Alana et l’enfant vampire, Cordélia #PLIB2021

Couverture Alana et l'enfant vampire

Alana en a marre. Ses parents et sa sœur sont encore partis gérer des conflits vampiriques sans elle ! Heureusement, sa meilleure copine Oli est là pour lui changer les idées : elle est persuadée que Joâo, le nouvel élève de leur classe, est un vampire ! Se pourrait-il qu’elle ait raison ? Et s’il leur révélait quelque chose d’encore plus terrible ?
Pour Alana, c’est l’occasion de prouver à sa famille qu’elle est capable de mener à bien une mission, malgré malgré ses déficiences physiques.

Scrineo (18 juin 2020) – Papier (14,90€) – Ebook (7,99€)
À partir de 12 ans – #ISBN9782367408651

AVIS

Dès le début, j’ai su que l’histoire me plairait, une question de connexion qui se fait ou non avec une plume et un style. Or, celle de Cordelia est indéniablement très agréable et puis, il y a quelque chose de très touchant et de naturel dans la manière dont s’exprime Alana, notre jeune héroïne.

Du haut de ses treize ans, Alana aimerait que ses parents lui fassent assez confiance pour l’emmener durant certaines de leurs missions de médiation entre les humains et les vampires. Un vœu pieux puisque c’est sa sœur aînée Alexia qui a leurs faveurs. Pour preuve, les voilà tous les trois partis pour une mission à Berlin, la laissant sous la surveillance de sa grand-mère. Alana adore son aïeule, là n’est pas la question, mais est-ce vraiment trop demander qu’on oublie sa dernière petite erreur et qu’on lui donne enfin l’occasion de faire ses débuts dans le monde très secret des médiateurs ?

Mais il faut parfois faire attention à ce que l’on souhaite… Et si le petit nouveau du collège, quelque peu taiseux et mystérieux, était un vampire et la preuve qu’une loi vampirique avait été brisée en même temps qu’un tabou ? Pour en avoir le cœur net, une petite enquête s’impose. Et comble de chance, Alana pourra compter sur l’aide d’Oli, sa meilleure amie et fan inconditionnelle de vampire. Les deux amies vont devoir faire preuve de courage, de débrouillardise et d’une certaine intelligence pour faire face à une situation bien plus dangereuse que prévu.

Le roman étant relativement court, je préfère ne pas m’appesantir sur les différentes péripéties, mais je peux néanmoins vous dire que vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’autrice vous proposant une aventure menée tambour battant dans laquelle les scènes d’action, parfois stressantes, s’accompagnent de révélations, notamment sur le monde obscur des vampires. Étant fascinée par ces créatures de la nuit, j’ai apprécié la version que nous en propose Cordélia, mais c’est surtout cette idée d’un groupe d’humains pacifiant aussi bien les relations entre vampires et humains qu’entre vampires qui m’a plu. Je n’ai pas donc eu de mal à comprendre Alana et son envie viscérale de perpétuer la tradition familiale en devenant, à son tour, médiatrice. Un métier, pas forcément de tout repos, mais gratifiant et pourvoyeur de sensations fortes ainsi que de cette impression de participer à quelque chose d’important : la paix entre les humains et les vampires.

Or, si Alana est pleine de bonne volonté et de détermination, elle doit faire face aux préjugés des adultes qui, au lieu de l’écouter et de tenter d’identifier la source de ses douleurs chroniques, préfèrent voir en elle une adolescente fainéante. Plus facile de juger que d’accompagner… Faute de soutien, Alana a donc fini par considérer ses douleurs comme une fatalité avec laquelle composer. J’avoue avoir été assez révoltée par la situation même si, fort heureusement, Oli lui offre cette oreille attentive dont Alana a besoin. C’est d’ailleurs Oli qui évoque en premier cette notion de douleurs chroniques, permettant ainsi à notre héroïne de mettre des mots sur ses maux.

Parler de douleurs chroniques dans un roman jeunesse me semble plutôt novateur, tout comme la manière dont l’autrice offre la possibilité à son lectorat de s’identifier à des personnages différents de ceux qu’on a l’habitude de voir dans la littérature jeunesse : personnages racisés, porteurs d’un handicap, appartenant à la communauté LGBT+… Une diversité, reflet de notre société, qui manque cruellement à l’heure actuelle dans la littérature et qui, je l’espère, inspirera d’autres auteur(e)s, d’autant qu’elle est abordée ici avec beaucoup de naturel et de justesse. Adolescente, j’aurais adoré avoir à ma portée ce genre de livres, mais je dois avouer, que même en tant qu’adulte, je l’ai trouvé inspirant.

Bien qu’elle ne soit pas l’héroïne du roman, Oli est un personnage que j’ai particulièrement apprécié. De fil en aiguille, elle en vient à se confier sur la raison pour laquelle elle préfère ce diminutif à son prénom, Olympes : ne se sentant ni particulièrement femme, ni particulièrement homme, elle ne souhaite utiliser un prénom qu’elle juge un peu trop féminin. Une confidence qui s’accompagne, dans le roman, d’un changement de pronom à l’évocation d’Oli qui n’est alors plus elle, mais iel. Pour ma part, j’ai trouvé le procédé intéressant d’autant qu’il permet aux lecteurs de se familiariser avec un pronom que l’on commence à voir, notamment sur les réseaux, mais qui ne me semble pas encore connu de tous…

Les thématiques abordées sont intéressantes et la galerie de personnages variée, mais j’ai peut-être regretté que le roman ne soit pas plus étoffé, bien que cela reste purement subjectif. J’aurais ainsi apprécié d’en appendre plus sur Joâo, le nouvel élève, qui se révèle finalement encore très mystérieux, mais aussi sur la formation de médiatrice d’Alana… Alors même si l’épilogue nous permet de faire le point sur la situation de chacun et apporte toutes les réponses aux questions que l’on pourrait se poser, je garde l’espoir qu’un jour Cordélia ressente le besoin de redonner vie à ses personnages….

