Le Renard et le Petit Tanuki, Mi Kitagawa

Le Renard et le Petit Tanuki T01

Animaux magiques et folklore japonais : un conte touchant pour faire grandir les petits… et les grands !

Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Impossible de rester de marbre face à cette fable animalière ultra-craquante ! Mi Tagawa est de retour dans un récit plein de tendresse, après nous avoir déjà fait fondre avec sa peinture poignante des liens familiaux dans Père & Fils. À la manière d’un film de Ghibli, Le Renard et le Petit Tanuki touchera le cœur des petits comme des grands !

Ki-oon (5 novembre 2020) -156 pages – 7,90
Traduction : Geraldine Oudin

AVIS

Ayant complètement craqué pour la douceur qui se dégage de la couverture, j’étais impatiente de découvrir ce manga qui a fait fondre l’amoureuse des animaux en moi.

Après un long repos, destiné à le punir d’avoir semé la terreur autour de lui, Senzo, un grand méchant renard, se réveille avec des pouvoirs affaiblis, l’impossibilité de se rebeller sans en subir les conséquences, et l’obligation de former et de s’occuper d’un petit tanuki qu’il nommera Manpachi. Des trois punitions, c’est certainement la dernière qui exaspère le plus notre renard, qui n’a guère envie de jouer les nounous auprès d’un petit tanuki extrêmement affectueux et démonstratif ! Il a d’ailleurs beau le repousser, ce dernier ne peut s’empêcher de le coller.

Et si cela ne suffisait pas, voilà que notre duo doit également effectuer des missions sous la surveillance d’une bande de loups que notre renard rêverait de réduire en charpie. Il faut dire qu’en plus d’être ses ennemis naturels, ils ne sont pas du genre docile, même s’il y a quelques exceptions comme Tachibana, qui se révèle aussi fou fou que sympathique. De fil en aiguille, on suit donc cette bande de plus ou moins joyeux métamorphes et l’on assiste aux liens qui se forment entre Senzo et Manpachi. Car sous ses airs durs et implacables, Senzo n’est peut-être pas ce méchant renard que tout le monde pense et dont il aime se donner l’image.

J’ai adoré la relation entre le renard et le tanuki, une relation intergénérationnelle version animale non dénuée de poésie et de tendresse. Et ceci malgré le côté bourru et gros dur de Senzo qui a bien du mal à admettre que le sort de son protégé ne le laisse pas indifférent. Il y a d’ailleurs une scène dans laquelle on les retrouve endormis et collés l’un à l’autre des plus attendrissantes. Mais ne le répétez pas à Senzo parce que vu son caractère, je ne suis pas certaine que cela lui plairait beaucoup qu’on lui fasse remarquer.

Quant à notre petit tanuki, j’ai eu un véritable coup de cœur pour lui. Joyeux, confiant, optimiste, et mignon à souhait, il est impossible de ne pas s’attacher et de ne pas vouloir prendre soin de lui, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile. Rejeté par les siens en raison de ses pouvoirs, et donc de sa différence, il cherche désespérément une famille. Mais Senzo acceptera-t-il de baisser suffisamment ses barrières pour lui laisser une place dans son cœur, dans sa vie et lui servir d’ancrage émotionnel et affectif ?

Au-delà de la relation qui se noue entre deux animaux qui n’ont apparemment rien en commun, mais qui sont liés à plus d’un titre, ce premier tome nous immerge avec brio dans le folklore japonais, fait de légendes et de créatures fantastiques fascinantes. À cet égard, en plus des métamorphes présents tout au long du manga, j’ai apprécié l’intrigue liée à un esprit de la maison chassé par un autre esprit... Cet épisode, qui apporte une petite touche d’horreur sympathique, sera l’occasion de réaliser que Senzo n’est pas encore prêt à se soumettre, et qu’aussi mignon soit-il, notre petit tanuki est peut-être bien plus fort qu’il n’y paraît... Mais l’est-il assez pour résister à une menace dont notre renard n’avait pas saisi toute l’ampleur ? 

Ce premier tome se finit ainsi sur une scène qui nous donne envie de nous jeter sur la suite et de découvrir ce qui va arriver à un tanuki pour lequel on développe très vite une vive et franche affection. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : mignonnes, douces et splendides. Le trait très rond des dessins, avec un accent volontairement mis sur les yeux, apporte beaucoup de douceur à une histoire pleine de sensibilité, mais non dénuée de moments plus durs, bien que jamais vraiment effrayants. Nous restons, après tout, dans une œuvre qui pourra plaire, divertir, attendrir et émerveiller les lecteurs de tout âge. 

En résumé, tout en abordant des thèmes parfois difficiles comme l’abandon et la peur de la différence, Le Renard et le Petit Tanuki est un manga adorable qui met en scène avec sensibilité et une certaine pudeur deux personnages très différents, mais dont le destin se trouve inexorablement lié. Doux et tendre à la fois, voici un manga qui devrait enchanter et émouvoir les amoureux des animaux, et les lecteurs en quête d’une plongée mouvementée et pleine d’émotions dans le folklore japonais.

Manga lu dans le cadre du challenge Mai en BD

Secret Service : Maison de Ayakashi (tome 1), Cocoa Fujiwara

Couverture Secret Service : Maison de Ayakashi, tome 01

Ririchiyo Shirakiin a un gros défaut : elle ne peut pas ouvrir la bouche sans dire des choses désagréables aux gens. Sous ses airs revêches, la jeune lycéenne a pourtant un cœur en or, mais après des années passées à n’exister qu’à travers son statut d’héritière d’une riche famille, elle s’est construit une carapace qui l’étouffe. Bien décidée à changer de vie, Ririchiyo vient d’emménager dans la  » Maison de Ayakashi « , une résidence réservée aux descendants de créatures surnaturelles et d’humains. Avec ses étranges voisins, la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises… surtout lorsqu’elle découvre que son mystérieux garde du corps a le pouvoir de se transformer en renard démoniaque !

Kurokawa (12 janvier 2012) – 208 pages

AVIS

Ayant vu l’animé il y a quelques années, je n’ai pas hésité à emprunter ce titre quand je l’ai croisé par hasard à la bibliothèque. Je ne me souvenais pas vraiment de l’histoire, alors je me suis plongée sans attente particulière dans ce manga que j’ai apprécié. À noter que la couverture ne reflète pas le contenu du manga bien plus sage. Alors, si comme moi, son côté assez sexualisé peut vous déranger, pas d’inquiétude, on est loin d’un premier tome graveleux. 

