Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, Kristan Higgins

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites de Kristan Higgins.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La personnalité n’est pas une question de poids.

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de «  La liste de choses à faire quand elles seraient minces  », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle  ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser  ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout  oser  !

HarperCollins (2 mai 2019) – 528 pages – Broché (19,90€) – Ebook (12,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Attirée par la promesse d’une lecture parfaite pour l’été, il n’y a qu’à voir ce jaune soleil pétant sur la couverture, j’ai lu avec plaisir cette comédie romantique aux allures de feel-good qui m’a permis de passer un très bon moment de lecture.

Centré autour de l’amitié et de cette difficulté à accepter son corps dans une société formatée et peu encline à tolérer la différence, a fortiori quand celle-ci saute aux yeux, ce récit est celui de trois amies dont le poids a trop longtemps dirigé leur vie. Il y a la regrettée Emerson que l’on apprend à connaître à travers des pages de son journal intime dans lequel elle s’adresse à une vision fantasmée d’elle-même, Marley, une cuisinière qui régale ses clients de ses petits plats livrés tout droit dans leur cuisine, et Georgia, une ancienne avocate bardée de diplômes qui a préféré tout plaquer, mari compris, pour se reconvertir en une maîtresse de maternelle très appréciée par les bambins.

Marley et Georgia accourent au chevet de leur amie Emerson qui a glissé, sans qu’elles ne s’en rendent compte, vers l’obésité morbide. Une situation qui ne se terminera hélas pas bien pour cette femme si gentille et ouverte d’esprit, mais qui marquera le début d’une nouvelle aventure pour ses deux meilleures amies. Marley et Georgia lui ont ainsi promis de cocher une à une les cases de cette « liste des choses à faire quand elles seraient minces« , rédigée lors de leur séjour dans un camp d’amaigrissement.

Chapitre après chapitre, on suit les deux trentenaires qui font de leur mieux pour tenir leur promesse : se faire offrir un verre par un bel inconnu, manger un dessert en public, s’habiller dans un magasin normal… Des petites choses anodines pour le commun des mortels, mais qui le sont beaucoup moins pour des personnes qui ont subi depuis des années le poids de la société, ces regards en biais, ces insultes méchantes et gratuites, ces piques sournoises, ces jugements de valeur sous fond de préjugés idiots, ces discriminations quotidiennes, ces violences médicales…

Le surpoids a donc impacté de manière plus ou moins importante et dramatique la vie des membres du trio même si Marley a appris à s’accepter et à ne pas chercher à tout prix à coller à l’image de la femme parfaite. Il faut dire qu’elle a la chance d’avoir grandi au sein d’une famille bienveillante et soudée qui l’a entourée d’amour depuis son enfance. Sportive (merci à l’autrice de casser le préjugé du gros allergique à l’effort physique), faisant un métier qu’elle adore, entourée de personnes adorables, Marley aimerait maintenant pouvoir goûter au bonheur d’une vie à deux avec un homme. Il y a bien le collègue pompier et beau gosse de son frère dont elle est terriblement amoureuse, mais les choses ne semblent pas avancer, leur relation se cantonnant à quelques rares incartades nocturnes…

Il va donc lui falloir se contenter de Will, un client peu causant, voire cassant, qui reste cloitré chez lui, comme seule présence masculine dans sa vie. Mais celui-ci est-il réellement antipathique ou, comme Marley, a-t-il ses propres blessures qu’il essaie, tant bien que mal, de surmonter ? Marley, toujours affectée par cette perte remontant à son enfance qui lui vrille parfois le cœur, pourrait trouver en Will bien plus qu’un client fidèle et taiseux… C’est un peu frustrant de ne pas pouvoir en dire plus, mais j’ai apprécié les thèmes abordés par l’autrice à travers ce personnage même s’il y a un événement qui m’a un peu moins convaincue, voire gênée, car les choses sont bien plus complexes que ce que l’autrice laisse entendre.

Georgia, quant à elle, a beaucoup plus de mal que Marley à faire table rase des blessures du passé et à accepter son corps qui s’est pourtant, au fil des années, nettement affiné au point de renouer avec les normes de la société. Entre vision déformée de son corps et troubles alimentaires, son rapport à la nourriture reste donc compliqué, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère le comportement de sa mère qui ne la considère que sous le prisme de son tour de taille, et de son frère, un homme odieux ouvertement grossophobe. Il y a heureusement des personnes adorables dans sa famille comme son père et sa nouvelle famille, et surtout son neveu Mason, un adolescent assez solitaire, mais très touchant.

