Spirou et Fantasio : Le triomphe de Zorglub ; Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Spirou et Fantasio : Le triomphe de Zorglub ; Olivier Bocquet, Brice Cossu et Alexis Sentenac

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Dupuis pour m’avoir permis de découvrir cette BD dans le cadre de l’opération Les Explorateurs de la BD.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cool ! les aventures de Spirou et Fantasio vont être adaptées au cinéma ! Impatient de devenir une vedette du grand écran, Fantasio postule pour son propre rôle… et se fait recaler (« trop vieux pour le rôle ») ! Très vexé, il déprime. Spirou, pour lui remonter le moral, lui propose de se faire engager comme journaliste sur le tournage. Sur le plateau, Spirou est un peu surpris par l’acteur qui joue son rôle (« un type lisse et sans aucune personnalité ») alors que le comédien est son sosie parfait. Quant à Seccotine, elle est offusquée par le scénario quand elle découvre que l’actrice qui joue son rôle doit multiplier les scènes déshabillées totalement dispensables. Bref, les trois héros vont suivre le tournage en Afrique et en France en essayant de limiter les dégâts provoqués par un réalisateur dans un état second et un producteur qui est la copie conforme de Zoglub !

  • Album: 60 pages
  • Editeur : Dupuis (26 janvier 2018)
  • Prix : 12€

AVIS

Cette BD n’est pas l’adaptation à proprement parler du film Les aventures de Spirou et Fantasio sorti au cinéma en février 2018, mais elle en est néanmoins librement inspirée. N’ayant pas encore vu le film, je ne pourrai pas vous en dire plus sur le degré d’inspiration même si j’espère le voir bientôt, cette BD ayant plus qu’attisé ma curiosité…

Comme la plupart d’entre vous, je connais Spirou et Fantasio, mais je dois reconnaître que mis à part la lecture de quelques albums dans ma prime jeunesse, je connais finalement assez peu la BD. Je préfère le souligner, car je pense qu’un amateur de la série n’aura pas forcément le même avis que le mien ni les mêmes attentes… C’est donc sans a priori que je me suis plongée dans cette histoire loufoque et, somme toute, des plus originales.

J’ai adoré l’idée de donner vie à des personnages fictifs puisqu’ici, Fantasio et Spirou sont bien réels et sont confrontés à une situation inédite : le tournage d’un film mettant en scène leurs aventures. Cela aurait pu être plutôt sympathique, voire flatteur, pour les deux amis si la tentative de Fantasio de jouer son propre rôle n’avait pas été soldée par un cuisant et humiliant échec. Il a, en effet, été considéré trop vieux, trop gros et trop mauvais acteur par la directrice de casting. Les effets du temps n’épargnent personne que l’on soit un grand aventurier/journaliste ou non… Et l’humiliation ne s’arrête pas là : Fantasio et Spirou finissent par découvrir que le scénario ne les présente pas vraiment sous leur meilleur jour. Mais rien de vraiment étonnant si l’on considère que le producteur/acteur ressemble comme deux gouttes d’eau à un certain personnage que notre duo connaît trop bien à son goût : Zorglub. Trop, c’est trop, Spirou et Fantasio sont bien décidés à laver leur honneur, à rétablir la vérité et à faire sortir de sa tanière ce producteur trop louche pour être honnête !

Il me semble préférable d’avoir lu quelques aventures de Spirou et Fantasio pour mieux savourer les différentes références à cette série, notamment au niveau des personnages, qui sont parsemées dans l’album. Néanmoins, même les néophytes pourront se laisser entraîner dans cette aventure abracadabrantesque menée à une cadence folle. Les personnages et les lecteurs n’ont ainsi pas le temps de s’ennuyer entre la découverte des dessous de la réalisation d’un film, un voyage dans le désert, des retournements de situation, des scènes d’action qui déménagent, des gags à gogo, une actrice qui, aidée de Seccotine, se rebelle contre le sexisme dont elle est victime et qui réduit son rôle à celui d’un faire-valoir sexuel (toute ressemblance avec le « vrai » cinéma n’est pas fortuite…), des jeux de mots qui font mouche, des petites piques envers notre duo qui se fait malmener et dont l’ego est mis à rude épreuve…

On sent que le scénariste, Olivier Bocquet, s’est fait plaisir, et qu’il a eu à cœur de nous proposer une histoire qui se démarque des aventures plus classiques de Spirou et Fantasio, tout en ayant veillé à garder le charme de leur relation même si celle-ci est gentiment moquée. Le résultat est d’autant plus savoureux qu’on retrouve le côté déjanté et un peu foufou du script dans les dessins de Brice Cossu et d’Alexis Sentenac. Les expressions des visages, bien souvent exagérées, soulignent à merveille le caractère incongru, si ce n’est absurde, des situations dans lesquelles se retrouvent nos deux amis. Il y a même un petit côté manga dans les traits des dessinateurs au point qu’avec sa gigantesque crinière jaune flamboyante nouvellement acquise, et qui aurait pu être une aubaine pour un chauve précoce si elle ne poussait pas comme une herbe folle, Fantasio aurait toute sa place dans un épisode de Dragon Ball Z… Je soulignerai également l’excellent travail fait sur Fantasio qui, pour moi, est le personnage dont la personnalité a été la mieux mise en images par les dessinateurs. Quant au travail de colorisation de Johann Corgié, je l’ai trouvé parfait pour s’immerger facilement dans l’intrigue d’autant que les couleurs sont un parfait équilibre entre réalisme et exubérance, cette dernière étant criante quand le coloriste s’évertue à retranscrire, en couleurs, les émotions des personnages.

