Throwback Thursday Livresque #102 : Fantasy, fantastique, magie, SF, irréel, incroyable, miracle, au delà, anges et créatures…

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : Fantasy, fantastique, magie, SF, irréel, incroyable, miracle, au delà, anges et créatures…

Aimant beaucoup la littérature de l’imaginaire, la difficulté n’a pas été de vous présenter un livre, mais de n’en sélectionner qu’un. J’ai tout de suite pensé à La Passe-Miroir de Christelle Dabos dont j’attends avec impatience la parution du dernier tome, mais ayant déjà joué cette carte, j’ai opté pour un roman que j’ai également beaucoup aimé : Le passageur : Le coq et l’enfant d’Andoryss. 

Couverture Le passageur, tome 1 : Le coq et l'enfant

Matéo n’aurait jamais dû hériter du don de sa mère.
Il n’aurait jamais dû entendre les pleurs des fantômes.
Désormais, il n’a d’autre choix qu’accepter son héritage… ou sombrer dans la folie !
C’est au temps de la Commune, au milieu des horreurs de la semaine sanglante, qu’il débute son apprentissage…
Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

Pourquoi ce choix ?

L’ayant noté 18/20 sur Livraddict, ce roman m’a indéniablement plu et fait passer un très bon moment de lecture. Il faut dire qu’Andoryss a su capter mon attention dès les premières pages à travers une écriture fluide et immersive, et un personnage pour lequel on se prend vite d’affection.

Le Passageur fait partie de ces séries que je vous recommande si vous aimez les histoires fantastiques, teintées d’horreur (mais rien de bien méchant), qui vous font voyager entre présent et passé, entre fantastique et réalité historique.  L’autrice nous transporte, en effet, au temps de la Commune, une période sanglante de notre histoire qui me semble peu abordée en littérature. Cerise sur le gâteau, le travail éditorial des éditions Lynks est, comme à chaque fois, sublime : effet gaufré, dorure, mise en page aérée…

J’attends donc avec impatience la sortie du deuxième tome sur lequel l’autrice est en train de travailler. En attendant, si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur ce premier tome, je vous invite à lire ma chronique dont voici la conclusion :

Ayant craqué sur la couverture et le résumé, j’avais de grandes attentes pour ce roman et je dois dire qu’elles ont été plus que comblées. En nous proposant un personnage attachant autour duquel plane une aura de danger et en veillant à nous offrir un récit mené tambour battant, l’auteure captive le lecteur dès les premières pages. Si on ajoute à cela un style d’une grande finesse et une capacité à construire une histoire riche et complexe dont les fils se dévoilent progressivement sous nos yeux, on obtient un roman captivant dont il est bien difficile de se détacher.

 

Et vous, le roman vous tente-t-il ?

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Mini-chroniques en pagaille #11 : Darkham Vale de Jack Lawrence (tome 1 à 5)

Mini-chroniques en pagaille

Mini-chroniques en pagaille

Découverte par hasard à la bibliothèque, je vous parle aujourd’hui des cinq tomes de la série Darkham Vale aux éditions Bamboo. A noter que cet article avait été rédigé il y a déjà plus d’un an et qu’il s’était perdu dans mes brouillons…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une ville peuplée de monstres, de fantômes, de revenants, de vampires. Une ville avec une réputation inquiétante. Vous entrez dans Darkham Vale, un endroit brumeux et froid, pour la plus grande joie de ceux qui aiment se faire peur.

Ryan et son père viennent d’hériter d’une vieille bicoque isolée, après le décès d’un oncle. « Et si elle était hantée ? » se met à imaginer cet adolescent rêveur Et pourtant, son sourire s’efface lentement quand il découvre que certains habitants de Darkham Vale l’observent d’un drôle d’air Les rues du village sont peuplées de gens étranges, qui revêtent une silhouette monstrueuse en s’éloignant dans l’ombre. Ryan s’en inquiète mais son père met cela sur le compte des événements familiaux récents : le divorce, le déménagement, l’héritage…

Et pourtant, Ryan n’est pas un enfant perturbé. Il se passe bel et bien des choses étranges dans les brumes qui enveloppent leur nouvelle maison…

Tome 1 : Le village hanté

Ryan et son père viennent d’emménager dans une vieille maison héritée à la mort d’un oncle. Le jeune homme se rend compte très vite que des choses étranges se passent dans leur nouvelle ville de résidence, Darkham Vale. Quand il tombe nez à nez avec un loup-garou, ses doutes sont levés : ce n’est pas son imagination fertile qui lui joue des tours, mais bien la ville qui abrite d’étranges créatures.

