chair de crabe sont délectables, on n’hésite pas à se resservir.

Après vingt ans dans le monde chinois, Stéphane Fière nous offre une satire experte. De quoi rire à gorge déployée mais aussi frémir. Et si c’était là notre réalité ?

  • Broché: 240 pages
  • Editeur : PHEBUS EDITIONS (7 janvier 2016)
  • Prix : 19€
  • Autre format : ebook

AVIS

J’ai un avis assez mitigé sur cette lecture que j’ai appréciée sans être particulièrement emballée. Il faut dire qu’à la lecture du résumé, je m’étais attendue à un roman complètement loufoque qui part dans tous les sens. Or, si le cynisme est bien présent, il manque à mon goût de panache. Stéphane Fière est presque resté trop sage dans ses propos et avec son personnage de Wang, vice-Ministre du Commerce de la République populaire de Chine. J’avais en effet espéré un peu plus de situations loufoques voire de quiproquos culturels qui ne soient pas cantonnés au domaine financier.

Ce personnage, brut de décoffrage et peu avenant, possède deux choses très importantes en ce bas monde. Deux choses qui sont d’ailleurs très souvent liées : de l’argent et du pouvoir à moins que ce ne soit du pouvoir et de l’argent. Ces deux mots magiques lui ouvrent pas mal de portes que ce soit en Chine ou en France, pays dans lequel il a décidé de faire son marché ou, dit de manière plus politiquement correcte, d’investir. Car ne vous y trompez pas, derrière l’exubérance et la vulgarité se cache un homme intelligent qui pense économies d’échelle, marketing et bénéfices. Il apprendra néanmoins que la France n’est pas la Chine et que le « business » ne se fait pas forcément de la même manière ni à la même vitesse.

Pour faire efficacement son marché dans l’hypermarché discount à ciel ouvert qu’est la France, Wang se déplace avec une délégation, aussi bruyante que tape-à-l’œil, composée de personnes indispensables telles que des conseillers, des camarades de lit (sous-entendez des jeunes filles parfois non majeures qui assouvissent les pulsions de ces messieurs) et un traducteur français qui se révèle être le mari de la nièce de Wang. Petit détail qui explique son accession à cette fonction, car disons-le tout de suite, il ne brille pas par ses talents d’interprète. Tout ce beau monde, qui sera rejoint en cours de route par une nouvelle traductrice, va donc passer son temps à voyager à travers la France en vue de faire de nouvelles acquisitions dont on ne peut s’empêcher de questionner le bien-fondé. Ce schéma narratif finit par avoir un côté redondant qui est fort heureusement cassé par les pensées des personnages. En effet, l’auteur nous offre quelques incursions dans la tête de certains personnages à travers de longs passages sans ou avec très peu de ponctuation. Si cela peut sembler étrange au premier abord, j’ai apprécié le procédé qui donne du rythme au récit et permet de se rapprocher de personnages pas forcément très attractifs.

L’auteur, qui connaît particulièrement bien le monde chinois, se joue volontairement et grossièrement des clichés que nous pouvons avoir sur les Chinois, mais aussi des clichés que ces derniers peuvent avoir sur nous. D’ailleurs des clichés, il y en a dans tout le roman que ce soit sur la manière de se comporter des Chinois lors des déplacements ou dans les relations d’affaires, leur petite tendance à l’espionnage industriel, leurs tentatives d’acheter progressivement tout ce qui fait la richesse de notre patrimoine culturel et économique, leur manque cruel de classe et de savoir-vivre, les tentatives plus ou moins voilées de corruption… Mais pas d’inquiétude, l’image de la France n’est pas en reste avec des politiciens qui baissent leur pantalon devant l’appât des gains, les traditionnelles grèves (on est un pays de fainéants ou on ne l’est pas), les retards dans les trains, les festifs bruits de kalachnikov à Marseille…

