Top Ten Tuesday #234 : mon programme lecture idéal pour Halloween ou les 10 livres que j’aimerais (re)lire à cette occasion

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


J’ai quelque peu modifié le thème de la semaine pour vous présenter les 10 livres que j’aimerais idéalement lire et/ou relire à l’occasion d’Halloween. Bien que je ne fête pas Halloween, je trouve que c’est le prétexte idéal pour lire des livres à l’ambiance horrifique et/ou gothique…

10 livres que j'aimerais idéalement lire et/ou relire à l'occasion d'Halloween

Et vous, certains de ces livres vous tentent-ils ?
Comptez-vous lire quelque chose de spécial pour Halloween ?

 

La lady au parapluie noir, Mary Balogh

La lady au parapluie noir

De passage dans une auberge malfamée, le vicomte Kincade est attaqué par des malandrins. Mais le drame vire au burlesque quand une espèce de furie en chemise de nuit met les voleurs en déroute à grands coups de parapluie. Le vicomte est mortifié. Quoi de plus humiliant pour un gentleman que d’être défendu par une faible femme ? Il va être la risée du Tout-Londres quand l’histoire se saura ! Et le pire reste à venir, car en guise de remerciement la pétulante Daisy lui demande de lui ouvrir les portes de la bonne société. Impossible de refuser sans passer pour un goujat. Voilà donc notre vicomte coincé avec cette femme exaspérante… horripilante… et adorable.

J’ai lu (01/09/2021) – 288 pages – Papier (6,50€)
Traduction : Maud Godoc

AVIS

Après avoir abandonné Une partie de campagne au bout d’une centaine de pages, j’ai eu envie de redonner sa chance à l’autrice. Et mon choix s’est porté sur une nouvelle parution des éditions J’ai lu : La lady au parapluie noir.

Si dans Une partie de campagne, le style de l’autrice m’a semblé froid, presque clinique, il m’a ici tout de suite séduite. Fluide, agréable et pleine d’humour, la plume de l’autrice rend la lecture particulièrement addictive et amusante. D’ailleurs, cela faisait longtemps que je n’avais pas autant ri devant un roman ! Complètement captivée par Daisy et sa personnalité des plus originales, je l’ai lu en une soirée, d’autant que l’autrice a réussi à se dégager des canons habituels pour nous embarquer dans une histoire hautement divertissante.

Il faut dire que notre héroïne, c’est un spectacle à elle toute seule. Mue par un sens inégalé de la justice et par son envie profonde et sincère d’aider son prochain, elle a une légère tendance à se mettre dans des situations indignes d’une lady, à enchaîner les catastrophes et à se mettre à dos les personnes qu’elle veut sauver. Et ce n’est pas vicomte Kincade qui vous dira le contraire ! Se faire voler sa bourse dans une auberge avant d’être traité avec suspicion puis agressé par des gros bras, ce n’est pas glorieux pour un noble. Mais alors se faire sauver par une harpie en chemise de nuit qui pousse le vice jusqu’à payer vos dettes de jeu, votre nuit à l’auberge et votre séance de sport en chambre avec la serveuse, c’est le comble de l’humiliation. Une humiliation d’autant plus grande que le tout Londres s’en délecte et s’en esclaffe !

Imaginez donc la surprise de notre vicomte quand l’objet de sa honte lui demande de l’aider à introduire sa, il est vrai, très jolie sœur dans la haute société, quand il ne rêve que de serrer très fort son cou fort gracile au demeurant. Mais n’a-t-elle donc aucun instinct de survie ni bon sens ? Une question que Kincade ne cessera de se poser à mesure qu’il côtoie la jeune femme qui trouve toujours le moyen de le mettre dans l’embarras, et de se donner en spectacle au mépris des convenances qu’elle ne semble pas connaître. Mais indépendante et libre d’esprit, il est fort à parier que même si elle les connaissait, elle ne perdrait pas son temps à les respecter.

Que j’ai adoré les interactions entre ces deux fortes têtes avec, d’un côté, un noble éberlué par cette femme menue qui a le don de le mettre dans tous ses états, et une jeune femme altruiste et courageuse qui vit clairement dans son propre monde. Elle m’a beaucoup fait rire par sa manière toute personnelle d’interpréter les événements et de s’imaginer la reconnaissance dans les yeux des gens, alors qu’elle devrait plutôt y voir de l’irritation ou de la gêne, voire les deux. Ce décalage entre sa vision et la réalité donne des situations hilarantes et cocasses, d’autant qu’on assiste aux états d’âme d’un vicomte complètement désemparé par cette femme imprévisible et horripilante, mais diablement attirante. Car si Daisy, du haut de ses 25 ans, se considère comme une vieille fille sans charme, la réalité est tout autre…

J’ai eu un coup de cœur pour cette héroïne idéaliste, courageuse et altruiste qui fait passer le bonheur des autres avant le sien, et qui est complètement dévouée à sa jeune sœur Rose. Quant à Kincade, il m’a beaucoup amusée par son désarroi devant une Daisy qui ne voit jamais les choses comme elles le sont. Il m’a également touchée par la manière dont, petit à petit, il va avoir autant envie de l’étrangler que de la protéger de sa propre inconscience. Car Londres n’est pas sa campagne natale, et les interventions intempestives de la jeune femme pourraient avoir de terribles conséquences… Les deux personnages vont nouer une relation intéressante et mouvementée : Daisy est bien décidée à continuer à régenter son monde, tout en espérant que le vicomte continue à lui résister, ce que personne n’avait jamais fait avant lui ; Kincade est bien décidé à lui mettre un peu de plomb dans la tête. Et ça, ce n’est pas gagné ! Heureusement, un mauvais coup du sort va lui donner un petit délai pour tenter de réaliser l’impossible…

