Le Requiem du Roi des Roses (tome 1), Aya Kanno

Le Requiem du Roi des roses, tome  1 par Kanno

La réinterprétation du Richard III de Shakespeare par Aya Kanno, l’auteur d’ Otomen !

Dès sa naissance, Richard, héritier de la prestigieuse famille d’York, est un enfant maudit. Né hermaphrodite, il est rejeté et haï par une mère qui considère sa venue au monde comme une
punition du ciel. Seule lueur d’espoir dans cette enfance tourmentée, la présence d’un père qui lui voue un amour inconditionnel.
Mais la vie du jeune Richard bascule quand son père s’engage dans un conflit avec les Lancaster pour faire valoir son droit au trône. De cette guerre des Deux-Roses va émerger un monstre politique, un tyran sanguinaire qui marquera de son empreinte l’histoire de l’Angleterre…
York et Lancaster : deux familles, une haine ancestrale et un seul destin possible pour l’Angleterre déchirée !
Après le succès d’Otomen, Aya Kanno signe son grand retour en France avec Le Requiem du Roi des roses, une réinterprétation brillante de la pièce de Shakespeare, Richard III !

Ki-oon (26 mars 2015) – 170 pages – Traduction : Jean-benoit Silvestre

AVIS

N’ayant jamais lu Richard III, la pièce de Shakespeare dont le manga est inspiré, je ne pourrais me prononcer sur le degré de liberté pris par Aya Kanno. Je peux simplement vous dire que j’ai apprécié cette histoire de lutte acharnée et sans merci pour le trône d’Angleterre.

On a ainsi d’un côté, un souverain en place qui ne semble pas y tenir tant que cela à son trône, au grand dam d’une reine prête à se battre pour la couronne. Machiavélique et plutôt efficace, je n’aurais pas aimé me trouver sur son chemin ! De l’autre côté, on trouve Richard qui, poussé par son conseiller et son benjamin du même nom, semble, quant à lui, déterminé à récupérer une couronne dont il s’estime le légitime héritier.

S’engage alors entre les York et les Lancaster, un conflit sanglant où ceux qui tirent les ficelles ne sont pas forcément ceux qui sont sur le devant de la scène ! Mes souvenirs sur la Guerre des Deux-Roses sont très vagues, mais j’ai apprécié de trouver dans ce manga une référence à un conflit historique sur lequel je n’ai jamais rien lu, un conflit qui nous plonge dans une guerre civile quelque peu sanglante ! Mais c’est probablement le travail réalisé sur la psychologie des personnages qui rend ce manga aussi captivant, sans oublier cette pointe de surnaturel distillée avec parcimonie et un réel sens de la mise en scène.

J’ai, pour ma part, été touchée par la sensibilité d’Henri, un roi qui semble agneau dans un monde de loups, et par les blessures psychiques du jeune Richard rejeté et haï par sa propre mère en raison de son physique. Si sa mère voit en lui le rejeton du diable, Richard pourra heureusement compter sur l’amour inconditionnel de son père que l’autrice sublime et rend palpable. Le lien entre le père et le fils est très fort, presque mystique, et semble les porter tous les deux. Quant à savoir si c’est une bonne chose, chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que le jeune Richard aura une réelle influence sur le destin de son père.

Cette relation forte et indestructible attisera la haine de la mère qui ne supporte pas de voir son mari si proche d’un enfant qu’elle se refuse à reconnaître comme le sien. Apparemment pour cette mère, le physique de son enfant est plus important que l’enfant lui-même, bien que l’on puisse se poser la question du rôle de la superstition dans ce rejet franc et définitif… La relation entre le jeune Richard et le roi Henri ne manque pas non plus d’attiser notre curiosité, d’autant que les deux se rencontrent de manière fortuite, sans connaître leur identité respective. Ils se révèlent très différents l’un de l’autre que ce soit physiquement ou mentalement : l’un beau, doux, gentil et pieux ; l’autre sombre et taciturne avec une particularité physique qu’il se complaît à cacher, ce qui, vu le rejet de sa mère, se comprend plutôt bien. Les deux personnages sont ennemis par la naissance et les circonstances, mais j’ai apprécié les quelques scènes les réunissant et nous dévoilant une certaine vulnérabilité chez l’un et l’autre.

Entre l’action bien présente et les références historiques, les personnages qui tirent les ficelles dans l’ombre, la montée en puissance d’un jeune homme rejeté par sa mère, mais prêt à tout pour offrir à son père une couronne, le destin tragique d’un souverain qui semble plus intéressé par la religion et une vie simple que son rôle de roi, la découverte de personnages secondaires qui, chacun à leur manière, jouent un rôle dans une guerre intestine… je n’ai pas vu le temps passer ! Je lirai d’ailleurs la suite avec plaisir, notamment pour suivre l’évolution d’un personnage ambigu qui suscite une certaine empathie, mais qui semble néanmoins cacher en lui une violence qui ne demande qu’à s’exprimer.

Alternant entre noirceur et lumière, les illustrations sont à la hauteur d’une histoire de haine, de quête de pouvoir, de manipulation, de rejet de la différence, mais aussi d’amour familial et de destins hors norme que l’on apprécie de voir évoluer en parallèle avant de les voir entrer en collision. Si vous aimez les mangas mêlant politique, Histoire avec un grand H et histoires de personnages conditionnés par leur naissance, Le requiem du Roi des Roses devrait vous plaire.

 

Les chroniques d’Azfaréo (tome 1), Shiki Chitose

Les chroniques d'Azfaréo, tome 1 par Shiki

La rumeur raconte que le royaume d’Azfaréo est protégé par le pouvoir du Dragon Bleu… Mais depuis quelques temps, il ne pleut plus sur les terres, et l’équilibre est menacé. Le pouvoir du dragon serait-il en train de s’affaiblir ? C’est dans ce contexte que Rukul, héritière d’une famille de prêtres, est envoyée pour servir la créature mythique. Cette dernière, en échec familial, trouvera-t-elle sa place auprès du dragon ? Et quels secrets royaux découvrira-t-elle ?

Akata (10 septembre 2020) – 182 pages – 6,99€
Traduction : Sahe Cibot

AVIS

Une jolie couverture avec un dragon bleu, il n’en fallait pas bien plus pour attirer mon attention sur un manga que j’ai trouvé fort sympathique.

Nous faisons la connaissance de Rukul, une jeune fille appartenant à une lignée de prêtres, envoyée à la cour servir le dragon bleu du royaume d’Azfaréo. Une tâche importante puisqu’il est dit que l’état de la créature influe directement sur la météo. Or le pays a désespérément besoin de pluie… Contre toute attente, alors que les autres jeunes filles se sont évanouies devant l’impressionnante créature, Rukul ne montre aucun signe de peur et semble bien déterminée à prendre soin de ce dragon au caractère difficile.