Si cette avalanche de stéréotypes poussés à l’extrême fera grincer quelques dents, il faut garder en tête que la surenchère est volontaire. L’auteur nous offre ainsi une satire avec deux mondes que tout oppose et dont la rencontre frontale fait quelques remous. Mais le principal intérêt de ce roman, du moins en ce qui me concerne, c’est qu’il met parfaitement en lumière la peur et les fantasmes que la Chine peut susciter dans des pays comme la France et, de manière plus générale, la mondialisation perçue par bien des personnes comme une menace. À travers Wang, c’est presque une Chine impériale toute puissante que l’on découvre. Une Chine qui peut acheter tout ce qui lui fait envie dépossédant la France de ses plus beaux atours. Une idée que certains médias se plaisent à entretenir. Alors que la Chine investisse dans notre pays, c’est un fait, qu’elle nous colonise, une exagération parfaitement exploitée par l’auteur à l’humour plutôt corrosif.

En rédigeant cette chronique, je me rends compte que le livre m’a fait passer un bon moment, mais qu’il m’a manqué un personnage sur lequel m’appuyer, une figure sympathique qui m’aurait donné envie de m’intéresser à sa vie et à ses aventures. Or, et c’est un choix que je comprends, l’auteur ne nous présente que des personnages caricaturaux et égocentriques auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher. Au cours du livre, un nouveau personnage va heureusement prendre plus d’importance et apporter une nouvelle dynamique à l’histoire. Le personnage est en outre intéressant pour les questions qu’il permet aux lecteurs de se poser notamment sur la notion de morale qui semble un concept à géométrie variable au sein de la délégation. D’ailleurs, à cet égard, je dois dire que la fin est glaçante !

Pour conclure, à l’instar de l’illustration de couverture, Camarade Wang achète la France est une lecture atypique qui vous fera aller à la rencontre de personnages peu attachants, mais d’une exubérance qui prête à sourire. D’ailleurs, tout au long de votre lecture, la plume de l’auteur, cynique à souhait, vous arrachera indubitablement quelques sourires voire quelques rires. S’il m’a manqué la présence d’un protagoniste sympathique envers lequel j’aurais pu ressentir de l’empathie, j’ai néanmoins passé un moment de lecture plaisant. Alors si vous aimez vous jouer des clichés et avez envie de vous poser quelques questions sur la morale et le pouvoir de l’argent, ce roman est fait pour vous.

Envie d’acheter Camarade Wang achète la France de Stéphane Fière ?

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11 serpents, Philippe Saimbert

11 serpents par [Saimbert, Philippe]

Je remercie Philippe Saimbert de m’avoir envoyé 11 serpents via le site Simplement.

A noter que ce roman concourt au prix des auteurs inconnus 2017, dans la catégorie Imaginaire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La terrible cousine Abeline, aussi riche qu’originale, convie amis et famille dans son domaine pour leur faire une étrange proposition. Elle leur propose un jeu où les participants devront se montrer drôles et machiavéliques.
Elle cédera la moitié de sa fortune à celui ou celle qui remportera le défi.
11 invités. 11 serpents. Le gagnant sera celui qui mordra le plus fort.
Coups de théâtres, scènes cocasses et parfois cruelles vont s’enchaîner jusqu’à l’incon­tour­nable twist final.

AVIS

L’histoire et les personnages…

Les réunions familiales peuvent parfois être un calvaire, mais quand vous avez la famille de Philippe, on peut carrément parler d’enfer. Quoiqu’un petit tour au purgatoire serait une sinécure à côté…

Il faut dire que notre protagoniste est gâté avec, entre autres, une cousine complètement exubérante, Abeline, qui a fait fortune dans l’industrie de la tourte. Sa dernière excentricité ? Léguer une partie de son immense fortune au gagnant d’un jeu cruel et pervers où tous les coups sont permis. Seule interdiction pour que le « jeu » ne tourne pas au pugilat : la violence. J’aurais envie d’ajouter la violence physique, car la violence psychologique est, quant à elle, bien de la partie.

