Top Ten Tuesday #138 : Les 10 plus beaux albums et romans jeunesse que j’ai lus

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Lisant beaucoup de littérature jeunesse, il m’a été difficile de ne choisir que 10 livres parmi la ribambelle de belles découvertes que j’ai pu faire… Mais voici 10 albums/romans jeunesse que j’ai trouvés très beaux que ce soit au niveau du fond, de la forme voire des deux.

Pour ce TOP, j’ai décidé de ne pas citer les classiques de la littérature jeunesse qui ont bercé mon enfance (Charlie et la chocolaterie, Le fantôme de Canterville, Le magicien d’Oz…) préférant me focaliser sur des livres moins connus…

ALBUMS JEUNESSE

Coup de cœur, L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul est un album que je vous recommande chaudement. L’autrice aborde avec sensibilité, à travers les yeux d’un chat, la question des réfugiés. Le chat bonheur, dont la chronique dort dans mes brouillons depuis des mois, est un très beau conte sur la force de l’amour porté par un chat à son maître, un humain qui n’en comprendra toute la beauté et la puissance que trop tard…

Couverture L'extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-mêmeCouverture Le chat bonheur

Méphisto est un très bel album dont vous trouverez une très bonne chronique sur le blog Les pages qui tournent. Envie d’une belle amitié interespèces ?  Vite, cachez-vous ! devrait vous plaire.

Couverture MéphistoCouverture Vite, cachez-vous !

Je ne pouvais pas faire ce top sans évoquer Benjamin Lacombe. Avec cette illustrateur, vous pouvez piocher dans ses ouvrages les yeux fermés. J’avais, par exemple, beaucoup aimé Ondine ou Blanche Neige et ses sublimes illustrations.

ROMANS JEUNESSE

Le Trésor de Sunthy est un joli roman jeunesse sur la quête d’identité et la recherche de racines. Avec La Princesse Pirate, vous partirez à la rencontre d’une jeune fille qui rêve de faire un métier plutôt original… Gros point fort du livre, la relation de confiance et de respect entre une enfant et ses parents, ce qui est assez rare en littérature jeunesse.

Couverture Le Trésor de SunthyCouverture La Princesse Pirate

Contrairement à ce que laisse supposer la couverture, Le Baron Miaou est bien un roman et un roman prenant qui renferme des personnages hauts en couleur ! D’une mauvaise fois à toute épreuve, Poséidon le Terrible est un personnage que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Couverture Le Baron MiaouCouverture Poséidon le Terrible

42 jours aborde avec intelligence une période sombre de notre histoire… Bien écrit et bénéficiant de quelques illustrations, ce roman jeunesse devrait plaire à un large public.

Couverture 42 jours

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Laquelle de vos lectures jeunesse me conseilleriez-vous en particulier ?

 

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Léonard de Vinci, L’indomptable – Henriette Chardak

Je remercie les éditions De borée pour m’avoir permis de découvrir Léonard de Vinci L’indomptable d’Henriette Chardak.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Portrait intime d’un génie. Léonard de Vinci demeure le génie de tous les temps. Homme d’esprit universel, artiste peintre, sculpteur, poète, écrivain, philosophe, musicien, scientifique, ingénieur-inventeur, anatomiste… Qui est-il en vérité ? Au début du XVIe siècle, au terme de sa vie, Léonard de Vinci, génie, artiste pluriel et homme de science, quitte l’Italie où il fut reconnu par ses pairs, mais surtout moqué, accusé, rejeté, détesté, incompris… François Ie l’accueille, le protège à Amboise et le nomme premier peintre de la Cour. Le roi de France et sa mère Louise de Savoie partagent plusieurs secrets avec lui : l’origine du linceul du Christ, l’identité de la Joconde et un projet fou : une ville nouvelle. Enfin admiré et choyé, Léonard de Vinci revisite son passé, le scénario chaotique de sa vie. Très tôt arraché à sa mère aux origines étranges par un père notaire et sans scrupules, il ne peut espérer étudier à l’université pour cause de bâtardise… Placé dans un atelier d’art de Florence, tous, maître et apprentis, remarquent sa taille de géant et ses talents de peintre ambidextre. Magnétique, beau, drôle, insolent, secret, il est toujours dans l’œil du cyclone de l’Histoire, tel une star moderne. Proche des Médicis qu’il déteste, ami de Botticelli et de Machiavel, il observe le monde en annonciateur du futur. Chassé de Florence, c’est à Milan que Ludovic Sforza lui réclame des projets d’armes de guerre et non de paix. On l’utilise, on le méprise, on le pille… Il prône l’amour et la bonté. Mais qui écoute cet humaniste et poète qui réinvente le monde ? Il signait souvent IO, car sa plus grande richesse fut d’être simplement lui et personne d’autre ! Ce récit romanesque apporte un éclairage original sur la vie de l’indomptable et génial Léonard de Vinci.

Éditions De Borée (24 janvier 2019) – 670 pages – Broché (24,50€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Ce pavé a été une lecture assez déstabilisante puisque même si j’en ai apprécié le fond, il m’a fallu le soutien de mes deux copinautes de lecture commune pour le terminer. La faute a un style très riche qui m’a parfois décontenancée par son caractère peut-être un peu trop foisonnant pour moi. L’autrice est une passionnée de Léonard de Vinci, et cela se ressent dans sa manière de donner beaucoup de détails, de passer d’un aspect de sa vie à un autre,  de mélanger passé/présent sans transition, de rebondir sur un événement pour nous emporter vers d’autres horizons… Ce n’est pas un défaut en soi, mais quand, comme moi, on ne maîtrise que très peu le contexte historique, on finit par être perdu et par ressentir un certain manque de fluidité dans la lecture. Je pense donc que pour profiter pleinement du travail de recherche et de documentation de fourmi de l’autrice, il m’aurait fallu posséder un bagage culturel plus conséquent, cette Italie du XVe et XVIe siècles étant loin de m’avoir livré tous ses secrets.

