L’évasion, Benoit Toccacieli

Couverture L'Evasion

Un grand merci à Benoit Toccacieli pour l’envoi de son roman, mais aussi pour sa très chouette dédicace.

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser.
Pourra-t-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?

Auto-édité (23 juin 2018) – 183 pages – Broché (14€) – Ebook disponible (0.99€)

AVIS

Avec son aspect gaufré et son illustration pleine de mystère, la couverture attire tout de suite le regard. Mais plus que le soin apporté au travail éditorial, c’est bien le résumé qui m’a donné envie de parcourir ce livre qui, malgré sa relative petitesse, s’est révélé d’une très grande richesse au point de me donner envie, à chaque page ou presque, de noter des citations et autres extraits.

L’auteur, à travers l’histoire d’Alice, une petite fille qui a érigé la lecture en art de vivre et l’imagination en maître à penser, nous offre une réflexion, ou plutôt, de multiples réflexions sur des sujets divers et variés qui ne manqueront pas de parler à beaucoup de lecteurs. Au centre du récit, il y a d’abord cette question de l’éducation. Où se situe la frontière entre responsabilisation et laxisme ? Un sujet qui ne manquera pas de mettre à rude épreuve les nerfs de la mère d’Alice, Sophie, qui a peur de la place que prend l’imagination dans la vie de sa fille. Mais comment lui reprocher de trop lire et d’envahir chaque recoin de la maison avec ses livres quand la fillette se montre toujours aussi positive et volontaire ? D’un autre côté, laisser une enfant vivre en permanence dans un monde peuplé de livres et de personnages tout droit sortis de romans, est-ce vraiment souhaitable et raisonnable ? Un questionnement sur le besoin ou non de recadrer Alice qui n’est pas partagé par le père, Yann, trop obnubilé par son travail et un chef tyrannique, pour porter crédit aux angoisses de sa femme quant à l’avenir de leur fille. Une petite fille qui est d’ailleurs, de par sa maturité et sa bonne humeur, sa petite bouée d’oxygène.

Le roman, de manière très naturelle et avec beaucoup de justesse, aborde la question de la famille et de la relation dans un couple après l’arrivée d’un enfant mais aussi celle du travail et ses multiples problématiques : le besoin de (re)trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, la nécessité de se retrouver soi-même et de mettre un peu de passion dans un quotidien qui laisse peu de place à l’épanouissement personnel, l’envie de trouver un sens à son travail… Des questions quasiment philosophiques viennent également étayer la lecture : le pouvoir créateur et destructeur de l’imagination, la tristesse qui vient ternir le cœur des adultes quand ceux-ci oublient d’imaginer et de rêver, la notion de méchanceté et ses vaporeux contours…

Alice, du haut de ses dix ans, a d’ailleurs une vision très particulière de la méchanceté qu’elle considère avec une certaine naïveté, mais paradoxalement, avec un certain bon sens. Cela la conduira néanmoins sur un chemin dangereux quand elle se mettra en tête d’arrêter un tueur d’enfants qu’elle est persuadée d’avoir libéré en égarant un livre policier offert par son père. C’est que pour Alice, livres et réalité sont intrinsèquement liés. Dans son imaginaire, chaque personne rencontrée est issue d’une histoire, et un livre ouvert peut être le début d’une nouvelle aventure pour les personnages qu’il renferme. Mais contrairement à un conte, dans la vraie vie, les méchants ne deviennent pas forcément gentils quand ils entrent en contact avec de bonnes personnes… Si on s’attendrit devant l’imagination de cette enfant et sa volonté, aux côtés de son chat Pompon, de sauver le monde, on tremble parfois un peu devant le danger qui la guette. Mais vous verrez qu’Alice a plus d’un tour dans son sac et que sa détermination à toute épreuve fait d’elle un adversaire redoutable. Les méchants n’ont qu’à bien se tenir !

De fil en aiguille, nous suivons donc avec plaisir et curiosité cette famille dont la vie est rythmée par les fantaisies d’une enfant à l’imagination fertile qui, sans le vouloir, chamboulera le quotidien de ses parents pour le meilleur et pour le pire. La traque de cet énigmatique tueur en série aura, en effet, des conséquences inattendues…

La plume de l’auteur est fluide et rythmée tout comme la cadence de ce récit marqué par l’alternance des points de vue entre Alice, sa mère, son père et, plus sporadiquement, Jacques Lenoir, le grand méchant (pas loup, mais ça pourrait). Le tueur n’intervient que très peu, mais ça m’a suffi pour apprécier la manière dont l’auteur a construit son personnage. Il nous propose en effet un méchant, un vrai, pas comme ceux des histoires pour enfants d’Alice qui deviennent gentils quand on leur en donne la chance. Mais malgré, ou grâce à sa misanthropie, le personnage n’est pas pour autant dénué d’un certain potentiel comique. Le prologue consacré au tueur, que je vous conseille de lire sur le site de l’auteur, m’a d’ailleurs énormément amusée au point de me donner envie de lire d’une traite le livre.

Seule petite déception, le rôle mineur de Pompon que j’aurais adoré voir un peu plus souvent, mais en grande amoureuse des chats, je ne suis pas très objective sur ce point…

Pour conclure, Benoit Toccacieli a réussi le tour de force de nous offrir, en moins de deux cents pages, un récit plaisant et facile à lire qui vous invite autant à la détente qu’à la réflexion. À l’issue de votre lecture, vous devriez regarder votre quotidien sous un autre jour, et avoir envie de laisser une place plus importante à l’imagination, au rêve et à l’émerveillement dans votre vie. Alors si vous avez envie d’évasion, ce roman est fait pour vous. Cerise sur le gâteau, une fois la dernière page tournée, point de frustration à l’idée de quitter tous ces personnages hauts en couleur, mais juste l’impatience d’imaginer leur futur comme l’auteur nous pousse à le faire en laissant, en fin d’ouvrage, quelques pages blanches à cet effet.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Commandez-le chez votre libraire ou sur Internet.

