Transforme-toi en chauve-souris à pattes velues, Maude Royer

Couverture Transforme-toi en chauve-souris à pattes velues

Ouvre ce livre pour te transformer en une rigolote chauve-souris à pattes velues nommée Poilu. Dans son pays, le Brésil, ce petit vampire fait très peur aux enfants. Il n’est pourtant pas méchant!

Poilu a un grand rêve: faire rire les enfants. Il a besoin de ton aide pour y arriver. Viens, entre dans son monde peuplé de jaguars, de singes et de clowns!

Seras-tu capable de réaliser le grand rêve de cette toute petite chauve-souris ?

ADA (9 octobre 2017) – 66 pages

AVIS

Suivant le principe des livres dont on est le héros, cet ouvrage jeunesse, à la couverture aussi mignonne que pailletée, nous plonge dans la peau de Poilu, une chauve-souris vampire à pattes velues. Notre chauve-souris a un rêve, faire rire les enfants. Mais pas facile quand, au lieu de leur donner le sourire, on les fait fuir ! C’est que, voyez-vous, ils craignent pour leurs cheveux et leur sang ! Dommage qu’ils aient trop peur pour que Poilu ait le temps de leur expliquer qu’il préfère les insectes aux cous graciles des enfants, et que si sa vue est mauvaise, son radar interne est, quant à lui, infaillible…

Mais rien n’est perdu puisqu’en acceptant de prendre sa place durant cette petite aventure, chaque lecteur s’est donné la mission d’aider Poilu à atteindre son rêve. Et pour ce faire, il faudra prendre des décisions suivant son instinct, sa logique, ou son envie de taquiner gentiment notre chauve-souris en faisant des choix que l’on pressent d’emblée mauvais. L’adulte en moi a dû trop tôt s’exprimer puisque j’ai très vite réussi la mission, mais cela ne m’a pas empêchée de reprendre ma lecture depuis le début en variant les scénarios, de manière à avoir un aperçu global du livre.

Un livre qui vous donnera l’occasion de rencontrer, en plus de quelques jeunes humains, des animaux divers et variés propres à la forêt amazonienne où l’action se déroule : tapir, jaguar, perroquet, tatou… Tous ces animaux sont représentés par de sympathiques illustrations en noir et blanc. Certains se montreront coopératifs quand d’autres testeront sans vergogne votre sens de l’humour que l’on espère, pour votre bien, fort développé ! Vous devrez également vous sortir d’un labyrinthe, trouver l’intrus parmi des frères chauves-souris, décider s’il est préférable de lancer une tarte à la crème à un clown ou sculpter des ballons en forme d’animaux, décoder un message secret…

Non, il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas un instant durant cette amusante aventure que je conseillerais aux enfants qui ont envie de concilier lecture et divertissement, mais également aux lecteurs plus âgés qui ne résistent pas au plaisir d’incarner un sympathique animal victime de préjugés. Et puis, n’est-ce pas agréable de pouvoir voler sans trop de danger dans la plus fascinante des forêts ? On appréciera également le côté pédagogique de cet ouvrage qui permet de découvrir l’habitat naturel de la chauve-souris vampire à pattes velues, des informations sur cette espèce, des données géographiques…

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Le compte à rebours du Père Noël de Kim Thompson, illustré par Elodie Duhameau (Crackboom)

Le compte à rebours du père Noël : 24 histoires avant Noël par Thompson

Aimant beaucoup les calendriers de l’Avent, j’étais curieuse de découvrir cet album jeunesse qui en reprend le principe puisque l’autrice vous propose de découvrir une petite histoire chaque jour. Un joli moyen de faire patienter les enfants jusqu’à Noël et de passer de doux et chaleureux moments en leur compagnie.

Jour après jour, on suit le Père Noël, la Mère Noël et les lutins dans leurs préparatifs de Noël. C’est qu’entre la vérification du traîneau, la lecture des lettres des enfants, l’entraînement du Père Noël pour qu’il soit au meilleur de sa forme le jour J, la fabrication des cadeaux… tout le monde est bien occupé. Il ne faudrait pas décevoir les enfants qui attendent impatiemment leurs cadeaux. Et que les moins sages d’entre eux se rassurent, le Père Noël semble toujours arriver à trouver du bon chez chacun. On n’en attendait pas moins de lui.

Que l’on soit enfant ou adulte, difficile de résister au charme qui se dégage de ce doux album qui respire bon Noël, la bienveillance, la gentillesse et qui n’est pas dénué d’humour, le Père Noël nous régalant de ses expressions plus loufoques les unes que les autres : pastilles en papillotes, mille babouins nains, choucroutes de mammouth… Les illustrations tout en rondeur, pleines de peps et de couleurs ainsi que les larges sourires des personnages contribuent également au plaisir que l’on prend à parcourir ce joli album.

Le compte à rebours du Père Noël illustration

Avec Kim Thompson, Noël se part d’une certaine modernité puisqu’en plus du traditionnel traîneau et des emblématiques rennes, une large place est accordée à des inventions plutôt ingénieuses et parfois amusantes. À côté du GPS que tout le monde connaît, on découvre ainsi le super calculateur de cadeaux ou, encore plus pratique, le poulet robot emballeur !

En bref, voici un album coloré parfait pour faire de chaque jour avant Noël, un petit moment d’amusement et de douceur à partager avec les enfants. 

Je remercie Netgalley et les éditions Crackboom pour cette lecture.


  • Ana Ana – tome 1 : Douce nuit, Alexis Dormal et Dominique Roques (Dargaud)

ana-ana-tome-1-douce-nuit

Si j’ai déjà lu quelques albums de la série, c’est n’est que récemment que j’ai eu l’occasion de lire le premier tome, Douce nuit. Un titre qui a tout de suite parlé à l’insomniaque en moi… Ana Ana ne veut pas dormir. Non, ce dont elle a très très envie, c’est de lire ! Une envie que nous sommes très nombreux à partager avec elle, je n’en doute pas.

Ses doudous ne partagent néanmoins pas la même passion des livres. Eux, ce qu’ils veulent plus que tout, c’est dormir. Dormir sur leurs deux oreilles, dormir les uns contre les autres, mais surtout, dormir dans le noir et silence ! Les peluches commencent donc à perdre patience, leurs petits stratagèmes pour pousser Ana Ana à dormir ne semblant pas fonctionner. Une situation qui ne devrait pas manquer de rappeler des souvenirs aux parents….

