Côme et le Fantôme, Véronique Cauchy et Camouche (illustrations)

Côme et le fantôme - Lecture BD jeunesse humour fantastique - Dès 7 ans par [Véronique CAUCHY, Camouche]

Une amitié improbable entre un petit garçon malicieux et un fantôme loufoque !

À 8 ans, Côme doit gérer un déménagement précipité, une nouvelle école en cours d’année, une petite sœur envahissante, des parents farfelus et… un majordome vieux de 180 ans ! Farragut hante le manoir de La Châtaigneraie depuis un peu plus d’un siècle et c’est bien la première fois qu’il rencontre quelqu’un capable de le voir et de lui parler. Le choc est aussi grand pour lui que pour Côme, qui finit par se lier d’amitié avec cet étrange fantôme, fan d’histoires d’horreur et de ménage !

Slalom (15 avril 2021) – 97 pages – Ebook (6,99€) – Papier (9,90€)

AVIS

Adorant les histoires de fantômes, j’ai tout de suite été tentée par Côme et le Fantôme, une lecture que j’ai beaucoup appréciée mais dont la forme m’a un peu surprise. Je m’attendais à une BD jeunesse classique quand on est plus sur des scènes, parfois très courtes, retraçant l’installation d’une famille dans sa nouvelle demeure ainsi que sa vie sur place.

Une famille qui a été choisie pour veiller sur l’une des maisons du grand et du beau Ernest Presse-Citron, un acteur connu, reconnu et adulé par de nombreux fans, au nombre desquels le père de famille et une étrange et mystérieuse voisine. Si l’emménagement dans un nouvel endroit est déjà une petite aventure en soi, cela prend une tout autre dimension quand il s’accompagne de la rencontre avec le fantôme de la demeure, le très anglais et distingué, pardon pour le pléonasme, Farragut. Mais le jeune Côme, 8 ans, va très vite réaliser qu’il est le seul à pouvoir voir ce majordome âgé de 180 ans !

De fil en aiguille, une chouette amitié va se créer entre cet enfant très ancré dans son temps et un fantôme bien ancré dans le sien, ce qui donne des échanges aussi piquants que drôles. D’ailleurs, l’humour est le point fort de cette BD qui ne devrait pas manquer de faire sourire petits et grands lecteurs. Pour ma part, j’ai beaucoup ri du décalage entre la manière de s’exprimer de ces deux nouveaux amis aux antipodes l’un de l’autre. L’obsession du ménage de Farragut, qui passe par un dégommage du moindre grain de poussière réel ou imaginaire, se révèle également très amusante. Enfin, amusante pour les lecteurs, beaucoup moins pour les nouveaux habitants du manoir de La Châtaigneraie qui, à l’exception de Côme, ne comprennent pas d’où proviennent ces étranges bruits nocturnes qui troublent leur sommeil ! Mais que voulez-vous, il n’y pas d’heure pour dépoussiérer, du moins quand vous avez l’éternité devant vous et pas besoin de dormir.

Avec bonne humeur et facétie, l’autrice se joue des codes des histoires de fantômes et du stéréotype du majordome anglais pour amuser les lecteurs, et ça fonctionne. On sourit beaucoup et on développe un certain attachement pour un duo atypique qui s’entend à merveille. Le jeune Côme, à l’imagination débordante, ne manque pas d’humour et de panache, et devrait d’ailleurs séduire les enfants. En ce qui me concerne, c’est pour la figure du vieux fantôme adepte du zéro poussière que j’ai eu un petit coup de cœur. Il est adorable dans sa joie d’avoir enfin trouvé, après de longues années de solitude, un ami avec lequel s’amuser. Car si Farragut peut se montrer guindé et à cheval sur certaines règles, il se révèle également taquin et joueur à ses heures.

En plus d’une histoire pleine de peps qui donne le sourire, cette BD peut s’appuyer sur une ambiance graphique pleine de charme qui allie douceur, rondeur et couleurs vives. Un trio gagnant pour plonger les lecteurs dans une atmosphère chaleureuse et enfantine. Le style de Camouche m’a donc séduite de la première à la dernière page, tout comme les traits des personnages qui les rendent d’emblée sympathiques et très humains.

Côme et le Fantôme illustration

En conclusion, si vous avez envie d’une chouette et amusante histoire dans laquelle une inattendue et amusante amitié entre un enfant et un fantôme de presque deux cents ans se noue, cette BD jeunesse est faite pour vous. Au programme, de la bonne humeur, des sourires, des échanges pleins d’humour et des situations qui ne manquent pas de mordant. Et cerise sur le gâteau, un découpage dynamique qui permettra aux enfants de suivre facilement et sans lassitude les aventures d’un duo facétieux et terriblement attachant.

Je remercie les éditions Slalom et NetGalley pour m’avoir permis de découvrir cette BD en échange de mon avis.

 

Lucien et les mystérieux phénomènes : L’Empreinte de H. Price, Delphine Le Lay et Alexis Horellou (illustrations)

Lucien et les mystérieux phénomènes - Tome 1 - L’Empreinte de H. Price

En croyant chasser les fantômes, c’est une nouvelle vision de la vie que va découvrir Lucien ! Lucien et sa petite sœur Violette s’installent avec leurs parents dans un village breton pour mener une vie plus simple, loin de la ville et au contact de la nature. Passionné par les histoires de fantômes du célèbre chercheur Harry Price, Lucien n’hésite pas à relever le défi quand les enfants du coin l’invitent à pénétrer dans un manoir hanté ; son propriétaire se serait fait enterrer debout face à la mer. Après une grosse frayeur, Lucien se rend compte que le fantôme est en fait bien vivant ! Un secret qui lui permettra de découvrir la vie cachée que mène le vieil Honoré, en totale autonomie et en harmonie avec la nature. Mais les secrets finissent toujours par être découverts… La confrontation d’Honoré avec les villageois sera lourde de conséquences. Lucien constatera toutefois que les fantômes ne sont pas une légende et ça, c’est un secret qu’il fera en sorte de préserver.

