À même la peau, Lisa Gardner

A même la peau (A.M.THRIL.POLAR) par [Gardner, Lisa]

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir en avant-première À même la peau de Lisa Gardner, une autrice que j’avais très envie de découvrir.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Deux meurtres spectaculaires sont perpétrés à Boston à six semaines d’intervalle. Dans les deux cas, les victimes sont des femmes seules, atrocement mutilées, à côté desquelles l’assassin a déposé une rose.

L’inspectrice D.D. Warren, chargée de l’enquête, décèle vite une similitude entre ces mises en scène macabres et une longue série de meurtres ayant défrayé la chronique à Boston quarante ans plus tôt et dont l’auteur, Harry Day, s’est suicidé depuis.

Seul recours pour D.D. Warren : se rapprocher des deux filles de Harry Day. Se pourrait-il qu’il y ait un lien entre les récents crimes et Shana et Adeline ? Pour le savoir, D.D. Warren va devoir se confronter à cette interrogation : peut-on échapper à son destin lorsqu’il est marqué du sceau de la mort ?

Une plongée stupéfiante au cœur d’un enfer familial : Lisa Gardner s’impose définitivement comme une virtuose du thriller psychologique.

Albin Michel (2 janvier 2019) – 512 pages – Broché (22,90€) – Ebook disponible

 

AVIS

Le prologue met tout de suite dans l’ambiance de ce que l’on va trouver dans ce roman : du sang, de la tension et de l’angoisse ! L’autrice attaque, en effet, très fort avec une scène qui a ce quelque chose d’angoissant qui vous fait rendre compte de la chance que vous avez de ne pas la vivre. Et ce n’est pas l’inspectrice D.D. Warren qui vous dira le contraire…

Blessée et officiellement en arrêt suite à un incident sur une scène de crime dont elle garde les douloureux stigmates, mais dont elle n’a aucun souvenir, la policière refuse de se mettre au vert. Elle continue donc d’enquêter officieusement, grâce au soutien de son mari et de ses collègues, sur les meurtres perpétrés par un tueur qui écorche ses victimes et prélève de longues et fines bandes de peau. Ce charmant personnage se plaît également à mettre en scène ses crimes.

La route de D.D. croisera celle d’une psychiatre, Adeline, et ceci à double titre. D’abord dans le cadre de sa thérapie pour gérer cette douleur qui la handicape fortement et qui ne la quitte plus depuis son accident. Puis dans le cadre de son enquête sur le tueur à la rose… En plus d’être spécialisée dans le traitement de la douleur malgré une particularité génétique la rendant incapable de la ressentir, Adeline possède dans son patrimoine génétique une autre anomalie : elle est la fille d’un tueur en série, Harry Day, et la sœur d’une meurtrière aguerrie, Shana. Un héritage familial pesant surtout si l’on considère que les meurtres auxquels est confrontée la police s’inspirent fortement de ceux perpétrés par son père !

La mise en place de l’intrigue est efficace, l’autrice arrivant avec une facilité déconcertante à vous immerger dans son récit et à susciter en vous un certain nombre de questions, et ceci, dès les premières pages. À cela s’ajoute une narration alternée maîtrisée qui vous fera naviguer entre les pensées de D.D., d’Adeline, et de manière plus sporadique, de celles du tueur. 

Les deux femmes, dont les personnalités et les tempéraments sont diamétralement opposés, exercent pourtant le même intérêt sur le lecteur qui jubile autant à la découverte de la vie de l’une que de l’autre. C’est d’ailleurs l’un des atouts de ce roman, avoir su ménager un espace suffisant à chacune d’entre elles. Mais je dois bien avouer avoir développé, au fil de l’intrigue, une préférence pour les passages consacrés à Adeline.

La psychologie de ce personnage est, en effet, particulièrement bien travaillée. On assiste aux tourments et aux émotions très contradictoires qui l’assaillent notamment en ce qui concerne sa sœur. Il y a un vrai combat entre la psychiatre en elle qui sait pertinemment que Shana n’est pas capable d’émotions, et l’être humain qui espère quand même nouer avec cette tueuse des relations familiales. Autre aspect fascinant chez cette femme presque parfaite, sa relation à la douleur ou plus précisément, son absence de relation à la douleur. Alors qu’une vie sans souffrance physique aurait de quoi faire rêver, l’autrice nous prouve à quel point, la douleur fait partie de la vie et que sans cette dernière, on survit plutôt qu’on ne vit… Un constat amer qui poussera Adeline dans ses derniers retranchements.

On prend donc plaisir à suivre la vie et les pensées de cette femme complexe, et pas sans reproches, d’autant que Lisa Gardner, en bonne autrice de thrillers, sait jouer sur l’ambiguïté de son personnage. Liée par le sang à des meurtriers sanguinaires, peut-elle vraiment sortir indemne de cette famille qu’elle n’a pas vraiment connue, mais qui a pourtant fait tellement de dégâts dans sa vie et celle d’innocents ? Une manière pertinente et plutôt bien menée d’aborder le fameux débat entre inné et acquis. Apprend-on le goût du sang ou naît-on avec cette soif de sang, à moins que la réponse ne se situe au milieu ? À vous de vous faire votre propre opinion, mais vous verrez que sous la houlette de Lisa Gardner, rien n’est ni tout noir ni tout blanc.