Si les deux ensemble ne m’ont pas donné des papillons dans le ventre, j’ai adoré les suivre et les voir évoluer au contact l’un de l’autre. Les personnages secondaires se révèlent également intéressants, et la plupart bienveillants, ce qui n’est pas si courant. Mention spéciale au frère du vicomte, un religieux qui tente de tempérer le caractère de son frère et qui se prend d’emblée d’estime pour Daisy, son altruisme et son courage. Ils ont une manière très différente de le faire, mais le religieux et la jeune femme essaient de réparer, ne serait-ce qu’un peu, les inégalités du monde et de protéger les moins nantis. Quant à Rose, elle fait un peu pâle figure devant sa sœur imprévisible au caractère bien trempé, mais elle n’en demeure pas moins attachante. Bien que celle-ci tende à la mettre régulièrement dans l’embarras sans même le réaliser, Rose est sincèrement attachée à Daisy et lui est reconnaissante de ses tentatives, parfois maladroites, de l’aider et de la soutenir. La jeune sœur de Kincade m’a, dans une certaine mesure, et en beaucoup moins exaspérante, rappelé Lydia, la jeune sœur d’Elizabeth dans Orgueil et préjugés, et l’antagoniste m’a un peu fait penser à Wickham…

En conclusion, légère, drôle et pleine de piquant, cette romance est un petit bonbon qui vous donnera le sourire aux lèvres ! À travers un duo haut en couleur, composé d’une héroïne intrépide qui vit dans son propre monde aux mépris de la réalité et des convenances, et d’un vicomte luttant très fort pour conserver le peu de maîtrise qui lui reste, l’autrice nous régale de scènes cocasses et hilarantes, nous prouvant sa parfaite maîtrise du comique de situation. Une romance historique parfaite pour se détendre, pour s’initier en douceur au genre ou au contraire, pour continuer sa découverte en compagnie d’un vicomte qui illustre parfaitement l’idée qu’entre l’exaspération et l’amour, il n’y a parfois qu’un pas ou une femme imprévisible, exaspérante, mais ô combien attirante.

In My Mailbox #234 : une offre inratable, de la jeunesse, de la fantasy…

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


  • Romans : j’ai profité de l’offre des éditions Flammarion jeunesse avec un superbe tote bag offert dès deux titres de la série Charlock achetés pour prendre le premier et le quatrième tomes de la série.

Couverture Charlock, tome 1 : La disparition des sourisCouverture Charlock, tome 4 : Attaque chez les Chats-Mouraïs

Couverture Le temps des mitaines (roman), tome 1 : Le mystère de la chambre morneGestalt par Kwiatkowski

  • Beau livre : je possède déjà énormément de livres sur les chats, mais je n’ai pas pu résister quand j’ai repéré cette merveille dans le programme des SP des éditions de Borée que je remercie grandement.

Chats, portraits insolites par Bénard

  • Manga et BD :

Couverture Ghost & Lady, tome 2Couverture Le prince de l’ennui

  • Livre audio : j’ai pris le dernier tome de la série The Bargainers que j’aime beaucoup… 

Couverture The Bargainer, book 3: Dark Harmony

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?

Mini-chroniques en pagaille #41 : challenge coréen, sorcière, chat et douceur !

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Voici un nouvel article mini-chroniques en pagaille centré sur la jeunesse, ayant lu pas mal d’album et de BD jeunesse ces derniers jours. Je crois que j’avais besoin de lecteurs douces et mignonnes… Cet article me permet également d’ajouter une entrée au Challenge coréen !

  • L’île de Grand-Père de Joung-Mi Yoon (Les éditions de L’Élan vert)

Couverture L'île de grand-père

Incapable de résister à une si belle couverture, je n’ai pas hésité à emprunter ce magnifique album jeunesse qui nous offre une jolie histoire pleine de douceur et de poésie. Contrairement à ses parents qui l’ont envoyé là-bas, Joon-so n’est guère enthousiaste à l’idée de passer ses deux mois de vacances à la mer chez son grand-père. Il faut dire que l’île est bien trop paisible à son goût ! Une quiétude et un silence que l’on perçoit d’ailleurs à travers les illustrations de l’autrice…

Un jour son grand-père lui propose une balade en bateau, une idée qui ne plaît guère à Joon-so qui n’aime pas le bateau et préfère jouer à son jeu vidéo. Mais son grand-père a du flair en évoquant une grotte marine… Cette sortie en mer, loin d’être banale, marquera pour Joon-so le début d’une fantastique aventure où la frontière entre les rêves et la réalité s’estompe au profit de belles rencontres et de somptueux paysages. Qui a dit qu’on s’ennuyait sur l’île de son grand-père ?

Beau, tendre, poétique et onirique, voici un magnifique album jeunesse à ne pas manquer pour vivre un rêve éveillé et assister à la naissance d’une belle complicité intergénérationnelle.