C’est simple, on dirait que la méchanceté est enracinée profondément dans la famille de Philippe qui semble être le seul à ne pas avoir hérité de cette tare familiale. L’outsider, un trader qui est le stéréotype même du golden boy aux dents longues, n’est pas en reste non plus. Sa devise pouvant se résumer à « Money, what else ?! », il n’est pas vraiment étonnant qu’il se montre prêt à tout pour relever le défi.

Avec de tels personnages, le jeu ne pouvait donc que satisfaire l’appétit de la cousine pour le divertissement extrême et de mauvais goût. Ainsi, les phrases qui blessent, les mesquineries et les coups bas pleuvent, chacun abattant ses cartes et dévoilant, petit à petit, toute l’étendue de sa perfidie. On finit même par se demander jusqu’où des esprits aussi dérangés sont prêts à aller par appât du gain voire pour le simple plaisir malsain d’écraser les autres. Bref, il ne fait définitivement pas bon faire partie de cette famille.

Si les plans de certains participants donnent des résultats qui ne pourront que faire rire les lecteurs et leur faire reconnaître une certaine ingéniosité, d’autres ne pourront que les laisser sans voix par leur cruauté. Les lecteurs sont donc pris dans un ascenseur émotionnel entre amusement et écœurement.

Je dois dire que je n’ai pas su déterminer ce qui a éveillé en moi le plus de dégoût : les participants ou la cousine qui s’amuse comme une folle faisant fi des dégâts provoqués dans la vie de chacun. J’avoue que cette mamie possède quelques traits de caractère amusants, mais sa tendance à rire aux dépens des autres ne m’a pas permis d’éprouver une once de sympathie pour elle. J’ai d’ailleurs trouvé Philippe, notre narrateur, bien indulgent avec cette dernière.

Mais cela n’est pas si étonnant au regard de ce protagoniste qui serait plus fadasse que badass. C’est un peu le portrait type du raté dont la vie n’a été qu’une succession de désillusions. Écrivain en recherche de lecteurs et d’argent pour maintenir le niveau de vie de sa charmante ex-femme et de ses dévoués rejetons, il aurait plus que besoin d’empocher le pactole. Malheureusement pour lui, il semble assez mal placé dans la course étant plus prompt à encaisser les coups et les moqueries qu’à fomenter les plus vils complots.

Si au début, il me faisait beaucoup de peine, il a fini par quelque peu m’agacer à se laisser marcher sur les pieds sans réagir. J’avais vraiment envie de le secouer en lui disant « Non, mais réagis ! Arrête de te faire marcher sur les pieds ! Et surtout arrête de faire tout ce qu’on te dit sans broncher ! ». Oui, beaucoup de points d’exclamation, mais ça vous montre à quel point ce personnage m’a fait réagir derrière mon écran. Et ça, c’est un excellent point. J’adore m’enthousiasmer pour un personnage, m’énerver contre lui ou le prendre en pitié… En d’autres mots, j’aime ressentir des émotions comme si j’avais non pas un héros d’une fiction quelconque devant les yeux, mais un être de chair et d’os comme ce fut le cas ici.

Malgré son apparente mollesse, Philippe n’en demeure pas moins le plus raisonnable de cette maison de fous et se révèle, par son auto-dérision et son humour, certainement le plus attachant de toute l’histoire. Et puis, vous verrez qu’il a finalement de la ressource notre perdant assumé. D’ailleurs, sa manière de raconter ses échecs et ses faiblesses de caractère est tellement amusante que nous ne pouvons que rire non pas de lui, mais avec lui. Et puis, méfiez-vous de l’eau qui dort, les plus machiavéliques n’étant pas forcément ceux qui aboient le plus fort.

Quant aux autres personnages, d’aucuns pourraient leur reprocher un côté très stéréotypé, mais j’avoue que ce point ne m’a pas dérangée puisqu’il contribue de manière assez naturelle au côté somme toute assez burlesque de l’histoire. Tout est exagéré et grandiloquent ce qui ne fait que rendre le comique de situation encore plus probant.