Heureusement, le sommeil finit par gagner la fillette. L’heure de dormir aurait-elle enfin sonné ? Rien n’est moins sûr… J’ai adoré cet album que j’aurais certainement pris plaisir à lire à l’envi quand j’étais enfant puisque comme Ana Ana, lire me semblait bien plus tentant que dormir. Les enfants devraient s’identifier facilement à cette petite fille qui ne manque pas de caractère, mais qui n’en demeure pas moins attachante tout comme ses amies, les peluches. Des peluches au profil varié qui n’hésitent pas à se rebeller, à leur manière…

Quant aux illustrations, elles possèdent une douceur certaine et un charme presque suranné parfait pour un instant de lecture plein de tendresse.

Ana Ana Douce nuit

En bref, Douce nuit est un très bel album plein de douceur qui devrait ravir les amoureux des livres de tout âge et leur donner envie de découvrir les autres aventures d’une fillette à laquelle on s’attache très vite.

Découvrez un extrait sur le site des éditions Dargaud.


  • La pension Moreau, la peur au ventre (tome 2) : Marc Lizano et Benoît Broyart (Éditions de la Gouttière)

La pension Moreau, tome 2 : La peur au ventre par Broyart

La pension Moreau n’est pas une pension comme les autres, car si son but affiché est de remettre les enfants de familles fortunées dans le droit chemin, la vérité est tout autre…

J’attendais avec impatience de retrouver Émile, Paul et les autres qui fomentent une rébellion devant les brimades et sévices que les pensionnaires subissent. Un disque rayé, un rôti assaisonné d’une bien dégoûtante manière… les enfants ont de l’imagination à revendre ! Mais au cours d’une promenade dans la forêt, Émile va faire une surprenante et effroyable découverte qui le poussera à sortir de son mutisme pour avertir ses amis, et plus particulièrement Paul, du danger…

On retrouve dans ce deuxième tome ce que j’avais apprécié dans le premier : une inversion des rôles avec des animaux qui mettent en cage des humains et les tourmentent, de l’humour qui devrait plaire aux enfants, une amitié du genre à la vie à la mort, de l’aventure, des découvertes et des dessins simples, mais très explicites. En tant qu’adulte, j’ai également été sensible à une critique d’un certain capitalisme qui pousse à faire de l’argent et du profit sur le malheur des autres avec un cynisme à toute épreuve.

La fin de l’aventure laissant entrevoir un changement notable dans la vie de nos protagonistes, je suis impatiente de lire la suite et de découvrir les nouvelles épreuves qui attendent notre bande d’amis qui nous apparaît toujours aussi pleine de ressources, débrouillarde et soudée…

AVIS DU PREMIER TOME : Les enfants terribles 

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

La Guilde des aventuriers (tome 1), Zach Loran Clark et Nick Eliopulos

La Guilde des aventuriers, tome 1 : La Guilde des Aventuriers par Loran Clark

Bienvenue dans la Guilde des Aventuriers.
Nul ne connaît leur nombre exact. Elle est composée d’illuminés à la cervelle ensorcelée et autres créatures corrompues par les démons, tous lourdement armés.
Voici la consigne : rester en vie jusqu’à demain matin.
Pierrefranche est l’une des dernières cités survivant à l’assaut des monstres qui ont envahi le monde. Différentes guildes y organisent la résistance. Parmi elles, celle des Aventuriers a mauvaise réputation :
Ses apprentis sont recrutés de force.
Ses membres meurent jeunes.
Zed, un demi-elfe aux pouvoirs magiques, est désigné pour rejoindre la guilde des Aventuriers. Son meilleur ami Brock décide alors de se porter volontaire pour l’accompagner. L’intrépide Liza, elle, née d’une famille de nobles, a toujours rêvé d’entrer dans la Guilde.
Zed, Brock et Liza vont peu à peu découvrir, derrière les murailles de la ville, un monde aussi dangereux que merveilleux. Or, les Aventuriers sont la dernière ligne de protection de la ville…

Bayard Jeunesse (23 septembre 2020) – 448 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
À partir de 10 ans

AVIS

La Guilde des aventuriers fut une lecture jeunesse divertissante que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de nous expliquer le fonctionnement des différentes guildes et de ce monde ravagé par les Dangers, des créatures qu’il ne fait pas bon de croiser. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la cité de Pierrefranche, l’un des derniers bastions de résistance, vit cloîtrée derrière son enceinte. Seuls quelques individus osent et sont autorisés à en franchir les portes. Ces derniers, des Aventuriers avec un grand A au regard des risques qu’ils prennent pour leur vie, sont tous regroupés au sein de la guilde des Aventuriers.

Et c’est au sein de cette organisation que sont enrôlés Zed et Brock, l’un à son corps défendant, et l’autre par amitié, à moins que ses motivations soient un peu plus complexes que cela… J’ai adoré l’amitié unissant ces deux enfants qui ne pourraient être plus différents, mais qui ont pourtant su bâtir des liens forts que l’on espère inébranlables. Car leur amitié va être mise à rude épreuve entre les petites cachotteries, les découvertes sur eux-mêmes, et tous ces Dangers et menaces qu’ils vont devoir affronter… Les amateurs de monstres et de créatures fantastiques pas très ragoûtantes devraient être ravis, les auteurs nous offrant quelques rencontres mouvementées avec des Kobolds, Nagas et autres joyeusetés. On appréciera d’ailleurs, en fin d’ouvrage, les quelques planches les représentant et nous indiquant leurs principales caractéristiques.

De l’action, ce premier tome n’en manque pas, ce qui rend la lecture extrêmement trépidante et agréable. Que l’on soit jeune lecteur ou non, les pages défilent donc rapidement d’autant qu’en plus du rythme qui ne souffre d’aucune longueur, une large et belle place est accordée à l’amitié. L’amitié de toujours comme celle entre Zed et Brock, mais aussi l’amitié de circonstance puisque les deux jeunes héros font faire de nouvelles rencontres au sein de leur guilde. On pensera plus particulièrement au nain Jett que les auteurs n’épargnent pas ou à l’intrépide Liza, une jeune fille haute en couleur que j’ai adoré suivre bien que j’aurais apprécié qu’elle soit plus présente dans ce premier tome.

Liza est issue de la noblesse, mais contre toute attente, elle se porte volontaire pour intégrer la guilde des Aventuriers. Une décision plutôt inattendue si l’on considère que bien qu’indispensable, cette organisation est vue d’un mauvais œil par les habitants. Repaire de brigands, pour les uns, lieu de perdition pour les autres… Mais peu importe pour la jeune fille qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui est bien décidée à troquer ses belles robes contre un bouclier et une épée. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’épanouit dans son rôle de guerrière !

