La véritable histoire de la petite sirène, Audrey Calviac

La véritable histoire de la petite sirène, Audrey Calviac

J’ai eu la chance de remporter cette petite lecture jeunesse lors d’un concours…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une terrible malédiction frappe le royaume des sirènes et des tritons : la dernière princesse naît humaine…
Quelle surprise générale !
Comment fera-t-elle pour survivre au fond des océans ?
Venez suivre les aventures de la petite Gaïa dans la véritable histoire de la petite sirène !

  • Illustrations : Sandra Garcia
  • Prix : 5€

TRAILER

AVIS

Les sirènes sont une créature fascinante que l’on retrouve finalement assez peu en littérature alors c’est avec plaisir que je me suis plongée dans ce petit conte nous narrant La véritable histoire de la petite sirène.

Nous découvrons ainsi le roi triton et sa femme, une sirène, et leurs cinq filles. Cette famille coulait des jours heureux jusqu’à ce que le frère aîné du roi découvre que son frère lui avait caché la naissance de ses filles. Vexé, il décide donc de lancer une terrible et cruelle malédiction condamnant la reine à avoir une sixième fille non pas sirène, mais humaine ! Devant cette situation inédite qui met en danger la vie de l’enfant, le couple royal finit par consentir à l’ultime sacrifice pour des parents aimants…

Je préfère ne pas trop entrer dans les détails pour ne pas vous gâcher la lecture de ce joli conte, mais je peux vous dire que l’histoire de cette petite sirène, née humaine, est aussi mignonne que touchante. J’ai pris un grand plaisir à suivre Gaïa dans sa vie qui n’a pas été celle à laquelle elle était destinée. J’ai été également touchée par l’amour qu’elle porte à ses proches et à son meilleur ami avec lequel elle aime faire les 400 coups.

Cette jeune fille intrépide connaîtra des moments de bonheur et d’insouciance, mais elle devra aussi faire face à un choix cornélien… tout comme ses parents avant elle. À travers ce conte, l’auteure aborde donc des thèmes comme la famille et les sacrifices, parfois inimaginables, auxquels on peut consentir par amour et pour le bien des siens. Une fois que vous aurez terminé ce petit récit, vous aurez d’ailleurs un bel exemple de ce qu’est le véritable amour d’une mère et d’un père pour son enfant. Au-delà de la famille, sont également abordés des thèmes universels comme la jalousie, l’amitié, l’amour…

Tout en délicatesse et en finesse, la plume d’Audrey Calviac est un véritable enchantement pour les amateurs des contes d’antan. Mais rassurez-vous, professeure des écoles, l’auteure possède ce petit quelque chose qui lui permet de concilier élégance et simplicité, et donc de conquérir aussi bien les petits que les grands lecteurs.

Cerise sur le gâteau, ce conte est agrémenté des jolies illustrations de Sandra Garcia qui viennent parfaire une expérience de lecture déjà immersive. Je ne connaissais pas cette illustratrice, mais j’aime beaucoup son coup de crayon, la douceur de ses dessins, son jeu sur les ombres et les dégradés de gris qui apportent un certain relief aux illustrations.

A noter également la typographie particulière qui rend ce petit ouvrage accessible aux lecteurs dyslexiques. Une démarche que je ne peux que saluer…

En conclusion, La véritable histoire de la petite sirène confirme le talent de conteuse d’Audrey Calviac. D’une jolie plume et avec un style qui n’est pas sans rappeler les contes d’antan, elle arrive à plonger petits et grands lecteurs dans son récit. Alors si vous aimez les sirènes et les histoires avec de jolis messages, ce livre est fait pour vous.

NB : A noter que la maison d’édition Editions Boz’Dodor fermant ses portes, tous les livres vendus sur le site sont en promotion (-30%). N’hésitez donc pas à vous laisser tenter de manière à vous faire plaisir tout en aidant la ME à fermer dans les conditions les moins difficiles possibles.

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Le Passageur : Le coq et l’enfant, Andoryss (Lynks éditions)

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les éditions Lynks qui m’ont permis de découvrir Le Passageur, le coq et l’enfant d’Andoryss.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Matéo n’aurait jamais dû hériter du don de sa mère.
Il n’aurait jamais dû entendre les pleurs des fantômes.
Désormais, il n’a d’autre choix qu’accepter son héritage… ou sombrer dans la folie !

C’est au temps de la Commune, au milieu des horreurs de la semaine sanglante, qu’il débute son apprentissage…

Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

  • Broché: 283 pages
  • Editeur : Lynks (16 mai 2018)
  • Prix : 15.90€

AVIS

Je tiens tout d’abord à souligner le soin apporté au travail d’édition : une couverture à effet qui rend la prise en main du livre très agréable, des dorures, des ornements présents dans le livre, une couverture aussi belle qu’effrayante et intrigante… Difficile de passer devant les étalages d’une librairie sans s’arrêter devant ce très bel ouvrage !

Matéo est un lycéen qui mène une vie assez difficile : pris en étau entre la haine de son père et celle des brutes de son lycée, seuls le soutien et l’amour de son frère aîné, Diego et de sa petite sœur, Luisa, lui offrent une bouffée d’oxygène. Le jeune homme subit également le rejet et la méfiance dus aux préjugés que les gens ont envers les Roms, communauté à laquelle, de par ses origines, il appartient. Et ceci même si son père a tout fait pour couper sa famille de ses racines depuis le décès de sa femme…

À tous ces problèmes bien trop humains, vient s’ajouter un problème d’ordre surnaturel. Matéo découvre, à son plus grand désespoir, que comme sa mère, c’est un Passageur ! Chose dont il se serait bien passé d’autant que ce don ne se transmettant en théorie qu’aux femmes, sa mère ne lui a jamais vraiment donné le mode d’emploi. C’est donc accompagné du fantôme d’une mystérieuse jeune fille qu’il va devoir comprendre ce qui empêche l’âme affamée qui l’appelle de trouver le repos.

