Cléopâtre, Alberto Angela

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir Cléopâtre d’Alberto Angela.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Revivre l’Histoire, sur les traces de Cléopâtre

Peu de femmes peuvent se vanter d’avoir autant marqué les esprits que Cléopâtre. La dernière reine d’Égypte antique a séduit les puissants mais a surtout fait de son nom un symbole de puissance. Alberto Angela, vulgarisateur de génie, nous entraîne sur les pas de cette femme d’exception. Dans un monde antique dominé par les hommes, elle a permis au royaume d’Égypte de connaître une expansion fulgurante. Femme de pouvoir, douée dans l’art de la négociation comme dans celui de la guerre, elle est une grande stratège et une figure incroyablement visionnaire. Si, après deux mille ans, elle continue de nous fasciner et de nous inspirer, c’est peut-être parce qu’au-delà des images et du fantasme, elle est le visage de la modernité.

HarperCollins (2 octobre 2019) – 432 pages – Broché (22€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Marc Lesage

AVIS

S’il y a bien une femme qui a su traverser le temps en gardant le même éclat dans l’imaginaire collectif, c’est bien Cléopâtre. Et c’est ce personnage historique fascinant, encore auréolé d’un certain mystère, qu’Alberto Angela se propose de mettre à notre portée, non pas en faisant le détail de sa vie entière, mais en se focalisant sur une période importante de l’Histoire qui a, d’une certaine manière, façonné notre monde.

Nous suivons ainsi notre auteur, que l’on pourrait sans aucun doute qualifier de doux conteur, dans les couloirs du temps, entre 44 avant J.-C. et l’an 30 avant  J.-C. Quatorze ans, une période qui peut sembler ridicule au regard de l’histoire du monde, mais qui, comme vous le découvrirez dans le livre, mérite toute notre attention notamment par les enjeux militaires et géopolitiques dont elle a été le témoin, si ce n’est le théâtre.

L’auteur nous immerge ainsi complètement dans le passé où l’on découvre, comme si nous y étions, la vie à Rome avec des habitudes parfois surprenantes. Il valait mieux, par exemple, ne pas rester trop près des fenêtres sous peine de recevoir certaines substances sur la tête. Mais il évoque également des faits et événements historiques qui, pour certains, sont plus ou moins connus de tous : le complot le plus célèbre de l’histoire conduisant à l’assassinat de Jules César, le chaos régnant à Rome suite à la mort de son dictateur qui a semblé rester sourd aux signes annonçant le drame, les faits de gloire de Marc Antoine et son alliance/rivalité avec Octavien, les vengeances implacables, les alliances/mésalliances politiques et stratégiques, les trahisons, la puissance de l’armée romaine sans oublier la déchéance du couple emblématique formé par Cléopâtre et Marc Antoine…

L’auteur prend le temps de poser le contexte historique dans lequel Cléopâtre a dû évoluer et s’imposer, un monde dur et machiste fait par les hommes et pour les hommes dans lequel la femme n’a qu’une place subalterne, quand elle en a une. Il en résulte une certaine frustration puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur nous donnait bien plus d’informations sur la politique de l’époque et la vie de César et de Marc Antoine que sur celle de Cléopâtre. Il faut dire que vu le travail de sape des Romains et de leurs penseurs et historiens qui se sont évertués à la discréditer et à la salir, difficile d’en dessiner un portrait aussi précis que celui des hommes de sa vie.

Cela n’empêche néanmoins pas de sentir avec force l’influence de la mythique souveraine dans cette histoire qui est en marche. Forte, intelligente, cultivée, pugnace, fine stratège, et définitivement en avance sur son temps, Cléopâtre est loin de se réduire à l’image de catin de haut vol dans laquelle certains ont essayé de l’enfermer. Elle a su profiter au maximum de ses multiples atouts que ce soit son charme couplé à une personnalité hors norme, ses talents d’oratrice ou encore sa fortune, pour assurer son avenir, celui de ses enfants et de son royaume sur lequel elle veillera jusqu’à la fin… L’approche multiculturelle de son règne, qui rompt avec la tradition familiale et qui lui permettra de s’attirer la sympathie de son peuple, ainsi que sa capacité à se projeter dans l’avenir font d’elle une souveraine d’exception qui a marqué à jamais l’histoire.

Si cette biographie romancée est richement documentée comme l’en atteste la longue bibliographie, on appréciera le travail personnel de l’auteur qui comble avec intelligence et sérieux les failles ou les ombres de l’histoire. Impossible de connaître parfaitement tout ce qui est arrivé durant ces quatorze ans mouvementés, mais ce qui est certain, c’est que la version proposée par l’auteur, en plus d’être cohérente et plausible, est amenée avec soin et une certaine passion. Loin de se contenter de nous narrer méthodiquement et froidement les événements, Alberto Angela y met de l’émotion nous plongeant dans les pensées et sentiments des protagonistes. Un point qui fait toute la différence et qui rend le récit passionnant. De fil en aiguille, on se laisse ainsi happer par les événements avec cette impression de ne pas lire un livre, mais de regarder une fresque historique et amoureuse sur grand écran.