En conclusion, Alana et L’enfant vampire fut une lecture divertissante et rythmée qui ravira les lecteurs appréciant les histoires fantastiques, les vampires et les romans menés tambour battant. Mais c’est également un roman plein d’intelligence qui, sous couvert de fiction, aborde des thématiques importantes, du handicap invisible à la notion de genre, et donne toute sa place à la diversité, permettant enfin aux adolescents de suivre des personnages auxquels ils peuvent s’identifier.

Les aventures d’Alduin et Léna – tome 1 : Les guerriers de glace, d’après le roman d’Estelle Faye

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Dans le village de Rosheim, Alduin et Léna sont devenus les meilleurs amis du monde alors que tout les sépare : Alduin est le fils du chef ; Léna est la fille de la guérisseuse.

Lors d’une promenade en forêt, ils découvrent que les Guerriers de Glace, ces êtres cruels qui vivent au-delà des montagnes, revienntn au village pour enlever une jeune fille. Un soir Alduin apprend que les villageois sont prêts à sacrifier son amie pour épargne leurs filles !
Léna décide alors de s’enfuir.

Jungle (9 juillet 2020) – 48 pages – 11,95€

AVIS

Cette BD est l’adaptation graphique d’un roman d’Estelle Faye que je n’ai pas encore lu, mais que je le lirai avec plaisir, ayant beaucoup apprécié cette belle aventure menée tambour battant.

Tous les 8/10 ans, le village de Rosheim doit livrer une jeune femme aux terribles Guerriers de Glace. Une situation cruelle et inacceptable contre laquelle les villageois se sont par le passé révoltés. Mais en absence de leur héros disparu, ils décident cette fois de céder en leur livrant Léna, la fille de la guérisseuse. Après tout, n’est-elle pas plus ou moins une sorcière et puis, sans frère, père ou fiancé pour la protéger, n’est-elle pas la victime toute désignée ?

J’ai été horrifiée et révoltée par la lâcheté des hommes du village. Si je peux aisément comprendre qu’aucun ne souhaite sacrifier sa propre fille, il est beaucoup moins pardonnable de voir la rapidité avec laquelle ils désignent une victime et les critères sur lesquels ils se basent pour le faire…

Heureusement, quand Alduin découvre par hasard le sort terrifiant et révoltant que l’on réserve à sa meilleure amie, il décide de fuir à ses côtés. Commence alors pour les deux amis une aventure périlleuse durant laquelle ils feront la connaissance d’un homme balafré et plutôt mystérieux. Peuvent-ils lui faire confiance ou doivent-ils se méfier de la diligence avec laquelle il s’est spontanément proposé de les aider ? Et si leur bienfaiteur n’était pas un total inconnu ? Une question qui m’a taraudée pendant une bonne partie de la BD, l’autrice semant le doute dans l’esprit d’Alduin et des lecteurs !

Alors que je m’attendais à une histoire assez classique, l’autrice a réussi à agréablement me surprendre par une révélation audacieuse qui donne une tout autre saveur à ce récit… Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que je n’avais rien vu venir. Et cela ne m’arrive pas si souvent, et encore moins dans un roman ou une BD jeunesse.

Au-delà de la fin très finement amenée, j’ai adoré les liens unissant nos deux jeunes héros courageux, complices, complémentaires et solidaires. On sent qu’ils sont prêts à tout pour veiller l’un sur l’autre, ce qui les rend extrêmement attachants et attendrissants. L’autrice nous propose donc une belle et tendre amitié dans laquelle les jeunes lecteurs pourront aisément se projeter.

Nathaniel Legendre a réussi à condenser et retranscrire de manière dynamique, immersive et prenante un roman faisant 120 pages. Mais ce qui fait également le charme et la force de cette adaptation, ce sont les magnifiques illustrations d’Elisa Pocetta et d’Antonio Baldari. J’ai été éblouie par leur beauté, la délicatesse des traits des visages et leur expressivité. Les regards et mimiques restitués avec force permettent ainsi de ressentir avec acuité chacune des émotions des personnages, d’autant que les occasions de s’arrêter sur les visages sont nombreuses. Je tenais également à souligner l’excellent et lumineux travail de colorisation de Simona Fabrizio qui fait passer les illustrations de magnifiques à somptueuses !

Illustration Les aventures d’Alduin et Léna - tome 1 : Les guerriers de glace, d'après le roman d'Estelle Feye

En bref, j’ai tout adoré dans cette BD qui a frôlé le coup de cœur : les magnifiques illustrations lumineuses tout en rondeur et à l’expressivité certaine, les couleurs somptueuses qui donnent un air féerique à l’histoire, le duo adorable et attachant, les doutes quant à l’homme qui va aider nos héros, la fin que je n’avais absolument pas anticipée. C’est indéniablement une très belle aventure qui divertira et enchantera petits et grands lecteurs !

Livre lu dans le cadre du Challenge Un mot, des titres.

