Comme un poisson hors de l’eau (recueil de nouvelles), Rooibos éditons

Je remercie Babelio et Rooibos éditons pour m’avoir offert, dans le cadre d’une opération masse critique, la possibilité de lire ce recueil de nouvelles. En grande consommatrice de thés et de rooibos, je suis complètement fan du nom de cette maison d’édition toute jeune, puisque créée en 2016. Comme un poisson dans l’eau est d’ailleurs le premier ouvrage qu’elle propose au public.

A noter qu’un petit mot manuscrit et un carnet accompagnaient le livre ; petites attentions toujours appréciables.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Six auteurs ont relevé le défi d’écrire une histoire courte dans laquelle les personnages essaient de trouver une issue dans un lieu, un temps ou un monde complètement différent.
Ce recueil de six nouvelles en est le résultat. Six histoires de personnages touchants, étrangers à leur monde ou à leur propre corps. Six histoires originales aux univers variés : réalistes et fantastiques, contemporains et futuristes. Six histoires émouvantes qui nous donnent l’occasion d’être, pour un court instant, comme un poisson hors de l’eau

  • Broché: 96 pages
  • Éditeur : Rooibos Éditions (19 mai 2017)
  • Prix : 10€
  • Autre format disponible : ebook

AVIS

Ce recueil contient six nouvelles toutes très différentes, mais avec le point commun de tourner autour d’un thème très original : Comme un poisson dans l’eau.

  • Le cheveu blanc, Michel Auffray

Théo découvre, un matin comme les autres, une chose pas comme les autres : son premier cheveu blanc. Branle-bas de combat dans sa tête, il est bien déterminé à terrasser l’ennemi !

Découvrir un cheveu blanc quand on a la trentaine n’a rien de surprenant ni de très dramatique. Alors le lecteur assiste médusé et, avouons-le, amusé à la recherche désespérée de Théo pour trouver une pince à épiler avant que sa compagne ne découvre le pot aux roses. Nous le suivons dans son périple le conduisant dans un magasin où il devra affronter son propre Goliath, mais aussi dans les transports où son obsession du cheveu blanc ne passera pas inaperçue, et dans un bar au sein duquel il rencontrera un drôle de type, pour ne pas dire un fou. Seront alors question de temps qui passe et surtout d’apocalypse !

Certains passages m’ont amusée et fait sourire, car Théo est clairement dans l’exagération comme si le temps qui passe lui faisait horriblement peur. Néanmoins, la chute nous permet de nous rendre compte que la situation ne prêtait pas vraiment à sourire… J’ai d’ailleurs apprécié la fin que je n’avais pas anticipée ne sachant pas quelle direction allait prendre l’auteur. J’ai, enfin, aimé la métaphore de l’apocalypse touchant le monde pour représenter celle qui a lieu dans la tête de notre protagoniste à la découverte de son premier cheveu blanc.

  • Altéa, Régis Goddyn

Altéa est en détresse perdue dans l’espace avec, comme seule compagnie, un robot du nom de Bob…

Je dois reconnaître n’être pas très fan de science-fiction pure et d’histoires se déroulant dans l’espace. Heureusement, le format très court de ce récit m’a quand même permis de le lire sans déplaisir d’autant qu’il ne m’a pas fallu très longtemps pour suivre avec anxiété l’aventure d’Altéa. On ne peut s’empêcher de souhaiter qu’elle survive à cette expédition qui a mal tourné. Altéa, quant à elle, semble plus lucide sur son sort estimant que ses chances de survie sont proches du néant. Cela ne l’empêche pas cependant de prendre les choses en main n’attendant pas les bras ballants sa mort. Elle a définitivement les traits d’une battante !  Mais cela sera-t-il suffisant pour faire pencher la balance du destin ?

A la fin de l’histoire, l’auteur introduit brièvement une nouvelle personne avec sa propre problématique, mais je ne peux pas vous en dire plus sans vous spoiler. J’ajouterai donc seulement que cela introduit un certain questionnement et laisse, à mon sens, deux interprétations possibles à la nouvelle. Ou c’est possible que ce soit juste moi qui ai trop d’imagination et qui aime me poser des questions. Mais peu importe que ce soit une volonté de l’auteur ou de mon esprit puisque c’est un aspect que j’ai apprécié.

  • Olga, Roger Grange

Olga et Tang n’étaient pas vraiment destinés à se rencontrer ! La première est guide sur un bateau de croisière, « l’Anton Tchekhov », en Russie quand le second est un étudiant chinois fasciné par les créatures marines des plus terrestres aux plus mythiques comme les Selkies et les sirènes. Ils partagent néanmoins tous les deux l’amour de l’eau et des animaux.

J’ai tout de suite été happée par le récit en raison de la plume de l’auteur que j’ai beaucoup aimée. Raffinée avec un petit côté poétique, elle sied à merveille à cette histoire teintée d’onirisme. Ce fut également un plaisir de voyager, même un bref instant dans deux immenses pays que je connais très peu : la Russie et la Chine. La brièveté de l’histoire ne permet pas les épanchements ni les longs développements, mais il n’empêche, je me suis aisément imaginé dans les différents lieux de l’intrigue. Le fait, en outre, que l’auteur aborde le mythe des sirènes à travers l’attraction qu’elles exercent sur Tang n’était pas pour me déplaire adorant ces créatures. L’auteur arrive d’ailleurs à tenir en haleine le lecteur en le promenant entre rêve et réalité à travers le personnage d’Olga. Cette femme dont on entrevoit la beauté semble envoûter Tang tout comme le lecteur qui se l’imagine presque sous les traits d’une naïade…

Enfin, si vous aimez la lecture (ce que je suppose être le cas si vous lisez cette chronique), vous apprécierez peut-être, comme moi, la référence à l’un des auteurs russes les plus connus en France et l’un des plus prolixes, Anton Tchekhov.

  • Le goût de l’orange, Laurence Marino

Nejma, de sa tour parisienne, nous offre un petit voyage dans ses souvenirs d’enfance au Maroc :  les odeurs d’oranger qui lui manquent, le hammam, sa famille et ses premiers émois amoureux avec d’autres femmes, chose inacceptable dans son pays d’origine.

