L’Ours et le Rossignol, Katherine Arden

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir L’Ours et le Rossignol de Katherine Arden, une lecture qui m’a enchantée de la première à la dernière page. Et cela ne gâche rien, la couverture est superbe !

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au plus froid de l’hiver, Vassia adore par-dessus tout écouter, avec ses frères et sa sœur, les contes de Dounia, la vieille servante. Et plus particulièrement celui de Gel, ou Morozko, le démon aux yeux bleus, le roi de l’hiver. Mais, pour Vassia, ces histoires sont bien plus que cela. En effet, elle est la seule de la fratrie à voir les esprits protecteurs de la maison, à entendre l’appel insistant des sombres forces nichées au plus profond de la forêt. Ce qui n’est pas du goût de la nouvelle femme de son père, dévote acharnée, bien décidée à éradiquer de son foyer les superstitions ancestrales.

Inspiré de contes russes, L’Ours et le Rossignol a su en garder toute la poésie et la sombre cruauté. C’est le premier roman de Katherine Arden.

Denoël (17 janvier 2019) – 368 pages – 21,90€ (broché) – 15,99€ (ebook)
Traduction : Jacques Collin

AVIS

Ce roman nous plonge, dès les premières pages, dans la Russie, celle des contes qui vit au rythme de ses mythes, de ses légendes et de son folklore. Il en résulte un dépaysement total et glacial qui, un peu à l’image de Morozko le Roi de l’Hiver, se veut, tour à tour, cajoleur et menaçant. Katherine Arden nous invite donc à découvrir tout un folklore passionnant peuplé de créatures magiques qui peuvent se montrer aussi bienveillantes que sournoises et dangereuses. La plupart d’entre elles m’étant inconnues, j’ai pris un immense plaisir à les découvrir. Certaines, à l’instar de la Roussalka, une créature des eaux, m’ont d’ailleurs fascinée quand d’autres comme le Domovoï, protecteur des foyers, m’ont attendrie un peu comme a su le faire Dobby dans Harry Potter.

Mais ce que j’ai certainement le plus apprécié, c’est la relation particulière que noue Vassia, notre jeune héroïne, avec ces êtres de contes et de légendes qu’elle est capable de voir. Consciente de leur importance pour la sûreté de son village, elle veillera ainsi à entretenir de bonnes relations avec ceux-ci, malgré une belle-mère austère et dure qui ne tolère pas vraiment cette incursion dans le fantastique. Il faut dire que capable également de voir au-delà du visible, cette femme considère plus cette capacité comme l’expression du diable que comme une bénédiction.

L’Ours et le Rossignol nous offre un très bel univers magique qui derrière sa beauté n’en cache pas moins danger, peur et envie. Et des dangers, Vassia va devoir en affronter qu’ils soient d’ordre naturel ou surnaturel. Il y a d’abord le problème de cet asservissement qui la guette comme il guette chaque femme : dans cette Russie moyenâgeuse, les devoirs des femmes sont nombreux, les libertés quasi absentes. Il est ainsi demandé à Vassia, une fois en âge de se marier et de procréer, de choisir entre prendre époux ou entrer dans les ordres quand bien même elle aspirerait à tout autre chose. Un sort révoltant qu’elle refusera coûte que coûte, la jeune femme étant, dès ses premières années, éprise de liberté.

À travers cette héroïne aussi fougueuse que les chevaux qu’elle aime tant, difficile de ne pas voir une ode à la liberté et à l’émancipation des femmes. Contre l’avis de son père, contre l’influence grandissante d’un prêtre et de la foi chrétienne, contre les conventions et contre toutes ces personnes qui veulent décider pour elle de sa vie, Vassia va s’élever et se donner les moyens de faire entendre sa voix. Vous aurez donc compris que j’ai adoré cette enfant que l’on voit grandir et prendre en main son destin malgré les obstacles qui ne manqueront pas de se dresser sur son chemin.

Ce refus constant et inflexible de se plier aux normes est courageux si l’on considère cette société patriarcale qui transforme une femme indépendante en sorcière. Mais il force carrément le respect quand l’on sait à quels dangers surnaturels s’expose Vassia pour protéger les siens et son village des démons et d’une force obscure qui se rapproche et gagne en force. Je n’en dirai pas plus sur ce point si ce n’est que le principal antagonisme du récit est aussi insaisissable que glaçant. La jeune femme affrontera moult épreuves avec toujours beaucoup de courage et, reconnaissons-le, parfois une certaine impétuosité qui frôle l’inconscience ! L’autrice a donc su créer un personnage entier qui se fond parfaitement dans ce récit baigné d’ombres et de mystères. À contexte exceptionnel, femme exceptionnelle !

Vassia est un personnage qui fascine et qui attire par sa force de caractère, et qui touche par son côté profondément humain. Elle est forte et intrépide, mais elle a également besoin du soutien et de l’amour de ses proches. J’ai ainsi beaucoup aimé sa relation complexe avec son père. Juste, mais dur, autant avec ses enfants que les membres de son village, celui-ci va tout faire pour protéger sa fille allant jusqu’à essayer de l’enfermer dans une prison, dorée certes, mais une prison quand même. Ce qui est intéressant avec ce personnage, c’est que l’on constate que s’il tend comme les autres à vouloir enfermer sa fille dans un rôle qui ne lui convient pas, il le fait plus par volonté d’assurer sa sécurité que par conviction sur sa supposée infériorité. Il oscille donc entre fierté devant ce que Vassia sait faire, et volonté de la remettre sur « le droit chemin ». Bien sûr, certains de ses propos sexistes ( il reste un homme formaté par son contexte culturel et historique) et sa manière de ne pas voir à quel point sa nouvelle femme déteste sa fille m’ont hérissé le poil, mais c’est un personnage tout en nuances qui évite le cliché du père abusif. Quant à Aliocha, un des frères de Vassia, j’ai adoré le soutien inconditionnel qu’il lui porte. Sans la juger, mais toujours en l’épaulant de son mieux, ce sera un véritable allié pour cette dernière. La complicité frère/sœur m’a donc beaucoup touchée et apporte une certaine douceur à un récit qui, sans baigner dans le sang, comporte néanmoins sa part de noirceur.