Fort heureusement, les notes de bas de page et le découpage en chapitres relativement courts permettent de se raccrocher au récit et de prendre un certain plaisir à découvrir la vie d’un homme passionnant et passionné. Notons toutefois que l’autrice ne nous offre pas LA vérité sur un homme qui a su garder une part de mystère, mais sa propre interprétation de son histoire, ce qui m’a, je le confesse, parfois frustrée. N’aurais-je pas mieux profité de ma lecture si j’avais su discerner les faits des suppositions et choix narratifs ? Une question qui m’a taraudée tout au long de ma lecture d’autant que certains éléments m’ont semblé discutables… Je suis loin d’être une spécialiste de Léonard de Vinci, mais le traitement qui est fait de sa sexualité dans cet ouvrage m’a gênée. J’ai parfois eu l’impression que l’autrice se refusait à considérer que le grand homme ait été un homme de chair, un peu comme si elle nous en offrait une vision éthérée et purifiée.

Excepté ce point, j’ai été touchée par la vision de ce Léonard de Vinci qui, derrière son génie, cache une grande sensibilité et une soif inextinguible de connaissances. C’est peut-être d’ailleurs l’un des secrets de sa faculté à être en avance sur son temps et ses contemporains, et à faire des incursions réussies dans des domaines et des sciences aussi variés que les mathématiques, la peinture,  la musique, la sculpture, l’astronomie, le génie civil, l’art militaire… Véritable touche-à-tout, Léonard de Vinci sera toutefois victime de cette quête de connaissances ayant du mal à terminer à temps ses projets et à honorer ses commandes. Mais peut-être est-ce là simplement la caractéristique d’un homme hors du temps plus intéressé par le faire et la découverte que les contingences de la vie et des choses aussi triviales que les délais.

Autre caractéristique fascinante chez cet homme, sa propension à appréhender avec une curiosité toujours renouvelée chaque étape de sa vie et chaque découverte. Tout est prétexte à observer, à questionner, à étudier et à façonner le monde selon sa propre pensée, une pensée unique et protéiforme qui s’affranchit des normes et des carcans de son époque. Intelligent, humaniste, amoureux des animaux, et prompt à rejeter les œillères que la religion tend à vouloir imposer à ses ouailles, on devine chez Léonard de Vinci un réel refus de la norme. Il encourage d’ailleurs toujours ses apprentis à trouver leur propre voie… Des apprentis qui, pour certains, n’hésiteront pas à profiter des largesses et de la bonté de leur maître. Léonard de Vinci semble pourtant au-dessus de ces comportements dont il est bien conscient, mais qui ne semblent pas avoir de prise sur lui.

Il faut dire que ses véritables blessures sont ailleurs et remontent notamment à une enfance chaotique avec un père ambitieux qui n’accepte de voir son « bâtard » qu’à travers le prisme des retombées positives que ce dernier peut avoir pour lui. Léonard s’impose donc au fil des années un peu comme le contre-modèle de cet homme froid et insensible qui manque tellement d’humanité que le contraste avec son fils est saisissant. Bien que sa mère ait loin d’avoir été parfaite, Léonard fera, en revanche, preuve d’un véritable attachement envers celle-ci et veillera jusqu’à la fin sur cette femme dont la vie n’a pas non plus été facile…

Le génie de Léonard lui a permis de côtoyer les plus grands de son époque, mais cela ne l’a pas empêché d’être victime de la cruauté et de la jalousie humaine. De fausses accusations de viol aux intrigues de cour en passant par toutes ces humiliations qu’on lui fera subir, Léonard devra faire face à des épreuves difficiles dont il sortira la tête haute se contentant de faire ce qu’il fait le mieux, étudier, imaginer et créer !

En conclusion, Henriette Chardack nous propose ici une biographie romancée dense et documentée qui aurait mérité d’être allégée pour en offrir une lecture plus fluide et accessible. On appréciera néanmoins la manière dont elle a su mettre en lumière l’homme derrière le génie qui a transcendé le temps et les frontières pour inscrire son nom dans l’Histoire.

Retrouvez l’avis de Lire à la folie et de Melle Cup of Tea Bouquine

Les loyautés, Delphine de Vigan

J’ai découvert par hasard le livre audio Les loyautés de Delphine De Vigan, et j’ai eu tout de suite envie de l’écouter, certaine de passer un moment fort et riche en émotion comme avec chaque livre de l’autrice…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Chacun de nous abrite-t-il quelque chose d’innommable susceptible de se révéler un jour, comme une encre sale, antipathique, se révélerait sous la chaleur de la flamme ? Chacun de nous dissimule-t-il en lui-même ce démon silencieux capable de mener, pendant des années, une existence de dupe ? »

Audible (14 mars 2018) – 4 heures et 7 minutes – CD (18,50€)

AVIS

Je ne pensais pas vous parler de ce roman ayant toujours beaucoup de mal à évoquer les livres de Delphine de Vigan que j’aime pourtant beaucoup. Trop bouleversants et puissants, ses ouvrages ont tendance à tellement résonner en moi que je n’arrive pas vraiment à prendre le recul nécessaire pour les analyser et dépasser le stade primaire de l’émotion.