Album lu dans le cadre du Challenge Coréen de Depuis le cadre de ma fenêtre

Challenge coréen logo 2021-2022



  • Tout seul ? de Rosemary Shojaie (Didier jeunesse)

Tout seul ? par Shojaie

Voici un petit album qui m’a d’abord séduite par sa couverture et ses magnifiques illustrations d’une tendre et douce poésie. J’ai tourné les pages des étoiles plein les yeux et me suis surprise à m’attarder sur chaque détail, à me laisser imprégner par les différentes atmosphères que l’on croise au fil de l’histoire. Printemps, été, automne… à chaque saison, Nico, un joli renard roux, et ses amis trouvent quelque chose à faire ensemble, tous ensemble.

Puis vient l’hiver ! Mais au lieu de profiter des frimas de la saison, Ava la loutre, Olive le raton laveur et Linus le blaireau dorment d’un lourd et profond sommeil. Déçu de ne pas avoir ses amis à ses côtés, Nico part dans la forêt afin de trouver un nouveau compagnon de jeu. 

Malheureusement, la forêt semble bien vide… Mais Nico en est-il bien certain, n’y a-t-il vraiment personne d’autre prêt à jouer avec lui ?  Pour le savoir, ne reste plus qu’à vous plonger dans cette magnifique et poétique histoire dont les illustrations ne devraient pas manquer de subjuguer grands et petits lecteurs, tout en leur offrant un final tendre à souhait !



  • Le costume secret d’Halloween de Karina Dupuis (illustrations) et Sophie Vaillancourt :

Appréciant beaucoup la ligne éditoriale des éditions CrackBoom, je ne pouvais qu’avoir envie de lire ce très joli album de saison !

La petite Charlotte adore le mois d’octobre, car c’est le mois où l’on fête Halloween, une fête durant laquelle il est de coutume, surtout quand on est une sorcière comme elle, de porter un déguisement qui fait peur. Mais Charlotte en assez de cette tradition, elle aimerait porter le déguisement de son choix !  Elle ne sait pas encore lequel, mais elle est certaine d’une chose : elle ne veut pas d’un déguisement qui fasse peur.

Si sa mère n’accueille pas d’un très bon œil l’envie de sa fille, la tradition étant la tradition, Charlotte pourra heureusement compter sur le soutien de ses deux amies, Amalia et Coraline, et de sa grand-mère. Une sorcière qui n’hésite pas à affirmer ses goûts quitte à être considérée comme bizarre et à être regardée d’un œil étrange par les membres de sa communauté… Un joli modèle pour Charlotte qui trouvera le courage de s’émanciper d’une tradition qui ne lui convient guère pour affirmer ses propres goûts ! Car finalement, l’important n’est-il pas d’être soi et d’écouter la voix de son cœur que ce soit à Halloween ou le reste de l’année ?

Porté par de jolies illustrations tout en rondeur et aux couleurs éclatantes, ce petit album offre un très joli message quant au droit pour les enfants de faire leurs propres choix et d’affirmer leurs envies et leurs goûts, tradition ou pas. On appréciera également la jolie complicité et la tendresse unissant une petite-fille et sa grand-mère, deux sorcières qui n’hésitent pas à revendiquer leurs préférences…

Merci aux éditions CrackBoom! et à Netgalley pour cette lecture.



  • Pauvre Petit Chat de Michel Van Zeveren (l’école des loisirs)

J’ai tout de suite fondu devant la couverture avec ce chaton blanc, petite boule de poils esseulée dans la nuit étoilée. Et je dois dire que mon cœur s’est fendu devant ce chat perdu mais qui trouvera dans la lune, une inattendue et discrète alliée.

Nous suivons l’avancée du chaton sur le trottoir où il croisera un sac poubelle, un lampadaire, une porte qui violemment se ferme…Tout autant de rencontres qu’il percevra comme des dangers, notre chat étant seul et apeuré. Mais il n’est pas vraiment seul, la lune gardant l’oeil sur lui et compatissant à ses malheurs jusqu’à ce que…. Je n’en dirai pas plus, mais le final est beau et tendre et offre une conclusion qui réchauffera le cœur des lecteurs, tout en ne manquant pas de faire naître un beau sourire sur le visage des enfants.

J’ai également apprécié le travail sur la composition des illustrations avec des doubles pages construites sur le même modèle, offrant un cadre restreint et balisé qui permettra aux enfants de rapidement s’approprier l’histoire. Le fait que la progression suive à chaque fois un schéma similaire avec un texte qui se répète et s’agrandit apporte, en outre, une certaine dimension dramatique dans la mesure où l’on attend avec inquiétude, mais aussi beaucoup d’espoir le dénouement… Il y a donc beaucoup d’émotions entre ces pages à l’ambiance minimaliste mais aux dessins très expressifs. 

En bref, voici un album touchant et adorable qui plaira aux amoureux des chats de tous âges.

Et vous, l’un de ces albums vous tente-t-il ?
Lisez-vous des albums jeunesse ?

La dernière Prédiction, Cédric Ménand

Couverture La dernière prédiction

Il aurait pu s’agir d’une simple mission de plus pour la pilote de nef Aurora Meris, et son copilote Modifié Nano. Mais leur dangereuse vie de contrebandiers au sein de la galaxie d’Arknas semble finalement avoir eu raison d’eux.
Arrêtés puis séparés par la toute-puissante Corporation, Aurora va alors tout faire pour s’échapper et retrouver son ami de galère. Au cours de sa fuite en avant, elle sera rejointe par d’autres marginaux traqués, dont une dangereuse mercenaire-pirate et son équipage hétéroclite, un couple étrange, ainsi qu’une princesse détentrice d’un pouvoir en mesure de modifier son propre destin… et celui de la galaxie tout entière.

