Moi, Ligia, Sirène de Sylvie Baussier

Couverture Moi, Ligia sirène

Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Scrineo (20 août 2020) – 10,90€

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman jeunesse qui prend le parti original d’aborder la mythologie grecque à travers le point de vue d’un méchant, une sirène. Une sirène qui ne colle pas à la version imaginée par Hans Christian Anderson, mais qui s’inscrit plutôt dans la pure tradition grecque, celle d’une femme-oiseau qui se repaît de la chair des marins.

De fil en aiguille, on découvre donc l’histoire de Ligia et de Leucosia, deux jeunes filles transformées en femmes-oiseaux par Déméter. Leur crime : n’avoir pas su empêcher la disparition de Coré, la fille de la déesse, et de ne pas avoir su la retrouver. Les voilà ainsi condamnées à attendre que des marins imprudents s’approchent de leur rocher afin de leur servir de repas. Les lecteurs ne pourront s’empêcher de s’offusquer devant l’injustice de la situation, les deux sœurs n’ayant rien fait de mal !

Devenues monstres malgré elles, elles survivent, alternant entre sensations tenaces de faim et culpabilité, une fois leur ventre tendu et repu. Parce qu’elles n’ont pas choisi d’être des monstres et qu’elles ne le sont pas vraiment, ces deux sœurs m’ont beaucoup touchée, et plus particulièrement Ligia, dont on sent le poids des regrets, de la nostalgie et du dégout de soi. Attirer, envoûter, tuer et mâcher… tout autant d’activités qui lui répugnent, mais qu’elle est condamnée à effectuer encore et encore pour survivre.

Malgré la situation et la manière dont Leucosia peut parfois provoquer Ligia, les deux sœurs peuvent heureusement compter l’une sur l’autre, une condition sine qua non pour ne pas sombrer. Et puis, ce n’est qu’en combinant leur chant qu’elles arrivent à harponner et transporter leurs proies…. Du moins, jusqu’à ce qu’une rencontre ne scelle leur destin à jamais !

Le gros point fort de ce roman est la manière dont l’autrice arrive à faire ressentir une profonde empathie pour des « méchantes » qui nous apparaissent ici bien plus victimes que bourreaux. Alors bien sûr, elles tuent des humains, mais ce n’est pas par plaisir ni cruauté, juste par nécessité, sans oublier que ces meurtres ne sont pas sans conséquence sur leur équilibre psychique. Doucement, on sent d’ailleurs Ligia glisser vers un état qui n’appelle pas de retour…

Au-delà du point de vue original de cette histoire et du sort de ces deux sœurs condamnées à une vie de solitude, d’attente et de souffrance, j’ai apprécié l’accessibilité de ce roman qui met la mythologie grecque à la portée des enfants : rappels succincts et illustrés des personnages mythologiques apparaissant au cours de l’histoire, plume fluide, chapitres courts, texte aéré, un point sur le mythe des sirènes intéressant, un cahier de jeux… Tout est mis en place pour faciliter l’expérience de lecture des jeunes lecteurs, et leur permettre de son plonger sans réserve dans l’histoire de Ligia et de sa sœur.

En conclusion, avec Moi, Ligia, Sirène, l’autrice offre aux enfants une porte d’entrée intéressante sur la mythologie grecque à travers non pas le point de vue d’un héros de légende, mais celui d’un monstre qui n’en est peut-être pas vraiment un. Touchant, accessible et captivant, voici un court roman jeunesse qui devrait plaire aux enfants, mais aussi aux adultes appréciant la mythologie et les textes emplis de sensibilité.

Mini-chroniques en pagaille #33

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les Souffrances du jeune Werther de Goethe (écouté en livre audio)

Couverture Les souffrances du jeune WertherLes Souffrances du jeune Werther est un roman dont j’avais eu l’occasion de lire un extrait dans le cadre de mon bac blanc de français qui commence sérieusement à dater. Et j’en garde la même impression : un livre dont l’intérêt réside bien plus dans la manière dont sont exprimés et exacerbés les sentiments que dans l’intrigue en elle-même.

On suit les sentiments profonds et les réflexions d’un jeune homme tellement ancré dans ses émotions et son moi intérieur qu’il en vient à s’enfermer dans une bulle qui nous apparaît parfois bien différente de la réalité… S’il part de faits concrets, il a une légère tendance à les extrapoler et en tirer ses propres conclusions, toujours très passionnées au demeurant !

Le retournement de situation, bien qu’inéluctable, m’a beaucoup touchée. Car si on a parfois envie de dire au jeune Werther de vivre au lieu de penser et décortiquer chaque bribe de sa vie et de celle de Charlotte, la femme objet de ses passions, il n’en demeure pas moins un homme d’une sensibilité à fleur de peau qui émeut. Le roman ne plaira pas à tout le monde, surtout si les atermoiements et les tourments de l’âme humaine vous rebutent, mais c’est un parfait exemple du romantisme que j’aurais envie de qualifier de triste et de beau à la fois. Au-delà de l’amour courtois magnifié et parfois idéalisé, le roman présente également quelques réflexions intéressantes sur l’éducation et l’humanité.

  • Martin et la Divine Chipie de François Vincent (Didier jeunesse)

Couverture Martin et la divine chipie

Le jeune Martin décide un jour de quitter Gondenans-les-Moulins pour Paris avec l’espoir de faire fortune, de mener la grande vie et de goûter aux joies et futilités de la vie parisienne, nonobstant les dangers et les mises en garde de ses parents. Sa décision est prise et rien ne l’en dissuadera ! D’ailleurs, la chance semble lui sourire : après une rencontre sympathique, le voilà doté de trois objets magiques qui vont vite lui révéler leur utilité, et conférer au roman, un joli air de conte d’antan.

Mais une fois arrivé à Paris, le jeune Martin va découvrir les joies, non pas des cafés parisiens, du moins pas que. Il va faire face à la duplicité, à la méchanceté, à la convoitise et à la manipulation. Des choses d’autant plus déroutantes qu’elles arrivent par l’entremise de la Divine Demoiselle, jeune femme riche à la beauté reconnue. Une femme qui n’hésite pas à jouer de ses atouts pour obtenir ce qu’elle veut.

En début d’ouvrage, Martin n’attire guère la sympathie puisqu’il nous apparaît assez ingrat, peu reconnaissant et comme notre Demoiselle, quelque peu cupide. Et puis, il se révèle parfois exaspérant par sa manie de se laisser duper encore et encore. Mais de fil en aiguille, le naïf des débuts laisse place à un jeune homme un peu plus réfléchi et moins obnubilé par la réussite. On appréciera, en plus du jeu sur les apparences, la belle leçon de vie que notre protagoniste va apprendre. Et si finalement, le véritable bonheur ne passait pas par la gloire et la richesse ?

Les amateurs de contes et de romans de chevalerie devraient également apprécier les références disséminées tout au long du roman. Les illustrations en couleurs apportent, quant à elles, beaucoup de charme à l’aventure, tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs.

En bref, Martin et la Divine Chipie est un conte plein d’humour et d’intelligence qui séduira petits et grands lecteurs.

  • Ève d’Anne Langlois (application Rocambole)

Ayant souscrit il y a quelques semaines à l’application Rocambole, j’ai enfin pris le temps de lire ma première série : Ève. Je ne suis pas croyante, mais j’avoue que le résumé m’a bien intriguée et que j’étais curieuse de découvrir l’une des histoires les plus connues au monde à travers le point de vue d’Ève. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’expérience fut concluante et des plus amusantes !

