Proxima du Centaure, Claire Castillon

Couverture Proxima du centaure

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. Un jour, elle me dira son vrai prénom, à l’oreille, elle le prononcera avec le souffle. Son souffle réveillerait un mort. En attendant, de là où je me trouve, je kiffe à fond dès que je pense à elle. »

Tous les matins, Wilco regarde Apothéose passer sous sa fenêtre. Jusqu’à ce qu’un jour, il se penche tellement qu’il tombe.

Éditions Flammarion (7 février 2018) – 223 pages – Broché (13€) – Ebook (9.99€)

AVIS

Attirée par sa couverture, j’ai eu envie de découvrir Proxima du centaure dont le résumé reste finalement assez évasif. C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que je me suis plongée dans cette histoire qui m’a autant émue et touchée que déstabilisée, le récit étant, somme toute, plutôt atypique.

Nous faisons la connaissance de Wilco, un adolescent qui a une passion dans la vie, Apothéose, une jeune fille qu’il a nommée ainsi et qu’il aime beaucoup suivre du regard quand elle passe sous la fenêtre de sa chambre. Et puis un jour, c’est le drame, le jeune homme tombe des cinq étages qui le séparent du sol. La chute est rapide, brutale et irrémédiable.

Les lecteurs passent ainsi sans transition, ou presque, de sa chambre d’adolescent à sa chambre d’hôpital où les jours, les semaines puis les mois s’écouleront. Wilco est heureusement entouré de sa famille, à commencer par ses deux parents dont il prend, petit à petit, la mesure des liens profonds qui les unissent. Il y a aussi sa sœur Andréa qui a fait vœu de chasteté jusqu’au retour de son petit frère dans l’appartement familial. Seul le meilleur ami du jeune homme brille par son absence, mais ce n’est pas grave, il a une mission à remplir : amener à son chevet Apothéose, l’amour de sa vie.

Alors que le sujet est grave, l’autrice nous offre une très belle histoire emplie d’amour qu’il soit familial ou amical. On ne peut ainsi qu’être touché par cette famille qui essaie d’avancer et qui croit jusqu’au bout au rétablissement de Wilco. Les parents paraîtront parfois à côté de la plaque minimisant l’état de santé de leur fils ou se concentrant sur des détails sans importance, mais on comprend très vite que c’est simplement le moyen pour eux de continuer à avancer sans s’effondrer…

Dans ce huis clos qui se déroule dans une chambre d’hôpital, le lecteur assiste au déroulement de l’hospitalisation de Wilco qui ne peut plus parler ni bouger, mais qui est conscient de ce qu’il se passe autour de lui. Son corps en miettes ne l’empêche donc pas d’avoir l’esprit alerte et affûté. Le jeune homme ne manque également pas d’humour, ce qui lui permet de prendre un certain recul sur son accident et sa vie.

Cette prise de distance dans la narration m’a toutefois empêchée de m’attacher tout de suite à lui, mais au fil du récit et des souvenirs que Wilco partage avec nous, j’ai fini par le voir comme un ami ou un lointain cousin. On finit donc par avoir de la tendresse pour cet adolescent à l’humour parfois cocasse, et on ne peut s’empêcher de rêver à ses côtés. Il faut dire que si son corps est cassé en mille morceaux et immobile dans une chambre d’hôpital, son esprit, quant à lui, vagabonde librement hors des murs de sa chambre. Entre rêves, fantasmes et réalité, l’adolescent nous plonge ainsi sans retenue dans son esprit, un esprit de battant et de rêveur qui lui permet de faire face à la situation avec un certain aplomb !

J’ai tout de suite été séduite par la plume très originale de l’autrice, mais je pense qu’elle ne plaira pas tout le monde. Simple, mais parfois semblant appartenir à un autre monde, elle correspond assez bien à Wilco, un garçon cloué dans son lit d’hôpital, mais dont l’esprit s’évade à la moindre occasion. Vous pourrez donc avoir cette impression d’une plume concrète, ancrée dans le présent,  qui s’envole parfois vers d’autres horizons. Cela peut paraître déstabilisant, mais une fois la surprise passée, j’ai apprécié le style à la fois froid et poétique de Claire Castillon.

En conclusion, pas de pathos, mais de l’émotion, voilà ce que nous offre l’autrice avec Proxima du Centaure. L’histoire aurait pu être triste, elle se révèle belle, parfois absurde, parfois difficile, mais jamais larmoyante. À travers l’histoire d’un jeune homme dont la vie va prendre une tournure inattendue, l’autrice aborde des thèmes comme l’amitié, les premiers émois amoureux, la famille, la séparation, la culpabilité, et l’amour inconditionnel qui permet à une famille d’être unie même dans la douleur…

Retrouvez Proxima du Centaure chez votre libraire ou en ligne ?