Je tenais néanmoins à vous dire quelques mots sur cette histoire qui parle de ce sentiment de loyauté qui nous pousse à cautionner des comportements qu’on n’approuve pas toujours, mais qu’il est parfois difficile de remettre en question. Comment trahir la confiance d’un ami, quitter un être dont le secret puant vous rebute et vous pousse à mettre en perspective toute votre vie, que faire avec cette amie qui s’enlise dans ses obsessions, et comment ne pas se trahir soi-même en étant plus loyal aux idées d’autrui qu’aux siennes ?

Des questions, parmi tant d’autres, que l’on se pose en suivant le quotidien d’une galerie variée de personnages : une maîtresse d’école qui projette un passé douloureux sur l’un de ses élèves, deux jeunes amis qui sont confrontés bien trop tôt à une addiction d’adulte, des parents qui, englués dans leur propre peine, en deviennent maltraitants avec leur enfant, une femme qui se perd dans son mariage…

Certains personnages sont plus touchants et marquants que d’autres à l’instar d’Hélène qui, en croyant reconnaître des signes de maltraitance sur l’un de ses élèves, Théo, met le pied dans un engrenage infernal. Maltraitée elle-même dans son enfance, elle finit par confondre son propre passé avec le sort de cet élève au point d’avoir des comportements inappropriés qui mettront en péril sa carrière. Mais plus grave, en se décrédibilisant auprès de ses collègues et de sa direction, Hélène n’aura plus vraiment les moyens d’apporter cette attention et cette aide dont Théo semble avoir terriblement besoin.

Car oui, Théo va mal, mais pas forcément pour les raisons que cette femme, tellement humaine et touchante dans sa vulnérabilité, imagine. Non, il n’est pas roué de coups chaque soir, mais il est victime d’une violence plus ordinaire et destructrice : celle de parents dont la route s’est séparée de manière fracassante ! Pris en étau entre une mère incapable de pardonner le départ de son mari et qui en fait payer le prix à son fils,  et un père paumé devenu alcoolique, Théo a dû développer sa propre manière de survivre…

L’autrice aborde ici un thème très rare en littérature, l’alcoolisme infantile, et le fait avec beaucoup de sensibilité et de réalisme. Elle plonge le lecteur aux côtés de ce jeune garçon dont le comportement annonce un futur drame ou du moins, une descente aux enfers que sa jeunesse rend effroyable. Quel gâchis ! C’est le sentiment que l’on ressent à la vue de ce garçon livré à lui-même et dont personne, à part sa maîtresse et son meilleur ami, ne semble voir la détresse. Quand les garçons de son âge pensent à s’amuser avec leurs amis, Théo pense lui à sa prochaine beuverie et à cet alcool qui embrumera son esprit… Le besoin d’alcool devient impérieux, son équilibre de plus en plus instable, et son détachement au monde de plus en plus inquiétant. Jusqu’où devra aller Théo pour qu’un adulte réagisse ?

Bien que très dure, j’ai adoré cette histoire sublimement écrite, la plume de l’autrice mêlant avec brio froideur et réalisme tout en suscitant chez ses lecteurs une implication totale. On entre dans cette lecture sans retenue et on ne la quitte pas avant d’en avoir découvert le dernier mot.

Et c’est là que la frustration commence, l’autrice concluant son livre de manière brutale, un peu comme si elle nous éjectait sans préavis de son récit, et donnait le droit à ses personnages de reprendre le cours de leur vie sans témoin. Que cette fin ouverte m’a décontenancée ! Même actuellement, je ne saurais dire si je la trouve brillante ou simplement frustrante. Ce qui est certain, c’est qu’elle est marquante et frappante à l’image de ce drame qui se construit inexorablement sous nos yeux…

Terminons cette chronique par la partie audio qui ici m’a complètement convaincue, les acteurs donnant vie aux personnages avec beaucoup de force et de réalisme. En collant parfaitement au texte de Delphine de Vigan dont on ressent alors toute la puissance évocatrice de la plume, les acteurs offrent à ce récit déjà poignant une émouvante et très belle interprétation dont vous ne pourrez que ressortir troublés et touchés. À lire, mais surtout à écouter !

Sous les apparences, Sullian Loussouarn

Sous les apparences (Graines d'écrivains) par [Loussouarn, Sullian]

Je remercie Babelio et IS éditions de m’avoir fait parvenir, dans le cadre d’une Masse critique Babelio, Sous les apparences de Sullian Loussouarn.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jonathan, la quinzaine, fait sa rentrée à Ardenne, une petite ville dominée par quelques dynasties bourgeoises. Le garçon, du genre surdoué, le nez toujours plongé dans ses livres, n’a pas le caractère frivole des adolescents de son âge et a toujours été moqué et rejeté. C’est pourquoi ses parents aisés, vivant en Italie, lui ont accordé un éloignement et une indépendance relative puisqu’il est surveillé de près par Ella, une amie de sa mère.

Dès le premier jour, Jonathan est fasciné par la beauté de Selenna, une jeune fille aveugle de sa classe. Celle-ci est mise à l’écart par tout le lycée et même toute la ville, pour un événement datant de deux ans ayant entraîné sa cécité. Lui, va à sa rencontre, l’aide, la défend et tombe vite amoureux. La famille de Selenna est méfiante, puis cède devant la sincérité du garçon.