En 11 chapitres et moins d’une heure de lecture, l’autrice nous offre une petite pépite féministe qui, sous couvert d’humour, aborde des thématiques importantes allant de la charge mentale des femmes aux stéréotypes liés au sexe. C’est drôle, grinçant, voire parfois mordant, mais c’est surtout plein d’intelligence, de bons sens et de pertinence.

Dans cette histoire, Adam en prend clairement pour son grade : niais au possible, peureux, complètement à côté de la plaque, incapable de se débrouiller sans Eve qui joue le rôle de nounou, de maman et d’épouse… L’image pourrait paraître caricaturale, elle l’est d’ailleurs parfois. Mais derrière les comportements d’Adam et ses arguments à la mords-moi le nœud, on retrouve tout un pan de notre culture. Un pan qui porte aux nues la « masculinité des hommes  » tout en n’oubliant pas de louer la dextérité des femmes pour les travaux ménagers et la capacité à tout mener de front (sans se plaindre, c’est encore mieux). Après tout, c’est bien connu, on naît toutes avec des aiguilles dans les mains pour repriser plus vite que notre ombre les chaussettes ou, dans le cas d’Adam, les slips.

Heureusement que notre Ève, en plus d’avoir du caractère, peut compter sur le soutien de ses copines auxquelles on s’attache d’ailleurs fort vite. Chacune issue d’une espèce différente, elles lui apportent un peu de cette solidarité féminine indispensable dans un monde créé par et pour les hommes… Si Adam m’a donné des envies de meurtre, j’ai également beaucoup ri, notamment grâce aux remarques sarcastiques d’Ève et sa capacité à prendre du recul face à un compagnon imposé pour le meilleur, et surtout pour le pire.

La fin m’a paru un peu abrupte, mais elle laisse la porte ouverte à d’éventuelles nouvelles aventures… Dans tous les cas, Ève est une série pleine d’humour que je ne peux que vous recommander, a fortiori si la condition de la femme est une thématique qui vous intéresse.

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
En avez-vous déjà entendu parler ?

Nos premières élections en classe, Marie Colot et Florence Weiser (illustrations)

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Dans la classe de mademoiselle Coline, on se prépare à élire un ou une déléguée. Affiches électorales, tracts, campagne, tout est là pour faire de belles élections. Mais dès les premiers débats, les choses s’enveniment…

Tout est parti d’une remarque malheureuse de Jorge qui a prétendu que les filles ne pouvaient pas être présidentes. Madame Coline a trouvé l’occasion idéale pour rappeler ce qu’est un stéréotype et en a profité pour organiser des élections dans sa classe. Ce qui partait d’une bonne intention va très vite tourner au désastre : les tensions entre les filles et les garçons vont se généraliser au point que les débats organisés relèveront plus de la mesquinerie que de l’échange d’idée. Madame Coline est déçue… Elvis aussi. Il préférait sa classe quand les élèves s’entendaient tous bien et ne voulaient pas tous être au pouvoir. Mais il a peut-être une super idée pour tout arranger

Alice (04 février 2021) – 80 pages – 12€

AVIS

Découverte grâce à un autre roman de la maison d’édition, Je ne sais pas, Marie Colot est une autrice que j’apprécie beaucoup et dont je prends plaisir à découvrir au fur et à mesure sa bibliographie. Elle nous propose ici de nous intéresser à la démocratie et à la politique à travers un roman jeunesse plein d’humour, d’intelligence et de pertinence.

Comment diviser rapidement un groupe uni et soudé ? Parler politique évidemment ! Une réalité que la classe de mademoiselle Coline va découvrir à ses dépens. Tout partait pourtant d’une bonne intention : donner aux enfants le pouvoir de parler en leur nom en organisant une élection pour élire un(e) délégué(e). Un bon moyen également pour mademoiselle Coline de déconstruire le stéréotype révoltant selon lequel les femmes ne sont pas capables d’accéder au pouvoir et de diriger.

Sa proposition d’organiser des élections emporte un franc et tonitruant succès, les enfants étant ravis à l’idée de toutes ces choses qu’ils vont pouvoir changer, non révolutionner : des chansons et pas de leçons, des toboggans à la place des escaliers… Des souhaits certes sympathiques, mais qui ne résisteront pas à l’épreuve de la réalité. C’est ainsi que les enfants vont apprendre l’une des premières règles de la politique : proposer des choses réalistes et réalisables !

De fil en aiguille, ils découvrent également les dessous d’une campagne électorale : l’élaboration d’un programme, la recherche de soutiens, la communication, les débats et le temps de parole… Il est d’ailleurs amusant de voir à travers les stratégies de chacun, les idées qu’ils se font de la politique et des politiciens. À cet égard, Ali et sa folie des grandeurs très américaine m’a beaucoup amusée, d’autant que l’un des points de son programme met en lumière l’absurdité de la réalité de laquelle il s’est inspiré.

Cette première expérience concrète de la politique se heurte néanmoins rapidement aux dissensions et aux disputes. Chacun défend âprement et véhémentement ses idées, poussant le débat politique sur un terrain bien plus personnel et fort peu amical. Une évolution qui ne sera pas sans rappeler la réalité de la politique entre adultes. Mais c’était sans compter sur Elvis bien décidé à ne pas laisser sa classe s’entredéchirer et, accessoirement, à retrouver son amoureuse qui s’est éloignée de lui depuis que ces élections sont devenues hors de contrôle. Et si la solution à toutes ces disputes, c’était la coopération ? Avec beaucoup de courage, de débrouillardise et avec un peu d’aide, notamment d’un chauffeur d’autobus fort sympathique, Elvis va se lancer dans une campagne bien différente de celles des débuts, et découvrir l’un des fondements de la démocratie.

En plus de la thématique de ce roman plutôt originale pour un roman jeunesse, et de la subtilité avec laquelle l’autrice aborde la question des stéréotypes, j’ai adoré le ton plein d’humour, qui passe autant par les expressions tarabiscotées de mademoiselle Coline que la tendance de certains élèves à prendre chaque expression au pied de la lettre. Cela permet d’alléger l’atmosphère parfois tendue, de s’amuser de la richesse du français et de ses pièges, et de faire sourire les lecteurs. La présence de la chienne de mademoiselle Coline durant les cours apporte également un charme indéniable à l’histoire, même si j’aurais adoré qu’elle soit encore plus présente.

J’ai retrouvé avec plaisir le très efficace duo Marie Colot/ Florence Weiser, découvert dans le très touchant Croquettes & Cie. Les illustrations colorées de Florence Weiser, à la douceur très enfantine, complètent à merveille l’histoire tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs. Ceux ayant déjà lu des romans de la série Le jour des premières fois devraient, en outre, être ravis de revoir mademoiselle Coline et ses élèves pour lesquels, je n’en doute pas, ils ont dû développer un certain attachement. Mais rassurez-vous, pas besoin d’être familier de la série pour se laisser séduire et prendre au jeu de Nos premières élections en classe.

