Le jardinier de la nuit, Eric Fan et Terry Fan

De gigantesques sculptures envahissent la ville, changeant le paysage et le quotidien de ses habitants à tout jamais.

Little Urban (12 octobre 2018) – 40 pages – 15€

AVIS

Voici un album dont la couverture pleine de mystère a tout de suite éveillé ma curiosité. Une couverture à la hauteur d’une histoire qui m’a émerveillée et enchantée. J’ai ainsi été saisie par la beauté et la poésie de cet album qui, page après page, instille bonheur et espoir dans le cœur de ses lecteurs, des habitants de la ville, et d’un enfant habitant dans un orphelinat rue des Chagrins.

Dans cette magnifique histoire mêlant art et nature, nous découvrons un jardinier d’un genre très spécial, un jardinier qui œuvre dans les secrets de la nuit afin d’offrir aux gens une étincelle de beauté et de joie dans leur vie. Et pour ce faire, il leur fait le plus beau des cadeaux : de magnifiques sculptures végétales prenant la forme de différents animaux. Si les habitants sont heureux d’admirer ces magnifiques créations, le petit William semble, quant à lui, les attendre avec impatience et un plaisir touchant de simplicité. Il faut dire que le garçon y découvre les secrets de son âme, ou du moins, une vocation qui lui assurera que plus jamais le chagrin n’assombrira les recoins de son cœur.

Comment ne pas être ému et profondément touché par cette histoire criante d’humanité, de poésie, de douceur et de beauté ? Des qualificatifs qui conviennent aussi bien au fond qu’à la forme, les illustrations possédant ce charme suranné alliant douceur de l’enfance, mélancolie poétique et beauté classique. Des illustrations grand format, à défaut de pouvoir être grandeur nature, qui émerveillent, et qui soulignent à merveille l’arrivée de la couleur et de la vie dans une rue que l’on aurait pu craindre destinée au désespoir et à l’ennui.

Avec subtilité, élégance et tendresse, les auteurs nous montrent ici toute la force et la magie de l’art, une force vive qui touche et éveille, mais ils nous montrent également qu’il suffit parfois d’un peu de magie du cœur, et d’une âme bienveillante et altruiste, pour apporter une étincelle de vie ! Parce que tant que les hommes seront prêts à s’émerveiller, l’espoir sera toujours là, tapi même dans la plus sombre des rues. Et quand la nature reprendra ses droits, aucun paysage de désolation, juste le bonheur en trame de fond, comme la réminiscence de la promesse de jours meilleurs et en couleurs…

En bref, voici un album plein de douceur et de poésie que je ne peux que conseiller aux personnes appréciant les belles histoires, de celles qui réconfortent, qui donnent espoir en la beauté de la vie, et qui prouvent qu’il suffit parfois d’une seule personne pour faire oublier la monotonie de la grisaille et apporter de la couleur dans les cœurs.

Wild Child, Neil Connelly

Couverture Wild Child

Eddie est un lutteur hors-pair.
Battu pendant toute son enfance par son père, il écume sa rage sur le ring.
Un jour, il explose et s’en prend à l’arbitre. Sa vie bascule. Il est exclu de son lycée et risque la prison.
Mais Sunday, l’organisateur des plus grands combats illégaux du pays, a repéré depuis longtemps le talent de Mac, et souhaite qu’il rejoigne ses combattants.
En échange : la richesse et la liberté.
Eddie rentre alors dans un monde de violence et de fureur, un univers sans pitié soumis à la loi du plus fort.
Pour l’entraîner, il est confié à Khadjee, une jeune adolescente qui évolue dans ce milieu depuis sa plus tendre enfance.
Elle connaît les combats et les lutteurs mieux que quiconque.
Si elle n’était pas une femme, elle serait, elle aussi, sur le ring.
Ensemble, ils vont tenter de survivre et de ne pas laisser leurs démons prendre le contrôle.

Bayard (21 avril 2021) – 408 pages – 14 ans et +
Traduction : Dominique Kugler 

AVIS

Les histoires de combat, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé, mais la couverture avec ses teintes rouges et les deux points prêts à frapper ainsi que le résumé m’ont intriguée. J’ai donc décidé de sortir de mes habitudes de lecture pour me plonger dans ce roman où la rage de se battre est omniprésente et l’amitié en trame de fond, un peu comme un phare dans la tempête.

Loin d’être le Brute Boy ou le Wild Child que l’on attend de lui, Eddie est avant tout un jeune homme meurtri par un passé difficile fait de brutalité, de violence domestique et d’émotions fortes qu’on ne lui a jamais appris à canaliser. Alors au lieu de se morfondre et de continuer à être celui qui reçoit les coups et qui voit sa mère servir de punching-ball, il prend très jeune une décision : devenir celui qui frappe.

Cette rage de vaincre et toute cette colère qui sourde en lui, Eddie l’expulse sur un ring dans le cadre de son club de lutte au lycée, mais un jour, il se laisse déborder par ses émotions et son désir d’humilier son adversaire. Un coup qui part, un arbitre au sol, un destin brisé, une mère éplorée et un ado qui découvre un nouveau monde. Un monde encore plus brutal que le sien, un monde au sein duquel aucune règle n’existe, si ce n’est celle de l’argent.

Pourtant, entre une probable arrestation, et une vie d’exil faite de combats illégaux où tous les coups sont permis, Eddie n’a pas hésité très longtemps. Lui qui déteste son père et tout ce qu’il représente, le voilà maintenant pieds et poings liés avec d’anciennes connaissances de ce dernier. Mais ce que le jeune homme n’avait pas anticipé, c’est à quel point la voie qu’il a choisi d’emprunter, au lieu de lui assurer richesse et liberté, va très vite le piéger dans une spirale infernale, dont il ne semble pas avoir conscience de la puissance.

Chose qui agace et inquiète fortement Khadjee, une adolescente en charge de l’entraîner pour lui permettre d’affûter ses talents et les ajuster à une nouvelle manière de se battre. Parce que sur le ring, les Brawlers se moquent éperdument des règles, ils cognent et frappent jusqu’à ce que l’adversaire soit au tapis et reconnaisse sa défaite. Pas de pitié, pas d’arbitre, pas de limite, juste des coups, du sang et du spectacle ! Après tout, les abonnés qui regardent les combats en direct ne sont pas là pour voir des politesses. Ils en veulent pour leur argent, ce dont s’assure avec complaisance et diligence M. Sunday, un homme assez énigmatique, mais dont la puissance de frappe ne peut être sous-estimée…