Au fil du trimestre, commence à se dévoiler la chape de secrets qui entoure Selenna et plombe la ville. Pire, quelqu’un cherche à la tuer. Que s’est-il donc passé deux ans auparavant ? Pourquoi toute la ville lui en veut-elle ?

Dans « Sous les apparences » du jeune et prometteur Sullian Loussouarn, plongez-vous dans une atmosphère mystérieuse et étouffante, savourez les révélations au compte-goutte distillées par l’auteur et découvrez des personnages aux personnalités sensibles et complexes.

 

IS Édition (30 novembre 2018) – 330 pages – Broché (20€) – Ebook (4.99€)

AVIS

Je dois avouer qu’en plus du résumé, c’est la très belle couverture et son jeu de miroir qui ont attiré mon attention. Malheureusement, ma lecture fut en demi-teinte : si j’ai apprécié la forme, le fond m’a laissé un sentiment bien plus mitigé… 

À la lecture du résumé, je m’étais attendue à une histoire rythmée par l’amour bien sûr, mais surtout par le suspense, le danger et la tension. Or ce ne fut point le cas, l’auteur étant tombé, du moins pour moi, dans le piège du tome d’introduction. C’est simple, il ne se passe rien ou presque !

J’ai espéré durant de nombreux chapitres que l’intrigue décolle, mais ce n’est jamais arrivé. Pendant plus de trois cents pages, on suit juste un adolescent, Jonathan, qui tombe amoureux d’une fille rejetée par ses camarades, la belle et aveugle Selenna. Le jeune homme se pose des questions autant sur la raison de la haine que la jeune femme suscite que sur ses propres sentiments à son égard. D’ailleurs, il lui faudra plus de 150 pages pour comprendre qu’il l’aime quand le lecteur le comprend dès la première rencontre ou presque…

Le récit est donc plutôt plat même si je reconnais qu’il se dégage un certain mystère autour du personnage de Selenna. On essaie donc, comme Jonathan, de cerner la personnalité de cette dernière et de démêler le vrai du faux. A-t-elle été, par le passé, aussi mauvaise que toute la ville semble le penser et qu’a-t-elle bien pu faire pour que tout le monde la haïsse autant ? Mais le suspense apporté par la jeune femme et son passé est bien trop dilué dans une avalanche d’informations peu intéressantes sur le quotidien de Jonathan et ses questionnements amoureux pour qu’il attise réellement la curiosité des lecteurs.

Selenna n’est pas un personnage assez consistant pour que l’on s’attache à elle malgré ses malheurs, mais elle a le mérite de permettre à l’auteur d’aborder des notions intéressantes comme la rédemption et la capacité de changer. Peut-on vraiment changer et surtout, ce changement peut-il suffire à faire oublier les erreurs et les méchancetés du passé ? Chacun aura, comme dans le roman, sa propre opinion sur le sujet… De la même manière, à travers l’agression de la jeune femme qui lui a coûté la vue, est évoqué un phénomène révoltant qui est malheureusement toujours d’actualité. J’aurais apprécié un peu plus de subtilité dans le traitement du sujet (je pense notamment à une phrase qui m’a paru très maladroite), mais l’auteur a le mérite d’avoir osé en parler.

Sullian Loussouarn a commencé l’écriture de son roman à l’âge de 13 ans et a été « inspiré du garçon qu’il aurait toujours voulu être, et des mystères et secrets issus de ses séries préférées ». Et cela se ressent dans le texte. L’histoire se déroule en France, mais on a clairement le sentiment d’être aux États-Unis, un peu comme si l’auteur n’avait pas réussi à choisir un lieu pour son intrigue. Ce décalage m’a parfois agacée, mais le plus gênant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur, à travers Jonathan, nous narre ses propres fantasmes : élève studieux et d’une intelligence rare (on se demande d’ailleurs pourquoi il continue ses études), doué en langue, beau gosse, mature, ayant des parents richissimes qui le laissent habiter tout seul à l’autre bout du pays malgré ses quinze ans (oui, il a vaguement une chaperonne, mais ça paraît léger comme mesure de sauvegarde)…

Ce manque de réalisme m’a empêchée de m’attacher au personnage bien que, paradoxalement, je me sois parfois retrouvée en lui : élève sérieuse adorant les livres et ne recherchant pas particulièrement le contact avec les autres pas toujours très sympathiques avec les « intellos », adolescente peu intéressée par les sujets qui passionnaient les autres personnes de mon âge… J’ai, en outre, apprécié que l’auteur fasse transparaître dans ses dialogues la personnalité de Jonathan : il s’exprime parfois de manière soutenue, du moins bien moins familièrement que ses camarades, mais ça semble totalement naturel. D’ailleurs, certaines de ses formulations auraient pu être les miennes à son âge. Cet aspect permet de renforcer le décalage que ressent Jonathan par rapport à ses camarades. Pas d’attachement donc, car ce personnage était bien trop irréel pour moi, mais une vraie empathie et un plaisir certain à le voir, petit à petit, sortir de sa coquille et se faire quelques amis.

