La Petite Faiseuse de Livres – tome 1, Miya Kazuki, Suzuka

Petite faiseuse de livres (la) - Manga série - Manga news

Si les livres n’existaient pas, il faudrait les inventer ! Une étudiante bibliovore se réincarne en petite fille dans un monde caractérisé par l’illettrisme, et où l’imprimerie semble n’avoir pas encore été inventée… Mais pour celle qui est morte écrasée par sa bibliothèque, les livres sont vitaux !! Il n’y a qu’une seule solution s’il n’y en a pas, elle va les fabriquer. Une bibliofantaisie pour les amoureux des livres, par des amoureux des livres

Ototo – 160 pages – 6,99€ – Traduction : Guillaume Draelants

AVIS

Comment ne pas craquer devant cette couverture toute mignonne et un tel titre ? C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que je me suis lancée dans la lecture de ce manga adapté d’une série de light novels qu’il faudra que je me procure parce que j’ai adoré ce premier tome qui démarre par la mort d’une jeune femme écrasée littéralement sous le poids de son amour des livres. Une ouverture atypique et plutôt marquante qui m’a fait sourire puisque quelques jours avant la lecture de ce manga, j’avais déplacé une grosse pile de livres qui menaçait de me tomber dessus durant la nuit…

Mais pas de panique, si sa vie en tant qu’Urano Motosu prend fin, la jeune femme se réincarne dans le corps d’une fillette de cinq ans à la santé fragile, Maïn. Une seconde chance qui a un petit goût d’enfer pour cette bibliovore qui se retrouve plonger dans un monde où la lecture est réservée à la noblesse et dans lequel le commun des mortels ne sait pas lire ! Cela ne sera pas sans vous rappeler notre propre passé avant l’avènement de l’imprimerie, une période que, vous vous en douterez, je suis bien heureuse de n’avoir jamais connue.

Bien qu’ayant le corps d’une fillette et ses souvenirs, Urano conserve sa personnalité et son amour inaliénable pour les livres, ce qui va la pousser à tout faire pour arriver à assouvir sa passion quitte à devoir elle-même fabriquer son propre livre. On la suit donc, page après page, dans cette mission qui se révèlera bien plus ardue que prévu. En effet, en plus de devoir se faire à sa nouvelle vie et aux limites de son nouveau corps ainsi qu’aux codes de cette société qu’elle découvre petit à petit, notre héroïne va devoir faire preuve d’inventivité pour mettre la main sur les ressources dont elle aura besoin pour se lancer dans son ambitieux projet. C’est qu’avant d’avoir un livre en main, il y a un certain nombre d’étapes à respecter ! Elle pourra heureusement compter sur l’aide de sa sœur, Tuuli.

Si j’ai beaucoup aimé le personnage d’Urano/Maïn qui m’a parfois amusée par son obsession pour les livres qui semble même lui faire occulter son ancienne vie, j’ai eu un petit coup de cœur pour Tuuli qui s’est révélée altruiste, gentille et très patiente devant les demandes inattendues de cette petite sœur devenue bien étrange. Prenant son rôle de grande sœur très au sérieux, elle ne peut qu’attirer la sympathie des lecteurs d’autant que de fil en aiguille, on se rend compte que l’état de santé assez fragile de Maïn ajoute une charge de travail supplémentaire sur les épaules de la jeune fille…

Au-delà de l’aspect amour des livres omniprésent dans le roman, les instants de vie apportent également beaucoup de charme à cette histoire puisque l’on découvre la vie au sein d’une famille assez pauvre, mais unie et aimante. Il est également intéressant de découvrir, aux côtés d’Urano, des conditions de vie et d’hygiène bien éloignées de celles que nous connaissons avec un confort somme toute assez sommaire, ce qui n’empêche pas la famille de Maïn de sembler heureuse. J’ai, en outre, été agréablement surprise par la personnalité du père, un soldat, qui tranche avec les stéréotypes liés à ce genre de personnage.

Le bonheur de savoir lire et la tristesse d’un monde dans lequel la lecture est un privilège nous sautent aux yeux dans ce manga, mais l’autrice évoque également le sujet de l’illettrisme et l’importance de ne pas regarder de haut les personnes qui, pour une raison ou une autre, ne savent pas lire. J’espère que dans la suite de la série, la passion pour la lecture de Maïn fera des émules même si le difficile accès aux livres demeure un problème…

Quant aux illustrations, elles sont à l’image de la couverture, sublimes ! J’ai adoré la rondeur des traits, la très grande expressivité des visages et le travail réalisé sur les yeux de Maïn qui expriment à eux seuls toute une palette d’émotions. Les décors, quant à eux, correspondent à merveille au récit : minimalistes pour les scènes d’intérieur de manière à refléter le niveau de vie de la famille, plus riches et détaillés quand l’on parcourt les rues du village à l’ambiance très médiévale.

En conclusion, La Petite Faiseuse de Livres est un manga que je conseillerais à tous les amoureux des livres curieux de découvrir la nouvelle vie d’une jeune femme se retrouvant coincée dans la peau d’une fillette et dans un monde où il lui est bien difficile de s’adonner à son unique et seule passion, la lecture. Tendre, teinté d’humour et magnifiquement illustré, voici un premier tome qui devrait vous donner envie de vous jeter sur la suite afin de suivre Urano, devenue Maïn, dans son ambitieux projet…

Top Ten Tuesday #187 : 10 livres avec des sorcières ou sur le thème des sorcières qui me tentent

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Le thème du jour ne me parlant pas outre mesure, j’ai préféré m’inspirer d’un thème repéré sur un blog américain pour vous proposer 10 livres avec des sorcières ou sur le thème des sorcières qui me tentent. Cela vous donnera peut-être quelques idées de lecture pour le Pumpkin Autumn Challenge ou pour Halloween. Le thème des sorcières semble inspirer les auteurs parce qu’il m’a été difficile de ne choisir que 10 livres !