Si je suis pas une grande fan des scènes de combat, je dois admettre que l’auteur les dépeint avec un tel réalisme et une telle vivacité qu’elles en deviennent vite passionnantes ; on a vraiment l’impression d’assister aux combats en direct. Une immersion facilitée par un vocabulaire précis et expliqué en fin de roman pour les lecteurs qui, comme moi, ne seraient pas coutumiers des termes techniques utilisés par les personnages pour décrire leurs actions ou leurs intentions. J’ai apprécié de voir Eddie sur un ring parce que cela fait partie intégrante de sa vie et je dirais même de son hygiène de vie. Les combats lui permettent de laisser libre cours à sa brutalité et de frapper son père par procuration, mais on réalise assez vite que cela va au-delà du désir de vengeance. Le jeune homme réfléchit, met en place des stratégies, apprend à connaître les limites de son corps pour les dépasser, anticipe les mouvements de l’adversaire pour les contrer. Il y a indéniablement une certaine esthétique à le voir évoluer sur un ring…

Mais ce qui fait la force de ce roman, du moins pour moi, c’est la sincère complicité et la relation de profonde amitié qui se noue entre Eddie et Khadjee. Tous les deux ont un passé difficile, bien que différents, et tous les deux luttent pour s’en sortir. Eddie pour se sortir du cercle de la haine et de la vengeance, et d’une situation difficile qui risque de le conduire entre les murs d’une prison, et Khadjee d’un deuil difficile à surmonter et du système de combats illégaux dans lequel s’enfonce de plus en plus Eddie, et auquel elle est liée bien malgré elle. Car si la jeune fille a accepté d’entraîner Eddie, c’est avant tout parce qu’elle n’avait pas le choix. Pour éponger la dette de son oncle très malade et pour être certaine de subvenir à ses besoins, elle doit faire ce que lui demande M. Sunday que cela lui plaise ou non. Les deux adolescents s’épaulent, se soutiennent et développent une belle complicité qui les pousse à vouloir veiller l’un sur l’autre, malgré un environnement difficile et menaçant.

Je n’ai pas développé d’attachement particulier envers Eddie, même s’il m’a parfois touchée et émue, mais j’ai apprécié que l’auteur ne nous offre pas une image simpliste et caricaturale du personnage ; Eddie étant un jeune homme complexe et paradoxal qui abrite en lui une certaine dualité, parfois déroutante pour le lecteur. Ainsi, s’il peut se montrer brutal et extrêmement violent, il est également capable de dévotion, de tendresse, d’amour, d’amitié et de loyauté. Une image tout en nuances qui le rend très réaliste et qui permet à l’auteur d’éviter de tomber dans le pathos. De fil en aiguille, au gré des combats, des échanges avec son entraîneuse et amie, et d’une certaine sagesse dispensée par l’oncle de Khadjee, Eddie évolue et commence à réaliser que ce n’est pas dans la vengeance qu’il trouvera la paix…

Quant à Khadjee, j’ai admiré son courage, la jeune femme affrontant les épreuves avec un stoïcisme remarquable, sa volonté de s’en sortir, et sa totale dévotion envers son oncle Than. Un homme qui a pris de mauvaises décisions dont elle paie encore les conséquences, mais un homme fondamentalement bon et généreux qui a fait de son mieux pour prendre soin d’elle, et qui a accueilli, non sans une certaine malice, Eddie et ses bagages émotionnels. Entre les deux, se nouera d’ailleurs une belle relation, l’oncle lui servant quelque peu de mentor, et lui prodiguant des conseils pour les combats, mais aussi la gestion de ses émotions. Bien que ce ne soit pas le fond du roman, l’auteur évoque ainsi brièvement la méditation et le bouddhisme. Connaissant peu cette religion, j’ai d’ailleurs apprécié d’en découvrir la philosophie et certains principes… Mais c’est avant tout la personnalité enjouée et la sagesse particulière de l’oncle Than qui m’a le plus émue et plu dans ce roman. Bien que ce soit un personnage secondaire, ce fut indéniablement mon personnage coup de cœur.

Quant au style de l’auteur, il est incisif, précis et alerte, ce qui donne à la narration une vivacité qui rend la lecture aussi agréable qu’immersive. Nul doute que ce style plaira autant aux adolescents qu’aux adultes, l’auteur n’occultant pas la dureté de l’histoire, mais ne cherchant pas non plus à tomber dans la surenchère. Le tout sonne juste et vrai, suscitant probablement chez les lecteurs moult émotions et sentiments. Pour ma part, j’ai tour à tour été choquée par la violence qu’une personne si jeune peut receler en elle, dégoûtée par le sang, attendrie par des échanges forts et sincères, amusée par la facétie de Than, révoltée par un père qui a trouvé son échappatoire dans les coups, peinée pour une mère désœuvrée par un fils qui lui échappe, touchée par les interrogations d’un adolescent qui se demande si la violence coule dans ses veines, comme si c’était une maladie qui se transmettait de père en fils. À cet égard, l’auteur offre une réflexion intéressante sur l’inné et l’acquis, sur la transmission de la haine et de la violence, sur la difficulté pour une personne de se libérer de son passé…

En conclusion, Wild Child est un roman abordant avec réalisme, mais sans pathos, des thèmes forts comme la violence, la colère, le désir de vengeance qui aveugle, la résilience, la difficulté de s’émanciper de son passé, les luttes autant physiques qu’intérieures, peut-être les plus difficiles. Mais Wild Child, c’est aussi une belle histoire de rédemption, d’amitié, de sincérité, de complicité et de compréhension mutuelle permettant à deux adolescents meurtris par la vie de se forger, main dans la main, un autre destin…

Frapper pour se défouler, se battre pour exister, lutter pour se venger ! Mais si finalement, il existait une autre voie ?

Je remercie les éditions Bayard et Babelio pour cette lecture.

Le Renard et le Petit Tanuki, Mi Kitagawa

Le Renard et le Petit Tanuki T01

Animaux magiques et folklore japonais : un conte touchant pour faire grandir les petits… et les grands !

Il était une fois Senzo, un renard surpuissant craint de tous les animaux, qui semait la terreur sur son passage… à tel point que les dieux, pris d’une vive colère, le plongèrent dans un profond sommeil… 300 ans plus tard, à notre époque, ils décident de l’en sortir… à une condition ! Privé de sa force destructrice, le voilà chargé d’une mission spéciale : élever le petit tanuki Manpachi pour faire de lui un digne serviteur de la déesse du Soleil.

Manpachi a été rejeté par sa famille car il possède des pouvoirs immenses, qu’il a encore du mal à contrôler. Allergique à toute autorité, Senzo refuse de s’embarrasser d’un disciple, aussi mignon soit-il… Sauf qu’au moindre signe de rébellion, il est parcouru d’une douleur insoutenable ! Le voilà bien obligé d’accepter le marché…

Impossible de rester de marbre face à cette fable animalière ultra-craquante ! Mi Tagawa est de retour dans un récit plein de tendresse, après nous avoir déjà fait fondre avec sa peinture poignante des liens familiaux dans Père & Fils. À la manière d’un film de Ghibli, Le Renard et le Petit Tanuki touchera le cœur des petits comme des grands !

