Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Valkyrie, Federico Saggio

Couverture La Saga de la Dernière Geste, tome 3 : Valkyrie

Depuis que Midgard a émergé du Ginnungagap et que du chaos primordial est née la vie, une mission est échue aux Valkyries : écumer les champs de bataille, et faire le tri entre les âmes des guerriers occis pour convoyer les braves au Valhalla… Afin qu’aux côtés des Dieux, ils affrontent le Ragnarök qui approche à grands pas.

Mais à mesure que le temps passe, Brunehilde est saisie d’un doute affreux ; Odin est-il réellement à même de les protéger du froid infernal qui avance et menace de les submerger ?

Et qui est ce mystérieux guerrier qui semble avoir la faveur des Ases, et auquel elle est censée apporter une épée ?

Tandis que les fils de sa destinée se nouent jusqu’à la faire suffoquer, la Valkyrie se sent plus seule que jamais. L’heure n’est plus au doute, ni à la passivité… Ou les neuf mondes partiront en fumée.

Auto-édité (28/02/2021) – Papier (14,99€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Valkyrie s’inscrit dans la saga de La Dernière Geste dont j’avais adoré les deux premiers tomes Sigurd et Le Royaume des Brumes. Après nous avoir présenté le destin hors nome et quelque peu dramatique de Sigurd, héros qui a forgé sa légende dans la douleur, Federico Saggio remonte le passé pour s’attarder maintenant sur un autre personnage de la saga, Brunehilde. Nous l’avons découverte femme endormie, puis femme libérée et aimée, nous la retrouvons ici dans sa forme d’origine, une Valkyrie puissante, immortelle et guidée par la foi en Odin, le Père de Tout.

Une foi qui, petit à petit, s’étiole devant les incohérences et les injustices profondes d’un système régi par des dieux qui le bafoue sans le moindre remord dès que leurs intérêts sont en jeu. Comment accepter de prendre part à une comédie de justice cosmique qui glorifie les faits d’armes et l’honneur, mais qui condamne à l’enfer les guerriers vaillants qui n’ont pas eu le malheur ou, si l’on se fie aux dieux, la chance de mourir au combat ? Comment garder la foi en un dieu s’entourant de personnes faibles qui, à défaut de se battre vaillamment lorsque le Ragnarök surviendra, ne tenteront jamais de le renverser ? Un dieu censé protéger et veiller, mais qui finit par révéler sa vraie nature, celle d’un être faible et lâche, qui se laisse guider par ses peurs, créant ainsi le cycle de la haine et de la destruction.

Contrôler et éradiquer au lieu d’accepter, d’éduquer et de guider, condamner avant même de laisser l’autre s’amender, rompre le Cycle pour assouvir ses propres désirs… Dans ce tome, Odin perd l’aura divine qui l’entoure pour prendre celle d’un dieu qui ne mérite pas d’en porter le nom, celle d’un père prêt à sacrifier sa propre lignée pour se préserver. Rien d’étonnant donc à ce que Brunehilde finisse progressivement par briser ses chaînes, refusant de rester prisonnière d’une foi aveugle qu’elle ne peut plus cautionner. Une émancipation qui ne se fera pas sans heurt, mais qui nous prouvera plus que jamais la force de la Valkyrie qui est prête à tous les sacrifices pour ce qu’elle estime juste et digne.

Et cela englobe Sigmund, un ami inattendu pour lequel elle va éprouver et développer une pure et sincère affection. On peut dire que d’une certaine manière, cet homme que les dieux ont placé sur son chemin va se révéler être l’outil de sa délivrance. En voulant le protéger, lui et sa moitié ainsi que le futur fruit de leur amour défendu, elle trouvera le courage de couper ses ailes et de tourner le dos à un dieu qui l’a terriblement déçue et à une mission vidée de son sens. Son abnégation, son sens du sacrifice et sa force d’esprit rendent la Valkyrie terriblement inspirante et attachante et offre une belle leçon d’humilité, d’humanité et de courage à Odin. J’ai ainsi aimé la voir se battre pour ses idéaux, quitte à remettre en question une autorité divine pesante, écrasante et profondément injuste. Si les forces en jeu sont déséquilibrées, le combat en apparence perdu d’avance, on sait, on sent que rien n’est terminé et que de l’implacabilité divine peut naître une engeance encore plus retorse, fière et mortelle…

Alors que rien ne devrait nous pousser à nous identifier à cette Valkyrie engagée dans une dangereuse rébellion, notre cœur se retrouve inexorablement à battre au diapason du sien. J’ai saigné pour elle, j’ai pleuré avec elle et j’ai combattu à ses côtés pour des êtres que l’on sait condamnés, mais pour lesquels on ne peut s’empêcher d’espérer. Des trois tomes, celui-ci est celui qui m’a le plus remuée, me laissant presque démunie une fois la dernière page tournée. Il faut dire qu’il y a tellement d’injustice, mais aussi d’espoir et de nobles sentiments entre ces pages qu’il s’avère difficile de ne pas se sentir profondément touché, d’autant qu’il y a presque quelque chose d’universel dans la bataille que mène Brunehilde pour se sortir d’une foi aveugle et bornée, et s’émanciper d’une figure d’autorité peut-être pas si fiable et respectable que cela.

