L’enfant silence de Cécile Roumiguière, illustré par Benjamin Lacombe


PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un texte sombre et intense qui évoque avec justesse les souffrances d’une enfant maltraitée partagée entre amour et peur. Les illustrations magnifiques et sensibles en font un album d’exception.

Seuil jeunesse (mars 2008) – 32 pages – Relié (13,90€)

AVIS

J’ai emprunté L’enfant silence sans rien en savoir si ce n’était le nom de son illustrateur, Benjamin Lacombe, dont j’apprécie beaucoup le travail. À la vue de la couverture et du titre, je m’attendais bien sûr à un récit assez sombre, mais je ne m’attendais certainement pas à être aussi remuée par cette histoire. Nous découvrons ainsi une petite fille murée dans son silence, une petite fille coincée entre deux mondes, celui de la peur et celui de l’espoir…

Au fil des pages, on devine derrière le langage presque feutré de l’autrice, l’enfer vécu par cette enfant dont Benjamin Lacombe a su capturer toute la tristesse. Tout passe par le regard, un regard triste et tourmenté qui tranche terriblement avec le jeune âge du personnage. Ce que l’enfant silence ne veut ou ne peut dire, on le devine pourtant : la maltraitance, l’isolement, la violence, le désespoir… Des thématiques difficiles d’autant plus quand elles sont, comme ici, abordées dans un album pour enfants.

L'enfant silence, Benjamin Lacombe

À la place de descriptions brutes dans laquelle la violence pure se serait exprimée, l’autrice joue sur les mots et opte pour un langage métaphorique. Sous sa plume, les monstres bien humains et réels se transforment ainsi en loups, ces animaux qui hantent les contes et les cauchemars des plus jeunes. Une distanciation qui permet de rendre l’histoire plus supportable…

Car difficile pour le lecteur de ne pas être remué par toutes ces émotions transmises autant par le texte que les illustrations. Intenses et douloureuses, ces émotions frappent par leur justesse et leur ambivalence. Comme dans toutes les histoires de maltraitance infantile, il y a la peur de ces adultes bourreaux, mais aussi cet amour malgré tout, celui qui empêche de détester, de condamner et de se séparer. Comment un enfant peut-il accepter d’être séparé de ses piliers même quand ceux-ci sont dysfonctionnels ?

Une question traitée ici avec beaucoup de sensibilité, l’autrice nous faisant ressentir pleinement le décalage entre les jours rouges où la violence se déchaîne et durant lesquels la bave dégouline de la gueule béante des loups, et ces jours bleus où leur fourrure forme un écrin doux et protecteur… Un cercle vicieux et destructeur de peur et de chaleur qu’on hâte de voir se briser afin que l’enfant silence puisse se libérer de ses attaches et prendre son envol.

Poignant, douloureux et porteur d’espoir à la fois, L’enfant silence est un sublime texte sur la maltraitance infantile qui devrait être lu par tous pour que plus jamais un enfant ne reste dans le silence et la souffrance.

Publicités

L’Agence Pendergast – Le Prince des ténèbres, Christophe Lambert

J’avais déjà repéré L’Agence Pendergast de Christophe Lambert autant pour la couverture que le résumé. J’ai donc été ravie de voir qu’il faisait partie des vingt livres disponibles dans le cadre du Challenge NetGalley. Merci aux éditions Didier jeunesse et à NetGalley pour ce très bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Didier Jeunesse (3 avril 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

New-York, fin du XIX e siècle, Sean, 15 ans, pickpocket plutôt doué, détrousse un homme sans se rendre compte que celui-ci était sous bonne surveillance ! Le voilà donc avec un Indien à ses trousses qui semble bien décidé à reprendre l’objet subtilisé à son ami. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une situation bien fâcheuse pour l’adolescent va se transformer en une étrange et fabuleuse opportunité.

L’homme détroussé, M. Pendergast, se révèle être à la tête d’une agence spéciale qui traque et gère de manière, plus ou moins définitive, les êtres surnaturels qui n’ont pas vraiment envie de côtoyer pacifiquement les humains. Et coup de chance pour Sean, il aurait bien besoin de ses talents dans sa lutte acharnée contre le mal !

Bien que voleur et opportuniste, Sean est un personnage auquel je me suis tout de suite attachée. Il faut dire qu’élevé depuis son plus jeune âge par un mafieux pas vraiment du type conciliant et chaleureux, il ne peut que toucher le lectorat. J’ai, en outre, apprécié que malgré son activité de pickpocket, il ne soit pas sans foi ni loi et suive son propre code moral : pas de veuves, pas de démunis… parmi les personnes qu’il vole. Une déontologie qui ne va pas plaire, mais alors pas du tout, à son « protecteur ». Dans ces conditions, sa rencontre avec l’Agence se révèle quelque peu providentielle, qu’il accepte de le reconnaître ou non.