Ki-oon (5 novembre 2020) -156 pages – 7,90
Traduction : Geraldine Oudin

AVIS

Ayant complètement craqué pour la douceur qui se dégage de la couverture, j’étais impatiente de découvrir ce manga qui a fait fondre l’amoureuse des animaux en moi.

Après un long repos, destiné à le punir d’avoir semé la terreur autour de lui, Senzo, un grand méchant renard, se réveille avec des pouvoirs affaiblis, l’impossibilité de se rebeller sans en subir les conséquences, et l’obligation de former et de s’occuper d’un petit tanuki qu’il nommera Manpachi. Des trois punitions, c’est certainement la dernière qui exaspère le plus notre renard, qui n’a guère envie de jouer les nounous auprès d’un petit tanuki extrêmement affectueux et démonstratif ! Il a d’ailleurs beau le repousser, ce dernier ne peut s’empêcher de le coller.

Et si cela ne suffisait pas, voilà que notre duo doit également effectuer des missions sous la surveillance d’une bande de loups que notre renard rêverait de réduire en charpie. Il faut dire qu’en plus d’être ses ennemis naturels, ils ne sont pas du genre docile, même s’il y a quelques exceptions comme Tachibana, qui se révèle aussi fou fou que sympathique. De fil en aiguille, on suit donc cette bande de plus ou moins joyeux métamorphes et l’on assiste aux liens qui se forment entre Senzo et Manpachi. Car sous ses airs durs et implacables, Senzo n’est peut-être pas ce méchant renard que tout le monde pense et dont il aime se donner l’image.

J’ai adoré la relation entre le renard et le tanuki, une relation intergénérationnelle version animale non dénuée de poésie et de tendresse. Et ceci malgré le côté bourru et gros dur de Senzo qui a bien du mal à admettre que le sort de son protégé ne le laisse pas indifférent. Il y a d’ailleurs une scène dans laquelle on les retrouve endormis et collés l’un à l’autre des plus attendrissantes. Mais ne le répétez pas à Senzo parce que vu son caractère, je ne suis pas certaine que cela lui plairait beaucoup qu’on lui fasse remarquer.

Quant à notre petit tanuki, j’ai eu un véritable coup de cœur pour lui. Joyeux, confiant, optimiste, et mignon à souhait, il est impossible de ne pas s’attacher et de ne pas vouloir prendre soin de lui, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile. Rejeté par les siens en raison de ses pouvoirs, et donc de sa différence, il cherche désespérément une famille. Mais Senzo acceptera-t-il de baisser suffisamment ses barrières pour lui laisser une place dans son cœur, dans sa vie et lui servir d’ancrage émotionnel et affectif ?

Au-delà de la relation qui se noue entre deux animaux qui n’ont apparemment rien en commun, mais qui sont liés à plus d’un titre, ce premier tome nous immerge avec brio dans le folklore japonais, fait de légendes et de créatures fantastiques fascinantes. À cet égard, en plus des métamorphes présents tout au long du manga, j’ai apprécié l’intrigue liée à un esprit de la maison chassé par un autre esprit... Cet épisode, qui apporte une petite touche d’horreur sympathique, sera l’occasion de réaliser que Senzo n’est pas encore prêt à se soumettre, et qu’aussi mignon soit-il, notre petit tanuki est peut-être bien plus fort qu’il n’y paraît... Mais l’est-il assez pour résister à une menace dont notre renard n’avait pas saisi toute l’ampleur ? 

Ce premier tome se finit ainsi sur une scène qui nous donne envie de nous jeter sur la suite et de découvrir ce qui va arriver à un tanuki pour lequel on développe très vite une vive et franche affection. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de la couverture : mignonnes, douces et splendides. Le trait très rond des dessins, avec un accent volontairement mis sur les yeux, apporte beaucoup de douceur à une histoire pleine de sensibilité, mais non dénuée de moments plus durs, bien que jamais vraiment effrayants. Nous restons, après tout, dans une œuvre qui pourra plaire, divertir, attendrir et émerveiller les lecteurs de tout âge. 

En résumé, tout en abordant des thèmes parfois difficiles comme l’abandon et la peur de la différence, Le Renard et le Petit Tanuki est un manga adorable qui met en scène avec sensibilité et une certaine pudeur deux personnages très différents, mais dont le destin se trouve inexorablement lié. Doux et tendre à la fois, voici un manga qui devrait enchanter et émouvoir les amoureux des animaux, et les lecteurs en quête d’une plongée mouvementée et pleine d’émotions dans le folklore japonais.

Manga lu dans le cadre du challenge Mai en BD

Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Secret Service : Maison de Ayakashi (tome 1), Cocoa Fujiwara

Couverture Secret Service : Maison de Ayakashi, tome 01

Ririchiyo Shirakiin a un gros défaut : elle ne peut pas ouvrir la bouche sans dire des choses désagréables aux gens. Sous ses airs revêches, la jeune lycéenne a pourtant un cœur en or, mais après des années passées à n’exister qu’à travers son statut d’héritière d’une riche famille, elle s’est construit une carapace qui l’étouffe. Bien décidée à changer de vie, Ririchiyo vient d’emménager dans la  » Maison de Ayakashi « , une résidence réservée aux descendants de créatures surnaturelles et d’humains. Avec ses étranges voisins, la jeune fille n’est pas au bout de ses surprises… surtout lorsqu’elle découvre que son mystérieux garde du corps a le pouvoir de se transformer en renard démoniaque !

Kurokawa (12 janvier 2012) – 208 pages

AVIS

Ayant vu l’animé il y a quelques années, je n’ai pas hésité à emprunter ce titre quand je l’ai croisé par hasard à la bibliothèque. Je ne me souvenais pas vraiment de l’histoire, alors je me suis plongée sans attente particulière dans ce manga que j’ai apprécié. À noter que la couverture ne reflète pas le contenu du manga bien plus sage. Alors, si comme moi, son côté assez sexualisé peut vous déranger, pas d’inquiétude, on est loin d’un premier tome graveleux. 

On fait la connaissance de Ririchiyo, jeune héritière d’une grande lignée qui a une particularité : offenser les gens dès qu’elle ouvre la bouche. Dit comme ça, l’héroïne a de quoi rebuter, mais au fil des pages, on se rend compte que la limiter à cette caractéristique serait injuste : rejetée par les autres enfants dès sa plus tendre enfance en raison de sa famille, et à l’inverse protégée de manière obséquieuse par les adultes pour la même raison, elle n’a simplement jamais eu la chance d’avoir des relations saines et des interactions positives avec autrui.