Cela fait plusieurs fois que je reporte la lecture du Garçon sorcière, car je fonde tellement d’espoir sur cet ouvrage que je veux être certaine de le lire au bon moment…

Couverture L'imprimerie des sorcières, tome 1Couverture Wicca, tome 1 : Le manoir des SorcelageCouverture La sorcière, tome 1 : Le garçon sorcière

Les sorcières de Pendle - Stacey Halls - BabelioGénéalogie d'une sorcière : Coffret en 2 volumesCouverture Hocus Pocus and the All-New Sequel

Couverture SorcièresCouverture Les sorcières de la littératureCouverture Secrets de sorcières : Une initiation à notre histoire et nos savoirs

J’ai hésité à mettre Fières d’être Sorcières ! ayant lu des avis plus que mitigés, mais j’avoue que ma curiosité de le lire reste la plus forte…

Couverture Harry Potter : Fières d'être sorcières ! - Les filles qui ont marqué l'histoire du Monde des Sorciers

Et vous, avez-vous lu certains de ces ouvrages ?
Vous tentent-ils ?
Appréciez-vous la figure de la sorcière ?

 

Les hommes de nuit 1 : La rose, Marie L’Or Viollet

Les hommes de nuit 1 - La rose

1700 : Marie est une belle jeune femme, élevée par son père veuf. Il est libraire et a tout appris à sa fille. Mais ils doivent quitter l’Angleterre pour honorer un étrange contrat. Son père s’est engagé auprès d’un personnage singulier venu d’un autre continent pour restaurer sa bibliothèque. Après une longue et éprouvante traversée, elle va rencontrer Nicolas…

Évidence Éditions (17 juillet 2020) – 336 pages – Papier (17€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Appréciant les romances historiques, la couverture et la mention de l’année 1700 dans le résumé m’ont donné envie de découvrir ce roman qui fut malheureusement une lecture en demi-teinte…

SI j’ai apprécié une certaine originalité dans le récit, il y a quelques points qui m’ont chagrinée comme le mélange des genres hasardeux et parfois maladroit qui m’a donné l’impression que l’autrice n’avait pas réussi à choisir entre romance historique et roman de bit-lit dont elle reprend certains clichés. On oscille donc entre passé simple et vocabulaire vulgaire, ce qui donne un résultat plutôt saugrenu. Il m’a ainsi été difficile de rester stoïque devant des phrases du style « Il fallait qu’il baisât…« . Je peux me tromper, mais il me semble peu probable qu’en 1700, le verbe baiser ait déjà ce sens. Je ne dis pas qu’on ne peut pas mélanger les genres, mais pour moi, il y a un travail d’harmonisation à faire sur ce texte pour que le tout possède une certaine cohérence.

J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas mieux exploité puisque concrètement, à part les robes, la réception des mondains (et encore…) et la naïveté de Marie sur les choses de l’amour, cette histoire aurait aussi bien pu se passer en 1700 qu’en 1900 ou à notre époque. Je pense que cela provient principalement du fait que les personnages évoluent en vase clos et qu’on n’a donc pas particulièrement l’occasion d’évoquer le contexte historique de l’époque. De la même manière, j’ai eu l’impression que le bébé recueilli par Marie en début de roman n’a eu qu’un seul rôle, être une source de quiproquo avec Nicolas. Le reste du temps, il fait surtout de la figuration. Une petite facilité scénaristique qui m’a quelque peu frustrée tout comme la romance éclair puisqu’il ne faudra pas bien longtemps pour que Nicolas soit obsédé par Marie et que Marie tombe sous son charme.

Et le terme obsédé n’est pas utilisé au hasard, notre héros ayant bien du mal à se contrôler en la présence de la jeune ingénue qu’il désire tant faire « sienne ». Possessif et brutal dans ses réactions, Nicolas n’est pas un personnage que j’ai apprécié outre mesure d’autant que malgré sa nature de vampire lui ayant permis de voir passer les siècles, il se comporte bien souvent comme un adolescent en pleine crise. C’est d’ailleurs le roi du claquage de porte ! Si cela n’excuse en rien son comportement qui m’a donné bien souvent envie de le punir en le privant de dessert (donc de Marie), on peut toutefois comprendre qu’il soit chamboulé par ces nouveaux sentiments qui s’offrent à lui, lui qui n’a jamais rien ressenti pour une femme si ce n’est de la tendresse pour Lucie, la seule autre femme vampire. Il va donc devoir apprendre à se maîtriser tout en essayant de comprendre les raisons de la tempête intérieure à laquelle il doit faire face.

Quant à Marie, elle se révèle gentille et assez courageuse, mais elle m’a parfois exaspérée par sa naïveté. Certes, elle a toujours vécu en autarcie avec son père partageant son temps entre la lecture et son travail à la librairie familiale, mais l’autrice pousse quand même l’image de jeune femme naïve à son paroxysme… Heureusement, Marie n’est pas qu’une jeune ingénue, c’est également une femme passionnée par les livres. C’est d’ailleurs là la raison de sa présence dans la demeure de Nicolas où elle s’occupe, à la place de son père décédé, de classer les livres et de restaurer ceux qui en ont besoin. J’ai beaucoup aimé découvrir la manière dont Marie restaure les livres, mais c’est surtout la passion avec laquelle elle le fait et en parle qui m’a le plus séduite. Dans ces moments-là, on ressent pleinement la femme passionnante et passionnée qu’elle peut être. Un caractère flamboyant qu’elle ne réserve pas qu’aux livres puisque Nicolas sera loin de la laisser insensible malgré ses emportements qui l’exaspèrent…

La romance ne m’a pas convaincue parce que principalement basée sur une attraction physique quasi animale, mais je pense qu’elle pourra plaire aux lecteurs qui n’ont pas besoin que les personnages apprennent à se connaître avant de tomber amoureux. Pour ma part, la manière dont Nicolas répète toutes les deux lignes « mon ange » m’a donné des envies de meurtre et les questionnements incessants de Marie sur les sentiments de Nicolas à son égard m’ont fatiguée, mais j’ai, en revanche, apprécié tous les à-côtés qui ont rendu le livre rapide et facile à lire. Le style de l’autrice, malgré le problème énoncé en début de chronique, reste agréable et plutôt fluide. Il n’y a pas de longueurs inutiles même si on pourrait noter une certaine redondance dans le déroulement des faits, la relation entre nos amoureux alternant entre moments câlins/érotiques, malentendus et claquages de porte.

