La partition de Flintham, Barbara Baldi

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Un roman graphique à la Jane Austen, une histoire de destin implacable, servie par un graphisme étonnant. Le temps passe dans le Comté de Nottinghamshire, les saisons se suivent et se pourchassent, comme celles de la vie. Avec la mort de la Comtesse, Clara hérite du domaine et sa soeur, à son grand dam, du patrimoine financier. Les sœurs se séparent. Clara abandonne ses beaux atours pour enfiler ceux du labeur, bien décidée à sauver le domaine qui tombe en décrépitude. Malgré ses sacrifices et ses efforts, elle est bientôt contrainte de vendre, de congédier les serviteurs, et d’abandonner sa grande passion, le clavecin..

AVIS

C’est la couverture au ton très gothique qui m’a donné envie de découvrir ce roman graphique dont l’atmosphère m’a tout de suite emportée et piégée. Un peu comme Clara qui refuse de quitter le domaine dont elle a hérité alors que celui-ci menace tout simplement de la ruiner. D’ailleurs, de fil en aiguille, elle en vient à devoir le dépouiller de ses objets, avant de se résoudre à se séparer de certains domestiques afin d’espérer pouvoir survivre et préserver l’héritage de sa grand-mère. Et malheureusement pour elle, elle ne peut espérer de l’aide de la part de sa sœur, une femme cupide qui préfère faire fortune à Londres qu’aider financièrement cette sœur, dont elle nous apparaît assez jalouse…

Très solitaire, Clara vit dans un isolement que l’on ressent pleinement à travers les illustrations qui laissent une large place à l’obscure et à la noirceur. Il en ressort une impression de tristesse et de ténèbres qui menacent presque de nous engloutir et d’enterrer Clara dans le domaine aux côtés de cette grand-mère qui semble avoir compté pour elle. Mais dans cette obscurité presque pesante, des pointes de lumière percent, notamment quand Clara joue de son magnifique clavecin et offre aux oreilles endormies de sa demeure de douces mélodies. Mais c’est encore dans le réconfort de son jardin et de la nature que notre digne héroïne semble la plus lumineuse. Le noir et le gris laissent alors place à un beau vert, signe d’espoir et de vie.

La partition de Flintham illustration

Au fil des saisons et des pages, les lecteurs suivent la vie de cette femme courageuse qui reste digne dans les épreuves et n’hésite pas à travailler quand sa condition de lady devrait la pousser à chercher un mari. Il y a un tel décalage entre sa force sereine et la perfidie de son aînée dont la fortune et les élégantes robes ne peuvent cacher le manque évident de cœur…

En plus d’une histoire touchante, cet ouvrage marque par ses illustrations fortes et poignantes qui retransmettent à merveille les émotions et nous permettent de nous immerger pleinement dans le récit. L’ambiance, bien que sombre, semble étrangement sereine, peut-être grâce à l’économie de mots dont fait preuve l’autrice pour laisser à chacun le soin de s’imprégner de l’atmosphère sans se perdre dans les détails. Ce sont d’ailleurs les illustrations sans texte qui m’ont le plus touchée et permis d’effleurer l’esprit de Clara au plus près en même temps que de ressentir toute la solennité des paysages sobres et dépouillés que l’on traverse.

En conclusion, ce livre nous plonge dans la vie d’une jeune femme qui va affronter avec dignité et diligence les vicissitudes de la vie, nous offrant une jolie leçon de courageuse. Poignante, sombre, mais non dénuée de quelques pointes de lumière, voici une histoire pleine de sensibilité qui devrait enchanter les amateurs d’ambiance gothique…

Les aventures d’Alduin et Léna – tome 1 : Les guerriers de glace, d’après le roman d’Estelle Faye

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Dans le village de Rosheim, Alduin et Léna sont devenus les meilleurs amis du monde alors que tout les sépare : Alduin est le fils du chef ; Léna est la fille de la guérisseuse.

Lors d’une promenade en forêt, ils découvrent que les Guerriers de Glace, ces êtres cruels qui vivent au-delà des montagnes, revienntn au village pour enlever une jeune fille. Un soir Alduin apprend que les villageois sont prêts à sacrifier son amie pour épargne leurs filles !
Léna décide alors de s’enfuir.

Jungle (9 juillet 2020) – 48 pages – 11,95€

AVIS

Cette BD est l’adaptation graphique d’un roman d’Estelle Faye que je n’ai pas encore lu, mais que je le lirai avec plaisir, ayant beaucoup apprécié cette belle aventure menée tambour battant.

Tous les 8/10 ans, le village de Rosheim doit livrer une jeune femme aux terribles Guerriers de Glace. Une situation cruelle et inacceptable contre laquelle les villageois se sont par le passé révoltés. Mais en absence de leur héros disparu, ils décident cette fois de céder en leur livrant Léna, la fille de la guérisseuse. Après tout, n’est-elle pas plus ou moins une sorcière et puis, sans frère, père ou fiancé pour la protéger, n’est-elle pas la victime toute désignée ?

J’ai été horrifiée et révoltée par la lâcheté des hommes du village. Si je peux aisément comprendre qu’aucun ne souhaite sacrifier sa propre fille, il est beaucoup moins pardonnable de voir la rapidité avec laquelle ils désignent une victime et les critères sur lesquels ils se basent pour le faire…

Heureusement, quand Alduin découvre par hasard le sort terrifiant et révoltant que l’on réserve à sa meilleure amie, il décide de fuir à ses côtés. Commence alors pour les deux amis une aventure périlleuse durant laquelle ils feront la connaissance d’un homme balafré et plutôt mystérieux. Peuvent-ils lui faire confiance ou doivent-ils se méfier de la diligence avec laquelle il s’est spontanément proposé de les aider ? Et si leur bienfaiteur n’était pas un total inconnu ? Une question qui m’a taraudée pendant une bonne partie de la BD, l’autrice semant le doute dans l’esprit d’Alduin et des lecteurs !

Alors que je m’attendais à une histoire assez classique, l’autrice a réussi à agréablement me surprendre par une révélation audacieuse qui donne une tout autre saveur à ce récit… Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que je n’avais rien vu venir. Et cela ne m’arrive pas si souvent, et encore moins dans un roman ou une BD jeunesse.