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Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti

J’ai lu Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, aux éditions Actes Sud, dans le cadre du Challenge mystère dont le thème de janvier était : Lire un roman contemporain.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Actes Sud (30 mars 2009) – 253 pages – Poche (7.70€) – ebook – audiobook

AVIS

Si cette histoire d’amour, assez différente de celles que j’ai pu lire jusqu’à présent, ne m’a pas transportée, j’en ai toutefois apprécié l’originalité. Ici, point de coup de foudre au premier regard, mais des premières rencontres emplies d’exaspération ! Désirée, jeune veuve, ne supporte plus le mauvais goût avec lequel est décorée la tombe d’à côté de celle de son défunt mari. Quant à Benny, il n’apprécie guère plus cette pimbêche qui semble le toiser quand il vient se recueillir sur la tombe de sa mère.

Les regards pleins de mépris et de défiance vont néanmoins, petit à  petit, laisser place aux sourires puis à une histoire d’amour plutôt mouvementée. Il faut dire que la rencontre entre ces deux personnages est placée sous le choc des cultures ! Désirée est une citadine dans l’âme quand Benny est un agriculteur dont la vie tourne entièrement autour de la ferme familiale. Source de non-dits et de tensions non apaisées, du moins autrement que par une réconciliation sur l’oreiller, cette différence de milieu social et de personnalité, qui aurait pu être une force pour le couple, va finir par le menacer…

L’alternance des points de vue entre Désirée et Benny est intéressante dans la mesure où elle nous permet de comprendre le point de vue de chacun. Et on se rend alors vite compte d’un certain manque de communication entre les deux personnages qui ont une vision de la vie totalement différente. Benny aime les moteurs de camion, il aime la vie à la ferme bien que ses vaches l’épuisent, il aime les choses simples… Désirée adore les livres et son travail de bibliothécaire, elle aime son appartement, la ville, découvrir de nouvelles choses.

Deux cadres de vie très différents qu’il est difficile de concilier surtout quand personne ne semble prêt à faire de concessions ou à s’intéresser à ce que veut l’autre. C’est d’ailleurs un point qui m’a quelque peu exaspérée : chacun construit sa relation dans son coin avec son propre système de valeurs et ses propres attentes en espérant que l’autre accepte de s’y conformer. Difficile dans ces conditions de développer une relation équilibrée, épanouissante et harmonieuse ! Benny espère donc que Désirée abandonne tout, ou presque, pour vivre avec lui dans sa ferme quand Désirée semble complètement déconnectée des obligations et de la charge de labeur qu’un travail d’agriculteur implique. Je reconnais toutefois qu’au fil des pages, Désirée paraît comprendre certaines choses sur ce que représente la ferme pour Benny qui, lui-même, se rend compte que la personne dont il est amoureux n’est pas forcément celle dont il aurait besoin… Un bel exemple de l’adage « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Si ces deux amoureux m’ont parfois agacée, j’ai apprécié l’évolution de leur relation et la volonté de l’auteure de ne pas nous offrir une romance à l’eau de rose qui passerait sous silence les difficultés à concilier deux milieux sociaux très différents. Car en plus de l’aspect romance, il y a un côté roman social, le roman nous dépeignant même si ce n’est que superficiellement, la difficulté du travail d’agriculteur qui demande abnégation et un certain pragmatisme parfois même dans les choses de l’amour… Il est juste regrettable que les personnages manquent cruellement de nuances. Désirée et Benny sont très caricaturaux dans leurs valeurs, comportements, et même loisirs. Ils ne dénoteraient d’ailleurs pas dans une comédie balayant les clichés sur les citadins vs les « campagnards ». Ce point ne m’a pas permis d’apprécier cette histoire à sa juste valeur.

Je l’ai néanmoins lue rapidement, la plume de l’autrice s’étant révélée agréable et simple avec juste ce qu’il faut de relief pour rendre la lecture prenante et plaisante. Katarina Mazetti décrit les choses telles qu’elles sont sans embellissement ni ornements. Les personnages ne sont pas parfaits, ils sont parfois agaçants, parfois touchants, mais ils ne laissent jamais indifférents d’autant que leurs échanges ne sont pas dénués d’un certain humour. Atypique, ce couple m’a surprise jusqu’à la fin du roman avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir. J’avouerai que celui-ci m’a quelque peu gênée dans son aspect assez peu moral, mais j’attends de voir comment l’autrice va le gérer dans le second tome.