Loin d’être méchante et froide, Ririchiyo est donc simplement maladroite. Elle ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de culpabiliser pour la moindre de ses paroles, ce qui la pousse à vouloir s’isoler et ainsi être certaine de ne pas blesser les autres. La jeune fille, à l’air farouche mais au cœur tendre, nous apparaît donc assez seule, mais c’était sans compter sur son installation dans une pension spéciale. Ainsi, la Maison de Ayakashi n’accueille que les descendants de grandes familles, mais surtout les héritiers des familles ayant du sang de yôkai dans leurs veines. Autre spécificité de cette pension : un service de garde du corps spécial et diablement efficace, le secret service.

C’est dans ce cadre que notre héroïne croise la route du très dévoué Miketsukami. Ce garde du corps semble ainsi prêt à tout pour la servir, lui rendre la vie agréable, et la protéger des autres, mais aussi d’elle-même et de sa tendance à se morigéner sans cesse. Sa dévotion a de quoi surprendre, car elle va très loin, mais l’autrice nous laisse comprendre que si Ririchiyo ne le connaît pas, il n’en est pas de même pour ce dernier qui rêvait de pouvoir enfin la rencontrer…. Bien que parfois extrême et très théâtral dans sa manière de se comporter, ce qui m’a fait bien souvent sourire, Miketsukami se révèle aussi fiable qu’attendrissant. 

Au début du manga, j’ai eu peur que la relation entre Ririchiyo et Miketsukami soit malsaine, ce dernier n’hésitant pas à se considérer comme son chien, une image servant, entre autres, à prouver sa dévotion et sa fidélité. Fort heureusement, l’autrice se détache très vite de cet aspect pour introduire un certain mystère et une bonne dose de surnaturel. Si vous aimez les yôkai, les kitsune et autres créatures de légende, vous devriez apprécier cette incursion dans le folklore japonais. À noter d’ailleurs, en fin de manga, une double page présentant différentes créatures typiquement japonaises, ce qui offre une introduction intéressante pour les lecteurs ne connaissant pas du tout le sujet.

Au niveau des personnages secondaires, on notera une femme garde du corps très coquine qui contraste à merveille avec le sérieux de Miketsukami, et un ami d’enfance de Ririchiyo, dont la forme surnaturelle ne devrait pas manquer de vous surprendre. Est également introduit en dernière partie de manga un duo haut en couleur que je suis impatiente d’apprendre à mieux connaître. Alors si pour le moment, la personnalité des personnages secondaires n’est pas développée outre mesure, l’autrice a su s’appuyer sur une galerie de personnages variés, ayant des personnalités plutôt contrastées et intéressantes.

Pour un premier tome, je l’ai trouvé très rythmé et ai apprécié de voir Ririchiyo commencer à évoluer. Bien qu’elle doute encore parfois, elle commence à réaliser qu’il y a des personnes qui peuvent effectivement l’apprécier pour elle-même et non pour tout ce que sa famille peut leur apporter. En plus de prendre petit à petit confiance en sa capacité à nouer des liens avec les autres, la jeune fille va également commencer à ressentir des choses qu’elle n’arrive pas (encore) à identifier. Mais ne vous inquiétez pas, le lecteur en est tout à fait capable lui. Alors si cela m’a semblé un peu rapide, j’avoue que je l’ai trouvée très mignonne, avec une touche d’innocence qui ne tombe jamais dans la niaiserie. Ririchiyo a encore beaucoup à apprendre des relations avec les autres que ce soit du point de vue amical et sentimental. Mais on peut légitimement penser que Miketsukami et les autres occupants de la Maison de Ayakashi seront d’une grande aide dans ce domaine, ce qui laisse espérer des interactions mouvementées et des moments amusants.

En résumé, Secret Service nous plonge, aux côtés d’une lycéenne bien plus tendre que les apparences pourraient le laisser penser, dans l’antre d’une pension très spéciale que l’on a bien du mal à quitter. Les amateurs de folklore japonais, de mystère et de personnages hauts en couleur devraient apprécier ce manga aux illustrations fort sympathiques et au rythme effréné. Quant aux romantiques dans l’âme, quelque chose me dit qu’ils ne devraient pas être insensibles à une relation qui commence doucement à se dessiner.

Manga lu dans le cadre du Challenge Mai en BD.

 

 

Mini-chroniques en pagaille #35

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Blue au pays des songes (tome 1) : La forêt envahissante de Davide Tosello ( Vents d’Ouest) :

Blue au pays des songes - Tome 01Si j’ai adoré l’ambiance onirique instaurée par l’auteur, j’avoue avoir été assez déstabilisée par l’histoire qui a un petit côté absurde à la Alice au pays des merveilles. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que sans le résumé qui est, pour le coup, très clair, j’aurais totalement su appréhender le contenu de cette magnifique BD. Cela ne m’a pas empêchée de me laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur, et d’être enchantée par les somptueuses illustrations, dont j’ai adoré les couleurs et les contours.

Nous suivons ici Blue, une jeune fille qui fuit une forêt sombre qui grandit et grignote tout ce qui se trouve sur son chemin, humains et maison y compris. Dans sa fuite, Blue sera accompagnée d’une baleine miniature enfermée dans un bocal, puis par un jeune garçon avec lequel elle désire se rendre à la cité de la tristesse, un endroit où il est possible d’échanger des larmes contre un vœu. Mais la route ne sera pas dénuée de dangers et de rencontres allant de surprenantes à fortement désobligeantes.

En plus d’être sublime et très rythmée, cette BD offre un très beau travail sur les songes, les cauchemars et n’est pas dénuée de messages importants, notamment sur la force de la magie, l’importance de croire en soi et la nécessité de connaître son passé pour construire son futur. Le passé de Blue nous apparaît d’ailleurs par petites touches à mesure qu’elle progresse dans son aventure…

En bref, La forêt envahissante nous offre un énigmatique, étrange et mystérieux voyage au pays des rêves, ou plutôt des cauchemars, en même temps qu’une aventure rythmée qui enchantera les yeux des lecteurs. Belle et intrigante, voici une BD que je ne peux que vous conseiller.


Les trois titres suivants sont proposés en accès libre sur NetGalley. Je remercie d’ailleurs le site et les maisons d’édition pour ces lectures.

  • La musique d’Édouard de Monika Filipina (Editions Crackboom !) 

Couverture La musique d’Edouard

J’ai tout de suite craqué devant la couverture que ce soit pour ses couleurs pleines de pétillants, l’illustration de couverture adorable, ou tous les animaux qui y sont représentés. Et je dois dire que j’ai été enchantée par cette belle histoire qui nous plonge en pleine jungle. On y découvre tout un panel d’animaux divers et variés qui partagent une passion commune : la musique. Mélomanes dans l’âme, ces animaux jouent donc chacun d’un instrument. Tous sauf le pauvre Édouard, un éléphant qui a tout essayé, mais qui s’est fait une raison : aucun instrument ne lui sied ou ne résiste à sa force.

