Mini-chroniques en pagaille #35

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Blue au pays des songes (tome 1) : La forêt envahissante de Davide Tosello ( Vents d’Ouest) :

Blue au pays des songes - Tome 01Si j’ai adoré l’ambiance onirique instaurée par l’auteur, j’avoue avoir été assez déstabilisée par l’histoire qui a un petit côté absurde à la Alice au pays des merveilles. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que sans le résumé qui est, pour le coup, très clair, j’aurais totalement su appréhender le contenu de cette magnifique BD. Cela ne m’a pas empêchée de me laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur, et d’être enchantée par les somptueuses illustrations, dont j’ai adoré les couleurs et les contours.

Nous suivons ici Blue, une jeune fille qui fuit une forêt sombre qui grandit et grignote tout ce qui se trouve sur son chemin, humains et maison y compris. Dans sa fuite, Blue sera accompagnée d’une baleine miniature enfermée dans un bocal, puis par un jeune garçon avec lequel elle désire se rendre à la cité de la tristesse, un endroit où il est possible d’échanger des larmes contre un vœu. Mais la route ne sera pas dénuée de dangers et de rencontres allant de surprenantes à fortement désobligeantes.

En plus d’être sublime et très rythmée, cette BD offre un très beau travail sur les songes, les cauchemars et n’est pas dénuée de messages importants, notamment sur la force de la magie, l’importance de croire en soi et la nécessité de connaître son passé pour construire son futur. Le passé de Blue nous apparaît d’ailleurs par petites touches à mesure qu’elle progresse dans son aventure…

En bref, La forêt envahissante nous offre un énigmatique, étrange et mystérieux voyage au pays des rêves, ou plutôt des cauchemars, en même temps qu’une aventure rythmée qui enchantera les yeux des lecteurs. Belle et intrigante, voici une BD que je ne peux que vous conseiller.


Les trois titres suivants sont proposés en accès libre sur NetGalley. Je remercie d’ailleurs le site et les maisons d’édition pour ces lectures.

  • La musique d’Édouard de Monika Filipina (Editions Crackboom !) 

Couverture La musique d’Edouard

J’ai tout de suite craqué devant la couverture que ce soit pour ses couleurs pleines de pétillants, l’illustration de couverture adorable, ou tous les animaux qui y sont représentés. Et je dois dire que j’ai été enchantée par cette belle histoire qui nous plonge en pleine jungle. On y découvre tout un panel d’animaux divers et variés qui partagent une passion commune : la musique. Mélomanes dans l’âme, ces animaux jouent donc chacun d’un instrument. Tous sauf le pauvre Édouard, un éléphant qui a tout essayé, mais qui s’est fait une raison : aucun instrument ne lui sied ou ne résiste à sa force.

Loin de se laisser abattre, il s’est donc transformé en soutien et fan inconditionnel de ses amis dont il écoute avec un plaisir non dissimulé les concerts en pleine jungle. Mais un jour, un petit contretemps va lui permettre de faire une surprenante et très belle découverte !

J’ai adoré cette histoire d’animaux mélomanes et j’ai été touchée par ce petit éléphant dont l’amour de la musique ne peut pas s’exprimer comme il le souhaiterait. Mais ce qui fait la beauté de cet album est la manière dont l’autrice permet aux enfants de comprendre qu’il faut toujours garder espoir et que chacun d’entre nous possède ses propres talents et dons. Une belle leçon d’espoir et de confiance en soi qui plaira autant aux enfants qu’aux parents et adultes.

À noter également, un petit récapitulatif des différents instruments joués par les animaux de l’album, un beau moyen de montrer leur variété aux enfants et de leur apprendre à bien les reconnaître/nommer. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de l’illustration de couverture : mignonnes à souhait, douces et colorées.

En bref, voici un très bel album jeunesse qui plaira aux amoureux des animaux et de la musique, et qui à travers un jeune éléphant montre que chacun d’entre nous possède un talent qui lui est propre et qui ne demande qu’à s’exprimer.


  • Les filles modèles – tome 1 : Guerre froide de Potvin, Morival et Bussi (Kennes éditions) :

Les filles modèles, BD tome 1 : Guerre froide (BD) par Potvin

Il s’agit ici de l’adaptation en BD du roman Les filles modèles que je n’ai personnellement pas lu.

Marie-Douce porte bien son nom. Gentille et adorable, elle réserve un très bon accueil à Laura, sa nouvelle demi-sœur avec qui elle va devoir partager sa chambre. Il faut dire qu’en fille aimante, elle est prête à tout pour que son père soit heureux avec la mère de Laura, sa nouvelle compagne. Malheureusement pour elle, Laura n’est pas dans les mêmes dispositions et ne possède pas un caractère aussi conciliant. Franchement odieuse, elle fera tout pour se montrer désagréable dans l’espoir de pouvoir déménager, et de se tenir éloignée de mademoiselle Barbie et de son agaçant et trop parfait père.

Si j’ai trouvé Laura franchement agaçante, elle évoluera en cours d’aventure et apprendra à mettre sa colère de côté pour se rendre compte que Marie-Douce n’est peut-être pas la fille naïve et insipide qu’elle pensait. Une jolie manière pour l’autrice de montrer qu’il faut se méfier des apparences et qu’il est toujours dangereux de cataloguer des individus du seul fait de ses aprioris.

Quant à Marie-Douce, elle se révèle d’emblée attachante et touchante, notamment dans son envie de bien faire et d’assurer une certaine harmonie au sein de sa famille recomposée. J’ai également apprécié que l’on nous montre que l’on peut être très gentille, aimer le rose et la danse, mais aussi avoir une certaine force de caractère et être douée dans les sports de combat. Une image qui sort clairement des stéréotypes que l’on a coutume de voir.

Le début de la BD m’a bien plu, avec notamment cette confrontation entre deux jeunes filles à la personnalité diamétralement opposée, mais unies par le même amour pour leur animal de compagnie, un chien pour l’une, et un chat pour l’autre. Néanmoins, si j’ai apprécié que l’un des personnages offre une leçon de vie à Laura, qui en avait clairement besoin, j’ai trouvé le moyen de le faire assez mesquin, voire humiliant. Pas certaine que dénoncer un comportement problématique au moyen d’un comportement qu’il l’est tout autant soit très pertinent… 

Mais c’est peut-être toute l’intrigue amoureuse qui se dessine qui m’a le moins intéressée, étant probablement trop âgée maintenant pour ce genre de schéma et de retournement de situation. Je reconnais toutefois que ce point et la manière dont il est amené devraient séduire les jeunes lectrices. Et je dis lectrices parce que la BD est somme toute connotée très girly, que ce soit au niveau des personnages, de leurs sujets de conversation ou des tons pastels des illustrations. Des illustrations dont j’ai d’ailleurs apprécié les couleurs et la douceur.

En bref, Les filles modèles est une BD qui plaira aux adolescentes en quête d’une histoire mêlant rivalités entre deux jeunes filles devant apprendre à vivre ensemble, amitiés et prémisses d’une histoire d’amour qui s’avère compliquée ou, du moins, délicate.


  • Mé en vré il fo mangé koi ? de Cédric Yout (Publishroom Factory)

Couverture Mé en vré il fo mangé koi ?

Contrairement aux ouvrages précédents, la couverture ne m’a pas inspirée plus que cela et j’avoue que le titre en langage SMS aurait eu plutôt tendance à me faire fuir. À l’inverse, le résumé a attiré toute mon attention, la question de l’alimentation m’intéressant.