Un roman théâtral qui abord différents thèmes…

Le roman a un côté très théâtral que ce soit à travers ses personnages, les situations, la mise en scène ou la révélation finale que l’on peut même qualifier de coup de théâtre ! J’ai été ainsi complètement bluffée par la fin ce qui est plutôt rare. Tout au long du roman, j’avais formulé plusieurs hypothèses quant au twist final mentionné dans la quatrième de couverture, mais je peux vous dire que j’étais très loin d’avoir trouvé le fin mot de l’histoire. Une fois la dernière page tournée, on a envie de relire le roman avec, cette fois, toutes les cartes en main de manière à détecter différents indices qui auraient pu nous mettre sur la piste.

Au-delà de l’histoire et de cette course à l’héritage, j’ai aimé les différents points soulevés par l’auteur avec humour : les difficultés des écrivains et le monde de l’édition, la spéculation à outrance et ses conséquences pour les petits poissons, l’intégrisme religieux, la télé-réalité avec ses émissions de télé-crochet, la puissance du marketing…

J’ai également beaucoup ri du gagatisme de Zoé et de son amie devant leurs chats. Faisant partie d’une association œuvrant pour la protection des chats errants, je n’ai pu m’empêcher de reconnaître certains comportements des bénévoles. On va dire que lorsque l’on commence à aimer et s’occuper de ces boules de poils ronronnantes, il devient difficile de ne pas leur être taillable et corvéable à merci. En parlant de chat, je tiens à dire officiellement à l’auteur qu’il m’a complètement et durablement traumatisée. Je n’en dis pas plus, vous découvrirez de quoi je parle en lisant le roman.

Quelques points qui ne m’ont pas convaincue…

La perfection n’étant pas de ce monde, et encore moins dans celui de Philippe (le narrateur, pas l’auteur), le roman n’est pas exempt de deux ou trois petits défauts, à commencer par quelques longueurs et digressions (oui, c’est un peu l’hôpital qui se moque de la charité). Les digressions ne me gênent pas en général d’autant qu’ici, elles créent une certaine connivence entre le lecteur et l’auteur. Cependant, je leur ai trouvé un côté trop factuel comme si l’on se retrouvait devant un manuel scolaire.

J’ai aussi regretté un certain déséquilibre entre la première partie du livre où l’auteur pose le décor et nous présente les personnages, et le reste du roman. Les cinquante premières pages m’ont semblé ainsi beaucoup plus drôles et rythmées même si cela reste évidemment fort subjectif.

Mais le point qui m’a véritablement gênée, ce sont les répétitions destinées à nous faire comprendre que nous allions être estomaqués par la cousine, les différents candidats et leurs coups bas. Cela fait, il est vrai, terriblement monter la pression, mais cela en devient surtout très lourd. Insister autant sur ce point m’a donné l’impression que l’auteur n’était pas certain d’avoir réussi à faire passer son message.  Et puis, en induisant chez le lecteur des attentes aussi fortes, il prend le risque de créer une certaine déception comme ce fut le cas pour moi. J’avais fini par m’attendre à du grandiose et ai donc été déçue de n’en trouver que lors de la révélation finale.

J’aimerais néanmoins terminer ma chronique sur le gros point fort de ce livre : la plume de l’auteur. Elle est fluide et plaisante à lire, mais c’est surtout le sens de la formule de Philippe Saimbert qui fait mouche ! On ressent parfaitement le plaisir qu’il prend à manier les mots et à jouer avec ceux-ci. Et, en tant que lectrice, c’est un point auquel je ne peux qu’être sensible.

Pour conclure, 11 serpents remplit à merveille l’ambition de son auteur, vous offrir un agréable moment de lecture durant lequel vous oublierez vos petits et grands soucis pour vous concentrer sur ceux de ce pauvre Philippe. Le côté burlesque de ce huis clos devrait combler les personnes en quête d’un ouvrage facile à lire qui mêle humour, jeux de mots et sens de l’à-propos, personnages hauts en couleur, stratégie et révélation finale bluffante.