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Vice-Vers’Âmes, Muriel Rawolle

Vice-Vers'Âmes par [Rawolle, Muriel]

Je remercie Muriel Rawolle de m’avoir permis de découvrir Vice-Vers’Âmes. 

QUATRIÈME DE COUVERTURE

À la suite d’une expérience de mort imminente, Samuel, jeune étudiant du XXIe siècle, se retrouve propulsé dans le corps de l’une de ses vies antérieures, Clémence une jeune bourgeoise de 1851, et inversement. Si de son côté, Samuel est d’abord persuadé d’être victime d’effets hallucinogènes, il doit s’adapter tant à la physiologie féminine et à la soumission qu’elle implique qu’à l’absence de technologie du XIXe, ou à ses coutumes matrimoniales. Tandis qu’au XXIe siècle, n’osant confier son désarroi au corps médical de l’hôpital où elle se réveille, Clémence, persuadée d’être amnésique et de se souvenir d’une vie antérieure, tente de s’approprier une enveloppe charnelle, une existence et une époque qu’elle croit siennes jusqu’au jour où le doute n’est plus possible. Car au XIXe, Samuel avec son tempérament et sa personnalité un brin narcissique, transforme la jeune bourgeoise qu’il incarne en une débutante que les salons et quelques grands noms de l’Histoire s’arrachent. Cette course éperdue n’a qu’un but : dans ce siècle où l’ésotérisme se développe, trouver le médium qui lui permettra de revenir à son époque.

Auto-édition – 2018 – 349 pages – Broché (19€) – Ebook disponible

TRAILER

AVIS

Vice-Vers’Âmes est un roman que j’ai dévoré prise par cette histoire un peu folle d’échange de corps et de voyage dans le temps. On est néanmoins à des années-lumière d’un roman de science-fiction tarabiscoté. Ici, Muriel Rawolle nous invite plutôt à une aventure fantastique, prenant parfois des allures de roman de mœurs, ancrée dans l’histoire.

Suite à un petit dérapage lors d’une soirée, Samuel, jeune étudiant, sexiste, arrogant, dragueur et égocentrique, est propulsé au XIXe siècle dans le corps de Clémence, jeune bourgeoise parisienne peu sûre d’elle et atteinte d’un syndrome qui l’a éloignée des siens et de la bonne société… Bien que tout les oppose, sexe, caractère, milieu social, époque, ces deux âmes en peine se retrouveront donc inextricablement liées. Cette situation incongrue ne sera pas vécue de la même manière par les deux personnages, l’un cherchant à réintégrer son corps alors que l’autre essaiera de se convaincre qu’il a simplement perdu la mémoire et qu’il revit une vie antérieure. Deux approches différentes qui se répercuteront sur la manière d’envisager la suite des événements…

Si j’ai un peu regretté la facilité avec laquelle nos protagonistes s’adaptent à la situation, j’ai, en revanche, adoré les voir, chacun à leur tour, prendre possession de la vie de l’autre. Au cours de leurs (més)aventures, ils feront des rencontres, en apprendront plus sur eux-mêmes et feront des découvertes plus ou moins déconcertantes. Samuel aura ainsi, entre autres, le privilège de découvrir la notion très particulière de la propreté au XIXe siècle quand Clémence sera déstabilisée par la manière assez « cavalière » dont les êtres du XXIe siècle s’expriment et se comportent. Ce décalage entre les personnages et l’époque à laquelle ils sont propulsés rend certaines scènes très drôles et pleines de mordant d’autant que l’autrice n’hésite pas à instaurer, par-ci par-là, quelques touches d’humour.

L’alternance des points de vue entre les deux personnages est parfaitement maîtrisée, insufflant un réel dynamisme à la narration sans toutefois créer un sentiment de frustration : à aucun moment, je n’ai pesté de devoir quitter un personnage pour en retrouver un autre. Néanmoins, contre toute attente, je confesserai avoir préféré suivre Samuel dans ses aventures. Je l’ai, bien sûr, pris en grippe dès les premières pages, mais j’ai aimé la manière dont il réussit à tirer parti de la situation sans se lamenter ni chercher à fuir devant les épreuves qu’il rencontre. Et puis son évolution est intéressante, car réelle et positive, tout en restant limitée et réaliste. Du jour au lendemain, il ne se transforme pas en bon samaritain, mais il comprend ses failles, se rend compte de ses mauvais côtés et ouvre les yeux sur des sujets dont il n’avait cure jusqu’à ce qu’il y soit confronté. Le personnage est cohérent jusque dans son langage même si ce point m’a fait me rendre compte à quel point j’étais déconnectée des mots en vogue parmi les « jeunes ». Mais rassurez-vous, si vous aussi vous vous sentez dépassés, des notes de bas de page viendront éclairer votre lanterne.

Samuel agace, impressionne, amuse, mais il ne laisse jamais indifférent. Quant à Clémence, bien qu’elle se révèle touchante notamment dans sa découverte de l’amitié, cette denrée précieuse qui lui a été si longtemps refusée en raison de sa maladie, elle marque moins les esprits. Cela ne m’a pas empêchée de l’apprécier, et de louer sa capacité d’adaptation et sa volonté farouche de s’approprier sa nouvelle vie qu’elle considère comme une seconde chance. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, au fil des pages, sortir de sa coquille, s’affirmer et s’ouvrir aux autres.

Bien qu’ils vivent des choses très différentes, il y aura néanmoins un sujet qui sera source d’étonnement pour nos deux personnages : la condition féminine. Samuel, macho invétéré qui a de la gent féminine une vision purement utilitariste, va, petit à petit, évoluer et se rendre compte de la goujaterie avec laquelle il s’est jusqu’à maintenant comporté. Il faut dire qu’en ce XIXe siècle, il aura le loisir de découvrir les limites et les injustices qui ont été imposées aux femmes par le passé : pas de liberté en dehors de l’autorité paternelle, maritale ou de l’église, l’impossibilité d’exprimer son intelligence pour ne pas faire d’ombre à son époux, les humiliations, voire les agressions, impunies, le poids écrasant des normes d’être et de paraître à respecter notamment dans les milieux bourgeois… À l’inverse, Clémence sera ravie de constater les droits acquis par les femmes à notre époque, celles-ci pouvant vivre la vie qu’elles choisissent sans se référer à une autorité masculine. Pour autant, l’autrice n’oublie pas d’inclure quelques remarques machistes d’un personnage prouvant que si les progrès sont réels, il reste de la route à faire avant d’obtenir une réelle parité.

