Frères d’enchantement, Siana

Frères d'enchantement - Siana

Je remercie Siana de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, son roman Frères d’enchantement publié par Rroyzz éditions.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité, j’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou.

Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants.

La révélation d’un héros sur le déclin.
Le parcours d’un homme devenu extrémiste.
De fraternité à rivalité…

Rroyzz (5 février 2019) – 348 pages – Broché – 17€ – Couverture : Jérémie Guneau

AVIS

Communiquer par la pensée avec son/sa meilleur(e) ami(e) ou un proche, n’en avez-vous jamais rêvé ? Bravant tous les interdits, Ensio et Ljuka ont fait plus qu’en rêver, ils ont réussi à créer ce lien télépathique qui leur permet de rester en contact même à distance. Une bénédiction pour ces deux enfants qui partagent alors une solide amitié, mais qu’en sera-t-il, une fois adultes, quand les incompréhensions et les rancœurs les auront séparés ?

Une question à laquelle Ensio va être confronté lorsque, dans le cadre de sa fonction de Milicien, il finira par commettre l’impensable : tuer son frère d’enchantement devenu incontrôlable ! Rassurez-vous, je ne spoile rien, c’est écrit dans le résumé et cela arrive dès les premières pages. L’autrice part de ce dramatique événement pour nous offrir une narration alternée et audacieuse qui joue entre présent et passé. Nous suivons ainsi, dans le présent, un Ensio déboussolé par son geste dont il n’avait pas anticipé les répercussions sur sa santé mentale : Ljuka mort et leur lien rompu, un vide s’empare de lui et le ronge de l’intérieur. En parallèle, nous remontons le fil du temps, pour suivre Ljuka dans ses études à la Grande académie où il ne se sentira pas à sa place. Quand l’on constate la déchéance du premier dont la vie va à vau-l’eau, on suit la descente aux enfers du deuxième qui, petit à petit, tombe dans l’extrémisme… C’est à se demander qui est finalement le plus fou des deux.

La narration à deux voix est ici efficace d’autant qu’elle donne l’occasion à Siana de nous offrir deux protagonistes complexes et tout en nuances. Pas de héros ni de grand méchant ici, mais deux amis séparés par la vie, les incompréhensions, les rivalités, les rancœurs, la jalousie et les non-dits, ce qui est pour deux amis pouvant communiquer par la pensée, assez ironique. La complexité des personnages est intéressante dans la mesure où elle pousse le lecteur à développer une certaine empathie pour ces derniers même quand il n’approuve pas leurs actes ni leur personnalité. À cet égard, j’ai trouvé le personnage d’Ensio particulièrement bien construit. D’abord tête à claques, imbu de sa personne, prétentieux et vantard, il s’humanise à mesure que sa vie tombe en lambeaux et qu’il sombre dans la folie. Cela se fait progressivement ce qui rend son évolution réaliste et touchante. Alors qu’en début de roman, je n’espérais rien de ce personnage, il apporte finalement une très jolie réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids de ses erreurs et la nécessité de les réparer. Contre toute attente, il a ainsi su me toucher voire m’émouvoir, et rien que pour ça, je tire mon chapeau à l’autrice !

Le personnage de Ljuka m’a aussi surprise, son évolution suivant le schéma inverse de celui d’Ensio et suscitant en moi des sentiments ambivalents : compréhension, peine, pitié puis agacement… En début de roman, il attire la sympathie par sa gentillesse, ses fêlures, ses difficultés à rentrer dans le moule, sa lutte quotidienne pour faire accepter ses différences et sa personnalité pleine de sensibilité. Incapable de s’exercer aux enchantements sur le vivant, il va se rapprocher d’un élève Mécaniste malgré la réprobation générale ; une personne de son rang n’ayant pas à s’acoquiner avec la plèbe. Son comportement et cette amitié nouvelle vont susciter moquerie et rejet de tous, même de la part des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, son meilleur ami et cette fille qui lui plaisait tant. Se sentant incompris, trahi et ne supportant plus cette société dans laquelle les Maîtres s’approprient tous les pouvoirs, il va, petit à petit, laisser son jugement s’obscurcir…

Si ses idées d’égalité et son envie de protéger la population de la toute-puissance des Maîtres nous semblent justes, cela tourne à l’obsession. Sous couvert de justice, Ljuka finit par nous apparaître comme un fou prêt à tout pour prouver sa supériorité et la suprématie de ses idées. Un point qui le fait finalement de plus en plus ressembler aux Maîtres qu’il méprise, mais qui eux, ne font pas couler le sang pour assurer leur pouvoir… Même si ce n’est pas développé outre mesure, le système de classe se révèle d’ailleurs intéressant. On retrouve, comme sous l’Ancien Régime, une société divisée en classes avec une classe dominante qui impose ses desiderata aux « classes inférieures ».

J’ai adoré suivre le cheminement de cette amitié hors norme qui va se déliter jusqu’à se transformer en haine. On ne peut s’empêcher de se demander comment la situation a pu prendre une telle tournure entre deux personnes qui étaient pourtant unies par un lien télépathique. À moins que ce soit justement ce lien, en leur donnant l’illusion d’une parfaite compréhension, qui ne soit responsable d’un tel manque de communication et d’un tel gâchis… Amour et haine sont donc ici inextricablement liés, l’ami devenu ennemi ne semblant jamais l’être totalement.

