Un malade dangereux : Nick Carter 9

Je remercie la maison d’édition De Varly pour m’avoir permis de découvrir Un malade dangereux et accessoirement, le détective Nick Carter, personnage créé par John R. Coryell puis repris par d’autres auteurs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Les aventures du grand détective Nick Carter ont été édités il y a un siècle aux États-Unis puis traduites plus tard en français. C’est plus d’un millier d’histoires de Nick Carter qui ont été ainsi écrites. Les éditions De Varly vous présentent la réédition à l’identique des versions françaises parues à partir de 1907.

  • Broché: 62 pages
  • Editeur : De Varly (1 novembre 2017)
  • Prix : 12€

AVIS

Nick Carter reçoit une mystérieuse enveloppe non oblitérée, mais contenant la copie d’une annonce qu’il avait déjà eu l’occasion de lire dans le journal. Cette dernière, une offre d’emploi pour un poste d’infirmier à domicile, avait attiré son attention par son incongruité, les termes employés étant plus prompts à faire fuir les candidats qu’à les attirer comme des mouches sur un pot de miel. Convaincu qu’il ne peut s’agir d’un hasard, il décide de mener l’enquête…

Aimant beaucoup Sherlock Holmes, j’ai tout de suite été attirée par l’idée de découvrir un autre détective privé même si je vous le dis d’emblée celui-ci n’a rien à voir avec notre Sherlock. Et c’est un point qui m’a quelque peu freinée pendant les premières pages de ma lecture. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec le détective de Sir Arthur Conan Doyle. Et au regard de ce dernier, Nick Carter fait clairement pâle figure ou, devrais-je plutôt dire, ne joue pas dans le même registre.

A la place de la froideur apparente de Sherlock, nous découvrons ici un détective assez sympathique qui a un certain humour et qui paraît très accessible. S’il a un certain flair dû notamment à son expérience de détective, il est loin d’être un prodige de l’analyse et de la déduction. Conséquence directe et plutôt positive, une certaine connivence s’établit entre celui-ci et les lecteurs. J’ai, en outre, apprécié ses relations avec les membres de son équipe dont son cousin, Chick, et sa cousine, Ida. Il n’hésite pas à s’appuyer sur ces derniers pour mettre en œuvre son plan. On n’a aucunement le sentiment qu’ils servent de faire-valoir au détective, mais qu’ils sont bien partie prenante de l’aventure. Le livre fait une soixantaine de pages, l’auteur n’a donc pas eu le temps d’approfondir la personnalité de chaque personnage, mais dans ce genre d’histoire où l’action prévaut, ce n’est en aucun cas gênant. Et puis, cela ne m’a pas empêchée de quand même les apprécier avec une petite préférence pour Ida et sa capacité d’adaptation.

En ce qui concerne l’enquête, je dois avouer que j’ai eu du mal à tout de suite m’y intéresser. Cette histoire d’enveloppe avec la copie d’une annonce n’a pas suscité en moi beaucoup d’intérêt au point que je n’ai absolument pas partagé l’engouement du détective pour ce « mystère ». Une indifférence qui ne m’a pas permis de m’enthousiasmer à la décision de Nick Carter de se rendre à l’adresse de l’annonce pour se faire embaucher en qualité d’infirmier peu payé et exploité. Néanmoins, au fil de l’intrigue, j’ai commencé à me prendre d’intérêt pour les événements peu orthodoxes qui se déroulent dans cette maison : un malade fou qui ne semble pas vraiment l’être,  un médecin alcoolique qui aime manier la bouteille de whisky pour son propre plaisir et la seringue pour le déplaisir de son « patient », deux domestiques peu avenants et peu loquaces, un avocat que connaît le détective et qui semble plus avoir sa place derrière les barreaux qu’au barreau, une femme dont la présence furtive lui donne plus l’air d’un fantôme que d’une maîtresse de maison…

Cet enchevêtrement de faits suspicieux finit indubitablement par réveiller l’intérêt du lecteur. On se surprend à vouloir en savoir plus et à suivre avec plaisir notre détective dans son jeu de péquenot un peu niais et serviable à l’excès, censé le faire passer pour un être sans intérêt et peu dangereux. Si nous saluerons son jeu d’acteur presque digne d’une récompense hollywoodienne, il n’aura hélas pas suffi à convaincre l’avocat véreux à l’œil aiguisé. Celui-ci n’aura alors qu’une envie, se débarrasser du détective ad vitam æternam.

En danger de mort, il sera cependant quasi impossible de mourir d’angoisse pour Nick qui, à aucun moment, ne m’a paru vraiment être dans une situation inextricable. Il faut dire que le docteur supposé le tuer ferait plus pitié que peur. Réduit à l’état de marionnette alcoolique, il semble aussi dangereux qu’une gazelle sur le terrain de chasse d’une lionne, ou d’un détective, c’est selon. Est-ce dérangeant ? Oui, si vous êtes en quête d’une histoire haletante et palpitante. Non, si comme moi, vous profitez du manque de tension pour savourer cette nouvelle qui porte plus à sourire qu’à frémir. En effet, je ne sais pas si c’est une constante dans les aventures du détective ou non, mais j’ai trouvé Un malade dangereux non dénué d’humour voire de grotesque. Une certaine scène impliquant une personne taquine (je vous laisse deviner qui), un docteur au teint rougeaud (on se demande pourquoi) et des clous (placés au bon endroit au bon moment) en est un parfait exemple.

Il y a également un côté théâtral auquel je ne m’étais nullement préparée et qui m’a agréablement surprise. Que cet effet comique et théâtral soit recherché ou non par l’auteur, je n’ai pas boudé mon plaisir. Je vous citerai pour illustrer mes propos ceux de la fille du malade. Ils sont tellement exagérés, même dans le contexte, qu’ils auraient toute leur place au théâtre : « Parti ! Il est reparti ! dit-elle en gémissant. Si seulement il était resté assez longtemps pour me permettre de lui parler ! Il peut ne pas être l’homme supérieur que j’attendais, mais il me semblait si courageux et bon. Il me serait sûrement venu en aide ; et le voilà déjà disparu ! Avec lui je perds mon dernier espoir. » Sur cet interlude, vous avez le droit de sortir vos mouchoirs ! Et d’accompagner la sortie de scène : « Avec des sanglots mal dissimulés la malheureuse se hâta de regagner sa chambre le plus silencieusement que cela lui fut possible…« .