Bonus fort appréciable, les différentes cartes proposées en fin d’ouvrage qui viennent confirmer l’impression de qualité que l’on ressent dès la prise en main du livre.

En conclusion, d’une plume fluide, parfois théâtrale, voire dramatique, comme a pu l’être l’Antiquité, l’auteur nous immerge dans le passé, de la Rome antique en proie au chaos suite à l’assassinat de César à cette opulente Égypte dirigée d’une main de fer par Cléopâtre, une jeune souveraine qui a fasciné et qui fascinera encore des générations entières. Immersif, documenté et fascinant, voici un voyage historique que je ne peux que vous inviter à effectuer. Vous y découvrirez un monde en mouvement où les plus grandes histoires d’amour font face aux plus grands complots… Plus qu’un roman, une magnifique épopée marquée à tout jamais du sceau d’une grande souveraine !

Découvrez un extrait/retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

L’idiot du village, Patrick Rambaud

L'idiot du village (Littérature Française) par [Rambaud, Patrick]

Découvert par hasard, L’idiot du village de Patrick Rambaud, aux éditions Grasset, m’a offert un bon moment de lecture..

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Vous n’aimez pas votre époque ? Ce n’est pas une raison pour glorifier le passé. Imaginez que vous vous retrouviez soudain transporté au début de ces années cinquante dont vous pensiez avoir la nostalgie : vous seriez plus désorienté que sur la planète Mars. Voilà ce qui arrive au héros de notre histoire. Un jour, en parcourant le quotidien qu’il vient d’acheter, il tombe avec surprise sur des informations de 1953. Il croit à une plaisanterie ou à un numéro spécial, mais non, car d’autres hallucinations vont le plonger en 1953, à Paris, dans ce quartier des Halles qu’il habitait à la fin du XXème siècle. De plus en plus précises, de plus en plus longues, ces hallucinations finissent par le jeter dans son propre passé, qu’il reconnaît mal : il avait sept ans en 1953. Ainsi largué dans le Paris de son enfance, il se sent étranger. D’abord incrédule, il se résout à accepter ce sort improbable. Comme à l’époque on trouvait du travail, il devient plongeur dans un restaurant de la rue Montorgueil, puis garçon de salle, et il s’aperçoit vite de sa supériorité : il connaît par avance les événements… Au début, il en joue avec un habitué du restaurant, journaliste en vogue, très intéressé par ses prédictions, mais il va se rendre compte que son savoir ne lui sert à rien. Il se prend pour l’idiot du village, cet oracle un peu foutraque qu’on consulte mais dont on se moque, même s’il a raison. Jusqu’au jour où, dans la rue, il se croise lui-même lorsqu’il a sept ans. A partir de là, tout va basculer.

Grasset & Fasquelle (12 janvier 2005) – 160 pages – Broché (16,30€) – Ebook (5,49€)

AVIS

Le thème du voyage dans le temps est toujours risqué, mais l’auteur s’en sort ici très bien en se concentrant sur l’aventure humaine plutôt que sur les explications quant à ce prodige. Nous découvrons ainsi notre protagoniste qui, sans trop savoir comment, navigue entre le présent et le passé, entre 1995 et 1953. Une situation à laquelle il s’adapte plus ou moins jusqu’à ce que l’impensable se produise : le voilà coincé en 1953, dans le Paris de son enfance, sans aucun moyen de retourner dans le présent auprès de sa chère femme, Marianne.

Sur un malentendu et grâce à une rencontre, il trouve heureusement un travail dans un restaurant où il sera repéré par un journaliste du Figaro, non pas pour ses talents de serveur, mais pour sa faculté à prédire les événements futurs. Content d’avoir trouvé une personne capable de le faire briller et de le propulser vers des sommets, ce journaliste n’hésitera pas à user et abuser des talents de notre narrateur qui, d’une certaine manière, se complaît dans le rôle ingrat du conseiller personnel et secret. Il faut dire que lui-même aimerait utiliser ses connaissances quant à l’avenir, notamment pour changer quelques événements passés…

Mais après l’exaltation de la connaissance vient la désillusion de l’impuissance, car si dans son esprit tout est simple, dans la réalité, il n’a que de prise sur les événements. Il n’est, en effet, pas si facile de changer le passé, mais est-ce de toute manière souhaitable ? Une question à laquelle il pense vaguement, mais qu’il met très vite de côté jusqu’à une rencontre, une rencontre avec lui-même qui donne un autre tournant à l’histoire. On ressent alors une impression de nostalgie, avec cette question du temps qui passe, de ce que l’on sait, de ce que l’on regrette et de ce que l’on changerait…