Appréciant la mythologie grecque, j’ai tout de suite été séduite par la référence à Charon et par l’idée de l’autrice de faire voyager son héros à travers les voiles du temps. Afin d’apaiser le fantôme, Matéo va ainsi faire des allers-retours entre le présent et le passé, au temps de la Commune. Ayant lu il y a quelques mois Blanche d’Hervé Jubert qui aborde cette tentative insurrectionnelle qui sera réprimée dans le sang, cette période ne m’était pas inconnue… Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette petite incursion dans un épisode peu connu de notre histoire d’autant qu’on sent chez l’auteure un vrai sens du détail et un vrai travail de recherche historique. Cela nous permet de nous immerger facilement et totalement dans les rues de ce Paris à feu et à sang. Un Paris dans lequel vous rencontrerez une figure historique qui devrait parler à pas mal de lecteurs, Louise Michel.

En plus de l’intérêt historique, ces voyages dans le passé se révéleront intéressants dans la mesure où ils permettront à notre héros de progresser dans son enquête et donc de découvrir ce qui empêche le fantôme de rejoindre le monde des morts. Si nous ne sommes pas dans un Sherlock Holmes, j’ai pris plaisir à voir les différentes pièces du puzzle se mettre progressivement en place. Je ne peux pas vous en dire plus sous peine de vous spoiler, mais j’ai trouvé l’histoire de cette entité très touchante. Bien que le passé ne puisse être changé, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une autre issue…

Au cours de ces voyages temporels, Matéo fera différentes rencontres dont celle d’un garçon fort courageux et débrouillard que j’ai quitté à regret. D’ailleurs, l’un des points forts de ce roman est la galerie de personnages proposée. On suit principalement Matéo dans son apprentissage du rôle de Passageur, mais l’on rencontre aussi d’autres personnes qui l’aideront et qui se révéleront plus ou moins attachantes. À commencer par le grand frère de Matéo qui veille sur lui et sur Luisa comme une poule sur son œuf. Il n’hésite pas à s’opposer à son père qui traite de manière cruelle Matéo l’accusant de la mort de sa femme et de son autre fille. Quant à Luisa, intelligente, si ce n’est brillante, elle est peu présente dans le récit, mais on sent émaner d’elle une grande bienveillance qui contrebalance un peu la méchanceté paternelle entièrement dirigée sur notre Passageur. J’espère que dans le ou les prochains tomes, Luisa prendra un peu plus de place, car je ne doute pas que ce personnage puisse réserver quelques surprises.

Et puis, bien sûr, il y a Matéo. Un jeune homme traité injustement par son père et par la plupart de ses professeurs ou des personnes qu’il rencontre comme si ses racines étaient une infamie en soi. J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à supporter le racisme dont il est victime, une constante à travers les époques d’ailleurs ! Comme quoi la bêtise humaine traverse le temps. L’auteure ne nous propose pas un plaidoyer antiracisme, mais nul doute qu’à travers cette histoire, les lecteurs devraient avoir une pensée pour la communauté Rom et la manière dont elle est traitée actuellement…

Très attachant et courageux, Matéo n’en demeure pas moins un adolescent de dix-sept ans que ses pouvoirs surnaturels effraient voire terrorisent. Car aider les âmes en peine à trouver le repos n’est pas une option pour lui ; c’est une question de vie ou de mort. Pour ne pas sombrer dans la folie, il va donc devoir apprendre à se faire confiance et à trouver la force en lui pour mener à bien cette mission qui ne lui laisse pas le droit à l’erreur. Et cette force intérieure, elle prendra une forme à laquelle je ne m’étais pas attendue !

L’auteure nous réserve ainsi une révélation finale étonnante qui nous montre qu’elle a su habilement détourner notre attention grâce à un rythme effréné et une tension insidieuse présente tout au long de la lecture. Ce n’est donc qu’en fin de lecture que l’auteure aborde un point que finalement, pris dans le feu de l’action, on avait quelque peu mis de côté. La révélation, en plus d’être surprenante, soulève quelques interrogations quant au futur de Matéo et nous laisse espérer un ou plusieurs autres tomes. Je vous rassure, le roman se suffit à lui-même et peut être lu seul, mais l’autrice laisse la porte ouverte à d’autres aventures, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Je retrouverai, en effet, avec plaisir Matéo et sa famille (enfin, si le père pouvait disparaître du paysage, je n’en serais pas attristée) dans d’autres tomes. En plus de m’être attachée aux personnages et d’avoir fortement apprécié la mythologie autour de la fonction de Passageur, j’ai été séduite par la plume d’Andoryss. Fluide, immersif et rythmé, son style est un régal surtout si, comme moi, vous appréciez les plumes à la finesse et à la poésie enchanteresses.

Enfin, je préfère signaler, pour éviter toute déconvenue, que si la couverture peut faire froid dans le dos avec un côté très film d’horreur, le récit ne tombe jamais dans l’horrifique. Cela permettra donc aux lecteurs facilement impressionnables de se lancer dans ce roman sans trop de craintes. Par contre, si vous êtes en quête d’une histoire de fantômes à vous faire dresser les cheveux sur la tête, Le Passageur n’est peut-être pas fait pour vous…

En conclusion, ayant craqué sur la couverture et le résumé, j’avais de grandes attentes pour ce roman et je dois dire qu’elles ont été plus que comblées. En nous proposant un personnage attachant autour duquel plane une aura de danger et en veillant à nous offrir un récit mené tambour battant, l’auteure captive le lecteur dès les premières pages. Si on ajoute à cela un style d’une grande finesse et une capacité à construire une histoire riche et complexe dont les fils se dévoilent progressivement sous nos yeux, on obtient un roman captivant dont il est bien difficile de se détacher.

Et vous, envie de découvrir Le Passageur ? Retrouvez le roman sur le site des éditions Lynks.

Les maux bleus, Christine Féret-Fleury

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Quand les éditions Gulf Stream ont proposé sur leur page FB un tirage au sort pour permettre à quelques personnes de chroniquer un roman de leur nouvelle collection, Echos, je n’ai pas hésité et ai tenté ma chance. Si les deux romans proposés me tentaient, j’ai postulé pour Les maux bleus attirée par la couverture, le résumé et le nom de l’autrice dont j’aime beaucoup la plume.