L’enquête, sans être menée tambour battant, se révèle intéressante, voire palpitante, à mesure que l’étau se resserre autour de l’insaisissable tueur à la rose. Passé maître dans l’art de brouiller les pistes, ce tueur dégage une aura de mystère qui, en plus de laisser perplexe la police quant à ses motifs, le rend aussi dangereux qu’effrayant. Ce côté insaisissable joue en grande partie dans la tension et le suspense qui se dégagent du roman. On en vient, aux côtés de l’inspectrice D.D Warren, à se triturer les méninges pour essayer de déterminer qui est le tueur à la rose, et comprendre les raisons de ses agissements. Un simple psychopathe, un fan de Harry Day qui veut lui rendre hommage, le complice de Shana qui, depuis sa prison, serait responsable de ces horribles meurtres, ou la réalité est-elle bien plus tordue ? Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a su me mener en bateau…

Mue par la volonté/le besoin de lever le voile sur le tueur à la rose, j’ai lu le livre en trois soirées. Néanmoins, et là, c’est lié à ma propre personnalité et non à la qualité du roman, certaines scènes m’ont été difficilement supportables. Souffrant d’une phobie liée aux veines (oui, ça existe), et ne supportant pas les descriptions détaillées de blessures par arme blanche sur ces dernières, j’ai dû survoler certains passages. Cela ne m’a pas empêchée de passer un moment de lecture très addictif d’autant que ces scènes restent anecdotiques par rapport au reste de l’intrigue. Mais si vous êtes plutôt du genre sensible, mieux vaut être prévenu, l’autrice ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit de sang.

En conclusion, une plume efficace, des personnages à la psychologie développée et complexe, un tueur insaisissable aux motifs flous, une enquête aux multiples ramifications, du suspense, de la tension, des scènes vous faisant passer par de nombreuses et intenses émotions… Tout autant de raisons qui vous pousseront à vous plonger avec angoisse et délectation dans ce roman qui devrait vous tenir en haleine jusqu’à la fin. Si vous avez envie d’un thriller puissant et intense qui se lit rapidement, À même la peau est fait pour vous.

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Un Pays Celtique, tome 1 : Le Grand Hiver, Delenn Harper

Je remercie Delenn Harper pour m’avoir proposé de découvrir le premier tome de sa trilogie Un Pays Celtique : Le Grand Hiver.

RÉSUMÉ

Vous avez toujours voulu être une Prêtresse d’Avalon? Accéder aux Mystères de la tradition des Celtes? Vous ressentez l’Appel de Déesse et vous vous demandez comment vivre une spiritualité celtique et païenne dans ce monde? Vous aurez les réponses à toutes vos questions dans la trilogie « Un Pays Celtique ».

Cette trilogie initiatique se passe dans un monde où l’Histoire a été réinventée. Dans cette Histoire, les Celtes n’ont pas perdu contre les Romains, et notre Histoire moderne en est complètement changée.. Par voie de conséquence notre Europe aussi.. C’est dans cette autre Europe que l’héroïne va voyager en Eurostar entre Paris et Britonnia, où cette nation celtique vit en toute indépendance dans une Union Européenne actuelle…

Auto-édition (septembre 2018) – 164 pages – 10,54€ (broché) – ebook disponible

AVIS

Commençons par les points qui n’ont pas pu me permettre d’apprécier ma lecture à 100% malgré ses atouts : la présence de coquilles, surtout en début de roman, et un style qui n’a pas su me convaincre en raison d’une certaine maladresse dans la construction des phrases. Ces deux problèmes ont gêné ma lecture ce qui est dommage, l’univers ne manquant pas d’intérêt… Toutefois, il est à noter que l’autrice a décidé de faire corriger son roman. 

L’autrice part ici d’une idée qui m’a d’emblée plu : une Bretagne coupée en deux, avec pour conséquences des évolutions culturelles, sociétales et linguistiques différentes. On a donc d’un côté, une Bretagne francisée et coupée de ses traditions, et de l’autre côté, Britonnia, un état indépendant en pleine Europe. Et c’est dans cette Bretagne que Lania est « conviée » à venir étudier. Après quelques recherches sur cette nation qui lui est étrangère, elle consent à intégrer l’école Avalonia, l’École des Mystères du Pays d’Été. Mais avait-elle de toute manière vraiment le choix, sa lignée ayant parlé pour elle. Lania n’est pas une étudiante lambda au sein de l’école, mais une étudiante de la déesse, un statut rare, envié et jalousé…

Dès son arrivée à Avalonia, notre héroïne est décontenancée par la somme d’informations qui lui est donnée, l’enseignement au sein de l’école étant très riche et dense. Cette profusion de données peut également déstabiliser les lecteurs d’autant qu’elle rend difficile leur assimilation. J’aurais ainsi préféré que le livre soit un peu plus long afin de gagner en fluidité. J’ai néanmoins trouvé que le fait d’avoir à intégrer cette masse d’informations en si peu de temps facilitait le rapprochement avec Lania qui est exactement dans la même situation que nous. C’est une toute nouvelle vie avec ses propres codes qui s’offre à elle, et qui dit nouveauté, dit temps d’adaptation.

Avalonia est une école prestigieuse dont l’enseignement diffère nettement du nôtre, ce qui n’est pas pour me déplaire. J’ai, en effet, d’emblée aimé la philosophie de cette école qui prône l’autonomie et la découverte de la connaissance par soi-même. Loin d’être dogmatique, l’enseignement dispensé permet à chacun de se faire ses propres opinions et de confronter ce qu’il a appris par le passé avec ce qu’il découvre. Sans réprouver les erreurs, il invite à les considérer comme une source puissante d’enseignement pour aller de l’avant. Des choses évidentes qui font tellement défaut dans notre système éducatif…

Mais ce que j’ai préféré, c’est découvrir aux côtés de Lania, des traditions et des coutumes qui m’étaient, pour la plupart, alors inconnues. Nous sont présentés, entre autres, les principes du druidisme, le respect du cycle des saisons, les différentes fêtes païennes, l’importance du spirituel et des mythes… Je ne vous cacherai pas que je suis loin d’avoir tout retenu, mais l’univers qui se dévoile à nous n’en demeure pas moins fascinant.

La vie ne se résumant pas à Avalonia, notre héroïne fait régulièrement des allers-retours à Paris, ceux-ci étant alors l’occasion pour elle de réfléchir et de mener un certain travail d’introspection. Même si ces passages m’ont parfois ennuyée, je reconnais qu’il est intéressant de voir progressivement le décalage se former entre Lania et sa famille, ses amis, et sa vie d’avant. Il faut dire que les enseignements reçus et les nouvelles connaissances acquises à Avalonia ne peuvent qu’impacter durablement sa vision de la vie et ses réactions.