Dans ce roman, il est question de quête de soi et d’identité, de famille, de mythes et légendes, mais aussi de religion, et de la manière dont la progression d’une religion monothéiste comme le christianisme a pu modifier profondément la société. Le village de Vassia vivait fastueusement et joyeusement en mêlant croyances chrétiennes et rites anciens sans que cela ne pose le moindre problème. La croyance relativement récente en un dieu unique n’empêchait donc pas, par exemple, de laisser des offrandes aux esprits de la maison pour s’assurer de leur bienveillance et de leur protection. Mais la situation va progressivement changer à l’arrivée d’un prêtre animé par une soif de pouvoir immense et une foi tournant à l’extrémisme. Persuadé de devoir sauver ses ouailles de la perdition, et plus particulièrement Vassia pour laquelle il développera une relation de haine/attirance, il finira par instaurer le règne de la peur, de la colère, de la suspicion et de la violence. Grâce à ce personnage complexe qui semble bien souvent en proie à ses propres démons et à cette fierté qui obscurcit son jugement, l’autrice nous offre non pas une critique de la religion en tant que telle, mais une dénonciation subtile et éclairée de cette foi extrême qui divise et terrifie au lieu d’apaiser et réunir…

Le livre se lit très facilement, la plume de l’autrice naviguant entre rudesse de l’hiver, beauté du froid et lyrisme d’un poème. Le style est donc très agréable à lire tout en demeurant très accessible. Je pense néanmoins que les lecteurs en recherche d’une histoire menée tambour battant avec des batailles épiques pourraient être déçus. Nous sommes clairement plus ici dans un conte dont le charme réside autant dans les différents événements que dans le plaisir pris à se plonger corps et âme dans cet univers de glace et de mystère dont la beauté n’a d’égale que sa dangerosité.

En conclusion, L’Ours et le Rossignol est un magnifique conte teinté de magie qui nous plonge avec délectation dans le folklore russe et ses démons plus ou moins sympathiques. Sous fond de magie, de quête de soi et de liberté, Katherine Arden nous propose une jolie épopée, celle d’une enfant exceptionnelle qui grandit et évolue, se bat pour les siens et ses idéaux, mais aussi pour ce qu’on a toujours refusé aux femmes, la liberté et le droit de choisir sa vie !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne.

 

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Proxima du Centaure, Claire Castillon

Couverture Proxima du centaure

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Je l’appelle Apothéose parce qu’il n’y a aucun prénom logique à lui mettre sur le visage. Je la klaxonnerai avec ma tête jusqu’à ce qu’elle se retourne. Un jour, elle me dira son vrai prénom, à l’oreille, elle le prononcera avec le souffle. Son souffle réveillerait un mort. En attendant, de là où je me trouve, je kiffe à fond dès que je pense à elle. »

Tous les matins, Wilco regarde Apothéose passer sous sa fenêtre. Jusqu’à ce qu’un jour, il se penche tellement qu’il tombe.

Éditions Flammarion (7 février 2018) – 223 pages – Broché (13€) – Ebook (9.99€)

AVIS

Attirée par sa couverture, j’ai eu envie de découvrir Proxima du centaure dont le résumé reste finalement assez évasif. C’est donc sans trop savoir à quoi m’attendre que je me suis plongée dans cette histoire qui m’a autant émue et touchée que déstabilisée, le récit étant, somme toute, plutôt atypique.

Nous faisons la connaissance de Wilco, un adolescent qui a une passion dans la vie, Apothéose, une jeune fille qu’il a nommée ainsi et qu’il aime beaucoup suivre du regard quand elle passe sous la fenêtre de sa chambre. Et puis un jour, c’est le drame, le jeune homme tombe des cinq étages qui le séparent du sol. La chute est rapide, brutale et irrémédiable.

Les lecteurs passent ainsi sans transition, ou presque, de sa chambre d’adolescent à sa chambre d’hôpital où les jours, les semaines puis les mois s’écouleront. Wilco est heureusement entouré de sa famille, à commencer par ses deux parents dont il prend, petit à petit, la mesure des liens profonds qui les unissent. Il y a aussi sa sœur Andréa qui a fait vœu de chasteté jusqu’au retour de son petit frère dans l’appartement familial. Seul le meilleur ami du jeune homme brille par son absence, mais ce n’est pas grave, il a une mission à remplir : amener à son chevet Apothéose, l’amour de sa vie.