Je remercie donc la maison d’édition pour cette belle découverte.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un récit intime qui oscille entre poésie et dureté pour dénoncer l’homophobie, dans un environnement scolaire, familial et social qui saura parler aux adolescents et les émouvoir. Sur les traces d’une héroïne qui doit emprunter un chemin de douleur pour se découvrir. Pour apprendre à rester fière, à ne jamais renoncer, surtout pas à soi-même…

Armelle le sait depuis trois ans, elle aime les filles. Seul son carnet bleu est mis dans la confidence. L’adolescente solitaire et férue de lecture y confie ses peurs, ses espoirs. Elle lui parle d’Inès, une nouvelle élève qui l’attire. Lorsque son amie la rejette violemment, Armelle devient rapidement l’objet du mépris et des insultes de ses camarades. Pourtant, cet événement n’est qu’un tournant dans sa vie qui bascule définitivement un dimanche soir. Alors que ses parents découvrent son secret, Armelle est jetée dehors. Elle n’a que 16 ans quand, cette nuit-là, elle voit la porte de sa maison se fermer brutalement devant ses yeux. Seule dans la rue avec son carnet, elle doit apprendre à survivre… Mais est-elle vraiment seule ?

  • Broché: 200 pages
  • Editeur : Gulf stream éditeur (3 mai 2018)
  • Collection : ECHOS
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Armelle, lycéenne de 16 ans, aime les filles. Peu importe, me direz-vous. Dans le meilleur des mondes, vous auriez raison. Mais dans le monde d’Armelle qui est aussi le nôtre, c’est un problème… Bienvenue en 2018 où la tolérance est encore une utopie, et où des parents peuvent mettre leur fille à la porte en raison de son orientation sexuelle. Dans son malheur, la jeune fille trouvera néanmoins une main tendue qui l’aidera à garder la tête haute et à prouver qu’un individu a le droit d’être heureux, et ceci quelles que soient ses préférences amoureuses.

À la lecture de ce livre court, mais intense émotionnellement, on ne peut que penser à tous ces jeunes gens qui, comme Armelle, se sont retrouvés du jour au lendemain dans la rue en raison de leur orientation sexuelle. Combien ont eu la chance de l’adolescente et sont tombés sur des personnes prêtes à leur tendre la main ? Je n’en sais rien et, peut-être lâchement, ne préfère pas trop y penser. Mais ce qui est certain, c’est que je salue le travail des associations qui aident ces adolescents rejetés par les leurs.

Je remercie l’auteure d’avoir osé proposer un roman sur l’homophobie, un roman prônant le droit à la différence et à l’indifférence, pas celle qui vous annihile et vous gomme du paysage, mais celle qui vous fait comprendre que vous avez le droit d’être vous-même sans que cela n’offusque ni ne gêne personne. Et c’est parce que ce droit n’est pas encore acquis pour chacun que des livres comme Les maux bleus demeurent plus que jamais une nécessité. Un moyen intelligent et percutant pour sensibiliser au respect de l’autre et à la tolérance.

À travers Armelle, l’auteure nous prouve une chose qui semble si évidente et qui est pourtant occultée par certaines personnes : être homosexuel n’est pas un problème, ne l’a jamais été et ne le sera jamais ! Le problème, ce sont les gens qui n’acceptent pas que chacun puisse être différent, et que l’amour puisse être protéiforme. Ce roman pourra donc certainement aider des adolescents, et même des adultes à parcourir le même chemin qu’Armelle, celui de l’acceptation de soi, de ses sentiments, et ceci en dépit du regard des autres et de leurs préjugés.

J’ai apprécié que l’auteure nous plonge dans la tête de son héroïne nous permettant ainsi de suivre tous ces doutes, ces incertitudes et ces pensées qui l’assaillent. Si Armelle sait qu’elle aime les filles depuis ses 13 ans, il lui faudra néanmoins un certain temps avant de pouvoir l’accepter et arriver à se qualifier elle-même de lesbienne. Mais malheureusement, son homosexualité va conduire ses camarades à la persécuter et ses parents à simplement la rejeter… Si j’ai détesté les pimbêches de son lycée qui font de la vie d’Armelle un enfer, j’ai été révoltée par ses parents. Comment des parents peuvent rejeter leur enfant parce qu’il aime quelqu’un du même sexe que lui ?

La violence de la mère d’Armelle à la découverte de l’homosexualité de sa fille se révèle ainsi tellement choquante que j’en ai presque eu le souffle coupé. Armelle avait anticipé un moment difficile à passer, mais elle n’aurait jamais cru sa mère capable d’une telle cruauté, et son père d’une telle lâcheté. Au cours de la lecture, on se rend compte que cette réaction excessive et honteuse n’est finalement que le reflet des peurs et des fêlures de cette femme devenue mère sans le vouloir. Or mère par obligation et mère aimante ne vont que très rarement de pair.

En plus de l’homosexualité, l’auteure aborde donc, même si ce n’est que succinctement, un autre tabou encore en vigueur dans notre société : ces mères qui ont des enfants par obligation et qui n’ont jamais réussi à s’épanouir dans un rôle qu’un conjoint ou que la société leur a imposé. Alors, est-ce pour ça que la mère d’Armelle finit par se battre pour un modèle idéal de famille qu’elle n’a elle-même jamais réussi à construire ? Peu importe finalement, on notera juste l’ironie de la situation avec une femme qui lutte pour le respect de valeurs familiales traditionnelles au mépris de ce qui fait une vraie famille, l’amour et la tolérance.