Sean évolue au fil de l’intrigue et de ses rencontres avec les autres membres de l’Agence Pendergast qui se révèlent tous, chacun à leur manière, attachants. Le directeur qui a donné son nom à l’organisation semble avoir bon cœur au grand dam de Célia, une jeune femme au fort caractère, qui aimerait bien que son patron soit un peu plus méfiant…  Mais l’agence ne serait pas l’agence sans ce vieil excentrique, accompagné de son fidèle chien, qui veille à proposer des armes et autres gadgets originaux, et plus ou moins fiables, pour aider les agents à traquer et maîtriser les créatures qui hantent les rues de New York.

Quant à Joe l’Indien, bien qu’il ait une présence indéniable, ce n’est pas le plus accueillant des membres. Il faut dire que sa relation avec Sean étant partie sur de mauvaises bases, les interactions entre les deux personnages vont donner lieu à quelques étincelles et de nombreux échanges de piques. Ils ne s’aiment pas, et ils ne s’en cachent pas ! Au-delà de cette relation qui ne manque pas de piquant, l’auteur aborde avec subtilité et efficacité un sujet plus sérieux : les préjugés. Ses parents ayant été tués par des Indiens, Sean se méfie de ceux-ci et plus particulièrement de Joe qu’il n’hésite d’ailleurs pas à affubler de surnoms ridicules. Mais au fil des péripéties, et grâce à Célia, il va finir par comprendre que ses idées ne sont que des préjugés qui ne reflètent en rien la réalité.

En plus des personnages, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le bestiaire mis en place dans le roman, l’auteur n’hésitant pas à mélanger des êtres issus de différentes époques. Les centaures côtoient ainsi les sorcières, vampires et autres charmantes créatures ! Un mélange explosif pour une ville qui n’est pas consciente d’abriter une faune diverse et variée, et pas forcément des plus conciliantes. Heureusement que l’Agence veille au grain et s’assure de garder la situation sous contrôle.

Le livre étant à destination des enfants, les chapitres sont relativement courts, et le récit mené tambour battant. Pris dans l’action, on suit donc sans ennui et avec beaucoup de plaisir les (més)aventures de Sean qui va devoir affronter, en plus de son terrible père adoptif, une créature aussi fascinante que dangereuse. Les adultes regretteront peut-être que l’histoire aille un peu trop vite, mais cela ne m’a pas dérangée appréciant la manière dont l’auteur a su concilier concision et immersion. Les descriptions sont ainsi relativement succinctes, mais assez parlantes pour nous immerger complètement dans l’histoire. Les quelques illustrations distillées par-ci par-là tout au long du roman rendent, quant à elles, l’expérience de lecture encore plus immersive.

En conclusion, riche d’un bestiaire étoffé qui mêle allègrement des créatures venant de différentes périodes et cultures, ce roman plante le décor d’une série qui s’annonce pleine d’action, de magie, d’humour et de rencontres palpitantes. Alors n’hésitez pas à pousser les portes de l’Agence Pendergast, et venir à la rencontre de ses truculents agents !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Didier Jeunesse.

L’arrache-mots, Judith Bouilloc

J’ai lu L’arrache-mots de Judith Bouilloc dans le cadre du Challenge Netgalley, mais n’avais pas encore pris le temps de publier ma chronique. Je remercie le site ainsi que les éditions Hachette pour cette excellente lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La jeune Iliade a un don merveilleux : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale !

Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Hachette Romans (22 mai 2019) – 280 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99)

AVIS

Le résumé était tentant, la couverture sublime ! Il n’en fallait pas bien plus pour me donner une furieuse envie de découvrir ce livre que j’ai adoré.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme du récit, de l’univers et de la plume de l’autrice un peu comme je l’avais été avec La Passe-Miroir de Christelle Davos. On retrouve d’ailleurs ici quelques points communs comme une héroïne possédant un étrange don, une demande en mariage qui a de quoi laisser perplexe, un voyage pour rencontrer le futur mari aux côtés d’un chaperon qui sort les crocs (ou plutôt ici du feu) en cas de besoin, un fiancé plus proche du rustre que du prince charmant…

Mais je vous rassure, nous ne sommes pas dans une pâle copie de l’une de mes séries préférées, Judith Bouilloc nous offrant une intrigue avec ses propres particularités et enjeux. Nous découvrons ainsi Iliade qui possède un fascinant don, celui de littéralement animer les livres. Cette arrache-mots très douée enchante donc les usagers de la bibliothèque où elle exerce sa profession de bibliothécaire. Passionnée de littérature, aucun autre métier n’aurait pu la rendre plus heureuse…