J’ai apprécié que l’auteure aborde le thème de l’homosexualité féminine ce qui n’est pas courant, a fortiori quand l’intrigue se déroule dans un pays du Maghreb. J’ai cependant regretté un traitement du sujet assez maladroit et qui m’a semblé presque artificiel. Je n’ai d’ailleurs pas réussi à croire à l’homosexualité de la protagoniste ni à celle des deux autres personnes. Tout arrive trop vite et de manière bien trop pratique. Je n’ai, en outre, pas compris cette femme qui fait des études pour rentrer simplement dans sa campagne et ne pas les mettre en application…

Enfin, et c’est évidemment très subjectif, la plume de l’auteure n’a pas su me convaincre ni me séduire. La juxtaposition de phrases courtes sans aucun effort de liaison entre elles donne, pour moi, un air bien trop enfantin au récit. Le texte mériterait à mon sens d’être retravaillé pour coller à l’ambiance de la nouvelle. En effet, alors qu’on ressent une certaine langueur qui émane de l’histoire, on se retrouve avec des phrases saccadées et une écriture presque nerveuse. Que cette dichotomie du fond et de la forme soit recherchée ou non par l’auteure, elle m’a simplement rebutée.

En bref, si la nouvelle a le mérite d’aborder un sujet qui est toujours considéré comme tabou dans de nombreux pays, je n’ai pas été séduite par la manière dont il a été traité. Chaque avis restant subjectif, je vous invite à lire la chronique d’Alex qui, contrairement à moi, a beaucoup apprécié ce texte.

  • Claudius, Fabien Rey

Sasha se réveille à l’hôpital relié à des tuyaux. La tête embrouillée et les souvenirs confus, il ne sait pas ce qu’il fait là et ce qui lui est arrivé. Pourtant, on attend de lui qu’il réponde à une énigmatique question : Claudius a-t-il eu tort de tuer son frère ?

Autant les histoires se déroulant dans l’espace ne me parlent pas beaucoup, autant les récits de science-fiction futuriste comme celui-ci me plaisent énormément. Claudius n’a pas échappé à la règle ! J’ai adoré la manière dont l’auteur introduit dès le début du suspense : pas d’autre choix que de vouloir en apprendre plus sur Sasha et ce fameux Claudius. Certains devineront d’emblée à qui fait référence le personnel médical qui semble obsédé par la fameuse question, mais à ma grande honte, ce ne fut pas mon cas.

J’ai adoré cette nouvelle, mais je préfère rester brève, car le plaisir de la lecture provient vraiment du fait que comme Sasha, le lecteur est dans le brouillard. En peu de pages, on arrive complètement à s’identifier à lui, à ressentir son impatience, ce sentiment désagréable d’être perdu et dépossédé de sa vie. On partage aussi son agacement puis sa colère devant ces personnes qui s’entêtent avec leur stupide question quand ils refusent de répondre aux nôtres. En d’autres termes, le personnage étant presque vierge de souvenirs cohérents, le lecteur arrive sans peine à se l’approprier et à se projeter dans son histoire.

L’écriture est ici nerveuse et parfois saccadée comme pour la nouvelle précédente, mais cela correspond parfaitement à l’ambiance, et permet d’accentuer les émotions de Sasha. En bref, Claudius est certainement le récit du recueil que j’ai préféré.

  • L’Indéfectible mélancolie du chou, Lucie Troisbé-Baumann

Jill se réveille d’une sieste avant d’entamer son service dans le restaurant où elle travaille. Réveil difficile dans la mesure où il est marqué par l’absence de Nathan, l’amour de sa vie. Son absence se révèlera d’ailleurs de plus en plus oppressante et douloureuse au cours de la journée…

Le gros point fort de cette nouvelle est sans aucun doute la très belle plume de Lucie Troisbé-Baumann. D’une grande poésie, elle vous fait voyager entre rêve et réalité, entre le quotidien de la vie et les errances de la pensée. Il se dégage en outre du texte une grande mélancolie, mais également une certaine douceur à l’image des oiseaux au duvet cotonneux dont la présence en filigrane dans le texte relie subtilement et joliment l’existence de Jill et de Nathanaël.

L’indéfectible mélancolie du chou fait partie de ces récits qui n’ont de valeur que s’ils sont lus. L’histoire ne vous offre ainsi pas de suspense ou une tension qui vous poussent à tourner les pages, mais une expérience de lecture, qu’en fonction de votre vécu et de votre personnalité, vous vivrez différemment. Ce qui est certain c’est que l’auteure vous propose ici un très joli texte qui ravira les amateurs de poésie et de récit teinté d’onirisme. A cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin.


En conclusion, Comme un poisson hors de l’eau est un recueil de nouvelles fort sympathique qui nous permet de voir qu’à partir d’un même thème, des auteurs peuvent nous offrir des histoires très différentes. Excepté un récit qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais qui plaira certainement à d’autres, j’ai trouvé chaque récit intéressant et très plaisant à lire. La seule chose qui m’a un peu décontenancée est la brièveté de l’ouvrage, celui-ci mériterait ainsi d’être un peu plus étoffé pour satisfaire mon appétit de lectrice. Pour ma part, je suis contente d’avoir découvert six auteurs que je ne connaissais pas, et d’avoir rencontré, à travers ces petits textes, des plumes que je prendrai plaisir à suivre. Alors si vous avez envie d’une lecture rapide vous permettant de faire de nouvelles découvertes en matière d’auteurs, ce petit recueil devrait vous ravir.

Envie de vous procurer le recueil ? Visitez le site de Rooibos éditions ou d’Amazon.

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Le mystère de la vallée de Boscombe, Sir Arthur Conan Doyle

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Pour rappel, avec Florence du blog Satoru Kudo et June du blog June&Cie, nous avons décidé de réaliser une lecture commune de l’intégrale des aventures de Sherlock Holmes. Vous pourrez donc suivre l’avis, chaque mois, des membres de notre Dream Team (en toute modestie, bien sûr). A noter que toutes les aventures du célèbre détective sont téléchargeables gratuitement sur Internet.