J’ai trouvé le point de départ de l’histoire plutôt commun, mais n’ayant pas d’attentes particulières pour cette série, cela ne m’a dérangée outre mesure. Le village hanté est un tome introductif qui permet à l’auteur de nous présenter les personnages principaux. L’histoire n’est donc pas forcément passionnante, mais se révèle suffisamment intéressante pour m’avoir donné envie de lire la suite. Je suis ainsi curieuse d’en apprendre plus sur Ryan et les raisons qui font de lui un être aussi important pour les différentes créatures qui peuplent cette histoire.

Tome 2 : la caverne au dragon

Nous retrouvons Ryan qui se fait à l’idée de vivre parmi les monstres, on peut même dire qu’il vit très bien le fait de savoir que des créatures de l’imaginaire comme des vampires existent bel et bien. Il ressort d’ailleurs du jeune homme une certaine naïveté, mais la réalité va néanmoins vite le rattraper : les monstres en ont après lui et n’hésitent pas à l’attaquer.

Dans ce tome, Ryan paraît encore un peu inconscient des menaces qui pèsent sur lui, mais on devine que la suite des événements va lui remettre un peu les pieds sur terre. Le duo Ryan et Troy fonctionne bien ; j’espère donc voir l’amitié des deux amis évoluer au fil des tomes et leurs liens de resserrer. Avec La caverne au dragon, on se rend compte que les monstres ne sont pas tous mauvais et que certains sont prêts à tous pour protéger notre jeune héros. J’ai également trouvé intéressant d’en apprendre un peu plus sur la mythologie de la ville qui n’a pas toujours été le repère de créatures sanguinaires, mais plutôt un havre de paix ouvert à tous. Un changement radical donc !

Tome 3 : Vampires et corbeaux

À mesure que l’on avance dans la série, l’histoire devient beaucoup plus sombre, chose que j’ai fortement appréciée. Les actions s’enchaînent également très vite donnant ainsi un rythme soutenu à la BD. Certaines questions obtiennent enfin des réponses, notamment sur la raison qui pousse autant de personnes à fonder de grands espoirs sur Ryan. La question est de savoir si le jeune homme, déjà affecté par un deuil, sera en mesure d’affronter le destin que Corvus, Monarque des corbeaux a prévu pour lui avant même sa naissance. Comme pour le tome précédent, la BD se termine de manière à donner envie aux lecteurs de lire très vite la suite. Une guerre se prépare et j’ai, pour ma part, très envie de la suivre.

Tome 4 : La prophétie

Les choses s’accélèrent et la bataille entre les « forces du bien » et « les forces du mal » est maintenant bien engagée. Le mystérieux Tarnas Kerith est bien déterminé à tuer Ryan qui ne lui est plus d’aucune utilité. Mais son principal objectif reste de délivrer son ignoble et très puissant maître Karlack. J’ai beaucoup aimé la révélation inattendue en fin de tome qui nous pousse à revoir l’histoire sous un angle nouveau. Elle apporte également un peu de profondeur à une histoire qui reste, somme toute, plutôt basique. Nous sommes dans une série jeunesse et on le ressent dans le manque de développement des protagonistes. À cet égard, j’avoue avoir été déçue de la faible participation de Ryan qui, pour le moment, se contente de subir les événements et de se faire constamment protégé. Mais il est vrai qu’il n’a jamais accepté la prophétie le concernant et ne s’est donc jamais considéré comme un héros.

Tome 5 : La lutte finale

Ce tome final fut très riche en rebondissements notamment en ce qui concerne cette histoire de prophétie. Je ne peux pas vous en parler sans prendre le risque de dévoiler une chose importante de l’intrigue, mais attendez-vous à quelques surprises ! J’ai, dans tous les cas, beaucoup apprécié les différentes révélations d’autant que je ne les attendais pas du tout. Ryan, quant à lui, se décide enfin à participer au combat contre Karlack en dépit des nouvelles informations apprises. Vous verrez que cela lui donne un côté héroïque qui lui avait, jusqu’à maintenant, fait défaut. En bref, la conclusion de cette série me convient tout à fait puisque l’auteur n’est pas tombé dans la facilité et a veillé à offrir une fin nuancée : pas de grand happy end, mais pas de tragédie non plus.