C’est donc avec tristesse, mais avec l’envie de s’éloigner de celui qui lui a brisé le cœur, qu’elle accepte d’aller à la Capitale pour en apprendre plus sur cette très inattendue demande en mariage d’un homme dont elle ne sait rien si ce n’est qu’il est lié à la famille royale. Un début qui ne laisse présager rien de bon d’autant que ce fiancé mystère ne semble pas pressé de se présenter à sa promise malgré son arrivée remarquée à la cour.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir se nouer la relation entre Iliade et son fiancé, ces deux personnages ayant, en début d’intrigue, quelques difficultés à se comprendre. Il faut dire que malgré son éloquence dans sa vie professionnelle, cet homme est bien moins loquace dans la vie de tous les jours… On apprend heureusement, aux côtés d’Iliade, à voir au-delà les apparences, et on se rend compte que derrière une certaine froideur se cache un homme attachant et d’une grande bonté.

Quant à Iliade, je l’ai simplement adorée ! Rat de bibliothèque qui a une légère tendance à vivre à travers ses livres, je n’ai pu que m’identifier à elle ou, du moins, me sentir très proche d’elle. Sensible et gentille sans être niaise, elle saura garder la tête froide face aux fastes de la cour et aux méchancetés dont elle ne manquera pas d’être victime. Et puis il faudra bien sa force de caractère pour faire vaciller les barrières d’un certain homme qui trouvera en elle bien plus qu’une arrache-mots.

La seule chose que j’ai un peu regrettée est que le talent d’Iliade ne soit pas plus exploité. Il lui sera utile pour affronter certaines situations, mais j’aurais aimé que cet aspect du roman soit bien plus développé. Or le roman étant assez court, l’autrice semble avoir préféré se focaliser sur la romance. Je dois avouer que, pour une fois, cela ne m’a pas dérangée outre mesure ayant trouvé les deux personnages attendrissants et plutôt mignons dans leurs interactions. Leur relation évolue assez rapidement ce qui ôte peut-être un peu au côté dramatique du livre, mais j’ai apprécié que le jeu du chat et de la souris ne s’éternise pas…

Quant à l’aspect politique du livre, il apporte un certain suspense, la monarchie en place semblant sur le point d’évoluer, ce qui ne plaira pas à tout le monde… Là où nous avons l’habitude de rois despotiques, l’autrice nous offre un roi humaniste aux tendances révolutionnaires qui suscite admiration et empathie chez les lecteurs, et des sentiments bien plus négatifs chez certains membres de la cour. Entre faux-semblants et complots, Iliade va d’ailleurs devoir faire attention de ne pas être prise en étau entre deux camps aux objectifs bien différents…

Autre atout charme de ce livre que j’ai dévoré, la plume tout en finesse et élégance de l’autrice. Bien que nous soyons dans un livre jeunesse, l’écriture est travaillée et plutôt lyrique tout en demeurant très accessible. Bercés par les mots de l’autrice et la facilité avec laquelle Iliade leur fait prendre vie, vous ne devriez donc pas voir les pages défiler. Vous devriez également vous émerveiller de la subtilité avec laquelle Judith Bouilloc insuffle son amour des livres à travers son héroïne. Par son intermédiaire, Flaubert, Victor Hugo, Baudelaire, La Fontaine et tant d’autres auteurs qui ont marqué le paysage de la littérature française, mais pas que, viendront ainsi enchanter de leur magnifique présence le récit.

En conclusion, en nous plongeant aux côtés de deux protagonistes que tout oppose dans un monde où le pouvoir des livres est source de changement et d’émerveillement, l’autrice nous offre une très jolie histoire d’amour teintée de mystère et de cette magie qui imprègne le cœur de chaque lecteur. Bien écrit et enchanteur, voici un roman que je recommande à tous les amoureux des mots, des livres et de l’amour.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Hachette Romans.

 

Top Ten Tuesday #138 : Les 10 plus beaux albums et romans jeunesse que j’ai lus

566856438

« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Lisant beaucoup de littérature jeunesse, il m’a été difficile de ne choisir que 10 livres parmi la ribambelle de belles découvertes que j’ai pu faire… Mais voici 10 albums/romans jeunesse que j’ai trouvés très beaux que ce soit au niveau du fond, de la forme voire des deux.

Pour ce TOP, j’ai décidé de ne pas citer les classiques de la littérature jeunesse qui ont bercé mon enfance (Charlie et la chocolaterie, Le fantôme de Canterville, Le magicien d’Oz…) préférant me focaliser sur des livres moins connus…

ALBUMS JEUNESSE

Coup de cœur, L’extraordinaire voyage du chat de Mossoul est un album que je vous recommande chaudement. L’autrice aborde avec sensibilité, à travers les yeux d’un chat, la question des réfugiés. Le chat bonheur, dont la chronique dort dans mes brouillons depuis des mois, est un très beau conte sur la force de l’amour porté par un chat à son maître, un humain qui n’en comprendra toute la beauté et la puissance que trop tard…

Couverture L'extraordinaire voyage du chat de Mossoul raconté par lui-mêmeCouverture Le chat bonheur

Méphisto est un très bel album dont vous trouverez une très bonne chronique sur le blog Les pages qui tournent. Envie d’une belle amitié interespèces ?  Vite, cachez-vous ! devrait vous plaire.