En plus d’une narration dynamique ponctuée de nombreux dialogues rendant la lecture très fluide, l’autrice possède une très belle plume qu’elle met au service de ses protagonistes avec beaucoup de justesse. S’adaptant à leurs états d’âme et aux différents événements, le rythme est parfois rapide, d’autres fois un peu plus lent, mais toujours parfaitement cadencé. Les amateurs de belles plumes devraient donc être ravis de s’immerger dans cet univers enchanteur qui, même en absence de longues descriptions, se révèle très immersif. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice a su introduire très naturellement quelques touches de steampunk, mais surtout de science-fiction. Cela apporte un plus indéniable à la narration qui prend une autre tournure, peut-être un peu plus introspective, mais jamais ennuyeuse.

Quant à la fin, c’est l’une des meilleures que j’aie pu lire ! Inattendue, belle et forte à la fois, elle permet aux lecteurs de terminer le roman sur des émotions fortes et la conviction que Siana a effectué un travail de fourmi, ne laissant rien au hasard dans la construction de son roman.

En conclusion, ni roman de fantasy classique avec sa cohorte de créatures, ni roman de science-fiction pur avec ses théories parfois complexes, Frères d’enchantement mélange habilement ces deux genres, quelques touches de steampunk en plus, pour nous offrir un univers passionnant et très bien construit. À travers deux amis unis par des liens encore plus profonds que ceux du sang et séparés par une rivalité tournant à la haine, l’autrice offre une belle réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids du passé, mais aussi sur la société et la manière dont des idées justes, déformées par la rancœur et l’aveuglement, peuvent conduire à des actes de pure folie.

Siana

Page FB de l’autrice

Retrouvez le roman sur le site de Rroyzz éditions ou sur Amazon.

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La Geste des Braves: La Guerre des Rois, Fox Miliveles

Je remercie Fox Miliveles de m’avoir fait parvenir, en service presse, son roman La Geste des Braves : La Guerre des Rois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après cinq ans de famine, de malheur et de guerre, le royaume d’Enselant est plongé dans le chaos. À bout de forces, son peuple se raccroche à une ancienne prophétie qui annonce la chute du roi Sicard et le retour à la lumière. Bientôt vont s’affronter les armées du souverain et celles d’un jeune chevalier qui a pris la tête de la révolte. Brave et fier, il incarne un espoir de renouveau, dont la force emporte comme une vague l’ancienne dynastie.
Mais tout juste arrivé au pouvoir, le jeune Lodève comprend que la partie n’est pas encore jouée, car à chaque nouveau pas sa couronne vacille, tandis que les envieux décomptent les jours jusqu’à sa chute. Les cinq braves qui l’entourent sauront-il l’aider à défendre son règne et à imposer sa lignée ?
Plongez dans l’ombre du pouvoir et découvrez le grand dessein qui bouleversera à jamais l’histoire des Cinq Royaumes.

Bookelis (29 juin 2018) – 286 pages – Broché (11,90€)

AVIS

Avant de commencer, je tiens à souligner la beauté de cette couverture signée Tiphs qui est encore plus belle en réalité que sur la photo ! J’ai aussi beaucoup apprécié le format du roman qui rend la prise en main du roman très agréable et confortable.

Le résumé du livre proposé par l’autrice est très fidèle à l’histoire, mais allez savoir pourquoi, j’avais imaginé un tout autre récit… Or la dernière phrase, « plongez dans l’ombre du pouvoir », est très juste, Fox Miliveles nous narrant l’arrivée au pouvoir, et surtout sa lutte pour le conserver, du jeune Lodève. Si je ne suis en général pas une grande fan des romans abordant ce thème, je n’ai ici pas vu défiler les pages. Il faut dire que l’autrice arrive à captiver son lectorat dès les premières pages avec un passage très visuel.

Le reste du roman est beaucoup plus calme au niveau de l’action pure, mais ne tombe jamais pour autant dans le rasoir, bien au contraire. Les enjeux se déplacent juste du terrain à la cour où une bataille politique âpre et pleine de tensions s’engage. Tout juste couronné, Lodève se rend très vite compte qu’il ne pourra pas se reposer sur ses lauriers pour conserver son trône et instaurer sa propre dynastie, des dissensions et autres menaces ne cessant d’émerger, et de menacer le nouvel ordre établi.

Dans son accession au pouvoir et dans sa nouvelle vie de souverain, Lodève est entouré de différents personnages, mais très vite, deux d’entre eux se distinguent vraiment pour des raisons bien différentes. Cela ne signifie pas que les autres ne servent à rien, mais plutôt que l’autrice les utilise pour insuffler une dynamique de groupe qui apporte un certain crédit et réalisme à son récit. Le fait de resserrer l’intrigue sur une poignée de personnages présente, en outre, un avantage non négligeable, faciliter la lecture. Il est ainsi aisé de se rappeler le rôle des personnages principaux et leurs traits de personnalité.