Alors que le sujet est grave, l’autrice nous offre une très belle histoire emplie d’amour qu’il soit familial ou amical. On ne peut ainsi qu’être touché par cette famille qui essaie d’avancer et qui croit jusqu’au bout au rétablissement de Wilco. Les parents paraîtront parfois à côté de la plaque minimisant l’état de santé de leur fils ou se concentrant sur des détails sans importance, mais on comprend très vite que c’est simplement le moyen pour eux de continuer à avancer sans s’effondrer…

Dans ce huis clos qui se déroule dans une chambre d’hôpital, le lecteur assiste au déroulement de l’hospitalisation de Wilco qui ne peut plus parler ni bouger, mais qui est conscient de ce qu’il se passe autour de lui. Son corps en miettes ne l’empêche donc pas d’avoir l’esprit alerte et affûté. Le jeune homme ne manque également pas d’humour, ce qui lui permet de prendre un certain recul sur son accident et sa vie.

Cette prise de distance dans la narration m’a toutefois empêchée de m’attacher tout de suite à lui, mais au fil du récit et des souvenirs que Wilco partage avec nous, j’ai fini par le voir comme un ami ou un lointain cousin. On finit donc par avoir de la tendresse pour cet adolescent à l’humour parfois cocasse, et on ne peut s’empêcher de rêver à ses côtés. Il faut dire que si son corps est cassé en mille morceaux et immobile dans une chambre d’hôpital, son esprit, quant à lui, vagabonde librement hors des murs de sa chambre. Entre rêves, fantasmes et réalité, l’adolescent nous plonge ainsi sans retenue dans son esprit, un esprit de battant et de rêveur qui lui permet de faire face à la situation avec un certain aplomb !

J’ai tout de suite été séduite par la plume très originale de l’autrice, mais je pense qu’elle ne plaira pas tout le monde. Simple, mais parfois semblant appartenir à un autre monde, elle correspond assez bien à Wilco, un garçon cloué dans son lit d’hôpital, mais dont l’esprit s’évade à la moindre occasion. Vous pourrez donc avoir cette impression d’une plume concrète, ancrée dans le présent,  qui s’envole parfois vers d’autres horizons. Cela peut paraître déstabilisant, mais une fois la surprise passée, j’ai apprécié le style à la fois froid et poétique de Claire Castillon.

En conclusion, pas de pathos, mais de l’émotion, voilà ce que nous offre l’autrice avec Proxima du Centaure. L’histoire aurait pu être triste, elle se révèle belle, parfois absurde, parfois difficile, mais jamais larmoyante. À travers l’histoire d’un jeune homme dont la vie va prendre une tournure inattendue, l’autrice aborde des thèmes comme l’amitié, les premiers émois amoureux, la famille, la séparation, la culpabilité, et l’amour inconditionnel qui permet à une famille d’être unie même dans la douleur…

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Anima, tome 1 : Les enfants, Mary Sara (Prix des auteurs inconnus 2018)

Couverture Anima, tome 1 : Les enfants

J’ai lu Anima : Les enfants de Mary Sara dans le cadre du Prix des auteurs inconnus 2018, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

Au pays de Ryatil vit Evahny, une jeune fille dont la curiosité ne connaît aucune limite. Elle ne cesse de questionner sa mère Sorhia, reine de cette contrée, sur le monde qui l’entoure mais plus encore sur la fameuse Quête de la Moitié. De jour en jour, la petite fille ressent un vide qu’elle ne peut décrire et comprend bien que sa vie risque d’être chamboulée… Elle et son frère Sajyel découvrent en réalité qu’ils font partie de l’ultime Quête de l’Anima. Une tradition qui trouve ses origines au sein du peuple des Thuatyls et qui lie chaque existence à un Anima, la moitié d’une âme, son souffle, son essence même. De son côté, la reine s’interroge sur l’imminence de la Quête, étonnamment précoce pour ses enfants. Avec l’aide de son mage de bataille Thanius, elle doit les préparer aux dangers de la Quête… Accompagnés de Lekhal, un Élu déchu, Evahny et Sajyel devront accomplir leur destin et rétablir l’équilibre d’un monde sous le joug d’une malédiction vieille de vingt ans…

Librinova (18 mai 2018) – 250 pages – Ebook (2.99€) – Broché (17.90€)
Emprunt abonnement kindle disponible 

TRAILER

AVIS

Mary Sara nous offre ici un très beau roman à l’univers riche et complexe que l’on imagine sans peine se dessiner sous nos yeux. Les descriptions sont lumineuses, le vocable précis et imagé, les phrases soignées… Il se dégage indéniablement une certaine poésie, voire un certain onirisme, de cette ambiance enchanteresse dans laquelle nous plonge l’autrice ! Ce sentiment de vivre un rêve éveillé est exacerbé par la découverte de la Quête de l’Anima, une quête que des Élus doivent entreprendre afin de trouver leur moitié qui peut être aussi bien un animal ordinaire qu’un animal légendaire comme un dragon.

Cette tradition ancestrale, qui n’est pas sans danger, effraie Sorhia, reine de Ryatil, qui aurait aimé épargner à sa fille Evahny, et à son fils adoptif Sajyel, cette épreuve qu’elle a déjà elle-même traversée. Mais face à l’inéluctable, cette mère aimante qui aura tout fait pour protéger ses enfants appelés bien trop tôt à trouver leur moitié, sera contrainte, avec l’aide d’autres personnages, de les préparer à affronter leur destin. Si la situation pousse la reine dans ses retranchements, parfois à la limite de la folie, elle aura le mérite de renforcer la complicité entre Evahny et Sajyel.