Si j’ai regretté le côté peut-être un peu trop caricatural de la mère et du frère, j’ai adoré Mason, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, sa fragilité… Le neveu et la tante sont franchement attendrissants ! Cela demandera beaucoup de volonté, de force pour aller à l’encontre de certains schémas de pensées et de pensées limitantes, mais en s’entraidant avec bienveillance, Georgia et Mason arriveront, petit à petit, et main dans la main, à se réapproprier leur corps et leur vie.

Grâce à l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues, ce roman se lit très vite d’autant que l’écriture de l’autrice est simple et dynamique. Malgré la dureté de certains thèmes abordés (le deuil, les phobies, l’acceptation de soi, l’intolérance et la grossophobie, les troubles alimentaires, les conséquences d’une éducation défaillante, la difficulté de surmonter certains événements traumatiques…), le tout forme un roman empli de légèreté, de rires et de sourires, de beaux moments, d’émotions, d’espoir, d’amitié, d’amour, de gentillesse, de tendresse, de tolérance… De page en page, on suit avec un plaisir fou ces femmes qui se dévoilent dans toute leur simplicité et leur humanité. Elles ne sont pas exemptes de défauts tombant parfois à leur tour dans le jugement et les préjugés, mais elles sont touchantes, drôles, et pourraient être vous ou moi, votre meilleure amie, votre sœur, votre cousine…

Pour ma part, ancienne obèse, je n’ai pu que me reconnaître un peu dans Emerson, Georgia et Marley. J’ai parfois ressenti, dans le passé, les mêmes choses qu’elles, vécu des situations similaires et notamment certaines de ces humiliations dont le cœur, le corps et l’esprit gardent à jamais les traces. Mais plus que cette empathie pour les personnages, c’est le message de tolérance et d’acceptation de soi qui a rendu ma lecture si riche et intense. Un poids et une taille de vêtement ne définiront jamais une personne ni sa capacité à être heureuse. Une belle et brutale réalité qui finira par frapper Georgia de plein fouet et qui la poussera à tenter de renouer avec un pan, ou plutôt une personne de son passé, qui lui proposait ce qu’elle ne s’était jamais accordée, de l’amour.

En conclusion, si vous avez envie d’une comédie romantique portée par des protagonistes terriblement attachants qui, tout en parlant de sujets importants, arrive à porter un message de tolérance et à vous offrir un moment de lecture léger et agréable, ce roman est fait pour vous. Au programme, rires, amitié, amour, seconde chance et acceptation de soi !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

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Top Ten Tuesday #136 : 10 romans repérés en librairie en ce mois de juillet

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Je vous propose 10 romans repérés en librairie durant ce mois de juillet. En rédigeant cet article, je me suis rendu compte que ma curiosité a surtout été happée par des titres faisant référence au règne animal, ce qui n’était pas volontaire, mais qui n’est pas pour me déplaire adorant les animaux.

Pour rappel, ne possédant pas ces romans, je me suis contentée de citer les quatrièmes de couverture.

  • Le rêve de la baleine :

Le rêve de la baleine par [Hobson, Ben]Premier roman australien, Le rêve de la baleine est un conte initiatique d’une grande beauté. Après la mort de sa mère, un jeune garçon doit apprivoiser son chagrin et celui de son père. L’homme, qui travaille en mer sur un baleinier, est taiseux et a du mal à faire face à cette proximité nouvelle avec son fils. Il décide de l’emmener avec lui au large pour lui apprendre son métier. L’enfant découvre un monde à la fois sublime et brutal. Mêlant récit légendaire, réalisme et nature writingLe rêve de la baleine renouvelle un mythe biblique et littéraire – celui de Jonas, de Moby Dick mais aussi du Vieil homme et la mer – avec une sensibilité remarquable.