Faralonn éditions (22 avril 2019) – 347 pages – 18,50€

AVIS

Quand l’auteur m’a contactée pour me proposer de lire un de ces romans, mon choix s’est très vite porté sur La dernière Prédiction. Un choix que je ne regrette pas ayant dévoré ce roman de science-fiction qui laisse une large place aux rencontres, à l’amitié et aux échanges entre les personnages. L’univers et le contexte ne sont pas pour autant occultés, mais ce ne sont pas, du moins pour moi, les pierres angulaires de ce roman. Les amoureux d’univers détaillés et pointus ne trouveront donc probablement pas leur bonheur avec ce roman, mais les personnes en quête d’une aventure mouvementée dans l’espace devraient apprécier leur lecture.

Un auteur au sens du dialogue certain et à la plume vive et dynamique

Dès les premières pages, de sa plume vive et dynamique, l’auteur a su tisser sa toile autour de moi grâce, entre autres, à une galerie de personnages hétéroclites dont on suit avec plaisir la rencontre et les péripéties. Je reste un peu sur ma faim avec Nano, un humain modifié considéré comme défectueux, qui aurait mérité un temps de présence plus conséquent, son rôle demeurant assez subsidiaire. Néanmoins, tous les personnages, principaux comme secondaires, m’ont plu autant dans leur individualité que dans leurs interactions les uns avec les autres.

L’auteur possède d’ailleurs un vrai sens du dialogue, une qualité qui n’est pas si courante ! Je ne compte plus les romans qui, par leurs dialogues téléphonés, creux ou irréalistes, m’ont coupée de ma lecture. Ici, aucune crainte, les échanges sont naturels, fluides et permettent très rapidement de repérer les principaux traits de personnalité de chaque personnage. Les dialogues ne sont pas non plus dénués d’humour, ce qui est toujours appréciable, a fortiori pour dédramatiser des situations parfois un peu compliquées. Des situations qui, en plus de dynamiser le récit, renforceront les liens entre les personnages qui vont apprendre à se faire confiance et à travailler main dans la main pour survivre.

Des personnages attachants dont on découvre progressivement l’histoire, la personnalité, les forces et les faiblesses… 

Mais il n’est pas que question de survie dans ce roman : Aurora souhaite retrouver son ami Nano dont elle a été séparée, en espérant qu’en lui ôtant sa puce, les autorités n’aient pas annihilé sa personnalité, Angus aide la princesse Marylène à fuir un mariage arrangé par son père avec son frère afin de garder la mainmise sur la couronne, et Andrea et Flynn se montrent discrets sur les raisons les poussant à fuir, laissant planer une petite aura de mystère sur leur relation… Kaitlyn, une pirate de l’air badass réputée pour manquer d’empathie, semble, quant à elle, s’être étrangement prise d’amitié pour Aurora et le reste du groupe. À cela s’ajoute un certain sens de l’honneur l’empêchant de laisser ses compagnons d’infortune à leur triste sort, ses qualités de combattante la désignant tout naturellement comme la gardienne de ce groupe constitué au gré des rencontres et des hasards.

Rôle d’autant plus important qu’à part Angus, personne ne semble réellement capable de se défendre. Mais cela n’empêche pas chaque membre du groupe de posséder des qualités, qu’elles soient humaines ou techniques, qui se révèleront utiles pour leur progression ! Je pense notamment aux talents de pilote d’Aurora qui vibre de passion lorsqu’elle se trouve derrière les commandes d’un navire. Elle pense navire, respire navire et  se montre étonnamment douée pour réaliser des prouesses de haute volée, mais rien d’étonnant si l’on considère que sa passion pour le pilotage est ce qui l’a sauvée d’une vie d’asservissement…

J’ai apprécié le fait d’apprendre à connaître et comprendre les personnages progressivement, au gré de leurs (més)aventures, des dangers rencontrés et des moments d’entraide où l’on voit se former une solide et sincère amitié. Si Aurora m’a touchée, j’avoue avoir développé une préférence pour Kaitlyn et son côté brut de décoffrage, qui ne l’empêche pas d’être plus intuitive et humaine que les apparences ne le laissent présager. Sa relation mouvementée avec son frère adoptif, entre haine, attachement et rancune, ne devrait pas non plus vous laisser indifférent ! Son frère possède ce petit côté pirate opportuniste qui me plaît beaucoup, d’autant que derrière son intransigeance, on sent un personnage complexe avec ses propres failles, un peu comme une certaine personne avec laquelle il passe son temps à se disputer… En grande amoureuse de l’ambiance piraterie, j’ai, en outre, savouré les passages et les scènes à bord d’un navire pirate qui fera l’admiration d’Aurora.

Des thématiques intéressantes et une émancipation convaincante… 

Bien que tous les personnages ne revêtent pas la même importance, ils apportent tous quelque chose à l’histoire et permettent à l’auteur d’aborder différentes thématiques : l’esclavage et la soumission aveugle au pouvoir et à l’autorité, la quête de soi, l’émancipation, les parents toxiques, la notion d’humanité à travers la question des augmentations génétiques et des intelligences artificielles qui redéfinissent le concept d’humain… Je ne préfère pas entrer dans les détails afin de vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé ces thématiques intéressantes et amenées avec une certaine sensibilité et délicatesse, bien que peut-être un peu trop survolées. Cela n’a nullement gêné ma lecture qui s’est révélée d’une fluidité exemplaire, ayant enchaîné les pages sans voir le temps passer, ce qui est, du moins pour moi, toujours le signe d’une bonne lecture.