Ces deux enfants m’ont touchée, leur relation fraternelle étant très belle, mais c’est bien la personnalité extravertie d’Evahny qui m’a le plus marquée. La jeune fille possède tous les atouts que j’aime retrouver chez une héroïne de fantasy : de la curiosité, une grande soif d’apprendre, de l’intelligence, un caractère affirmé qui n’exclut pas une certaine capacité de raisonnement… Amusante, elle se distingue donc de son frère, plus posé et plus réfléchi bien qu’au fil des pages, on se rendra compte que les apparences sont parfois trompeuses.

Ce premier tome étant un tome introductif, l’autrice prend le temps de nous dévoiler les nombreux protagonistes que l’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue, et les liens qui les unissent. On a donc parfois le sentiment de suivre des histoires en parallèle avant que le puzzle se reconstitue progressivement nous permettant de constater que chaque personnage a parfaitement sa place dans le récit. Ce roman à plusieurs voix offre une galerie de personnages variée et complexe que l’on prend plaisir à découvrir. Certains individus se montrent touchants par leur passé, leurs blessures et leurs attentes, d’autres inquiètent franchement par la noirceur qui semble les pervertir, quand d’autres, plus ambivalents, provoquent des réactions à mi-chemin entre la tendresse et l’agacement.

Chose rare pour un livre de fantasy et/ou de young adult, les adultes/parents se comportent en tant que tel et ont un vrai rôle à jouer ! Comme dans la vraie vie, ils ne sont pas parfaits et commettent des erreurs, mais j’ai apprécié de ne pas me retrouver avec une énième histoire où de jeunes enfants sont livrés à eux-mêmes. Cela confère un certain réalisme au roman.

Anima est donc un roman qui a su me séduire par la qualité de la plume de l’autrice, ses personnages complexes et profondément humains, par la mythologie autour de la Quête de l’Anima et de ses enjeux, mais aussi par l’aura de mystère qui plane sur l’histoire. On s’interroge notamment sur cette mystérieuse malédiction qui conduit des individus à ne plus se souvenir de leur enfance, ou encore sur la disparition des enfants sans que personne ne sache ou ne fasse rien… D’autres interrogations ne manqueront pas de vous assaillir durant votre lecture, cette nouvelle Quête de l’Anima, spéciale à bien des égards, semblant encore receler bien des mystères.

Ce suspense devrait, comme ce fut le cas pour moi, vous donner envie de tourner les pages les unes après les autres. Bien qu’il n’y ait pas d’action à proprement parler, je me suis donc surprise à lire chapitre après chapitre avec un intérêt croissant. Toutefois, il y a un point qui m’a gênée, ce sont les relations amoureuses entre les adultes ou plutôt leur passé amoureux et les conséquences sur le présent. Au-delà du côté révélation qui a son intérêt pour maintenir éveillée l’attention du lecteur, j’ai parfois eu l’impression qu’on tombait dans le mélodramatique. Je reconnais néanmoins que cela donne l’occasion à l’autrice de mettre en scène des femmes à la personnalité éclatante qui ne se laissent pas faire, et qui sont prêtes à tout pour protéger les leurs.

En conclusion, Anima est un roman qui nous plonge dans un univers passionnant et poétique empreint de magie, de mystère, et façonné autour d’une mythologie fascinante. À travers l’histoire d’enfants Élus et d’anciens Élus devenus adultes, Mary Sara déploie sous nos yeux une intrigue complexe dont on prend plaisir à dénouer les fils. De révélations en découvertes sur ce monde plein de promesses et de dangers, vous ne devriez pas voir le temps passer. Voici donc un roman de fantasy qui, bien que classé en young adult, devrait séduire un large public.

Découvrez le roman sur LibrinovaSite de l’autrice

Prix des Auteurs Inconnus logo

Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti

J’ai lu Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, aux éditions Actes Sud, dans le cadre du Challenge mystère dont le thème de janvier était : Lire un roman contemporain.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Actes Sud (30 mars 2009) – 253 pages – Poche (7.70€) – ebook – audiobook

AVIS

Si cette histoire d’amour, assez différente de celles que j’ai pu lire jusqu’à présent, ne m’a pas transportée, j’en ai toutefois apprécié l’originalité. Ici, point de coup de foudre au premier regard, mais des premières rencontres emplies d’exaspération ! Désirée, jeune veuve, ne supporte plus le mauvais goût avec lequel est décorée la tombe d’à côté de celle de son défunt mari. Quant à Benny, il n’apprécie guère plus cette pimbêche qui semble le toiser quand il vient se recueillir sur la tombe de sa mère.

Les regards pleins de mépris et de défiance vont néanmoins, petit à  petit, laisser place aux sourires puis à une histoire d’amour plutôt mouvementée. Il faut dire que la rencontre entre ces deux personnages est placée sous le choc des cultures ! Désirée est une citadine dans l’âme quand Benny est un agriculteur dont la vie tourne entièrement autour de la ferme familiale. Source de non-dits et de tensions non apaisées, du moins autrement que par une réconciliation sur l’oreiller, cette différence de milieu social et de personnalité, qui aurait pu être une force pour le couple, va finir par le menacer…

L’alternance des points de vue entre Désirée et Benny est intéressante dans la mesure où elle nous permet de comprendre le point de vue de chacun. Et on se rend alors vite compte d’un certain manque de communication entre les deux personnages qui ont une vision de la vie totalement différente. Benny aime les moteurs de camion, il aime la vie à la ferme bien que ses vaches l’épuisent, il aime les choses simples… Désirée adore les livres et son travail de bibliothécaire, elle aime son appartement, la ville, découvrir de nouvelles choses.