Ce retour dans le passé, en plus d’offrir une trame narrative prenante, est un bon moyen pour l’auteur de nous plonger dans ce Paris des années 1950, au charme certain, avec ces métiers dorénavant disparus et une population vivant de manière plus simple sans l’omniprésence de cette télévision qui remplace les conversations. Nous redécouvrons également le contexte national et international mouvementé de cette époque qui, après les traumatismes de la Seconde Guerre mondiale, mène ses propres combats : guerre d’Indochine, grogne sociale avec des grèves de grande ampleur, guerre froide…Tout autant de sujets qui devraient rappeler des souvenirs aux lecteurs qu’ils soient férus d’histoire ou non. Les nombreux clins d’œil à la littérature m’ont également plu, mais il faut dire qu’avec un protagoniste vivant le nez dans les livres depuis ses sept ans, cela n’a rien d’étonnant.

Assez court, le roman se lit d’une traite d’autant que l’écriture est fluide, les réflexions de l’auteur sur les évolutions sociétales, humaines et urbaines intéressantes, les dialogues entre les personnages réalistes et dynamiques, le jeu entre présent et passé bien amené… La fin, si elle m’a d’abord semblé un peu abrupte dans la mesure où j’aurais apprécié quelques chapitres de plus, a fini par totalement me convaincre. On évite les atermoiements, les longueurs, les digressions pour se concentrer sur notre héros et un avenir que j’ai envie de croire plein de promesses.

En conclusion, L’idiot du village, titre que vous comprendrez en cours de lecture, est une fable teintée de fantastique qui, à travers un protagoniste ordinaire aux prises avec un phénomène extraordinaire, pose un certain nombre de réflexions notamment sur les évolutions de la société et le temps qui passe. La connaissance, arme ou fardeau ? Une question que l’on ne peut que se poser en fin de lecture bien que la fin laisse entrevoir une réponse peut-être un peu plus nuancée, celle du renouveau.

 

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North

Couverture La soudaine apparition de Hope Arden

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Mon nom est Hope Arden. Je suis la fille que tout le monde oublie. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Mon père qui omet de m’emmener au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les crimes que je commets… vous ne vous souviendrez jamais de moi. Ça rend ma vie compliquée mais ça fait aussi de moi quelqu’un de dangereux.

Hardigan – 14 heures et 42 minutes – 9,99€

AVIS

Si j’ai apprécié les sujets abordés, j’ai regretté de nombreuses longueurs qui ont fini par rendre l’écoute du livre audio fastidieuse. J’ai d’ailleurs failli l’abandonner à plusieurs reprises avant de prendre mon courage à deux mains et de la terminer afin de pouvoir passer à autre chose.

Il est possible que je sois passée à côté de ce titre car mes attentes étaient bien différentes de ce que nous propose l’auteure. Je ne dirais pas qu’il ne se passe rien, mais nous sommes plutôt dans un roman qui fait passer la réflexion avant l’action.

Hope Arden est unique. Hope Arden n’existe pas ou, du moins, pas vraiment dans le regard des autres. Bénédiction ou malédiction selon les points de vue, son existence s’efface de la mémoire des gens dès qu’elle n’est plus sous leurs yeux. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais elles sont bien trop rares pour que cette femme puisse mener une vie normale. Difficile dans ces conditions de garder des amis, un compagnon ou une compagne, un travail ou d’avoir une famille… En revanche, c’est parfait pour embrasser une carrière de voleuse professionnelle et internationale de haut vol.

La situation de Hope aurait pu forcer l’empathie, mais j’ai eu un mal fou à m’attacher à elle et donc à m’intéresser à sa vie qui, par la force des choses, se caractérise par sa vacuité. Voler, tromper sa solitude dans les bras d’un homme qui vous oubliera dès les yeux fermés, trouver des contrats, voler… C’est peut-être la raison pour laquelle Hope met autant de passion à mener une vendetta personnelle contre Perfection, une application qui ambitionne, ni plus ni moins, que de rendre ses utilisateurs parfaits.

Être parfait, un rêve que beaucoup vont poursuivre quitte à vendre leur âme au diable, la personne derrière l’application ayant des objectifs bien moins louables que ceux affichés. C’est que la perfection a un prix ! L’idée de cette application et de ses nombreuses dérives est certainement le point le plus intéressant du roman puisqu’à travers cette idée glaçante de perfection à portée de smartphone, l’autrice aborde de nombreux et très actuels sujets : la solitude, l’illusion de la perfection, le culte de l’apparence, l’obsession de l’argent et du statut social et des sacrifices que l’on est prêt à consentir pour cette vaine quête, la technologie et les réseaux sociaux, leur omniprésence dans nos vies, leurs dérives et leurs dangers…

Tout autant de thèmes qui forment une trame de fond intéressante, mais qui ne compensent pas un rythme trop lent et finalement assez répétitif. Il y a heureusement d’autres personnages qui viennent pimenter l’intrigue et la vie de Hope : une femme aussi responsable que victime de Perfection, une cyberconnaissance aux objectifs nébuleux, un homme qui la traque tout en nouant, à son insu, une relation assez particulière avec celle-ci… Et puis un événement vient bouleverser l’équilibre et apporte ce coup d’éclat tant attendu ! Trop tard pour me laisser une bonne impression de lecture, mais assez majestueux pour que je sois contente d’avoir persisté dans mon écoute.