En conclusion, avec beaucoup d’intelligence et d’humour, Marie Colot permet aux enfants d’entrer de plain-pied dans une campagne électorale avec ses enjeux et ses dérives. De fil en aiguille, nos jeunes protagonistes vont comprendre la force de la coopération et s’approprier pleinement le concept de démocratie, tout en apprenant à dépasser un stéréotype qui a la vie dure. Nos premières élections en classe est un ouvrage à destination des enfants qui a toute se place dans les bibliothèques familiales et scolaires, et qui me semble parfait pour engager un dialogue enfants/adultes sur des notions comme la politique, la démocratie et l’égalité entre les sexes. 

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Alice que je remercie pour cette lecture.

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Holly Ann, tome 1 : la chèvre sans cornes (éditions Casterman ), Kid Toussaint et Servain (chronique oubliée dans mes brouillons depuis un bon moment)

Couverture Holly Ann, tome 1 : La chèvre sans cornes

Je n’ai pas accroché outre mesure aux illustrations, mais j’ai apprécié la subtilité des détails qui permettent à l’auteur de suggérer efficacement certains éléments de l’enquête. Les suggestions étaient d’ailleurs peut-être trop flagrantes, car j’ai deviné assez rapidement deux éléments importants, ce qui ne m’a pas permis d’être surprise du dénouement de l’histoire. J’ai, en outre, un peu regretté qu’une petite présentation de Holly Ann ne soit pas proposée, notamment sur son rôle exact au sein de la ville. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier ses qualités d’enquêtrice et d’avoir hâte d’en apprendre plus sur ce personnage qui semble posséder un talent peu commun.

Malgré quelques petits défauts, j’ai parcouru avec plaisir cette BD appréciant d’être immergée dans l’ambiance si spéciale de la Nouvelle-Orléans avec son architecture reconnaissable, sa spécificité géographique, ses rites vaudou, son brassage ethnique, mais aussi, la méfiance vis-à-vis des croyances populaires, le racisme ambiant, la différence de traitement entre les noirs et les blancs… Quant à l’enquête, sans être d’un suspense haletant, elle reste intéressante et permet de voir à l’œuvre le sens de la déduction et les talents d’enquêtrice d’Holly Ann.

  • Un, deux, trois, sorcière ! un livre à compter de Magdalena, illustré par Gwen Kéraval (Flammarion jeunesse, Père Castor)

Un, deux, trois, sorcière!

En grande fan de sorcière, j’ai tout de suite été attirée par cet album jeunesse dont la couverture ne manque pas d’humour. Un humour que l’on découvre tout au long des pages où l’on suit une sorcière qui, en raison du vent qui se déchaîne, perd ses habits et ses accessoires. Adieu chapeau et balai !

L’intérêt de cet album, en plus de faire rire et sourire les lecteurs, est d’apprendre aux enfants à compter jusqu’à dix de manière simple et amusante. Pour ce faire, l’autrice joue sur les répétitions avec un début de phrase qui revient à chaque page et qui permet d’introduire les chiffres les uns après les autres. Humour et répétition, deux outils pédagogiques dont il n’est nul besoin de prouver l’efficacité.

On appréciera également la manière dont les enfants sont sollicités directement en fin d’ouvrage tout comme la chute, autant au sens propre que figuré, qui ne manquera pas de faire son petit effet. Quant aux illustrations pleines de peps, elles font incontestablement partie du charme de ce livre que les enfants devraient prendre plaisir à lire et à relire. Apprendre à compter n’aura jamais été aussi amusant ! 

  • Le mangeur d’écorce, Matth Flagg (Mots & Légendes),

Le Mangeur d’écorce par [Matth Flagg]

À la recherche d’une lecture rapide à lire entre deux romans, j’ai jeté mon dévolu sur cette nouvelle qui m’aura permis d’inaugurer ma Kindle achetée pour lire les trop nombreux livres qui m’attendent sur le cloud d’Amazon. Si j’ai beaucoup apprécié l’ambiance parfaite pour Halloween et la plume de l’auteur aussi fluide qu’immersive, la fin m’a paru quelque peu abrupte. Mais ce sera là mon seul bémol, cette nouvelle m’ayant fait passer un moment de lecture délicieusement frissonnant.

J’ai ainsi pris plaisir à parcourir, aux côtés de Damien, les couloirs de cette maison abandonnée dans laquelle il se réveille après avoir été poursuivi par des élèves de CM2. Abri momentané et bienvenu ou piège qui risque de se refermer inexorablement autour d’un enfant dont le seul tort est d’avoir été traqué par des brutes épaisses ? Très vite, la réponse s’impose à nous. Après tout, peut-on espérer le salut d’une bâtisse dont les propriétaires ont été retrouvés morts, plusieurs années auparavant ?

S’armant de tout son courage et de sa lucidité, qui menace de vaciller à mesure que gagne l’obscurité, Damien va devoir avancer quitte à faire des rencontres plus ou moins sympathiques… L’auteur réussit à faire monter la tension crescendo avec, notamment, un personnage qui se révélera aussi menaçant qu’effrayant ! J’ai ainsi presque eu l’impression d’être moi-même poursuivie par une ombre prise de folie meurtrière. Glaçant !

Je m’arrêterai là, l’histoire étant très courte, mais si le noir ne vous fait pas peur, que les vieilles bâtisses abandonnées mystérieuses vous attirent et que vous appréciez les ambiances délicieusement frissonnantes, cette nouvelle devrait vous plaire.

Téléchargez gratuitement Le mangeur d’écorce sur Amazon.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Les avez-vous lus ou vous tentent-ils ?

Les 9 vies d’Aristote, Dick King-Smith (illustré par Bob Graham)

Aristote est un joli chaton blanc. Mais il est bien trop casse-cou et risque sa vie à tout moment ! Chez sa nouvelle maîtresse, la sorcière Bella Donna, il accumule bêtises et catastrophes. Heureusement qu’elle veille sur lui et que, comme tous les chats, Aristote possède neuf vies !

Gallimard Jeunesse (14 novembre 2019) – Premiers romans – Dès 7 ans – 6,90€
Traduction :
Laurence Nectoux

AVIS

J’ai tout de suite craqué sur la couverture avec ce chat plein de vie qui semble faire le foufou. Et ce n’est pas qu’une impression parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Aristote est plein de fougue et d’entrain. Curieux, vif et toujours prompt à partir à l’aventure, que ce soit dans la maison de sorcière de son adoptante ou à l’extérieur, il ne manque jamais l’occasion de se mettre dans des situations périlleuses… Heureusement que, comme tous les chats, il a neuf vies !

J’ai adoré l’idée de l’auteur de donner le nom d’un grand philosophe à un chat qui se révèle plus polisson que sage. Mais c’est peut-être sa propension à faire des bêtises sans le vouloir qui m’a séduite, bien que j’avoue être ravie que mon Hardy ne soit pas aussi casse-cou. Je ne suis pas certaine que mon pauvre cœur s’en remettrait aussi bien que celui de Bella Donna, la sorcière qui a adopté Aristote. Plutôt original d’ailleurs pour une sorcière de préférer un chat blanc au traditionnel chat noir. Mais Belle Donna n’est pas une sorcière comme les autres : si elle a l’accoutrement et le physique typiques des sorcières, elle se révèle bien plus gentille, bienveillante et attentionnée. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’Aristote retombe toujours sur ses pattes.

La relation entre les deux personnages est adorable et m’a beaucoup touchée. La tendresse qui les unit est d’ailleurs magnifiquement restituée par Bob Graham dont j’ai beaucoup les illustrations pleines de douceur et de poésié. Un style artistique qui permettra à l’auteur d’aborder avec beaucoup de subtilité le thème du deuil animal et de nous montrer que même derrière ses grosses babines, un gros chien de ferme est tout à fait capable de la plus grande des tendresses.