En conclusion, Katarina Mazetti nous propose une romance atypique entre deux personnages que tout oppose et qui touchent autant qu’ils agacent. Rapide à lire, et non dénuée d’humour, voici une petite romance qui peut plaire autant aux amateurs du genre qu’aux personnes en quête d’un roman traitant avec réalisme l’évolution d’une relation amoureuse mouvementée avec ses incompréhensions et ses nécessaires concessions…

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Challenge Mystère 2019

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J’ai décidé, pour la troisième année consécutive, de m’inscrire au Challenge Mystère qui se tiendra du 1er janvier au 31 décembre 2019. Les inscriptions sont ouvertes jusqu’au 31 décembre, mais je vous conseille de vous inscrire avant le 25 décembre si vous désirez bénéficier de tous les jokers du challenge.

Parmi les quatre catégories proposées, j’ai opté pour Mystérieux mystère qui impose de lire un livre par mois en fonction d’un thème mystère.

Pour tous les détails et/ou pour vous inscrire, je vous invite à lire l’article de présentation sur le site Frogzine.

Et vous, participez-vous à ce challenge ?

Sous la ville rouge, René Frégni

 

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Charlie Hasard habite à Marseille. Ce solitaire ne connaît que deux passions : l’écriture et la boxe. Il a subi de nombreux échecs auprès des éditeurs, et trouve un exutoire dans les séances d’entraînement. Quand un de ses textes attire enfin l’attention d’un éditeur parisien, Charlie est persuadé que sa vie va enfin changer… C’est en réalité le début pour lui d’un effrayant engrenage.
L’histoire de cet écrivain cherchant ses mots à coups de pioche se déroule dans le cadre lumineux et violent de Marseille, que René Frégni décrit avec le lyrisme sensuel qui est sa marque. Sous la ville rouge : à la fois un thriller redoutablement efficace et une fable sur le désir d’écrire.

  • Broché: 128 pages
  • Editeur : Gallimard (19 avril 2013)
  • Collection : Blanche
  • Prix : 11,90€

AVIS

Le propos est poétique, l’écriture est puissante, mais pourtant, je vais avoir du mal à vous parler de ce livre. D’une part, il fait partie de ces romans trop courts pour prendre le risque d’en parler longtemps sans vous dévoiler l’information de trop. Et d’autre part, c’est le genre d’ouvrage qui résonnera différemment d’un lecteur à l’autre, question de sensibilité sans aucun doute.

Placé sur ma route par hasard, j’ai choisi de lire ce roman en raison de son résumé et de la promesse d’une lecture rapide. Un choix judicieux puisque la lecture fut fulgurante et quelque peu intense ! L’auteur narre en moins de cent trente pages, la vie d’un écrivain qui ne recevra ses lettres de noblesse que dans la déchéance.

La vie de Charlie, Marseillais de cœur et de vie, est rythmée par ses entraînements de boxe, sport qu’il pratique dans un club où il a ses habitudes, et ses moments bien à lui où il laisse la passion de l’écriture et des mots s’exprimer. Entre les deux, il y a quelques boulots alimentaires… Allant de désillusion en désillusion sur le milieu littéraire trusté par l’élite parisienne et le copinage de circonstance, il recevra pourtant un jour ce coup de fil tant attendu d’un éditeur parisien ! Ce coup de fil que chaque auteur ne peut s’empêcher d’espérer…

Mais coup, non par de poing, mais de théâtre : l’opportunité s’évapore devant l’opposition ferme et définitive d’un membre du comité de lecture de l’éditeur. Exaltation puis stupeur, désespoir, colère… Des sentiments forts et antagonistes qui transformeront le feu en glace. Consumé par la rancœur et la haine, l’homme perd ainsi pied et laisse cette violence qui sourdait en lui, comme un monstre tapi dans le recoin sombre d’une rue, exploser. Il faut dire que depuis qu’il a décidé de consacrer sa vie à l’écriture, Charlie a eu le temps d’accumuler les camouflets, les désillusions et cette absolue certitude que le monde de l’édition est scindé en deux. D’un côté, les opportunistes sans talent qui ont du succès grâce à leurs relations, et de l’autre, ceux qui, comme lui, écrivent avec leurs tripes, mais qui ne font pas partie de cette élite parisienne que les médias s’arrachent.

