Dans un battement d’ailes, Amélia Varin

PRÉSENTATION AUTEURE

« Le vent souffle, emportant les feuilles mortes. Posé sur le rebord de la fenêtre, l’oiseau prend son envol. J’aimerais tellement le suivre. Planer vers la liberté. »

Même lorsqu’on souffre, qu’on pense qu’il n’existe qu’une seule échappatoire, une petite lueur apparaît. Inattendue. Et doucement, le sourire revient. Tellement beau, tellement vrai. Et c’est en déployant ses ailes, que l’on s’envole vers de nouveaux horizons…

  • Prix : 0.99€

AVIS

Amélia, c’est la super chroniqueuse du blog Les histoires d’Amélia Culture Geek et accessoirement la co-organisatrice du Prix des auteurs inconnus, mais c’est aussi une autrice à la plume poétique qui m’étonnera toujours par sa capacité à mettre des mots sur ses maux. C’est donc avec plaisir que j’ai accepté de lire sa dernière nouvelle, Dans un battement d’ailes.

Dans cette histoire, il est question de violence morale et physique, mais aussi d’espoir. Et à ce titre, le récit de cette lycéenne harcelée moralement par ses « camarades » et maltraitée physiquement par un ancien ami ne pourra que provoquer en vous de multiples émotions : peine, colère, révolte, inconfort… et enfin, apaisement et espoir. En d’autres termes, cette histoire remue, dérange, nous pousse à essayer de comprendre ce jeune homme qui reproduit un schéma familial délétère, et à tenter d’imaginer ce qui peut pousser des lycéens lambdas à se faire complices de ce déferlement de haine voire à l’entretenir.

Et puis, il y a Élaé, victime silencieuse, qui ne partage sa douleur avec personne et qui affronte son calvaire quotidien dans une résignation qui donne envie autant de pleurer à ses côtés que de la prendre par les bras et de lui dire, STOP. Cela ne peut plus durer, il te faut réagir, arrêter de protéger ta mère et lui en parler, alerter le corps enseignant… Chaque coup rapproche la jeune fille d’un point de non-retour, d’une implosion interne qui nous fait trembler pour elle d’autant qu’Amélia instaure le doute, la peur, par la présence d’un compte à rebours à l’allure menaçante. Élaé est un personnage de fiction, mais j’ai eu mal et j’ai tremblé pour elle, peut-être parce que d’une certaine manière, elle symbole toutes ces victimes silencieuses de harcèlement…

Le texte est dur, mais j’ai aimé la fin qui, à mon sens, apporte une vraie leçon de vie sur le fait qu’il suffit souvent d’une main tendue pour que la vie prenne une nouvelle direction… Et cette main tendue sera tout ce dont avait besoin Élaé pour enfin retrouver une vie dénuée des brimades de ses « camarades » et de la violence physique d’un ancien ami. Cette main tendue ce n’est pas la solution à tous les problèmes de la lycéenne, mais c’est la preuve qu’elle mérite que quelqu’un lui vienne en aide sans rien attendre en retour.

Cette prise en considération de sa personne, qui ne passe pas par des coups au corps et à l’âme, marquera alors le premier pas d’une nouvelle vie qui ne sera plus synonyme de peur et de souffrance. Une jolie conclusion qui devrait donner espoir aux personnes qui sont victimes de harcèlement scolaire et qui devrait faire réfléchir les personnes qui en sont témoins…

Il y a néanmoins un point qui m’a dérangée, mais c’est peut-être dû à ma manie de toujours tout analyser. Élaé est une victime de harcèlement certes, mais elle en retire quelque chose même si c’est de manière inconsciente : l’impression de venir en aide à son ancien ami en lui servant de défouloir et en lui permettant d’extérioriser physiquement la colère et la violence qui le rongent. L’abandon de son corps à son bourreau ressemble à un moyen pour Élaé d’avoir une utilité et de donner un sens à tout ce qu’elle vit. Or, se laisser frapper, ce n’est pas et ce ne sera jamais un moyen d’aider une personne même si celle-ci est également victime de violence…

À travers sa nouvelle, que ce soit volontaire ou non, Amélia aborde donc le harcèlement scolaire, mais aussi la permutation des rôles entre victime et bourreau, et la tendance naturelle des humains à entrer dans un triangle dramatique schématisé par Karpman.

Résultat de recherche d'images pour "analyse transactionnel et triangle de karpman"Je ne suis pas psychologue ni psychiatre, je ne développerai donc pas ce point, mais à mon sens, Élaé s’est positionnée inconsciemment dans le rôle de la sauveuse avant d’endosser celui de victime. Quant à son ancien ami, il est passé de victime à bourreau/persécuteur. Un schéma dramatique qui sera fort heureusement cassé en fin d’ouvrage par une main tendue, car si une main tendue est toujours salutaire, jouer le rôle de sauveur ne fera que relancer une machine infernale dont personne ne peut ressortir gagnant.

En conclusion, je ne peux que vous conseiller de lire cette nouvelle dans laquelle Amélia Varin a réussi à aborder un thème difficile, le harcèlement scolaire, de manière très belle et poétique. C’est dur, c’est poignant, mais c’est aussi plein d’espoir comme peut l’être la vie !

Et vous, envie de découvrir Dans un battement d’ailes ?