En plus du rythme et de la relation unique et touchante entre Nicolas et deux loups qui ne manquera pas de ravir les amoureux des animaux, ce qui fait la force de ce roman est l’aura de mystère dont l’autrice a su l’entourer. On pourrait croire que tout a été dit et fait sur le mythe du vampire, mais l’autrice réussit à apporter, et c’est le cas de le dire, du sang frais ! Il existe ainsi un certain flou autour du premier vampire, Luc, créé par Dame Nature qui est d’ailleurs ici personnifiée par une vraie femme, une idée qui m’a bien plu. Mais le vrai mystère concerne sa femme Lucie qui est la seule et unique femme vampire existante sur Terre et ceci depuis la nuit des temps. Les vampires ont bien essayé de transformer d’autres femmes pour se trouver des compagnes, mais chaque tentative s’est soldée par un retentissant échec, Luc n’arrivant pas à se souvenir du processus exact pour accomplir ce petit miracle. Cela explique la raison pour laquelle Lucie est unique et importante, mais aussi pourquoi Nicolas est terrifié à l’idée de ne jamais trouver la solution pour transformer Marie au risque de la perdre dans un futur plus ou moins proche. Certains événements lui feront d’ailleurs prendre pleinement conscience de la fragilité de son âme sœur…

Trouvera-t-il le moyen de donner au monde une seconde femme de nuit ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’ai apprécié la touche de tension que cette question soulève tout comme j’ai adoré le couple Luc et Lucie qui se révèle assez touchant. On sent à quel point le mari et la femme s’aiment et seraient prêts à tout l’un pour l’autre. Attendez-vous également à une petite révélation de leur côté même si je l’avais assez vite anticipée… Au-delà de ce couple attendrissant, on découvre d’autres hommes de nuit, dont l’un qui semble également rattrapé par le virus de l’amour. Ce sera d’ailleurs le protagoniste que l’on suivra dans le deuxième tome. Si je préfère, en général, suivre les mêmes personnages d’un tome à l’autre, je reconnais que l’autrice a réussi à attiser ma curiosité et à me donner envie de découvrir cette nouvelle histoire d’amour qui s’annonce plutôt mouvementée…

En conclusion, on pourra regretter quelques maladresses dans la narration qui donnent l’impression que l’autrice n’a pas réussi à choisir quelle tonalité donner à son roman, mais ce premier tome de la série Les hommes de nuit reste une lecture fluide et agréable qui plaira probablement aux lecteurs appréciant les personnages tourmentés par leurs sentiments, les grandes et belles bibliothèques dans lesquelles on rêverait de se perdre et les romances vampiriques auréolées d’un certain mystère.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé la version numérique de ce roman en échange de mon avis.

 

In My Mailbox #182

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


PAPIER

Lors d’un passage à la FNAC, j’ai craqué pour la version reliée de Réflexion que je trouve superbe. J’ai également passé une petite commande sur PriceMinister et Momox afin de prendre quelques titres de ma wih list.

Duckenstein | Éditions GlénatCouverture La demoiselle de WellingtonCouverture L'enfant et l'Oiseau blanc

EBOOKS

Évidence éditions m’a fait parvenir deux de ses prochaines sorties d’octobre.

Idrasil: La Septième Fée, T1 par [Susie Norman]Le jeu par [Jean-Christophe Chaumette]

EMPRUNTS

Devant rendre des mangas arrivés en fin de prêt, j’en ai profité pour emprunter quatre livres dont trois qui étaient dans ma wish list :

Couverture Our Summer Holiday

Couverture Le fantôme d'Anya / La vie hantée d'AnyaCouverture Dracula : Le prince valaque Vlad Tepes

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

Lorsque nous étions morts, Mathieu Guibé

Lorsque nous étions morts de Mathieu GUIBÉ (ACTUSF) | Editions ActuSF

Lassé de l’existence et de la société, Lord Josiah Scarcewillow se complaît dans un quotidien vampirique où les meurtres sont devenus banals. Pourtant, sa rencontre inattendue avec Abigale va le pousser à reconsidérer sa condition de non-mort et ravive sa curiosité envers le vivant. Son âme réanimée, sa nature monstrueuse n’en est pas pour autant altérée ; il est prêt à tout pour retrouver cette jeune fille que l’éternité ne saurait effacer. À tout, même à une pluie de cadavres.

ACTU SF (22 novembre 2019) – 256 pages – Broché (15,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

D’abord publié chez les éditions du Chat noir sous un autre titre, ce roman nous revient dans une très belle édition signée Naos, un label des éditions ActuSF. Je dois avouer que c’est avant tout la couverture et la promesse d’un roman à l’ambiance sombre, parfaite pour le Pumpkin Autumn Challenge, qui m’ont donné envie de me plonger dans la vie de Lord Josiah Scarcewillow, vampire de son état.

Dès les premières lignes, j’ai été transportée par la plume poétique de l’auteur et par sa faculté à restituer toute l’ambiance sombre de son histoire à travers des mots choisis avec soin et des descriptions d’une surprenante acuité. Mais si j’ai apprécié les descriptions nous permettant de nous plonger avec réalisme dans les différents lieux et les différentes époques que nous traversons, c’est la manière dont l’auteur réussit à nous faire ressentir les sentiments de ses personnages qui m’a le plus séduite.