Quant à la plume de l’autrice, fluide et non dénuée d’humour, elle rend la lecture prenante d’autant que Muriel Rawolle a la capacité, à travers quelques détails historiques distillés avec subtilité et parcimonie, de rendre son histoire aussi réaliste qu’immersive. J’ai ainsi adoré rencontrer d’illustres personnages, et (re)découvrir certains détails et anecdotes de notre histoire. J’ai également pris plaisir à en apprendre plus sur des sujets comme le spiritisme et l’ésotérisme qui, de prime abord, ne sont pourtant pas des sujets qui me passionnent. Il faut dire que les quelques scènes dans lesquelles ces sciences parallèles ou occultes interviennent sont dépeintes avec beaucoup d’intensité et de mystère.

En conclusion, Vice-Vers’Âmes est une divertissante histoire fantastique qui vous fera voyager entre deux époques et deux mondes différents, celui d’un étudiant imbu de lui-même, et d’une jeune bourgeoise solitaire rejetée de tous ou presque. Deux personnes, liées par les caprices du destin, qui vont vivre une aventure hors du commun qui les changera à jamais. Au-delà du côté romanesque, l’autrice émet également une critique juste et subtile des mœurs d’une autre époque et d’une classe sociale adepte du paraître sans oublier de dépeindre, au passage, les tares de notre société actuelle qui semble avoir oublié que le progrès ne passe pas que par la technologie.

Pour découvrir le roman, ça se passe sur le site de l’autrice qui vous offre, pour l’achat de son roman, votre thème numérologique…

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Le garçon et la ville qui ne souriait plus, David Bry

 Le garçon et la ville qui ne souriait plus , David Bry

Je remercie les éditions Lynks pour m’avoir permis de découvrir Le garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry. Je les remercie également pour les jolis goodies qui accompagnaient le livre : une clef qui prendra tout sens une fois que vous aurez lu le roman, deux posters dont un qui est sublime, et un extrait.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris. XIXème siècle. L’Église de la Norme a parqué tous ceux qui ne sont pas conformes à la Cour des Miracles. Romain, 15 ans, est fasciné par ceux que l’on nomme les anormaux. Quand il apprend l’existence d’un complot visant à les éliminer, il décide de tout faire pour les aider.

Romain fuit chaque nuit sa demeure bourgeoise et confortable, pour rejoindre la Cour des Miracles où vivent les anormaux – fous, difformes, obèses, et autres parias parqués là par les Lois de l’Église. Le soir de ses quinze ans, il découvre qu’un terrible complot vise les habitants de la Cour.
Des coupe-gorges de Mouffetard aux ruines de Notre-Dame, il devra compter sur son ami Ambroise, sur Joséphine, Lion et Akou, pour lever le voile sur la conjuration et échapper aux terribles Lames Noires, à la solde de l’archevêque de Paris.
Dans un monde assombri par la peur et l’intolérance, le salut peut-il venir de quelques adolescents en quête d’amour et de liberté ?

Lynks (10 janvier 2019) – 362 pages – 16,90€ – ebook disponible

AVIS

Comme toujours avec les éditions Lynks, la couverture du roman attire le regard,  mais le superbe travail d’édition ne s’arrête pas là puisque vous découvrirez, à la fin de chaque chapitre, une illustration… Un petit détail qui rend cette expérience de lecture, déjà fort plaisante, encore plus agréable.

Le garçon et la ville qui ne souriait plus est, en effet, un roman que j’ai dévoré complètement happée par l’histoire, et la manière dont David Bry introduit ses personnages et son intrigue. Il nous plonge dès les premières lignes, ou presque, dans un Paris du 19e siècle hostile à toute forme de différence ! Les personnes ne respectant pas les Lois de la Norme édictées par la puissante Église sont considérées comme une menace pour la société. Et à ce titre, elles sont tout simplement parquées sur une île au sein de laquelle s’est constituée, par la force des choses, la Cour des Miracles.

Alors que cette assemblée d’anormaux rebute et suscite l’hostilité d’une grande partie des Parisiens, Romain, quant à lui, est fasciné par cet espace de liberté qu’il se complaît à épier la nuit tombée, quitte à prendre de gros risques. En tant que fils du Chef de la Police, sa place n’est pas parmi ces fous, infirmes et autres laissés-pour-compte, mais dans une maison bourgeoise à se forger un reluisant avenir… Mais si Romain ne manquerait pour rien au monde ses virées nocturnes, ce n’est pas que pour fuir une vie qui ne lui sied pas, c’est avant tout pour une autre raison, une de celles qui le poussent à se sentir bien plus proche de tous ces parias que des siens, nobles et autres bourgeois.

Bien que ce soit extrêmement frustrant pour moi, je n’en dirai pas plus sur ce sujet si ce n’est que j’ai adoré la manière dont l’auteur aborde un sujet encore tabou dans certaines cultures et certains milieux. C’est fait avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité au point d’en faire, du moins à mes yeux, un des atouts de ce livre. Mais c’est loin d’être le seul…

À travers ce Paris qui chasse et qui pourchasse tous ceux qui n’ont pas la chance d’entrer dans les carcans de la norme, l’auteur nous offre une très belle dénonciation de l’intolérance, et par ricochet, un très bel hymne à la tolérance. Comme Romain, vous ne pourrez qu’être offusqués, si ce n’est révoltés, par la manière dont un groupe de personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur d’autres humains jugés inférieurs pour des motifs abscons et ridicules. Cela n’est pas d’ailleurs sans rappeler, dans une certaine mesure, une certaine idéologie et ses monstrueuses conséquences…

Au fil des pages, on se prend d’affection pour Romain qui va tout tenter pour sauver les anormaux d’un horrible complot qu’il découvre par hasard. Il n’a alors pas d’autre choix que de se lancer, aux côtés de ses amis, dans une course effrénée contre la montre, quitte à devoir trahir les siens et à renoncer à une vie de nanti. Le chemin pour démanteler le complot sera semé d’embûches et de dangers, mais il sera aussi ponctué de belles rencontres, d’amour et d’amitié.