Avant d’aller plus loin, je préfère préciser que l’ouvrage n’est pas un album, mais plutôt un mini guide très accessible qui aborde succinctement différents points liés à l’alimentation : les bénéfices apportés par une bonne alimentation, les différents « personnages » de l’alimentation (lipide, glucides, vitamines)… et leurs effets positifs ou négatifs sur le corps ainsi que les aliments où on peut les trouver… On évoque aussi le sport, l’importance de ne pas se jeter sur les plats préparés, l’application Yuka, quelques exemples de petits-déjeuners (avec la tendance française à trop insister sur les glucides, le combo pain/miel ou confiture étant quelque peu déconseillé…) et l’auteur propose même une petite visite des rayons des supermarchés avec quelques recommandations de fréquence de consommation.

En bref, si le fond est intéressant, il m’a semblé qu’il faudrait peut-être revoir quelques passages et faire un bref rappel sur le fait que l’alimentation est l’un des facteurs qui joue sur le poids et qu’à ce titre, il est important d’être bien renseigné sur le sujet, mais qu’il y a d’autres variables à considérer. Mis à part ce bémol, ce guide se révèle très accessible et offre un premier pas intéressant pour sensibiliser les adultes et surtout les enfants au thème de l’alimentation et de l’importance de l’équilibre alimentaire.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous déjà lus ?

Risibles ! (mondes cruels et destins déroisoires), Jean Allouis #ProjetOmbre

Parfois absurdes, souvent cruelles, mais toujours d’un humour décapant, ce sont les vingt histoires de ce recueil.

Risibles ! donne le premier rôle à toute une palette de personnages décalés qu’on n’est pas près d’oublier. Qu’il s’agisse de la comédienne shakespearienne contrainte à tourner dans des blockbusters stupides, de l’homme dépressif inscrit à un stage de perfectionnement au suicide ou de la femme qui souffre d’un sulfureux dédoublement de la personnalité digne des Liaisons dangereuses, impossible de ne pas succomber à l’envie de connaître le pourquoi du comment (… et sa chute, bien sûr).

AVIS

À la recherche d’une ou de plusieurs nouvelles humoristiques pour le thème d’avril du Projet Ombre (humour), j’ai sauté sur ce recueil de nouvelles disponible en téléchargement libre sur NetGalley. Trois des nouvelles sont également proposées gratuitement en version audio sur Soundcloud, sous le titre Petites Histoires Curieuses, Cruelles et Cocasses).

Avant de parler brièvement de chacune des 20 nouvelles, je peux vous dire que le fil conducteur de l’humour est bien présent que ce soit de manière claire et nette ou plus subtile. L’auteur alternant entre cynisme, ironie, humour noir et parfois bien plus bon enfant… il y en a pour tous les goûts, ce que j’ai fortement apprécié, même si certains propos m’ont parfois gênée. Mais on peut imaginer que la désinvolture assumée avec laquelle sont traités certains sujets est également une manière de les dénoncer. Dans tous les cas, l’auteur possède indéniablement une belle plume qu’il sait moduler en fonction des thématiques et des effets recherchés.

Je me suis donc prise au jeu de ces nouvelles, étant à chaque fois impatiente de partir à la rencontre de personnages bien souvent hauts en couleur, parfois attachants, d’autres fois quelque peu antipathiques, énigmatiques, surprenants...  Aucun ne vous laissera donc indifférent. 

Que ce soit en raison des personnalités de chacun, de l’histoire ou des thématiques abordées, toutes les nouvelles ne m’ont pas forcément plu ou convaincue. J’ai donc décidé de les classer en fonction de mon appréciation globale, ce qui vous permettra éventuellement de porter attention aux textes qui m’ont semblé les plus prometteurs, à moins que vous ne préfériez vous concentrer sur ceux qui ne m’ont pas convaincue, mais qui pourraient tout à fait vous convenir…

Certaines chutes font leur petit effet, mais j’aurais peut-être apprécié que les fins soient plus marquantes. Ce n’est pas un point négatif en soi, juste l’expression de mon appétence pour les nouvelles à chute, car ce sont celles dont je me souviens le plus longtemps et que je trouve les plus savoureuses.

À noter que si l’humour est en trame de fond, il y a des thématiques qui reviennent régulièrement comme la famille, les problèmes conjugaux et l’art sous ses différentes formes.


TOP 3

L’étrange cas d’Anne Noblet : dès les premiers mots, j’ai su que j’allais adorer cette nouvelle et je ne m’étais pas trompée. À travers des extraits du carnet d’Anne Noblet et du journal du célèbre docteur Charcot, on assiste à une terrible bataille intérieure. Je préfère garder un certain mystère pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais avec cette nouvelle, l’auteur nous prouve son talent pour manier la langue française avec malice et poésie. Il possède, en outre, un côté théâtral qui n’a pas été pour me déplaire. Probablement ma nouvelle préférée de ce recueil !

Un courrier de ministre : afin de le remercier de ses trente ans de bons et loyaux services, la direction d’une entreprise de fromages nomme Auguste Directeur de la Qualité et du Suivi. Un titre ronflant dont notre directeur va assez vite découvrir la vacuité. Mais pas de panique, quand les lettres des clients se tarissent et qu’il n’a plus rien à faire, il va trouver une solution assez cocasse qui ne manque ni de charme ni d’originalité. Moins truculente que la précédente, l’intérêt de cette nouvelle réside, du moins pour moi, dans la personnalité attachante du protagoniste : un homme, puis un retraité entièrement dévoué à son entreprise, qui a su trouver un palliatif assez original à l’ennui et à la solitude.

Didascalies : une nouvelle particulièrement savoureuse dans laquelle un auteur dramatique à succès et reconnu dans le monde du théâtre règle ses comptes de manière aussi malicieuse qu’intelligente. S’il y avait une morale à cette histoire que j’ai adorée, ce serait bien « tel est pris qui croyait prendre« . Quand l’art se met au service d’une douce et pernicieuse vengeance…

ELLES M’ONT TOUCHÉE

Le Maître des mariages : passer du roi des mariages à celui des enterrements, il n’y a qu’un pas… qu’a franchi allègrement notre protagoniste. Après tout, n’est-il pas question d’émotion dans les deux cas ? Et avec son talent inné pour élaborer les plus exquises et touchantes playlist, on peut dire que notre maître des cérémonies sait en véhiculer de l’émotion… Si la chute m’a perturbée pour des raisons personnelles, j’ai apprécié ce voyage dans la vie d’un personnage qui a su donner une certaine beauté à la mort, et trouver dans la musique une forme d’ultime hommage, que ce soit volontaire ou non.

La femme dans l’ascenseur : il y a des gens pas physionomistes pour un sou et parfois inconvenants, du genre à vous fixer dans l’ascenseur ! De fil en aiguille, on suit les digressions et autres pensées d’une femme sur les autres personnes qu’elle rencontre, qu’elle côtoie, sur son fils, son mari qui n’est plus… jusqu’à la chute que l’on pressent arriver, et dont l’on devine les contours avant la fin, mais qui n’en demeure pas moins très touchante.

ELLES M’ONT PLU

Murano : une fois sa femme et sa fille parties vers d’autres horizons, notre narrateur a le temps de meubler son temps comme il le souhaite. Et c’est donc tout naturellement qu’il décide de le passer en compagnie… de son énorme lustre de Murano, objet de dissension dans son ancien couple, objet d’une étrange fierté pour lui. Entre tentatives d’apaisement, envie de flatter l’ego de cet objet surdimensionné et essais de conversations peu concluants, se noue une étrange relation, teintée d’absurde, entre un homme esseulé et un lustre personnifié en ami menaçant... Voici une nouvelle non dénuée d’humour et dont la chute, dans tous les sens du terme, fut brutale !