Le roman nous offre également le modèle non pas d’une famille idéalisée et standardisée, mais celui d’une famille homoparentale avec ses moments de doute et de bonheur. Je ne peux pas développer trop ce point sans vous spoiler une partie de l’intrigue, mais j’ai apprécié de voir ce genre de cellule familiale si rare en littérature, et a fortiori quand il s’agit de femmes. Et là encore, on se rend compte du poids de la société qui pèse sur ces familles atypiques qui peuvent encore faire peur… Cette famille homoparentale va apporter un peu de stabilité émotionnelle et matérielle à Armelle qui en aura fort besoin après le rejet de ses parents. La cohabitation ne se fera pas sans heurt, mais elle va lui permettre de grandir et de reprendre, petit à petit, confiance en la vie. Ceci est d’autant plus important qu’à part ce couple qui va s’occuper de la jeune fille, les adultes du roman semblent assez défaillants, pas forcément tous hostiles, mais plutôt démunis face à la situation dans laquelle se retrouve Armelle…

Cette jeune fille m’a beaucoup émue, mais elle m’a surtout impressionnée par sa force de caractère et sa personnalité de battante. Même quand ses camarades la briment et ses parents la rejettent, elle garde la tête haute et refuse de courber l’échine pour se conformer aux attentes de ses parents. Ces derniers, surtout la mère, ont, en effet, déjà une vision bien arrêtée du futur de leur fille, un futur modelé sans prendre en compte ses aspirations. Mais Armelle, dotée d’une certaine maturité et d’une grande capacité de réflexion, se battra pour mener la vie qu’elle souhaite et ne pas renoncer à ce qu’elle est en son for intérieur. Si j’ai adoré sa personnalité, j’ai aimé que l’auteure ne mystifie pas la jeune fille qui, malgré les difficultés qu’elle rencontre sur sa route, n’en demeure pas moins une adolescente comme les autres. Elle doute donc parfois, ne fait pas toujours les bons choix et se révélera même parfois agaçante. C’est donc avec plaisir qu’on la voit, petit à petit, évoluer, grandir, s’apaiser et reprendre confiance en la vie et en ces personnes qui seront là pour elle malgré sa réserve.

Les thèmes abordés par le roman ne sont pas simples, mais pourtant l’auteure ne tombe jamais dans le pathos ou le larmoyant. Elle trouve un juste milieu entre émotion et introspection, entre coups durs et moments plus tendres. On ressort donc de notre lecture avec un élan d’optimiste qui nous fait dire que si la route est encore longue avant que chacun puisse vivre librement sa vie amoureuse comme il l’entend, il y aura néanmoins toujours des personnes qui seront là pour propager de la lumière dans l’obscurité.

Enfin, comme avec Au bois dormant, j’ai été séduite par la plume de l’auteure qui, grâce à un vocable riche et empreint de poésie, nous immerge avec force dans l’histoire d’Armelle. D’une plume fluide et élégante, l’auteure vous fait ainsi passer par mille émotions et vous fait ressentir les tourments et les espoirs de son héroïne.

En conclusion, en abordant de manière simple, mais avec grande sensibilité, le thème de l’homophobie, l’auteure nous offre ici un très beau roman qui devrait toucher autant les parents que leurs enfants. Il me semble d’ailleurs constituer un excellent point de départ pour entamer une discussion autour de l’homosexualité et du rejet qu’elle peut encore susciter de nos jours. Les maux bleus fait donc partie de ces lectures belles et intenses que je recommanderai à tous, car nul doute que ce roman pourra aider certains lecteurs à s’accepter et/ou à mener une vraie réflexion sur la notion de tolérance.

Et qui sait, peut-être que d’ici quelques années, Armelle ne sera plus un visage parmi tant d’autres du rejet de la différence, mais un personnage de pure fiction nous narrant une époque où l’on pouvait encore être persécuté pour son orientation sexuelle. Douce utopie ou futur possible, c’est à chacun d’entre nous d’en décider…

Pour aller plus loin, n’hésitez pas à feuilleter un extrait du livre ou à le commander.

 

Parles-tu chocolat ? Cas Lester

Je remercie Livraddict et les éditions Castelmore pour m’avoir permis de découvrir Parles-tu chocolat ? de Cas Lester.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vraie langue de l’amitié est le chocolat  !

Quand Nadima, une nouvelle élève, arrive dans son école, Jaz est ravie. Elle a enfin quelqu’un à côté de qui s’asseoir en classe. Le seul problème est que Nadima ne parle pas un mot d’anglais. Mais Jaz n’est pas du genre à se laisser abattre. Elle trouve vite comment briser la glace : grâce à quelques carrés de chocolat  ! Ainsi commence une belle amitié. Celle-ci ne sera pas épargnée par les épreuves, mais elle sera pleine de rires, d’aventures… et de quelques tonnes de chocolat  !

  • Broché: 320 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Editeur : Castelmore (14 mars 2018)
  • Prix : 10,90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Une jolie couverture et le mot chocolat dans le titre ? Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de me plonger dans ce roman jeunesse qui m’a très agréablement surprise. J’ai, en effet, adoré la délicatesse et la retenue avec laquelle l’auteure a su aborder un thème plutôt difficile notamment pour des enfants : la question des réfugiés. Et pour ce faire, elle ne s’est pas perdue dans une histoire larmoyante, mais s’est inspirée d’un reportage mettant en scène deux jeunes filles ne parlant pas la même langue, mais désirant ardemment devenir amies. Et si je n’ai pas vu ce reportage, je ne peux que saluer l’initiative de l’auteure de s’inspirer de cette histoire pour nous offrir un récit plein de sensibilité !

Nous découvrons ainsi Jaz, une jeune fille dyslexique très gentille, mais qui a tendance à agir avant de réfléchir, et Nadima, une réfugiée d’un pays que je vous laisserai découvrir bien que l’actualité rend la chose assez aisée. Nadima, arrivée en Angleterre avec sa famille pour fuir la guerre, se retrouve parachutée dans un collège alors qu’elle ne parle pas bien l’anglais. Elle va, fort heureusement, se lier d’amitié avec Jaz qui, à défaut de partager la même langue, possède le même amour du chocolat… La gourmandise, un langage universel ?

Les deux jeunes filles vont apprendre à se connaître à mesure qu’elles développent leurs propres moyens de communication : sms avec émoticônes, gestes, traducteur google facétieux… Comprenant de mieux en mieux sa nouvelle amie avec laquelle s’installe une réelle complicité, Jaz va, progressivement, se faire en quelque sorte sa traductrice auprès de leurs autres petits camarades qui se montrent un peu moins prompts à aller vers Nadima. Il n’y a aucune hostilité de leur part, mais ils n’ont pas forcément la curiosité ou l’envie de parler à cette nouvelle qui a du mal à s’exprimer. Il faut dire qu’en tant que collégien, chacun est déjà bien occupé par sa vie…

Comme dans toute relation amicale, il y aura des rires, des bons moments, mais aussi des disputes et des moments d’incompréhension notamment en raison des différences culturelles ou du passé de Nadima qui la contraint à se montrer bien plus prudente qu’une jeune fille de son âge. Jaz va donc parfois mettre son amie dans l’embarras voire en colère. Il faut dire que son sens de l’empathie et de la justice vont la pousser à plusieurs reprises à se conduire de manière impulsive sans prendre en considération les conséquences de ses actes ni pour elle ni pour les autres… Mais comme son amie, on lui pardonnera assez vite ses emportements, chacune de ses actions, même les plus irréfléchies, partant toujours d’une bonne intention.