Une écoute qui s’est d’ailleurs révélée agréable d’un point de vue technique, la voix de l’héroïne correspondant assez bien à l’image que l’on pourrait s’en faire. Seul petit bémol qui découle de la construction de l’intrigue autour de chapitres très courts : la musique qui accompagne le début de chaque chapitre. En plus de lasser par sa répétitivité, elle allonge inutilement un temps d’écoute qui nous apparaît déjà bien long.

En bref, La soudaine apparition de Hope Arden est un roman que je vous conseille si les thématiques de la perfection et des dangers de l’omniprésence de la technologie dans nos vies vous intéressent. Si vous êtes, en revanche, à la recherche d’un livre mené tambour battant, je ne suis pas certaine que vous trouverez votre bonheur avec ce titre.

 

Top Ten Tuesday #138 : Les 10 plus beaux albums et romans jeunesse que j’ai lus

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Lisant beaucoup de littérature jeunesse, il m’a été difficile de ne choisir que 10 livres parmi la ribambelle de belles découvertes que j’ai pu faire… Mais voici 10 albums/romans jeunesse que j’ai trouvés très beaux que ce soit au niveau du fond, de la forme voire des deux.

Pour ce TOP, j’ai décidé de ne pas citer les classiques de la littérature jeunesse qui ont bercé mon enfance (Charlie et la chocolaterie, Le fantôme de Canterville, Le magicien d’Oz…) préférant me focaliser sur des livres moins connus…

ALBUMS JEUNESSE

Coup de cœur, L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul est un album que je vous recommande chaudement. L’autrice aborde avec sensibilité, à travers les yeux d’un chat, la question des réfugiés. Le chat bonheur, dont la chronique dort dans mes brouillons depuis des mois, est un très beau conte sur la force de l’amour porté par un chat à son maître, un humain qui n’en comprendra toute la beauté et la puissance que trop tard…

Couverture L'extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-mêmeCouverture Le chat bonheur

Méphisto est un très bel album dont vous trouverez une très bonne chronique sur le blog Les pages qui tournent. Envie d’une belle amitié interespèces ?  Vite, cachez-vous ! devrait vous plaire.

Couverture MéphistoCouverture Vite, cachez-vous !

Je ne pouvais pas faire ce top sans évoquer Benjamin Lacombe. Avec cette illustrateur, vous pouvez piocher dans ses ouvrages les yeux fermés. J’avais, par exemple, beaucoup aimé Ondine ou Blanche Neige et ses sublimes illustrations.

ROMANS JEUNESSE

Le Trésor de Sunthy est un joli roman jeunesse sur la quête d’identité et la recherche de racines. Avec La Princesse Pirate, vous partirez à la rencontre d’une jeune fille qui rêve de faire un métier plutôt original… Gros point fort du livre, la relation de confiance et de respect entre une enfant et ses parents, ce qui est assez rare en littérature jeunesse.

Couverture Le Trésor de SunthyCouverture La Princesse Pirate

Contrairement à ce que laisse supposer la couverture, Le Baron Miaou est bien un roman et un roman prenant qui renferme des personnages hauts en couleur ! D’une mauvaise fois à toute épreuve, Poséidon le Terrible est un personnage que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Couverture Le Baron MiaouCouverture Poséidon le Terrible

42 jours aborde avec intelligence une période sombre de notre histoire… Bien écrit et bénéficiant de quelques illustrations, ce roman jeunesse devrait plaire à un large public.

Couverture 42 jours

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Laquelle de vos lectures jeunesse me conseilleriez-vous en particulier ?

 