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Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

Couverture Le vieux qui lisait des romans d'amour

J’ai eu la chance de trouver ce roman, qui me tentait depuis longtemps, dans une boîte à livres. Je l’ai lu dans le cadre du Challenge Lire en thème et du Challenge Mystère.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre. Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour. En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

  • Poche: 128 pages
  • Éditeur : Points
  • Prix : 5.90€

AVIS

Le vieux qui lisait des romans d’amour est un roman qui me tentait autant qu’il me faisait peur. J’en avais entendu tellement de bien que mes attentes étaient forcément élevées. Et je dois dire que sans être un coup de cœur, j’ai apprécié cette histoire qui nous fait voyager au cœur de la forêt amazonienne, un décor que l’on a peu coutume de découvrir dans les romans. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le voyage se révèle aussi dépaysant qu’immersif. En effet, l’auteur arrive en quelques phrases toujours concises, mais pleines de réalisme, à nous plonger au cœur de cette forêt tant convoitée par les hommes. La faune et la flore nous sont si bien décrites qu’on s’imagine aisément la voir prendre vie sous nos yeux, et le spectacle est grandiose à l’image de cette immense forêt.

Néanmoins, l’auteur n’idéalise pas non plus l’Amazonie ni la vie des Shuars ou des quelques habitants du village El Idilio puisque la vie sur place est rude et pleine de dangers. Pour vivre ou survivre, il vous faudra apprendre à respecter et à connaître cette foisonnante nature, une vérité que les Shuars ont depuis longtemps intégrée. Ce n’est pas forcément le cas des colons ou des chercheurs d’or qui, non contents d’envahir un territoire qui n’est pas le leur, font preuve d’un irrespect total envers leur nouveau lieu d’habitation…

Un comportement qui reste rarement impuni, l’Amazonie n’étant pas un lieu où l’on peut vivre sans respecter ses règles. Et cela, certains colons, chercheurs d’or et autres individus supposés civilisés en feront régulièrement les frais à l’instar de ce chasseur retrouvé mort par des Shuars. Accusés injustement par un maire plus intéressé par son enrichissement personnel que la justice, ces hommes ne seront innocentés que grâce à la perspicacité du « vieux » alias Antonio José Bolivar. Et celui-ci va vite comprendre que le mort a réveillé les instincts meurtriers d’un fauve en s’attaquant à ses petits… Plus ou moins forcé par le maire, le vieux accompagné d’autres hommes se lancera alors dans la traque d’un animal rendu fou par la folie et la bestialité des hommes.

Alors que le fauve tue implacablement des humains, le lecteur ne peut s’empêcher de comprendre son comportement et son raisonnement. On lui a pris les siens alors pourquoi ne pourrait-il pas prendre la vie de ces hommes sanguinaires qui, pour lui, se ressemblent tous ?  Ceci est d’autant plus vrai que dans ce roman, ce ne sont pas forcément les animaux qui sont sauvages, mais plutôt ces « gringo » qui débarquent comme s’ils étaient chez eux et ne respectent rien. A l’exception d’Antonio et d’un dentiste aux méthodes de travail originales, aucun des personnages de l’histoire n’attire donc la sympathie. Certains, comme le maire, attireraient plutôt du mépris. Seule figure d’autorité présente au sein du village, il symbolise ce qu’il y a de pire dans l’exercice d’un pouvoir détourné et dévoyé : lâcheté, corruption, malhonnêteté, obstination sourde face aux événements…

Devant une humanité peu attrayante, on comprend qu’Antonio préfère vivre éloigner des siens et se plonger dans ses romans d’amour où la passion et la découverte des sentiments amoureux des personnages lui permettent d’oublier, pendant un petit moment, la bêtise et la méchanceté humaines. C’est, en outre, intéressant de voir que l’auteur a su mettre en parallèle cet homme bourru et son appétence pour les histoires d’amour avec l’Amazonie, un endroit parfois difficile et dangereux, mais dont la beauté peut charmer. Une dualité qui lie donc notre homme à cette nature qu’il a appris à aimer et à respecter malgré les épreuves qu’elle a pu lui faire subir par le passé.

Avec un titre comme Le vieux qui lisait des romans d’amour, j’espérais que la lecture prenne une place importante dans l’histoire, qu’elle soit sur le devant de la scène plutôt qu’en toile de fond comme c’est le cas ici.  On pourrait estimer que ce qui compte ici, ce sont tous les sujets abordés par l’auteur et la sagesse qui se dégage de son histoire, mais cela ne changerait en rien ma légère déception sur ce point…

J’ai, en revanche, été séduite par le style très vivant de l’auteur ! Empreint d’un certain humour, il a un côté immersif qui vous pousse à vous plonger totalement dans le récit et à vivre les différents événements comme si vous y étiez. Les plongées dans les souvenirs d’Antonio apportent, en outre, un éclairage sur ce que fut sa vie et permettent, dans une certaine mesure, de mieux comprendre ses réactions et son envie de rester à l’écart des autres habitants du village. Cette alternance entre passé et présent dynamisme le récit et lui insuffle un certain rythme d’autant que les événements s’enchaînent rapidement et s’imbriquent parfaitement.

Au-delà de l’action bien présente, il y a également, tout au long du roman, cette idée d’introspection et de réflexion sur la nature, sur les hommes et leur capacité à ruiner ce que le monde leur offre, sur la colonisation, sur la déforestation… Une portée quasi philosophique qui fait toute la richesse et la profondeur du roman, mais qui peut parfois donner le sentiment étrange que malgré l’action, il y a une sorte d’inertie, un rythme différent de celui que nous connaissons dans nos sociétés. Tout se passe à la fois rapidement et presque lentement comme si l’auteur désirait que ses lecteurs s’imprègnent totalement de l’atmosphère si particulière de l’Amazonie.