Un autre point du roman m’a particulièrement plu, le fait que la signification du titre se dévoile à nous au cours de l’intrigue, d’autant que l’auteur aborde cette idée de prédiction de sorte à laisser planer le doute quant au fait que ce soit les hommes, en l’occurrence ici les femmes, qui font les prédictions ou les prédictions qui font les femmes. Quoi qu’il en soit, cette dernière Prédiction tant attendue sera l’occasion pour une jeune femme, aidée par une bande de bras cassés pas si cassés que ça, de s’émanciper de ce que l’on attend d’elle pour être la personne qu’elle souhaite être. Cela ne se fera pas sans heurt, mais en revendiquant la place qui lui revient de droit, notre héroïne nous prouvera qu’elle n’est pas cette jeune femme au physique délicat qu’il est nécessaire de protéger, mais une jeune femme prête à prendre ses responsabilités et à faire évoluer les choses... À cet égard, optimiste mais résolument réaliste, l’épilogue rappelle avec pertinence les limites et les possibilités d’un(e) dirigeant(e).

En conclusion, La dernière Prédiction nous offre une palpitante aventure où une pilote émérite, à la recherche de son seul ami, découvrira que si l’espace est source de danger, il peut également réserver de belles surprises, à l’instar de ces personnes avec lesquelles elle va nouer une solide et belle amitié, et vivre des moments intenses où le danger n’est jamais très loin. Entre un jeu du chat et de la souris avec une organisation fort peu sympathique et un souverain, des scènes de combat dans l’espace particulièrement immersives, un voyage sur une planète pas vraiment connue par son sens de l’égalité, et les tensions inhérentes à tout groupe humain… nos personnages vont être poussés dans leurs retranchements, avant de se révéler à eux-mêmes et de nous prouver la force de leur volonté. Un roman de science-fiction parfait pour se lancer dans le genre ou pour passer un instant de lecture divertissant aux côtés d’un groupe hétéroclite dont la synergie fonctionne à merveille !

Si le roman se suffit à lui-même, je serais ravie de retrouver les personnages et/ou l’univers dans d’autres aventures, l’auteur ayant en main toutes les clés pour nous offrir une œuvre riche et complète…

Je remercie Cédric Ménand de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Throwback Thursday Livresque #214 : Vilains & Méchants

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


J’ai toujours beaucoup aimé les vilains et les méchants ! Avouons que sans eux, les intrigues perdraient quand même en panache et les héros seraient bien désœuvrés. Mais j’aime par-dessus tout les méchants complexes et nuancés, ceux qui possèdent une part de fragilité et/ou dont les motifs sont tortueux, loin du schéma classique voulant nous faire croire que certaines personnes sont mauvaises par essence. Bref, vous aurez compris que le thème du jour m’a inspirée…

Après avoir hésité entre une série jeunesse savoureuse et amusante, L’envers des contes, dont j’avais adoré le premier tome (Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige), j’ai opté pour Cendrillon et moi : la belle-mère parle enfin de Danielle Teller.

C’est la marâtre la plus détestée de l’Histoire, celle dont on parle pour faire peur aux enfants désobéissants. Mais qui savait que la belle-mère de Cendrillon s’appelle en réalité Agnès, qu’elle a passé sa jeunesse à trimer comme bonne à tout faire, quelle a dû se battre comme une lionne pour accéder à un monde qui n’est pas le sien, que son époux est alcoolique et que sa belle-fille, petite princesse aux petons si délicats, est en réalité fort capricieuse ? Agnès n’en peut plus des sornettes autour des pantoufles, des princes charmants et des citrouilles. Elle est bien décidée à rétablir la vérité, quitte à égratigner quelque peu la version officielle. Une réécriture ingénieuse et jubilatoire du célèbre conte, qui réussit l’exploit de nous faire aimer un personnage détesté.

Pour en apprendre plus sur ce roman, n’hésitez pas à lire mon avis dont voici la conclusion :

En prenant le parti de nous offrir une réécriture de conte aux allures de fiction historique, Danielle Teller captive ses lecteurs qu’elle rend témoin privilégié de l’émancipation d’une enfant devenue femme malgré l’adversité. Quand l’imaginaire collectif fait de la belle-mère de Cendrillon et de ses deux filles d’horribles personnes, l’autrice les humanise et nous prouve que derrière chaque histoire, peut se cacher une tout autre réalité.


J’en profite pour citer deux autres titres, le premier est dans ma PAL, l’autre dans ma wish list puisqu’il n’est pas encore sorti, du moins en version française : Le guide des vilains et I’m in love with the villainess.

I'm in Love with the Villainess (Light Novel) Vol. 1 (English Edition) par [Inori, Hanagata]

Et vous, quel livre auriez-vous cité ?
Ces livres vous tentent-ils ?

 

Le Requiem du Roi des Roses (tome 1), Aya Kanno

Le Requiem du Roi des roses, tome  1 par Kanno

La réinterprétation du Richard III de Shakespeare par Aya Kanno, l’auteur d’ Otomen !