  • La solitude du bonsaï :

Après trente ans d’une carrière diplomatique sédentaire sans gloire ni démérite, alors que son corps a gagné en embonpoint et que sa pression artérielle commence à lui jouer des tours, Pierre Tonneau, proche de la soixantaine, cède à l’appel du large et quitte une vie sans relief à Paris pour occuper le poste de consul général à Kyoto au Japon. Célibataire endurci, il tombe sous le charme d’une bibliothécaire souriante qu’il épouse. Après quelques années de bonheur, le tsunami de 2011 les pousse à quitter le Japon.
Sur les conseils de Kimiko, sa femme, Tonneau postule pour Calcutta, la plus délirante métropole indienne. Ce choix fatal va bouleverser son existence et l’Inde déverser sur lui le fracas de son exubérance. S’ensuit une cascade d’aventures calamiteuses ou rocambolesques, auxquelles le couple Tonneau aura bien du mal à résister.
Nourri d’expériences vécues, l’humour british de Sébastien Ortiz célèbre Calcutta, héroïne de ce roman délicieusement décalé.

  • Le chien de madame Halberstadt :

Un homme malchanceux voit sa vie bouleversée par le chien de sa voisine. Un livre plein d’humour et de tendresse qui marque le retour de Stéphane Carlier, auteur notamment de Les gens sont les gens.

Baptiste, écrivain, a connu des jours meilleurs. Son dernier roman a fait un flop, sa compagne l’a quitté pour un dentiste et, à bientôt quarante ans, il est redevenu proche de sa mère. Il passe ses journées en culotte de survêtement molletonné, à déprimer dans son studio qui sent le chou… Jusqu’à ce que Madame Halberstadt, sa voisine de palier, lui demande de garder son chien quelques jours. Baptiste accepte à contre-cœur et doit très vite se rendre à l’évidence : depuis que Croquette a franchi le seuil de son appartement, sa vie change du tout au tout.

  • Si j’avais un perroquet je l’appellerais Jean-Guy : Au chapitre 2 de la deuxième partie du deuxième livre de Françoise Sagan qu’elle a emprunté à la bibliothèque, Catherine tombe sur un bout de papier. Dessus, un prénom – Jean-Philippe –, un numéro de téléphone et un message clair :  » Appelle quand tu veux « . Catherine, célibataire et traumatisée depuis deux ans (son ex a couché avec sa sœur…), envisage toutes les hypothèses, entend les préventions légitimes de ses amies et, sachant bien qu’a priori personne ne répond à un message trouvé par hasard dans un livre de bibliothèque, décide malgré tout de contacter Jean-Philippe. Aussi insensé, absurde, impensable, inconcevable et improbable que puisse paraître un tel geste. Car qui ne tente rien…

  • Et pour quelques Toudous de plus : C’est avec émotion que Tom Cox quitte le Norfolk, accompagné de ses chats terriblement charismatiques bien décidés à rendre le déménagement aussi chaotique que possible ! Un autre chapitre commence alors pour les félins et leur maître dans les prés verdoyants et fleuris du Devon. L’Ours, Ralph, Shipley et leur dernière recrue, l’aventureuse Roscoe, y vivent de nouvelles aventures racontées avec humour. L’Ours, chat à l’air mystérieux et solennel, prouve une fois de plus qu’il a de nombreux secrets et bien plus que neuf vies à son actif ! Ses camarades félins se révèlent toujours plus attachants, et Tom Cox tout aussi charmant dans ce récit sincère et plaisant.

  • Un monde sauvage : Quelques empreintes de pattes dans la neige, une carcasse de daim abandonnée un peu plus loin… et Felitsa avait compris en un éclair à qui elle avait affaire. Sa mère Alissa est garde forestière au bout du bout de la taïga russe, une zone de trafic intense avec la Chine voisine et un beau terrain de chasse pour les braconniers. De l’autre côté de la frontière, la dépouille d’un tigre de Sibérie vaut des dizaines de milliers de dollars. Si Felitsa et sa mère ont repéré la tigresse, les braconniers ne vont pas tarder à faire de même. Il faut trouver le moyen de sauver sa peau…

  • Toto Ninja chat : Attention : Toto n’est certainement pas une chatte ordinaire. Elle est presque aveugle et c’est un grand ninja ! Ce soir, avec son frère Silver, froussard expert en grignotage et en gaffes, Toto devra sauver son quartier d’une terrible menace : le cobra royal Brian s’est échappé du zoo. La nuit risque d’être longue pour notre Ninja chat !