Quand j’arrivais à la Continental : ou quand le passé rattrape une ancienne star du cinéma français, dont le comportement sous l’Occupation rappelle que derrière le strass et les paillettes se cache parfois la plus ignoble des laideurs. Cette nouvelle, dans laquelle un homme est bien décidé à mettre une femme face à la vérité et à l’horrible personne qu’elle a été, ne devrait pas manquer de vous marquer. De fil en aiguille, le ton léger, presque badin, laisse place à un propos plus fort et acerbe qui nous replonge dans une période de notre histoire bien sombre… Mais les crimes ne restent pas tous impunis et l’heure de la vengeance a sonné !

Une courte apparition : quoi de mieux pour oublier la pénibilité d’un plateau de tournage loin de chez soi, et auprès d’un metteur en scène un peu trop familier et sûr de lui, qu’une brève mais marquante apparition ? En plus de cette ambiance magie du cinéma, ou plutôt tracas de la vie d’acteur, j’ai apprécié l’ironie qui se dégage d’une rencontre entre un acteur et une actrice dont la personnalité, dirons-nous avenante, est aux antipodes du rôle qu’elle interprète…

Je m’appelle Laura : dans cette nouvelle, on parle coming-out, tentative de suicide, pédophilie, réseaux sociaux... Des thématiques fortes, mais que l’auteur a su introduire dans un texte qui fait sourire grâce à la jeune narratrice, une enfant de 8 ans et demi qui a une vision assez naïve et très pragmatique des événements, rendant le tout assez cocasse. Pour ma part, j’ai trouvé le texte intéressant, et si je ne suis pas certaine que la manière dont les parents gèrent la situation soit la plus pertinente qui soit, j’ai, en revanche, apprécié qu’ils rappellent à leur enfant que le plus important est qu’il soit heureux.

Une loge aux Italiens : si Constance vit déjà comme une séance de torture l’Opéra qui se déroule sous ses yeux, contrairement à son mari et à une lointaine cousine qu’il veut déniaiser sur le plan artistique, il s’entend, ses sentiments ne s’améliorent guère quand elle est frappée par l’évidence. J’ai aimé le retour dans le passé, la maîtrise avec laquelle l’auteur décrit le drame qui se joue sur scène, mais aussi dans la vie d’une femme rattrapée par les années et la jeunesse d’une nouvelle fleur prête à éclore.

Rock Critic : un critique de rock pas tendre avec les groupes et artistes dont il n’apprécie pas la musique, et c’est un euphémisme, va faire une désagréable rencontre, une de celles qui frappent, avant de faire la connaissance de figures emblématiques du rock que tout le monde croyait disparues. Si j’ai deviné la chute avant la fin, j’ai apprécié le mordant de la nouvelle et le ton cinglant des avis de notre critique et de son acolyte. Un duo qui dit ce qu’il pense et sans y mettre les formes !

J‘ai tout raté : de quoi peut bien de plaindre un parolier richissime solidement installé ? De ne pas être pris au sérieux par des personnes qui refusent de reconnaître son talent pour écrire des œuvres plus nobles que des chansons populaires. Mais ça, c’était avant d’avoir une idée de génie… Une idée impliquant un homme d’abord réticent, puis franchement enthousiaste. Il faut dire que si l’échange de procédés n’est pas sans risque, il  n’en demeure pas moins très tentant. En effet, difficile de résister à la gloire et à la reconnaissance de ses pairs même si elles sont temporaires ! Je n’aurais pas été contre quelques pages de plus, et une fin avec plus de panache, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette nouvelle.

Le suicide est un sport trop risqué (pour qu’on l’autorise à ceux qui ne l’ont encore jamais pratiqué) : si en France, la question du suicide assisté demeure un sujet tabou, ici l’auteur prend le contre-pied en abordant cette thématique de manière décomplexée. Notre narrateur en assez de la vie ? Pas de souci, une solution lui est proposée en la forme d’un stage de préparation au suicide. Parce que quitte à laisser la vie derrière soi, autant le faire avec panache ! Au programme, étude des différentes voies de sortie : pendaison, arme à feu, arme blanche, noyade… Il n’y a plus qu’à faire son choix. Mais notre protagoniste est-il certain de vouloir tirer sa révérence ? Cette nouvelle ne manque pas de cynisme et sa chute d’une ironie cinglante m’a beaucoup plu.

Première nouvelle ! : un jeune auteur de 72 ans, notre protagoniste aime la formule, laisse cours à sa fibre créatrice et écrit sa première nouvelle, dont nous avons la chance de lire des extraits. Il imagine la réception de son texte, les invitations pour en parler, mais aussi les critiques, avant d’en tirer une certaine conclusion… En voici une nouvelle qui nous plonge avec aplomb dans les affres de la création et nous prouve qu’on n’est jamais plus critique qu’avec soi-même !

SYMPATHIQUES MAIS IL M’A MANQUÉ UN PETIT QUELQUE CHOSE

Paradis Terrestre : Léopold, homme quelque peu certain de ses qualités, a une vie et des nuits parfaitement ordonnées, millimétrées et organisées, du moins jusqu’à ce qu’un grain de sable ne vienne enrayer une machine pourtant bien huilée… J’ai surtout apprécié cette nouvelle pour la nature et la personnalité du grain de sable dont le passé difficile nous est progressivement dévoilé. Quant à la fin, sans offrir une chute rocambolesque, elle m’a bien plu et promet des instants difficiles pour Léopold.

Sparadrapbien plus longue que les autres, cette nouvelle nous présente différents personnages qui, comme on le découvre en cours de lecture, sont tous liés. J’ai tout de suite ressenti un certain attachement pour Monsieur Paul, un vieillard peut-être pas si ronchon que cela, et pour Sparadrap, surnom donné à une infirmière qui panse les cœurs en plus des corps. J’ai un peu moins été touchée par sa petite amie, Laura et encore moins par La Pieuvre, le patron aux mains baladeuses de Laura. De fil en aiguille et au gré de leurs péripéties, bien souvent surprenantes, les liens entre ces différents personnages se resserrent, permettant à chacun d’évoluer… J’ai néanmoins été moins convaincue par le chapitre 4 qui m’a paru « too much ». C’est bien sûr personnel, mais je pense que j’aurais gardé un bien meilleur souvenir de cette nouvelle si elle s’était arrêtée à un événement qui marquait autant une fin qu’un commencement, d’autant que certains revirements de personnalité m’ont semblé forcés et incohérents. On notera néanmoins la construction originale de cette nouvelle autour de plusieurs chapitres, dont chacun porte un intitulé plutôt parlant et non dénué d’humour. 

Laurel Canyon : actrice de théâtre au début de carrière prometteur, Laurel passe maintenant ses journées à jouer seule devant un fond vert pour une superproduction Marvel, auprès de grandes stars qu’elle ne côtoie quasiment pas. Il y a plus stimulant dans la vie d’une actrice ! Mais finalement, n’est-ce toujours pas mieux que de rentrer chaque soir pour retrouver une famille avec des problèmes qui, hélas, ne se règlent pas à coup d’effets spéciaux ? Il y a un certain désabusement dans ce texte qui, en plus de pointer l’évolution du métier d’acteur de cinéma, a le mérite de montrer que les acteurs et actrices sont des personnes comme les autres…

Quelqu’un a vu Jack ? : en assistant à une scène gênante, mais à l’étrange pouvoir hypnotique, notre protagoniste n’aurait jamais pensé être frappé par un sentiment duquel il s’était toujours tenu à l’écart, avant de renouer de la plus incongrue des façons avec une vieille connaissance. Le hasard a parfois des coïncidences qu’il est préférable de ne pas questionner, mais plutôt de savourer. La nouvelle est bien écrite, mais j’avoue que tout ce qui touche aux relations de couple ne m’intéresse guère… J’ai néanmoins apprécié la manière dont l’auteur a su nouer habilement présent et passé.