Au-delà de la fin très finement amenée, j’ai adoré les liens unissant nos deux jeunes héros courageux, complices, complémentaires et solidaires. On sent qu’ils sont prêts à tout pour veiller l’un sur l’autre, ce qui les rend extrêmement attachants et attendrissants. L’autrice nous propose donc une belle et tendre amitié dans laquelle les jeunes lecteurs pourront aisément se projeter.

Nathaniel Legendre a réussi à condenser et retranscrire de manière dynamique, immersive et prenante un roman faisant 120 pages. Mais ce qui fait également le charme et la force de cette adaptation, ce sont les magnifiques illustrations d’Elisa Pocetta et d’Antonio Baldari. J’ai été éblouie par leur beauté, la délicatesse des traits des visages et leur expressivité. Les regards et mimiques restitués avec force permettent ainsi de ressentir avec acuité chacune des émotions des personnages, d’autant que les occasions de s’arrêter sur les visages sont nombreuses. Je tenais également à souligner l’excellent et lumineux travail de colorisation de Simona Fabrizio qui fait passer les illustrations de magnifiques à somptueuses !

Illustration Les aventures d’Alduin et Léna - tome 1 : Les guerriers de glace, d'après le roman d'Estelle Feye

En bref, j’ai tout adoré dans cette BD qui a frôlé le coup de cœur : les magnifiques illustrations lumineuses tout en rondeur et à l’expressivité certaine, les couleurs somptueuses qui donnent un air féerique à l’histoire, le duo adorable et attachant, les doutes quant à l’homme qui va aider nos héros, la fin que je n’avais absolument pas anticipée. C’est indéniablement une très belle aventure qui divertira et enchantera petits et grands lecteurs !

Livre lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres.

Chaque jour Dracula, Loïc Clément et Clément Lefèvre

Chaque jour Dracula par Clément

Comme chaque matin de la semaine, Dracula va à l’école. Mais c’est avec une boule au ventre car certains de ses camarades de classe, de gros balourds, n’arrêtent pas de l’embêter. Certes, quelques-unes de ses particularités font de lui un garçon différent mais est-ce une raison suffisante pour qu’il subisse ce harcèlement constant ? Comment y remédier ? Un soir, il franchit le pas et en parle à son papa…

Delcourt (25 avril 2018) – 40 pages – 10,95€

AVIS

Tout le monde connaît Dracula, mais saviez-vous que Dracula avait été un enfant comme les autres ou, plus justement, un enfant victime de harcèlement scolaire comme tant d’autres ? Trop pâle, trop intelligent, trop cultivé, trop bizarre… Trop de ci et pas assez de ça, tout est prétexte à Christophe et à ses acolytes pour se moquer de lui, l’agresser, lui jouer des mauvais et tours et transformer la vie scolaire de cet élève doué, en un véritable enfer !

Une situation qui plonge inexorablement le jeune vampire dans une certaine léthargie, son mal-être ne cessant de croître au gré des méchancetés gratuites de ses « camarades ». Pourquoi n’en parle-t-il pas à son père, Vlad, certains pourront se demander ? Parce que parfois le silence est le dernier rempart pour ne pas craquer et que sa tentative de s’ouvrir à son père n’a pas donné les résultats escomptés. Pas que Vlad ne l’écoute pas, mais il ne saisit pas, sur l’instant, le poids qui pèse sur le cœur de son enfant unique.

Mais la situation pourrait bien changer avec l’intervention d’un médecin assez loufoque qui ouvre les yeux à Vlad et permet à ce père aimant de soutenir comme il se doit son enfant….

Ayant été victime de harcèlement scolaire durant de longues années, cette thématique ne pouvait que m’intéresser. Et je dois dire que j’ai été touchée par la justesse et la sensibilité avec laquelle Loïc Clément l’aborde. À travers le personnage adorable du petit Dracula, il réussit à faire ressentir aux lecteurs tout le désarroi, le sentiment d’impuissance et parfois de culpabilité que l’on ressent face aux harceleurs. Cette volonté de passer inaperçu qui ne donne guère les résultats attendus, les quelques tentatives de rébellion qui finissent par empirer la situation, et le mal-être qui rend chaque nouveau jour d’école plus pénible que le précédent.

Je n’ai pu m’empêcher de me reconnaître, du moins en partie, en Dracula. Mais la force de cet ouvrage, c’est surtout l’espoir qu’il instille chez les jeunes lecteurs en leur montrant que le harcèlement n’a pas à durer toute une vie, et que les choses peuvent toujours s’améliorer avec le soutien d’adultes et l’appui de ses propres ressources intérieures. J’ai, en outre, apprécié les petites pointes d’humour qui, ajoutées à la douceur des illustrations, rendent l’album touchant, mais jamais larmoyant.

D’ailleurs, on reste dans un livre jeunesse et les choses sont quelque peu enjolivées par rapport à la réalité où il est bien plus difficile de sortir d’une situation de harcèlement de longue durée, d’autant qu’elle est bien souvent normalisée par les adultes eux-mêmes. Il me semble néanmoins important de proposer des lectures de cet acabit aux enfants. Elles permettent d’aborder en douceur, et sans brusquer, le thème du harcèlement scolaire, et, peuvent, espérons-le, donner la force aux victimes de briser l’omerta et le cercle vicieux du renfermement sur soi.

Autre point intéressant, le fait que l’auteur évoque, même brièvement, les raisons pouvant expliquer la méchanceté de certains. Cela ne les déresponsabilise pas de leurs actes, mais nous prouve que derrière une agressivité se cache un mal-être qui nécessite également une prise en charge…

Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : splendides, douces, expressives et délicates. Elles dégagent également une certaine poésie qui offre un joli contraste avec la dureté du sujet évoqué.

En conclusion, Chaque jour Dracula est un superbe album qui aborde avec beaucoup de douceur et de délicatesse cette thématique difficile, mais ô bien courante, du harcèlement scolaire. Un ouvrage à lire et à relire avec les enfants pour délier la parole et leur offrir une vraie prise de conscience sur les conséquences du harcèlement.

N’hésitez pas à lire l’avis des Voyages de Ly pour qui cet album a également été un coup de cœur.