J’ai exceptionnellement lu cette nouvelle en français, mais je prévois une relecture à la fin du mois en anglais.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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En 1888, Sherlock Holmes et Watson sont dépêches au Val Boscombe afin d’enquêter sur la mort de Charles McCarthy. L’inspecteur Lestrade, de Scotland Yard, est persuadé que celui-ci a été tué par son fils James, tant les preuves contre lui sont accablantes. Cependant, Holmes n’est pas convaincu par l’enquête de Lestrade et parvient à une conclusion différente.

AVIS

Sur l’insistance d’une lady bien décidée à faire innocenter son ami, l’inspecteur Lestrade fait appel à Sherlock pour résoudre une enquête : le meurtre de Charles McCarthy. Pour l’inspecteur, le coupable est déjà tout trouvé, toutes les preuves accablant le propre fils de la victime. Or, Sherlock convaincu que plus les affaires semblent simples, plus la recherche du coupable se révèle difficile, n’adhère pas à la conclusion de Lestrade.

Dès le début de l’enquête, il apparaît évident que la situation est bien plus complexe qu’elle n’en a l’air, et que le fils n’est pas le meurtrier. C’est évident sauf pour Lestrade qui reste persuadé de la simplicité du cas et qui ne va donc pas plus loin dans la recherche du coupable. Si le rôle de Lestrade dans l’enquête est nul, sa présence offre à Sherlock l’occasion de briller par rapport à cet inspecteur qui, bien que de Scotland Yard, donne l’impression d’un certain amateurisme ; chose que Sherlock  n’hésitera pas à lui faire comprendre…

Quant à l’identité du meurtrier, je l’ai devinée très tôt dans le récit. Bien que l’effet de surprise ne fut pas au rendez-vous, j’ai pris quand même grand plaisir à suivre le déroulement de l’enquête menée d’une main de maître par Sherlock. J’apprécie d’ailleurs toujours autant de découvrir son raisonnement et les déductions qu’il en tire. Une fois expliqué, tout semble à chaque fois d’une irrémédiable logique alors que le lecteur, à l’instar de Lestrade ou de Watson, serait bien incapable de mettre en application la méthode Sherlock basée sur l’observation minutieuse de chaque détail.

En parlant d’observation, j’ai adoré une scène particulièrement cocasse où Sir Arthur Conan Doyle applique au pied de la lettre l’expression être un fin limier. On ne peut qu’imaginer parfaitement Sherlock dans la peau d’un chien policier à l’affût du moindre indice !

Enfin, de nouveau, nous voyons Sherlock Holmes prendre quelques libertés avec la notion de justice. Bien qu’il connaisse le coupable et ses motivations, il choisit de ne pas dévoiler son identité aux yeux de la justice tant que la vie de James McCarthy n’est pas en danger. C’est que derrière cette condescendance avec laquelle Sherlock semble considérer à peu près tout le monde, on aurait presque le sentiment que bat un cœur ! Par son silence, il permet en effet à deux individus de ne pas souffrir du passé de leur ascendant… et à un meurtrier de ne pas bouleverser la vie d’une personne qu’il aime pour des erreurs de jeunesse. Son silence pose évidemment des questions d’éthique, mais il permet de rendre le personnage plus humain auprès des lecteurs.

A noter que comme dans A study in Scarlet, l’auteur aborde ici le thème du passé et des conséquences que celui-ci peut avoir dans le présent. C’est peut-être cette similitude qui m’a permis de très vite deviner certains éléments de l’enquête…

En conclusion, Le Mystère de la vallée de Boscombe est une nouvelle plaisante à lire. Si l’intrigue en soi n’a rien de palpitante, elle nous permet de retrouver l’inspecteur Lestrade, de voir Sherlock Holmes en action loin de son fief et de s’émerveiller devant la capacité du détective à tirer de chaque détail de brillantes conclusions.

Retrouvez les avis de Satoru Kudo et de June&Cie

 

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Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Des aventures hors du commun, Yannick Giammona

Je remercie Yannick Giammona pour m’avoir envoyé Des aventures hors du commun via le site simplement.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Zoé a huit ans. Elle possède un don. Elle doit apprendre à le gérer. Surtout quand les milliers de voix qu’elle entend se mélangent dans sa tête. Heureusement, Tom va l’aider à enfermer toutes ces voix et à vivre avec ce don.
Diana et Jonathan sont étudiants à Paris. Ils vivent ensemble en appartement. Ils vont apprendre, à leurs dépens, que le miroir qui est dans leur chambre est un objet maléfique…
Pierre est instituteur en Normandie. Sans le savoir, il a des voisines étranges. En effet, sa curiosité va le mener à voir ses deux vieilles dames faire des allées et venues incessantes entre leur cave et leur voiture. Et la curiosité est un bien vilain défaut !
Retrouvez à travers trois nouvelles des aventures hors du commun, où rien ne présage à l’avance ce qu’il va arriver à des personnages qui sont au départ des plus ordinaires.

  • Broché: 182 pages
  • Prix : 7.90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Tout d’abord, je suis complètement fan de la couverture réalisée par Virginie Wernert. En plus d’être superbe, elle dégage une aura de mystère et d’angoisse qui donne envie de se plonger très vite dans la lecture de l’ouvrage.

Des aventures hors du commun est un petit recueil de trois nouvelles qui se lit très rapidement. Bien qu’abordant des thèmes très différents, elles mettent toutes les trois en scène des personnages d’apparence banale qui vont néanmoins vivre des situations qui sont loin de l’être. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que j’ai apprécié l’ordre dans lequel l’auteur a choisi de nous présenter ses histoires puisqu’il permet une progression dans l’angoisse et l’horreur. On part ainsi d’une histoire teintée de fantastique pour conclure en beauté par un récit glaçant.

A noter que le texte contient quelques coquilles et n’est pas justifié ce que je trouve assez perturbant. Cependant, l’auteur conscient de ces problèmes devrait les corriger dans la prochaine édition.

LE DON

Zoé est une petite fille de 8 ans qui possède un don : celui de lire dans les pensées. Déstabilisée puis affaiblie par toutes ces voix qu’elle entend, elle va devoir apprendre à maîtriser son pouvoir pour vivre normalement. Elle pourra heureusement compter sur le soutien sans faille de ses parents, d’un sympathique docteur et d’un énigmatique personnage, Tom.