Deux cadres de vie très différents qu’il est difficile de concilier surtout quand personne ne semble prêt à faire de concessions ou à s’intéresser à ce que veut l’autre. C’est d’ailleurs un point qui m’a quelque peu exaspérée : chacun construit sa relation dans son coin avec son propre système de valeurs et ses propres attentes en espérant que l’autre accepte de s’y conformer. Difficile dans ces conditions de développer une relation équilibrée, épanouissante et harmonieuse ! Benny espère donc que Désirée abandonne tout, ou presque, pour vivre avec lui dans sa ferme quand Désirée semble complètement déconnectée des obligations et de la charge de labeur qu’un travail d’agriculteur implique. Je reconnais toutefois qu’au fil des pages, Désirée paraît comprendre certaines choses sur ce que représente la ferme pour Benny qui, lui-même, se rend compte que la personne dont il est amoureux n’est pas forcément celle dont il aurait besoin… Un bel exemple de l’adage « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Si ces deux amoureux m’ont parfois agacée, j’ai apprécié l’évolution de leur relation et la volonté de l’auteure de ne pas nous offrir une romance à l’eau de rose qui passerait sous silence les difficultés à concilier deux milieux sociaux très différents. Car en plus de l’aspect romance, il y a un côté roman social, le roman nous dépeignant même si ce n’est que superficiellement, la difficulté du travail d’agriculteur qui demande abnégation et un certain pragmatisme parfois même dans les choses de l’amour… Il est juste regrettable que les personnages manquent cruellement de nuances. Désirée et Benny sont très caricaturaux dans leurs valeurs, comportements, et même loisirs. Ils ne dénoteraient d’ailleurs pas dans une comédie balayant les clichés sur les citadins vs les « campagnards ». Ce point ne m’a pas permis d’apprécier cette histoire à sa juste valeur.

Je l’ai néanmoins lue rapidement, la plume de l’autrice s’étant révélée agréable et simple avec juste ce qu’il faut de relief pour rendre la lecture prenante et plaisante. Katarina Mazetti décrit les choses telles qu’elles sont sans embellissement ni ornements. Les personnages ne sont pas parfaits, ils sont parfois agaçants, parfois touchants, mais ils ne laissent jamais indifférents d’autant que leurs échanges ne sont pas dénués d’un certain humour. Atypique, ce couple m’a surprise jusqu’à la fin du roman avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir. J’avouerai que celui-ci m’a quelque peu gênée dans son aspect assez peu moral, mais j’attends de voir comment l’autrice va le gérer dans le second tome.

En conclusion, Katarina Mazetti nous propose une romance atypique entre deux personnages que tout oppose et qui touchent autant qu’ils agacent. Rapide à lire, et non dénuée d’humour, voici une petite romance qui peut plaire autant aux amateurs du genre qu’aux personnes en quête d’un roman traitant avec réalisme l’évolution d’une relation amoureuse mouvementée avec ses incompréhensions et ses nécessaires concessions…

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10 bonnes raisons d’aimer la maîtresse, Laurence Colin

Je remercie Évidence éditions pour m’avoir permis de découvrir 10 bonnes raisons d’aimer la maîtresse de Laurence Colin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Même si elle fait des efforts pour le cacher, la maîtresse n’est pas celle qu’on croit. Et c’est bien pour ça qu’on l’aime tant !

Évidence éditions (5/12/201/) -56 pages – Broché (8€) – ebook (3.99€)

AVIS

En recherche d’un livre pour le thème de janvier du Challenge Lire en thème (lire un livre avec un chiffre ou un nombre dans le titre), j’ai jeté mon dévolu sur ce petit album dont le titre et le résumé me plaisaient bien.

Un bon choix puisque j’ai passé un joli moment de lecture auprès de ces jeunes élèves qui, il n’y a pas à en douter, ont l’imagination fertile ! À partir de différentes situations, ils imaginent des raisons expliquant le comportement de leur maîtresse, une maîtresse qu’ils aiment beaucoup d’ailleurs. C’est toujours très amusant, voire cocasse, et parfois non dénué d’une certaine logique. Ainsi, si la maîtresse lit des histoires, c’est parce que, comme ses élèves, elle n’aime pas beaucoup travailler, et si elle fait semblant de ne pas entendre la cloche, c’est pour une raison quelque peu inattendue….

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La présentation de l’ouvrage, un dessin d’un côté et quelques lignes de texte de l’autre, le rend très accessible aux jeunes lecteurs qui devraient, en outre, facilement s’identifier aux différents élèves que l’on rencontre au fil des pages. Une petite lecture immersive qui me semble donc parfaite pour les enfants découvrant la lecture même si, bien sûr, la présence d’un adulte pour partager ces petits moments de rire est toujours un gros plus.

Le livre est à destination des enfants à partir de 6 ans, mais cela ne m’a pas empêchée d’en apprécier la lecture. Il faut dire qu’à l’instar de ces ouvrages reprenant les « bons mots » des enfants, cet album apporte un peu de cette fantaisie enfantine qui égaie le quotidien. Quant aux maîtresses et aux maîtres, je ne doute pas qu’ils soient conquis par cet album imaginé par Laurence Colin, maîtresse de profession.

Pour ma part, j’ai été attendrie par ces enfants qui, en plus de nous faire sourire par leurs explications amusantes sur le comportement de leur maîtresse, sont d’une telle tendresse envers cette dernière qu’ils en deviennent touchants. J’espère d’ailleurs que les personnes travaillant avec des enfants ont ou auront la chance d’en rencontrer d’aussi adorables.