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Si en tant qu’adulte, j’ai apprécié ce roman et le jeu de l’auteur sur la superstition entourant les neuf vies supposées des chats, je ne doute pas que les enfants prennent également beaucoup de plaisir à suivre les (més)aventures et les exploits d’Aristote. Un chaton auquel ils ne devraient pas manquer de s’attacher et d’apprécier de voir grandir et évoluer comme eux-mêmes le font, jour après jour, année après année. Notre Artistote va ainsi s’assagir pour le plus grand bonheur de Belle Donna qui pourra alors compter sur son beau minet pour l’accompagner et l’aider dans ses différentes missions.

En plus de la douce présence d’Aristote, la sorcière gagnera une certaine tranquillité d’esprit, n’ayant dorénavant plus besoin de passer son temps à le surveiller de peur qu’il ne tombe de la cheminée, qu’il se fasse croquer par un gros chien ou écrasé par un train. Sa patience et son amour auront été efficaces et permis à un chaton casse-cou de devenir un chat raisonnable et aimant.

En résumé, de l’humour, de la tendresse et de l’aventure, en voici une histoire parfaite pour les jeunes lecteurs en quête d’un divertissement simple d’accès, mais riche en péripéties !

Le voyage de Nathan : petit fossoyeur d’âmes, Frédéric Neveur

Couverture Le voyage de Nathan : Petit fossoyeur d'âmes

Dans les ruelles de son petit village de vacances, Nathan voit des choses étranges. Emprisonné dans un monde alternatif bien sombre, il fait la rencontre de Lenka, une jeune fille aux pouces coupés, et Grogoron, un fossoyeur d’âme bourru au cœur d’or. Dés lors, Nathan va tenter de comprendre pourquoi il est enfermé ici et pourquoi un Négociant, un être monstrueux qui calcule la valeur des âmes, cherche à l’emmener avec lui. En terminant son voyage, Nathan apprend ce qui lui est arrivé dans le monde réel.
Une émouvante histoire qui cache une vérité effroyable dont l’amour de ses nouveaux amis parviendra à guérir les blessures.

Évidence Édition – 320 pages – Papier (16,99€) – Ebook (7,99€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques – Illustrations : Hadley Seymore

AVIS

En ce moment, j’enchaîne les livres publiés par Évidence édition ! Et après la très bonne série Aria, c’est un autre roman jeunesse qui m’a captivée. Je dis jeunesse parce qu’il est accessible aux lecteurs à partir de 12 ans, mais je lui ai trouvé une sensibilité et une portée symbolique telles que je me demande si finalement, il ne serait pas plus sage de le conseiller à des lecteurs un peu plus âgés. Je ne suis, en effet, pas certaine que l’enfant de 12 ans que j’étais, pourtant grande lectrice, aurait su saisir toute la portée de ce livre…

L’auteur nous transporte dans la vie du jeune Nathan, un enfant très seul puisque personne ne semble lui accorder la moindre attention si ce n’est pour le brimer et, dans le cas de son père, lui reprocher la mort de sa mère. Mais si Nathan a du mal à se connecter avec les gens, il voue une passion sans borne aux oiseaux et, plus particulièrement, aux corbeaux. Original comme animal préféré, mais vous verrez qu’original et hors norme, Nathan l’est !

Lors de ses vacances dans un petit village, Nathan fait la rencontre d’un gardien de cimetière, Grogoron, avant de plonger dans un monde alternatif surprenant et auréolé de mystère. Aux côtés de Nathan, nous découvrons ainsi des concepts comme celui de fossoyeur d’âmes ou, comme aime à le dire notre jeune héros, faux soigneur d’armes. Et puis, il y a cette menace que représentent les Autres, ces êtres dont on ne connaît pas la nature et que Grogoron demande à Nathan de ne pas nommer. Fascinant de voir que la peur de l’Autre poursuit Nathan même dans un monde qui n’est pas le sien !

Ce que j’ai préféré dans ce roman, c’est de découvrir, petit à petit, le monde alternatif dans lequel Nathan vogue, de comprendre les règles qui le régissent et les entités qui l’habitent. Raison pour laquelle je préfère rester très évasive sur ces points, ce qui, je l’avoue, tend quelque peu à me frustrer. Je me permettrai néanmoins de vous dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a développé tout le commerce autour des âmes, chacune d’entre elles étant notée en fonction de différents critères, récoltée par les fossoyeurs d’âmes, donnée aux Négociants et revendue à prix d’or… Une loi de l’offre et de la demande assez cynique comme sait si bien l’être l’économie de marché. On appréciera d’ailleurs la petite critique sous-jacente vis-à-vis d’un système économique créateur d’inégalité, de souffrance et d’injustice. Mais comme dans la vraie vie, qui dit inégalité, dit révolte et rébellion !

L’auteur, à travers une histoire forte et non dénuée d’onirisme, évoque également des sujets parfois difficiles comme les préjugés et la peur de ce que l’on ne connaît pas, la perte, la mort, la résilience, les violences domestiques, la maltraitance infantile… Mais je vous rassure, tout reste assez suggéré, ce qui rend ces problématiques supportables même pour les jeunes lecteurs ou ceux particulièrement sensibles. Et puis derrière le drame et ce commerce d’âmes auquel sont soumis, contre leur volonté, nos héros, il y a aussi beaucoup de vie et d’optimisme ! Des élans de beaux sentiments et de tendres émotions apportés par les protagonistes et les magnifiques liens qu’ils ont su tisser.

En découvrant ce monde alternatif, Nathan a ainsi trouvé des amis, voire une famille avec des membres qui l’aiment, le respectent, l’écoutent et le voient ! Tout ce dont il a toujours été privé. Et ça, c’est tellement beau, fort et important pour lui qu’on ne peut que s’émouvoir devant ses émotions, ses pensées et la manière dont, jour après jour, il grandit, prend confiance en lui et en sa capacité d’être aimé. Nathan est un personnage attachant sur lequel on a envie de veiller très fort comme le font Grogoron dont le physique un peu bourru cache un grand cœur et Lenka, une jeune fille de caractère.

Ces deux personnages, tous les deux très touchants, feront de leur mieux pour protéger Nathan et l’aider à se fondre dans ce monde impitoyable des âmes qui n’est peut-être pas, au regard de certaines révélations, pire que le monde des vivants. J’aurais peut-être souhaité que Grogoron soit un peu plus présent, mais j’ai été ravie de la place donnée à Lenka. Haute en couleur, on sent chez elle une grande gentillesse ainsi qu’une certaine fragilité… Sa manière de taquiner ses acolytes, à grand renfort de surnoms plus tendres que méchants, m’a ainsi fait très régulièrement sourire. Cette jeune fille possède, en outre, une aura de mystère qu’on a très fortement envie de percer : pourquoi n’a-t-elle plus ses pouces ? Pourquoi, contrairement à ses amis, ne peut-elle pas aller dans le monde des vivants ? Des questions qui en appellent une autre bien plus importante : les lecteurs et la jeune fille sont-ils prêts à entendre la vérité et faire face à des révélations qui ne devraient pas manquer de les toucher ?