Dans un déchaînement de violence face à l’injustice de la situation, Charles va commettre l’irréparable. Commencera alors pour lui une lente descente aux enfers faite de sueur, de peur, de terreur, mais aussi d’introspection. Déambulant dans les rues de Marseille, cette ville de tous les extrêmes, il essaiera de noyer sa culpabilité dans la luxure, du moins, sur écran, et dans le réconfort de ces rues qu’il connaît si bien. L’homme repense aussi au passé, et à cette mère qui l’a tant aimé… Puis dans un ultime geste de délivrance et d’abandon, à moins que ce ne soit dans un dernier sursaut de vie, il réussit ce dont il ne pensait plus être capable. Mais n’est-ce pas trop tard ? Le rêve ne s’est-il pas déjà évaporé ne laissant sur son sillage qu’un homme nu face à la vie ?

Ce roman est déstabilisant, l’auteur mêlant avec talent brutalité, voire bestialité, et beauté/poésie. L’écriture est belle, poétique, fluide tout en dégageant ce qu’il faut de noirceur pour poser, page après page, les jalons d’un futur drame. On sent cette violence émanant de Charlie quitter la salle de boxe pour s’insérer dans sa vie, par tous les pores de cette peau dans laquelle notre homme ne semble pas forcément à l’aise. Le drame prend alors corps sous nos yeux tout en nous invitant à nous interroger sur ce désir d’écriture tellement intense qu’il pousse un homme à tout sacrifier…

En conclusion, d’une très belle plume teintée de vérité, de beauté et de violence, René Frégni nous propose ici le portrait d’un homme bercé par des rêves d’écriture qui viendront durement et brutalement se fracasser devant la réalité. Un roman court et intense qui revisite avec succès, bien que de manière succincte, le mythe de l’écrivain maudit, ou du moins, de l’écrivain abîmé par la vie et cette écriture dans laquelle il s’est plongé corps et âme au point de s’y noyer…

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Vous pouvez le feuilleter sur le site des éditions Gallimard.

 

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Bucéphale et Alexandre, une amitié interdite de Marjolaine Pauchet

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie Marjolaine Pauchet de m’avoir permis de découvrir ce roman que j’ai dévoré et beaucoup aimé.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le père d’Alexandre est éleveur de taureaux de corrida. Le garçon grandit dans le milieu de la tauromachie qu’il adore. Jusqu’au jour où né dans l’exploitation, un jeune taureau, Bucéphale. Entre le garçon et l’animal née une amitié extraordinaire qui va tout balayer, les anciens rêves, les certitudes et les doutes. Mais comme tous les taureaux de l’exploitation, Bucéphale est destiné à mourir dans une arène. Pour le sauver, Alexandre est prêt à tout. Aidé de sa fidèle chienne Vadrouille, il s’enfuira et devra affronter l’incompréhension, mais découvrira aussi des mains tendues. Cela suffira-t-il à sauver Bucéphale ?

Un formidable hymne à l’amitié, un cri contre la corrida

  • Broché: 220 pages
  • Éditeur : Goutte d Étoile (12 juin 2018)
  • Prix : 7,80€

AVIS

C’est d’abord la très jolie couverture du livre qui m’a attirée et intriguée. Je me suis, en effet, demandé ce que pouvaient bien faire un enfant, un chien et un taureau en pleine forêt ! Puis la lecture du résumé a fini de me convaincre qu’il fallait absolument que je lise cet ouvrage.

La couverture, en plus d’attirer l’attention, représente à merveille l’essence de ce roman : une magnifique histoire d’amitié entre un humain et deux animaux. Il y a d’abord, cette amitié entre Alexandre et sa chienne, Vadrouille, qui le suit partout et veille sur lui avec beaucoup d’attention et d’amour. Puis, il y a cette amitié surprenante et complètement hors norme entre ce jeune garçon et un taureau, Bucéphale !

Alexandre, dont les parents sont éleveurs de taureaux de corrida, a vu naître Bucéphale. Il a donc grandi à ses côtés et a su construire avec ce dernier une belle et solide amitié, faite de tendresse, de complicité et de jeux. Car oui, comme Vadrouille, Bucéphale aime à jouer avec son jeune maître qu’il adore et qu’il considère comme son ami. Quant à Alexandre, il aime ce jeune taureau malgré la désapprobation parentale. Ses parents considèrent, en effet, qu’il n’a pas à s’attacher à un animal par nature agressif et destiné à être vendu et sacrifié lors d’une corrida.