J’ai également été séduite par les illustrations lumineuses et tout en rondeurs qui représentent à merveille l’univers de l’enfance. Elles collent donc parfaitement à l’ambiance qui se dégage du livre et contribuent fortement au plaisir que l’on prend à faire défiler ses pages.

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En conclusion, 10 raisons d’aimer la maîtresse est un mignon petit album plein de douceur, de tendresse et d’humour. Riche en dessins, cette lecture familiale devrait séduire petits et grands lecteurs.

Envie de découvrir l’album ? Rendez-vous sur le site de la maison d’édition.

Vice-Vers’Âmes, Muriel Rawolle

Vice-Vers'Âmes par [Rawolle, Muriel]

Je remercie Muriel Rawolle de m’avoir permis de découvrir Vice-Vers’Âmes. 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

À la suite d’une expérience de mort imminente, Samuel, jeune étudiant du XXIe siècle, se retrouve propulsé dans le corps de l’une de ses vies antérieures, Clémence une jeune bourgeoise de 1851, et inversement. Si de son côté, Samuel est d’abord persuadé d’être victime d’effets hallucinogènes, il doit s’adapter tant à la physiologie féminine et à la soumission qu’elle implique qu’à l’absence de technologie du XIXe, ou à ses coutumes matrimoniales. Tandis qu’au XXIe siècle, n’osant confier son désarroi au corps médical de l’hôpital où elle se réveille, Clémence, persuadée d’être amnésique et de se souvenir d’une vie antérieure, tente de s’approprier une enveloppe charnelle, une existence et une époque qu’elle croit siennes jusqu’au jour où le doute n’est plus possible. Car au XIXe, Samuel avec son tempérament et sa personnalité un brin narcissique, transforme la jeune bourgeoise qu’il incarne en une débutante que les salons et quelques grands noms de l’Histoire s’arrachent. Cette course éperdue n’a qu’un but : dans ce siècle où l’ésotérisme se développe, trouver le médium qui lui permettra de revenir à son époque.

Auto-édition – 2018 – 349 pages – Broché (19€) – Ebook disponible

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AVIS

Vice-Vers’Âmes est un roman que j’ai dévoré prise par cette histoire un peu folle d’échange de corps et de voyage dans le temps. On est néanmoins à des années-lumière d’un roman de science-fiction tarabiscoté. Ici, Muriel Rawolle nous invite plutôt à une aventure fantastique, prenant parfois des allures de roman de mœurs, ancrée dans l’histoire.

Suite à un petit dérapage lors d’une soirée, Samuel, jeune étudiant, sexiste, arrogant, dragueur et égocentrique, est propulsé au XIXe siècle dans le corps de Clémence, jeune bourgeoise parisienne peu sûre d’elle et atteinte d’un syndrome qui l’a éloignée des siens et de la bonne société… Bien que tout les oppose, sexe, caractère, milieu social, époque, ces deux âmes en peine se retrouveront donc inextricablement liées. Cette situation incongrue ne sera pas vécue de la même manière par les deux personnages, l’un cherchant à réintégrer son corps alors que l’autre essaiera de se convaincre qu’il a simplement perdu la mémoire et qu’il revit une vie antérieure. Deux approches différentes qui se répercuteront sur la manière d’envisager la suite des événements…

Si j’ai un peu regretté la facilité avec laquelle nos protagonistes s’adaptent à la situation, j’ai, en revanche, adoré les voir, chacun à leur tour, prendre possession de la vie de l’autre. Au cours de leurs (més)aventures, ils feront des rencontres, en apprendront plus sur eux-mêmes et feront des découvertes plus ou moins déconcertantes. Samuel aura ainsi, entre autres, le privilège de découvrir la notion très particulière de la propreté au XIXe siècle quand Clémence sera déstabilisée par la manière assez « cavalière » dont les êtres du XXIe siècle s’expriment et se comportent. Ce décalage entre les personnages et l’époque à laquelle ils sont propulsés rend certaines scènes très drôles et pleines de mordant d’autant que l’autrice n’hésite pas à instaurer, par-ci par-là, quelques touches d’humour.

L’alternance des points de vue entre les deux personnages est parfaitement maîtrisée, insufflant un réel dynamisme à la narration sans toutefois créer un sentiment de frustration : à aucun moment, je n’ai pesté de devoir quitter un personnage pour en retrouver un autre. Néanmoins, contre toute attente, je confesserai avoir préféré suivre Samuel dans ses aventures. Je l’ai, bien sûr, pris en grippe dès les premières pages, mais j’ai aimé la manière dont il réussit à tirer parti de la situation sans se lamenter ni chercher à fuir devant les épreuves qu’il rencontre. Et puis son évolution est intéressante, car réelle et positive, tout en restant limitée et réaliste. Du jour au lendemain, il ne se transforme pas en bon samaritain, mais il comprend ses failles, se rend compte de ses mauvais côtés et ouvre les yeux sur des sujets dont il n’avait cure jusqu’à ce qu’il y soit confronté. Le personnage est cohérent jusque dans son langage même si ce point m’a fait me rendre compte à quel point j’étais déconnectée des mots en vogue parmi les « jeunes ». Mais rassurez-vous, si vous aussi vous vous sentez dépassés, des notes de bas de page viendront éclairer votre lanterne.