Un autre passage m’a paru particulièrement savoureux : il s’agit d’une scène où le « bon docteur » explique avec sérieux qu’il ne boit pas d’alcool, car c’est un vice, mais que par contre, il est tout à fait légitime de se servir un whisky de qualité, boisson qui aurait, c’est bien connu, des vertus médicinales. Cette dénonciation d’un comportement hypocrite m’a fait un peu penser à la fameuse scène dans le Tartuffe de Molière que nous résumerons par « Couvrez ce sein, que je ne saurais voir ».

Enfin, j’ai commencé par cette neuvième aventure puisque c’était celle proposée par la maison d’édition, et j’ai pu suivre l’histoire sans aucun problème d’autant que des rappels sur les liens entre le détective et les membres de son équipe sont effectués. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que j’aurais encore plus apprécié cette nouvelle si j’avais suivi l’aventure depuis le début. Si vous en avez l’occasion, je vous conseillerais donc plutôt de vous tourner vers la première aventure de Nick Carter.

Pour conclure, Un malade dangereux est une histoire dans laquelle j’ai eu du mal à m’impliquer, mais qui a su, au fil des pages, susciter mon intérêt. Si l’intrigue n’a pas cette part de mystère et de suspense que j’attends en général d’une enquête, elle possède d’autres atouts qui la rendent plaisante à lire. Je retrouverai donc avec plaisir Nick Carter dans ses très nombreuses aventures. Mon petit doigt me dit en effet que ce détective, qui semble apprécier l’action, doit se mettre dans des situations peu confortables pour lui, mais intéressantes pour nous.

Envie de craquer pour Un malade dangereux ?

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The Five Orange Pips, Sir Arthur Conan Doyle

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Pour rappel, avec Florence du blog Satoru Kudo et June du blog June&Cie, nous avons décidé de réaliser une lecture commune de l’intégrale des aventures de Sherlock Holmes. Vous pourrez donc retrouver, chaque mois, nos avis respectifs sur un roman ou une nouvelle de l’auteur.


C’est à la nouvelle The Five Orange Pips (Les cinq pépins d’orange) que Florence, June et moi nous attaquons ce mois-ci. Comme à chaque fois, vous pouvez la télécharger gratuitement sur le net.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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John Openshaw visits Baker Street to consult Sherlock Holmes as to the mysterious deaths of both his uncle and father upon the arrival of letters containing five dried orange pips and bearing the mark ‘K.K.K.’. The young gentleman further relates that he too has received a similar envelope with instructions to surrender some papers. Holmes quickly deduces that his client faces imminent danger from a secret society in America.

AVIS

Un soir de tempête, John Openshaw, un jeune homme plutôt bien apprêté, vient s’entretenir avec Sherlock Holmes d’un problème qui le ronge. C’est ainsi que Watson, profitant du voyage de sa femme pour passer quelques jours chez son ami, et Sherlock découvrent l’étrange « malédiction » qui semble peser sur la famille Openshaw. Malédiction plutôt sérieuse puisqu’elle a déjà entraîné la mort de l’oncle et du père du jeune homme. Mais le point qui interpelle Sherlock est que, peu de temps avant de passer l’arme à gauche, les deux hommes ont reçu une enveloppe contenant cinq pépins d’orange, une phrase sibylline et le sigle K.K.K… Et malheureusement pour lui, John a reçu le même genre d’enveloppe/avertissement.

Cette nouvelle fait une trentaine de pages ce qui ne nous laisse pas vraiment le temps de nous attacher au jeune homme. Et, pourtant, au fur et à mesure de son récit, je n’ai pas pu empêcher une boule d’angoisse se former au creux de mon estomac. Connaître le danger encouru par John m’a vraiment angoissée un peu comme si le personnage était réel et faisait partie de mes connaissances. Cette angoisse a été renforcée par le fait qu’Arthur Conan Doyle a particulièrement soigné l’atmosphère de sa nouvelle. La tempête extérieure semble ainsi faire écho à celle vécue par le jeune homme voire, plus tard dans le récit, à la tempête intérieure de Sherlock face au décès de son client. Car oui, comme l’avait craint Sherlock prévenu trop tard de ce mystérieux cas, John Openshaw va périr malgré sa tentative de le sauver. Situation que le célèbre détective va avoir du mal à vivre.

L’histoire de l’enveloppe et de son étrange contenu est intéressante et assez mystérieuse, mais l’enquête est finalement très vite bouclée et ne permet pas à Sherlock de briller ni de montrer l’étendue de son talent. Son intérêt réside ailleurs ! En effet ce qui est vraiment captivant dans cette nouvelle, c’est de voir se fendre le masque d’impassibilité de Sherlock. Même s’il prétexte une blessure d’orgueil, la mort de John alors que ce dernier était venu lui demander son aide va vraiment l’affecter au point de le pousser à vouloir obtenir vengeance. Et cette envie de se venger le rend très très humain… Je crois que cette nouvelle est d’ailleurs celle où je me suis sentie le plus proche du détective. J’ai complètement compris sa colère face à la mort de son client, son sentiment d’échec et son envie de punir les coupables.

Quant à la fin, j’avouerai qu’elle m’a laissé un goût assez amer avec un sentiment désobligeant d’inachevé. En effet, Sir Arthur Conan Doyle joue avec les nerfs de ses lecteurs en proposant une fin qui laisse planer le doute. Pour ma part, j’ai préféré considérer que les meurtriers ont été, d’une certaine manière, punis pour leurs crimes. J’aurais préféré qu’ils soient jugés en bonne et due forme, mais je me contenterai d’une punition à l’aura presque divine.  Enfin, si je comprends que le Klu Klux Klan, organisation regroupant des personnes à l’intellect plutôt limité prônant la « suprématie de la race blanche », ne soit pas le vrai enjeu de cette nouvelle, j’aurais néanmoins aimé qu’elle soit un peu plus exploitée… J’ai, en revanche, apprécié la ferme condamnation de cette organisation par l’auteur.