Pour conclure, si vous aimez les BD, les histoires de monstre, les prophéties, les héros malgré eux, et que le côté jeunesse ne vous gêne pas, je ne peux que vous inviter à donner sa chance à la série Darkham Vale. L’histoire et les illustrations devraient vous faire passer un moment de lecture agréable. N’hésitez donc pas à donner une chance à cette série d’autant qu’elle se lit très vite, un tome pouvant être parcouru en moins de vingt minutes.

Le matin des larmes, Bruno Sanna

J’ai lu Le matin des larmes de Bruno Sanna dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant pour la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

RÉSUMÉ

À son réveil, avec un mal de tête et des courbatures partout, Sophie crut apercevoir son mari sortir de la chambre. L’émotion qui l’avait submergée la veille en regardant les photos devait probablement lui jouer des tours. Cependant, elle trouva qu’il régnait une étrange atmosphère dans la pièce. Pour s’assurer que ce n’était pas le fait de son imagination, elle se leva et ouvrit les volets roulants pour laisser entrer la lumière du jour. Elle fut stupéfaite en découvrant que cette chambre ne correspondait en rien à la sienne. De la décoration au mobilier, tout était différent. Elle resta immobile, seul son regard balayait cette pièce qui lui semblait étrangère. Après une brève réflexion, elle se précipita dans la chambre de sa fille et fut surprise de découvrir une pièce complètement vide. Abasourdie, elle se rendit dans celle de son fils et s’aperçut qu’il s’agissait cette fois d’un bureau…

  • Epub : 142 pages
  • Editeur : Agence Francophone pour la Numérotation du Livre (10 avril 2017)
  • Prix : 2.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Ce livre me faisait un peu peur, mais j’ai finalement passé un bon moment de lecture. Le roman n’est pas exempt de petits défauts, mais dans l’ensemble, le récit se lit tout seul.

Nous découvrons ainsi Sophie, médecin, mariée et mère de deux enfants, Betty et Sam, dont le quotidien va être chamboulé par un phénomène étrange… Elle se retrouve ainsi dans une réalité différente de la sienne, une réalité où tout le monde est à sa place, mais où tout le monde semble différent. Une prise de conscience très perturbante pour Sophie qui va, en plus, découvrir qu’elle a quitté son monde pour un monde beaucoup plus sombre et violent, un monde où l’effroyable est arrivé…

Difficile de vous parler de ce roman sans vous spoiler, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur a imaginé une uchronie dans laquelle le continent européen est devenu une seule et même nation. Gouvernée par une dictature aux idées nauséabondes que l’auteur a piochées dans notre Histoire, cette « grande » nation m’a donné des sueurs froides puisque je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « et si ». Et si le postulat de départ de l’auteur était vrai ?

Le roman est relativement court, ce qui explique que l’auteur va droit au but et ne se perd pas dans des détails inutiles ou dans de longues descriptions pour expliquer la vie dans cette France rêvée ou plutôt cauchemardée. Les amateurs d’univers détaillés en long et en large risquent donc une certaine déception de ce côté-là, mais pour ma  part, cela ne m’a point dérangée. L’auteur se basant sur des idées et des pratiques qui ont bel et bien existé par le passé, il n’a pas besoin de s’appesantir sur les détails. Notre mémoire nous permet ainsi de nous imaginer sans peine la violence d’une nation construite sur la haine de l’autre…

Et si on ne fait que deviner la violence quotidienne, on assiste par contre très bien à celle qui émane du pouvoir politique notamment en la personne du vice-président. Autoritaire, violent, raciste, sexiste… ce charmant personnage a tout du bon psychopathe des familles que l’on n’a pas envie d’avoir en face de soi. Détestable et effroyable, j’ai néanmoins regretté que l’auteur tombe assez vite dans la caricature. Un personnage plus nuancé l’aurait rendu, somme toute, plus plausible et donc plus intéressant.