ELLES M’ONT LAISSÉE INDIFFÉRENTE

Tu me manques : pas facile d’essayer de suivre une série d’enquêtes so british à la télé tout en tentant vaguement de répondre à une ex plaintive au téléphone, tout ça pendant que votre compagne prépare un gratin dans la cuisine… Mais quand il faut, il faut. Je n’en dirai pas plus, n’ayant pas particulièrement accroché à cette nouvelle.

Et qu’on parle un peu de lui... : on alterne entre trois personnages : la femme trompée pour la énième fois, le mari volage et complètement indifférent au mal qu’il fait à sa femme, et la dernière maîtresse en date bien dépitée de ne pouvoir présenter son amant à ses parents. C’est que ça ne se fait pas ! Si comme pour les autres nouvelles, la touche d’humour est appréciable, la thématique principale et son traitement ne m’ont pas passionnée et l’absence de chute ne m’a pas permis de terminer la lecture sur une note plus positive…

Je remercie l’auteur, la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

AVIS

Découvrez mon avis sur le premier tome : Robilar ou le Maistre Chat : Miaou !!

Je crois que j’ai encore plus aimé ce tome que le précédent ! On y retrouve l’humour de la première aventure, mais avec un côté engagé auquel je ne m’attendais pas et qui m’a enchantée.

Robilar est bien embêté : l’ogre qu’il a assis sur le trône déprime, et ce ne sont pas les bouffons du château qui l’aident à retrouver le sourire. Alors bien que cela ne l’enchante guère, il accepte de lancer un concours de princesses avec l’espoir que le baiser de la gagnante permette à notre ogre de retrouver son apparence humaine et, avec un peu de chance, le moral. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu, les princesses ayant toutes une forte personnalité, et c’est un euphémisme. De l’intello à la garce, en passant par l’alcoolique, les profils sont variés et difficiles à gérer, d’autant que chaque candidate est accompagnée de son animal domestique. Or comme Robilar, ces animaux ne se contentent pas de roucouler, ronronner ou faire tout autre bruit, ils réfléchissent et sont bien décidés à soutenir leur maîtresse respective… 

Notre Robilar, pourtant si intelligent et roublard, ne risque-t-il pas de trouver adversaire à sa taille en même temps que quelque chose d’autre, une chose qui pourrait bien adoucir le plus implacable des chats ? De nouveau, on rit beaucoup avec cette BD : des références à des personnes ou à des mouvements, un mélange savoureux de vielles expressions avec des expressions bien plus actuels et au charme bien plus incertain, des retournements de situation, un anthropomorphisme particulièrement bien exploité, des magouilles…

Mais ce qui m’a vraiment plu est la manière dont on revient sur ces contes qui ont bercé notre enfance pour les détourner et ainsi en dénoncer leurs fondements sexistes et réducteurs. Bien sûr, ils ont été écrits à une époque où la condition de la femme était bien différente, mais cela n’empêche pas d’en offrir une critique constructive, d’autant qu’ils continuent de bercer des générations d’enfants. Des enfants qui ne sont pas vraiment en mesure de comprendre en quoi derrière de belles histoires, se cachent des injustices et des stéréotypes. Alors, en tant que femme, j’ai adoré voir ces princesses qui sortent des clichés, et qui finissent par faire valdinguer les conventions afin de réfléchir à ce qu’elles désirent vraiment. Et ce n’est pas forcément un prince, un château, des enfants, du tricot ou toutes ces activités et choses que l’on associe volontiers aux princesses et aux femmes.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par la fin qui m’a beaucoup émue. On découvre ainsi le drame vécu par un couple homosexuel séparé par les bien-pensants, la religion et des personnes incapables d’accepter que l’amour, ce n’est pas qu’entre un homme et une femme. À cet égard, la fin représente pour moi ce que devrait être la fin de chaque conte parlant d’amour : l’union entre deux personnes qui s’aiment et qui s’acceptent telles qu’elles sont. Quant à Robilar, il semblerait que d’autres aventures l’attentent, et je peux vous dire que je suis impatiente de les découvrir !

En conclusion, avec ce deuxième tome, l’auteur confirme son talent pour détourner avec facétie et humour des contes qui ont bercé notre enfance afin de nous proposer une aventure haute en couleur, mêlant avec un certain aplomb tradition et modernité. Truculent, coloré et savoureux, voici un ouvrage à ne pas manquer !

My teen romantic comedy is wrong as I expected (tome 1), Io Naomichi, Wataru Watari et Ponkan 8

Le jeune Hachiman a une vision des plus pessimistes de la vie. De toute façon, sa situation actuelle ne le pousse guère à déborder d’optimisme : pas d’amis, pas de petite amie et une capacité à envisager l’avenir totalement nulle. Néanmoins, ses ennuis ne font que commencer : déjà forcé à se remettre en question, Hachiman apprend qu’il doit coopérer avec Yukino une élève aussi brillante que sarcastique et antipathique, qui ne lui laissera aucun répit. La rencontre de ces deux lycéens aux caractères si différents risque de créer des étincelles !

Ototo (21 septembre 2018) – 164 pages – 6,99€

AVIS

C’est en voulant ajouter ce manga dans mes lectures sur Livraddict que j’ai réalisé l’avoir déjà lu en 2019. Je n’en gardais absolument aucun souvenir, ce qui est étonnant parce que j’ai bien apprécié ce premier tome mettant en relation deux loups solitaires : Hachiman, un lycéen quelque peu blasé de la vie, et Yukino, une brillante et sublime lycéenne, dont la perfection lui a valu d’être ostracisée par les autres filles.

Ces deux lycéens, qui préfèrent encore le confort de la solitude aux platitudes et faux-semblants de relations amicales codifiées, sont contraints de travailler ensemble au sein d’un club venant en aide aux personnes qui en font la demande. Alors qu’ils ne sont pas enchantés par cette collaboration forcée et qu’ils doutent qu’on vienne les solliciter, ils font face à leurs premières demandes. La première émane de manière assez surprenante d’une élève très populaire, et la suivante d’un écrivain en herbe désespéré d’être lu et de récolter des avis, qu’ils soient positifs ou non.

J’ai beaucoup aimé la personnalité de nos deux héros qui, derrière leur cynisme et une certaine froideur, se révèlent plutôt attachants. On comprend assez vite que contrairement à ce qu’il laisse entendre, Hachiman n’est pas aussi allergique aux interactions sociales que cela. Il n’est juste pas très doué avec les autres, et le fait d’avoir été absent les premières semaines de la rentrée ne l’a pas aidé à s’intégrer. Une fois les groupes formés, il est bien souvent difficile d’y entrer, à moins d’être un être très sociable, ce qui est loin d’être son cas. En grande réservée et phobique sociale que je suis, j’avoue m’être parfois reconnue dans ce lycéen, bien que tout son délire autour des « life » m’ait laissée sceptique. Pour faire court, il tend à mépriser les jeunes qui veulent profiter à fond de leur jeunesse… Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce rejet bien plus un petit fond de jalousie qu’un véritable mépris. À l’inverse, je partage complètement son aversion de cette échelle sociale qui tend vite fait à séparer les personnes « cool » des autres.