En conclusion, Le vieux qui lisait des romans d’amour est une très belle histoire qui nous offre une plongée immersive au cœur de l’Amazonie que l’auteur semble prendre à cœur de défendre. Entre des descriptions concises mais percutantes, un humour teinté de cynisme, et un personnage haut en couleur, il signe ici un roman que l’on prend plaisir à lire autant pour l’intrigue que la sagesse qui se dégage du récit.

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Sorceraid, Episode 1 : Le Fantôme de Waterlow, Léna Lucily

Sorceraid, Episode 1 : Le Fantôme de Waterlow: Saison 1 : Décadence par [Lucily, Léna]

J’ai lu le premier tome de la web-série littéraire Sorceraid de Léna Lucily dans le cadre du Prix des auteurs inconnus pour la catégorie imaginaire.

RÉSUMÉ ÉDITEUR

Nora est une jeune diplômée, blogueuse mode à ses heures, qui vit à Londres et cherche du travail ! Lorsqu’elle découvre cette alléchante offre d’emploi sur Internet, elle ne se pose pas de question : elle fonce… Droit dans un bus ! Accident dont elle ressort sans une égratignure.

Cet exploit lui vaut d’être embauchée chez Sorceraid, société de conseil en solutions magiques. Nora passe donc ses journées à fournir à des sorciers décadents (ayant utilisé l’intégralité de leurs ressources en magie) les solutions aux problèmes existentiels de leur quotidien, tels que la résurrection d’Elvis Presley pour un anniversaire ou la traque d’un fantôme inopportun.

  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 148 pages
  • Format numérique : 2.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Sorceraid faisait partie des 10 livres que j’avais repérés lors de la présélection du Prix des auteurs inconnus. Je l’ai donc attaqué avec plaisir, plus ou moins certaine de passer un moment de lecture plaisant et amusant. Et j’ai le plaisir de vous annoncer que je ne m’étais pas trompée.

Dès les premières pages, le style de Léna Lucily fait mouche ! D’une plume amusante et légère, elle vous entraîne dans un monde de magie et de sorcellerie que la pauvre Nora, alias Nova dans le cadre de son nouveau travail, découvre de manière plutôt brutale et, dirons-nous, percutante… D’abord sceptique sur l’existence de la magie et les conséquences que cela implique, elle finit très vite par accepter de quitter sa vie ordinaire de jeune diplômée, blogueuse à ses heures perdues, en recherche de son premier emploi pour se lancer dans la vie active au sein d’un cabinet de consultants très spécial : Sorceraid. Si l’obsession des ventes et de l’augmentation du chiffre d’affaires, parfois au détriment de la morale, ne le différencie pas des cabinets qui sévissent dans le monde réel, sa clientèle oui. Sorceraid s’adresse ainsi à la communauté de sorciers qui voit, en cette organisation, le moyen de satisfaire des besoins en tout genre : potions, nécromancie, exorcisme... Quand la magie vous fait défaut, Sorceraid a ce qu’il vous faut !

Nora, plongée abruptement dans ce nouveau monde, devra très vite faire ses preuves d’autant que son recrutement est loin de convaincre sa supérieure directe, une femme loup-garou tyrannique et antipathique. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que pour une première mission, l’auteure n’hésite pas à l’envoyer sur un cas difficile où le méchant n’est pas forcément celui que l’on croit. Je ne vous en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher l’intrigue si ce n’est que j’ai adoré cette histoire de fantôme et de vengeance qui se révèle aussi glaçante que prenante. Je dois d’ailleurs avouer un petit coup de cœur pour le fantôme que Nora doit éloigner de sa cliente dont elle se serait d’ailleurs bien passée de faire la connaissance. Chapeau d’ailleurs à l’auteure pour ce personnage qui fait vraiment froid dans le dos et qui donne des frissons rien qu’à son évocation. Je peux vous dire que j’étais plus que ravie, durant ma lecture, de n’être que spectatrice de cette histoire et ai donc fortement compati avec Nora qui essaie, tant bien que mal, de faire face à la situation.

Une grande partie du charme de ce récit, qui se lit tout seul ou presque, provient de son héroïne que Léna Lucily a su rendre aussi attachante que crédible. Loin d’être une superwoman sans la cape, cette jeune femme, bien que courageuse, a parfois des moments de doute notamment sur cette nouvelle vie qui s’offre à elle, et qui la pousse à mentir à ses amis. Difficile, en effet, d’annoncer à son entourage, sans passer pour une folle du moins, que son nouveau travail implique de côtoyer des magiciens, des fantômes… J’ai également apprécié de découvrir, aux côtés de Nora, les pouvoirs qu’elle n’avait jusqu’alors pas conscience de posséder et qui lui seront aussi utiles que préjudiciables. Quelque chose me dit que Nora devrait avoir encore pas mal de ressources à nous dévoiler au cours des prochaines aventures que je lirai avec grand plaisir.

Le roman est court, mais ne donne pas le sentiment que l’auteure a bâclé son histoire. Bien au contraire, elle a réussi en peu de pages à donner les informations nécessaires pour que l’on se préfigure parfaitement l’environnement dans lequel évolue Nora. N’attendez donc pas de longues descriptions ou des passages contemplatifs, mais plutôt un récit mené tambour battant. Le livre se lit donc très vite d’autant qu’il possède le même côté entraînant et addictif que des séries comme L’accro du shopping de Sophie Kinsella. C’est donc le genre de récit parfait pour passer un petit moment de lecture agréable sans prise de tête, et pour décompresser, par exemple, d’une journée difficile ou chargée. À la manière d’un roman feel good, l’humour distillé tout au long du récit vous apportera, en outre, un certain réconfort, et l’envie irrépressible de suivre les péripéties de Nora, une fille ordinaire aux capacités extraordinaires. Il faut dire que cette héroïne est un peu la bonne copine que l’on aimerait tous avoir dans son entourage pour sa gentillesse et la dose de « dinguerie » qui rend sa vie si palpitante.