La seule chose qui m’a un peu perturbée dans cet album est le décalage physique entre Fantasio et Spirou. Si le premier a vraiment été marqué par le temps entre rides, calvitie importante et bidon bien rebondi qui donne l’impression que Fantasio a passé son temps libre à s’enfiler tous les litres de bières qui ont croisé son chemin, le second, quant à lui, conserve un aspect juvénile qui peut laisser faire croire que le temps n’a pas eu de prise sur lui. Cela m’a déstabilisée même si je reconnais que le scénariste a su utiliser ce décalage à bon escient puisque cela donne lieu à des quiproquos assez amusants.

En conclusion, empreint d’humour et d’action, Le triomphe de Zorglub est un album qui vous plongera dans une aventure loufoque menée tambour battant. Entre références aux albums « classiques » et version revue et corrigée du célèbre duo, le scénariste propose une histoire qui devrait plaire aux amateurs de Spirou et Fantasio à condition qu’ils gardent en tête le caractère unique et quelque peu déjanté de cet album.

Et vous, envie de découvrir Le triomphe de Zorglub ?

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Fabuleux nectar, Vincent Portugal

J’ai découvert ce roman dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du haut de sa tour du Palais Suspendu, Misha étudie ses grimoires et réchauffe ses alambics. L’alchimiste du roi est un créateur talentueux. Il invente des sortilèges et murmure des poèmes pour transformer la magie en outils insolites.
Son quotidien est bouleversé par la capture de trois rebelles des îles Liberté qui luttent pour leur indépendance. Pourquoi la princesse Séléna s’est-elle livrée à ses ennemis ? L’alchimiste soupçonne la prisonnière de profiter de sa captivité pour leur tendre un piège.
La belle étrangère prétend que son navire contient des trésors dignes des légendes, l’héritage d’un antique peuple des mers. Ses ruses et ses manigances se teintent de mystère, de magie, et d’une alchimie fabuleuse qui pourrait changer le destin du royaume.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Vincent Portugal;
  • Prix : 2.99€ (compatible abonnement Kindle Amazon)
  • Autre format : broché (9.90€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez vous douter que mon intérêt pour ce livre a été éveillé dès la découverte de sa couverture que je trouve plutôt attractive. En plus du côté esthétique, j’ai été intriguée par la présence de sirènes, une créature que j’affectionne beaucoup bien qu’elle soit finalement assez peu représentée dans la littérature…

Dans ce roman, les sirènes sont présentes en filigrane puisque leur mythe est mis en avant par la princesse Séléna des îles Liberté qui, avec deux autres compagnons, a été capturée par le roi Alexander. Cette princesse, à la forte personnalité, s’est donnée comme mission de gagner l’indépendance de ses chères îles que le roi asphyxie par la levée d’impôts injustes et de plus en plus importants. Et pour ce faire, quoi de mieux que de lui faire miroiter l’existence de multiples richesses héritées d’antiques descendants ayant quitté la terre ferme pour les profondeurs de l’océan ? En offrant à ce roi la promesse d’un partage de ces trésors et des revenus des îles Liberté, la princesse espère ainsi faire cesser une guerre coûteuse en vies pour les siens et en argent pour le roi. Un accord qui devrait se révéler gagnant-gagnant pour chacun à moins que la princesse et ses acolytes ne gardent encore quelques secrets comme la provenance de ce mystérieux nectar qui affole les sens du roi et l’imagination de la cour…

Ce roman m’a assez surprise, dans le bon sens du terme, dans la mesure où je n’avais pas anticipé la tournure prise par l’histoire. Je m’attendais à un récit empreint de magie, j’ai trouvé un récit empreint de magie, de poésie, mais surtout de politique, de manigances en tout genre et de faux-semblants. Alors je vous rassure, l’auteur ne nous présente pas un débat politique rébarbatif, mais plutôt une histoire où les enjeux politiques et économiques sont au cœur de tout. Ils se révèlent d’ailleurs, bien que pour des raisons différentes, d’une importance capitale pour Séléna et son peuple, et pour le roi et l’affirmation de son autorité.

Au milieu de tout ça, nous avons l’alchimiste du roi, Misha, qui est accompagné d’un Djinn que j’ai beaucoup apprécié. Jouant un peu le rôle de Jiminy Cricket pour l’alchimiste, le Djinn tentera de le guider et de le soutenir sans se départir d’un certain humour qui rend le personnage plutôt attachant. Les échanges entre l’humain et son compagnon surnaturel sont donc plaisants à suivre bien que j’aurais adoré que le Djinn soit encore plus présent… Quoi qu’il en soit, le Djinn sait faire preuve de dérision tout en sachant également soutenir inconditionnellement son ami même dans les situations qui, à première vue, semblent mal engagées…

Et de ce soutien, Misha en aura fort besoin puisque bien qu’intelligent et très doué quand il est question de magie, il semble dépassé quand il s’agit de politique… Il sera néanmoins le premier et le seul à douter de l’existence des sirènes tellement vantée par Séléna. Et il sera encore le seul à deviner que la princesse est bien plus dangereuse que ce qu’elle aimerait faire croire… Troublé par l’influence grandissante de la captive sur son roi, il lui sera toutefois difficile de faire entendre sa voix face à un souverain bourru et assez impulsif d’autant que le caractère un peu mou de Misha ne l’aide pas vraiment à s’imposer. C’est un petit génie de la magie, mais c’est aussi une personne timorée qui, face à ses privilèges nouvellement acquis, n’est pas prompte à défendre ses opinions pacifiques. Contre la guerre et le détournement de ses inventions pour exterminer le peuple des îles Libertés, il préféra donc fermer les yeux plutôt que de monter au créneau et refuser de continuer à servir le roi.