Loin de se laisser abattre, il s’est donc transformé en soutien et fan inconditionnel de ses amis dont il écoute avec un plaisir non dissimulé les concerts en pleine jungle. Mais un jour, un petit contretemps va lui permettre de faire une surprenante et très belle découverte !

J’ai adoré cette histoire d’animaux mélomanes et j’ai été touchée par ce petit éléphant dont l’amour de la musique ne peut pas s’exprimer comme il le souhaiterait. Mais ce qui fait la beauté de cet album est la manière dont l’autrice permet aux enfants de comprendre qu’il faut toujours garder espoir et que chacun d’entre nous possède ses propres talents et dons. Une belle leçon d’espoir et de confiance en soi qui plaira autant aux enfants qu’aux parents et adultes.

À noter également, un petit récapitulatif des différents instruments joués par les animaux de l’album, un beau moyen de montrer leur variété aux enfants et de leur apprendre à bien les reconnaître/nommer. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de l’illustration de couverture : mignonnes à souhait, douces et colorées.

En bref, voici un très bel album jeunesse qui plaira aux amoureux des animaux et de la musique, et qui à travers un jeune éléphant montre que chacun d’entre nous possède un talent qui lui est propre et qui ne demande qu’à s’exprimer.


  • Les filles modèles – tome 1 : Guerre froide de Potvin, Morival et Bussi (Kennes éditions) :

Les filles modèles, BD tome 1 : Guerre froide (BD) par Potvin

Il s’agit ici de l’adaptation en BD du roman Les filles modèles que je n’ai personnellement pas lu.

Marie-Douce porte bien son nom. Gentille et adorable, elle réserve un très bon accueil à Laura, sa nouvelle demi-sœur avec qui elle va devoir partager sa chambre. Il faut dire qu’en fille aimante, elle est prête à tout pour que son père soit heureux avec la mère de Laura, sa nouvelle compagne. Malheureusement pour elle, Laura n’est pas dans les mêmes dispositions et ne possède pas un caractère aussi conciliant. Franchement odieuse, elle fera tout pour se montrer désagréable dans l’espoir de pouvoir déménager, et de se tenir éloignée de mademoiselle Barbie et de son agaçant et trop parfait père.

Si j’ai trouvé Laura franchement agaçante, elle évoluera en cours d’aventure et apprendra à mettre sa colère de côté pour se rendre compte que Marie-Douce n’est peut-être pas la fille naïve et insipide qu’elle pensait. Une jolie manière pour l’autrice de montrer qu’il faut se méfier des apparences et qu’il est toujours dangereux de cataloguer des individus du seul fait de ses aprioris.

Quant à Marie-Douce, elle se révèle d’emblée attachante et touchante, notamment dans son envie de bien faire et d’assurer une certaine harmonie au sein de sa famille recomposée. J’ai également apprécié que l’on nous montre que l’on peut être très gentille, aimer le rose et la danse, mais aussi avoir une certaine force de caractère et être douée dans les sports de combat. Une image qui sort clairement des stéréotypes que l’on a coutume de voir.

Le début de la BD m’a bien plu, avec notamment cette confrontation entre deux jeunes filles à la personnalité diamétralement opposée, mais unies par le même amour pour leur animal de compagnie, un chien pour l’une, et un chat pour l’autre. Néanmoins, si j’ai apprécié que l’un des personnages offre une leçon de vie à Laura, qui en avait clairement besoin, j’ai trouvé le moyen de le faire assez mesquin, voire humiliant. Pas certaine que dénoncer un comportement problématique au moyen d’un comportement qu’il l’est tout autant soit très pertinent… 

Mais c’est peut-être toute l’intrigue amoureuse qui se dessine qui m’a le moins intéressée, étant probablement trop âgée maintenant pour ce genre de schéma et de retournement de situation. Je reconnais toutefois que ce point et la manière dont il est amené devraient séduire les jeunes lectrices. Et je dis lectrices parce que la BD est somme toute connotée très girly, que ce soit au niveau des personnages, de leurs sujets de conversation ou des tons pastels des illustrations. Des illustrations dont j’ai d’ailleurs apprécié les couleurs et la douceur.

En bref, Les filles modèles est une BD qui plaira aux adolescentes en quête d’une histoire mêlant rivalités entre deux jeunes filles devant apprendre à vivre ensemble, amitiés et prémisses d’une histoire d’amour qui s’avère compliquée ou, du moins, délicate.


  • Mé en vré il fo mangé koi ? de Cédric Yout (Publishroom Factory)

Couverture Mé en vré il fo mangé koi ?

Contrairement aux ouvrages précédents, la couverture ne m’a pas inspirée plus que cela et j’avoue que le titre en langage SMS aurait eu plutôt tendance à me faire fuir. À l’inverse, le résumé a attiré toute mon attention, la question de l’alimentation m’intéressant.

Avant d’aller plus loin, je préfère préciser que l’ouvrage n’est pas un album, mais plutôt un mini guide très accessible qui aborde succinctement différents points liés à l’alimentation : les bénéfices apportés par une bonne alimentation, les différents « personnages » de l’alimentation (lipide, glucides, vitamines)… et leurs effets positifs ou négatifs sur le corps ainsi que les aliments où on peut les trouver… On évoque aussi le sport, l’importance de ne pas se jeter sur les plats préparés, l’application Yuka, quelques exemples de petits-déjeuners (avec la tendance française à trop insister sur les glucides, le combo pain/miel ou confiture étant quelque peu déconseillé…) et l’auteur propose même une petite visite des rayons des supermarchés avec quelques recommandations de fréquence de consommation.

En bref, si le fond est intéressant, il m’a semblé qu’il faudrait peut-être revoir quelques passages et faire un bref rappel sur le fait que l’alimentation est l’un des facteurs qui joue sur le poids et qu’à ce titre, il est important d’être bien renseigné sur le sujet, mais qu’il y a d’autres variables à considérer. Mis à part ce bémol, ce guide se révèle très accessible et offre un premier pas intéressant pour sensibiliser les adultes et surtout les enfants au thème de l’alimentation et de l’importance de l’équilibre alimentaire.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous déjà lus ?

Daughter of the Pirate King, Tricia Levenseller

Couverture Daughter of the Pirate King, book 1

There will be plenty of time for me to beat him soundly once I’ve gotten what I came for.

Sent on a mission to retrieve an ancient hidden map—the key to a legendary treasure trove—seventeen-year-old pirate captain Alosa deliberately allows herself to be captured by her enemies, giving her the perfect opportunity to search their ship.

More than a match for the ruthless pirate crew, Alosa has only one thing standing between her and the map: her captor, the unexpectedly clever and unfairly attractive first mate, Riden. But not to worry, for Alosa has a few tricks up her sleeve, and no lone pirate can stop the Daughter of the Pirate King. 

