Box de Noël France Loisirs (2020)

Quand Aurélie, de chez France Loisirs, m’a proposé de m’envoyer une box de Noël, j’ai été ravie, appréciant toujours les surprises !

J’ai ainsi eu le plaisir de recevoir, dans une très belle boîte, une carte, un catalogue, un photophore en forme d’étoile et deux livres dont un qui était dans ma wish list, l’intégrale de Grisha. Je possède déjà les deux premiers tomes que j’ai d’ailleurs chroniqué sur le blog (Grisha, Le dragon de glace), mais je résiste rarement à une jolie couverture…

L’intégrale. 1 livre, 3 romans

Le royaume de Ravka est une terre maudite, divisée par le Shadow Fold, une épaisse nappe de ténèbres peuplée de monstres sanguinaires.
Jeune apprentie cartographe, Alina y est envoyée en mission avec son ami Mal pour accompagner de puissants magiciens, les Grisha. Alors qu’ils sont attaqués par d’horribles créatures, elle les repousse en émettant une déferlante de lumière.
Dès lors, son destin prend une autre tournure : Alina est l’Invocatrice de lumière, celle qui pourrait vaincre le Shadow Fold. Pour cela, elle doit rejoindre les Grishas et apprendre à maîtriser ce don qu’elle ignorait posséder.
Mais dans la capitale, les pièges sont nombreux…

PRIX : 21,50€

Quant à L’épouse et la veuve, le résumé et la couverture me tentent aussi beaucoup.

Un secret mortel
Une île sauvage
Déjà la tempête s’annonce…
Sur une île sauvage au large de l’Australie, deux femmes confrontées aux secrets de leurs époux.
Le mari de Kate a disparu, laissant derrière lui de troublants mensonges, tandis qu’Abby doit soudain faire face à un homme distant et dissimulateur.
Bientôt un cadavre est découvert et les deux femmes sont amenées à se rencontrer. Et si cette histoire était plus compliquée qu’il n’y paraît ?
Préparez-vous à être surpris avec ce captivant suspense à l’atmosphère envoûtante.

PRIX : 16,50€

Pour retrouver ces livres et beaucoup d’autres, ça se passe sur le site de France Loisirs.

Des cadeaux pour toutes les envies !

Et vous, ces romans vous tentent-ils ?
Connaissez-vous le Grishaverse ?

La Guilde des aventuriers (tome 1), Zach Loran Clark et Nick Eliopulos

La Guilde des aventuriers, tome 1 : La Guilde des Aventuriers par Loran Clark

Bienvenue dans la Guilde des Aventuriers.
Nul ne connaît leur nombre exact. Elle est composée d’illuminés à la cervelle ensorcelée et autres créatures corrompues par les démons, tous lourdement armés.
Voici la consigne : rester en vie jusqu’à demain matin.
Pierrefranche est l’une des dernières cités survivant à l’assaut des monstres qui ont envahi le monde. Différentes guildes y organisent la résistance. Parmi elles, celle des Aventuriers a mauvaise réputation :
Ses apprentis sont recrutés de force.
Ses membres meurent jeunes.
Zed, un demi-elfe aux pouvoirs magiques, est désigné pour rejoindre la guilde des Aventuriers. Son meilleur ami Brock décide alors de se porter volontaire pour l’accompagner. L’intrépide Liza, elle, née d’une famille de nobles, a toujours rêvé d’entrer dans la Guilde.
Zed, Brock et Liza vont peu à peu découvrir, derrière les murailles de la ville, un monde aussi dangereux que merveilleux. Or, les Aventuriers sont la dernière ligne de protection de la ville…

Bayard Jeunesse (23 septembre 2020) – 448 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
À partir de 10 ans

AVIS

La Guilde des aventuriers fut une lecture jeunesse divertissante que j’ai pris grand plaisir à découvrir.

Dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de nous expliquer le fonctionnement des différentes guildes et de ce monde ravagé par les Dangers, des créatures qu’il ne fait pas bon de croiser. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle la cité de Pierrefranche, l’un des derniers bastions de résistance, vit cloîtrée derrière son enceinte. Seuls quelques individus osent et sont autorisés à en franchir les portes. Ces derniers, des Aventuriers avec un grand A au regard des risques qu’ils prennent pour leur vie, sont tous regroupés au sein de la guilde des Aventuriers.

Et c’est au sein de cette organisation que sont enrôlés Zed et Brock, l’un à son corps défendant, et l’autre par amitié, à moins que ses motivations soient un peu plus complexes que cela… J’ai adoré l’amitié unissant ces deux enfants qui ne pourraient être plus différents, mais qui ont pourtant su bâtir des liens forts que l’on espère inébranlables. Car leur amitié va être mise à rude épreuve entre les petites cachotteries, les découvertes sur eux-mêmes, et tous ces Dangers et menaces qu’ils vont devoir affronter… Les amateurs de monstres et de créatures fantastiques pas très ragoûtantes devraient être ravis, les auteurs nous offrant quelques rencontres mouvementées avec des Kobolds, Nagas et autres joyeusetés. On appréciera d’ailleurs, en fin d’ouvrage, les quelques planches les représentant et nous indiquant leurs principales caractéristiques.

De l’action, ce premier tome n’en manque pas, ce qui rend la lecture extrêmement trépidante et agréable. Que l’on soit jeune lecteur ou non, les pages défilent donc rapidement d’autant qu’en plus du rythme qui ne souffre d’aucune longueur, une large et belle place est accordée à l’amitié. L’amitié de toujours comme celle entre Zed et Brock, mais aussi l’amitié de circonstance puisque les deux jeunes héros font faire de nouvelles rencontres au sein de leur guilde. On pensera plus particulièrement au nain Jett que les auteurs n’épargnent pas ou à l’intrépide Liza, une jeune fille haute en couleur que j’ai adoré suivre bien que j’aurais apprécié qu’elle soit plus présente dans ce premier tome.

Liza est issue de la noblesse, mais contre toute attente, elle se porte volontaire pour intégrer la guilde des Aventuriers. Une décision plutôt inattendue si l’on considère que bien qu’indispensable, cette organisation est vue d’un mauvais œil par les habitants. Repaire de brigands, pour les uns, lieu de perdition pour les autres… Mais peu importe pour la jeune fille qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui est bien décidée à troquer ses belles robes contre un bouclier et une épée. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle s’épanouit dans son rôle de guerrière !

Brock, quant à lui, se révèle peut-être un peu moins doué avec les armes que Liza, mais il a pour lui son bagout, son intrépidité et sa propension à se sortir de toutes les situations. Cette différence de personnalité explique peut-être la relation chien-chat que les deux personnages vont nouer, sans oublier les préjugés de Brock sur le milieu d’origine de la jeune fille... Mais heureusement devant la situation, ils vont apprendre à travailler ensemble, car après tout, étrange ou pas, la guilde des Aventuriers est une grande famille dont les membres veillent les uns sur les autres.