Léonard de Vinci, L’indomptable – Henriette Chardak

Je remercie les éditions De borée pour m’avoir permis de découvrir Léonard de Vinci L’indomptable d’Henriette Chardak.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Portrait intime d’un génie. Léonard de Vinci demeure le génie de tous les temps. Homme d’esprit universel, artiste peintre, sculpteur, poète, écrivain, philosophe, musicien, scientifique, ingénieur-inventeur, anatomiste… Qui est-il en vérité ? Au début du XVIe siècle, au terme de sa vie, Léonard de Vinci, génie, artiste pluriel et homme de science, quitte l’Italie où il fut reconnu par ses pairs, mais surtout moqué, accusé, rejeté, détesté, incompris… François Ie l’accueille, le protège à Amboise et le nomme premier peintre de la Cour. Le roi de France et sa mère Louise de Savoie partagent plusieurs secrets avec lui : l’origine du linceul du Christ, l’identité de la Joconde et un projet fou : une ville nouvelle. Enfin admiré et choyé, Léonard de Vinci revisite son passé, le scénario chaotique de sa vie. Très tôt arraché à sa mère aux origines étranges par un père notaire et sans scrupules, il ne peut espérer étudier à l’université pour cause de bâtardise… Placé dans un atelier d’art de Florence, tous, maître et apprentis, remarquent sa taille de géant et ses talents de peintre ambidextre. Magnétique, beau, drôle, insolent, secret, il est toujours dans l’œil du cyclone de l’Histoire, tel une star moderne. Proche des Médicis qu’il déteste, ami de Botticelli et de Machiavel, il observe le monde en annonciateur du futur. Chassé de Florence, c’est à Milan que Ludovic Sforza lui réclame des projets d’armes de guerre et non de paix. On l’utilise, on le méprise, on le pille… Il prône l’amour et la bonté. Mais qui écoute cet humaniste et poète qui réinvente le monde ? Il signait souvent IO, car sa plus grande richesse fut d’être simplement lui et personne d’autre ! Ce récit romanesque apporte un éclairage original sur la vie de l’indomptable et génial Léonard de Vinci.

Éditions De Borée (24 janvier 2019) – 670 pages – Broché (24,50€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Ce pavé a été une lecture assez déstabilisante puisque même si j’en ai apprécié le fond, il m’a fallu le soutien de mes deux copinautes de lecture commune pour le terminer. La faute a un style très riche qui m’a parfois décontenancée par son caractère peut-être un peu trop foisonnant pour moi. L’autrice est une passionnée de Léonard de Vinci, et cela se ressent dans sa manière de donner beaucoup de détails, de passer d’un aspect de sa vie à un autre,  de mélanger passé/présent sans transition, de rebondir sur un événement pour nous emporter vers d’autres horizons… Ce n’est pas un défaut en soi, mais quand, comme moi, on ne maîtrise que très peu le contexte historique, on finit par être perdu et par ressentir un certain manque de fluidité dans la lecture. Je pense donc que pour profiter pleinement du travail de recherche et de documentation de fourmi de l’autrice, il m’aurait fallu posséder un bagage culturel plus conséquent, cette Italie du XVe et XVIe siècles étant loin de m’avoir livré tous ses secrets.

Fort heureusement, les notes de bas de page et le découpage en chapitres relativement courts permettent de se raccrocher au récit et de prendre un certain plaisir à découvrir la vie d’un homme passionnant et passionné. Notons toutefois que l’autrice ne nous offre pas LA vérité sur un homme qui a su garder une part de mystère, mais sa propre interprétation de son histoire, ce qui m’a, je le confesse, parfois frustrée. N’aurais-je pas mieux profité de ma lecture si j’avais su discerner les faits des suppositions et choix narratifs ? Une question qui m’a taraudée tout au long de ma lecture d’autant que certains éléments m’ont semblé discutables… Je suis loin d’être une spécialiste de Léonard de Vinci, mais le traitement qui est fait de sa sexualité dans cet ouvrage m’a gênée. J’ai parfois eu l’impression que l’autrice se refusait à considérer que le grand homme ait été un homme de chair, un peu comme si elle nous en offrait une vision éthérée et purifiée.

Excepté ce point, j’ai été touchée par la vision de ce Léonard de Vinci qui, derrière son génie, cache une grande sensibilité et une soif inextinguible de connaissances. C’est peut-être d’ailleurs l’un des secrets de sa faculté à être en avance sur son temps et ses contemporains, et à faire des incursions réussies dans des domaines et des sciences aussi variés que les mathématiques, la peinture,  la musique, la sculpture, l’astronomie, le génie civil, l’art militaire… Véritable touche-à-tout, Léonard de Vinci sera toutefois victime de cette quête de connaissances ayant du mal à terminer à temps ses projets et à honorer ses commandes. Mais peut-être est-ce là simplement la caractéristique d’un homme hors du temps plus intéressé par le faire et la découverte que les contingences de la vie et des choses aussi triviales que les délais.

Autre caractéristique fascinante chez cet homme, sa propension à appréhender avec une curiosité toujours renouvelée chaque étape de sa vie et chaque découverte. Tout est prétexte à observer, à questionner, à étudier et à façonner le monde selon sa propre pensée, une pensée unique et protéiforme qui s’affranchit des normes et des carcans de son époque. Intelligent, humaniste, amoureux des animaux, et prompt à rejeter les œillères que la religion tend à vouloir imposer à ses ouailles, on devine chez Léonard de Vinci un réel refus de la norme. Il encourage d’ailleurs toujours ses apprentis à trouver leur propre voie… Des apprentis qui, pour certains, n’hésiteront pas à profiter des largesses et de la bonté de leur maître. Léonard de Vinci semble pourtant au-dessus de ces comportements dont il est bien conscient, mais qui ne semblent pas avoir de prise sur lui.