Enfin, j’ai apprécié le cadre professionnel dans lequel évolue Nora et que l’auteure, de par son parcours, a su si bien exploiter. Monde surnaturel ou non, elle apprendra que business is business et que la morale ou l’éthique n’entre pas toujours en jeu dans le monde du travail. Une désillusion à laquelle seront confrontés de nombreux jeunes diplômés et qui apporte une petite pointe de cynisme/réalisme fort délectable.

En conclusion, avec un récit cadencé et non dénué d’humour, une héroïne attachante à laquelle on peut s’identifier et un monde surnaturel apportant son lot de dangers et de péripéties, Léna Lucily vous présente une série littéraire qui se dévore plus qu’elle ne se lit.

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour Sorceraid ?

 

The Tiniest Elf, Laurentiu M. Badea

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J’ai découvert cette nouvelle sur Amazon lors de mes recherches pour des lectures pour le Cold Winter Challenge. Par chance, sa couverture correspondait parfaitement au thème de janvier du Challenge Lire en thème : Lire un livre avec de la neige sur la couverture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Lilly sat with her eyes fixed on the window, watching snowflakes crowding on the alley in front of the house, and slowly, slowly everything was covered with a fluffy coat of snow. She thought about the letter that she wrote for Santa Claus, about the gifts he would place under the Christmas tree tonight. And then she realized she should ask Santa for something else. »

AVIS

Comme beaucoup d’enfants de son âge, Lilly a rédigé sa liste de Noël qu’elle a envoyée au Père Noël. Mais, l’impossibilité pour sa mère de passer cette fête avec elle et son père va la faire reconsidérer ses envies de cadeaux. Elle va donc s’empresser de rédiger une nouvelle lettre puis réfléchir à la manière de la donner au Père Noël avant qu’il ne soit trop tard.

Lilly est une enfant de cinq ans qui dès les premières pages se révèle attachante. Quand d’autres enfants espèrent recevoir de beaux cadeaux sous le sapin, elle souhaite simplement passer le repas de Noël avec ses deux parents. Un souhait que l’on ne peut que comprendre quand l’on sait que sa maman est souvent éloignée de la maison en raison de son travail. J’ai, pour ma part, croisé très fort les doigts pour que la fillette obtienne ce qu’elle désire même si j’avoue que vu le public visé par la nouvelle, je n’avais pas de doute quant au dénouement de l’histoire.

Cela ne m’a pas empêchée de suivre les péripéties de Lilly avec plaisir d’autant que, sans le vouloir, elle va entraîner un elfe dans son aventure. Le lecteur va donc avoir la chance de découvrir le récit du point de vue de Lilly et de celui d’un elfe excité à l’idée de participer, pour la première fois, à la tournée du Père Noël. Comme avec la fillette, l’attachement à ce jeune elfe plein de bonne volonté est immédiat. C’est, en outre, un réel plaisir de découvrir, par son intermédiaire, l’atelier du Père Noël et son effervescence…

Si l’histoire est mignonne à souhait, j’ai surtout apprécié la manière dont l’auteur nous plonge dans la magie de Noël. Il délaisse ainsi son côté mercantile pour s’attarder sur tout ce qui fait la beauté et le charme de cette fête : l’espoir, l’entraide, l’amour, la famille…

En résumé, que ce soit pour passer un joli moment parents/enfants ou réveiller votre âme d’enfant, je ne peux que vous conseiller cette nouvelle qui vous plongera dans l’ambiance de Noël et qui, comme une bonne tasse de chocolat chaud, vous réchauffera le cœur.

Et vous, envie d’acheter The Tiniest Elf ?

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L’homme à la lèvre tordue, Sir Arthur Conan Doyle

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Pour rappel, avec Florence du blog Satoru Kudo et June du blog June&Cie, nous avons décidé de réaliser une lecture commune de l’intégrale des aventures de Sherlock Holmes. Vous pourrez donc suivre l’avis, chaque mois, des membres de notre Dream Team (en toute modestie, bien sûr).


C’est aujourd’hui de la nouvelle L’homme à la lèvre tordue que je souhaiterais vous parler. Étant quelque peu en retard dans mes lectures, j’ai lu la nouvelle en français, mais la relirai ce week-end en anglais afin d’être au plus près du texte de l’auteur.

Et comme d’habitude, vous pouvez télécharger gratuitement la nouvelle sur Internet (Amazon, Ebooks libres et gratuits…).

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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Sherlock Holmes enquête sur la disparition de M. Saint Clair, un honorable employé de la City, dont les vêtements ont été retrouvés dans la Tamise. Or sa femme l’a entrevu, criant à la fenêtre d’un hôtel dans un quartier populaire de la ville. Quel est donc le mystère de cette disparition ?

AVIS

Si vous êtes un amateur d’enquêtes policières, vous connaissez le fameux adage « pas de cadavre, pas de meurtre ». Un problème auquel doit faire face Sherlock Holmes qui s’est lancé dans une affaire dont la simplicité n’a d’égale que la complexité. En effet, il a été mandaté par Madame Saint-Clair pour retrouver son mari qui a disparu, dans d’étranges circonstances, sous ses yeux effarés. Si on a bien retrouvé les vêtements de cet homme respectable, il n’en est pas de même pour son corps, ce qui laisse sa femme dans l’expectative de son retour et Sherlock Holmes dans le doute quant au dénouement de son enquête. Son instinct le poussera néanmoins à soupçonner un hideux mendiant, une piste que, vous le découvrirez, se révélera paradoxalement aussi juste qu’erronée.