CASTERMAN (3 avril 2019) – 96 pages – 16€

La couverture, avec cet enfant portant un attirail de chasseur de fantômes, m’a tout de suite intriguée. Et je dois dire que l’histoire, qui m’a beaucoup plu, a pris une tournure quelque peu inattendue. D’ailleurs, je préfère vous prévenir tout de suite, si c’est une histoire de fantômes que vous cherchez, vous risquez d’être quelque peu déçus, le fantastique n’étant présent que par petites touches…

L’autrice nous propose ici un récit plein d’émotions et d’intelligence qui aborde des thèmes divers et variés : le harcèlement scolaire ou du moins, le mal-être infantile qui entraîne des comportements problématiques, le chômage pouvant fragiliser une famille, la difficulté de s’intégrer, notamment pour deux enfants qui arrivent dans une école où tout le monde se connaît… À cet égard, la réaction du directeur face à un accident m’a semblé complètement à côté de la plaque. Non, ce n’est pas au petit nouveau de faire des efforts pour ne pas se faire embêter. Si ce passage m’a quelque peu agacée, c’est qu’il traduit une réalité qui porte vraiment préjudice aux victimes de violence scolaire et qui conforte les brutes dans leur bon droit.

Ceci mis à part, les différentes thématiques devraient parler à la plupart des enfants, mais le grand intérêt de ce récit réside dans la réflexion écologique qu’il soulève par l’intermédiaire d’un homme d’un certain âge à la vie peu conventionnelle. En effet, ce dernier a choisi de vivre caché, en totale autosuffisance, afin de pouvoir vivre sa vie selon ses convictions, et sans devoir subir la méfiance ou le jugement d’autrui. Et pour ce faire, il a trouvé un moyen plutôt radical…

Mais si son plan a fonctionné de très nombreuses années, il ne résistera pas à l’arrivée du jeune Lucien et de sa famille, installée récemment dans le village. Attiré par l’histoire de fantôme entourant la maison d’Honoré, Lucien va ainsi se rendre chez lui et découvrir que s’il y a bien quelqu’un qui hante les murs, ce n’est pas une forme évanescente, mais bien un être de chair et de sang. De fil en aiguille, une belle connivence va s’établir entre les deux, Honoré étant finalement ravi d’avoir un peu de gaieté et d’animation dans sa vie… Une connivence qui va très vite englober la petite sœur de Lucien, Violette, qui va se révéler très intéressée par tout ce savoir qu’Honoré ne demande qu’à dispenser.

À travers cette BD, on réalise que si c’est important de vivre selon ses convictions, il est également stimulant de pouvoir les partager avec d’autres personnes, et de conserver des liens sociaux. Une jolie leçon qu’Honoré va apprendre au contact de ces deux enfants qui vont faire une entrée tonitruante dans sa vie, le coupant de sa solitude, peut-être choisie, mais quand même pesante. J’ai été très touchée par ce vieil homme aux convictions fortes, qui voue un véritable respect à la nature dont il est capable de saisir toute la richesse, complexité et beauté. J’ai également apprécié cette transmission du savoir intergénérationnelle mise subtilement en avant dans cette belle BD.

En outre, fabriquant déjà pas mal de produits moi-même, notamment d’hygiène, et rêvant de posséder un espace vert pour pouvoir y faire pousser des fruits et des légumes, j’ai été sensible à la démarche d’autosuffisance d’Honoré, même si j’avoue que, contrairement à lui, il y a certains produits sur lesquels j’aurais des difficultés à faire l’impasse.

Quant aux illustrations, elles m’ont charmée que ce soit par leur douceur, l’atmosphère presque intimiste qu’elles instaurent grâce à leurs teintes alternant entre l’orange et le vert, ou la manière dont elles transmettent toutes les émotions des personnages. J’ai également adoré les cadrages sur les bâtiments et les éléments de la nature, un peu moins sur les visages, dont les traits m’ont paru parfois un peu grossiers.

En bref, voici une BD qui, par ses problématiques, devrait autant plaire aux enfants qu’aux parents et susciter de beaux échanges intergénérationnels, notamment sur le thème important de l’écologie. Petit bonus, des pages en fin d’ouvrage avec « quelques idées créatives pour s’amuser et se passer d’acheter ».

Diana princesse des Amazones, Dean Hale, Shannon Hale et Victoria Ying (illustrations)

Couverture Diana princesse des Amazones

À onze ans, Diana mène une vie paisible sur l’île de Themyscira où elle est née, aux côtés d’une mère aimante, la reine Hippolyte, et de ses nombreuses « tantes ».
Mais la petite fille est enfant unique dans ce paradis isolé, au cœur de l’océan, et la solitude commence à lui peser. Pour tromper le temps, la jeune Diana décide alors de suivre l’exemple de sa mère – sans trop y croire – qui la façonna dans la glaise, et de se modeler une amie avec qui elle pourrait vivre et partager les aventures les plus folles. Elle n’aurait jamais imaginé que son rêve puisse devenir réalité.

URBAN COMICS (10 juillet 2020) – 136 pages – 10€

AVIS

Attirée par la couverture et intriguée par l’idée de me plonger dans l’enfance de Diana, la future Wonder Woman, j’ai lu avec curiosité ce comics dont j’ai adoré l’ambiance graphique. Le titre étant destiné à un lectorat assez jeune, Victoria Ying a fait un remarquable travail pour leur en rendre la lecture agréable, douce, attirante, claire et dynamique. La rondeur des traits très enfantine est rehaussée par un travail de colorisation chatoyant et parfaitement maîtrisé, qui donne très envie de tourner les pages que l’on soit enfant ou adulte.

Mais rassurez-vous, si la forme est convaincante, le fond n’est pas en reste, de nombreux thèmes étant abordés : la délicate transition entre deux périodes de la vie quand on est encore trop jeune pour faire certaines choses, et trop âgé pour d’autres, la difficulté de trouver sa place parmi des parents parfois accaparés par des « problèmes d’adulte », l’amitié et les amitiés dysfonctionnelles qui font ressortir le pire chez quelqu’un, la communication, le sens des responsabilités qui implique parfois certains sacrifices, mais qui permet également de se sentir reconnu et en phase avec les autres…

Tous ces thèmes sont abordés à travers Diana, seule enfant élevée sur l’île de Themyscira dont on découvre les décors au fil des pages. Si elle peut profiter d’un cadre idyllique et de la protection de toutes les Amazones, elle ne peut s’empêcher de s’ennuyer. D’une part, elle se sent négligée par sa mère, la reine Hippolyte qui, de par sa fonction, a de lourdes responsabilités et pas beaucoup de temps à lui consacrer. D’autre part, elle a beau aimer ses « tantes », n’avoir personne de son âge avec qui s’amuser et faire des choses un peu fofolles, mais sans conséquence, se révèle pesant. Mais parce que Diana n’est pas du genre à se laisser abattre, elle trouve une solution : façonner une amie à partir de la glaise.