Enfin, si vous avez envie de rire, aux côtés d’Abeline, de la méchanceté humaine et de ce que l’homme est prêt à faire au nom de l’argent, ce roman devrait vous plaire. Si au contraire, vous êtes plutôt un humaniste convaincu, je ne suis pas certaine que l’humour « méchant » et diabolique du livre ne vous convienne.

« On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui »

Site de l’auteurPour acheter le livre

Un autre avis sur le roman avant de vous laisser tenter ? Filez lire celui de Saiwhisper.

Prix des auteurs o

Votez « Moi d’abord » !, Roger Price

Votez "Moi d'abord"!

Je remercie Babelio et les Nouvelles Éditions Wombat pour la découverte de Votez « Moi d’abord » ! de Roger Price, reçu dans le cadre d’une opération masse critique Babelio.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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La politique vous ennuie ? Ce livre est fait pour vous !

Du premier politicien préhistorique, un certain Blab le Lourdaud, aux campagnes télévisées modernes, le professeur Price révèle la logique absurde du système électoraliste, qu’il pousse à l’extrême en fondant le parti « Moi d’abord ». Son credo : le pur intérêt égoïste.
Invitant tous les électeurs avides à le rejoindre, il livre son programme et expose ses techniques de trucage des urnes, l’art de gérer les conférences de presse d’un candidat débile, mais aussi les manières de se défendre face à la menace des petits hommes verts…
Déjà inventeur de la désopilante théorie « pro-fainéantise » de l’Évitisme (Le Cerveau à sornettes), l’humoriste loufoque Roger Price signe ici une parodie décapante de manifeste politique, sapant avec un humour absurde et acerbe les fondements de notre système.

  • Broché: 192 pages
  • Editeur : WOMBAT EDITIONS (5 janvier 2017)
  • Prix : 18€

AVIS

Ayant une vision plutôt pessimiste de la politique, j’ai tout de suite été intriguée par ce livre qui semblait l’aborder de manière humoristique. Sur ce point, je n’ai pas été déçue.

Tout est loufoque dans ce livre à commencer par la raison de la création de la politique selon l’auteur : avoir la possibilité d’avoir une femme pour un tailleur de silex ambitieux, Marvin Ouk, condamné au célibat dans un village où seul le chef avait ce privilège ! Vous me direz, il en faut bien une et celle-ci n’est pas forcément pire que les raisons qui poussent certains de nos élus à se lancer en politique…

J’ai également adoré la manière dont Roger Price met en avant le rôle de l’apparence en politique au détriment de l’intellectuel :

« Martin se serait bien présenté comme candidat, mais il savait que personne n’aurait envie de voter pour lui. Il n’était pas votogénique. D’abord, il était physiquement peu attrayant, même au regard des critères très peu exigeants de l’époque. Ensuite, depuis qu’il avait inventé la roue, on le considérait comme quelqu’un d’intelligent, autrement dit quelqu’un d’instable et de radical. « 

« Tu as du charisme et de l’aplomb, dit Marvin. Et puis, dans la tribu, tu es celui qui parle le plus fort. (Sans le savoir, Marvin venait de définir pour la première fois ce qu’on appelle aujourd’hui la « personnalité »). « 

Après une petite introduction sur l’origine de la politique, on découvre un directeur de campagne soutenant un candidat pour le parti Moi d’abord à la ligne politique claire et franche : se faire élire et s’en mettre plein les poches. Et c’est juste brillant ! Les amoureux de la politique s’en offusqueront peut-être, mais j’adore ce concept qui traduit clairement ce que les affaires de détournement de fonds récurrentes et de favoritisme peuvent finir par nous laisser penser.