Je ne m’attarderai pas trop sur cette nouvelle sous peine de vous en gâcher complètement la lecture. Je peux cependant vous dire que l’enquête ne m’a pas particulièrement enthousiasmée. Il se peut que l’absence de cadavre et donc de vrai crime m’ait manqué… Je n’ai pas non plus vraiment ressenti de mystère au sujet de cette intrigue qui, à l’époque de sa parution, était probablement plus surprenante qu’à l’heure actuelle. Elle a au moins le mérite de montrer que les apparences sont trompeuses et que l’appât du gain peut parfois pousser des gens supposément respectables à des comportements peu avouables et peu acceptables.

Le dénouement de l’enquête m’a un peu gênée, car j’ai eu l’impression qu’il reposait sur des préjugés envers une partie de la population peu aisée. Une sorte de stigmatisation peu agréable d’autant qu’elle tend à perdurer. Mais c’est peut-être là un moyen pour l’auteur de justement dénoncer certaines croyances à moins que, comme souvent, je ne me pose bien trop de questions. J’ai, en outre, trouvé le comportement d’un des personnages particulièrement odieux. J’ai donc été déçue qu’il s’en sorte si bien d’autant que c’est en grande partie grâce à Sherlock. Je me réconforterai en me disant que la disgrâce a au moins été épargnée à des personnes innocentes…

L’histoire, si elle ne m’a pas tenue en haleine, n’en demeure pas moins intéressante dans la mesure où elle permet aux lecteurs de se faire une image différente de Watson et de Sherlock. Le docteur nous apparaît, en effet, beaucoup plus proactif et téméraire que dans les autres nouvelles. En quête d’aventure et d’action, il n’hésitera d’ailleurs pas à se rendre dans un endroit malfamé pour ramener un homme chez lui afin de rassurer sa femme morte d’inquiétude. De la même manière, il sautera sur l’occasion offerte par Sherlock pour participer à son enquête après s’être débarrassé prestement de sa mission initiale. J’avouerai avoir particulièrement apprécié cette nouvelle version de Watson qui, pour une fois, est mis sur le devant de la scène pendant quelques pages.

Quant à Sherlock, il semble bien moins sûr de lui que d’habitude. C’est d’ailleurs étrange de ne pas le voir fanfaronner et se moquer de l’incapacité de Watson à comprendre les tenants et aboutissants de l’enquête. Au contraire, il n’hésitera pas à confesser être dans le brouillard et à requérir l’aide de son ami pour y voir plus clair. Pour la première fois depuis que je lis les aventures de Sherlock, j’ai eu l’impression de voir quelqu’un qui accepte ses limites et qui les reconnaît malgré le déplaisir que cela lui procure. Une autre image du célèbre détective que j’ai eu plaisir à découvrir, car cela le rend plus humain et plus proche de nous. Je confesserai néanmoins préférer le Sherlock tout-puissant que l’on connaît. L’honneur est heureusement sauf puisqu’il finira bien par dénouer le fil de cette étrange affaire.

En conclusion, cette nouvelle nous conduira sur les traces d’un homme qui, derrière son vernis de respectabilité, a quelques secrets à cacher. Mais cette histoire a surtout le mérite de nous offrir une autre image du détective et du docteur et, le temps d’une aventure, d’atténuer la distance intellectuelle et les différences de tempérament qui peuvent exister entre nos deux compères. Bien que différentes des autres, L’homme à la lèvre tordue est donc une enquête qui ne manque pas de charme.

Découvrez les avis de Florence du blog Satoru Kudo et de June du blog June & Cie.

The Language of Thorns : Midnight Tales and Dangerous Magic, Leigh Bardugo

Je remercie Le tanuki pour cette lecture commune et pour sa patience puisque j’ai mis bien plus de temps que prévu pour lire The Language of Thorns, un magnifique livre écrit par Leigh Bardugo. L’édition que je vous présente est une édition exclusive reçue dans une Fairyloot (box littéraire anglaise).

AVIS

Tout d’abord, je tiens à m’extasier sur la beauté de l’ouvrage qui, en plus d’avoir une superbe couverture avec des parties en relief, est illustré avec des petits ornements et des dessins en grand format. La couleur du texte varie également d’un récit à un autre ce qui est du plus bel effet. Je préfère néanmoins vous prévenir de ne pas feuilleter l’ouvrage avant de le lire. Les illustrations en grand format ont en effet une légère tendance à dévoiler la fin des histoires ce qui est gênant quand l’on sait que l’auteur nous a gâtés avec de très bons retournements de situation.

Ce magnifique hardback contient six nouvelles. Bien que chacune d’entre elles soit indépendante, elles partagent toutes un point commun, celui d’être ancrées dans l’univers des contes et du folklore notamment slave. L’auteure s’inspire ainsi ouvertement de différentes histoires que l’on connaît tous plus ou moins : La petite sirène, les contes des Mille et Une Nuits, Hansel et Gretel…

Je vous rassure, l’auteure ne nous propose pas de pâles copies, mais bien des histoires uniques qui n’ont rien à envier aux contes d’antan. On y retrouve cette ambiance si particulière, ce mélange de magie et de sorcellerie, cette aura de découverte et de mystère mais aussi de danger et de mort, ces denses forêts aux sombres secrets, ces créatures hideuses qui côtoient de frêles jeunes filles, ces princes beaux mais pas forcément preux, ces parents plus obsédés par la gloire et la fortune que le bonheur de leur progéniture, des trahisons, de l’amour sous différentes formes, des désirs de revanche… Et puis, qui dit conte dit morale et Leigh Bardugo ne déroge pas à la règle en nous offrant des morales toujours pleines de sagesse et comme souvent dans les contes, intemporelles.

