Les maux bleus, Christine Féret-Fleury

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Quand les éditions Gulf Stream ont proposé sur leur page FB un tirage au sort pour permettre à quelques personnes de chroniquer un roman de leur nouvelle collection, Echos, je n’ai pas hésité et ai tenté ma chance. Si les deux romans proposés me tentaient, j’ai postulé pour Les maux bleus attirée par la couverture, le résumé et le nom de l’autrice dont j’aime beaucoup la plume.

Je remercie donc la maison d’édition pour cette belle découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un récit intime qui oscille entre poésie et dureté pour dénoncer l’homophobie, dans un environnement scolaire, familial et social qui saura parler aux adolescents et les émouvoir. Sur les traces d’une héroïne qui doit emprunter un chemin de douleur pour se découvrir. Pour apprendre à rester fière, à ne jamais renoncer, surtout pas à soi-même…

Armelle le sait depuis trois ans, elle aime les filles. Seul son carnet bleu est mis dans la confidence. L’adolescente solitaire et férue de lecture y confie ses peurs, ses espoirs. Elle lui parle d’Inès, une nouvelle élève qui l’attire. Lorsque son amie la rejette violemment, Armelle devient rapidement l’objet du mépris et des insultes de ses camarades. Pourtant, cet événement n’est qu’un tournant dans sa vie qui bascule définitivement un dimanche soir. Alors que ses parents découvrent son secret, Armelle est jetée dehors. Elle n’a que 16 ans quand, cette nuit-là, elle voit la porte de sa maison se fermer brutalement devant ses yeux. Seule dans la rue avec son carnet, elle doit apprendre à survivre… Mais est-elle vraiment seule ?

  • Broché: 200 pages
  • Editeur : Gulf stream éditeur (3 mai 2018)
  • Collection : ECHOS
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Armelle, lycéenne de 16 ans, aime les filles. Peu importe, me direz-vous. Dans le meilleur des mondes, vous auriez raison. Mais dans le monde d’Armelle qui est aussi le nôtre, c’est un problème… Bienvenue en 2018 où la tolérance est encore une utopie, et où des parents peuvent mettre leur fille à la porte en raison de son orientation sexuelle. Dans son malheur, la jeune fille trouvera néanmoins une main tendue qui l’aidera à garder la tête haute et à prouver qu’un individu a le droit d’être heureux, et ceci quelles que soient ses préférences amoureuses.

À la lecture de ce livre court, mais intense émotionnellement, on ne peut que penser à tous ces jeunes gens qui, comme Armelle, se sont retrouvés du jour au lendemain dans la rue en raison de leur orientation sexuelle. Combien ont eu la chance de l’adolescente et sont tombés sur des personnes prêtes à leur tendre la main ? Je n’en sais rien et, peut-être lâchement, ne préfère pas trop y penser. Mais ce qui est certain, c’est que je salue le travail des associations qui aident ces adolescents rejetés par les leurs.

Je remercie l’auteure d’avoir osé proposer un roman sur l’homophobie, un roman prônant le droit à la différence et à l’indifférence, pas celle qui vous annihile et vous gomme du paysage, mais celle qui vous fait comprendre que vous avez le droit d’être vous-même sans que cela n’offusque ni ne gêne personne. Et c’est parce que ce droit n’est pas encore acquis pour chacun que des livres comme Les maux bleus demeurent plus que jamais une nécessité. Un moyen intelligent et percutant pour sensibiliser au respect de l’autre et à la tolérance.

À travers Armelle, l’auteure nous prouve une chose qui semble si évidente et qui est pourtant occultée par certaines personnes : être homosexuel n’est pas un problème, ne l’a jamais été et ne le sera jamais ! Le problème, ce sont les gens qui n’acceptent pas que chacun puisse être différent, et que l’amour puisse être protéiforme. Ce roman pourra donc certainement aider des adolescents, et même des adultes à parcourir le même chemin qu’Armelle, celui de l’acceptation de soi, de ses sentiments, et ceci en dépit du regard des autres et de leurs préjugés.

J’ai apprécié que l’auteure nous plonge dans la tête de son héroïne nous permettant ainsi de suivre tous ces doutes, ces incertitudes et ces pensées qui l’assaillent. Si Armelle sait qu’elle aime les filles depuis ses 13 ans, il lui faudra néanmoins un certain temps avant de pouvoir l’accepter et arriver à se qualifier elle-même de lesbienne. Mais malheureusement, son homosexualité va conduire ses camarades à la persécuter et ses parents à simplement la rejeter… Si j’ai détesté les pimbêches de son lycée qui font de la vie d’Armelle un enfer, j’ai été révoltée par ses parents. Comment des parents peuvent rejeter leur enfant parce qu’il aime quelqu’un du même sexe que lui ?

La violence de la mère d’Armelle à la découverte de l’homosexualité de sa fille se révèle ainsi tellement choquante que j’en ai presque eu le souffle coupé. Armelle avait anticipé un moment difficile à passer, mais elle n’aurait jamais cru sa mère capable d’une telle cruauté, et son père d’une telle lâcheté. Au cours de la lecture, on se rend compte que cette réaction excessive et honteuse n’est finalement que le reflet des peurs et des fêlures de cette femme devenue mère sans le vouloir. Or mère par obligation et mère aimante ne vont que très rarement de pair.

En plus de l’homosexualité, l’auteure aborde donc, même si ce n’est que succinctement, un autre tabou encore en vigueur dans notre société : ces mères qui ont des enfants par obligation et qui n’ont jamais réussi à s’épanouir dans un rôle qu’un conjoint ou que la société leur a imposé. Alors, est-ce pour ça que la mère d’Armelle finit par se battre pour un modèle idéal de famille qu’elle n’a elle-même jamais réussi à construire ? Peu importe finalement, on notera juste l’ironie de la situation avec une femme qui lutte pour le respect de valeurs familiales traditionnelles au mépris de ce qui fait une vraie famille, l’amour et la tolérance.