Notre Valkyrie ne démérite jamais en cours d’aventure, elle avance, prend des risques, remet en question ce qu’on veut lui imposer, doute parfois de sa légitimité à questionner les volontés du Père de Tout… Elle avance la tête haute au-devant d’un destin dont elle ignore tout, mais dont les lecteurs ont déjà eu l’occasion de connaître les contours. C’est d’ailleurs ce qui rend son histoire aussi prenante et touchante, et qui nous permet de ressentir autant d’empathie pour cette Valkirie bien plus noble que les dieux et bien plus humaine que beaucoup d’hommes. À cet égard, sa punition divine semble finalement presque une délivrance, comme la reconnaissance de ce qu’elle est et de ce qu’elle refuse d’être. Il est également fascinant de découvrir à quel point Brunehilde est liée à Sigurd et à ses parents… Je n’en dirai pas plus si ce n’est que si les voies du seigneur sont impénétrables, celles tissées par les Nornes nous semblent encore bien plus obscures !

J’ai apprécié l’incursion de l’auteur dans le domaine de la science-fiction avec sa duologie Lululand, mais Valkyrie me prouve que c’est dans le domaine de la mythologie qu’il arrive le mieux à déployer tout son talent. Celui d’un conteur qui arrive à s’effacer devant la légende pour en restituer avec poésie toute la quintessence et brouiller, durant un moment, la frontière entre fiction et réalité. On se laisse ainsi complètement immerger et submerger par les scènes qui prennent vie sous nos yeux avec une rare acuité, on est révolté par des volontés certes divines, mais pas très glorieuses, et on s’émeut devant ces destins humains qui se jouent dans le secret des cieux…

En résumé, l’auteur remonte les couloirs du temps pour nous présenter une héroïne à la complexité certaine, une combattante émérite qui, devant les injustices divines, a choisi de revoir son allégeance, et ainsi lier son destin avec une lignée marquée par les drames, et possédant une volonté de fer brimée, mais jamais broyée. Particulièrement prenant, Valkyrie pousse son héroïne sur la douloureuse voie de l’émancipation, et les lecteurs dans une sorte de zone émotionnelle où la curiosité se mêle à la fascination, à l’admiration, à l’empathie et à cette envie qui gronde de tout bouleverser afin que la justice du cœur et de l’honneur finisse enfin par l’emporter sur une justice divine foncièrement viciée. Entre doutes et prise de conscience, un roman qui ne manquera pas de vous toucher, de vous révolter et de vous prouver la force de la volonté !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé Valkyrie en échange de mon avis.

 

Oraisons, Samantha Bailly

En Hélderion, la mort peut rapporter beaucoup… surtout à la famille Manérian, qui procède aux oraisons, les rites funéraires du royaume. Mais la réalité de la mort les frappe de plein fouet lorsqu’on retrouve le corps de leur plus jeune fille dans une ruelle sordide.
Tout désigne les clans, ces dangereux rebelles qui s’opposent à Hélderion. Aileen, prête à tout pour venger sa cadette, se lance dans une enquête qui la mettra à rude épreuve.
Noony, leur soeur aînée, se retrouve quant à elle aux premières loges de l’entrée en guerre de son pays contre le continent voisin. Mais elle est bien décidée à s’opposer à ce conflit qui pourrait tourner en véritable massacre.
Prises dans des intrigues dont les enjeux les dépassent, les deux sœurs devront affronter le système qui les a forgées.

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour la lecture commune de cette intégrale regroupant les deux tomes du diptyque Oraisons de Samantha Bailly. Si l’ouvrage n’est pas exempt de petits défauts, je l’ai trouvé globalement immersif, rythmé et bien écrit.

J’ai d’ailleurs tout de suite été happée par le style de l’autrice qui se révèle vif et rythmé à l’image d’une intrigue menée tambour battant. D’un chapitre à l’autre, il se passe toujours quelque chose qui vous donne envie de tourner les pages et de suivre les différents personnages, notamment deux sœurs séparées par la vie, mais unies par le destin, dans leur quête qu’elle soit d’identité, de vérité, de justice ou de liberté. Dans cet univers sombre et mystérieux à la fois, les secrets, les complots, les mensonges et les faux-semblants sont érigés en art de vivre. C’est simple, on a l’impression que rien n’est ce qu’il paraît et que beaucoup cachent des choses plus ou moins avouables, plus ou moins ignobles et plus ou moins cruelles. Même les héros doivent parfois consentir à mentir, à dissimuler et à trahir pour rétablir un certain équilibre et une justice longtemps dénigrée si ce n’est bafouée.

Pour ma part, j’ai adoré cette aura de mystère et de mensonge qui imprègne le roman et qui entoure une religion, l’Astracisme. À travers cette religion qui ne souffre ni le doute ni la contestation, et encore moins les autres cultes, l’autrice condamne les extrémismes sans pour autant faire l’amalgame entre croyants et fanatiques. J’ai pris plaisir à découvrir, au fil des pages et des interludes reprenant certains extraits de documents divers et variés, la mythologie autour de ce culte. À cet égard, l’oraison, cérémonie mêlant hommage classique au défunt à un acte quasi mystique, du moins en apparence, m’a beaucoup intéressée. Lors de cette cérémonie, les oraisonniers et oraisonnières s’assurent que l’âme du défunt rejoigne son astre d’attribution afin de commencer une nouvelle vie. Mais au gré des découvertes, on comprend que la situation n’est pas ce qu’elle semble être, et que derrière le cérémonial religieux, se cache une vérité bien plus sombre et mercantile. Une réalité qui ne manque pas d’un certain cynisme et qui prouve que le malheur des uns peut faire le bonheur des autres et ceci de bien des façons.

Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a effectué un travail remarquable autour de ce culte, de son haut représentant et de toutes les dérives qu’une foi aveugle peut entraîner. Au-delà de l’extrémisme religieux bien présent, mais jamais pesant, le roman peut s’appuyer sur un univers particulièrement riche et complexe que l’on sent pensé dans les moindres détails. Alors si en début de roman, on peut avoir le sentiment d’une avalanche de détails et d’informations à retenir, tout s’imbrique rapidement pour former une trame narrative captivante qui tient en haleine les lecteurs, et qui leur donne envie de suivre les protagonistes dans leurs nombreuses et parfois dramatiques péripéties.

Pour ma part, il m’a fallu un peu de temps avant de m’attacher aux personnages, et notamment à Noony qui, par rapport à sa petite sœur Aileen, m’a semblé manquer de profondeur, même si l’autrice étoffe un peu son rôle dans le deuxième tome. J’ai néanmoins compati à son sort, cette oraisonnière voyant sa vie voler en éclats à l’aune de certaines révélations et de décisions motivées par son sens de la justice. Comment trouver sa place quand tout ce en quoi vous avez toujours cru n’était que mensonges et complots ? De fil en aiguille, la jeune femme va troquer son habit d’oraisonnière soumise et malléable contre celui d’une femme déterminée à œuvrer pour le bien et le salut d’un peuple injustement condamné.

Ce basculement entre une foi aveugle et intolérante et des convictions justes et humaines m’a plu, d’autant qu’il se fait en compagnie d’un duo uni et atypique dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la force et la nature des liens. Noony et Alexian vont mettre un peu de temps à s’apprivoiser, la jeune femme étant lasse des secrets de son compagnon de voyage, qui lui regrette une alliée un peu trop naïve, mais ils vont finir par nouer une forme de compréhension, d’amitié et de complicité, avant de développer des sentiments plus tendres…

L’aura d’amour dramatique et impossible entourant les deux personnages, résultat de la cruauté du père de la jeune fille, se révèle intéressante, mais l’autrice a fini par me lasser en insistant bien trop sur ce point à mon goût, ajoutant des redondances et des drames amoureux bien inutiles. Cela est d’autant plus dommage qu’à l’inverse, elle laisse des événements et des relations s’étioler sans être vraiment exploités, et des personnages secondaires de côté quand l’on sentait chez eux un véritable potentiel. J’ai ainsi eu le sentiment d’histoires avortées et/ou sans réelle conclusion, ce qui s’est révélé extrêmement frustrant. Néanmoins, certains personnages secondaires comme Laï-Mune, une femme badass à la forte personnalité, sortent du lot et arrivent à se démarquer assez pour frapper le cœur des lecteurs. J’ai adoré son caractère, son histoire personnelle et sa relation avec sa moitié et Némésis, une relation à la vie à la mort, aussi glaçante que dramatique.

Mais c’est peut-être Aileen qui m’a le plus touchée dans cette aventure. D’abord un peu creux, son rôle s’épaissit et s’étoffe au fil des pages, l’autrice faisant traverser la jeune femme par des épreuves difficiles et ignobles : trahison de la pire espère, morts de ceux qu’elles aiment, violence, sang, déchirures physiques et mentales… Mais loin de la détruire, ces épreuves ont fait d’elle une personne différente, une personne forte et déterminée à faire ce qu’elle doit pour défendre ses idéaux et, d’une certaine manière, rendre un dernier hommage aux morts qu’elle pleure et porte encore au fond de son cœur. Je n’ai pas forcément compris et approuvé tous les choix scénaristiques de l’autrice, dont un événement qui, en plus d’être un stéréotype bien trop présent en fantasy à mon goût, n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais j’ai apprécié la manière dont elle a géré l’évolution de son héroïne.

De la même manière, la fin, mêlant changement, réalisme et pragmatisme me semble aussi pertinente que bien amenée. Car si la vérité est importante et primordiale et que les injustices doivent être réparées, un gouvernant ne peut pas tout bouleverser sans prendre en considération les réactions violentes que cela peut entraîner. Révolutionner oui, mettre à feu et un sang un pays, non…. Du moins, pas quand l’objectif final est la paix, le respect et la tolérance entre les peuples.

En conclusion, avec Oraisons, Samantha Bailly a créé avec minutie et un sens du détail incroyable un univers riche, complet, sombre et violent où tout n’est que trahisons, complots, mensonges et faux-semblants. Entre quêtes de justice, de liberté et de vérité, les personnages vont être poussés dans leurs retranchements, devoir faire des sacrifices, prendre des décisions parfois difficiles et jouer avec la frontière entre le bien et le mal… Très accessible, immersif, riche en actions et en péripéties, voici un roman de fantasy à conseiller à ceux qui aimeraient se lancer dans le genre et/ou qui souhaiteraient découvrir une histoire rythmée, captivante et auréolée d’une bonne dose de mystères et de secrets.

Découvrez l’avis des Blablas de Tachan.

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

AVIS

Découvrez mon avis sur le premier tome : Robilar ou le Maistre Chat : Miaou !!

Je crois que j’ai encore plus aimé ce tome que le précédent ! On y retrouve l’humour de la première aventure, mais avec un côté engagé auquel je ne m’attendais pas et qui m’a enchantée.