Samuel agace, impressionne, amuse, mais il ne laisse jamais indifférent. Quant à Clémence, bien qu’elle se révèle touchante notamment dans sa découverte de l’amitié, cette denrée précieuse qui lui a été si longtemps refusée en raison de sa maladie, elle marque moins les esprits. Cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier, et de louer sa capacité d’adaptation et sa volonté farouche de s’approprier sa nouvelle vie qu’elle considère comme une seconde chance. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, au fil des pages, sortir de sa coquille, s’affirmer et s’ouvrir aux autres.

Bien qu’ils vivent des choses très différentes, il y aura néanmoins un sujet qui sera source d’étonnement pour nos deux personnages : la condition féminine. Samuel, macho invétéré qui a de la gent féminine une vision purement utilitariste, va, petit à petit, évoluer et se rendre compte de la goujaterie avec laquelle il s’est jusqu’à maintenant comporté. Il faut dire qu’en ce XIXe siècle, il aura le loisir de découvrir les limites et les injustices qui ont été imposées aux femmes par le passé : pas de liberté en dehors de l’autorité paternelle, maritale ou de l’église, l’impossibilité d’exprimer son intelligence pour ne pas faire d’ombre à son époux, les humiliations, voire les agressions, impunies, le poids écrasant des normes d’être et de paraître à respecter notamment dans les milieux bourgeois… À l’inverse, Clémence sera ravie de constater les droits acquis par les femmes à notre époque, celles-ci pouvant vivre la vie qu’elles choisissent sans se référer à une autorité masculine. Pour autant, l’autrice n’oublie pas d’inclure quelques remarques machistes d’un personnage prouvant que si les progrès sont réels, il reste de la route à faire avant d’obtenir une réelle parité.

Quant à la plume de l’autrice, fluide et non dénuée d’humour, elle rend la lecture prenante d’autant que Muriel Rawolle a la capacité, à travers quelques détails historiques distillés avec subtilité et parcimonie, de rendre son histoire aussi réaliste qu’immersive. J’ai ainsi adoré rencontrer d’illustres personnages, et (re)découvrir certains détails et anecdotes de notre histoire. J’ai également pris plaisir à en apprendre plus sur des sujets comme le spiritisme et l’ésotérisme qui, de prime abord, ne sont pourtant pas des sujets qui me passionnent. Il faut dire que les quelques scènes dans lesquelles ces sciences parallèles ou occultes interviennent sont dépeintes avec beaucoup d’intensité et de mystère.

En conclusion, Vice-Vers’Âmes est une divertissante histoire fantastique qui vous fera voyager entre deux époques et deux mondes différents, celui d’un étudiant imbu de lui-même, et d’une jeune bourgeoise solitaire rejetée de tous ou presque. Deux personnes, liées par les caprices du destin, qui vont vivre une aventure hors du commun qui les changera à jamais. Au-delà du côté romanesque, l’autrice émet également une critique juste et subtile des mœurs d’une autre époque et d’une classe sociale adepte du paraître sans oublier de dépeindre, au passage, les tares de notre société actuelle qui semble avoir oublié que le progrès ne passe pas que par la technologie.

Pour découvrir le roman, ça se passe sur le site de l’autrice qui vous offre, pour l’achat de son roman, votre thème numérologique…

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Les improbables, Carrie Firestone

Les improbables par Firestone

Je remercie Babelio et les éditions Fleurus pour m’avoir permis de découvrir Les improbables de Carrie Firestone.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est l’été. Sadie s’apprête à passer des vacances ennuyeuses. Elle restera avec ses parents et travaillera au marché. Ses amies lui manqueront.
Mais les choses ne vont pas se dérouler ainsi : un jour, une voiture déboule à toute vitesse et un homme complètement soûl en sort pour faire ses courses. Sadie découvre un bébé sur la banquette arrière. Lorsque l’homme revient de ses courses, elle décide de l’empêcher coûte que coûte de repartir et de sauver ce bébé. Elle finit à l’hôpital. Son exploit fait le tour de la ville. Lors d’une soirée pour recevoir le prix du jeune héros de la ville, elle rencontre quatre autres jeunes tous impliqués dans différentes actions humanitaires. Ils décident de consacrer leur été à lutter contre le harcèlement sur les réseaux sociaux. À la fin de l’été, ce groupe d’« Unlikelies » a réussi à se faire connaître comme groupe actif dans la lutte contre les injustices, le harcèlement, et Sadie démarre son année de lycée avec de nouveaux amis.

FLEURUS (14 septembre 2018) – 428 pages – 16,90€ (broché) – Ebook disponible

AVIS

Les improbables, c’est le genre de lecture qui vous donne le peps pour la journée, le sourire aux lèvres et l’envie d’aider votre prochain à l’instar de ces cinq adolescents qui vont se rencontrer lors d’un repas destiné à récompenser leur bravoure et leur engagement pour la société. Ce repas, qui n’aurait pu être qu’un banal événement, va être le point de départ d’une très belle amitié !

L’autrice nous offre ici une galerie de personnages variée autant en termes de personnalité que d’origine ethnique ou socioculturelle. Une mixité sociale qui rend l’histoire prenante et qui explique, en partie, l’alchimie qui s’opère entre les protagonistes. Chacun se démarque de l’autre et apporte quelque chose au groupe même si certains protagonistes prennent, de par leur personnalité et les problématiques qu’ils rencontrent, un peu plus de place que les autres.