Enfin, il y a un point qui m’a particulièrement plu dans ce récit, c’est la place donnée aux femmes que ce soit à travers les personnages ou les idées que l’on découvre au fil du récit. Bien que les traditions de Britonnia soient très anciennes, elles se révèlent résolument modernes quant au statut de la femme et de son indépendance notamment vis-à-vis des hommes. Alors que dans notre société, certains individus n’hésitent pas à enfermer les femmes dans un rôle précis une fois qu’elles se marient ou deviennent mères, ici, elles conservent ad vitam æternam leur liberté…

En conclusion, ne vous fiez pas à ses 160 pages, ce livre est dense, voire peut-être trop dense, une centaine de pages supplémentaires n’aurait pas été superflue pour permettre aux lecteurs d’assimiler tout ce que Lania découvre dans sa nouvelle vie à Avalonia. Cela ne m’a pas empêchée d’être intriguée par cet univers d’une grande richesse, et par toutes ces questions philosophiques soulevées tout au long du livre. Il est juste dommage que la présence de coquilles et de formulations un peu lourdes rendent la lecture parfois peu digeste. Je vous conseillerais donc d’attendre la version corrigée du livre avant de vous lancer, aux côtés de Lania, à l’assaut de ce monde celte et de ses passionnantes traditions.

Et vous, envie de feuilleter/découvrir le roman ?

La proie du dragon – Tome 1 : Altérés, Florence Cochet

Couv La proie du dragon

Je remercie Orson Wilmer et Florence Cochet pour m’avoir permis de découvrir La proie du dragon.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’humanité a failli être décimée lors d’une apocalypse déclenchée par des intelligences artificielles. Trois siècles plus tard, le fléau a été maîtrisé par le gouvernement grâce à un contrôle strict des technologies. C’est dans ce monde que la jeune Lutessa vit paisiblement avec son père qu’elle adore. Jusqu’au jour où il sabote son concours d’entrée à l’Institut des Technologies, brisant son rêve de devenir ingénieure. De quoi veut-il la protéger en l’empêchant de partir étudier à la capitale ? Le pire survient quelques jours après lorsque Lutessa est infectée par de dangereux nanorobots. Emmenée de force dans les laboratoires du gouvernement, Lutessa découvre que les apparences sont souvent trompeuses. Les autorités veulent-elles protéger les citoyens ou, au contraire, les asservir ? Lutessa se retrouve au cœur d’enjeux qui vont la mettre sur les traces de ses origines et de sa mission…

Éditions Dreamland (14 mars 2018) – 320 pages – 16,50€ (broché) – ebook disponible

EXTRAIT AUDIO

Chose originale, l’autrice vous propose des extraits audio de son livre sur Youtube.

AVIS

N’étant pas très fan de science-fiction et les ambiances post-apocalyptiques me plaisant à petites doses, je n’étais pas forcément la cible type de ce roman. Et pourtant, le résumé et l’extrait feuilleté m’ont donné d’emblée envie d’en apprendre plus.

C’est peut-être d’ailleurs là le secret de Florence Cochet pour happer votre attention : arriver à vous immerger dès les premières pages dans son imaginaire et cet univers dans lequel la technologie, source de peur, est strictement encadrée. Il faut dire que l’humanité qui s’est relevée d’une apocalypse orchestrée par des intelligences artificielles a retenu les leçons du passé, du moins, en apparence… Par mesure de sécurité et afin de prévenir tout parasitisme par des nanorobots, la population est donc soumise régulièrement à des impulsions électromagnétiques supposées les détruire. Et pour les personnes qui, malgré ces précautions, seraient infectées, le Centre tente de les soigner. Une présence rassurante qui veille sur la sécurité des habitants…

C’est en tout cas ce que pensait Lutessa, une jeune fille menant une existence banale si on fait abstraction des médicaments qu’elle doit ingurgiter ou de cet épisode étrange durant lequel elle fait montre d’une expertise étonnante pour réparer une boîte à musique. Très proche de son père avec lequel elle vit seule depuis la mort de sa mère, elle n’aspire qu’à une chose, intégrer avec son meilleur ami l’Institut des Technologies. Un rêve que son père brisera sans qu’elle n’en comprenne tout de suite les raisons. Mais cette épreuve n’est rien par rapport à celle qui l’attend quand les autorités découvriront qu’elle est infectée par ces nanorobots tant redoutés… 

Embarquée de force avec d’autres « contaminés » à destination des laboratoires du gouvernement, Lutessa sera secourue par des personnes qui feront voler en éclats ses certitudes sur son monde, mais aussi sur ce qu’elle est, sa nature profonde... Loin d’apporter tout de suite les réponses aux questions que l’on se pose, l’autrice prend soin de faire durer le suspense, levant progressivement le voile sur les mystères qui entourent la jeune fille. Un procédé redoutable qui nous tient en haleine et nous donne très envie de découvrir les raisons qui font d’elle une personne aussi spéciale, une personne que tout le monde semble convoiter, « gentils » comme « méchants ». Je mets des guillemets, car vous verrez que dans ce monde, rien n’est tout noir ni tout blanc…

Lutessa est une jeune femme qui a dû abandonner ses ambitions devant les circonstances, mais qui ne se laisse pas abattre. Elle a du caractère, prend parfois des décisions irréfléchies, mais qu’elle pense justes ou nécessaires. Pas parfaite ni tête à claques, c’est une personne dont on arrive sans peine à comprendre les réactions et ressentir les émotions. L’autrice nous offre ainsi une héroïne réaliste à laquelle il est aisé de s’identifier. On a donc envie de la suivre et de la voir évoluer face aux épreuves qu’elle va devoir affronter. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est gâtée à ce niveau. Entre les dangers, les trahisons, les découvertes sur elle et sur son monde, elle n’aura de cesse de naviguer en eaux troubles.