En plus des personnages pris dans leur individualité, j’ai adoré leur dynamique de groupe, leur complicité et leur très fort attachement. Cela leur sera d’ailleurs indispensable pour avoir la force d’affronter les épreuves qui se présenteront à eux, mais aussi d’accepter de faire ce saut dans l’inconnu qui leur faisait tellement peur. C’est peut-être là d’ailleurs que réside le plus grand rôle de Nathan, un enfant entre vie et mort, qui sera, sans le vouloir, le déclencheur d’une série d’événements à l’issue émouvante.

Quant au style de l’auteur, si on occulte un amour immodéré pour le mot venelle qui, je le concède, ne manque pas de charme, je l’ai trouvé très agréable avec un parfait équilibre entre rythme, mystère, action et émotion. C’est le genre de plume qui plaira, à juste titre, à un large public. Pour ma part, j’ai fortement apprécié la dose d’onirisme que l’auteur a su insuffler à ce roman plein d’intelligence qui ne manque ni de profondeur ni de sensibilité. Les quelques illustrations de Hadley Seymore, distillées par-ci, par-là contribuent également au sentiment d’immersion que l’on peut ressentir tout au long d’une lecture qu’on ne quitte qu’à regret et avec la forte envie d’y retourner en espérant… ne pas y perdre son âme.

En résumé, Le voyage de Nathan fut une très belle lecture qui, sous couvert d’une aventure auréolée de mystère, aborde des thématiques fortes et importantes allant de la famille à l’amitié en passant par la peur de l’Autre et les violences domestiques. Prenant, si ce n’est envoûtant, voici un roman que je conseillerais volontiers aux personnes en quête d’un roman différent, d’un roman qui divertit, qui attendrit et qui vous pousse à chérir chaque moment de vie.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Aria L’intégrale, Pathilia Aprahamian

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Aria reçoit un recueil de contes mythologiques arméniens et, à cet instant, la magie entre dans sa vie, changeant à tout jamais son destin. À travers quatre histoires aux univers mystérieux, vous découvrirez des aventures extraordinaires dans lesquelles Aria chassera le mal, parcourra des contrées merveilleuses et se fera de nouveaux amis.

Évidence Éditions – Collection Farfadet – Papier (12€) – Ebook (5,99€)
7/10 ans – Adapté lecteurs dyslexique

AVIS GLOBAL

Si vous me suivez depuis un petit moment sur le blog, vous aurez peut-être noté mon affection particulière pour la collection Farfadet qui ne m’a jamais déçue. Et cette magnifique intégrale de la série Aria n’échappe pas à la règle ! Bien que destinée à un jeune public, elle m’a ainsi offert un bon moment d’évasion et de divertissement.

Alternance de phrases courtes, rythmées et imagées, la plume de l’autrice devrait, sans aucun doute, plaire à de nombreux enfants qui prendront plaisir à se laisser bercer par son imaginaire. Un imaginaire qui nous transporte dans quatre aventures trépidantes, dont trois portées par Aria, une héroïne à laquelle on ne peut que s’attacher.

En filigrane de ces histoires, il y a un livre de contes arméniens qui est un peu une porte d’entrée sur le monde des songes et de la magie, un monde somptueux que l’on découvre aux côtés de notre héroïne. Pour cela, il suffit d’attendre que le sommeil la guette… Mais la jeune fille découvrira que la magie s’invite également parfois dans la réalité… pour le meilleur et pour le pire.

Au fil des aventures, nous voyons Aria grandir, faire des rencontres, certaines plus agréables que d’autres, affronter des dangers, se poser des questions et s’approprier pleinement sa vie. Une vie plutôt mouvementée qui devrait vous donner quelques sueurs froides. J’ai d’ailleurs été surprise par certains événements, l’autrice n’hésitant pas à ajouter un peu de noirceur à des histoires pleines d’onirisme et de magie. Le mélange parfaitement maîtrisé entre ombre et lumière apporte un certain cachet au livre et en rend la lecture addictive et passionnante.

Si j’aurais peut-être préféré, en tant qu’adulte, des phrases un peu plus longues, j’ai néanmoins été complètement conquise par le fond, mais aussi par l’esthétique de cette intégrale : une couverture magnifique, un format très agréable à prendre en main (a fortiori pour de jeunes lecteurs), un texte aéré et adapté aux lecteurs dyslexiques, des chapitres courts et rythmés… Tout est mis en place pour rendre l’expérience de lecture agréable et donner envie aux enfants de tourner les pages les unes après les autres.

À noter également que la maison d’édition a pensé à inclure les couvertures originales des différents tomes, une attention que j’ai particulièrement appréciée, les couvertures étant l’un de mes principaux critères d’achat. Cela permettra également aux enfants de naviguer facilement entre les différentes histoires.

Quant aux adultes, ils pourront être séduits par les aventures d’Aria, une héroïne qui n’a pas froid aux yeux, à condition de bien prendre en compte le public visé puisque les personnages et les péripéties ne sont pas aussi développés que dans un roman pour des lecteurs plus âgés. Pour ma part, complètement séduite par l’imaginaire de l’autrice et sa manière d’alterner les ambiances, cela ne m’a pas dérangée.

En bref, l’autrice, d’une plume dynamique, concise et très imagée, propose ici des histoires qui devraient ravir les jeunes lecteurs en quête d’aventure, d’amitié, de mystère et de magie. Entre onirisme et réalité, voici un ouvrage à ne pas manquer.


AVIS POUR CHAQUE TOME 

Aria et la forêt de Vishap

Aria et la forêt de Vishap par Aprahamian

Dans cette première aventure, nous découvrons Aria, une jeune fille de onze ans qui a la capacité de parcourir, nuit après nuit, un monde onirique peuplé de créatures fabuleuses. C’est un vrai plaisir de la voir déambuler dans une forêt magique pleine de beauté et de mystère, mais pas exempte de danger, comme la jeune fille va très rapidement le découvrir.

Ses pérégrinations nocturnes, aussi enchanteresses que surprenantes, la conduiront sur la route d’êtres magiques qui vont lui demander de l’aide afin de délivrer un des leurs, Vishap, un dragon, du sort lancé par un méchant sorcier, Vat. Épaulée par Aralez, un chien ailé, et un insecte-fée, Aria arrivera-t-elle à remplir sa mission ?

Il vous faudra lire cette aventure pour le découvrir, mais je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai aimé suivre cette bande d’amis très disparate, mais particulièrement attachante. Il faut dire que courageuse, curieuse et gentille, Aria se révèle être une fillette plutôt attendrissante. J’ai également apprécié de constater que sa bravoure ne l’empêche pas d’être réfléchie et de se poser des questions pleines de bon sens. Elle ne fonce donc pas tête baissée dans le danger, ce qui n’est pas si courant dans la littérature jeunesse.

Quant à l’insecte-fée, bien qu’il ne parle pas la langue des hommes, il sait néanmoins se faire comprendre et sera un allié précieux dans la quête du remède pour délivrer Vishap de son triste sort… Aralez, peut-être un petit peu plus bourru, n’en demeure pas moins un autre membre important de la fine équipe. Tous les personnages ont donc un rôle à jouer et apportent une jolie dynamique à cette intrigue dans laquelle le pouvoir de l’amitié et du courage revêt toute son importance.