Brock, quant à lui, se révèle peut-être un peu moins doué avec les armes que Liza, mais il a pour lui son bagout, son intrépidité et sa propension à se sortir de toutes les situations. Cette différence de personnalité explique peut-être la relation chien-chat que les deux personnages vont nouer, sans oublier les préjugés de Brock sur le milieu d’origine de la jeune fille... Mais heureusement devant la situation, ils vont apprendre à travailler ensemble, car après tout, étrange ou pas, la guilde des Aventuriers est une grande famille dont les membres veillent les uns sur les autres.

Et comme souvent dans les grandes familles, il y a une figure forte qui suscite crainte et respect. J’ai beaucoup aimé Fond qui nous semble, dans un premier temps, bourrue et impitoyable, la femme n’hésitant pas à envoyer ses jeunes recrues affronter les Dangers sans grande préparation. Mais de fil en aiguille, il nous apparaît que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que Fond n’est peut-être pas cet être sans cœur dont certains aimeraient se débarrasser, pour des motifs plus ou moins nobles… En tant que dirigeante d’une guilde importante, elle doit prendre des décisions parfois difficiles, mais on sent que tous ses actes sont dirigés vers la protection de la cité malgré le mépris que les habitants affichent à son égard…

Un mépris, ou du moins, une certaine méfiance que Zed, en tant que demi-elfe, a dû également affronter toute sa vie, bien que ce soit pour des raisons différentes… Malgré sa timidité et ses nombreux doutes, il saura faire preuve de courage, prendre des initiatives et nous réserver quelques surprises. On reste dans le schéma classique d’un jeune héros au grand destin, mais ça marche ici très bien, les auteurs n’en faisant pas trop. Zed possède une force dont il n’a pas encore conscience, et qui pourrait le mettre en danger ainsi que tous ses proches, mais ce n’est pas non plus le super héros qui peut résoudre à lui seul tous les problèmes.

Un point que j’ai, pour ma part, beaucoup apprécié et qui permet de mettre en lumière l’importance du travail d’équipe pour faire face aux Dangers, à l’avidité de certains et à des découvertes qui menacent l’ordre et la sécurité de Pierrefranche. Et si finalement, le danger ne provenait pas que de l’extérieur ? Une question qui s’impose à nous et qui entraîne les personnages dans une course folle à la vérité, une course empreinte de magie, de mystère, d’amitié et d’action !

La fin, quant à elle, laisse entrevoir une suite dans laquelle le danger s’intensifie, qu’il soit le fait des créatures qui hantent le monde ou d’une chose beaucoup plus triviale. Je lirai donc la suite avec plaisir dans l’espoir, entre autres, d’obtenir certaines réponses quant aux origines de Zed, et peut-être, d’en apprendre plus sur certains personnages qui n’ont joué ici qu’un rôle mineur. Je serais ainsi curieuse de découvrir quelle place Jett va occuper au sein de la guilde, mais aussi comment un personnage, en apparence agaçant, va évoluer, certains indices laissant supposer que son cas n’est pas désespéré.

En conclusion, dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de poser les bases d’un univers d’inspiration médiévale dans lequel un groupe de parias, regroupés au sein d’une guilde autant méprisée que respectée, lutte pour assurer la sécurité d’une cité en proie à des créatures qui se veulent de plus en plus menaçantes. En plus de l’action omniprésente, de la magie et de ce petit air de complot qui attise la curiosité des lecteurs, l’intérêt du roman réside également dans ses protagonistes divers et variés que l’on prend plaisir à découvrir et à suivre dans leurs (més)aventures !

Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La vie hantée d’Anya, Vera Brosgol

Le fantôme d'Anya par Brosgol

Ado mal dans sa peau, Anya va voir sa vie radicalement changer après sa rencontre… avec un fantôme. Premier album de l’autrice d’Un été d’enfer. On en veut encore et encore !

Anya a l’impression d’être en permanence la petite nouvelle : fille d’immigrés, elle n’a jamais réussi à trouver complètement sa place. Mais quand elle tombe dans un puits et découvre le fantôme qui s’y trouve, elle a l’impression de se faire son premier véritable ami. Les ennuis commencent quand ce fantôme, prénommé Emily, devient jaloux de tout ce qui remplit la vie d’Anya

Rue de Sèvres (28 août 2019) – 224 pages – Papier (16€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Cela fait un moment que je voulais découvrir cet ouvrage qui m’a complètement séduite malgré mes réserves du début sur la forme. En effet, si j’ai tout de suite apprécié la rondeur des traits et l’expressivité incontestable des visages, j’avais un peu peur de me lasser du ton gris/bleuté des illustrations. Mais que nenni ! En plus de se révéler assez originale et de représenter à merveille les tourments de l’adolescence, cette teinte apporte une identité propre à cette histoire mêlant fantastique et sujets résolument très humains. Un mélange harmonieux qui permet, sous couvert de fiction, de parler confiance et acceptation de soi, intégration, double culture, amitié toxique, jalousie, apparences trompeuses… Cette large palette de thèmes, loin de tirer la couverture à l’histoire, s’insère parfaitement et avec beaucoup de naturel dans le récit. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle j’ai lu cet ouvrage d’une traite, bien incapable de le reposer avant d’en avoir lu la conclusion.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Anya, jeune fille d’origine russe arrivée durant son enfance aux États-Unis. Afin de s’intégrer et d’éviter les moqueries, cette dernière a veillé à perdre son accent, du poids et surveille scrupuleusement ce qu’elle mange, au grand dam de sa mère qui aime à lui cuisiner des spécialités russes pas toujours très diététiques. Cette volonté de s’intégrer dans son pays d’adoption, et parmi ses camarades de lycée, la pousse, en plus de renier une partie de sa culture, à éviter l’autre élève russe de son établissement scolaire…

Si Anya nous semble parfois un peu égoïste, difficile de ne pas comprendre son envie d’être une adolescente américaine comme les autres. On ressent, à travers son histoire, toute la difficulté de concilier ses origines avec les valeurs de son pays d’adoption. Une double culture, source de richesse, mais qu’il est parfois difficile de porter, a fortiori quand on est une adolescente en pleine construction, qui se cherche encore. Je ne suis pas concernée par le sujet, mais je pense que cet aspect pourra parler à certains lecteurs qui ne devraient pas manquer de se retrouver, du moins en partie, en Anya.