Je dois avouer que ce personnage m’a parfois un peu agacée ne supportant pas les gens qui ont des prétendus idéaux, mais qui les bafouent allègrement dès que leur petit confort entre en jeu. Et c’est exactement ce que fait Misha jusqu’à sa rencontre avec la princesse et son garde du corps. Il va très vite être confronté au mépris de ces deux individus pour un homme qui a mis son savoir magique au service de la destruction plutôt que de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Heureusement, petit à petit, Misha va évoluer et s’interroger sur ses actions jusqu’à avoir une certaine prise de conscience qui ne lui permet plus de se dédouaner de sa part de responsabilité dans le massacre d’innocents…

J’ai donc apprécié que l’auteur fasse évoluer progressivement son protagoniste comme j’ai aimé qu’il mette sur sa route, une femme forte et auréolée d’un certain mystère. Farouche, intelligente tout en étant prête à des actes de bravoure frôlant la folie pour protéger les siens, envoûtante, habile conteuse et négociatrice, les deux allant souvent de pair, Séléna est définitivement une femme qui possède un charisme fou. On l’imagine sans peine galvaniser les foules ! D’ailleurs, le roi lui-même semble ensorcelé par cette beauté… Découvrir cette femme fut un réel plaisir même si j’aurais aimé en apprendre plus sur cette princesse déterminée à sauver son peuple. Mais ça, c’est la faute de l’auteur qui a su donner vie à un personnage tellement intéressant que l’on aurait envie de lire des pages et des pages sur ses aventures et ses pensées. J’ai ainsi adoré m’interroger sur ses motivations, essayer de deviner ses intentions, tenter de cerner le vrai du faux de ses récits fabuleux sur les sirènes… En d’autres mots, comme le roi, je me suis laissée envoûter par cette femme qui a tout pour devenir une souveraine respectée et redoutable. Il vaut mieux donc l’avoir de son côté, ce que va découvrir de manière assez brutale notre alchimiste.

Au-delà des personnages, l’univers imaginé par l’auteur est un pur délice à découvrir d’autant que d’une plume élégante et poétique, il nous immerge dans son récit où la magie et la poésie sont intrinsèquement liées. Dans ce roman, il ne vous faudra pas, en effet, savoir manier la baguette pour lancer des sortilèges. Il vous faudra plutôt apprendre à manier avec délicatesse les mots et les rimes. Et attention aux plus distraits des alchimistes, la poésie pouvant se révéler mortelle quand elle n’est pas déclamée de manière rigoureuse et réfléchie. Lier magie et poésie est certainement l’idée qui m’a le plus séduite dans cette histoire puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur soulignait, par ce biais, le côté presque enchanteur de la poésie. J’ai, dans tous les cas, fortement apprécié la place donnée à la poésie, un art que notre alchimiste maîtrise à merveille. J’aurais d’ailleurs adoré trouver, en fin d’ouvrage, certains de ses poèmes-sortilèges. Si vous êtes dans mon cas, vous apprécierez néanmoins la présence de poèmes, extraits de traités d’alchimie, en début de chapitre… Un petit plus qui contribue au charme qui se dégage de cet univers aussi dangereux que poétique :

« Des arômes boisés, souvenirs d’une épave,
Caressent le palais dont je me sais l’esclave.
Chêne, pin, acajou ? Qu’importe la résine !
Les trésors se goûtent ; la route se devine. »

« Pilleurs d’épaves »
L’Alchimie du Goût – Poèmes gustatifs et applications, Vol. I

En conclusion, en nous offrant une plongée dans un univers imaginaire teinté de poésie et de magie, l’auteur arrive à concilier les amateurs d’histoires fantastiques et les amateurs de jolis textes. Quant aux lecteurs avides de rencontrer des personnages qui leur réservent quelques surprises, Fabuleux nectar devrait les séduire.

A noter une interview de l’auteur sur le site du Prix des auteurs inconnus, une manière intéressante d’en apprendre plus sur l’auteur et son univers. Découvrez également, sur le site, les chroniques des autres membres du jury

Photo de la page FB de l’auteur

Site de l’auteurPage FB de l’auteur

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Fabuleux Nectar ?

 

 

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

A cheval tome 1 : Hip Hippique, Hourra ! , L. Dufreney et Miss Prickly

J’avais déjà croisé la série A cheval en librairie et chez France Loisirs, mais c’est l’opération 48h BD qui m’a donné envie d’acheter et de me plonger dans ce premier tome.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

C’est la rentrée au club ! Les jeunes cavaliers font connaissance avec Bijou le poney grincheux, Cookie le gourmand, Kamboui le crado, Xanax le trouillard ou encore Flash, le pur-sang électrique à la technique de saut d’obstacles très particulière ! Une joyeuse bande de chevaux et poneys hauts en couleur qui, entre deux cours d’équitation, blaguent, observent et mènent la vie dure aux cavaliers !

  • Album: 48 pages
  • Editeur : Delcourt (2 septembre 2015)
  • Prix (hors 48h BD) : 10,95€

AVIS

J’aime les animaux, mais j’avouerai ne jamais avoir été particulièrement passionnée par les chevaux ce qui ne m’a pas empêchée d’avoir adoré cette BD dans laquelle l’humour est omniprésent. Cela commence d’ailleurs avec le titre Hip Hippique, Hourra ! qui ne peut que prêter à sourire. Et ce n’est qu’un début puisque les lecteurs vont avoir la chance de découvrir une galerie de chevaux et de poneys hauts en couleur et surtout très drôles. Chacun d’entre eux a sa propre personnalité ce qui permettra aux lecteurs de vite se repérer parmi tous ces protagonistes d’autant que la maison d’édition a pensé à tout en insérant, en début d’ouvrage, une petite galerie des personnages…

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On a ainsi le peureux, le sportif, le gourmand, celui qui aime se rouler dans la boue, l’hyperactif, la grande timide, l’Américain qui a gardé son accent et son envie de parquer le bétail comme le découvriront, à leurs dépens, les enfants…

J’ai préféré certains personnages à d’autres, mais il n’y en a aucun qui ne m’a pas fait sourire voire franchement rire. Il faut dire que l’auteur, en donnant des traits de personnalité humains à des chevaux et des poneys, rend les différentes scènes constituant l’ouvrage très amusantes. Les rôles étant inversés, ce ne sont pas les deux pattes qui commentent la vie au centre d’équestre, mais bien les quatre pattes. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que nos équidés ne manquent pas de mordant et d’humour ! Certaines scènes, comme l’arrivée des nouveaux membres humains du centre d’équestre, donnent d’ailleurs lieu à des commentaires plutôt amusants, voire cocasses, de leur part. Mais nos facétieux chevaux et poneys ne font pas qu’observer puisqu’ils n’hésitent pas à mener par le bout du nez ces petits humains qui veulent s’initier à l’équitation… Ceux-ci vont donc vite découvrir qu’apprendre à monter à cheval requiert de la patience et de la persévérance.