On suit ce trio improbable, mais attachant, couler des jours heureux jusqu’à ce que la réalité se cachant derrière le travail des parents d’Alexandre vienne mettre en péril cette jolie harmonie. Bucéphale a grandi et Bucéphale est maintenant prêt à être vendu pour mourir dans une arène… Mais c’était sans compter sur la volonté sans faille d’Alexandre prêt à tous les sacrifices pour sauver son ami !

Le jeune garçon, accompagné de Vadrouille et de Bucéphale, se lance dans un périple à destination des Alpes avec la ferme intention de mettre une grande distance entre son ami et ses parents. Sur la route, il affrontera de multiples dangers notamment ceux inhérents à un voyage en pleine nature, il subira la faim, la soif, la fatigue, et fera des rencontres, certaines plus sympathiques que d’autres. Durant ses aventures, jamais Alexandre ne doutera de sa décision de fuir, car il sait que renoncer signifierait la mort de son ami. Alors malgré la peur et ses blessures, il profite de chaque instant avec ses amis…

Derrière les craintes qu’on ne peut que ressentir pour Alexandre, un enfant de 12 ans n’ayant rien à faire sur les routes, on ne peut que saluer son courage et sa détermination à sauver son ami. J’ai tremblé pour lui, j’ai été admirative de sa pugnacité et de sa lutte incessante pour assurer la survie de son ami, j’ai été touchée par la manière dont il a su naturellement et en toute simplicité, créer des liens avec Bucéphale… En d’autres mots, Alexandre est un personnage qui m’a beaucoup émue et qui devrait séduire les enfants et les adultes.

J’ai également apprécié la manière dont l’autrice a réussi à faire passer un message clair et fort contre la corrida sans jamais tomber dans l’agressivité. Plutôt qu’égrener des arguments contre la corrida, elle nous fait comprendre toute l’injustice de cette pratique à travers une jolie histoire d’amitié mise en péril par une menace pesante envers un animal qu’on apprend à aimer et à vouloir protéger. Au fur et à mesure que l’on découvre Alexandre et Bucéphale et les liens forts qui les unissent, il devient juste impossible de légitimer une pratique venant condamner à la souffrance un animal aussi gentil, affectueux et capable d’émotions. De la même manière, on en vient à s’interroger sur la supposée agressivité des taureaux tant décriée par les parents d’Alexandre dans le roman, et par les aficionados dans la réalité.

Les parents du jeune homme se montrent odieux tout au long du roman défendant la corrida sans jamais prendre le temps d’écouter leur fils, et la douleur qu’il ressent à l’idée de voir souffrir et mourir son ami. Englués dans leurs certitudes et justifiant leurs actes par la « tradition », ils nient avec véhémence la triste réalité : derrière chaque animal mis à mort dans une arène, se cache un être sensible ressentant des émotions et la douleur. En tant qu’adulte, on comprend qu’ils ne veulent pas renoncer si facilement à leur gagne-pain, mais en tant que personne, on ne peut pas s’empêcher de penser que gagner de l’argent en faisant souffrir des animaux n’en est pas moins intolérable…

L’autrice a, en outre, mis en lumière une chose que je n’ai jamais supportée : cette manière de vendre la corrida comme quelque chose de noble et de glorieux quand il n’y a que barbarie, souffrance et sang ! Une distorsion de la réalité dont va progressivement se rendre compte Alexandre qui passera de grand amateur de corridas, comme ses parents, à son plus fervent opposant. Cette évolution, en plus de montrer la grande force de caractère du jeune homme, nous prouve que les mentalités peuvent toujours changer. Un message d’espoir relayé par la fin qui, je l’espère, deviendra un jour réalité.

Ce livre ne transformera pas tous les adeptes de la corrida en défenseurs de la cause animale, mais je suis certaine qu’il pourra sensibiliser les enfants à la souffrance animale, voire certains adultes. Le roman étant destiné aux enfants à partir de 11 ans, l’autrice explicite clairement ce qui se passe dans une arène, mais ne s’étend pas sur les détails, et ne donne pas des informations qui pourraient choquer des enfants impressionnables. Quant à son style d’écriture, il est très agréable à lire et plutôt soigné, ce qui n’est pas toujours le cas dans la littérature jeunesse. La plume étant accessible sans être enfantine, le livre pourra être lu par un public très large d’autant que la souffrance animale est un thème universel qui concerne chacun d’entre nous…

En conclusion, Marjolaine Pauchet nous offre ici bien plus qu’un livre jeunesse, elle nous propose un plaidoyer vibrant de justesse et de sensibilité contre la souffrance animale, et cette barbarie qu’est la corrida. À recommander à tous les enfants et aux adultes qui s’interrogent sur cette pratique, qui n’ont pas d’avis sur le sujet ou qui souhaitent simplement suivre une amitié hors norme qui les fera passer par mille émotions.