Malgré les tensions et les disputes dues au caractère peut-être un peu trop entier de Jaz, Nadima et cette dernière finiront toujours par se réconcilier et par partager de beaux moments de rires et de complicité. Et c’est ce qui fait le charme de ce roman, l’auteure nous montrant que malgré toutes les atrocités que Nadima et sa famille ont vécues, celle-ci demeure une jeune fille comme les autres qui aime s’amuser avec ses ami(e)s, manger des friandises, si possible au chocolat, et porter un bracelet avec l’indication Best Friends Forever…

Quant aux atrocités vécues par Nadima, l’autrice a veillé à nous les laisser les découvrir de manière progressive et sans jamais tomber dans la surenchère de détails. L’auteure aborde donc le thème de la guerre et des réfugiés de manière assez délicate pour que son message invitant à l’entraide et à la tolérance puisse être accueilli par tous. A cet égard, la prestation de Nadima et de Jaz dans leur cours de théâtre est très émouvante, Nadima racontant SON histoire grâce à des photos et des bruitages. Un procédé simple qui pourtant sera chargé en émotions au point, je le confesserai, de m’avoir fait verser quelques larmes. À travers cette scène, on prend la mesure de toute l’horreur de ce qu’a vécu Nadima, sa famille et toutes ces personnes qui vivent, jour après jour, sous les bombes, les tirs et la peur permanente de mourir ou de voir ses proches périr… Ce passage est d’autant plus marquant que d’ordinaire, Nadima se montre peu encline à s’épancher, hors de son cercle familial, sur les douleurs du passé…

La seule chose qui m’a un peu étonnée et qui reste finalement anecdotique au regard du vrai message de ce roman est le fait que l’on envoie une enfant dans un collège alors qu’elle ne maîtrise pas suffisamment la langue pour suivre les cours... Alors je ne sais pas si dans la vraie vie Nadima aurait pu s’en sortir aussi bien, mais cette immersion parmi d’autres jeunes Anglais se révèle une bonne chose puisqu’elle permettra à la jeune fille de rencontrer des amis et de faire de prodigieux progrès dans la langue de Shakespeare.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé suivre son apprentissage de l’anglais et ai été admirative de sa volonté de progresser d’autant que ses efforts la rapprochent de Jaz qui, en tant que dyslexique, doit s’adapter en permanence pour écrire et lire dans sa langue maternelle. La dyslexie n’est pas le fond du livre, mais je trouve néanmoins intéressante la manière dont l’auteure a su parler de ce thème. Loin de se morfondre, Jaz a ainsi appris des tactiques pour pallier ses difficultés et puis, elle n’est pas mécontente d’appartenir au club des dyslexiques, certains ayant très bien réussi leur vie. Nadima va, en outre, vite comprendre que son amie a ses propres difficultés avec l’anglais et volera parfois à son secours. Une entraide à double sens qui rend leur histoire d’amitié encore plus touchante….

Le livre fait environ 300 pages, mais il se lit très vite, ce qui s’explique par une police de caractère plutôt grande, un texte aéré, mais surtout la plume de l’auteure qui est d’une grande fluidité. Sans se perdre en longues descriptions, elle invite le lecteur à se plonger dans son récit comme on se jetterait sur une tablette de chocolat. L’auteure a également ce côté chaleureux qui vous donne l’impression de lire l’histoire d’une amie ou des enfants d’une amie. Il n’y a absolument aucune distance entre nous et les personnages, ce qui rend la lecture immersive et surtout très naturelle. Alors le roman est destiné aux enfants, et cela se ressent dans le caractère peut-être un peu enfantin de certains passages (chamailleries, jalousie entre amies…), mais il serait dommage de passer à côté de ce récit qui prouve que derrière une certaine légèreté, un roman jeunesse peut divertir tout en faisant réfléchir son lectorat.

En conclusion, à travers la rencontre de deux jeunes filles que tout oppose, Cas Lester signe ici une très belle histoire d’amitié transcendant les différences linguistiques, religieuses et culturelles. Mais de toute manière, existe-t-il quelque chose qui ne puisse être surmonté par une tablette de chocolat, une bonne dose de tolérance, d’ouverture d’esprit et de solidarité ? À la lecture de ce roman, vous ne pourrez que répondre par la négative et saluer le travail de sensibilisation de l’auteure sur la question des réfugiés et des conséquences de la guerre. Un roman que je recommande donc à tout le monde !

Découvrez l’auteure lire un petit passage de son roman (vidéo en anglais).

Et vous, envie de découvrir Parles-tu chocolat ?

Araminta Spookie – Tome 1 : Ma maison hantée, Angie Sage

Quand j’ai découvert le thème du Challenge Lire en thème de mai, lire un livre dont le nom de l’auteur commence par S, j’ai tout de suite pensé à ce roman dont la couverture m’a complètement fait craquer.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une dose de famille Adams, une pincée de Petit Nicolas, et une cuillerée de Fifi Brindacier: un mélange détonant nommé Araminta Spookie !

Araminta Spookie habite une maison biscornue avec sa tante Tabby, une femme très sèche et aimante, et son Oncle Drac, éleveur de chauves-souris. Araminta voudrait que sa maison soit hantée et elle passe son temps à rechercher d’éventuels fantômes, des loups-garous et autres vampires. Elle possède des panoplies en tout genre pour mener ces chasses incongrues, mais pour l’instant, en vain. Tante Tabby, fatiguée de réparer inlassablement la chaudière, décide de vendre la maison. De plans complètement loufoques en embuscades colossales et drôles, nous suivons la lutte d’Araminta, prête à tout pour garder sa drôle de maison.