Chaque jour Dracula, Loïc Clément et Clément Lefèvre

Chaque jour Dracula par Clément

Comme chaque matin de la semaine, Dracula va à l’école. Mais c’est avec une boule au ventre car certains de ses camarades de classe, de gros balourds, n’arrêtent pas de l’embêter. Certes, quelques-unes de ses particularités font de lui un garçon différent mais est-ce une raison suffisante pour qu’il subisse ce harcèlement constant ? Comment y remédier ? Un soir, il franchit le pas et en parle à son papa…

Delcourt (25 avril 2018) – 40 pages – 10,95€

AVIS

Tout le monde connaît Dracula, mais saviez-vous que Dracula avait été un enfant comme les autres ou, plus justement, un enfant victime de harcèlement scolaire comme tant d’autres ? Trop pâle, trop intelligent, trop cultivé, trop bizarre… Trop de ci et pas assez de ça, tout est prétexte à Christophe et à ses acolytes pour se moquer de lui, l’agresser, lui jouer des mauvais et tours et transformer la vie scolaire de cet élève doué, en un véritable enfer !

Une situation qui plonge inexorablement le jeune vampire dans une certaine léthargie, son mal-être ne cessant de croître au gré des méchancetés gratuites de ses « camarades ». Pourquoi n’en parle-t-il pas à son père, Vlad, certains pourront se demander ? Parce que parfois le silence est le dernier rempart pour ne pas craquer et que sa tentative de s’ouvrir à son père n’a pas donné les résultats escomptés. Pas que Vlad ne l’écoute pas, mais il ne saisit pas, sur l’instant, le poids qui pèse sur le cœur de son enfant unique.

Mais la situation pourrait bien changer avec l’intervention d’un médecin assez loufoque qui ouvre les yeux à Vlad et permet à ce père aimant de soutenir comme il se doit son enfant….

Ayant été victime de harcèlement scolaire durant de longues années, cette thématique ne pouvait que m’intéresser. Et je dois dire que j’ai été touchée par la justesse et la sensibilité avec laquelle Loïc Clément l’aborde. À travers le personnage adorable du petit Dracula, il réussit à faire ressentir aux lecteurs tout le désarroi, le sentiment d’impuissance et parfois de culpabilité que l’on ressent face aux harceleurs. Cette volonté de passer inaperçu qui ne donne guère les résultats attendus, les quelques tentatives de rébellion qui finissent par empirer la situation, et le mal-être qui rend chaque nouveau jour d’école plus pénible que le précédent.

Je n’ai pu m’empêcher de me reconnaître, du moins en partie, en Dracula. Mais la force de cet ouvrage, c’est surtout l’espoir qu’il instille chez les jeunes lecteurs en leur montrant que le harcèlement n’a pas à durer toute une vie, et que les choses peuvent toujours s’améliorer avec le soutien d’adultes et l’appui de ses propres ressources intérieures. J’ai, en outre, apprécié les petites pointes d’humour qui, ajoutées à la douceur des illustrations, rendent l’album touchant, mais jamais larmoyant.

D’ailleurs, on reste dans un livre jeunesse et les choses sont quelque peu enjolivées par rapport à la réalité où il est bien plus difficile de sortir d’une situation de harcèlement de longue durée, d’autant qu’elle est bien souvent normalisée par les adultes eux-mêmes. Il me semble néanmoins important de proposer des lectures de cet acabit aux enfants. Elles permettent d’aborder en douceur, et sans brusquer, le thème du harcèlement scolaire, et, peuvent, espérons-le, donner la force aux victimes de briser l’omerta et le cercle vicieux du renfermement sur soi.

Autre point intéressant, le fait que l’auteur évoque, même brièvement, les raisons pouvant expliquer la méchanceté de certains. Cela ne les déresponsabilise pas de leurs actes, mais nous prouve que derrière une agressivité se cache un mal-être qui nécessite également une prise en charge…

Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : splendides, douces, expressives et délicates. Elles dégagent également une certaine poésie qui offre un joli contraste avec la dureté du sujet évoqué.

En conclusion, Chaque jour Dracula est un superbe album qui aborde avec beaucoup de douceur et de délicatesse cette thématique difficile, mais ô bien courante, du harcèlement scolaire. Un ouvrage à lire et à relire avec les enfants pour délier la parole et leur offrir une vraie prise de conscience sur les conséquences du harcèlement.

N’hésitez pas à lire l’avis des Voyages de Ly pour qui cet album a également été un coup de cœur.

109 rue des soupirs : Fantômes sur le grill (tome 2) , Mr Tan et Yomgui Dumont (illustrations)

Couverture 109, rue des Soupirs, tome 2 : Fantômes sur le grill

À défaut de pouvoir profiter de ses parents toujours absents, Elliot passe du temps avec sa nouvelle famille, les fantômes Eva, Angus, Amédée et Walter.
Cette fois, un redoutable inspecteur du CRI (Commission des Revenants Inadaptés) débarque au 109 pour contrôler que la maison est correctement hantée… Ce qui n’est pas tout à fait le cas, étant donné la bienveillance des fantômes envers Elliot. Ceux-ci vont devoir redoubler d’imagination pour faire croire à l’inspecteur qu’ils sont terrifiants : pièges, tortures et hurlements à tous les étages.
C’est sans compter le retour de la chasseuse Ulrika Von Paprika… Comment faire peur et être discrets à la fois ?!

Une nouvelle histoire à mourir… de rire !