Pour l’aider dans sa nouvelle vie, elle pourra heureusement compter sur l’aide, parfois la bienveillance, de ses « sauveurs », des rebelles qui s’opposent aux règles en vigueur. Ils prônent une cohabitation avec les intelligences artificielles, loin de la défiance des autorités, mais aussi loin de l’envie de certaines personnes de se soumettre entièrement à cette forme d’intelligence. Une troisième voie que Lutessa découvre de l’intérieur… Parmi ses sauveurs, certains se révèlent plus attachants que d’autres à l’instar de Daryl qui porte en lui des blessures que l’on a envie de panser. Et puis il y a Dragon, un personnage charismatique et puissant qui aidera Lutessa à utiliser ses capacités et à s’adapter à sa nouvelle vie. J’avouerai avoir eu des sueurs froides en anticipant une banale romance, mais je vous rassure, aucun violon à l’horizon, pas de coup de foudre instantané et réciproque, pas de mâle protecteur et machiste… Les échanges entre les deux protagonistes laissent anticiper une certaine évolution dans leur relation, mais je fais confiance à l’autrice pour ne pas tomber dans la banalité et les stéréotypes.

Au-delà de l’univers captivant qui prend vie sous nos yeux, Florence Cochet, sous couvert d’une œuvre fictive, aborde des thèmes qui sont, quant à eux, bien réels : la santé et le vieillissement de la population, l’écologie, l’inconscience collective et la destruction de la planète par l’homme, le consumérisme, la surpopulation, le développement de la technologie à outrance et sans garde-fous… Au fil de notre lecture, on ne peut que s’interroger sur notre propre monde et ses multiples dérives. Une réflexion qui nous conduit à comprendre, mais non légitimer, le raisonnement ayant poussé les intelligences artificielles à vouloir réguler la plus grande menace pour le bien-être de tous, l’homme.

Comme vous avez pu le constater, le roman possède un certain nombre d’atouts qui en ont rendu sa lecture prenante et immersive. Mais le charme du roman réside principalement, du moins pour moi, dans le style de l’autrice auquel j’ai adhéré dès les premières lignes. L’écriture est fluide, rythmée, imagée et parfaitement maîtrisée. Florence Cochet est professeure de français, et ça se ressent. Aucune redondance, aucune approximation, et une plume qui colle au récit : les phases d’action sont rythmées et immersives, les explications concises et claires, les émotions exprimées sans pathos, mais avec justesse, les interactions entre les personnages vivantes et réalistes, les dialogues naturels…

En conclusion, Altérés est un roman qui m’a très agréablement surprise. Je m’attendais à un univers post-apocalyptique classique quand j’y ai découvert un univers original dans lequel aucune place n’est laissée à l’improvisation. Porté par une très belle plume et des personnages bien construits, ce premier tome laisse présager une suite tout aussi riche en actions, révélations et tension. Cerise sur le gâteau, l’autrice a veillé à rendre son livre accessible même aux lecteurs ne lisant que peu, voire jamais, de romans de SF ou post-apocalyptiques. Si vous voulez vous lancer, ce livre est fait pour vous. Et si au contraire, vous êtes un aficionado du genre, vous devriez être conquis par l’originalité du récit.

Et vous, envie d’en apprendre plus sur ce roman ?
Feuilletez-en un extrait sur le site de l’autrice et/ou retrouvez-le sur Amazon.

La Vraie Vie, Adeline Dieudonné #MRL18 #Rakuten

Je remercie Rakuten et les éditions Iconoclaste pour m’avoir permis de découvrir La Vraie Vie d’Adeline Dieudonné. Ce livre a été lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un huis-clos familial noir. Un roman initiatique drôle et acide. 
Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. Une découverte.

Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. Les pavillons s’alignent comme des pierres tombales. Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère, est transparente, amibe, craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glace. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

  • Broché: 265 pages
  • Éditeur : L’Iconoclaste (29 août 2018)
  • Prix : 17€

AVIS

Quand j’ai participé au tirage au sort pour recevoir La Vraie Vie dans le cadre des matchs de la rentrée littéraire, je n’en avais pas encore beaucoup entendu parler, et n’avais donc pas anticipé l’engouement qu’il susciterait. Un engouement à double tranchant, car à force d’entendre dire que c’était une merveille, mes attentes étaient quelque peu élevées…

Or, si j’ai passé un moment de lecture intéressant et intense, mon avis, sans être négatif, sera plus nuancé. La faute au malaise ressenti face à l’héroïne de dix ans, en début de roman, qui s’exprime avec une telle éloquence qu’elle vous en donne des complexes. Ses propos sont à des années-lumière de ce que l’on peut attendre d’une enfant de cet âge même en considérant qu’elle soit très intelligente. J’ai, en outre, été gênée de la manière dont est amorcée sa découverte de la sexualité… Son attirance, voire son obsession, pour un père de famille peut s’expliquer par le décalage entre son âge physique et son âge mental, mais cela m’a paru bien trop malsain… Ces points ne m’ont pas empêchée de m’immerger dans l’histoire, mais le choix de l’autrice d’effacer la barrière de l’âge m’a décontenancée à plusieurs reprises.

J’ai, en revanche, apprécié que notre héroïne, que l’on suit pendant cinq ans, ne soit jamais nommée. Elle est bien trop atypique et hors du commun pour que cette absence de prénom ne permette d’en faire un personnage universel, mais ce procédé donne un air de conte, version non censurée par Disney, fort prenant et percutant. La fillette, par sa présence d’esprit, sa pugnacité et son intelligence, se positionne d’emblée bien au-dessus des autres personnages. Elle n’en est pas pour autant prétentieuse, mais elle dégage une aura qui donne l’impression d’avoir affaire à une personne extraordinaire qui est tombée, par le caprice du destin, dans une famille complètement déréglée. Alors comme une héroïne de conte, elle va prendre sa vie à bras-le-corps et affronter les obstacles qui se mettent entre elle et son objectif, sauver son frère, Gilles.