Le roman nous offre également le modèle non pas d’une famille idéalisée et standardisée, mais celui d’une famille homoparentale avec ses moments de doute et de bonheur. Je ne peux pas développer trop ce point sans vous spoiler une partie de l’intrigue, mais j’ai apprécié de voir ce genre de cellule familiale si rare en littérature, et a fortiori quand il s’agit de femmes. Et là encore, on se rend compte du poids de la société qui pèse sur ces familles atypiques qui peuvent encore faire peur… Cette famille homoparentale va apporter un peu de stabilité émotionnelle et matérielle à Armelle qui en aura fort besoin après le rejet de ses parents. La cohabitation ne se fera pas sans heurt, mais elle va lui permettre de grandir et de reprendre, petit à petit, confiance en la vie. Ceci est d’autant plus important qu’à part ce couple qui va s’occuper de la jeune fille, les adultes du roman semblent assez défaillants, pas forcément tous hostiles, mais plutôt démunis face à la situation dans laquelle se retrouve Armelle…

Cette jeune fille m’a beaucoup émue, mais elle m’a surtout impressionnée par sa force de caractère et sa personnalité de battante. Même quand ses camarades la briment et ses parents la rejettent, elle garde la tête haute et refuse de courber l’échine pour se conformer aux attentes de ses parents. Ces derniers, surtout la mère, ont, en effet, déjà une vision bien arrêtée du futur de leur fille, un futur modelé sans prendre en compte ses aspirations. Mais Armelle, dotée d’une certaine maturité et d’une grande capacité de réflexion, se battra pour mener la vie qu’elle souhaite et ne pas renoncer à ce qu’elle est en son for intérieur. Si j’ai adoré sa personnalité, j’ai aimé que l’auteure ne mystifie pas la jeune fille qui, malgré les difficultés qu’elle rencontre sur sa route, n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres. Elle doute donc parfois, ne fait pas toujours les bons choix et se révélera même parfois agaçante. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, petit à petit, évoluer, grandir, s’apaiser et reprendre confiance en la vie et en ces personnes qui seront là pour elle malgré sa réserve.

Les thèmes abordés par le roman ne sont pas simples, mais pourtant l’auteure ne tombe jamais dans le pathos ou le larmoyant. Elle trouve un juste milieu entre émotion et introspection, entre coups durs et moments plus tendres. On ressort donc de notre lecture avec un élan d’optimiste qui nous fait dire que si la route est encore longue avant que chacun puisse vivre librement sa vie amoureuse comme il l’entend, il y aura néanmoins toujours des personnes qui seront là pour propager de la lumière dans l’obscurité.

Enfin, comme avec Au bois dormant, j’ai été séduite par la plume de l’auteure qui, grâce à un vocable riche et empreint de poésie, nous immerge avec force dans l’histoire d’Armelle. D’une plume fluide et élégante, l’auteure vous fait ainsi passer par mille émotions et vous fait ressentir les tourments et les espoirs de son héroïne.

En conclusion, en abordant de manière simple, mais avec grande sensibilité, le thème de l’homophobie, l’auteure nous offre ici un très beau roman qui devrait toucher autant les parents que leurs enfants. Il me semble d’ailleurs constituer un excellent point de départ pour entamer une discussion autour de l’homosexualité et du rejet qu’elle peut encore susciter de nos jours. Les maux bleus fait donc partie de ces lectures belles et intenses que je recommanderai à tous, car nul doute que ce roman pourra aider certains lecteurs à s’accepter et/ou à mener une vraie réflexion sur la notion de tolérance.

Et qui sait, peut-être que d’ici quelques années, Armelle ne sera plus un visage parmi tant d’autres du rejet de la différence, mais un personnage de pure fiction nous narrant une époque où l’on pouvait encore être persécuté pour son orientation sexuelle. Douce utopie ou futur possible, c’est à chacun d’entre nous d’en décider…

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à feuilleter un extrait du livre ou à le commander.

 

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In my mailbox #69 : spécial Gibert Joseph

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Lire ou Mourir. »


J’ai passé une commande sur la boutique Gibert Joseph via PriceMinister et j’ai, comme bien souvent, craqué pour des livres jeunesse.

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Couverture Grizzli et moi : Les jours heureux d'un chat et d'une chaussette

Quant à ces trois livres, ils ne sont pas pour moi, mais pour mon neveu, ma nièce et mon frère… Mais je pense lire le roman du film Zootopie que je n’ai d’ailleurs pas encore vu.

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Et voilà, la photo de famille…

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Et vous, certains de ces livres vous tentent ? Quelles sont les nouveautés de votre PAL ? 

 

Le matin des larmes, Bruno Sanna

J’ai lu Le matin des larmes de Bruno Sanna dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant pour la catégorie imaginaire.

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RÉSUMÉ

À son réveil, avec un mal de tête et des courbatures partout, Sophie crut apercevoir son mari sortir de la chambre. L’émotion qui l’avait submergée la veille en regardant les photos devait probablement lui jouer des tours. Cependant, elle trouva qu’il régnait une étrange atmosphère dans la pièce. Pour s’assurer que ce n’était pas le fait de son imagination, elle se leva et ouvrit les volets roulants pour laisser entrer la lumière du jour. Elle fut stupéfaite en découvrant que cette chambre ne correspondait en rien à la sienne. De la décoration au mobilier, tout était différent. Elle resta immobile, seul son regard balayait cette pièce qui lui semblait étrangère. Après une brève réflexion, elle se précipita dans la chambre de sa fille et fut surprise de découvrir une pièce complètement vide. Abasourdie, elle se rendit dans celle de son fils et s’aperçut qu’il s’agissait cette fois d’un bureau…

  • Epub : 142 pages
  • Editeur : Agence Francophone pour la Numérotation du Livre (10 avril 2017)
  • Prix : 2.99€
  • Autre format : broché

AVIS

Ce livre me faisait un peu peur, mais j’ai finalement passé un bon moment de lecture. Le roman n’est pas exempt de petits défauts, mais dans l’ensemble, le récit se lit tout seul.