Je dois avouer avoir un avis plutôt mitigé sur cette nouvelle en raison notamment du choix de l’auteur de nous narrer son récit à travers les mots de Zoé. De prime abord, l’idée m’a tout de suite emballée puisqu’elle annonçait la perspective d’entrer dans la psyché de cette enfant et donc de comprendre son ressenti et ses émotions. A cet égard, le contrat est parfaitement rempli : on sent à merveille l’ambiguïté que Zoé ressent face à son pouvoir tout comme l’angoisse qui finit par prendre le pas quand elle réalise que la situation lui échappe. Je me suis donc sentie assez proche de cette enfant et ai partagé, avec ses parents, l’inquiétude quant aux répercussions de son don sur sa santé mentale et psychique. L’auteur a, en outre, rendu l’enfant très crédible dans ses réactions. Bien que plutôt gentille, Zoé ne résiste pas en effet à la tentation d’utiliser son don pour briller en classe ou pour battre sa meilleure amie à une partie de cartes. Tous ces points rendent la jeune fille aussi crédible qu’attachante d’autant qu’elle fait face avec un certain courage et une certaine maturité aux problèmes engendrés par toutes ces voix qui s’immiscent dans son esprit.

Si la jeune protagoniste m’a plu, ses propos m’ont en revanche régulièrement dérangée. J’ai eu le sentiment que l’auteur oscillait entre l’envie de nous narrer son histoire du point de vue d’une enfant et celui d’un adulte. Le mélange des deux donne un résultat assez étrange qui m’a quelque peu mise mal à l’aise et a perturbé ma lecture. De la même manière, les dialogues m’ont semblé parfois souffrir d’un manque de naturel ce qui m’a empêchée de me projeter entièrement dans le récit.

Malgré ces deux points qui mériteraient, à mon sens, d’être retravaillés, l’idée de base de l’auteur est intéressante. Lire dans les pensées des gens est en effet un fantasme qui a probablement effleuré l’esprit de beaucoup d’entre nous, mais combien ont pris le temps de s’imaginer les difficultés engendrées par une telle capacité ? J’ai par conséquent aimé le fait que l’auteur nous montre, à travers les yeux enfantins et parfois naïfs d’une enfant, que la frontière entre don et fardeau est parfois très mince. J’ai également pris plaisir à suivre la quête de Zoé pour apprendre à maîtriser ses pouvoirs, celle-ci alternant entre espoir, crainte et soulagement.

DE L’AUTRE CÔTÉ DU MIROIR

Diana, étudiante en couple avec Pierre à Paris, aime à se regarder chaque jour dans le miroir qui trône dans sa chambre. Narcissisme ou simple coquetterie, cette habitude va être bouleversée quand notre étudiante fera une étrange découverte concernant cet objet.

Le titre de cette nouvelle ne pouvait que m’intriguer puisqu’il m’a bien sûr fait penser à Alice au pays des merveilles. J’attendais donc avec impatience de découvrir le récit imaginé par Yannick Giammona ! Mais de nouveau, je dois confesser un avis en demi-teinte en raison principalement du style de l’auteur. J’ai ainsi regretté des phrases trop courtes qui, si elles apportent un certain dynamisme mettant en valeur l’action qui se déroule sous nos yeux, tendent malheureusement à hacher le récit et à rendre sa lecture peu fluide.

J’ai en outre trouvé que l’auteur donnait bien trop de détails sur des choses secondaires alors qu’il m’aurait semblé plus pertinent et intéressant de s’attarder sur l’atmosphère du récit et notamment sur le monde qui se cache derrière ce miroir. Or, malheureusement, il se contente de l’évoquer sans l’approfondir ce qui a suscité chez moi une certaine frustration d’autant qu’il a eu le très bon goût de faire intervenir une créature que j’adore. Le format nouvelle peut expliquer ce manque d’approfondissement, mais je pense sincèrement qu’en éliminant une partie des informations factuelles et banales qui n’apportent rien à l’intrigue, l’auteur a toutes les cartes en main pour nous narrer une histoire aussi angoissante que passionnante.

Je n’ai certes pas été convaincue par la forme, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le fond et plus particulièrement, l’utilisation du miroir et l’angoisse qu’il suscite chez Diana, le mélange de la technologie et du fantastique, l’apparition d’une créature mythologique fascinante et dangereuse, la montée de l’angoisse à mesure que l’on avance dans l’histoire… L’auteur arrive également à créer un certain suspense autour de ce miroir et à surprendre le lecteur par le basculement du récit dans l’horreur. Je ne m’attendais pas à la tournure que finissent par prendre les événements ce qui est, pour ma part, un point très positif.

LES VOISINES

Pierre, instituteur en Normandie, est quelque peu intrigué par ses deux voisines qui font de multiples allers-retours entre leur maison et leur voiture afin d’y déposer des paquets aux étranges contours. Sa curiosité grandissant, il finit par mener sa propre enquête mettant ainsi le pied dans un engrenage dont il n’aurait pu imaginer les conséquences.

Cette nouvelle est, sans aucun doute, celle qui m’a le plus fait frissonner. On quitte clairement le fantastique pour entrer tout droit dans l’horrifique. D’ailleurs, je préfère vous prévenir que si comme moi, vous êtes plutôt sensibles aux scènes d’horreur, vous risquez de passer un moment difficile. Je vous rassure, j’ai survécu et cela devrait être la même chose pour vous…

Au-delà du côté « en direct de votre film d’horreur préféré », j’ai apprécié le personnage de Pierre qui, en plus d’être un très grand curieux, est avec sa femme un grand amateur de livres. Étant également de nature curieuse, j’ai également plutôt bien compris l’intérêt que le manège de ses deux voisines éveille en lui. Par contre, je pense que j’aurais été un peu moins prompte que lui à élaborer des hypothèses aussi radicales sur leur comportement. De surcroît, je n’aurais pas agi de manière aussi intrépide que notre protagoniste et ne me serais donc probablement pas retrouvé dans une situation aussi dramatique que la sienne. Je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le soin de découvrir jusqu’où la curiosité peut vous mener. Avec cette nouvelle, l’expression « la curiosité est un vilain défaut » prend une tout autre dimension... Il faut dire que l’auteur a gâté les amateurs de films et d’histoires d’horreur avec deux voisines qui ne peuvent que faire frémir d’angoisse et donner des sueurs froides aux plus sensibles d’entre nous. A l’issue de ce livre, vous risquez de ne plus regarder vos voisins de la même manière !