Gaffeuse, naïve, pas très sûre d’elle, mais téméraire, bienveillante, sincère, gentille et pleine de bonne volonté, Rukul se révèle aussi sympathique que touchante et émouvante. Elle n’a pas le talent de sa sœur que tout le monde encense, mais elle possède beaucoup de cœur et fait de son mieux pour s’occuper de Julius. Il est d’ailleurs amusant de voir un personnage aussi délicat physiquement se poser en farouche protecteur d’un dragon caractériel à la taille imposante. Pour ma part, j’ai adoré cette jeune fille d’une grande fraîcheur et ai apprécié la voir, au fil des pages, prendre de plus en plus confiance en elle, même si elle a toujours en elle ce petit complexe d’infériorité dû notamment à un père qui m’a paru assez dur et cassant.

Le duo formé par Rukul et Julius fonctionne à merveille, d’autant que contrairement aux apparences, ce dernier n’est peut-être pas aussi revêche que cela. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié tout l’enjeu autour de son identité, et sa manière de prétendre être agacé et malpoli quand il se révèle surtout pudique quant à ses sentiments. Je l’ai d’ailleurs trouvé assez mignon et plutôt protecteur, bien qu’il ne serait pas probablement ravi que je le mentionne. N’a-t-il pas une image de dragon à préserver après tout ? On découvre, en outre, chez ce dragon une réelle et surprenante volonté de protéger le peuple qui rend le personnage fort sympathique et plus profond qu’il n’y paraît.

Entre l’existence d’une malédiction et la différence de caractère et de nature entre nos deux protagonistes, il y a un côté La Belle et la Bête, syndrome de Stockholm en moins, qui m’a bien plu. À cela, on peut ajouter une dimension politique avec un complot qui apporte une petite tension dramatique intéressante. Le seul point qui m’a un peu moins convaincue est que tout semble arriver trop vite que ce soit au niveau politique ou de la relation entre les personnages, notre apprentie prêtresse faisant tomber rapidement certaines barrières. Cela n’est pas dérangeant en soi, mais ce bémol rend la lecture un peu superficielle pour des lecteurs ou souhaitant un réel travail sur l’univers et l’évolution des sentiments.

Bien qu’effleuré, l’univers semble néanmoins prometteur avec, entre autres, cette idée de lier dragon, météo et prospérité d’un royaume, sans oublier cette aura de secret et de mystère qui hante la cour. Des secrets que Rukul semble bien malgré elle destinée à percer, ce qui ne sera pas aux goûts de tous, mais qui aura au moins le mérite de faciliter sa complicité naissante avec Julius et de promettre quelques péripéties…

En résumé, j’ai passé un très bon et divertissant moment de lecture auprès de deux protagonistes attachants et mignons dont on prend plaisir à suivre la rencontre et l’évolution de la relation. Si vous avez envie d’un manga porté par de superbes illustrations, alliant finesse et expressivité, dans un univers de fantasy intéressant où il est question, entre autres, de dragon et de secret, cette série est faite pour vous. 


En fin de manga, est proposée une petite histoire complètement indépendante et qui, sans être transcendante, reprend un peu ce schéma d’un personnage bougon et d’un autre plus placide. Nous découvrons ainsi une adolescente de caractère, au physique juvénile, qui décide d’apprendre à nager et entraîne, bien malgré lui, un maître-nageur dans son aventure. Les deux se révèlent sympathiques et mignons, d’autant qu’au gré des leçons, ils vont se rapprocher et revoir les idées qu’ils s’étaient fait l’un sur l’autre. Mignonne, cette histoire vaut également pour le message positif qu’il apporte sur la force de la détermination et la capacité à surmonter ses peurs pour atteindre un objectif qui nous tient à cœur… 

Mini-chroniques en pagaille #40 : première fournée pour le #PumkinAutumnChallenge et Le mois de la BD

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Voici trois lectures réalisées dans le cadre du Pumpkin Autumn Challenge (Un petit besoin urgent, Crictor et Black Butler) et du challenge Le mois de la BD (Black Butler)

  • Un petit besoin urgent, Quentin Gréban (Mijade)

J’avais eu l’occasion de voir passer cet album jeunesse sur Instagram, alors quand je l’ai croisé à la bibliothèque, je n’ai pas hésité à l’emprunter. Comment, en effet, résister à cette belle couverture et à ce regard espiègle ?

La petite Éva, son petit frère encore bébé et leur maman sont de sortie, mais à peine arrivés au marché, catastrophe, Eva a une petite envie ! Sa maman lui avait pourtant bien demandé si elle était allée aux toilettes avant de partir, mais cette précaution n’a, apparemment, pas été suffisante. Branle-bas de combat, il n’y a pas à tergiverser : il faut retourner à la maison ! Et devant l’urgence de la situation, la sympathique famille va recevoir de l’aide de nombreux autres animaux, donnant lieu à des scènes qui ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Qui a dit qu’un voyage en tram était de tout repos ?

Cette aide providentielle sera-t-elle suffisante ? Pour le savoir, foncez lire ce sympathique album qui vous réservera une chute de taille, et qui ne devrait pas manquer de parler à de nombreux parents et adultes ayant eu la chance de garder des bambins. Et puis, il serait dommage de passer à côté de ces belles et grandes illustrations pleines de charme, mettant en scène des animaux adorables dont la personnification est aussi amusante que savoureuse.


  • Crictor de Tomi Ungerer (L’école des loisirs)

Il y a des gens qui reçoivent des fleurs ou du chocolat pour leur anniversaire, mais pas Madame Bodot. Car si son fils, qui étudie les reptiles en Afrique, a bien pensé à elle en cette occasion spéciale, il a opté pour l’originalité : lui envoyer, dans un joli paquet formant un rond, un boa constrictor !

Un cadeau empoisonné, quoique pas vraiment Crictor n’étant pas venimeux, qui va étrangement illuminer la vie de Madame Bonot. Ainsi, quand certains baladent leur caniche, elle, c’est son serpent qu’elle emmène partout devant les yeux ébahis des passants, et ceux médusés des lecteurs. La tendresse de Madame Bodot pour son serpent transparaît dans chaque scène et leur complicité fait chaud au cœur, surtout si, comme moi, vous êtres très sensibles aux relations êtres humains/animaux…

J’ai souri devant des scènes de vie classiques et banales mais qui, sous la houlette de Tomi Ungerer, prennent une tout autre saveur. Il faut dire qu’en plus d’être des plus dociles, Crictor étonne par ses multiples talents qu’il exercera pour le plus grand plaisir de son adoptante et des enfants. Et puis, certains petits voyous vont apprendre qu’il faut se méfier du serpent qui dort ! Même du serpent qui dort dans un lit douillet parfaitement adapté à sa taille…

Quant aux illustrations, elles dégagent beaucoup de charme, avec un côté suranné qui renforce cette impression d’être dans un cocon de douceur. La présence récurrente du vert offre une sorte d’hommage bien mérité à un protagoniste qui ne parle pas, mais qui possède une présence certaine. J’ai, en outre, adoré la manière dont l’auteur joue sur le physique de Crictor, agençant ses illustrations à partir de celui-ci.