Vous aurez compris que je n’ai pas été très emballée par l’histoire même si j’en ai apprécié la fin et la manière dont l’intrigue est relancée dans les dernières pages. En revanche, il y a un point qui m’a complètement séduite et qui m’a poussée à terminer jusqu’au bout ma lecture : la plume de l’auteur ! Je n’aime pas parler de l’âge trouvant qu’on frôle rapidement la condescendance, mais force est de constater que je suis impressionnée par la beauté et l’élégance qui se dégagent du style de l’auteur qui est pourtant très jeune. C’est très bien écrit, les tournures de phrases sont fluides et agréables à lire, le vocabulaire riche et précis ! Je n’ai pas retrouvé cette lourdeur caractéristique des personnes qui tentent en vain de coller à un style qui n’est pas le leur. Au contraire, on sent ici que Sullian Loussouarn a su développer et affûter, au fil des années, ses talents d’écrivain pour nous offrir un style tout en finesse et plein de charme !

En conclusion, avec Sous les apparences, l’auteur prend le temps de poser le décor de son intrigue, peut-être d’ailleurs un peu trop puisque se dégage une impression désagréable de faire du surplace à mesure que les pages défilent. Ce manque d’action couplé à un héros bien trop parfait pour être réaliste ne permettent pas vraiment de s’impliquer dans le récit. Ce roman possède néanmoins un atout charme de taille, la plume de l’auteur d’une élégance et d’une fluidité qui rendent les événements, à défaut d’être passionnants, très agréables à parcourir. Si le fond est à mon sens bien trop plat pour offrir un réel intérêt, c’est, au niveau de la forme, un sans-faute.

Retrouvez le roman sur le site d’IS édition.

 

L’évasion, Benoit Toccacieli

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Un grand merci à Benoit Toccacieli pour l’envoi de son roman, mais aussi pour sa très chouette dédicace.

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser.
Pourra-t-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?

Auto-édité (23 juin 2018) – 183 pages – Broché (14€) – Ebook disponible (0.99€)

AVIS

Avec son aspect gaufré et son illustration pleine de mystère, la couverture attire tout de suite le regard. Mais plus que le soin apporté au travail éditorial, c’est bien le résumé qui m’a donné envie de parcourir ce livre qui, malgré sa relative petitesse, s’est révélé d’une très grande richesse au point de me donner envie, à chaque page ou presque, de noter des citations et autres extraits.

L’auteur, à travers l’histoire d’Alice, une petite fille qui a érigé la lecture en art de vivre et l’imagination en maître à penser, nous offre une réflexion, ou plutôt, de multiples réflexions sur des sujets divers et variés qui ne manqueront pas de parler à beaucoup de lecteurs. Au centre du récit, il y a d’abord cette question de l’éducation. Où se situe la frontière entre responsabilisation et laxisme ? Un sujet qui ne manquera pas de mettre à rude épreuve les nerfs de la mère d’Alice, Sophie, qui a peur de la place que prend l’imagination dans la vie de sa fille. Mais comment lui reprocher de trop lire et d’envahir chaque recoin de la maison avec ses livres quand la fillette se montre toujours aussi positive et volontaire ? D’un autre côté, laisser une enfant vivre en permanence dans un monde peuplé de livres et de personnages tout droit sortis de romans, est-ce vraiment souhaitable et raisonnable ? Un questionnement sur le besoin ou non de recadrer Alice qui n’est pas partagé par le père, Yann, trop obnubilé par son travail et un chef tyrannique, pour porter crédit aux angoisses de sa femme quant à l’avenir de leur fille. Une petite fille qui est d’ailleurs, de par sa maturité et sa bonne humeur, sa petite bouée d’oxygène.

Le roman, de manière très naturelle et avec beaucoup de justesse, aborde la question de la famille et de la relation dans un couple après l’arrivée d’un enfant mais aussi celle du travail et ses multiples problématiques : le besoin de (re)trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, la nécessité de se retrouver soi-même et de mettre un peu de passion dans un quotidien qui laisse peu de place à l’épanouissement personnel, l’envie de trouver un sens à son travail… Des questions quasiment philosophiques viennent également étayer la lecture : le pouvoir créateur et destructeur de l’imagination, la tristesse qui vient ternir le cœur des adultes quand ceux-ci oublient d’imaginer et de rêver, la notion de méchanceté et ses vaporeux contours…

Alice, du haut de ses dix ans, a d’ailleurs une vision très particulière de la méchanceté qu’elle considère avec une certaine naïveté, mais paradoxalement, avec un certain bon sens. Cela la conduira néanmoins sur un chemin dangereux quand elle se mettra en tête d’arrêter un tueur d’enfants qu’elle est persuadée d’avoir libéré en égarant un livre policier offert par son père. C’est que pour Alice, livres et réalité sont intrinsèquement liés. Dans son imaginaire, chaque personne rencontrée est issue d’une histoire, et un livre ouvert peut être le début d’une nouvelle aventure pour les personnages qu’il renferme. Mais contrairement à un conte, dans la vraie vie, les méchants ne deviennent pas forcément gentils quand ils entrent en contact avec de bonnes personnes… Si on s’attendrit devant l’imagination de cette enfant et sa volonté, aux côtés de son chat Pompon, de sauver le monde, on tremble parfois un peu devant le danger qui la guette. Mais vous verrez qu’Alice a plus d’un tour dans son sac et que sa détermination à toute épreuve fait d’elle un adversaire redoutable. Les méchants n’ont qu’à bien se tenir !