Robilar est bien embêté : l’ogre qu’il a assis sur le trône déprime, et ce ne sont pas les bouffons du château qui l’aident à retrouver le sourire. Alors bien que cela ne l’enchante guère, il accepte de lancer un concours de princesses avec l’espoir que le baiser de la gagnante permette à notre ogre de retrouver son apparence humaine et, avec un peu de chance, le moral. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu, les princesses ayant toutes une forte personnalité, et c’est un euphémisme. De l’intello à la garce, en passant par l’alcoolique, les profils sont variés et difficiles à gérer, d’autant que chaque candidate est accompagnée de son animal domestique. Or comme Robilar, ces animaux ne se contentent pas de roucouler, ronronner ou faire tout autre bruit, ils réfléchissent et sont bien décidés à soutenir leur maîtresse respective… 

Notre Robilar, pourtant si intelligent et roublard, ne risque-t-il pas de trouver adversaire à sa taille en même temps que quelque chose d’autre, une chose qui pourrait bien adoucir le plus implacable des chats ? De nouveau, on rit beaucoup avec cette BD : des références à des personnes ou à des mouvements, un mélange savoureux de vielles expressions avec des expressions bien plus actuels et au charme bien plus incertain, des retournements de situation, un anthropomorphisme particulièrement bien exploité, des magouilles…

Mais ce qui m’a vraiment plu est la manière dont on revient sur ces contes qui ont bercé notre enfance pour les détourner et ainsi en dénoncer leurs fondements sexistes et réducteurs. Bien sûr, ils ont été écrits à une époque où la condition de la femme était bien différente, mais cela n’empêche pas d’en offrir une critique constructive, d’autant qu’ils continuent de bercer des générations d’enfants. Des enfants qui ne sont pas vraiment en mesure de comprendre en quoi derrière de belles histoires, se cachent des injustices et des stéréotypes. Alors, en tant que femme, j’ai adoré voir ces princesses qui sortent des clichés, et qui finissent par faire valdinguer les conventions afin de réfléchir à ce qu’elles désirent vraiment. Et ce n’est pas forcément un prince, un château, des enfants, du tricot ou toutes ces activités et choses que l’on associe volontiers aux princesses et aux femmes.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par la fin qui m’a beaucoup émue. On découvre ainsi le drame vécu par un couple homosexuel séparé par les bien-pensants, la religion et des personnes incapables d’accepter que l’amour, ce n’est pas qu’entre un homme et une femme. À cet égard, la fin représente pour moi ce que devrait être la fin de chaque conte parlant d’amour : l’union entre deux personnes qui s’aiment et qui s’acceptent telles qu’elles sont. Quant à Robilar, il semblerait que d’autres aventures l’attentent, et je peux vous dire que je suis impatiente de les découvrir !

En conclusion, avec ce deuxième tome, l’auteur confirme son talent pour détourner avec facétie et humour des contes qui ont bercé notre enfance afin de nous proposer une aventure haute en couleur, mêlant avec un certain aplomb tradition et modernité. Truculent, coloré et savoureux, voici un ouvrage à ne pas manquer !

Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation.

Ainsi, il se refuse à abandonner Marcin à son triste sort et fait de son mieux pour sauver la vie de ce jeune homme pour lequel il va, tout au long de l’aventure, développer un certain attachement, voire une profonde affection. Un sentiment qui aurait pu lui être fatal dans ce monde du chacun-pour-soi, mais qui va le révéler à lui-même. Cela va également le pousser à se battre encore et encore pour se détacher d’une société qui ne lui convient guère, et lancer une première offensive pour en abattre les murailles. Cela ne se fera pas sans heurt et sans un énorme et ultime sacrifice qui, je dois l’avouer, m’a quelque peu surprise et peinée, tout en me semblant étrangement offrir une sorte de lumière dans l’obscurité. 

Tout détruire pour mieux reconstruire, ce serait un peu le leitmotiv de ce livre qui nous montre qu’il faut parfois se méfier des apparences et ne jamais oublier de s’interroger sur le modèle sociétal qu’on nous propose ou nous impose. Pour espérer vivre, et non survivre, doit-on vraiment renoncer à sa liberté et s’enfoncer dans une illusion qui, derrière le paravent des faux-semblants, n’en demeure pas moins une cage comme une autre ? Devoir renoncer à son individualité pour se fondre dans la masse et espérer un minimum de paix, est-il vraiment mieux qu’une vie totalement orientée vers la productivité ? Peut-être finalement, mais ce n’est pas non plus vraiment vivre. Alors ne vaut-il pas mieux accepter la dangerosité liée à une existence menée hors des sentiers battus que d’accepter de se cantonner aux limites de sa caverne ?

Ce sont tout autant de questions qui viennent s’ajouter à une longue série que cette duologie ne manquera pas de soulever. Parfois philosophiques, parfois simplement humaines et représentatives des idéaux de chacun, ces interrogations apportent une certaine profondeur à une duologie menée tambour battant. Ainsi, comme dans le premier tome, l’action est au rendez-vous, l’auteur nous entraînant dans une sorte de road-trip survivaliste où notre protagoniste accompagné de son protégé va passer de la brutalité des Territoires Perdus à la réalité trompeuse des Enfers.

Deux endroits aux règles différentes qui se révèlent, chacun à leur manière, déroutants et fascinants. Quoi que fascinant ne convienne peut-être pas vraiment aux Territoires perdus, ce no man’s land m’ayant révulsée par sa brutalité et la manière dont les mutants et humains sont réduits à l’état de viande ou d’objets comme les autres que l’on marchande et maltraite… Quant aux Enfers, ils s’apparenteraient presque au paradis si l’on considère les endroits infâmes et immondes traversés par notre duo. Comme quoi, tout est toujours question de perspective !