Son rôle dans l’histoire n’en demeure pas moins utile puisque c’est de sa présence et de son obsession pour la présidente et la présidence que la tension du récit émane. À travers ce personnage, l’auteur a déployé toute une intrigue dans laquelle Sophie va jouer un rôle primordial et ceci bien malgré elle… On ne peut donc que ressentir un minimum d’empathie pour cette femme : être parachuté dans une réalité différente de la sienne est déjà déroutant en soi, mais si en plus, on tombe dans une réalité qui donne envie de se planquer sous sa couette… J’ai toutefois été déstabilisée par la place que lui a accordée l’auteur dans le roman. Sophie est essentielle à l’intrigue, mais elle n’y pend pas vraiment part, ou du moins, pas activement… C’est assez personnel, mais j’aurais souhaité qu’elle ne se contente pas de raconter son histoire, sa réalité, mais qu’elle se batte un peu plus pour retrouver sa vie et les siens.

Quant aux autres personnages, ils sont, pour la plupart, antipathiques ! Même les plus gentils ont des idées qui donnent envie de vomir, ce qui est plutôt normal si l’on considère dans quelle nation et quelles valeurs ils ont été élevés… Cette ambivalence engendre un certain malaise, car difficile d’apprécier une personne qui, par exemple, fait tout pour sauver sa femme, mais qui est également capable de sacrifier un autre humain sans une once de culpabilité… Ces personnages ont le mérite de nous pousser à nous interroger sur toutes ces personnes qui ont vécu sous le joug de la pire dictature que le monde a connu sans se rebeller. Est-on vraiment le fruit de notre éducation ou peut-on arriver à se délivrer des carcans dans lesquels celle-ci a pu nous enfermer ? Et les liens familiaux et l’amour que l’on porte aux siens peuvent-ils venir à bout d’un endoctrinement constant et menaçant ?

En ce qui concerne le style de l’auteur, j’ai trouvé sa plume dynamique, bien qu’un peu trop simple pour satisfaire l’amatrice des belles plumes en moi. N’attendez donc pas de belles figures de style, mais plutôt des phrases relativement courtes et percutantes. La présence de nombreux dialogues rend, en outre, la lecture rapide et plutôt prenante. J’ai d’ailleurs lu le livre d’une traite. Il y a néanmoins quelques petits points qui, à mon sens, mériteraient d’être retravaillés : une couverture qui ne permet pas aux lecteurs de se projeter dans le récit, quelques incohérences notamment sur la notion de continent/pays, un retournement de situation gâché par une phrase qui aurait mérité la mention de « spoiler alerte », un grand méchant trop caricatural pour être crédible, une gentille infirmière qui se transforme d’un coup en tigresse bien qu’on pourrait arguer une volonté de rébellion trop longtemps contenue…

En conclusion, entre découvertes d’une réalité bien différente de la nôtre, des complots qui gangrènent un pouvoir déjà bien glauque en-soi et une certaine tension, Le matin des larmes est un roman qui se lit très vite, et qui devrait plaire aux amateurs d’histoires courtes menées tambour battant. Et puis en oscillant entre plusieurs genres, l’auteur fait preuve d’une audace que je ne peux que saluer d’autant qu’il s’agit ici de son premier roman.

Bruno Sanna

Photo du site Babelio

Page FB du roman

Je vous invite à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus

 

Premières lignes : Entre troll et ogre, Marie-Catherine Daniel

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J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous présenter les premières lignes de ma dernière lecture : Entre Troll et Ogre de Marie-Catherine Daniel aux éditions actusf.

Arsouille est un vieux troll désabusé et perclus d’arthrite. Plus grand-chose ne l’inquiète, à part bien sûr les ogres, la guerre et son petit-fils qui doit entrer au collège…
Mais un soir, Arsouille reçoit une lettre pleine de regrets de son jumeau qu’il n’a pas vu depuis cinquante ans. La surprise est totale : son frère est un ogre et les ogres n’écrivent pas aux trolls. D’ailleurs, les ogres ne font pas dans le sentiment, pas même avant de vous arracher la tête. Alors qui a écrit cette lettre ? Arsouille qui ne sait pas déchiffrer une carte va devoir se rendre sur le front pour le découvrir…
Une enquête à mi-chemin entre la fantasy et le post-apocalyptique. Avec Entre troll et ogre, Marie-Catherine Daniel signe un roman puissant qui interroge la notion d’humanité.