109 rue des soupirs : Fantômes sur le grill (tome 2) , Mr Tan et Yomgui Dumont (illustrations)

Couverture 109, rue des Soupirs, tome 2 : Fantômes sur le grill

À défaut de pouvoir profiter de ses parents toujours absents, Elliot passe du temps avec sa nouvelle famille, les fantômes Eva, Angus, Amédée et Walter.
Cette fois, un redoutable inspecteur du CRI (Commission des Revenants Inadaptés) débarque au 109 pour contrôler que la maison est correctement hantée… Ce qui n’est pas tout à fait le cas, étant donné la bienveillance des fantômes envers Elliot. Ceux-ci vont devoir redoubler d’imagination pour faire croire à l’inspecteur qu’ils sont terrifiants : pièges, tortures et hurlements à tous les étages.
C’est sans compter le retour de la chasseuse Ulrika Von Paprika… Comment faire peur et être discrets à la fois ?!

Une nouvelle histoire à mourir… de rire !

Casterman (3 juin 2020) – 128 pages – 10,90€

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Fantômes sur le grill s’inscrit exactement dans la même lignée que le premier tome, Fantômes à domicile, que j’avais adoré : des fantômes, de l’humour à la pelle, de la bonne humeur à gogo, de l’action, des péripéties, le tout dans une belle ambiance gothique qui passe, entre autres, par les dessins de Yomgui Dumont. Des dessins toujours aussi dynamiques et d’une rondeur bon enfant qui souligne le côté amusant de l’histoire et de ses personnages hauts en couleur.

Quel plaisir de retrouver Elliot et sa bande de joyeux lurons fantomatiques : Walter, le cowboy rentre-dedans, Angus, le poète avec un talent tout relatif, Eva, la cantatrice mère poule et Amédée, l’adolescente du groupe. Des personnalités très variées pour des échanges pleins de piquant et quelques chamailleries qui ne remettent néanmoins jamais en question la force des liens qui unissent ces fantômes terriblement amusants et attachants. Des fantômes au bon cœur qui servent un peu de famille à Elliot, un petit garçon complètement délaissé par ses parents qui se montrent plus intéressés par le travail que par leur fils…

On peut donc comprendre que nos personnages sont sur le pied de guerre quand une menace, si ce n’est une double menace, vient mettre en péril leur cohabitation. Ils doivent ainsi faire face au retour d’une célèbre chasseuse de fantômes bien décidée à prouver que la maison d’Elliot est hantée, et l’arrivée impromptue d’un inspecteur de la Commission des Revenants Inadaptés, qui a le pouvoir de chasser nos fantômes de la maison. Une situation complexe à gérer pour nos héros qui vont devoir faire preuve de débrouillardise et d’inventivité. C’est que, voyez-vous, il est hors de question que quelqu’un, qu’il soit vivant ou mort, vienne troubler la vie au 109 rue des soupirs ! Du moins, pas plus qu’elle ne l’est déjà…

Avec beaucoup d’humour et une joie toute communicative, l’auteur nous offre une histoire truculente à souhait, alternant entre les dangers, les péripéties, les moments de tendresse, les bons jeux de mots et les allusions détournées au monde des vivants. Il en résulte une aventure diablement savoureuse qu’on lit d’une traite, le sourire aux lèvres. Cette série jeunesse à l’ambiance délicieusement gothique est d’ailleurs l’une de mes préférées. On s’amuse, on houspille les méchants, on s’enthousiasme auprès de nos personnages de leurs plans, on croise les doigts pour que tout finisse bien et on referme l’ouvrage avec, en tête, un tonitruant : vivement la suite !

Pour ma part, en plus des gags et de l’ingéniosité avec laquelle nos héros gèrent la situation, j’ai adoré la révélation faite en fin de livre sur notre groupe de fantômes, car elle laisse entrevoir encore de beaux moments d’émotions et de complicité. La fin offre également une jolie morale sur la notion de famille, qui ne se limite pas aux liens du sang, et sur l’importance de laisser chacun choisir la vie dont il souhaite/rêve. Attendez-vous, en outre, à une petite surprise qui aura des conséquences sur la suite de la série. J’ai hâte de découvrir la manière dont cela va faire évoluer la dynamique entre les personnages.

Mon seul petit regret est, peut-être, le côté caricatural de notre chasseuse de fantômes même si, au regard de la cible de la BD, cela ne s’avère pas gênant. Et puis, pas besoin de connaître sa personnalité en détail pour comprendre qu’elle n’est guère sympathique. D’ailleurs, on notera l’excellent travail de l’illustrateur qui arrive à faire transparaître toute sa vilenie sur son visage.

En conclusion, que vous rêviez ou non d’habiter une maison hantée, n’hésitez pas à pousser les portes du 109 rue des soupirs. Rires, doux frissons et bonne ambiance garantis ! Mais n’escomptez pas vous arrêter trop longtemps, la maison est dorénavant au complet !

Nico Bravo et le chien d’Hadès (tome 1), Mike Cavallaro

Nico Bravo, Tome 1 : Et le chien d'Hadès par Cavallaro

Un problème ? A la boutique céleste de Vulcain, vous pourrez trouver toutes sortes de produits magiques pour redresser la situation. Le personnel expérimenté ― un enfant qui s’appelle Nico, Lula le sphinx et Buck la licorne ― met tout en oeuvre pour offrir « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux ». Mais le monde de Nico va être complètement chamboulé par l’arrivée d’une nouvelle cliente : Eowulf, la descendante haute comme trois pommes de Beowulf, le chasseur de monstres. Déterminée à reprendre l’entreprise familiale, cette aspirante guerrière a l’intention de tuer Cerbère, l’effroyable chien à trois têtes d’Hadès. Mais il y a juste un petit problème : seul Cerbère peut retenir les hordes de l’Enfer d’envahir le monde des vivants. Nico pourra-t-il empêcher Eowulf de déclencher une apocalypse zombie?

Editions Kinaye (15 mai 2020) – 192 pages – Broché (17,50)
Traduction : Romain Galand

AVIS

Appréciant beaucoup le mythe d’Hadès et de Perséphone, j’ai tout de suite été attirée par le titre de cette BD publiée par les éditions Kinaye qui ne m’ont encore jamais déçue. Mais il n’est pas question ici du dieu des Enfers, plutôt d’un héros en devenir qui va tout faire pour protéger Cerbère, le chien à trois têtes d’Hadès qui garde la porte des Enfers, et empêche les morts d’envahir le monde des vivants. Or, ce rôle primordial dans l’équilibre du monde est sérieusement menacé par l’arrivée d’Eowulf, la descendante du très célèbre chasseur de monstres, Beowulf.