Aria et les œufs du dragon 

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Dans cette deuxième aventure, ce n’est pas Aria qui va dans le monde magique, mais c’est ce denier qui vient à elle ! Deux années se sont écoulées depuis sa première rencontre avec ses amis, mais le sorcier Vat fait de nouveau des siennes. Cette fois, c’est aux futurs enfants de Vishap, devenu roi, qu’il semble bien décidé à s’attaquer. Une seule solution, les cacher dans le monde d’Aria et lui demander son aide. Si la jeune fille a tout oublié de ses amis et des épreuves qu’ils ont traversées ensemble, elle accepte néanmoins de les écouter et de les soutenir…

Plus courte, cette seconde histoire se veut un peu plus sombre puisque Vat va apprendre, à ses dépens, que s’attaquer à la progéniture d’un roi dragon n’est pas forcément une très bonne idée ! L’autrice nous offre également une jolie plongée dans les rues de la capitale dont le charme ne semble pas avoir échappé à des fées facétieuses et curieuses.

Bien que j’aie préféré l’univers enchanteur de la première histoire, j’ai quand même apprécié de retrouver les personnages et de les voir s’unir pour affronter Vat qui, d’une certaine manière, m’a un peu fait penser à Gargamel dans les Schtroumpfs. Même pugnacité dans la méchanceté !

Aria et le scarabée bleu 

L’image contient peut-être : 1 personne, texte qui dit ’Ariaetle Aria et scarabée bleu O’

À quinze ans, Aria a connu un gros bouleversement dans sa vie. Je dois d’ailleurs dire que ça m’a assez choquée, je ne m’y attendais pas du tout. Mais avec cette troisième histoire, j’ai compris que l’autrice aimait bien nous amener là où on ne l’attendait pas, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Une nuit, alarmée par le vacarme, Aria se décide enfin à ouvrir une boîte contenant un cordon avec une amulette très spéciale en forme de scarabée bleu. Sans le savoir, ni le vouloir, l’adolescente a ouvert la boîte de Pandore ! De bonne action en bonne action, la voilà transformée, grâce au pouvoir de l’amulette, en héroïne. Mais à trop prendre soin des autres, ne risque-t-elle pas de s’oublier et de s’éloigner de ses amies, voire de se mettre en danger ?

L’autrice, en plus de nous offrir un récit non dénué de mystère et d’action, nous plonge en pleine mythologie égyptienne, un sujet qui me fascine et que j’aurais, enfant, adoré trouver dans un roman.

Bienvenue à Amasya

Piptarquie, petit village magique isolé du monde des humains, a été créé par les descendants des rescapés de la chasse aux sorcières de Salem. Un village vivant en autarcie qui a su prospérer et au sein duquel la magie est omniprésente. Dans ce petit havre de paix, il y a néanmoins une règle d’or à respecter afin d’assurer de la sécurité de tous : ne pas emprunter le portail donnant accès au monde des humains sans posséder l’expertise pour.

Une règle que trois adolescentes, motivées par la prémonition de l’une d’entre elles, sont bien décidées à enfreindre. Et pour ce faire, elles n’ont pas d’autre choix que de convaincre l’institutrice du village de les accompagner ! Y arriveront-elles et, surtout, est-ce bien raisonnable ?

Nous ne pouvons qu’admirer la volonté de fer de ces jeunes sorcières qui nous prouvent qu’il faut parfois savoir prendre des risques et ne pas rester enfermé dans le passé même si cela n’empêche pas de mettre en place quelques garde-fous. Après tout, s’il y a des dangers à partir à l’aventure, n’est-ce pas également un excellent moyen pour faire de belles découvertes et, éventuellement, faire bouger les choses ?

J’ai apprécié la manière dont l’autrice a su lier cette aventure aux trois précédentes nous offrant ainsi une très jolie conclusion et une fin non dénuée de sagesse. Et pour ceux qui se demanderaient où est passée Aria, je n’aurai qu’une réponse : plongez-vous dans cette aventure pour le découvrir !

Je remercie Évidence éditions de m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

 

 

Églantine sèche, Viviane

Églantine sèche

Églantine cherche désespérément un sujet pour sa rédaction. Réussira-t-elle à écrire le texte qui sera publié dans la gazette de l’école ?
L’histoire d’Églantine vous permettra d’aborder deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie.

Adapté aux lecteurs dyslexiques
Évidence Éditions (20 février 2019) – 48 pages – 7/10 ans
Papier (8€) – Ebook (2,99€) – Illustrations : Béka Line

AVIS

Passant toujours un très bon moment avec les livres de la collection Farfadet d’Évidence Éditions, je n’ai pas hésité très longtemps avant d’accepter de recevoir Églantine sèche, un titre qui a bien plus d’importance que ce que l’on pourrait penser.

En effet, à travers une histoire qui ne manque pas d’inventivité et de charme, l’autrice dispense une agréable et subtile leçon sur deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie. J’avoue que je ne me souvenais guère de la notion de polysémie, mais cela n’a pas d’importance puisque l’on prend un plaisir fou à suivre Églantine dans sa recherche d’un sujet pour la rédaction libre qu’elle doit rendre. Et l’enjeu est de taille : une publication dans la gazette de l’école pour les meilleures copies !

Si j’adorais l’exercice de la rédaction, la mention d’un thème libre aurait suscité en moi les plus vives angoisses. J’ai donc aisément ressenti, malgré la différence d’âge, le désespoir de la jeune fille qui ne sait pas vers quel sujet se tourner. Ah, cette fameuse angoisse de la page blanche qui devrait parler à beaucoup, et à tous les écrivains aguerris ou en herbe…

Mais si finalement, il suffisait à Églantine de puiser son inspiration dans son quotidien et ses péripéties ? Entre une mère qui ne sait pas dire non à une conversation avec une voisine envahissante, deux adorables oiseaux à chouchouter, un frère taquin qui essaie de lui remonter le moral ou, encore, un père et ses ennuis mécaniques, les occasions de trouver un sujet ne devrait pas manquer.

De fil en aiguille, on réalise ainsi, en même temps que la jeune fille, qu’il y a un mot qui est de toutes les conversations sans qu’on ne lui prête vraiment attention. Du moins jusqu’à ce que l’inspiration soit au rendez-vous… J’ai adoré la fin et, surtout, la manière dont l’autrice joue avec son imagination pour illustrer, avec un certain humour et beaucoup de naturel, des concepts courants, mais auxquels on ne prête guère attention.

Nous avons dans cette histoire un mot presque tout-terrain qui donne envie de puiser dans notre propre vocabulaire pour, à notre tour, réaliser le même genre d’exercice de style que l’autrice. C’est d’ailleurs, pour moi, un autre des atouts de ce livre, inspirer les enfants, voire leurs parents, pour qu’ils s’adonnent à l’amour des mots et du langage et qu’ils en saisissent toute sa richesse.

Si le fond et la démarche de Viviane m’ont complètement conquise, je l’ai été tout autant par les merveilleuses, douces et chaleureuses illustrations de Béka Line. Il se dégage de son style une rondeur et une douceur qui m’a parfois fait penser à l’univers Disney bien que l’illustratrice sache également nous régaler d’illustrations un peu plus réalistes.

Le duo Viviane/ Béka Line nous offre donc une très jolie collaboration, l’humour et l’intelligence des mots de la première étant parfaitement mis en valeur par l’imaginaire coloré, doux et expressif de la seconde. Le texte et les dessins se révèlent donc parfaitement complémentaires et nous permettent de ressentir à merveille les émotions des personnages et d’Églantine, de son stress à son exaltation !