Témoin d’un accident qui aurait pu prêter à rire si ses conséquences n’avaient pas été aussi dramatiques, ce frère adoré a perdu son beau sourire et sa joie de vivre. Effacé le petit frère aimant et joyeux dont elle était si proche… Une situation intolérable pour notre héroïne qui va, malgré sa situation familiale difficile, entre un père violent et une mère plus intéressée par les animaux que par ses propres enfants, dédier sa vie à un seul objectif : redonner le sourire à Gilles. Avec une naïveté touchante, elle va alors se mettre en tête de remonter le temps pour le sauver de ce tragique épisode. Cet amour inconditionnel pour son frère, qui menace de suivre les traces de son père, est très beau à voir, d’autant qu’il va la pousser à se dépasser intellectuellement et la transformer en amoureuse des sciences. Mais au bout d’un moment, cette relation finit par mettre mal à l’aise, la fillette refusant de faire face à ce qu’est devenu cet être qu’elle essaie à tout prix d’aider : un bourreau... Peut-on vraiment tout accepter par amour ?

Au niveau du style de l’autrice, le point fort du roman en ce qui me concerne, rien à redire. C’est léché, poétique, métaphorique, beau et brutal à la fois comme peut l’être la vie. Certains passages sont d’une cruauté sans nom comme celui de la traque dans laquelle notre jeune héroïne, sous l’ordre de son père, se transforme en proie ! C’est frigorifiant d’autant plus que l’autrice arrive pleinement à retranscrire l’ambiance de cette scène digne d’un film d’horreur. Mais à côté de ces instants qui sont à la limite du supportable, il y a de très beaux passages dans lesquels l’autrice nous montre toute la détermination de cette fillette prête à tout pour sauver son frère de la hyène, ce symbole de mort et de noirceur qui menace de le dévorer de l’intérieur.

Porté par une plume diablement prenante, ce roman se lit tout seul, mais il n’en demeure pas moins éprouvant mentalement, une ambiance malsaine entourant l’histoire de cette famille dont le mot violence semble ancré dans les gènes. Si cela peut plaire aux lecteurs en quête d’émotions fortes, j’ai fini par être dérangée par ce sentiment de surenchère. À cet égard, la fin, abrupte et sauvage, m’a semblé « too much », un peu comme si ses fondations n’étaient pas assez solides pour offrir aux lecteurs une conclusion réaliste. Je comprends néanmoins que l’autrice ait pu considérer qu’elle était le point final parfait à un récit où l’amour se dispute à la violence…

Dans tous les cas, cette histoire ne pourra que toucher et perturber, car elle décortique avec précision les mécanismes de la violence domestique physique et morale à travers un père cruel, pervers et violent. Obnubilé par le sang et la mort, il instaurera au sein de son foyer le règne de la terreur et des coups ! Un barbare qui s’acharnera sur sa femme quand son besoin de sang ne sera pas satisfait… Une femme qui m’a d’ailleurs fait énormément de peine puisque chaque personne de sa famille semble la considérer comme quantité négligeable. Bien sûr, on se révolte devant son inertie face à son mari, mais pour ma part, j’ai surtout vu une femme en grande souffrance qui se réfugie dans l’amour des animaux, ces créatures qui recevront avec plaisir son amour sans jamais la juger… Fort heureusement, notre héroïne, qui aura parfois des paroles teintées d’indifférence envers sa mère, se rendra compte que finalement, derrière les silences et les absences, se cache bien un être de chair.

En conclusion, La Vraie Vie est une lecture qui remue et qui dérange, mais qui, à mon sens, tombe parfois dans la surenchère de situations malsaines. Le roman porte néanmoins bien son nom dans la mesure où comme dans la réalité, la noirceur la plus totale côtoie l’amour le plus pur. D’une intensité que tous les lecteurs ne seront pas forcément capables d’accueillir, ce roman prend également des allures de conte cruel dans lequel une fillette brillante, naïve et lucide à la fois, va jouer le premier rôle, celui de l’héroïne courageuse. À la place du monstre, le père et comme quête, le salut d’une âme abîmée en passe de définitivement s’égarer… Quant à la morale, y en a-t-il vraiment une ? Je vous laisserai le soin de vous faire votre propre opinion sur le sujet.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne.

Sous la ville rouge, René Frégni

 

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Charlie Hasard habite à Marseille. Ce solitaire ne connaît que deux passions : l’écriture et la boxe. Il a subi de nombreux échecs auprès des éditeurs, et trouve un exutoire dans les séances d’entraînement. Quand un de ses textes attire enfin l’attention d’un éditeur parisien, Charlie est persuadé que sa vie va enfin changer… C’est en réalité le début pour lui d’un effrayant engrenage.
L’histoire de cet écrivain cherchant ses mots à coups de pioche se déroule dans le cadre lumineux et violent de Marseille, que René Frégni décrit avec le lyrisme sensuel qui est sa marque. Sous la ville rouge : à la fois un thriller redoutablement efficace et une fable sur le désir d’écrire.

  • Broché: 128 pages
  • Editeur : Gallimard (19 avril 2013)
  • Collection : Blanche
  • Prix : 11,90€

AVIS

Le propos est poétique, l’écriture est puissante, mais pourtant, je vais avoir du mal à vous parler de ce livre. D’une part, il fait partie de ces romans trop courts pour prendre le risque d’en parler longtemps sans vous dévoiler l’information de trop. Et d’autre part, c’est le genre d’ouvrage qui résonnera différemment d’un lecteur à l’autre, question de sensibilité sans aucun doute.

Placé sur ma route par hasard, j’ai choisi de lire ce roman en raison de son résumé et de la promesse d’une lecture rapide. Un choix judicieux puisque la lecture fut fulgurante et quelque peu intense ! L’auteur narre en moins de cent trente pages, la vie d’un écrivain qui ne recevra ses lettres de noblesse que dans la déchéance.