Loin de rester cette adolescente tellement obnubilée par le paraître qu’elle en oublie les autres, Anya évolue petit à petit, n’en devenant que plus touchante. Et ce changement de mentalité et de comportement, elle le doit au fantôme d’une jeune femme, Emily, rencontrée lors d’une chute dans un puits… Alors qu’Anya pensait, une fois secourue, ne jamais revoir le spectre, le destin en a décidé autrement. L’arrivée du fantôme dans sa vie de lycéenne bougonne ne l’enchante guère, mais Anya finit vite par en saisir tous les avantages comme le petit coup de pouce qu’Emily peut lui donner lors des examens. Plus besoin de réviser quand on a un fantôme qui vous souffle toutes les bonnes réponses ! Le rêve, non ? Et puis, avoir une espionne invisible se révèle également très pratique pour suivre incognito l’emploi du temps du beau gosse du lycée sur lequel elle a craqué. Et tant pis, si ce dernier est déjà en couple avec une fille qui semble posséder tout ce qu’Anya rêverait d’avoir : petit copain parfait, corps de rêve, beauté et popularité.

Mais les apparences sont parfois trompeuses… Et si la beauté extérieure ne signifiait pas beauté intérieure et que même les filles idéales possédaient leurs propres blessures et failles ? Et, surtout, si le gentil et serviable fantôme qui s’était lié d’amitié avec vous poursuivait ses propres desseins ? Et si à tout vouloir, on risquait de tout perdre ? Je n’en dirai pas plus de manière à ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré le travail réalisé par l’autrice sur la psychologie de ce fantôme qui m’a fascinée, et dont l’évolution suit le cheminement inverse de celui d’Anya. Il y a ainsi une sorte de jeu de miroir inversé entre les deux personnages : à mesure que l’un dévoile sa noirceur, l’autre gagne en lumière. On suit donc avec grand intérêt l’étrange relation qui se noue entre Anya et Emily, et l’on attend avec une certaine angoisse le dénouement de leur histoire commune ! Le livre ne fait pas peur en soi, du moins quand on est adulte, mais j’avoue que la dernière partie m’a quelque peu angoissée, la tension montant crescendo jusqu’à atteindre un point de non-retour…

Bien que l’ouvrage comporte plus de 200 pages, il se lit très rapidement d’autant que la mise en page reste assez épurée avec des illustrations parfaitement lisibles et un texte concis qui ne tombe jamais dans le babillage inutile. Cela correspond d’ailleurs assez bien à la personnalité d’Anya qui n’est pas du genre à s’épancher pendant des heures sur ses émois intérieurs. Sa mère, à cet égard, m’a semblé beaucoup plus chaleureuse, mais c’est peut-être parce que j’ai été touchée par sa volonté d’offrir le meilleur à ses deux enfants qu’elle élève seule dans un pays qui n’est pas le sien…

Si Anya se révèle assez taciturne, elle a néanmoins su nouer une amitié chien/chat avec Shioban qui aime la taquiner, lui dire les choses franchement, fumer des cigarettes, faire l’école buissonnière… Les deux filles, très différentes l’une de l’autre, forment un duo plutôt complémentaire même si j’aurais apprécié d’en apprendre plus sur le personnage de Shioban qui reste finalement assez survolé. Shioban m’a plu par son côté rebelle, et surtout, par la manière dont elle s’assume telle qu’elle est, contrairement à Anya qui aura besoin d’une expérience malencontreuse pour se libérer du regard des autres. Mais l’essentiel est qu’elle y soit arrivée !

En conclusion, La vie hantée d’Anya est un très bon ouvrage graphique qui nous plonge dans une ambiance fantasmagorique saisissante que ce soit grâce au travail de colorisation ou la présence d’un spectre dont on essaie de découvrir les véritables intentions. Mais c’est également le récit de vie d’une adolescente qui doit jongler entre deux cultures et sa volonté de s’intégrer à tout prix. Une adolescente qui, de fil en aiguille, va réaliser qu’à la place d’envier la vie des autres, il est peut-être préférable de vivre la sienne sans a priori, et d’apprendre à s’accepter tel que l’on est.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Rue de Sèvres.

La petite danseuse au visage figé, Marielle Piccolo

La petite danseuse au visage figé par Piccolo

Hina, la petite danseuse de bois, est libérée de sa boite à musique par la souris du Lac. Liée à une malédiction, elle ne pourra pas rester dans un même lieu plus de trois jours. Accompagnée de ses deux ballerines transformées en chats, elle rencontrera un peintre qui voit tout en noir, une vendeuse de robes de poupées dévorée par l’avidité, et un toiletteur pour chats ayant peur des chats.

Auto-édition (4 août 2020) – 47 pages – 6,50€
Illustrations : Channy Da Pich

AVIS

Attirée par le résumé et la sublime couverture, je n’ai pas résisté bien longtemps au plaisir de me plonger dans ce conte enchanteur et plein de poésie que je prendrai plaisir à lire et relire.

L’autrice nous offre ici, en effet, une bien belle histoire, celle d’une danseuse de bois qui, enfermée dans sa boîte à musique, danse pour le plaisir de ceux qui en remontent la clé. Mais un jour, la gracieuse danseuse émet le souhait d’être libérée de sa cage dorée et d’avoir enfin la possibilité de jouir de sa liberté pour danser, non pas pour les autres, mais pour elle-même.

Comme par magie, n’oublions pas que nous sommes dans un conte, une bonne fée (ou plutôt une souris enchantée) lui apparaît et lui offre cette liberté tant désirée. Mais parce que la magie a toujours une contrepartie, Hina s’engage à ne jamais rester plus de trois jours au même endroit. Après tout, une danseuse ne se doit-elle pas de briller par ses mouvements ? Loin de s’offusquer de cette condition, Hina saute à pieds joints, et avec délice, dans cette nouvelle vie qui s’offre à elle.

Face à ce grand et inattendu bouleversement, elle pourra heureusement compter sur deux chats hauts en couleur, qui ne sont jamais d’accord entre eux, mais qui nous régalent de leur bonne humeur ! J’ai adoré l’idée de l’autrice de transformer les chaussures de l’héroïne en ces deux chats amusants, irrésistibles et attachants… Une idée délicieuse qu’elle saura parfaitement exploiter tout au long de cette aventure qui ne manque ni de charme ni d’émotion.

Page après page, Hina va rencontrer différents personnages, chacun d’entre eux lui permettant de découvrir une facette peu reluisante des humains : la noirceur et la mélancolie qui empêchent de voir la vie en couleurs, l’avidité qui rend la vie bien triste et morne, la peur qui enferme plus que n’importe quelle cage de fer… Et puis, bien plus positif, la danseuse découvre l’amour, noble sentiment qui fait battre le cœur, même des êtres de bois qui, en théorie, n’en ont pas.