Nous découvrons ainsi Sophie, médecin, mariée et mère de deux enfants, Betty et Sam, dont le quotidien va être chamboulé par un phénomène étrange… Elle se retrouve ainsi dans une réalité différente de la sienne, une réalité où tout le monde est à sa place, mais où tout le monde semble différent. Une prise de conscience très perturbante pour Sophie qui va, en plus, découvrir qu’elle a quitté son monde pour un monde beaucoup plus sombre et violent, un monde où l’effroyable est arrivé…

Difficile de vous parler de ce roman sans vous spoiler, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur a imaginé une uchronie dans laquelle le continent européen est devenu une seule et même nation. Gouvernée par une dictature aux idées nauséabondes que l’auteur a piochées dans notre Histoire, cette « grande » nation m’a donné des sueurs froides puisque je n’ai pas pu m’empêcher de me dire « et si ». Et si le postulat de départ de l’auteur était vrai ?

Le roman est relativement court, ce qui explique que l’auteur va droit au but et ne se perd pas dans des détails inutiles ou dans de longues descriptions pour expliquer la vie dans cette France rêvée ou plutôt cauchemardée. Les amateurs d’univers détaillés en long et en large risquent donc une certaine déception de ce côté-là, mais pour ma  part, cela ne m’a point dérangée. L’auteur se basant sur des idées et des pratiques qui ont bel et bien existé par le passé, il n’a pas besoin de s’appesantir sur les détails. Notre mémoire nous permet ainsi de nous imaginer sans peine la violence d’une nation construite sur la haine de l’autre…

Et si on ne fait que deviner la violence quotidienne, on assiste par contre très bien à celle qui émane du pouvoir politique notamment en la personne du vice-président. Autoritaire, violent, raciste, sexiste… ce charmant personnage a tout du bon psychopathe des familles que l’on n’a pas envie d’avoir en face de soi. Détestable et effroyable, j’ai néanmoins regretté que l’auteur tombe assez vite dans la caricature. Un personnage plus nuancé l’aurait rendu, somme toute, plus plausible et donc plus intéressant.

Son rôle dans l’histoire n’en demeure pas moins utile puisque c’est de sa présence et de son obsession pour la présidente et la présidence que la tension du récit émane. À travers ce personnage, l’auteur a déployé toute une intrigue dans laquelle Sophie va jouer un rôle primordial et ceci bien malgré elle… On ne peut donc que ressentir un minimum d’empathie pour cette femme : être parachuté dans une réalité différente de la sienne est déjà déroutant en soi, mais si en plus, on tombe dans une réalité qui donne envie de se planquer sous sa couette… J’ai toutefois été déstabilisée par la place que lui a accordée l’auteur dans le roman. Sophie est essentielle à l’intrigue, mais elle n’y pend pas vraiment part, ou du moins, pas activement… C’est assez personnel, mais j’aurais souhaité qu’elle ne se contente pas de raconter son histoire, sa réalité, mais qu’elle se batte un peu plus pour retrouver sa vie et les siens.

Quant aux autres personnages, ils sont, pour la plupart, antipathiques ! Même les plus gentils ont des idées qui donnent envie de vomir, ce qui est plutôt normal si l’on considère dans quelle nation et quelles valeurs ils ont été élevés… Cette ambivalence engendre un certain malaise, car difficile d’apprécier une personne qui, par exemple, fait tout pour sauver sa femme, mais qui est également capable de sacrifier un autre humain sans une once de culpabilité… Ces personnages ont le mérite de nous pousser à nous interroger sur toutes ces personnes qui ont vécu sous le joug de la pire dictature que le monde a connu sans se rebeller. Est-on vraiment le fruit de notre éducation ou peut-on arriver à se délivrer des carcans dans lesquels celle-ci a pu nous enfermer ? Et les liens familiaux et l’amour que l’on porte aux siens peuvent-ils venir à bout d’un endoctrinement constant et menaçant ?

En ce qui concerne le style de l’auteur, j’ai trouvé sa plume dynamique, bien qu’un peu trop simple pour satisfaire l’amatrice des belles plumes en moi. N’attendez donc pas de belles figures de style, mais plutôt des phrases relativement courtes et percutantes. La présence de nombreux dialogues rend, en outre, la lecture rapide et plutôt prenante. J’ai d’ailleurs lu le livre d’une traite. Il y a néanmoins quelques petits points qui, à mon sens, mériteraient d’être retravaillés : une couverture qui ne permet pas aux lecteurs de se projeter dans le récit, quelques incohérences notamment sur la notion de continent/pays, un retournement de situation gâché par une phrase qui aurait mérité la mention de « spoiler alerte », un grand méchant trop caricatural pour être crédible, une gentille infirmière qui se transforme d’un coup en tigresse bien qu’on pourrait arguer une volonté de rébellion trop longtemps contenue…

En conclusion, entre découvertes d’une réalité bien différente de la nôtre, des complots qui gangrènent un pouvoir déjà bien glauque en-soi et une certaine tension, Le matin des larmes est un roman qui se lit très vite, et qui devrait plaire aux amateurs d’histoires courtes menées tambour battant. Et puis en oscillant entre plusieurs genres, l’auteur fait preuve d’une audace que je ne peux que saluer d’autant qu’il s’agit ici de son premier roman.