En conclusion, désacralisé dans une enquête où il n’a pas eu vraiment besoin de mettre en œuvre sa capacité d’analyse, et rendu humain par les émotions qu’il exprime, Sherlock se révèle ici assez proche du commun des mortels. Une nouvelle vision du célèbre détective qui a rendu, pour ma part, la lecture de cette nouvelle passionnante et passionnée.

DÉCOUVREZ les avis de Florence du blog Satoru Kudo et de June du blog June & Cie.

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Le fanatique des crachats, Amélia Varin

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Je remercie Amélia Varin de m’avoir confié sa dernière nouvelle : Le fanatique des crachats.

PRÉSENTATION

Judith vit seule avec sa mère, dans une maison éloignée de la ville, à l’orée de la forêt.
Entre les amants de sa génitrice et son amie Cléo, elle mène une vie tout ce qu’il y a de plus morne. Alors que rien ne le laissait présager, Judith est assassinée et est condamnée à hanter les lieux du meurtre, où elle a tant de souvenirs.
Ah, et en parlant de souvenirs, elle aimerait bien se rappeler qui l’a fait passer de vie à trépas.
C’est vrai quoi, c’est quand même important ce genre de choses !

Ni tout fiel, ni tout miel Le fanatique des crachats triture de ses doigts sales la conscience de braves-gens-pas-si-braves-que-ça. Sombre et cynique.

AVIS

Judith, qui vit avec sa mère, se fait faucher dans sa prime adolescence. Par qui et pourquoi ? C’est le mystère qu’elle essaye d’élucider ne gardant aucun souvenir de l’événement l’ayant fait passer l’arme à gauche.

Cette petite nouvelle arrive en quelques pages à vous remuer et à vous faire ressentir un puissant sentiment de mal-être. Il faut dire que l’histoire est sombre et cynique à souhait ! Il est certain que si vous êtes un humaniste dans l’âme, vous risquez de ressortir de votre lecture quelque peu chamboulé dans vos certitudes.

Dans ce récit, aucun être humain n’est sympathique ni courageux ni à plaindre, même pas la victime. Alors oui, au début, je n’ai pu que plaindre cette jeune fille qui se fait tuer sans ménagement, et dont le corps souffre de la bassesse humaine même lorsque le dernier souffle de vie le quitte. Néanmoins, au fil de la lecture, son cynisme que j’ai d’abord apprécié a fini par m’agacer d’autant que Judith se révèle plutôt antipathique. Si l’on comprend sa condescendance envers sa mère, sa méchanceté envers sa meilleure amie me semble plus discutable… Bref, Judith est un personnage ambivalent dont vous ne pourrez que regretter la mort (personne ne mérite de mourir si jeune), mais dont vous vous demanderez si finalement, ce n’est pas une bonne chose pour son entourage ou les personnes qu’elle côtoyait.

Je vous rassure, ce n’est pas parce que je n’ai pas aimé Judith que je n’ai pas pris plaisir à lire son histoire. C’est juste que c’est le genre de personne qui génère des sentiments contradictoires chez le lecteur, ce qui est, du moins pour moi, une excellente chose. Personne dans la vie n’est tout à fait ange ni tout à fait démon. Amélia a donc réussi à retranscrire cette dualité qui est présente en chacun d’entre nous même si clairement, la lumière n’est pas ce qui nous aveugle chez Judith.

Mais avec une telle mère, peut-on être une adolescente épanouie et aimante ? C’est là un débat entre déterminisme et acquis dans lequel je ne me lancerai pas, mais force est de constater que l’environnement dans lequel a grandi notre protagoniste n’est pas des plus sains et des plus sereins. Sa mère, ou plutôt sa génitrice, son comportement étant à des années lumières de celui d’une mère aimante et responsable, n’est pas vraiment un exemple à suivre. Entre addiction à des substances illicites et au sexe, elle offre plus l’image de la déchéance que de l’amour maternel…

Quant à la plume de l’auteure, elle est incisive et percutante à l’image de Judith. Le récit se lit donc très vite que ce soit en raison de son nombre de pages ou du style de narration très direct. Pour autant, ce n’est pas une nouvelle que je conseillerais à tous, car Amélia met en scène des personnages malsains avec d’un côté une victime qui se fait bourreau, et un bourreau dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’on ne souhaiterait vraiment pas croiser sa route et encore moins, se retrouver seul avec lui.

Nouvelle oblige, la psychologie des personnages n’est pas très développée, ce qui ne permet pas de comprendre les motivations profondes de ce tueur qui a d’ailleurs une particularité originale. J’avoue que je n’ai pas trop su saisir si son envie de cracher sur ses victimes était seulement le symptôme d’un esprit dérangé ou si cette pratique revêtait un caractère plus ou moins symbolique… Est-ce que c’est une manière pour lui de souiller ses victimes ou de leur rendre un hommage comme l’on jetterait de la terre sur un cercueil ? Je serais curieuse de découvrir votre propre interprétation si vous vous laissez tenter par la nouvelle. Amélia a accepté de m’éclairer sur ce point, mais je n’en dirai pas plus pour ne pas gêner votre propre réflexion sur le sujet… Si, comme moi, à l’issue de votre lecture, vous désirez comprendre ce que le comportement de ce fanatique des crachats cache, n’hésitez pas à contacter Amélia notamment sur sa page FB.

Enfin, je sais que vous êtes nombreux à abhorrer le format nouvelle, mais j’ai trouvé qu’il était parfait pour ce récit. Un roman avec une atmosphère aussi malsaine m’aurait paru difficile à supporter. A l’inverse, ce format plus court rend l’histoire supportable, intense certes, mais supportable même pour les lectrices comme moi peu coutumières de ce genre de récit.

En conclusion, Le fanatique des crachats est une nouvelle à l’image de son titre : aussi intrigante que dérangeante. C’est le genre d’histoire qui n’a pas besoin de longs développements pour faire réagir le lecteur et le plonger dans une ambiance presque poisseuse. A réserver donc aux personnes prêtes à lire des récits sombres hantés par des personnages inquiétants et baignés de violence et de sexe.