Loufoque, mignon et diablement amusant, voici un petit album au charmé suranné qui devrait ravir les enfants et les adultes par la dose de bonne humeur et de fantaisie qu’il insuffle à chaque page. On y découvre un quotidien devenu cocasse grâce à un protagoniste inattendu et un auteur de talent qui réussit à faire classique et original à la fois. À lire, relire et partager !


  • Black Butler, tome 30 de Yana Toboso (Kana)

Black Butler, tome 30 par Toboso

J’ai, comme d’habitude, lu d’une traite ce tome non dénué de sang et de violence, mais peut-être un peu moins sombre et complexe que d’habitude. Nous suivons un personnage qui voit très mal de près, mais qui a une vision parfaite de loin. Une particularité qu’il va mettre, avec ses comparses, au service d’une cause, pas vraiment noble mais très rémunératrice, le vol de bijoux.

Notre voleur des rues s’en prend malheureusement à la mauvaise personne et n’a plus qu’une solution pour éviter la mort : travailler pour quelqu’un d’encore moins recommandable et de plutôt violent. Notre personnage était coutumier du vol, il va devoir ajouter le meurtre à ses compétences, jusqu’à que sa dernière mission ne se passe vraiment comme prévue… Fin de partie ou nouveau départ ?

Tous les indices étaient là, et pourtant, je me suis laissée berner par la révélation sur ce personnage qui n’est peut-être pas celui qui paraît être. Je vais rester vague, mais j’ai aimé ce tome pour le saut dans le passé qu’il offre et la manière dont il nous permet de mieux appréhender certaines choses et relations entre nos personnages. Les enjeux ne sont pas aussi élevés que dans d’autres tomes, mais on passe assurément un excellent moment auprès de Sebastian, Ciel et les autres, et l’on se dit que décidément, cette série a encore de belles choses à nous offrir !


Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

 

Mini-chroniques en pagaille #38 : de l’émotion, des sensations fortes et un peu de bilinguisme !

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Raison et mariage de Laura Lee Guhrke

Raison et mariage par Guhrke

Ayant apprécié le tome précédent, j’avais certaines attentes mais j’avoue avoir été quelque peu déçue, n’ayant pas ressenti le même côté addictif avec cette romance qui tarde franchement à démarrer. Je n’ai pas non plus eu beaucoup d’affinités avec une héroïne que j’ai trouvée entêtée, bien que j’aie compris son envie de garder le contrôler sur sa vie et sa dot ! Quant au héros, il se révèle plutôt attachant et son passé assez marquant pour nous pousser à ressentir une certaine empathie pour sa personne.

Quelques bons passages et une écriture toujours aussi efficace m’ont permis néanmoins de terminer ma lecture sur une note positive, d’autant que j’ai apprécié que l’on ait une certaine continuité avec le premier tome puisque l’on suit de l’intérieur l’affaire sordide évoquée précédemment. Et si l’on connaissait déjà la fin, assister à la chute d’un infâme personnage n’a pas été désagréable, bien que l’issue soit quelque peu dramatique…

À noter que pour une fois, la mère de l’héroïne fait montre d’une certaine lucidité quant à sa condition de femme et tentera d’offrir, bien que maladroitement, d’autres perspectives à sa fille. Une fille plus faite pour diriger que se laisser manœuvrer, quoi que son père puisse en penser !

  • Moriarty tome 10 de Ryôsuke Takeuchi et Hikaru Miyoshi (dessin)

Couverture Moriarty, tome 10

Moriarty est une série que j’affectionne, mais dont je regrette la très grande inégalité entre les tomes. Mais ce tome 10 ne m’a pas déçue un instant, j’y ai retrouvé le charme des débuts et cette noirceur qui caractérise une intrigue poussant les lecteurs à considérer leur propre notion du bien et du mal, et dans quelle mesure ils sont prêts à franchir une frontière parfois bien mince.

Plutôt justicier répondant à l’appel de la loi ou plutôt justicier impitoyable qui n’hésite pas à utiliser les méthodes des criminels pour construire une société plus égalitaire et juste ? Le prince du crime et ses acolytes ont depuis un moment fait leur choix, un choix qui s’impose parfois à d’autres à cause ou malgré leurs idéaux nobles.

Ici, on suivra ainsi un idéaliste face à un choix éthique et moral qui va le conduire à entrer dans une partie d’échecs avec un fin stratège qui œuvre dans l’ombre et contre lequel, il nous semble bien démuni. Dès le début, j’ai tremblé pour ce personnage qui m’a semblé agneau dans un monde de loups !

Tension, corruption, trahison, sang et vengeance… encore un tome intense ! On regrettera peut-être une fin qui n’apporte pas grand-chose, mais qui permet à l’auteur d’introduire une petite dose de Sherlock Holmes, une chose à laquelle il semble tenir. Quant à l’esthétique globale du manga, elle est, comme d’habitude, irréprochable.

  • My Mummy does weird things/ Maman fait des choses bizarres d’Amélie Julien et Gustyawan (illustrations) 

Avant d’aller plus loin, je présente mes excuses à l’autrice pour cette chronique très en retard, puisque je dois avouer avec honte avoir oublié l’album dans l’une de mes bibliothèques.

Comme le titre le laisse supposer, My Mummy does weird things/ Maman fait des choses bizarres est un album jeunesse bilingue anglais-français parfait pour initier, dès leur plus jeune âge, les enfants à une langue étrangère et/ou leur proposer une lecture en duo quand ils sont en âge de lire.

À chaque page, nous découvrons une ou deux phrases en anglais tout de suite traduites en français, avec une traduction qui évite l’écueil du mot à mot. J’ai apprécié de parcourir ces quelques planches pleines d’humour qui m’ont fait sourire. À travers les différentes situations décrites avec une naïveté tout enfantine, on ressent pleinement l’affection de deux enfants pour leur mère, même quand celle-ci fait des choses étranges comme s’étirer les bras et les jambes devant la télé, ou cacher des choses dans des endroits inattendus… Non, mais quelle idée de mettre les bonbons en hauteur dans un placard ou de cacher des légumes dans les pâtes.

Malgré ses petites excentricités, les deux frères l’aiment leur maman qui est là pour eux et qui sait toujours comment leur apporter joie et bonheur. Un vrai arc-en-ciel leur maman, le sourire et les bisous en plus ! Quant aux illustrations, leur rondeur, leur côté très coloré et leur simplicité devraient permettre aux enfants de se plonger aisément dans ces quelques pages, avant de réfléchir à toutes ces choses bizarres que font leur maman.