On fait la connaissance de Ririchiyo, jeune héritière d’une grande lignée qui a une particularité : offenser les gens dès qu’elle ouvre la bouche. Dit comme ça, l’héroïne a de quoi rebuter, mais au fil des pages, on se rend compte que la limiter à cette caractéristique serait injuste : rejetée par les autres enfants dès sa plus tendre enfance en raison de sa famille, et à l’inverse protégée de manière obséquieuse par les adultes pour la même raison, elle n’a simplement jamais eu la chance d’avoir des relations saines et des interactions positives avec autrui.

Loin d’être méchante et froide, Ririchiyo est donc simplement maladroite. Elle ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de culpabiliser pour la moindre de ses paroles, ce qui la pousse à vouloir s’isoler et ainsi être certaine de ne pas blesser les autres. La jeune fille, à l’air farouche mais au cœur tendre, nous apparaît donc assez seule, mais c’était sans compter sur son installation dans une pension spéciale. Ainsi, la Maison de Ayakashi n’accueille que les descendants de grandes familles, mais surtout les héritiers des familles ayant du sang de yôkai dans leurs veines. Autre spécificité de cette pension : un service de garde du corps spécial et diablement efficace, le secret service.

C’est dans ce cadre que notre héroïne croise la route du très dévoué Miketsukami. Ce garde du corps semble ainsi prêt à tout pour la servir, lui rendre la vie agréable, et la protéger des autres, mais aussi d’elle-même et de sa tendance à se morigéner sans cesse. Sa dévotion a de quoi surprendre, car elle va très loin, mais l’autrice nous laisse comprendre que si Ririchiyo ne le connaît pas, il n’en est pas de même pour ce dernier qui rêvait de pouvoir enfin la rencontrer…. Bien que parfois extrême et très théâtral dans sa manière de se comporter, ce qui m’a fait bien souvent sourire, Miketsukami se révèle aussi fiable qu’attendrissant. 

Au début du manga, j’ai eu peur que la relation entre Ririchiyo et Miketsukami soit malsaine, ce dernier n’hésitant pas à se considérer comme son chien, une image servant, entre autres, à prouver sa dévotion et sa fidélité. Fort heureusement, l’autrice se détache très vite de cet aspect pour introduire un certain mystère et une bonne dose de surnaturel. Si vous aimez les yôkai, les kitsune et autres créatures de légende, vous devriez apprécier cette incursion dans le folklore japonais. À noter d’ailleurs, en fin de manga, une double page présentant différentes créatures typiquement japonaises, ce qui offre une introduction intéressante pour les lecteurs ne connaissant pas du tout le sujet.

Au niveau des personnages secondaires, on notera une femme garde du corps très coquine qui contraste à merveille avec le sérieux de Miketsukami, et un ami d’enfance de Ririchiyo, dont la forme surnaturelle ne devrait pas manquer de vous surprendre. Est également introduit en dernière partie de manga un duo haut en couleur que je suis impatiente d’apprendre à mieux connaître. Alors si pour le moment, la personnalité des personnages secondaires n’est pas développée outre mesure, l’autrice a su s’appuyer sur une galerie de personnages variés, ayant des personnalités plutôt contrastées et intéressantes.

Pour un premier tome, je l’ai trouvé très rythmé et ai apprécié de voir Ririchiyo commencer à évoluer. Bien qu’elle doute encore parfois, elle commence à réaliser qu’il y a des personnes qui peuvent effectivement l’apprécier pour elle-même et non pour tout ce que sa famille peut leur apporter. En plus de prendre petit à petit confiance en sa capacité à nouer des liens avec les autres, la jeune fille va également commencer à ressentir des choses qu’elle n’arrive pas (encore) à identifier. Mais ne vous inquiétez pas, le lecteur en est tout à fait capable lui. Alors si cela m’a semblé un peu rapide, j’avoue que je l’ai trouvée très mignonne, avec une touche d’innocence qui ne tombe jamais dans la niaiserie. Ririchiyo a encore beaucoup à apprendre des relations avec les autres que ce soit du point de vue amical et sentimental. Mais on peut légitimement penser que Miketsukami et les autres occupants de la Maison de Ayakashi seront d’une grande aide dans ce domaine, ce qui laisse espérer des interactions mouvementées et des moments amusants.

En résumé, Secret Service nous plonge, aux côtés d’une lycéenne bien plus tendre que les apparences pourraient le laisser penser, dans l’antre d’une pension très spéciale que l’on a bien du mal à quitter. Les amateurs de folklore japonais, de mystère et de personnages hauts en couleur devraient apprécier ce manga aux illustrations fort sympathiques et au rythme effréné. Quant aux romantiques dans l’âme, quelque chose me dit qu’ils ne devraient pas être insensibles à une relation qui commence doucement à se dessiner.

Manga lu dans le cadre du Challenge Mai en BD.

 

 

My teen romantic comedy is wrong as I expected (tome 1), Io Naomichi, Wataru Watari et Ponkan 8

Le jeune Hachiman a une vision des plus pessimistes de la vie. De toute façon, sa situation actuelle ne le pousse guère à déborder d’optimisme : pas d’amis, pas de petite amie et une capacité à envisager l’avenir totalement nulle. Néanmoins, ses ennuis ne font que commencer : déjà forcé à se remettre en question, Hachiman apprend qu’il doit coopérer avec Yukino une élève aussi brillante que sarcastique et antipathique, qui ne lui laissera aucun répit. La rencontre de ces deux lycéens aux caractères si différents risque de créer des étincelles !

Ototo (21 septembre 2018) – 164 pages – 6,99€

AVIS

C’est en voulant ajouter ce manga dans mes lectures sur Livraddict que j’ai réalisé l’avoir déjà lu en 2019. Je n’en gardais absolument aucun souvenir, ce qui est étonnant parce que j’ai bien apprécié ce premier tome mettant en relation deux loups solitaires : Hachiman, un lycéen quelque peu blasé de la vie, et Yukino, une brillante et sublime lycéenne, dont la perfection lui a valu d’être ostracisée par les autres filles.

Ces deux lycéens, qui préfèrent encore le confort de la solitude aux platitudes et faux-semblants de relations amicales codifiées, sont contraints de travailler ensemble au sein d’un club venant en aide aux personnes qui en font la demande. Alors qu’ils ne sont pas enchantés par cette collaboration forcée et qu’ils doutent qu’on vienne les solliciter, ils font face à leurs premières demandes. La première émane de manière assez surprenante d’une élève très populaire, et la suivante d’un écrivain en herbe désespéré d’être lu et de récolter des avis, qu’ils soient positifs ou non.