De nouveau, si j’ai apprécié le fond, la forme ne m’a néanmoins pas convaincue. J’ai, par exemple, regretté la manière de Pierre d’insister sur le fait que le lecteur va découvrir une histoire horrible, saugrenue. Cette insistance, en plus de devenir lourde, donne le sentiment que l’auteur a besoin d’appuyer son récit pour que le lecteur comprenne la direction qu’il souhaite lui donner…

En conclusion, Des aventures hors du commun est un petit recueil de nouvelles qui met à l’honneur le fantastique et l’horreur. Les lecteurs qui aiment les frissons et les histoires angoissantes devraient donc prendre plaisir à les découvrir. Pour ma part, si j’ai apprécié les idées de l’auteur et les chemins que son imagination lui a fait prendre, je n’ai cependant pas totalement accroché à sa plume. Mais cela demeurant assez subjectif, je ne peux que vous inviter à vous faire votre propre opinion sur le sujet.

Blog de l’auteur- Page FB de l’auteur

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Fleurs sur béton, Caroline Giraud (livre gratuit)

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J’ai découvert Fleurs sur béton de Caroline Giraud par hasard sur Amazon. Proposée gratuitement et rapide à lire, je n’ai pas hésité à la télécharger.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Oscar, Mhugo, Egdar et Listère, quatre employés du grand et bienveillant Bernard le Gol, dont l’entreprise est un havre de paix, travaillent en harmonie depuis des années. Mais le seul moyen de conserver l’ordre n’est-il pas, parfois, la tromperie et le mensonge ? A cause du simple départ en vacances de Listère, Oscar va peu à peu comprendre que tout ce qui l’entoure n’est qu’une illusion, que la bienséance régnant n’est que le masque de l’hypocrisie, et qu’il se trouve, en fait, au plus profond de la caverne.

Après avoir abordé le sujet du viol dans ‘Les étudiantes fauchées ne prennent pas le taxi’, Caroline Giraud, professeur de philosophie, s’intéresse au harcèlement sur lieu de travail, au travers d’une nouvelle traversée de références aux fables de La Fontaine et à la philosophie de Platon.

  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 797 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 21 pages
  • Editeur : Caroline Giraud (11 juin 2017)

AVIS

Cette nouvelle nous offre une plongée dans une entreprise où les salariés, et plus particulièrement notre narrateur, vont, petit à petit, découvrir l’étendue de la perversion de leur patron.

L’autrice aborde de manière succincte, mais marquante les thèmes des pervers narcissiques et du harcèlement au travail. Le format nouvelle rend le dénouement de l’intrigue trop facile à mon goût puisque dans la réalité, il me semble quand même bien plus difficile de sortir de l’emprise d’un pervers narcissique. Cependant, force est de constater que le style de l’autrice, qui est d’une grande finesse, rend l’histoire captivante du début à la fin.

On sent la montée en puissance de la tension au sein de cette entreprise à mesure que le masque du patron se fissure et que notre narrateur se rend compte de son erreur de jugement sur cet homme qu’il mettait sur un piédestal. On en vient vraiment à avoir de la peine pour ce salarié qui voit ses certitudes voler en éclats, et qui se retrouve quelque peu démuni devant ce patron tout-puissant qui semble avoir l’art et la manière de mentir et manipuler autrui.

Mais « tel est pris qui croyait prendre » ! Les salariés, soudés par la volonté de se débarrasser de ce harceleur manipulateur et menteur, ne vont pas se laisser faire sans réagir. C’est d’ailleurs ce point qui m’a semblé peu vraisemblable. En entreprise, ce qui permet justement à des personnes de faire preuve d’une grande violence psychologique et de harceler d’autres personnes est ce manque de solidarité. Difficile ainsi d’obtenir des témoignages dans ce genre de situation de harcèlement, a fortiori dans un contexte économique instable où la chance d’avoir un travail prévaut sur la solidarité et/ou le bien-être au travail. Dans cette histoire, cette peur du chômage est quasi inexistante ce qui me semble quand même bien étrange quand vous essayez de vous rebeller contre votre patron…

Paradoxalement, c’est ce qui fait la force de cette petite nouvelle. En effet, en schématisant une situation de harcèlement au travail et en apportant un dénouement assez simple, l’autrice offre des pistes de réflexion aux lecteurs autant sur la manière de détecter un pervers narcissique/une situation de harcèlement que sur celle de faire face au problème. A cet égard, le récit met bien en avant l’importance de la cohésion et de la solidarité dans ce genre de situation. C’est très naïf de l’énoncer ainsi, et je l’avoue assez réducteur, mais je reste persuadée que si ces deux notions étaient plus courantes en entreprise, les situations de harcèlement pourraient être plus facilement dénoncées. Or, dans les faits et contrairement à notre récit, les victimes se retrouvent bien souvent seules face à leur harceleur…

Mais avant de dénoncer un comportement inapproprié et délétère , il faut déjà ôter les œillères de ses yeux et voir les personnes telles qu’elles sont. Or, sans un mensonge de trop, il est fort probable que notre narrateur se serait laissé encore longtemps berner par son patron. Il faut dire qu’il semble plutôt doué pour ne pas voir ce qui est pourtant devant ses yeux, préférant nettement la politique de l’autruche à une confrontation directe avec la réalité. Ce déni de la réalité pourrait agacer ou laisser sceptique, mais j’ai trouvé qu’il témoignait à merveille de l’emprise psychologique que possède ce patron sur son fidèle bras droit…

Enfin, je dois avouer que mes lacunes en matière de philosophie ne m’ont certainement pas permis de saisir toutes les références de l’autrice. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier son texte.