En conclusion, en plus d’être divertissant, plein d’humour et non dénué d’une certaine intelligence, Églantine sèche bénéficie d’un très bel univers graphique qui devrait faciliter l’immersion des enfants dans cette aventure à laquelle ils participeront probablement avec plaisir, heureux de suivre une jeune héroïne qui leur ressemble.

Adapté aux lecteurs dyslexiques

Je remercie Évidence éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

L’Agence Pendergast, tome 4 : Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert

Un troupeau de bœufs vient d’être massacré : voilà une nouvelle mission de taille pour Sean, Joe et Célia, les super agents de M. Pendergast ! Les éleveurs suspectent un abominable homme des forêts, surnommé Big Foot.
Lorsque la créature jette son dévolu sur Célia et la kidnappe, l’enquête se corse… et une piste bien plus inquiétante voit le jour !

Didier Jeunesse (5 février 2020) – 160 pages – 9 ans et +
Broché (12,90€) – Ebook (9,99€) – Illustrateur : Florent Sacré

AVIS

Si j’ai passé un très bon moment avec le premier tome de cette série, Le Prince des ténèbres, je n’ai pas encore lu les deux suivants ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier ma lecture de cette quatrième aventure, chaque tome pouvant se lire indépendamment.

Célia, la cartomancienne, Joe, l’Indien, et le jeune Sean sont envoyés par le patron de l’Agence Pendergast dans le Wyoming. Leur mission : faire toute la lumière sur les attaques sauvages de bétail dont sont victimes les paysans locaux et qui seraient imputables à un géant poilu aux longs bras. Ce qui s’annonçait comme une mission de routine pour ces professionnels du surnaturel va néanmoins prendre une tournure inattendue, les choses se révélant un peu plus compliquées que prévu…

Durant leur voyage, les trois New-Yorkais vont faire des rencontres plus ou moins agréables à commencer par celle d’un Prussien à l’accent prononcé, le baron von Luckner. Raciste, irrespectueux, fou de la gâchette et collectionneur de cadavres d’animaux exotiques, sa compagnie n’est pas des plus plaisantes d’autant qu’il a une légère tendance à faire comprendre de manière appuyée son intérêt pour Célia. Si le baron est détestable, il montrera parfois son utilité avant de dévoiler toute sa perfidie. Il m’a d’ailleurs fait penser, dans une certaine mesure, à Gaston  dans la Belle et la Bête, notamment quand il prendra la tête d’une expédition punitive…

Volontairement caricatural, le baron s’insère parfaitement dans l’ambiance Far West que l’auteur a su donner à cette aventure et qui m’a complètement séduite : voyage en « cheval de fer », saloon, mines d’or, cow-boys, rixes sous fond d’alcool, immigration européenne… Mais si l’histoire se passe à la fin du XIX e siècle, elle met également en lumière des thèmes qui restent toujours d’actualité : préjugés, tendance à chercher des boucs-émissaires chez les immigrés en cas de crise économique, racisme…

Nos trois protagonistes, en plus de devoir affronter différentes créatures surnaturelles, vont ainsi devoir faire face à bien plus dangereux, la bêtise humaine ! Les migrants sont traités avec défiance, bousculés, ostracisés et accusés de voler le pain de la bouche des « vrais Américains ». Une expression qui ne veut absolument rien dire, a fortiori dans un pays comme les États-Unis…

Au-delà de ces thèmes abordés sans lourdeur, l’auteur nous offre ici une aventure trépidante, rythmée et diablement immersive. Aucun temps mort dans ce roman qui se lit d’une traite et que l’on prend énormément de plaisir à parcourir. J’ai adoré la manière dont les événements s’enchaînent, les surprises étant au rendez-vous et l’auteur n’hésitant pas à prendre des risques. Je ne sais pas comment l’enfant que j’étais aurait réagi, mais l’adulte que je suis a complètement été déstabilisée par la fin. Je m’attendais à ce que l’auteur arrondisse les angles, mais non, il est allé jusqu’au bout de son idée. Je ne peux pas vous donner plus de détails sans vous spoiler, mais j’en reste encore coite !

Comme dans le premier tome, la fine équipe formée par Célia, Joe et Sean fonctionne à merveille. Tous très différents les uns des autres, ils se titillent et se chamaillent, mais l’on sent qu’ils s’apprécient et qu’ils ont su nouer une belle complicité. Mais c’est un tout autre personnage qui a attiré mon attention et fait vibrer ma corde sensible, l’homme-singe soupçonné, à tort ou à raison, d’attaquer le bétail. Je préfère vous laisser le plaisir de découvrir cette créature, mais je peux vous dire qu’en peu de pages, l’auteur a réussi à la rendre attachante. Il se dégage de cette dernière une certaine candeur et une touche d’humanité qui m’ont beaucoup touchée et ont su m’attendrir…

D’autres créatures, bien que plus classiques, se sont également révélées intéressantes en raison de leur nature, de leur mode de vie et des réflexions d’ordre éthique et moral qu’elles permettent de soulever sur, entre autres, le travail de l’Agence Pendergast et ses limites. J’ai ainsi apprécié que notre trio se pose des questions et ne se contente pas de suivre aveuglément les ordres…

Quant à la plume de Christophe Lambert, ni trop complexe pour ne pas rebuter les jeunes lecteurs ou ceux peu habitués à lire ni trop simple, je l’ai trouvée très agréable et immersive. Le roman peut donc être autant apprécié par des enfants que des adultes attirés par les récits teintés de mystère et de créatures fantastiques, à condition, évidemment, de ne pas en attendre la profondeur d’une œuvre destinée à un lectorat plus aguerri. Ce roman bénéficie, en outre, d’une mise en page fort plaisante et particulièrement bien adaptée aux enfants : des dialogues nombreux et percutants un texte aéré, des illustrations disséminées par-ci, par-là, de gros caractères, un marque-page à détacher en début d’ouvrage…

L'Agence Pendergast, tome 4 : Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert

En conclusion, avec Les Griffes de la forêt, Christophe Lambert nous propose une aventure emplie de danger, de mystère et d’action qui devrait enchanter les petits et les grands lecteurs amateurs d’enquête et de fantastique. Mais faites attention avant de vous balader en forêt, vous n’êtes pas à l’abri de faire de surprenantes rencontres bien que, finalement, les plus dangereuses ne soient peut-être pas celles tapies dans l’ombre…

« L’homme est un loup pour l’homme ». Thomas Hobbes

Je remercie Babelio et les éditions Didier Jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #20

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Je remercie Évidence éditions pour m’avoir permis de découvrir Le petit ange de la nuit de Véronique Charrière et Le lapin de Lucas de Gaïa.