J’ai beaucoup aimé la personnalité de nos deux héros qui, derrière leur cynisme et une certaine froideur, se révèlent plutôt attachants. On comprend assez vite que contrairement à ce qu’il laisse entendre, Hachiman n’est pas aussi allergique aux interactions sociales que cela. Il n’est juste pas très doué avec les autres, et le fait d’avoir été absent les premières semaines de la rentrée ne l’a pas aidé à s’intégrer. Une fois les groupes formés, il est bien souvent difficile d’y entrer, à moins d’être un être très sociable, ce qui est loin d’être son cas. En grande réservée et phobique sociale que je suis, j’avoue m’être parfois reconnue dans ce lycéen, bien que tout son délire autour des « life » m’ait laissée sceptique. Pour faire court, il tend à mépriser les jeunes qui veulent profiter à fond de leur jeunesse… Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce rejet bien plus un petit fond de jalousie qu’un véritable mépris. À l’inverse, je partage complètement son aversion de cette échelle sociale qui tend vite fait à séparer les personnes « cool » des autres.

Quant à Yukino, c’est son franc-parler qui m’a plu. Elle ne veut pas particulièrement être blessante, sauf peut-être avec Hachiman, mais elle ne mâche pas ses mots, chose qui plaira à une élève populaire. En effet, notre bénévole, par son honnêteté, va lui montrer l’importance d’être soi et de ne pas chercher à tout prix à vouloir se fondre dans la masse, sous peine d’y perdre son âme. Une jolie leçon à un âge où s’intégrer signifie parfois renoncer à ses propres particularités… Au fil des pages, Yukino, une fille brillante et belle, nous dévoile une partie de son passé, ce qui nous permet de comprendre sa manière bien à elle de ne pas se mêler aux autres qui ne lui ont jamais fait de cadeau. On pourra parfois la trouver un peu prétentieuse, mais cela fait partie de son charme : plutôt que de se cacher derrière une fausse modestie, elle énonce les faits tels qu’ils sont, point !

La relation chien/chat entre nos deux bénévoles ne manquera pas de vous faire sourire en plus d’apporter pas mal de piquant et de panache à l’intrigue. Quant aux illustrations, elles m’ont enchantée. J’ai adoré la rondeur des traits, la beauté des dessins, le jeu sur les visages et les expressions volontairement appuyées… L’ambiance graphique vaut à elle seule que l’on donne sa chance à cet ouvrage atypique que je serais curieuse de découvrir sous sa forme romancée, l’histoire existant sous forme de light novels.

En conclusion, si vous avez envie d’un manga amusant qui vous plonge au cœur de la vie lycéenne, mais dû côté des laissés-pour-compte, ce titre est fait pour vous. Dans une ambiance pleine de piquant, on se prend au jeu de ce club de volontaires, pas très volontaires, qui vient en aide aux autres et l’on a hâte de découvrir les requêtes des personnes qui en franchiront les portes… Léger et drôle, un manga parfait pour un moment de divertissement sans prise de tête !

Drifting dragons (tome 1), Taku Kuwabara

Couverture Drifting Dragons, tome 01

Autrefois, nombreux furent les aventuriers à se mettre en quête des dragons légendaires qui se dissimulent dans les cieux… aujourd’hui, le Quin Zaza est l’un des rares dirigeables dragonniers encore en activité.
Chacun a ses raisons d’embarquer et de poursuivre les dragons qui sillonnent les mers de nuages : pour l’argent, pour fuir ou pour les denrées que ces créatures offrent !
Mais à chaque voyage, c’est la vie de tout l’équipage qui est en danger, entre tempêtes effroyables, attaques de pirates de l’air ou traques de dragons hostiles…

Pika (4 mars 2020) – 208 pages – 7,50€

AVIS

Ce manga est une erreur de casting qui m’est complètement imputable. La couverture me plaisant et le titre m’intriguant, je l’ai emprunté sans même en lire le résumé. Or, si l’histoire n’est pas mauvaise, elle m’a mise mal à l’aise…

Je ne suis pas végétarienne, mais je ne supporte pas les ouvrages dans lesquels les animaux sont traqués et réduits à l’état de nourriture. Et c’est malheureusement ce qui se passe dans ce manga : nous suivons l’équipage d’un dirigeable dragonnier dont la mission est de chasser les dragons et d’en tirer le maximum de profit, puisque tout ou presque est utilisable dans cet animal rare. Peut-être que si les dragons avaient été une menace pour l’homme, cela ne m’aurait pas autant dérangée, mais ici, il nous est clairement dit qu’ils n’attaquent quasiment jamais les êtres humains. D’ailleurs, la seule fois où l’on voit un dragon attaquer, c’est pour venger le meurtre de son enfant… Difficile de lui en vouloir !

Autre point qui m’a vraiment gênée, l’obsession de Mika pour les dragons qu’il adore traquer, tuer, dépecer et manger. Un point sur lequel le mangaka insiste lourdement, rendant son personnage plus proche du psychopathe que du chasseur dont la traque de dragons n’est qu’une manière de subvenir à ses besoins. Heureusement, une autre chasseuse, Vanabelle, est bien plus nuancée :  si elle est douée, elle ne prend aucun plaisir à tuer les dragons. On sent même chez elle une certaine tristesse au fait de devoir s’y résoudre… Bien qu’elle soit peu présente par rapport à Mika dont les prouesses de chasseur le rendent indispensable à la vie du dragonnier, Vanabelle est probablement mon personnage préféré, d’autant qu’elle bénéficie d’une certaine aura de mystère qui la rend très intrigante.

Au-delà de ces deux chasseurs, qui ont une approche très différente de leur métier, on suit d’autres membres de l’équipage comme la petite nouvelle qui désire ardemment faire ses preuves. Le côté chasse sans discernement des dragons m’a perturbée, mais j’ai adoré l’ambiance de camaraderie qui règne à bord du dragonnier, l’un des derniers encore en activité. Chaque membre a son propre passé et est là pour des raisons qui lui sont propres. Il y a ainsi un petit côté récit de pirates qui m’a bien plu. D’ailleurs, puisqu’on parle de pirates, attendez-vous à de l’action et du mouvement, la vie à bord d’un dirigeable dragonnier étant loin d’être un long fleuve tranquille. Entre les tâches ingrates et physiques, les dragons pas toujours prêts à se laisser tuer et manger sans résister, les tempêtes et les accostages sauvages, notre équipage ne s’ennuie jamais !

Et entre deux parties de chasse et deux dangers à affronter, notre équipage est bien occupé à manger. La cuisine prend ainsi une place prépondérante dans cette intrigue. Mika, qui fonctionne la plupart du temps sur un mode binaire, se révèle d’ailleurs très inventive dans ce domaine, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus et à proposer des plats originaux, même pour ses coéquipiers. Vous trouverez quelques recettes disséminées tout au long du manga, une idée qui m’aurait probablement séduite si on avait parlé muffins plutôt que steaks de dragons.