En conclusion, l’autrice vous propose une petite histoire qui aborde de manière intelligente et sans longueurs, les thèmes des pervers narcissiques et du harcèlement au travail. Je ne dirai pas que cette nouvelle est universelle, mais il reste indéniable que la thématique du harcèlement peut concerner quasiment tout le monde à un moment ou à un autre de sa vie professionnelle… Je ne peux donc que vous conseiller de la lire d’autant que le style de Caroline Giraud devrait vous garantir un joli moment de lecture.

Télécharger gratuitement la nouvelle sur Amazon

Réalités invisibles, Eric Costa

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Je remercie Eric Costa de m’avoir fait confiance en me faisant parvenir son livre via le site Simplement.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Par l’auteur d’Aztèques : Harem, roman lauréat du Salon du Livre Paris 2017 par le jury Amazon KDP.
Laissez-vous happer par l’étrange, l’occulte et l’insolite le temps de six nouvelles : Suivez Marion lorsqu’elle découvre une mystérieuse chenille bleue.
Explorez un manoir dont les murs semblent changer de place.
Accompagnez Alzius dans une forêt peuplée de voix étranges.
Voyagez toute une nuit dans les souvenirs d’Alex…

    • Broché: 141 pages
    • Editeur : Independently published (16 février 2017)
    • Prix : 9,99€
    • Autre format : ebook

AVIS

J’ai été très longtemps réfractaire aux nouvelles, ce format me donnant le sentiment de devoir me contenter de hors-d’œuvres sans jamais pouvoir déguster le plat principal ni le dessert. Mais à l’instar de celui de Hélène Duc, le recueil de nouvelles d’Eric Costa me prouve de nouveau qu’écrites avec talent, les nouvelles peuvent constituer un excellent repas.

Je n’ai ainsi ressenti aucune frustration au terme de chaque histoire malgré leur brièveté. Cela ne s’explique que par la faculté de l’auteur à stimuler notre imagination et à nous offrir un condensé d’émotions en peu de pages. J’ai d’ailleurs été impressionnée du nombre d’images qui me sont venues en tête à la lecture de chaque nouvelle. De la même manière, mon imagination n’a pas pu s’empêcher d’associer régulièrement certains récits avec des séries ou des films d’horreur vus enfant ou adolescente.

Autre élément qui rend la lecture de l’ouvrage très agréable et prenante, la plume fluide de l’auteur et son style tout en rondeur. A travers un langage recherché, mais jamais pédant, Eric Costa vous transporte avec aisance dans ses histoires et leurs différentes atmosphères.

D’ailleurs, que préfèrerez-vous ? L’ambiance désuète d’un hôtel perdu au milieu de la brume, celle de la maison d’une adolescente aux prises avec une dangereuse créature ou encore l’ambiance feutrée d’une maison complètement isolée où la musique n’apporte pas le réconfort qu’elle devrait ?

Pour ma part, j’ai apprécié les six nouvelles du recueil même si certaines m’ont plus angoissée que d’autres. Je vous invite donc à les découvrir à mes côtés.

Hôtel Wolff 

Fatigué, Théophile décide de passer la nuit dans un hôtel qu’il découvre presque providentiellement sur la route.

L’auteur nous plonge dès les premières lignes dans une ambiance mystérieuse qui devient, au fil de l’histoire, délicatement angoissante. Le lecteur sent le danger qui rôde dans cet hôtel à l’atmosphère surannée tout en se laissant, comme le narrateur, engourdir par les charmes qu’il semble offrir. Cependant, l’expression « trop beau pour être vrai » finit par se rappeler à nous. Dans la vie, rien n’est gratuit, tout se paie ! Une douloureuse leçon de vie dont Théophile Lazius aurait préféré faire l’économie.

J’ai apprécié cette nouvelle et le côté très vieillot de l’hôtel. J’ai également beaucoup aimé l’impression de me retrouver dans un épisode d’une série que j’adorais, Code Quantum, même si je ne saurais pas forcément vous en donner la raison. Tout au long de la nouvelle, je n’ai pu qu’imaginer Al dans le rôle du maître d’hôtel…

Quant à la fin, elle devrait surprendre plus d’un lecteur même si, pour ma part, je l’avais devinée.

Solitaire 

Un bar, de la musique et une profonde détresse… Alex, un homme qui éprouve des difficultés à faire le deuil de sa femme, décédée il y a une dizaine d’années, noie son chagrin dans l’alcool. La boisson, à défaut de panser les plaies du cœur et de l’âme, finit par lui offrir un voyage éprouvant dans le passé.

Cette nouvelle est assez particulière faisant voyager le lecteur entre fiction et réalité. Ce voyage dans le temps est-il réel ou n’est-il que le fruit de l’ivresse ? Alex est-il finalement acteur ou simple spectateur du drame qui s’est joué il y maintenant des années ?

Le doute est permis, mais ce qui reste certain, c’est que l’auteur a su, en seulement quelques pages, nous faire ressentir toute la tristesse, la culpabilité et les doutes de son protagoniste.

Éclosion

Marion découvre, un matin, une chenille bleue semblable à celle qu’un mauvais songe lui a gravé dans la mémoire et la peau.

J’ai adoré les différentes références à Alice au pays des merveilles, roman que j’avais lu plus jeune et qu’il me tarde de redécouvrir avec des yeux d’adulte. On retrouve, comme dans l’histoire originale, ce côté absurde et, parfois, inquiétant.

Eric Costa va néanmoins bien plus loin que Lewis Carroll en nous proposant carrément une histoire des plus angoissantes. Le lecteur découvre ainsi avec effarement l’évolution terrifiante de la chenille tout en ne pouvant, au passage, que saluer la témérité (ou la sottise ?) de Marion qui ne cède pas à la panique. L’affrontement entre l’adolescente et la chenille est sans merci et aucune des deux n’en ressortira indemne.

Allégorie de l’adolescence avec ses angoisses et cette bataille que l’on mène pour devenir soi-même ou réelle lutte contre une abomination de la nature, à vous de choisir…

Le refuge

Un voyageur pris dans le tumulte de la neige et du froid a la chance de trouver un refuge avant que le pire n’arrive. 