Et les idées du parti sont plus cyniques les unes que les autres. Citons la proposition de faire cracher les pauvres par un impôt sur le revenu, certes progressif, mais dans l’autre sens. Imaginez, avec une faible imposition sur les revenus les plus élevés, les riches préféreront payer leurs impôts plutôt qu’engager des fiscalistes, question de rentabilité. Quant aux pauvres, en les imposant fortement, ils seront motivés pour travailler plus et participer à l’effort collectif au lieu d’user et d’abuser de l’aide sociale. Cynique, je vous dis…

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Pour nous prouver le bien-fondé du parti Moi d’abord, l’auteur utilise des concepts a priori sérieux comme les statistiques ou encore la psychologie pour mieux les tourner en dérision avec un raisonnement par l’absurde qu’il semble maîtriser à merveille. Il nous offre même une version très « Moi d’abord » de la célèbre fable Le Lièvre et la tortue avec une morale très loin de l’originale. Comme quoi, « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » pour le meilleur ou pour le pireet avec notre directeur de campagne, ça semble bien souvent pour le pire. 

Grâce à ce dernier, nous apprenons même toutes les ficelles pour mener à bien une campagne électorale en passant de la meilleure manière de photographier son candidat à la propagation de rumeurs malveillantes sur ses concurrents ou encore la manière de trafiquer une machine à voter.

Alors oui, l’auteur se veut volontairement excessif et provocateur ; c’est d’ailleurs ce qui est savoureux. Les propositions du parti Moi d’abord parodient tellement les comportements des hommes politiques, qu’on en viendrait presque à les défendre, j’ai dit presque… Il faut donc prendre l’ouvrage pour ce qu’il est, un livre qui, sous couvert d’humour et de cynisme, met néanmoins en lumière les nombreuses dérives politiques.

Si les hommes politiques en prennent pour leur grade, les citoyens ne sont pas non plus épargnés, le parti Moi d’abord mettant en avant la propension humaine à faire passer ses propres besoins avant ceux de la collectivité. Il souligne également certains défauts bien humains comme la paresse intellectuelle. De là à dire qu’on a les politiciens qu’on mérite, il n’y a qu’un pas que l’on franchira ou non, en fonction de ses propres convictions.

Pour ceux qui craindraient que le livre soit peu adapté au système politique français bien différent de celui des USA, pas de panique, l’homo politicus est un animal universel. La plupart des dérives dénoncées par l’auteur s’appliquent donc parfaitement à nos politiciens français. A noter également que si le livre date d’une soixantaine d’années, il ne semble pas avoir pris une ride et aurait très bien pu, à quelques détails près, être rédigé par un auteur de notre époque.

Les petits plus…

Le livre est agrémenté d’illustrations plutôt sommaires, mais en totale adéquation avec son contenu permettant d’en renforcer le côté comique :

A noter également, des notes de bas de pages régulières qui sont bourrées d’humour et qui m’ont faite, à plusieurs reprises, bien sourire voire rire. Oui, vaut mieux ne pas lire le livre dans un endroit public sauf, éventuellement, à vouloir engager la conversation sur le parti Moi d’abord, qui bien qu’américain aurait sûrement de l’avenir en France.

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Le seul petit bémol…

La seule chose qui m’ait un peu dérangée, c’est que dès le préambule est fait mention d’un précédent livre de l’auteur : Cerveau à sornettes. Alors on peut comprendre Votez « Moi d’abord » ! sans l’avoir lu, mais je préfère, autant que faire se peut, lire les choses dans l’ordre.

Cela m’a donc un peu frustrée même si ce n’est pas à cause du livre, mais plutôt en raison d’une certaine rigidité de ma part sur ce point.

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Pour conclure, Votez « Moi d’abord » ! de Roger Price est une excellente surprise que j’aurais certainement ratée sans la masse critique Babelio. Par son style d’écriture simple, mais percutant et son cynisme à toute épreuve, l’auteur arrive à rendre son livre complètement addictif. Les thèmes abordés sont plutôt sérieux mais traités, en apparence, de manière tellement légère que vous ne verrez pas défiler les pages. N’ayez donc pas peur d’un ouvrage pompeux !