À cet égard, j’ai apprécié de découvrir des personnages souvent nuancés et plutôt complémentaires. Il y a ainsi les alliés de circonstance qui ne semblent pas toujours si amicaux que cela, un roi pris dans les arcanes du pouvoir et qui en vient à prendre des décisions d’une terrifiante froideur sans pour autant être un monstre, une reine qui ne se contente pas de jouer la potiche tout en reconnaissant les limites de son pouvoir et influence, l’ami-conseiller qui n’est pas aveugle face aux égarements de son souverain… Le roman étant relativement court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais suffisamment pour poser chaque personnage sur le jeu de l’échiquier politique.

Au-delà d’un personnage dont j’ai adoré l’intelligence, la sagesse et la modération, c’est le traitement des personnages féminins qui a surtout éveillé mon intérêt. Il se dégage de cet ouvrage un certain féminisme, l’autrice ayant su réserver une place de choix à certaines femmes tout en le faisant de manière très réaliste. La reine Astia n’est pas dépeinte en super-héroïne, mais comme une femme intelligente qui ne se cantonne pas au rôle symbolique que sa lignée lui octroie. Bien au contraire, elle va essayer de s’impliquer dans les affaires du pays, et ne pas hésiter à changer de stratégie en comprenant que son influence ne se joue pas forcément sur le devant de la scène. J’ai adoré l’humanisme de cette femme et sa manière de se projeter avec intelligence dans le futur pour aider ses enfants à l’affronter. Je ne sais pas si ses rêves d’égalité deviendront un jour réalité au royaume d’Enselant, mais si tel est le cas, elle aura indubitablement participé à cette évolution sociétale. Un autre protagoniste féminin tire son épingle du jeu et a été un quasi-coup de cœur pour moi, mais difficile d’en parler sans vous gâcher le plaisir de la découverte… 

Le roman, en plus d’être très prenant, sonne également très vrai : ancré dans un univers imaginaire, il est tellement réaliste que le livre aurait pu, du moins pour ce premier tome, narrer les aventures d’un réel souverain et de sa lutte pour maintenir son pouvoir et son royaume à flot. On retrouve donc des thèmes ayant marqué notre propre histoire : la condition de la femme dans la noblesse et les mariages organisés, la quête d’une descendance royale, les jeux d’alliances, la guerre et le difficile maintien de la paix, la superstition et la religion… Le fait de nous dépeindre un univers imaginaire fortement inspiré de notre histoire facilite l’immersion dans le récit, et permet à l’auteure de faire l’impasse sur une avalanche de détails superflus. Elle a donc réussi à développer une histoire immersive sans pour autant la complexifier par de longues descriptions. Ce point devrait plaire aux lecteurs aimant les récits allant droit à l’essentiel.

Le livre est mené tambour battant, chaque événement ou plutôt, chaque intrigue de cour, chaque problème, chaque question quant au devenir du royaume, s’enchaînant les uns après les autres. Ne vous attendez donc pas à des batailles épiques à chaque page ou à des aventures trépidantes, mais plutôt à découvrir les coulisses de la vie de château d’un roi luttant pour conserver le trône, de sa famille, et de ses proches… Cela aurait pu être ennuyeux ou difficile à suivre, mais grâce à la plume percutante de l’autrice, la lecture est d’une grande fluidité. Avec un vocable précis et recherché, mais jamais pédant, une plume tout en finesse, des descriptions réalistes, mais concises, et de nombreux dialogues, elle vous plonge sans réserve dans son univers médiéval traditionnel sur lequel se lève un vent de renouveau… 

Petit bonus, une carte en fin d’ouvrage !

En conclusion, Fox Miliveles vous propose ici un roman entraînant qui vous plonge dans un univers médiéval très réaliste. Aux côtés des traditionnelles scènes de combat qui sont ici parfaitement orchestrées et maîtrisées, l’autrice vous offre également une plongée palpitante et sous tension dans les arcanes du pouvoir. Entre luttes sur le terrain et luttes dans les coulisses, laissez-vous séduire par cette épopée marquant l’avènement d’une nouvelle dynastie à moins que ce ne soit celle de sa chute…

Découvrez le roman sur Bookelis ou commandez-le chez votre libraire.

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Challenge Le Printemps de l’Imaginaire francophone 2019

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Lisant beaucoup de littérature de l’imaginaire et d’auteurs francophones, je ne  pouvais que participer de nouveau au Challenge Le Printemps de l’Imaginaire francophone qui se tient du 1er mars au 1er juin 2019.

Ces trois mois seront donc l’occasion de mettre à l’honneur les livres de SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique) d’auteurs francophones. Cela tombe bien puisque j’en ai un certain nombre dans ma PAL.

Pour valider le challenge, il vous suffit de lire un seul ouvrage, mais vous pouvez bien sûr, vous fixez un objectif plus ambitieux. Parmi les différents paliers proposés, j’ai choisi le plus élevé, Bibliothécaire céleste, consistant à lire 15 livres.

En plus d’être accessible à tous, ce challenge demeure très flexible puisque sont aussi bien autorisés les romans que les nouvelles ou les ouvrages graphiques, et ceci sous toutes leurs formes (papier, ebook, audio).

Pour pigmenter le challenge, 17 défis, des options et des jokers sont proposés. Je verrai au fur et à mesure de mes lectures les défis validés, mais j’ai choisi l’option Guerrier/Guerrière des mots : un livre = 1 défi.