Et comme souvent dans les grandes familles, il y a une figure forte qui suscite crainte et respect. J’ai beaucoup aimé Fond qui nous semble, dans un premier temps, bourrue et impitoyable, la femme n’hésitant pas à envoyer ses jeunes recrues affronter les Dangers sans grande préparation. Mais de fil en aiguille, il nous apparaît que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que Fond n’est peut-être pas cet être sans cœur dont certains aimeraient se débarrasser, pour des motifs plus ou moins nobles… En tant que dirigeante d’une guilde importante, elle doit prendre des décisions parfois difficiles, mais on sent que tous ses actes sont dirigés vers la protection de la cité malgré le mépris que les habitants affichent à son égard…

Un mépris, ou du moins, une certaine méfiance que Zed, en tant que demi-elfe, a dû également affronter toute sa vie, bien que ce soit pour des raisons différentes… Malgré sa timidité et ses nombreux doutes, il saura faire preuve de courage, prendre des initiatives et nous réserver quelques surprises. On reste dans le schéma classique d’un jeune héros au grand destin, mais ça marche ici très bien, les auteurs n’en faisant pas trop. Zed possède une force dont il n’a pas encore conscience, et qui pourrait le mettre en danger ainsi que tous ses proches, mais ce n’est pas non plus le super héros qui peut résoudre à lui seul tous les problèmes.

Un point que j’ai, pour ma part, beaucoup apprécié et qui permet de mettre en lumière l’importance du travail d’équipe pour faire face aux Dangers, à l’avidité de certains et à des découvertes qui menacent l’ordre et la sécurité de Pierrefranche. Et si finalement, le danger ne provenait pas que de l’extérieur ? Une question qui s’impose à nous et qui entraîne les personnages dans une course folle à la vérité, une course empreinte de magie, de mystère, d’amitié et d’action !

La fin, quant à elle, laisse entrevoir une suite dans laquelle le danger s’intensifie, qu’il soit le fait des créatures qui hantent le monde ou d’une chose beaucoup plus triviale. Je lirai donc la suite avec plaisir dans l’espoir, entre autres, d’obtenir certaines réponses quant aux origines de Zed, et peut-être, d’en apprendre plus sur certains personnages qui n’ont joué ici qu’un rôle mineur. Je serais ainsi curieuse de découvrir quelle place Jett va occuper au sein de la guilde, mais aussi comment un personnage, en apparence agaçant, va évoluer, certains indices laissant supposer que son cas n’est pas désespéré.

En conclusion, dans ce premier tome, les auteurs prennent le temps de poser les bases d’un univers d’inspiration médiévale dans lequel un groupe de parias, regroupés au sein d’une guilde autant méprisée que respectée, lutte pour assurer la sécurité d’une cité en proie à des créatures qui se veulent de plus en plus menaçantes. En plus de l’action omniprésente, de la magie et de ce petit air de complot qui attise la curiosité des lecteurs, l’intérêt du roman réside également dans ses protagonistes divers et variés que l’on prend plaisir à découvrir et à suivre dans leurs (més)aventures !

Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La Septième Fée 1 – Idrasil, Susie Norman

Idrasil: La Septième Fée, T1 par Norman

À l’origine de la création de la terre d’Adara, six fées avaient été conçues pour protéger ses habitants. Unies, elles étaient invincibles grâce à leur talisman. Mais l’une d’elles, Magda, succomba à l’attrait du pouvoir et du mal, et s’allia avec le seigneur sombre de Tanis…

Évidence Éditions (16 octobre 2020) – 210 pages – Broché (14€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Attirée par la très belle couverture, j’ai eu envie de découvrir ce titre de fantasy young adult que j’ai trouvé sympathique et plutôt accessible, notamment pour les lecteurs peu coutumiers du genre.

Six fées, chacune avec un pouvoir différent, ont été créées afin de maintenir l’équilibre du monde. Malheureusement, l’une d’entre elles, Magda, ivre de pouvoir, a fini par trahir ses « sœurs » et s’allier avec le seigneur de Tanis avant d’imposer sa loi et le règne de la terreur… Cette reine-fée est vicieuse, sournoise et extrêmement puissante d’autant que son alliance maléfique lui assure le soutien d’une terrifiante armée d’hommes-serpents. Si le couple maléfique semble intouchable, Magda n’en demeure pas moins inquiète : une vieille prophétie annonce l’arrivée d’une septième fée destinée à purger le monde de sa noirceur. Bien décidée à éviter cette menace, elle prend donc les mesures qui s’imposent et fait kidnapper les jeunes filles pouvant correspondre à la prophétie.

Nessaora n’a alors pas d’autre choix que de s’enfuir avec son frère aîné, Nao, et le prince Sigis venu avertir les paysans du danger. Est-elle cette septième fée sur laquelle repose tant d’espoir ? Aucune certitude à l’issue de ce premier tome, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprendre à apprécier cette jeune fille arrachée à une famille aimante et bienveillante. J’ai d’ailleurs beaucoup aimé les liens unissant Nessaora à ses deux frères, à sa mère et à son grand-père. Avant que Madga ne vienne bouleverser leur vie, tous les cinq menaient une existence simple, mais plaisante, rythmée par les vendanges et les veillées au coin du feu à écouter Yun, le grand-père, raconter de fantastiques aventures.

Mais si toutes ces histoires n’étaient pas que des contes ? De fil en aiguille, on découvre ainsi le passé de ce grand-père qui fut également un grand guerrier respecté et auréolé de hauts faits de gloire. Ce personnage m’a beaucoup touchée que ce soit en raison de sa bienveillance, de son passé ou d’un choix cornélien qu’il a dû prendre et qui l’a profondément marqué. Le destin semble néanmoins lui offrir une seconde chance ou, du moins, la possibilité de faire la paix avec lui-même…

Alors que je m’attendais à suivre principalement le trio de départ, l’autrice a préféré diviser son récit entre plusieurs fronts et personnages. Le procédé ne manque pas d’intérêt pour dynamiser l’intrigue et rendre la lecture plutôt addictive, mais j’ai parfois eu le sentiment que cela s’est fait au détriment de la psychologie des personnages qui aurait mérité d’être un peu plus développée. On pourrait également regretter une tendance au manichéisme avec des personnages assez stéréotypés : le prince Sigis est le portrait type du preux chevalier quelque peu naïf, mais aux nobles idéaux, et Magda, celui de la grande méchante assoiffée de pouvoir…

J’ai toutefois apprécié de suivre la fée renégate et son sombre allié dans leurs plans machiavéliques et de découvrir jusqu’où ils étaient prêts à aller pour maintenir leur emprise. Attendez-vous donc à des scènes d’action parfaitement orchestrées et assez immersives pour avoir l’impression d’assister de près à ce combat entre les ténèbres et la lumière, entre une fée pervertie par la soif de pouvoir et une autre prête à reprendre les armes pour sauver son peuple.

Dans son combat pour le bien, cette dernière pourra heureusement compter sur des alliés qu’ils fassent partie du commun des mortels ou qu’ils soient de courageux chevaliers fidèles aux idéaux défendus par leur prince, et non par leur roi, un lâche bien indigne de sa grande lignée… Si Magda et le seigneur de Tanis se révèlent repoussants par la noirceur de leur âme et leur manque évident d’humanité, c’est ce roi, qui n’en porte que le titre, qui m’a le plus répugnée et indignée. Couard, il n’hésitera pas à trahir ses sujets pour assurer sa propre sécurité comme il n’a pas hésité à le faire par le passé. Au cours de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de me demander comment un tel être avait pu engendrer un fils aussi droit et courageux !