AVIS

Il me suffit de voir le mot pirate dans un titre pour me tenter et si en plus, on parle de femme pirate… Alosa est la fille du roi des pirates, un homme impitoyable qui contrôle les mers et plus ou moins les terres… Ce dictateur en puissance semble pourtant avoir la plus totale dévotion de la part de sa fille qu’il a chargée d’une mission : mettre la main sur une carte afin de se rapprocher d’un trésor très convoité. Et pour ce faire, Alosa a dû consentir à faire semblant de se laisser capturer et emprisonner par l’un des nombreux ennemis de son père, sa mainmise sur le monde des pirates ne faisant pas l’unanimité. Et c’est un euphémisme !

Alosa m’a paru au début un peu trop sûre d’elle, voire quelque peu fanfaronne, mais au fil des pages, ce trait de caractère s’amenuise fortement. Une évolution qui m’a permis d’apprécier cette jeune fille de 17 ans, qui ne vit que pour obtenir l’approbation dun père pourtant peu aimant et, surtout, maltraitant. Ainsi, de fil en aiguille, on découvre la cruauté de cet homme qui ne semble voir en sa fille qu’une arme destinée à servir ses rêves de grandeur et ses intérêts. Une réalité qu’Alosa se refuse obstinément à voir, ce que l’on peut comprendre, son père étant sa seule et unique famille. Mais loin d’être une frêle chose aux mains d’un tyran, c’est une jeune fille forte, obstinée et déterminée, qui a su se faire une place dans le monde des pirates, au point d’avoir déjà un bateau et un équipage presque entièrement féminin sous ses ordres.

Ses aptitudes de combattante ajoutées à sa force de caractère lui jouent parfois des mauvais tours, mais c’est aussi ce qui lui permet de ne pas flancher dans sa mission. Parce que se retrouver aux mains de l’ennemi, cela demande quand même une bonne dose de confiance en soi ! Mais ce que n’avait pas prévu Alosa, c’est de devoir affronter un jeune pirate qui ne joue pas selon les mêmes règles du jeu que les autres. Contrairement à elle, Riden ne tire aucune satisfaction de son statut de pirate, et l’on devine que si ce n’était pas pour soutenir son frère devenu le capitaine du bateau, il aurait préféré suivre un autre chemin…

La relation entre Riden et son frère est intéressante, les deux étant très proches malgré leurs différences de caractère, mais c’est la relation entre Riden et Alosa qui fera sourire et frémir d’impatience les lecteurs. Alosa lui mène la vie dure n’hésitant pas à se rebeller et à le titiller à la moindre occasion, voire à se comporter comme une véritable chipie. Mais très vite, on sent une certaine alchimie entre ces deux jeunes pirates qui ont déjà vécu beaucoup de choses difficiles, notamment de la part de leur père respectif. J’ai adoré les voir se chamailler et se rapprocher, d’autant qu’Alosa va faire de son mieux pour lutter contre son attirance naissante. La fille du roi des pirates n’a pas de temps à perdre avec une amourette, une mission l’attend !

Et mieux vaut pour elle la réussir, parce que son père n’apprécie guère d’être déçu, et encore moins par elle. Alosa m’a paru parfois un peu naïve dans l’exécution de sa mission. Par exemple, jamais elle ne se demande comment elle arrive à sortir de sa prison la nuit et à fouiller un bateau plein de pirates sans être surprise… Mais j’ai apprécié de la voir se triturer les méninges pour tenter de trouver cette satanée carte, quitte à devoir utiliser des capacités qu’elle redoute. Car loin de n’être qu’une simple fille de pirate, Alosa porte en elle une dualité que l’autrice commence véritablement à exploiter dans la dernière partie du roman. Je n’en dirai pas plus, mais c’est un aspect que j’ai adoré et qui, je l’espère, sera encore plus présent dans le deuxième et dernier tome !

Le niveau d’anglais étant plutôt accessible, j’ai lu le roman rapidement, emportée par le jeu du chat et de la souris entre Alosa et Riden, mais surtout par ce monde de la piraterie que j’affectionne tant. On reste dans un livre young adult avec un univers qui aurait mérité d’être enrichi, mais si vous aimez les intrigues avec plein de pirates, qui se déroulent en grande partie sur un bateau avec son lot de promiscuité, ce roman devrait vous plaire. J’ai, en outre, aimé qu’Alosa ne soit pas une femme cruelle et insensible, mais qu’elle n’hésite pas à faire couler le sang et à trancher des gorges quand elle le juge nécessaire, ou quand la situation l’impose. Cela me semble important de ne pas édulcorer la réalité derrière le mot pirate…

J’aurais néanmoins apprécié que Riden soit un peu plus charismatique, puisqu’il m’a paru parfois timoré sans ses réactions. Mais cela ne l’en rend que plus attendrissant et nous montre à quel point, il n’a pas sa place sur un bateau pirate. Quant à son frère qu’il aime tant et fait de son mieux pour protéger, il m’a paru exécrable, mais on sent en lui un certain potentiel. Espérons d’ailleurs que dans le tome suivant, l’autrice donne un peu plus de place et de relief aux personnages secondaires, qui, ici, manquent peut-être un peu de consistance, tout en étant assez remarquables pour susciter des émotions et réactions chez les lecteurs.

En conclusion, Daughter of the Pirate King fut une très agréable et distrayante lecture, mêlant habilement romance entre deux personnages qui aiment à se chamailler et monde de la piraterie avec son lot de sang, de manipulations et de trahisons. Alors si vous avez envie de voguer en mer depuis le confort de votre canapé, et de suivre une princesse pirate de caractère dans ses (més)aventures, ce roman devrait vous plaire !

Mercy (tome 1) : La dame, le gel et le diable, Mirka Andolfo

Alaska, fin du XIXe siècle. Hellaine, une femme d’apparence noble et aux origines mystérieuses, débarque dans la petite ville de Woodsburg non loin de l’épicentre de la ruée vers l’or du Klondike, Dawson City. Elle cherche à acheter la concession d’une mine à l’abandon. Car ce que tout le monde ignore, c’est que sous les décombres se cache un lac souterrain donnant accès à une autre dimension peuplée d’êtres cauchemardesques. Hellaine est en réalité l’un de ces êtres. Et manifestement, elle a un plan. Un plan qui va être bouleversé par l’apparition de Rory, une jeune orpheline amérindienne pour qui Hellaine va se prendre d’affection après l’avoir délivré des griffes de son agresseur…

Glénat BD (2 septembre 2020) – 64 pages – 14,95€

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la sublime couverture qui est d’ailleurs assez représentative des illustrations intérieures qui m’ont subjuguée. Flirtant entre la magnificence et l’horreur, les planches sont tout simplement superbes et à l’image d’une lady qui, derrière une plastique impeccable et un visage d’ange, se révèle être une femme extrêmement dangereuse. Mue par une faim d’une nature peu commune, et des desseins bien mystérieux, lady Hellaine est indéniablement l’atout de cette BD.