  • Tant que durent les rêves :  » Qu’est-ce qui donne à certains d’entre nous la force de croire en soi et de se surpasser ? Nathan fait de la natation en compétition, il s’entraîne sans relâche, mais depuis quelque temps le doute s’immisce en lui, la peur de ne pas réussir. Un matin, il se réveille dans la peau d’un fantôme, spectateur impuissant de son pire cauchemar : le vrai Nathan de chair et d’os vient d’arrêter la natation, il est en train de saccager sa vie. Il va alors rencontrer le fantôme d’Alicia, qui a renoncé à devenir écrivaine… »

  • Légendes chimériques :  » Koyomi Araragi est un lycéen un peu particulier : mordu par une vampire âgée de 500 ans, il doit composer avec des capacités hors du commun qui le rendent, malgré lui, sensible aux phénomènes surnaturels… Un jour, il rattrape Hitagi, une de ses camarades de classe, alors qu’elle chutait dans les escaliers. Quelle n’est pas sa surprise quand il découvre qu’elle ne pèse pratiquement rien ! Très vite, Koyomi réalise qu’une entité chimérique a pris possession de la jeune fille et qu’il va devoir lui venir en aide… »

  • Les affamés : Auteur à succès, Charles noie son ennui dans l’alcool, le tabac, la bonne chère et les conquêtes faciles. Un style de vie proscrit depuis que les Lois de la Santé ont mis le pays au régime sec : travail et nourriture saine pour tous, sport obligatoire et interdiction formelle de nuire à sa santé. Mais Charles est adulé par les foules, alors on le laisse faire… jusqu’au jour où un politicien aux dents longues décide de censurer la production littéraire. Commence alors pour l’écrivain une descente aux enfers qui lui donnera à voir l’envers du décor de cette société prétendument idéale.

Les affamés (Nouveaux Millénaires) par [Edgar, Silène]

Et vous, est-ce que l’un de ces romans vous tente ?

Aux portes de la mémoire, Felicia Yap

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir Aux portes de la mémoire de Felicia Yap.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Claire Evans vit dans un monde où la mémoire à long terme est une utopie. En sortant de l’adolescence, hommes et femmes découvrent à quelle catégorie ils appartiennent. Les chanceux font partie des Duos, capables de se souvenir des dernières 48 heures de leur vie. La mémoire des Monos, comme celle de Claire, se limite à la journée de la veille. Chaque soir, tous consignent religieusement leurs souvenirs sous peine d’oublier qui ils sont. Qui ils aiment. Ce qu’ils ont fait. Ou ce qu’on leur a fait.
Ainsi, le jour où un policier annonce à Claire que son mari aurait assassiné sa maîtresse deux jours auparavant, c’est le trou noir. Que s’est-il réellement passé ? Pour Claire, le compte à rebours a déjà commencé.

HarperCollins (13 février 2019) – 400 pages – Poche (7,90€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Aux portes de la mémoire est un thriller atypique que j’ai dévoré en deux soirées pressée de connaître les tenants et aboutissants d’une histoire qui vous emmène dans les tréfonds du couple et de la mémoire.

Ces deux thèmes sont omniprésents dans ce monde différent du nôtre, une sorte de dystopie dans laquelle les gens ne sont plus catégorisés selon des critères comme le sexe, la religion, l’ethnie, l’orientation sexuelle, mais selon leurs capacités mémorielles. Les Monos se souviennent des dernières 24 heures de leur vie et les Duos des dernières 48 heures. De cette différence, qui intervient à la fin de l’adolescence, naît une discrimination totale et révoltante qui donne aux Duos les pleins pouvoirs sur la société puisqu’ils sont censés être plus intelligents et méritants. Les Monos, quant à eux, forment une classe secondaire de citoyens que l’on se permet de juger, jauger et de limiter dans leurs aspirations professionnelles.

C’est assez surréaliste et révoltant de voir que personne ne réagit vraiment à cette différence de traitement comme si la planète entière l’avait intériorisée et acceptée comme un fait acquis et indiscutable… Il y a heureusement un personnage qui, d’une certaine manière, lutte contre le système même si cela le conduira à rester toujours sur le qui-vive et à redoubler d’efforts pour ne pas que son secret s’ébruite.