Pour tous les détails, je vous invite à lire l’article de Monde Fantasy et à vous inscrire sur le groupe FB si vous avez envie d’échanger de manière conviviale autour de vos lectures.

Je ne reste jamais bien fidèle à mes PAL de départ, mais j’ai noté quelques lectures que j’aimerais bien faire dans le cadre du challenge :

Couverture PentacleCouverture Lys Striker, tome 1 : Piégée par le passé

Couverture Le Cycle des âmes déchues, tome 3 : Coeur de TénèbresCouverture Frères d'enchantement

Couverture Avalon, tome 1 : Les reines de BrocéliandeCouverture La Geste des braves, tome 1 : La Guerre des rois

Couverture De Terre et de Racines

Couverture La Citadelle des dragonsCouverture Le Cycle d'Ekysse, tome 1 : La Cité des Abysses

Couverture Blanche NeigeRésultat de recherche d'images pour "Cœur de menhir adrien"

Couverture Eden, tome 1: Le mirage de GemmaCouverture Anthea, tome 1 : Les mastels

Couverture Ninn, tome 1 : La ligne noireCouverture Odyssée (BD), tome 1 : La Malédiction des pierres noires

Couverture Les enfants d'Evernight (BD), tome 1 : De l'autre côté de la nuit

Et vous, participez-vous à ce challenge ?

Les filles de l’Olympe, tome 1 : Les larmes de cristal, Elena Kedros

J’ai découvert la série des Filles de l’Olympe d’Elena Kedros publié chez PKJ par hasard, et aimant bien la mythologie et les romans jeunesse, je me suis laissée tenter.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La jolie Lucy, la farouche Liz et l’excentrique Kim entrent en seconde au lycée de Rainbow Hill. Ces trois adolescentes si différentes n’ont qu’une chose en commun : leur date de naissance. Et, pourtant, elles provoquent sur leur passage des phénomènes bien étranges. Leurs destins semblent inextricablement liés à ceux des déesses Athéna, Artémis et Aphrodite. Les voici appelées à se battre pour sauver le monde dans lequel elles ont toujours vécu, et celui d’où elles viennent : l’Olympe.

  • Poche: 238 pages
  • Édition : Pocket Jeunesse (3 juin 2010)

AVIS

Nous sommes dans un roman jeunesse alors, n’espérez pas une exploitation approfondie et documentée des grandes figures de la mythologie grecque… Mais cela n’empêche pas l’auteure d’avoir su proposer une histoire intéressante dans laquelle trois adolescentes vont apprendre que loin d’être de simples mortelles, elles sont étroitement liées à Aphrodite, Artémis et Athéna.

Nous faisons donc la connaissance de Liz, Lucy et Kim, trois jeunes filles très différentes les unes des autres, mais finalement assez complémentaires. Si Lucy et Kim se sont très vite bien entendues, il aura fallu leur apprendre à mieux découvrir Liz avant de l’apprécier. Il faut dire qu’assez farouche, cette dernière amatrice d’escrime, sport dans lequel elle excelle malgré sa difficulté à gérer sa force, n’est pas d’un abord facile… Un trait de caractère que la pétillante Lucy aura un peu de mal à accepter au début de leur rencontre. Mais gentille malgré une tendance à vivre ses émotions à 100%, Lucy comprendra vite que derrière sa carapace, Liz cache également un bon fond. Quant à Kim, un peu l’intellectuel du groupe d’amies, elle sert de tampon. Sa faculté à prendre du recul lui permet de désamorcer les conflits qui peuvent survenir entre ses deux amies.

Si l’histoire d’amitié est sympathique à suivre notamment pour les enfants, les adultes pouvant la trouver un peu enfantine, ce qui fait le charme de ce livre, c’est son incursion dans le domaine du surnaturel avec, notamment : la découverte des pouvoirs des trois lycéennes, d’étranges larmes, un énigmatique garçon qui « apparaît » quand on s’y attend le moins, les quelques scènes où Arès fait son apparition (trop peu nombreuses à mon goût d’ailleurs), l’arrivée d’une méchante qui a la capacité de lancer des boules de feu… Après tout ça, on peut comprendre que Lucy a beaucoup de mal à accepter de quitter sa vie de lycéenne lambda pour une vie bien plus dangereuse. Malheureusement pour elle, Kim et Liz sont, quant à elle, bien décidées à ne pas ignorer tous ces étranges événements.

Ce premier tome est un tome introductif qui ne manque pas d’action et de révélations, mais j’aurais peut-être aimé que l’Olympe soit plus au cœur de l’aventure. Mais si je me fie à la fin de cette première aventure, je ne doute pas que ce  soit le cas dans la suite de la série. Et puis l’auteure a veillé à laisser quelques questions en suspens afin d’attiser la curiosité des lecteurs et de s’assurer de leur fidélité. Alors en tant qu’adulte, j’ai vite deviné là où elle voulait en venir notamment en ce qui concerne Liz et sa relation avec une personne de son passé, mais cela ne nuit en rien à l’intrigue qui reste plutôt prenante. J’ai d’ailleurs hâte d’en apprendre plus sur l’ancienne vie des déesses et la manière dont les trois lycéennes vont apprendre à gérer leurs pouvoirs et les dangers qui ne manqueront pas de survenir dans leur vie.