En bref, voici un album illustré plein d’humour prouvant la force des liens mère/fils tout en offrant une belle initiation au bilinguisme.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

Le Dragon qui rêvait de crépuscule, Akira Himekawa

Couverture Le dragon qui rêvait de crépuscule, tome 1

Hirasawa Kiya est un jeune garçon possédant la faculté de se transformer en un être mi-homme mi-dragon, faculté transmise par un sang venu du fond des âges. Un jour, il est attaqué dans sa propre maison par « Illumine », un groupe de mercenaires spécialisés dans les assassinats. Là, il reçoit l’ordre de faire équipe avec T.J, le tueur professionnel à la jambe artificielle ?

Éditions Clair de Lune (2014) – 192 pages – Traduction : Cyril Coppini

AVIS

Je n’avais jamais entendu parler de cette série en deux tomes, mais intriguée par le titre ne manquant pas de poésie, j’ai décidé de me lancer et je dois dire que l’expérience de lecture fut très agréable. On suit Kiya, un Archétype, arraché à sa famille d’adoption par une organisation secrète et mystérieuse, Ilumine. Celle-ci traque et extermine les digabeast, des bêtes maudites qui se repaissent de chair humaine. Et pour l’aider dans cette difficile et dangereuse tâche, elle compte bien sur la nature hybride de Kiya, qui est mi-homme mi-dragon…

Mais avant de l’envoyer en mission, l’organisation décide de le former, ce qui ne ravit guère la personne désignée pour cette formation accélérée. En effet, TJ, plutôt du genre taciturne, n’a pas la moindre envie de se coltiner un jeune hybride, même unique en son genre, et encore moins d’avoir un nouveau partenaire… Il faut dire que sa dernière mission, en plus de lui avoir fait perdre une jambe, l’a meurtri d’une manière très personnelle.

Au gré des pages, on assiste donc à la formation de Kiya par un TJ dur et implacable, qui n’hésite pas à le provoquer et à le titiller afin de l’endurcir et de faire ressortir son côté bestial. Chose difficile, Kiya n’aimant pas se battre ni faire du mal à autrui. Il y a ainsi une vraie dichotomie entre sa nature d’Archétype, sa personnalité et ce que l’on attend de lui… J’ai été très touchée par cet ado arraché à tout ce qu’il connaissait pour être plongé dans une guerre entre le bien et le mal, dont le commun des mortels n’a même pas conscience. Si le combat est nécessaire, a fortiori quand on découvre la violence et l’horreur dont sont capables les digabeast, on pourra s’interroger sur les méthodes quelque peu brutales des supposés gentils, qui n’ont pas hésité à priver un adolescent des siens et de ses repères.

Mais finalement, entre l’homme que Kiya considérait comme son père et le chef d’Illumine, il n’est pas certain qu’il y ait beaucoup de différences, les deux le considérant comme une chose à moduler en fonction de leurs besoins. À cet égard, j’ai été parfois déroutée par la naïveté et la docilité de Kiya, qui fait preuve d’une grande tolérance envers ceux qui l’utilisent sans vergogne… Heureusement, il a pu compter sur la tendresse de sa « sœur » Koyomi et plus tard sur TJ, car si ce dernier se montre très dur, on sent que sous des couches de froideur, se cache un homme qui peut se révéler bon et juste. Il faut juste espérer que la personnalité attachante de Kiya finisse par faire fondre la glace qui a enserré le cœur d’un homme focalisé sur sa mission, peut-être pour oublier tout ce que celle-ci lui a déjà fait perdre.

En plus du duo, on découvre sommairement quelques personnages secondaires qui forment une sorte de famille au sein d’Illumine. C’est quelque chose à laquelle Kiya se montre très sensible, ce qui n’est pas surprenant, car s’il y a une chose qui transparaît à travers ce premier tome, c’est son besoin viscéral d’appartenir à un ensemble. Contrairement à TJ, Kiya a besoin de contacts avec autrui et de se sentir intégré à une famille. Cela le rend terriblement humain, attachant et touchant, mais c’est aussi sa plus grande faiblesse dans un univers où la règle d’or est de tuer ou d’être tué. N’oublions pas que les digabeast ne font pas dans la dentelle et encore moins dans la sensiblerie. On comprend donc sans peine les raisons pour lesquelles TJ se montre implacable ; c’est tout simplement une question de survie pour lui et son binôme imposé sur lequel il doit veiller… qu’il le veuille ou non.

Kiya est, pour moi, le gros atout de ce premier tome, sa dualité apportant beaucoup de charme à l’histoire, mais j’ai également apprécié de me plonger dans une organisation dont on apprend petit à petit les objectifs, et les méthodes de travail. L’auteur restant néanmoins encore à la surface des choses, j’espère en apprendre plus dans la suite à ce niveau, tout en croisant les doigts pour que notre jeune mi-dragon mi-homme s’acclimate à une nouvelle vie qui s’annonce dangereuse !

Quant aux illustrations, à part quelques scènes de combat qui m’ont parfois paru confuses, elles m’ont beaucoup plu. J’ai été sensible à la fluidité du trait, au travail effectué sur les visages, et de manière générale, à l’attention portée sur Kiya que ce soit au niveau de sa silhouette humaine, de son apparence de dragon ou de la transition entre les deux états. Une transition que notre adolescent va devoir apprendre à maîtriser pour qu’elle devienne un atout au combat plutôt qu’une tare. 

En conclusion, avec Le Dragon qui rêvait de crépuscule, attendez-vous à être projetés, en compagnie d’un adolescent hybride aussi touchant que surprenant, au sein d’une organisation qui œuvre en secret pour protéger l’humanité de terribles créatures. Entre l’apprentissage d’une nouvelle vie, le besoin de nouer avec une part de lui-même qu’il a encore trop tendance à faire taire, de nouvelles amitiés et les combats, Kiya n’aura ni le temps de s’ennuyer ni celui de s’appesantir sur sa famille à laquelle on l’a arraché brutalement ! Empreint d’une certaine mélancolie, mais aussi d’espoir, voici un premier tome rondement mené qui donne envie de poursuivre l’aventure.

Manga lu dans le cadre du Challenge Mai en BD

Mini-chroniques en pagaille #36

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, je vais vous présenter trois ouvrages graphiques lus dans le cadre du challenge Mai en BD : un album jeunesse qui ravira les fans de chat, un album jeunesse offrant une véritable ode à l’imagination, et un manga s’emparant d’un personnage historique auréolé de tout un folklore plutôt sanglant.