Par ses talents de danseuse et sa vision pure du monde, dépourvue de peur et de préjugé, Hina aidera les personnes rencontrées à comprendre l’absurdité et/ou la vacuité de leurs comportements, à voir la beauté derrière les choses simples, à dépasser leurs pensées limitantes et à trouver en elles-mêmes la force d’être heureuses. Une aide précieuse et désintéressée qui poussera les nouveaux amis de la danseuse à lui proposer leur aide…

Mais de quoi peut bien avoir besoin une danseuse de bois, devenue vivante grâce à la magie d’une souris ? Laissons planer le mystère autour de cette question, mais si vous avez l’habitude des contes de fées, vous aurez probablement deviné. Pour ma part, j’ai adoré ce conte classique dans son déroulé, mais original par les thématiques abordées et les personnages secondaires qui ne manqueront pas de vous marquer. Suivre cette petite danseuse de bois qui, au gré des rencontres, évolue et découvre la vie hors de sa boîte à musique, a quelque chose de particulièrement émouvant et touchant.

En plus d’une écriture accessible, mais pleine de poésie, qui ravira les amateurs de plumes douces et imagées, l’ouvrage bénéficie de quelques illustrations, dont le charme réside dans leur simplicité et leur côté enfantin. Nul doute que les enfants apprécieront ces repères visuels pour se guider dans leur lecture qu’elle soit en parfaite autonomie ou non, le conte pouvant aussi bien se lire seul qu’en famille.

Parce qu’un conte sans morale n’en serait pas vraiment un, l’autrice nous offre, à travers son histoire pleine de poésie, de magie et de douceur, de jolis messages et une conclusion qui ravira autant les enfants que leurs parents. Après tout, n’avons-nous pas tous besoin de tendresse et de beaux sentiments ?

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé ce livre (disponible sur Amazon) en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #27

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Holly Ann, tome 1 : la chèvre sans cornes (éditions Casterman ), Kid Toussaint et Servain (chronique oubliée dans mes brouillons depuis un bon moment)

Couverture Holly Ann, tome 1 : La chèvre sans cornes

Je n’ai pas accroché outre mesure aux illustrations, mais j’ai apprécié la subtilité des détails qui permettent à l’auteur de suggérer efficacement certains éléments de l’enquête. Les suggestions étaient d’ailleurs peut-être trop flagrantes, car j’ai deviné assez rapidement deux éléments importants, ce qui ne m’a pas permis d’être surprise du dénouement de l’histoire. J’ai, en outre, un peu regretté qu’une petite présentation de Holly Ann ne soit pas proposée, notamment sur son rôle exact au sein de la ville. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée d’apprécier ses qualités d’enquêtrice et d’avoir hâte d’en apprendre plus sur ce personnage qui semble posséder un talent peu commun.

Malgré quelques petits défauts, j’ai parcouru avec plaisir cette BD appréciant d’être immergée dans l’ambiance si spéciale de la Nouvelle-Orléans avec son architecture reconnaissable, sa spécificité géographique, ses rites vaudou, son brassage ethnique, mais aussi, la méfiance vis-à-vis des croyances populaires, le racisme ambiant, la différence de traitement entre les noirs et les blancs… Quant à l’enquête, sans être d’un suspense haletant, elle reste intéressante et permet de voir à l’œuvre le sens de la déduction et les talents d’enquêtrice d’Holly Ann.

  • Un, deux, trois, sorcière ! un livre à compter de Magdalena, illustré par Gwen Kéraval (Flammarion jeunesse, Père Castor)

Un, deux, trois, sorcière!

En grande fan de sorcière, j’ai tout de suite été attirée par cet album jeunesse dont la couverture ne manque pas d’humour. Un humour que l’on découvre tout au long des pages où l’on suit une sorcière qui, en raison du vent qui se déchaîne, perd ses habits et ses accessoires. Adieu chapeau et balai !

L’intérêt de cet album, en plus de faire rire et sourire les lecteurs, est d’apprendre aux enfants à compter jusqu’à dix de manière simple et amusante. Pour ce faire, l’autrice joue sur les répétitions avec un début de phrase qui revient à chaque page et qui permet d’introduire les chiffres les uns après les autres. Humour et répétition, deux outils pédagogiques dont il n’est nul besoin de prouver l’efficacité.

On appréciera également la manière dont les enfants sont sollicités directement en fin d’ouvrage tout comme la chute, autant au sens propre que figuré, qui ne manquera pas de faire son petit effet. Quant aux illustrations pleines de peps, elles font incontestablement partie du charme de ce livre que les enfants devraient prendre plaisir à lire et à relire. Apprendre à compter n’aura jamais été aussi amusant ! 

  • Le mangeur d’écorce, Matth Flagg (Mots & Légendes),

Le Mangeur d’écorce par [Matth Flagg]

À la recherche d’une lecture rapide à lire entre deux romans, j’ai jeté mon dévolu sur cette nouvelle qui m’aura permis d’inaugurer ma Kindle achetée pour lire les trop nombreux livres qui m’attendent sur le cloud d’Amazon. Si j’ai beaucoup apprécié l’ambiance parfaite pour Halloween et la plume de l’auteur aussi fluide qu’immersive, la fin m’a paru quelque peu abrupte. Mais ce sera là mon seul bémol, cette nouvelle m’ayant fait passer un moment de lecture délicieusement frissonnant.

J’ai ainsi pris plaisir à parcourir, aux côtés de Damien, les couloirs de cette maison abandonnée dans laquelle il se réveille après avoir été poursuivi par des élèves de CM2. Abri momentané et bienvenu ou piège qui risque de se refermer inexorablement autour d’un enfant dont le seul tort est d’avoir été traqué par des brutes épaisses ? Très vite, la réponse s’impose à nous. Après tout, peut-on espérer le salut d’une bâtisse dont les propriétaires ont été retrouvés morts, plusieurs années auparavant ?

S’armant de tout son courage et de sa lucidité, qui menace de vaciller à mesure que gagne l’obscurité, Damien va devoir avancer quitte à faire des rencontres plus ou moins sympathiques… L’auteur réussit à faire monter la tension crescendo avec, notamment, un personnage qui se révélera aussi menaçant qu’effrayant ! J’ai ainsi presque eu l’impression d’être moi-même poursuivie par une ombre prise de folie meurtrière. Glaçant !

Je m’arrêterai là, l’histoire étant très courte, mais si le noir ne vous fait pas peur, que les vieilles bâtisses abandonnées mystérieuses vous attirent et que vous appréciez les ambiances délicieusement frissonnantes, cette nouvelle devrait vous plaire.