En instaurant son récit en Transylvanie et en nommant l’un des personnages Vlad, l’auteur ne pouvait qu’éveiller l’imagination des lecteurs. Mais je vous rassure, il ne tombe pas dans la facilité en nous proposant sa propre version du célèbre personnage aux dents longues. L’histoire se révèle ainsi bien plus complexe que cela.

Pour ma part, j’ai adoré l’ambiance glaciale qui se dégage du récit, et l’aura de mystère et de danger qui ne cesse de planer sur notre voyageur. L’angoisse monte tandis que les événements s’accélèrent jusqu’à ce que la conclusion, aussi inattendue qu’effroyable, ne soit dévoilée.

J’ai, en outre, trouvé très intéressant le contraste frappant entre la chaleur trompeuse du refuge et la froideur dangereuse de l’extérieur. Un jeu de faux-semblant qui semble presque refléter le sentiment de confusion de notre protagoniste. En bref, cette nouvelle nous tient en haleine du début à la fin que ce soit par son suspense haletant ou son rythme endiablé.

Le manoir

Un voleur pénètre dans un manoir en vue d’amasser un joli butin avant d’être aux prises avec des forces qui le dépassent. 

On commence par découvrir, aux côtés du voleur, ce manoir et les trésors qu’il recèle. Puis, on s’interroge sur ce lieu inquiétant avant de s’affoler avec lui quand il apparaît évident que la sortie se dérobe à notre volonté. Petit à petit, on se laisse submerger par un sentiment d’étouffement. Enfin, on panique franchement quand un ennemi invisible qui se matérialise par la forme de deux armures, nous frappe. En d’autres mots, on vit complètement cette histoire et on ressent ce besoin urgent de quitter, sans se retourner, ce manoir hanté.

Cette histoire m’a fait frissonner et m’a donné l’impression d’être devant un film d’horreur.  Il faut dire que la plume de l’auteur particulièrement immersive offre un véritable bain d’angoisse au lecteur. Claustrophobes et âmes sensibles s’abstenir !

Fréquence 24

Emma, abandonnée pour la soirée par son mari médecin, se retrouve chez elle avec son chat et la radio pour seule compagnie.

Cette nouvelle est, sans aucun doute, ma préférée, peut-être parce que j’ai pu m’identifier assez facilement à son héroïne. C’est également celle qui m’a procuré le plus de frissons d’autant que je l’ai lue seule dans la soirée avec M. Gribouille allongé contre moi.

Je peux donc vous dire, sans trop de honte, que j’ai tremblé à mesure que la voix de l’animateur de l’émission de radio se faisait de plus en plus menaçante, imaginant sans peine son rire sardonique emplir mon appartement. Au fil du récit, mon imagination s’est pas mal emballée au point de m’imaginer que derrière la voix de la radio se tenait le fameux clown de Stephen King ou Chucky la poupée qui tue. Oui, j’ai certainement regardé trop de films d’horreur plus jeune, mais ces deux abominations conviennent plutôt bien au climat instauré par l’auteur.

Mais ce que j’ai préféré, c’est la manière dont Eric Costa a su utiliser la musique pour cadencer, donner le tempo à notre angoisse et à notre peur. Le rythme va ainsi crescendo jusqu’au final magistral !

Bref, Fréquence 24 est définitivement la radio des frissons !

En conclusion, tour à tour intrigantes, inquiétantes, ou effrayantes, toutes ces nouvelles, bien que très différentes les unes des autres, ont en commun de vous offrir un voyage au pays du frisson. Si vous aimez les belles plumes et vous faire peur, je ne peux que vous encourager à vous laisser tenter par ce recueil et à dévorer, seul ou au coin du feu avec des amis, ces différents récits.

Pour ma part, je vous laisse entre les mains d’un autre maître du frisson qui devrait bien s’entendre avec notre auteur.

Site de l’auteur Pour acheter le livre

The Red-Headed League (La Ligue des rouquins), Sir Arthur Conan Doyle

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Pour rappel, avec Florence du blog Satoru Kudo et June du blog June&Cie, nous avons décidé de réaliser une lecture commune de l’intégrale des aventures de Sherlock Holmes. Vous pourrez donc suivre l’avis, chaque mois, des membres de notre Dream Team (en toute modestie, bien sûr).

The Red-Headed League est la deuxième nouvelle du recueil des aventures de SHerlock Holmes

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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Jabez Wilson, a London pawnbroker, consults with Sherlock Holmes. While studying his client, both Holmes and Watson notice his red hair. Wilson tells them an intriguing but odd story – just what Holmes had been looking for! All the client seems to be concerned with is his loss of £4 a week; but Holmes sees an intriguing diversion for himself! Holmes enlists the services of his companion Dr. Watson, when things look like they might get dangerous, as Holmes finds himself on the trail of one of the most insidious criminals in all of London!

AVIS

Il semblerait que notre chez Watson ait le chic pour tomber au bon moment puisque, de nouveau, il rend visite à Sherlock Holmes alors que ce dernier reçoit un client, Jabez Wilson. D’apparence banale, ce prêteur sur gages se distingue néanmoins par sa crinière de feu qui, en plus d’attirer le regard, l’a conduit à vivre une bien étrange expérience.

En effet, encouragé par son assistant Vincent Spaulding, M. Wilson a postulé et obtenu un poste en or au sein de la très mystérieuse Ligue des rouquins. Payé grassement, son seul travail était de recopier, pendant quatre heures par jour et sans jamais quitter son poste, l’Encyclopaedia Britannica. Très satisfait de la situation, notre client se retrouva donc fort dépourvu quand la fin brutale et inexpliquée de cette expérience fut venue.

Malgré le sérieux du client qui est désemparé face à la perte de ce gagne-pain providentiel, il est difficile de ne pas hurler de rire, à l’instar du duo, devant le burlesque de la situation d’autant qu’Arthur Conan Doyle ne ménage pas les effets comiques. Je me suis ainsi beaucoup amusée durant ma lecture.