Quant à Yukino, c’est son franc-parler qui m’a plu. Elle ne veut pas particulièrement être blessante, sauf peut-être avec Hachiman, mais elle ne mâche pas ses mots, chose qui plaira à une élève populaire. En effet, notre bénévole, par son honnêteté, va lui montrer l’importance d’être soi et de ne pas chercher à tout prix à vouloir se fondre dans la masse, sous peine d’y perdre son âme. Une jolie leçon à un âge où s’intégrer signifie parfois renoncer à ses propres particularités… Au fil des pages, Yukino, une fille brillante et belle, nous dévoile une partie de son passé, ce qui nous permet de comprendre sa manière bien à elle de ne pas se mêler aux autres qui ne lui ont jamais fait de cadeau. On pourra parfois la trouver un peu prétentieuse, mais cela fait partie de son charme : plutôt que de se cacher derrière une fausse modestie, elle énonce les faits tels qu’ils sont, point !

La relation chien/chat entre nos deux bénévoles ne manquera pas de vous faire sourire en plus d’apporter pas mal de piquant et de panache à l’intrigue. Quant aux illustrations, elles m’ont enchantée. J’ai adoré la rondeur des traits, la beauté des dessins, le jeu sur les visages et les expressions volontairement appuyées… L’ambiance graphique vaut à elle seule que l’on donne sa chance à cet ouvrage atypique que je serais curieuse de découvrir sous sa forme romancée, l’histoire existant sous forme de light novels.

En conclusion, si vous avez envie d’un manga amusant qui vous plonge au cœur de la vie lycéenne, mais dû côté des laissés-pour-compte, ce titre est fait pour vous. Dans une ambiance pleine de piquant, on se prend au jeu de ce club de volontaires, pas très volontaires, qui vient en aide aux autres et l’on a hâte de découvrir les requêtes des personnes qui en franchiront les portes… Léger et drôle, un manga parfait pour un moment de divertissement sans prise de tête !

Mini-chroniques en pagaille #31

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Prunelle : La fille du cyclope de Vicky Portail-Kernel et Cédric Kernel (Ankama)

Couverture Prunelle, tome 1 : La Fille du Cyclope

Condamnés, après une petite bêtise, à réaliser quatre quêtes épiques, Prunelle, moitié-cyclope et moitié-muse, le Minotaure et Héraclès partent à l’aventure. Ils devront collaborer pour faire face aux multiples défis et dangers ainsi qu’aux créatures et grandes figures mythologiques qui croiseront leur route.

Une divinité semble, en outre, bien décidée à mettre des bâtons dans les roues de la jeune et fine équipe. Et elle s’y prend plutôt bien, mais peut-être pas assez pour venir à bout de la chance insolente de nos jeunes amis, ni de leurs talents conjugués. Les enfants et les adultes appréciant la mythologie grecque devraient savourer cette aventure colorée et pleine de peps menée tambour battant. Les aventures, les combats et les différents affrontements s’enchaînent sans temps mort, ce qui ne laisse aucune place à l’ennui.

Une belle place est également accordée à l’humour que ce soit à travers quelques comiques de situation ou les traits volontairement forcés des personnages. À cet égard, le côté « tout dans la cervelle, rien dans les muscles » d’Héraclès ne manquera pas de faire sourire. Le demi-dieu a, en effet, une légère tendance à foncer dans le tas avant et de réfléchir après, mais reconnaissons que cela semble lui porter chance ! Prunelle se révèle, quant à elle, bien plus réfléchie, et joue un peu le rôle de la voix de la raison au sein de l’équipe. Sa relation avec sa mère, une muse quelque peu égocentrique, n’est pas non plus dénuée d’intérêt, tout comme la petite morale de fin : l’expérience est importante, mais l’éducation n’en demeure pas moins nécessaire.

Les dessins très colorés et dynamiques participent indéniablement au plaisir que l’on prend à découvrir cette aventure rondement menée. On appréciera également, en fin d’ouvrage, quelques pages présentant certains héros et autres créatures mythologiques. Un rappel qui pourra d’ailleurs guider la lecture des plus jeunes.

En bref, voici une plongée sympathique et amusante en pleine mythologie grecque !


  • Enola & Les animaux extraordinaires : le griffon qui avait une araignée au plafond de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier (les éditions de la Gouttière) :

Couverture Enola & les animaux extraordinaires, tome 6 : Le griffon qui avait une araignée au plafond

Je suis la plus grande fan de cette série jeunesse mettant en scène une vétérinaire pour animaux légendaires et extraordinaires. Et si tous les tomes m’ont plu, j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci qui aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les cirques avec animaux. J’aime beaucoup les arts du cirque, mais ceux qui n’impliquent pas l’exploitation d’animaux sauvages dont la place est dans la nature et non dans une cage et/ou sur une scène.

Une réalité qui nous frappe de plein fouet avec l’histoire de ce griffon qui s’est blessé lors d’un spectacle et que son propriétaire veut vite remettre au travail, nonobstant ses blessures. C’est que business est business ! Et notre directeur de cirque n’a pas de temps à perdre avec le bien-être animal qui ne rapporte rien. Bien sûr, l’image est poussée à l’extrême, mais elle n’en demeure pas moins vraie : les spectacles avec animaux sont d’une cruauté sans nom que rien ne pourrait  justifier, et certainement pas l’appât du gain… Méprisable, notre directeur va néanmoins recevoir une belle leçon de la part de notre vétérinaire bien décidée à soigner notre griffon avant de lui rendre sa liberté.

En plus d’une histoire très touchante et des illustrations toujours aussi sublimes, il y a un réel travail de sensibilisation réalisé dans ce tome qui évoque aussi bien le problème des cirques avec animaux que le travail de réhabilitation des animaux élevés en captivité. Tout en condamnant fermement et légitimement l’exploitation des animaux, l’auteur nous offre également une belle bouffée d’espoir à travers notamment une jeune femme qui va réaliser que sa sincère affection pour son griffon ne saurait venir combler les besoins d’un animal sauvage. Aimer signifie parfois littéralement laisser l’autre s’envoler…

En bref, si la protection animale vous tient à cœur et/ou que vous avez envie d’une belle lecture, Le griffon qui avait une araignée au plafond est fait pour vous ! Le ton est pédagogique, l’histoire émouvante et la fin une magnifique ode à la liberté animale.


  • Simon Portepoisse (tome 1) d‘Antoine Dole et Bruno Salome, (Actes Sud Junior) :

Couverture Simon Portepoisse, tome 1 : Petits malheurs en famille

Dans une ambiance colorée et quelque peu loufoque, nous découvrons le jeune Simon qui a le malheur d’appartenir à une famille de monstres. Et si je dis le malheur, c’est parce que notre protagoniste n’a guère envie de perpétuer la tradition familiale : porter la poisse aux humains. Il n’a néanmoins pas le choix et doit s’acquitter, en compagnie de Monsieur Georges, un chat noir qui parle, de sa première mission : empêcher la famille Chouquette de partir en vacances.

Mais sur place, il va vite découvrir que les membres de cette famille, qui m’a un peu fait penser aux Tuche, ne seraient peut-être pas si mécontents que cela de rester chez eux et d’éviter de passer du temps ensemble. Une situation inacceptable autant pour Simon qui aimerait apprendre à cette famille le plaisir du vivre-ensemble que Monsieur Georges qui tient à ce que le premier ticket-poisse de son protégé soit correctement distribué. Or, apparemment, priver les Chouquette de vacances serait plus un cadeau qu’une malédiction…

Avec beaucoup d’humour et de facétie, l’auteur plonge les lecteurs dans l’envers du décor de la poisse et de toutes ces superstitions tournées en dérision. De fil en aiguille, on réalise que les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres et que si la malchance existe, elle peut servir de tremplin pour rebondir et transformer le négatif en quelque chose de positif. Tout n’est qu’une question de perspective, après tout !