Je préfère rester vague sur l’intrigue en elle-même parce qu’elle est de celles qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur vous réserve encore de l’action et une révélation qui redistribue de nouveau les cartes ! Ainsi, Federico Saggio possède indéniablement un certain talent pour retourner le cerveau de ses lecteurs en même temps que celui de son protagoniste, qui semble de plus en plus marqué psychiquement… Ce qui se comprend fort bien au vu son histoire, des « améliorations » imposées à son corps, et de tout ce qu’on a fait subir à sa personnalité et à sa mémoire. Comment être soi quand on s’est arrangé pour que vous ne le soyez jamais vraiment ? À moins que cela ne compte finalement pas vraiment, et que le plus important est la personne que vous avez choisi de devenir en votre âme et conscience. Une personne bien plus humaine en ce qui concerne notre héros !

En conclusion, Luland Infrarouge conclut à merveille une duologie qui questionne aussi bien les fondements d’un monde ayant perdu toute son humanité que la notion de mémoire et de personnalité. Rythmée, haletante, non dénuée de tension, de mystère et de coups de théâtre, voici une lecture passionnante qui plaira aux lecteurs en quête d’un univers de science-fiction dur et brutal, dans lequel un homme se débat contre les règles de la société, tout en cherchant à définir les siennes…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

Moi, Ligia, Sirène de Sylvie Baussier

Couverture Moi, Ligia sirène

Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Scrineo (20 août 2020) – 10,90€

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman jeunesse qui prend le parti original d’aborder la mythologie grecque à travers le point de vue d’un méchant, une sirène. Une sirène qui ne colle pas à la version imaginée par Hans Christian Anderson, mais qui s’inscrit plutôt dans la pure tradition grecque, celle d’une femme-oiseau qui se repaît de la chair des marins.

De fil en aiguille, on découvre donc l’histoire de Ligia et de Leucosia, deux jeunes filles transformées en femmes-oiseaux par Déméter. Leur crime : n’avoir pas su empêcher la disparition de Coré, la fille de la déesse, et de ne pas avoir su la retrouver. Les voilà ainsi condamnées à attendre que des marins imprudents s’approchent de leur rocher afin de leur servir de repas. Les lecteurs ne pourront s’empêcher de s’offusquer devant l’injustice de la situation, les deux sœurs n’ayant rien fait de mal !

Devenues monstres malgré elles, elles survivent, alternant entre sensations tenaces de faim et culpabilité, une fois leur ventre tendu et repu. Parce qu’elles n’ont pas choisi d’être des monstres et qu’elles ne le sont pas vraiment, ces deux sœurs m’ont beaucoup touchée, et plus particulièrement Ligia, dont on sent le poids des regrets, de la nostalgie et du dégout de soi. Attirer, envoûter, tuer et mâcher… tout autant d’activités qui lui répugnent, mais qu’elle est condamnée à effectuer encore et encore pour survivre.

Malgré la situation et la manière dont Leucosia peut parfois provoquer Ligia, les deux sœurs peuvent heureusement compter l’une sur l’autre, une condition sine qua non pour ne pas sombrer. Et puis, ce n’est qu’en combinant leur chant qu’elles arrivent à harponner et transporter leurs proies…. Du moins, jusqu’à ce qu’une rencontre ne scelle leur destin à jamais !

Le gros point fort de ce roman est la manière dont l’autrice arrive à faire ressentir une profonde empathie pour des « méchantes » qui nous apparaissent ici bien plus victimes que bourreaux. Alors bien sûr, elles tuent des humains, mais ce n’est pas par plaisir ni cruauté, juste par nécessité, sans oublier que ces meurtres ne sont pas sans conséquence sur leur équilibre psychique. Doucement, on sent d’ailleurs Ligia glisser vers un état qui n’appelle pas de retour…

Au-delà du point de vue original de cette histoire et du sort de ces deux sœurs condamnées à une vie de solitude, d’attente et de souffrance, j’ai apprécié l’accessibilité de ce roman qui met la mythologie grecque à la portée des enfants : rappels succincts et illustrés des personnages mythologiques apparaissant au cours de l’histoire, plume fluide, chapitres courts, texte aéré, un point sur le mythe des sirènes intéressant, un cahier de jeux… Tout est mis en place pour faciliter l’expérience de lecture des jeunes lecteurs, et leur permettre de son plonger sans réserve dans l’histoire de Ligia et de sa sœur.

En conclusion, avec Moi, Ligia, Sirène, l’autrice offre aux enfants une porte d’entrée intéressante sur la mythologie grecque à travers non pas le point de vue d’un héros de légende, mais celui d’un monstre qui n’en est peut-être pas vraiment un. Touchant, accessible et captivant, voici un court roman jeunesse qui devrait plaire aux enfants, mais aussi aux adultes appréciant la mythologie et les textes emplis de sensibilité.

Mini-chroniques en pagaille #33

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les Souffrances du jeune Werther de Goethe (écouté en livre audio)

Couverture Les souffrances du jeune WertherLes Souffrances du jeune Werther est un roman dont j’avais eu l’occasion de lire un extrait dans le cadre de mon bac blanc de français qui commence sérieusement à dater. Et j’en garde la même impression : un livre dont l’intérêt réside bien plus dans la manière dont sont exprimés et exacerbés les sentiments que dans l’intrigue en elle-même.