Courageux et réactif, Romain se révèle la pierre angulaire du roman. De par sa force de caractère et la manière dont il essaie de rester fidèle à ses idéaux, malgré les difficultés, il réussit à fédérer des personnes très différentes de lui, même si la peur poussera certaines d’entre elles à préférer la violence à la raison. Idéaliste, sans être rêveur, et motivé par des valeurs fortes, Romain est donc un personnage dont j’ai aimé la construction et l’évolution.

Les autres personnages sont également intéressants, chacun ayant une personnalité forte, mais ils auraient peut-être mérité un peu plus de consistance. Mais je comprends le choix de l’auteur de centrer son intrigue sur Romain et ses relations avec les autres protagonistes plutôt que d’approfondir la psychologie de chacun. Cela ne m’a d’ailleurs pas empêchée de me prendre d’affection pour certains personnages comme Ambroise, le meilleur ami de Romain. On sent chez lui cette même soif de liberté et cette même gentillesse qui le pousse à prendre des risques par amitié et par conviction. Un autre personnage, en retrait pendant une partie du livre, m’a également beaucoup touchée. Il prouve que les apparences peuvent être trompeuses et que par amour, certaines personnes sont prêtes à faire de grands sacrifices…

Le livre fait 350 pages, mais je l’ai presque lu d’une traite, la fluidité de la plume de l’auteur, le rythme du récit, la présence de nombreux dialogues et l’enchevêtrement rapide des événements rendant la lecture aussi prenante qu’immersive. De la même manière, en introduisant chacun des chapitres par des extraits de documents officiels ou plus personnels, l’auteur facilite l’immersion dans ce Paris sombre et intolérant dont on découvre, petit à petit, les règles et les principes. Difficile donc de s’ennuyer avec cette aventure menée tambour battant d’autant que se dégage de l’intrigue une certaine tension : à mesure que les heures et les jours passent, on ressent une véritable angoisse à l’idée que la foudre s’abatte sur la Cour des Miracles. Ce sentiment d’urgence vous poussera à tourner les pages les unes après les autres avec l’espoir que Romain et ses amis arrivent à déjouer l’infâme complot.

En conclusion, grâce à une plume fluide et élégante, et un protagoniste qui se bat pour ses idéaux, la liberté et le droit d’être soi, l’auteur nous offre ici une très belle aventure et un joli hymne à la tolérance. Si vous recherchez une lecture rythmée qui vous fera vivre mille péripéties et mille émotions, Le garçon et la ville qui ne souriait plus est fait pour vous.

Et vous, envie de découvrir Le garçon et la ville qui ne souriait plus ?

 

 

A Boy Called Christmas, Matt Haig

J’ai lu A Boy Called Christmas en anglais, le niveau étant très accessible, mais le roman a été traduit en français par les éditions Hélium.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La véritable histoire (de Noël) d’un garçon hors du commun pour croire à l’impossible…

Nicolas, onze ans, surnommé Noël depuis sa naissance, vit en Finlande avec son père, Joël le bûcheron. Mais le travail se fait rare, la vie est difficile, et quand Joël se voit confier une mission pour le roi, il accepte de laisser son garçon à l’épouvantable tante Carlotta. Nicolas n’a plus qu’une petite souris obsédée par le fromage pour lui redonner le sourire. Mais les mois passent, Joël ne revient pas, et notre courageux héros décide de partir à sa recherche. Se liant d’amitié avec un renne, il affrontera bien des obstacles avant de parvenir jusqu’au village enchanté des lutins… Des lutins qui ont perdu la joie de Noël. Nicolas parviendra-t-il à leur redonner goût à la vie ?

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Eleven-year-old Nikolas—nicknamed “Christmas”—has received only one toy in his life: a doll carved out of a turnip. But he’s happy with his turnip doll, because it came from his parents, who love him. Then one day his father goes missing, and Nikolas must travel to the North Pole to save him.

Along the way, Nikolas befriends a surly reindeer, bests a troublesome troll, and discovers a hidden world of enchantment in the frozen village of Elfhelm. But the elves of Elfhelm have troubles of their own: Christmas spirit and goodwill are at an all-time low, and Nikolas may be the only person who can fix things—if only he can reach his father before it’s too late. . . .

Sparkling with wit and warmth, A Boy Called Christmas is a cheeky new Christmas classic-in-the-making from acclaimed author Matt Haig and illustrator Chris Mould.

AVIS

J’avais acheté ce roman dans l’optique de le lire pour le Cold Winter Challenge, ce que j’ai fait avec grand plaisir ayant été complètement séduite par la beauté de ce livre autant au niveau du fond que de la forme.

Le choix est assez conséquent en matière de lectures de Noël, mais A Boy Called Christmas sort quelque peu du lot grâce à sa magnifique couverture qui attire tout de suite le regard surtout si l’on aime les paillettes. À cela s’ajoutent de belles illustrations signées Chris Mould.

Aucun texte alternatif disponible.Aucun texte alternatif disponible.

Elles apportent un plus indéniable à l’histoire en nous permettant de nous immerger complètement dans cette histoire mignonne qui n’est, néanmoins, pas exempte de passages plus sombres. Il y en a d’ailleurs un qui m’a particulièrement touchée même si l’auteur ne s’appesantit pas dessus.

Aucun texte alternatif disponible.Aucun texte alternatif disponible.