Que l’on apprécie ou non Josiah, il est ainsi impossible de rester insensible devant la force de sa passion pour la belle Abigale, objet de toute son affection, de tout son bonheur, mais également raison de son affliction. Année après année, son destin va se retrouver inextricablement lié à cette femme rencontrée par hasard, une femme qui a su l’ensorceler, lui le vampire qui se pensait dépourvu d’humanité. Or, de l’humanité n’en faut-il pas pour aimer sans retenue et au-delà de la raison et de tout esprit de conservation ? Car si l’amour entre les deux est indéniable, le destin semble s’acharner à les séparer de bien cruelle manière. Amour et souffrance finissent par ne plus faire qu’un alors que Josiah se laisse dévorer par ses plus bas instincts et qu’Abigale se fait plus insaisissable que jamais…

Je préfère rester très vague sur le fond du récit et les liens forts et inébranlables unissant les personnages pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que si vous aimez les histoires romantiques teintées de dramatique, celle de ces deux amants maudits devrait faire battre votre cœur et vous faire ressentir une myriade d’émotions. Moi qui reste bien souvent insensible devant les romances contemporaines dont je regrette parfois le manque d’élégance et de noblesse, j’ai été touchée par cette histoire d’amour d’un autre temps dans laquelle les sentiments sont exacerbés à l’extrême et l’ambiance sombre à souhait.

Dans ce roman romantique à l’ambiance gothique, l’auteur alterne ainsi entre le beau et le monstrueux que ce soit dans les événements, les décors ou le personnage de Josiah qui se révèle aussi beau à l’extérieur que sanguinaire et bestial à l’intérieur. Loin de l’image du vampire actuel, ce personnage renoue avec l’image du vampire brutal qui n’hésite pas à tuer pour se nourrir, à tuer pour oublier, à tuer pour se défouler, à tuer par envie… Mais alors qu’il devrait faire naître en nous un profond dégoût, Josiah arrive à nous émouvoir et à nous toucher au plus profond de notre être par son amour total et viscéral pour Abigale d’autant que finalement, toute cette cruauté qu’il n’hésite pas à déchaîner autour de lui ne sera jamais aussi forte que celle qu’il subit lui-même.

Profondément humain dans son inhumanité, ce personnage se révèle donc fascinant et fait quelque peu de l’ombre à l’objet de son désir, la délicate Abigale qui, de prime abord, pourrait ressembler à la blanche colombe sacrifiée sur l’autel de la passion et de la déraison. Mais ce serait faire fausse route de ne voir en cette femme qu’une jeune naïve, car si sa candeur est rafraîchissante, Abigale n’en demeure pas moins un être de passion qui saura, au même titre que son bien-aimé, faire de lourds sacrifices pour s’assurer de leur félicité ou, du moins, d’un moyen de s’en rapprocher. J’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur cette dernière, mais j’ai été séduite par sa force de caractère et sa pugnacité surtout pour une femme du XIXe siècle à laquelle on a probablement plus appris l’obéissance que la liberté d’esprit et de cœur. D’ailleurs, l’auteur évoque, bien que ce soit brièvement, le sort des femmes à l’époque avec, entre autres, les mariages arrangés et la difficulté pour ces dernières de s’adonner à des centres d’intérêt comme les sciences et les technologies nouvelles, des sujets sérieux supposés être réservés aux hommes…

En trame de fond, est également évoquée la question de l’immortalité qui se peut révéler être un bien lourd fardeau, a fortiori quand elle semble se jouer de vous et vous ravir, année après année, l’objet de votre affection en même temps que tous vos repères qui s’envolent devant le progrès et les changements sociétaux. Une immortalité contre laquelle notre vampire semble lutter, en proie à de multiples tourments et à cette sensation qu’elle est incompatible avec toute humanité. Mais l’est-elle vraiment ou Josiah ne se perd-il pas dans ses illusions et croyances lui permettant d’éviter de se confronter à la réalité : ce sont bien plus nos actes qui nous définissent que notre supposée nature ? À cet égard, j’ai été très touchée par la leçon de vie offerte par un personnage aussi discret que remarquable qui, par un de ces caprices dont le destin a le secret, s’est révélé être autant serviteur que père de son créateur…

Roman à l’ambiance gothique, on y retrouve ce qui fait le charme du genre : une demeure inquiétante et quelque peu abîmée par le temps, la présence d’une créature fantasmagorique, la nostalgie du passé devant l’arrivée du progrès, des sentiments d’une extrême puissance qui dévastent tout sur leur passage, une héroïne qui sait ce qu’elle veut, l’horreur avec des scènes violentes et sanguinaires… Tout autant d’éléments, parmi d’autres, qui expliquent à quel point j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère inquiétante au charme suranné.

En conclusion, Lorsque nous étions morts est l’histoire tragique d’un vampire peut-être pas aussi dépourvu d’humanité qu’il se complaît à le penser et d’une femme plus forte qu’il n’y paraît, séparés par un destin qui semble s’acharner à les empêcher de communier. Poétique, sombre et brutal, voici un roman qui devrait ravir les lecteurs avides de renouer avec l’image ténébreuse et torturée du vampire et les romances sombres et dramatiques dans lesquelles les sentiments, portés à leur paroxysme, s’inscrivent dans l’éternité.

Week-end à 1000 (18-20 septembre 2020) : ma PAL prévisionnelle

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Pour rappel, le WE à 1000 est un challenge organisé par Lili du blog Lili Bouquine. L’objectif est de lire 1000 pages durant une période déterminée. N’hésitez pas à vous inscrire au groupe FB pour partager votre avancée et échanger avec les autres participants.


C’est, comme toujours, avec grand plaisir que j’accueille ce nouveau week-end à 1000 qui débutera ce vendredi 18 septembre à 19h et se terminera le dimanche 20 septembre à 23h59. Ayant emprunté pas mal d’ouvrages graphiques à la médiathèque, je pense consacrer cette session à leur lecture…

  • Blue, tome 1

Couverture lue au pays des songes, tome 1 : La forêt envahissante

Pour sauver les rêves, elle va devoir affronter ses pires cauchemars. Blue est une petite fille comme les autres : elle aime rêver, sa maman, les matinées au soleil et prendre son petit-déjeuner. Mais le jour où un avion en papier vient frapper la fenêtre de sa chambre et qu’elle reçoit un colis à son attention, sa vie bascule… La voilà propulsée dans un monde de ténèbres où le gardien d’une forêt malveillante a emprisonné les songes et leurs propriétaires. Afin de sauver sa mère et le reste de la population, Blue va devoir partir à l’aventure et, de sa rencontre avec une foule de créatures magiques et bigarrées, trouver un moyen d’affronter ses propres peurs pour rendre leurs rêves aux gens… Pour son premier livre, Davide Tosello nous embarque dans un périple digne d’Alice au pays des merveilles, mêlant la féérie baroque de Tim Burton à la modernité graphique des récentes productions Pixar. Une allégorie sur l’enfance et les rêves portée par une héroïne touchante et attachante.