Mais on comprend très vite qu’au-delà l’aspect désopilant du cas, il y a anguille sous roche : une ligue au nom des plus étranges, un travail trop beau pour être vrai, un assistant trop parfait dont le seul défaut est une passion illimitée pour la photo…  Ce sont tout autant d’éléments qui ne peuvent que mettre en éveil les sens du célèbre détective.

Néanmoins, je n’ai pas partagé l’avis de Sherlock sur le côté extraordinairement bizarre de cette affaire. Elle est certes très intrigante, mais les ficelles sont assez grosses pour qu’une partie soit rapidement compréhensible par le commun des lecteurs. Il se peut néanmoins que pour l’époque, l’histoire sorte réellement des sentiers battus.

Cela ne m’a pas empêchée de passer un excellent moment. J‘ai ainsi adoré voir l’enthousiasme très enfantin de Sherlock pour ce cas qui ne ressemble à aucune des affaires qu’il a traitées ou étudiées. Et, j’ai pris plaisir à suivre les pensées de Watson, ses questions légitimes et ses doutes.

Comme à l’accoutumée, notre docteur est en effet à la traîne n’ayant pas réussi à démêler les fils de l’intrigue. Il faudra donc attendre que Sherlock lui en explique les tenants et aboutissants pour qu’il saisisse l’ingéniosité du plan sans oublier, évidemment, d’en profiter pour s’extasier sur les capacités de déduction de son ami.

Je dois avouer que j’ai également bénéficié des lumières de Sherlock n’ayant pas non plus réussi à faire toute la lumière sur l’affaire. Et c’est frustrant, car une fois expliqué, tout semble si simple. Mais n’est pas Sherlock qui veut !

Enfin, j’ai beaucoup aimé  la complicité grandissante entre Sherlock et Watson. Sherlock semble quelque peu s’humaniser aux côtés de son ami ce qui le rend de plus en plus attachant.

En conclusion, The Red-Headed League offre un moment de divertissement agréable faisant passer les lecteurs du rire au questionnement. Sans être originale pour notre époque, cette nouvelle comprend néanmoins quelques zones d’ombre qui rendront la lecture, si ce n’est palpitante, divertissante.

Découvrez les avis de Florence du blog Satoru Kudo et de June du blog June & Cie

Itinéraire d’un diamantaire, Faissoil Mdahoma

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Je remercie Faissoil Mdahoma de m’avoir fait confiance en me proposant son livre, Itinéraire d’un diamantaire, en échange de mon avis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du jour au lendemain, un jeune homme décide de tout quitter, sa femme et son fils, pour partir à l’aventure. Il est irrésistiblement attiré par Londres et se lance avec euphorie dans l’inconnu. Malgré de belles rencontres, il est rapidement confronté aux difficultés que lui réserve le statut d’étranger sans travail. L’insistance de sa femme le décide finalement à retourner en France. De retour chez lui, il réalise que le trésor qu’il recherchait éperdument n’était autre que sa propre famille. Réconcilié avec lui-même, il comprend la cause de son insatisfaction et envisage avec sérénité des projets d’avenir. De ce court roman aux airs d’apologue se dégage une morale au bon sens imparable.

  • Broché: 36 pages
  • Editeur : Edilivre (23 février 2017)
  • Prix : 1,49€
  • Autre format : papier

AVIS

L’histoire

Avez-vous déjà rêvé de tout quitter pour tenter votre chance dans un autre pays ?

Notre héros l’a rêvé et l’a fait, quittant femme et enfant sans autre plan que celui de trouver du travail à Londres, ville qui fait rêver de nombreuses personnes. Mais il découvrira très vite que derrière les belles images de réussite qu’offrent les golden boy anglais, se cache une tout autre réalité. Comme à Paris, ici le travail ne court pas les rues notamment pour une personne ne maîtrisant pas totalement la langue.

Malgré les galères, notre protagoniste va trouver la force d’aller de l’avant notamment grâce à des personnes prêtes à lui venir en aide que ce soit en lui offrant un repas, en lui donnant un peu d’argent ou en lui trouvant une solution, même temporaire, d’hébergement.

Le protagoniste

Je dois dire que j’ai eu au début un peu de mal avec le personnage, car le fait qu’il quitte précipitamment sa famille sans plan d’avenir ne l’a pas rendu spécifiquement sympathique à mes yeux…

Puis, j’ai été assez agacée par la critique facile de « tout est meilleur que la France ». C’est le genre d’idée toute faite que je n’ai jamais supporté, qu’il s’agisse de la France d’ailleurs ou d’un tout autre pays.

Cependant, force est de constater que ses propos sont complètement cohérents avec sa personnalité puisque notre protagoniste est obnubilé par l’idée que le pré est plus vert ailleurs et qu’il n’y a point de salut en dehors de l’étranger. Ce n’est que grâce à son aventure londonienne et aux péripéties qu’il traversera sur place, qu’il prendra conscience que le bonheur est bien souvent à portée de main et qu’il suffit de baisser les yeux pour le découvrir.

Une écriture franche…

Le style de l’auteur est très simple au point qu’on a le sentiment qu’il n’y a aucune velléité de romancer l’histoire. Si, en général, je préfère les jolies plumes, cette écriture très franche et directe correspond parfaitement au contenu du livre. L’auteur s’adresse ainsi aux lecteurs comme il le ferait à des amis créant, de fait, une certaine connivence. Cela n’en rend en outre la lecture que plus fluide.

Le seul petit point…

Le seul petit point qui m’a dérangée est la morale dont j’ai regretté le manque de subtilité. L’histoire se suffit pour comprendre le message que l’auteur cherchait à partager, or il tend en fin de livre à bien trop insister sur ce point. Un peu plus de subtilité aurait rendu le message certainement plus percutant.

Pour conclure, à travers l’histoire, peut-être un peu naïve, d’un homme qui quitte tout pour tenter sa chance à l’étranger, l’auteur pose la question du bonheur et permet de comprendre qu’avant de chercher son « diamant », il est déjà nécessaire d’identifier, puis de prendre le temps de contempler ce que la vie nous offre. Qui sait, peut-être que, sans le savoir, vous avez un diamant à portée de main ?

Vous pouvez acheter le livre sur Edilivre (Amazon, FNAC…).

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