Eowulf est une jeune fille obsédée par une idée fixe : massacrer des démons, en commençant par Cerbère, afin de prouver sa valeur à sa célèbre et héroïque famille ! Pour ce faire, elle est prête à toutes les extrémités, quitte à franchir la frontière entre le bien et le mal. Mais conscient du danger qu’elle représente pour le monde, Nico va faire de son mieux pour lui faire entendre raison et lui faire comprendre que tous les démons ne sont pas mauvais. Une leçon que notre tête de mule ne semble pas prête à entendre au plus grand désespoir de notre employé de magasin qui va devoir, sans mauvais jeu de mots, sortir de sa réserve. Le duo entre ces deux êtres à la personnalité diamétralement opposée se révèle assez amusant, Eowulf étant du genre fonceuse et bourrine quand Nico se montre bien plus raisonnable et sensée.

D’ailleurs, les personnages sont le point fort de cette BD, l’auteur nous en proposant une galerie, certes restreinte, mais complètement loufoque et haute en couleur. J’ai été touchée par Eowulf, sa pugnacité, sa quête identitaire, son besoin obsessionnel de se complaire à la tradition familiale, et la manière dont elle va réaliser qu’il est parfois nécessaire de suivre sa propre voie. Les réparties de son épée au sang chaud, et au nom quelque peu surprenant m’ont, en outre, beaucoup amusée d’autant qu’elles correspondent assez bien à l’état d’esprit de notre guerrière. On peut dire qu’Eowulf a trouvé épée à son fourreau.

Nico se révèle peut-être un peu moins flamboyant, mais on sent chez lui une certaine sensibilité et capacité à prendre du recul sans oublier un courage indéniable. Un certain mystère plane également sur les origines de cet orphelin trouvé par le très sibyllin dieu Vulcain devant la porte de sa célèbre boutique, qui offre « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux« . J’ai hâte d’en apprendre plus les origines de ce personnage et ses réelles capacités, mais hélas pour Nico, je ne semble pas être la seule…  La fin, qui nous réserve un coup de théâtre que je n’avais pas anticipé, nous laisse supposer que notre héros n’est pas au bout de ses peines.

C’est cependant pour un personnage secondaire que j’ai eu un gros coup de cœur : Buck. Licorne à la corne tordue, Buck m’a beaucoup amusée par son côté râleur et décalé, et sa manière de voir des choses là où il n’y en a pas ou, plus justement, de nous rappeler que ce n’est pas parce que nous ne les voyons pas qu’elles n’existent pas. Une nuance de taille, la suite de l’aventure nous prouvant que toutes ses hallucinations et étranges obsessions ne sont pas forcément des fadaises. Voici un personnage que j’ai pris plaisir à suivre et à voir mener ses propres combats, au sens propre comme figuré.

Au-delà des personnages, j’ai adoré les multiples références à la pop culture amenées avec beaucoup d’humour et de dérision, mais aussi la belle incursion de l’auteur dans le monde de la mythologie qu’elle soit gréco-romaine, égyptienne, nordique, mésopotamienne, hittite… Une belle diversité de mythes et de légendes rarement observée ! Et pour ceux peu à l’aise avec ce domaine, aucune crainte, les allusions sont légères et un petit lexique est proposé en fin d’ouvrage.

Quant à l’histoire en elle-même, elle se veut résolument entraînante, rythmée et parfois complètement dingue. L’auteur, avec un art de la mise en scène indéniable, mélange les genres et nous offre des rebondissements à la pelle, des péripéties endiablées, des réparties qui font mouche et amusent, des situations burlesques… Je me suis ainsi délectée des presque deux cents pages de cette BD que je n’ai pas vu défiler, complètement happée par le tourbillon des événements qui s’enchaînent sans jamais se ressembler. Car loin de n’être qu’une histoire d’aventure classique, on est ici dans une épopée épique, humaine, amicale et familiale, la notion de famille au sens large n’étant jamais très loin. On notera également une incursion dans le monde de la science-fiction qui s’intègre parfaitement à l’intrigue, et la fait basculer vers une autre dimension…

Colorées et pleines de peps, les illustrations correspondent parfaitement à la ligne éditoriale de la maison d’édition et sont, à elles seules, un motif de bonne humeur. Pour ma part, j’ai apprécié les mimiques marquées des personnages, l’esprit très cartoonesque qui se dégage de l’ensemble, et la très dynamique gestion des vignettes qui fait partie intégrante de l’expérience de lecture. L’auteur alterne entre les illustrations pleine page, les pages sans texte, mais avec un gros plan sur l’action et/ou les visages qui permet de se passer de mots, des pages plus denses sans jamais être linaires ni surchargées… Aucune monotonie donc à craindre que ce soit au niveau de l’histoire ou des dessins !

En conclusion, avec Nico Bravo et le chien d’Hadès, attendez-vous à une lecture divertissante, colorée et pleine de peps qui vous fera passer du quotidien d’une boutique de légende et de son personnel atypique et haut en couleur au monde des enfers. Un petit tour de force que l’on doit à une descendante d’un célèbre tueur de monstres qui, en voulant se montrer héroïque à sa très sanguinaire manière, se révélera probablement être le plus grand danger que le monde ait connu ! Rythmée, amusante et parfois franchement décalée, voici une aventure que vous n’êtes pas prêts d’oublier et dont vous allez vous délecter !

Je remercie Babelio et les éditions Kinaye pour m’avoir envoyé Nico Bravo en échange de mon avis.

A.S.T. L’Apprenti Seigneur des Ténèbres, Ced et Jean-Philippe Morin

Couverture A.S.T., tome 1 : L'Apprenti Seigneur des Ténébres

Dans un monde d’Héroïc Fantasy anachronique, un minuscule anti-héros veut devenir le plus terrible et redouté Seigneur des Ténèbres de tous les temps… pas évident d’y parvenir avec pour seule garde rapprochée, Gonzague gobelin bossu et stupide (quoique) et Slurp monstre aussi sympathique que doux. Ainsi accompagné, la tache s’avère quasi insurmontable pour notre héros masqué… « AST», série BD née de l’imaginaire de Cédric Asna et de Jean-Philippe Morin devrait séduire par son ton facétieux, drôle et malin, petits et grands !