Dans ces conditions, on peut comprendre que les mariages mixtes entre Duos et Monos soient peu courants et très peu acceptés, les premiers étant bien trop « supérieurs » aux seconds pour se mélanger avec eux et risquer de compromettre leur descendance… Une chose que Marc Evans, qui se lance en politique, aimerait changer. Son atout dans son combat, son propre mariage mixte avec une Mono, Claire, depuis 20 ans. Derrière cet argument de poids se cache néanmoins une autre réalité, celle d’un couple qui cohabite plus qu’il ne vit ensemble, de deux époux qui ont du mal à communiquer et que leurs différences, supposées et réelles, ont fini par séparer. Mais ces problèmes de couple ne sont rien au regard du coup de massue qui va frapper Claire quand son mari sera suspecté d’avoir assassiné sa maîtresse par un inspecteur bien décidé à élucider rapidement son enquête. Le compte à rebours a commencé, la vérité doit éclater quel qu’en soit le prix !

Ce qui rend cette enquête aussi passionnante, c’est cette ambiguïté constante sur la mémoire qui est ici triturée, questionnée, manipulée, partiale et parcellaire. Chaque personne remplit ainsi scrupuleusement chaque soir son journal intime électronique Apple afin de retranscrire les grands événements de sa journée. Des entrées qu’il suffit de faire défiler quand on veut se souvenir de quelque chose ou d’apprendre par cœur pour transformer une information en fait dont on se souviendra toute sa vie. Comment alors confondre un assassin qui, au bout de 24/48h ne se souviendra de rien à moins d’avoir, ce qui demeure peu probable, confessé ses crimes par écrit ? Et puis, quelle confiance accorder à ces journaux électroniques ? D’ailleurs, celui récolté par l’inspecteur dans le cadre de son enquête est tellement délirant qu’il s’avère difficile de lui porter crédit bien que certains faits semblent bizarrement coïncider avec la réalité…

Écrire pour vivre, écrire pour se souvenir, écrire pour manipuler, écrire pour oublier… Dans cette histoire, difficile de savoir à quels souvenirs et à qui vraiment se fier, la dissimulation, volontaire ou non, étant constante et inévitable. Mais si Claire découvre son mari menteur, tricheur et volage, elle a au moins une certitude, ce n’est pas un meurtrier. Jusqu’alors assez passive, elle va se lancer dans une quête de vérité qui la mènera sur un chemin qu’elle n’aurait jamais cru emprunter. En fouillant le passé, de sa rencontre avec son mari à cette situation de femme au foyer dépressive que la vacuité de sa vie oppresse, c’est elle-même qu’elle mettra à nu… pour le meilleur et pour le pire.

L’autrice nous offre ici un thriller sombre et palpitant qui alterne avec habileté entre le présent/le passé et différents protagonistes, tous différents les uns des autres : Marc et Claire Evans, un inspecteur qui a ses propres secrets, et une femme qui nous apparaît aussi mystérieuse que complètement dérangée. Devant des protagonistes dont la psychologie est aussi développée, complexe et nuancée, on jongle entre empathie, dégoût, tristesse, compréhension, agacement, émotion… Rien n’est figé dans le marbre : les inimitiés des débuts peuvent laisser place à une certaine indulgence, et l’empathie pour certains se muer en incrédulité, voire effroi. Attendez-vous donc à être surpris par les personnages et des révélations fracassantes qui vous donneront envie de revoir le roman et certains comportements sous un jour nouveau.

Grâce à la fluidité de sa plume et une gestion du suspense intelligente, l’autrice a su me captiver dès les premières pages d’autant que la narration dynamique incite à se laisser emporter par l’histoire. J’ai également apprécié la manière dont elle a réussi à soulever, sans aucune lourdeur, des réflexions intéressantes sur des thèmes universels. Il est ici question de ce sentiment de trahison et de vengeance qui pousse à toutes les folies, de préjugés et de cette discrimination bien trop souvent acceptée, de la dépendance de l’homme à la technologie (l’ombre de Steve Jobs planant autant dans cette dystopie que dans notre réalité), des fondations d’un couple, de mémoire, du poids de la vérité et du passé, du droit à l’oubli…

La vérité en tant que devoir de mémoire, un frein ou une condition sine qua non pour avancer dans la vie ? Une question que vous ne pourrez que vous poser en tournant la dernière page de ce page-turner que je recommande à tous les amateurs de thrillers dans lesquels sont mises à nu la complexité de l’âme humaine et la force des passions.