Je conseillerais cette satire à toutes les personnes ayant envie d’une lecture légère, mais porteuse de réflexion, sur le monde politique (politiciens et citoyens inclus). Écrit il y a une soixantaine d’années, ce livre prouve, les dernières élections américaines en étant un exemple frappant, que les choses n’ont pas forcément beaucoup évolué… Mais après la lecture de ce livre, vous serez au moins capable d’en rire ou d’essayer de faire évoluer les choses à moins que vous ne préfériez tenter la création d’un parti « Moi d’abord » !

 

Journal intime d’un chat acariâtre, Susie JOUFFA, Frédéric POUHIER

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J’adore les chats, certaines mauvaises langues vont même jusqu’à dire que j’en suis complètement gaga. Je ne pouvais donc que craquer pour le Journal intime d’un chat acariâtre de Susie Jouffa et Frédéric Pouhier publié par les Éditions First.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Journal intime d'un chat acariâtreDans ce livre à mourir de rire, découvrez le quotidien d’un chat hors du commun… et pourtant si réaliste ! Vous allez adorer le détester !

« Je me présente, je suis un petit chat de 6 mois, vif, intelligent, beau, facile à vivre et modeste. Après avoir bourlingué de foyer en foyer, je viens d’être recueilli par une famille tout à fait détestable. Je ne connais pas leur nom, appelons-les la famille Crétin, ça leur va à merveille. Je vais vous raconter mon quotidien. »

« Quand je m’ennuie, je mange. Quand je suis heureux, je mange. Quand je suis triste, je mange.
Mais qu’on ne vienne pas me dire que je suis gourmand, ça va m’énerver, et quand je suis énervé, je mange. »
« Si je devais résumer ma philosophie de vie en une phrase, ce serait :« Un esprit sain dans un coussin. » »

  • Poche: 160 pages
  • Editeur : First (20 février 2014)
  • Prix : 9,95 €

AVIS

Edgar est un peu un condensé de l’image que l’on peut avoir des chats, un animal qui érige la sieste en art, fait ce qu’il veut quand il veut, considère que son lieu d’habitation est le sien et non celui de ses maîtres (d’ailleurs, il n’a pas de maître mais des serviteurs), est obsédé par la nourriture…

Je rassure les gens qui n’ont pas encore de chats, les auteurs exagèrent volontairement le trait afin de rendre la lecture du journal intime de ce chat acariâtre très drôle et addictive. Mais je ne vous cache pas que j’ai retrouvé quelques comportements de mes deux félins adorés dans celui d’Edgar notamment en ce qui concerne Hardy et son amour obsessionnel pour la nourriture.

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La lecture du livre se révèle tellement prenante que ma résolution de n’en lire que quelques pages le soir s’est vite envolée. Je l’ai lu d’une seule traite confortablement installée dans mon canapé avec, cela va presque sans dire, M. Gribouille lové sur mes genoux. Mais rassurez-vous, pour ne pas qu’il prenne le titre du livre comme une attaque personnelle ou un message caché, j’ai veillé à le cacher.

On peut seulement regretter une certaine redondance dans les propos de notre cher Edgar, mais cela sied à merveille à l’anima « chat », être d’habitude dont la vie est organisée autour de ses repas et de ses siestes. De là à dire qu’un chat est un animal paresseux, il n’y a qu’un pas que, pour ne pas réveiller les susceptibilités félines, nous ne franchirons certainement pas.

En conclusion, je conseille Journal intime d’un chat acariâtre à tous ceux qui ont envie d’une lecture très légère et surtout pleine d’humour. Malgré son côté caractériel et son incroyable « modestie », Edgar est un chat attachant que vous prendrez plaisir à mieux connaître.

Pour ma part, j’ai déjà le tome 2 qui m’attend dans ma bibliothèque.

NOTE : 4,5/5

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