Casterman (3 juin 2020) – 128 pages – 10,90€

AVIS

Fantômes sur le grill s’inscrit exactement dans la même lignée que le premier tome, Fantômes à domicile, que j’avais adoré : des fantômes, de l’humour à la pelle, de la bonne humeur à gogo, de l’action, des péripéties, le tout dans une belle ambiance gothique qui passe, entre autres, par les dessins de Yomgui Dumont. Des dessins toujours aussi dynamiques et d’une rondeur bon enfant qui souligne le côté amusant de l’histoire et de ses personnages hauts en couleur.

Quel plaisir de retrouver Elliot et sa bande de joyeux lurons fantomatiques : Walter, le cowboy rentre-dedans, Angus, le poète avec un talent tout relatif, Eva, la cantatrice mère poule et Amédée, l’adolescente du groupe. Des personnalités très variées pour des échanges pleins de piquant et quelques chamailleries qui ne remettent néanmoins jamais en question la force des liens qui unissent ces fantômes terriblement amusants et attachants. Des fantômes au bon cœur qui servent un peu de famille à Elliot, un petit garçon complètement délaissé par ses parents qui se montrent plus intéressés par le travail que par leur fils…

On peut donc comprendre que nos personnages sont sur le pied de guerre quand une menace, si ce n’est une double menace, vient mettre en péril leur cohabitation. Ils doivent ainsi faire face au retour d’une célèbre chasseuse de fantômes bien décidée à prouver que la maison d’Elliot est hantée, et l’arrivée impromptue d’un inspecteur de la Commission des Revenants Inadaptés, qui a le pouvoir de chasser nos fantômes de la maison. Une situation complexe à gérer pour nos héros qui vont devoir faire preuve de débrouillardise et d’inventivité. C’est que, voyez-vous, il est hors de question que quelqu’un, qu’il soit vivant ou mort, vienne troubler la vie au 109 rue des soupirs ! Du moins, pas plus qu’elle ne l’est déjà…

Avec beaucoup d’humour et une joie toute communicative, l’auteur nous offre une histoire truculente à souhait, alternant entre les dangers, les péripéties, les moments de tendresse, les bons jeux de mots et les allusions détournées au monde des vivants. Il en résulte une aventure diablement savoureuse qu’on lit d’une traite, le sourire aux lèvres. Cette série jeunesse à l’ambiance délicieusement gothique est d’ailleurs l’une de mes préférées. On s’amuse, on houspille les méchants, on s’enthousiasme auprès de nos personnages de leurs plans, on croise les doigts pour que tout finisse bien et on referme l’ouvrage avec, en tête, un tonitruant : vivement la suite !

Pour ma part, en plus des gags et de l’ingéniosité avec laquelle nos héros gèrent la situation, j’ai adoré la révélation faite en fin de livre sur notre groupe de fantômes, car elle laisse entrevoir encore de beaux moments d’émotions et de complicité. La fin offre également une jolie morale sur la notion de famille, qui ne se limite pas aux liens du sang, et sur l’importance de laisser chacun choisir la vie dont il souhaite/rêve. Attendez-vous, en outre, à une petite surprise qui aura des conséquences sur la suite de la série. J’ai hâte de découvrir la manière dont cela va faire évoluer la dynamique entre les personnages.

Mon seul petit regret est, peut-être, le côté caricatural de notre chasseuse de fantômes même si, au regard de la cible de la BD, cela ne s’avère pas gênant. Et puis, pas besoin de connaître sa personnalité en détail pour comprendre qu’elle n’est guère sympathique. D’ailleurs, on notera l’excellent travail de l’illustrateur qui arrive à faire transparaître toute sa vilenie sur son visage.

En conclusion, que vous rêviez ou non d’habiter une maison hantée, n’hésitez pas à pousser les portes du 109 rue des soupirs. Rires, doux frissons et bonne ambiance garantis ! Mais n’escomptez pas vous arrêter trop longtemps, la maison est dorénavant au complet !

Le dernier des loups, Sébastien Perez et Justine Brax (illustrations)

Le Dernier des loups par Perez

Milo est un jeune garçon courageux. La Grande Guerre des hommes contre les loups n’a pas laissé de survivant dans son village. Archer aguerri, il décide de partir affronter le Dernier des Loups. Sa longue traque le mènera hors des sentiers battus et le combat qu’il livrera ne sera pas celui qu’il avait imaginé… l’obligeant à regarder, à admettre et à respecter la vie sauvage.

À partir de 6 ans – Albin Michel (2 septembre 2020) – 19€

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Comment ne pas être subjugué par la magnifique couverture de cet album jeunesse grand format ? Un format qui représente à merveille l’ampleur de la tâche de Milo, le meilleur des apprentis archers : tuer le dernier des loups. Tuer l’unique survivant de la Grande Guerre ayant opposé humains et loups, Homme et Bête…

Afin de protéger sa mère et son village, il se lance donc courageusement sur les traces de ce loup qui menace les siens avec la ferme intention de faire couler le sang une toute dernière fois. Mais est-ce réellement là la seule solution à apporter ou ce périple n’est-il pas seulement guidé par la peur ? Et si la quête de Milo n’était pas celle qu’il croyait et qu’au bout du chemin, une autre voie s’ouvrait à lui ?

J’ai été très touchée par le message de l’auteur qu’il amène avec grâce, poésie et délicatesse que ce soit à travers le voyage de Milo, le texte ou les illustrations. À cet égard, l’une d’entre elles m’a frappée par sa justesse et la manière dont elle met en parallèle les hommes et les loups.