Découvrez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

In My Mailbox #123

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Lire ou Mourir. »


LIVRES PAPIER

En allant fureter dans une librairie, je suis tombée sur quelques cartons avec des livres soldés. J’ai également fait quelques découvertes à Noz dont deux ouvrages graphiques pour lesquels j’ai craqué. Une chouette découverte qui parle de thé chez un bouquiniste et un SP viennent aussi gonfler mes étagères.

Couverture Ma langue a fourché !Couverture Marie-Antoinette

Couverture Naïade

J’ai également eu la surprise de recevoir deux livres pour mon anniversaire. Une amie m’a ainsi offert Les Semeurs de bonheur que j’ai déjà lu et qui m’a beaucoup émue, tout comme son adorable attention. Mon compagnon m’a offert une BD que je désirais ardemment depuis sa sortie : Dans la tête de Sherlock Holmes. Étant donné qu’il essaie tant bien que mal de refréner mes envies livresques, je peux vous dire que la surprise fut totale et l’émotion au rendez-vous. Et chapeau à lui d’avoir réussi à trouver, parmi mes incessants ‘il me tente trop ce livre », celui qui me faisait le plus envie.

Couverture Les semeurs de bonheurCouverture Dans la tête de Sherlock Holmes, tome 1 : L'Affaire du Ticket Scandaleux

EBOOKS

La Croisade des Carpates (Les sept portes de l'Apocalypse t. 1) par [Callico, Vanessa, Callico, Diana]L'Apprentie Faucheuse (Rouge Sang & Noir Corbeau t. 1) par [Robin, Justine]

LIVRE AUDIO

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?

Challenge Week-end à lire estival (juillet 2019) #1 : ma PAL prévisionnelle

Time, Book, Paper, Bell

En plus du traditionnel Week-end à 1000, Lili bouquine organise un challenge week-end à lire estival qui consiste à lire, chaque week-end de juillet, du vendredi 19h au dimanche 23h59, un nombre de pages que l’on se fixe soi-même.

Si je n’ai pas participé au premier week-end à lire, j’ai décidé de me lancer dans cette nouvelle session, qui se déroule du 12 au 14 juillet, avec un objectif de 600 pages.

Voici la PAL dans laquelle je compte piocher au cours du week-end : ayant envie de légèreté, j’ai décidé de donner sa chance à The Librarian and Her Beast qui me sort de ma zone de confort… Quant au Kristan Higgins, j’aimerais bien au moins en lire une centaine de pages d’ici dimanche minuit.

ROMANS

Laissez-moi faire ! (Roman) par [Morel, Gélou]Couverture Toutes ces choses qu'on n'a jamais faites

OUVRAGES GRAPHIQUES

Et vous, participez-vous au challenge ?

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Les mots d’Hélio, Nancy Guilbert – Yaël Hassan

Je remercie les éditions Magnard de m’avoir permis de découvrir Les mots d’Hélio de Nancy Guilbert et Yaël Hassan.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pour quelle mystérieuse raison Hélio, 15 ans, est-il confié à la famille Dainville à la suite d’un accident qui l’a privé de parole ?

Suite à un traumatisme crânien, Hélio, quinze ans, orphelin de père et passionné de sciences, ne réussit presque plus à communiquer. Sa capacité de réflexion est intacte, mais les mots se sont envolés.
Sa mère étant elle-même en état de choc depuis l’accident, Hélio est confié à une famille d’accueil, les Dainville, qu’elle avait désignée dans le cas où son fils se retrouverait seul.
Mila et Ruben, les enfants de la famille, l’accueillent chacun à leur manière, et pour Bianca, l’employée de maison, l’arrivée de ce garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Quel secret cache-t-elle à tous depuis des années ?
Chaque personnage, à tour de rôle, confie ses doutes et ses espoirs, se livre peu à peu. Et quand le passé fait irruption et libère les vérités enfouies, c’est une nouvelle famille qui se révèle…

Magnard jeunesse (juin 2019) – Dès 10 ans – 240 pages – Broché (12,90€)

AVIS

Ayant adoré Deux secondes en moins de Nancy Guilbert et Marie Colot, j’étais ravie de retrouver la jolie plume de Nancy, cette fois couplée avec celle de Yaël Hassan. Le duo fonctionne ici très bien puisqu’il s’avère bien difficile de distinguer les apports de chaque autrice dans cette très jolie histoire mettant en scène Hélio, un adolescent qui traverse un moment difficile.