  • Relié: 160 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Editeur : Nathan (3 avril 2008)
  • Prix : 9.90€

AVIS

Araminta coulait des jours heureux avec sa tante Tabby qui aime à se battre avec la chaudière et son oncle, amateur de chauve-souris dans l’âme, jusqu’à ce que sa tante lui annonce son intention de vendre la maison. Hors de question pour la jeune fille qui aime sa maison hantée, bien qu’elle n’y ait encore jamais vu de fantômes, de partir de chez elle ! Elle va donc tout mettre en œuvre pour faire fuir les agents immobiliers et les potentiels acheteurs.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune fille a beaucoup d’imagination et de la suite dans les idées. C’est donc avec plaisir qu’on la suit dans ses aventures consistant notamment à se déguiser en fantôme ou à réunir le maximum d’ingrédients bien dégoûtants et gluants, et à les envoyer depuis un endroit stratégique sur les visiteurs. Deux stratégies efficaces puisque la plupart d’entre eux fuient la maison « hantée » sans se retourner, mais ça c’était avant de tomber sur des acheteurs plutôt étranges…

Bien que polissonne, il est difficile de ne pas s’attacher à Araminta même si elle se montre assez pénible avec sa tante, déjouant tous ses plans pour rendre la maison la plus attractive possible. En plus d’avoir des idées farfelues et une imagination débordante, elle est plutôt amusante, voire impertinente, puisqu’elle n’a pas vraiment la langue dans sa poche. Alors même qu’on devrait être du côté de la tante, la seule adulte responsable du livre, on ne peut donc pas s’empêcher de souhaiter bonne chance à la jeune fille dans ses tentatives de faire capoter le projet de vente.

Elle va d’ailleurs trouver un soutien quelque peu inattendu dans cette entreprise, mais je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que la maison hantée qui n’est pas hantée est peut-être finalement bien soumise à des forces surnaturelles… Pour en apprendre plus, il vous faudra vous plonger dans cette petite lecture jeunesse qui devrait faire sourire les enfants et les adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. L’histoire est toute mignonne et plutôt enfantine, mais en gardant cela en tête, un adulte pourra, en effet, savourer les péripéties d’une jeune fille têtue, mais amusante. Certains enfants pourront également se retrouver dans cette héroïne qui ne veut pas déménager, un déménagement pouvant être une étape assez difficile dans la vie d’un enfant.

À noter que le roman est agrémenté d’illustrations en noir et blanc ce qui en facilitera la lecture pour les enfants tout en leur permettant de s’immerger encore un peu plus dans ce récit mené tambour battant. Les idées, ou plutôt bêtises d’Araminta, s’enchaînent, en effet, à une vitesse folle, ce qui assure un rythme de lecture rapide que l’on soit petit ou grand. Quant à la plume de l’auteure, elle est efficace avec ce qu’il faut de rythme, d’humour et de concision pour happer l’attention des jeunes lecteurs dès les premières pages.

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La fin, avec ses deux petits retournements de situation, m’a bien plu. Elle a le mérite de montrer qu’il faut parfois apprendre à lire entre les lignes, les apparences pouvant être trompeuses, et que l’amitié peut frapper quand on s’y attend le moins. Le final promet également de nouvelles péripéties riches en actions et, probablement, en bêtises !

En conclusion, Araminta Spookie est une jeune héroïne que j’ai pris grand plaisir à découvrir. Amusante et attachante, nul doute que sa personnalité hors norme et son amour des fantômes sauront séduire les jeunes lecteurs et, peut-être, leurs parents à condition que le côté enfantin de la narration et de l’histoire ne les gêne pas. Pour ma part, c’est exactement le genre de petits romans que j’aime lire entre deux lectures plus sérieuses. Je continuerai donc la série avec plaisir d’autant que Nathan a fait un très joli travail d’édition.

Et vous, envie de feuilleter ou de découvrir Araminta Spookie ? Visitez le site des éditions Nathan.

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Fabuleux nectar, Vincent Portugal

J’ai découvert ce roman dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie imaginaire.

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PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du haut de sa tour du Palais Suspendu, Misha étudie ses grimoires et réchauffe ses alambics. L’alchimiste du roi est un créateur talentueux. Il invente des sortilèges et murmure des poèmes pour transformer la magie en outils insolites.
Son quotidien est bouleversé par la capture de trois rebelles des îles Liberté qui luttent pour leur indépendance. Pourquoi la princesse Séléna s’est-elle livrée à ses ennemis ? L’alchimiste soupçonne la prisonnière de profiter de sa captivité pour leur tendre un piège.
La belle étrangère prétend que son navire contient des trésors dignes des légendes, l’héritage d’un antique peuple des mers. Ses ruses et ses manigances se teintent de mystère, de magie, et d’une alchimie fabuleuse qui pourrait changer le destin du royaume.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Vincent Portugal;
  • Prix : 2.99€ (compatible abonnement Kindle Amazon)
  • Autre format : broché (9.90€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez vous douter que mon intérêt pour ce livre a été éveillé dès la découverte de sa couverture que je trouve plutôt attractive. En plus du côté esthétique, j’ai été intriguée par la présence de sirènes, une créature que j’affectionne beaucoup bien qu’elle soit finalement assez peu représentée dans la littérature…

Dans ce roman, les sirènes sont présentes en filigrane puisque leur mythe est mis en avant par la princesse Séléna des îles Liberté qui, avec deux autres compagnons, a été capturée par le roi Alexander. Cette princesse, à la forte personnalité, s’est donnée comme mission de gagner l’indépendance de ses chères îles que le roi asphyxie par la levée d’impôts injustes et de plus en plus importants. Et pour ce faire, quoi de mieux que de lui faire miroiter l’existence de multiples richesses héritées d’antiques descendants ayant quitté la terre ferme pour les profondeurs de l’océan ? En offrant à ce roi la promesse d’un partage de ces trésors et des revenus des îles Liberté, la princesse espère ainsi faire cesser une guerre coûteuse en vies pour les siens et en argent pour le roi. Un accord qui devrait se révéler gagnant-gagnant pour chacun à moins que la princesse et ses acolytes ne gardent encore quelques secrets comme la provenance de ce mystérieux nectar qui affole les sens du roi et l’imagination de la cour…

Ce roman m’a assez surprise, dans le bon sens du terme, dans la mesure où je n’avais pas anticipé la tournure prise par l’histoire. Je m’attendais à un récit empreint de magie, j’ai trouvé un récit empreint de magie, de poésie, mais surtout de politique, de manigances en tout genre et de faux-semblants. Alors je vous rassure, l’auteur ne nous présente pas un débat politique rébarbatif, mais plutôt une histoire où les enjeux politiques et économiques sont au cœur de tout. Ils se révèlent d’ailleurs, bien que pour des raisons différentes, d’une importance capitale pour Séléna et son peuple, et pour le roi et l’affirmation de son autorité.