Cet album, bien qu’à destination des enfants, saura toucher tous les lecteurs, a fortiori ceux sensibles à la cause animale parce que si nous sommes ici dans une œuvre de fiction, la méfiance des hommes envers les loups reste, quant à elle, bien réelle. Il suffit de voir les préjugés encore tenaces envers cet animal et la volonté non cachée de certains de les exterminer à la moindre occasion. C’est peut-être d’ailleurs cette réalité qui donne une telle force à cette histoire et lui confère une certaine universalité, cette peur des loups et le cycle de la haine qu’elle engendre, pouvant se transporter à bien d’autres choses…

Quant aux illustrations, elles sont de toute splendeur et émerveilleront, sans aucun doute, petits et grands lecteurs. L’illustratrice oscille entre les tons bleus et froids de l’hiver avec des teintes plus agressives de rouge qui, tour à tour, représentent l’envie de sang, mais aussi le renouveau et l’espoir de jours plus chaleureux.

Le dernier des loups.

Ce que Sébastien Perez suggère à l’aide d’une plume poétique et immersive, Justine Brax le met en forme par un jeu sur les volumes et une certaine profondeur, qui donne le sentiment aux lecteurs d’être plongés au cœur de la nature et de la forêt. Mais ce qui frappe avant tout dans ce sublime ouvrage, c’est l’utilisation discrète et harmonieuse de l’argent et son éclat pour guider la lecture. Ainsi, cette couleur sert de fil conducteur à une intrigue qui nous pousse progressivement à abandonner l’envie de sang au profit d’une compréhension mutuelle, voire d’un sentiment bien plus beau et profond…

Un beau message d’espoir et de paix qui, je l’espère, saura conquérir les jeunes et moins jeunes lecteurs, Le dernier des loups faisant partie de ces livres que l’on peut lire et relire à tous les âges. Pour ma part, je ne peux que vous conseiller de vous laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur et la beauté avec laquelle l’illustratrice le retranscrit.

Nico Bravo et le chien d’Hadès (tome 1), Mike Cavallaro

Nico Bravo, Tome 1 : Et le chien d'Hadès par Cavallaro

Un problème ? A la boutique céleste de Vulcain, vous pourrez trouver toutes sortes de produits magiques pour redresser la situation. Le personnel expérimenté ― un enfant qui s’appelle Nico, Lula le sphinx et Buck la licorne ― met tout en oeuvre pour offrir « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux ». Mais le monde de Nico va être complètement chamboulé par l’arrivée d’une nouvelle cliente : Eowulf, la descendante haute comme trois pommes de Beowulf, le chasseur de monstres. Déterminée à reprendre l’entreprise familiale, cette aspirante guerrière a l’intention de tuer Cerbère, l’effroyable chien à trois têtes d’Hadès. Mais il y a juste un petit problème : seul Cerbère peut retenir les hordes de l’Enfer d’envahir le monde des vivants. Nico pourra-t-il empêcher Eowulf de déclencher une apocalypse zombie?

Editions Kinaye (15 mai 2020) – 192 pages – Broché (17,50)
Traduction : Romain Galand

AVIS

Appréciant beaucoup le mythe d’Hadès et de Perséphone, j’ai tout de suite été attirée par le titre de cette BD publiée par les éditions Kinaye qui ne m’ont encore jamais déçue. Mais il n’est pas question ici du dieu des Enfers, plutôt d’un héros en devenir qui va tout faire pour protéger Cerbère, le chien à trois têtes d’Hadès qui garde la porte des Enfers, et empêche les morts d’envahir le monde des vivants. Or, ce rôle primordial dans l’équilibre du monde est sérieusement menacé par l’arrivée d’Eowulf, la descendante du très célèbre chasseur de monstres, Beowulf.

Eowulf est une jeune fille obsédée par une idée fixe : massacrer des démons, en commençant par Cerbère, afin de prouver sa valeur à sa célèbre et héroïque famille ! Pour ce faire, elle est prête à toutes les extrémités, quitte à franchir la frontière entre le bien et le mal. Mais conscient du danger qu’elle représente pour le monde, Nico va faire de son mieux pour lui faire entendre raison et lui faire comprendre que tous les démons ne sont pas mauvais. Une leçon que notre tête de mule ne semble pas prête à entendre au plus grand désespoir de notre employé de magasin qui va devoir, sans mauvais jeu de mots, sortir de sa réserve. Le duo entre ces deux êtres à la personnalité diamétralement opposée se révèle assez amusant, Eowulf étant du genre fonceuse et bourrine quand Nico se montre bien plus raisonnable et sensée.

D’ailleurs, les personnages sont le point fort de cette BD, l’auteur nous en proposant une galerie, certes restreinte, mais complètement loufoque et haute en couleur. J’ai été touchée par Eowulf, sa pugnacité, sa quête identitaire, son besoin obsessionnel de se complaire à la tradition familiale, et la manière dont elle va réaliser qu’il est parfois nécessaire de suivre sa propre voie. Les réparties de son épée au sang chaud, et au nom quelque peu surprenant m’ont, en outre, beaucoup amusée d’autant qu’elles correspondent assez bien à l’état d’esprit de notre guerrière. On peut dire qu’Eowulf a trouvé épée à son fourreau.