Éditions Sarbacane (5 mars 2014) – 44 pages -12,50€

AVIS

Après des heures bien sombres, les terres d’Alkyll connurent une paix bien méritée, mais les choses pourraient bien changer avec l’arrivée d’un apprenti Seigneur des Ténèbres qui rêve de conquérir le monde. Mais avant de se lancer dans cet ambitieux et vaste projet, il va déjà falloir arriver à se faire enregistrer par l’administration et là, ce n’est pas gagné. En effet, si les dompteurs de chèvres sont déjà référencés dans les registres, le poste de Seigneur des Ténèbres est, quant à lui, inconnu au bataillon… Le début d’une longue liste de déconvenues pour un apprenti qui aurait peut-être dû choisir une carrière un peu plus classique. Quoique cela aurait été diablement moins drôle pour les lecteurs !

D’un ton plein d’humour et non dénué de piquant, l’auteur nous narre donc les mésaventures d’un apprenti Seigneur des Ténèbres qui va très vite réaliser que conquérir le monde et le plonger dans les ténèbres, ce n’est pas, mais alors pas une mince affaire du tout. Il faut dire que le pauvre, il n’est pas aidé ! En embauchant deux créatures pas des plus futées, mais qui avaient le mérite de travailler gratuitement, il pensait obtenir un soutien efficace quand il récolte surtout des gourdes à répétition ! Et puis, difficile d’être crédible dans votre rôle d’apprenti dominateur du monde quand vos collaborateurs préfèrent passer le balai et jouer à cache-cache avec votre captive que terrifier la population…

L’enchaînement des gags, très bien amené, ne manquera pas de faire sourire les jeunes lecteurs, mais également les lecteurs plus âgés, l’auteur multipliant les références au monde des adultes : lourdeurs administratives, joie des rendez-vous avec une conseillère Pôle emploi plus vraiment en phase avec le marché, exploitation des salariés, recherche de maison ou, plutôt, d’un repère secret et lugubre…

Tout au long de la lecture, on s’amuse, en savourant les différents degrés d’humour de cette BD qui m’a permis de passer un très bon moment de divertissement léger et sans prise de tête. Une légèreté qui passe également par les illustrations et les couleurs colorées et vives qui tranchent avec les desseins bien sombres d’un être qui tend bien plus à nous faire rire que trembler. De le voir si malchanceux dans ses plans, on en viendrait presque à le plaindre et à lui souhaiter bonne chance dans ses velléités de conquête du monde.

AST : L'apprenti Seigneur des Ténèbres (1) – Éditions Sarbacane

Après un premier tome aussi drôle que savoureux, je compte bien poursuivre la lecture de cette série qui devrait ravir les lecteurs en quête d’une aventure colorée, vive et amusante qui détourne avec dérision, et non sans une certaine pertinence, aussi bien les travers de la société humaine que les codes d’un genre que je lis peu, mais que j’apprécie, l’heroïc fantasy. Une BD à lire seul ou en famille, les malheurs de notre Apprenti Seigneur des Ténèbres pouvant plaire à un large public.

BD lue dans le cadre du Challenge Un mot, des titres.

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Le compte à rebours du Père Noël de Kim Thompson, illustré par Elodie Duhameau (Crackboom)

Le compte à rebours du père Noël : 24 histoires avant Noël par Thompson

Aimant beaucoup les calendriers de l’Avent, j’étais curieuse de découvrir cet album jeunesse qui en reprend le principe puisque l’autrice vous propose de découvrir une petite histoire chaque jour. Un joli moyen de faire patienter les enfants jusqu’à Noël et de passer de doux et chaleureux moments en leur compagnie.

Jour après jour, on suit le Père Noël, la Mère Noël et les lutins dans leurs préparatifs de Noël. C’est qu’entre la vérification du traîneau, la lecture des lettres des enfants, l’entraînement du Père Noël pour qu’il soit au meilleur de sa forme le jour J, la fabrication des cadeaux… tout le monde est bien occupé. Il ne faudrait pas décevoir les enfants qui attendent impatiemment leurs cadeaux. Et que les moins sages d’entre eux se rassurent, le Père Noël semble toujours arriver à trouver du bon chez chacun. On n’en attendait pas moins de lui.

Que l’on soit enfant ou adulte, difficile de résister au charme qui se dégage de ce doux album qui respire bon Noël, la bienveillance, la gentillesse et qui n’est pas dénué d’humour, le Père Noël nous régalant de ses expressions plus loufoques les unes que les autres : pastilles en papillotes, mille babouins nains, choucroutes de mammouth… Les illustrations tout en rondeur, pleines de peps et de couleurs ainsi que les larges sourires des personnages contribuent également au plaisir que l’on prend à parcourir ce joli album.

Le compte à rebours du Père Noël illustration

Avec Kim Thompson, Noël se part d’une certaine modernité puisqu’en plus du traditionnel traîneau et des emblématiques rennes, une large place est accordée à des inventions plutôt ingénieuses et parfois amusantes. À côté du GPS que tout le monde connaît, on découvre ainsi le super calculateur de cadeaux ou, encore plus pratique, le poulet robot emballeur !

En bref, voici un album coloré parfait pour faire de chaque jour avant Noël, un petit moment d’amusement et de douceur à partager avec les enfants. 

Je remercie Netgalley et les éditions Crackboom pour cette lecture.


  • Ana Ana – tome 1 : Douce nuit, Alexis Dormal et Dominique Roques (Dargaud)

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Si j’ai déjà lu quelques albums de la série, c’est n’est que récemment que j’ai eu l’occasion de lire le premier tome, Douce nuit. Un titre qui a tout de suite parlé à l’insomniaque en moi… Ana Ana ne veut pas dormir. Non, ce dont elle a très très envie, c’est de lire ! Une envie que nous sommes très nombreux à partager avec elle, je n’en doute pas.

Ses doudous ne partagent néanmoins pas la même passion des livres. Eux, ce qu’ils veulent plus que tout, c’est dormir. Dormir sur leurs deux oreilles, dormir les uns contre les autres, mais surtout, dormir dans le noir et silence ! Les peluches commencent donc à perdre patience, leurs petits stratagèmes pour pousser Ana Ana à dormir ne semblant pas fonctionner. Une situation qui ne devrait pas manquer de rappeler des souvenirs aux parents….