Bruno Sanna

Photo du site Babelio

Page FB du roman

Je vous invite à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus

 

Bilan Challenge Une semaine à 1000 pages Chez Le Petit Pingouin Vert #6 : juin 2018

Une Semaine à 1000 pages Chez le Pingouin Vert

Pour rappel, Le Petit Pingouin Vert propose une fois par mois le challenge Une semaine à 1000 pages Chez le Pingouin Vert, le but étant évidemment de lire au moins 1000 pages sur une semaine donnée. Pour participer et échanger avec les autres membres, n’hésitez pas à rejoindre le groupe FB.


Pour cette session, j’ai décidé de m’attaquer aux romans qu’il me reste à lire pour le Prix des auteurs inconnus

LUNDI

J’ai commencé le challenge avec Le matin des larmes de Bruno Sanna que j’ai lu d’une traite. Malgré quelques points qui ne m’ont pas convaincue, cette lecture fut plutôt sympathique.

Couverture Le matin des larmes

À son réveil, avec un mal de tête et des courbatures partout, Sophie crut apercevoir son mari sortir de la chambre. L’émotion qui l’avait submergée la veille en regardant les photos devait probablement lui jouer des tours. Cependant, elle trouva qu’il régnait une étrange atmosphère dans la pièce. Pour s’assurer que ce n’était pas le fait de son imagination, elle se leva et ouvrit les volets roulants pour laisser entrer la lumière du jour. Elle fut stupéfaite en découvrant que cette chambre ne correspondait en rien à la sienne. De la décoration au mobilier, tout était différent. Elle resta immobile, seul son regard balayait cette pièce qui lui semblait étrangère. Après une brève réflexion, elle se précipita dans la chambre de sa fille et fut surprise de découvrir une pièce complètement vide. Abasourdie, elle se rendit dans celle de son fils et s’aperçut qu’il s’agissait cette fois d’un bureau…

TOTAL : 142 pages

MARDI, MERCREDI ET JEUDI

J’ai commencé mardi Sublimation de Bastien Pantalé (60 pages) avant d’en poursuivre la lecture mercredi (125 pages) et de terminer le roman jeudi (180 pages).

Couverture Sublimation
Bordeaux, place de la Bourse, une œuvre d’art intrigue les passants. Le meurtre atroce qu’elle dissimule annonce une psychose sans précédent. Dans son atelier parisien, Damian Leisenberg subit les assauts de visions persistantes, des scènes macabres laissant présager le pire. Le controversé Capitaine Bonhoure se lance sur la piste d’un tueur en série pour le moins créatif, mais face à la complexité de l’enquête, ses dons de criminologue ne seront rien sans les avis éclairés du Lieutenant Torrès. Du port de la lune à Paris, le duo d’enquêteurs, impuissant, assiste au décompte des victimes. Dans la lignée de Seven, un thriller psychologique qui changera à jamais votre regard sur l’Art.

TOTAL : 365 pages

VENDREDI

Place à un nouveau roman pour Le prix des auteurs inconnus : Les chroniques de fleurs d’Opale. Les premiers chapitres ont été difficiles en raison d’un style inutilement lourd qui rend l’immersion fastidieuse et de mes jeunes voisins qui, comme souvent les vendredis soir, ne semblent pas comprendre qu’en plus de leur musique à fond, parler très fort sur un balcon en pleine nuit permet à tout l’immeuble de profiter de leur très intéressante conversation. Incapable de me concentrer alors que ce roman nécessite une certaine attention, j’ai donc mis ma liseuse de côté après 69 pages pour me tourner vers des ouvrages graphiques.

Couverture Les chroniques des fleurs d'opale, tome 1 : La candeur de la rose, partie 1

Si seulement j’avais su combien ma vie allait basculer. Comment l’enfer m’aurait enchaînée. Si seulement j’avais pu entrevoir les rouages du destin. Les rencontres comme les pièges, les obstacles comme les révélations. Si j’avais su mieux distinguer bontés et malveillances. Amours, amitiés ou loyautés. Cette histoire serait toute autre. Mon histoire. Preuve que même les Dieux ne peuvent tout savoir. Rare rescapée du massacre de son village natal, Diphtil, une jeune fille du peuple de l’Air, est sauvée en territoire ennemi grâce au symbole étrange qu’elle porte sur le front. Elle serait la cinquième fille de la Déesse Aveugle. Séquestrée dans un monastère et manipulée par le prêtre Sarïn qui compte la livrer au roi une fois ses pouvoirs éveillés, elle est libérée par son frère, Naid, qui la persuade de partir avec lui. Sauf que les terres de l’Edenor sont semées de dangers et que la cruauté de certaines personnes, hantées par la haine et la guerre, s’oppose à la candeur de Diphtil, avide de découvrir ce monde dont elle a si peu joui. Mais avant tout, elle veut échapper à son destin. Est-ce possible, lorsque l’on est vouée à devenir une Déesse ?

Couverture Akiko, tome 1 : Une amie pas comme les autres !Couverture Coraline

Couverture Chat-Bouboule, tome 1 : Chronique d'un prédateur de salon

TOTAL : 406 pages

SAMEDI

J’ai lu le matin les tomes 2 et 3 d’Akiko. Ce n’est pas vraiment mon genre de lecture, mais j’ai beaucoup aimé les dessins et surtout, la mise en couleurs. C’est une lecture très légère qui contrebalance à merveille le côté bien lourd de Chroniques de fleurs d’Opale dont j’ai lu péniblement 120 pages.