Si cela m’a un peu étonnée au début de la lecture, j’ai apprécié que le scénariste ne nous propose pas une histoire à proprement parler, mais une suite de scènes, certaines étant plus ou moins liées. La lecture n’en est que plus fluide et rythmée, ce qui devrait d’ailleurs permettre aux jeunes lecteurs de s’immerger assez facilement dans la BD. Quant aux illustrations, j’ai aimé leur aspect un peu cartoon qui donne l’impression d’être devant un dessin-animé. Les expressions des personnages volontairement exagérées soulignent et renforcent ainsi parfaitement le travail comique effectué par le scénariste. J’aimerais également souligner l’excellent travail de colorisation de Magali Paillat qui, à travers l’utilisation de couleurs vives mais réalistes, contribue fortement à rendre cette lecture immersive et agréable.

A noter en fin d’ouvrage une petite planche explicative qui, je dois bien le reconnaître, m’a été fort utile pour en apprendre un peu plus sur l’anatomie des chevaux et des poneys.

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Pour conclure, si vous aimez rire et les animaux, je ne peux que vous conseiller de vous laisser tenter par ce premier tome d’une série que je suivrai avec plaisir. Avec des personnages qui ne manquent pas de répartie et d’humour, et des illustrations aussi douces que colorées, le trio scénariste/illustratrice/coloriste vous propose une histoire que l’on peut déguster à tout âge et sans modération.

Et vous envie d’acheter ou de feuilleter ce premier tome de A cheval ?

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Vite, Cachez-vous, Frank et Devin ASCH

Couverture Vite, cachez-vous !

En grande amoureuse des chats, je ne pouvais que craquer pour cet album jeunesse d’autant que « Vite, cachez-vous ! » est la phrase que ma nièce de deux ans nous dit quand elle veut qu’on joue avec elle à cache-cache. J’espère d’ailleurs lui faire découvrir cette jolie histoire quand elle sera un peu plus grande.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Éléonore Merlot, jeune et charmante chatte, abrite sous son toit une famille de souris avec laquelle elle entretient d’excellentes relations.
Mais cette amitié, contraire à la loi féline, éveille les soupçons d’une vieille voisine.
La police vient enquêter au domicile de Mme Merlot et ne tarde pas à relever certains indices trahissant la présence de ses pensionnaires.
Heureusement, Éléonore a l’esprit vif et beaucoup d’aplomb et ne manque ni de sang-froid, ni de repartie !

  • Album: 30 pages
  • Tranche d’âges: 3 – 5 années
  • Editeur : Albin Michel (29 août 2007)
  • Prix : 14€

AVIS

Les chats, ennemis naturels des souris ? C’est une question que l’on pourrait légitimement se poser après avoir lu ce joli récit dans lequel Mme Merlot, une chatte bibliothécaire (deux mots que l’on ne pensait pas possible d’accoler) adore ces petits rongeurs au point d’en héberger chez elle. Elle cohabite ainsi avec une grande famille de souris qui, en échange du gîte et du couvert, n’hésitent pas à participer aux tâches ménagères.

Cette joyeuse cohabitation doit néanmoins faire face aux suspicions des voisins qui, en bons chats, ne tolèrent pas que l’une des leurs fricotent avec la nourriture. Cela n’aurait pas été un problème en soi si un charmant voisin n’avait pas alerté la Sûreté Féline pour que Mme Merlot soit punie de son crime contre-nature. Une dénonciation abjecte qui ferait hérisser les poils de n’importe quel chat !

Fort heureusement, grâce à son sens de la répartie et ses talents d’improvisation, Mme Merlot va faire face avec aplomb au duo de policiers venus fouiller son appartement. Un duo composé d’un chat-inspecteur plutôt agressif prenant l’apparence d’un chat gris souris et d’un brigadier roux, beaucoup plus sympathique. Le premier va prendre un malin plaisir à fouiner de partout étant certain de la culpabilité de notre chatte, quand le second semble somme toute beaucoup plus naïf et conciliant. Les auteurs nous proposent donc un schéma classique, celui du méchant et du gentil flic sauf qu’à la place des êtres humains, nous avons ici des félins.

Et c’est d’ailleurs tout le charme de cet album qui remplace les hommes par des chats et des souris. Une personnification de ces animaux qui passe autant par l’enquête que les relations entre les protagonistes, les vêtements, les décors… Je retiendrai d’ailleurs une scène assez amusante dans laquelle Mme Merlot prend le thé avec sa voisine. Tous les détails sont là pour vous donner l’impression d’assister à un tea-time aristocratique. Je vous laisse le plaisir d’admirer la scène et notamment la manière dont Mme Merlot tient sa tasse. Difficile de ne pas sourire devant cette parodie ou imitation d’une scène que l’on aurait pu trouver dans un livre de Jane Austen.