Heureusement, le sommeil finit par gagner la fillette. L’heure de dormir aurait-elle enfin sonné ? Rien n’est moins sûr… J’ai adoré cet album que j’aurais certainement pris plaisir à lire à l’envi quand j’étais enfant puisque comme Ana Ana, lire me semblait bien plus tentant que dormir. Les enfants devraient s’identifier facilement à cette petite fille qui ne manque pas de caractère, mais qui n’en demeure pas moins attachante tout comme ses amies, les peluches. Des peluches au profil varié qui n’hésitent pas à se rebeller, à leur manière…

Quant aux illustrations, elles possèdent une douceur certaine et un charme presque suranné parfait pour un instant de lecture plein de tendresse.

Ana Ana Douce nuit

En bref, Douce nuit est un très bel album plein de douceur qui devrait ravir les amoureux des livres de tout âge et leur donner envie de découvrir les autres aventures d’une fillette à laquelle on s’attache très vite.

Découvrez un extrait sur le site des éditions Dargaud.


  • La pension Moreau, la peur au ventre (tome 2) : Marc Lizano et Benoît Broyart (Éditions de la Gouttière)

La pension Moreau, tome 2 : La peur au ventre par Broyart

La pension Moreau n’est pas une pension comme les autres, car si son but affiché est de remettre les enfants de familles fortunées dans le droit chemin, la vérité est tout autre…

J’attendais avec impatience de retrouver Émile, Paul et les autres qui fomentent une rébellion devant les brimades et sévices que les pensionnaires subissent. Un disque rayé, un rôti assaisonné d’une bien dégoûtante manière… les enfants ont de l’imagination à revendre ! Mais au cours d’une promenade dans la forêt, Émile va faire une surprenante et effroyable découverte qui le poussera à sortir de son mutisme pour avertir ses amis, et plus particulièrement Paul, du danger…

On retrouve dans ce deuxième tome ce que j’avais apprécié dans le premier : une inversion des rôles avec des animaux qui mettent en cage des humains et les tourmentent, de l’humour qui devrait plaire aux enfants, une amitié du genre à la vie à la mort, de l’aventure, des découvertes et des dessins simples, mais très explicites. En tant qu’adulte, j’ai également été sensible à une critique d’un certain capitalisme qui pousse à faire de l’argent et du profit sur le malheur des autres avec un cynisme à toute épreuve.

La fin de l’aventure laissant entrevoir un changement notable dans la vie de nos protagonistes, je suis impatiente de lire la suite et de découvrir les nouvelles épreuves qui attendent notre bande d’amis qui nous apparaît toujours aussi pleine de ressources, débrouillarde et soudée…

AVIS DU PREMIER TOME : Les enfants terribles 

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

La vie hantée d’Anya, Vera Brosgol

Le fantôme d'Anya par Brosgol

Ado mal dans sa peau, Anya va voir sa vie radicalement changer après sa rencontre… avec un fantôme. Premier album de l’autrice d’Un été d’enfer. On en veut encore et encore !

Anya a l’impression d’être en permanence la petite nouvelle : fille d’immigrés, elle n’a jamais réussi à trouver complètement sa place. Mais quand elle tombe dans un puits et découvre le fantôme qui s’y trouve, elle a l’impression de se faire son premier véritable ami. Les ennuis commencent quand ce fantôme, prénommé Emily, devient jaloux de tout ce qui remplit la vie d’Anya

Rue de Sèvres (28 août 2019) – 224 pages – Papier (16€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Cela fait un moment que je voulais découvrir cet ouvrage qui m’a complètement séduite malgré mes réserves du début sur la forme. En effet, si j’ai tout de suite apprécié la rondeur des traits et l’expressivité incontestable des visages, j’avais un peu peur de me lasser du ton gris/bleuté des illustrations. Mais que nenni ! En plus de se révéler assez originale et de représenter à merveille les tourments de l’adolescence, cette teinte apporte une identité propre à cette histoire mêlant fantastique et sujets résolument très humains. Un mélange harmonieux qui permet, sous couvert de fiction, de parler confiance et acceptation de soi, intégration, double culture, amitié toxique, jalousie, apparences trompeuses… Cette large palette de thèmes, loin de tirer la couverture à l’histoire, s’insère parfaitement et avec beaucoup de naturel dans le récit. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle j’ai lu cet ouvrage d’une traite, bien incapable de le reposer avant d’en avoir lu la conclusion.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Anya, jeune fille d’origine russe arrivée durant son enfance aux États-Unis. Afin de s’intégrer et d’éviter les moqueries, cette dernière a veillé à perdre son accent, du poids et surveille scrupuleusement ce qu’elle mange, au grand dam de sa mère qui aime à lui cuisiner des spécialités russes pas toujours très diététiques. Cette volonté de s’intégrer dans son pays d’adoption, et parmi ses camarades de lycée, la pousse, en plus de renier une partie de sa culture, à éviter l’autre élève russe de son établissement scolaire…

Si Anya nous semble parfois un peu égoïste, difficile de ne pas comprendre son envie d’être une adolescente américaine comme les autres. On ressent, à travers son histoire, toute la difficulté de concilier ses origines avec les valeurs de son pays d’adoption. Une double culture, source de richesse, mais qu’il est parfois difficile de porter, a fortiori quand on est une adolescente en pleine construction, qui se cherche encore. Je ne suis pas concernée par le sujet, mais je pense que cet aspect pourra parler à certains lecteurs qui ne devraient pas manquer de se retrouver, du moins en partie, en Anya.

Loin de rester cette adolescente tellement obnubilée par le paraître qu’elle en oublie les autres, Anya évolue petit à petit, n’en devenant que plus touchante. Et ce changement de mentalité et de comportement, elle le doit au fantôme d’une jeune femme, Emily, rencontrée lors d’une chute dans un puits… Alors qu’Anya pensait, une fois secourue, ne jamais revoir le spectre, le destin en a décidé autrement. L’arrivée du fantôme dans sa vie de lycéenne bougonne ne l’enchante guère, mais Anya finit vite par en saisir tous les avantages comme le petit coup de pouce qu’Emily peut lui donner lors des examens. Plus besoin de réviser quand on a un fantôme qui vous souffle toutes les bonnes réponses ! Le rêve, non ? Et puis, avoir une espionne invisible se révèle également très pratique pour suivre incognito l’emploi du temps du beau gosse du lycée sur lequel elle a craqué. Et tant pis, si ce dernier est déjà en couple avec une fille qui semble posséder tout ce qu’Anya rêverait d’avoir : petit copain parfait, corps de rêve, beauté et popularité.