Couverture Akiko, tome 2 : Un été inoubliable !Couverture Akiko, tome 3 : Retour aux sources

Couverture La pire des princesses

TOTAL : 122 pages

DIMANCHE

J’ai terminé Les chroniques de fleurs d’opale et suis contente d’avoir inclus ce roman dans le challenge. Je n’aurais sinon jamais eu le courage de le lire en si peu de temps…

Couverture Les chroniques des fleurs d'opale, tome 1 : La candeur de la rose, partie 1

TOTAL : 279 pages

TOTAL DE PAGES LUES : 1314

BILAN

J’ai de nouveau réussi ce challenge que je prends, à chaque fois, grand plaisir à suivre. Pour la première fois, j’ai décidé de donner une thématique à cette semaine à 1000 pages, et je dois dire que ça m’a bien plu. Je pense réitérer l’expérience lors des prochains sessions en ne lisant, par exemple, que des romans d’une certaine maison d’édition ou avec une certaine couleur de couverture… Bref, j’ai déjà plein de thèmes en tête.

Et vous, avez-vous participé au challenge ? Quel est votre bilan  ?

Piège conjugal, Michelle Richmond

Piège conjugal

Je remercie Babelio et Presses de la Cité pour m’avoir permis de découvrir Piège conjugal de Michelle Richmond.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

  • Broché: 480 pages
  • Éditeur : Presses de la Cité (3 mai 2018)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller par amour et que seriez-vous prêt à sacrifier pour le bien de votre mari/femme ?

Une question à laquelle Jack et Alice, jeunes mariés, vont devoir faire face à la minute où ils ont accepté de signer le Pacte, accord qu’ils découvrent grâce à Finnegan, un client du cabinet d’avocats où travaille la jeune femme. Ce Pacte, basé sur le système judiciaire britannique, est destiné à faire du vœu pieux d’un mariage pour l’éternité, une réalité. Quitte pour cela à utiliser des moyens que nous pourrions qualifier de discutables… Alice et Jack vont d’ailleurs, petit à petit, découvrir l’horreur des moyens coercitifs mis en place pour les personnes ne respectant pas les très nombreuses règles du Pacte.

La grande force de ce roman est de faire monter la pression et la tension de manière crescendo. Dès le départ, on sent qu’il y a quelque chose de bizarre derrière ce Pacte qui, en dehors du cercle restreint de ses membres, demeure inconnu du grand public. Il existe d’ailleurs un vrai culte du secret autour de ce dernier, un culte qu’il ne serait pas prudent de vouloir trahir… Mais comme les jeunes mariés, on se laisse porter par les événements en se disant qu’il s’agit certes d’un accord étrange et exigeant, mais qu’il leur suffira de revenir sur leur parole si les choses vont trop loin. Malheureusement, Alice et Jack vont assez vite comprendre que les choses ne sont pas si simples :

« On ne quitte pas le Pacte et le Pacte ne vous quitte pas ».

Cette phrase résume à elle seule l’impression que l’on peut ressentir à l’égard du Pacte : plus qu’un accord, il s’agit d’une entrée dans une organisation secrète et menaçante qui s’apparente presque à une secte… Et comme dans une secte classique, il est difficile de partir voire impossible surtout si l’on considère que tous les membres sont très influents et ont un pouvoir de nuisance très fort. C’est donc une vraie toile d’araignée, solide et asphyxiante, qui s’est construite autour de notre couple pour son plus grand malheur ! 

Alors que l’idée de devoir suivre un certain nombre de règles destinées à préserver les liens sacrés du mariage plaît bien à Alice et Jack, les sentences accompagnant les infractions les laissent d’abord sceptiques avant de leur faire franchement peur. Il faut dire que les jeunes mariés ne sont pas vraiment les membres idéaux, et qu’ils sont donc assez rapidement sanctionnés, des sanctions qui se révèlent effrayantes et, somme toute, disproportionnées par rapport aux « crimes » commis. Le Pacte a comme leitmotiv de faire systématiquement passer son conjoint avant tout, travail prenant ou pas. Une idée assez plaisante, mais qu’Alice, passionnée par son travail d’avocate, va avoir des difficultés à respecter. Elle sera alors violemment rappelée à l’ordre et vivra même l’expérience désagréable de l’emprisonnement, un comble pour une avocate ! Jack, qui a la manie de poser trop de questions, ne sera pas en reste et connaîtra sa part de châtiments voire de tortures autant physiques que psychologiques…

Ce qui frappe avec ce roman, c’est cette impression de danger omniprésent. C’est un peu comme si le couple vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que la foudre pouvait s’abattre sur eux à chaque instant. Car le Pacte voit tout, le Pacte sait tout et le Pacte est partout ! Rien ne lui échappe, pour le plus grand malheur de ses membres, surtout ceux qui commencent à remettre en question les méthodes du Pacte pour préserver les liens sacrés du mariage. D’ailleurs, les mariages sont-ils tous heureux comme le Pacte veut le faire croire ou existe-t-il de sombres secrets que quelqu’un cherche à tout prix à cacher ? Une question que ne peut s’empêcher de se poser Jack depuis qu’il a rencontré une ancienne amie, également membre du Pacte, qui l’a mis en garde contre cette organisation et ses méthodes draconiennes pour faire respecter ses règles…

Comme Jack, on finit par devenir paranoïaque, doutant de tout et de tout le monde. Et on reste parfois dubitatif devant le comportement d’Alice qui, si elle craint également le Pacte, semble moins s’y opposer que son mari. Il faut dire que ce dernier a éveillé en elle son esprit de compétition exacerbé. Fidèle à elle-même, elle désire ainsi, malgré ses craintes, briller que ce soit en connaissant par cœur les commandements du Pacte ou en arrivant à devenir la meilleure épouse possible, non pas par amour donc, mais pas pure volonté d’être la meilleure…