On suit les sentiments profonds et les réflexions d’un jeune homme tellement ancré dans ses émotions et son moi intérieur qu’il en vient à s’enfermer dans une bulle qui nous apparaît parfois bien différente de la réalité… S’il part de faits concrets, il a une légère tendance à les extrapoler et en tirer ses propres conclusions, toujours très passionnées au demeurant !

Le retournement de situation, bien qu’inéluctable, m’a beaucoup touchée. Car si on a parfois envie de dire au jeune Werther de vivre au lieu de penser et décortiquer chaque bribe de sa vie et de celle de Charlotte, la femme objet de ses passions, il n’en demeure pas moins un homme d’une sensibilité à fleur de peau qui émeut. Le roman ne plaira pas à tout le monde, surtout si les atermoiements et les tourments de l’âme humaine vous rebutent, mais c’est un parfait exemple du romantisme que j’aurais envie de qualifier de triste et de beau à la fois. Au-delà de l’amour courtois magnifié et parfois idéalisé, le roman présente également quelques réflexions intéressantes sur l’éducation et l’humanité.

  • Martin et la Divine Chipie de François Vincent (Didier jeunesse)

Couverture Martin et la divine chipie

Le jeune Martin décide un jour de quitter Gondenans-les-Moulins pour Paris avec l’espoir de faire fortune, de mener la grande vie et de goûter aux joies et futilités de la vie parisienne, nonobstant les dangers et les mises en garde de ses parents. Sa décision est prise et rien ne l’en dissuadera ! D’ailleurs, la chance semble lui sourire : après une rencontre sympathique, le voilà doté de trois objets magiques qui vont vite lui révéler leur utilité, et conférer au roman, un joli air de conte d’antan.

Mais une fois arrivé à Paris, le jeune Martin va découvrir les joies, non pas des cafés parisiens, du moins pas que. Il va faire face à la duplicité, à la méchanceté, à la convoitise et à la manipulation. Des choses d’autant plus déroutantes qu’elles arrivent par l’entremise de la Divine Demoiselle, jeune femme riche à la beauté reconnue. Une femme qui n’hésite pas à jouer de ses atouts pour obtenir ce qu’elle veut.

En début d’ouvrage, Martin n’attire guère la sympathie puisqu’il nous apparaît assez ingrat, peu reconnaissant et comme notre Demoiselle, quelque peu cupide. Et puis, il se révèle parfois exaspérant par sa manie de se laisser duper encore et encore. Mais de fil en aiguille, le naïf des débuts laisse place à un jeune homme un peu plus réfléchi et moins obnubilé par la réussite. On appréciera, en plus du jeu sur les apparences, la belle leçon de vie que notre protagoniste va apprendre. Et si finalement, le véritable bonheur ne passait pas par la gloire et la richesse ?

Les amateurs de contes et de romans de chevalerie devraient également apprécier les références disséminées tout au long du roman. Les illustrations en couleurs apportent, quant à elles, beaucoup de charme à l’aventure, tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs.

En bref, Martin et la Divine Chipie est un conte plein d’humour et d’intelligence qui séduira petits et grands lecteurs.

  • Ève d’Anne Langlois (application Rocambole)

Ayant souscrit il y a quelques semaines à l’application Rocambole, j’ai enfin pris le temps de lire ma première série : Ève. Je ne suis pas croyante, mais j’avoue que le résumé m’a bien intriguée et que j’étais curieuse de découvrir l’une des histoires les plus connues au monde à travers le point de vue d’Ève. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience fut concluante et des plus amusantes !

En 11 chapitres et moins d’une heure de lecture, l’autrice nous offre une petite pépite féministe qui, sous couvert d’humour, aborde des thématiques importantes allant de la charge mentale des femmes aux stéréotypes liés au sexe. C’est drôle, grinçant, voire parfois mordant, mais c’est surtout plein d’intelligence, de bons sens et de pertinence.

Dans cette histoire, Adam en prend clairement pour son grade : niais au possible, peureux, complètement à côté de la plaque, incapable de se débrouiller sans Eve qui joue le rôle de nounou, de maman et d’épouse… L’image pourrait paraître caricaturale, elle l’est d’ailleurs parfois. Mais derrière les comportements d’Adam et ses arguments à la mords-moi le nœud, on retrouve tout un pan de notre culture. Un pan qui porte aux nues la « masculinité des hommes  » tout en n’oubliant pas de louer la dextérité des femmes pour les travaux ménagers et la capacité à tout mener de front (sans se plaindre, c’est encore mieux). Après tout, c’est bien connu, on naît toutes avec des aiguilles dans les mains pour repriser plus vite que notre ombre les chaussettes ou, dans le cas d’Adam, les slips.

Heureusement que notre Ève, en plus d’avoir du caractère, peut compter sur le soutien de ses copines auxquelles on s’attache d’ailleurs fort vite. Chacune issue d’une espèce différente, elles lui apportent un peu de cette solidarité féminine indispensable dans un monde créé par et pour les hommes… Si Adam m’a donné des envies de meurtre, j’ai également beaucoup ri, notamment grâce aux remarques sarcastiques d’Ève et sa capacité à prendre du recul face à un compagnon imposé pour le meilleur, et surtout pour le pire.

La fin m’a paru un peu abrupte, mais elle laisse la porte ouverte à d’éventuelles nouvelles aventures… Dans tous les cas, Ève est une série pleine d’humour que je ne peux que vous recommander, a fortiori si la condition de la femme est une thématique qui vous intéresse.

