All eyes on us, Kit Frick

All Eyes on Us

Pretty Little Liars meets People like Us in this taut, tense thriller about two teens who find their lives intertwined when an anonymous texter threatens to spill their secrets and uproot their lives.

PRIVATE NUMBER: Wouldn’t you look better without a cheater on your arm?

AMANDA: Who is this?

The daughter of small-town social climbers, Amanda Kelly is deeply invested in her boyfriend, real estate heir Carter Shaw. He’s kind, ambitious, the town golden boy – but he’s far from perfect. Because behind Amanda’s back, Carter is also dating Rosalie.

PRIVATE NUMBER: I’m watching you, sweetheart.

ROSALIE: Who IS this?

Rosalie Bell is fighting to remain true to herself and her girlfriend – while concealing her identity from her Christian fundamentalist parents. After years spent in and out of conversion « therapy », her own safety is her top priority. But maintaining a fake straight relationship is killing her from the inside.

When an anonymous texter ropes Amanda and Rosalie into a bid to take Carter down, the girls become collateral damage – and unlikely allies in a fight to unmask their stalker before Private uproots their lives.

PRIVATE NUMBER: You shouldn’t have ignored me. Now look what you made me do..

Blackstone Audio, Inc. – 04 juin 2019 – 10h26 minutes

AVIS

C’est en parcourant le catalogue Audible Stories que je suis tombée sur ce thriller young adult dont le résumé m’a tout de suite intriguée.

Et je dois dire que j’ai trouvé la lecture aussi entraînante que révoltante ! L’autrice, à travers cette histoire aborde, entre autres, le thème de l’homophobie et comment celle-ci peut contraindre une jeune fille à devoir mentir à sa famille afin de ne pas être rejetée. Rosalie aime les filles. Dans un monde idéal, cela n’aurait aucune importance, mais dans le monde de l’adolescente, cela change tout et fait de sa vie un véritable enfer.

Les parents de la jeune fille, membre d’une communauté chrétienne fondamentaliste, l’ont élevée dans l’idée qu’une jeune fille bien n’a pas le droit d’éprouver de l’amour pour une autre fille. Jamais. Obsédés par cette idée, ils n’ont ainsi pas hésité à inscrire Rosalie de force à une thérapie de conversion quand l’adolescente leur a avoué son homosexualité. Un comportement indigne de parents aimant et d’une violence psychologique indescriptible pour Rosalie. L’autrice n’entre pas dans les détails, mais l’on sent que cette expérience a profondément marqué l’adolescente qui, pour ne pas revivre cet enfer, préfère leur cacher sa relation avec sa petite amie, Paulina, en simulant une histoire d’amour avec le beau et riche Carter.

Comment ne pas être révolté devant des parents qui traitent leur fille comme une malade qui aurait besoin d’être guérie d’un mal insidieux la détournant du droit chemin et de la parole de Dieu ? Alors que des parents sont censés aimer leurs enfants inconditionnellement, ceux-ci n’aiment leur fille que sous condition d’hétérosexualité ! Rosalie pourrait partir, les parents de sa petite amie étant prêts à l’accueillir, mais ce n’est pas facile pour une adolescente de devoir rompre avec les siens, même intolérants, et surtout, d’abandonner sa petite soeur dont elle est très proche… Car elle ne se fait pas d’illusions, si elle vit son homosexualité au grand jour, ses parents l’enverront de nouveau en thérapie de conversion et la rayeront de leur vie si elle arrive à s’échapper de leur emprise. Pire, ils l’empêcheront de voir sa soeur…

Carter, cet héritier d’un empire de l’immobilier plutôt sympathique, représente alors un bon moyen pour Rosalie de pouvoir continuer à voir Paulina tout en faisant croire à ses parents qu’elle est « guérie ». Mais, le beau et riche Carter a déjà une petite amie, Amanda, qui est bien décidée à passer le reste de sa vie avec ce dernier quitte à fermer les yeux sur ses incartades. Après tout, Rosalie n’est pas la première et ne sera pas la dernière fille avec laquelle son petit ami passera quelques bons moments. La situation aurait donc pu rester ainsi si une personne ne s’amusait pas à menacer de dévoiler les petits secrets des deux adolescentes… 

De fil en aiguille, on en vient à se poser des questions sur la réelle motivation de ce harceleur fort peu courageux qui se cache derrière l’anonymat, et dont les menaces par sms se font de plus en plus pesantes. Devant l’ampleur de la situation, les deux adolescentes finissent par travailler main dans la main afin de l’identifier et de le faire tomber. En effet, si Rosalie ne peut pas le laisser dévoiler sa relation avec Paulina à ses parents sous peine de retourner en thérapie de conversion à laquelle elle ne résistera pas psychologiquement, Amanda, quant à elle, ne peut pas le laisser s’immiscer dans son couple.