C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié dans ce roman, l’ambivalence permanente des sentiments : le Pacte est basé sur un grand idéal, celui d’un mariage heureux pour la vie, mais il fait preuve de moyens dignes d’une dictature pour l’atteindre. Du coup, on oscille entre acceptation et révolte, et c’est émotionnellement très déstabilisant ! De la même manière, Alice et Jack redoutent ce Pacte, mais d’un autre côté, ce dernier leur permet de se rapprocher, notamment parce qu’il leur offre un ennemi commun à combattre. Grâce ou à cause du Pacte, Alice passe également plus de temps avec Jack, ce qui n’est pas pour déplaire à ce dernier, ce qui n’étonnera point les lecteurs. En effet, on se rend compte assez vite d’un certain déséquilibre dans ce mariage, Jack semblant redouter que sa femme finisse par s’apercevoir que son ancienne vie de rockeuse lui convenait mieux que sa condition d’avocate arriviste et mariée… Et ce sont certainement les doutes de Jack mêlés à ceux d’Alice et à son esprit de compétition qui les auront poussés à accepter l’offre de Finnegan… À cet égard, le Pacte peut s’apparenter à une thérapie de choc qui va leur montrer qu’ils n’ont pas besoin de suivre des principes édictés par d’autres pour être mariés ET heureux.

J’ai aimé le choix de l’auteur de faire monter crescendo la tension en alternant présent et passé. Cette alternance dynamise le récit, mais rend surtout la lecture complètement immersive, stressante et quelque peu addictive. À mesure que l’on avance dans la lecture et qu’on apprend à connaître Jack et Alice, on ne peut que croiser les doigts pour qu’ils trouvent une échappatoire et que ce cauchemar prenne fin… J’avoue néanmoins avoir été un peu déçue par la fin avec cette impression que la tension retombe d’un coup comme un soufflé. Je n’aime pas les fins ouvertes, mais je pense, et ce n’est que mon avis, que l’auteure aurait pu faire l’économie de l’épilogue. Cela n’aurait pas rendu la fin plus remarquable, mais un peu moins fade. J’ai toutefois apprécié un retournement de situation que je n’avais qu’en partie deviné. Celui-ci nous prouve que l’âme humaine est décidément bien noire et que certains sont prêts aux pires atrocités pour toucher de près le pouvoir…

Le Pacte, garantie d’un mariage heureux et durable ou piège tentaculaire qu’il vous sera impossible de fuir ? Une question qui vous tiendra en haleine et qui rendra toute tentative de lâcher votre livre vaine. À l’aide d’une narration dynamique et immersive, Michelle Richmond nous offre ici un récit à l’atmosphère particulièrement angoissante qui vous plongera dans un maelström d’émotions allant de la curiosité à la peur en passant par la franche révolte. Ce qui est certain, c’est qu’avec cette auteure, l’expression « se marier pour le meilleur et pour le pire » prend une tout autre dimension. Amateurs de suspense et d’histoires qui jouent sur l’ambivalence des sentiments, arrêtez-vous, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Et vous, envie de craquer pour Piège conjugal ?

In My Mailbox #68 : spécial France Loisirs

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« In My Mailbox a été mis en place par Kristi du blog The Story Siren et inspiré par Alea du blog Pop Culture Junkie. C’est un moyen de partager les livres reçus chaque semaine dans notre boîte aux lettres ainsi que les livres achetés ou empruntés à la bibliothèque. Les liens pour les participants francophones sont regroupés sur Lire ou Mourir. »


Comme vous le savez peut-être, je suis abonnée à France Loisirs et fais donc parfois quelques achats sur le site ou en boutique que ce soit dans le cadre de l’achat trimestriel obligatoire ou l’envie de me faire plaisir. Voici donc mes dernières acquisitions France Loisirs :

  • J’ai d’abord réceptionné une BD commandée il y a plusieurs semaines et qui était en rupture de stock :

La sagesse des mythes : Persée et la Gorgone Méduse - Clotilde Bruneau - Giovanni Lorusso

  • J’ai ensuite pris le tome 2 d’un roman jeunesse dont j’ai le premier tome dans ma PAL, une BD jeunesse qui n’était pas encore arrivée en boutique et que j’ai donc réservée et un livre de dessin. Enfant, je dessinais souvent et j’avais bien envie de m’y remettre un peu…

Sherlock, Lupin & moi, tome 2 : Dernier acte - Irene Adler Les enquêtes d'Enola Holmes, tome 1 : La double disparition - Serena Blasco

Perspective et composition faciles - Lise Herzog

  • J’ai gardé le meilleur pour la fin avec une très belle édition d‘Alice au pays des merveilles. Ce livre fait le va-et-vient sur le catalogue depuis un moment alors quand j’ai eu mes 100 points fidélité et donc le droit à un livre gratuit, j’ai foncé le demander. Ce n’est pas forcément mon style d’illustrations, elles sont en effet un peu trop contemporaines pour moi, mais je trouve l’objet-livre sublime. Vous pouvez en feuilleter quelques pages sur le site de France Loisirs.

Alice au pays des merveilles - Lewis Carroll - Andrea D'Aquino

Et vous, quelles sont les dernières nouveautés de votre PAL ?

 

Le jour où je me suis aimé pour de vrai, Serge Marquis

Je remercie les éditions Points et plus particulièrement Aurore, de m’avoir proposé de découvrir Le jour où je me suis aimé pour de vrai de Serge Marquis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Maryse est une femme belle, intelligente et affreusement narcissique. Elle est aussi la mère de Charlot, fils singulier, qui l’émerveille et l’exaspère à la fois. C’est que Charlot, tel le Petit Prince, la confronte à des questions philosophiques désarmantes de vérité. Animé d’une humanité à fleur de peau, Charlot fait valser les certitudes de sa mère et de beaucoup d’autres. Il va prouver qu’en cessant de se regarder le nombril, on peut accéder au vrai bonheur et apprendre à s’aimer pour de vrai.