Il faut dire que ses véritables blessures sont ailleurs et remontent notamment à une enfance chaotique avec un père ambitieux qui n’accepte de voir son « bâtard » qu’à travers le prisme des retombées positives que ce dernier peut avoir pour lui. Léonard s’impose donc au fil des années un peu comme le contre-modèle de cet homme froid et insensible qui manque tellement d’humanité que le contraste avec son fils est saisissant. Bien que sa mère ait loin d’avoir été parfaite, Léonard fera, en revanche, preuve d’un véritable attachement envers celle-ci et veillera jusqu’à la fin sur cette femme dont la vie n’a pas non plus été facile…

Le génie de Léonard lui a permis de côtoyer les plus grands de son époque, mais cela ne l’a pas empêché d’être victime de la cruauté et de la jalousie humaine. De fausses accusations de viol aux intrigues de cour en passant par toutes ces humiliations qu’on lui fera subir, Léonard devra faire face à des épreuves difficiles dont il sortira la tête haute se contentant de faire ce qu’il fait le mieux, étudier, imaginer et créer !

En conclusion, Henriette Chardack nous propose ici une biographie romancée dense et documentée qui aurait mérité d’être allégée pour en offrir une lecture plus fluide et accessible. On appréciera néanmoins la manière dont elle a su mettre en lumière l’homme derrière le génie qui a transcendé le temps et les frontières pour inscrire son nom dans l’Histoire.

Retrouvez l’avis de Lire à la folie et de Melle Cup of Tea Bouquine

Les loyautés, Delphine de Vigan

J’ai découvert par hasard le livre audio Les loyautés de Delphine De Vigan, et j’ai eu tout de suite envie de l’écouter, certaine de passer un moment fort et riche en émotion comme avec chaque livre de l’autrice…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Audible (14 mars 2018) – 4 heures et 7 minutes – CD (18,50€)

AVIS

Je ne pensais pas vous parler de ce roman ayant toujours beaucoup de mal à évoquer les livres de Delphine de Vigan que j’aime pourtant beaucoup. Trop bouleversants et puissants, ses ouvrages ont tendance à tellement résonner en moi que je n’arrive pas vraiment à prendre le recul nécessaire pour les analyser et dépasser le stade primaire de l’émotion.

Je tenais néanmoins à vous dire quelques mots sur cette histoire qui parle de ce sentiment de loyauté qui nous pousse à cautionner des comportements qu’on n’approuve pas toujours, mais qu’il est parfois difficile de remettre en question. Comment trahir la confiance d’un ami, quitter un être dont le secret puant vous rebute et vous pousse à mettre en perspective toute votre vie, que faire avec cette amie qui s’enlise dans ses obsessions, et comment ne pas se trahir soi-même en étant plus loyal aux idées d’autrui qu’aux siennes ?

Des questions, parmi tant d’autres, que l’on se pose en suivant le quotidien d’une galerie variée de personnages : une maîtresse d’école qui projette un passé douloureux sur l’un de ses élèves, deux jeunes amis qui sont confrontés bien trop tôt à une addiction d’adulte, des parents qui, englués dans leur propre peine, en deviennent maltraitants avec leur enfant, une femme qui se perd dans son mariage…

Certains personnages sont plus touchants et marquants que d’autres à l’instar d’Hélène qui, en croyant reconnaître des signes de maltraitance sur l’un de ses élèves, Théo, met le pied dans un engrenage infernal. Maltraitée elle-même dans son enfance, elle finit par confondre son propre passé avec le sort de cet élève au point d’avoir des comportements inappropriés qui mettront en péril sa carrière. Mais plus grave, en se décrédibilisant auprès de ses collègues et de sa direction, Hélène n’aura plus vraiment les moyens d’apporter cette attention et cette aide dont Théo semble avoir terriblement besoin.

Car oui, Théo va mal, mais pas forcément pour les raisons que cette femme, tellement humaine et touchante dans sa vulnérabilité, imagine. Non, il n’est pas roué de coups chaque soir, mais il est victime d’une violence plus ordinaire et destructrice : celle de parents dont la route s’est séparée de manière fracassante ! Pris en étau entre une mère incapable de pardonner le départ de son mari et qui en fait payer le prix à son fils,  et un père paumé devenu alcoolique, Théo a dû développer sa propre manière de survivre…

L’autrice aborde ici un thème très rare en littérature, l’alcoolisme infantile, et le fait avec beaucoup de sensibilité et de réalisme. Elle plonge le lecteur aux côtés de ce jeune garçon dont le comportement annonce un futur drame ou du moins, une descente aux enfers que sa jeunesse rend effroyable. Quel gâchis ! C’est le sentiment que l’on ressent à la vue de ce garçon livré à lui-même et dont personne, à part sa maîtresse et son meilleur ami, ne semble voir la détresse. Quand les garçons de son âge pensent à s’amuser avec leurs amis, Théo pense lui à sa prochaine beuverie et à cet alcool qui embrumera son esprit… Le besoin d’alcool devient impérieux, son équilibre de plus en plus instable, et son détachement au monde de plus en plus inquiétant. Jusqu’où devra aller Théo pour qu’un adulte réagisse ?