Mais rassurez-vous, nous sommes bien ici dans une lecture jeunesse qui donne le sourire aux lèvres et qui touche le cœur des lecteurs. Grâce à l’histoire de Nikolas, on ressent tout un panel d’émotions, mais surtout, on se rappelle ce que sont les vraies valeurs de Noël…

Nikolas vit seul avec son père depuis la mort brutale de sa mère. Les conditions de vie sont difficiles, le métier de bûcheron ne payant pas beaucoup en Finlande, un pays où les arbres sont légion. Mais la situation s’empire quand le père du jeune homme s’engage dans une expédition destinée à prouver l’existence des elfes et de leur village. Laissé seul aux mains de son affreuse tante, Nikolas finit par prendre une décision courageuse et un peu folle pour un enfant de son âge : retrouver son père ! Il sera accompagné, dans son expédition, par son seul ami, Miika, une souris plutôt attachante.

Matt Haig nous offre ici un joli conte de Noël dans lequel son héros va vivre des péripéties qui le mettront à l’épreuve, qui le pousseront à se dépasser, à croire en lui et aux autres, et qui le feront indéniablement grandir. L’univers est enchanteur avec ses elfes, ses fées un peu étranges qui aiment voir les têtes de trolls exploser, ses rennes volants que l’on connait tous et, bien sûr, cette magie qui fait des miracles quand on accepte de croire en elle. C’est quelque chose que Nikolas découvrira progressivement et qui changera à jamais le destin de ce petit garçon qui deviendra, ni plus ni moins, que le Père Noël. Une destinée qui s’imposera à lui, au fil de ses rencontres, de ses joies, mais aussi de ses peines.

La plume de l’auteur est immersive et non dénuée d’humour, je me suis ainsi surprise à sourire à de nombreuses reprises. Le roman étant destiné à des enfants, le style reste très accessible, ce qui convient d’ailleurs très bien au caractère de Nikolas. Même s’il fait preuve d’une grande témérité, il reste un enfant avec parfois des réflexions un peu naïves ou, du moins, empreintes de l’optimisme d’une personne n’étant pas encore durablement impactée par la vie et ses vicissitudes.

C’est d’ailleurs l’atout de ce personnage ! Il va, tout au long du livre, découvrir que les gens ne sont pas tous gentils, et que même les elfes connus pour leur jovialité et leur générosité peuvent se révéler méchants, haineux, racistes et enfermés sur eux-mêmes. Malgré cette brutale prise de conscience, il va continuer à essayer de voir le meilleur en chaque être… Cela ne signifie pas qu’il va garder les yeux fermés devant les problèmes, mais qu’il va tenter de les résoudre avec sa légendaire gentillesse, sa joie, sa bonne humeur, son don naturel pour offrir à chacun ce qu’il désire…

A Boy Called Christmas est une aventure divertissante et prenante, mais l’auteur en profite également pour aborder avec simplicité, mais efficacité, de nombreux thèmes : l’amitié, bien sûr, la nécessite de croire en l’impossible et de toujours rêver, la complexité de l’être humain qui n’est jamais tout noir ou tout blanc, la quête de soi et d’identité, la peur et la haine de l’étranger, les vraies valeurs de Noël comme le partage, la solidarité, la joie…

En conclusion, Matt Haig nous offre ici un joli conte de Noël qui contient tous les ingrédients d’une bonne aventure, mais qui, sous couvert de divertissement, aborde des thèmes importants. C’est donc le sourire aux lèvres, le cœur empli de magie et avec l’envie de vous réunir autour des vraies valeurs de Noël que vous tournerez la dernière page. Une belle histoire que je vous recommande en cette période de fin d’année ou quand vous avez besoin d’une lecture qui vous redonne le moral et vous incite, à votre tour, à partager un peu de bonheur autour de vous. La magie est en chacun de nous, il suffit de savoir regarder…

 » An impossibility is just a possibility you don’t understand »

Lula et les Monstres, Christelle Lebailly

Lula et les Monstres par [Lebailly, Christelle]

Je remercie Christelle Lebailly pour m’avoir permis de découvrir Lula et les Monstres.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

« Et s’il n’y avait pas de message caché derrière une lumière un peu étrange, un monstre derrière un individu, et un dieu derrière un frère ? »

Des loups qui philosophent à la nuit tombée, des géants semeurs d’étoiles, et des chats qui dansent sur les toits… Lula vit dans un monde à la fois merveilleux et inquiétant, créé par son grand frère, Perrie. L’amour qui les unit l’un à l’autre ne connaît aucune limite, aussi lorsque Perrie est emmené loin d’elle, la fillette n’hésite pas à se lancer dans une véritable odyssée pour le retrouver. Aidée d’une vieille luciole grincheuse, et d’une petite voix dans sa tête, Lula devra accomplir sa mission avant l’aube. Une épopée à la frontière entre rêve et réalité, monstres et féerie, vérité et mensonge, et où il peut être facile de se perdre en route. Et si c’était elle-même qu’elle devait sauver ?

Plongez dans une quête haletante qui repousse les frontières de l’imagination, et découvrez des héros attachants, prêts à tout par amour !

1 décembre 2018 – 282 pages – broché : 14,90€ – Ebook disponible (3,99€)

AVIS

Il y a des livres pour lesquels il se passe quelque chose dès le départ, une couverture, un résumé, quelques lignes qui vous parlent… C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Lula et les Monstres. Quand j’ai découvert le roman, j’ai tout de suite été attirée par la jolie couverture qui regorge de petits détails, discrets, mais pleins de sens une fois le livre lu. Et puis le résumé dégageait un petit quelque chose d’Alice au pays des merveilles qui ne pouvait me laisser indifférente…

S’il y a bien dans ce livre, le côté fantasque qui se dégage de l’œuvre de Lewis Carroll, il n’y a pas le côté absurde qui peut décontenancer, voire déplaire, à certains lecteurs. L’autrice développe sous nos yeux un monde merveilleux dans lequel des loups se vêtent d’une robe d’avocat, font des simulacres de procès et philosophent au clair de lune, des géants sèment des étoiles dans le ciel, des ogres falsifient des papiers… Mais tout semble normal, à sa place. À aucun moment, on ne s’offusque de ces étranges apparitions, un peu comme si le monde fantastique façonné par Perrie pour sa sœur devenait nôtre.