  • Broché: 288 pages
  • Editeur : Points (16 mai 2018)
  • Prix : 7.40€

AVIS

Je connaissais Serge Marquis, spécialiste de la santé mentale au travail, à travers son ouvrage On est foutu, on pense trop ! dont j’avais eu un avis mitigé. Curieuse de découvrir un autre de ses livres, j’ai néanmoins accepté avec plaisir la proposition d’Aurore de recevoir Le jour où je me suis aimé pour de vrai. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je suis contente de l’avoir fait.

L’histoire et les personnages…

J’ai, en effet, été séduite par l’idée du Docteur Marquis de nous parler de l’ego et de ses différentes facettes sous la forme d’un roman mettant en scène, entre autres, Maryse. Neuropédiatre spécialisée dans le traitement du cancer, cette femme belle et intelligente possède, en plus de son expertise médicale, un ego démesuré l’empêchant d’être vraiment à l’écoute de ses patients, et pire, de son fils Charlot. Cherchant à tout prix à être la meilleure et à briller de mille feux, elle se trouve néanmoins désarçonnée voire en colère devant les questions philosophiques de ce dernier. Âgé seulement de 9 ans, il s’interroge déjà sur ce qu’est l’ego…

La narration sous forme de roman est, pour moi, le gros point fort de ce livre puisqu’elle m’a permis de m’immerger rapidement et totalement dans l’histoire. Je n’ai ainsi pas eu le sentiment de lire un cours sur l’ego, ce qui honnêtement aurait pu m’ennuyer, mais plutôt de lire un récit dans lequel l’ego est un personnage à part entière. D’ailleurs, c’en est bien un puisqu’il est même nommé Egoman par Charlot. Et cet Egoman, qui n’existe pas vraiment, mais qui est pourtant de partout, constitue une source de souffrance partagée par tous les hommes. C’est d’ailleurs surprenant de voir comme un concept qui divise les hommes peut se targuer d’universalité…

Comme dans un roman classique, certains personnages sont plus attachants que d’autres à moins que ce ne soit ici que l’expression de mon ego qui a réussi à s’identifier plus facilement à certaines personnalités… Quoi qu’il en soit, Maryse s’est révélée à maintes reprises agaçante par sa propension à tout ramener à elle, à son intelligence, à son besoin d’être la meilleure, à son « moi, moi, moi » permanent… Elle a même réussi à me choquer par son égocentrisme notamment lors de l’annonce de la maladie de son fils. Alors que toute son attention aurait dû être dirigée sur Charlot afin de l’aider à accueillir la nouvelle, elle ne peut s’empêcher de penser à sa carrière et à l’éventuel frein que la maladie de son fils pourrait constituer. Néanmoins, Maryse, bien que ce soit de manière assez lente, évolue au gré des questions de Charlot, de ses conversations avec son ami psychiatre Georges et des épreuves de la vie. De personne autocentrée, elle s’ouvre progressivement à son fils, puis aux autres. Alors bien sûr, son ego n’est jamais loin, mais on ne peut qu’apprécier ses efforts et tout le chemin parcouru entre la femme du début et celle de la fin.

Mais, c’est à un personnage secondaire que je me suis le plus attachée : Georges, l’ami psychiatre de Maryse. J’attendais d’ailleurs avec impatience ses interventions puisque l’auteur lui donne régulièrement la parole. Je l’ai trouvé extrêmement touchant d’autant que c’est pour moi, le personnage le plus « réaliste ». Bien que psychiatre, il ne prétend pas avoir toutes les réponses et fait de son mieux pour être dans la Présence afin d’aider au mieux ses patients. Il conseille également Maryse tout en l’encourageant à trouver ses propres réponses à ses questions… Mais comme le cordonnier est souvent le plus mal chaussé, Georges a aussi ses failles notamment au niveau de sa relation avec cette femme qu’il admire et aime tant. C’est donc au contact de Charlot et de ses amis qu’il va finir par comprendre que lui aussi a besoin de lâcher prise. Et c’est seulement de cette manière qu’il trouvera enfin ce bonheur tant espéré…

Si Charlot a 9 ans m’a émue notamment dans sa manière de poser des questions difficiles en toute innocence et son envie de faire taire son ego pour arriver à vraiment aimer les autres, j’ai trouvé le personnage trop irréel pour vraiment m’attacher. Le décalage entre ses paroles et son âge m’a, en outre, mise mal à l’aise… Sa sagesse et sa manière d’être dans la Présence lui permettent, petit à petit, de se distancier de l’ego, mais je l’ai trouvé parfois assez froid avec sa mère notamment dans sa phase d’adolescence. À l’inverse, sa relation avec sa petite-amie Marie-Lou est belle, bien qu’elle m’ait parfois indisposée, son intensité ne reflétant pas ce que l’on peut attendre du comportement de deux adolescents. Mais là, je reconnais que ce sont mes préjugés qui parlent, préjugés qui rejoignent d’ailleurs ceux de Maryse. Il faut dire que l’on découvre l’histoire principalement de son point de vue et que cette dernière tend à souffrir de la relation fusionnelle de son fils avec Marie-Lou. Il est donc possible que mon ressenti vis-à-vis de Charlot s’explique par le fait que je me sois identifiée à la mère plutôt qu’au fils… J’ai d’ailleurs compris sa peine à l’idée d’être exclue de la vie de son fils et d’avoir le sentiment d’avoir perdu le rôle de mère pour celui de tiroir-caisse.