Bien que très dure, j’ai adoré cette histoire sublimement écrite, la plume de l’autrice mêlant avec brio froideur et réalisme tout en suscitant chez ses lecteurs une implication totale. On entre dans cette lecture sans retenue et on ne la quitte pas avant d’en avoir découvert le dernier mot.

Et c’est là que la frustration commence, l’autrice concluant son livre de manière brutale, un peu comme si elle nous éjectait sans préavis de son récit, et donnait le droit à ses personnages de reprendre le cours de leur vie sans témoin. Que cette fin ouverte m’a décontenancée ! Même actuellement, je ne saurais dire si je la trouve brillante ou simplement frustrante. Ce qui est certain, c’est qu’elle est marquante et frappante à l’image de ce drame qui se construit inexorablement sous nos yeux…

Terminons cette chronique par la partie audio qui ici m’a complètement convaincue, les acteurs donnant vie aux personnages avec beaucoup de force et de réalisme. En collant parfaitement au texte de Delphine de Vigan dont on ressent alors toute la puissance évocatrice de la plume, les acteurs offrent à ce récit déjà poignant une émouvante et très belle interprétation dont vous ne pourrez que ressortir troublés et touchés. À lire, mais surtout à écouter !

Sous les apparences, Sullian Loussouarn

Sous les apparences (Graines d'écrivains) par [Loussouarn, Sullian]

Je remercie Babelio et IS éditions de m’avoir fait parvenir, dans le cadre d’une Masse critique Babelio, Sous les apparences de Sullian Loussouarn.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jonathan, la quinzaine, fait sa rentrée à Ardenne, une petite ville dominée par quelques dynasties bourgeoises. Le garçon, du genre surdoué, le nez toujours plongé dans ses livres, n’a pas le caractère frivole des adolescents de son âge et a toujours été moqué et rejeté. C’est pourquoi ses parents aisés, vivant en Italie, lui ont accordé un éloignement et une indépendance relative puisqu’il est surveillé de près par Ella, une amie de sa mère.

Dès le premier jour, Jonathan est fasciné par la beauté de Selenna, une jeune fille aveugle de sa classe. Celle-ci est mise à l’écart par tout le lycée et même toute la ville, pour un événement datant de deux ans ayant entraîné sa cécité. Lui, va à sa rencontre, l’aide, la défend et tombe vite amoureux. La famille de Selenna est méfiante, puis cède devant la sincérité du garçon.

Au fil du trimestre, commence à se dévoiler la chape de secrets qui entoure Selenna et plombe la ville. Pire, quelqu’un cherche à la tuer. Que s’est-il donc passé deux ans auparavant ? Pourquoi toute la ville lui en veut-elle ?

Dans « Sous les apparences » du jeune et prometteur Sullian Loussouarn, plongez-vous dans une atmosphère mystérieuse et étouffante, savourez les révélations au compte-goutte distillées par l’auteur et découvrez des personnages aux personnalités sensibles et complexes.

 

IS Édition (30 novembre 2018) – 330 pages – Broché (20€) – Ebook (4.99€)

AVIS

Je dois avouer qu’en plus du résumé, c’est la très belle couverture et son jeu de miroir qui ont attiré mon attention. Malheureusement, ma lecture fut en demi-teinte : si j’ai apprécié la forme, le fond m’a laissé un sentiment bien plus mitigé… 

À la lecture du résumé, je m’étais attendue à une histoire rythmée par l’amour bien sûr, mais surtout par le suspense, le danger et la tension. Or ce ne fut point le cas, l’auteur étant tombé, du moins pour moi, dans le piège du tome d’introduction. C’est simple, il ne se passe rien ou presque !

J’ai espéré durant de nombreux chapitres que l’intrigue décolle, mais ce n’est jamais arrivé. Pendant plus de trois cents pages, on suit juste un adolescent, Jonathan, qui tombe amoureux d’une fille rejetée par ses camarades, la belle et aveugle Selenna. Le jeune homme se pose des questions autant sur la raison de la haine que la jeune femme suscite que sur ses propres sentiments à son égard. D’ailleurs, il lui faudra plus de 150 pages pour comprendre qu’il l’aime quand le lecteur le comprend dès la première rencontre ou presque…

Le récit est donc plutôt plat même si je reconnais qu’il se dégage un certain mystère autour du personnage de Selenna. On essaie donc, comme Jonathan, de cerner la personnalité de cette dernière et de démêler le vrai du faux. A-t-elle été, par le passé, aussi mauvaise que toute la ville semble le penser et qu’a-t-elle bien pu faire pour que tout le monde la haïsse autant ? Mais le suspense apporté par la jeune femme et son passé est bien trop dilué dans une avalanche d’informations peu intéressantes sur le quotidien de Jonathan et ses questionnements amoureux pour qu’il attise réellement la curiosité des lecteurs.