Quant au travail réalisé sur les illustrations, il m’a complètement convaincue. Le découpage est dynamique, les gros plans sur les visages utilisés à bon escient et les expressions particulièrement parlantes. Seule la représentation des dragons m’a parfois étonnée, ayant du mal à identifier les traits de ces animaux de légende. Mais il est tout à fait possible que ce soit une volonté de l’auteur afin d’offrir aux lecteurs cette même distanciation émotionnelle que l’on ressent à la vue d’une barquette de viande dont l’aspect rend difficile l’identification de l’animal qui s’y trouve…

En conclusion, je ne peux que reconnaître à ce premier tome un certain nombre de qualités allant des illustrations au rythme en passant par l’ambiance de franche camaraderie qui règne à bord du dirigeable. Toutefois, la manière dont le mangaka réduit les dragons à l’état de produits comestibles comme les autres m’a vraiment mise mal à l’aise, même s’il a veillé à apporter une certaine nuance grâce à l’un des protagonistes. Je ne conseillerais donc pas ce titre aux personnes sensibles à la cause animale à moins qu’elles ne possèdent une bonne capacité de distanciation… En revanche, les amateurs d’histoires qui se déroulent dans les airs, et qui confrontent l’homme à l’animal, devraient prendre un certain plaisir à suivre les aventures d’un dragonnier à l’équipage divers et varié.

Flowers for Seri (tome 1), Tomu Ohmi

Couverture Flowers for Seri, tome 1

Yuzuki partage un curieux destin avec son amie Seri qui se voit embringuée dans un mariage arrangé avec le jeune homme. Cette dernière, croyant en l’amour, résiste face à l’enthousiasme général qui selon elle n’est qu’une question d’argent et de réputation. En effet, la famille de Seri est riche et a besoin d’un nom. Quant à la famille de Yuzuki, famille renommée japonaise, elle est plutôt sur la paille et aimerait bien profiter de la fortune de la fiancée ! Et pour couronner le tout, Yuzuki, qu’elle connaît depuis l’enfance, est un garçon boudeur, toujours de mauvaise humeur et particulièrement désagréable. Pourtant, alors qu’elle visite la magnifique maison de famille de son potentiel futur mari, elle entre en contact avec le seigneur Haruhisa, l’esprit d’un ancêtre du jeune homme qui lui révèle une terrible vérité : par une malédiction inconnue, tous les hommes de cette famille meurent jeunes et jusqu’ici, aucun n’a pu y échapper ! Les fantômes de Yuzuki vont alors commencer à hanter la pauvre Seri afin de l’inciter à se marier ! Mais la responsabilité de la jeune femme est encore plus grande qu’il n’y paraît, au-delà d’apporter la fortune ou la descendance, elle pourra peut-être lui sauver la vie…

Soleil (9 janvier 2013) – 192 pages

AVIS

Flowers for Seri, c’est l’histoire d’un mariage arrangé qui ressemble pas mal à ceux que l’on retrouve dans les romances historiques : un titre, ou du moins la réputation d’une grande lignée, contre la fortune. Pas très romantique, vous en conviendrez. D’ailleurs, Seri s’y refuse : elle se mariera par amour, et certainement pas avec Yuzuki, un ancien ami d’enfance qu’elle ne supporte pas. Hélas, pour elle, ses parents ainsi que ceux de son promis sont tellement enthousiastes à l’idée de cet accord qu’ils ne l’écoutent guère. Cela donne lieu à un certain comique de situation avec une Seri qui proteste dans l’indifférence générale.

Et si on en sourit aisément, c’est que contrairement à ce qui se jouait dans le passé, ici, on reste dans la légèreté. Les parents des deux protagonistes sont adorables et l’opposition franche et farouche de Seri semble assez rapidement s’affaiblir, à mesure qu’elle côtoie Yuzuki et qu’elle découvre le secret de sa famille : les hommes Furumidô sont poursuivis par une malédiction les conduisant à une mort prématurée.

Un secret dévoilé par le fantôme de l’un des ancêtres de Yuzuki qui s’est mis en tête de réunir les deux jeunes adultes et de protéger Seri au même titre que son promis. Et s’il ressent ce besoin de protection, c’est qu’il est certain que Seri détient en son sein le pouvoir de protéger Yuzuki d’un bien funeste destin ! J’ai apprécié ce fantôme adorable, bien qu’un peu trop présent pour la santé mentale de Seri qui ne goûte guère ses apparitions inopinées. Petit à petit, on assiste à l’évolution des sentiments de Seri qui passe du refus net et précis à l’agacement puis à des sentiments bien plus doux envers un Yuzuki qu’elle réapprend à connaître… Et plus elle passe de temps avec lui, plus elle réalise que sa présence semble bénéfique au jeune homme, lui permettant même de se sortir de situations délicates sans trop de séquelles.

En tant qu’adulte, j’ai regretté que les choses évoluent bien trop vite entre les protagonistes et que l’on fasse peser sur une jeune femme le poids du salut d’un homme. Le titre n’en demeure pas moins agréable et devrait plaire aux adolescentes et aux jeunes adultes, les deux protagonistes se révélant complémentaires et plutôt mignons ensemble. Derrière une relation chien/chat qui ne manque pas de charme, difficile de ne pas voir l’affection sincère que Yuzuki porte à son amie d’enfance. Si le Yuzuki actuel ne m’a pas plus touchée que cela, j’ai été très émue par le Yuzuki enfant que l’on découvre à travers quelques flashback. Un enfant conscient du poids de la malédiction de sa famille et abandonné par une amie qui lui avait pourtant promis de toujours le soutenir et le protéger…

On comprend aisément que Seri, alors encore très jeune, a eu tout simplement peur, mais l’on comprend également qu’elle désire maintenant rattraper son erreur passée. Après tout, ce n’est plus une enfant apeurée, mais une jeune femme avec du caractère et une belle force intérieure. Courageuse, gentille et forte, j’ai apprécié Seri et la manière dont elle essaie de faire face à ce mariage arrangé, à la malédiction et à ces fantômes qui s’invitent dans sa vie. Cela fait beaucoup pour une seule personne, mais elle affronte ce chaos avec beaucoup de témérité.

En ce qui concerne Yuzuki, il reste encore un peu difficile à cerner, ce qui s’explique par les barrières qu’il a érigées entre lui et les autres pour se protéger des abandons qu’il pense inévitables. Il n’en demeure pas moins très attaché à Seri, ce qui se traduit d’ailleurs par quelques élans de jalousie et de possessivité quand un autre homme ne semble pas indifférent à la jeune femme. Bien que la personnalité de Yuzuki mériterait encore quelques approfondissements, j’ai apprécié de le voir tiraillé entre son envie d’épouser Seri qu’il a toujours aimée et celle de ne pas la contraindre à ce mariage… Un dilemme moral qui prend une tout autre dimension quand le jeune homme en vient à considérer tous ces dangers qui font son quotidien et dont son corps porte les stigmates. Peut-il mettre la vie de Seri en danger pour protéger la sienne et offrir à ses parents cet héritier tant attendu ? Mais cette question qui le fait douter n’est-elle pas erronée ? La question, n’est-elle pas plutôt de savoir ce dont a envie Seri qui nous apparaît ici déterminée à faire entendre sa voix ?

