Chimères de verre, Grâce Minlibé

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Quand Grâce Minlibé m’a proposé de lire son livre de poésie, Chimères de verre publié chez Edilivre, je n’ai pas trop hésité d’autant que c’est un genre littéraire que j’essaie de découvrir. Je remercie donc l’auteure pour sa proposition.

Dès l’ebook reçu, j’ai parcouru quelques poèmes avant de laisser le recueil de côté pour m’y plonger à tête reposée.

PRÉSENTATION

« La première vertu de la poésie aussi bien pour le poète que pour le lecteur, est la révélation de l’être. » L’auteure se révèle donc, fait parler ses chimères si fragiles au point de se briser.

Passion, Désillusion, Trahison, Vice, Cupidité, Solitude, Exil, Immigration, l’auteure exploite chacun de ces thèmes avec la candeur de l’adolescence et fait de Chimères de verre, un véritable journal intime partagé.

  • Nombre de pages : 82
  • Date de publication : 10 décembre 2014
  • Ebook : 1,99€
  • Autre format : broché (12€)

L’AUTEURE (infos du site Edilivre)

Née à Bingerville en Côte d’Ivoire, Grâce Minlibé est passionnée de lecture depuis sa tendre enfance. À l’adolescence, elle s‘essaie à l’écriture. En découvrant les vertus de la poésie, elle décide d’utiliser ce genre littéraire aux formes variées comme courroie de transmission pour exprimer ses maux et ses espérances.

Chimères de verre est le premier recueil de poèmes de l’auteure.

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AVIS

Des poèmes qui se lisent à plusieurs niveaux mais toujours d’une grande sensibilité…

Quand je lis un recueil de poésie, je réalise toujours une première lecture suivant scrupuleusement l’ordre établi par l’auteur puis, je m’en remets au hasard ou à mon humeur du moment pour picorer un poème par-ci, un poème par-là.

Le cerveau humain a cette horreur du vide et son corollaire, ce besoin de réponses qui font que, presque miraculeusement, cette lecture anarchique est souvent porteuse de sens. On découvre un sens caché derrière les mots ou l’on s’aperçoit d’une profondeur dans l’enchaînement des vers qu’une lecture plus superficielle ne nous avait pas permis de saisir…

Les poèmes de Grâce Minlibé en sont un parfait exemple. D’un abord très simple, ils offrent un agréable moment de lecture d’autant que la plume de l’auteure se révèle fluide et plaisante. Puis, si l’on prend le temps de relire attentivement les poèmes, on découvre toute la sensibilité et la profondeur qui s’en détachent.

Au final, en fonction de son vécu, de sa personnalité et du moment où l’on parcourt l’ouvrage, chacun ressentira ces poèmes différemment, mais la plupart du temps, avec une certaine intensité émotionnelle. En effet, à la lecture de ses vers, on se rend compte que la poétesse se met à nu pour nous confier, comme elle le ferait au creux de l’oreille d’une confidente ou en couchant ses pensées sur un journal intime, tous ses maux en mots. On devine ainsi une femme sensible, à fleur de peau… En d’autres termes, une femme touchante.

Des sujets sensibles qui peuvent concerner tout le monde…

Comme le mentionne la présentation, les sujets abordés dans le recueil sont variés : les déceptions sentimentales, la fin d’une relation, une certaine nostalgie du passé, le racisme, la trahison, la manipulation, la luxure, l’avortement …

Chacun devrait y retrouver une ou plusieurs situations vécues, directement ou indirectement, ce qui suscite inexorablement un florilège d’émotions et de pensées. Ainsi, certains poèmes m’ont émue, ont réveillé des souvenirs alors que d’autres m’ont fait réfléchir voire, plus rarement, m’ont agacée.

En partageant sans voilage ni faux-semblants ses émotions, Grâce (le sentiment de proximité suscité par ses poèmes donne envie de faire sauter la barrière du nom) crée une certaine connivence avec le lecteur. Et alors, comme avec un proche, on a parfois envie de la consoler et de l’écouter sans rien dire conscient que seule une oreille attentive pourrait apaiser ses peines et puis parfois, on a envie de la « secouer » pour la faire réagir et lui prouver que tout va s’arranger.

A noter que les sujets abordés dans le livre ne sont pas particulièrement joyeux mais, leur dureté est, dans une certaine mesure, adoucie par la plume de l’auteure. Les vers sont fluides et s’enchaînent naturellement comme s’ils coulaient de source. Le vocabulaire employé est en outre recherché ce qui est pour moi un gros point positif ; comme avec Amélie Nothomb, il m’a fallu sortir deux ou trois fois mon dictionnaire.