Couverture MéphistoCouverture Vite, cachez-vous !

Je ne pouvais pas faire ce top sans évoquer Benjamin Lacombe. Avec cette illustrateur, vous pouvez piocher dans ses ouvrages les yeux fermés. J’avais, par exemple, beaucoup aimé Ondine ou Blanche Neige et ses sublimes illustrations.

ROMANS JEUNESSE

Le Trésor de Sunthy est un joli roman jeunesse sur la quête d’identité et la recherche de racines. Avec La Princesse Pirate, vous partirez à la rencontre d’une jeune fille qui rêve de faire un métier plutôt original… Gros point fort du livre, la relation de confiance et de respect entre une enfant et ses parents, ce qui est assez rare en littérature jeunesse.

Couverture Le Trésor de SunthyCouverture La Princesse Pirate

Contrairement à ce que laisse supposer la couverture, Le Baron Miaou est bien un roman et un roman prenant qui renferme des personnages hauts en couleur ! D’une mauvaise fois à toute épreuve, Poséidon le Terrible est un personnage que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Couverture Le Baron MiaouCouverture Poséidon le Terrible

42 jours aborde avec intelligence une période sombre de notre histoire… Bien écrit et bénéficiant de quelques illustrations, ce roman jeunesse devrait plaire à un large public.

Couverture 42 jours

Et vous, avez-vous lu certains de ces livres ?
Laquelle de vos lectures jeunesse me conseilleriez-vous en particulier ?

 

Les mots d’Hélio, Nancy Guilbert – Yaël Hassan

Je remercie les éditions Magnard de m’avoir permis de découvrir Les mots d’Hélio de Nancy Guilbert et Yaël Hassan.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pour quelle mystérieuse raison Hélio, 15 ans, est-il confié à la famille Dainville à la suite d’un accident qui l’a privé de parole ?

Suite à un traumatisme crânien, Hélio, quinze ans, orphelin de père et passionné de sciences, ne réussit presque plus à communiquer. Sa capacité de réflexion est intacte, mais les mots se sont envolés.
Sa mère étant elle-même en état de choc depuis l’accident, Hélio est confié à une famille d’accueil, les Dainville, qu’elle avait désignée dans le cas où son fils se retrouverait seul.
Mila et Ruben, les enfants de la famille, l’accueillent chacun à leur manière, et pour Bianca, l’employée de maison, l’arrivée de ce garçon fait ressurgir de lointains souvenirs. Quel secret cache-t-elle à tous depuis des années ?
Chaque personnage, à tour de rôle, confie ses doutes et ses espoirs, se livre peu à peu. Et quand le passé fait irruption et libère les vérités enfouies, c’est une nouvelle famille qui se révèle…

Magnard jeunesse (juin 2019) – Dès 10 ans – 240 pages – Broché (12,90€)

AVIS

Ayant adoré Deux secondes en moins de Nancy Guilbert et Marie Colot, j’étais ravie de retrouver la jolie plume de Nancy, cette fois couplée avec celle de Yaël Hassan. Le duo fonctionne ici très bien puisqu’il s’avère bien difficile de distinguer les apports de chaque autrice dans cette très jolie histoire mettant en scène Hélio, un adolescent qui traverse un moment difficile.

Victime d’un dramatique accident, l’adolescent s’est réveillé du coma avec toutes ses facultés intellectuelles, mais des séquelles physiques et une incapacité à correctement s’exprimer. Quelle frustration pour ce dernier de tout comprendre sans pouvoir lui-même se faire entendre ! La situation est d’autant plus difficile à supporter que sa mère, elle-même toujours en état de choc plusieurs mois après l’accident, est dans l’incapacité de lui apporter le soutien dont il aurait terriblement besoin.

Entre les visites de ses deux meilleurs amis, les séances avec son kinésithérapeute, son orthophoniste et sa psychologue, l’adolescent a néanmoins trouvé un semblant d’équilibre jusqu’à ce qu’une nouvelle inattendue bouleverse sa vie. Il sera dorénavant placé sous la protection de la famille Dainville dont il n’a jamais entendu parler ! Les débuts seront difficiles, Hélio n’étant pas prêt à faire confiance à ces gens chez qui on l’a placé sans lui demander son avis. Les réactions des différents membres de la famille seront, quant à elles, assez variées : colère, méfiance, défiance pour Mila en pleine crise d’adolescence, inconfort et gêne pour les parents qui ne savent pas vraiment comment se comporter face à l’arrivée impromptue de cet adolescent handicapé dans leur vie, bienveillance pour Bianca, la gouvernante de la famille, et franc enthousiasme pour le petit dernier, Ruben.