De fil en aiguille, nous suivons donc avec plaisir et curiosité cette famille dont la vie est rythmée par les fantaisies d’une enfant à l’imagination fertile qui, sans le vouloir, chamboulera le quotidien de ses parents pour le meilleur et pour le pire. La traque de cet énigmatique tueur en série aura, en effet, des conséquences inattendues…

La plume de l’auteur est fluide et rythmée tout comme la cadence de ce récit marqué par l’alternance des points de vue entre Alice, sa mère, son père et, plus sporadiquement, Jacques Lenoir, le grand méchant (pas loup, mais ça pourrait). Le tueur n’intervient que très peu, mais ça m’a suffi pour apprécier la manière dont l’auteur a construit son personnage. Il nous propose en effet un méchant, un vrai, pas comme ceux des histoires pour enfants d’Alice qui deviennent gentils quand on leur en donne la chance. Mais malgré, ou grâce à sa misanthropie, le personnage n’est pas pour autant dénué d’un certain potentiel comique. Le prologue consacré au tueur, que je vous conseille de lire sur le site de l’auteur, m’a d’ailleurs énormément amusée au point de me donner envie de lire d’une traite le livre.

Seule petite déception, le rôle mineur de Pompon que j’aurais adoré voir un peu plus souvent, mais en grande amoureuse des chats, je ne suis pas très objective sur ce point…

Pour conclure, Benoit Toccacieli a réussi le tour de force de nous offrir, en moins de deux cents pages, un récit plaisant et facile à lire qui vous invite autant à la détente qu’à la réflexion. À l’issue de votre lecture, vous devriez regarder votre quotidien sous un autre jour, et avoir envie de laisser une place plus importante à l’imagination, au rêve et à l’émerveillement dans votre vie. Alors si vous avez envie d’évasion, ce roman est fait pour vous. Cerise sur le gâteau, une fois la dernière page tournée, point de frustration à l’idée de quitter tous ces personnages hauts en couleur, mais juste l’impatience d’imaginer leur futur comme l’auteur nous pousse à le faire en laissant, en fin d’ouvrage, quelques pages blanches à cet effet.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Commandez-le chez votre libraire ou sur Internet.

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Vice-Vers’Âmes, Muriel Rawolle

Vice-Vers'Âmes par [Rawolle, Muriel]

Je remercie Muriel Rawolle de m’avoir permis de découvrir Vice-Vers’Âmes. 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

À la suite d’une expérience de mort imminente, Samuel, jeune étudiant du XXIe siècle, se retrouve propulsé dans le corps de l’une de ses vies antérieures, Clémence une jeune bourgeoise de 1851, et inversement. Si de son côté, Samuel est d’abord persuadé d’être victime d’effets hallucinogènes, il doit s’adapter tant à la physiologie féminine et à la soumission qu’elle implique qu’à l’absence de technologie du XIXe, ou à ses coutumes matrimoniales. Tandis qu’au XXIe siècle, n’osant confier son désarroi au corps médical de l’hôpital où elle se réveille, Clémence, persuadée d’être amnésique et de se souvenir d’une vie antérieure, tente de s’approprier une enveloppe charnelle, une existence et une époque qu’elle croit siennes jusqu’au jour où le doute n’est plus possible. Car au XIXe, Samuel avec son tempérament et sa personnalité un brin narcissique, transforme la jeune bourgeoise qu’il incarne en une débutante que les salons et quelques grands noms de l’Histoire s’arrachent. Cette course éperdue n’a qu’un but : dans ce siècle où l’ésotérisme se développe, trouver le médium qui lui permettra de revenir à son époque.

Auto-édition – 2018 – 349 pages – Broché (19€) – Ebook disponible

TRAILER

AVIS

Vice-Vers’Âmes est un roman que j’ai dévoré prise par cette histoire un peu folle d’échange de corps et de voyage dans le temps. On est néanmoins à des années-lumière d’un roman de science-fiction tarabiscoté. Ici, Muriel Rawolle nous invite plutôt à une aventure fantastique, prenant parfois des allures de roman de mœurs, ancrée dans l’histoire.

Suite à un petit dérapage lors d’une soirée, Samuel, jeune étudiant, sexiste, arrogant, dragueur et égocentrique, est propulsé au XIXe siècle dans le corps de Clémence, jeune bourgeoise parisienne peu sûre d’elle et atteinte d’un syndrome qui l’a éloignée des siens et de la bonne société… Bien que tout les oppose, sexe, caractère, milieu social, époque, ces deux âmes en peine se retrouveront donc inextricablement liées. Cette situation incongrue ne sera pas vécue de la même manière par les deux personnages, l’un cherchant à réintégrer son corps alors que l’autre essaiera de se convaincre qu’il a simplement perdu la mémoire et qu’il revit une vie antérieure. Deux approches différentes qui se répercuteront sur la manière d’envisager la suite des événements…

Si j’ai un peu regretté la facilité avec laquelle nos protagonistes s’adaptent à la situation, j’ai, en revanche, adoré les voir, chacun à leur tour, prendre possession de la vie de l’autre. Au cours de leurs (més)aventures, ils feront des rencontres, en apprendront plus sur eux-mêmes et feront des découvertes plus ou moins déconcertantes. Samuel aura ainsi, entre autres, le privilège de découvrir la notion très particulière de la propreté au XIXe siècle quand Clémence sera déstabilisée par la manière assez « cavalière » dont les êtres du XXIe siècle s’expriment et se comportent. Ce décalage entre les personnages et l’époque à laquelle ils sont propulsés rend certaines scènes très drôles et pleines de mordant d’autant que l’autrice n’hésite pas à instaurer, par-ci par-là, quelques touches d’humour.