Deux petits points …

Dans cette lecture, seuls deux points m’ont un peu gênée dont un qui m’est personnel.

Le premier est l’absence de présentation de l’auteure et des circonstances de l’écriture de ces poèmes dans la version numérique du livre. Avec un roman, cela ne gêne pas mais l’intimité qui se dégage des poèmes me semble requérir d’en apprendre un peu sur leur auteure. Heureusement, vous trouverez quelques informations sur le site d’Edilivre et sur la version papier. Et puis l’auteure précise que cela est une démarche volontaire :

« J’ai vraiment voulu garder l’esprit du 1er carnet où j’écrivais mes poèmes. Dans ce carnet je ne me présentais pas et n’évoquais pas le pourquoi de ces poèmes. Je ne faisais qu’écrire. « 

Enfin, l’amour, notamment durant l’adolescence de l’auteure, est un thème assez présent dans l’ouvrage. Or, c’est un thème qui ne me parle pas outre mesure. Je vous rassure, je ne suis pas insensible mais je n’ai jamais partagé les émois de mes camarades adolescentes et adolescents ni même de mes amis adultes. En la matière, je vise la simplicité et j’ai toujours évité les situations sentimentales inextricables ; être de nature plutôt solitaire étant un atout dans ce cas précis.

Par contre, j’ai trouvé les émotions décrites criantes de vérité au point de revivre certaines soirées à essayer de réconforter des amies, plus rarement des amis, sur un amour déçu, perdu ou compliqué. Si vous-mêmes avez vécu ce genre de situation, je pense vraiment que vous serez touchés par les écrits de Grâce Minlibé.

NOTE : 4/5

En conclusion, je conseille Chimères de verre à tous les amateurs ou non, de textes poétiques et de jolis mots. Parce qu’ils sont le reflet de l’expérience de vie d’une personne, ces poèmes devraient vous toucher, vous émouvoir, vous faire réfléchir, vous agacer… mais jamais vous laisser de marbre.

Vous verrez que la force des poèmes de Grâce Minlibé, c’est que pour les apprécier à leur juste valeur, il ne suffit pas de les lire, il faut également les vivre.

NB : l’auteure possède une page Facebook ainsi qu’un blog que je vous conseille de consulter si vous désirez en apprendre plus sur cette dernière. N’hésitez pas à la contacter pour lui poser des questions, c’est une personne très accessible avec laquelle il est agréable d’échanger.

 

 

Sansonnets, un cygne à l’envers : Cent sonnets insignes allant vers…., Pierre Thiry

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J’ai découvert Sansonnets, un cygne à l’envers sur Facebook. Son auteur, Pierre Thiry, proposait aux blogueurs intéressés de leur envoyer un exemplaire de son ouvrage en échange d’une chronique.

Connaissant peu la poésie, j’ai d’abord préféré ne pas tenter l’aventure avant de changer d’avis et de contacter l’auteur. J’ai ainsi reçu quelques jours plus tard le livre que, mue par une certaine curiosité, j’ai commencé le jour même.

PRÉSENTATION

Ces cent sonnets ont été écrits un peu n’importe quand, lorsque j’avais du temps : à l’arrêt d’autobus, sur le quai de la gare SNCF, dans un train, sur une terrasse de café, dans une salle d’attente, sur un coin de table durant un repas ennuyeux, dans ma cuisine, dans mon bureau, dans un magasin de chaussures, en attendant mon tour à La Poste, en discutant avec ma coiffeuse, en attendant un dessert au restaurant, en marchant en forêt, en essayant une nouvelle chemise, en lisant un livre, en marchant sous la pluie, en savourant un concert, en rêvant au sourire chaleureux de la meilleure des amies, en écoutant converser les sansonnets au-dessus de l’étang des cygnes…

  • Broché: 126 pages
  • Editeur : Books on Demand (25 février 2015)
  • Prix : 7€

AVIS

De la poésie ou des jolis mots à la portée de tous… 

La poésie tend à m’intimider bien que plus jeune, je l’appréciais beaucoup. Ayant ce sentiment de ne pas maîtriser tous ses codes ou de ne pas savoir apprécier les beaux mots des poètes à leur juste valeur, j’ai depuis de nombreuses années tendance à ignorer ce genre. Cependant, Sansonnets un cygne à l’envers m’a, dès les toutes premières pages, fait oublier cette crainte.