L’alternance des points de vue entre les différents personnages permet de se familiariser en douceur avec leur personnalité, leurs craintes, leurs doutes, leurs attentes, leurs émotions, leurs réticences, ce qui crée un certain sentiment de proximité avec cette famille pour laquelle on ne peut que se prendre d’intérêt, si ce n’est d’affection.

La méfiance et les réticences des débuts feront heureusement place à d’autres sentiments quand, de fil en aiguille, les relations entre les différents personnages évoluent et que certaines complicités commencent à émerger. Il faut dire qu’avec un petit garçon aussi mignon, touchant, sensible, ouvert d’esprit et adorable que Ruben, difficile de ne pas fondre comme neige au soleil ! À fleur de peau, cet enfant apporte beaucoup de douceur, d’émotion, de fraîcheur et de sensibilité à ce récit. Enthousiaste à l’idée d’accueillir un nouveau membre dans sa famille, Ruben fera de son mieux pour se rapprocher d’Hélio malgré les barrières que ce dernier s’est efforcé d’ériger dès son arrivée. Mais rien ne résiste à la gentillesse de Ruben ni même à celle de Bianca.

Cœur de la maisonnée, cette femme au service de la famille depuis des années cache également des blessures qu’Hélio, sans le désirer, a ravivées. Mais loin d’en être peinée ou fâchée, elle va les embrasser à bras-le-corps et faire de son mieux pour apporter un peu de bien-être à Hélio enfermé dans sa bulle et prisonnier de sa colère. La colère, un sentiment que l’on ne peut que comprendre face aux épreuves que ces deux personnages, très différents mais unis par un sentiment de perte, ont traversées.

Mais parce que le passé est le passé et que rien ne sert de le rabâcher, Hélio va progressivement arriver à vaincre les sentiments négatifs qui l’assaillent et sortir de sa coquille abandonnant, au passage, ce surnom de bulle qui lui collait à la peau. Cela ne se fera pas sans peine, mais il pourra compter sur le soutien de son nouveau foyer. Même Mila, l’adolescente rebelle et peu avenante de la famille, finira par nouer une certaine complicité avec Hélio et développer, pour ce dernier, de la tendresse.

Un rapprochement entre les personnages réaliste et touchant d’autant qu’à mesure que les relations s’améliorent, le lecteur se rapproche de la réponse à une question qu’il se pose dès le début de l’histoire : pourquoi Hélio a-t-il été confié aux Dainville ? Pourquoi cette famille dont sa mère ne lui a jamais parlé tout comme elle a toujours refusé de dévoiler l’identité de son père ? Un suspense qui devrait beaucoup plaire aux enfants et les tenir en haleine.

Les adultes, quant à eux, ne devraient pas avoir de mal à trouver la réponse assez rapidement, mais peu importe, l’essentiel n’étant pas là mais plutôt dans la beauté du texte, des émotions qu’il suscite et dans la pluralité des thèmes abordés : le deuil, aussi bien d’une personne que d’une vie, la résilience, l’idée de seconde chance, la notion de famille et d’amour familial, le harcèlement scolaire, le handicap, la tolérance, l’entraide, l’espoir… Un épisode tragique et révoltant de l’histoire de l’Argentine est également évoqué de manière très pudique. Je n’en dirai pas plus sur ce point si ce n’est que découvrir l’épreuve traversée par Bianca m’a beaucoup émue et laissée admirative devant sa capacité à aller de l’avant malgré l’incertitude et la douleur. À travers ce personnage de fiction, les autrices mettent à la portée de tous un fait peu connu en France, et offrent, d’une certaine manière, un hommage à ces mères courages…

Malgré la dureté de certains sujets, aucun pathos n’est à déplorer, les autrices les évoquant avec simplicité, naturel, et beaucoup de justesse, de délicatesse et de sensibilité. Une fois la dernière page tournée, vous n’aurez qu’une envie, celle de sourire à la vie, car si elle peut se révéler parfois difficile et fourbe, elle réserve également de belles rencontres et de beaux moments. Il ressort donc beaucoup de positivité de cette histoire que j’ai lue d’une traite complètement happée par ce récit à plusieurs voix que les autrices ont su rendre accessible, prenant et très agréable à lire.

En plus d’un très bon travail sur le fond, la forme est également soignée, le roman bénéficiant d’une jolie mise en pages avec quelques illustrations nous permettant d’apprécier les talents artistiques d’Hélio.