A noter que l’autrice a décidé de reverser 6% des bénéfices du livre à la lutte contre la corrida.

Et vous, envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site des Édition de la Goutte d’Étoile.

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Et mon cœur transparent, Véronique Ovaldé

J’ai lu Et mon cœur transparent de Véronique Ovaldé dans le cadre du Challenge Mystère. Il s’agit d’un roman que j’ai eu la chance de remporter sur Twitter grâce aux éditons J’ai lu et à Baz’art.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sait-on jamais avec qui on vit ? Lorsque Lancelot apprend la mort de sa femme, qu’il aimait à la folie, son univers s’écroule. Et il va vivre un a Très Grand Choc Supplémentaire a en découvrant qu’Irina n’était que mystères. Malgré la violence de son chagrin, l’homme décide d’enquêter sur celle dont il ignorait tout, qui posait des bombes, qui était orpheline d’un père bien vivant, celle qui est morte dans la voiture d’un inconnu.

  • Poche: 221 pages
  • Éditeur : J’ai lu (24 août 2009)
  • Prix : 6,80€

AVIS

Je vais avoir quelques difficultés à vous parler de cette lecture qui m’a, par bien des aspects, décontenancée à commencer par la plume de l’autrice. C’est le premier ouvrage que je lis de cette dernière et je dois bien admettre que son style est particulier et tout en contradiction. À commencer par cette manière assez étrange d’allier poésie des mots et des images et brutalité d’un style parfois à la limite du robotique. Le résultat met parfois mal à l’aise, séduit, dérange, mais il est surtout hypnotique. Alors que je n’ai pas apprécié cette impression de dépersonnalisation dans la narration, j’ai pourtant été happée par ma lecture désirant en apprendre plus sur Lancelot et sa mystérieuse défunte femme.

Lancelot apprend, en effet, que sa chère et tendre Irina est morte dans un accident de voiture. Ce premier choc passé, il lui faudra faire face à des révélations comme la présence d’un autre homme au moment de sa mort, la découverte de recettes plutôt explosives, l’apparition d’un prétendu père pourtant supposé mort... Des révélations qui vont le pousser dans ses retranchements, le perturber, mais surtout le confronter à une terrible et angoissante vérité : il ne connaissait pas sa propre femme ! À mesure qu’il essaie de reconstituer le puzzle de la vie de son épouse, l’image de celle-ci vacille entre réminiscences des moments heureux et moments de doute. Connaît-on vraiment la personne avec laquelle on vit ?

Une question qui va tarauder Lancelot et qui va le conduire sur une route dangereuse, celle de la vérité, mais aussi de la découverte de soi. Le lecteur est ainsi témoin muet des pensées et tergiversations d’un homme anéanti autant par la mort de sa femme que le constat que celle qu’il pensait connaître était en fait une parfaite inconnue. À travers ses souvenirs, on se rend néanmoins compte que plusieurs éléments auraient dû lui mettre la puce à l’oreille… Mais Lancelot, homme passif qui tend plus à passer à côté de sa vie qu’à la vivre pleinement, a préféré se laisser bercer par l’illusion d’une félicité conjugale qu’une princesse en détresse lui a fait miroiter.

C’est d’ailleurs bien là le problème : encore sous le joug des souvenirs de son enfance avec une mère défaillante et abandonnée par tous les hommes de sa vie, Lancelot s’est lancé dans sa relation avec Irina comme il se serait lancé dans une opération de sauvetage. Est-ce qu’en la rendant heureuse, il s’imaginait un peu sauver sa mère ? Peu importe finalement, car le résultat est là et implacable : à trop vouloir jouer les chevaliers servants au secours de la demoiselle en détresse, il s’est surtout retrouvé dans le rôle du bouffon du roi. Et pourtant, difficile d’incriminer totalement sa femme puisqu’on a l’impression qu’elle s’est simplement adaptée à ce qu’il attendait d’elle… Est-ce que s’il avait été plus à l’écoute des véritables attentes et besoins de son épouse, les choses auraient été différentes ? Difficile, voire impossible de savoir, mais c’est une question qu’on ne peut que se poser.