La vie de Charlie, Marseillais de cœur et de vie, est rythmée par ses entraînements de boxe, sport qu’il pratique dans un club où il a ses habitudes, et ses moments bien à lui où il laisse la passion de l’écriture et des mots s’exprimer. Entre les deux, il y a quelques boulots alimentaires… Allant de désillusion en désillusion sur le milieu littéraire trusté par l’élite parisienne et le copinage de circonstance, il recevra pourtant un jour ce coup de fil tant attendu d’un éditeur parisien ! Ce coup de fil que chaque auteur ne peut s’empêcher d’espérer…

Mais coup, non par de poing, mais de théâtre : l’opportunité s’évapore devant l’opposition ferme et définitive d’un membre du comité de lecture de l’éditeur. Exaltation puis stupeur, désespoir, colère… Des sentiments forts et antagonistes qui transformeront le feu en glace. Consumé par la rancœur et la haine, l’homme perd ainsi pied et laisse cette violence qui sourdait en lui, comme un monstre tapi dans le recoin sombre d’une rue, exploser. Il faut dire que depuis qu’il a décidé de consacrer sa vie à l’écriture, Charlie a eu le temps d’accumuler les camouflets, les désillusions et cette absolue certitude que le monde de l’édition est scindé en deux. D’un côté, les opportunistes sans talent qui ont du succès grâce à leurs relations, et de l’autre, ceux qui, comme lui, écrivent avec leurs tripes, mais qui ne font pas partie de cette élite parisienne que les médias s’arrachent.

Dans un déchaînement de violence face à l’injustice de la situation, Charles va commettre l’irréparable. Commencera alors pour lui une lente descente aux enfers faite de sueur, de peur, de terreur, mais aussi d’introspection. Déambulant dans les rues de Marseille, cette ville de tous les extrêmes, il essaiera de noyer sa culpabilité dans la luxure, du moins, sur écran, et dans le réconfort de ces rues qu’il connaît si bien. L’homme repense aussi au passé, et à cette mère qui l’a tant aimé… Puis dans un ultime geste de délivrance et d’abandon, à moins que ce ne soit dans un dernier sursaut de vie, il réussit ce dont il ne pensait plus être capable. Mais n’est-ce pas trop tard ? Le rêve ne s’est-il pas déjà évaporé ne laissant sur son sillage qu’un homme nu face à la vie ?

Ce roman est déstabilisant, l’auteur mêlant avec talent brutalité, voire bestialité, et beauté/poésie. L’écriture est belle, poétique, fluide tout en dégageant ce qu’il faut de noirceur pour poser, page après page, les jalons d’un futur drame. On sent cette violence émanant de Charlie quitter la salle de boxe pour s’insérer dans sa vie, par tous les pores de cette peau dans laquelle notre homme ne semble pas forcément à l’aise. Le drame prend alors corps sous nos yeux tout en nous invitant à nous interroger sur ce désir d’écriture tellement intense qu’il pousse un homme à tout sacrifier…

En conclusion, d’une très belle plume teintée de vérité, de beauté et de violence, René Frégni nous propose ici le portrait d’un homme bercé par des rêves d’écriture qui viendront durement et brutalement se fracasser devant la réalité. Un roman court et intense qui revisite avec succès, bien que de manière succincte, le mythe de l’écrivain maudit, ou du moins, de l’écrivain abîmé par la vie et cette écriture dans laquelle il s’est plongé corps et âme au point de s’y noyer…

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Vous pouvez le feuilleter sur le site des éditions Gallimard.

 

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Les chemins de la délivrance, Christelle Rousseau

Je remercie Babelio et Évidence éditions pour m’avoir permis de découvrir Les chemins de la délivrance de Christelle Rousseau.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La seconde guerre mondiale éclate. La vie de millions de gens va en être bouleversée. Certains vont y voir une manière de grimper l’échelle du pouvoir, d’autres vont se lancer à corps perdu dans la guerre ou la résistance, quelque soit leur camp. Leur destin va en être totalement changé. Quelques fois la réalité va se révéler plus cruelle que prévue et imposer des choix et des décisions qui auront un impact plus ou moins important sur leur destinée. Louise, Simone, Dieter, Katerina, Gustav et bien d’autres, vont se retrouver entraîner dans la spirale infernale de la guerre dont ils ne sortiront pas indemnes.

  • Broché: 624 pages
  • Editeur : Évidence Éditions (1 janvier 2017)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

L’autrice a pris ici le parti intéressant de nous parler de la Seconde Guerre mondiale à travers une galerie de personnages variés dont on partage des tranches de vie.  À mesure que nous découvrons chacun des protagonistes, les grandes étapes et horreurs de cette guerre se rappellent à notre mémoire : la montée en puissance d’Hitler, l’arrivée des Allemands en France, l’exode, l’appel du général de Gaulle du 18 juin 1940, les déportations, les camps de concentration et les conditions de vie monstrueuses, les chambres à gaz,  la rafle du Vél d’Hiv, les pénuries alimentaires, la faim et le rationnement, la résistance, les massacres… Tout autant d’événements et de faits que nous connaissons tous, mais qu’il est important de garder en mémoire.

J’ai été happée dès les premières pages par le récit, mais il y a un point que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est que l’autrice n’est pas tombée dans le manichéisme trop courant qui consiste à opposer les méchants Allemands aux gentils Français. Certains Allemands, horrifiés par les actes du Führer, aideront la population française et la résistance comme Dieter qui profitera de sa position de traducteur pour sauver de nombreuses vies. Une bravoure d’autant plus louable qu’à l’inverse, des Français n’hésiteront pas à trahir leur pays soit par conviction soit pour obtenir argent et statut social faisant fi de toute moral, solidarité et humanité. Ils dénonceront, espionneront, tortureront… sous l’œil dégoûté du lecteur qui se rappellera que hélas, ces comportements ont bel et bien existé.