Page FBSite de l’auteure

Envie de craquer pour la nouvelle ? Retrouvez-la sur Amazon

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Comme un poisson hors de l’eau (recueil de nouvelles), Rooibos éditons

Je remercie Babelio et Rooibos éditons pour m’avoir offert, dans le cadre d’une opération masse critique, la possibilité de lire ce recueil de nouvelles. En grande consommatrice de thés et de rooibos, je suis complètement fan du nom de cette maison d’édition toute jeune, puisque créée en 2016. Comme un poisson dans l’eau est d’ailleurs le premier ouvrage qu’elle propose au public.

A noter qu’un petit mot manuscrit et un carnet accompagnaient le livre ; petites attentions toujours appréciables.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Six auteurs ont relevé le défi d’écrire une histoire courte dans laquelle les personnages essaient de trouver une issue dans un lieu, un temps ou un monde complètement différent.
Ce recueil de six nouvelles en est le résultat. Six histoires de personnages touchants, étrangers à leur monde ou à leur propre corps. Six histoires originales aux univers variés : réalistes et fantastiques, contemporains et futuristes. Six histoires émouvantes qui nous donnent l’occasion d’être, pour un court instant, comme un poisson hors de l’eau

  • Broché: 96 pages
  • Éditeur : Rooibos Éditions (19 mai 2017)
  • Prix : 10€
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

Ce recueil contient six nouvelles toutes très différentes, mais avec le point commun de tourner autour d’un thème très original : Comme un poisson dans l’eau.

  • Le cheveu blancMickaël Auffray

Théo découvre, un matin comme les autres, une chose pas comme les autres : son premier cheveu blanc. Branle-bas de combat dans sa tête, il est bien déterminé à terrasser l’ennemi !

Découvrir un cheveu blanc quand on a la trentaine n’a rien de surprenant ni de très dramatique. Alors le lecteur assiste médusé et, avouons-le, amusé à la recherche désespérée de Théo pour trouver une pince à épiler avant que sa compagne ne découvre le pot aux roses. Nous le suivons dans son périple le conduisant dans un magasin où il devra affronter son propre Goliath, mais aussi dans les transports où son obsession du cheveu blanc ne passera pas inaperçue, et dans un bar au sein duquel il rencontrera un drôle de type, pour ne pas dire un fou. Seront alors question de temps qui passe et surtout d’apocalypse !

Certains passages m’ont amusée et fait sourire, car Théo est clairement dans l’exagération comme si le temps qui passe lui faisait horriblement peur. Néanmoins, la chute nous permet de nous rendre compte que la situation ne prêtait pas vraiment à sourire… J’ai d’ailleurs apprécié la fin que je n’avais pas anticipée ne sachant pas quelle direction allait prendre l’auteur. J’ai, enfin, aimé la métaphore de l’apocalypse touchant le monde pour représenter celle qui a lieu dans la tête de notre protagoniste à la découverte de son premier cheveu blanc.

  • Altéa, Régis Goddyn

Altéa est en détresse perdue dans l’espace avec, comme seule compagnie, un robot du nom de Bob…

Je dois reconnaître n’être pas très fan de science-fiction pure et d’histoires se déroulant dans l’espace. Heureusement, le format très court de ce récit m’a quand même permis de le lire sans déplaisir d’autant qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour suivre avec anxiété l’aventure d’Altéa. On ne peut s’empêcher de souhaiter qu’elle survive à cette expédition qui a mal tourné. Altéa, quant à elle, semble plus lucide sur son sort estimant que ses chances de survie sont proches du néant. Cela ne l’empêche pas cependant de prendre les choses en main n’attendant pas les bras ballants sa mort. Elle a définitivement les traits d’une battante !  Mais cela sera-t-il suffisant pour faire pencher la balance du destin ?

A la fin de l’histoire, l’auteur introduit brièvement une nouvelle personne avec sa propre problématique, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous spoiler. J’ajouterai donc seulement que cela introduit un certain questionnement et laisse, à mon sens, deux interprétations possibles à la nouvelle. Ou c’est possible que ce soit juste moi qui ai trop d’imagination et qui aime me poser des questions. Mais peu importe que ce soit une volonté de l’auteur ou de mon esprit puisque c’est un aspect que j’ai apprécié.

  • Olga, Roger Grange

Olga et Tang n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer ! La première est guide sur un bateau de croisière, « l’Anton Tchekhov », en Russie quand le second est un étudiant chinois fasciné par les créatures marines des plus terrestres aux plus mythiques comme les Selkies et les sirènes. Ils partagent néanmoins tous les deux l’amour de l’eau et des animaux.

J’ai tout de suite été happée par le récit en raison de la plume de l’auteur que j’ai beaucoup aimée. Raffinée avec un petit côté poétique, elle sied à merveille à cette histoire teintée d’onirisme. Ce fut également un plaisir de voyager, même un bref instant dans deux immenses pays que je connais très peu : la Russie et la Chine. La brièveté de l’histoire ne permet pas les épanchements ni les longs développements, mais il n’empêche, je me suis aisément imaginé dans les différents lieux de l’intrigue. Le fait, en outre, que l’auteur aborde le mythe des sirènes à travers l’attraction qu’elles exercent sur Tang n’était pas pour me déplaire adorant ces créatures. L’auteur arrive d’ailleurs à tenir en haleine le lecteur en le promenant entre rêve et réalité à travers le personnage d’Olga. Cette femme dont on entrevoit la beauté semble envoûter Tang tout comme le lecteur qui se l’imagine presque sous les traits d’une naïade…

Enfin, si vous aimez la lecture (ce que je suppose être le cas si vous lisez cette chronique), vous apprécierez peut-être, comme moi, la référence à l’un des auteurs russes les plus connus en France et l’un des plus prolixes, Anton Tchekhov.

  • Le goût de l’orange, Laurence Marino

Nejma, de sa tour parisienne, nous offre un petit voyage dans ses souvenirs d’enfance au Maroc :  les odeurs d’oranger qui lui manquent, le hammam, sa famille et ses premiers émois amoureux avec d’autres femmes, chose inacceptable dans son pays d’origine.