  • La Lanterne de Nyx, tome 3

Couverture La Lanterne de Nyx, tome 3

1878, Nagasaki.
Après avoir importé des articles dernier cri d’Europe, Momotoshi veut maintenant se rendre à Paris pour y vendre des produits d’art et d’artisanat japonais. Au moment du départ, Miyo lui avoue enfin ses sentiments. Seulement, Momotoshi garde encore dans sa montre le portrait d’une belle femme aux yeux bleus…

  • La pluie du Paradis

Couverture La pluie du paradis

Vimoksa, mot de sanskrit ancien exprimant l’idéal de paix et de tranquillité vers lequel doivent tendre les êtres par-delà les événements de leur vie terrestre, réunit une série de courts récits de Yu Lu, dont c’est la première traduction en langue française. Histoires d’amour, d’apprentissage ou de don de soi, presque toutes ont pour cadre la ville de Suzhou, cité lacustre de Chine méridionale très célèbre pour la beauté de ses décors, parsemée de jardins, parcourue de nombreux canaux, et que l’on désigne parfois du qualificatif de « Venise chinoise ». Outre la dimension souvent émouvante de ces histoires, l’album est aussi l’occasion de découvrir la maîtrise graphique époustouflante de Yu Lu, qui revisite le registre réaliste avec une rare puissance. Un virtuose dont on reparlera, assurément.

  • Le garçon sorcière, tome 1

Couverture La sorcière, tome 1 : Le garçon sorcière

Dans la culture du jeune Aster, treize ans, toutes les filles sont élevées pour devenir des sorcières et les garçons, des métamorphes. Toute personne qui ose contrevenir à cette tradition est exclue. Malheureusement pour Aster, il demeure incapable de se métamorphoser… et il est toujours aussi fasciné par la sorcellerie, bien qu’elle lui soit formellement interdite.

Lorsqu’un danger mystérieux menace les autres garçons, Aster sait qu’il peut aider… avec la sorcellerie. Avec les encouragements d’une nouvelle amie excentrique, Charlie, Aster se laisse enfin convaincre d’exercer ses talents de sorcière. Mais il aura besoin d’encore plus de courage pour sauver sa famille… et en réalité, se sauver lui-même.

  • Wandering Souls, tome 1

Couverture Wandering souls, tome 1

Ayten est une jeune orpheline qui vit dans un village de chasseurs au cœur des montagnes. A cause de sa capacité à communiquer avec les dépouilles d’animaux, elle mène une vie isolée des autres membres de sa tribu. Mais alors qu’elle fait une chute mortelle du haut d’une falaise, Ayten se régénère sous les yeux des villageois qui, terrorisés, décident de la bannir.
Pour la jeune exilée, ce jour marquera le début d’un voyage extraordinaire à travers les terres des dieux oubliés, les Shagaï. Et c’est dans un temple abandonné qu’Ayten fera une rencontre inattendue qui bouleversera sa vie à jamais.

  • La petite faiseuse de livres, tomes 1 et 2

Couverture La petite faiseuse de livres, tome 1Couverture La petite faiseuse de livres, tome 2

Si les livres n’existaient pas, il faudrait les inventer ! Une étudiante bibliovore se réincarne en petite fille dans un monde caractérisé par l’illettrisme, et où l’imprimerie semble n’avoir pas encore été inventée… Mais pour celle qui est morte écrasée par sa bibliothèque, les livres sont vitaux !! Il n’y a qu’une seule solution s’il n’y en a pas, elle va les fabriquer. Une bibliofantaisie pour les amoureux des livres, par des amoureux des livres !

TOTAL : 7 livres, 1204 pages

Et vous, participez-vous à cette nouvelle session du week-end à 1000 ?
Avez-vous déjà fait votre PAL ?

Throwback Thursday Livresque #185 : un roman auto-édité

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Lisant beaucoup de romans auto-édités, le plus difficile avec ce thème a été de n’en choisir qu’un seul. J’ai failli vous parler de Sigurd ou de La première reine, mais comme je les ai lus récemment, j’ai préféré me tourner vers un roman lu fin 2018 : Lula et les monstres de Christelle Lebailly.

Couverture Lula et les Monstres

« Et s’il n’y avait pas de message caché derrière une lumière un peu étrange, un monstre derrière un individu, et un dieu derrière un frère ? »

Des loups qui philosophent à la nuit tombée, des géants semeurs d’étoiles, et des chats qui dansent sur les toits… Lula vit dans un monde à la fois merveilleux et inquiétant, créé par son grand frère, Perrie. L’amour qui les unit l’un à l’autre ne connaît aucune limite, aussi lorsque Perrie est emmené loin d’elle, la fillette n’hésite pas à se lancer dans une véritable odyssée pour le retrouver. Aidée d’une vieille luciole grincheuse, et d’une petite voix dans sa tête, Lula devra accomplir sa mission avant l’aube. Une épopée à la frontière entre rêve et réalité, monstres et féerie, vérité et mensonge, et où il peut être facile de se perdre en route. Et si c’était elle-même qu’elle devait sauver ?

Plongez dans une quête haletante qui repousse les frontières de l’imagination, et découvrez des héros attachants, prêts à tout par amour !

Ce roman, c’est une pépite qui mériterait d’être bien plus connue ! De l’univers merveilleux dans lequel nous plonge l’autrice à sa très belle plume en passant par la magnifique relation unissant un frère et sa sœur et les thématiques abordées, tout m’a plu dans ce roman que je vous recommande les yeux fermés. Christelle Lebailly fait définitivement partie de ces auteurs qui prouvent que l’auto-édition regorge de talents qui ne demandent qu’à vous émerveiller.