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur rondeur, leur douceur et le jeu important sur les regards, tous très expressifs. J’ai néanmoins parfois été déstabilisée par un problème de proportion, surtout au niveau des bustes des personnages masculins, et la manière dont la mangaka joue sur le visage de l’héroïne. Si j’imagine que c’est dans un but artistique, ne lui représenter qu’un œil sur deux ou laisser un blanc à la place du nez et/ou des lèvres ne m’a pas paru particulièrement attrayant…

En conclusion, bien que l’autrice avance ses pions un peu trop rapidement pour l’adulte que je suis, j’ai trouvé ce premier tome divertissant et ai apprécié l’apport du surnaturel dans la relation tumultueuse entre deux jeunes adultes dont le destin semble étroitement lié… Quant à savoir si c’est pour le meilleur ou pour le pire, il faudra lire la suite. Dans tous les cas, je vous conseillerais ce titre si vous avez envie d’une romance laissant une belle place au surnaturel et à une malédiction qui fait peser une lourde menace sur toute une famille et deux jeunes adultes qui doivent faire face à leurs sentiments.

Livre lu dans le cadre du challenge Romantasy.

Mini-chroniques en pagaille #26

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Bloody Secret, Mutsumi Yoshida (Soleil manga) :

Couverture Bloody secret, tome 1

C’est en parcourant un livre que Anko développe l’idée saugrenue que le très mystérieux Yura est un vampire. Malheureusement pour elle, ce dernier apprend ses doutes et lui révèle la vérité, il a bien du sang de vampire en lui ! Puisque l’heure des confessions est venue, il lui révèle aussi son attirance très forte pour son sang qui semble si spécial. Et si la jeune fille acceptait de sortir avec cet étrange personnage que personne ne semble véritablement connaître puisqu’il passe son temps à dormir ? Pour sa défense, pas facile d’être un vampire en plein jour, a fortiori quand on n’a jamais encore laisse libre court à sa soif d’hémoglobine…

Anko est une jeune fille assez innocente et naïve qui oscille entre l’idée d’aider Yura et la peur d’être transformée à son tour en créature de la nuit si elle se laisse mordre. Elle lui propose donc d’apprendre à mieux le connaître avant d’éventuellement devenir plus qu’une amie. Mais une ombre plane sur cet arrangement des plus raisonnables : un personnage qui semble bien avoir envie de taquiner nos deux protagonistes.

Dans ce premier tome, l’autrice met en place les enjeux et nous présente les personnages. Gentillette, sans être transcendante, l’histoire plaira probablement aux adolescent(e)s et aux personnes appréciant les histoires de vampire ou plutôt d’un garçon humain avec du sang de vampire. Cela change-t-il quelque chose ? Peut-être si l’on se fie à la fin qui laisse entrevoir quelques complications quant à la relation entre nos deux protagonistes…

  • Bonjour facteur, Michaël Escoffier (École des loisirs)

Bonjour facteur

Illustrateur : Matthieu Maudet

Voici un petit album jeunesse cartonné découvert dans la bibliothèque de ma nièce qui apprécie cette histoire colorée. Pour ma part, je suis complètement tombée sous le charme de ce facteur d’un genre particulier : lui, ce n’est pas le courrier qu’il livre à bicyclette, mais des bébés ! Adieu donc la cigogne qui apporte des bébés aux humains, place au facteur humain qui délivre des bébés aux animaux. Une inversion des rôles assez truculente, vous en conviendrez !

Mais ce système de livraison de bébés est-il véritablement fiable ? Pour le savoir, je vous invite à découvrir l’album, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la chute. En plus de prêter à sourire, elle véhicule un joli message quant à la notion de famille. C’est également un vrai plaisir de suivre le facteur qui, malgré un moyen de locomotion non motorisé, parcourt à la vitesse de l’éclair de grandes distances, livrant les clients aussi bien en pleine jungle que sur la banquise… Les couleurs pleines de gaieté et la rondeur des traits apportent, quant à elles, beaucoup de peps et de douceur à cet album que je ne peux que vous conseiller pour passer un joli moment de lecture en famille.

  • La fugue, Yvan Pommaux (École des loisirs) :

Couverture La Fugue

Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous aurez probablement deviné que le chat sur la couverture a suffi à me donner envie de me plonger dans cet album au titre qui ne peut qu’intriguer, La fugue. Avant même de commencer la lecture, on se demande ainsi les raisons qui ont pu pousser ce jeune chat à fuguer, tout en tremblant à l’idée des dangers qu’il risque de devoir affronter, et dont il n’a guère conscience.

Page après page, l’auteur répond à notre question, non sans un certain humour d’ailleurs. Nous découvrons ainsi un chaton excédé par une famille humaine qu’il ne supporte plus ! Jules en a marre des odeurs de cigarillos du père, du bruit de l’aspirateur de la mère, des jeux brutaux du frère et de la sœur, et du prénom idiot dont on l’a affublé, Mitzy !

Son prénom, c’est Jules. Et s’il l’a choisi, ce n’est pas par hasard… Je n’en dirai pas plus sous peine de vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé l’histoire derrière le choix de ce prénom adorable tout comme la fin qui a ému l’amoureuse des animaux, et plus particulièrement des chats, en moi. 

Au-delà des griefs de Jules qui rappelleront aux enfants et aux parents, qu’un chat, ce n’est pas un jouet et qu’il lui faut un minimum de tranquillité pour s’épanouir, l’auteur nous narre également les péripéties de Jules dans la rue. Un endroit aux multiples dangers pour un chaton : les voitures, les chiens, les gens qui marchent sans se préoccuper de la petite boule de poils qui se faufilent entre leurs jambes, la faim qui tenaille… Mais heureusement, Jules saura trouver de l’aide auprès d’un matou au grand cœur, marqué par la vie dans la rue.

Porté par un adorable chaton à la personnalité affirmée et aux sentiments exacerbés, La fugue nous offre une aventure mouvementée et pleine d’émotions qui devrait séduire les enfants et les parents ainsi que tous les amoureux des chats et les personnes sensibles aux belles histoires d’amitié homme/animal.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Les avez-vous lus ? Vous tentent-ils ?