  • Mon amie Momo de Misun Hwang (Picquier éditions)

Attendrie par cette petite fille qui serre fort contre elle un chat qui semble faire la tête, je n’ai pu que me laisser tenter par Mon amie Momo. Un joli album jeunesse qui, en peu de mots, mais avec beaucoup d’éloquence et de justesse, dépeint la belle et tendre amitié entre une fillette et une chatte appelée Momo, soit poils en coréen. Pour la majorité des heureux propriétaires de chats, ce prénom original prend tout son sens, parce que des poils, vous en aurez un peu partout chez vous avec un chat.

Nos deux amies passent de très bons moments ensemble entre séances de câlins, jeux, ronronnements… De beaux instants qui ne pourront qu’émouvoir les lecteurs et a fortiori les amoureux de chats. Mais, il arrive à Momo de sortir les griffes, ce qui peine notre fillette qui se demande alors si son amie l’aime vraiment !

Une question à laquelle elle aura heureusement une belle et démonstrative réponse, car malgré les quelques incidents qui peuvent subvenir, Momo se révèle une joyeuse, tendre et affectueuse amie. Quant aux illustrations, elles sont indéniablement le grand atout de cet album. Elles se révèlent d’une telle expressivité qu’elles pourraient se passer de texte, les lecteurs ressentant sans peine les liens forts qui unissent notre fillette et sa gentille, mais parfois caractérielle amie à poils.

Pour ma part, j’ai été séduite par ces illustrations en grand format, leur douceur rehaussée par des teintes profondes, et par le véritable travail visuel fait sur les émotions. L’autrice se montre économe en mots et effets de style, mais elle arrive néanmoins à restituer tous les sentiments des deux héroïnes et leur joie de partager de beaux moments.

En bref, Mon amie Momo est un très bel album jeunesse qui devrait toucher et ravir les amoureux des chats de tout âge. Beau, tendre et poétique, un ouvrage à lire et à relire !

  • Adélidélo ne s’ennuie jamais ! (tome 2) de Marie-Agnès Gaudrat, illustrée par Frédéric Benaglia (min BD kids) :

Couverture de « Adélidélo ne s’ennuie jamais ! »Je ne connaissais pas cette série pleine d’humour et de peps mettant en scène une toute jeune héroïne, Adélidélo, qui déborde de bonne humeur et d’imagination.

Du découpage d’un pauvre livre qui n’avait rien demandé à l’invention de mots rigolos qui amusent son père, en passant par une théorie originale qui vous poussera à ne plus jamais regarder votre frigo de la même manière, Adélidélo ne s’ennuie jamais et trouve toujours un moyen de s’amuser. Un moyen plus ou moins sage et farfelu, mais un moyen quand même de transformer les situations du quotidien en une aventure qui amusera les enfants et les adultes ayant conservé leur âme d’enfant.

Les enfants devraient, en outre, apprécier que l’on s’adresse parfois directement à eux, un procédé qui a le mérite de favoriser leur implication dans la lecture. Quant à la mise en page simple et aérée et les illustrations colorées et vives, elles apportent un côté doux et enfantin qui sied à merveille à ces petites tranches de vie pleines d’humour et de punch.

En bref, tendre et amusant, voici un album jeunesse pour petits et grands lecteurs en quête d’une jeune héroïne haute en couleur et à l’imagination débordante !

  • Vlad Draculea (tome1) dAkiyo Ohkubo (Soleil Manga)

Couverture Vlad Draculea, tome 1

Intriguée par sa couverture et son titre, j’ai décidé de lire ce manga sans trop savoir à quoi m’attendre. Et je dois dire que j’ai été surprise par cette histoire qui nous offre une plongée mouvementée et fascinante dans les arcanes du pouvoir, et de ses jeux d’influence. Le jeune Vlad III est le prince de Valachie, mais dans les faits sa sphère d’influence est très réduite puisque ce sont les boyards qui prennent toutes les décisions, du moins celles qui comptent. Sans oublier que de par son positionnement stratégique et géographique, son royaume est pris entre deux grandes puissances, le royaume de Hongrie et l’Empire Ottoman… Cela ne lui laisse guère de marge de manœuvre.

C’est d’ailleurs une menace à peine voilée du Sultan qui va révéler aux lecteurs la position délicate dans laquelle se trouve le prince, qui doit faire bonne figure devant des ennemis extérieurs, mais aussi intérieurs. Mais loin d’être le pion que l’on attend de lui et qu’il semble, dans un premier temps, être, Vlad va nous prouver que son calme cache un sens de la stratégie politique impressionnant !

De fil en aiguille, il va déployer sa toile autour de personnes qui se pensaient au-dessus de tout, de la morale, du peuple, des marchands et lui-même. Grave erreur parce que loin d’être une faiblesse, sa tempérance n’était qu’un moyen pour entreprendre en sous-main une révolution qui menace bien de tout faire vaciller, et de redistribuer les cartes du pouvoir en Valachie, mais aussi dans la région entière.

Il y a peu d’action à proprement parler dans ce premier tome puisqu’on est plus sur le terrain de l’échiquier politique, mais la fin nous laisse entrevoir un tome 2 un peu plus mouvementé à ce niveau, voire carrément sanglant. En effet, il semblerait que Vlad commence à laisser tomber son image de prince soumis et plus ou moins conciliant pour, peut-être, se rapprocher un peu plus de cette version de lui-même, que l’on connaît sous le nom de Vlad l’Empaleur.

Du cadre historique, à l’intrigue politique, aux jeux de dupe et de faux-semblants entre les personnages, en passant par les illustrations qui accordent une large place aux expressions des visages, tout m’a plu dans ce premier tome que je vous recommande chaudement pour une plongée fascinante dans les arcanes du pouvoir et de la vie d’une figure historique à la réputation sanguinaire.

Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

 

 

Le Renard et le Petit Tanuki, Mi Kitagawa

Le Renard et le Petit Tanuki T01

Animaux magiques et folklore japonais : un conte touchant pour faire grandir les petits… et les grands !

Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Impossible de rester de marbre face à cette fable animalière ultra-craquante ! Mi Tagawa est de retour dans un récit plein de tendresse, après nous avoir déjà fait fondre avec sa peinture poignante des liens familiaux dans Père & Fils. À la manière d’un film de Ghibli, Le Renard et le Petit Tanuki touchera le cœur des petits comme des grands !

Ki-oon (5 novembre 2020) -156 pages – 7,90
Traduction : Geraldine Oudin

AVIS

Ayant complètement craqué pour la douceur qui se dégage de la couverture, j’étais impatiente de découvrir ce manga qui a fait fondre l’amoureuse des animaux en moi.