Perrie et Lula sont tout l’un pour l’autre ! On ressent d’ailleurs en notre for intérieur tout l’amour et la dévotion de Lula pour son grand frère qui est son soleil, son ciel et sa nuit. Proche de mon frère, je n’ai pu que m’attendrir devant cette complicité qui les soude et qui les fait vivre dans un monde à part. Pourtant, un malaise s’empare vite du lecteur. À travers le prologue et les brefs flash-back qui introduisent chaque chapitre, on se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond et que derrière la réalité de Lula, s’en cache une autre bien différente. Je ne vous en dirai pas plus sur ce point puisque ce serait toucher à l’essence du roman, à ce qui fait que cette histoire m’a tellement touchée et émue. Belle et cruelle à la fois, elle vous fera vivre mille émotions et vous prouvera que l’amour a ce pouvoir ambivalent de faire grandir, mais aussi d’anéantir…

Durant cette aventure dont l’enjeu est de taille, libérer son frère enfermé dans un hôpital avant l’aube, Lula va grandir, évoluer et prendre confiance en elle. À la manière d’un roman d’apprentissage, on la voit donc progressivement prendre les rênes de sa vie. Cela ne se fera pas, bien sûr, sans heurt. Armée de son seul courage, elle devra ainsi affronter, les uns après les autres, les obstacles qui se dresseront devant elle, que ceux-ci prennent la forme de loups au comportement bien trop humain, d’adolescents dangereux ou de personnages prêts au pire pour conserver leurs avantages.

Elle pourra heureusement compter sur Layton, une luciole rencontrée en cours de route, et sur cette petite voix qui ne la quitte jamais… Ce duo est, en plus d’être complémentaire, complètement attendrissant ! La luciole fera de son mieux pour guider et aider sa jeune amie quitte à prendre parfois de gros risques. Grincheuse, elle n’en demeure pas moins attachante et saura, petit à petit, gagner le cœur de son amie, ce qui n’est pas une mince affaire quand l’on sait la place qu’y tient déjà Perrie…

Lula, au cours de son aventure, fera d’autres rencontres, certaines sympathiques, d’autres bien moins amicales. J’ai d’ailleurs, je le confesserai, tremblé à certains moments pour cette fillette pour laquelle je me suis prise d’affection. Elle dégage une grande force de caractère et un tel courage qu’on ne peut que l’admirer, mais elle dégage parfois une telle fragilité qu’on a, comme Layton, envie de la prendre sous son aile…

Au-delà des personnages très bien travaillés et, pour la plupart originaux, l’autrice a su créer un univers enchanteur, entre rêve et réalité, entre beauté et danger, qui n’est pas sans rappeler celui d’un conte. On y trouve cette touche d’onirisme, ces animaux qui parlent, ces créatures étranges et magiques, une quête à accomplir… Mais l’autrice a plus d’une corde à son arc et à la fin de l’aventure, vous vous rendrez compte que les apparences peuvent être trompeuses et que derrière cette histoire fantastique se cache quelque chose de bien plus profond.

Au fil des pages, on se laisse donc embarquer dans ce récit qui, en plus de nous divertir, soulève des réflexions sur des thèmes comme les relations toxiques, les faux-semblants, la quête d’identité, cette supériorité que les humains estiment avoir sur les animaux et la nature, le vrai visage de la monstruosité…

Quant à la plume de Christelle Lebailly que je découvre ici pour la première fois, elle m’a complètement séduite : poétique, fluide, élégante… L’amatrice des belles plumes en moi s’est complètement laissée happer par l’écriture, l’univers et l’onirisme que l’autrice a insufflé à son histoire. J’ai d’ailleurs parfois eu le sentiment de me faire le témoin privilégié d’un rêve ou d’un cauchemar, question de point de vue. Même les dialogues, point noir pour moi de l’auto-édition, sont ici parfaitement orchestrés : rythmés, naturels, concis tout en étant assez développés pour apporter des informations utiles aux lecteurs… Ils s’insèrent sans peine dans la narration venant la dynamiser sans jamais l’alourdir. Entre une narration fluide, un récit mené tambour battant et une aura de mystère présente à chaque instant, le roman se lit donc très vite.

Avant de conclure, je vais me permettre un petit aparté. Je sais que vous êtes un certain nombre à être frileux quand il s’agit d’auto-édition, ce que je comprends sans peine, certains textes méritant clairement d’être retravaillés. Mais ici, vous pouvez craquer les yeux fermés. Le travail éditorial est, pour moi, digne de celui d’une maison d’édition.

En conclusion, Lula et les Monstres est un coup de cœur ! L’autrice, d’une plume délicate et poétique, nous transporte dans un univers fantastique d’une grande richesse qui invite à l’émerveillement et à la réflexion. Si vous aimez les contes et les fables qui mettent en scène des personnages forts et originaux, venez découvrir l’histoire de Perrie et Lula, un frère et une sœur unis pour la vie, mais quelle vie ?

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Site Web de l’autrice

Et vous envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?

À même la peau, Lisa Gardner

A même la peau (A.M.THRIL.POLAR) par [Gardner, Lisa]

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir en avant-première À même la peau de Lisa Gardner, une autrice que j’avais très envie de découvrir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux meurtres spectaculaires sont perpétrés à Boston à six semaines d’intervalle. Dans les deux cas, les victimes sont des femmes seules, atrocement mutilées, à côté desquelles l’assassin a déposé une rose.

L’inspectrice D.D. Warren, chargée de l’enquête, décèle vite une similitude entre ces mises en scène macabres et une longue série de meurtres ayant défrayé la chronique à Boston quarante ans plus tôt et dont l’auteur, Harry Day, s’est suicidé depuis.

Seul recours pour D.D. Warren : se rapprocher des deux filles de Harry Day. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre les récents crimes et Shana et Adeline ? Pour le savoir, D.D. Warren va devoir se confronter à cette interrogation : peut-on échapper à son destin lorsqu’il est marqué du sceau de la mort ?

Une plongée stupéfiante au cœur d’un enfer familial : Lisa Gardner s’impose définitivement comme une virtuose du thriller psychologique.