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A travers cette jolie histoire destinée à la jeunesse, les auteurs n’hésitent pas à dénoncer certains travers humains : la jalousie, la délation, la méchanceté, le rejet de la différence… Mais se cache également derrière ce récit d’une minette qui défie les conventions sociales, un très joli message d’espoir, d’amitié et de tolérance. Faites de petites attentions et d’un respect mutuel, les relations entre Mme Merlot et ses protégés sont un vrai régal à découvrir. Quand la première fait les courses pour nourrir tout ce beau monde et tricote même des habits, les seconds font tout pour lui rendre la vie agréable… Des petits instants de bonheur qui feront fondre le cœur même des plus endurcis des lecteurs. A cet égard, je vous mets une illustration que je trouve magnifique dans sa composition et les différentes émotions qu’elle véhicule.

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Quant aux illustrations, j’ai été séduite par les couleurs, les costumes, les mimiques des personnages, l’effort particulier apporté aux décors qui sont extrêmement bien détaillés… J’ai également beaucoup aimé le fait que tout dans cet album, autant au niveau du fond que de la forme, donne l’impression de ne pas avoir affaire à de simples chats, mais à des chats extrêmement évolués. Ils ressemblent d’ailleurs comme deux gouttes d’eau à des humains que ce soit dans leurs bons ou leurs mauvais côtés.

Enfin, je dois admettre que le duo d’enquêteurs m’a fait sourire puisque j’ai moi-même un duo de chenapans gris et roux. Mais mes chats sont quand même beaucoup plus faciles à vivre, quoique j’avoue que le faciès de l’inspecteur quand il est agacé est assez fidèle à la tête de Gribouille quand on ose le déranger.

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Pour conclure, cet album jeunesse devrait ravir tous les amoureux des animaux et des chats en particulier. Les plus jeunes pourront savourer cette jolie histoire d’amitié inter-espèce, quand les adultes pourront avoir une lecture un peu plus symbolique de l’intrigue. Un album jeunesse que je conseillerai donc à toutes les personnes qui veulent avoir dans leur bibliothèque un livre à lire et à relire. Et puis, cerise sur le gâteau, vous pourrez vous lancer avec les plus jeunes dans des parties endiablées de « où sont les souris » ?

Et vous, envie de craquer pour Vite, Cachez-vous ! ?

 

Le Siècle Phénix : L’Odyssée des Sœurs Fantômes, Thomas Henninot

Le Siècle Phénix, tome 1 : L'Odyssée des Soeurs Fantômes par Henninot

Je remercie Thomas Henninot de m’avoir permis de découvrir L’Odyssée des sœurs fantômes, premier tome de la trilogie Le Siècle Phénix.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

En 2172, l’humanité se relève péniblement des cendres de la Grande Terreur, une crise mondiale survenue plusieurs décennies auparavant. À l’origine de ce bouleversement planétaire, une terrible maladie apparue à la fin du siècle précédent, « la Faucheuse ». Ce virus a provoqué des centaines de millions de morts avant d’être endigué, créant ainsi les conditions d’un déséquilibre mondial. La Faucheuse continue ses ravages en France, malgré les efforts de la famille Dernot, qui a découvert le vaccin et bâti sa fortune grâce à son combat acharné contre le fléau.

Juliette Dernot, héritière de la multinationale familiale, est une jeune prodige, promise à un brillant avenir. Ambassadrice des campagnes de vaccinations et icône de la Fondation Asclépios, elle est épaulée par Jessica, sa meilleure amie, et par Alex, son compagnon.
Mais un terrible accident de train vient bouleverser le destin prometteur de ces trois jeunes. Très vite, la violente explosion à l’origine du déraillement prouve qu’il s’agit d’un attentat dont Juliette est la cible. Qui sont les responsables ? Parviendra-t-elle à leur échapper ?

Le capitaine Verrier est dépêché sur les lieux du sinistre. Après avoir recueilli le témoignage de Jessica, blessée lors de l’attaque, il sonne l’alarme et engage les recherches pour retrouver Juliette, qui est parvenue à s’enfuir avec Alex. La course contre la montre est engagée. L’esprit affûté de Juliette et la compétence du capitaine seront-ils des atouts suffisants pour défaire leur formidable ennemi ?

Entre thriller et science-fiction, découvrez un récit haletant !

  • Broché: 475 pages
  • Editeur : Librinova (6 décembre 2017)
  • Prix : 18.90€
  • Autre format : ebook (disponible Amazon Kindle)

AVIS

L’histoire…

C’est d’abord la couverture et tout le mystère qu’elle dégage qui ont attiré mon attention.  Une fois le livre terminé, je dois d’ailleurs dire que j’ai aimé la manière dont l’auteur a su mettre en avant la relation entre deux de ses protagonistes grâce au loup et à la jeune femme présents sur la couverture. Néanmoins, reprenant les codes traditionnels de la fantasy, cette dernière pourrait induire en erreur le lecteur puisque ici, point de fantasy, mais bien un thriller teinté de science-fiction.

Thomas Henninot prend le temps de poser les bases de son histoire qui se déroule en 2172 dans un monde post-apocalyptique marqué par l’épisode de la Grande Terreur. Résultant d’une maladie, La Faucheuse, qui a fait des millions de morts, cette crise mondiale a profondément changé le paysage politique et économique français. Nous nous retrouvons donc dans une France où l’État est contraint de s’appuyer sur des personnes peu recommandables dans certaines zones du territoire, et un pays où les forces de l’ordre ont développé une éthique à géométrie variable. Quant à la population, en plus de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, elle est soumise à des règles d’hygiène strictes…

N’ayant pas une grande appétence pour la science-fiction, j’ai apprécié que cet aspect ne soit pas au centre de l’intrigue même si j’aurais peut-être aimé que l’auteur partage avec nous une ou deux grosses avancées technologiques. Quoi qu’il en soit, les personnes qui n’aiment pas la science-fiction ou qui craignent de se perdre dans un jargon incompréhensible seront donc rassurées sur ce point. L’auteur a, en outre, veillé à rendre son  univers très accessible. Notons, en effet, un véritable effort pour ne pas assommer les lecteurs avec une avalanche de détails. C’est donc petit à petit que nous découvrons l’épisode de la Grande Terreur et comment il a profondément et durablement impacté l’humanité.