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
En avez-vous déjà entendu parler ?

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #31

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Prunelle : La fille du cyclope de Vicky Portail-Kernel et Cédric Kernel (Ankama)

Couverture Prunelle, tome 1 : La Fille du Cyclope

Condamnés, après une petite bêtise, à réaliser quatre quêtes épiques, Prunelle, moitié-cyclope et moitié-muse, le Minotaure et Héraclès partent à l’aventure. Ils devront collaborer pour faire face aux multiples défis et dangers ainsi qu’aux créatures et grandes figures mythologiques qui croiseront leur route.

Une divinité semble, en outre, bien décidée à mettre des bâtons dans les roues de la jeune et fine équipe. Et elle s’y prend plutôt bien, mais peut-être pas assez pour venir à bout de la chance insolente de nos jeunes amis, ni de leurs talents conjugués. Les enfants et les adultes appréciant la mythologie grecque devraient savourer cette aventure colorée et pleine de peps menée tambour battant. Les aventures, les combats et les différents affrontements s’enchaînent sans temps mort, ce qui ne laisse aucune place à l’ennui.

Une belle place est également accordée à l’humour que ce soit à travers quelques comiques de situation ou les traits volontairement forcés des personnages. À cet égard, le côté « tout dans la cervelle, rien dans les muscles » d’Héraclès ne manquera pas de faire sourire. Le demi-dieu a, en effet, une légère tendance à foncer dans le tas avant et de réfléchir après, mais reconnaissons que cela semble lui porter chance ! Prunelle se révèle, quant à elle, bien plus réfléchie, et joue un peu le rôle de la voix de la raison au sein de l’équipe. Sa relation avec sa mère, une muse quelque peu égocentrique, n’est pas non plus dénuée d’intérêt, tout comme la petite morale de fin : l’expérience est importante, mais l’éducation n’en demeure pas moins nécessaire.

Les dessins très colorés et dynamiques participent indéniablement au plaisir que l’on prend à découvrir cette aventure rondement menée. On appréciera également, en fin d’ouvrage, quelques pages présentant certains héros et autres créatures mythologiques. Un rappel qui pourra d’ailleurs guider la lecture des plus jeunes.

En bref, voici une plongée sympathique et amusante en pleine mythologie grecque !


  • Enola & Les animaux extraordinaires : le griffon qui avait une araignée au plafond de Joris Chamblain et Lucile Thibaudier (les éditions de la Gouttière) :

Couverture Enola & les animaux extraordinaires, tome 6 : Le griffon qui avait une araignée au plafond

Je suis la plus grande fan de cette série jeunesse mettant en scène une vétérinaire pour animaux légendaires et extraordinaires. Et si tous les tomes m’ont plu, j’ai eu un coup de cœur pour celui-ci qui aborde un sujet qui me tient particulièrement à cœur : les cirques avec animaux. J’aime beaucoup les arts du cirque, mais ceux qui n’impliquent pas l’exploitation d’animaux sauvages dont la place est dans la nature et non dans une cage et/ou sur une scène.

Une réalité qui nous frappe de plein fouet avec l’histoire de ce griffon qui s’est blessé lors d’un spectacle et que son propriétaire veut vite remettre au travail, nonobstant ses blessures. C’est que business est business ! Et notre directeur de cirque n’a pas de temps à perdre avec le bien-être animal qui ne rapporte rien. Bien sûr, l’image est poussée à l’extrême, mais elle n’en demeure pas moins vraie : les spectacles avec animaux sont d’une cruauté sans nom que rien ne pourrait  justifier, et certainement pas l’appât du gain… Méprisable, notre directeur va néanmoins recevoir une belle leçon de la part de notre vétérinaire bien décidée à soigner notre griffon avant de lui rendre sa liberté.

En plus d’une histoire très touchante et des illustrations toujours aussi sublimes, il y a un réel travail de sensibilisation réalisé dans ce tome qui évoque aussi bien le problème des cirques avec animaux que le travail de réhabilitation des animaux élevés en captivité. Tout en condamnant fermement et légitimement l’exploitation des animaux, l’auteur nous offre également une belle bouffée d’espoir à travers notamment une jeune femme qui va réaliser que sa sincère affection pour son griffon ne saurait venir combler les besoins d’un animal sauvage. Aimer signifie parfois littéralement laisser l’autre s’envoler…

En bref, si la protection animale vous tient à cœur et/ou que vous avez envie d’une belle lecture, Le griffon qui avait une araignée au plafond est fait pour vous ! Le ton est pédagogique, l’histoire émouvante et la fin une magnifique ode à la liberté animale.


  • Simon Portepoisse (tome 1) d‘Antoine Dole et Bruno Salome, (Actes Sud Junior) :

Couverture Simon Portepoisse, tome 1 : Petits malheurs en famille

Dans une ambiance colorée et quelque peu loufoque, nous découvrons le jeune Simon qui a le malheur d’appartenir à une famille de monstres. Et si je dis le malheur, c’est parce que notre protagoniste n’a guère envie de perpétuer la tradition familiale : porter la poisse aux humains. Il n’a néanmoins pas le choix et doit s’acquitter, en compagnie de Monsieur Georges, un chat noir qui parle, de sa première mission : empêcher la famille Chouquette de partir en vacances.