Dès sa naissance, Richard, héritier de la prestigieuse famille d’York, est un enfant maudit. Né hermaphrodite, il est rejeté et haï par une mère qui considère sa venue au monde comme une
punition du ciel. Seule lueur d’espoir dans cette enfance tourmentée, la présence d’un père qui lui voue un amour inconditionnel.
Mais la vie du jeune Richard bascule quand son père s’engage dans un conflit avec les Lancaster pour faire valoir son droit au trône. De cette guerre des Deux-Roses va émerger un monstre politique, un tyran sanguinaire qui marquera de son empreinte l’histoire de l’Angleterre…
York et Lancaster : deux familles, une haine ancestrale et un seul destin possible pour l’Angleterre déchirée !
Après le succès d’Otomen, Aya Kanno signe son grand retour en France avec Le Requiem du Roi des roses, une réinterprétation brillante de la pièce de Shakespeare, Richard III !

Ki-oon (26 mars 2015) – 170 pages – Traduction : Jean-benoit Silvestre

AVIS

N’ayant jamais lu Richard III, la pièce de Shakespeare dont le manga est inspiré, je ne pourrais me prononcer sur le degré de liberté pris par Aya Kanno. Je peux simplement vous dire que j’ai apprécié cette histoire de lutte acharnée et sans merci pour le trône d’Angleterre.

On a ainsi d’un côté, un souverain en place qui ne semble pas y tenir tant que cela à son trône, au grand dam d’une reine prête à se battre pour la couronne. Machiavélique et plutôt efficace, je n’aurais pas aimé me trouver sur son chemin ! De l’autre côté, on trouve Richard qui, poussé par son conseiller et son benjamin du même nom, semble, quant à lui, déterminé à récupérer une couronne dont il s’estime le légitime héritier.

S’engage alors entre les York et les Lancaster, un conflit sanglant où ceux qui tirent les ficelles ne sont pas forcément ceux qui sont sur le devant de la scène ! Mes souvenirs sur la Guerre des Deux-Roses sont très vagues, mais j’ai apprécié de trouver dans ce manga une référence à un conflit historique sur lequel je n’ai jamais rien lu, un conflit qui nous plonge dans une guerre civile quelque peu sanglante ! Mais c’est probablement le travail réalisé sur la psychologie des personnages qui rend ce manga aussi captivant, sans oublier cette pointe de surnaturel distillée avec parcimonie et un réel sens de la mise en scène.

J’ai, pour ma part, été touchée par la sensibilité d’Henri, un roi qui semble agneau dans un monde de loups, et par les blessures psychiques du jeune Richard rejeté et haï par sa propre mère en raison de son physique. Si sa mère voit en lui le rejeton du diable, Richard pourra heureusement compter sur l’amour inconditionnel de son père que l’autrice sublime et rend palpable. Le lien entre le père et le fils est très fort, presque mystique, et semble les porter tous les deux. Quant à savoir si c’est une bonne chose, chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que le jeune Richard aura une réelle influence sur le destin de son père.

Cette relation forte et indestructible attisera la haine de la mère qui ne supporte pas de voir son mari si proche d’un enfant qu’elle se refuse à reconnaître comme le sien. Apparemment pour cette mère, le physique de son enfant est plus important que l’enfant lui-même, bien que l’on puisse se poser la question du rôle de la superstition dans ce rejet franc et définitif… La relation entre le jeune Richard et le roi Henri ne manque pas non plus d’attiser notre curiosité, d’autant que les deux se rencontrent de manière fortuite, sans connaître leur identité respective. Ils se révèlent très différents l’un de l’autre que ce soit physiquement ou mentalement : l’un beau, doux, gentil et pieux ; l’autre sombre et taciturne avec une particularité physique qu’il se complaît à cacher, ce qui, vu le rejet de sa mère, se comprend plutôt bien. Les deux personnages sont ennemis par la naissance et les circonstances, mais j’ai apprécié les quelques scènes les réunissant et nous dévoilant une certaine vulnérabilité chez l’un et l’autre.

Entre l’action bien présente et les références historiques, les personnages qui tirent les ficelles dans l’ombre, la montée en puissance d’un jeune homme rejeté par sa mère, mais prêt à tout pour offrir à son père une couronne, le destin tragique d’un souverain qui semble plus intéressé par la religion et une vie simple que son rôle de roi, la découverte de personnages secondaires qui, chacun à leur manière, jouent un rôle dans une guerre intestine… je n’ai pas vu le temps passer ! Je lirai d’ailleurs la suite avec plaisir, notamment pour suivre l’évolution d’un personnage ambigu qui suscite une certaine empathie, mais qui semble néanmoins cacher en lui une violence qui ne demande qu’à s’exprimer.

Alternant entre noirceur et lumière, les illustrations sont à la hauteur d’une histoire de haine, de quête de pouvoir, de manipulation, de rejet de la différence, mais aussi d’amour familial et de destins hors norme que l’on apprécie de voir évoluer en parallèle avant de les voir entrer en collision. Si vous aimez les mangas mêlant politique, Histoire avec un grand H et histoires de personnages conditionnés par leur naissance, Le requiem du Roi des Roses devrait vous plaire.

 

Top Ten Tuesday #233 : vos 10 couples préférés dans les romans

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Pour le thème de la semaine, vos 10 couples préférés dans les romans, j’ai pioché principalement dans mes lectures d’urban fantasy et dans mes romances enemies to lovers préférées… Mais vous trouverez aussi un classique, de la fantasy et de l’historique.