PREMIÈRES LIGNES

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Et vous, ce roman vous tente ?

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

Kafka : L’éveil (tome 1), Xavier Amet

Kafka, L'éveil ; Xavier Amet

Je remercie Xavier Amet et Livraddict pour l’envoi de Kafka. Je remercie également l’auteur pour sa dédicace particulièrement soignée et les deux petits bonus.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« J’étais la tache de vin sur une belle nappe blanche pour mes parents, une erreur de la nature pour mes proches et un fou violent pour les gens évoluant dans ma vie. »

Ouais ! Si je devais retenir une chose de ce qui m’a motivé à foutre le camp de chez mes parents et de cette école de commerce de merde, c’est bien ça ! Car au final ça résume bien le fait que je ne trouvais pas ma place dans ce monde, que ce dernier semblait tout faire pour me rejeter alors… J’allais me démerder par moi-même, devenir privé à mon compte (au black bien sûr) en plus de continuer à participer à des combats illégaux. Une façon d’externaliser cette soif de violence que je ne savais expliquer.

Bien que j’eusse pris cette décision pour trouver ma place ici-bas, savoir qui j’étais, ce que j’étais, jamais je n’aurais imaginé que mon grand saut m’amène là où je suis à présent…

    • Broché: 488 pages
    • Editeur : E.X.A Concept; Édition : Janvier 2017 (4 novembre 2016)
    • Prix : 22€
    • Illustrateur : Jean-Mathias Xavier

AVIS

L’histoire, entre monde terrestre et monde surnaturel

Le récit démarre sur un prologue plutôt dur et sombre qui n’est pas sans rappeler certains épisodes de notre histoire. Dans tous les cas, l’auteur arrive d’emblée à capter l’attention des lecteurs qui découvrent par la suite Kafka, un jeune homme dans sa vingtaine.

Mouton noir de sa famille, ce dernier est plus dans l’action que dans la philosophie bien que ses réflexions sur l’état du monde actuel soient loin d’être dénuées d’intérêt. Ne reculant jamais devant une bonne baston, il aime à jouer des poings dans la vie et lors de combats illégaux où il excelle. En dehors de cette activité lucrative peu légale, mais qui lui offre l’occasion de se défouler, il exerce le métier de détective privé pour le compte de personnes désirant prouver l’infidélité de leur conjoint. Sa vie va cependant prendre un nouveau tournant lorsqu’un cadavre jeté d’un toit lui tombe presque dessus. Stimulé par l’envie d’action, il va se lancer sur la piste du meurtrier avant de découvrir que rien en ce bas monde n’est le fruit du hasard. Et si finalement, derrière ce meurtre se cachaient des forces et des enjeux qui le dépassent, mais qui, paradoxalement, vont l’aider à se trouver lui-même?

Même si Kafka est loin d’avoir les capacités d’analyse et de déduction de mon détective privé préféré, Sherlock Holmes, j’ai néanmoins pris plaisir à suivre son enquête concernant le meurtre d’une victime dont il arrivera, pour son plus grand malheur, à découvrir l’identité. Mais c’est bien l’enquête sur les traces de son passé qui se révèlera la plus haletante d’autant qu’elle lui permet de mettre les pieds dans un monde dont il ignorait jusque là l’existence…

Il faudra attendre un certain nombre de pages avant que l’auteur quitte le monde très terre à terre de Kafka pour introduire du surnaturel. Il le fait d’abord par petites touches avant de plonger complètement le lecteur dans un monde secret où des créatures dangereuses et ignobles mettent tout en œuvre pour assouvir le dessein qu’elles réservent aux humains. Ce procédé introduit un certain suspense vous poussant à lire les chapitres les uns après les autres. Les différentes révélations qui se succèdent vous donnent ainsi envie d’en apprendre plus sur ces créatures, mais aussi sur ce qui les lie à Kafka. Pourquoi s’intéressent-elles autant à lui ?