Au milieu de tout ça, nous avons l’alchimiste du roi, Misha, qui est accompagné d’un Djinn que j’ai beaucoup apprécié. Jouant un peu le rôle de Jiminy Cricket pour l’alchimiste, le Djinn tentera de le guider et de le soutenir sans se départir d’un certain humour qui rend le personnage plutôt attachant. Les échanges entre l’humain et son compagnon surnaturel sont donc plaisants à suivre bien que j’aurais adoré que le Djinn soit encore plus présent… Quoi qu’il en soit, le Djinn sait faire preuve de dérision tout en sachant également soutenir inconditionnellement son ami même dans les situations qui, à première vue, semblent mal engagées…

Et de ce soutien, Misha en aura fort besoin puisque bien qu’intelligent et très doué quand il est question de magie, il semble dépassé quand il s’agit de politique… Il sera néanmoins le premier et le seul à douter de l’existence des sirènes tellement vantée par Séléna. Et il sera encore le seul à deviner que la princesse est bien plus dangereuse que ce qu’elle aimerait faire croire… Troublé par l’influence grandissante de la captive sur son roi, il lui sera toutefois difficile de faire entendre sa voix face à un souverain bourru et assez impulsif d’autant que le caractère un peu mou de Misha ne l’aide pas vraiment à s’imposer. C’est un petit génie de la magie, mais c’est aussi une personne timorée qui, face à ses privilèges nouvellement acquis, n’est pas prompte à défendre ses opinions pacifiques. Contre la guerre et le détournement de ses inventions pour exterminer le peuple des îles Libertés, il préféra donc fermer les yeux plutôt que de monter au créneau et refuser de continuer à servir le roi.

Je dois avouer que ce personnage m’a parfois un peu agacée ne supportant pas les gens qui ont des prétendus idéaux, mais qui les bafouent allègrement dès que leur petit confort entre en jeu. Et c’est exactement ce que fait Misha jusqu’à sa rencontre avec la princesse et son garde du corps. Il va très vite être confronté au mépris de ces deux individus pour un homme qui a mis son savoir magique au service de la destruction plutôt que de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Heureusement, petit à petit, Misha va évoluer et s’interroger sur ses actions jusqu’à avoir une certaine prise de conscience qui ne lui permet plus de se dédouaner de sa part de responsabilité dans le massacre d’innocents…

J’ai donc apprécié que l’auteur fasse évoluer progressivement son protagoniste comme j’ai aimé qu’il mette sur sa route, une femme forte et auréolée d’un certain mystère. Farouche, intelligente tout en étant prête à des actes de bravoure frôlant la folie pour protéger les siens, envoûtante, habile conteuse et négociatrice, les deux allant souvent de pair, Séléna est définitivement une femme qui possède un charisme fou. On l’imagine sans peine galvaniser les foules ! D’ailleurs, le roi lui-même semble ensorcelé par cette beauté… Découvrir cette femme fut un réel plaisir même si j’aurais aimé en apprendre plus sur cette princesse déterminée à sauver son peuple. Mais ça, c’est la faute de l’auteur qui a su donner vie à un personnage tellement intéressant que l’on aurait envie de lire des pages et des pages sur ses aventures et ses pensées. J’ai ainsi adoré m’interroger sur ses motivations, essayer de deviner ses intentions, tenter de cerner le vrai du faux de ses récits fabuleux sur les sirènes… En d’autres mots, comme le roi, je me suis laissée envoûter par cette femme qui a tout pour devenir une souveraine respectée et redoutable. Il vaut mieux donc l’avoir de son côté, ce que va découvrir de manière assez brutale notre alchimiste.

Au-delà des personnages, l’univers imaginé par l’auteur est un pur délice à découvrir d’autant que d’une plume élégante et poétique, il nous immerge dans son récit où la magie et la poésie sont intrinsèquement liées. Dans ce roman, il ne vous faudra pas, en effet, savoir manier la baguette pour lancer des sortilèges. Il vous faudra plutôt apprendre à manier avec délicatesse les mots et les rimes. Et attention aux plus distraits des alchimistes, la poésie pouvant se révéler mortelle quand elle n’est pas déclamée de manière rigoureuse et réfléchie. Lier magie et poésie est certainement l’idée qui m’a le plus séduite dans cette histoire puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur soulignait, par ce biais, le côté presque enchanteur de la poésie. J’ai, dans tous les cas, fortement apprécié la place donnée à la poésie, un art que notre alchimiste maîtrise à merveille. J’aurais d’ailleurs adoré trouver, en fin d’ouvrage, certains de ses poèmes-sortilèges. Si vous êtes dans mon cas, vous apprécierez néanmoins la présence de poèmes, extraits de traités d’alchimie, en début de chapitre… Un petit plus qui contribue au charme qui se dégage de cet univers aussi dangereux que poétique :

« Des arômes boisés, souvenirs d’une épave,
Caressent le palais dont je me sais l’esclave.
Chêne, pin, acajou ? Qu’importe la résine !
Les trésors se goûtent ; la route se devine. »

« Pilleurs d’épaves »
L’Alchimie du Goût – Poèmes gustatifs et applications, Vol. I

En conclusion, en nous offrant une plongée dans un univers imaginaire teinté de poésie et de magie, l’auteur arrive à concilier les amateurs d’histoires fantastiques et les amateurs de jolis textes. Quant aux lecteurs avides de rencontrer des personnages qui leur réservent quelques surprises, Fabuleux nectar devrait les séduire.