L’alternance des points de vue entre les deux personnages est parfaitement maîtrisée, insufflant un réel dynamisme à la narration sans toutefois créer un sentiment de frustration : à aucun moment, je n’ai pesté de devoir quitter un personnage pour en retrouver un autre. Néanmoins, contre toute attente, je confesserai avoir préféré suivre Samuel dans ses aventures. Je l’ai, bien sûr, pris en grippe dès les premières pages, mais j’ai aimé la manière dont il réussit à tirer parti de la situation sans se lamenter ni chercher à fuir devant les épreuves qu’il rencontre. Et puis son évolution est intéressante, car réelle et positive, tout en restant limitée et réaliste. Du jour au lendemain, il ne se transforme pas en bon samaritain, mais il comprend ses failles, se rend compte de ses mauvais côtés et ouvre les yeux sur des sujets dont il n’avait cure jusqu’à ce qu’il y soit confronté. Le personnage est cohérent jusque dans son langage même si ce point m’a fait me rendre compte à quel point j’étais déconnectée des mots en vogue parmi les « jeunes ». Mais rassurez-vous, si vous aussi vous vous sentez dépassés, des notes de bas de page viendront éclairer votre lanterne.

Samuel agace, impressionne, amuse, mais il ne laisse jamais indifférent. Quant à Clémence, bien qu’elle se révèle touchante notamment dans sa découverte de l’amitié, cette denrée précieuse qui lui a été si longtemps refusée en raison de sa maladie, elle marque moins les esprits. Cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier, et de louer sa capacité d’adaptation et sa volonté farouche de s’approprier sa nouvelle vie qu’elle considère comme une seconde chance. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, au fil des pages, sortir de sa coquille, s’affirmer et s’ouvrir aux autres.

Bien qu’ils vivent des choses très différentes, il y aura néanmoins un sujet qui sera source d’étonnement pour nos deux personnages : la condition féminine. Samuel, macho invétéré qui a de la gent féminine une vision purement utilitariste, va, petit à petit, évoluer et se rendre compte de la goujaterie avec laquelle il s’est jusqu’à maintenant comporté. Il faut dire qu’en ce XIXe siècle, il aura le loisir de découvrir les limites et les injustices qui ont été imposées aux femmes par le passé : pas de liberté en dehors de l’autorité paternelle, maritale ou de l’église, l’impossibilité d’exprimer son intelligence pour ne pas faire d’ombre à son époux, les humiliations, voire les agressions, impunies, le poids écrasant des normes d’être et de paraître à respecter notamment dans les milieux bourgeois… À l’inverse, Clémence sera ravie de constater les droits acquis par les femmes à notre époque, celles-ci pouvant vivre la vie qu’elles choisissent sans se référer à une autorité masculine. Pour autant, l’autrice n’oublie pas d’inclure quelques remarques machistes d’un personnage prouvant que si les progrès sont réels, il reste de la route à faire avant d’obtenir une réelle parité.

Quant à la plume de l’autrice, fluide et non dénuée d’humour, elle rend la lecture prenante d’autant que Muriel Rawolle a la capacité, à travers quelques détails historiques distillés avec subtilité et parcimonie, de rendre son histoire aussi réaliste qu’immersive. J’ai ainsi adoré rencontrer d’illustres personnages, et (re)découvrir certains détails et anecdotes de notre histoire. J’ai également pris plaisir à en apprendre plus sur des sujets comme le spiritisme et l’ésotérisme qui, de prime abord, ne sont pourtant pas des sujets qui me passionnent. Il faut dire que les quelques scènes dans lesquelles ces sciences parallèles ou occultes interviennent sont dépeintes avec beaucoup d’intensité et de mystère.

En conclusion, Vice-Vers’Âmes est une divertissante histoire fantastique qui vous fera voyager entre deux époques et deux mondes différents, celui d’un étudiant imbu de lui-même, et d’une jeune bourgeoise solitaire rejetée de tous ou presque. Deux personnes, liées par les caprices du destin, qui vont vivre une aventure hors du commun qui les changera à jamais. Au-delà du côté romanesque, l’autrice émet également une critique juste et subtile des mœurs d’une autre époque et d’une classe sociale adepte du paraître sans oublier de dépeindre, au passage, les tares de notre société actuelle qui semble avoir oublié que le progrès ne passe pas que par la technologie.

Pour découvrir le roman, ça se passe sur le site de l’autrice qui vous offre, pour l’achat de son roman, votre thème numérologique…

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Le garçon et la ville qui ne souriait plus, David Bry

 Le garçon et la ville qui ne souriait plus , David Bry

Je remercie les éditions Lynks pour m’avoir permis de découvrir Le garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry. Je les remercie également pour les jolis goodies qui accompagnaient le livre : une clef qui prendra tout sens une fois que vous aurez lu le roman, deux posters dont un qui est sublime, et un extrait.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris. XIXème siècle. L’Église de la Norme a parqué tous ceux qui ne sont pas conformes à la Cour des Miracles. Romain, 15 ans, est fasciné par ceux que l’on nomme les anormaux. Quand il apprend l’existence d’un complot visant à les éliminer, il décide de tout faire pour les aider.

Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Lynks (10 janvier 2019) – 362 pages – 16,90€ – ebook disponible

AVIS

Comme toujours avec les éditions Lynks, la couverture du roman attire le regard,  mais le superbe travail d’édition ne s’arrête pas là puisque vous découvrirez, à la fin de chaque chapitre, une illustration… Un petit détail qui rend cette expérience de lecture, déjà fort plaisante, encore plus agréable.