Ses parents ne sont plus aussi fortunés que par le passé et de sa future union avec Carter dépend leur situation financière. J’ai été bien plus touchée par la vie de Rosalie, mais force est de constater qu’Amanda n’a pas non plus une existence des plus joyeuses. Derrière son apparente superficialité, son physique de rêve et sa popularité, elle subit une certaine pression familiale, notamment de la part de sa mère bien décidée à profiter des atouts physiques de sa fille pour garder son ancien train de vie et asseoir son statut social. Amanda m’a parfois agacée par son obsession pour Carter, mais on comprend que c’est plus celle de sa mère que la sienne…. Heureusement, au gré des épreuves et des coups durs, elle dévoile une vulnérabilité qui la rend attachante. Elle évolue, s’affirme et commence à entrevoir que sa vie n’est pas irrémédiablement liée à son goujat de petit ami et qu’elle n’a pas à porter l’avenir de ses parents sur ses épaules…

J’ai également apprécié l’évolution de la relation entre Amanda et Rosalie. Elles ne deviennent pas les meilleures amies au monde, mais elles développent une forme de respect et d’amitié. Il faut dire qu’elles devront apprendre à compter l’une sur l’autre, la traque du harceleur anonyme se révélant bien plus ardue et périlleuse que prévu d’autant qu’elles ne peuvent pas vraiment s’appuyer sur leurs parents… Comme souvent dans les thrillers young adult, j’ai rapidement deviné l’identité du coupable, mais je n’avais pas anticipé ses motivations. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains sont prêts à tout, même au pire, pour se libérer d’une cage qu’ils ont pourtant forgée eux-mêmes.

Tout au long du récit, l’autrice joue avec nos nerfs, nous met sur de fausses pistes, nous pousse à douter et fait monter la tension crescendo. Cela rend la lecture assez addictive tout comme le travail réalisé sur la psychologie des deux héroïnes qui est, pour moi, le point fort de ce roman. L’enquête est intéressante, mais elle permet surtout de mettre en lumière des thématiques fortes : l’affirmation de soi, l’extrémisme religieux, l’homophobie, le poids des injonctions familiales et sociétales, les parents défaillants, l’alcoolisme, l’amour, l’amitié…

Si les parents des deux adolescentes sont défaillants, il existe néanmoins quelques adultes responsables et plus ouverts même si leur rôle reste assez minime dans l’intrigue. On appréciera également la manière dont l’autrice souligne avec subtilité l’importance de se faire aider quand on appartient à la communauté LGBT+ et que l’on se sent menacé. J’ai également trouvé très touchante et inspirante Rosalie qui va réussir à se libérer de ses parents grâce, entre autres, à son courage, sa force de caractère et l’aide d’une association et de certaines personnes. Un joli message d’espoir qui, je l’espère, apportera un peu de réconfort aux personnes victimes d’homophobie.

Dans ce roman, il est question de fanatisme religieux, mais l’autrice montre également qu’il est possible de concilier foi et homosexualité comme l’ont très bien compris les parents de Paulina qui ont soutenu leur fille dès l’annonce de son homosexualité. De la même manière, si Rosalie rejette une foi qui la contraindrait à renier ce qu’elle est et ses sentiments, elle développe sa propre relation à Dieu, une relation empreinte d’amour et de tolérance. Je ne suis pas croyante, mais si je l’étais, c’est le genre de foi vers laquelle je me tournerais.

Quant à la partie audio, je l’ai trouvée plutôt convaincante : les narratrices trouvent le ton juste pour nous faire ressentir toutes les émotions de Rosalie et d’Amanda, mais également la pression quotidienne qu’elles subissent, chacune pour des raisons bien différentes. Le niveau d’anglais m’a, en outre, semblé plutôt abordable, le vocabulaire demeurant relativement simple et ancré dans le quotidien.