En plus des fées, le roman met en scène d’autres créatures comme un dragon qui m’a étrangement touchée, peut-être en raison de son attachement pour un trésor d’un genre particulier. Mais ce qui m’a le plus fascinée est cette figure de l’homme-serpent capable de se métamorphoser suivant les circonstances. N’étant pas fan des serpents, j’avoue que l’idée de me retrouver devant avec un tel spécimen m’a quelque peu fait froid dans le dos. Mais c’est finalement sous leur forme humaine que ces hommes-serpents se montrent les plus cruels et implacables…

Quant à la plume de l’autrice, je l’ai trouvée fluide, agréable et aussi convaincante dans les phases d’action que dans les moments plus descriptifs. Ainsi, si l’autrice ne s’appesantit pas sur les détails, elle prend néanmoins le temps de bien poser son décor afin que nous puissions nous immerger complètement dans son récit et son univers, un univers sombre, mais sur lequel se lève un vent d’espoir.

En conclusion, dans ce premier tome, nous découvrons les enjeux et les principaux protagonistes d’une lutte épique dont on ne peut qu’attendre le dénouement avec impatience et une certaine fébrilité. Rythmé et immersif, La septième fée offre un moment de divertissement plein de tension et d’action qui devrait plaire aux adolescents et aux adultes souhaitant se lancer dans un roman de fantasy accessible, mais riche en péripéties.

Retrouvez La septième fée sur le site d’Évidence Éditions que je remercie pour me l’avoir envoyé en échange de mon avis.

Sigurd, Federico Saggio

Plongez-vous dans l’univers mythologique scandinave !

Sigurd, dernier représentant d’une lignée issue de l’union d’Odin, roi des Ases, et d’une mortelle, est confié à la mort de ses parents à Mîme, le plus grand Artisan-Forgeron des Nibelungen. Ce dernier est censé l’éduquer dans l’espoir qu’il puisse un jour accomplir la tâche qui lui est échue : tuer le dragon Fafnir, reprendre le trésor maudit au nom des Ases et enfin le protéger de sa vie.
Quant à Sigurd, ce sont d’autres ambitions, d’autres rêves qui l’animent. Le Feu d’Odin coule dans ses veines, il veut vivre ! Quel dommage que les Dieux ne l’entendent pas de cette oreille… car il n’est pas de plaisir plus savoureux pour les Ases, que d’assister à la déchéance d’un mortel qui se débat avec les affres de la destinée.

Auto-édition (9 juin 2020) – 246 pages – Broché (14,99€)

AVIS

C’est la superbe couverture et la promesse d’une plongée dans la mythologie scandinave qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que j’ai dévoré en deux soirées, complètement séduite par la très belle plume de l’auteur, alliance de brutalité, d’élégance et de poésie. Un mélange efficace et hypnotique qui sied à merveille à l’atmosphère sombre de ce roman dans lequel l’auteur n’hésite pas à faire couler le sang et à arracher des viscères.

Âmes sensibles s’abstenir donc même si la beauté de la plume de l’auteur permet aisément de passer outre l’éventuel dégoût pour savourer toute la quintessence et l’étrange splendeur de ces scènes crues et intenses. Parce que dans ce roman, il y a du beau derrière le drame, de l’espoir derrière le malheur, et de la magnificence derrière la vie d’un protagoniste qui se veut bien plus antihéros que héros, à moins qu’il ne se situe à la lisière des deux.

Federico Saggio semble s’être particulièrement investi dans la psychologie de son protagoniste qui ne manquera pas de susciter en vous des émotions ambivalentes, mais toujours d’une grande intensité : exaspération devant son mépris affiché envers ceux qu’il considère comme inférieur à lui soit tout le monde, empathie durant les rares moments où sa carapace se fissure, compréhension devant sa soif d’en apprendre plus sur ses origines, dégoût devant sa bestialité et sa propension à se laisser guider par ses instincts en dépit de toute notion de bien et de mal…

Il y a d’ailleurs quelque chose de presque naïf dans le comportement de Sigurd qui tue sans se poser de question, un peu comme un enfant volerait le jouet d’un autre avant qu’on ne lui apprenne les règles de la vie en société. Il faut dire que jusqu’à présent, Sigurd n’a pas vraiment eu de contact avec l’extérieur et que ses interactions se sont limitées à celles avec son tuteur, un homme méprisant et quelque peu maltraitant. Cela n’excuse pas ses exactions, mais permet d’un peu mieux comprendre cette figure de la mythologie scandinave dont l’auteur nous propose ici une interprétation tourmentée et fascinante.

Cette personnalité ambivalente explique peut-être l’étrange attraction que Sigurd a su exercer sur moi et qui m’a poussée à suivre ses aventures sans pouvoir détourner les yeux malgré ses accès de violence, son arrogance, et cette douce folie meurtrière qui semble, peu à peu, le consumer… Les pages se tournent à une vitesse folle devant notre envie d’en savoir plus, toujours plus, sur ce personnage auréolé d’une bonne dose de mystère et de danger. On suit donc la tête pleine de questions et la boule au ventre Sigurd dans sa mission confiée par les Dieux dont il est le descendant : tuer Fafnir et récupérer le trésor perdu des Nibelungen.

Néanmoins, Sigurd n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite par qui ou quoi que ce soit. Épris de liberté, il a bien d’autres objectifs comme celui de se forger sa propre légende, ce qui le conduira à faire différentes rencontres, plus ou moins sympathiques, à lutter contre la faim et le froid, à survivre à de dangereuses créatures, à faire une alliance avec un prince, à tuer encore et encore, parfois à son insu, victime d’horribles hallucinations…

Mais si la légende de Sigur, fils de Sieglinde, fils de Sigmund, commence à s’étendre, une réalité s’imposera à notre héros : on ne peut pas jouer avec la patience des Dieux indéfiniment et en toute impunité ! Cette liberté revendiquée par Sigurd, n’est-elle finalement pas qu’une douce illusion dans un monde façonné par les Dieux ? Le libre arbitre existe-t-il réellement ou s’efface-t-il devant la volonté et les desseins divins ? Et dans ce cas, si tout est écrit d’avance, pourquoi lutter contre sa destinée ?

Au-delà des questions intéressantes autour de la notion de liberté, de destin et d’héritage familial soulevées par l’auteur, j’ai adoré suivre la déchéance de Sigurd qui va devoir tomber très bas avant de se relever et de pouvoir viser le ciel ! Les faits d’armes vont donc alterner avec des moments moins reluisants pour lesquels même le très fier Sigurd aura bien du mal à retirer de la gloire… Au cours de son voyage, il fera également des rencontres qui le pousseront dans ses retranchements, lui permettront d’évoluer, et, parfois, de gagner un peu en humanité.

Je pense notamment à sa rencontre avec un homme au physique disgracieux, mais à la grande bonté, qui m’a beaucoup touchée. Cet homme nous prouve que les apparences sont parfois trompeuses et que la vraie beauté ne se voit pas sur un visage. Sigurd s’ouvrira également à des sentiments nouveaux qui, dans un premier temps, le déstabiliseront avant de le pousser à reprendre sa destinée en main, non pas pour satisfaire les caprices des dieux, mais pour répondre aux élans de son cœur et de son désir.

Je ne me suis pas attachée au personnage, bien qu’il m’ait parfois étrangement touchée, mais son évolution est intéressante et sa personnalité assez complexe pour me donner envie de le voir vaincre ses adverses qu’ils soient humains ou non. À cet égard, l’auteur nous offre une sympathique plongée dans la mythologie scandinave avec des créatures fantastiques qui font froid dans le dos et des dieux que l’on connaît tous au moins de nom (Odin, Loki…). Connaissant peu cette mythologie, j’avais un peu peur d’être perdue, mais ce ne fut pas le cas, le roman se révélant très accessible même pour les néophytes !

J’ai donc apprécié cette immersion dans la mythologie scandinave qui n’a rien à envier à la mythologie grecque : relations familiales complexes et incestueuses, drames, dieux désinvoltes quant au sort des mortels… Il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas avec les dieux et leurs caprices, a fortiori quand on suit les aventures de l’un de leurs descendants qui semble bien décidé à suivre dorénavant sa propre voie et à délivrer l’objet de ses désirs de son triste sort.

Y arrivera-t-il ? Il faudra lire le deuxième tome pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’après une période de doute, on sent chez notre héro/antihéros un regain de confiance et une détermination à toute épreuve qui risque fort bien de sceller son destin, un destin qui sera, sans aucun doute, épique ! Ne nous reste plus qu’à attendre que le scalde Federico Saggio nous narre la suite des exploits de Sigurd, fils de Sieglinde, fils de Sigmund !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Cœur de menhir – tome 3 : Le chaos d’Askaod, Adrien Hortemel

Cœur de menhir: 3 - Le chaos d'Askaod par [Adrien Hortemel]

Les nouveaux druides sont désormais investis d’une mission : reformer le cénacle des druides. Cependant, après avoir été dupé par les Broc’h, leur groupe est divisé et leurs quelques alliés sont défaits ou emprisonnés. Dans leur sillage, le sang a coulé, les pertes ont été importantes. Leurs détracteurs se sont emparés des faits et les utiliseront en leur faveur. Les espoirs reposeront sur Sigrid, si tant est qu’elle puisse agir. Mais le groupe survivra-t-il aux calomnies et aux révélations, alors que dans l’ombre, le Dalc’h continuera de rallier des nouvelles âmes.

Auto-édition – 525 pages – Broché (19€) – Ebook (6,99€)
Illustrations : Christophe le Galliot

AVIS

Avis du tome 1 – Avis du tome 2 : Les nouveaus druides

La série comportant un certain nombre de personnages et des intrigues multiples, j’ai eu peur, en me lançant dans ce troisième tome, de ne pas retrouver mes repères, mais mes craintes se sont envolées dès les premières pages avec un prologue captivant qui prouve la capacité de l’auteur à nous surprendre. Il a ainsi pris le parti de commencer son roman avec des personnages qui nous sont inconnus, mais pour lesquels on se prend tout de suite d’affection à nos risques et périls d’ailleurs. En effet, les choses débutent de manière plutôt dramatique et fracassante !

L’auteur ne tombe néanmoins jamais dans le gore ou la surenchère, ce qui explique probablement le plaisir que je prends à le lire, mais il a une manière bien à lui de nous plonger régulièrement dans des scènes d’action réalistes, immersives et palpitantes. Pour ma part, j’ai apprécié le savant dosage qu’il a su trouver entre scènes de combats classiques à l’arme blanche et confrontations durant lesquels la magie prend toute son importance. Une magie aussi puissante que dangereuse qu’essaie toujours de dompter et maîtriser Dairen que j’ai retrouvé ici avec plaisir même si dans ce tome, je lui ai préféré d’autres personnages…

Le jeune homme poursuit sa lutte contre le mal et va, de nouveau, être confronté à différentes épreuves. Pour l’épauler, il pourra heureusement compter sur des amis et connaissances, plus ou moins sympathiques, mais aussi sur des personnes nouvellement rencontrées dont une dryade débrouillarde et avenante. Son aide ne sera pas superflue au regard du périple entrepris et des multiples dangers rencontrés en cours de route, certains conduisant Dairen à prendre des décisions difficiles qui mettront à mal sa notion d’amitié et le feront parfois douter de la direction à prendre…

J’ai apprécié la manière dont l’auteur exploite la figure de la dryade que je connais peu et que je n’ai jamais vue prendre part à une aventure épique comme celle-ci. J’ai également trouvé ce personnage assez complémentaire avec Dairen et ai pris plaisir à suivre la dynamique qui se développe progressivement entre les deux. Une dynamique qui viendra, dans une certaine mesure, compenser une amitié qui s’est nettement détériorée dans ce tome et qui risque de fragiliser un équilibre précaire que la raison voudrait que nos héros essaient de sauvegarder à tout prix ! Mais les émotions, les secrets et les malentendus semblent ici trop forts pour que les choses s’apaisent, du moins, pour le moment…

En plus de Dairen, on retrouve d’autres personnages plus ou moins familiers comme Krah’m, Morwenna, Sigrid… Si Morwenna demeure cette calculatrice chevronnée prête à tout pour atteindre ses objectifs, on lui découvre toutefois une fragilité et une humanité qui m’ont agréablement surprise. Je dois d’ailleurs dire que j’ai été frustrée de ne pas savoir ce qu’elle devient alors qu’on la quitte en mauvaise posture, mais peut-être que son sort nous sera dévoilé dans la suite de la série… Quant à Sigrid, elle reste fidèle à elle-même : dure à cuire, battante, courageuse, mais parfois trop fonceuse et frondeuse pour son bien ! La jeune femme présente toujours en elle cette dualité qui menace de la faire sombrer à chaque instant et qui tend à rendre ses réactions parfois excessives. Arrivera-t-elle à dompter et à vivre en harmonie avec sa nature profonde pour prendre la place qui lui revient de droit ?

Sigrid est une femme que j’aime beaucoup malgré ses emportements, mais à ma grande surprise, c’est finalement le destin d’Eliaz qui m’a le plus captivée. J’attendais d’ailleurs les passages le concernant avec la plus grande impatience. Le nain, qui avait dû essuyer une terrible perte dans le tome précédent, n’est pas au bout de ses peines : entre l’emprisonnement, le travail forcé et les sévices, il lui faudra toute sa pugnacité et ses amis de fortune, ou plutôt d’infortune, pour survivre et faire face à la situation. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais attendez-vous à une révélation très surprenante sur ce personnage qui s’avère bien plus complexe qu’il n’y parait.

Eliaz est donc mon personnage préféré de ce tome que ce soit en raison de son passé, qui ne manquera pas de susciter en vous une certaine empathie, de son courage ou des liens qu’il a su nouer avec un mystérieux homme, qui ne l’est peut-être pas tant que cela, et une hermine blanche, toute mignonne. La relation entre notre héros et cet animal m’a beaucoup touchée et apporte une certaine douceur à une aventure mouvementée dans laquelle le sang est bien souvent versé et les revers de fortune nombreux.

En plus de l’action omniprésente, on appréciera la manière dont l’auteur n’hésite pas à multiplier les intrigues avant de les relier entre elles afin de former une trame complexe, complète et cohérente ! Tout au long du roman, on passe donc d’un personnage ou d’un groupe de personnages à l’autre sans jamais avoir l’impression d’être perdu puisque l’on sent que l’auteur sait où il va et qu’il sait comment nous y amener ! J’ai ainsi adoré me plonger dans le roman sans réserve, retrouver des têtes familières, en rencontrer d’autres, dont certaines hautes en couleur, et découvrir les différents enjeux politiques, guerriers, stratégiques et magiques qui rythment le récit.

Les choses sont parfois trompeuses et les intérêts des uns ne sont pas forcément ceux des autres. Attendez-vous donc à un roman auréolé d’une bonne dose de secrets, de complots et de jeux de pouvoir qui supposent de maîtriser, en plus de l’art de la guerre, celui de la machination. Prise par le récit, ses révélations et ses nombreux enjeux, je n’ai donc pas vu défiler les 525 pages du roman, ce qui s’explique également par la plume de l’auteur que j’ai trouvée accessible et assez travaillée pour nous offrir de belles émotions, des descriptions réalistes et des scènes très immersives.

Au-delà de cette aventure menée tambour barrant, l’auteur aborde également différentes thématiques intéressantes et universelles : le racisme et la peur de la différence, l’exploitation des plus faibles, le fanatisme religieux, la rédemption, le poids des secrets… Quant aux illustrations de Christophe le Galliot, elles contribuent au sentiment d’immersion que l’on peut ressentir tout au long des pages. La présence de cartes et d’un index des principaux personnages en début de roman permet, en outre, de se lancer avec toutes les données en main pour profiter au maximum de sa lecture.

En conclusion, dans Le chaos d’Askaod, l’auteur creuse le passé de ses protagonistes, nous permet de découvrir d’autres personnages, mais nous offre surtout une aventure épique et haletante qui ne devrait pas manquer de vous faire vivre mille émotions. Entre la découverte d’un bestiaire étoffé, des scènes d’action imagées et réalistes et une quête contre le mal semée d’embûches et d’ennemis retors, vous devriez passer un très bon moment de divertissement empreint de magie, d’amitié/rivalité et de sang.

Je remercie Adrien Hortemel de m’avoir proposé son roman en échange de mon avis.

Throwback Thursday Livresque#168 : un coup de cœur

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


N’ayant que très rarement des coups de cœur, j’ai décidé plutôt de vous présenter un roman qui m’a très agréablement surprise et dont je pense bientôt lire la suite : Les Brumes de Cendrelune de Georgia Caldera.

Couverture Les Brumes de Cendrelune, tome 1 : Le jardin des âmes

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion.
Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

Lu dans le cadre du PLIB 2020, je ne pensais pas autant accrocher à cette histoire dont j’ai tout apprécié, des personnages, à la mythologie en passant par l’univers sombre et cruel que l’autrice rend immersif et tellement réaliste.

Pour en apprendre plus, n’hésitez pas à lire mon avis du premier tome des Brumes de Cendrelune dont voici la conclusion :

Je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ?

Le dernier gémini (Galénor t. 2), Audrey Verreault

Le dernier gémini (Galénor t. 2) par [Audrey Verreault]

« Asmodée est de plus en plus radical avec sa politique anti-inferniths… Il veut qu’on les envoie tous à la prison d’Astheroth pour les interroger et les pister… Puis il y a ces magiciens avec leurs masques en forme de têtes de corbeaux qui rôdent à travers Galénor et attaquent des villages. Personne ne sait d’où ils viennent. Ni ce qu’ils veulent. Moi je m’en doute. Ils ont assassiné mes parents adoptifs… Je pense qu’ils cherchaient ce qu’ils m’ont légué… J’essaie de chasser tout ça de mes pensées…
Nous avons presque tout épuisé nos réserves de poudre d’artanis et nous, magiciens, ne pourrons bientôt plus exercer notre magie.
Asmodée a mis la main sur une pierre de Kartane qui pourra peut-être remplacer l’artanis et mettre fin à la pénurie magique qui plane sur notre monde. Or, le Kartane figure parmi les substances les plus convoitées de l’univers…
Nous avons été mandatés, moi et les autres géminis pour protéger cette pierre jusqu’à ce que les alchimistes aient terminé leurs recherches.
Nous sommes en fonction. Cette nuit, j’ai la pierre, dissimulée sur moi. La fête bat son plein. La salle est bondée. Un homme encapuchonné franchit la porte d’arche. Des ailes noires pendent à son dos. Il sort du lot, mais il y a autre chose… »
– Daphnée

Fantasy, magie et romance vous attendent dans ce deuxième tome de Galénor où nous suivons cette fois-ci Daphnée, accompagnée de ses amis géminis – JudyAnn, Tom et Kyle, ainsi que de Vincent, leur nouvel allié vampire.

Auto-éditée (6 mars 2020) – 361 pages – Broché (14,76€) – Ebook (3,99€)

Retrouvez ma chronique du premier tome, Le livre des portes.

AVIS

J’ai attaqué ma lecture sans avoir beaucoup de souvenirs du tome précédent. Fort heureusement, après quelques pages, certains événements et éléments me sont revenus en tête comme mon coup de cœur pour Mérindol. J’adore sa personnalité, sa bienveillance et son rôle de guide et de mentor qu’il prend très à cœur…

Bien que ce tome soit centré sur Daphnée, l’autrice a opté pour une narration alternée nous permettant de suivre également les autres personnages découverts, pour la plupart, dans le premier tome. Cela apporte beaucoup de fluidité et de dynamisme tout en nous donnant l’impression de faire partie intégrante de l’action et de la bande d’amis. Toutefois, ce procédé ne permet pas de développer outre mesure la psychologie de chacun, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’on sent que c’est un choix de l’autrice de favoriser le rythme et l’action et que ça fonctionne très bien puisqu’on ne s’ennuie pas un instant.

L’autrice nous donne néanmoins assez d’informations et d’éléments pour différencier les personnages et développer nos propres préférences. À cet égard, je reconnais avoir nettement préféré Daphnée à JudyAnn. La jeune femme affronte avec beaucoup de courage et de détermination les différentes épreuves qui se présentent à elle, du meurtre de ses parents adoptifs à ce puissant et dangereux artefact dont elle a hérité et qu’elle doit protéger en passant par cette pierre qu’elle a en partie absorbée et qui menace de la faire sombrer ! Elle pourra heureusement compter sur ses amis et ses alliés tout en devant collaborer avec un insaisissable magicien-corbeau dont la vie se retrouve inopinément et inextricablement liée à la sienne.

Toujours en train de manigancer quelque chose et manquant cruellement de transparence et d’honnêteté, Danik se révèle un personnage fort intrigant qui évolue tout au long de l’aventure. Ce personnage permet à l’autrice de soulever la question du passé et des émotions. Peut-on vivre sans tous ces souvenirs qui font de nous ce que nous sommes ? Une vie, dépourvue d’émotions, vaut-elle vraiment la peine d’être vécue ? Un individu sans passé et sans aucune émotion ne devient-il pas une coquille vide dont la vie se résume à une succession de jours sans saveur ? Chacun se forgera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que ces questions vont fortement diviser Danik et Daphnée, le premier aspirant à tout oublier quand la deuxième n’imagine pas une vie sans tous ses souvenirs…

Les deux protagonistes ne pourraient être plus différents, pourtant, au fil des épreuves, ils se rapprochent et apprennent, petit à petit, à se faire confiance malgré les nombreux doutes et les dangers. Et puis, il y a cette part d’onirique dans leur relation qui les lie et leur permet de faire tomber les masques quand la réalité leur demande la prudence. Les interactions entre les deux personnages se révèlent intéressantes tout comme la manière dont ils évoluent côte à côte, mais j’ai surtout apprécié que l’autrice ne tombe pas dans l’écueil du premier tome avec une romance assez peu convaincante. Si l’on devine rapidement le tournant que va prendre la relation entre Danik et Daphnée, il n’y a aucune précipitation ni faux drame. Leurs sentiments se développent naturellement, ce qui ne les rend que plus touchants et réalistes.

La narration alternée dynamise grandement le récit, mais il faut aussi compter sur les multiples enjeux de ce tome, chaque problème semblant en amener un autre. Une cascade de dangers qui entraîne moult aventures et péripéties, certaines poussant nos protagonistes dans leurs retranchements. Loin de Mérindol et pris en étau entre leurs ennemis et leur propre camp, ils vont ainsi devoir puiser au fond d’eux-mêmes pour trouver la force d’avancer et de se surpasser alors même que tout autour d’eux n’est que mensonges, complots et faux-semblants…

Comme dans le premier tome, l’autrice nous offre un bestiaire étoffé, des personnages de différentes natures et un univers complexe et nuancé dans lequel le manichéisme n’a pas sa place. On retrouve également ce thème du racisme et du rejet systématique de l’autre en raison de sa différence. Un thème qui ne devrait pas manquer de vous révolter et de vous faire comprendre combien il s’avère difficile pour certains de nos personnages de trouver leur place dans un univers où, quelle que soit la dimension, les préjugés ont la vie tenace.

Pour autant, tout n’est pas sombre, les choses évoluant progressivement grâce à des personnes qui se battent pour la justice, l’équité et le droit à la différence. Une jolie leçon qui trouve son apogée dans une fin émouvante et pleine de vérité nous prouvant qu’il est toujours possible de se repentir et d’agir pour le bien commun. Quant au grand final, riche en émotions, il se révèle d’une justesse folle bien que difficile sur le plan émotionnel. Une fois le choc passé, je l’ai même trouvé optimiste avec cette idée que de l’obscurité peut naître la lumière et que la vie n’a de sens qu’en étant pleinement vécue… Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler surtout quand c’est fait, comme ici, de manière poignante. 

En conclusion, Le dernier gémini ne souffre nullement du syndrome du deuxième tome, l’autrice nous proposant ici une suite menée tambour battant et riche en révélations, complots et autres retournements de situation. L’univers est toujours aussi étoffé et complexe et source à soulever des thèmes ancrés dans notre réalité comme le racisme, la peur de la différence, la résilience, la rédemption, l’amitié, l’amour mais aussi le sens de la vie et de la mort. Rythmé et immersif, voici un roman de fantasy qui vous fera passer par différentes émotions et vous tiendra en haleine jusqu’à un dénouement final aussi intense que lumineux.

Merci à l’autrice pour cettte lecture que vous pourrez achter sur Amazon.

Sang Rancune, Jordan Breton

Sang Rancune est un roman qui mêle dark fantasy et romance dans un monde où les monstres les plus ignobles ne sont peut-être pas les créatures mortelles qui rôdent dans les bois, arpentent les campagnes et se dissimulent à la faveur de la nuit.

Léna est la fille du seigneur le plus puissant de l’Empire, mais cela ne l’a pas mise à l’abri des pires horreurs. Ohën, lui, est né Fange, mais a réussi à inscrire son nom en lettres de sang à côté de ceux des assassins les plus célèbres du monde. Leurs univers sont opposés, mais que reste-t-il de leurs différences lorsque jugement, naissance et préjugés sont laissés de côté ?

Jordan Breton (28 janvier 2020) – 420 pages – Broché (15,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ohën, assassin dont la réputation n’est plus à faire, accepte avec son complice de longue date, Fëir, un juteux contrat, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Alors qu’il devait kidnapper Léna après avoir exécuté son frère et son père, un puissant souverain, il finit par l’arracher aux griffes d’une impitoyable et très douée tueuse. Blessé, il s’enfuit avec la jeune femme en se gardant bien de lui avouer la véritable raison de sa présence providentielle dans sa chambre… Si Léna se doute rapidement que son sauveur n’est pas celui qu’il prétend être, elle consent néanmoins à le suivre d’autant que les créatures et autres truands à leurs trousses semblent représenter une menace bien plus importante.

Commence alors pour le duo un voyage des plus mouvementé. Entre les attaques de goules désireuses de faire payer à Ohën sa tromperie et celles de mercenaires très remontés contre notre assassin, Ohën et Léna ne sont pas au bout de leur peine ! Les amateurs d’action devraient être ravis, l’auteur nous offrant de très convaincantes et immersives scènes de combat où l’hémoglobine coule à flots, et les morts sont légion. J’ai apprécié le rythme effréné de cette histoire qui ne souffre d’aucun temps mort. Nos deux protagonistes mènent une lutte de chaque instant pour survivre dans cet univers violent où seuls l’argent et le pouvoir comptent. On ressent donc un certain sentiment d’urgence et de tension qui donne envie de tourner les pages, et de découvrir le destin de deux personnes que tout oppose, mais qui vont finir par se rapprocher.

Les débuts sont pourtant difficiles, chacun voyant l’autre sous le prisme de ses propres préjugés sans oublier certains comportements, de part et d’autre, qui agacent et frustrent. Ainsi, Ohën ne supporte pas le caractère de Léna qu’il voit comme une petite princesse pourrie gâtée quand cette dernière ne goûte guère son air goguenard et son humour grivois de fort mauvais aloi… J’ai adoré la manière dont Léna remet à sa place son prétendu sauveur lui assénant ses vérités que cela lui plaise ou non. L’auteur a réussi habilement à transformer des propos graveleux qui auraient eu de quoi irriter n’importe quelle femme, et n’importe qui avec un minimum d’empathie, en une manière de dénoncer très justement les violences physiques et verbales faites aux femmes, les dernières sous couvert « d’humour ». C’est tellement rare dans la fantasy que je tenais à le souligner !

Les joutes verbales entre les deux personnages ne manqueront pas de vous faire sourire d’autant que chacun dans leur style, il possède une langue bien pendue et acérée. Mais ce que j’ai préféré, c’est assister à l’évolution de leur relation que j’ai trouvée bien amenée et surtout très réaliste. Venant de deux milieux radicalement différents, Ohën et Léna auraient pu ne rien avoir en commun, mais la douleur, la rancune et la violence dépassent les simples clivages de classe. Ainsi, être bien née ne signifie pas être privilégiée et avoir une douce vie comme le passé de Léna, qui se dévoile progressivement à nous, l’en atteste. Quant à Ohën, à mesure que l’on découvre toutes les épreuves qu’il a traversées, on arrive à mieux comprendre le personnage qu’il est devenu et la carapace qu’il s’est construite. Tué ou être tué, un leitmotiv qui s’est très vite imposé à lui et à son ami d’enfance et qui a impacté profondément sa vision du monde et de la valeur d’une vie humaine.

Ohën est un personnage torturé et complexe qui cache en son sein une force obscure, puissante et mystérieuse qu’il lutte pour maîtriser même si cette dernière se révèle un atout précieux contre ses ennemis… Le jeune homme lutte également contre lui-même, déchiré entre ses réflexes hérités d’une vie à la dure où il a dû lutter pour simplement vivre, et sa conscience qui commence à s’éveiller. Il évolue en cours d’aventure et se montre de plus en plus humain, ce qui s’explique autant  par un événement traumatisant qui le pousse à revoir certains souvenirs sous un autre jour que la présence bénéfique de Léna dans sa vie. Bien que j’aie regretté une certaine passivité du personnage en début de roman, Léna n’en demeure pas moins une femme de caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle affronte avec beaucoup de courage, et un certain stoïcisme, les épreuves qui se présentent à elle quand elle aurait pu baisser les bras à de nombreuses reprises.

En plus du duo, on découvre, à travers les souvenirs d’Ohën, son meilleur ami, Fëir. Difficile de ne pas développer un certain attachement pour cet homme qui nous est décrit comme réfléchi et motivé par l’envie d’une vie simple loin du sang et de la violence. La relation entre Ohën et Fëir dépasse largement le cadre de l’amitié. Ils ont traversé tellement d’épreuves ensemble et subi tellement d’affronts que plus que des amis, ils sont devenus des frères de sang ! Le sang est un élément omniprésent dans leur vie, les deux amis l’ayant beaucoup fait couler, d’abord par obligation, puis pour servir leurs propres intérêts et leur propre enrichissement. Une soif d’or, pas vraiment partagée par Feïr, que le duo va payer très lourdement…

Les romans de fantasy peuvent parfois se révéler fouillis et ardus à appréhender, mais ce n’est pas le cas ici. Alternant entre dialogues et plongées dans les pensées de ses protagonistes, l’auteur trouve le ton juste pour rendre son histoire très accessible et plutôt addictive. Un point qui rend ce roman parfait pour les personnes souhaitant découvrir la fantasy même si les amateurs du genre devraient également apprécier le voyage. Quant à la fin, je l’ai trouvée parfaite pour conclure une histoire d’amour, de sang et d’amitié.

En conclusion, grâce à deux protagonistes complémentaires et à la forte personnalité, une narration dynamique et entraînante, et une plume aussi fluide qu’immersive, l’auteur plonge ses lecteurs dans une histoire haletante où se mêlent habilement mensonges, secrets, action, trahison, sang, quête de sens, amitié et amour. Si vous avez envie d’un bon roman de dark fantasy très accessible et bien écrit, Sang rancune devrait vous plaire et vous faire vibrer au rythme des péripéties qui ne manqueront pas de s’enchaîner et de vous tenir en haleine.

Merci à l’auteur pour cette lecture.
Retrouvez le roman sur Amazon.

Challenge Le Printemps de l’Imaginaire Francophone 2020

pt-logo-pif_0

C’est avec plaisir que je retrouve Le Printemps de l’Imaginaire Francophone qui se tiendra du 1er mars au 1er juin 2020.

Ces trois mois seront l’occasion de mettre à l’honneur les livres de SFFF (Science-Fiction, Fantasy, Fantastique) d’auteurs francophones. Pour valider le challenge, il vous suffit de lire un seul ouvrage de SFFF francophone et de partager votre avis.

Pour ceux qui aimeraient aller plus loin, plusieurs paliers sont proposés.  Pour ma part, j’ai choisi le plus élevé, Bibliothécaire céleste, qui consiste à lire 15 livres (romans, nouvelles, BD, livres audio..). Un objectif ambitieux, mais réalisable, si l’on considère que ma PAL regorge d’auteurs de SFFF francophones.

Pour corser le challenge, il est possible de participer à des défis, mais ce n’est pas obligatoire. Un livre peut remplir une ou plusieurs consignes… Voici une petite idée des livres de ma PAL vers lesquels je pense m’orienter même si je ne compte pas tout lire et qu’il y a de fortes chances pour que je finisse par dévier de ces prévisions de lecture.

  • Lire un-e auteur/-trice européen-ne francophone qui n’est pas français-e

Couverture L'Immortelle, tome 1 : la clef de cuivre

  • Lire un-e auteur/-trice candien-ne francophone

Couverture Le Royaume de Lénacie, tome 1 : Les Épreuves d'AlekCouverture Blanche Neige

  • Lire un livre en rapport avec le printemps ou qui vous fait penser au printemps (par un titre qui rappelle le vent ou la nature ; l’histoire qui se passe au printemps ; la couverture avec de la nature ou des fleurs…)

Couverture L'Imparfé, tome 1 : Le Royaume qui perdait ses couleursCouverture Les mémoires d'un elfe

  • Lire un livre d’au moins 500 pages

Couverture Chroniques des Cinq Trônes, tome 1 : Moitiés d'âme

  • Lire une nouvelle ou un recueil de nouvelles

Couverture Vampire malgré luiCouverture Notre-Dame-aux-EcaillesCouverture Serpentine

  • Lire un livre autoédité

Couverture Projet Espoir, tome 1 : TouchéeCouverture L'or et le fer, tome 1 : Pas de trois

  • Lire un livre d’une petite maison d’édition

Couverture Outre-Temps, tome 1Couverture Aiden Jones, tome 1 : La Marque

  • Lire un récit avec un personnage principal féminin

Couverture AmazonesCouverture Les Aventures Occultes de Lady Bradsley

  • Lire un livre écrit par une autrice

Les Chroniques de la Cité: Exil par [Guyot, Magali]Couverture Monstr'Hotel, tome 1 : Les chasseurs de trésorCouverture Semblables, tome 1

  • Continuer/Terminer une série

Couverture Le Cycle des âmes déchues, tome 3 : Coeur de TénèbresCouverture Bane Seed, tome 4 : Mort sur la landeCouverture L'agence Pendergast, tome 2 : Le monstre des égouts

  • Lire une relique de votre PAL

Couverture Le ballet des âmesCouverture Les Tangences divinesCouverture Pegasus, tome 1 : Les terres oubliées

  • Lire un livre d‘un auteur ou d’une autrice que vous avez découvert-e au cours du challenge de cette année ou des années précédentes (Dans les PAL ou les suggestions des autres participant-e-s, par exemple) : j’ai découvert ce livre sur le blog Histoires de Clarisse

  • Se faire choisir un livre dans sa PAL au hasard ou par une autre personne : j’ai pioché dans la liste des livres sélectionnés par Lully dans le cadre de l’épreuve des alliés du PLIB.

Couverture Un jour une étoileCouverture Miss Pook, tome 1 : Miss Pook et les enfants de la luneCouverture KerebanCouverture La pelote d'épingles

Couverture MemoryCouverture L'écrivain abominableCouverture La stratégie des as

  • Lire un livre qui parle d’une créature légendaire (griffon, sirène, dragon, kelpie, basilic, dullahan…)

Couverture Seirens, tome 1 : Rivage

  • Lire un livre en rapport avec le folklore celte/breton/gaulois (par exemple : réécriture de la matière de Bretagne ou des contes et légendes de nos contrées ; des récits qui parlent de fées, de druides, de dieux et déesses celtes…) :

Couverture La magie d'Avalon, tome 1 : Morgane

Pour tous les détails, je vous invite à lire l’article dAline Wheeler. N’hésitez pas non plus à rejoindre le groupe FB si vous avez envie d’échanger de manière conviviale autour de vos lectures.

Et vous, comptez-vous vous participer ?
Pour rappel, il suffit de lire un livre pour valider le challenge…

 

Les Brumes de Cendrelune – Le jardin des âmes, Georgia Caldera #PLIB2020

J’ai lu Les Brumes de Cendrelune dans le cadre du PLIB2020. Un roman qui fait partie de mes 5 sélectionnés.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans le royaume de Cendrelune, les dieux épient les pensées des hommes, et leur Exécuteur, l’Ombre, veille à condamner tous ceux qui nourriraient des envies de rébellion. Or, il semble que certaines failles existent. À l’âge de 17 ans, Céphise ne vit en effet que pour se venger. Depuis qu’on l’a amputée d’une partie d’elle-même et privée de sa famille, elle ne rêve plus que d’une chose : s’affranchir de la tyrannie du tout-puissant Orion, Dieu parmi les dieux. Et contre toute attente, il se pourrait qu’elle ne soit pas seule…

J’AI LU (2 octobre 2019) – 349 pages – 13,90€ – #9782290165614

AVIS

Je ne m’attendais pas à adhérer autant à la plume de l’autrice qui, dès les premières pages, a su m’embarquer dans son univers. Un univers sombre et violent dans lequel les habitants sont à la merci de l’Empereur-Dieu Orion. Un être au-dessus de tous, humains et autres déités compris, omniscient, omniprésent et sans cœur. Il n’hésite ainsi pas à asservir, à espionner les pensées de chacun et à faire tuer chaque semaine les personnes qui pourraient, dans le futur, se rebeller. Des meurtres préventifs qui ne peuvent que révolter…

C’est dans ce climat de peur que Céphise voit sa famille détruite, ses parents assassinés, et son frère enrôlé de force dans l’armée avant elle-même de subir les foudres de l’Ombre. Le Premier Exécuteur d’Orion punit ainsi la jeune fille pour les insultes émises par son père. Mutilée, Céphise devient alors une Rapiécée, une moins-que-rien dont une partie des membres est remplacée par des prothèses de métal. Comment alors ne pas comprendre son envie de vengeance ? Un sentiment qui l’a guidée durant les années qui ont suivi ce terrible traumatisme et qui l’ont endurcie jusqu’à ce qu’un événement, celui de trop, la fasse craquer et la pousse à s’attaquer à un être bien plus puissant qu’elle. Mais contre toute attente, en croisant le regard de l’Ombre, ce n’est pas la mort qu’elle rencontre, mais un tout autre monde qui s’offre à elle… et à lui. Un monde qui soulève de nombreuses questions, mais que je vous laisserai le plaisir de découvrir par vous-mêmes.

Alors que l’autrice alterne les points de vue, on entre de plain-pied dans ce monde sombre et ultraviolent dans lequel aucune erreur ni mauvaise pensée envers les dieux ne sont permises. Mais petit à petit, les choses nous semblent bien plus complexes et moins binaires qu’il n’y paraît. Les méchants, le sont-ils tous vraiment ou leurs agissements, du moins en partie, ne sont-ils pas dictés par les circonstances et le poids d’une dictature qui a faussé leur sens moral ? Une question que l’on vient obligatoirement à se poser en suivant le parcours de l’Ombre, un être hybride abject qui n’hésite pas à tuer toutes les personnes que son père lui ordonne de faire passer de vie à trépas. De fil en aiguille, l’image du monstre finit néanmoins par se déliter au profit de celle d’un être isolé, perdu, victime de pouvoirs qui le dépassent et qui anéantissent tout sur leur passage quand ils ne sont pas maîtrisés.

Sous le joug de son père, maître et Dieu, ses émotions sont comme anesthésiées et remplacées par un sens aigu du devoir qui le pousse à tuer sans sourciller. Mais la situation va changer quand il découvrira sa connexion inattendue et inexplicable avec une simple humaine, Céphise. Comment expliquer que l’Ombre, qui déteste les humains, va tout faire pour la protéger alors qu’il vient à peine de la rencontrer ? Il n’en sait rien lui-même, mais est bien décidé à le découvrir même si Céphise ne semble pas prête à lui faciliter la tâche. Courageuse, têtue, et mue par une haine sans pareille à son égard, cette jeune femme ne peut qu’attirer le respect des lecteurs bien que ses agissements semblent parfois manquer de réflexion. Mais difficile de lui en tenir rigueur au regard de tout ce qu’elle a dû traverser et de la terreur que cette vie de captive auprès de l’Ombre lui inspire. La jeune femme, en plus d’avoir une grande force de caractère, vous réserve également quelques surprises… 

Si l’univers développé par l’autrice avec sa mythologie et cette idée d’un Dieu-Empereur impitoyable dominant le monde est fascinant et très bien construit, force est de constater que c’est bien la relation entre l’Ombre et Céphise qui rend le roman aussi addictif. De fil en aiguille, leur relation évolue, chacun découvrant les faiblesses de l’autre sans pour autant que nous ayons l’impression de tomber dans une relation niaise ou malsaine. À ce stade de l’histoire, la haine est encore bien présente, Céphise ne pouvant pardonner la mort des siens et de milliers de personnes innocentes à l’Ombre juste parce que derrière le masque de froideur, se cache un être avec ses propres douleurs.

Un aspect que j’ai apprécié et qui sonne résolument juste. C’est probablement la raison pour laquelle mon cœur de lectrice a souvent été partagé vis-à-vis de l’Ombre qui se révèle d’une prévenance et d’une grande gentillesse envers Céphise tout en étant la personne responsable de tous ses malheurs. Évidemment, le Premier Exécuteur n’est qu’un outil de mort au service d’Orion qui l’a éduqué et façonné pour le rendre froid et implacable, mais le poids de l’éducation excuse-t-il pour autant ses agissements ? Une question qui se pose d’autant qu’aux côtés de Céphise, l’Ombre s’adoucit et gagne en humanité. Une évolution particulièrement bien amenée qui rend le personnage très touchant, ce qui explique peut-être que la fin m’ait tellement marquée et donné envie de me jeter sur la suite.

Les personnages secondaires se révèlent également intéressants et plutôt nuancés à l’instar d’Héphaïstos, demi-frère de l’Ombre qu’il déteste. Ce dieu m’a touchée notamment pour sa totale dévotion envers une autre personne… Je n’en dirai pas plus sur ce personnage afin d’éviter de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous révéler que c’est peut-être celui qui m’a le plus surprise. On sent un réel potentiel autour de ce dernier, et je croise les doigts pour qu’il prenne encore plus d’importance dans la suite de la trilogie que je continuerai d’ailleurs avec plaisir.

En conclusion, je m’attendais à une lecture sympathique et distrayante, je me suis retrouvée avec un livre que j’ai dévoré et qu’il m’a été presque douloureux de lâcher chaque soir. D’une plume immersive, rythmée et non dénuée de poésie, Georgia Caldera nous plonge avec force dans un univers sombre et violent dominé par les dieux et leur implacable manque d’humanité. Mort, asservissement, doutes, peur, mais aussi espoir et révélations marqueront votre lecture en même temps que le métal froid et implacable de la vengeance… Les astres se sont rencontrés, la toile du destin est altérée et le vent de la révolte commence enfin à souffler !

Retrouvez un extrait/le roman sur le site des éditions J’ai lu pour elle.