Lancelot est un personnage auquel il est fort difficile de s’attacher, et ceci, malgré la mort de sa femme. Ni sympathique, ni vraiment antipathique, il est juste d’une fadeur écœurante bien que certaines de ses réactions laissent entrevoir un homme capable de sentiments violents. Mais ce qui m’a vraiment perturbée, c’est que je n’ai pas réussi à ressentir sa peine pour la simple et bonne raison que je n’ai pas cru à son amour pour Irina. On a cette impression qu’il a été attiré par son côté femme au passé difficile et par sa beauté. Quand il parle d’elle, c’est bien souvent son physique et sa capacité de séduction qui sont mis en avant comme si plus que l’amour, c’était la joie de posséder un joli objet qui le poussait à chérir sa femme. D’ailleurs, M. ne faisait jamais l’amour à cette dernière, il la baisait…

Quant à Irina, j’ai regretté que son passé ne soit pas plus exploité, fouillé, décortiqué… On a quelques révélations sur ses activités militantes, mais rien qui ne soit vraiment développé alors qu’il y aurait eu tellement à dire. C’est probablement le point qui m’a le plus dérangée. C’est tellement dommage de nous avoir fait miroiter l’histoire d’une femme et de ses fascinants secrets pour finir par se focaliser sur les pensées d’un mari fade et mou. Il évolue certes un peu au cours du roman et de ses désillusions, mais il se laisse quand même bien porter par les événements… Cela m’a d’ailleurs parfois donné l’impression d’être face à un enfant en quête d’une figure d’autorité capable de remettre sa vie sur les rails et de prendre les grandes décisions pour lui.

Si j’ai été déçue par le fait que le personnage d’Irina ne nous ait pas dévoilé tous ses secrets, l’autrice ayant préféré se focaliser sur les pensées de son mari, j’ai beaucoup aimé la fin. Elle a un côté cynique qui n’est pas pour me déplaire et qui met parfaitement en exergue la complexité de cette femme qui va, d’une certaine manière, mourir de ses contradictions !

Face au caractère presque irréel d’Irina, on ne sera pas surprise que l’autrice fasse quelques incursions dans le fantastique, des objets ayant tendance à disparaître dans la vie de Lancelot. Ce point m’a laissée songeuse, car je n’ai pas réussi à déterminer s’il s’agissait d’une métaphore, d’une réelle volonté d’ajouter un peu de fantastique ou des divagations d’un homme qui passe tellement à côté de sa vie, qu’il ne voit pas le monde changer tout autour de lui, un peu comme s’il y avait un décalage entre la réalité et la sienne.

En conclusion, porté par une plume atypique pouvant se révéler aussi froide et robotique que poétique et chaleureuse, Et mon cœur transparent est un roman qui ne devrait pas vous laisser indifférents. À travers l’histoire d’un homme confronté à la mort de sa femme et aux secrets de son existence, l’autrice nous confronte à une obsédante pensée : connaît-on les personnes avec lesquelles on vit ? Mais à l’issue du roman, on en vient à s’en poser une bien plus terrifiante : se connaît-on soi-même avant d’avoir été confronté au pire ?

Et vous, envie de découvrir Et mon cœur transparent ?

 

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L’héritage, Adeline Neetesonne

Aucun texte alternatif disponible.

Découvert par hasard, j’ai craqué pour la superbe couverture de L’héritage d’Adeline Neetesonne.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Difficile de résister à un fabuleux héritage offert sur un plateau d’argent.

Quand Alexandra apprend qu’une tante éloignée vient de décéder et lui lègue tous ses biens, elle a l’impression de vivre un rêve. Hélas, son existence va virer au cauchemar lorsqu’elle découvre que ce prétendu cadeau n’est rien d’autre qu’un piège machiavélique orchestré par d’étranges et dangereuses créatures…

  • Broché: 130 pages
  • Editeur : Sharon Kena (28 août 2014)
  • Prix : 9.50€
  • Autre format : ebook

AVIS

Hériter d’une maison et d’une jolie somme d’une tante inconnue ? Voilà une nouvelle qui va, dans un premier temps, surprendre Alexandra avant de franchement la ravir. À l’étroit dans un petit appartement aux côtés d’un compagnon avec lequel il n’y a plus cette petite étincelle qui fait chavirer le cœur, la jeune femme est ravie du tournant inattendu que prend sa vie. Elle va donc s’investir corps et âme dans cette maison délabrée que sa tante lui a léguée d’autant qu’elle devine sans peine son énorme potentiel une fois les travaux terminés.