L’autrice nous parle aussi de tous ces Français qui vont lutter seuls ou de manière organisée, pour sauver des individus, voire des familles entières... Il y a bien sûr ceux qui entrent dans la résistance, mais aussi ces officiers de police qui avertissent ou détournent les ordres sans oublier ces héros du peuple qui cachent, soignent, logent ou nourrissent les personnes en danger qui croisent leur route. La guerre révélera donc ce qu’il y a de plus beau comme ce qu’il y a de pire chez les hommes et ceci, nonobstant leur nationalité !

Le roman contient beaucoup de personnages, tous très différents. Certains sont d’emblée antipathiques à l’instar de Colette, une opportuniste qui n’hésitera pas à trahir quand cela l’arrange ou d’Émilie Gouraud, une ancienne sportive qui va mettre ses capacités physiques au service de l’Allemagne. D’autres se révèlent, a contrario, tout de suite attachants : Louise, Maja, Rebecca, Pierre, Dieter… Il y a également dans le lot, un homme qui se détache. D’abord fidèle aux principes d’Hitler, il va finalement prendre conscience de la folie de cet « homme » et œuvrer dans l’ombre pour l’arrêter. Loin d’être un héros, c’est le genre de personnage qui met mal à l’aise, car s’il évolue, cela n’efface pas tout le mal qu’il a pris plaisir à faire.

J’ai haï certains personnages, mais il y en a beaucoup d’autres que j’ai adorés en raison de leur gentillesse, de leur personnalité et de leur courage. Et pour ceux-ci, je n’ai pu que suivre avec angoisse, la boule au creux de l’estomac, les nombreux dangers qu’ils affrontent. On sait pertinemment que tous ne survivront pas, les happy ends n’étant pas légion dans une guerre, a fortiori dans une guerre aussi destructrice que la Seconde Guerre mondiale, mais on continue quand même d’espérer une fin heureuse pour chacun. 

Malgré tous ces meurtres, cette haine qui s’engouffre dans le cœur des gens et les terribles injustices auxquelles on assiste, l’amitié et l’amour restent présents dans le roman : les amis s’aident, se soutiennent, mais sont aussi parfois séparés à jamais. Et ces séparations brutales ne pourront que vous briser le cœur. De la même manière, des couples se forment bien souvent dans l’angoisse de perdre l’être aimé ou d’être sévèrement jugés par la société quand il s’agit de couples franco-allemands. Pour ma part, j’ai été très touchée par ces couples qui, malgré les épreuves qu’ils rencontrent et l’angoisse permanente dans laquelle ils vivent, se soutiennent et œuvrent souvent de concert pour le bien de la France.

La Seconde Guerre mondiale n’est pas un sujet des plus faciles à traiter, mais Christelle Rousseau s’en sort très bien en nous proposant un livre rythmé et prenant. L’alternance des personnages et la présence de chapitres courts offrent ainsi une grande fluidité au récit que l’on découvre à une vitesse folle, pris dans le tourbillon des événements. Quant à la plume de l’autrice, elle se révèle assez factuelle sans pour autant être rébarbative. En gardant une juste distance avec ses personnages et en évitant tout pathos, elle arrive à nous faire ressentir l’horreur de cette guerre qui a exterminé sans aucune pitié des êtres humains pour des raisons totalement absurdes… Pour être au plus près de la réalité, elle évoque également des scènes de torture, mais toujours en gardant une certaine sobriété. C’est cru et brutal, mais on ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou la surenchère dans les descriptions. Ces scènes font réagir, mais ce qui m’a le plus émue et touchée, ce sont des épisodes forts comme la rafle du Vel d’Hiv, la découverte des chambres à gaz de l’intérieur, ces familles/amis/amants séparés… Des événements dramatiques que l’on a tous étudiés, mais qui marquent toujours autant.

J’ai beaucoup apprécié ma lecture, mais la multiplicité des personnages pourra dérouter certaines personnes. Je vous conseillerais donc de lire le livre sans faire de longues pauses sous peine de vous emmêler les pinceaux. Pour ma part, j’ai également pris le soin de noter le nom des différents personnages avec les principales étapes de leur vie pour bien les situer dans l’intrigue. Cela n’est pas indispensable à la compréhension, mais ça m’a permis de garder une vision claire de l’ensemble du livre.

En conclusion, Les chemins de la délivrance, c’est le récit de personnes ordinaires qui se transforment, le temps de la guerre, en héros, et d’individus lambda que la guerre révèle dans toute leur noirceur et leur inhumanité. D’une écriture simple et dénuée de pathos, Christelle Rousseau invite le lecteur à revivre, à travers la vie de nombreux personnages, un épisode sombre de notre histoire qu’il est nécessaire de ne jamais oublier ; la folie humaine ayant en commun avec les monstres des films d’horreur de ne jamais vraiment s’éteindre…

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site d’Évidence Éditions.

L’assassin de ma sœur, Flynn BERRY

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir L’assassin de ma sœur de Flynn Berry.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Imaginez la série policière Broadchurch écrite par Elena Ferrante. » Claire Messud

Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.

  • Broché: 272 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (20 septembre 2018)
  • Collection : SANG D’ENCRE
  • Prix : 20.90€
  • Traduction : Valérie MALFOY

AVIS

Quand sa sœur, Rachel, ne l’attend pas à la gare, Nora ne s’en formalise pas. Londonienne, elle se fait un plaisir de passer le week-end dans la campagne anglaise avec cette sœur dont elle si proche. Mais au plaisir du bon repas qu’elle imaginait déjà, se substituent des images d’horreur : une mise en scène macabre dans laquelle le chien de sa sœur est pendu et Rachel sauvagement assassinée. Nora prend alors la décision de s’installer dans le village de sa sœur pour faire le point sur cette affaire qui fait tristement écho à cet acte de violence dont Rachel a été victime par le passé. D’ailleurs, les deux affaires, sont-elles liées ? Une question parmi tant d’autres qui mèneront Rachel sur une pente glissante, la jeune femme semblant parfois perdre prise avec la réalité…