20190712_074541-1.jpg

Celui-ci a une passion originale pour son âge, la botanique, et une habitude que j’ai adorée, associer chaque personne à une plante/fleur et faire un dessin de ces associations pleines de saveur. Une des facettes de l’adolescent que l’on prend plaisir à découvrir et qui le rend attendrissant tout comme l’amour qu’il porte à sa mère malgré son absence et ses silences passés et présents. Peut-être une manière délicate et éclairée pour les autrices de montrer la solidité des liens parents/enfants, car si les adultes aussi peuvent faillir, cela ne remet pas en question l’amour qu’ils portent à leurs enfants.

En conclusion, Nancy Guilbert et Yaël Hassan s’unissent pour nous offrir ici une très jolie histoire, celle d’un adolescent comme les autres qui sera confronté à une situation difficile à laquelle rien ne pouvait le préparer. Blessé dans sa chair et son âme et poussé dans ses retranchements, il finira néanmoins par s’ouvrir aux autres et découvrir chez les Dainville bien plus qu’un lieu d’accueil, une famille. Voici donc un récit plein d’émotions et de sensibilité dans lequel il est question de rencontres, d’entraide, de famille et de secret, de handicap, de tolérance, de résilience, et de ce souffle de vie qui permet de soulever des montagnes et de sortir de sa bulle…

Découvrez un extrait sur le site des éditions Magnard jeunesse.

Conte d’Ocitarina, Zélie Jumel

Conte d'Ocitarina

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Conte d’Ocitarina de Zélie Jumel qui, en plus d’être autrice, tient le blog Les livres de Zélie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jeanne est une coquette princesse de 17 ans, d’Ocitarina, un royaume autosuffisant.
L’Ocitarine, fruit miraculeux est très convoité.
Jeanne est l’Héritière. Une grande charge repose sur ses épaules. Néanmoins, une menace approche.
Trouvera-t-elle qui lui veut du mal avant qu’il ne soit trop tard ?
Trouvera-t-elle autre chose ? L’amitié, l’amour,…
Les apparences sont parfois trompeuses.
La princesse doit faire très attention…

Évidence Éditions – 232 pages – Broché (20€) – Ebook (4,99€)
Illustrations : Corentin Lecorsier 

AVIS

Dans ce joli conte qui, grâce à sa sublime couverture, avait attiré mon attention depuis un moment, nous faisons la connaissance d’une princesse de dix-sept ans, Jeanne, et de son père, un roi apprécié de son peuple sur lequel il veille avec justesse et bonté. Le père et la fille, très proches, ont développé une relation de confiance et de respect. Contrairement à nos souverains européens et à leur tradition des mariages arrangés, le père est donc bien décidé à laisser sa fille choisir son futur époux, le moment venu.

Mais plus préoccupée par les jolies toilettes que le mariage, Jeanne n’en est pas encore à prendre une telle décision bien que l’arrivée d’un nouveau maître tailleur au château, maître Paul, ne la laisse pas indifférente… La princesse apprécie ainsi grandement ce nouveau venu doté d’un physique agréable et d’une conversation intéressante. À défaut de ces voyages dont elle rêve, mais que son protecteur de père lui refuse, Maître Paul lui offre quelques moments d’évasion bienvenus.

Une vie joyeuse et insouciante, bien que parfois un peu frustrante, qui sera menacée par une tentative d’empoisonnement. Devant le danger, le roi va placer sa fille unique sous la surveillance et la protection d’un jeune et courageux soldat, Hector, pour lequel on développe d’emblée une réelle sympathie. En plus d’assurer sa sécurité le plus discrètement et efficacement possible, il développe pour la princesse une grande admiration et une totale dévotion. Sa présence rassurante ne suffira néanmoins pas à éviter un nouvel incident… En attendant que les choses rentrent dans l’ordre, la princesse doit alors assurer un rôle pour lequel elle n’est pas encore prête, celui de reine.

Inquiète à l’idée d’être sur le devant de la scène et de devoir prendre des décisions qui impacteront l’avenir de son royaume, Jeanne sera heureusement épaulée par des personnes, pour la plupart, bienveillantes… Un soutien d’autant plus précieux qu’une question demeure : qui sont ces deux personnes mystérieuses qui complotent contre la princesse et qui essaient, par tous les moyens, de la déstabiliser que ce soit par des attaques directes ou indirectes ? Quel est leur véritable objectif ? Le royaume prospère d’Ocitarina est-il en danger ?

Une série de questions qui apporte un certain suspense même si les adultes ne devraient pas être très surpris par le retournement de situation final. Ce n’est pas gênant en soi, l’autrice arrivant à nous immerger totalement dans son histoire. On prend donc grand plaisir à suivre les différentes péripéties qui s’enchaînent rapidement et à suivre l’évolution de la princesse. Peut-être un peu frivole en tout début de livre, Jeanne prend très vite la mesure de la tâche qui lui incombe, et s’attèle du mieux qu’elle le peut pour être à la hauteur des attentes de son peuple et de son père qu’elle aime beaucoup.