Après un long repos, destiné à le punir d’avoir semé la terreur autour de lui, Senzo, un grand méchant renard, se réveille avec des pouvoirs affaiblis, l’impossibilité de se rebeller sans en subir les conséquences, et l’obligation de former et de s’occuper d’un petit tanuki qu’il nommera Manpachi. Des trois punitions, c’est certainement la dernière qui exaspère le plus notre renard, qui n’a guère envie de jouer les nounous auprès d’un petit tanuki extrêmement affectueux et démonstratif ! Il a d’ailleurs beau le repousser, ce dernier ne peut s’empêcher de le coller.

Et si cela ne suffisait pas, voilà que notre duo doit également effectuer des missions sous la surveillance d’une bande de loups que notre renard rêverait de réduire en charpie. Il faut dire qu’en plus d’être ses ennemis naturels, ils ne sont pas du genre docile, même s’il y a quelques exceptions comme Tachibana, qui se révèle aussi fou fou que sympathique. De fil en aiguille, on suit donc cette bande de plus ou moins joyeux métamorphes et l’on assiste aux liens qui se forment entre Senzo et Manpachi. Car sous ses airs durs et implacables, Senzo n’est peut-être pas ce méchant renard que tout le monde pense et dont il aime se donner l’image.

J’ai adoré la relation entre le renard et le tanuki, une relation intergénérationnelle version animale non dénuée de poésie et de tendresse. Et ceci malgré le côté bourru et gros dur de Senzo qui a bien du mal à admettre que le sort de son protégé ne le laisse pas indifférent. Il y a d’ailleurs une scène dans laquelle on les retrouve endormis et collés l’un à l’autre des plus attendrissantes. Mais ne le répétez pas à Senzo parce que vu son caractère, je ne suis pas certaine que cela lui plairait beaucoup qu’on lui fasse remarquer.

Quant à notre petit tanuki, j’ai eu un véritable coup de cœur pour lui. Joyeux, confiant, optimiste, et mignon à souhait, il est impossible de ne pas s’attacher et de ne pas vouloir prendre soin de lui, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile. Rejeté par les siens en raison de ses pouvoirs, et donc de sa différence, il cherche désespérément une famille. Mais Senzo acceptera-t-il de baisser suffisamment ses barrières pour lui laisser une place dans son cœur, dans sa vie et lui servir d’ancrage émotionnel et affectif ?

Au-delà de la relation qui se noue entre deux animaux qui n’ont apparemment rien en commun, mais qui sont liés à plus d’un titre, ce premier tome nous immerge avec brio dans le folklore japonais, fait de légendes et de créatures fantastiques fascinantes. À cet égard, en plus des métamorphes présents tout au long du manga, j’ai apprécié l’intrigue liée à un esprit de la maison chassé par un autre esprit... Cet épisode, qui apporte une petite touche d’horreur sympathique, sera l’occasion de réaliser que Senzo n’est pas encore prêt à se soumettre, et qu’aussi mignon soit-il, notre petit tanuki est peut-être bien plus fort qu’il n’y paraît... Mais l’est-il assez pour résister à une menace dont notre renard n’avait pas saisi toute l’ampleur ? 

Ce premier tome se finit ainsi sur une scène qui nous donne envie de nous jeter sur la suite et de découvrir ce qui va arriver à un tanuki pour lequel on développe très vite une vive et franche affection. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : mignonnes, douces et splendides. Le trait très rond des dessins, avec un accent volontairement mis sur les yeux, apporte beaucoup de douceur à une histoire pleine de sensibilité, mais non dénuée de moments plus durs, bien que jamais vraiment effrayants. Nous restons, après tout, dans une œuvre qui pourra plaire, divertir, attendrir et émerveiller les lecteurs de tout âge. 

En résumé, tout en abordant des thèmes parfois difficiles comme l’abandon et la peur de la différence, Le Renard et le Petit Tanuki est un manga adorable qui met en scène avec sensibilité et une certaine pudeur deux personnages très différents, mais dont le destin se trouve inexorablement lié. Doux et tendre à la fois, voici un manga qui devrait enchanter et émouvoir les amoureux des animaux, et les lecteurs en quête d’une plongée mouvementée et pleine d’émotions dans le folklore japonais.

Manga lu dans le cadre du challenge Mai en BD

Secret Service : Maison de Ayakashi (tome 1), Cocoa Fujiwara

Couverture Secret Service : Maison de Ayakashi, tome 01

Ririchiyo Shirakiin a un gros défaut : elle ne peut pas ouvrir la bouche sans dire des choses désagréables aux gens. Sous ses airs revêches, la jeune lycéenne a pourtant un cœur en or, mais après des années passées à n’exister qu’à travers son statut d’héritière d’une riche famille, elle s’est construit une carapace qui l’étouffe. Bien décidée à changer de vie, Ririchiyo vient d’emménager dans la  » Maison de Ayakashi « , une résidence réservée aux descendants de créatures surnaturelles et d’humains. Avec ses étranges voisins, la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises… surtout lorsqu’elle découvre que son mystérieux garde du corps a le pouvoir de se transformer en renard démoniaque !

Kurokawa (12 janvier 2012) – 208 pages

AVIS

Ayant vu l’animé il y a quelques années, je n’ai pas hésité à emprunter ce titre quand je l’ai croisé par hasard à la bibliothèque. Je ne me souvenais pas vraiment de l’histoire, alors je me suis plongée sans attente particulière dans ce manga que j’ai apprécié. À noter que la couverture ne reflète pas le contenu du manga bien plus sage. Alors, si comme moi, son côté assez sexualisé peut vous déranger, pas d’inquiétude, on est loin d’un premier tome graveleux. 

On fait la connaissance de Ririchiyo, jeune héritière d’une grande lignée qui a une particularité : offenser les gens dès qu’elle ouvre la bouche. Dit comme ça, l’héroïne a de quoi rebuter, mais au fil des pages, on se rend compte que la limiter à cette caractéristique serait injuste : rejetée par les autres enfants dès sa plus tendre enfance en raison de sa famille, et à l’inverse protégée de manière obséquieuse par les adultes pour la même raison, elle n’a simplement jamais eu la chance d’avoir des relations saines et des interactions positives avec autrui.

Loin d’être méchante et froide, Ririchiyo est donc simplement maladroite. Elle ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de culpabiliser pour la moindre de ses paroles, ce qui la pousse à vouloir s’isoler et ainsi être certaine de ne pas blesser les autres. La jeune fille, à l’air farouche mais au cœur tendre, nous apparaît donc assez seule, mais c’était sans compter sur son installation dans une pension spéciale. Ainsi, la Maison de Ayakashi n’accueille que les descendants de grandes familles, mais surtout les héritiers des familles ayant du sang de yôkai dans leurs veines. Autre spécificité de cette pension : un service de garde du corps spécial et diablement efficace, le secret service.