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Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Les avez-vous lus ou vous tentent-ils ?

La Chose au fond du sac – tome 1 : La découverte, Luce Basseterre #PLIB2021

Léna ne mène pas exactement une vie normale. Déjà, elle vit dans une famille décomposée et recomposée et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver quand on a quatre frères et sœur. En plus ils viennent tout juste d’emménager chez leur grand-père. Mais ce n’est pas que ça : Léna a aussi la particularité d’entendre les pensées des autres. Et lorsqu’une voix étrange qui semble venue de la vieille maison voisine commence à l’appeler, Léna et sa famille ne sont pas au bout de leurs surprises !

Au loup Éditions (1 avril 2020) – 128 pages – Ebook (3,99€) – Papier (12,50€)
À partir de 9 ans – Illustration de couverture : Artemisia #ISBN791093950884

AVIS

Suite au décès de son beau-père, Léna, ses trois frères, sa sœur et leur mère emménagent chez le père du défunt. La situation, déjà difficile en soi, prend une tournure inattendue quand Léna se met à attendre une voix qui ne cesse de l’appeler... Ne vous y trompez pas, ce qui est étrange pour Léna, ce n’est pas d’entendre une voix, ça, elle en a l’habitude, mais c’est plutôt d’entendre une voix dont elle n’arrive pas à identifier le propriétaire. Et si la voix venait de la Malvoisin, cette immense demeure voisine abandonnée ? Une hypothèse que la jeune fille est bien décidée à vérifier, mais pour cela, il va lui falloir s’aventurer dans cette maison inquiétante et quelque peu inhospitalière…

Les lecteurs devraient adorer suivre Léna dans ses péripéties qui l’amèneront à faire une étrange et surprenante découverte, dont je préfère taire la nature pour vous laisser le plaisir de la surprise. Je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la référence de l’autrice à un célèbre auteur connu pour son imaginaire angoissant et horrifique. D’ailleurs, si le roman n’est pas effrayant, il pourrait néanmoins susciter quelques frissons chez les jeunes lecteurs, du moins, dans un premier temps. Car plus on progresse dans l’intrigue, plus on se prend d’affection pour la Chose découverte par Léna entre les murs de la Malvoisin, un lieu qui semble parfait pour les amateurs d’Urbex.

L’autrice a un talent certain pour éveiller la curiosité des lecteurs de tout âge : en plus du mystère planant autour des capacités particulières de Léna et de la présence de la Chose dans un lieu abandonné, nous comprenons assez rapidement que le grand-père n’est peut-être pas qu’un simple papy appréciant de s’occuper de son jardin. Policier des forces spéciales à la retraite, il semblerait qu’il ait encore quelques relations et que son âge ne l’empêche nullement de se jeter dans l’action, voire dans la gueule du loup. Mystérieux et badass, voici un grand-père qui ne devrait pas manquer de vous surprendre ! Si j’ai adoré le personnage, il m’a néanmoins décontenancée par son rejet primaire de la Chose. Mais j’imagine que devant l’inconnu, a fortiori de nature surnaturelle, il peut s’avérer délicat de rester stoïque d’autant que l’on sent ce grand-père très protecteur envers sa famille.

En jouant sur le mystère et une force surnaturelle dont on se languit de percer tous les secrets, l’autrice s’assure de l’attention de ses lecteurs qui, immergés dans le récit, seront bien incapables de le quitter avant d’en lire la dernière ligne. Mais il faudra attendre la suite pour obtenir des réponses à toutes ces questions que l’on prend plaisir à se poser tout au long de ce premier tome qui ne manque ni de suspense ni d’action ! Ce qui rend également la lecture aussi prenante et passionnante, c’est la place accordée à la famille et à la force des liens familiaux, notamment dans une famille recomposée comme celle de Léa. Ainsi, tous les enfants n’ont pas le même père ou la même mère, ce qui demande un petit temps d’adaptation aux lecteurs et complique parfois un peu l’organisation du foyer. Mais cela ne change en rien la vie de cette famille qui connaît, comme toutes les autres, des moments de douleur et de bonheur, de tension et de partage… En tant qu’adulte, j’ai trouvé intéressant que l’autrice évoque un schéma familial peut-être pas « traditionnel », mais de plus en plus courant. 

Si, en outre, je me suis beaucoup attachée à Léna qui s’est révélée plutôt amusante, intelligente, débrouillarde et téméraire, j’ai aussi apprécié d’apprendre à connaître ses frères et sa sœur, tous très différents les uns des autres. Entre une grande sœur responsable qui doit jouer le rôle de nounou bien malgré elle, un frère qui semble en colère contre la terre entière, mais qui ne manque pas de courage, un autre bien plus peureux, et un petit frère adorant manger et enquiquiner ses aînés par ses questions incessantes et sa faculté à se mettre dans leurs pattes… Léna peut se targuer d’avoir une famille variée et haute en couleur !

En ce qui concerne les adultes, on appréciera que, contrairement à d’autres romans jeunesse, ils ne soient pas complètement mis de côté même si l’on sent que la maman est débordée entre son deuil, son travail et ses turbulents enfants, et que son ex-mari est un gentil boulet déconnecté de la réalité. Ma seule petite frustration provient de Mamie Gé que l’on voit peu, mais qui m’a paru être une femme originale et plutôt ouverte d’esprit. C’est d’ailleurs la seule personne au courant de la capacité de Léna à entendre des voix. Un talent rare que la jeune fille doit encore apprendre à maîtriser afin de ne plus se laisser parasiter par les pensées de chacun et ne plus subir de bien douloureuses migraines. La révélation faite en fin d’ouvrage nous laisse espérer une réelle évolution de ce côté-là…

En conclusion, du mystère, un jeu subtil sur la peur de l’inconnu et de la différence, de l’action, une famille haute en couleur, une héroïne vaillante qui possède un don inhabituel, un imaginaire mêlant monde réel et surnaturel, une plume fluide et immersive… Voici tout autant d’éléments qui devraient permettre aux jeunes lecteurs et aux adolescents de se plonger avec délice dans ce premier tome rythmé dont la fin laisse entrevoir une suite riche en péripéties… Quant aux adultes, ils devraient également apprécier cette aventure menée d’une main de maître par une autrice qui nous propose son propre mythe, celui de la Chose ! Un mythe que, pour ma part, j’ai hâte d’approfondir, la Chose ne semblant pas encore nous avoir livré tous ses secrets.

Découvrez un extrait du roman sur le site d’Au loup Éditions.