Pierre Thiry a écrit ses sonnets n’importe quand au gré des occasions et, je le suppose, de son inspiration :  » à l’arrêt d’autobus, sur le quai de la gare SNCF, dans un train, sur une terrasse de café, dans une salle d’attente, sur un coin de table durant un repas ennuyeux… ». Cette manière de procéder m’a donné le sentiment d’une certaine « proximité » avec l’auteur puisque les situations évoquées dans les sonnets sont celles de la vie quotidienne. Cela permet d’ancrer dans la réalité des sonnets qui peuvent parfois donner le sentiment d’appartenir à un autre monde, celui des poètes.

Par sa manière d’aborder la poésie, bien que l’auteur ne considère pas forcément que ses sonnets soient des poèmes, Pierre Thiry rend accessible à tous son ouvrage et désacralise un genre presque apparenté au divin. Si je ne qualifierais pas le livre d’universel, nul doute qu’il pourra plaire à tous les amoureux des mots.

Une lecture guidée…

J’ai en outre beaucoup apprécié la manière dont l’écrivain a su guider le lecteur dans sa découverte de l’ouvrage que ce soit par le truchement des notes de bas de pages ou encore sa postface que j’ai d’ailleurs lue en premier afin de mieux appréhender ma lecture.

Mais ce que j’ai le plus aimé ce sont les titres des sonnets que j’ai trouvés extrêmement bien choisis et qui, plus d’une fois, m’ont faite sourire. Si j’ai d’abord lu une première fois l’ouvrage dans l’ordre, j’ai ensuite relu certains des sonnets en me basant uniquement sur les titres en fonction des émotions qu’ils éveillaient en moi.

Une ode au partage

On peut avoir la tentation de garder ce livre dans sa bibliothèque veillant jalousement sur cette pépite ou au contraire, décider de partager avec son entourage ces sonnets en ayant la quasi-certitude que certains résonneront chez l’Autre. C’est pour ma part cette dernière option que j’ai choisie en faisant de Sansonnets, un cygne à l’envers un livre voyageur.

Il va ainsi aller à la rencontre de mon père, grand lecteur mais peu coutumier de la poésie et de sa meilleure amie, elle-même écrivaine auto-éditée de poésie. A son retour, je proposerai ce livre sur le blog pour qu’il puisse découvrir d’autres lecteurs. Puis, à l’issue de ses différents voyages, il prendra un repos bien mérité dans ma bibliothèque.

Un livre à petit prix mais de grande qualité…

Je commente rarement le prix d’un livre la question restant somme toute sensible et très subjective. Néanmoins, je trouve que le prix de cet ouvrage (7€) est vraiment très correct si l’on considère la qualité du travail de l’auteur mais également du livre en lui-même. C’est un bel objet à avoir dans sa bibliothèque d’autant qu’il fait partie de ces ouvrages qui, comme un peu avec le vin, se bonifie au fil du temps et des relectures.

J’ai été ravie de découvrir ce livre et à travers celui-ci, « rencontrer » son auteur puisque la poésie a ce quelque chose d’intimiste qu’un roman ne possède pas forcément. Par ses sonnets, Pierre Thiry nous offre un peu de lui-même… L’expérience a été tellement concluante que je pense acheter un de ses deux romans voire son conte, ayant conservé mon âme d’enfant.

Évidemment, je n’ai pas apprécié tous les sonnets de la même manière certains m’ayant plus touchée, marquée ou amusée que d’autres. Néanmoins, il n’y en a aucun que je n’ai pas aimé ou pire, qui m’a indifférée.

L’AUTEUR

Pierre Thiry a publié deux romans: «Ramsès au pays des points-virgules» (2009) et «Le Mystère du pont Gustave-Flaubert» (2012), un recueil de sonnets: «Sansonnets, un cygne à l’envers» (2015), un conte pour enfants : «Isidore Tiperanole et les trois lapins de Montceau-les-Mines» (illustré par Myriam Saci).
Il travaille actuellement à l’écriture d’un nouveau roman.
Il a été administrateur de théâtre, vendeur de disques, programmateur de concerts. Il aime flâner chez les bouquinistes, jouer du violoncelle, écrire le soir à la lueur d’une chandelle. Il anime régulièrement des ateliers d’écriture.

Site officiel : http://charles-hockolmess.e-monsite.com/

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Photo du site Babelio

NOTE : 4,5/5

NB : il y a quelque chose de presque trivial à noter un livre d’une telle poésie. Alors plus qu’une note selon des critères littéraires, il est ici avant tout question d’une rencontre entre une lectrice et un auteur. 