L’enquête à proprement parler n’est pas passionnante, du moins, du point de vue policier puisque les deux personnes en charge du dossier se montrent aussi incompétentes l’une que l’autre, l’une par manque d’objectivité, et l’autre par l’absence cruelle de clairvoyance et/ou de véritable implication. Mais tout l’intérêt du roman ne tient pas dans une enquête rondement menée, mais bien dans cette tension psychologique que l’autrice a su faire sienne. Devant le manque d’intérêt de la police pour le meurtre de sa sœur, Nora prend les choses en main et entre dans une sorte de spirale infernale où elle alterne entre les souvenirs de sa sœur, et le retour à la dure réalité dans laquelle sa sœur n’est plus. Entre les deux, il y a les découvertes qu’elle fait petit à petit sur cette personne qu’elle pensait connaître de A à Z, mais qui lui réserve finalement quelques surprises. La vie de Rachel telle que l’imaginait Nora se fissure au fur et à mesure de son enquête, ce qui ne pourra que venir épaissir le mystère autour de sa mort et rendre la douleur de sa perte encore plus difficile. Quand la personne que vous aimiez le plus au monde vous cachait des choses, comment ne pas se sentir désemparé, voire blessé ?

Si j’ai beaucoup apprécié le roman au point de le lire d’une traire une nuit d’insomnie, j’ai regretté que l’autrice ne prenne pas le temps de développer un peu plus les personnages secondaires, et notamment deux personnes qui avaient tout le potentiel pour ajouter une touche supplémentaire de tension et de suspense. Alors qu’ils sont supposés semer le doute dans l’esprit de la police, de Nora et des lecteurs, je n’ai pour ma part pu m’empêcher de regretter un manque criant de charisme. Toutefois, je comprends le choix de l’autrice de se focaliser principalement sur Nora et sa sœur, la relation complexe entre les deux femmes étant, quant à elle, brillamment dépeinte. Rachel est morte, mais on ressent encore de manière poignante et indiscutable la force des liens qui l’unissaient à Nora. Cela permet de comprendre un peu mieux l’obsession de Nora pour l’enquête et les mesures qu’elle est prête à prendre pour connaître la vérité, toute la vérité, quitte à réveiller des traumatismes du passé et les peurs qui y sont associées.

D’ailleurs, en plus des liens familiaux, les traumatismes et la difficile (re)construction de soi semblent être au cœur du roman. Les deux sœurs ont vécu un traumatisme durant leur jeunesse, l’une en tant que victime directe, l’autre en tant que « dommage collatéral ». Les deux jeunes filles, devenues femmes, se sont donc construites autour de ce choc, ce qui leur a permis d’avancer dans la vie tout en les enfermant paradoxalement dans une sorte de prison. À trop revivre le passé, difficile de construire le présent ! Toutes les deux obsédées par l’idée de retrouver le bourreau de Rachel, il s’est noué entre elles, une relation qui m’a semblé quelque peu malsaine comme si les deux soeurs étaient liées par la douleur plutôt que le bonheur… Mais si l’on considère la mort brutale et sanguinolente de Rachel, peut-être que le drame fait finalement partie intégrante de la vie de ces deux sœurs.

Narré du point de vue de Nora, le récit est prenant et immersif, car si Nora n’est pas particulièrement attachante, elle arrive à captiver le lecteur par ses allers-retours entre présent et passé, entre les bons et mauvais souvenirs, et ce présent où Rachel, malgré sa mort, continue à jouer un rôle crucial dans la vie de sa sœur. Il est parfois déstabilisant de suivre les cheminements de pensée de Nora qui saute d’une époque à l’autre, mais ses souvenirs, distillés avec efficacité, forment la trame du roman, un roman dans lequel transparaît tout le poids des secrets, des liens du sang, des traumatismes, du deuil et de la solitude. À travers son récit, Flynn Berry évoque également, même si c’est de manière succincte, les violences faites aux femmes comme cette violence domestique que chacun préfère ignorer quand le bourreau est quelqu’un de respecté ou encore, le viol et les accusations à peine voilées transformant la victime en coupable.

Tous ces thèmes forts et difficiles sont renforcés par l’ambiance pesante qu’a su instaurer l’autrice. Sans être claustrophobe, on se sent étouffer dans ce village qui prend presque vie sous nos yeux grâce aux descriptions de Nora. On retrouve cette ambiance à la Broadchurch avec cette impression oppressante qui se dégage du temps, des rues, du confinement propre aux petits villages dans lesquels tout le monde pense se connaître alors que des secrets, parfois terribles, couvent entre les murs des maisons…

Enfin, au-delà de la tension psychologique omniprésente, l’autrice a veillé à offrir à ses lecteurs un certain suspense. Ne vous attendez pas à un suspense haletant, mais plutôt le genre de suspense qui vient titiller votre curiosité tout en vous laissant le temps d’appréhender l’histoire dans son ensemble et de réfléchir aux indices qui vous sont progressivement dévoilés. Les choses s’emballent dans les derniers chapitres, et à mesure que l’étau se resserre autour de l’assassin de Rachel, on se rend compte de la manière dont l’autrice a su brouiller les pistes. Il m’a ainsi fallu un certain temps avant d’identifier l’assassin de Rachel…

En conclusion, Flynn Berry a su dès le départ attiser ma curiosité à travers une plume simple, mais efficace qui n’appelle à rien d’autre qu’à se laisser prendre par la main pour entendre l’histoire de Nora et de Rachel, deux sœurs à la relation aussi fusionnelle que complexe. Et ça marche, dès les premières lignes, on se laisse embarquer dans le récit sans se poser de questions, on écoute attentivement les confidences de Nora qui alterne entre ses souvenirs et ses suspicions quant à l’identité du meurtrier de sa sœur, on savoure la tension psychologique qui se dégage presque toute seule des pages… En d’autres termes, on dévore ce roman qui dispose de tous les éléments indispensables à la réussite d’un thriller, et accessoirement, d’un page-turner.

Et vous, avez-vous envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne.