Les Brumes de Cendrelune – Le jardin des âmes, Georgia Caldera #PLIB2020

J’ai lu Les Brumes de Cendrelune dans le cadre du PLIB2020. Un roman qui fait partie de mes 5 sélectionnés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion. Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’AI LU (2 octobre 2019) – 349 pages – 13,90€ – #9782290165614

AVIS

Je ne m’attendais pas à adhérer autant à la plume de l’autrice qui, dès les premières pages, a su m’embarquer dans son univers. Un univers sombre et violent dans lequel les habitants sont à la merci de l’Empereur-Dieu Orion. Un être au-dessus de tous, humains et autres déités compris, omniscient, omniprésent et sans cœur. Il n’hésite ainsi pas à asservir, à espionner les pensées de chacun et à faire tuer chaque semaine les personnes qui pourraient, dans le futur, se rebeller. Des meurtres préventifs qui ne peuvent que révolter…

C’est dans ce climat de peur que Céphise voit sa famille détruite, ses parents assassinés, et son frère enrôlé de force dans l’armée avant elle-même de subir les foudres de l’Ombre. Le Premier Exécuteur d’Orion punit ainsi la jeune fille pour les insultes émises par son père. Mutilée, Céphise devient alors une Rapiécée, une moins-que-rien dont une partie des membres est remplacée par des prothèses de métal. Comment alors ne pas comprendre son envie de vengeance ? Un sentiment qui l’a guidée durant les années qui ont suivi ce terrible traumatisme et qui l’ont endurcie jusqu’à ce qu’un événement, celui de trop, la fasse craquer et la pousse à s’attaquer à un être bien plus puissant qu’elle. Mais contre toute attente, en croisant le regard de l’Ombre, ce n’est pas la mort qu’elle rencontre, mais un tout autre monde qui s’offre à elle… et à lui. Un monde qui soulève de nombreuses questions, mais que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes.

Alors que l’autrice alterne les points de vue, on entre de plain-pied dans ce monde sombre et ultraviolent dans lequel aucune erreur ni mauvaise pensée envers les dieux ne sont permises. Mais petit à petit, les choses nous semblent bien plus complexes et moins binaires qu’il n’y paraît. Les méchants, le sont-ils tous vraiment ou leurs agissements, du moins en partie, ne sont-ils pas dictés par les circonstances et le poids d’une dictature qui a faussé leur sens moral ? Une question que l’on vient obligatoirement à se poser en suivant le parcours de l’Ombre, un être hybride abject qui n’hésite pas à tuer toutes les personnes que son père lui ordonne de faire passer de vie à trépas. De fil en aiguille, l’image du monstre finit néanmoins par se déliter au profit de celle d’un être isolé, perdu, victime de pouvoirs qui le dépassent et qui anéantissent tout sur leur passage quand ils ne sont pas maîtrisés.

Sous le joug de son père, maître et Dieu, ses émotions sont comme anesthésiées et remplacées par un sens aigu du devoir qui le pousse à tuer sans sourciller. Mais la situation va changer quand il découvrira sa connexion inattendue et inexplicable avec une simple humaine, Céphise. Comment expliquer que l’Ombre, qui déteste les humains, va tout faire pour la protéger alors qu’il vient à peine de la rencontrer ? Il n’en sait rien lui-même, mais est bien décidé à le découvrir même si Céphise ne semble pas prête à lui faciliter la tâche. Courageuse, têtue, et mue par une haine sans pareille à son égard, cette jeune femme ne peut qu’attirer le respect des lecteurs bien que ses agissements semblent parfois manquer de réflexion. Mais difficile de lui en tenir rigueur au regard de tout ce qu’elle a dû traverser et de la terreur que cette vie de captive auprès de l’Ombre lui inspire. La jeune femme, en plus d’avoir une grande force de caractère, vous réserve également quelques surprises… 

Si l’univers développé par l’autrice avec sa mythologie et cette idée d’un Dieu-Empereur impitoyable dominant le monde est fascinant et très bien construit, force est de constater que c’est bien la relation entre l’Ombre et Céphise qui rend le roman aussi addictif. De fil en aiguille, leur relation évolue, chacun découvrant les faiblesses de l’autre sans pour autant que nous ayons l’impression de tomber dans une relation niaise ou malsaine. À ce stade de l’histoire, la haine est encore bien présente, Céphise ne pouvant pardonner la mort des siens et de milliers de personnes innocentes à l’Ombre juste parce que derrière le masque de froideur, se cache un être avec ses propres douleurs.

Un aspect que j’ai apprécié et qui sonne résolument juste. C’est probablement la raison pour laquelle mon cœur de lectrice a souvent été partagé vis-à-vis de l’Ombre qui se révèle d’une prévenance et d’une grande gentillesse envers Céphise tout en étant la personne responsable de tous ses malheurs. Évidemment, le Premier Exécuteur n’est qu’un outil de mort au service d’Orion qui l’a éduqué et façonné pour le rendre froid et implacable, mais le poids de l’éducation excuse-t-il pour autant ses agissements ? Une question qui se pose d’autant qu’aux côtés de Céphise, l’Ombre s’adoucit et gagne en humanité. Une évolution particulièrement bien amenée qui rend le personnage très touchant, ce qui explique peut-être que la fin m’ait tellement marquée et donné envie de me jeter sur la suite.

Les personnages secondaires se révèlent également intéressants et plutôt nuancés à l’instar d’Héphaïstos, demi-frère de l’Ombre qu’il déteste. Ce dieu m’a touchée notamment pour sa totale dévotion envers une autre personne… Je n’en dirai pas plus sur ce personnage afin d’éviter de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous révéler que c’est peut-être celui qui m’a le plus surprise. On sent un réel potentiel autour de ce dernier, et je croise les doigts pour qu’il prenne encore plus d’importance dans la suite de la trilogie que je continuerai d’ailleurs avec plaisir.

En conclusion, je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Retrouvez un extrait/le roman sur le site des éditions J’ai lu pour elle.

 

Throwback Thursday Livresque #155 : Un livre que vous aimeriez relire

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Je ne suis pas une grande adepte des relectures, et vu la taille de ma PAL, c’est probablement une bonne chose. Mais il y a des romans que j’aimerais relire à l’instar de la trilogie de Philip Pullman, À la croisée des mondes.

«La jeune Lyra connaissait bien les Érudits : ces hommes l’avaient entourée toute sa vie, ils avaient fait son éducation, ils l’avaient punie ou consolée. Ils étaient sa seule famille. Peut-être même aurait-elle pu les considérer comme sa véritable famille si elle avait su ce qu’était une famille.» Élevée dans l’atmosphère confinée du prestigieux Jordan College, Lyra, accompagnée de son dæmon Pantalaimon, passait ses journées à courir dans les rues d’Oxford à la recherche éperdue d’aventures. Cette vie insouciante prend fin pourtant lorsqu’elle est confiée à Mme Coulter, au moment où Roger, son meilleur ami, disparaît, victime des ravisseurs d’enfants qui opèrent dans tout le pays. Mais lassée de jouer les petites filles modèles, et intriguée par la Poussière, une extraordinaire particule qui suscite effroi et convoitises, Lyra s’enfuit et entame un voyage vers le Grand Nord, périlleux et exaltant, qui lui apportera la révélation de ses extraordinaires pouvoirs et la conduira à la frontière d ‘un autre monde.

Pourquoi ce choix ?

Découvert dans sa version intégrale, cette trilogie m’avait fait passer de merveilleux moments de lecture, de ceux qui vous donnent envie de vous isoler jusqu’à ce que la dernière page soit tournée. J’avais d’ailleurs tellement apprécié cette histoire que mon père avait fini par la lire intrigué par mon enthousiasme. Néanmoins, au fil des années, les détails de l’intrigue se sont envolés de ma mémoire pour ne laisser que les grandes lignes et une ribambelle de sensations. Avant de découvrir la série télé, j’aimerais donc me replonger dans la magnifique œuvre de Philip Pullman.

Et vous, avez-vous lu cette trilogie ?
L’avez-vous appréciée ?

Vorrh, B. Catling

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Fleuve de m’avoir permis de découvrir Vorrh de B. Catling, un roman lu dans le cadre des Explorateurs de l’imaginaire.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La Vorrh est une forêt merveilleuse et effrayante. Tous ceux qui y pénètrent y trouvent soit la mort, soit l’oubli. Néanmoins, elle exerce une fascination quasi magnétique et un attrait irrésistible. On dit que le jardin d’Éden est dissimulé en son cœur. Personne ne l’a jamais explorée en entier, elle serait sans fin.
Pourtant, un homme a entrepris le périple. Un ancien soldat qui a tout abandonné pour suivre sa bien-aimée, Este. À sa mort, il a, suivant d’antiques rituels, emprisonné son esprit dans un arc et, écoutant ses murmures, s’est lancé sur la route…

Fleuve éditions (26 septembre 2019) – 484 pages – Broché (24,90€) – Ebook (17,99€)
Traduction : Nathalie Mege 

AVIS

La lecture du résumé laissait entrevoir un récit mystérieux, mais je ne m’attendais pas forcément à ce qu’il soit aussi dur et cruel, et qu’il provoque en moi un tel malaise. La scène d’ouverture gore à souhait aurait dû me mettre sur la piste tout comme ce passage où une sorte de cyclope connaît ses premières relations charnelles avec une machine conçue pour l’élever et lui permettre d’assouvir ses désirs sexuels. L’ambiance était donc un peu trop surréaliste, morbide et malsaine pour moi bien que certains éléments m’aient plu : le mélange entre des personnes ayant réellement existé et des êtres de fiction, l’atmosphère assez mystérieuse du livre, certains thèmes soulevés et le fait que les personnages, à défaut d’être attachants, se révèlent complexes, variés, intrigants et auréolés, pour la plupart, d’une certaine noirceur.

À cet égard, le personnage de Tsungali m’a semblé particulièrement intéressant. Villageois devenu policier et érigé en modèle de soumission par l’occupant anglais, il finira, après un séjour en Angleterre qui le bouleversera, par se révolter et participer à un massacre… Il sera néanmoins embauché des années plus tard pour traquer un individu, un Blanc, pour lequel il ne ressent aucune haine ni désir de vengeance, des sentiments qui ne pourraient que de toute manière nuire à sa mission. À travers ce personnage, l’auteur évoque, entre autres, la colonisation avec ces nouveaux venus qui imposent leurs croyances, leurs manières de faire et de penser, leurs richesses, et ces objets qui sont tout autant de moyens d’éblouir et d’asservir jusqu’à ce qu’une petite flamme fasse tout vaciller…

Et puis personnage à part entière si ce n’est LE personnage du roman, se dresse la Vorrh, mystérieuse, impétueuse et luxuriante forêt, baignée de mythes et de légendes, qui semble aussi intrigante que menaçante. Il est ainsi dit qu’à trop la côtoyer, on risque de perdre une partie de soi et voir son âme aspirée et effacée… Une mise en garde qui n’empêchera pas certains d’être inexorablement attirés par cette forêt, ses richesses et ses mystères, malgré les dangers qu’elle abrite en son sein, et que l’on découvre au fur et à mesure de l’intrigue.

Le roman se classe dans la catégorie des grands romans, de ceux dont l’ambition n’est pas d’offrir un divertissement consensuel et passe-partout, mais une œuvre à part entière dont la complexité et la richesse se dévoilent dans toute leur splendeur au fil des pages. Au cinéma, on serait ainsi plus dans un film d’art et d’essai que dans un blockbuster à l’américaine, ce qui se traduit ici par une lecture exigeante qui nécessite une attention de tous les instants rendant la lecture ardue et fastidieuse. Il m’a ainsi fallu prendre des notes pour arriver à suivre un minimum le déroulement de l’histoire, l’auteur sautant d’une époque, d’un personnage ou d’un événement à l’autre sans que le lien entre tous ces éléments soit, à première vue, évident. Néanmoins, les éléments finiront par s’imbriquer et s’amalgamer dans un ruisseau de sang, de peine et d’oubli.

Un fil conducteur difficile donc à appréhender ce qui m’a quelque peu déstabilisée ne sachant pas où voulait en venir l’auteur. Quant aux allusions religieuses et questions philosophiques étayant le texte, elles ont fini par me lasser et me faire ressentir un certain ennui. Bien que j’apprécie les histoires complexes qui requièrent de la concentration, je crains donc de ne pas avoir accroché à ce roman que j’ai trouvé parfois assez fouillis. J’ai, en outre, eu l’impression frustrante d’être passée à côté d’une partie du sous-texte comme si j’étais restée aux portes de la Vorrh sans ne jamais arriver à vraiment en pénétrer les profondeurs. Il faut dire que complexe et imagée, l’écriture de l’auteur a quelque chose d’insaisissable et de trop obscur pour moi me donnant parfois le sentiment de comprendre les mots sans arriver à dépasser leur symbolisme pour les faire prendre corps dans mon esprit.

En bref, Vorrh est un roman ambitieux, atypique, érudit et unique qui devrait plaire aux lecteurs cherchant une histoire complexe nécessitant une lecture attentive et « intellectuelle ». Pour ma part, malgré ses qualités et des passages qui ont éveillé mon intérêt, je crains d’être passée à côté et de ne pas avoir su saisir là où voulait en venir l’auteur. Pas pour moi, tout simplement…

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Fleuve éditions

Les outrepasseurs – Tome 1 : Les héritiers, Cindy Van wilder

J’ai lu ce premier tome des Outrepasseurs, qui dormait dans ma PAL depuis des lustres, en lecture commune avec Lire à la folie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l’attaque le visait personnellement et qu’elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d’un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d’une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout…

Gulf stream éditeur (6 février 2014) – 352 pages – Broché (18€) – Ebook (11,99€)

AVIS

Pas très doué sur un terrain de football, Peter, adolescent lambda, connaît pourtant une progression fulgurante qui impressionne même son entraîneur. Surprenant ! Mais ce n’est rien par rapport à la révélation brutale qu’il va devoir affronter suite à une attaque durant laquelle, sans l’aide de sa mère, il aurait probablement perdu la vie. Le début d’une nouvelle vie qui va le conduire chez un personnage aussi inquiétant qu’énigmatique, Noble. L’heure est venue de faire face à un passé et à un destin hors du commun ! Mais Peter est-il prêt à entendre la vérité et à découvrir ces secrets que sa mère lui a jusqu’à présent cachés ?

Après deux premiers chapitres haletants et emplis de mystère, l’autrice opère une nette coupure dans la narration. On quitte ainsi Peter pour se retrouver dans le passé à une époque que j’aime beaucoup, le Moyen Âge. J’aurais peut-être apprécié que cette alternance des époques soit amenée de manière un peu moins brutale et déstabilisante. On comprend néanmoins rapidement que ces flash-back ne sont pas le fruit du hasard, mais qu’ils apportent un éclairage sur la situation inattendue et périlleuse dans laquelle se retrouve, bien malgré lui, Peter ainsi que d’autres adolescents aussi déboussolés que lui. Ce premier tome se concentre donc bien plus sur le passé que sur le présent, un point qu’il vaut mieux prendre en considération avant de se lancer dans la lecture sous peine de ressentir une certaine frustration.

Sous couvert de fiction, l’autrice soulève des thèmes variés et intéressants : le fanatisme religieux et l’hypocrisie régnant chez certains ecclésiastiques plus intéressés par leur confort de vie que le bien de leurs ouailles, la solidarité, les superstitions qui poussent à commettre des horreurs qui ne sont pas sans rappeler la chasse aux sorcières, ce que l’on est prêt à faire et à sacrifier pour obtenir ce que l’on estime juste, des dilemmes moraux comme l’épineuse question du sacrifice individuel au profit de la collectivité, le fait que tout n’est jamais tout blanc ni tout noir…

À cet égard, si l’on comprend la légitimité du combat des Outrepasseurs contre les fés qui sont loin d’être des enfants de chœur, on ne peut que rejeter la personne chapeautant cette organisation secrète. Loin d’être un parangon de vertu, Noble n’hésite ainsi pas à réduire en esclavage ses ennemis et à entraver le libre arbitre d’adolescents encore sous le choc des révélations concernant leurs ancêtres et la malédiction dont ils subissent de plein fouet les conséquences… Peter ne sera d’ailleurs pas dupe et fera de son mieux pour lutter contre cet assujettissement qu’on lui impose et ces choix qui ne sont guère les siens !

Les différentes thématiques soulevées tout au long du récit m’ont surprise par leur dureté, l’autrice n’hésitant pas à jouer sur la frontière entre le bien et le mal, la mort et les décès violents. Un point qui m’a plu et qui m’a tenue en haleine puisque page après page, je n’avais qu’une envie, découvrir le sort réservé à ces personnages du passé. D’ailleurs, si je ne me suis point attachée à eux, je n’ai pu que compatir devant les épreuves traversées et les tourments endurés.

Il y a pourtant un protagoniste qui a su me toucher, le prêtre. Mû par une véritable foi et une volonté d’aider les autres, on le voit, petit à petit, se perdre en chemin et commettre des actes contraires à ses valeurs et à son éthique bien qu’il finisse par retrouver la voix de la raison. Il se sait dépasser par la situation, ne peut espérer de soutien de l’église et finit par être rejeté par les personnes qu’il tente de protéger, mais il fera de son mieux avec le peu de moyens dont il dispose pour sauver ceux qui peuvent encore l’être… Imparfait d’humanité, voici un personnage qui m’a brisé le cœur d’autant que l’autrice ne l’épargne pas.

J’ai également apprécié un personnage qui prendra probablement de l’importance par la suite et dont je vous laisserai le plaisir de la découverte. Je dirai simplement qu’il fait une entrée fracassante dans la vie de Peter qui va devoir apprendre à coexister avec cet être que l’on pressent malin, peut-être parfois fourbe, mais également débrouillard, perspicace et plutôt haut en couleur… À l’inverse, j’ai été révulsée d’horreur par un antagoniste du passé, le Chasseur. Froid, calculateur, pervers et manipulateur, il ne recule devant rien pour acculer ses proies et les faire siennes au grand dam de sa dernière victime et de son entourage. Je dis d’ailleurs chapeau à l’auteure pour la construction d’un personnage à l’esprit aussi détraqué qui apporte une vraie touche d’angoisse et d’horreur au récit !

Si j’ai été surprise de constater la place prise par le passé dans l’intrigue, ce qui confère d’ailleurs à ce premier tome des allures de grosse introduction, je reconnais avoir tout de suite adhéré au style et à la plume de Cindy Van Wilder. Pas de fioriture, mais un bel équilibre entre actions, descriptions et dialogues rendant la lecture aussi plaisante que fluide ! Quant aux allusions à des histoires et légendes comme Le Joueur de flûte de Hamelin ou le fameux et fabuleux Roman de Renart, elles renforcent cette impression d’être projeté en pleine période médiévale.

En résumé, ce premier tome nous offre une immersion efficace et menée d’une main de maître dans le passé de personnes confrontées à des forces surnaturelles et implacables qui changeront leur vie et celle de leurs descendants à jamais. Je suis maintenant curieuse de découvrir comment ces Héritiers vont faire face à la situation et à cette malédiction qui pèse sur leurs épaules…

N’hésitez pas à découvrir l’avis de Lire à la folie.

Retrouvez le roman sur le site des éditions Gulf Stream.

Premières lignes #90 : Vorrh, B. Catling

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vous présente les premières lignes de ma dernière lecture : Vorrh de B. Catling.


La Vorrh est une forêt merveilleuse et effrayante. Tous ceux qui y pénètrent y trouvent soit la mort, soit l’oubli. Néanmoins, elle exerce une fascination quasi magnétique et un attrait irrésistible. On dit que le jardin d’Éden est dissimulé en son cœur. Personne ne l’a jamais explorée en entier, elle serait sans fin.

Pourtant, un homme a entrepris le périple. Un ancien soldat qui a tout abandonné pour suivre sa bien-aimée, Este. À sa mort, il a, suivant d’antiques rituels, emprisonné son esprit dans un arc et, écoutant ses murmures, s’est lancé sur la route…

Fleuve éditions (26 septembre 2019) – 484 pages
Broché (24,90€) – Ebook (17,99€) – Traduction : Nathalie Mege 

PREMIÈRES LIGNES (hors prologue)

L’arc que j’emporte avec moi, je l’ai fabriqué à partir d’Este.
Elle est morte juste avant l’aube, il y a dix jours. Elle avait prévu sa fin alors qu’elle travaillait au jardin, vu l’emplacement entre les plantes où elle ne se tiendrait plus, élan d’une révélation sous le soleil de l’après-midi.
Venue au monde avec le don de divination, Este vivait dans l’attente de son départ – un vent suivi d’une vague, suivie d’une tempête. Les devins meurent en trois temps, d’abord par le dehors, puis vers le dedans.
Son prénom était Irrinipeste. Elle était fille d’Abungu et née dans la Vorrh, la vaste forêt menaçante selon elle plus ancienne que l’humanité.
Nous nous sommes dit adieu au cours des journées qui ont mené à sa nuit. Ensuite, tous mes ressentis furent écartés : il y avait des rituels plus importants à accomplir. Cela, je le savais. Tout avait été décrit et dévoilé dès que nous avions accepté d’être ensemble

Je vous en reparle lundi, mais je crains d’être passée à côté de ce roman dont je n’ai pas vraiment réussi à identifier la finalité et qui m’a donné l’impression de ne pas posséder le bagage culturel et intellectuel nécessaire pour arriver à l’apprécier dans sa globalité et à en saisir toute la quintessence.

 

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

 

Galénor, Le livre des portes, Audrey Verreault

Couverture Galénor, tome 1 : Le livre des portes

Je remercie Audrey Verreault de m’avoir invitée à découvrir son roman, Galénor.

PRÉSENTATION

Dans un monde où cohabitent humains, elfes et inferniths – des êtres hybrides mi-humains, mi-démons comme des muses, des vampires, des chimères… la guerre fait rage. Mené par un mage noir nommé Kendrick, un groupe d’inferniths terrorise Galénor depuis des décennies – meurtres, maisons incendiées et disparations s’enchaînent… JudyAnn, une jeune paysanne, voit sa vie changée à jamais lorsque le célèbre Edgar Grimm Mérindol lui apprend qu’elle est une géminie, sorte de magicienne qu’elle croyait pourtant disparue… Elle partira pour la grande cité de Godwynn où elle apprendra à maîtriser ses pouvoirs avec Vincent, un professeur et un vampire pas comme les autres…

Amitié, amour, trahisons, surprises et dangers mortels l’attendent, dans un monde où il est parfois difficile de différencier le vrai du faux et où de vieilles craintes et superstitions se sont installées…Le livre des Portes est le premier tome des aventures de JudyAnn à travers Galénor.

AVIS

Galénor est un roman de fantasy efficace qui repose en grande partie sur un univers riche et très complet que l’on sent pensé avec soin, ou du moins, c’est l’impression que ma lecture m’en a laissé. Au gré de votre lecture, vous ferez la connaissance de tout un panel varié de créatures des plus courantes et connues aux plus inventives : loups-garous, vampires, elfes, gorgones, chimères, bayards…

Ces créatures s’insèrent avec naturel dans un monde scindé entre magie blanche et magie noire, entre lumière et ténèbres. Pour autant la situation est loin d’être aussi simple ! Très vite, on perçoit un malaise vis-à-vis du racisme dont font preuve les « gentils ». Certes, ils se refusent à employer la magie noire supposée corrompre les âmes, mais cela ne les empêche pas de mettre au ban de la société les inferniths, ces hybrides mi-hommes mi-démons, dont le seul tort est de ne pas être nés hommes.

De la même manière, si l’on peut comprendre l’antagonisme entre mages blancs et mages noirs, certains de ces derniers n’hésitant pas à piller et à tuer, comment accepter une société dans laquelle aucune nuance n’est permise ? Considérer chaque mage noir comme un démon sans lui laisser le bénéfice du doute n’est-il pas profondément injuste, et cela n’entretient-il pas inutilement le terreau de la guerre ? En se comportant de la sorte, les mages blancs méritent-ils vraiment de porter ce nom ?

Tout autant de questions que vous ne pourrez que vous poser à la lecture de cette histoire qui, sous couvert de fiction, aborde des thèmes importants comme l’intolérance, le poids des préjugés, le cercle vicieux de la méfiance, mais aussi la rédemption, le droit à une seconde chance, l’amour, l’amitié… Pour ma part, si cette question de l’intolérance qui est en filigrane tout au long du livre m’a intéressée, j’ai regretté une romance bien trop rapide et quelque peu clichée : la jeune ingénue qui n’est jamais sortie de son village qui tombe amoureuse presque tout de suite du protagoniste masculin, vampire séduisant de surcroît, l’amour impossible qui ne l’est pas tant que ça, des amoureux qui changent d’avis à chaque page alternant entre « je l’aime du plus profondément de mon âme » à « non, je ne peux pas l’aimer »…

C’est néanmoins le seul point qui ne m’a pas convaincue, le reste du roman s’étant révélé à la hauteur de mes attentes que ce soit au niveau du bestiaire que j’ai adoré, des thèmes abordés, ou encore de l’action bien dosée. Il n’y a ainsi aucun temps mort dans ce récit où il se passe toujours quelque chose, les personnages alternant entre apprentissage de la magie, enquête sur des meurtres et attaques de mages noirs et recherche de moyens pour se protéger du plus dangereux d’entre eux, Kendrick, d’autant que celui-ci semble avoir une connexion particulière avec JudyAnn.

La jeune fille est au centre de ce premier tome et je dois dire que j’ai mis un peu de temps à l’apprécier, cette dernière ayant, en début de roman, quelques préjugés sur les non-humains. On peut comprendre qu’elle a été formatée par une éducation en vase clos qui la rend peu accueillante en matière de diversité, mais qu’est-ce qu’elle a pu m’exaspérer avec ces « je l’aime mais je ne peux pas, c’est un VAMPIRE ». Fort heureusement, l’ingénue des débuts va laisser place à une jeune fille qui s’affirme de plus en plus osant désobéir aux directives qui ne lui semblent pas justes même si elle ne prendra pas toujours les meilleures décisions. Il faut dire que passer du statut de villageoise à celui de gémini n’est pas une chose aisée et demande quelques ajustements !

Les géminis sont des couples de sorciers vivant en symbiose, la mort de l’un signifiant celle de l’autre. Un statut rare et précieux que JudyAnn va devoir, aux côtés de trois autres camarades dont sa sœur qu’elle ne connaissait pas, s’approprier. Les géminis possèdent, en outre, tous un pouvoir qu’ils doivent découvrir et apprendre à maîtriser.. J’ai adoré le concept développé par l’autrice qui se révèle aussi fascinant que terrifiant comme le découvriront par eux-mêmes certains personnages. J’ai également apprécié le pouvoir, ou plutôt les pouvoirs, de notre héroïne dont elle aura fort besoin pour traverser les épreuves qui se présenteront à elle, affronter les nombreux dangers qu’elle ne manquera pas de rencontrer et faire face à sa véritable nature. Attendez-vous donc à quelques révélations mais aussi à des trahisons…

Les personnages secondaires sont variés et complémentaires même si j’ai regretté que leurs personnalités ne soient pas plus creusées, mais cela est peut-être prévu par la suite puisque nous sommes ici dans un premier tome. Je les ai donc trouvés sympathiques sans vraiment développer d’attachement pour eux. J’ai, en revanche, adoré Mérindol, un magicien bienveillant, altruiste, doux, tolérant et profondément humain qui sera un peu le mentor des quatre géminis. Sa passion pour les illusions d’optique et leurs significations, en plus de correspondre assez bien à ce personnage excentrique, est intéressante et ajoute à l’aura de mystère qui se dégage du récit…

L’univers dépeint par l’autrice, alliance de modernité et de tradition, les tablettes côtoyant sans peine les parchemins enchantés, est riche et complexe, mais n’en demeure pas moins très accessible que l’on soit coutumier ou non de la fantasy. Les informations essentielles sont ainsi distillées au compte-goutte, ce qui permet de s’approprier facilement l’histoire d’autant que la plume immersive et plutôt dynamique de l’autrice rend la lecture simple, fluide et agréable.

En conclusion, GalénorLe livre des portes est un roman de fantasy qui s’appuie sur un bestiaire étoffé et un monde parfaitement pensé en amont pour offrir un univers riche, complexe et détaillé dans lequel on prend plaisir à s’immerger. Entre apprentissage de la magie, découverte de deux forces opposées en action, amour, amitié, trahisons et mystère, les personnages seront poussés dans leurs retranchements et réaliseront que les règles sont parfois faites pour être transgressées ! Mages blancs, contre mages noirs, bien contre mal, et si finalement, tout n’était pas si simple ?

Site de l’autrice – Retrouvez le roman sur Amazon

Throwback Thursday Livresque #132 : Quête

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Avec un tel thème, difficile de ne pas penser directement à La Quête d’Ewilan, mais j’ai préféré vous parler d’un roman un peu moins connu, mais qui m’avait beaucoup plu : Le Royaume de Messidor d’Eunice D.M.

« Un voyage en Écosse qui tourne au cauchemar. Un étrange livre. Un majestueux aigle noir. Et deux adolescents à la vie tout à fait normale. D’un côté, Thomas qui vit en France et, de l’autre, Anaël qui réside au royaume de Messidor. Leur rencontre était improbable, mais le destin en a décidé autrement ! »

Pourquoi ce choix ?

Alors qu’il se rendait en Écosse auprès d’un oncle dont il vient à peine de découvrir l’existence, Thomas va être transporté dans un autre monde où, en plus de subir une transformation des plus originales, il va lui être confié une mission importante… Pas très enthousiaste à l’idée de se lancer dans une quête énigmatique auprès d’un jeune homme peu avenant, il vivra néanmoins à ses côtés une aventure épique et pleine d’actions.

Pour en apprendre plus sur ce roman, n’hésitez pas à lire ma chronique dont voici la conclusion :

Le Royaume de Messidor devrait plaire à tous les lecteurs, petits ou grands, qui ont envie de découvrir une histoire faisant la part belle à l’amitié et à l’aventure. Mais Le Royaume de Messidor c’est aussi de belles batailles, des créatures peu amicales, un complot, de la magie, du mystère… Alors qui est prêt à rejoindre Thomas et Anaël dans une aventure qui ne laisse pas de place à l’ennui ?

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Vous tente-t-il ?