Source : https://www.bedetheque.com/

Contre toute attente, née donc Mona, une amie avec laquelle Diana peut enfin s’amuser, faire les quatre cents coups et jouer des petits tours aux Amazones. La sensation pesante de solitude de Diana laisse alors place à l’exaltation, mais aussi à un certain sentiment d’injustice, les Amazones semblant ne pas la comprendre ni lui prêter attention. Un sentiment d’injustice, devenant envie de révolte, qui sera fortement encouragé par Mona... De fil en aiguille, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le comportement de cette amie dont les conseils ne nous semblent pas vraiment des plus judicieux et bienveillants.

La relation entre Diana et Mona m’a un peu rappelé celle entre Anya et Emily dans La vie hantée d’Anya, parce que si c’est toujours agréable d’avoir une amie, il faut parfois faire attention à ce que cette amitié ne finisse pas par vous engloutir et vous pousser à devenir une personne que vous n’aimeriez pas être…

Au-delà de cette amitié particulière née de la glaise et du sentiment de solitude de Diana, les lecteurs pourront compter sur des scènes de jeu, les deux fillettes ayant pas mal d’imagination, mais aussi sur des moments d’action, des créatures fort peu sympathiques faisant leur apparition. J’aurais peut-être aimé que les combats durent un peu plus longtemps, mais j’en ai apprécié l’esthétique, et la manière dont ils pousseront Diana à s’émanciper d’une influence néfaste, à prendre confiance en elle et à faire montre de courage.

Je dois, en outre, avouer que si j’avais anticipé une potentielle révélation, je n’en avais pas deviné la teneur. La surprise fut donc bienvenue et appréciée, d’autant qu’elle permet de repenser le récit sous une autre perspective… Il y a également dans ce comics tout un enjeu autour de la relation parent/enfant, et plus particulièrement, mère/fille que j’ai trouvé touchant et qui pourra certainement parler aux enfants, voire aux adolescents. À cet égard, la fin, courte mais percutante, m’a beaucoup touchée, peut-être parce qu’elle rappelle une vérité, mais avec bienveillance et sans jugement de valeur.

En conclusion, Diana Princesse des amazones fut une agréable lecture que ce soit grâce aux magnifiques illustrations de Victoria Ying à la douceur et à la rondeur fort agréables, au cadre idyllique de l’île de Themyscira où vivent les Amazones ou l’histoire de la jeune Diana, future Wonder Woman, en quête d’amitié, de reconnaissance et d’une complicité fille/mère mise à mal par les lourdes responsabilités qui incombent à une reine. Touchant, rythmé et joliment illustré, voici un comics jeunesse que je ne peux que vous recommander.

 

Les voyages de Lotta : Les renards de feu, Marie Zimmer et Ofride (illustrations)

Le voyage fabuleux de deux sœurs dans les légendes nordiques !

Depuis la mort de sa femme Esther, Olaf, éleveur de rennes en Laponie, vit seul avec ses deux filles de quinze ans, Lotta et Solveig. Bien que jumelles, elles sont pourtant très différentes. Solveig est d’allure très fragile, mutique, enfermée dans son monde et ne communique quasiment pas avec son entourage. Lotta parle pour deux. Dynamique et déterminée, elle est très attachée à sa sœur et la protège contre les éventuels dangers extérieurs.

Lotta veut devenir chamane. Mais une longue et difficile formation attend l’adolescente qui devra affronter plusieurs dangers. Lotta n’espère qu’une chose : entrer en relation avec les esprits et retrouver celui perdu de Solveig. Arrivera-t-elle à mener à bien sa formation ? Et pourra-t-elle ramener facilement l’esprit perdu de sa sœur ?

Jungle édition (22 octobre 2020) – 41 pages – Papier (11,95€)

AVIS

Dans cette BD, nous suivons Lotta, une jeune fille qui aimerait devenir chamane ou noaidekalcko dans la culture samie, quand son père la rêve en éleveuse de rennes. Mais Lotta n’est pas prête à renoncer à son rêve ni à son souhait de retrouver « l’esprit de sa sœur », même si pour cela elle doit défier l’autorité paternelle. Elle profite ainsi des absences de son père pour rendre visite au chamane du village et poursuivre sa formation à ses côtés. Déterminée, courageuse et d’une grande gentillesse avec sa sœur dont elle est très proche, Lotta se révèle également impulsive, obtuse et se laisse encore bien souvent déborder par ses émotions.

Des traits de caractère qui vont rendre son voyage initiatique auprès des esprits des plus mouvementés. Car avant d’obtenir leur aide et de pouvoir s’élever, Lotta va devoir apprendre à gérer ses émotions, ouvrir son cœur et comprendre celui des autres. Une tâche ardue, a fortiori quand un garçon, pas très bon perdant, semble déterminé à l’agacer et que son père semble sourd à son choix de vie. Si Lotta m’a parfois un peu agacée par son incapacité, du moins au début, à se remettre en question, ce qui vu son jeune âge reste compréhensible, je l’ai trouvée également très touchante. Sa force de caractère, conjuguée à sa gentillesse envers sa sœur Solveig, ne peut que susciter admiration et empathie.

Quant à Solveig, c’est une jeune fille souriante, conciliante et profondément gentille qui s’exprime à travers ses magnifiques et très expressifs dessins. Tout dans ses gestes et ses sourires respire la bienveillance et l’envie de soutenir et rendre heureuse sa sœur. Il plane un certain mystère autour de Solveig, notamment sur le fait qu’elle ne parle plus… Mais plus que le mystère qui la rend intrigante, c’est bien l’attachement qui prédomine envers cette jeune fille que j’aurais adoré apprendre à mieux connaître, puisque l’autrice se concentre principalement sur son impétueuse sœur.

On suit ainsi l’aînée dans ses voyages spirituels et son initiation chamanique, dont la progression s’inscrit sur son premier tambour. Ne connaissant rien à la culture samie, j’ai apprécié d’en apprendre plus sur celle-ci et de côtoyer, aux côtés de notre héroïne, le monde des esprits. Un monde avec ses propres règles qu’il convient de respecter sous peine d’être violemment éjecté… Et ce n’est pas Lotta qui vous dira le contraire, la fillette n’étant qu’au début d’un voyage dont chaque étape la rapproche de son objectif.

En plus de l’histoire, l’ambiance graphique m’a subjuguée. J’ai ainsi d’emblée été charmée par la beauté et la luminosité des illustrations qui nous permettent de nous immerger complètement dans les beaux paysages de Norvège, et plus particulièrement du plateau du Finnmark. D’une page à l’autre, on alterne entre les couleurs froides caractéristiques d’un paysage glacé et des teintes parfois plus chaudes et enveloppantes, symbolisant parfaitement la chaleur d’un foyer.