En ce qui concerne les créatures du livre, l’auteur joue la carte de l’originalité. Tout le monde connaît, à des degrés divers, les créatures de la nuit que sont les vampires. Mais personne, à part les chanceux lecteurs de ce roman, ne connaît les vampires version Xavier Amet. Autant vous le dire tout de suite, l’auteur dépoussière le mythe du vampire balayant d’un revers de main tout, ou presque, ce que nous savons d’eux. Il est vrai que plusieurs auteurs se sont amusés à proposer leur propre version du mythe, mais celle de l’auteur est certainement la plus originale que j’aie lue. J’ai adoré son explication concernant leur apparition tout comme leur objectif final. L’auteur évoque également un autre mythe, bien moins connu en France, celui des Bersekers, des guerriers légendaires. Je connais peu cette légende et ai donc apprécié de mieux l’appréhender à travers Kafka et son héritage.

Les personnages…

Sans que cela soit préjudiciable à l’intrigue, j’ai eu du mal à trouver des atomes crochus avec notre héros malgré lui. J’ai apprécié sa volonté de ne pas se fondre dans le moule et le modèle de réussite sociale imposé par ses parents, et plus généralement, la société.  Je n’ai, en outre, pu qu’approuver certaines de ses idées ou de ses réflexions sur notre monde, mais le côté « je suis en révolte contre tout et contre tout le monde alors je tape pour me défouler » m’a vite fatiguée. Fort heureusement, nous découvrons, au fil de l’intrigue, les raisons de la colère perpétuelle qui habite le jeune homme et face à laquelle ses parents ont, par le passé, fini par baisser les bras.

Mais ce qui a vraiment rendu difficile pour moi d’apprécier notre héros, c’est le peu de considération qu’il semble avoir pour les femmes puisque ces dernières semblent se résumer à une fonction, celle d’assouvir ses besoins primaires. C’est ainsi que pour chaque personnage féminin, on a droit à une petite description de son anatomie et des réactions que sa vue suscite sur celle du jeune homme… C’est autant désagréable en tant que femme que réducteur pour la gent masculine dont le cerveau semble alors s’être délogé de leur boîte crânienne pour atterrir dans leur slip. L’auteur a certainement forci le trait pour les besoins de son histoire, mais ça m’a quand même bien agacée.  Je me suis toutefois demandée,  en fin de roman, si un événement dans le passé de Kafka l’ayant coupé de sa nature profonde ne peut pas, en partie, expliquer ce manque d’émotions que ce soit envers ses parents ou ses conquêtes féminines. La scène finale semblerait corroborer cette hypothèse et donc rendre le personnage, du moins pour moi, moins tête à claques. Ou alors c’est juste un gros con ! A vous de voir si, comme lui, vous voulez voir le verre à moitié vide ou, comme Raven, à moitié plein.

Raven est une femme qui va intervenir relativement tard dans le roman et qui va apporter un certain nombre de réponses à Kafka. C’est aussi grâce à elle qu’il va fouiller dans son passé et se décider à confronter ses parents pour en apprendre plus sur les secrets de sa jeunesse. Si le jeune homme fantasme évidemment sur ses formes, Raven sera la seule femme du roman avec laquelle il va développer des liens ne se réduisant pas à une simple attraction physique. Il faut dire que sa force de caractère et son implacable détermination font d’elle une personne qu’il apparaît difficile de négliger. Bien qu’elle se révèle beaucoup plus humaine que Kafka dans ses rapports à autrui, on ne peut pas non plus dire qu’elle brille par son empathie. Son histoire personnelle riche et intense la rend néanmoins très intéressante et puis, comme Kafka, derrière sa carapace, elle n’en demeure néanmoins pas dénuée de sentiments, notamment envers les deux personnes de son équipe qu’elle considère un peu comme sa famille. D’ailleurs, je dois dire que le pré-adolescent et le vieil homme qui la secondent sont les deux personnages que j’ai préférés. Ils demeurent assez secondaires, mais je ne doute pas qu’ils prennent une place plus importante dans la suite de l’histoire.

Je vous ai dressé un portrait peu reluisant de nos personnages, mais pour autant, les ai-je détestés ? La réponse est non, car malgré leurs défauts, chacun a un petit quelque chose qui permet de ne pas avoir envie de se joindre au méchant de l’histoire pour les tuer. Pour Kafka, ce sont indéniablement sa capacité d’auto-dérision et son humour dont il ne se départit quasiment jamais. J’ai ainsi adoré sa manière de faire référence à la culture populaire, à des films, à des séries ou à des choses du quotidien pour les tourner en dérision ou les commenter de manière sarcastique. Cela, en plus d’amuser le lecteur, crée une certaine connivence qui fait que comme à un gamin perturbateur, mais attachant, on lui pardonne ses excès et ses frasques. Ceci est d’autant plus vrai que l’on sent que, derrière sa carapace de gros dur, se cache pendant une bonne partie du roman cet enfant qui, à défaut de trouver sa place parmi les siens et la société, se sent exister à travers les combats et la violence.