J’espère toutefois que Lucy prendra un peu plus d’envergure dans les autres tomes, car sa tendance à se lamenter et à faire la politique de l’autruche la rend parfois quelque peu agaçante. Même chose pour ses réactions excessives même s’il est vrai que ces dernières sont cohérentes avec sa nature profonde… Malgré ses défauts, je vous rassure, la jeune fille reste attachante, mais un peu moins au cœur de l’action que ses amies. Espérons que son rôle s’étoffe par la suite.

Enfin, j’ai bien accroché à la plume de l’autrice. Son style reste simple et accessible tout en étant un minimum travaillé. Le livre devrait donc être lu avec plaisir autant par des enfants que des lecteurs plus âgés.

En conclusion, Elena Kedros nous propose ici une histoire prenante qui mêle monde moderne et mythologie. Nul doute que les enfants et jeunes adolescents devraient apprécier les personnages auxquels certains pourront peut-être s’identifier tout en se laissant emporter par un premier tome plutôt riche en action. Je conseillerais également ce livre aux adultes amateurs de romans jeunesse, ce roman possédant tous les atouts pour leur faire passer un bon moment de lecture.

Et vous, envie de découvrir Les filles de l’Olympe

Grisha, Tome 2 : Le dragon de glace, Leigh Bardugo

Je remercie les éditions Milan et Babelio pour le tome 2 de la série Grisha de Leigh Bardugo.

SPOILER ALERT TOME 1

Si vous n’avez pas lu le tome précédent, je vous conseille de lire la chronique plus tard, car elle dévoile une information capitale que vous prendrez certainement plus de plaisir à découvrir par vous-même lors de la lecture du tome 1.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

 » Je suis l’Invocatrice de lumière. Et je suis votre dernière chance.  »

DÉVOTION. REMORDS. MARTYR.

Un pays déchiré par la guerre civile.
Une jeune femme idolâtrée, rongée par ses propres pouvoirs.
Un corsaire flamboyant et mystérieux.
Un soldat renégat, en proie aux doutes.
Une menace grandissante. Un danger imminent.

RÉSISTANCE. POUVOIR. SACRIFICE.

Pour s’opposer au Darkling, Alina devra explorer ses propres ténèbres. Au risque d’y perdre sa lumière.

  • Broché: 448 pages
  • Éditeur : Éditions Milan (20 juin 2018)
  • Prix : 16.90€

AVIS

Après la fin du premier tome, j’avais hâte de découvrir ce que Leigh Bardugo réservait à ses personnages qu’elle a une très légère tendance à malmener. Et sans surprise, la suite de cette intrigue continue dans la même lignée : de l’action, des révélations, des tensions, des intrigues politiques, des mensonges, un univers fascinant et toujours aussi dangereux, l’émergence d’un nouveau danger que l’on voit se profiler sans vraiment en prendre toute la mesure…

Néanmoins, par rapport au premier tome, j’ai trouvé que l’autrice prenait un peu plus le temps de poser le décor s’attardant pas mal sur la psychologie des personnages et la manière dont Alina et Mal doivent s’adapter à leur nouvelle situation. Une large importance est également accordée à la stratégie militaire, un domaine qui ne me fascine pas, mais que l’autrice a su rendre intéressant notamment par toutes les tensions que la recherche de la meilleure manière de vaincre le Darkling semble cristalliser.

Il m’a donc fallu un peu plus de temps pour m’immerger dans le récit, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier le début du roman qui a un aspect « histoire de pirates » fort sympathique. Mais ce passage va surtout permettre à l’autrice d’introduire un nouveau personnage, plutôt haut en couleur ! Extrêmement rusé, capable de séduire à peu près tout le monde et bien décidé à faire de son objectif une réalité, cet homme a une présence certaine. J’espère le retrouver dans la suite des aventures d’Alina, car j’ai beaucoup apprécié sa personnalité pleine d’exubérance qui cache une détermination à toute épreuve.

Ce deuxième tome marque donc l’arrivée de nouveaux personnages, certains prenant plus d’importance que d’autres. Un frère et une sœur m’ont particulièrement plu, leur courage et leur dévotion à Alina, et l’espoir qu’elle représente, forçant le respect. En plus de ce sang frais qui donne une nouvelle impulsion à l’intrigue, l’autrice n’a pas oublié de mettre sur le devant de la scène des personnages du premier tome. À cet égard, je salue la manière originale et bien flippante dont elle a décidé de faire intervenir le Darkling. Malgré la distance et malgré les événements, il se tient dans le sillage d’Alina, que ce soit grâce au doute qu’il a instillé en elle ou à des moyens peu conventionnels. Alors même qu’il n’apparaît quasiment pas, on sent sa présence vaporeuse et menaçante durant tout le roman !