Mais les apparences sont parfois trompeuses… Et si la beauté extérieure ne signifiait pas beauté intérieure et que même les filles idéales possédaient leurs propres blessures et failles ? Et, surtout, si le gentil et serviable fantôme qui s’était lié d’amitié avec vous poursuivait ses propres desseins ? Et si à tout vouloir, on risquait de tout perdre ? Je n’en dirai pas plus de manière à ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré le travail réalisé par l’autrice sur la psychologie de ce fantôme qui m’a fascinée, et dont l’évolution suit le cheminement inverse de celui d’Anya. Il y a ainsi une sorte de jeu de miroir inversé entre les deux personnages : à mesure que l’un dévoile sa noirceur, l’autre gagne en lumière. On suit donc avec grand intérêt l’étrange relation qui se noue entre Anya et Emily, et l’on attend avec une certaine angoisse le dénouement de leur histoire commune ! Le livre ne fait pas peur en soi, du moins quand on est adulte, mais j’avoue que la dernière partie m’a quelque peu angoissée, la tension montant crescendo jusqu’à atteindre un point de non-retour…

Bien que l’ouvrage comporte plus de 200 pages, il se lit très rapidement d’autant que la mise en page reste assez épurée avec des illustrations parfaitement lisibles et un texte concis qui ne tombe jamais dans le babillage inutile. Cela correspond d’ailleurs assez bien à la personnalité d’Anya qui n’est pas du genre à s’épancher pendant des heures sur ses émois intérieurs. Sa mère, à cet égard, m’a semblé beaucoup plus chaleureuse, mais c’est peut-être parce que j’ai été touchée par sa volonté d’offrir le meilleur à ses deux enfants qu’elle élève seule dans un pays qui n’est pas le sien…

Si Anya se révèle assez taciturne, elle a néanmoins su nouer une amitié chien/chat avec Shioban qui aime la taquiner, lui dire les choses franchement, fumer des cigarettes, faire l’école buissonnière… Les deux filles, très différentes l’une de l’autre, forment un duo plutôt complémentaire même si j’aurais apprécié d’en apprendre plus sur le personnage de Shioban qui reste finalement assez survolé. Shioban m’a plu par son côté rebelle, et surtout, par la manière dont elle s’assume telle qu’elle est, contrairement à Anya qui aura besoin d’une expérience malencontreuse pour se libérer du regard des autres. Mais l’essentiel est qu’elle y soit arrivée !

En conclusion, La vie hantée d’Anya est un très bon ouvrage graphique qui nous plonge dans une ambiance fantasmagorique saisissante que ce soit grâce au travail de colorisation ou la présence d’un spectre dont on essaie de découvrir les véritables intentions. Mais c’est également le récit de vie d’une adolescente qui doit jongler entre deux cultures et sa volonté de s’intégrer à tout prix. Une adolescente qui, de fil en aiguille, va réaliser qu’à la place d’envier la vie des autres, il est peut-être préférable de vivre la sienne sans a priori, et d’apprendre à s’accepter tel que l’on est.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Rue de Sèvres.

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Holly Ann, tome 1 : la chèvre sans cornes (éditions Casterman ), Kid Toussaint et Servain (chronique oubliée dans mes brouillons depuis un bon moment)

Couverture Holly Ann, tome 1 : La chèvre sans cornes

Je n’ai pas accroché outre mesure aux illustrations, mais j’ai apprécié la subtilité des détails qui permettent à l’auteur de suggérer efficacement certains éléments de l’enquête. Les suggestions étaient d’ailleurs peut-être trop flagrantes, car j’ai deviné assez rapidement deux éléments importants, ce qui ne m’a pas permis d’être surprise du dénouement de l’histoire. J’ai, en outre, un peu regretté qu’une petite présentation de Holly Ann ne soit pas proposée, notamment sur son rôle exact au sein de la ville. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier ses qualités d’enquêtrice et d’avoir hâte d’en apprendre plus sur ce personnage qui semble posséder un talent peu commun.

Malgré quelques petits défauts, j’ai parcouru avec plaisir cette BD appréciant d’être immergée dans l’ambiance si spéciale de la Nouvelle-Orléans avec son architecture reconnaissable, sa spécificité géographique, ses rites vaudou, son brassage ethnique, mais aussi, la méfiance vis-à-vis des croyances populaires, le racisme ambiant, la différence de traitement entre les noirs et les blancs… Quant à l’enquête, sans être d’un suspense haletant, elle reste intéressante et permet de voir à l’œuvre le sens de la déduction et les talents d’enquêtrice d’Holly Ann.

  • Un, deux, trois, sorcière ! un livre à compter de Magdalena, illustré par Gwen Kéraval (Flammarion jeunesse, Père Castor)

Un, deux, trois, sorcière!

En grande fan de sorcière, j’ai tout de suite été attirée par cet album jeunesse dont la couverture ne manque pas d’humour. Un humour que l’on découvre tout au long des pages où l’on suit une sorcière qui, en raison du vent qui se déchaîne, perd ses habits et ses accessoires. Adieu chapeau et balai !

L’intérêt de cet album, en plus de faire rire et sourire les lecteurs, est d’apprendre aux enfants à compter jusqu’à dix de manière simple et amusante. Pour ce faire, l’autrice joue sur les répétitions avec un début de phrase qui revient à chaque page et qui permet d’introduire les chiffres les uns après les autres. Humour et répétition, deux outils pédagogiques dont il n’est nul besoin de prouver l’efficacité.

On appréciera également la manière dont les enfants sont sollicités directement en fin d’ouvrage tout comme la chute, autant au sens propre que figuré, qui ne manquera pas de faire son petit effet. Quant aux illustrations pleines de peps, elles font incontestablement partie du charme de ce livre que les enfants devraient prendre plaisir à lire et à relire. Apprendre à compter n’aura jamais été aussi amusant ! 