En bref, sous couvert d’une enquête pleine de tension et auréolée d’un certain mystère et suspense, l’autrice aborde ici des thèmes importants comme l’homophobie et la difficulté pour des jeunes filles de se libérer de leurs chaînes afin de se construire un avenir à l’image de leurs rêves et non des attentes de leurs parents et de leurs communautés. Haletant, révoltant et émouvant à la fois, All eyes on us est un roman avec un beau message de tolérance qui ouvre également une réflexion pleine de justesse sur la nécessité de laisser chacun vivre sa sexualité et choisir la vie qui lui convient sans préjugé ni a priori.

Ecouter All eyes on us gratuitement sur Audible Stories (le roman existe également en version papier).

 

 

Maudit cupidon, Lauren Palphreyman

À 17 ans, Lila découvre que les cupidons, loin d’être un mythe, sont bien réels. Qu’ils constituent une agence d’entremetteurs œuvrant dans le plus parfait des secrets. Et qu’elle, petite mortelle ordinaire, a été matchée au dieu de l’amour originel : Cupidon lui-même. Une vaste plaisanterie ? Non, une malédiction !
D’abord, elle n’a rien demandé. Ensuite, Cupidon est si ingérable qu’il a été banni de la Terre il y a des décennies. Enfin, tous deux encourent la peine capitale s’ils tombent amoureux, les relations entre humains et cupidons étant proscrites. Or sa prétendue âme sœur est de retour, décidée à braver l’interdit et les flèches d’une mystérieuse armée jetée à ses trousses… Lila n’a plus le choix. Aidée de Cal, le jeune frère de Cupidon, elle doit fuir et, par tous les moyens, tenter d’inverser le cours de leur destin.

Hachette Romans (6 février 2019) – 414 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)
Traduction : Axelle Demoulin Nicolas Ancion

Je me suis laissé tenter par ce roman ayant été intriguée par l’idée de découvrir une histoire reprenant le mythe de Cupidon très peu présent en littérature adolescente. Une curiosité plutôt récompensée parce que si le roman ne me restera probablement pas très longtemps en tête, il m’a toutefois offert un moment de lecture agréable, et surtout, sans prise de tête.

Si on occulte l’ébauche d’un triangle amoureux dont je me serais volontiers passée, j’ai trouvé une certaine fraîcheur et originalité à ce récit qui nous plonge sans préambule dans la vie de Lila, une adolescente qui découvre que Cupidon existe et qu’en plus, il est son âme sœur. Petit problème, cette chère légende de l’amour avec un grand A et du coup de foudre qui foudroie n’a pas le droit d’avoir d’âme sœur. À vrai dire, aucun des cupidons de l’agence qui les régit n’a le droit d’en avoir une, politique de la maison oblige. La sanction si Lila et Cupidon tombaient dans les bras l’un de l’autre ? Le retour de la Présidente ! Or, personne ne semble vouloir qu’une telle chose se produise. Et pour empêcher son retour, les Flèches, un groupe de cupidons fanatiques, sont prêts à tout quitte à employer des moyens radicaux et définitifs…

Face au danger, Lila pourra heureusement compter sur sa meilleure amie Charlie, Cal bien décidé à l’empêcher de tomber dans les bras de son frère Cupidon, Crystal, une femme cupidon pas très chaleureuse au premier abord, et Cupidon en personne.  Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier parce que l’histoire va assez vite, ce qui ne permet pas d’approfondir la personnalité de chacun, mais aucun ne m’a déplu. Tous ont ainsi un petit quelque chose qui donne envie d’apprendre à mieux les connaître : Cal et son côté sérieux qui le rend parfois grincheux mais également attachant, Crystal qui n’est peut-être pas si hautaine que cela et dont on a envie de fouiller dans le passé que l’on devine riche, Charlie qui fait face vaillamment à la situation alors que cela l’impacte directement, Lila qui garde la tête sur les épaules malgré son attraction pour Cupidon et ce dernier qui, derrière une certaine nonchalance, semble finalement moins sûr de lui qu’il n’y paraît…