Car ne vous y trompez pas, malgré la tension entre Lotta et son père au sujet de son avenir, cette BD dessine de très beaux liens familiaux, des liens d’abord entre deux sœurs soudées comme les doigts de la main. Puis des liens entre un père et ses deux filles sur lesquelles il veille comme il le peut. On appréciera d’ailleurs que loin du père autoritaire que l’on s’imagine, il soit capable d’évoluer et de réaliser que le plus important reste le bonheur de ses filles, qu’il s’éloigne ou non de son propre mode de vie.

Source : http://www.editions-jungle.com

En bref, alternant entre rêve et réalité, cette BD se pare d’une belle touche de poésie et d’une belle part d’onirisme qui passe autant par les illustrations, que le travail de colorisation, ou les voyages de Lotta dans le monde des esprits. Somptueusement illustré et riche en émotions, voici un ouvrage qui fera rêver petits et grands lecteurs, tout en leur permettant de suivre le destin de deux sœurs liées par une belle et tendre complicité, de celle qui va au-delà des silences pour se concentrer sur la force des émotions et des sentiments. 

en Silence, Audrey Spiry

Quelque part dans le sud, en été, un petit groupe d’amis part en expédition pour une grande journée de canyoning. L’isolement, le dépaysement et le frisson du danger vont servir de révélateur. Chacun, au fil de cette longue journée pleine d’imprévus, va se retrouver seul, confronté en silence à ses interrogations les plus intimes. Comme Juliette, la narratrice, qui remet en question sa relation avec Luis. Comment dépasser le sentiment d’immobilisme et d’attente qui imprègne leur couple, et qui lui est devenu presque insupportable ? Cette belle journée d’été n’est-elle pas, finalement, l’épilogue de leur histoire d’amour ? Unité de temps, de lieu, d’action, ce récit tout simple en apparence surprend et séduit à la fois par son ton, intime et sensible, et par sa forme, très picturale et spectaculairement colorée. Le premier album plein d’originalité d’une jeune dessinatrice au talent très affirmé.

CASTERMAN (9 juin 2012) – 174 pages

AVIS

À la recherche d’un livre avec le mot silence dans le titre pour valider un challenge littéraire, j’ai jeté mon dévolu sur cet ouvrage dont je n’avais jamais entendu parler, et que j’ai trouvé intéressant autant sur le fond que la forme. En début de lecture, le style graphique m’a un peu décontenancée, mais très vite, je lui ai trouvé beaucoup de cachet, d’originalité et une certaine puissance.

Au fil des pages, le jeu sur les couleurs éblouit les lecteurs qui se sentent alors complètement immergés dans cette sortie de canyoning en compagnie d’un moniteur Yann, d’un couple, Luis et Juliette, et d’une famille. On suit donc la progression du groupe jusqu’au canyon, une petite aventure en soi, puis tout au long d’une aventure qui leur et nous en met plein la vue, mais qui, je dois l’avouer, m’a donné quelques sueurs froides.

https://www.bdgest.com/prepages/Planches/1106_P2.jpg?v=1340409478Source : https://www.bdgest.com

Cette BD me suffit déjà pour dire que le canyoning n’est pas pour moi, même si je suis charmée par cette idée d’évoluer dans un cours d’eau, d’en découvrir les aspérités, d’en explorer les richesses, de se laisser porter par le courant et de descendre des cascades de différentes manières… Une activité fascinante mais qui n’est pas sans danger et qui mérite de prendre quelques précautions. D’ailleurs, la sortie réservera quelques petites frayeurs à certains participants, et notamment à Juliette qui semble avoir le don pour perdre de vue le groupe. Peut-être en écho à cette vie qui est la sienne, mais dans laquelle elle semble s’être perdue et ne s’épanouit plus.

Je n’ai jamais fait de canyoning, mais j’ai été surprise de la désinvolture avec laquelle le guide traite les gens sous sa responsabilité une fois les consignes de sécurité données. Je me serais peut-être attendue à un suivi plus rigoureux parce que descendre des cascades, passer par des endroits étroits et escarpés, tout ça dans un environnement aquatique, n’est pas anodin. Cela n’est qu’un détail qui n’ôte rien à la qualité de la BD, mais j’avoue que le comportement de Yann m’a parfois perturbée et déconnectée d’une l’histoire qui dépasse pourtant le simple cadre du canyoning.

Bien sûr, on sent à travers les épreuves traversées par les personnages, un ode au sport et au dépassement de soi, à la volonté de triompher de ses peurs, de sortir de sa zone de confort pour se découvrir et se redécouvrir, mais cette sortie de canyoning, c’est aussi l’occasion pour Juliette d’opérer un véritable travail d’introspection sur elle-même et le couple qu’elle forme avec Luis. Petit à petit, on découvre des bribes du passé du couple et le mal-être de Juliette face à un compagnon dont la vie semble en décalage avec la sienne. Le cinéma est une passion dévorante qui pousse Luis à avancer dans la vie, mais qui menace, à l’inverse, d’engloutir Juliette bien plus que ne pourrait le faire toute cette eau qui l’entoure.

À cet égard, j’ai été émerveillée par les effets graphiques qui nous donnent parfois l’impression que s’opère une réelle et totale fusion des corps et de l’eau, avant que corps et matière ne reprennent leur place. C’est assez spectaculaire et profond à la fois ! L’eau devient ainsi un personnage à part entière, un personnage personnifié par un dessin vivant, coloré et très expressif, qui nous permet de vivre pleinement chaque situation et de ressentir toutes les émotions et les interrogations qui traversent Juliette. L’autrice opère également un véritable travail sur les changements de ton et de registre, en alternant entre les phases de calme et de sérénité, et des moments où chaos intérieur et démonstrations de force de la nature se font écho. 

Source : https://www.audreyspiry.com

En bref, bien que le canyoning ne soit pas un sport qui m’attire, j’ai passé un très bon moment en compagnie de différents personnages, dont une fillette rigolote et attachante, et une jeune femme qui va profiter de cette journée de canyoning pour se dépasser et faire le point sur l’état de son couple. Parfois oppressant, mais surtout libérateur, voici un ouvrage que je ne peux que vous conseiller, d’autant qu’il bénéficie d’un travail d’illustration laissant une large place aux couleurs et à des traits presque vaporeux d’une grande puissance.