Les 9 vies d’Aristote, Dick King-Smith (illustré par Bob Graham)

Aristote est un joli chaton blanc. Mais il est bien trop casse-cou et risque sa vie à tout moment ! Chez sa nouvelle maîtresse, la sorcière Bella Donna, il accumule bêtises et catastrophes. Heureusement qu’elle veille sur lui et que, comme tous les chats, Aristote possède neuf vies !

Gallimard Jeunesse (14 novembre 2019) – Premiers romans – Dès 7 ans – 6,90€
Traduction :
Laurence Nectoux

AVIS

J’ai tout de suite craqué sur la couverture avec ce chat plein de vie qui semble faire le foufou. Et ce n’est pas qu’une impression parce que le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Aristote est plein de fougue et d’entrain. Curieux, vif et toujours prompt à partir à l’aventure, que ce soit dans la maison de sorcière de son adoptante ou à l’extérieur, il ne manque jamais l’occasion de se mettre dans des situations périlleuses… Heureusement que, comme tous les chats, il a neuf vies !

J’ai adoré l’idée de l’auteur de donner le nom d’un grand philosophe à un chat qui se révèle plus polisson que sage. Mais c’est peut-être sa propension à faire des bêtises sans le vouloir qui m’a séduite, bien que j’avoue être ravie que mon Hardy ne soit pas aussi casse-cou. Je ne suis pas certaine que mon pauvre cœur s’en remettrait aussi bien que celui de Bella Donna, la sorcière qui a adopté Aristote. Plutôt original d’ailleurs pour une sorcière de préférer un chat blanc au traditionnel chat noir. Mais Belle Donna n’est pas une sorcière comme les autres : si elle a l’accoutrement et le physique typiques des sorcières, elle se révèle bien plus gentille, bienveillante et attentionnée. C’est d’ailleurs grâce à elle qu’Aristote retombe toujours sur ses pattes.

La relation entre les deux personnages est adorable et m’a beaucoup touchée. La tendresse qui les unit est d’ailleurs magnifiquement restituée par Bob Graham dont j’ai beaucoup les illustrations pleines de douceur et de poésié. Un style artistique qui permettra à l’auteur d’aborder avec beaucoup de subtilité le thème du deuil animal et de nous montrer que même derrière ses grosses babines, un gros chien de ferme est tout à fait capable de la plus grande des tendresses.

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Si en tant qu’adulte, j’ai apprécié ce roman et le jeu de l’auteur sur la superstition entourant les neuf vies supposées des chats, je ne doute pas que les enfants prennent également beaucoup de plaisir à suivre les (més)aventures et les exploits d’Aristote. Un chaton auquel ils ne devraient pas manquer de s’attacher et d’apprécier de voir grandir et évoluer comme eux-mêmes le font, jour après jour, année après année. Notre Artistote va ainsi s’assagir pour le plus grand bonheur de Belle Donna qui pourra alors compter sur son beau minet pour l’accompagner et l’aider dans ses différentes missions.

En plus de la douce présence d’Aristote, la sorcière gagnera une certaine tranquillité d’esprit, n’ayant dorénavant plus besoin de passer son temps à le surveiller de peur qu’il ne tombe de la cheminée, qu’il se fasse croquer par un gros chien ou écrasé par un train. Sa patience et son amour auront été efficaces et permis à un chaton casse-cou de devenir un chat raisonnable et aimant.

En résumé, de l’humour, de la tendresse et de l’aventure, en voici une histoire parfaite pour les jeunes lecteurs en quête d’un divertissement simple d’accès, mais riche en péripéties !

Mini-chroniques en pagaille #26

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Bloody Secret, Mutsumi Yoshida (Soleil manga) :

Couverture Bloody secret, tome 1

C’est en parcourant un livre que Anko développe l’idée saugrenue que le très mystérieux Yura est un vampire. Malheureusement pour elle, ce dernier apprend ses doutes et lui révèle la vérité, il a bien du sang de vampire en lui ! Puisque l’heure des confessions est venue, il lui révèle aussi son attirance très forte pour son sang qui semble si spécial. Et si la jeune fille acceptait de sortir avec cet étrange personnage que personne ne semble véritablement connaître puisqu’il passe son temps à dormir ? Pour sa défense, pas facile d’être un vampire en plein jour, a fortiori quand on n’a jamais encore laisse libre court à sa soif d’hémoglobine…

Anko est une jeune fille assez innocente et naïve qui oscille entre l’idée d’aider Yura et la peur d’être transformée à son tour en créature de la nuit si elle se laisse mordre. Elle lui propose donc d’apprendre à mieux le connaître avant d’éventuellement devenir plus qu’une amie. Mais une ombre plane sur cet arrangement des plus raisonnables : un personnage qui semble bien avoir envie de taquiner nos deux protagonistes.

Dans ce premier tome, l’autrice met en place les enjeux et nous présente les personnages. Gentillette, sans être transcendante, l’histoire plaira probablement aux adolescent(e)s et aux personnes appréciant les histoires de vampire ou plutôt d’un garçon humain avec du sang de vampire. Cela change-t-il quelque chose ? Peut-être si l’on se fie à la fin qui laisse entrevoir quelques complications quant à la relation entre nos deux protagonistes…

  • Bonjour facteur, Michaël Escoffier (École des loisirs)
Bonjour facteur

Illustrateur : Matthieu Maudet

Voici un petit album jeunesse cartonné découvert dans la bibliothèque de ma nièce qui apprécie cette histoire colorée. Pour ma part, je suis complètement tombée sous le charme de ce facteur d’un genre particulier : lui, ce n’est pas le courrier qu’il livre à bicyclette, mais des bébés ! Adieu donc la cigogne qui apporte des bébés aux humains, place au facteur humain qui délivre des bébés aux animaux. Une inversion des rôles assez truculente, vous en conviendrez !

Mais ce système de livraison de bébés est-il véritablement fiable ? Pour le savoir, je vous invite à découvrir l’album, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la chute. En plus de prêter à sourire, elle véhicule un joli message quant à la notion de famille. C’est également un vrai plaisir de suivre le facteur qui, malgré un moyen de locomotion non motorisé, parcourt à la vitesse de l’éclair de grandes distances, livrant les clients aussi bien en pleine jungle que sur la banquise… Les couleurs pleines de gaieté et la rondeur des traits apportent, quant à elles, beaucoup de peps et de douceur à cet album que je ne peux que vous conseiller pour passer un joli moment de lecture en famille.