Le Darkling est dérangeant, car il est effrayant, mais il est également dérangeant, car même si ces plans meurtriers font frémir, il fait preuve d’une certaine rationalité. Sa soif de pouvoir ne peut occulter le fait que ses arguments en faveur d’une paix obtenue par la force sont rationnels. Sa manière de vouloir faire cesser la guerre est donc abjecte et d’une froideur extrême, mais basée sur une argumentation logique. D’ailleurs, dans une certaine mesure, je n’ai pu m’empêcher de penser que l’histoire mondiale n’est pas dépourvue de décisions inhumaines prises pour retrouver une stabilité mondiale…

Néanmoins, impossible de ne pas le condamner d’autant que derrière son objectif officiel de paix à tout prix, il y a toujours cette quête de pouvoir, cette soif « de plus », de toujours plus. Une chose qu’Alina commence petit à petit à expérimenter. Oubliez la jeune naïve des débuts, l’Invocatrice de lumière devient plus sombre, et plus déterminée que jamais à ne plus se laisser traquer sans réagir. Elle s’affirme, ne recule plus devant les démonstrations de force, et semble imposer progressivement son leadership, quitte à flirter dangereusement avec la morale. D’ailleurs, dans sa quête pour renverser le Darkling en acquérant de plus en plus de pouvoir, ne risque-t-elle pas, à son tour, d’y perdre son âme ?

Une question qui ne peut que tarauder le lecteur en même temps que Mal qui a de plus en plus de difficultés à reconnaître l’Alina de son enfance. Sur ce point, je m’avouerais mitigée. Je n’ai pu que partager les craintes de Mal tout en regrettant que derrière une peur plutôt justifiée, se cache un comportement parfois mesquin, mais surtout empreint de jalousie, jalousie envers l’importance que prend Alina et jalousie envers les hommes qui pourraient s’intéresser à elle. Le jeune homme manque de confiance en lui et en Alina, ce qui rend ses réactions excessives et parfois, injustes. Du coup, comme dans le premier tome, la relation entre les deux meilleurs amis/amants a eu une légère tendance à m’agacer ayant l’impression d’être devant deux enfants incapables de communiquer. Ceci s’est révélé frustrant et assez surréaliste, car vu la situation, je ne suis pas certaine que les querelles amoureuses aient vraiment leur place dans le récit…

Toutefois, on sent que les tensions entre Alina et Mal ne sont pas là pour faire joli et que cela a et aura un impact sur la suite de l’aventure. Il faut dire que comme dans le premier tome, Leigh Bardugo ne laisse aucune place à l’improvisation, chaque pièce de l’échiquier se met en place, progressivement, pernicieusement et efficacement ! Au fur et à mesure que l’intrigue avance, le rythme s’accélère, les tensions s’accroissent, l’action s’emballe et le lecteur est pris dans une spirale infernale dont il est bien difficile de dire qui sortira gagnant. Mais gardez bien en tête que l’autrice n’hésite pas à affaiblir ses personnages et à les pousser dans leurs retranchements afin de tirer le meilleur comme le pire d’eux. Et c’est ce qui rend ses personnages si réalistes et si attachants ou, au contraire, si effrayants. Derrière chacun d’entre eux, on y reconnaît des forces et des faiblesses bien humaines…

En conclusion, d’abord déstabilisée par l’importance donnée à la psychologie des personnages, je me suis de nouveau laissée embarquer avec délectation par la plume de l’autrice qui s’est révélée tout aussi entraînante que dans le premier tome. Entre la découverte des talents de stratège militaire d’Alina et de son nouvel allié, la recherche pour chacun de son rôle à jouer face à la guerre contre le Darkling, et cette tension qui ne fait que s’accroître au fil des pages, l’autrice signe de nouveau une histoire palpitante. Oscillant entre réflexion et exaltation, entre danger et espoir, ce deuxième tome laisse entrevoir de nouvelles péripéties que j’ai hâte de découvrir.

Et vous, envie de découvrir ce roman ?

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Le Porteur de Mort, Tome 1 : L’Apprenti, Angel Arekin

LPDM

J’ai lu Le Porteur de Mort d’Angel Arekin dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Imaginaire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À 17 ans, Seïs Amorgen est nommé pour intégrer la plus grande confrérie du royaume d’Asclépion.
S’il accepte, il deviendra l’un des guerriers les plus éminents de la monarchie.
S’il refuse, il restera le gamin frivole et arrogant qui fraye avec les bandits de sa ville natale.
Alors que l’ombre du Renégat s’étend sur sa terre d’origine,
Seïs va devoir prendre la décision qui bouleversera sa vie et, bientôt, il devra faire face à ses propres démons.

  • Nb de pages : 432
  • Prix : 7.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Le Porteur de Mort fut une bonne découverte même si je regrette deux éléments qui ne m’ont pas permis d’avoir un coup de cœur.

Premier tome d’une saga devant en comporter six, l’autrice a pris le temps de poser le décor de son histoire et de présenter les protagonistes. Cela se ressent puisque je ne vous cacherai pas que j’ai trouvé les cent premières pages un peu longues, et à mon sens, trop redondantes. Il ne se passe pas grand-chose ! On a juste ce sentiment d’être pris dans une sorte de boucle temporelle nous démontrant par A+B que Seïs Amorgen est un petit impertinent qui passe son temps à magouiller et à coucher avec toutes les prostituées de sa ville… Ce point est important pour comprendre, par la suite, l’évolution du personnage, mais insister autant n’apporte rien en soi. Autre chose qui m’a posé problème : le stéréotype du type qui noie ses problèmes de cœur et de confiance en lui dans l’alcool et les femmes de petite vertu. Est-ce que tous les auteurs de fantasy pensent vraiment que les hommes doivent se réfugier dans le sexe et la boisson pour se changer les idées ?