 

Jardin Secret – tome 1, Ammitsu

Couverture Jardin Secret, tome 1

Ran est une fille assez parfaite que beaucoup considèrent comme un modèle à suivre : sérieuse, sportive, intelligente, soucieuse de sa santé, etc. Mais il n’est pas facile de rencontrer un garçon quand ces derniers la considèrent, à son grand dam, comme « l’inaccessible étoile » ! Un jour, elle fait fortuitement la connaissance de Akira, un garçon solaire, naturel, franc et amical et elle découvre également son « secret »: il est fils de fleuristes, apprécie beaucoup travailler au magasin de ses parents et sait déjà qu’il deviendra lui aussi fleuriste. Mais il n’ose l’avouer à personne de peur que l’on se moque de lui..

Kana (19 avril 2019) – 192 pages – Papier (6,85€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Ran, lycéenne, est la fille idéale : belle, intelligente et sportive ! Des qualités qui tendent à l’emprisonner dans le rôle de la fille inaccessible alors qu’elle n’est qu’une fille comme les autres qui aimerait ne pas faire fuir tous les garçons ! Heureusement pour elle, suite à un petit accident, elle se rend compte qu’elle n’intimide pas tous les garçons et qu’Akira, élève dans sa classe, est tout à fait disposé à lui parler et à la considérer comme une fille normale.

Alors qu’elle possède de nombreuses qualités qui auraient pu la rendre prétentieuse, Ran se montre adorable, touchante et très serviable que ce soit envers sa famille ou ses professeurs. Un trait de caractère qui la pousse, entre autres, à entretenir les fleurs de son lycée avec une application et un soin qui ne laisseront pas Akira insensible. En effet, fils de fleuriste, c’est un grand amoureux des fleurs. Une passion peu commune pour un adolescent qu’il préfère cacher à ses camarades de peur de subir leurs moqueries. À travers ce personnage, le mangaka nous offre un petit rappel de la difficulté d’assumer sa différence à une période où l’on sent, plus que jamais, le poids des normes..

En plus de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son naturel qui sauront séduire aussi bien Ran que les lecteurs, Akira se révèle passionnant et passionné, n’hésitant pas à nous donner des informations intéressantes sur les fleurs et leur langage. Parler à travers les fleurs, en voilà quelque chose de poétique, à l’instar de la relation qui se noue progressivement entre nos deux adolescents, Ran souhaitant, malgré sa maladresse et sa timidité, se rapprocher de ce garçon souriant avec lequel elle se sent en totale confiance.

Il se dégage beaucoup de douceur de ce manga que ce soit à travers les illustrations tout en rondeur, les sourires francs et lumineux de Akira ou les expressions subtiles, mais chargées d’émotions, de Ran qui s’ouvre, petit à petit, à son nouvel ami. Au fil des pages, les lecteurs ne peuvent qu’être attendris par les échanges empreints de tendresse entre les deux lycéens et espérer que cette belle relation d’amitié évolue en quelque chose d’autre. Je n’ai, pour le moment, lu que le premier tome, mais je pressens que nous sommes ici dans un shōjo qui va prendre le temps de développer les liens entre les deux amis, chose qui n’est pas pour me déplaire tellement je les ai trouvés mignons et adorables.

Il n’y a pas de grand drame ni d’événement remarquable dans ce premier tome, mais pour autant, on se surprend à tourner les pages un sourire aux lèvres et avec l’envie de prolonger cette lecture cocooning qui met du baume au cœur. J’ai également apprécié de voir évoluer Ran dans sa famille avec une mère cœur d’artichaut et un père pas vraiment prêt à ce que sa fille se mette à s’intéresser aux garçons. La petite sœur semble également sympathique et prompte à taquiner son aînée. Néanmoins, ce premier tome se concentrant essentiellement sur Ran et Akira, les moments en famille se sont révélés trop peu nombreux à mon goût. J’espère donc avoir l’occasion de vivre de nouvelles scènes familiales dans la suite de la série.

Au-delà de la jolie relation et de la complicité naissante entre les deux adolescents, on appréciera les thèmes abordés avec subtilité tout au long du manga : la naissance du sentiment amoureux, l’amitié, mais aussi les apparences parfois trompeuses et les préjugés qui empêchent un adolescent de vivre sa passion des fleurs au grand jour et qui instaurent une barrière entre une jeune fille et ses camarades…

En résumé, Jardin Secret est un manga empli de douceur et de poésie qui devrait enchanter les lecteurs appréciant de voir les liens entre les personnages se développer petit à petit dans la tolérance et la bienveillance.

Découvrez un extrait du manga sur le site des éditions Kana.

Shirayuki aux cheveux rouges, Sorata Akiduki

Couverture Shirayuki aux cheveux rouges, tome 01

Pour Shirayuki, la vie n’est pas toujours rose, elle serait plutôt rouge pomme. Cette jeune apprentie pharmacienne, originaire du pays de Tanbarun, a l’art d’attirer les regards. En effet, elle est née avec une chevelure rouge ! Pour éviter un mariage avec le prince de son pays, elle a fui dans la forêt du pays voisin où elle y rencontre Zen et ses amis : Kiki et Mitsuhide, les gardes du corps de Zen. Celui-ci se trouve être, en fait, le second prince du royaume de Clariness. Avec ses amis, Shirayuki va essayer de devenir la pharmacienne royale en passant un concours afin de pouvoir être auprès de Zen sans lui attirer les ennuis dû à son statut de roturière. Cependant, cette rencontre n’est pas du goût de tout le monde et certains d’entre eux pensent même à la kidnapper afin d’en faire cadeau aux puissants.

AVIS

Je connaissais l’animé, mais si j’avais trouvé ça sympathique, je n’avais pas accroché outre mesure. Pas que l’adaptation soit mauvaise, mais j’ai tendance, depuis quelques années, à m’ennuyer très vite devant un écran. Fort heureusement, je n’ai ressenti aucune lassitude avec ce premier tome que j’ai dévoré avec grand appétit et un plaisir certain.

Shirayuki possède une particularité physique qui suscite envie et convoitise : une belle crinière rouge qui, malheureusement pour elle, va attirer l’attention du prince de son royaume bien décidé à faire d’elle sa concubine. Avec le prince Raji, apparemment, les apparences et la joie de mettre la main sur quelque chose ou quelqu’un de rare comptent plus que les sentiments… Mais c’était sans compter sur la personnalité de battante de Shirayuki qui préfère fuir plutôt qu’être liée à ce goujat au sang royal ! Une fuite qui va la faire tomber dans les filets d’un autre prince, celui du royaume voisin… Leur rencontre sera d’ailleurs plutôt fracassante et non dénuée d’originalité.