  • La fugue, Yvan Pommaux (École des loisirs) :

Couverture La Fugue

Si vous me suivez régulièrement sur le blog, vous aurez probablement deviné que le chat sur la couverture a suffi à me donner envie de me plonger dans cet album au titre qui ne peut qu’intriguer, La fugue. Avant même de commencer la lecture, on se demande ainsi les raisons qui ont pu pousser ce jeune chat à fuguer, tout en tremblant à l’idée des dangers qu’il risque de devoir affronter, et dont il n’a guère conscience.

Page après page, l’auteur répond à notre question, non sans un certain humour d’ailleurs. Nous découvrons ainsi un chaton excédé par une famille humaine qu’il ne supporte plus ! Jules en a marre des odeurs de cigarillos du père, du bruit de l’aspirateur de la mère, des jeux brutaux du frère et de la sœur, et du prénom idiot dont on l’a affublé, Mitzy !

Son prénom, c’est Jules. Et s’il l’a choisi, ce n’est pas par hasard… Je n’en dirai pas plus sous peine de vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé l’histoire derrière le choix de ce prénom adorable tout comme la fin qui a ému l’amoureuse des animaux, et plus particulièrement des chats, en moi. 

Au-delà des griefs de Jules qui rappelleront aux enfants et aux parents, qu’un chat, ce n’est pas un jouet et qu’il lui faut un minimum de tranquillité pour s’épanouir, l’auteur nous narre également les péripéties de Jules dans la rue. Un endroit aux multiples dangers pour un chaton : les voitures, les chiens, les gens qui marchent sans se préoccuper de la petite boule de poils qui se faufilent entre leurs jambes, la faim qui tenaille… Mais heureusement, Jules saura trouver de l’aide auprès d’un matou au grand cœur, marqué par la vie dans la rue.

Porté par un adorable chaton à la personnalité affirmée et aux sentiments exacerbés, La fugue nous offre une aventure mouvementée et pleine d’émotions qui devrait séduire les enfants et les parents ainsi que tous les amoureux des chats et les personnes sensibles aux belles histoires d’amitié homme/animal.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Les avez-vous lus ? Vous tentent-ils ?

 

Jardin Secret – tome 1, Ammitsu

Couverture Jardin Secret, tome 1

Ran est une fille assez parfaite que beaucoup considèrent comme un modèle à suivre : sérieuse, sportive, intelligente, soucieuse de sa santé, etc. Mais il n’est pas facile de rencontrer un garçon quand ces derniers la considèrent, à son grand dam, comme « l’inaccessible étoile » ! Un jour, elle fait fortuitement la connaissance de Akira, un garçon solaire, naturel, franc et amical et elle découvre également son « secret »: il est fils de fleuristes, apprécie beaucoup travailler au magasin de ses parents et sait déjà qu’il deviendra lui aussi fleuriste. Mais il n’ose l’avouer à personne de peur que l’on se moque de lui..

Kana (19 avril 2019) – 192 pages – Papier (6,85€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Ran, lycéenne, est la fille idéale : belle, intelligente et sportive ! Des qualités qui tendent à l’emprisonner dans le rôle de la fille inaccessible alors qu’elle n’est qu’une fille comme les autres qui aimerait ne pas faire fuir tous les garçons ! Heureusement pour elle, suite à un petit accident, elle se rend compte qu’elle n’intimide pas tous les garçons et qu’Akira, élève dans sa classe, est tout à fait disposé à lui parler et à la considérer comme une fille normale.

Alors qu’elle possède de nombreuses qualités qui auraient pu la rendre prétentieuse, Ran se montre adorable, touchante et très serviable que ce soit envers sa famille ou ses professeurs. Un trait de caractère qui la pousse, entre autres, à entretenir les fleurs de son lycée avec une application et un soin qui ne laisseront pas Akira insensible. En effet, fils de fleuriste, c’est un grand amoureux des fleurs. Une passion peu commune pour un adolescent qu’il préfère cacher à ses camarades de peur de subir leurs moqueries. À travers ce personnage, le mangaka nous offre un petit rappel de la difficulté d’assumer sa différence à une période où l’on sent, plus que jamais, le poids des normes..

En plus de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son naturel qui sauront séduire aussi bien Ran que les lecteurs, Akira se révèle passionnant et passionné, n’hésitant pas à nous donner des informations intéressantes sur les fleurs et leur langage. Parler à travers les fleurs, en voilà quelque chose de poétique, à l’instar de la relation qui se noue progressivement entre nos deux adolescents, Ran souhaitant, malgré sa maladresse et sa timidité, se rapprocher de ce garçon souriant avec lequel elle se sent en totale confiance.

Il se dégage beaucoup de douceur de ce manga que ce soit à travers les illustrations tout en rondeur, les sourires francs et lumineux de Akira ou les expressions subtiles, mais chargées d’émotions, de Ran qui s’ouvre, petit à petit, à son nouvel ami. Au fil des pages, les lecteurs ne peuvent qu’être attendris par les échanges empreints de tendresse entre les deux lycéens et espérer que cette belle relation d’amitié évolue en quelque chose d’autre. Je n’ai, pour le moment, lu que le premier tome, mais je pressens que nous sommes ici dans un shōjo qui va prendre le temps de développer les liens entre les deux amis, chose qui n’est pas pour me déplaire tellement je les ai trouvés mignons et adorables.

Il n’y a pas de grand drame ni d’événement remarquable dans ce premier tome, mais pour autant, on se surprend à tourner les pages un sourire aux lèvres et avec l’envie de prolonger cette lecture cocooning qui met du baume au cœur. J’ai également apprécié de voir évoluer Ran dans sa famille avec une mère cœur d’artichaut et un père pas vraiment prêt à ce que sa fille se mette à s’intéresser aux garçons. La petite sœur semble également sympathique et prompte à taquiner son aînée. Néanmoins, ce premier tome se concentrant essentiellement sur Ran et Akira, les moments en famille se sont révélés trop peu nombreux à mon goût. J’espère donc avoir l’occasion de vivre de nouvelles scènes familiales dans la suite de la série.

Au-delà de la jolie relation et de la complicité naissante entre les deux adolescents, on appréciera les thèmes abordés avec subtilité tout au long du manga : la naissance du sentiment amoureux, l’amitié, mais aussi les apparences parfois trompeuses et les préjugés qui empêchent un adolescent de vivre sa passion des fleurs au grand jour et qui instaurent une barrière entre une jeune fille et ses camarades…

En résumé, Jardin Secret est un manga empli de douceur et de poésie qui devrait enchanter les lecteurs appréciant de voir les liens entre les personnages se développer petit à petit dans la tolérance et la bienveillance.

Découvrez un extrait du manga sur le site des éditions Kana.