  • Darcy et Elizabeth dans Orgueil et préjugés : c’est pour moi LE couple !
  • Ophélie et Thorn dans La Passe-Miroir : il m’aura fallu du temps pour apprécier les personnages en tant que couple mais je les trouve tous les deux très touchants.
  • Kate et Curran dans la série Kate Daniels.
  • Poppy et Hawke dans From Blood ans Ash.
  • Charlie et Blade dans Tu fais quoi pour Noël ? Je t’évite ! : probablement le couple le plus électrique !
  • Macon Saint et Delilah dans Dear Enemy : encore un couple qui se déteste avant de s’aimer.
  • Cath et Bones dans la série Chasseuse de la nuit : ce couple a longtemps été mon préféré en urban fantasy/bit-lit.
  • Bane et Dorian dans la série française Bane Seed.
  • Olive et Ethan dans L’anti-lune de miel.
  • Solange et Childéric dans Je n’aimerai plus.

vos 10 couples préférés dans les romans

Et vous, quels sont vos couples littéraires préférés ?

 

 

Sous le regard de Laria (tome 1), Chloé Garcia

Couverture Sous le regard de Laria

Le royaume de Linaria a toujours vécu en paix, sous la bienveillance de la déesse Laria. Le couronnement d’Ystar, fils du Tiane, représentant divin de la déesse, approche. Tous se préparent et entament le long chemin pour célébrer cet événement.
De son côté, sa sœur Via a d’autres soucis en tête. De terribles cauchemars l’assaillent et de puissants pouvoirs se développent en elle. Serait-elle une anomalie ? Ou pire, un monstre ?
À l’est, l’Elfe Lildrille, au sang maudit à la naissance, est interdit d’assister à la cérémonie. Il ne pourra passer du temps avec Via, qu’il aime secrètement. Alors qu’il fuit pour la rejoindre, une guerre familiale intestine fait échouer tous ses plans et le transforme en criminel.
Plus au sud, indisposée par une jambe cassée, la reine Cassiopée se terre dans son antre. Une terrible tragédie remet en cause son amour pour la déesse, alors qu’un attentat meurtrier avorte la cérémonie de couronnement.
La paix en Linaria survivra-t-elle ?

AVIS

Ayant beaucoup apprécié son recueil de nouvelles Un grain de magie, j’étais curieuse de retrouver la plume de Chloé Garcia, cette fois-ci dans un roman, Sous le regard de Laria. Ici, la plume de l’autrice se veut plus incisive et âpre à l’image du royaume de Linaria, qui traverse une période trouble au grand dam du Tiane, le représentant de la déesse Laria et la personne régnant sur les huit régences du royaume. Il semblerait que le futur couronnement d’Ystar, son fils, ne fasse pas l’unanimité, le jeune homme n’étant pas reconnu pour ses qualités de politicien, son intelligence ou son sens de la mesure. Quant au Tiane, il craint un fils dont les pouvoirs sont nombreux et puissants…

Au fil des pages, on réalise néanmoins que le couronnement d’Ystar n’est que l’élément qui permet de mettre en lumière des tensions sous-jacentes entre les différents peuples constituant le royaume. Officiellement, humains, Elfes, Grèdes, Nains… vivent tous en paix, unis par le même amour pour la déesse Laria. Officieusement, la situation est bien différente, les rivalités, le racisme, l’esprit belliqueux et/ou l’envie de pouvoir de certains venant fragiliser et menacer l’harmonie du royaume. Difficile dans ces conditions d’assurer la paix comme va le découvrir le Tiane, qui doit gérer les dissensions entre les régents, la remise en question de son pouvoir, des fanatiques, un attentat meurtrier et même un enlèvement….

Malgré ses responsabilités, le Tiane n’est pas au centre de ce roman polyphonique qui nous offre une galerie de personnages variés et absolument fascinants ! Je ne suis pas certaine d’avoir déjà suivi des personnages aussi ambivalents qui exercent une telle emprise sur les lecteurs. Entre révulsion, attraction, mépris, sympathie, empathie, incompréhension… nos émotions et notre cœur sont mis à rude épreuve. Les personnages pour lesquels on développe un certain attachement sont parfois capables de nous décevoir ou de commettre des choses contestables, alors que des personnages antipathiques de prime abord révèlent parfois une sensibilité à fleur de peau qui émeut plus qu’elle ne le devrait au regard de leurs actes. Bien que certains personnages soient du bon côté, du moins par rapport aux valeurs morales de notre société, impossible, dans ce roman, de définir une ligne nette et claire entre le bien et le mal, entre les méchants et les gentils. Une absence de manichéisme qui m’a beaucoup plu et parfois déstabilisée, dans le bon sens du terme.

Je me suis ainsi surprise à être fascinée et révulsée à la fois par une relation étrange et malsaine, empreinte d’amour, de haine, d’attraction et de répulsion. Une relation qui met à nu des personnes complexes : l’une en quête de pouvoir et de reconnaissance, quitte à y perdre toute chance d’être aimée pour ce qu’elle est ; l’autre en quête d’un amour total et symbiotique, quitte à se diluer dans une relation asymétrique et un jeu de domination, dont malgré toute sa puissance, elle ne pourra jamais sortir indemne…

Des liens beaucoup plus doux m’ont également plu, ceux entre la fille cadette du Tiane, Via, et sa suivante Nandra, qui joue tour à tour le rôle de garde du corps, de confidente, d’amie, voire de mère, la mère de Via ayant été assassinée en raison de sa supposée trahison. De par sa discrétion, son ouverture d’esprit, sa soif d’apprendre, son amour des livres, sa curiosité et sa gentillesse, Via est un personnage intéressant et touchant que l’on prend plaisir à suivre, d’autant qu’elle se démarque nettement de son frère, être arrogant par nature, et de sa sœur, une pimbêche superficielle. Mais j’avoue avoir développé un attachement particulier envers Nandra qui fera de son mieux pour prendre soin de sa protégée et l’aider à surmonter les cauchemars qui hantent ses nuits et l’épuisent. La suivante n’est pas parfaite et commettra des erreurs, certaines guidées par une foi aveugle et non dénuée de superstition, mais elle est sincère et agit toujours en son âme et conscience, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. 