Mais contrairement à Raji, Zen est quelqu’un de profondément humain qui, derrière une apparente frivolité, possède un certain sens des responsabilités et une bonne âme. Je ne me souvenais pas à quel point ce personnage se révèle tendre et attachant, un joli mélange de naïveté, de franchise, de soif de liberté et de volonté de bien faire. En d’autres mots, je suis tombée sous le charme de ce prince respectueux qui va se prendre d’affection pour Shirayuki sans jamais tenter de s’imposer à elle ou de l’obliger à faire quoi que ce soit.  Et ça, c’est plutôt novateur pour un shojo, a fortiori, un shojo datant de quelques années.

C’est peut-être la raison pour laquelle notre héroïne va s’attacher assez vite au prince, au point de vouloir tenter le concours pour devenir pharmacienne à la cour et ainsi ne plus avoir à dépendre de lui pour entrer au château. Il faut dire que sa venue et ses entrevues avec le prince ne plaisent pas à tous, certains craignant d’avoir à faire à une énième intrigante. Mais les lecteurs, témoins de la candeur de la jeune femme, savent très bien qu’il n’en est rien et qu’ils ont devant eux une jeune femme courageuse, gentille, volontaire et intelligente, dont le seul tort est d’attirer l’attention de tous à cause de ses cheveux flamboyants. Ceux-ci se révèlent donc être un lourd fardeau dans un monde où les hommes n’hésitent pas à menacer une femme juste pour le plaisir de s’approprier sa chevelure et se gorger de leur rareté…

Mais Shirayuki ne se limite pas à ses cheveux, elle possède également une bonne connaissance des herbes et des plantes médicinales, ce qui lui sera fort utile autant pour aider Zen que se sortir de situations difficiles. Car telle une héroïne de conte, elle va devoir affronter différentes épreuves qui testeront sa bravoure et son courage. Elle pourra, évidemment, compter sur le soutien de son bon prince, toujours prompt à veiller sur elle tout en respectant les limites qu’elle lui impose. En effet, n’oublions pas que Shirayuki est une jeune femme indépendante qui sait ce qu’elle veut et qui est bien décidée à l’obtenir par elle-même. J’ai adoré la personnalité de battante de notre héroïne ainsi que la douce ambiance de conte distillée tout au long de ce manga. Un manga qui devrait enchanter les amateurs de romances/amitiés amoureuses toutes douces qui prennent le temps d’éclore puisqu’à part quelques discrets rapprochements, à la fin de ce premier tome, Zen et  Shirayuki en sont toujours au stade de la tendre amitié.

Au-delà de ce duo terriblement mignon et attachant qui m’a fait fondre, j’ai apprécié les personnages secondaires, et notamment les deux gardes du corps et amis accompagnant et veillant sur Zen : Kiki et Mitsuhide. Une mission de protection difficile à mener si l’on considère que notre prince aime prendre la poudre d’escampette afin d’être au plus près de ce qui se passe au sein de son pays. Un point tout à son honneur et qui tranche avec le comportement du prince Raji qui préfère courir les filles que prendre la température de son royaume. Toutefois, les escapades et les velléités de liberté de Zen, en plus de compliquer sérieusement la vie de ses deux gardes du corps et meilleurs amis, ne semblent pas ravir tout le monde…

L’autrice laisse planer une aura de mystère autour de ce premier tome avec, entre autres, certains personnages qu’on a encore du mal à classer du côté des alliés ou des ennemis. Des doutes qui donnent très envie de lire la suite tout comme l’incertitude qui plane sur la vie de Shirayuki : qui l’a piégée elle et le prince dans la serre ? Arrivera-t-elle à trouver sa place au sein du château ? Quelles épreuves va-t-elle encore devoir affronter ?…

Charmée par ce premier tome, je lirai donc la suite avec plaisir impatiente de retrouver Shirayuki et Zen et, avec un peu de chance, en apprendre plus sur Kiki et Mitsuhide, dont les personnalités restent, pour le moment, juste ébauchées. Mais cela ne nous empêche pas de voir leur attachement au prince auquel ils semblent vouer une sincère amitié et pour lequel ils sont prêts à prendre tous les risques. La dynamique entre les trois personnages se révèle donc intéressante en plus d’apporter une agréable touche d’humour. Je retrouverai également avec plaisir l’univers graphique de ce manga, dont j’ai apprécié la rondeur des traits, l’expressivité des personnages, la beauté des décors ainsi que la fluidité des scènes d’action et la manière dont le mouvement est parfaitement capturé.

Orgueil et préjugés, version manga ou le cas typique d’un livre difficile à noter

Orgueil et Préjugés

Lorsque Monsieur Bingley, jeune homme riche et célibataire vient s’installer à Netherfield accompagné de son ami Monsieur Darcy, c’est Madame Bennet et ses cinq filles à marier les premières averties ! Car chacun sait qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier ! Découvrez cette superbe adaptation en manga du mondialement connu chef-d’œuvre de Jane Austen. Tout l’humour et le romantisme de l’original y sont parfaitement éclairés par un dessin riche et somptueux

Soleil (23/11/2016 ) – Scénariste : King Stacy – Illustrateur : PoTse – 368 p.

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Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous savez peut-être qu’Orgueil et préjugés de Jane Austen est l’un de mes livres préférés. Je lis donc toujours avec impatience, excitation et crainte les livres qui tournent autour de cette œuvre. Et cette adaptation en manga n’a pas échappé à la règle…

Pour une fois, je ne vais pas vous en faire une chronique détaillée parce que d’une part, Orgueil et préjugés est assez connu pour que beaucoup d’entre vous en connaissent au moins la trame, et d’autre part, j’aimerais me focaliser sur un autre aspect : la difficulté de noter certains livres.

Je ne note plus mes lectures sur le blog, le côté scolaire me gênant, mais je continue à le faire sur les réseaux car c’est un critère pour mieux organiser mes chroniques, du moins, c’est ainsi que je le perçois. Mais il arrive que noter un livre devienne un vrai casse-tête, le lecteur étant partagé entre son ressenti en fonction de ses attentes et les qualités intrinsèques du livre. Et c’est ce qui s’est passé pour moi avec cette adaptation en manga.

Ce manga est bon, voire très bon, mais il ne m’a pas, pour autant, transportée. Un paradoxe dont j’ai perçu, au fil de ma lecture, les raisons. J’adore Orgueil et préjugés parce qu’il forme un tout : une critique sociétale sous fond d’humour et d’amour, le tout relevé par la plume caustique de Jane Austen et son acuité pour percevoir l’âme humaine. Privée de l’un de ces aspects, l’histoire perd, du moins pour moi, de sa force et de sa portée.

Or, même si le contexte historique est conservé et que l’on a quelques critiques sociétales sous-jacentes, cette adaptation graphique se concentre principalement sur la romance. N’étant pas une inconditionnelle du genre même si je commence à l’apprécier, je n’ai donc pas réussi à me sentir totalement impliquée dans ma lecture… Ceci n’est pas un point négatif dans la mesure où l’éditeur précise clairement dans son résumé que c’est un choix voulu et assumé. En attaquant le manga, je savais donc à quoi m’attendre.