Un nombre important de personnages pour une narration dynamique…

Si le contexte dans lequel se déroule le roman est introduit progressivement, le nombre important de personnages pourra déstabiliser, du moins en début de lecture, certains lecteurs. J’ai, pour ma part, pris assez rapidement mes marques et ai apprécié de suivre alternativement chaque protagoniste d’autant qu’ils ont tous, à une exception près, une personnalité plutôt marquante. Cette multiplication des personnages apporte un dynamisme et un suspense certains au récit puisque l’on souhaite ardemment découvrir comment leurs routes vont finir par se croiser et s’entrecroiser…

Évidemment, comme dans la vraie vie, j’ai eu plus d’affinités avec certains personnages que d’autres à l’instar de Juliette, la jeune héritière de la multinationale à l’origine de la découverte et de la diffusion du vaccin contre La Faucheuse. Prise pour cible dans un attentat ferroviaire, elle arrivera à fuir ses bourreaux grâce à sa meilleure amie et fera alors preuve d’une force de caractère à toute épreuve pour survivre. Dans sa fuite, elle pourra compter sur l’aide de son compagnon américain, mais c’est bien sa débrouillardise, son courage et son intelligence qui feront toute la différence face à des ennemis déterminés et prêts à tout pour la capturer. Ce personnage m’a particulièrement marquée dans la mesure où il est rare de voir dans un roman une riche héritière qui ne soit pas superficielle et qui fait preuve d’un réel altruisme. On aurait pu s’attendre à une gamine capricieuse alors qu’on découvre une jeune femme engagée qui souhaite sincèrement aider les gens et participer au retour d’un pouvoir politique fort. Sa relation fusionnelle avec sa meilleure amie ou sœur de cœur, Jessica, contribue également à rendre le personnage sympathique. On ne peut qu’être touché par les liens forts unissant les deux jeunes femmes qui se montrent très protectrices l’une envers l’autre…

Les autres femmes du récit se révèlent tout aussi fortes et n’ont rien de donzelles qui attendent que le prince charmant vienne les sauver. Et autant vous le dire tout de suite, c’est pour moi LE gros point fort de ce roman, l’auteur ayant fait la part belle aux femmes qui ne se laissent pas conter fleurette. Mélissa, ancienne militaire, ne pourra qu’impressionner par ses prouesses notamment aux commandes d’un hélicoptère, quand La Louve suscitera autant la crainte que l’admiration. Mélissa est un personnage assez secondaire dans ce premier tome, mais un événement tragique laisse penser que son rôle devrait prendre plus de consistance dans la suite de la trilogie, ce que confirme d’ailleurs l’auteur. Quant à La Louve, elle donne un peu le sentiment d’être une cocotte-minute prête à exploser sous la pression. Instable émotionnellement et marquée par la mort récente de sa sœur qu’elle adorait, elle n’hésitera pas à faire preuve d’une extrême violence que ce soit pour se venger ou protéger la nouvelle amie qu’elle s’est faite durant son « odyssée ». La Louve est peut-être le personnage le plus complexe oscillant entre folie, violence et actes de bravoure. D’un abord difficile, on apprend petit à petit à la connaître et à comprendre son schéma de pensées assez différent d’un humain lambda. Alors même si elle peut se montrer extrêmement violente, on finit par s’attacher à cette femme dont la carapace finit par, petit à petit, se craqueler… Ce qui est certain, c’est qu’il vaut mieux être dans ses petits souliers que faire partie de ses ennemis à moins de ne pas particulièrement tenir à la vie.

Ma chronique étant déjà trop longue, je ne vais pas vous parler en détail de tous les autres personnages, mais juste vous dire que j’ai aimé que l’auteur suive le capitaine Verrier dans son enquête, destinée à retrouver Juliette, tout en prenant le soin de nous présenter sa fille, Sarah. On peut avoir tendance à oublier que derrière un uniforme ou une fonction il y a un être humain avec une famille, des amis… C’est donc intéressant de voir à quel point le travail de l’inspecteur a des conséquences directes sur la vie de ses proches à l’instar de Sarah qui vit mal le secret entourant la profession de son père ainsi que ses nombreuses absences. Celle-ci n’est pas au centre de l’intrigue, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette jeune femme curieuse et téméraire sans être casse-cou. Mais l’intérêt principal de sa présence dans l’histoire est, pour moi, d’humaniser un inspecteur qui ne se révèle pas forcément très attachant… Sarah contribuera également, même si c’est de manière indirecte et involontaire, à l’enquête.

Comme vous l’aurez certainement compris, j’ai apprécié les différents protagonistes du roman autant pour leur diversité que leur personnalité. C’est peut-être pour cette raison que j’ai été très touchée par le sort que l’auteur leur réserve puisqu’il n’hésite pas à les maltraiter physiquement et psychologiquement. Un événement dramatique m’a d’ailleurs particulièrement perturbée d’autant que je ne m’y attendais pas du tout. Alors je ne félicite pas l’auteur pour avoir fait souffrir mon pauvre cœur, mais je le remercie de m’avoir surprise à de multiples occasions.