  • Le petit ange de la nuit de Véronique Charrière :

Le petit ange de la nuit (Farfadet) par [Charrière, Véronique]

Pour ses douze ans, Liselle reçoit en cadeau de sa mère un journal intime. Elle va lui confier son plus grand secret. Tout commence dans la forêt magique de Brocéliande en Bretagne. Elle y rencontre un drôle de docteur. À partir de cet instant, des choses étranges vont se produire. Qui est donc cet homme ? Que lui veut-il ? Mais, désormais, la petite fille ne sera plus seule. Abbie va devenir une meilleure amie très spéciale

18 avril 2018 – 56 pages – Ebook (2,99€) – Papier (10€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques

Le livre étant assez court, ma chronique le sera également de manière à ne pas vous gâcher le plaisir de découvrir cette petite histoire immersive et rythmée. Après avoir nommé le journal intime reçu pour ses douze ans, Liselle entreprend, jour après jour, d’y narrer l’étrange et magique expérience qui lui est arrivée lorsqu’elle avait neuf ans…

Lors d’une balade avec sa mamie dans la forêt de Brocéliande, elle va tomber (et le verbe n’est pas choisi au hasard) sur un étrange homme que le destin va de nouveau mettre sur sa route. C’est que sans le vouloir, la fillette a fait ses premiers pas dans le monde de la magie, de la sorcellerie et des légendes. Une expérience incroyable mais aussi assez dangereuse puisque Liselle va se retrouver au milieu d’une bataille dont on découvre progressivement les belligérants.

Si vous pensiez que les loups-garous avaient l’apanage de la pleine lune, vous risquez d’être surpris, l’autrice introduisant un élément que j’ai trouvé plutôt original et que j’ai apprécié d’explorer même si c’est de manière assez légère. Dans tous les cas, je me suis facilement imaginée à la place de Liselle et je dois avouer que je ne suis pas certaine que j’aurais accepté la situation aussi sereinement !

En plus du côté magie et légende avec cette forêt de Brocéliande qui ne peut que stimuler l’imaginaire et offrir un décor idéal pour notre histoire, j’ai apprécié la complicité entre la fillette et sa grand-mère. Le petit rappel historique sur ce que des femmes accusées injustement de sorcellerie ont, par le passé, subi et les réelles raisons de cette violence se révèle également intéressant…

En conclusion, bien que je n’appartienne pas au public visé par ce livre, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre une petite fille qui n’a pas froid aux yeux, et qui fera d’une expérience incroyable, bien qu’un peu dangereuse, un moyen de venir en aide à autrui. Plein de charme, voici un roman parfait pour les jeunes lecteurs appréciant le mystère, la magie, les fées et les sorcières. Je serais, pour ma part, ravie de retrouver Liselle dans de nouvelles aventures…

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence éditions.

  • Le lapin de Lucas de Gaïa :

Le lapin de Lucas (Farfadet) par [Gaïa, David, Rafaël]

Lucas veut adopter un animal, mais maman est un peu réticente car elle sait qu’il va falloir s’en occuper et prendre soin de lui. Alors, quand mamie décide d’offrir un lapereau à Lucas pour son anniversaire, maman n’est pas très contente. Au début, tout se passe bien entre Pilou et le garçonnet, mais lorsque Lucas se fait un nouvel ami dans son immeuble, le petit lapin ne le voit pas d’un très bon œil.

13 juin 2018 – 88 pages – Ebook (2,99€) – Papier (10€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques

Avant de vous parler de mon avis sur ce mignon petit livre, j’aimerais juste souligner le fait que l’idée d’un projet d’adoption qui se concrétise à un moment symbolique pour une famille ou l’un de ses membres me semble peut-être plus opportune que cette idée d’animal-cadeau qui me dérange et qui finit bien trop souvent par un abandon…

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le comportement de la mamie qui offre un lapin en guise de cadeau d’anniversaire à son petit-fils sans, au préalable, avoir obtenu l’accord de la maman m’a quelque peu hérissé le poil. Dans cette histoire, ça se finit bien ; dans la vraie vie, le lapin aurait eu toutes les chances d’être abandonné, et pas forcément dans un refuge. Passons aussi sur la remise en cause de l’autorité parentale…

Malgré ce point de départ qui m’a chagrinée, j’ai été complètement séduite par cette histoire qui se lit à deux voix, une page en gros caractères étant destinée à être lue par l’enfant et la suivante par un adulte. Lucas, six ans, s’ennuie et rêve d’avoir un compagnon. Un chien, un chat, un perroquet, un serpent… peu importe ! Mais sa maman lui explique avec douceur, mais fermeté, les raisons pour lesquelles elle ne peut pas satisfaire son envie.

J’ai, pour ma part, apprécié cette maman qui a la tête sur les épaules et qui a à cœur de ne pas faire le malheur d’un animal. Néanmoins, la grand-mère de Lucas cède et lui offre un lapereau pour son anniversaire. Une mauvaise surprise pour la maman qui n’a pas vraiment d’autre choix que d’accepter l’arrivée de Pilou dans sa vie et celle de son fils.

Si les premières semaines se passent bien, Lucas étant ravi de jouer avec son nouveau meilleur ami pour la vie, les choses se gâtent par la suite. Le petit garçon retrouve le chemin de l’école, se fait un copain avec lequel il préfère jouer sans oublier cette nouvelle console qui lui tend les bras. Délaissé, Pilou, quant à lui, commet quelques bêtises sanctionnées assez brutalement par Lucas qui semble ne pas être conscient du mal qu’il fait à son compagnon. La complicité et la tendresse entre Pilou et Lucas sont mises à mal jusqu’à ce que le lapin profite d’une opportunité pour vivre autre chose…

L’excitation et le plaisir de la liberté laissent vite place à la peur, la faim, le manque. Notre petit lapin dont on suit les pensées va ainsi faire face à des dangers auxquels sa vie bien au chaud chez Lucas ne l’avait pas préparé. Malheureux et apeuré, il pourra heureusement compter sur des rencontres de fortune et un nouvel ami tout aussi attendrissant que lui. Quant à Lucas, conscient d’avoir mal agi, il n’a plus qu’un espoir, retrouver son cher Pilou !

Sensible au sujet, j’ai été touchée par la manière intelligente et douce à la fois avec laquelle l’autrice aborde la question de l’adoption d’un animal et des responsabilités qui en découlent. À travers l’exemple réaliste d’un petit garçon, elle permet ainsi aux enfants de réaliser qu’avoir un animal est une source de joie, mais aussi de contraintes, un animal nécessitant des soins, de l’attention et du temps. Ce n’est pas un vulgaire jouet que l’on peut ranger négligemment dans un coin de sa chambre en espérant qu’il attende qu’on ait de nouveau envie de s’occuper de lui… Une vérité qui s’imposera avec force à Lucas dont j’ai apprécié l’évolution et la prise de conscience. 

Ne connaissant pas vraiment les lapins, j’ai, en outre, trouvé intéressant d’en apprendre un peu plus sur leur manière de communiquer. En plus d’être intelligent et pédagogique, ce livre nous offre aussi de beaux moments d’amitié interespèce et une fin pleine d’émotions et de tendresse qui m’a beaucoup touchée.

Quant aux jolies illustrations pleines de douceur disséminées par-ci, par-là, elles plairont aux jeunes lecteurs d’autant qu’elles faciliteront leur immersion dans le récit, stimuleront leur empathie pour Pilou et encourageront le processus d’identification avec Lucas…

Capture d’écran (45)

En conclusion, voici un ouvrage à conserver dans sa bibliothèque notamment quand une petite voix pleine d’espoir viendra vous demander un chien ou un chat pour Noël ou son anniversaire… Après lecture de cette histoire, les enfants devraient réaliser qu’un projet d’adoption est une très belle chose, mais à condition d’être prêts à s’investir, un animal dépendant entièrement de l’amour et des soins de son adoptant.

Retrouvez le livre sur le site d’Évidence éditions.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?