J’ai apprécié que l’auteure aborde le thème de l’homosexualité féminine ce qui n’est pas courant, a fortiori quand l’intrigue se déroule dans un pays du Maghreb. J’ai cependant regretté un traitement du sujet assez maladroit et qui m’a semblé presque artificiel. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à croire à l’homosexualité de la protagoniste ni à celle des deux autres personnes. Tout arrive trop vite et de manière bien trop pratique. Je n’ai, en outre, pas compris cette femme qui fait des études pour rentrer simplement dans sa campagne et ne pas les mettre en application…

Enfin, et c’est évidemment très subjectif, la plume de l’auteure n’a pas su me convaincre ni me séduire. La juxtaposition de phrases courtes sans aucun effort de liaison entre elles donne, pour moi, un air bien trop enfantin au récit. Le texte mériterait à mon sens d’être retravaillé pour coller à l’ambiance de la nouvelle. En effet, alors qu’on ressent une certaine langueur qui émane de l’histoire, on se retrouve avec des phrases saccadées et une écriture presque nerveuse. Que cette dichotomie du fond et de la forme soit recherchée ou non par l’auteure, elle m’a simplement rebutée.

En bref, si la nouvelle a le mérite d’aborder un sujet qui est toujours considéré comme tabou dans de nombreux pays, je n’ai pas été séduite par la manière dont il a été traité. Chaque avis restant subjectif, je vous invite à lire la chronique d’Alex qui, contrairement à moi, a beaucoup apprécié ce texte.

  • Claudius, Fabien Rey

Sasha se réveille à l’hôpital relié à des tuyaux. La tête embrouillée et les souvenirs confus, il ne sait pas ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé. Pourtant, on attend de lui qu’il réponde à une énigmatique question : Claudius a-t-il eu tort de tuer son frère ?

Autant les histoires se déroulant dans l’espace ne me parlent pas beaucoup, autant les récits de science-fiction futuriste comme celui-ci me plaisent énormément. Claudius n’a pas échappé à la règle ! J’ai adoré la manière dont l’auteur introduit dès le début du suspense : pas d’autre choix que de vouloir en apprendre plus sur Sasha et ce fameux Claudius. Certains devineront d’emblée à qui fait référence le personnel médical qui semble obsédé par la fameuse question, mais à ma grande honte, ce ne fut pas mon cas.

J’ai adoré cette nouvelle, mais je préfère rester brève, car le plaisir de la lecture provient vraiment du fait que comme Sasha, le lecteur est dans le brouillard. En peu de pages, on arrive complètement à s’identifier à lui, à ressentir son impatience, ce sentiment désagréable d’être perdu et dépossédé de sa vie. On partage aussi son agacement puis sa colère devant ces personnes qui s’entêtent avec leur stupide question quand ils refusent de répondre aux nôtres. En d’autres termes, le personnage étant presque vierge de souvenirs cohérents, le lecteur arrive sans peine à se l’approprier et à se projeter dans son histoire.

L’écriture est ici nerveuse et parfois saccadée comme pour la nouvelle précédente, mais cela correspond parfaitement à l’ambiance, et permet d’accentuer les émotions de Sasha. En bref, Claudius est certainement le récit du recueil que j’ai préféré.

  • L’Indéfectible mélancolie du chou, Lucie Troisbé-Baumann

Jill se réveille d’une sieste avant d’entamer son service dans le restaurant où elle travaille. Réveil difficile dans la mesure où il est marqué par l’absence de Nathan, l’amour de sa vie. Son absence se révèlera d’ailleurs de plus en plus oppressante et douloureuse au cours de la journée…

Le gros point fort de cette nouvelle est sans aucun doute la très belle plume de Lucie Troisbé-Baumann. D’une grande poésie, elle vous fait voyager entre rêve et réalité, entre le quotidien de la vie et les errances de la pensée. Il se dégage en outre du texte une grande mélancolie, mais également une certaine douceur à l’image des oiseaux au duvet cotonneux dont la présence en filigrane dans le texte relie subtilement et joliment l’existence de Jill et de Nathanaël.

L’indéfectible mélancolie du chou fait partie de ces récits qui n’ont de valeur que s’ils sont lus. L’histoire ne vous offre ainsi pas de suspense ou une tension qui vous poussent à tourner les pages, mais une expérience de lecture, qu’en fonction de votre vécu et de votre personnalité, vous vivrez différemment. Ce qui est certain c’est que l’auteure vous propose ici un très joli texte qui ravira les amateurs de poésie et de récit teinté d’onirisme. A cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin.


En conclusion, Comme un poisson hors de l’eau est un recueil de nouvelles fort sympathique qui nous permet de voir qu’à partir d’un même thème, des auteurs peuvent nous offrir des histoires très différentes. Excepté un récit qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais qui plaira certainement à d’autres, j’ai trouvé chaque récit intéressant et très plaisant à lire. La seule chose qui m’a un peu décontenancée est la brièveté de l’ouvrage, celui-ci mériterait ainsi d’être un peu plus étoffé pour satisfaire mon appétit de lectrice. Pour ma part, je suis contente d’avoir découvert six auteurs que je ne connaissais pas, et d’avoir rencontré, à travers ces petits textes, des plumes que je prendrai plaisir à suivre. Alors si vous avez envie d’une lecture rapide vous permettant de faire de nouvelles découvertes en matière d’auteurs, ce petit recueil devrait vous ravir.

Envie de vous procurer le recueil ? Visitez le site de Rooibos éditions ou d’Amazon.

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Le mystère de la vallée de Boscombe, Sir Arthur Conan Doyle

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Pour rappel, avec Florence du blog Satoru Kudo et June du blog June&Cie, nous avons décidé de réaliser une lecture commune de l’intégrale des aventures de Sherlock Holmes. Vous pourrez donc suivre l’avis, chaque mois, des membres de notre Dream Team (en toute modestie, bien sûr). A noter que toutes les aventures du célèbre détective sont téléchargeables gratuitement sur Internet.