Au-delà des gags plutôt efficaces, notamment pour un jeune public, on appréciera le duo enfant/chat parfaitement complémentaire et attachant. Quand l’un, sensible et gentil, ne pense qu’à faire le bonheur des humains, l’autre cherche à tout prix à faire leur malheur. Mais on pardonnera volontiers à notre oiseau de malheur cet excès de méchanceté, puisqu’il faut bien quelques moments difficiles pour pouvoir apprécier les moments de félicité. Et puis, Simon est tellement adorable qu’il compense largement toute cette poisse que ses proches, Monsieur Georges inclus, se font un malin plaisir à distribuer aux humains.

En bref, si vous avez envie d’une petite lecture jeunesse colorée, divertissante et pleine d’humour, Simon Portepoisse devrait vous plaire.


Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?

109 rue des soupirs : Fantômes sur le grill (tome 2) , Mr Tan et Yomgui Dumont (illustrations)

Couverture 109, rue des Soupirs, tome 2 : Fantômes sur le grill

À défaut de pouvoir profiter de ses parents toujours absents, Elliot passe du temps avec sa nouvelle famille, les fantômes Eva, Angus, Amédée et Walter.
Cette fois, un redoutable inspecteur du CRI (Commission des Revenants Inadaptés) débarque au 109 pour contrôler que la maison est correctement hantée… Ce qui n’est pas tout à fait le cas, étant donné la bienveillance des fantômes envers Elliot. Ceux-ci vont devoir redoubler d’imagination pour faire croire à l’inspecteur qu’ils sont terrifiants : pièges, tortures et hurlements à tous les étages.
C’est sans compter le retour de la chasseuse Ulrika Von Paprika… Comment faire peur et être discrets à la fois ?!

Une nouvelle histoire à mourir… de rire !

Casterman (3 juin 2020) – 128 pages – 10,90€

AVIS

Fantômes sur le grill s’inscrit exactement dans la même lignée que le premier tome, Fantômes à domicile, que j’avais adoré : des fantômes, de l’humour à la pelle, de la bonne humeur à gogo, de l’action, des péripéties, le tout dans une belle ambiance gothique qui passe, entre autres, par les dessins de Yomgui Dumont. Des dessins toujours aussi dynamiques et d’une rondeur bon enfant qui souligne le côté amusant de l’histoire et de ses personnages hauts en couleur.

Quel plaisir de retrouver Elliot et sa bande de joyeux lurons fantomatiques : Walter, le cowboy rentre-dedans, Angus, le poète avec un talent tout relatif, Eva, la cantatrice mère poule et Amédée, l’adolescente du groupe. Des personnalités très variées pour des échanges pleins de piquant et quelques chamailleries qui ne remettent néanmoins jamais en question la force des liens qui unissent ces fantômes terriblement amusants et attachants. Des fantômes au bon cœur qui servent un peu de famille à Elliot, un petit garçon complètement délaissé par ses parents qui se montrent plus intéressés par le travail que par leur fils…

On peut donc comprendre que nos personnages sont sur le pied de guerre quand une menace, si ce n’est une double menace, vient mettre en péril leur cohabitation. Ils doivent ainsi faire face au retour d’une célèbre chasseuse de fantômes bien décidée à prouver que la maison d’Elliot est hantée, et l’arrivée impromptue d’un inspecteur de la Commission des Revenants Inadaptés, qui a le pouvoir de chasser nos fantômes de la maison. Une situation complexe à gérer pour nos héros qui vont devoir faire preuve de débrouillardise et d’inventivité. C’est que, voyez-vous, il est hors de question que quelqu’un, qu’il soit vivant ou mort, vienne troubler la vie au 109 rue des soupirs ! Du moins, pas plus qu’elle ne l’est déjà…

Avec beaucoup d’humour et une joie toute communicative, l’auteur nous offre une histoire truculente à souhait, alternant entre les dangers, les péripéties, les moments de tendresse, les bons jeux de mots et les allusions détournées au monde des vivants. Il en résulte une aventure diablement savoureuse qu’on lit d’une traite, le sourire aux lèvres. Cette série jeunesse à l’ambiance délicieusement gothique est d’ailleurs l’une de mes préférées. On s’amuse, on houspille les méchants, on s’enthousiasme auprès de nos personnages de leurs plans, on croise les doigts pour que tout finisse bien et on referme l’ouvrage avec, en tête, un tonitruant : vivement la suite !

Pour ma part, en plus des gags et de l’ingéniosité avec laquelle nos héros gèrent la situation, j’ai adoré la révélation faite en fin de livre sur notre groupe de fantômes, car elle laisse entrevoir encore de beaux moments d’émotions et de complicité. La fin offre également une jolie morale sur la notion de famille, qui ne se limite pas aux liens du sang, et sur l’importance de laisser chacun choisir la vie dont il souhaite/rêve. Attendez-vous, en outre, à une petite surprise qui aura des conséquences sur la suite de la série. J’ai hâte de découvrir la manière dont cela va faire évoluer la dynamique entre les personnages.

Mon seul petit regret est, peut-être, le côté caricatural de notre chasseuse de fantômes même si, au regard de la cible de la BD, cela ne s’avère pas gênant. Et puis, pas besoin de connaître sa personnalité en détail pour comprendre qu’elle n’est guère sympathique. D’ailleurs, on notera l’excellent travail de l’illustrateur qui arrive à faire transparaître toute sa vilenie sur son visage.

En conclusion, que vous rêviez ou non d’habiter une maison hantée, n’hésitez pas à pousser les portes du 109 rue des soupirs. Rires, doux frissons et bonne ambiance garantis ! Mais n’escomptez pas vous arrêter trop longtemps, la maison est dorénavant au complet !

Nico Bravo et le chien d’Hadès (tome 1), Mike Cavallaro

Nico Bravo, Tome 1 : Et le chien d'Hadès par Cavallaro

Un problème ? A la boutique céleste de Vulcain, vous pourrez trouver toutes sortes de produits magiques pour redresser la situation. Le personnel expérimenté ― un enfant qui s’appelle Nico, Lula le sphinx et Buck la licorne ― met tout en oeuvre pour offrir « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux ». Mais le monde de Nico va être complètement chamboulé par l’arrivée d’une nouvelle cliente : Eowulf, la descendante haute comme trois pommes de Beowulf, le chasseur de monstres. Déterminée à reprendre l’entreprise familiale, cette aspirante guerrière a l’intention de tuer Cerbère, l’effroyable chien à trois têtes d’Hadès. Mais il y a juste un petit problème : seul Cerbère peut retenir les hordes de l’Enfer d’envahir le monde des vivants. Nico pourra-t-il empêcher Eowulf de déclencher une apocalypse zombie?

Editions Kinaye (15 mai 2020) – 192 pages – Broché (17,50)
Traduction : Romain Galand

AVIS

Appréciant beaucoup le mythe d’Hadès et de Perséphone, j’ai tout de suite été attirée par le titre de cette BD publiée par les éditions Kinaye qui ne m’ont encore jamais déçue. Mais il n’est pas question ici du dieu des Enfers, plutôt d’un héros en devenir qui va tout faire pour protéger Cerbère, le chien à trois têtes d’Hadès qui garde la porte des Enfers, et empêche les morts d’envahir le monde des vivants. Or, ce rôle primordial dans l’équilibre du monde est sérieusement menacé par l’arrivée d’Eowulf, la descendante du très célèbre chasseur de monstres, Beowulf.