Pour en apprendre plus sur cette histoire, n’hésitez pas à lire ma chronique de Lula et les Monstres dont voici la conclusion :

Lula et les Monstres est un coup de cœur ! L’autrice, d’une plume délicate et poétique, nous transporte dans un univers fantastique d’une grande richesse qui invite à l’émerveillement et à la réflexion. Si vous aimez les contes et les fables qui mettent en scène des personnages forts et originaux, venez découvrir l’histoire de Perrie et Lula, un frère et une sœur unis pour la vie, mais quelle vie ?

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Vous tente-t-il ?

 

Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro #PLIB2020

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

ACTU SF (11 octobre 2019) – Version collector (23,90€) – Ebook (9,99€)
#ISBN9782366294774

AVIS

Je suis fille de rage me faisait un peu peur pour son côté historique fort prononcé, mais c’était mal connaître Laurent Del Soccoro qui, d’une plume alerte et vive, réussit pendant plus de 500 pages à nous plonger corps et âme dans une guerre qui s’est pourtant déroulée sur un autre continent et à une autre époque que la nôtre, la guerre de Sécession. Une guerre que je ne connaissais qu’à travers la littérature grâce à des ouvrages comme Autant en emporte le vent auquel l’auteur fait un petit clin d’œil savoureux et plein d’impertinence. Je n’ai jamais eu de fascination particulière pour les États-Unis ni pour les scènes de bataille, mais je dois avouer que je n’ai pas réussi à lâcher ce roman ayant été complètement subjuguée par les enjeux de cette guerre et le destin d’hommes et de femmes, militaires de carrière ou non, embarqués dans un conflit qui va s’enliser puisque la guerre rapide espérée par Lincoln n’aura pas lieu.

Il est d’ailleurs étonnant de voir que malgré une armée bien moins équipée et importante, le Sud résiste et remporte certaines victoires éclatantes sur un adversaire qui avait pourtant le pouvoir de l’écraser. Il faut dire que des deux côtés, une certaine confusion règne que ce soit en raison de dilemmes moraux, certains étant partagés entre famille et patrie, ou de la jeunesse et de l’inexpérience de soldats qui entrent en guerre sans réellement en saisir les réalités, du moins, jusqu’à ce que la mort les fauche. Car la guerre de Sécession, en plus d’avoir été un conflit fratricide, a été un conflit particulièrement sanglant et meurtrier ! Une réalité dont l’auteur nous fait prendre conscience grâce, entre autres, à un personnage inattendu, la Mort en personne, qui s’évertue à marquer symboliquement à la craie chaque personne tuée durant la guerre.

Ce procédé frappe l’esprit des lecteurs en même temps que celui de Lincoln que la Mort semble torturer de sa simple présence puisque face à elle, il n’a pas vraiment d’autre choix que d’affronter les conséquences dramatiques de chacune de ses actions et de réfléchir aux raisons profondes qui l’ont conduit à se lancer dans une guerre civile traumatisante. Les entretiens entre Lincoln et la Mort apportent une pointe de fantastique appréciable, mais nous permettent surtout de voir Lincoln sous un autre jour : pas comme un grand homme se battant pour ses idéaux, mais comme un être humain avec ses propres doutes et un objectif qu’il a encore bien du mal à définir lui-même. Obtus, parfois plus proche du tyran muselant les opposants et la presse que du libérateur, il lui faudra un certain temps avant de comprendre que la demi-mesure quant à l’abolition de l’esclavage ne peut exister !

Si j’ai apprécié le portrait de Lincoln tout en nuances, j’ai également beaucoup aimé suivre la palette variée de personnages proposée par l’auteur qui, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre en raison du contexte militaire, veille à assurer une certaine parité. On découvre donc des figures historiques et des êtres de fiction, des militaires gradés ou non, confiants ou pétris de doutes, une jeune Sudiste qui quitte sa famille pour s’engager dans l’armée du Nord autant pour s’opposer à son père que pour lutter afin que plus jamais des hommes, des femmes et des enfants n’aient à porter de chaînes, une esclave affranchie qui va découvrir que liberté ne rime pas avec égalité même chez les Nordistes, une ancienne esclave qui se bat en première ligne pour les siens, un Sudiste fortuné et convaincu de son bon droit de posséder d’autres personnes en raison de leur couleur de peau… Tous les personnages ne revêtent pas la même importance et certains sont attachants quand d’autres se révèlent révoltants, mais à la fin du roman, on a le sentiment de les avoir vraiment connus même si ce n’est qu’un peu et durant une période particulière.

À travers ces nombreux personnages et leurs ressentis, l’auteur donne donc un visage à la guerre. Les soldats et leurs supérieurs ne sont plus des anonymes qui se battent sur un champ de bataille ou donnent des ordres, mais ce sont des hommes et des femmes avec un nom, une famille, un passé, des peurs, des espoirs et des conflits intérieurs. Cela explique probablement la rapidité avec laquelle on se surprend à tourner les pages d’autant que la narration se révèle étonnamment fluide. Je lis peu de romans historiques trouvant que ceux-ci tendent parfois à se révéler fastidieux à décrypter, mais ici, je n’ai pas du tout eu cette sensation, bien au contraire. Il faut dire qu’en plus de proposer un roman choral qui engage indéniablement l’attention et le cœur des lecteurs, l’auteur veille à offrir des chapitres courts qui apportent rythme et dynamisme au récit.