J’ai exceptionnellement lu cette nouvelle en français, mais je prévois une relecture à la fin du mois en anglais.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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En 1888, Sherlock Holmes et Watson sont dépêches au Val Boscombe afin d’enquêter sur la mort de Charles McCarthy. L’inspecteur Lestrade, de Scotland Yard, est persuadé que celui-ci a été tué par son fils James, tant les preuves contre lui sont accablantes. Cependant, Holmes n’est pas convaincu par l’enquête de Lestrade et parvient à une conclusion différente.

AVIS

Sur l’insistance d’une lady bien décidée à faire innocenter son ami, l’inspecteur Lestrade fait appel à Sherlock pour résoudre une enquête : le meurtre de Charles McCarthy. Pour l’inspecteur, le coupable est déjà tout trouvé, toutes les preuves accablant le propre fils de la victime. Or, Sherlock convaincu que plus les affaires semblent simples, plus la recherche du coupable se révèle difficile, n’adhère pas à la conclusion de Lestrade.

Dès le début de l’enquête, il apparaît évident que la situation est bien plus complexe qu’elle n’en a l’air, et que le fils n’est pas le meurtrier. C’est évident sauf pour Lestrade qui reste persuadé de la simplicité du cas et qui ne va donc pas plus loin dans la recherche du coupable. Si le rôle de Lestrade dans l’enquête est nul, sa présence offre à Sherlock l’occasion de briller par rapport à cet inspecteur qui, bien que de Scotland Yard, donne l’impression d’un certain amateurisme ; chose que Sherlock  n’hésitera pas à lui faire comprendre…

Quant à l’identité du meurtrier, je l’ai devinée très tôt dans le récit. Bien que l’effet de surprise ne fut pas au rendez-vous, j’ai pris quand même grand plaisir à suivre le déroulement de l’enquête menée d’une main de maître par Sherlock. J’apprécie d’ailleurs toujours autant de découvrir son raisonnement et les déductions qu’il en tire. Une fois expliqué, tout semble à chaque fois d’une irrémédiable logique alors que le lecteur, à l’instar de Lestrade ou de Watson, serait bien incapable de mettre en application la méthode Sherlock basée sur l’observation minutieuse de chaque détail.

En parlant d’observation, j’ai adoré une scène particulièrement cocasse où Sir Arthur Conan Doyle applique au pied de la lettre l’expression être un fin limier. On ne peut qu’imaginer parfaitement Sherlock dans la peau d’un chien policier à l’affût du moindre indice !

Enfin, de nouveau, nous voyons Sherlock Holmes prendre quelques libertés avec la notion de justice. Bien qu’il connaisse le coupable et ses motivations, il choisit de ne pas dévoiler son identité aux yeux de la justice tant que la vie de James McCarthy n’est pas en danger. C’est que derrière cette condescendance avec laquelle Sherlock semble considérer à peu près tout le monde, on aurait presque le sentiment que bat un cœur ! Par son silence, il permet en effet à deux individus de ne pas souffrir du passé de leur ascendant… et à un meurtrier de ne pas bouleverser la vie d’une personne qu’il aime pour des erreurs de jeunesse. Son silence pose évidemment des questions d’éthique, mais il permet de rendre le personnage plus humain auprès des lecteurs.

A noter que comme dans A study in Scarlet, l’auteur aborde ici le thème du passé et des conséquences que celui-ci peut avoir dans le présent. C’est peut-être cette similitude qui m’a permis de très vite deviner certains éléments de l’enquête…

En conclusion, Le Mystère de la vallée de Boscombe est une nouvelle plaisante à lire. Si l’intrigue en soi n’a rien de palpitante, elle nous permet de retrouver l’inspecteur Lestrade, de voir Sherlock Holmes en action loin de son fief et de s’émerveiller devant la capacité du détective à tirer de chaque détail de brillantes conclusions.

Retrouvez les avis de Satoru Kudo et de June&Cie

 

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Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Je remercie Yannick Giammona pour m’avoir envoyé Des aventures hors du commun via le site simplement.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Zoé a huit ans. Elle possède un don. Elle doit apprendre à le gérer. Surtout quand les milliers de voix qu’elle entend se mélangent dans sa tête. Heureusement, Tom va l’aider à enfermer toutes ces voix et à vivre avec ce don.
Diana et Jonathan sont étudiants à Paris. Ils vivent ensemble en appartement. Ils vont apprendre, à leurs dépens, que le miroir qui est dans leur chambre est un objet maléfique…
Pierre est instituteur en Normandie. Sans le savoir, il a des voisines étranges. En effet, sa curiosité va le mener à voir ses deux vieilles dames faire des allées et venues incessantes entre leur cave et leur voiture. Et la curiosité est un bien vilain défaut !
Retrouvez à travers trois nouvelles des aventures hors du commun, où rien ne présage à l’avance ce qu’il va arriver à des personnages qui sont au départ des plus ordinaires.

  • Broché: 182 pages
  • Prix : 7.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Tout d’abord, je suis complètement fan de la couverture réalisée par Virginie Wernert. En plus d’être superbe, elle dégage une aura de mystère et d’angoisse qui donne envie de se plonger très vite dans la lecture de l’ouvrage.

Des aventures hors du commun est un petit recueil de trois nouvelles qui se lit très rapidement. Bien qu’abordant des thèmes très différents, elles mettent toutes les trois en scène des personnages d’apparence banale qui vont néanmoins vivre des situations qui sont loin de l’être. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que j’ai apprécié l’ordre dans lequel l’auteur a choisi de nous présenter ses histoires puisqu’il permet une progression dans l’angoisse et l’horreur. On part ainsi d’une histoire teintée de fantastique pour conclure en beauté par un récit glaçant.

A noter que le texte contient quelques coquilles et n’est pas justifié ce que je trouve assez perturbant. Cependant, l’auteur conscient de ces problèmes devrait les corriger dans la prochaine édition.

LE DON

Zoé est une petite fille de 8 ans qui possède un don : celui de lire dans les pensées. Déstabilisée puis affaiblie par toutes ces voix qu’elle entend, elle va devoir apprendre à maîtriser son pouvoir pour vivre normalement. Elle pourra heureusement compter sur le soutien sans faille de ses parents, d’un sympathique docteur et d’un énigmatique personnage, Tom.