A travers ces six histoires, l’auteure nous invite à aller au-delà des apparences, à voir la beauté dans la laideur et la laideur derrière les apparats, elle nous montre que les apparences sont bien souvent trompeuses et que derrière des personnages banals ou même beaux, peut se cacher la pire des cruauté quand sous la cruauté apparente peut se cacher la plus grande des bontés. Pour ce faire, elle nous pousse dans nos retranchements, utilise contre nous nos jugements parfois trop hâtifs, nous mène sur des fausses pistes… avant de mieux nous éblouir par des révélations fracassantes qui, pour certaines, vous laisseront interdits. Ne vous attendez donc pas à des histoires où tout finit bien, mais plutôt à des histoires sombres dont les retournements de situation vous laisseront indéniablement une forte impression.

Je n’ai pas lu d’autres livres de Leigh Bardugo, mais je dois dire que dans le registre des contes, sa plume fait des étincelles. Le niveau d’anglais m’a parfois ralentie dans ma lecture, mais j’ai été happée par sa manière de construire ses histoires, et de déployer, tout autour des lecteurs, un filet dont il est bien difficile de s’échapper. Vous commencez ainsi les premières lignes du livre en vous demandant vers quels horizons l’auteure va vous emporter, puis très vite, vous vous laissez simplement porter par sa plume envoûtante.

J’ai donc passé un excellent moment avec ces six nouvelles même si je confesse une nette préférence pour les trois premières histoires dont l’atmosphère possède définitivement un charme particulier mêlant lumière et ombre, terreur et espoir. Je vous propose donc de m’attarder plus particulièrement sur celles-ci en espérant vous donner envie de les dévorer.

Ayama and the Thorn Wood

Ayama, jeune femme peu gracile, vit dans l’ombre de sa sœur dont la grande beauté fait la fierté de ses parents. A l’image de Cendrillon, elle est alors traitée en domestique et est cantonnée aux basses besognes. Ses parents vont même jusqu’à la cacher au reste du monde. Le deuxième fils du roi, à l’apparence quelque peu animalière, est condamné, quant à lui, à vivre dans un labyrinthe. Il arrivera heureusement à s’échapper et à trouver refuge dans une forêt. Par un concours de circonstances, la route de ces deux laissés-pour-compte va se croiser.

J’ai été dégoûtée si ce n’est courroucée par le comportement de la famille des deux protagonistes. Le roi, malgré ses moyens financiers, n’a jamais tenté d’élever son fils faisant fi de son apparence. Quant à la reine, elle ne semble pas s’être opposée à sa décision d’envoyer son fils dans un labyrinthe. Un bel exemple d’amour parental en somme ! Même son de cloche du côté de la famille d’Ayama.  Sa sœur n’est pas méchante et semble d’ailleurs apprécier sa cadette, mais j’ai trouvé qu’elle ne l’aidait pas vraiment à sortir de sa place de domestique. Alors elle aime sa sœur, mais bon, c’est pratique d’avoir quelqu’un qui fait toutes les corvées pour que vous puissiez vous faire belle en vue d’attirer un prétendant, fortuné si possible. De manière encore plus frappante, les parents d’Ayama se montrent ignobles en condamnant leur deuxième fille sur le seul critère du physique. Quant à la grand-mère, elle n’apparaît pas bien plus sympathique à moins, évidemment, qu’elle ne cache bien son jeu… Mais pour le savoir, il vous faudra lire le livre.

J’ai quelque peu regretté la passivité d’Amaya qui se laisse traiter comme une esclave sans se rebeller. Je l’ai néanmoins trouvée très courageuse puisqu’elle finit par accepter une épreuve, potentiellement mortelle, afin de gagner un peu de liberté. J’ai également adoré sa manière de se sortir de toutes les difficultés qui se dressent devant elle montrant ainsi toute l’étendue de son intelligence et de sa débrouillardise. Elle se révèle en outre émouvante durant les scènes où elle trouve enfin une oreille attentive alors qu’elle était jusqu’alors condamnée au silence.  A la manière des contes des Mille et Une Nuits, elle saura d’ailleurs utiliser sa voix comme une arme ou plutôt comme un moyen de gagner la paix et de se réapproprier sa vie. Un joli pied de nez à sa famille ! Il est juste dommage que la fin soit un peu trop lisse à mon goût…

The too-clever fox

Koja, renard de son état, n’est pas beau, mais il a pour lui sa grande intelligence et sa ruse, deux atouts qui vont lui permettre de se sortir de situations dangereuses. Un jour, sa route va croiser celle d’un chasseur et de sa très jolie sœur…

Adorant les récits où la parole est donnée aux animaux, j’ai dévoré cette histoire d’autant que l’auteure a su exploiter l’image classique que l’on peut avoir du renard dans la littérature, à savoir un animal rusé ayant du bagout. Si vous n’en avez pas cette image, filez alors vite lire le Roman de Renart ou la célèbre fable de La fontaine, Le corbeau et le renard. Koja joue de son intelligence pour se sortir de situations tendues ou transformer un prédateur en ami. Au fil des pages, on s’attache donc à ce renard qui a l’art et la manière de survivre malgré les obstacles qu’il rencontre. On le voit toutefois, petit à petit, prendre un peu trop confiance en lui au point de se transformer en fanfaron. Son excès de confiance lui sera malheureusement préjudiciable quand il rencontrera un ennemi dont la fourberie dépassera de loin son intelligence. Le lecteur sent poindre le danger, l’ambiance se faisant de plus en plus pesante. Il ne peut donc que ressentir une certaine angoisse devant un Koja presque hypnotisé par sa nouvelle et charmante amie alors qu’une menace se profile. On tremble pour lui et on croise très fort les doigts pour que sa célèbre intelligence lui permette une nouvelle fois de survivre. Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que j’ai adoré le retournement de situation même si je l’avais deviné ayant vu l’illustration finale du conte qui l’explicite clairement.