D’ailleurs, si on aime les romances historiques et les mangas, je pense sincèrement que cet ouvrage devrait vous ravir : les personnages sont attachants et hauts en couleur pour certains, les décors et les dessins sont sublimes et les détails permettent une réelle immersion dans l’histoire, les principaux freins à l’amour entre Elizabeth et Darcy bien restitués, la complicité entre l’héroïne et sa sœur Jane toujours aussi forte et belle, les émotions au rendez-vous…

La scénariste et l’illustratrice ont même réussi à rendre Lydia encore plus agaçante que dans le roman : son égocentrisme, son égoïsme, sa frivolité, son manque de bon sens transparaissant à chacune de ses apparitions… J’ai également aimé la manière dont a été scénarisée Mme Bennet qui garde son côté « obnubilée par le mariage de ses filles », mais dont la représentation graphique tout en rondeur adoucit ce trait de caractère.

Toutefois, si vous êtes un fan de l’œuvre originale, certains points pourraient, comme ce fut le cas pour moi, vous perturber. Il y a d’abord le rôle minoré de la sœur de Darcy ce que j’ai trouvé fort dommage même si je comprends sans problème que l’autrice a dû opérer des choix. Mais j’ai surtout regretté le lissage de la personnalité de Lizzie et de Darcy qui m’ont semblé bien ternes par rapport à la version originale. Lizzie perd son sens de la répartie qui est, pour moi, l’atout charme de l’histoire et Darcy se transforme bien vite en amoureux incompris et éconduit…

J’ai donc eu l’impression qu’on tombait tout simplement dans une banale histoire d’amour avec le beau gosse de service riche et taciturne qui se rend compte que la fille qu’il a jusqu’à maintenant dénigrée est un petit bijou qui ne demande qu’à être poli. Un schéma qui ne me convient guère quand il est brut comme ici, mais qui devrait ravir le cœur des amateurs de romance.

En conclusion, cette version graphique d’Orgueil et préjugés est très bonne si l’on souhaite (re)découvrir l’histoire originale uniquement d’un point de vue romantique. L’autrice a su restituer avec précision les étapes marquantes de la relation entre Elizabeth et Darcy et l’illustratrice les sublimer. En revanche, si vous aimez les romances se déroulant dans un contexte sociétal et historique bien exploité et/ou que vous espérez retrouver l’humour présent dans l’œuvre de Jane Austen, vous pourriez rester sur votre faim…

Hadès chasseur de psycho-démons, tome 1, Shô Aimoto

Le collège Tokofushi vient d’accueillir un nouvel infirmier. Timide, maladroit et décalé, le professeur Hadès est surtout particulièrement effrayant avec son visage livide et couturé d’étranges cicatrices. Résultat, personne n’ose l’approcher, et cela à son plus grand désespoir. Mais tout va commencer à changer le jour où trois élèves découvrent son incroyable secret : il serait en réalité un chasseur de psycho-démons, en poste au collège pour en protéger les élèves… Mais d’où lui viennent ses pouvoirs ? Et quelle est la véritable origine des psycho-démons ? Ashitaba, Ryôsuke et Rentarô ne sont pas au bout de leurs surprises ! Avec l’arrivée d’Hadés, leur collège ne sera jamais plus comme avant !

Delcourt/Tonkam (4 juillet 2012) – 192 pages – Traduction : Tetsuya Yano  

La belle et gentille infirmière du collège est remplacée par un homme au faciès marqué et dont le comportement assez étrange tend à inquiéter les élèves. Ceux-ci préfèrent d’ailleurs se passer d’infirmerie au grand désespoir du très serviable Hadès qui rêve de prendre soin d’eux. Heureusement, certains élèves sont plus courageux que d’autres à commencer par le beau gosse de service, Fuji, qui confond infirmerie et dortoir et deux de ses amis, le gros lourd avec les filles et le calme qui ne se fait pas vraiment remarquer, mais qui reste apprécié des autres. Les personnages se révèlent donc assez stéréotypés sans que cela ne gêne vraiment l’intrigue d’autant que le vrai héros de l’histoire, c’est Hadès !

De fil en aiguille, on apprend à connaître cet infirmier qui est loin de se contenter de soigner les petits bobos, sa spécialité étant plutôt les dégâts causés par les psycho-démons ! Ces démons s’emparent des tourments de l’âme humaine pour posséder leurs victimes jusqu’à les rendre agressives et dangereuses. J’ai apprécié de découvrir ce personnage atypique qui ressemble physiquement à un psychopathe alors qu’il d’une grande douceur et n’hésite pas à affronter des démons pour protéger les élèves.

Le découpage du manga en différentes missions de sauvetage est intéressant et apporte un certain dynamisme bien que l’on puisse finir par ressentir une petite impression de répétition. Mais rien de bien gênant si, comme moi, vous appréciez de découvrir des démons variés et de suivre l’évolution des liens entre les différents protagonistes qui vont, petit à petit, se rapprocher. Il faut dire que combattre l’occulte et affronter des dangers d’ordre surnaturel, ça ne peut que créer des liens !

Dans ce premier tome, Hadès se dévoile progressivement à nous, mais il n’en demeure pas moins encore très mystérieux, ce qui n’est pas pour me déplaire. On sent que le personnage est loin d’avoir dévoilé tous ses secrets et l’étendue de ses impressionnantes compétences ! Autour de ce dernier, gravite également un personnage énigmatique qui semble lié à son passé…

En plus du rythme, ce qui est intéressant avec ce manga, c’est la manière dont l’auteur utilise le fantastique pour aborder des thèmes importants, surtout à l’adolescence : amitié, jalousie, rivalité, manque de confiance en soi, timidité, difficulté de s’affranchir du regard des autres et de se faire accepter lorsque l’on est différent, obsession de la beauté, rapports filles/garçons, nécessité de trouver sa place au sein d’un groupe…

Je ne suis, en revanche, pas emballée par les graphismes qui, du moins pour moi, mériteraient parfois d’être un peu moins fouillis. J’ai eu, en outre, le sentiment que les illustrations avaient mal vieilli, la série datant de 2012. Mais ce n’est qu’une appréciation personnelle, les dessins pouvant séduire d’autres lecteurs.

En bref, à travers différentes missions pour sauver des élèves possédés par des psycho-démons pas forcément très sympathiques, l’auteur aborde différents thèmes qui devraient parler à tous, et plus particulièrement aux adolescents. Rythmée et portée par un héros atypique et touchant, voici une série que je poursuivrai avec plaisir !