 

Mort et déterré – tome 1 : un cadavre en cavale de Jocelyn Boisvert et Pascal Colpron (illustrations)

Yan Faucher, 13 ans, est un ado comme un autre. À la veille de la rentrée des classes, il se sent très bien dans sa peau : il va avoir une petite sœur d’un jour à l’autre et, avec son pote Nico, il est prêt à lancer son grand projet : commencer le tournage de son film de zombis ! Mais alors qu’il se rend à la maternité pour rejoindre toute sa famille et fêter l’heureux événement, il tombe sur une discussion animée entre un dealer et son jeune client. Essayant d’intervenir, il se fait accidentellement poignarder. Il meurt sur le coup. Toute sa famille est anéantie. Mais visiblement, son âme a décidé de ne pas le lâcher. Il se rend alors compte que non seulement il continue à penser, mais il arrive également à bouger. Grâce au clairon que son petit frère a glissé dans son cercueil, il arrive à attirer l’attention de son copain Nico qui décide de l’exhumer. Arrêté par la police, Nico n’a pas le temps de libérer son ami, mais Yan parvient à sortir de son tombeau. Avec l’aide de Nico et Alice, il va mener une double quête : retrouver son assassin et reconstruire sa famille en pleine décomposition depuis son décès.

DUPUIS (15 août 2019) – 48 pages – 10,95€

AVIS

Je ne suis pas une grande adepte des histoires de zombies, mas le titre non dénué d’humour m’a donné envie de laisser sa chance à cette BD que j’ai trouvée divertissante. Dernier jour d’école avant les grandes vacances, mais dernier jour tout court pour Yan dont la vie va s’arrêter brutalement. Mauvais endroit au mauvais moment…

Mais contre toute attente, si sa vie d’humain lambda a bien pris fin, c’est, un an après sa mort, une vie de zombie qui commence pour lui ! Néanmoins, une fois la joie d’être sorti de son cercueil passée, Yan va découvrir qu’être un zombie, ce n’est pas de tout repos. Entre les multiples dangers et la nécessité de passer inaperçu, ce qui est, vu son apparence et son odeur, une mission quasi impossible, il ne risque pas de s’ennuyer. Il va heureusement découvrir que s’il ne peut pas réintégrer sa vie d’avant, il pourra toutefois compter sur le soutien d’une ancienne camarade et de son meilleur ami.

Ce tome introductif nous permet de faire connaissance des personnages principaux et d’assister à la transformation physique d’un adolescent, en même temps qu’à l’éclatement de sa famille qui n’a pas résisté à sa mort. Yan découvre ainsi des parents anéantis et dépassés par leur douleur, une aînée en colère, et un petit frère calfeutré dans le silence. La naissance de sa petite sœur le jour de sa propre mort ne semble pas avoir suffi à aider les siens à aller de l’avant et ses parents à surmonter ce qu’aucun parent ne devrait avoir à faire, la mort d’un enfant.

J’ai été touchée par cette famille en plein deuil et peut-être plus particulièrement par l’aînée en pleine révolte, qui exprime plutôt radicalement son mal-être, sa colère et sa douleur. Mais pour un zombie, qui dit mort et déterré, dit également vivant et prêt à intervenir en cas de besoin, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence pour un Yan peut-être bien vivant, mais surtout bien mort aux yeux de la société. 

Bien que la thématique de la mort soit difficile en soi, le ton de la BD n’en demeure pas moins assez léger, que ce soit grâce aux couleurs, à quelques touches d’humour ou à l’amitié bien présente. À cet égard, je suis curieuse de découvrir comment le trio qui s’est créé autour de Yan va progresser dans la suite de l’aventure, et quelles sont les nouvelles péripéties que notre zombie va devoir affronter. De la même manière, je suis impatiente de découvrir la direction que va prendre la BD : Yan va-t-il continuer à se cacher à la face du monde ? Va-t-il révéler sa renaissance à ses parents ?…

Je continuerai donc avec plaisir la lecture de cette série qui ne manque ni d’originalité ni de charme, et que je conseillerais à tous les lecteurs en quête d’une BD mêlant avec brio horreur, humour et thématiques importantes, comme l’amitié, la famille, le deuil et la difficulté d’y faire face. Je pense également lire à l’occasion le roman ayant donné lieu à cette adaptation graphique.

Ludwig et Beethoven, Mikael Ross

Ludwig et Beethoven par Ross

Petit-fils et fils de musicien, mais un père alcoolique et endetté qui veut surtout tirer profit de ses talents. Une mère aimante qui meurt quand il a dix-sept ans. Un talent brut extraordinaire mais une prime éducation musicale lacunaire. Compositeur révolutionnaire atteint de surdité précoce… Tout, chez Ludwig van Beethoven, relève d’une extrême dualité, d’un destin au mieux compliqué, au pire contrarié.
Mikael Ross raconte cette jeunesse d’un génie avec une énergie folle et une vraie virtuosité.

DARGAUD (23 avril 2021) – 196 pages – Papier (19,99€)

AVIS

Ne connaissant que les grandes lignes de la vie de Beethoven, je me suis plongée avec curiosité, et très vite délectation, dans Ludwig et Beethoven de Mikael Ross. Une BD ambitieuse, autant sur le fond que la forme, et de très belle facture proposée par les éditions Dargaud, qui ont veillé à offrir un écrin seyant à la magnificence d’un musicien et compositeur de génie, dont le nom seul suffit à enflammer les esprits.

D’ailleurs, enflammé, Beethoven que l’on découvre ici à l’âge de sept ans, avant de le suivre dans ses jeunes années, l’est assurément. Prompt à réagir à l’humour très terre à terre de ses deux frères, dont il demeure pourtant proche, et à une condition de misère empirée par un père violent, alcoolique, autoritaire et (auto)destructeur, Beethoven se laisse bien souvent emporter par un esprit créatif que ni les défaillances paternelles, ni les épreuves ne pourront entacher. Quand les bruits du quotidien sont, pour le commun des mortels, de simples sons, le jeune garçon a appris à écouter et à transformer le rythme de simples pas, ou encore le piaillement des oiseaux, en quelque chose d’autre. Une mise en forme et en musique du banal qui préfigure déjà du talent de l’artiste pour transformer la boue en or, et se nourrir d’expériences désagréables afin de proposer un art du rêve, une musique qui touche, et dans laquelle les auditeurs aiment à se perdre.

Ludwig et Beethoven, en voici un titre intrigant, mais surtout en voici un titre qui exprime à la perfection la dualité qui marquera la vie et la personnalité de Beethoven : pauvre, par sa famille, mais digne des plus grands par son art, sûr de lui et envoûtant sur scène, tétanisé par l’angoisse avant d’y entrer, longtemps soumis à la dictature d’un père autoritaire, mais ouvert aux idées de liberté et d’égalité venant de France, doux en amour, tyrannique avec certains… Il se dégage ainsi une certaine fragilité et complexité de cet enfant, que l’on voit devenir homme, qui alterne entre exaltation créative, parfois nourrie de sentiments amoureux, et périodes de doutes comme doivent, probablement, en connaître tous les artistes.