Malgré ces deux points qui m’ont fait ruminer au début de ma lecture, je me suis laissé emporter par la plume d’Angel Arekin qui est, pour moi, le gros point fort de ce roman. L’autrice arrive à séduire, à travers un style fluide, imagé et poétique, les amateurs de belles plumes tout en comblant les lecteurs qui aiment les univers dans lesquels il est aisé de s’immerger. On se laisse donc porter par les mots tout en s’imprégnant, petit à petit, de l’atmosphère qui se dégage de l’histoire. L’alternance des points de vue, entre Seïs et sa cousine, Naïs, facilite d’ailleurs grandement l’immersion dans le récit puisqu’en suivant la vie de ces deux personnes très différentes, on arrive à entrevoir la complexité de l’intrigue. Je dis entrevoir, car on est dans un premier tome assez introductif, et l’on perçoit assez bien que l’auteure ne fait qu’effleurer tout le potentiel de son histoire. Une sensation que la fin de ce premier tome confirme…

Le récit n’est donc pas mené tambour battant, mais j’ai apprécié de découvrir la vie de Naïs, auprès de son oncle, de sa tante et de ses cousins, et celle de Seïs qui suit son apprentissage au sein de la plus grande confrérie du royaume d’Asclépion. L’autrice n’épargne pas ces deux personnages qui vont chacun évoluer même si à ce niveau, l’évolution de Seïs est bien plus frappante. Très impertinent, porté sur le sexe et la boisson et plutôt égoïste de nature, il ne va pas changer du jour au lendemain, mais progressivement grâce à ses entraînements, une amitié avec un autre apprenti et à l’influence de son maître d’apprentissage. Afin de devenir un Tenshi, un statut envié de beaucoup, il va devoir apprendre à faire face à ses faiblesses, à ses douleurs et espérer ainsi transformer tout ce mal-être en quelque chose de plus positif, quelque chose qu’il pourra éventuellement mettre au service de la communauté et du roi.

Si j’ai aimé suivre les entraînements de Seïs, bien que ce point ne soit pas assez développé à mon goût, j’ai surtout adoré découvrir progressivement les pouvoirs des Tenshis. Ceux-ci sont assez impressionnants ! Maîtrisant aussi bien leur corps que leur esprit, les Tenshis ont accédé à un statut particulier qui leur confère un pouvoir immense, mais aussi de très grandes et lourdes responsabilités. Une réalité qui va frapper de plein fouet Seïs qui va alors devoir prendre une décision importante pour sa vie et celle des siens…

Quant à Naïs, les parties qui lui sont consacrées permettent principalement aux lecteurs de voir que la jeune femme commence à s’émanciper, mais elles sont surtout l’occasion de suivre la vie de la famille Amorgen après le départ de Seïs. Je me suis beaucoup attachée à cette famille dont les membres sont tous très différents, mais ont en commun un fort caractère. Seul l’aîné de la famille se montre quelque peu antipathique même s’il apparaît évident que derrière son caractère peu avenant se cache l’envie de protéger sa famille. La vie de Seïs va donc radicalement changer, mais celle de ses parents, de ses frères et de sa cousine également, l’autrice nous réservant quelques révélations et événements qui ne devraient pas vous laisser de marbre.

Enfin, il se dégage du récit un certain mystère notamment avec la présence de quelques pages en noir dans lesquelles s’exprime un mystérieux narrateur. De la même manière, la tension, quasi absente en début de livre, commence petit à petit à émerger et à s’intensifier à mesure que l’on approche de la fin de ce premier tome. On se rend alors compte, en même temps que Seïs, que le danger est là, bien présent, bien palpable ! Une découverte qui laisse présager un deuxième tome riche en action.

En conclusion, le principal intérêt de ce premier tome est de poser le décor, de nous présenter les protagonistes et de nous laisser entrevoir le pouvoir de nuisance d’un méchant qui va certainement rendre la suite de l’aventure plus palpitante. Alors malgré un aspect un peu trop introductif, je ne peux que vous conseiller de donner sa chance à ce premier tome qui semble poser les jalons d’une série riche en action, en révélations et en émotions.

Si le roman vous tente, n’hésitez pas à lire les chroniques des autres membres du jury sur le site du Prix des Auteurs Inconnus.

Et vous, envie de lire Le porteur de mort ? Retrouvez le roman sur le site des Éditions Plume Blanche.

Prix des auteurs o

Lebenstunnel, Tome 1 : Allégeance, Oxanna Hope

J’ai lu Lebenstunnel publié aux éditions Rebelle dans le cadre du Prix des auteurs inconnus.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait ?
200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.

AVIS

J’ai beaucoup aimé Lebenstunnel, mais ce ne fut pas le coup de cœur que j’espérais. Il faut dire que vu les avis dithyrambiques que j’en avais lu, mon niveau d’attente était très élevé… Or, il y a un élément qui ne m’a pas permis d’être totalement transportée par cette histoire pourtant haletante et immersive : la romance. A l’image de la plupart de celles que l’on retrouve dans les livres Young Adult, elle m’a semblé bien trop clichée et rapide pour être crédible. Une jeune femme dont la vie est soudainement bouleversée tombe immédiatement, ou presque, sous le charme d’un jeune homme qui est pourtant supposé être son ennemi… Je concèderai néanmoins qu’en faisant garder une certaine réserve à ces deux amoureux, l’auteure a su éviter les scènes trop fleur bleue.