Nico se révèle peut-être un peu moins flamboyant, mais on sent chez lui une certaine sensibilité et capacité à prendre du recul sans oublier un courage indéniable. Un certain mystère plane également sur les origines de cet orphelin trouvé par le très sibyllin dieu Vulcain devant la porte de sa célèbre boutique, qui offre « un service légendaire et ses compétences dans tous les domaines du mystérieux« . J’ai hâte d’en apprendre plus les origines de ce personnage et ses réelles capacités, mais hélas pour Nico, je ne semble pas être la seule…  La fin, qui nous réserve un coup de théâtre que je n’avais pas anticipé, nous laisse supposer que notre héros n’est pas au bout de ses peines.

C’est cependant pour un personnage secondaire que j’ai eu un gros coup de cœur : Buck. Licorne à la corne tordue, Buck m’a beaucoup amusée par son côté râleur et décalé, et sa manière de voir des choses là où il n’y en a pas ou, plus justement, de nous rappeler que ce n’est pas parce que nous ne les voyons pas qu’elles n’existent pas. Une nuance de taille, la suite de l’aventure nous prouvant que toutes ses hallucinations et étranges obsessions ne sont pas forcément des fadaises. Voici un personnage que j’ai pris plaisir à suivre et à voir mener ses propres combats, au sens propre comme figuré.

Au-delà des personnages, j’ai adoré les multiples références à la pop culture amenées avec beaucoup d’humour et de dérision, mais aussi la belle incursion de l’auteur dans le monde de la mythologie qu’elle soit gréco-romaine, égyptienne, nordique, mésopotamienne, hittite… Une belle diversité de mythes et de légendes rarement observée ! Et pour ceux peu à l’aise avec ce domaine, aucune crainte, les allusions sont légères et un petit lexique est proposé en fin d’ouvrage.

Quant à l’histoire en elle-même, elle se veut résolument entraînante, rythmée et parfois complètement dingue. L’auteur, avec un art de la mise en scène indéniable, mélange les genres et nous offre des rebondissements à la pelle, des péripéties endiablées, des réparties qui font mouche et amusent, des situations burlesques… Je me suis ainsi délectée des presque deux cents pages de cette BD que je n’ai pas vu défiler, complètement happée par le tourbillon des événements qui s’enchaînent sans jamais se ressembler. Car loin de n’être qu’une histoire d’aventure classique, on est ici dans une épopée épique, humaine, amicale et familiale, la notion de famille au sens large n’étant jamais très loin. On notera également une incursion dans le monde de la science-fiction qui s’intègre parfaitement à l’intrigue, et la fait basculer vers une autre dimension…

Colorées et pleines de peps, les illustrations correspondent parfaitement à la ligne éditoriale de la maison d’édition et sont, à elles seules, un motif de bonne humeur. Pour ma part, j’ai apprécié les mimiques marquées des personnages, l’esprit très cartoonesque qui se dégage de l’ensemble, et la très dynamique gestion des vignettes qui fait partie intégrante de l’expérience de lecture. L’auteur alterne entre les illustrations pleine page, les pages sans texte, mais avec un gros plan sur l’action et/ou les visages qui permet de se passer de mots, des pages plus denses sans jamais être linaires ni surchargées… Aucune monotonie donc à craindre que ce soit au niveau de l’histoire ou des dessins !

En conclusion, avec Nico Bravo et le chien d’Hadès, attendez-vous à une lecture divertissante, colorée et pleine de peps qui vous fera passer du quotidien d’une boutique de légende et de son personnel atypique et haut en couleur au monde des enfers. Un petit tour de force que l’on doit à une descendante d’un célèbre tueur de monstres qui, en voulant se montrer héroïque à sa très sanguinaire manière, se révélera probablement être le plus grand danger que le monde ait connu ! Rythmée, amusante et parfois franchement décalée, voici une aventure que vous n’êtes pas prêts d’oublier et dont vous allez vous délecter !

Je remercie Babelio et les éditions Kinaye pour m’avoir envoyé Nico Bravo en échange de mon avis.

Les Éveilleurs de mots, Pascal Bruckner et Bruno Liance (illustrateur)

Les éveilleurs de mots par Bruckner

Nous utilisons dans la vie courante à peine 100 ou 200 mots pour nous débrouiller. Or, la langue française en contient plusieurs dizaines de milliers. Qu’arriverait-il si nous décidions soudain de ressusciter les milliers de mots rares ou disparus ? C’est ce que les deux jumeaux Joseph et Sonia décident de faire en cachette un beau soir, en pénétrant dans une salle secrète de la grande bibliothèque municipale. Interdite d’accès, cette pièce renferme les trésors de la langue française : les mots en voie d’extinction ou bien carrément éteints. Oui mais voilà, gare à celui qui réveille les mots disparus !… Car une fois libérés, ils n’ont aucune intention de disparaître ou de vivre cachés !

Glénat Jeunesse (23 octobre 2019) – 48 pages – 18,90€
Lecteur : Pierre Arditi

AVIS

Dans cet ouvrage, il est question de mots, de mots oubliés, de mots anciens, de mots à l’étrange ou amusante consonance, de mots qui veulent s’échapper et revenir dans ce monde qui les a enfermés à double tour dans le Cimetière des mots... Il est question de toutes ces expressions tombées en désuétude, mais au charme suranné pour ceux qui aiment à voyager dans le temps et à faire renaître le passé de ses cendres.

J’ai adoré la manière dont l’auteur donne vie et corps aux mots les personnifiant comme on le ferait avec des héros plus classiques. Sous sa plume, les mots s’envolent et s’enroulent autour de nous telle une spirale sans fin de découverte et de soif d’apprendre. Une soif dont sont indéniablement pourvus un frère et sa sœur qui vont entrer dans un lieu interdit, avant de découvrir un monde inconnu qu’ils ne sont pas prêts d’oublier… Car une fois que l’on a goûté au charme et au pouvoir des mots, difficile de s’en passer !