Ce sentiment d’aimer et de ne pas être aimé en retour est d’ailleurs abordé par l’auteur à travers un autre personnage que l’on voit peu, mais qui aura une grande influence sur la vie des protagonistes du livre. Hamid, qui donne toutes ses lettres de noblesse au terme d’amitié, nous apprend ainsi que le plus important n’est pas d’être aimé, mais de savoir qu’on a la capacité d’aimer sans rien attendre en retour. Une idée très belle qui, pour ma part, m’a fait réfléchir. Il est vrai qu’en donnant des marques d’attention et d’affection, on a naturellement tendance à en attendre en retour, ce qui peut créer des déceptions et des blessures d’ego quand ce n’est pas le cas… Apprendre à aimer sans contrepartie semble donc être un enjeu important pour chacun d’entre nous, ce que l’auteur nous montre de manière assez délicate pour que chacun puisse en saisir l’importance sans se sentir jugé.

Un roman qui divertit tout en nous permettant de réfléchir à la notion d’ego et son impact sur nos vies…

Même si l’histoire de Maryse, de son fils, de Marie-Lou et de Georges est intéressante en soi, son principal intérêt réside dans le fait qu’elle permet de mieux comprendre la notion d’ego, ses différentes facettes et la manière dont ce concept, pure création de l’esprit humain, réussi à diriger nos vies, souvent pour le pire. Alors bien sûr, d’aucuns pourraient regretter des personnages caricaturaux et extrêmes (la femme carriériste, froide et imbue d’elle-même, le fils de 9 ans qui pose des questions philosophiques, l’ex-mari qui part avec une jeunette, l’amoureux transi…), mais contrairement à un roman classique, ce n’est pas gênant puisque ça permet de faciliter la compréhension d’une notion assez abstraite.

D’une plume simple, mais fluide, l’auteur nous montre, à travers des situations parfois difficiles et des personnages hauts en couleur, à quel point l’ego peut diriger nos vies et nous pousser dans nos retranchements. On comprend ainsi comment l’ego peut conduire:

  • des enfants à en harceler d’autres quand ceux-ci sont différents de peur leur différence attire cette attention qu’ils désirent tant,
  • des hommes à tuer quand ils s’identifient à leurs croyances et que celles-ci sont remises en cause de peur que leur disparition signifie l’annihilation pure et simple de leur personne,
  • des malades à refuser de guérir de peur de perdre l’attention obtenue grâce à la maladie…

On apprend également à différencier l’amour de l’attachement à travers notamment le comportement courageux et exemplaire de Marie-Lou face à la maladie, la nécessité de vivre l’instant présent et de « revenir ici » quand l’ego prend le contrôle de ses pensées, la différence entre aider son prochain et l’envie d’être admiré…

Le jour où est j’ai appris à m’aimer pour de vrai fait donc partie de ces livres que je qualifierais d’inspirants. Sous couvert de nous raconter une histoire, l’auteur nous pousse ainsi à réfléchir, à nous interroger sur nos propres comportements et à, d’une certaine manière, grandir. Une fois la dernière page tournée, j’ai un peu eu le sentiment d’avoir parcouru un livre feel-good. Si certains passages sont, en effet, assez durs, la maladie n’épargnant pas nos personnages, il en ressort un joli message d’espoir, et l’envie d’enfin apprendre à s’aimer et à aimer les autres pour de vrai.

Un livre qui permet un certain travail d’introspection

Difficile durant la lecture de ne pas faire de multiples pauses pour prendre des notes, certaines phrases étant particulièrement sujettes à réflexion en fonction de son propre vécu…

J’ai ainsi été particulièrement touchée par un passage bref évoquant la maladie d’Alzheimer, la meilleure amie de Maryse mettant exactement les mots sur mon ressenti. Cette peine d’avoir perdu la personne que l’on connaissait et d’avoir le sentiment de ne plus être spécial pour elle alors que l’on avait une relation quasi fusionnelle avec cette dernière. Ainsi, si je tiens la main et souris même quand de petite-fille, je passe à collègue de travail dans la même phrase, je dois reconnaître que je sors toujours de la maison de retraite le cœur lourd. Mais de ce livre, j’ai retenu que c’est avant tout mon ego qui parle et qu’il me revient d’apprendre à aimer sans rien attendre en retour, à juste être là et à tenir la main de cette grand-mère qui, bien qu’elle ne sache plus forcément qui je suis, répond toujours par un grand sourire à ma présence à ses côtés.

J’ai fini le livre il y a quelques jours, il m’est donc difficile d’en évaluer l’impact sur ma vie, mais ce qui est certain, c’est que depuis que j’ai découvert Maryse et Charlot, je me suis posé un certain nombre de questions sur mes schémas de pensée ou mes (ré)actions. Et je ne doute pas que ce soit la même chose pour les autres lecteurs… Il y a néanmoins une chose que j’ai encore beaucoup de mal à faire malgré la lecture de ce livre : être dans la Présence. J’ai une tendance naturelle à refaire le passé, à prévoir ce que je dois faire et à faire plusieurs choses à la foi, mais je ne sais pas vivre l’instant présent. Et c’est un point que Serge Marquis m’a donné envie de travailler. J’espère donc un jour réussir à faire taire suffisamment mon ego et à « revenir ici » quand mon esprit s’égare afin d’être dans la Présence plutôt que dans les méandres de mon cerveau.

En conclusion, Le jour où j’ai appris à m’aimer pour de vrai fut une très bonne surprise. À travers l’histoire d’une femme narcissique et de son fils, on découvre la notion d’ego, ses différentes facettes et l’impact que ce concept peut avoir dans la vie de chacun. Plein d’humanité, d’amour, d’amitié, de joie, mais aussi de moments plus tristes, Serge Marquis nous offre ici une histoire qui, en nous faisant passer par mille émotions, nous pousse à réfléchir à notre propre vie. Reste alors en suspens une seule question : et vous, avez-vous appris à vous aimer pour de vrai ?

Et vous, envie de découvrir Le jour où je me suis aimé pour de vrai !