Victime d’un dramatique accident, l’adolescent s’est réveillé du coma avec toutes ses facultés intellectuelles, mais des séquelles physiques et une incapacité à correctement s’exprimer. Quelle frustration pour ce dernier de tout comprendre sans pouvoir lui-même se faire entendre ! La situation est d’autant plus difficile à supporter que sa mère, elle-même toujours en état de choc plusieurs mois après l’accident, est dans l’incapacité de lui apporter le soutien dont il aurait terriblement besoin.

Entre les visites de ses deux meilleurs amis, les séances avec son kinésithérapeute, son orthophoniste et sa psychologue, l’adolescent a néanmoins trouvé un semblant d’équilibre jusqu’à ce qu’une nouvelle inattendue bouleverse sa vie. Il sera dorénavant placé sous la protection de la famille Dainville dont il n’a jamais entendu parler ! Les débuts seront difficiles, Hélio n’étant pas prêt à faire confiance à ces gens chez qui on l’a placé sans lui demander son avis. Les réactions des différents membres de la famille seront, quant à elles, assez variées : colère, méfiance, défiance pour Mila en pleine crise d’adolescence, inconfort et gêne pour les parents qui ne savent pas vraiment comment se comporter face à l’arrivée impromptue de cet adolescent handicapé dans leur vie, bienveillance pour Bianca, la gouvernante de la famille, et franc enthousiasme pour le petit dernier, Ruben.

L’alternance des points de vue entre les différents personnages permet de se familiariser en douceur avec leur personnalité, leurs craintes, leurs doutes, leurs attentes, leurs émotions, leurs réticences, ce qui crée un certain sentiment de proximité avec cette famille pour laquelle on ne peut que se prendre d’intérêt, si ce n’est d’affection.

La méfiance et les réticences des débuts feront heureusement place à d’autres sentiments quand, de fil en aiguille, les relations entre les différents personnages évoluent et que certaines complicités commencent à émerger. Il faut dire qu’avec un petit garçon aussi mignon, touchant, sensible, ouvert d’esprit et adorable que Ruben, difficile de ne pas fondre comme neige au soleil ! À fleur de peau, cet enfant apporte beaucoup de douceur, d’émotion, de fraîcheur et de sensibilité à ce récit. Enthousiaste à l’idée d’accueillir un nouveau membre dans sa famille, Ruben fera de son mieux pour se rapprocher d’Hélio malgré les barrières que ce dernier s’est efforcé d’ériger dès son arrivée. Mais rien ne résiste à la gentillesse de Ruben ni même à celle de Bianca.

Cœur de la maisonnée, cette femme au service de la famille depuis des années cache également des blessures qu’Hélio, sans le désirer, a ravivées. Mais loin d’en être peinée ou fâchée, elle va les embrasser à bras-le-corps et faire de son mieux pour apporter un peu de bien-être à Hélio enfermé dans sa bulle et prisonnier de sa colère. La colère, un sentiment que l’on ne peut que comprendre face aux épreuves que ces deux personnages, très différents mais unis par un sentiment de perte, ont traversées.

Mais parce que le passé est le passé et que rien ne sert de le rabâcher, Hélio va progressivement arriver à vaincre les sentiments négatifs qui l’assaillent et sortir de sa coquille abandonnant, au passage, ce surnom de bulle qui lui collait à la peau. Cela ne se fera pas sans peine, mais il pourra compter sur le soutien de son nouveau foyer. Même Mila, l’adolescente rebelle et peu avenante de la famille, finira par nouer une certaine complicité avec Hélio et développer, pour ce dernier, de la tendresse.

Un rapprochement entre les personnages réaliste et touchant d’autant qu’à mesure que les relations s’améliorent, le lecteur se rapproche de la réponse à une question qu’il se pose dès le début de l’histoire : pourquoi Hélio a-t-il été confié aux Dainville ? Pourquoi cette famille dont sa mère ne lui a jamais parlé tout comme elle a toujours refusé de dévoiler l’identité de son père ? Un suspense qui devrait beaucoup plaire aux enfants et les tenir en haleine.