CONCLUSION

En quelques mots ou plutôt en cent sonnets, Pierre Thiry vous offre une lecture plaisante, parfois drôle, empreinte de poésie. Par son détachement aux règles parfois rigides de la littérature et a fortiori de la poésie, l’auteur rend son ouvrage accessible à tous. Libre de tout carcan, le lecteur se laisse alors guider par les mots avec lesquels l’auteur se plaît à jouer. Je ne peux donc que conseiller ce livre à tous, des passionnés de jolis mots aux simples lecteurs avides de belles découvertes en passant par les lecteurs occasionnels que la littérature traditionnelle intimide.

Et puis qui sait, à la fin de votre lecture, vous aurez peut-être envie de laisser votre place de lecteur pour celle d’auteur. Mais chut, je m’arrête là, il vous faudra vous essayer au plaisir des mots de Pierre Thiry pour en savoir plus.

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Masse critique #1 : Kirkjubaejarklaustur suivi de The John Cage Experiences, Vincent Tholomé

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Kirkjubaejarklaustur suivi de The John Cage Experiences de Vincent Tholomé est un livre que j’ai reçu gratuitement dans le cadre d’une opération Masse critique lancée sur le site Babelio. Je remercie Babelio et la Fédération Wallonie-Bruxelles qui possède la collection Espace Nord dont est issu ce livre.

A la lecture du titre, je n’ai pu m’empêcher de me féliciter de ne pas avoir de blog vidéo, ou vlog pour les intimes. L’énonciation du titre m’aurait sûrement valu un petit moment de solitude.

Ce titre plutôt original, si ce n’est extravagant, est plutôt un bon indicateur du contenu du livre.

POURQUOI CE LIVRE

Lors d’une opération Masse critique, vous avez le droit de sélectionner un ou plusieurs livres qui vous feraient envie. J’ai bien sûr sélectionné quelques titres que j’achèterais sans doute en librairie mais j’en ai également profité pour sélectionner des livres dont le résumé m’a interpellée mais que je n’aurais pas forcément osé me procurer. Kirkjubaejarklaustur suivi de The John Cage Experiences fait incontestablement partie de cette dernière catégorie.

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PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans une Islande intemporelle en pleine déliquescence, à Kirkjubaejarklaustur, Sven, touriste lambda, est abandonné par ses amis sur la lande désolée. Son errance furieuse et ridicule l’amènera à croiser sur sa route une nuée d’oiseaux philosophes, un bastion d’autochtones aussi hilares qu’hostiles ou encore un duo d’esprits frappeurs amnésiques – derniers vestiges vivants d’un monde à la dérive.

The John Cage Experiences est une tentative formelle inédite qui propose d’appliquer la méthode de composition par le hasard théorisée par John Cage à un objet littéraire dont le célèbre musicien est le référent fictionnel principal. Ce livre est une rupture à la fois formelle et thématique dans le travail de Vincent Tholomé. Laissant petit à petit derrière lui ses recherches sur l’oralité, il entre dans une région de l’écriture contemporaine où se confrontent avec comique une forte exigence en termes de construction et une parfaite dérision thématique.

  • Poche: 224 pages
  • Editeur : ESPACE NORD (19 mai 2016)
  • Collection : Espace Nord
  • Prix : 10€

 

EXTRAIT GRATUIT

Si ce livre vous intéresse et/ou vous intrigue, je vous invite à en découvrir un extrait sur le site de l’éditeur.

AVIS

On a coutume de dire qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture mais je dois reconnaître que la couverture de l’ouvrage m’a beaucoup plu. Sobre tout en flattant l’œil, elle présente en outre des caractères en relief très agréables au toucher. Bref, l’aspect du livre m’a donné envie de me plonger rapidement dans sa lecture.

L’éditeur classe ce livre dans la catégorie poésie ce qui m’a au début un peu déroutée car sa typologie diffère nettement des poésies classiques. A vrai dire, ce livre ne ressemble à aucun autre qu’il m’ait été donné de lire.

Dès les premières secondes de lecture, j’ai été très perturbée par la présentation du texte : des mots ponctués par des points s’alignent tels que le feraient les lignes d’un livre classique à la nuance près qu’ici, pas de constructions grammaticales recherchées, pas de belles envolées lyriques, juste la juxtaposition de mots pour donner vie au récit.