Un thriller mené tambour battant et mis en valeur par une jolie plume…

Eh oui, rappelons que nous sommes ici dans un thriller avec la part de suspense, de rebondissements et de drames qui caractérisent le genre. Et à ce niveau, le lecteur est plutôt gâté ! L’auteur nous propose ainsi une histoire rythmée et riche en actions, surtout dans la dernière partie du roman. Le rythme va crescendo créant un certain sentiment d’anxiété devant la tournure presque chaotique que prennent les événements.  C’est donc avec soulagement que nous atteignons les dernières pages du livre qui nous laissent avec des sentiments contradictoires de tristesse et d’espoir, et avec différentes interrogations quant au devenir des personnages…

Enfin, je dois dire que j’ai été séduite par la plume de l’auteur qui fait preuve d’un talent certain dans la mise en scène de son histoire. Fluide et très imagé, ce récit de presque cinq cents pages se lit donc très rapidement d’autant que son rythme soutenu en rend la lecture assez prenante. Je regretterai néanmoins quelques maladresses dans la narration notamment dans les dialogues qui manquent, à mon sens, de naturel. Un problème que je rencontre dans de nombreux romans d’auteurs auto-édités français. On sent, en outre, une réelle volonté de bien faire et d’expliquer clairement les raisonnements des personnages. Cela donne malheureusement parfois des propos un peu redondants ou des phrases assez scolaires, un petit défaut qui ne pourra que se corriger avec le temps. Rappelons, en effet, que L’Odyssée des Sœurs Fantômes est le premier roman de Thomas Henninot qui me semble être un jeune auteur fort prometteur.

En conclusion, un monde bouleversé par une maladie n’a rien en soi d’original, mais le charme du roman opère quand même grâce à la manière dont l’auteur a su mélanger dystopie et thriller tout en nous proposant une galerie de personnages hauts en couleur et à la personnalité marquante. Alors si vous avez envie de découvrir un roman mélangeant allègrement plusieurs genres pour nous offrir une histoire unique et palpitante, L’Odyssée des Sœurs Fantômes devrait vous plaire. Pour ma part, j’attends la suite avec impatience d’autant que les différents personnages semblent tous à l’orée d’une nouvelle vie.

Page FB de l’auteur

Et vous, envie de craquer pour ce premier tome de la trilogie Le Siècle Phénix

Esprits de Corps, tome 1 : Napoca, Tim Kesseler

 
Je remercie l’auteur de m’avoir permis de découvrir le tome 1 d‘Esprits de Corps : Napoca. Le résumé m’avait intriguée, mais j’avoue avoir d’abord été séduite par la couverture. Au fil de ma lecture, je me suis d’ailleurs aperçue que derrière une apparente simplicité, la couverture a été savamment agencée, chaque élément ayant un sens particulier que je vous laisserai évidemment découvrir par vous-mêmes.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Des intrigues diplomatiques, un univers victorien, une guerre qui couve aux frontières et un monde spectral comme clé de voûte de la civilisation.

La révolution industrielle vide les campagnes. Elle grossit Mydgar de ses foules de misérables. La plus grande ville du continent vit à l’heure de la machine à vapeur, des usines et des césures sociales, mais elle est aussi le siège du vénérable Congrès des Nations. Après des décennies de guerres sanglantes, le Congrès a fait renaître l’espoir, une nouvelle entité fédérale pour apaiser les fièvres nationalistes qui avaient causé tant de torts. Dans l’anonymat de la vie citadine, Mydgar réunit Will et Ruben qui fuient leurs destinées. Des salons feutrés du Congrès aux bas-fonds de la ville, ils sont ballottés dans les tourments d’une crise qui menace la fragile paix aux frontières. Mais, au-delà de cette menace bien réelle, la sphère spectrale est envahie par les moines noirs que seul l’Ordre des Séraphins sait contenir. Le sort du continent d’Ereba dépend de deux mondes.

  • Editeur : DEMDEL (2017)
  • Nombre de pages : 386
  • Prix : 19.90€

AVIS

Esprits de Corps est définitivement un roman que je classerais parmi les bonnes voire les très bonnes surprises. Je m’attendais à apprécier l’intrigue savamment imaginée par l’auteur, mais pas à frôler le coup de cœur comme ce fut le cas ici.

Le roman est d’ailleurs d’une telle richesse que j’ai peur que mon avis en devienne confus. En effet, comment décider de quels aspects d’abord vous parler ? : la mise en avant de l’Union Européenne à travers cette Fédération unissant dix-neuf nations dans une optique de paix durable, les réflexions sur l’industrialisation qui a bouleversé l’économie de ce monde imaginaire comme elle a bouleversé nos sociétés, les critiques à peine voilées sur le libéralisme et ses conséquences économiques pour les gens qui n’ont pas su tirer leur épingle du jeu, le questionnement de la foi et de ce qui différencie la superstition de la religion, l’émergence d’un modèle démocratique que l’on souhaiterait imposer aux autres nations en prenant quelques libertés quant à son application dans ses propres institutions, la bureaucratie et le travail des diplomates qui œuvrent autant en surface qu’en eaux plus troubles, les arcanes du pouvoir et des prises de décision, la lutte des classes… ? Tout autant de thèmes que je trouve passionnants d’autant que malgré leur côté assez sérieux, l’auteur a réussi à ne jamais être lourd ou moralisateur. Ces questions s’insèrent naturellement dans l’intrigue lui donnant ainsi un certain relief.