  • Le mangeur d’écorce, Matth Flagg (Mots & Légendes),

Le Mangeur d’écorce par [Matth Flagg]

À la recherche d’une lecture rapide à lire entre deux romans, j’ai jeté mon dévolu sur cette nouvelle qui m’aura permis d’inaugurer ma Kindle achetée pour lire les trop nombreux livres qui m’attendent sur le cloud d’Amazon. Si j’ai beaucoup apprécié l’ambiance parfaite pour Halloween et la plume de l’auteur aussi fluide qu’immersive, la fin m’a paru quelque peu abrupte. Mais ce sera là mon seul bémol, cette nouvelle m’ayant fait passer un moment de lecture délicieusement frissonnant.

J’ai ainsi pris plaisir à parcourir, aux côtés de Damien, les couloirs de cette maison abandonnée dans laquelle il se réveille après avoir été poursuivi par des élèves de CM2. Abri momentané et bienvenu ou piège qui risque de se refermer inexorablement autour d’un enfant dont le seul tort est d’avoir été traqué par des brutes épaisses ? Très vite, la réponse s’impose à nous. Après tout, peut-on espérer le salut d’une bâtisse dont les propriétaires ont été retrouvés morts, plusieurs années auparavant ?

S’armant de tout son courage et de sa lucidité, qui menace de vaciller à mesure que gagne l’obscurité, Damien va devoir avancer quitte à faire des rencontres plus ou moins sympathiques… L’auteur réussit à faire monter la tension crescendo avec, notamment, un personnage qui se révélera aussi menaçant qu’effrayant ! J’ai ainsi presque eu l’impression d’être moi-même poursuivie par une ombre prise de folie meurtrière. Glaçant !

Je m’arrêterai là, l’histoire étant très courte, mais si le noir ne vous fait pas peur, que les vieilles bâtisses abandonnées mystérieuses vous attirent et que vous appréciez les ambiances délicieusement frissonnantes, cette nouvelle devrait vous plaire.

Téléchargez gratuitement Le mangeur d’écorce sur Amazon.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Les avez-vous lus ou vous tentent-ils ?

Sally Jones, La grande aventure de Jakob Wegelius

Sally Jones n’est pas une gorille comme les autres. Dans son destin, tout est singulier. Une aventure aux mille péripéties, de l’Afrique à l’Asie, en passant par New York, Istanbul et Bornéo.

Éditions Thierry Magnier (5 octobre 2016) – 112 pages – 15,50€
Traduction Marianne Ségol-Samoy – Agneta Segol

AVIS

Contrairement à ce que j’ai cru durant ma lecture et lors de la rédaction de mon avis, il ne s’agit pas ici de l’adaptation graphique du roman Sally Jones, mais de sa préquelle illustrée. Bien que je n’aie pas lu le roman, cela ne m’a pas empêchée d’être captivée par l’histoire de cette femelle gorille qui va avoir une existence mouvementée, passant d’un pays à l’autre et de propriétaire peu scrupuleux en propriétaire peu scrupuleux. Une vie qui ne manquera pas de révolter toutes les personnes ayant un minimum d’empathie pour les animaux parce que la pauvre Sally va être plus traitée comme un objet que comme un être doté d’une sensibilité propre…

Si les coups qu’elle reçoit m’ont révoltée, c’est peut-être le comportement de l’une de ses « adoptantes » (le terme bourreau conviendrait mieux) qui m’a le plus choquée. Cette dernière, une femme en apparence des plus respectables, va câliner Sally lui faisant croire en son réel intérêt avant de mieux l’exploiter et la transformer en voleuse de bijoux et d’argent. Une carrière dans laquelle Sally va briller avant que la justice ne la rattrape… Alors que son adoptante va prendre la poudre d’escampette devant le retournement de situation, Sally, quant à elle, va se morfondre s’inquiétant pour son « amie ». C’est à se demander parmi ces deux personnages qui est vraiment l’animal…

D’ailleurs, l’autrice prend le parti original de traiter Sally non pas comme un animal avec une conscience de soi limitée, mais comme un être hybride capable d’appendre à lire ou même à conduire ! Un peu surprise au départ, l’idée m’a semblé pleine de justesse et de pertinence pour susciter de l’empathie même chez ceux qui ont tendance à ne pas voir la sensibilité derrière les yeux d’un animal. Et puis cela apporte une part de romanesque à laquelle les jeunes lecteurs ne devraient pas être insensibles.

Si Sally va connaître des situations extrêmement angoissantes et d’une totale injustice, elle pourra heureusement compter sur des souvenirs plus heureux que ce soit dans le réconfort trouvé auprès d’un orang-outang ou l’étrange et solide amitié nouée avec Koskela, un chef mécanicien rencontré dans un bateau. À cet égard, j’ai adoré leur relation qui m’a beaucoup touchée et émue… Sally et Koskela vont se sauver mutuellement, Sally trouvant en cet homme une personne de confiance avec laquelle couler des jours heureux et notre chef mécanicien, une famille lui permettant de combler sa solitude. Il y a une scène que je vous laisserai découvrir, mais qui m’a semblé d’une très grande justesse et beauté parce que dans la vraie vie, tout le monde n’a pas cette même présence d’esprit. Certains sont ainsi prêts à se débarrasser de leur compagnon à la moindre occasion malgré les liens noués…

Quant aux illustrations, elles s’accordent à merveille avec le ton de l’histoire et facilitent grandement l’immersion dans le récit. L’auteur/illustrateur réussit à restituer à merveille les caractéristiques principales des personnages et leurs émotions. Les rustres portent ainsi leur méchanceté sur leur visage et dans leur manière de se tenir bien souvent conquérante et sans bienveillance, quand l’on perçoit avec une grande acuité la gentillesse de Sally, son abattement quand tous semblent l’abandonner, sa colère, ses moments de bonheur… Le visage de Koskela est plus neutre dans ses expressions, mais nous découvrons la bonté de cet homme dans ses actes, ce qui est tout aussi bien puisque les grands discours ne font pas toujours les grandes personnes. Une leçon que Sally apprendra de sa vie en captivité et qu’elle retiendra dans sa vie en liberté auprès d’un humain qui lui prouvera que tous les hommes ne sont pas dénués d’humanité.

En conclusion, Sally Jones est une magnifique et poignante aventure pleine de rebondissements, d’injustice, mais aussi parsemée de beaux moments de complicité et d’amitié. Une histoire émouvante qui comblera les amoureux des animaux et tous ceux désirant découvrir le destin hors norme d’une femelle gorille courageuse et bien plus humaine que beaucoup d’êtres humains.