Je dois avouer avoir un avis plutôt mitigé sur cette nouvelle en raison notamment du choix de l’auteur de nous narrer son récit à travers les mots de Zoé. De prime abord, l’idée m’a tout de suite emballée puisqu’elle annonçait la perspective d’entrer dans la psyché de cette enfant et donc de comprendre son ressenti et ses émotions. A cet égard, le contrat est parfaitement rempli : on sent à merveille l’ambiguïté que Zoé ressent face à son pouvoir tout comme l’angoisse qui finit par prendre le pas quand elle réalise que la situation lui échappe. Je me suis donc sentie assez proche de cette enfant et ai partagé, avec ses parents, l’inquiétude quant aux répercussions de son don sur sa santé mentale et psychique. L’auteur a, en outre, rendu l’enfant très crédible dans ses réactions. Bien que plutôt gentille, Zoé ne résiste pas en effet à la tentation d’utiliser son don pour briller en classe ou pour battre sa meilleure amie à une partie de cartes. Tous ces points rendent la jeune fille aussi crédible qu’attachante d’autant qu’elle fait face avec un certain courage et une certaine maturité aux problèmes engendrés par toutes ces voix qui s’immiscent dans son esprit.

Si la jeune protagoniste m’a plu, ses propos m’ont en revanche régulièrement dérangée. J’ai eu le sentiment que l’auteur oscillait entre l’envie de nous narrer son histoire du point de vue d’une enfant et celui d’un adulte. Le mélange des deux donne un résultat assez étrange qui m’a quelque peu mise mal à l’aise et a perturbé ma lecture. De la même manière, les dialogues m’ont semblé parfois souffrir d’un manque de naturel ce qui m’a empêchée de me projeter entièrement dans le récit.

Malgré ces deux points qui mériteraient, à mon sens, d’être retravaillés, l’idée de base de l’auteur est intéressante. Lire dans les pensées des gens est en effet un fantasme qui a probablement effleuré l’esprit de beaucoup d’entre nous, mais combien ont pris le temps de s’imaginer les difficultés engendrées par une telle capacité ? J’ai par conséquent aimé le fait que l’auteur nous montre, à travers les yeux enfantins et parfois naïfs d’une enfant, que la frontière entre don et fardeau est parfois très mince. J’ai également pris plaisir à suivre la quête de Zoé pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, celle-ci alternant entre espoir, crainte et soulagement.

DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Diana, étudiante en couple avec Pierre à Paris, aime à se regarder chaque jour dans le miroir qui trône dans sa chambre. Narcissisme ou simple coquetterie, cette habitude va être bouleversée quand notre étudiante fera une étrange découverte concernant cet objet.

Le titre de cette nouvelle ne pouvait que m’intriguer puisqu’il m’a bien sûr fait penser à Alice au pays des merveilles. J’attendais donc avec impatience de découvrir le récit imaginé par Yannick Giammona ! Mais de nouveau, je dois confesser un avis en demi-teinte en raison principalement du style de l’auteur. J’ai ainsi regretté des phrases trop courtes qui, si elles apportent un certain dynamisme mettant en valeur l’action qui se déroule sous nos yeux, tendent malheureusement à hacher le récit et à rendre sa lecture peu fluide.

J’ai en outre trouvé que l’auteur donnait bien trop de détails sur des choses secondaires alors qu’il m’aurait semblé plus pertinent et intéressant de s’attarder sur l’atmosphère du récit et notamment sur le monde qui se cache derrière ce miroir. Or, malheureusement, il se contente de l’évoquer sans l’approfondir ce qui a suscité chez moi une certaine frustration d’autant qu’il a eu le très bon goût de faire intervenir une créature que j’adore. Le format nouvelle peut expliquer ce manque d’approfondissement, mais je pense sincèrement qu’en éliminant une partie des informations factuelles et banales qui n’apportent rien à l’intrigue, l’auteur a toutes les cartes en main pour nous narrer une histoire aussi angoissante que passionnante.

Je n’ai certes pas été convaincue par la forme, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le fond et plus particulièrement, l’utilisation du miroir et l’angoisse qu’il suscite chez Diana, le mélange de la technologie et du fantastique, l’apparition d’une créature mythologique fascinante et dangereuse, la montée de l’angoisse à mesure que l’on avance dans l’histoire… L’auteur arrive également à créer un certain suspense autour de ce miroir et à surprendre le lecteur par le basculement du récit dans l’horreur. Je ne m’attendais pas à la tournure que finissent par prendre les événements ce qui est, pour ma part, un point très positif.

LES VOISINES

Pierre, instituteur en Normandie, est quelque peu intrigué par ses deux voisines qui font de multiples allers-retours entre leur maison et leur voiture afin d’y déposer des paquets aux étranges contours. Sa curiosité grandissant, il finit par mener sa propre enquête mettant ainsi le pied dans un engrenage dont il n’aurait pu imaginer les conséquences.

Cette nouvelle est, sans aucun doute, celle qui m’a le plus fait frissonner. On quitte clairement le fantastique pour entrer tout droit dans l’horrifique. D’ailleurs, je préfère vous prévenir que si comme moi, vous êtes plutôt sensibles aux scènes d’horreur, vous risquez de passer un moment difficile. Je vous rassure, j’ai survécu et cela devrait être la même chose pour vous…

Au-delà du côté « en direct de votre film d’horreur préféré », j’ai apprécié le personnage de Pierre qui, en plus d’être un très grand curieux, est avec sa femme un grand amateur de livres. Étant également de nature curieuse, j’ai également plutôt bien compris l’intérêt que le manège de ses deux voisines éveille en lui. Par contre, je pense que j’aurais été un peu moins prompte que lui à élaborer des hypothèses aussi radicales sur leur comportement. De surcroît, je n’aurais pas agi de manière aussi intrépide que notre protagoniste et ne me serais donc probablement pas retrouvé dans une situation aussi dramatique que la sienne. Je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le soin de découvrir jusqu’où la curiosité peut vous mener. Avec cette nouvelle, l’expression « la curiosité est un vilain défaut » prend une tout autre dimension... Il faut dire que l’auteur a gâté les amateurs de films et d’histoires d’horreur avec deux voisines qui ne peuvent que faire frémir d’angoisse et donner des sueurs froides aux plus sensibles d’entre nous. A l’issue de ce livre, vous risquez de ne plus regarder vos voisins de la même manière !