J’ai, en outre, apprécié que l’auteur utilise notre Histoire pour enrichir la sienne que ce soit de manière franche comme avec l’existence de la Fédération dont il est difficile de ne pas reconnaître le modèle européen ou de manière plus subtile, avec des allusions à des événements qui ont eu un impact concret et parfois dramatique pour notre monde. Je pense notamment à l’assassinat, dans le roman, d’un prince héritier qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain archiduc en 1914 ou encore, la nécessité dans un traité de ne pas humilier les vaincus. Une idée qui aurait permis d’éviter ou, du moins, de modérer la montée en puissance du pire dictateur que notre histoire ait connu…

Tim Kesseler nous propose donc un monde imaginaire qui emprunte au nôtre, mais qui, je vous rassure, s’en différencie par bien des aspects. Nous sommes ici plongés dans une société en plein essor industriel et en pleine révolution technologique. D’ailleurs, si vous aimez les ambiances steampunk avec les traditionnelles machines à vapeur, le progrès scientifique, les zeppelins et autres aérostats… vous serez ravis. L’auteur fait également une incursion dans le fantastique pour mon plus grand plaisir. J’ai, en effet, adoré son idée de deux mondes qui se côtoient, le monde réel et le monde spectral que l’on effleure grâce à l’un des deux protagonistes, William de Wencel, un aristocrate sans fortune apprenti-diplomate. Grâce ou à cause de sa rencontre avec des moines séraphins, cet homme va découvrir un monde aussi attirant que dangereux, un monde fait d’ombres et d’âmes. Je ne vous en dirai pas plus vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois ajouter que j’ai adoré découvrir cet ordre religieux à vocation militaire qui présente la particularité d’être mixte. Plaçant les hommes et les femmes sur un pied d’égalité, il s’appuie donc autant sur des combattants que des combattantes. L’une d’entre elles sera d’ailleurs mise en avant même si finalement, elle garde encore une grande part de mystère. Les moines séraphins, en plus d’être passionnants, semblent nous réserver encore bien des surprises… J’espère, pour ma part, que William aura l’occasion dans le second tome de se rapprocher de ces moines qui ont détecté chez lui un grand potentiel.

Mon seul regret est que l’aspect fantastique ne soit pas aussi développé que je l’aurais souhaité. Mais cela n’est en rien un point négatif, juste la remarque d’une lectrice qui a été complètement happée par ce monde spectral et toutes les possibilités qu’il offre à ceux qui y ont accès. William n’hésitera d’ailleurs pas à voyager dans ce monde surnaturel pour accéder à des informations dont il avait été écarté dans le monde réel. Une initiative qui lui fera alors prendre conscience que le monde spectral est certes passionnant, mais aussi plein de dangers… Son incursion le confrontera également à un ennemi dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence ni l’influence sur le devenir de la Fédération et de cette paix si ardemment défendue.

William est un personnage assez solitaire jusqu’à ce qu’il développe des liens d’amitié avec Ruben, un fugitif pétri de regrets et de culpabilité. Bien qu’appartenant à deux mondes socio-économiques antagonistes, ils sont unis par une chose qui est partagée par beaucoup d’êtres humains : les préjugés ! William, pur produit de l’aristocratie et des grands idéaux démocratiques, méprise les gens de basse extraction (je cite ses propos) comme Ruben. Quant à ce dernier, il honnit ces riches prétentieux qui bâtissent leur richesse sur la sueur des paysans et des travailleurs. Mais ces deux hommes, qui auraient pu symboliser la lutte des classes, vont voir leur chemin se croiser à plusieurs reprises, ce qui les conduira à s’accepter puis à s’apprécier. L’évolution progressive de leur relation est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman d’autant que l’auteur veille à ne pas transformer radicalement ses protagonistes. Comme dans la vraie vie, ils changent, mais difficile de se départir totalement de leur éducation et des idées qu’elle a profondément ancrées en chacun d’eux. Ne vous attendez donc pas à ce que William prône l’égalité des hommes ou que Ruben tienne en haute estime les industriels et riches propriétaires qui ont asservi les campagnes. Ces deux nouveaux amis sont donc tout en nuances, ce qui leur confère un certain réalisme et rend leurs interactions intéressantes.

Au-delà des personnages, j’ai été conquise par le rythme soutenu de l’intrigue qui passe, entre autres, par une narration alternée. Vous suivrez ainsi alternativement l’histoire de William et de Ruben jusqu’à ce que leurs vies ne soient liées. Une alternance qui crée parfois une certaine frustration, mais qui vous pousse également à tourner les pages les unes après les autres. Ceci est d’autant plus vrai que l’auteur a plus d’un tour dans son sac pour capter votre attention et vous plonger dans son roman : tension, personnages hauts en couleur, suspense, faux-semblants… Difficile de deviner les intentions de chacun tellement les cartes semblent brouillées et les trahisons légion même parmi des gens censés être dans votre camp. William apprendra d’ailleurs à ses dépens que l’esprit de corps a ses limites… Comme lui, vous risquez donc vous aussi de vous laisser prendre au piège à de multiples occasions, les apparences étant bien souvent trompeuses. Je suis pourtant de nature méfiante, mais je me suis moi-même complètement laissée surprendre par le retournement de situation final. Une révélation qui relance l’intrigue avec panache et qui donne envie de se jeter sur le tome 2.

Je terminerai cette chronique en parlant de la plume de l’auteur. Rythmée, imagée et tout en finesse, elle contribue à rendre l’expérience de lecture agréable et immersive. Ceci est d’autant plus remarquable que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur. À noter également que Tim Kesseler maîtrise complètement l’art du dialogue, les échanges entre les personnages étant fluides ET naturels. Portant une attention particulière à ce point, je peux vous dire que c’est loin d’être le cas dans tous les romans…

En conclusion, Esprits de Corps est un roman à l’ambiance steampunk qui ravira tous les amateurs d’histoires complexes teintées de politique et de fantastique. Entre les nombreux coups bas et les trahisons, une paix fragile que le Congrès des Nations essaie à tout prix de maintenir, des menaces aussi réelles que fantastiques et des protagonistes avec leur part d’ombre, l’auteur vous offre un récit rythmé et plein de surprises. Cerise sur le gâteau, bien qu’ancrée dans le domaine de l’imaginaire, cette histoire ouvre la porte à de nombreuses réflexions d’ordre politique, économique, culturel, métaphysique…

Tim Kesseler

Page FB du livreBlog de l’auteur

Et vous, envie de craquer pour Esprits de Corps ? Retrouvez le roman sur le site de la maison d’édition DEMDEL ou sur Amazon.