Mais le plus grand atout du roman, du moins pour moi, est la manière dont l’auteur mêle faits historiques romancés et documents historiques traduits par ses soins. Certains esprits chagrins pourraient s’offusquer de la démarche, mais pour ma part, je l’ai trouvée brillante ! Plus qu’avoir traduit des documents, le tour de force de l’auteur est d’avoir su les choisir avec soin afin qu’ils se fondent complètement dans le récit à moins que ce ne soit le récit qui se fonde dans l’Histoire. J’imagine à quel point le travail de recherche, de sélection et de traduction a dû être fastidieux pour qu’on en arrive à un résultat aussi naturel et probant. Sans les repères visuels guidant notre lecture, il m’aurait ainsi bien été difficile de tracer la frontière entre réalité et fiction…

Ce roman m’a donc séduite autant sur le fond que la forme et m’a permis de découvrir les dessous militaires et stratégiques d’une guerre dont j’avais une connaissance bien sommaire et dont on devine qu’elle a, dans une certaine mesure, figé les différences idéologiques entre le Nord et le Sud des États-Unis. Que ce soit grâce à ses talents de narrateur qui lui permettent de nous faire vivre avec beaucoup de réalisme les différentes scènes de bataille ou sa faculté à partager avec nous le destin d’hommes et de femmes qui se livrent à une guerre fratricide, j’ai été absorbée dans ma lecture de la première à la dernière page. Un petit exploit qui me pousse à conseiller ce roman aux amateurs de livres historiques, mais aussi à tous les lecteurs qui désirent en apprendre plus sur la guerre de Sécession auprès d’un auteur qui sait indéniablement rendre vivant le passé. Roman historique teinté de fantastique, Je suis fille de rage ne devrait pas manquer de vous marquer et de vous pousser à vous interroger sur la notion de liberté qui, comme l’actualité tend à la démontrer notamment outre-Atlantique, ne signifie pas forcément égalité…

Top Ten Tuesday #187 : les 10 mangas que j’aimerais avoir dans ma bibliothèque

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


J’achète peu de mangas principalement par manque de place mais aussi pour une question de budget. Je peux néanmoins en lire pas mal grâce aux offres numériques des éditeurs et au réseau de bibliothèques de ma ville, ce qui me permet de faire de fort sympathiques découvertes. J’ai terminé certaines de ces séries et n’ai lu que le premier tome d’autres, mais voici les 10 séries de mangas que j’aimerais avoir en priorité dans ma bibliothèque.

  • Le trio de tête :

Black Butler est incontestablement ma série préférée et celle qui m’a donné goût aux mangas. Je garde un très bon souvenir de Death Note dont j’attends les deux romans commandés il y a une dizaine de jours. Quant à L’Enfant et le Maudit, c’est l’une de mes plus belles découvertes. Je suis complètement tombée sous le charme de Nagabe et de son style inimitable mêlant noirceur et poésie.

Couverture Black Butler, tome 01Couverture Death Note, black edition, tome 1Couverture L'enfant et le maudit, tome 01

  • Voici les autres séries que j’aimerais posséder :

Couverture La Lanterne de Nyx, tome 1Couverture Reine d'Égypte, tome 1Couverture Chi, une vie de chat, tome 01

Couverture Aromantic (love) story, tome 1Couverture Le maître des livres, tome 01Couverture Kasane : La voleuse de visage, tome 01

Couverture Frau Faust, tome 1

Et vous, est-ce qu’il y a des séries que vous aimeriez beaucoup acquérir ?

Félines, Stéphane Servant #PLIB2020

Félines | rouergue

Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher ! Après Sirius (prix Sorcières 2018), Stéphane Servant revient avec un roman coup de poing.

Éditions du Rouergue (21 août 2019) – 464 pages – Broché (15,80€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782812618291 #PLIB2020

AVIS

Vu les avis assez contradictoires, Félines me faisait un peu peur. Mais fort heureusement, dès les premières pages, l’auteur avait gagné une lectrice avide de découvrir son roman prenant la forme d’un témoignage fictif, celui de Louise. J’ai adoré me plonger dans la vie de cette adolescente cabossée par la vie qui, deux ans après un accident lui ayant fait perdre sa mère et sa popularité, doit affronter une nouvelle épreuve : sa mutation. Un phénomène inattendu et inexplicable recouvrant progressivement les jeunes filles de poils et les dotant de meilleurs sens. Dans une société où les poils demeurent tabous, voilà une transformation qui ne passe guère inaperçue, a fortiori quand elle est instrumentalisée par des fondamentalistes qui voient en cette évolution une manière d’abrutir et de contrôler les masses jouant sur cette peur ancestrale et profondément ancrée de la différence.

Les adolescentes ne sont donc plus des jeunes filles, ce ne sont plus les enfants de parents censés les soutenir et les aimer inconditionnellement, ce ne sont plus des sœurs ni des amies ou des petites amies… Non, ce sont des dépôts de Satan qu’il convient de traquer, de parquer, de châtier et d’éduquer comme les animaux qu’elles sont devenues. Voici la position défendue par les extrémistes de La ligue de la Lumière qui, pour notre plus grand écœurement, gagne en puissance jusqu’à atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. De manière explicite, l’auteur reproduit ce dont notre Histoire a déjà été le témoin. Et ça marche parce qu’il suffit de regarder autour de nous pour se rendre compte que cette même haine de l’Autre et de ce qui est différent de nous est encore fortement ancrée dans le cœur et le corps des hommes.

Les réactions auraient-elles été aussi extrêmes et violentes si le phénomène avait concerné les hommes ? Peu probable parce que les dirigeants, la plupart du temps masculins, auraient veillé à changer les règles pour protéger leur position et leurs acquis. Mais ici, on parle de femmes, cette catégorie de la population qui n’a pas le droit à l’erreur, qui ne doit pas faire de vague et dont le corps est soumis constamment aux jugements et aux diktats de la société. Il se dégage donc de ce roman un message féministe fort auquel j’ai été particulièrement sensible et que je trouve très important, notamment si l’on considère le lectorat visé par cette publication. J’ai également apprécié la solidarité féminine qui se développe entre les Félines, condition sine qua non pour leur assurer une place au sein d’une société qui les rejette.