Le garçon et la ville qui ne souriait plus est, en effet, un roman que j’ai dévoré complètement happée par l’histoire, et la manière dont David Bry introduit ses personnages et son intrigue. Il nous plonge dès les premières lignes, ou presque, dans un Paris du 19e siècle hostile à toute forme de différence ! Les personnes ne respectant pas les Lois de la Norme édictées par la puissante Église sont considérées comme une menace pour la société. Et à ce titre, elles sont tout simplement parquées sur une île au sein de laquelle s’est constituée, par la force des choses, la Cour des Miracles.

Alors que cette assemblée d’anormaux rebute et suscite l’hostilité d’une grande partie des Parisiens, Romain, quant à lui, est fasciné par cet espace de liberté qu’il se complaît à épier la nuit tombée, quitte à prendre de gros risques. En tant que fils du Chef de la Police, sa place n’est pas parmi ces fous, infirmes et autres laissés-pour-compte, mais dans une maison bourgeoise à se forger un reluisant avenir… Mais si Romain ne manquerait pour rien au monde ses virées nocturnes, ce n’est pas que pour fuir une vie qui ne lui sied pas, c’est avant tout pour une autre raison, une de celles qui le poussent à se sentir bien plus proche de tous ces parias que des siens, nobles et autres bourgeois.

Bien que ce soit extrêmement frustrant pour moi, je n’en dirai pas plus sur ce sujet si ce n’est que j’ai adoré la manière dont l’auteur aborde un sujet encore tabou dans certaines cultures et certains milieux. C’est fait avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité au point d’en faire, du moins à mes yeux, un des atouts de ce livre. Mais c’est loin d’être le seul…

À travers ce Paris qui chasse et qui pourchasse tous ceux qui n’ont pas la chance d’entrer dans les carcans de la norme, l’auteur nous offre une très belle dénonciation de l’intolérance, et par ricochet, un très bel hymne à la tolérance. Comme Romain, vous ne pourrez qu’être offusqués, si ce n’est révoltés, par la manière dont un groupe de personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur d’autres humains jugés inférieurs pour des motifs abscons et ridicules. Cela n’est pas d’ailleurs sans rappeler, dans une certaine mesure, une certaine idéologie et ses monstrueuses conséquences…

Au fil des pages, on se prend d’affection pour Romain qui va tout tenter pour sauver les anormaux d’un horrible complot qu’il découvre par hasard. Il n’a alors pas d’autre choix que de se lancer, aux côtés de ses amis, dans une course effrénée contre la montre, quitte à devoir trahir les siens et à renoncer à une vie de nanti. Le chemin pour démanteler le complot sera semé d’embûches et de dangers, mais il sera aussi ponctué de belles rencontres, d’amour et d’amitié.

Courageux et réactif, Romain se révèle la pierre angulaire du roman. De par sa force de caractère et la manière dont il essaie de rester fidèle à ses idéaux, malgré les difficultés, il réussit à fédérer des personnes très différentes de lui, même si la peur poussera certaines d’entre elles à préférer la violence à la raison. Idéaliste, sans être rêveur, et motivé par des valeurs fortes, Romain est donc un personnage dont j’ai aimé la construction et l’évolution.

Les autres personnages sont également intéressants, chacun ayant une personnalité forte, mais ils auraient peut-être mérité un peu plus de consistance. Mais je comprends le choix de l’auteur de centrer son intrigue sur Romain et ses relations avec les autres protagonistes plutôt que d’approfondir la psychologie de chacun. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêchée de me prendre d’affection pour certains personnages comme Ambroise, le meilleur ami de Romain. On sent chez lui cette même soif de liberté et cette même gentillesse qui le pousse à prendre des risques par amitié et par conviction. Un autre personnage, en retrait pendant une partie du livre, m’a également beaucoup touchée. Il prouve que les apparences peuvent être trompeuses et que par amour, certaines personnes sont prêtes à faire de grands sacrifices…

Le livre fait 350 pages, mais je l’ai presque lu d’une traite, la fluidité de la plume de l’auteur, le rythme du récit, la présence de nombreux dialogues et l’enchevêtrement rapide des événements rendant la lecture aussi prenante qu’immersive. De la même manière, en introduisant chacun des chapitres par des extraits de documents officiels ou plus personnels, l’auteur facilite l’immersion dans ce Paris sombre et intolérant dont on découvre, petit à petit, les règles et les principes. Difficile donc de s’ennuyer avec cette aventure menée tambour battant d’autant que se dégage de l’intrigue une certaine tension : à mesure que les heures et les jours passent, on ressent une véritable angoisse à l’idée que la foudre s’abatte sur la Cour des Miracles. Ce sentiment d’urgence vous poussera à tourner les pages les unes après les autres avec l’espoir que Romain et ses amis arrivent à déjouer l’infâme complot.

En conclusion, grâce à une plume fluide et élégante, et un protagoniste qui se bat pour ses idéaux, la liberté et le droit d’être soi, l’auteur nous offre ici une très belle aventure et un joli hymne à la tolérance. Si vous recherchez une lecture rythmée qui vous fera vivre mille péripéties et mille émotions, Le garçon et la ville qui ne souriait plus est fait pour vous.

Et vous, envie de découvrir Le garçon et la ville qui ne souriait plus ?