En plus d’avoir su proposer et développer des personnages complexes et nuancés, l’autrice dote certains d’entre eux d’une aura de mystère que ce soit Via et ses étranges cauchemars dont on aimerait découvrir la provenance et la signification, un mage apparu presque comme par magie, un elf habité par des voix goguenardes dont l’influence n’est pas anodine, une reine manipulatrice à l’ambition bien affirmée, une reine morte dont on aimerait percer les secrets, une autre qui se réveille d’un coma prête à se lancer dans la bataille, du moins en coulisse… Ainsi, le mystère est bien présent tout comme l’influence des femmes qui semblent ici puissantes, que ce soit au niveau de la transmission ou de l’exercice du pouvoir. Mon seul regret serait que les reines de ce royaume semblent avoir toutes sacrifié, du moins en partie, leur vie de famille et leurs liens avec leurs enfants au profit de leurs responsabilités. Mais cela serait hypocrite de leur reprocher alors que cette défaillance parentale est largement admise quand il s’agit de dirigeants masculins. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié de trouver dans ce roman des figures de femmes fortes, intelligentes et déterminées, dotées d’un sens politique aiguisé.

Au-delà des personnages, le roman peut s’appuyer sur un univers riche, précis et complexe travaillé avec soin et méticulosité, ce qui facilite le sentiment d’immersion et le plaisir que l’on prend à s’approprier un environnement unique et fascinant, qui ne semble pas dénué d’aspérités. La découverte de l’univers passe aussi par celle d’un système de magie, peut-être un peu flou au début du roman, mais qui se dévoile progressivement à nous, dans ses bons comme ses mauvais côtés. Pour ma part, j’ai apprécié, entre autres, cette idée de flux magiques et de magie liée directement à la planète, poussant certains à rechercher un équilibre et une utilisation modérée et réfléchie de la magie. Une préoccupation qui ne sera pas sans rappeler le souci d’écologie de notre propre réalité. Le modèle magique développé par l’autrice se révèle également intéressant par la manière dont il reproduit les inégalités sociales de tout système humain et favorise les classes sociales les plus aisées. Ainsi, quand Nandra doit se cantonner aux sortilèges de base, Ystar a bien plus de liberté et de pouvoir. Pratique pour aider les plus puissants et les plus riches à garder la mainmise sur les moins nantis…

La dimension religieuse est également présente sans être écrasante, le royaume étant organisé selon la doctrine de la déesse Laria, supposée déesse de l’amour et de la paix. Néanmoins, entre les fanatiques et ceux se défiant de son culte, il semblerait que la déesse ait plus tendance à diviser qu’à unir. J’ai trouvé cette déesse, qui semble étrangement silencieuse en cette période troublée, bien ambigüe et pas forcément très en accord avec la vision de bienveillance qu’on lui associe… À moins qu’imposer sa propre vision du monde puisse être considéré comme bienveillant ! Dans tous les cas, cette figure religieuse soulève des questions intéressantes quant à la foi, ses dérives et ce que certain(e)s sont prêt(e)s à faire pour défendre leurs croyances.

En conclusion, entre un univers riche et varié que l’on prend plaisir à s’approprier, une situation politique désastreuse, des luttes entre des peuples supposés en paix, des complots, les manipulations des uns et les mensonges des autres, des personnages à la psychologie aussi tortueuse que finement travaillée, sans oublier un système de magie fascinant et hautement contrôlé, les lecteurs ne devraient pas voir le temps passer ni les pages défiler. Un roman à conseiller aux amateurs de fantasy ou aux personnes souhaitant s’initier au genre à travers une histoire riche et complexe, mais facile d’accès.

Je remercie Chloé Garcia de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

In My Mailbox #233 : romans, beau livre, BD…

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Accrocdeslivres. »


  • Romans : en feuilletant Le palais des mille vents, j’ai eu la sympathique surprise de découvrir la belle dédicace de Kate McAlistair et son superbe tampon ! Cela m’a donné le sourire toute la journée. Merci à l’autrice pour cette belle attention et à la maison d’édition pour le roman.

Couverture de Les Détectives 2 : l'affaire du mystérieux M. Jekyll par Daniel Kenney et Emily BoeverLe palais des mille vents par McAlistair

  • Beau livre : cela fait longtemps que je n’ai pas lu de livre des éditions de Borée alors je suis ravie d’y remédier avec ce superbe ouvrage que j’ai déjà feuilleté.

  • BD et album jeunesse : La vache bizarre est un SP des éditions Lucca que j’affectionne particulièrement. Quant aux BD, ce sont des BD découvertes totalement par hasard chez un destockeur. Si toutes me tentent, j’avoue être complètement sous le charme des illustrations de Diosphère !

Couverture Jockey

Couverture DiosphèreCouverture de La Vache bizarre par Jean-Baptiste de Panafieu et Caroline Picard

Et vous, quelles sont les nouveautés de votre PAL ?
Certains de ces titres vous tentent-ils ?