C’est dans ce cadre que notre héroïne croise la route du très dévoué Miketsukami. Ce garde du corps semble ainsi prêt à tout pour la servir, lui rendre la vie agréable, et la protéger des autres, mais aussi d’elle-même et de sa tendance à se morigéner sans cesse. Sa dévotion a de quoi surprendre, car elle va très loin, mais l’autrice nous laisse comprendre que si Ririchiyo ne le connaît pas, il n’en est pas de même pour ce dernier qui rêvait de pouvoir enfin la rencontrer…. Bien que parfois extrême et très théâtral dans sa manière de se comporter, ce qui m’a fait bien souvent sourire, Miketsukami se révèle aussi fiable qu’attendrissant. 

Au début du manga, j’ai eu peur que la relation entre Ririchiyo et Miketsukami soit malsaine, ce dernier n’hésitant pas à se considérer comme son chien, une image servant, entre autres, à prouver sa dévotion et sa fidélité. Fort heureusement, l’autrice se détache très vite de cet aspect pour introduire un certain mystère et une bonne dose de surnaturel. Si vous aimez les yôkai, les kitsune et autres créatures de légende, vous devriez apprécier cette incursion dans le folklore japonais. À noter d’ailleurs, en fin de manga, une double page présentant différentes créatures typiquement japonaises, ce qui offre une introduction intéressante pour les lecteurs ne connaissant pas du tout le sujet.

Au niveau des personnages secondaires, on notera une femme garde du corps très coquine qui contraste à merveille avec le sérieux de Miketsukami, et un ami d’enfance de Ririchiyo, dont la forme surnaturelle ne devrait pas manquer de vous surprendre. Est également introduit en dernière partie de manga un duo haut en couleur que je suis impatiente d’apprendre à mieux connaître. Alors si pour le moment, la personnalité des personnages secondaires n’est pas développée outre mesure, l’autrice a su s’appuyer sur une galerie de personnages variés, ayant des personnalités plutôt contrastées et intéressantes.

Pour un premier tome, je l’ai trouvé très rythmé et ai apprécié de voir Ririchiyo commencer à évoluer. Bien qu’elle doute encore parfois, elle commence à réaliser qu’il y a des personnes qui peuvent effectivement l’apprécier pour elle-même et non pour tout ce que sa famille peut leur apporter. En plus de prendre petit à petit confiance en sa capacité à nouer des liens avec les autres, la jeune fille va également commencer à ressentir des choses qu’elle n’arrive pas (encore) à identifier. Mais ne vous inquiétez pas, le lecteur en est tout à fait capable lui. Alors si cela m’a semblé un peu rapide, j’avoue que je l’ai trouvée très mignonne, avec une touche d’innocence qui ne tombe jamais dans la niaiserie. Ririchiyo a encore beaucoup à apprendre des relations avec les autres que ce soit du point de vue amical et sentimental. Mais on peut légitimement penser que Miketsukami et les autres occupants de la Maison de Ayakashi seront d’une grande aide dans ce domaine, ce qui laisse espérer des interactions mouvementées et des moments amusants.

En résumé, Secret Service nous plonge, aux côtés d’une lycéenne bien plus tendre que les apparences pourraient le laisser penser, dans l’antre d’une pension très spéciale que l’on a bien du mal à quitter. Les amateurs de folklore japonais, de mystère et de personnages hauts en couleur devraient apprécier ce manga aux illustrations fort sympathiques et au rythme effréné. Quant aux romantiques dans l’âme, quelque chose me dit qu’ils ne devraient pas être insensibles à une relation qui commence doucement à se dessiner.

Manga lu dans le cadre du Challenge Mai en BD.

 

 

My teen romantic comedy is wrong as I expected (tome 1), Io Naomichi, Wataru Watari et Ponkan 8

Le jeune Hachiman a une vision des plus pessimistes de la vie. De toute façon, sa situation actuelle ne le pousse guère à déborder d’optimisme : pas d’amis, pas de petite amie et une capacité à envisager l’avenir totalement nulle. Néanmoins, ses ennuis ne font que commencer : déjà forcé à se remettre en question, Hachiman apprend qu’il doit coopérer avec Yukino une élève aussi brillante que sarcastique et antipathique, qui ne lui laissera aucun répit. La rencontre de ces deux lycéens aux caractères si différents risque de créer des étincelles !

Ototo (21 septembre 2018) – 164 pages – 6,99€

AVIS

C’est en voulant ajouter ce manga dans mes lectures sur Livraddict que j’ai réalisé l’avoir déjà lu en 2019. Je n’en gardais absolument aucun souvenir, ce qui est étonnant parce que j’ai bien apprécié ce premier tome mettant en relation deux loups solitaires : Hachiman, un lycéen quelque peu blasé de la vie, et Yukino, une brillante et sublime lycéenne, dont la perfection lui a valu d’être ostracisée par les autres filles.

Ces deux lycéens, qui préfèrent encore le confort de la solitude aux platitudes et faux-semblants de relations amicales codifiées, sont contraints de travailler ensemble au sein d’un club venant en aide aux personnes qui en font la demande. Alors qu’ils ne sont pas enchantés par cette collaboration forcée et qu’ils doutent qu’on vienne les solliciter, ils font face à leurs premières demandes. La première émane de manière assez surprenante d’une élève très populaire, et la suivante d’un écrivain en herbe désespéré d’être lu et de récolter des avis, qu’ils soient positifs ou non.

J’ai beaucoup aimé la personnalité de nos deux héros qui, derrière leur cynisme et une certaine froideur, se révèlent plutôt attachants. On comprend assez vite que contrairement à ce qu’il laisse entendre, Hachiman n’est pas aussi allergique aux interactions sociales que cela. Il n’est juste pas très doué avec les autres, et le fait d’avoir été absent les premières semaines de la rentrée ne l’a pas aidé à s’intégrer. Une fois les groupes formés, il est bien souvent difficile d’y entrer, à moins d’être un être très sociable, ce qui est loin d’être son cas. En grande réservée et phobique sociale que je suis, j’avoue m’être parfois reconnue dans ce lycéen, bien que tout son délire autour des « life » m’ait laissée sceptique. Pour faire court, il tend à mépriser les jeunes qui veulent profiter à fond de leur jeunesse… Je n’ai pu m’empêcher de voir dans ce rejet bien plus un petit fond de jalousie qu’un véritable mépris. À l’inverse, je partage complètement son aversion de cette échelle sociale qui tend vite fait à séparer les personnes « cool » des autres.

Quant à Yukino, c’est son franc-parler qui m’a plu. Elle ne veut pas particulièrement être blessante, sauf peut-être avec Hachiman, mais elle ne mâche pas ses mots, chose qui plaira à une élève populaire. En effet, notre bénévole, par son honnêteté, va lui montrer l’importance d’être soi et de ne pas chercher à tout prix à vouloir se fondre dans la masse, sous peine d’y perdre son âme. Une jolie leçon à un âge où s’intégrer signifie parfois renoncer à ses propres particularités… Au fil des pages, Yukino, une fille brillante et belle, nous dévoile une partie de son passé, ce qui nous permet de comprendre sa manière bien à elle de ne pas se mêler aux autres qui ne lui ont jamais fait de cadeau. On pourra parfois la trouver un peu prétentieuse, mais cela fait partie de son charme : plutôt que de se cacher derrière une fausse modestie, elle énonce les faits tels qu’ils sont, point !