La plume de l’auteur au service d’une histoire rythmée 

Lorsque j’ai vu ce roman proposé en partenariat sur Livraddict, j’avoue avoir bien réfléchi avant de postuler, le résumé me laissant craindre un récit un peu trop vulgaire. Or, si vous me suivez régulièrement, vous devez connaître mon appétence pour les auteurs à la plume raffinée… Je ne regrette néanmoins pas d’être sortie de mes habitudes de lecture dans la mesure où l’utilisation de la grossièreté est maîtrisée et plutôt cohérente avec la personnalité du protagoniste, celui-ci n’ayant en effet pas vraiment l’habitude de faire dans la dentelle que ce soit verbalement ou physiquement… Je mentirais en disant avoir pris plaisir en lisant ses multiples jurons, mais ils s’insèrent naturellement dans le récit. Et puis, je vous rassure, vous n’avez pas non plus une insulte à chaque ligne.

La plume de l’auteur est efficace comme sait l’être « le héros malgré lui » qu’elle met en scène. Il n’y a donc pas de longues descriptions, mais tout de même assez de détails pour rendre l’histoire crédible, et permettre à chacun de se plonger dans les rues de Paris, et dans le feu de l’action. De ce côté-là, si vous aimez les histoires avec un rythme endiablé, vous serez comblés et aurez certainement le sentiment de lire un film d’action, les événements s’enchaînant assez vite. Les seules digressions que s’autorise l’auteur lui permettent d’apporter un regard critique sur le monde actuel et d’aborder des thèmes comme le harcèlement de rue, la surconsommation, le paraître en société, la politique… Mais ces passages restent assez courts et apportent une profondeur au roman intéressante. Le rythme soutenu du récit et la plume très accessible de l’auteur rendent donc le livre très facile et rapide à lire. Et puis, chose appréciable pour les taupes de mon genre, la police d’écriture est assez grosse pour ne pas avoir à forcer sa vue et accessoirement, faire défiler les pages rapidement.

Un livre interactif et immersif

A noter que le roman, en plus d’avoir une couverture plutôt attrayante, a un petit côté interactif avec la présence de QR Codes que vous pourrez lire après avoir téléchargé une application. Si les bonus que l’on débloque au gré de la lecture ne sont pas indispensables à l’histoire, cela reste une démarche fort sympathique d’autant qu’elle ajoute au côté immersif du récit.

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Si le résumé et/ou ma chronique vous donnent envie d’en apprendre plus sur le roman, je vous invite à visionner cette bande-annonce particulièrement bien réalisée ou à fureter sur le site de l’auteur lui-même plutôt agréable à parcourir.

En conclusion, ce premier tome nous permet de découvrir un héros qui tranche avec l’image traditionnelle et qui, selon votre degré de tolérance face au « je m’en foutisme » de celui-ci, vous sera plus ou moins agréable. Brut de décoffrage, on se prend néanmoins à suivre ses aventures avec frénésie désirant, presque autant que lui, découvrir les mystères de son passé et de son héritage. En nous baladant entre monde réel et imaginaire d’une main de maître, Xavier Amet signe ici un roman qui tient son lecteur en haleine. La mythologie originale qu’il a créée autour des vampires, l’utilisation du mythe des Bersekers encore peu courante en littérature française, et les différentes révélations qui se succèdent dans le roman ne sont pas étrangères à ce phénomène. Je lirai donc avec plaisir la suite des aventures de Kafka qui, si l’on considère la fin spectaculaire soulignée par l’illustration de Jean-Mathias Xavier, sera certainement explosive.

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Site de l’auteur Page FB

Envie d’acheter Kafka ?

Ghost City, Michel Honaker

J’ai lu Ghost City de Michel Honaker, publié chez les Éditions Rageot, dans le cadre du challenge Mystère .