The witch of Duva

Nadya vit avec son père qui finira par prendre une deuxième femme, Karina, après la mort de sa femme. La jeune fille en est certaine, Karina, loin d’être une femme aimante, est une sorcière qui a envoûté son père et qui est prête à tout pour se débarrasser d’elle. Sinon, comment expliquer son comportement odieux envers elle et la manière dont elle met sa vie en danger en lui demandant d’aller dans la forêt alors que ne cessent de disparaître des filles du village ? C’est décidé, Nadya doit faire quelque chose pour sauver son père de ce monstre et retrouver sa vie d’avant !

L’auteure revisite de manière originale le conte d’Hansel et Gretel en lui insufflant quelques notes du mythe de Baba Yaga.  Page après page, elle s’évertue à créer une ambiance angoissante avec cette impression de danger qui rôde et qui peut frapper à tout instant, que ce soit dans la forêt ou dans le propre foyer de l’héroïne. Comme elle, on en vient à être en permanence sur le qui-vive guettant les actions de Karina afin d’y déceler des signes de sorcellerie ou des preuves qui la lieraient d’une manière ou d’une autre à toutes les disparitions. Et ce n’est pas le départ de Nadya et son séjour chez une sorcière qui vont faire cesser notre angoisse. Méchante sorcière qui aide la jeune fille avant de la dévorer ou gentille sorcière qui veut simplement l’aider ? Une question qui ne pourra que vous tarauder.

En plus d’une ambiance angoissante, voire étouffante, ce qui fait la richesse de cette histoire est sa fin qui m’a laissée complètement pantoise. C’est le genre de final, digne d’un bon scénario de film d’horreur, dont on se souvient longtemps. Il y a un côté gore et tellement dérangeant, car très imagé, que j’ai relu deux fois les dernières pages pour être certaine d’avoir tout compris. Et pas de doute, l’esprit de Leigh Bardugo est tortueux !

En conclusion, l’auteure nous offre six histoires envoûtantes qui sentent bon les contes d’antan et qui vous feront passer de délicieux moments de frissons et d’angoisse. Si vous aimez les Frères Grimm et tous ces autres conteurs qui ont donné leur lettre de noblesse à ce genre, The Language of Thorns est un livre qui devrait vous ravir. J’espère maintenant qu’une maison d’édition décidera de nous en offrir une version française et qu’avec un peu de chance, elle conservera le format hardback qui sied à merveille à ce genre de recueil.

Découvrez l’avis du Tanuki.

 

Un malade dangereux : Nick Carter 9

Je remercie la maison d’édition De Varly pour m’avoir permis de découvrir Un malade dangereux et accessoirement, le détective Nick Carter, personnage créé par John R. Coryell puis repris par d’autres auteurs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Les aventures du grand détective Nick Carter ont été édités il y a un siècle aux États-Unis puis traduites plus tard en français. C’est plus d’un millier d’histoires de Nick Carter qui ont été ainsi écrites. Les éditions De Varly vous présentent la réédition à l’identique des versions françaises parues à partir de 1907.

  • Broché: 62 pages
  • Editeur : De Varly (1 novembre 2017)
  • Prix : 12€

AVIS

Nick Carter reçoit une mystérieuse enveloppe non oblitérée, mais contenant la copie d’une annonce qu’il avait déjà eu l’occasion de lire dans le journal. Cette dernière, une offre d’emploi pour un poste d’infirmier à domicile, avait attiré son attention par son incongruité, les termes employés étant plus prompts à faire fuir les candidats qu’à les attirer comme des mouches sur un pot de miel. Convaincu qu’il ne peut s’agir d’un hasard, il décide de mener l’enquête…

Aimant beaucoup Sherlock Holmes, j’ai tout de suite été attirée par l’idée de découvrir un autre détective privé même si je vous le dis d’emblée celui-ci n’a rien à voir avec notre Sherlock. Et c’est un point qui m’a quelque peu freinée pendant les premières pages de ma lecture. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec le détective de Sir Arthur Conan Doyle. Et au regard de ce dernier, Nick Carter fait clairement pâle figure ou, devrais-je plutôt dire, ne joue pas dans le même registre.

A la place de la froideur apparente de Sherlock, nous découvrons ici un détective assez sympathique qui a un certain humour et qui paraît très accessible. S’il a un certain flair dû notamment à son expérience de détective, il est loin d’être un prodige de l’analyse et de la déduction. Conséquence directe et plutôt positive, une certaine connivence s’établit entre celui-ci et les lecteurs. J’ai, en outre, apprécié ses relations avec les membres de son équipe dont son cousin, Chick, et sa cousine, Ida. Il n’hésite pas à s’appuyer sur ces derniers pour mettre en œuvre son plan. On n’a aucunement le sentiment qu’ils servent de faire-valoir au détective, mais qu’ils sont bien partie prenante de l’aventure. Le livre fait une soixantaine de pages, l’auteur n’a donc pas eu le temps d’approfondir la personnalité de chaque personnage, mais dans ce genre d’histoire où l’action prévaut, ce n’est en aucun cas gênant. Et puis, cela ne m’a pas empêchée de quand même les apprécier avec une petite préférence pour Ida et sa capacité d’adaptation.