À la fin de ce premier tome, on sait encore peu de choses sur elle, si ce n’est que les quelques souvenirs qui l’assaillent spontanément la déstabilisent, qu’elle semble cacher des secrets et que son retour à Woodsburg sera placé sous le signe de la violence et du sang. Mais rien de très nouveau pour les habitants de cette petite ville vivant dans la peur du Diable de Woodsburgh…

Accompagnée par un prétendu majordome, qui semble bien plus tenir le rôle de complice que de domestique, lady Hellaine va faire une entrée remarquée dans la société, que ce soit auprès d’une femme dont la suspicion risque de contrecarrer ses plans, quels qu’ils soient, d’un homme, Jonathan, qui semble voir en elle un souvenir du passé, ou d’une jeune enfant, Rory, exploitée et ostracisée en raison de sa différence et de ses origines.

Tous ces personnages secondaires se révèlent intéressants, bien qu’on ne puisse qu’attendre le tome suivant pour en apprendre plus sur eux, et découvrir de quelle manière ils vont plus ou moins interagir avec Hellaine. Pour ma part, je me suis particulièrement attachée à Rory que Jonathan essaie d’aider comme il le peut. J’ai trouvé la fillette courageuse et ai apprécié son caractère de battante, tout en étant assez surprise quant à sa réaction lors d’un événement qui aurait eu de quoi la terroriser… Un événement qui marque probablement le début d’une toute nouvelle vie pour cette enfant, mais aussi pour Hellaine.

La palette de personnages est variée, avec un effort certain de diversité, et une belle place est accordée à des femmes fortes qui n’hésitent pas à se mouiller les mains, et à utiliser la manière forte pour atteindre leurs objectifs. À cet égard, si j’ai été fascinée par l’aspect monstrueux de lady Hellaine, caché sous des couches de vernis, lady Swanson n’a pas non plus manqué de m’interpeller, cette femme se révélant également tranchante et implacable à sa manière. Je suis d’ailleurs curieuse de découvrir l’histoire qui lie ces deux femmes, l’autrice suggérant qu’elles ne sont pas de parfaites inconnues, bien que lady Swanson ne semble pas encore en avoir conscience…

L’autrice évoque, bien que ce soit brièvement, des thématiques comme le racisme et le travail des enfants, mais ce que l’on peut avant tout retenir ici, c’est bien l’aura sombre et belle à la fois de cette BD, qui nous plonge dans une histoire fantastique mêlant horreur, secrets et mystères. Des secrets que l’on espère ardemment percer, et des mystères sur lesquels on a très envie de lever le voile… Si vous avez envie de découvrir une palette de personnages diverse et variée, parmi lesquels deux femmes de caractère, Mercy devrait vous plaire. Pour ma part, je poursuivrai la série avec grand plaisir que ce soit pour le fond ou la forme, le travail d’illustration et de colorisation étant à couper le souffle.

 

Mini-chroniques en pagaille #34

 

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Nous sommes tous des féministes de Chimamanda Ngozi Adichie, illustré par Leire Salaberria (Gallimard Jeunesse)

Couverture Nous sommes tous des féministes, illustré

N’ayant pas encore pris le temps de lire le livre original, j’ai sauté sur cette adaptation graphique destinée à la jeunesse. En s’appuyant, entre autres, sur sa propre expérience, l’autrice revient sur toutes ces situations durant lesquelles elle a été traitée différemment, mise de côté ou ignorée en raison de son genre. Une injustice que l’on ressent pleinement à travers ses mots, a fortiori si l’on est une femme. Car si la situation au Niger n’est pas celle de tous les pays, il y a néanmoins certaines choses auxquelles presque toutes les femmes sont soumises à travers le monde, comme cette injonction au paraître, à la « féminité », à la douceur, à la soumission et à la discrétion. En fonction des cultures, cette injonction est plus ou moins forte, mais elle existe bien.

En plus d’être très accessible, que ce soit grâce à un texte aéré et concis ou à de douces et jolies illustrations, l’intérêt de cet album réside également dans l’accent mis sur l’éducation. L’autrice fait le constat des différences de traitement entre les hommes et les femmes, mais elle n’en demeure pas moins positive quant à la possibilité de faire évoluer les choses. Et cela commence par arrêter de traiter différemment les enfants en fonction de leur sexe, et leur laisser l’occasion de s’exprimer et de faire ce qu’ils souhaitent vraiment, plutôt que de les brimer en fonction de normes culturelles et sociétales profondément injustes. Ceci est d’autant plus important que ces stéréotypes liés au genre nuisent aux femmes, mais également aux hommes, enfermés dans la cage de la « virilité »…

Si la thématique est primordiale et sérieuse, le ton de l’ouvrage n’est pas dénué d’humour, l’autrice n’hésitant pas à s’amuser de tous ces préjugés entourant le mot et le concept de féministe, avant de mieux les déconstruire et d’en montrer l’absurdité. Une féministe peut prôner l’égalité des sexes, mais aimer porter des robes et se maquiller pour se faire plaisir et non faire plaisir…

En bref, voici un livre intéressant et accessible parfait pour entamer un dialogue avec les enfants sur l’égalité des sexes, les stéréotypes et la manière de faire évoluer les choses, parce que Nous sommes tous des féministes !


  • L’Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit de Béka et Goalec (Bamboo Édition)

Couverture L'Atelier Détectives, tome 1 : Les Mystères de la nuit

Aimant beaucoup les ouvrages de la maison d’édition, les livres jeunesse et les enquêtes, j’ai tout de suite été intriguée par cette BD. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue de ma lecture, bien au contraire.

Jules, Isidore et Lola sont trois amis liés par le même amour des enquêtes, ce qui explique d’ailleurs leur inscription et leur participation à l’Atelier Détectives de leur école. Toujours à la recherche de mystères à résoudre et de pistes à explorer, ils vont se lancer successivement dans trois enquêtes différentes, la première impliquant potentiellement un zombie, la deuxième un dinosaure et la dernière une sorcière !

Courageux et non dénués d’un certain sens de l’observation, nos jeunes héros ne vont pas hésiter à se confronter au danger, bien qu’ils aient une légère tendance à envoyer d’abord Jules au front, à imaginer des hypothèses et à tenter de faire toute la lumière sur les mystères et autres phénomènes surnaturels dont ils ont des échos. Néanmoins, au fil des pages, on se rend compte que les apparences sont bien souvent trompeuses et que nos enquêteurs ont une légère tendance à se laisser déborder par leur imagination !