Bien que ce ne soit pas forcément le type d’illustrations que je favorise dans mes lectures, je reconnais avoir été séduite par le style de Mikael Ross, dont le caractère fougueux et assez libre convient à merveille à l’esprit de Beethoven. L’auteur/illustrateur restitue ainsi avec une force indéniable, et une grande acuité, les émotions et les différents états d’esprit qui traversent le musicien, mais aussi la puissance des envolées lyriques et symphoniques qui s’échappent du piano. Ce que Beethoven compose et joue, l’auteur s’évertue à nous le représenter, nous permettant ainsi, pendant un instant empli de magie, de nous échapper du quotidien pour entrer dans les rêveries d’un homme qui semble s’oublier dans la musique. La simplicité des traits, à l’esthétique assez caricaturale, permet, en outre, de se concentrer sur le plus important, les émotions et la musique, mais aussi les problèmes de l’homme derrière le génie, ceux-ci abordés non sans une pointe d’humour !

Piano, Ludwig, Beethoven

Mêlant avec brio fiction et réalité, le talent de l’auteur réside également dans sa capacité à s’appuyer sur un contexte historique riche pour faire briller un Beethoven nourri de toutes les expériences propres à son époque, à sa vie et à des rencontres plus ou moins marquantes. On découvre, par exemple, de quelle manière le soutien d’une très accueillante et avant-gardiste famille lui permit de s’élever malgré une situation familiale difficile, mais aussi l’influence bienfaisante et bienfaitrice d’Hayden, qui veillera, avec une certaine patience, à guider son protégé pour qu’il ne se laisse pas déborder par ses instincts, ses impulsions et ses doutes.

La vie de Beethoven, bien que pas toujours simple, fut exaltante et riche. Une richesse dont l’auteur semble avoir su tirer la quintessence, en ne sélectionnant et ne retranscrivant que des moments importants de la vie d’un artiste d’exception, qui s’est construit malgré ou à cause des circonstances. Ce parti pris rend la lecture immersive et fluide, puisqu’il n’y a aucun temps mort, mais je reconnais peut-être une certaine frustration à ne pas avoir eu un aperçu global de l’existence d’un homme bénie par la grâce, mais aussi touchée par la disgrâce.

Ne vous attendez donc pas ici à une biographie de Beethoven, ou à une sorte d’hommage exhaustif, mais bien à une plongée fascinante et immersive, entrecoupée d’ellipses temporelles, dans la vie d’un enfant prodigue devenu un artiste en proie aux doutes, et à un mal-être physique et mental parfaitement saisi et illustré par Mikael Ross. Un auteur/illustrateur possédant un style fougueux très expressif et quasi caricatural, un peu à la Joann Sfar, que l’on appréciera ou non, mais qui ne laissera personne indifférent, à l’image du très grand Ludwig van Beethoven, qui, grâce à sa passion, réussira à réconcilier Ludwig avec Beethoven.

Je remercie Babelio et les éditions Dargaud pour cette lecture reçue dans le cadre d’une masse critique Babelio.

Dans les bois, Emily Carroll

 

Une cabane perdue dans la neige et des jeunes filles qui disparaissent tour à tour la nuit venue. Une écolière qui joue les apprentis spirites et qu’un esprit malin finit par posséder. Des monstres parasites cachés au fond des bois et qui attendent la proie idéale pour faire… leur nid. Emily Caroll nous livre avec Dans les bois, un sortilège de contes horrifiques à l’atmosphère prégnante, à l’ambiguïté grinçante, et nous rappelle cette délicieuse sensation d’avoir peur, confortablement installé sous les couvertures, en toute sécurité. A moins que…

Casterman (6 janvier 2016) -208 pages – Relié (22€)
Traduction : Basile Béguerie

AVIS

À travers ce sublime ouvrage illustré, Emily Carroll nous propose des histoires dont l’horreur ne manquera pas, si ce n’est de vous effrayer, de vous marquer et de vous pousser, durant quelque temps, à vous tenir éloignés des bois. Cet endroit bien souvent effrayant et non dénué d’une certaine aura de mystère et de danger que l’autrice met ici brillamment en scène. Au fil des pages, vous rencontrerez des personnages différents, bien souvent féminins, et systématiquement englués dans des situations difficiles dont il semble bien impossible de s’échapper…

Parfois ambiguës, systématiquement expressives, ces histoires vous plongeront dans l’horreur, l’autrice jouant habilement avec les peurs ancestrales, celles tapies en chacun de nous, tout en nous faisant miroiter une ambiance de conte à l’ancienne. Parce que le loup n’est pas la seule menace dans les bois, vous apprendrez que la peur peut prendre bien des formes et qu’elle est parfaitement justifiée face à des monstres souvent insaisissables. Des monstres qui vous parasiteront sans même que vous ne vous en rendiez compte. D’ailleurs, de parasites, il en est beaucoup question dans ce recueil, ce qui m’a semblé assez original et qui pourrait presque servir d’allégorie à tous ces parasites, réels ou imaginaires, qui nous plombent l’esprit. Néanmoins, et ce sera le seul petit défaut de ce livre, il m’a manqué un peu plus de diversité, non pas dans les situations, mais dans la forme des menaces qui pèsent sur les personnages.

Quant à l’ambiance graphique, elle participe intégralement à ce sentiment d’angoisse qui monte à mesure que l’on tourne les pages et que l’on s’approche de figures cauchemardesques qui menacent de nous engloutir.  Il y a d’ailleurs un véritable focus fait sur des détails comme la bouche et les dents, accentuant notre sentiment de malaise et de danger. La palette de couleurs est plutôt restreinte, mais l’autrice utile avec maestria chaque couleur, avec un jeu particulier sur le rouge qui vient souligner les moments d’horreur et les événements tragiques. On notera également une totale liberté dans les cases, une liberté ordonnée dans le chaos qui apporte beaucoup de vivacité et de réalisme aux illustrations.

En conclusion, Dans les bois devrait ravir les amateurs de textes à l’ambiance horrifique qui jouent sur des peurs ancestrales, en les ancrant dans des situations angoissantes dans lesquelles les personnages se trouvent inexorablement piégés. Des émotions variées ne devraient pas manquer de vous accompagner durant la lecture de ces textes qui semblent parfois réticents à livrer tous leurs secrets, mais que vous prendrez tout de même plaisir à dévorer !