« Il y a. Plus tard. Encore ceci. C’est même jour. Même route. Dans ferme. Elle est après Kirkjubaejarklaustur. Baraquements et station-service sont tout en bas. Ferme est en haut. Sur un plateau surplombant plaine. On y installe. Nous. Sacs à dormir. On les installe dans chambre. Pas un ne parle depuis que. Nous. On a déposé Sven. Nigaud de mes deux. Sur bord de route. Le laissant seul. Perdu perdu. Dans lande. Je me demande tout de même où il est. Dit. Soudain. Sven. Petit bonnet enfoncé loin sur les yeux. À conducteur Sven. »

Est-ce que ce choix de l’auteur permet de classifier son ouvrage dans la catégorie « poésie » ? Je dois reconnaître ne pas vraiment avoir de réponse. La poésie est un genre littéraire que je connais très peu si ce n’est pas du tout si l’on met de côté les classiques poèmes comme « Mignonne, allons voir si la rose » (Pierre de Ronsard) que l’Éducation Nationale française s’est évertuée à nous imprimer dans la tête.

Privée de repères, j’ai donc eu du mal à aborder la lecture à tel point qu’au bout d’une vingtaine de pages, je me suis résolue à lire la postface dans l’espoir d’y recueillir quelques éléments d’informations afin de guider voire faciliter ma lecture. Ce fut en effet le cas, la postface permet vraiment de mieux comprendre la démarche de Vincent Tholomé mais également d’en apprendre plus sur, par exemple, les techniques d’écriture.

Si vous n’êtes pas totalement réfractaire à cette idée, je ne peux donc que vous conseiller de commencer le livre par la postface ou au moins, d’aller la consulter si la lecture de Kirkjubaejarklaustur suivi de The John Cage Experiences vous déconcerte tellement que vous êtes prêts à déclarer forfait.

Parcourir le livre a été difficile dans le sens où il sort tellement des sentiers battus que cela m’a demandé un vrai « travail » de lecture. L’absence de phrase avec une construction grammaticale classique ne permet pas de mettre en place les mécanismes automatiques qui permettent de lire rapidement un texte en le « scannant ». Il faut prendre le temps de lire chaque mot ou groupe de mots avec attention ce qui demande un effort plus important et prend également plus de temps que pour une lecture classique.

Ce ralentissement de mon rythme de lecture habituel m’a au final plutôt plu car il m’a permis de me recentrer sur les mots, leur sens, leur musicalité, et la manière dont leur juxtaposition brute, sans interférence de mots parasites, peut tout autant avoir d’impact qu’une phrase bien tournée. Et rien que pour ça, je suis contente d’avoir lu ce livre.

Enfin, je ne peux pas dire que ce livre est un coup de cœur car sa plus grande force, son originalité dans sa composition, demeure pour moi son plus grand défaut. Peu coutumière de la poésie et encore moins d’une forme aussi originale, je suis restée trop attachée à la forme pour en apprécier pleinement le fond. Une fois la dernière page tournée, j’étais bel et bien incapable de pouvoir formuler un résumé clair du livre ce qui ne m’est encore jamais vraiment arrivé.

Si je répugne à lire plusieurs fois le même livre, sauf à de rares exceptions près et à plusieurs années d’intervalle, ce livre a tellement perturbé mes habitudes de lecture que je pense le relire d’ici quelques mois avec, sûrement, le secret espoir d’en capturer un peu mieux l’essence.

L’AUTEUR (propos recueillis sur le site de l’éditeur)

Né en 1965, Vincent Tholomé se présente souvent comme auteur performeur. En tant qu’auteur, on lui doit une quinzaine de livres mêlant poésie et fiction, langues orales et art ancien de la «racontouze». Depuis le milieu des années 90, il publie régulièrement en revue ainsi que sur le net. Comme performeur, on a pu le voir, en solo, duos, etc. un peu partout dans le monde (France, Belgique, Hongrie, Allemagne, Québec ou encore USA). En 2011, The John Cage Experiences a reçu le Prix triennal de poésie de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

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Pour conclure, je suis sortie de ma lecture frustrée car je ne pense pas avoir su saisir tout le contenu du livre ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier la qualité du travail de Vincent Tholomé. Si vous désirez une lecture qui vous permet de vous libérer des carcans habituels de la littérature classique, ce livre devrait vous plaire, l’auteur vous offrant une expérience littéraire inédite.

En quelques mots, Kirkjubaejarklaustur  suivi de The John Cage Experiences est sans aucun doute un ovni littéraire à mettre entre les mains des plus curieux.

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