Eowulf est une jeune fille obsédée par une idée fixe : massacrer des démons, en commençant par Cerbère, afin de prouver sa valeur à sa célèbre et héroïque famille ! Pour ce faire, elle est prête à toutes les extrémités, quitte à franchir la frontière entre le bien et le mal. Mais conscient du danger qu’elle représente pour le monde, Nico va faire de son mieux pour lui faire entendre raison et lui faire comprendre que tous les démons ne sont pas mauvais. Une leçon que notre tête de mule ne semble pas prête à entendre au plus grand désespoir de notre employé de magasin qui va devoir, sans mauvais jeu de mots, sortir de sa réserve. Le duo entre ces deux êtres à la personnalité diamétralement opposée se révèle assez amusant, Eowulf étant du genre fonceuse et bourrine quand Nico se montre bien plus raisonnable et sensée.

D’ailleurs, les personnages sont le point fort de cette BD, l’auteur nous en proposant une galerie, certes restreinte, mais complètement loufoque et haute en couleur. J’ai été touchée par Eowulf, sa pugnacité, sa quête identitaire, son besoin obsessionnel de se complaire à la tradition familiale, et la manière dont elle va réaliser qu’il est parfois nécessaire de suivre sa propre voie. Les réparties de son épée au sang chaud, et au nom quelque peu surprenant m’ont, en outre, beaucoup amusée d’autant qu’elles correspondent assez bien à l’état d’esprit de notre guerrière. On peut dire qu’Eowulf a trouvé épée à son fourreau.

Nico se révèle peut-être un peu moins flamboyant, mais on sent chez lui une certaine sensibilité et capacité à prendre du recul sans oublier un courage indéniable. Un certain mystère plane également sur les origines de cet orphelin trouvé par le très sibyllin dieu Vulcain devant la porte de sa célèbre boutique, qui offre « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux« . J’ai hâte d’en apprendre plus les origines de ce personnage et ses réelles capacités, mais hélas pour Nico, je ne semble pas être la seule…  La fin, qui nous réserve un coup de théâtre que je n’avais pas anticipé, nous laisse supposer que notre héros n’est pas au bout de ses peines.

C’est cependant pour un personnage secondaire que j’ai eu un gros coup de cœur : Buck. Licorne à la corne tordue, Buck m’a beaucoup amusée par son côté râleur et décalé, et sa manière de voir des choses là où il n’y en a pas ou, plus justement, de nous rappeler que ce n’est pas parce que nous ne les voyons pas qu’elles n’existent pas. Une nuance de taille, la suite de l’aventure nous prouvant que toutes ses hallucinations et étranges obsessions ne sont pas forcément des fadaises. Voici un personnage que j’ai pris plaisir à suivre et à voir mener ses propres combats, au sens propre comme figuré.

Au-delà des personnages, j’ai adoré les multiples références à la pop culture amenées avec beaucoup d’humour et de dérision, mais aussi la belle incursion de l’auteur dans le monde de la mythologie qu’elle soit gréco-romaine, égyptienne, nordique, mésopotamienne, hittite… Une belle diversité de mythes et de légendes rarement observée ! Et pour ceux peu à l’aise avec ce domaine, aucune crainte, les allusions sont légères et un petit lexique est proposé en fin d’ouvrage.

Quant à l’histoire en elle-même, elle se veut résolument entraînante, rythmée et parfois complètement dingue. L’auteur, avec un art de la mise en scène indéniable, mélange les genres et nous offre des rebondissements à la pelle, des péripéties endiablées, des réparties qui font mouche et amusent, des situations burlesques… Je me suis ainsi délectée des presque deux cents pages de cette BD que je n’ai pas vu défiler, complètement happée par le tourbillon des événements qui s’enchaînent sans jamais se ressembler. Car loin de n’être qu’une histoire d’aventure classique, on est ici dans une épopée épique, humaine, amicale et familiale, la notion de famille au sens large n’étant jamais très loin. On notera également une incursion dans le monde de la science-fiction qui s’intègre parfaitement à l’intrigue, et la fait basculer vers une autre dimension…

Colorées et pleines de peps, les illustrations correspondent parfaitement à la ligne éditoriale de la maison d’édition et sont, à elles seules, un motif de bonne humeur. Pour ma part, j’ai apprécié les mimiques marquées des personnages, l’esprit très cartoonesque qui se dégage de l’ensemble, et la très dynamique gestion des vignettes qui fait partie intégrante de l’expérience de lecture. L’auteur alterne entre les illustrations pleine page, les pages sans texte, mais avec un gros plan sur l’action et/ou les visages qui permet de se passer de mots, des pages plus denses sans jamais être linaires ni surchargées… Aucune monotonie donc à craindre que ce soit au niveau de l’histoire ou des dessins !

En conclusion, avec Nico Bravo et le chien d’Hadès, attendez-vous à une lecture divertissante, colorée et pleine de peps qui vous fera passer du quotidien d’une boutique de légende et de son personnel atypique et haut en couleur au monde des enfers. Un petit tour de force que l’on doit à une descendante d’un célèbre tueur de monstres qui, en voulant se montrer héroïque à sa très sanguinaire manière, se révélera probablement être le plus grand danger que le monde ait connu ! Rythmée, amusante et parfois franchement décalée, voici une aventure que vous n’êtes pas prêts d’oublier et dont vous allez vous délecter !

Je remercie Babelio et les éditions Kinaye pour m’avoir envoyé Nico Bravo en échange de mon avis.

A.S.T. L’Apprenti Seigneur des Ténèbres, Ced et Jean-Philippe Morin

Couverture A.S.T., tome 1 : L'Apprenti Seigneur des Ténébres

Dans un monde d’Héroïc Fantasy anachronique, un minuscule anti-héros veut devenir le plus terrible et redouté Seigneur des Ténèbres de tous les temps… pas évident d’y parvenir avec pour seule garde rapprochée, Gonzague gobelin bossu et stupide (quoique) et Slurp monstre aussi sympathique que doux. Ainsi accompagné, la tache s’avère quasi insurmontable pour notre héros masqué… « AST», série BD née de l’imaginaire de Cédric Asna et de Jean-Philippe Morin devrait séduire par son ton facétieux, drôle et malin, petits et grands !

Éditions Sarbacane (5 mars 2014) – 44 pages -12,50€

AVIS

Après des heures bien sombres, les terres d’Alkyll connurent une paix bien méritée, mais les choses pourraient bien changer avec l’arrivée d’un apprenti Seigneur des Ténèbres qui rêve de conquérir le monde. Mais avant de se lancer dans cet ambitieux et vaste projet, il va déjà falloir arriver à se faire enregistrer par l’administration et là, ce n’est pas gagné. En effet, si les dompteurs de chèvres sont déjà référencés dans les registres, le poste de Seigneur des Ténèbres est, quant à lui, inconnu au bataillon… Le début d’une longue liste de déconvenues pour un apprenti qui aurait peut-être dû choisir une carrière un peu plus classique. Quoique cela aurait été diablement moins drôle pour les lecteurs !