Malgré la romance, j’ai adoré l’univers particulièrement bien soigné et complètement glaçant qu’a su créer l’autrice. Elle nous transporte ainsi dans Germania, cette ville construite à l’image d’Hitler qui a remporté la Seconde Guerre mondiale. Deux cents après sa victoire, la race aryenne est comme il l’a toujours rêvée : dominatrice, froide et guidée par d’abominables principes pouvant se résumer à la destruction de la différence. C’est dans ce contexte que Krista, aide-soignante dans une maternité, a été éduquée. Mais contrairement aux autres individus de son peuple, elle ne peut s’empêcher de faire preuve d’empathie notamment envers tous ces bébés qui passent entre ses mains et qui ne rentrent pas dans les cases…  Et c’est cette capacité à ressentir des émotions qui va, pour son plus grand désarroi, la conduire dans un monde dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Un monde ayant pris vie sous terre afin de se protéger de la barbarie nazie, un monde composé d’un peuple censé être disparu, un monde qui n’accepte pas la présence de cette Aryenne aux cheveux blonds et aux yeux bleus si caractéristiques de sa race… Violentée, rejetée et considérée avec mépris, Krista va passer par différents stades d’émotions : peur, colère, sentiment de révolte et d’injustice, peine à l’idée de ne plus jamais retrouver sa vie d’avant, mais aussi, étonnement devant ce peuple qui a été capable de se cacher durant deux cents ans. À ce maelström d’émotions, se mêlent des sentiments plus ambivalents d’attirance et de répulsion, d’amour et de haine pour Élias, un jeune homme courageux qui ne la laisse pas indifférente.

Si l’histoire d’amour m’a bien souvent poussée à faire les gros yeux, j’ai néanmoins apprécié cette fille qui, petit à petit, se pose des questions sur sa vie d’avant, sur ce qu’elle pensait savoir, sur ce qui est juste ou non… Alors qu’elle aurait pu se morfondre ou, à l’inverse, se cacher derrière un masque d’impassibilité très aryen, elle prend le risque de se dévoiler, de poser des questions, d’essayer de comprendre ce peuple différent du sien qui ne lui fait pas de cadeaux. Ceci est d’autant plus remarquable qu’élevée dans les principes du nazisme, cela n’a rien de naturel pour Krista et dénote chez elle une grande force de caractère et un certain courage. Quant à Élias, il semble un peu plus ouvert que les autres membres de ce peuple qui vit caché. Il accepte ainsi de ne pas juger Krista sur sa seule appartenance à la race aryenne, mais plutôt sur ses actes. Une ouverture d’esprit qui facilitera le rapprochement entre les deux jeunes gens et qui les aidera tous les deux à évoluer jusqu’à les pousser à prendre, chacun de leur côté, une décision qui changera le cours de leur vie.

Au-delà des protagonistes, j’ai beaucoup apprécié de découvrir la manière dont est organisée la vie dans ce monde souterrain qui a su rester invisible aux yeux des nazis. On sent d’ailleurs un vrai sens du détail de la part de l’auteure qui a su nous offrir un monde sans fausse note qui nous apparaît alors très crédible. Un réalisme qui ne peut que susciter admiration devant l’ingéniosité de ce peuple rescapé de l’horreur et effroi à l’idée de cette vie sans soleil, de cette vie cloîtrée dans un environnement hostile…

Même si Oxanna Hope a pris le temps de poser le décor, elle a réussi à rendre son récit très rythmé. Il se passe ainsi toujours quelque chose, et en général, quelque chose qui vous tient en haleine et qui vous enferme dans une bulle d’appréhension et d’angoisse. Je me suis donc souvent retrouvée dans cette situation paradoxale où j’avais très envie de lire la suite tout en y allant à reculons de peur qu’il n’arrive malheur aux personnages. Alors si vous aimez les récits menés tambour battant et enchaînant les rebondissements, vous allez être servis. À cet égard, la révélation finale et la fin en elle-même m’ont prise de court puisque je n’avais pas imaginé que les choses prendraient cette direction.

Quant à la plume de l’auteure, fluide et immersive, elle sert à merveille ce récit qui, derrière le couvert d’un monde imaginaire, nous permet de réfléchir à différents sujets durs et hélas bien réels : l’intolérance et ce rejet viscéral de la différence, la peur de l’autre, la manipulation et l’endoctrinement, l’obéissance aveugle à l’autorité, la haine qui s’insinue insidieusement en chacun poussant les victimes à agir comme leurs bourreaux…. Des thèmes qui, en étant abordés avec intelligence et sans lourdeur, donnent une tout autre dimension à ce roman.

En conclusion, Oxanna Hope, d’une plume acérée et immersive, a su créer un monde alternatif effrayant qui aurait pu, dans une certaine mesure, devenir le nôtre. À travers cette histoire imaginaire, elle soulève des thèmes difficiles qui sont toujours d’actualité et qui ne pourront que vous faire réfléchir. Trahison, tension, suspense, action, émotions, personnages forts et attachants… Voilà un cocktail explosif qui résume en quelques mots les raisons pour lesquelles je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman.

N’hésitez pas à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.