A noter une interview de l’auteur sur le site du Prix des auteurs inconnus, une manière intéressante d’en apprendre plus sur l’auteur et son univers. Découvrez également, sur le site, les chroniques des autres membres du jury

Photo de la page FB de l’auteur

Site de l’auteurPage FB de l’auteur

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Fabuleux Nectar ?

 

 

Dessine-moi… Ton monde idéal, Victor de Coster

Dessine-moi... ton monde idéal par De Coster

Je remercie Les Éditions du rêve pour m’avoir permis de découvrir Dessine-moi… Ton monde idéal.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Nous avons posé la question à des bouts de choux rencontrés dans toute la France, âgés de 5 à 9 ans. Les réponses fusent, sans détour, comme seuls des enfants savent le faire. Étonnantes, drôles, créatives, responsables, inattendues, matures… elles sont surtout très imagées. Grâce à ces mots ainsi recueillis, et uniquement grâce à ces mots, nous avons dessiné leur monde idéal. Le monde tel que le rêvent ceux qui le porteront demain. Ce livre garde toute la légèreté –et l’humour –d’une parfaite histoire du soir. Mais il est également, et bien évidemment, plein de sens.

  • Éditeur : Éditions du Rêve (8 mars 2018)
  • Prix : 7 euros

 

AVIS

J’ai tout de suite trouvé l’idée de demander à des enfants âgés de 5 à 9 ans de nous décrire leur monde idéal originale et surtout intéressante dans la mesure où il est rare de leur donner la parole sur ce genre de questions, que ce soit dans la vie courante ou en littérature. Je salue donc l’initiative de la maison d’édition et de l’auteur.

Le fond…

Alors que je m’étais attendue à des propos assez loufoques ou du moins, centrés sur leurs centres d’intérêt, les enfants abordent régulièrement des thèmes « sérieux » qui montrent une véritable prise en compte des enjeux de société : écologie et pollution (deux thèmes très présents), cause animale, solidarité, racisme, terrorisme… J’ai également été marquée par ce souci de la paix, et une volonté de vivre dans un monde où les relations entre les individus seraient pacifiées.

Derrière ces considérations sérieuses, les enfants évoquent également des thèmes plus légers comme le sport, les jeux, les voyages, l’amitié, la famille, l’alimentation qui semble être un domaine pour lequel les goûts sont très disparates entre amateurs de plats équilibrés et amoureux de junk-food…

Au fil de ma lecture, certains propos m’ont impressionnée par la maturité qu’ils dénotent, quand d’autres m’ont franchement fait sourire par leur côté très imaginatif, un peu naïf ou décalé :

  • « On mangerait des choses équilibrées comme des petits pois avec saucisses » (Jiméo, 9 ans) : comme quoi, la notion d’équilibre alimentaire est assez subjective…
  • « J’aimerais rester à l’âge de 10 ans, car après, à partir de 11 ans ce n’est pas trop rigolo, je ne pourrai plus faire de sport ni courir. » (Julia, 7 ans) : j’imagine que derrière cette phrase se cache le spectre de la puberté, mais si quelqu’un a une autre explication, je suis preneuse.
  • « J’aurais le pouvoir de glacer les arbres pour pouvoir grimper dessus et m’en servir comme toboggan » (Julie, 6 ans) : l’une des idées les plus cool que je n’ai jamais lues.
  • « J’aurais un vélo qui vole, il irait très vite » (Victor, 8 ans) : un moyen de transport pour lequel je signerais tout de suite ! Il est d’ailleurs amusant de voir que le vélo semble plaire à pas mal de nos rêveurs.
  • « Tous les pauvres auraient une maison et tout le monde aurait un cinéma dans sa douche » (Zoé, 9 ans) : une très jolie idée…
  • « On pense que le requin blanc est dangereux mais il ne l’est pas. » (Zakaria, 10 ans) : ce jeune homme fait preuve d’un discours empreint de bon sens que ce soit à travers ces quelques mots ou sa participation. En tant qu’amoureuse des animaux, c’est réconfortant de constater qu’il y a une véritable prise en considération de la cause animale chez certains enfants.

Les adultes devraient être séduits par la teneur de l’album qui leur permettra, je l’espère, de se rendre compte que finalement, il est possible de participer à la construction d’un monde dans lequel les enfants seraient heureux de vivre, certains de leurs rêves ne dépendant que de la bonne volonté de chacun. Quant aux jeunes lecteurs, nul doute qu’ils prendront plaisir à découvrir les textes des participants avant, peut-être, de partager avec leurs aînés, leur propre vision des choses.

La forme…

Léger, mais avec une couverture assez rigide pour ne pas qu’elle se plie à la moindre occasion, cet album est indéniablement agréable à prendre en main que l’on soit un enfant ou un adulte. Quant aux illustrations, elles retranscrivent à merveille les rêves de ces enfants qui nous content, sans détour ni cachotteries, le monde tel qu’ils aimeraient le voir. Cela se traduit par des dessins lumineux aux couleurs pimpantes et rafraîchissantes à l’image de ces jeunes personnes qui ont encore cette naïveté et cette joie de vivre que certains adultes ont, malheureusement, perdues. Les lecteurs découvrent donc, page après page, un festival de couleurs qui assure une lecture plaisante et pleine de peps. Difficile de ne pas avoir le sourire aux lèvres en tournant les pages !

Les dessins sont assez simples un peu comme si c’était les enfants eux-mêmes qui avaient sorti les crayons pour mettre en scène leur monde idéal. Le texte et les images forment donc un ensemble harmonieux qui permet aux lecteurs de se plonger pleinement dans l’album et de s’imaginer voyager d’un monde idéal à l’autre.

En conclusion, derrière des visions très différentes de ce que serait un monde idéal, même si plusieurs thèmes reviennent régulièrement, se cache toujours une certaine simplicité qui rend les propos de ces enfants touchants et pleins de bon sens. Entre l’envie d’un monde dénué de pollution et de guerres et celui où l’on aurait une mini-corne sur la tête, cet album devrait plaire aux enfants et à leurs parents, et marquer le début de jolies discussions intergénérationnelles.

Et vous, envie de craquer pour Dessine-moi… Ton monde idéal ?