Forte, intelligente et capable de prendre du recul, cette jeune femme offre un joli modèle qui devrait inspirer les enfants, et leur montrer que même quand les obstacles semblent trop grands, il est toujours possible de prendre son destin en main. Les jeunes lecteurs devraient également se sentir proches d’elle, car si elle a du caractère et sait prendre des décisions quand la situation le requiert, elle n’en demeure pas moins très humaine. Comme tout le monde, elle commet des erreurs et peut être aveuglée par les apparences, mais c’est aussi ce qui la fait grandir… 

L’autrice nous offre ici une jolie histoire dans laquelle l’amitié a toute son importance tout comme l’amour, un sentiment auquel la princesse s’éveille doucement. Vous savez probablement que la romance et moi, ce n’est pas le grand amour, mais ici, cela ne m’a pas dérangée. D’une part, nous sommes dans un conte, et le genre se prête à merveille à la naissance des premiers amours, et d’autre part, il n’y a rien de mièvre ou de trop appuyé. Au contraire, j’ai trouvé les personnages très touchants dans la découverte de leurs sentiments, et devant ces émotions, parfois confuses, qui peu à peu les gagnent.

En tant qu’adulte, la fin m’a peut-être semblé un peu rapide et facile sans que cela ne soit dérangeant. J’ai d’ailleurs eu l’impression de replonger dans ces contes qui ont bercé mon enfance et dont je ressortais le sourire aux lèvres et le cœur empli de belles émotions. Je ne doute pas que les enfants prennent beaucoup de plaisir à découvrir cette histoire qui, cerise sur le gâteau, bénéficie de jolies illustrations signées Corentin Lecorsier. En plus du côté esthétique, elles facilitent indéniablement l’immersion dans le récit.

ContesdOcitarina.jpg

Quant à la plume de l’autrice, elle devrait plaire à un large public : des enfants, enchantés par son accessibilité, aux adultes qui savoureront sa poésie et sa fluidité. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié les descriptions qui, tout en restant synthétiques, sont pleines de poésie. Elles permettent d’ailleurs, au même titre que les illustrations, de se plonger pleinement dans l’histoire et l’univers qui prend vie sous nos yeux.

Mention spéciale pour un personnage à quatre pattes que j’ai adoré et qui, enfant, m’aurait fait fondre au point de me donner envie de lire et relire le livre. En plus de nous attendrir, ce personnage permet à l’autrice de subtilement inculquer l’amour et le respect des animaux de compagnie, sa maîtresse le traitant avec beaucoup de délicatesse.

En conclusion, grâce à un style tout en finesse qui n’en demeure pas moins très accessible, Zélie Jumel réunit petits et grands lecteurs autour de l’amour des contes, des princesses et des belles histoires d’amour et d’amitié ! Bénéficiant de jolies illustrations et auréolé d’un certain mystère, Conte d’Ocitarina vous réserve un très beau moment de lecture dans la lignée des contes de notre enfance, une pointe de modernité en plus. À lire et à relire seul ou en famille !

À noter que dans une volonté affichée de la maison d’édition de rendre la lecture accessible à tous, la police d’écriture est adaptée aux personnes dyslexiques.

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence Éditions.

Site de l’autricePage FB de l’autricePage FB de l’illustrateur

Mini-chroniques en pagaille #15

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique. 


  • Les enfants loups tome 2 : Ame et Yuki de Yoshiyuki Sadamoto et Yû et Mamoru Hosoda (éditions Kazé)

Couverture Les enfants loups : Ame & Yuki, tome 2

On retrouve Hana et ses enfants, Ame et Yuki, dans leur maison de campagne où ils vont très vite bénéficier d’une inattendue et très touchante attention de la part d’un homme bourru, mais qui a un cœur d’or, et de tout le voisinage. Un élan de solidarité d’autant plus précieux que Hana aura besoin d’un petit temps d’adaptation et d’apprentissage pour arriver à tirer profit des fruits de la terre.

La vie s’organise donc petit à petit laissant à chacun la possibilité d’évoluer et de découvrir de nouvelles choses. Yuki exprime ainsi la farouche volonté d’aller à l’école en promettant de faire attention, sa condition de louve ne devant pas s’ébruiter. Mais est-ce vraiment facile de cacher sa nature profonde et de s’approprier des codes sociaux qui ne sont pas les siens ? Une question à laquelle Yuki va devoir faire face et trouver ses propres réponses…

Ame, avec peut-être un brin de nostalgie pour cette vie de loup dont son père n’a pas eu le temps de lui expliquer toutes les règles, avance à son rythme et semble beaucoup intérioriser ses sentiments. Il faut dire qu’il est bien moins exubérant et loquace que sa sœur… Mais une rencontre pourrait changer la donne.