Si nos cinq héros sont bien présents tout au long du récit, l’histoire se concentre néanmoins autour de Sadie, une fille aussi gentille qu’altruiste à laquelle il est difficile de ne pas s’attacher. On comprend donc aisément que M. Upton, un homme âgé et malade, n’hésite pas à lui confier une mission qui lui tient particulièrement à cœur : réparer les errances de son « lézard » de père, un être abject ayant construit sa fortune sur le malheur et l’exploitation d’autrui. Pour ce faire, il confiera à la jeune fille une valise au contenu, de prime abord, bien énigmatique… Sadie, en plus de cette délicate mission, doit également faire face aux séquelles physiques, et surtout mentales, de l’agression dont elle a été victime quand elle a voulu sauver la vie d’un bébé.

Elle pourra heureusement compter sur le soutien de ses nouveaux amis qu’elle apprendra, petit à petit, à mieux connaître. Il y a donc Alice, une passionnée de chiens, qu’elle avait déjà eu le loisir de côtoyer durant son enfance, Val, amoureuse d’un goujat, Jean, un artiste qui a vécu des choses éprouvantes qu’il extériorise grâce à son art, et Gordie, un garçon avec lequel Sadie va au lycée et dont elle s’était amourachée plus jeune. Loin de passer l’été à rêvasser, ces cinq amis vont essayer de satisfaire le dernier souhait de M. Upton, et entreprendre de lutter contre le harcèlement scolaire et les trolls qui pullulent sur internet. C’est ainsi que naissent Les improbables, sorte de justiciers anonymes qui apportent un peu de bonté parmi un océan de méchanceté.

Le harcèlement scolaire est un sujet de plus en plus évoqué dans la littérature ce que, en tant qu’ancienne harcelée, je trouve salutaire. Mais ce que j’ai apprécié dans ce roman, c’est que l’autrice le fait avec intelligence. Au lieu de développer de grands principes, jolis sur le papier, mais difficilement applicables en réalité, elle ouvre une nouvelle voie. Elle montre à chacun, enfant comme adulte, que lutter contre ce fléau peut se faire par petites touches, que chaque bonne action, aussi simple soit-elle, peut faire boule de neige et contribuer à faire changer les choses. Dit comme ça, l’idée peut sembler simpliste, voire utopiste, mais Sadie et ses amis nous prouvent que ce n’est pas le cas. Que la méchanceté existe, mais que rien ne nous oblige à faire partie des haineux et autres trolls. Que la bonté ne se mesure pas en termes de valeurs monétaires, mais de ces petits actes qui offrent un peu de lumière à ceux qui sont dans le noir.

Les Improbables, c’est donc une belle histoire d’amitié, de celle qui fait grandir et permet d’en apprendre plus sur soi-même. Bien qu’elle ne soit pas au centre de l’intrigue, c’est aussi une histoire d’amour qui a su me faire sourire et m’attendrir alors que je ne suis pas une très grande amatrice du genre. J’ai apprécié que les personnages prennent leur temps pour s’avouer leurs sentiments même s’il ne faut pas très longtemps aux lecteurs pour deviner qu’il y a de l’amour dans l’air…

Mais au-delà de l’amour et de l’amitié omniprésente, le roman aborde des thèmes difficiles comme le harcèlement qu’il soit scolaire ou sur Internet, le handicap, les relations toxiques, la difficulté de trouver sa voie, les traumatismes, l’addiction notamment à la drogue… Le volet drogue prend d’ailleurs une certaine importance dans l’histoire, ce qui n’est pas forcément mis en avant dans le résumé. Je n’en dirai pas trop sur ce point, mais comme avec le harcèlement, Carrie Firestone nous offre un traitement pertinent du sujet. Sans tomber dans la moralisation à outrance, elle permet aux lecteurs de se rendre compte des conséquences néfastes de cette addiction sur la vie d’une personne, mais aussi sur son entourage. La seule chose qui m’a un peu dérangée, mais qui, d’une certaine manière, me semble réaliste dans certaines familles, c’est le déni des parents. Un déni qui contraint une jeune fille à prendre des responsabilités bien trop lourdes pour son âge…

L’autrice, tout en nous offrant un roman résolument optimiste, ne tombe donc pas dans la niaiserie. Malgré toute leur bonne volonté, Les improbables ne pourront rien faire contre l’égoïsme et la cupidité de certains individus. Ils ne pourront pas non plus sauver, contre leur volonté, les personnes qui refusent de l’être, mais peu importe, car ils ont réussi à lancer une dynamique d’entraide et de bienveillance qui porte, petit à petit, ses fruits…

Quant à la plume de l’autrice, elle est efficace !  Pas de fioritures, ni d’effets de manche qui auraient, de toute manière, alourdi le récit. On est dans du pragmatique avec des phrases relativement courtes, mais travaillées, de nombreux dialogues, des réparties percutantes… Un style accessible qui devrait plaire aux adolescents et aux adultes aimant les textes qui se lisent facilement. Petit détail qui devrait également séduire les jeunes lecteurs, la transcription de certains des SMS de la petite bande qui aime beaucoup ce mode de communication.

En conclusion, l’autrice, d’une plume simple mais entraînante, nous parle d’amitié, d’amour, mais aussi de harcèlement, de drogue et de méchanceté. Malgré des problématiques parfois difficiles, il ressort de ce roman une telle positivité que j’aurais envie de le qualifier de feel-good. À la fin de votre lecture, vous devriez avoir le sourire aux lèvres et l’envie, comme Les improbables, de faire le bien autour de vous. Cela tombe bien puisque Carrie Firestone nous prouve que cela est à la portée de chacun d’entre nous.

Alors qui a envie de rejoindre Les improbables ?

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