En ce qui concerne l’enquête, je dois avouer que j’ai eu du mal à tout de suite m’y intéresser. Cette histoire d’enveloppe avec la copie d’une annonce n’a pas suscité en moi beaucoup d’intérêt au point que je n’ai absolument pas partagé l’engouement du détective pour ce « mystère ». Une indifférence qui ne m’a pas permis de m’enthousiasmer à la décision de Nick Carter de se rendre à l’adresse de l’annonce pour se faire embaucher en qualité d’infirmier peu payé et exploité. Néanmoins, au fil de l’intrigue, j’ai commencé à me prendre d’intérêt pour les événements peu orthodoxes qui se déroulent dans cette maison : un malade fou qui ne semble pas vraiment l’être,  un médecin alcoolique qui aime manier la bouteille de whisky pour son propre plaisir et la seringue pour le déplaisir de son « patient », deux domestiques peu avenants et peu loquaces, un avocat que connaît le détective et qui semble plus avoir sa place derrière les barreaux qu’au barreau, une femme dont la présence furtive lui donne plus l’air d’un fantôme que d’une maîtresse de maison…

Cet enchevêtrement de faits suspicieux finit indubitablement par réveiller l’intérêt du lecteur. On se surprend à vouloir en savoir plus et à suivre avec plaisir notre détective dans son jeu de péquenot un peu niais et serviable à l’excès, censé le faire passer pour un être sans intérêt et peu dangereux. Si nous saluerons son jeu d’acteur presque digne d’une récompense hollywoodienne, il n’aura hélas pas suffi à convaincre l’avocat véreux à l’œil aiguisé. Celui-ci n’aura alors qu’une envie, se débarrasser du détective ad vitam æternam.

En danger de mort, il sera cependant quasi impossible de mourir d’angoisse pour Nick qui, à aucun moment, ne m’a paru vraiment être dans une situation inextricable. Il faut dire que le docteur supposé le tuer ferait plus pitié que peur. Réduit à l’état de marionnette alcoolique, il semble aussi dangereux qu’une gazelle sur le terrain de chasse d’une lionne, ou d’un détective, c’est selon. Est-ce dérangeant ? Oui, si vous êtes en quête d’une histoire haletante et palpitante. Non, si comme moi, vous profitez du manque de tension pour savourer cette nouvelle qui porte plus à sourire qu’à frémir. En effet, je ne sais pas si c’est une constante dans les aventures du détective ou non, mais j’ai trouvé Un malade dangereux non dénué d’humour voire de grotesque. Une certaine scène impliquant une personne taquine (je vous laisse deviner qui), un docteur au teint rougeaud (on se demande pourquoi) et des clous (placés au bon endroit au bon moment) en est un parfait exemple.

Il y a également un côté théâtral auquel je ne m’étais nullement préparée et qui m’a agréablement surprise. Que cet effet comique et théâtral soit recherché ou non par l’auteur, je n’ai pas boudé mon plaisir. Je vous citerai pour illustrer mes propos ceux de la fille du malade. Ils sont tellement exagérés, même dans le contexte, qu’ils auraient toute leur place au théâtre : « Parti ! Il est reparti ! dit-elle en gémissant. Si seulement il était resté assez longtemps pour me permettre de lui parler ! Il peut ne pas être l’homme supérieur que j’attendais, mais il me semblait si courageux et bon. Il me serait sûrement venu en aide ; et le voilà déjà disparu ! Avec lui je perds mon dernier espoir. » Sur cet interlude, vous avez le droit de sortir vos mouchoirs ! Et d’accompagner la sortie de scène : « Avec des sanglots mal dissimulés la malheureuse se hâta de regagner sa chambre le plus silencieusement que cela lui fut possible…« .

Un autre passage m’a paru particulièrement savoureux : il s’agit d’une scène où le « bon docteur » explique avec sérieux qu’il ne boit pas d’alcool, car c’est un vice, mais que par contre, il est tout à fait légitime de se servir un whisky de qualité, boisson qui aurait, c’est bien connu, des vertus médicinales. Cette dénonciation d’un comportement hypocrite m’a fait un peu penser à la fameuse scène dans le Tartuffe de Molière que nous résumerons par « Couvrez ce sein, que je ne saurais voir ».

Enfin, j’ai commencé par cette neuvième aventure puisque c’était celle proposée par la maison d’édition, et j’ai pu suivre l’histoire sans aucun problème d’autant que des rappels sur les liens entre le détective et les membres de son équipe sont effectués. Cependant, je ne peux m’empêcher de penser que j’aurais encore plus apprécié cette nouvelle si j’avais suivi l’aventure depuis le début. Si vous en avez l’occasion, je vous conseillerais donc plutôt de vous tourner vers la première aventure de Nick Carter.

Pour conclure, Un malade dangereux est une histoire dans laquelle j’ai eu du mal à m’impliquer, mais qui a su, au fil des pages, susciter mon intérêt. Si l’intrigue n’a pas cette part de mystère et de suspense que j’attends en général d’une enquête, elle possède d’autres atouts qui la rendent plaisante à lire. Je retrouverai donc avec plaisir Nick Carter dans ses très nombreuses aventures. Mon petit doigt me dit en effet que ce détective, qui semble apprécier l’action, doit se mettre dans des situations peu confortables pour lui, mais intéressantes pour nous.

Envie de craquer pour Un malade dangereux ?