La relation chien/chat entre nos deux bénévoles ne manquera pas de vous faire sourire en plus d’apporter pas mal de piquant et de panache à l’intrigue. Quant aux illustrations, elles m’ont enchantée. J’ai adoré la rondeur des traits, la beauté des dessins, le jeu sur les visages et les expressions volontairement appuyées… L’ambiance graphique vaut à elle seule que l’on donne sa chance à cet ouvrage atypique que je serais curieuse de découvrir sous sa forme romancée, l’histoire existant sous forme de light novels.

En conclusion, si vous avez envie d’un manga amusant qui vous plonge au cœur de la vie lycéenne, mais du côté des laissés-pour-compte, ce titre est fait pour vous. Dans une ambiance pleine de piquant, on se prend au jeu de ce club de volontaires, pas très volontaires, qui vient en aide aux autres et l’on a hâte de découvrir les requêtes des personnes qui en franchiront les portes… Léger et drôle, un manga parfait pour un moment de divertissement sans prise de tête !

Drifting dragons (tome 1), Taku Kuwabara

Couverture Drifting Dragons, tome 01

Autrefois, nombreux furent les aventuriers à se mettre en quête des dragons légendaires qui se dissimulent dans les cieux… aujourd’hui, le Quin Zaza est l’un des rares dirigeables dragonniers encore en activité.
Chacun a ses raisons d’embarquer et de poursuivre les dragons qui sillonnent les mers de nuages : pour l’argent, pour fuir ou pour les denrées que ces créatures offrent !
Mais à chaque voyage, c’est la vie de tout l’équipage qui est en danger, entre tempêtes effroyables, attaques de pirates de l’air ou traques de dragons hostiles…

Pika (4 mars 2020) – 208 pages – 7,50€

AVIS

Ce manga est une erreur de casting qui m’est complètement imputable. La couverture me plaisant et le titre m’intriguant, je l’ai emprunté sans même en lire le résumé. Or, si l’histoire n’est pas mauvaise, elle m’a mise mal à l’aise…

Je ne suis pas végétarienne, mais je ne supporte pas les ouvrages dans lesquels les animaux sont traqués et réduits à l’état de nourriture. Et c’est malheureusement ce qui se passe dans ce manga : nous suivons l’équipage d’un dirigeable dragonnier dont la mission est de chasser les dragons et d’en tirer le maximum de profit, puisque tout ou presque est utilisable dans cet animal rare. Peut-être que si les dragons avaient été une menace pour l’homme, cela ne m’aurait pas autant dérangée, mais ici, il nous est clairement dit qu’ils n’attaquent quasiment jamais les êtres humains. D’ailleurs, la seule fois où l’on voit un dragon attaquer, c’est pour venger le meurtre de son enfant… Difficile de lui en vouloir !

Autre point qui m’a vraiment gênée, l’obsession de Mika pour les dragons qu’il adore traquer, tuer, dépecer et manger. Un point sur lequel le mangaka insiste lourdement, rendant son personnage plus proche du psychopathe que du chasseur dont la traque de dragons n’est qu’une manière de subvenir à ses besoins. Heureusement, une autre chasseuse, Vanabelle, est bien plus nuancée :  si elle est douée, elle ne prend aucun plaisir à tuer les dragons. On sent même chez elle une certaine tristesse au fait de devoir s’y résoudre… Bien qu’elle soit peu présente par rapport à Mika dont les prouesses de chasseur le rendent indispensable à la vie du dragonnier, Vanabelle est probablement mon personnage préféré, d’autant qu’elle bénéficie d’une certaine aura de mystère qui la rend très intrigante.

Au-delà de ces deux chasseurs, qui ont une approche très différente de leur métier, on suit d’autres membres de l’équipage comme la petite nouvelle qui désire ardemment faire ses preuves. Le côté chasse sans discernement des dragons m’a perturbée, mais j’ai adoré l’ambiance de camaraderie qui règne à bord du dragonnier, l’un des derniers encore en activité. Chaque membre a son propre passé et est là pour des raisons qui lui sont propres. Il y a ainsi un petit côté récit de pirates qui m’a bien plu. D’ailleurs, puisqu’on parle de pirates, attendez-vous à de l’action et du mouvement, la vie à bord d’un dirigeable dragonnier étant loin d’être un long fleuve tranquille. Entre les tâches ingrates et physiques, les dragons pas toujours prêts à se laisser tuer et manger sans résister, les tempêtes et les accostages sauvages, notre équipage ne s’ennuie jamais !

Et entre deux parties de chasse et deux dangers à affronter, notre équipage est bien occupé à manger. La cuisine prend ainsi une place prépondérante dans cette intrigue. Mika, qui fonctionne la plupart du temps sur un mode binaire, se révèle d’ailleurs très inventive dans ce domaine, n’hésitant pas à sortir des sentiers battus et à proposer des plats originaux, même pour ses coéquipiers. Vous trouverez quelques recettes disséminées tout au long du manga, une idée qui m’aurait probablement séduite si on avait parlé muffins plutôt que steaks de dragons.

Quant au travail réalisé sur les illustrations, il m’a complètement convaincue. Le découpage est dynamique, les gros plans sur les visages utilisés à bon escient et les expressions particulièrement parlantes. Seule la représentation des dragons m’a parfois étonnée, ayant du mal à identifier les traits de ces animaux de légende. Mais il est tout à fait possible que ce soit une volonté de l’auteur afin d’offrir aux lecteurs cette même distanciation émotionnelle que l’on ressent à la vue d’une barquette de viande dont l’aspect rend difficile l’identification de l’animal qui s’y trouve…

En conclusion, je ne peux que reconnaître à ce premier tome un certain nombre de qualités allant des illustrations au rythme en passant par l’ambiance de franche camaraderie qui règne à bord du dirigeable. Toutefois, la manière dont le mangaka réduit les dragons à l’état de produits comestibles comme les autres m’a vraiment mise mal à l’aise, même s’il a veillé à apporter une certaine nuance grâce à l’un des protagonistes. Je ne conseillerais donc pas ce titre aux personnes sensibles à la cause animale à moins qu’elles ne possèdent une bonne capacité de distanciation… En revanche, les amateurs d’histoires qui se déroulent dans les airs, et qui confrontent l’homme à l’animal, devraient prendre un certain plaisir à suivre les aventures d’un dragonnier à l’équipage divers et varié.