Les adultes, quant à eux, ne devraient pas avoir de mal à trouver la réponse assez rapidement, mais peu importe, l’essentiel n’étant pas là mais plutôt dans la beauté du texte, des émotions qu’il suscite et dans la pluralité des thèmes abordés : le deuil, aussi bien d’une personne que d’une vie, la résilience, l’idée de seconde chance, la notion de famille et d’amour familial, le harcèlement scolaire, le handicap, la tolérance, l’entraide, l’espoir… Un épisode tragique et révoltant de l’histoire de l’Argentine est également évoqué de manière très pudique. Je n’en dirai pas plus sur ce point si ce n’est que découvrir l’épreuve traversée par Bianca m’a beaucoup émue et laissée admirative devant sa capacité à aller de l’avant malgré l’incertitude et la douleur. À travers ce personnage de fiction, les autrices mettent à la portée de tous un fait peu connu en France, et offrent, d’une certaine manière, un hommage à ces mères courages…

Malgré la dureté de certains sujets, aucun pathos n’est à déplorer, les autrices les évoquant avec simplicité, naturel, et beaucoup de justesse, de délicatesse et de sensibilité. Une fois la dernière page tournée, vous n’aurez qu’une envie, celle de sourire à la vie, car si elle peut se révéler parfois difficile et fourbe, elle réserve également de belles rencontres et de beaux moments. Il ressort donc beaucoup de positivité de cette histoire que j’ai lue d’une traite complètement happée par ce récit à plusieurs voix que les autrices ont su rendre accessible, prenant et très agréable à lire.

En plus d’un très bon travail sur le fond, la forme est également soignée, le roman bénéficiant d’une jolie mise en pages avec quelques illustrations nous permettant d’apprécier les talents artistiques d’Hélio.

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Celui-ci a une passion originale pour son âge, la botanique, et une habitude que j’ai adorée, associer chaque personne à une plante/fleur et faire un dessin de ces associations pleines de saveur. Une des facettes de l’adolescent que l’on prend plaisir à découvrir et qui le rend attendrissant tout comme l’amour qu’il porte à sa mère malgré son absence et ses silences passés et présents. Peut-être une manière délicate et éclairée pour les autrices de montrer la solidité des liens parents/enfants, car si les adultes aussi peuvent faillir, cela ne remet pas en question l’amour qu’ils portent à leurs enfants.

En conclusion, Nancy Guilbert et Yaël Hassan s’unissent pour nous offrir ici une très jolie histoire, celle d’un adolescent comme les autres qui sera confronté à une situation difficile à laquelle rien ne pouvait le préparer. Blessé dans sa chair et son âme et poussé dans ses retranchements, il finira néanmoins par s’ouvrir aux autres et découvrir chez les Dainville bien plus qu’un lieu d’accueil, une famille. Voici donc un récit plein d’émotions et de sensibilité dans lequel il est question de rencontres, d’entraide, de famille et de secret, de handicap, de tolérance, de résilience, et de ce souffle de vie qui permet de soulever des montagnes et de sortir de sa bulle…

Découvrez un extrait sur le site des éditions Magnard jeunesse.

Throwback Thursday Livresque #131 : super-héros

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai eu envie de vous parler d’un personnage atypique : Jessica Jones.

« Jessica Jones est libérée de la prison où elle était détenue pour des motifs mystérieux. Elle se penche alors sur une affaire qu’elle seule semble capable de résoudre. Au cours de son enquête, elle découvrira alors une vérité pour le moins bouleversante et risquera de compromette ses relations familiales. »

Pourquoi ce choix ?

Découvert grâce à la série, j’ai tout de suite accroché à Jessica Jones, une femme cynique qui, malgré ses capacités, se refuse à se complaire dans l’image de super-héros. Si la série et le comics sont assez différents puisque nous retrouvons ici une Jessica Jones mariée et mère, la jeune femme conserve sa personnalité atypique et une force de caractère dont elle aura bien besoin pour affronter une situation difficile autant sur le plan personnel que professionnel…

Oscillant entre anti-héros et super-héros, Jessica Jones est une femme qui ne peut pas laisser indifférent et que je ne peux que vous encourager à découvrir que ce soit à travers la série (la première saison est un régal ! ) ou ce comics dont vous pourrez retrouver ma chronique sur le blog.

Et vous, connaissez-vous le personnage ?
L’appréciez-vous ?