Cet album, qui a frôlé le coup de cœur, devrait trouver sa place dans les bibliothèques familiales, mais aussi dans les salles de classe afin d’ouvrir les enfants à l’amour de la langue et leur donner envie d’accroître leur vocabulaire en (re)découvrant des mots et expressions peu usités. Avec un peu de chance, comme dans l’histoire, cette soif nouvelle de mots aura un effet boule de neige et fera de nombreux émules dans l’entourage des enfants. Et imaginez leur joie à l’idée de connaître et de partager autour d’eux des mots que certains adultes ont oubliés ou n’ont jamais appris.

Si j’ai apprécié le trait de l’illustrateur que j’ai trouvé très expressif, j’ai surtout été sensible au ton bleuté de l’ensemble qui créé une sorte d’espace intime, feutré et mystérieux dans lequel on a envie de se plonger des heures durant. On a parfois le sentiment de partager avec nos deux protagonistes un délicieux secret, de ceux qui font grandir et nous font vivre de merveilleuses aventures.

Bonus fort appréciable, un CD reprenant l’histoire est proposé en début de livre. Cela permet aux enfants qui ne savent pas lire d’apprécier également l’histoire et à ceux qui commencent seulement l’aventure fascinante des mots, de pouvoir s’appuyer sur un outil pédagogique efficace. Ma nièce de 5 ans adore les livres accompagnés d’un CD, cela lui donne cette impression d’autonomie qu’elle semble déjà plébisciter.

En bref, voici un ouvrage qui devrait ravir tous les amateurs des mots, des mots les plus inattendus à ceux dont la sonorité offre à elle seule d’étranges et amusantes perspectives de voyage. Quant aux enfants, nul doute qu’ils prendront plaisir à se laisser immerger dans cette aventure pleine de péripéties et de surprises, et à jouer avec des mots qui leur ouvrent les portes d’un merveilleux monde…

Le coffre enchanté de Jean-François Chabas et David Sala

Couverture Le Coffre Enchanté

Remonté par un pêcheur des profondeurs de la mer, un gros coffre en métal luisant suscite l’avidité de l’Empereur cupide, toujours en quête d’un trésor supplémentaire. Seulement voila : rien ni personne ne parvient à l’ouvrir…

Casterman (05/10/2011) – 15,90€ – 24 pages

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par ce très bel objet-livre avec son beau de travail de découpe et sa couverture enchanteresse…

Un jour, un pêcheur remonta un coffre de métal dans ses filets. Bien que cela ne se mange pas, il ne fut pas mécontent de sa découverte à un petit détail près : impossible de l’ouvrir ! Un problème dont il fut fort vite débarrassé quand le capitaine de la garde de l’Empereur décida que ce coffre constituerait un parfait présent pour l’Empereur….

Malheureusement pour lui, il ne réussit pas non plus à ouvrir cet énigmatique coffre, ce qui ne fut guère au goût de l’Empereur qui, après l’avoir châtié de dix coups de fouet, fit diligenter différentes personnes pour résoudre le problème. Mais ni le savoir-faire d’un serrurier, ni la magie et encore moins la force brute n’arrivèrent à venir à bout de la serrure récalcitrante. Et si la ruse était encore la meilleure manière de satisfaire un Empereur, aussi radin que peu commode, qui savoure bien plus l’idée de posséder un nouveau trésor que d’avoir entre les mains ledit trésor ?

Comme dans toutes les fables, il y a une morale, notamment sur le fait que croire posséder un objet est parfois aussi important que de réellement le posséder, et qu’il y a une certaine excitation à ne pas encore s’être approprié une chose qui nous est destinée. Mais pour ma part, j’aime à y voir d’autres messages forts et non dénués de pertinence. Les enfants apprennent ainsi que le vol n’apporte que des ennuis : si le capitaine de la garde ne s’était pas octroyé une chose qui ne lui appartenait pas, l’Empereur n’aurait pas eu à traverser toutes ces péripéties.

D’une certaine manière, on peut également considérer que cette fable met en garde contre l’amour excessif de l’or et l’envie maladive d’accumuler les richesses qui finissent par vous plonger dans des abîmes de solitude. Car, si le roi semble obsédé par cette idée d’ouvrir le coffre et d’en découvrir toutes les richesses, je ne peux m’empêcher d’y voir un moyen détourné de combler matériellement une vie vide de tout affect et de relations humaines enrichissantes.

Cette illustration avec l’Empereur tenant le coffre et le cajolant comme il le ferait avec un enfant me conforte dans cette impression. Il y a un tel décalage entre le visage serein, heureux et apaisé du personnage, et la réalité de la situation, que je n’ai pu m’empêcher de ressentir une certaine tristesse pour cet être pourtant méprisable…

Le Coffre Enchanté Illustration

J’ai, en outre, beaucoup apprécié l’intervention d’un animal qui illustre à merveille une expression. Il nous prouve également qu’il faut parfois faire montre de malice et d’une certaine intelligence des situations pour venir à bout des esprits les plus retors et se sortir de situations délicates. La force brute est rarement une solution… À cet égard, notre personnage m’a un peu fait penser au renard et à sa célèbre ruse.