Je vous propose maintenant de parler brièvement de chaque histoire.

  • L’hôte

Nous suivons Bell, jeune fille solitaire et taciturne que son frère vient chercher à son pensionnat pour qu’elle passe les vacances avec lui et sa fiancée, Rebecca. Arrivée sur place, la jeune fille n’aspire qu’à lire en toute tranquillité quand son frère et sa fiancée ne peuvent s’empêcher de la solliciter. Mais ce désagrément n’est finalement rien par rapport à l’atmosphère étrange qui règne dans la maison et dans les bois à proximité, un endroit que Bell devrait éviter comme le lui a suggéré la cuisinière. En effet, Rebecca, quand elle y était plus jeune, y a vécu un événement fort désobligeant qui aurait pu lui coûter la vie.

De fil en aiguille, la curiosité et la peur s’insinuent dans le cœur et l’esprit de Bell et des lecteurs jusqu’à ce que la vérité se fasse sur la vraie nature de l’horreur. Une horreur qui peut prendre des formes inattendues et faire son nid aussi sournoisement que le plus affreux des parasites. Mais après tout, parasite ou non, que ne ferait-on pas pour protéger ses enfants ? Peut-être d’ailleurs que Bell aurait bien fait d’écouter les histoires de sa maman…

  • Son visage ensanglanté

Un homme regarde son frère rire et amuser la galerie, mais alors qu’il devrait ressentir, comme les autres villageois, un certain soulagement à le voir bien vivant, le malaise s’empare de lui. Il faut dire qu’il en est certain, il s’agit d’un imposteur, car si cet homme a le visage de son frère et porte les habits de son frère, il n’est pas on frère. Et pour cause…

J’ai apprécié la manière dont l’autrice fait planer le mystère et cette ambiance de traque d’une bête monstrueuse que deux frères tentent d’éliminer, mais j’ai eu l’impression de ne pas avoir tout compris. J’ai donc apprécié l’histoire, mais je reste réservée quant à la clarté avec laquelle elle a été présentée. Peut-être trop subtile et ambigüe pour moi !

  • Mon amie Janna

Dans cette histoire, il est question de spiritisme et de deux amies qui, sans malice mais avec une certaine légèreté, se font complices d’une mascarade. Si Yvonne ne croit pas aux fantômes et n’en a jamais vu, cela ne signifie pas qu’elle est aveugle face à l’aura qui entoure son amie Janna. Par peur de la brusquer ou de lui donner l’impression de vouloir lui voler la vedette, elle préfère néanmoins se taire.

Une décision que l’on peut comprendre, mais qui ne sera pas sans conséquence… Et si Janna se laissait submerger par cette tempête intérieure qui l’isole, et dont on ne connaît que trop tard la véritable nature ? À trop vouloir jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler ? À moins que ce ne soit de nouveau les bois qui placent sur le chemin de deux jeunes filles un danger inattendu, source d’une catastrophe inévitable.

  • La maison voisine

Trois sœurs attendent le retour de leur père parti depuis sept jours à la chasse. Mais contrairement à ses instructions, l’aînée, qui à la charge de ses cadettes, a refusé de quitter la maison pour aller frapper à la porte de la maison voisine…  Néanmoins, petit à petit, le foyer se vide jusqu’à ce que la maison voisine s’impose comme seul et dernier refuge.

J’ai apprécié l’ambiance pesante de ce huis clos dans lequel sont piégées des sœurs qui vont devoir faire face à une menace d’autant plus insidieuse qu’elle semble endormir les consciences, du moins certaines consciences. Avec des rappels subtils, mais bien présents, l’autrice nous offre une histoire qui ne sera pas sans rappeler celle du Petit Chaperon Rouge. Un conte toujours efficace, a fortiori quand il est auréolé comme ici d’une pointe de mystère et de la certitude que quelque chose de terriblement dangereux vient frapper chaque nuit à la porte d’une cabane isolée…

  • La dame aux mains froides

Il était une jeune fille qui, comme tant d’autres, dût épouser un mari choisi par son père. Si la situation est déjà fort désobligeante en soi, elle devient franchement inquiétante, quand la nuit tombée, une étrange et funeste mélodie réveille la jeune mariée. Une mélopée entêtante qui la conduira dans une macabre chasse aux membres. Et si finalement, certains secrets méritaient de rester enterrés ou, plutôt, emmurés ?

On reconnaît volontiers le trait de l’autrice, mais celle-ci introduit dans cette histoire aux allures de conte, une nouvelle palette de couleurs avec un joli bleu et un jaune profond, qui finissent néanmoins par être souillés, la vie de princesse ne mettant pas à l’abri d’une bien difficile destinée.

Recueil lu dans le cadre du Challenge Mai en BD.

 

 

Mercy – tome 2 : Des chasseurs, des fleurs et du sang de Mirka Andolfo

Mercy, tome 2 par Andolfo

Jusqu’où peut-on aller par amour ?

Si la bourgade de Woodsburgh semble avoir accueilli la mystérieuse Lady Hellaine et son majordome les bras ouverts, des meurtres étranges viennent semer le trouble dans l’esprit des habitants. D’apparence paisible, la petite communauté n’est pas aussi solidaire qu’elle veut bien le faire croire et en particulier envers ses nouveaux arrivants. L’étau serait-il en train de se resserrer sur la belle étrangère et pourquoi donc a-t-elle recueilli Rory, cette orpheline amérindienne ? Alors qu’un groupe de redoutables chasseurs rend visite à Lady Swanson pour lui apporter la preuve irréfutable de la présence d’une créature démoniaque en ville, Hellaine met en marche son plan machiavélique…

Glénat BD (14 octobre 2020) – 64 pages – Papier (14,95€)

AVIS

Ayant adoré le premier tome, j’ai été ravie de me replonger dans l’atmosphère sublimement horrifique de Mercy, une série qui se distingue par son incroyable ambiance graphique et ses dessins mêlant habilement beauté et scènes effroyables.