De nouveau, si j’ai apprécié le fond, la forme ne m’a néanmoins pas convaincue. J’ai, par exemple, regretté la manière de Pierre d’insister sur le fait que le lecteur va découvrir une histoire horrible, saugrenue. Cette insistance, en plus de devenir lourde, donne le sentiment que l’auteur a besoin d’appuyer son récit pour que le lecteur comprenne la direction qu’il souhaite lui donner…

En conclusion, Des aventures hors du commun est un petit recueil de nouvelles qui met à l’honneur le fantastique et l’horreur. Les lecteurs qui aiment les frissons et les histoires angoissantes devraient donc prendre plaisir à les découvrir. Pour ma part, si j’ai apprécié les idées de l’auteur et les chemins que son imagination lui a fait prendre, je n’ai cependant pas totalement accroché à sa plume. Mais cela demeurant assez subjectif, je ne peux que vous inviter à vous faire votre propre opinion sur le sujet.

Blog de l’auteur- Page FB de l’auteur

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Fleurs sur béton, Caroline Giraud (livre gratuit)

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J’ai découvert Fleurs sur béton de Caroline Giraud par hasard sur Amazon. Proposée gratuitement et rapide à lire, je n’ai pas hésité à la télécharger.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Oscar, Mhugo, Egdar et Listère, quatre employés du grand et bienveillant Bernard le Gol, dont l’entreprise est un havre de paix, travaillent en harmonie depuis des années. Mais le seul moyen de conserver l’ordre n’est-il pas, parfois, la tromperie et le mensonge ? A cause du simple départ en vacances de Listère, Oscar va peu à peu comprendre que tout ce qui l’entoure n’est qu’une illusion, que la bienséance régnant n’est que le masque de l’hypocrisie, et qu’il se trouve, en fait, au plus profond de la caverne.

Après avoir abordé le sujet du viol dans ‘Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi’, Caroline Giraud, professeur de philosophie, s’intéresse au harcèlement sur lieu de travail, au travers d’une nouvelle traversée de références aux fables de La Fontaine et à la philosophie de Platon.

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 797 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 21 pages
  • Editeur : Caroline Giraud (11 juin 2017)

AVIS

Cette nouvelle nous offre une plongée dans une entreprise où les salariés, et plus particulièrement notre narrateur, vont, petit à petit, découvrir l’étendue de la perversion de leur patron.

L’autrice aborde de manière succincte, mais marquante les thèmes des pervers narcissiques et du harcèlement au travail. Le format nouvelle rend le dénouement de l’intrigue trop facile à mon goût puisque dans la réalité, il me semble quand même bien plus difficile de sortir de l’emprise d’un pervers narcissique. Cependant, force est de constater que le style de l’autrice, qui est d’une grande finesse, rend l’histoire captivante du début à la fin.

On sent la montée en puissance de la tension au sein de cette entreprise à mesure que le masque du patron se fissure et que notre narrateur se rend compte de son erreur de jugement sur cet homme qu’il mettait sur un piédestal. On en vient vraiment à avoir de la peine pour ce salarié qui voit ses certitudes voler en éclats, et qui se retrouve quelque peu démuni devant ce patron tout-puissant qui semble avoir l’art et la manière de mentir et manipuler autrui.

Mais « tel est pris qui croyait prendre » ! Les salariés, soudés par la volonté de se débarrasser de ce harceleur manipulateur et menteur, ne vont pas se laisser faire sans réagir. C’est d’ailleurs ce point qui m’a semblé peu vraisemblable. En entreprise, ce qui permet justement à des personnes de faire preuve d’une grande violence psychologique et de harceler d’autres personnes est ce manque de solidarité. Difficile ainsi d’obtenir des témoignages dans ce genre de situation de harcèlement, a fortiori dans un contexte économique instable où la chance d’avoir un travail prévaut sur la solidarité et/ou le bien-être au travail. Dans cette histoire, cette peur du chômage est quasi inexistante ce qui me semble quand même bien étrange quand vous essayez de vous rebeller contre votre patron…

Paradoxalement, c’est ce qui fait la force de cette petite nouvelle. En effet, en schématisant une situation de harcèlement au travail et en apportant un dénouement assez simple, l’autrice offre des pistes de réflexion aux lecteurs autant sur la manière de détecter un pervers narcissique/une situation de harcèlement que sur celle de faire face au problème. A cet égard, le récit met bien en avant l’importance de la cohésion et de la solidarité dans ce genre de situation. C’est très naïf de l’énoncer ainsi, et je l’avoue assez réducteur, mais je reste persuadée que si ces deux notions étaient plus courantes en entreprise, les situations de harcèlement pourraient être plus facilement dénoncées. Or, dans les faits et contrairement à notre récit, les victimes se retrouvent bien souvent seules face à leur harceleur…

Mais avant de dénoncer un comportement inapproprié et délétère , il faut déjà ôter les œillères de ses yeux et voir les personnes telles qu’elles sont. Or, sans un mensonge de trop, il est fort probable que notre narrateur se serait laissé encore longtemps berner par son patron. Il faut dire qu’il semble plutôt doué pour ne pas voir ce qui est pourtant devant ses yeux, préférant nettement la politique de l’autruche à une confrontation directe avec la réalité. Ce déni de la réalité pourrait agacer ou laisser sceptique, mais j’ai trouvé qu’il témoignait à merveille de l’emprise psychologique que possède ce patron sur son fidèle bras droit…

Enfin, je dois avouer que mes lacunes en matière de philosophie ne m’ont certainement pas permis de saisir toutes les références de l’autrice. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier son texte.

En conclusion, l’autrice vous propose une petite histoire qui aborde de manière intelligente et sans longueurs, les thèmes des pervers narcissiques et du harcèlement au travail. Je ne dirai pas que cette nouvelle est universelle, mais il reste indéniable que la thématique du harcèlement peut concerner quasiment tout le monde à un moment ou à un autre de sa vie professionnelle… Je ne peux donc que vous conseiller de la lire d’autant que le style de Caroline Giraud devrait vous garantir un joli moment de lecture.

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