Mais sur place, il va vite découvrir que les membres de cette famille, qui m’a un peu fait penser aux Tuche, ne seraient peut-être pas si mécontents que cela de rester chez eux et d’éviter de passer du temps ensemble. Une situation inacceptable autant pour Simon qui aimerait apprendre à cette famille le plaisir du vivre-ensemble que Monsieur Georges qui tient à ce que le premier ticket-poisse de son protégé soit correctement distribué. Or, apparemment, priver les Chouquette de vacances serait plus un cadeau qu’une malédiction…

Avec beaucoup d’humour et de facétie, l’auteur plonge les lecteurs dans l’envers du décor de la poisse et de toutes ces superstitions tournées en dérision. De fil en aiguille, on réalise que les malheurs des uns peuvent faire le bonheur des autres et que si la malchance existe, elle peut servir de tremplin pour rebondir et transformer le négatif en quelque chose de positif. Tout n’est qu’une question de perspective, après tout !

Au-delà des gags plutôt efficaces, notamment pour un jeune public, on appréciera le duo enfant/chat parfaitement complémentaire et attachant. Quand l’un, sensible et gentil, ne pense qu’à faire le bonheur des humains, l’autre cherche à tout prix à faire leur malheur. Mais on pardonnera volontiers à notre oiseau de malheur cet excès de méchanceté, puisqu’il faut bien quelques moments difficiles pour pouvoir apprécier les moments de félicité. Et puis, Simon est tellement adorable qu’il compense largement toute cette poisse que ses proches, Monsieur Georges inclus, se font un malin plaisir à distribuer aux humains.

En bref, si vous avez envie d’une petite lecture jeunesse colorée, divertissante et pleine d’humour, Simon Portepoisse devrait vous plaire.


Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?

Bouche d’ombre : Lou 1985, Carole Martinez et Maud Begon

Couverture Bouche d'ombre, tome 1 : Lou 1985

Paris, printemps 1985 : Lou est en classe de première. Elle ne s’intéresse qu’à son monde adolescent, ses amis, les fêtes, le lycée… Jusqu’au jour où toute sa petite bande décide de s’essayer au spiritisme. Le verre bouge et l’univers de Lou vacille…

Casterman (28 mai 2014) – 70 pages – 17€

AVIS

Bouche d’ombre m’a fait penser à ces films d’horreur dans lesquels des adolescents ou jeunes adultes commettent l’imprudence de se lancer dans une séance de spiritisme sans penser aux conséquences. Si on suit ce schéma que j’apprécie beaucoup, on ne tombe heureusement jamais dans le gore. Le drame s’invite néanmoins bien dans la vie d’une bande de lycéens insouciants qui aiment faire la fête, se lancer des paris plus ou moins idiots et passer du bon temps. Une vie banale qui va prendre une tournure bien plus sombre après une séance de spiritisme qui ira au-delà de leurs attentes. Et si en jouant avec des forces qui les dépassent, nos lycéens avaient mis le pied dans un engrenage infernal qui ne sera pas sans conséquence pour certains d’entre eux ?

Je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais je ne m’attendais pas à l’événement qui va venir tout chambouler dans la vie des personnages, et notamment dans celle de Lou. La famille de la jeune fille n’est pas étrangère au monde de l’occulte, sa tante ayant d’ailleurs fait carrière en tant que voyante. Cela explique probablement son affinité avec l’au-delà qui tend quelque peu, depuis un drame, à s’inviter dans sa vie autant onirique que réelle…

Lou n’aura alors pas d’autre choix que de tenter de trouver des réponses et de s’essayer à une pratique qui, pour ma part, m’intéresse beaucoup, bien qu’elle n’ait jamais eu les effets escomptés sur moi. De fil en aiguille, des secrets vont être dévoilés et des moments du passé révélés. En plus de cette entrée délicate et quelque peu angoissante dans le monde du surnaturel, Lou doit également faire face aux problématiques inhérentes à son âge : l’amitié, les amours, la jalousie… Mais aussi à des thématiques plus générales qui toucheront tous les lecteurs : la famille, les secrets, la culpabilité, le deuil… Des sujets difficiles mais abordés avec subtilité et sans lourdeur.

Mais je dois avouer que c’est vraiment la partie fantastique qui m’a le plus intéressée. J’ai aimé me plonger dans ce monde de l’occulte que l’on découvre aux côtés de Lou. Bien que perturbée par les événements, elle les affronte avec courage et fait de son mieux pour apporter la paix aussi bien aux vivants qu’aux morts. Une tâche qui requerra tact, patience et bienveillance… Qualités dont cette jeune fille, à laquelle on ne peut que s’attacher, ne semble pas manquer. À la fin de ce premier tome, on sent que Lou n’est qu’au début de l’aventure et que l’autrice lui réserve encore quelques rencontres fantasmagoriques et autres résurgences du passé à gérer.

Quant aux illustrations, elles soulignent à merveille les différents changements d’atmosphère que l’on ressent tout au long de la lecture : sombres et presque oniriques pour les phases dramatiques où le surnaturel et la mort s’invitent, douces et lumineuses pour les scènes d’amitié, de complicité et d’insouciance. Une insouciance qui, petit à petit, s’envole à mesure que les conséquences d’un épisode peut-être pas aussi innocent que cela se font sentir sur la vie du groupe. Mais les adolescents semblent déterminés à aller de l’avant…

En bref, ce premier tome pose les bases de l’histoire et nous permet de faire connaissance avec une jeune fille qui semble avoir un don naturel pour communier avec les morts. Reste à découvrir comment elle va arriver à concilier réalité et fantômes dans une vie de lycéenne déjà bien remplie…