Albin Michel (2 janvier 2019) – 512 pages – Broché (22,90€) – Ebook disponible

 

AVIS

Le prologue met tout de suite dans l’ambiance de ce que l’on va trouver dans ce roman : du sang, de la tension et de l’angoisse ! L’autrice attaque, en effet, très fort avec une scène qui a ce quelque chose d’angoissant qui vous fait rendre compte de la chance que vous avez de ne pas la vivre. Et ce n’est pas l’inspectrice D.D. Warren qui vous dira le contraire…

Blessée et officiellement en arrêt suite à un incident sur une scène de crime dont elle garde les douloureux stigmates, mais dont elle n’a aucun souvenir, la policière refuse de se mettre au vert. Elle continue donc d’enquêter officieusement, grâce au soutien de son mari et de ses collègues, sur les meurtres perpétrés par un tueur qui écorche ses victimes et prélève de longues et fines bandes de peau. Ce charmant personnage se plaît également à mettre en scène ses crimes.

La route de D.D. croisera celle d’une psychiatre, Adeline, et ceci à double titre. D’abord dans le cadre de sa thérapie pour gérer cette douleur qui la handicape fortement et qui ne la quitte plus depuis son accident. Puis dans le cadre de son enquête sur le tueur à la rose… En plus d’être spécialisée dans le traitement de la douleur malgré une particularité génétique la rendant incapable de la ressentir, Adeline possède dans son patrimoine génétique une autre anomalie : elle est la fille d’un tueur en série, Harry Day, et la sœur d’une meurtrière aguerrie, Shana. Un héritage familial pesant surtout si l’on considère que les meurtres auxquels est confrontée la police s’inspirent fortement de ceux perpétrés par son père !

La mise en place de l’intrigue est efficace, l’autrice arrivant avec une facilité déconcertante à vous immerger dans son récit et à susciter en vous un certain nombre de questions, et ceci, dès les premières pages. À cela s’ajoute une narration alternée maîtrisée qui vous fera naviguer entre les pensées de D.D., d’Adeline, et de manière plus sporadique, de celles du tueur. 

Les deux femmes, dont les personnalités et les tempéraments sont diamétralement opposés, exercent pourtant le même intérêt sur le lecteur qui jubile autant à la découverte de la vie de l’une que de l’autre. C’est d’ailleurs l’un des atouts de ce roman, avoir su ménager un espace suffisant à chacune d’entre elles. Mais je dois bien avouer avoir développé, au fil de l’intrigue, une préférence pour les passages consacrés à Adeline.

La psychologie de ce personnage est, en effet, particulièrement bien travaillée. On assiste aux tourments et aux émotions très contradictoires qui l’assaillent notamment en ce qui concerne sa sœur. Il y a un vrai combat entre la psychiatre en elle qui sait pertinemment que Shana n’est pas capable d’émotions, et l’être humain qui espère quand même nouer avec cette tueuse des relations familiales. Autre aspect fascinant chez cette femme presque parfaite, sa relation à la douleur ou plus précisément, son absence de relation à la douleur. Alors qu’une vie sans souffrance physique aurait de quoi faire rêver, l’autrice nous prouve à quel point, la douleur fait partie de la vie et que sans cette dernière, on survit plutôt qu’on ne vit… Un constat amer qui poussera Adeline dans ses derniers retranchements.

On prend donc plaisir à suivre la vie et les pensées de cette femme complexe, et pas sans reproches, d’autant que Lisa Gardner, en bonne autrice de thrillers, sait jouer sur l’ambiguïté de son personnage. Liée par le sang à des meurtriers sanguinaires, peut-elle vraiment sortir indemne de cette famille qu’elle n’a pas vraiment connue, mais qui a pourtant fait tellement de dégâts dans sa vie et celle d’innocents ? Une manière pertinente et plutôt bien menée d’aborder le fameux débat entre inné et acquis. Apprend-on le goût du sang ou naît-on avec cette soif de sang, à moins que la réponse ne se situe au milieu ? À vous de vous faire votre propre opinion, mais vous verrez que sous la houlette de Lisa Gardner, rien n’est ni tout noir ni tout blanc.

L’enquête, sans être menée tambour battant, se révèle intéressante, voire palpitante, à mesure que l’étau se resserre autour de l’insaisissable tueur à la rose. Passé maître dans l’art de brouiller les pistes, ce tueur dégage une aura de mystère qui, en plus de laisser perplexe la police quant à ses motifs, le rend aussi dangereux qu’effrayant. Ce côté insaisissable joue en grande partie dans la tension et le suspense qui se dégagent du roman. On en vient, aux côtés de l’inspectrice D.D Warren, à se triturer les méninges pour essayer de déterminer qui est le tueur à la rose, et comprendre les raisons de ses agissements. Un simple psychopathe, un fan de Harry Day qui veut lui rendre hommage, le complice de Shana qui, depuis sa prison, serait responsable de ces horribles meurtres, ou la réalité est-elle bien plus tordue ? Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a su me mener en bateau…

Mue par la volonté/le besoin de lever le voile sur le tueur à la rose, j’ai lu le livre en trois soirées. Néanmoins, et là, c’est lié à ma propre personnalité et non à la qualité du roman, certaines scènes m’ont été difficilement supportables. Souffrant d’une phobie liée aux veines (oui, ça existe), et ne supportant pas les descriptions détaillées de blessures par arme blanche sur ces dernières, j’ai dû survoler certains passages. Cela ne m’a pas empêchée de passer un moment de lecture très addictif d’autant que ces scènes restent anecdotiques par rapport au reste de l’intrigue. Mais si vous êtes plutôt du genre sensible, mieux vaut être prévenu, l’autrice ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de sang.

En conclusion, une plume efficace, des personnages à la psychologie développée et complexe, un tueur insaisissable aux motifs flous, une enquête aux multiples ramifications, du suspense, de la tension, des scènes vous faisant passer par de nombreuses et intenses émotions… Tout autant de raisons qui vous pousseront à vous plonger avec angoisse et délectation dans ce roman qui devrait vous tenir en haleine jusqu’à la fin. Si vous avez envie d’un thriller puissant et intense qui se lit rapidement, À même la peau est fait pour vous.