D’un ton plein d’humour et non dénué de piquant, l’auteur nous narre donc les mésaventures d’un apprenti Seigneur des Ténèbres qui va très vite réaliser que conquérir le monde et le plonger dans les ténèbres, ce n’est pas, mais alors pas une mince affaire du tout. Il faut dire que le pauvre, il n’est pas aidé ! En embauchant deux créatures pas des plus futées, mais qui avaient le mérite de travailler gratuitement, il pensait obtenir un soutien efficace quand il récolte surtout des gourdes à répétition ! Et puis, difficile d’être crédible dans votre rôle d’apprenti dominateur du monde quand vos collaborateurs préfèrent passer le balai et jouer à cache-cache avec votre captive que terrifier la population…

L’enchaînement des gags, très bien amené, ne manquera pas de faire sourire les jeunes lecteurs, mais également les lecteurs plus âgés, l’auteur multipliant les références au monde des adultes : lourdeurs administratives, joie des rendez-vous avec une conseillère Pôle emploi plus vraiment en phase avec le marché, exploitation des salariés, recherche de maison ou, plutôt, d’un repère secret et lugubre…

Tout au long de la lecture, on s’amuse, en savourant les différents degrés d’humour de cette BD qui m’a permis de passer un très bon moment de divertissement léger et sans prise de tête. Une légèreté qui passe également par les illustrations et les couleurs colorées et vives qui tranchent avec les desseins bien sombres d’un être qui tend bien plus à nous faire rire que trembler. De le voir si malchanceux dans ses plans, on en viendrait presque à le plaindre et à lui souhaiter bonne chance dans ses velléités de conquête du monde.

AST : L'apprenti Seigneur des Ténèbres (1) – Éditions Sarbacane

Après un premier tome aussi drôle que savoureux, je compte bien poursuivre la lecture de cette série qui devrait ravir les lecteurs en quête d’une aventure colorée, vive et amusante qui détourne avec dérision, et non sans une certaine pertinence, aussi bien les travers de la société humaine que les codes d’un genre que je lis peu, mais que j’apprécie, l’heroïc fantasy. Une BD à lire seul ou en famille, les malheurs de notre Apprenti Seigneur des Ténèbres pouvant plaire à un large public.

BD lue dans le cadre du Challenge Un mot, des titres.

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Le compte à rebours du Père Noël de Kim Thompson, illustré par Elodie Duhameau (Crackboom)

Le compte à rebours du père Noël : 24 histoires avant Noël par Thompson

Aimant beaucoup les calendriers de l’Avent, j’étais curieuse de découvrir cet album jeunesse qui en reprend le principe puisque l’autrice vous propose de découvrir une petite histoire chaque jour. Un joli moyen de faire patienter les enfants jusqu’à Noël et de passer de doux et chaleureux moments en leur compagnie.

Jour après jour, on suit le Père Noël, la Mère Noël et les lutins dans leurs préparatifs de Noël. C’est qu’entre la vérification du traîneau, la lecture des lettres des enfants, l’entraînement du Père Noël pour qu’il soit au meilleur de sa forme le jour J, la fabrication des cadeaux… tout le monde est bien occupé. Il ne faudrait pas décevoir les enfants qui attendent impatiemment leurs cadeaux. Et que les moins sages d’entre eux se rassurent, le Père Noël semble toujours arriver à trouver du bon chez chacun. On n’en attendait pas moins de lui.

Que l’on soit enfant ou adulte, difficile de résister au charme qui se dégage de ce doux album qui respire bon Noël, la bienveillance, la gentillesse et qui n’est pas dénué d’humour, le Père Noël nous régalant de ses expressions plus loufoques les unes que les autres : pastilles en papillotes, mille babouins nains, choucroutes de mammouth… Les illustrations tout en rondeur, pleines de peps et de couleurs ainsi que les larges sourires des personnages contribuent également au plaisir que l’on prend à parcourir ce joli album.

Le compte à rebours du Père Noël illustration

Avec Kim Thompson, Noël se part d’une certaine modernité puisqu’en plus du traditionnel traîneau et des emblématiques rennes, une large place est accordée à des inventions plutôt ingénieuses et parfois amusantes. À côté du GPS que tout le monde connaît, on découvre ainsi le super calculateur de cadeaux ou, encore plus pratique, le poulet robot emballeur !

En bref, voici un album coloré parfait pour faire de chaque jour avant Noël, un petit moment d’amusement et de douceur à partager avec les enfants. 

Je remercie Netgalley et les éditions Crackboom pour cette lecture.


  • Ana Ana – tome 1 : Douce nuit, Alexis Dormal et Dominique Roques (Dargaud)

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Si j’ai déjà lu quelques albums de la série, c’est n’est que récemment que j’ai eu l’occasion de lire le premier tome, Douce nuit. Un titre qui a tout de suite parlé à l’insomniaque en moi… Ana Ana ne veut pas dormir. Non, ce dont elle a très très envie, c’est de lire ! Une envie que nous sommes très nombreux à partager avec elle, je n’en doute pas.

Ses doudous ne partagent néanmoins pas la même passion des livres. Eux, ce qu’ils veulent plus que tout, c’est dormir. Dormir sur leurs deux oreilles, dormir les uns contre les autres, mais surtout, dormir dans le noir et silence ! Les peluches commencent donc à perdre patience, leurs petits stratagèmes pour pousser Ana Ana à dormir ne semblant pas fonctionner. Une situation qui ne devrait pas manquer de rappeler des souvenirs aux parents….

Heureusement, le sommeil finit par gagner la fillette. L’heure de dormir aurait-elle enfin sonné ? Rien n’est moins sûr… J’ai adoré cet album que j’aurais certainement pris plaisir à lire à l’envi quand j’étais enfant puisque comme Ana Ana, lire me semblait bien plus tentant que dormir. Les enfants devraient s’identifier facilement à cette petite fille qui ne manque pas de caractère, mais qui n’en demeure pas moins attachante tout comme ses amies, les peluches. Des peluches au profil varié qui n’hésitent pas à se rebeller, à leur manière…

Quant aux illustrations, elles possèdent une douceur certaine et un charme presque suranné parfait pour un instant de lecture plein de tendresse.

Ana Ana Douce nuit

En bref, Douce nuit est un très bel album plein de douceur qui devrait ravir les amoureux des livres de tout âge et leur donner envie de découvrir les autres aventures d’une fillette à laquelle on s’attache très vite.

Découvrez un extrait sur le site des éditions Dargaud.


  • La pension Moreau, la peur au ventre (tome 2) : Marc Lizano et Benoît Broyart (Éditions de la Gouttière)

La pension Moreau, tome 2 : La peur au ventre par Broyart

La pension Moreau n’est pas une pension comme les autres, car si son but affiché est de remettre les enfants de familles fortunées dans le droit chemin, la vérité est tout autre…

J’attendais avec impatience de retrouver Émile, Paul et les autres qui fomentent une rébellion devant les brimades et sévices que les pensionnaires subissent. Un disque rayé, un rôti assaisonné d’une bien dégoûtante manière… les enfants ont de l’imagination à revendre ! Mais au cours d’une promenade dans la forêt, Émile va faire une surprenante et effroyable découverte qui le poussera à sortir de son mutisme pour avertir ses amis, et plus particulièrement Paul, du danger…

On retrouve dans ce deuxième tome ce que j’avais apprécié dans le premier : une inversion des rôles avec des animaux qui mettent en cage des humains et les tourmentent, de l’humour qui devrait plaire aux enfants, une amitié du genre à la vie à la mort, de l’aventure, des découvertes et des dessins simples, mais très explicites. En tant qu’adulte, j’ai également été sensible à une critique d’un certain capitalisme qui pousse à faire de l’argent et du profit sur le malheur des autres avec un cynisme à toute épreuve.

La fin de l’aventure laissant entrevoir un changement notable dans la vie de nos protagonistes, je suis impatiente de lire la suite et de découvrir les nouvelles épreuves qui attendent notre bande d’amis qui nous apparaît toujours aussi pleine de ressources, débrouillarde et soudée…

AVIS DU PREMIER TOME : Les enfants terribles 

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?