Ni monstres ni Obscures, les Félines sont juste des jeunes filles qui ont vu leur corps changer et leurs capacités évoluer, mais qui conservent le droit d’exister, d’aimer et de vivre leur vie sans être ostracisées ni violentées. Devant les injustices qu’elles subissent, les Félines vont peu à peu se réunir, se rebeller et s’opposer aux autorités… Certaines se montreront plus féroces que d’autres, mais Louise fera de son mieux pour leur éviter de tomber dans cette violence à laquelle on essaie de les acculer afin de pouvoir les exterminer en toute impunité en raison de leur « dangerosité ». J’ai apprécié la manière dont l’auteur nous montre le cercle vicieux que certains peuvent mettre en place, avec le soutien des médias contents de faire du sensationnalisme et donc de l’audimat, pour justifier l’usage de la force et créer un profond clivage au sein de la population… La société se divise d’ailleurs ici rapidement entre Félines et humains, entre créatures de l’enfer et enfants de Dieu selon La Ligue de la Lumière, une organisation qui utilise le prétexte de la religion pour asservir et tuer.

Fort heureusement, tout le monde ne cède pas à la haine ni à la peur. À cet égard, j’ai adoré la famille de Louise, et en particulier son petit frère qui se révèle des plus attendrissants. Pour ce dernier, peu importe que sa sœur ait gagné une pilosité importante, elle reste la même personne, celle qui joue avec lui, l’emmène à l’école et lui raconte des histoires le soir. Et puis c’est doux les poils, non ? Quant à son père, bien que dépassé par la situation, il fera de son mieux pour aider et soutenir Louise comme tous les parents devraient le faire, ce qui est loin d’être le cas que ce soit dans le roman ou la réalité. Regrettant que les parents soient bien souvent défaillants ou absents dans les romans young adult, cette figure paternelle, bienveillante et aimante, m’a beaucoup touchée.

J’ai également apprécié Tom, un jeune homme stigmatisé, non pas en raison d’un système pileux hyperactif, mais de sa différence, de sa sensibilité, de son amour des livres, de son amour des histoires d’amour, de son amour des hommes, de son embonpoint…Ce personnage, en plus d’être émouvant et de soutenir inconditionnellement Louise, permettra à l’auteur d’aborder la notion d’amour qui peut être protéiforme, de genre, mais aussi l’importance de laisser chacun être soi sans tenter de l’enfermer dans des cases.

J’aurais peut-être aimé que ces thèmes soient un peu plus développés, mais devant la multiplicité des thématiques abordées, je comprends qu’il ait fallu opérer des choix. Car en plus du racisme et de la méfiance envers les Félines qui traduit surtout celle envers les femmes qui osent se démarquer des carcans de la société, le roman interroge la notion de liberté et de désobéissance civile, et évoque des thèmes comme le harcèlement scolaire, le viol et la culpabilisation des victimes, la question des réfugiés qui sont traités de manière abjecte et avec un manque d’humanité flagrant, les mécanismes de la propagande et le rôle des médias, la manière dont un contexte socio-économique difficile peut servir de terreau à la haine…

Les personnages secondaires et les thématiques abordées sont donc intéressants, mais c’est le travail réalisé sur la personnalité de Louise qui m’a le plus agréablement surprise. Cette jeune fille fait montre, dès le début du roman, d’un sacré recul sur sa vie d’avant l’accident l’ayant fait tomber de son piédestal et de sa vie de petite princesse capricieuse et odieuse. On l’entend nous parler de cette adolescente méchante et superficielle qu’elle était tout en découvrant la jeune fille courageuse, forte et battante qu’elle est devenue. Le jugement sans concession de Louise sur sa vie d’avant la rend assez sympathique malgré un certain manque de chaleur dans la manière dont elle nous raconte son histoire. Cela m’a d’ailleurs un peu perturbée en début de lecture puisque j’ai eu l’impression que Louise ne parlait pas de sa vie, mais de celle de quelqu’un d’autre. Mais la pertinence du ton de la narration a fini par s’imposer à moi parce que l’histoire de Louise, ce n’est pas que la sienne, c’est un peu celle d’Alexia, de Fatia, et de toutes ces Félines, anonymes ou non, mortes au combat ou bien décidées à se battre pour revendiquer le droit d’exister !

Tout au long du livre, on apprend d’ailleurs à connaître certaines Félines comme La Rouquine et Fatia qui sont celles qui m’ont le plus marquée. La première en raison de sa personnalité et de son altruisme malgré les circonstances, et la seconde pour sa révolte qu’elle porte haut et fort comme pour faire un pied de nez à tous ces hommes et ces humains qui la rejettent, elle et ses sœurs, pour ce qu’elles sont. Louise et Fatia sont un peu les exacts opposés, mais chacune aura une certaine influence sur l’autre : Fatia donnera l’inspiration et le courage à Louise de se battre et Louise insufflera à Fatia un peu d’espoir quant à l’humanité. Et vu les actes de certains « hommes », de l’espoir, il en faudra !

Quant à la plume d’auteur, agréable et immersive, elle permet de se plonger sans réserve dans l’histoire, de vivre de l’intérieur le combat de Louise et de ses sœurs, de ressentir toute l’injustice de la situation… Le roman se lit donc tout seul, presque en apnée, tellement il est difficile de lever le nez du livre une fois les premières lignes avalées. Il faut dire qu’en plus de thématiques sociétales fortes, le roman bénéficie d’un bon rythme, les événements s’enchaînant rapidement et l’action étant omniprésente. Les instants émouvants de vie, d’amitié et de complicité alternent avec des moments plus durs, ce qui apporte un certain sentiment d’urgence et donne l’impression presque oppressante que tout peut basculer d’un moment à l’autre…

En conclusion, Félines fut une lecture pleine d’intelligence qui, sous couvert d’un phénomène extraordinaire et inexpliqué, permet de soulever des questions importantes autour de thématiques sociétales fortes allant de l’oppression des femmes au racisme en passant par l’extrémisme religieux. Immersive, haletante, et parfois choquante de réalisme, cette lecture ravira les lecteurs en quête d’une aventure rythmée et sous tension dans laquelle l’humanité s’apprête à affronter son plus gros changement. Plus qu’une révolte, la révolution Félines est en marche, et rien ne pourra l’arrêter !