Quant aux illustrations, elles possèdent incontestablement une identité propre qui donne corps et vie au récit. La manière dont l’illustrateur se joue des formes géométriques et de leur répétition dans les décors et les vêtements apporte un aspect très graphique à l’ensemble qui n’est pas sans rappeler le travail de Gustav Klimt.

En bref, voici une fable très graphique que je conseillerais aussi bien aux enfants qu’aux parents pour un moment de lecture coloré et non dénué d’intelligence.

Mon chat, Séverine Assous

Mon chat par Assous

La petite citadine de cette histoire ne rêve que d’une chose : avoir un chaton. Comme ses parents s’y opposent formellement, elle se contente d’abord d’un escargot, qu’elle appelle Max n°1, puis d’une coccinelle, Max n°2, et enfin d’un chat orphelin, Max n°3… qu’elle est contrainte d’abandonner devant le refus de ses parents. Déterminée, elle va jusqu’à leur écrire des lettres de cajoleries et de menaces, mais rien n’y fait : les vacances arrivent, et toujours pas l’ombre d’un chat. C’est alors qu’un matin, au marché, un petit oiseau déplumé tombe à ses pieds. C’est décidé : ce sera Max n°4.

Albin Michel (17 juin 2020) – 40 pages -12€90

AVIS

Avec un titre comme Mon chat, je ne pouvais qu’avoir envie de lire cet album jeunesse dont je n’avais jamais entendu parler. Si je n’ai pas forcément été subjuguée par les illustrations que je préfère peut-être un peu plus féeriques, j’ai toutefois apprécié leur simplicité, la douceur de leurs couleurs et leur totale adéquation avec les différents lieux où se déroule l’histoire. On passe ainsi d’un décor très urbain avec son foisonnement caractéristique à des décors plus et chaleureux nous offrant l’évasion propre aux vacances, a fortiori à l’étranger.

J’ai, en outre, été très touchée par l’histoire de cette petite fille qui rêve d’avoir un chat. Malheureusement, malgré ses suppliques et ses lettres pour les amadouer, ses parents restent sur leur position : il n’en est pas question ! Pour expliquer ce refus ferme et définitif, ils opposent des raisons que certains qualifieraient de légitimes, mais qui ne convainquent guère leur fille. C’est que les parents semblent avoir l’art et la manière « d’inventer tout le temps des problèmes » !

Ayant passé toute mon enfance avec mon frère à tenter de convaincre mes parents d’avoir un chien, sans grand succès, j’ai tout de suite compati avec cette petite fille et son désir d’adopter un chat même si je n’ai, en revanche, pas vraiment approuvé sa manière de traiter les mouches. Mais de fil en aiguille et grâce à une rencontre inattendue, notre fillette va réaliser qu’on peut aimer les animaux sans forcément les posséder.

Une jolie leçon qui ne devrait pas manquer de toucher enfants et parents, voire de permettre d’établir un dialogue sur la question parfois délicate de l’adoption d’un animal. D’ailleurs, plus jeune, cet album m’aurait probablement aidée à accepter plus facilement la décision de mes parents…

En bref, Mon chat aborde, non sans une certaine originalité, la question des obsessions infantiles parfois délicates à gérer pour les parents, a fortiori quand elles impliquent le bien-être d’un animal. Doux et coloré, voici un album fort sympathique que je ne peux que vous conseiller autant pour l’histoire que sa jolie morale.

La belle échappée, Maylis Daufresne et Magali Dulain

La belle échappée par Daufresne

Alice rencontre un chat sauvage ; malheureusement il est déjà l’heure d’aller se coucher. Accompagné des animaux de la forêt, le chaton va aider Alice à s’évader pour lui faire découvrir les mystères de la nuit. Elle escalade les arbres avec l’écureuil, dégringole les talus à la suite du loup, embrasse la lune et respire la nuit. Puis c’est au tour du chaton d’entrevoir l’univers d’Alice, d’être cajolé jusqu’au soir où, tous les deux vont se coucher plein d’expériences pour nourrir leurs rêves.

Le Diplodocus (6 mars 2020) – 32 pages

AVIS

C’est la couverture qui a attiré mon attention sur ce petit album que j’ai trouvé aussi doux qu’émouvant. D’une plume pleine de poésie, l’autrice nous narre la rencontre et la belle amitié naissante entre une petite fille et un chaton.

Cet album vous plongera dans une ambiance enchanteresse où règne en maître la nature, que ce soit à travers la belle place accordée au vert qui se décline en différentes teintes ou l’importance des animaux. Car si le chaton est le personnage qui nous attendrit, il est escorté par d’autres animaux qui finiront pas céder à son caprice : permettre à la petite humaine, à laquelle il s’est attaché, de gambader une nuit à leurs côtés.

Et pourtant, au départ, cette idée était loin d’enchanter ses amis de la forêt ! Il faut dire que la réputation des humains n’est pas excellente parmi ces derniers, les humains n’étant pas les créatures les plus gentilles et douces qui puissent exister…

En plus d’être toute mignonne et de nous offrir de tendres moments de liberté, de complicité et de bonheur, l’histoire n’est pas dénuée d’un certain humour, l’autrice nous réservant une petite inversion des rôles amusante et bien pensée. Et si finalement, animaux et humains se ressemblaient bien plus qu’on le pensait, du moins, dans cet album aux allures de joli conte ?

Ode aux rêves, à la nature et aux animaux en même temps qu’aux belles amitiés humains/animaux, La belle échappée est un ouvrage qui devrait enchanter enfants et parents et leur faire considérer sous un jour nouveau la beauté de la nuit.