Si ce second tome n’apporte pas toutes les réponses aux nombreuses questions que l’on se pose tout au long de la lecture, il permet néanmoins d’en apprendre plus sur les personnages, et de saisir un peu mieux les liens qui les (re)lient. Il reste toutefois encore beaucoup de mystère que ce soit autour de la sublime lady Hellaine et de ses véritables intentions, ou de lady Swanson qui nous apparaît être un adversaire redoutable, bien que peut-être un peu en retrait. Il faut dire qu’en dame de la bonne société, ses attaques ne sont pas forcément frontales, la lady comptant plutôt sur sa langue acérée et des « associés » qui œuvrent dans l’ombre, mais qui semblent difficilement contrôlables…

Alors que lady Hellaine soigne son apparence pour être la rose qui attire les regards, l’étau semble doucement se resserrer autour de sa gorge, son visage d’ange ne trompant pas tout le monde. Son majordome, quant à lui, se montre toujours aussi protecteur, mais peut-être un peu trop sûr de lui pour son propre bien. Car s’il est indéniable que notre duo possède une force et des capacités phénoménales, il pourrait fort bien se trouver face à des ennemis redoutables, qui compensent leur humanité par une certaine fourberie et une capacité à acculer leurs proies sans qu’elles ne sentent le danger arriver…

J’apprécie toujours autant les interactions entre lady Hellaine et son majordome, celles-ci nous donnant le sentiment que ces deux êtres sont étroitement liés, et qu’ils partagent de nombreux secrets. Mais c’est la relation entre lady Hellaine et la fillette qu’elle a acceptée de prendre sous son aile, qui m’a le plus touchée et intéressée. Rory s’est imposée dans la vie de notre lady avec un naturel désarmant, mais le plus étonnant, c’est la manière dont elle accepte sans sourciller sa monstruosité. Au lieu d’avoir peur d’elle, elle voit en lady Hellaine sa mère ainsi qu’un ange vengeur et protecteur, et non un démon se sustentant d’humains. Cela explique peut-être qu’à son contact, lady Hellaine s’humanise un peu et développe un instinct de protection qu’elle n’aurait jamais pensé posséder.

Mais cela ne l’empêchera pas de se laisser rattraper par sa nature, déborder par la faim et de commettre un crime qui semble étrangement la perturber. Aurait-il éveillé quelque chose dans sa conscience, un lien qu’elle et que nous ne comprenons pas vraiment, mais qui pourrait s’avérer d’une importance capitale pour la suite de l’aventure ? Une question parmi tant d’autres, cette série ayant la particularité de jouer avec emphase sur le mystère, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, j’adore le fait d’être dans le flou et de découvrir au compte-gouttes des informations sur une lady énigmatique, sorte de vampire végétal, sur son dangereux et gentleman majordome, et sur les personnages secondaires, d’importance ou non, qui évoluent dans leur sillage. 

En bref, dans ce tome, la tension monte crescendo, des liens se dessinent et s’affirment, d’autres se rompent, mais en toile de fond, reste en suspens cette question obsédante : que veut réellement lady Hellaine et jusqu’où est-elle prête à aller pour l’obtenir ? Espérons obtenir la réponse à cette question dans le troisième et dernier tome d’une série que je recommanderais aux personnes à la recherche d’une histoire fantastique teintée d’horreur, mais sublimée et illuminée par un travail graphique d’une beauté époustouflante. Beauté et ténèbres n’auront ainsi jamais été autant liées !

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci (illustrations)

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah par Di Gregorio

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois sœurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux sœurs. Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Dupuis (12 juin 2020) -72 pages – 13,95€

 

AVIS

Séduite par la couverture, j’ai eu envie de lire cette BD qui m’a émerveillée et beaucoup émue. On y découvre trois sœurs très différentes les unes des autres : Sarah, l’aînée, aime tout contrôler et diriger, Cassiopée, la cadette, vit dans son monde de princesses et de princes charmants, et Lucille, la benjamine, semble avoir plus d’affinités avec les chats que les humains. Mais si Cassiopée est plus ou moins l’artiste et la rêveuse de la famille, c’est pourtant Sarah qui fait depuis quelque temps un rêve étrange qu’elle aimerait ardemment décrypter…

Au détour d’une conversation, à laquelle leur mère va réagir étrangement, les filles décident de mener une enquête sur cette dernière en vue d’un futur cadeau. Le début d’une aventure entre trois sœurs qui vont parfois avoir du mal à s’entendre et à communiquer sans s’agacer mutuellement, mais qui vont être réunies par l’envie de faire plaisir à leur mère et de mieux la comprendre. L’enquête des filles pour en apprendre plus sur le passé de leur mère va introduire pas mal de mystère dans une histoire empreinte de douceur, de poésie, de disputes, mais aussi de moments de complicité et de tendresse.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j‘ai adoré la manière dont rêve et réalité se rejoignent, et la douceur poétique avec laquelle l’auteur s’empare d’un sujet difficile qu’il est néanmoins important d’aborder que ce soit entre adultes ou avec des enfants. Car si certaines douleurs sont difficiles à effacer, les partager avec des proches peut soulager et permettre d’avancer sans pour autant oublier. La fin de la BD se révèle d’ailleurs touchante et offre une belle note d’espoir sur la capacité de résilience de chacun, la force de l’amour maternel et la puissance des liens familiaux.

Quant aux trois sœurs, je les ai trouvées attendrissantes même si je reconnais m’être plus particulièrement attachée à la petite dernière. C’est la plus réservée, introvertie et discrète des trois, mais je me suis reconnue dans son caractère et son amour des animaux, et en particulier des chats. Elle est d’ailleurs très proche du sien et se révèle une protectrice et amie des chats des rues. Elle possède, en résumé, toutes les qualités pour me plaire ! Sarah peut se révéler quelque peu autoritaire, mais son statut d’aînée fait peser un certain poids sur ses épaules, d’autant que sa cadette ne l’a pas elle la tête sur les épaules… Alors, malgré leurs différences et leurs prises de bec, les trois sœurs offrent un joli trio que j’aurais grand plaisir à retrouver et à voir évoluer.

Au-delà du fond, la forme est de toute splendeur ! La beauté des illustrations, la délicatesse des traits, la douceur et la profondeur des couleurs apportent une touche poétique à laquelle il est bien difficile de résister. Si vous aimez les atmosphères lumineuses, oniriques et enchanteresses, vous devriez ressortir de cette lecture des paillettes plein les yeux, et le cœur empli d’intenses émotions, l’histoire étant bien plus profonde qu’il n’y paraît.

En bref, portée trois sœurs aussi différentes qu’attachantes, cette BD offre aux jeunes et moins jeunes lecteurs une enquête mêlant habilement, et avec beaucoup de douceur, rêve, réalité, secret de famille, résilience, amour filial et familial, le tout dans une ambiance graphique aussi enchanteresse que chaleureuse. À lire et à relire pour se laisser emporter autant par les somptueuses illustrations que les émotions qui ne manqueront pas de vous assaillir au fil de votre lecture.

BD lue dans le cadre du challenge Mai en BD.