Selenna n’est pas un personnage assez consistant pour que l’on s’attache à elle malgré ses malheurs, mais elle a le mérite de permettre à l’auteur d’aborder des notions intéressantes comme la rédemption et la capacité de changer. Peut-on vraiment changer et surtout, ce changement peut-il suffire à faire oublier les erreurs et les méchancetés du passé ? Chacun aura, comme dans le roman, sa propre opinion sur le sujet… De la même manière, à travers l’agression de la jeune femme qui lui a coûté la vue, est évoqué un phénomène révoltant qui est malheureusement toujours d’actualité. J’aurais apprécié un peu plus de subtilité dans le traitement du sujet (je pense notamment à une phrase qui m’a paru très maladroite), mais l’auteur a le mérite d’avoir osé en parler.

Sullian Loussouarn a commencé l’écriture de son roman à l’âge de 13 ans et a été « inspiré du garçon qu’il aurait toujours voulu être, et des mystères et secrets issus de ses séries préférées ». Et cela se ressent dans le texte. L’histoire se déroule en France, mais on a clairement le sentiment d’être aux États-Unis, un peu comme si l’auteur n’avait pas réussi à choisir un lieu pour son intrigue. Ce décalage m’a parfois agacée, mais le plus gênant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur, à travers Jonathan, nous narre ses propres fantasmes : élève studieux et d’une intelligence rare (on se demande d’ailleurs pourquoi il continue ses études), doué en langue, beau gosse, mature, ayant des parents richissimes qui le laissent habiter tout seul à l’autre bout du pays malgré ses quinze ans (oui, il a vaguement une chaperonne, mais ça paraît léger comme mesure de sauvegarde)…

Ce manque de réalisme m’a empêchée de m’attacher au personnage bien que, paradoxalement, je me sois parfois retrouvée en lui : élève sérieuse adorant les livres et ne recherchant pas particulièrement le contact avec les autres pas toujours très sympathiques avec les « intellos », adolescente peu intéressée par les sujets qui passionnaient les autres personnes de mon âge… J’ai, en outre, apprécié que l’auteur fasse transparaître dans ses dialogues la personnalité de Jonathan : il s’exprime parfois de manière soutenue, du moins bien moins familièrement que ses camarades, mais ça semble totalement naturel. D’ailleurs, certaines de ses formulations auraient pu être les miennes à son âge. Cet aspect permet de renforcer le décalage que ressent Jonathan par rapport à ses camarades. Pas d’attachement donc, car ce personnage était bien trop irréel pour moi, mais une vraie empathie et un plaisir certain à le voir, petit à petit, sortir de sa coquille et se faire quelques amis.

Vous aurez compris que je n’ai pas été très emballée par l’histoire même si j’en ai apprécié la fin et la manière dont l’intrigue est relancée dans les dernières pages. En revanche, il y a un point qui m’a complètement séduite et qui m’a poussée à terminer jusqu’au bout ma lecture : la plume de l’auteur ! Je n’aime pas parler de l’âge trouvant qu’on frôle rapidement la condescendance, mais force est de constater que je suis impressionnée par la beauté et l’élégance qui se dégagent du style de l’auteur qui est pourtant très jeune. C’est très bien écrit, les tournures de phrases sont fluides et agréables à lire, le vocabulaire riche et précis ! Je n’ai pas retrouvé cette lourdeur caractéristique des personnes qui tentent en vain de coller à un style qui n’est pas le leur. Au contraire, on sent ici que Sullian Loussouarn a su développer et affûter, au fil des années, ses talents d’écrivain pour nous offrir un style tout en finesse et plein de charme !

En conclusion, avec Sous les apparences, l’auteur prend le temps de poser le décor de son intrigue, peut-être d’ailleurs un peu trop puisque se dégage une impression désagréable de faire du surplace à mesure que les pages défilent. Ce manque d’action couplé à un héros bien trop parfait pour être réaliste ne permettent pas vraiment de s’impliquer dans le récit. Ce roman possède néanmoins un atout charme de taille, la plume de l’auteur d’une élégance et d’une fluidité qui rendent les événements, à défaut d’être passionnants, très agréables à parcourir. Si le fond est à mon sens bien trop plat pour offrir un réel intérêt, c’est, au niveau de la forme, un sans-faute.

Retrouvez le roman sur le site d’IS édition.