Un Pays Celtique, tome 1 : Le Grand Hiver, Delenn Harper

Je remercie Delenn Harper pour m’avoir proposé de découvrir le premier tome de sa trilogie Un Pays Celtique : Le Grand Hiver.

RÉSUMÉ

Vous avez toujours voulu être une Prêtresse d’Avalon? Accéder aux Mystères de la tradition des Celtes? Vous ressentez l’Appel de Déesse et vous vous demandez comment vivre une spiritualité celtique et païenne dans ce monde? Vous aurez les réponses à toutes vos questions dans la trilogie « Un Pays Celtique ».

Cette trilogie initiatique se passe dans un monde où l’Histoire a été réinventée. Dans cette Histoire, les Celtes n’ont pas perdu contre les Romains, et notre Histoire moderne en est complètement changée.. Par voie de conséquence notre Europe aussi.. C’est dans cette autre Europe que l’héroïne va voyager en Eurostar entre Paris et Britonnia, où cette nation celtique vit en toute indépendance dans une Union Européenne actuelle…

Auto-édition (septembre 2018) – 164 pages – 10,54€ (broché) – ebook disponible

AVIS

Commençons par les points qui n’ont pas pu me permettre d’apprécier ma lecture à 100% malgré ses atouts : la présence de coquilles, surtout en début de roman, et un style qui n’a pas su me convaincre en raison d’une certaine maladresse dans la construction des phrases. Ces deux problèmes ont gêné ma lecture ce qui est dommage, l’univers ne manquant pas d’intérêt… Toutefois, il est à noter que l’autrice a décidé de faire corriger son roman. 

L’autrice part ici d’une idée qui m’a d’emblée plu : une Bretagne coupée en deux, avec pour conséquences des évolutions culturelles, sociétales et linguistiques différentes. On a donc d’un côté, une Bretagne francisée et coupée de ses traditions, et de l’autre côté, Britonnia, un état indépendant en pleine Europe. Et c’est dans cette Bretagne que Lania est « conviée » à venir étudier. Après quelques recherches sur cette nation qui lui est étrangère, elle consent à intégrer l’école Avalonia, l’École des Mystères du Pays d’Été. Mais avait-elle de toute manière vraiment le choix, sa lignée ayant parlé pour elle. Lania n’est pas une étudiante lambda au sein de l’école, mais une étudiante de la déesse, un statut rare, envié et jalousé…

Dès son arrivée à Avalonia, notre héroïne est décontenancée par la somme d’informations qui lui est donnée, l’enseignement au sein de l’école étant très riche et dense. Cette profusion de données peut également déstabiliser les lecteurs d’autant qu’elle rend difficile leur assimilation. J’aurais ainsi préféré que le livre soit un peu plus long afin de gagner en fluidité. J’ai néanmoins trouvé que le fait d’avoir à intégrer cette masse d’informations en si peu de temps facilitait le rapprochement avec Lania qui est exactement dans la même situation que nous. C’est une toute nouvelle vie avec ses propres codes qui s’offre à elle, et qui dit nouveauté, dit temps d’adaptation.

Avalonia est une école prestigieuse dont l’enseignement diffère nettement du nôtre, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai, en effet, d’emblée aimé la philosophie de cette école qui prône l’autonomie et la découverte de la connaissance par soi-même. Loin d’être dogmatique, l’enseignement dispensé permet à chacun de se faire ses propres opinions et de confronter ce qu’il a appris par le passé avec ce qu’il découvre. Sans réprouver les erreurs, il invite à les considérer comme une source puissante d’enseignement pour aller de l’avant. Des choses évidentes qui font tellement défaut dans notre système éducatif…

Mais ce que j’ai préféré, c’est découvrir aux côtés de Lania, des traditions et des coutumes qui m’étaient, pour la plupart, alors inconnues. Nous sont présentés, entre autres, les principes du druidisme, le respect du cycle des saisons, les différentes fêtes païennes, l’importance du spirituel et des mythes… Je ne vous cacherai pas que je suis loin d’avoir tout retenu, mais l’univers qui se dévoile à nous n’en demeure pas moins fascinant.

La vie ne se résumant pas à Avalonia, notre héroïne fait régulièrement des allers-retours à Paris, ceux-ci étant alors l’occasion pour elle de réfléchir et de mener un certain travail d’introspection. Même si ces passages m’ont parfois ennuyée, je reconnais qu’il est intéressant de voir progressivement le décalage se former entre Lania et sa famille, ses amis, et sa vie d’avant. Il faut dire que les enseignements reçus et les nouvelles connaissances acquises à Avalonia ne peuvent qu’impacter durablement sa vision de la vie et ses réactions.

Enfin, il y a un point qui m’a particulièrement plu dans ce récit, c’est la place donnée aux femmes que ce soit à travers les personnages ou les idées que l’on découvre au fil du récit. Bien que les traditions de Britonnia soient très anciennes, elles se révèlent résolument modernes quant au statut de la femme et de son indépendance notamment vis-à-vis des hommes. Alors que dans notre société, certains individus n’hésitent pas à enfermer les femmes dans un rôle précis une fois qu’elles se marient ou deviennent mères, ici, elles conservent ad vitam æternam leur liberté…

En conclusion, ne vous fiez pas à ses 160 pages, ce livre est dense, voire peut-être trop dense, une centaine de pages supplémentaires n’aurait pas été superflue pour permettre aux lecteurs d’assimiler tout ce que Lania découvre dans sa nouvelle vie à Avalonia. Cela ne m’a pas empêchée d’être intriguée par cet univers d’une grande richesse, et par toutes ces questions philosophiques soulevées tout au long du livre. Il est juste dommage que la présence de coquilles et de formulations un peu lourdes rendent la lecture parfois peu digeste. Je vous conseillerais donc d’attendre la version corrigée du livre avant de vous lancer, aux côtés de Lania, à l’assaut de ce monde celte et de ses passionnantes traditions.

Et vous, envie de feuilleter/découvrir le roman ?