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Farley Scott, jeune cow-boy, fuit à bord d’une diligence remplie d’or avec ses deux compagnons. Ils ont aux trousses des « régulateurs ». Quand une tempête de sable les stoppe en plein désert, Farley se réfugie dans une ville qui semble surgie du néant. Là, Miranda le recueille et tente de le défendre. Mais son père, le juge Prospéro, le condamne à rester dans cette ville fantôme d’où il lui est impossible de s’enfuir sous peine de déclencher une nouvelle tempête.

  • Broché: 176 pages
  • Editeur : Rageot Editeur (17 juin 2015)
  • Prix : 10,50€

AVIS

J’ai découvert Michel Honaker avec une réécriture de conte, Carabosse, et c’est avec une réécriture d’une pièce de théâtre, La tempête de William Shakespeare, que je poursuis ma découverte de l’auteur. Je dois avouer n’avoir jamais lu l’œuvre originale et ne pourrai donc pas parler de la fidélité de cette réécriture.

Ghost City est une ville fantôme perdue dans le désert qui n’apparaît aux yeux de certaines personnes que lorsque Prospéro, juge auto-proclamé de la ville, ne le décide. Et laissez-moi vous dire que vous n’avez pas forcément envie de découvrir la ville qui s’apparente à une prison à ciel ouvert où sont reclus criminels, filles de joie et autres personnes peu recommandables.

Si la ville n’a pas besoin d’enfermer ses habitants, c’est que des forces surnaturelles sont en jeu, des forces contrôlées par notre juge qui veille à faire respecter la justice, du moins sa vision de la justice, parmi des personnes qui n’en ont jamais fait grand cas par le passé.

Le roman est assez court ce qui n’a pas permis à l’auteur de se lancer dans de longues descriptions. Mais, fort heureusement, cela ne l’a pas empêché de fixer rapidement le décor permettant aux lecteurs de se forger une image précise de la ville, de son atmosphère étouffante et de l’aura de mystère qui l’entoure.

On ressent en outre parfaitement le sentiment d’isolement et d’enfermement des habitants et même de Miranda dont le seul crime est d’être la fille du juge. Celle-ci va d’ailleurs prendre conscience, grâce au jeune Cow Boy Farley, des limites d’une vie sans liberté.

Ghost City est également une histoire d’amour entre deux personnes à la personnalité et au parcours diamétralement opposés. Miranda a ainsi vécu toute sa vie à l’écart du monde protégée par son père alors que Farley est un bourlingueur féru de liberté. Cette opposition des caractères se révèle intéressante puisqu’elle permet aux deux personnages d’évoluer au contact l’un de l’autre. On reste cependant dans un schéma classique d’amour au premier regard avec une relation assez chaste, fidèle aux histoires d’antan.

Heureusement, la romance n’est ici pas développée sur des pages et des pages. L’auteur vous épargne également les atermoiements d’une belle et jeune enamourée effacée et indécise. Miranda est certes une belle femme, mais elle a aussi un sacré caractère et n’hésite pas à se confronter à Farley, mais également à son père. Il n’est donc pas ici question d’une jeune demoiselle en détresse à sauver.

J’ai deviné assez rapidement certains éléments concernant la personnalité du juge et son passé puisque l’auteur distille quelques indices et que la trame narrative demeure assez classique. Cela ne m’a néanmoins pas dérangée outre mesure puisque le point fort de ce roman n’est pas le suspense, mais la réflexion qu’il permet d’opérer sur des thèmes comme la justice et sa mince frontière avec la vengeance, la rédemption, la liberté, l’avidité, la morale…

Enfin, j’ai été de nouveau charmée par la finesse et la beauté de la plume de Michel Honaker que je mets donc officiellement dans ma liste des auteurs à la belle plume aux côtés, entre autres, d’Amélie Nothomb et de Stéphane Soutoul.

En conclusion, j’aurais apprécié que l’auteur étoffe un peu plus son roman, mais force est de constater qu’il arrive en peu de pages à vous plonger totalement dans son récit. Cette histoire de ville fantôme érigée sur le principe de justice et de pénitence pour ceux qui ont fauté devrait plaire à toux ceux qui aiment les romans mêlant mystère, surnaturel, romance et qui aiment réfléchir à des notions universelles comme la justice.