Hana, quant à elle, se révèle fidèle à elle-même, une femme douce, courageuse et souriante qui aime profondément ses enfants et est prête à tout pour eux. Elle fait donc de son mieux pour leur apporter ce bonheur que la mort de son mari a quelque peu entaché.

Comme le premier tome, cette suite est un concentré de douceur, de poésie, de beauté et de sensibilité. Les personnages sont adorables et terriblement attachants. On suit donc avec beaucoup de plaisir et d’émotions leur vie et leurs péripéties dans ce monde imaginaire qui, comme le monde réel, fait planer une menace sur ceux qui sont différents… Le scénario offre d’intenses émotions tout comme les superbes illustrations qui alternent entre rondeur et douceur. C’est beau et émouvant à l’image de cette petite famille pour laquelle on ne peut que souhaiter un happy end.

  • Tue-moi plutôt sous un cerisier dHina Sakurada (éditions Akata) :

Couverture Tue-moi plutôt sous un cerisier

Une belle couverture, un résumé intrigant et un titre aussi poétique qu’énigmatique, ce one-shot avait tout pour me plaire. Mais je suis malheureusement sortie de ma lecture frustrée.

L’idée de départ était très bonne : une jeune fille reçoit de la part de sa meilleure amie un étrange message : Fuis ! Le lendemain, au lycée, elle apprend horrifiée son suicide et son tweet qui l’accuse de harcèlement. Un harcèlement dont elle est elle-même par la suite victime… Dans ces conditions, comment ne pas prendre la main tendue par le petit ami de la défunte ?

L’auteure avait en main tous les ingrédients d’un bon thriller angoissant et plein de tension, dommage qu’elle ait opté pour un scénario au pas de course qui vient tout gâcher. L’histoire se déroule bien trop vite pour qu’on développe un réel intérêt pour les tenants et aboutissants d’un suicide qui révèle pourtant cette part d’ombre chez des adolescents prêts à tout, même au pire, pour satisfaire leur passion amoureuse.

Le côté one-shot qui m’avait pourtant attirée vers ce titre est finalement son plus gros défaut. Il aurait ainsi bien fallu deux ou trois tomes de plus pour véritablement développer la psyché des protagonistes et rendre leurs aspirations et motivations crédibles… Quant aux illustrations, notamment au niveau des faciès, elles manquent peut-être de finesse, mais semblent plutôt cohérentes avec le fond : passables mais sans grand attrait.

En bref, voici un manga que je ne vous recommanderai pas forcément à moins d’être prêt à effleurer une histoire avec du potentiel qui reste hélas bien trop en surface pour présenter un véritable intérêt. On retiendra quand même une ambiance parfois malsaine qui pourrait plaire à certains lecteurs bien qu’elle aurait mérité d’être plus appuyée…

  • Moi, Albert détestateur de livres d’Ingrid Chabbert et Guridi (Frimousse éditions) :

Avec son titre tapageur, son grand format et ses pages épaisses, Moi, Albert détestateur de livres attire immédiatement le regard que ce soit celui des enfants ou des adultes. Albert a un problème dans la vie : il est entouré de livraddict.  De véritables mordus qui lisent partout et tout le temps ! Un véritable enfer pour lui qui a une sainte horreur des livres…D’ailleurs, chaque livre qu’on lui offre finit invariablement dans la cabane du jardin. Bien fait pour eux, ils n’avaient pas qu’à le narguer, lui qui préfère largement jouer aux jeux vidéos et regarder la télévision.

Je ne doute pas que ce portrait parle à certains lecteurs… Un peu caricatural certes, mais n’oublions pas que nous sommes dans un album jeunesse et qu’il est nécessaire d’avoir des archétypes forts pour faciliter le processus d’identification des jeunes lecteurs. Et puis tout n’est pas perdu pour Albert qui va faire une étrange rencontre qui pourrait bien le pousser à rejoindre les rangs de sa famille grande lectrice. De détestateur à dévoreur de livres, il n’y a finalement qu’un pas !

Grâce à une mise en page épurée mais ludique qui compte autant que la narration, ce petit album empli d’humour devrait séduire les enfants, et peut-être les pousser à suivre l’exemple d’Albert et à donner sa chance à un livre. Un petit pas vers une potentielle future passion ou du moins, une leçon subtilement amenée : ne pas dire qu’on n’aime pas avant d’avoir essayé.

20190629_100348.jpg

Agréable, accessible, et porté par un personnage grognon mais amusant, voici un petit album à ne pas pas manquer.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Certains vous tentent-ils ?