En plus d’être rythmée et colorée, cette BD ne manquera pas de faire sourire les jeunes et moins jeunes lecteurs, notamment en raison des retournements de situation bien trouvés et diablement amusants. Je ne doute pas que les enfants se régalent des aventures des protagonistes et qu’ils apprécient de mener les enquêtes à leurs côtés. Pour ma part, j’ai adoré me laisser emporter par l’imagination contagieuse et débordante d’Isidore, de Jules et de Lola, trois jeunes enquêteurs pleins d’enthousiasme et liés par une belle amitié. Peut-être que nous avons là de futurs Sherlock Holmes ! Après tout, ils ont déjà le goût du mystère et la loupe…


  • Le mystère de Pouleville d‘Albert Arrayas (Éditions Crackboom !) : je remercie la maison d’édition et NetGalley pour cette lecture.

Couverture Le mystère de Pouleville

Je suis complètement fan de la couverture et du titre qui ne manquent pas d’humour ! Des poules qui vivent comme des coqs en pâte, vous y croyez vous ? Pourtant, c’est bien ce qui se passe à Pouleville, un village où les poules sont mieux traitées que le plus choyé des animaux de compagnie. Pour preuve, elles ont droit à leur propre peignoir quand elles sortent de leur bain. Si ce n’est pas poulettement sympa ça. Mais Pouleville est surtout connu pour son célèbre concours de la Plume d’Or qui récompense chaque année la meilleure poule de l’année. Un sacre très important dans la vie d’une poule.

Malheureusement, l’excitation du concours est quelque peu gâchée quand quelques jours avant qu’il ne démarre, des poules commencent à disparaître de leur chambre en pleine nuit. Et ni les indices relevés ni la surveillance des villageois ne permettent de mettre la main sur le ou la coupable. Il n’en faudra pas plus pour que la sorcière du village décide de mettre au point un plan pour faire toute la lumière sur cette histoire, et permettre à chaque poule de retrouver une certaine tranquillité d’esprit….

Mais cela sera-t-il suffisant pour résoudre le mystère de Pouleville ? Pour le savoir, il vous faudra dévorer cet album jeunesse plein d’humour sans oublier, au passage, de mener votre propre enquête et d’élaborer vos propres hypothèses en vous appuyant sur les indices laissés par le ou la coupable. Mais prenez garde, les apparences sont parfois trompeuses ! Pour ma part, je reconnais m’être laissée complètement surprendre par la fin que j’ai trouvée des plus savoureuses.

Dans tous les cas, j’ai adoré le ton de l’ouvrage, le focus sur un animal que j’aime beaucoup et une enquête pleine de charme qui rappelle que tout ce qui brille n’est pas d’or, et que certains sont prêts à beaucoup pour atteindre leur objectif. Les illustrations colorées et pleines de douceur contribuent également au plaisir que l’on prend à s’immerger à Pouleville.

En bref, si vous aimez les poules, les enquêtes et être surpris, Le mystère de Pouleville est fait pour vous.

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Vous tentent-ils ?

 

Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier de Chauvel, Guinebaud et Lou

Couverture  Robilar ou le Maistre chat, tome 2 : Un ogre à marier

Alors que le chambellan, le roi, sa fille et Panisse sont sous les verrous, Robilar règne en compagnie de l’ogre. Mais ce dernier, encore amnésique, veut embrasser une princesse pour retrouver mémoire et force humaine. Robilar organise alors un concours de prétendantes.

Delcourt (13 janvier 2021) – 64 PAGES – 15,50€

AVIS

Découvrez mon avis sur le premier tome : Robilar ou le Maistre Chat : Miaou !!

Je crois que j’ai encore plus aimé ce tome que le précédent ! On y retrouve l’humour de la première aventure, mais avec un côté engagé auquel je ne m’attendais pas et qui m’a enchantée.

Robilar est bien embêté : l’ogre qu’il a assis sur le trône déprime, et ce ne sont pas les bouffons du château qui l’aident à retrouver le sourire. Alors bien que cela ne l’enchante guère, il accepte de lancer un concours de princesses avec l’espoir que le baiser de la gagnante permette à notre ogre de retrouver son apparence humaine et, avec un peu de chance, le moral. Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu, les princesses ayant toutes une forte personnalité, et c’est un euphémisme. De l’intello à la garce, en passant par l’alcoolique, les profils sont variés et difficiles à gérer, d’autant que chaque candidate est accompagnée de son animal domestique. Or comme Robilar, ces animaux ne se contentent pas de roucouler, ronronner ou faire tout autre bruit, ils réfléchissent et sont bien décidés à soutenir leur maîtresse respective… 

Notre Robilar, pourtant si intelligent et roublard, ne risque-t-il pas de trouver adversaire à sa taille en même temps que quelque chose d’autre, une chose qui pourrait bien adoucir le plus implacable des chats ? De nouveau, on rit beaucoup avec cette BD : des références à des personnes ou à des mouvements, un mélange savoureux de vielles expressions avec des expressions bien plus actuels et au charme bien plus incertain, des retournements de situation, un anthropomorphisme particulièrement bien exploité, des magouilles…

Mais ce qui m’a vraiment plu est la manière dont on revient sur ces contes qui ont bercé notre enfance pour les détourner et ainsi en dénoncer leurs fondements sexistes et réducteurs. Bien sûr, ils ont été écrits à une époque où la condition de la femme était bien différente, mais cela n’empêche pas d’en offrir une critique constructive, d’autant qu’ils continuent de bercer des générations d’enfants. Des enfants qui ne sont pas vraiment en mesure de comprendre en quoi derrière de belles histoires, se cachent des injustices et des stéréotypes. Alors, en tant que femme, j’ai adoré voir ces princesses qui sortent des clichés, et qui finissent par faire valdinguer les conventions afin de réfléchir à ce qu’elles désirent vraiment. Et ce n’est pas forcément un prince, un château, des enfants, du tricot ou toutes ces activités et choses que l’on associe volontiers aux princesses et aux femmes.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par la fin qui m’a beaucoup émue. On découvre ainsi le drame vécu par un couple homosexuel séparé par les bien-pensants, la religion et des personnes incapables d’accepter que l’amour, ce n’est pas qu’entre un homme et une femme. À cet égard, la fin représente pour moi ce que devrait être la fin de chaque conte parlant d’amour : l’union entre deux personnes qui s’aiment et qui s’acceptent telles qu’elles sont. Quant à Robilar, il semblerait que d’autres aventures l’attentent, et je peux vous dire que je suis impatiente de les découvrir !

En conclusion, avec ce deuxième tome, l’auteur confirme son talent pour détourner avec facétie et humour des contes qui ont bercé notre enfance afin de nous proposer une aventure haute en couleur, mêlant avec un certain aplomb tradition et modernité. Truculent, coloré et savoureux, voici un ouvrage à ne pas manquer !