Installée dans sa nouvelle demeure en travaux, Alexandra, au-delà de l’excitation d’une nouvelle vie débarrassée de la peur du lendemain, commence à ressentir des choses étranges et à faire des cauchemars… La situation prend une tournure franchement inquiétante quand elle tombe sur un journal intime, ou cahier de bord, dans lequel sa tante raconte sa vie. Une vie dans laquelle des entités, des esprits et des créatures se disputent son attention. Et le plus troublant, c’est qu’Alexandra commence elle aussi à voir ces esprits et cette créature qui inquiétait tant sa tante : Demnius. Il y a aussi François, un être mi-humain mi-fantôme qui, comme il l’avait fait avec sa défunte tante, requiert sa protection…

Gros point fort de ce roman, l’atmosphère qu’a su créer l’auteure, une ambiance à la fois mystérieuse et inquiétante. On se pose très vite des questions sur ces esprits qui errent dans la maison et qui semblent vouloir obtenir quelque chose d’Alexandra. Et puis, il y a Demnius qui, sous des airs affables, commence de plus en plus à faire peur à la jeune femme. Une peur qui monte crescendo et qui rend l’ambiance presque étouffante. On comprend alors l’envie de fuite d’Alexandra qui ne désire qu’une chose, retourner dans son ancien appartement afin de retrouver un semblant de paix et de sécurité. Mais elle va rapidement découvrir qu’il est trop tard, son sort est dorénavant irrémédiablement lié à cette maison, un cadeau empoisonné, qui prend de plus en plus des allures de cage… 

Aimant bien les histoires de fantômes et d’esprits, j’ai apprécié de découvrir les créatures imaginées par l’auteure ainsi que son utilisation d’un classique des films d’horreur, qui m’a d’ailleurs souvent donné des sueurs froides, les miroirs. Ici, aucune tête n’apparaît dans les miroirs afin de provoquer des sursauts chez les lecteurs, mais des messages menaçants qui somment Alexandra de rentrer. Qui les envoie ? Aucune certitude bien que la jeune femme ait une petite idée sur la question…

Mais a-t-elle vraiment su cerner le danger et pris la mesure des menaces qui pèsent sur elle et sur la personne qui compte le plus pour elle ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais je peux d’ores et déjà vous dire de ne pas vous fier aux apparences. L’auteure nous offre, en effet, une histoire où tout n’est que faux-semblant et où faire confiance à quelqu’un devient le meilleur moyen de perdre la tête. D’ailleurs, si j’avais anticipé l’un des retournements de situation, la grande révélation du roman m’a complètement surprise. C’est assez tordu et ça prouve que les voies des créatures maléfiques sont impénétrables !

La fin m’a également prise de court et ne pourra que marquer les esprits, l’auteure ne ménageant vraiment pas son héroïne ! Seul l’épilogue m’a un peu déstabilisée : il laisse entrevoir une suite au roman à moins que ce soit là un moyen pour l’auteure de stimuler l’imagination de ses lecteurs. J’espère, pour ma part, qu’une suite est prévue, Adeline Neetesonne ayant tous les ingrédients en main pour nous offrir une série addictive avec de l’action, de l’horreur, un duo atypique…

Quant à la plume de l’auteure, elle est fluide et plutôt immersive, ce qui rend la lecture fort agréable. Il n’y a pas de longues descriptions, mais les informations données sont assez développées pour nous permettre de nous immerger dans l’histoire et de ressentir toute l’angoisse d’Alexandra. On finit même par partager ce sentiment de panique à l’idée d’être pris au piège par des créatures surnaturelles aux desseins plutôt flous…

La seule chose qui m’a un peu moins convaincue est la relation entre Alexandra et son compagnon. Elle souffre, à mon sens, de quelques incohérences, ce qui est dommage, car cela nuit à l’empathie que l’on devrait ressentir devant les événements qui frappent de plein fouet le couple. Mais rien de bien gênant d’autant que l’aspect romance n’est que très peu développé, le compagnon étant surtout utilisé pour apporter un côté encore plus dramatique à la nouvelle vie d’Alexandra. Si vous pensiez que l’argent fait le bonheur, vous devriez, avec ce roman, reconsidérer votre avis…

Pour conclure, L’héritage donne tout son sens à la notion de cadeau empoisonné ! D’une plume fluide et immersive, l’autrice nous transporte, en effet, dans une histoire à l’ambiance angoissante où les apparences sont trompeuses. Alors si vous aimez les histoires de fantômes et autres créatures machiavéliques, et si vous aimez être menés par le bout du nez, ce roman est fait pour vous.

Photo issue du site de l’auteure

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Et vous, envie de craquer pour L’héritage d’Adeline Neetesonne ?

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