À mesure que ses sentiments grandissement pour Lila, Cupidon réalise que son obstination à vouloir la rencontrer et à interférer avec sa vie n’était peut-être pas une très bonne idée et qu’en faisant fi des avertissements de Cal, il a mis la jeune fille dans une situation dangereuse.  Je m’attendais à être agacée par Cupidon et son arrogance, mais cela ne fut pas le cas parce qu’on comprend vite que c’est une façade et qu’il est aussi perdu que Lila avec cette histoire d’âme sœur dont il a une vision assez particulière et en décalage avec sa nature profonde. J’ai d’ailleurs apprécié les réflexions soulevées par l’autrice sur cette notion d’âme sœur qui, quand on prend le temps d’y réfléchir, est aussi poétique que triste. N’est-il pas, en effet, assez démoralisant de penser qu’il n’existe qu’une seule chance d’être heureux ? Cette idée d’âme sœur et de ses limites est donc assez bien traitée dans ce roman. Je retiens notamment une très belle scène vers la fin du roman qui apporte une conclusion aussi émouvante que pleine de pertinente…

Puisqu’on parle du mythe de Cupidon, il y a bien sûr une romance, mais je l’ai trouvée assez légère pour ne pas prendre le pas sur l’action même si les réflexions de Lila sur le corps de sa supposée âme sœur m’ont parfois fait lever les yeux au ciel. Cupidon et Lila se tournent autour, mais il y a cette barrière à ne pas franchir qui maintient entre eux une  certaine distance… Ne vous attendez donc pas à ce qu’ils se sautent dessus dès les premiers chapitres, ce qui, je dois en convenir, m’a plutôt plu. Toutefois, je reconnais ne rien avoir ressenti devant ce couple interdit. Il n’y a pas assez de tension et d’interactions entre les deux personnages pour que leurs sentiments et leur attraction paraissent réels. Mais je pense que leur histoire pourra plaire à des lecteurs plus jeunes ou un peu moins exigeants de ce côté-là.

J’ai, à l’inverse, complètement été convaincue par la bonne dose d’action présente tout au long du livre. Si la psychologie des personnages manque de développement, l’action, quant à elle, est donc bien au rendez-vous. L’histoire est menée tambour battant et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer, le groupe formé autour de Lila devant faire face à un certain nombre d’attaques plus ou moins organisées. Et quand ils ne sont pas attaqués, les personnages sont occupés à fuir leurs sentiments et les Flèches ainsi que les autres cupidons, tous bien décidés à éviter le retour de la Présidente.

L’autrice tente de rendre l’identité de cette fameuse Présidente mystérieuse, mais il suffit de quelques connaissances en mythologie grecque et romaine pour tout de suite comprendre son identité. Un mystère qui n’a donc pas pris de mon côté, mais qui ne nuit en rien à l’intrigue. J’ai, dans tous les cas, apprécié l’incursion de la mythologie dans ce roman puisque les cupidons ne seront pas les seules créatures mythologiques à faire leur apparition. Attendez-vous, par exemple, à retrouver le Minotaure que l’autrice a eu l’idée originale et plutôt convaincante de lier à un célèbre tueur en série dont on n’a jamais vraiment su avec précision l’identité. Sa relation étrange avec Crystal suscite également quelques interrogations… Autre originalité, avoir mélangé mythologie et monde virtuel ! Cela marche vraiment très bien même si c’est un point assez anecdotique par rapport à l’histoire.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a agréablement surprise. Le style est certes simple, mais efficace, agréable et dynamique, ce qui rend la lecture plutôt addictive et plaisante. J’ai d’ailleurs lu le roman en deux ou trois soirées sans jamais trouver le temps long. La seule chose qui m’a un peu frustrée est la rapidité avec laquelle Lila est plongée dans l’univers des cupidons. Cela évite les longueurs, mais j’aurais peut-être apprécié de la voir batailler un peu plus avec l’idée d’être mêlée, bien malgré elle, à cet univers surnaturel dans lequel les créatures mythologiques existent vraiment. On regrettera également une fin un peu trop précipitée qui donne le sentiment que l’autrice a survendu le danger entourant une potentielle romance entre Lila et Cupidon…

En conclusion, Maudit cupidon fut une bonne surprise. La psychologie des personnages aurait probablement mérité d’être un peu plus fouillée pour rendre leurs émotions et ressentis plus palpables, mais l’autrice a su compenser ce point par une bonne dose d’originalité et une fraîcheur inattendue qui ont rendu la lecture aussi agréable que prenante. Si vous souhaitez (re)découvrir le mythe des cupidons, ce roman young adult rythmé et bien mené pourrait vous plaire.

 

Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige, Catherine Girard-Audet

Couverture L'envers des contes de fées, tome 3 : Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige / Journal intime de la belle-mère (pas si) cruelle de Blanche-Neige

La dernière fois que vous avez entendu parler de moi, j’essayais d’empoisonner ma belle-fille avec une pomme. Mon plan a échoué et j’ai tout perdu. J’ai dû faire une cure de gentillesse dans un centre de méditation où je ne pouvais porter ni maquillage ni belles robes et où je n’ai pas pu apporter mon miroir ! Cela m’a transformée. Je suis prête à réintégrer mon village pour prouver à Blanche-Neige et à tous les autres habitants de Livresdecontes que je suis une nouvelle femme. Lisez-vite mon journal !

Kennes (17 juin 2015) – 124 pages – 6/9 ans – Broché (9,95€) – Ebook (6,99€)

AVIS

J’aime beaucoup la collection L’envers des contes de fées qui nous permet de voir les méchants des contes autrement… Journal de la belle-mère pas si cruelle de Blanche-Neige est le troisième roman de la série, mais chaque tome peut se lire indépendamment des autres.

Comme toujours avec les livres de cette série, le travail éditorial est soigné avec de multiples petites illustrations qui viennent égayer le texte et lui apporter une bonne dose de peps bien que le récit n’en manque déjà pas. La construction du livre autour d’entrées de journal intime est également très agréable et facilite grandement la lecture des jeunes lecteurs tout comme l’humour omniprésent qui ne manquera pas de faire également sourire les adultes.

Dans ce tome, l’autrice s’amuse gentiment de l’engouement pour le développement personnel en envoyant la méchante belle-mère de Blanche-Neige en cure dans un centre de méditation. On la retrouve donc quelques semaines après son arrivée et l’on découvre son programme : thérapie individuelle et thérapie de groupe, yoga, méditation, graines de lin et choux de Bruxelles, beaucoup de choux de Bruxelles… Mais loin de la rendre chèvre, cette ambiance zen fera beaucoup de bien à la méchante belle-mère qui a appris progressivement à se délester de ses possessions matérielles, et notamment de son fameux miroir, pour se recentrer autour de son moi intérieur. Cela n’est pas toujours aisé, surtout quand il est question de boutons sur le visage, mais elle essaie maintenant de faire passer l’être avant le paraître. Son évolution est d’ailleurs probante et stupéfiante.

Il faut dire que Reine a bien compris que le début de tous ses ennuis a pris racine dans son obsession de la beauté qui l’a inéluctablement conduite sur le chemin de la jalousie. Adieu donc le maquillage et les belles robes qui pourraient entretenir, du moins tant qu’elle n’est pas complètement guérie, sa vanité et bienvenue à une Reine dépourvue d’artifices, mais non dénuée d’une belle aura et d’une jolie personnalité. Mais si les autres membres du centre ont pu assister à sa métamorphose, reste à convaincre les habitants de Livresdecontes que le changement est réel et durable !

Le temps de quitter le centre de méditation étant venu, Reine déménage dans une cabane au fond des bois, loin de la tentation, afin de se réadapter à la vie en société et faire amende honorable de ses péchés. Elle pourra heureusement compter sur le soutien sans faille de sa psychologue qui va venir lui tenir compagnie dans cette cabane rustique que n’apprécie pas particulièrement Reine qui aurait aimé un peu plus de confort et un environnement plus urbain. Et si cette nouvelle vie n’était déjà pas un défi en soi, notre ancienne méchante est persuadée d’être la proie d’un monstre marin… Réalité ou fantasme ? Je vous laisserai le plaisir de le découvrir.

L’autrice a un vrai talent pour rendre les méchants des contes terriblement humains et attachants. J’ai ainsi adoré Reine qui reconnaît ses errances passées et qui fait de son mieux pour offrir au monde une nouvelle et meilleure version d’elle-même. Loin d’être la marâtre sans cœur que l’on connaît tous, elle nous apparaît ici sympathique et même touchante, notamment avec sa meilleure amie qui ne lui a jamais tourné le dos, et un certain bûcheron qui ne semble pas la laisser indifférente ! Sa relation avec Henri est d’ailleurs toute mignonne et pleine de jolis sentiments au point de me donner le sourire aux lèvres, et pourtant, je ne suis pas du style fleur bleue.

Avec facétie et humour, l’autrice s’amuse également à ternir l’image des princesses de contes, et ça fonctionne à merveille. Oubliez donc la Blanche-Neige serviable et altruiste, et faites place à une nunuche (ça, ça ne change pas trop de la version Disney) obsédée par les apparats, le beau, le luxe, et surtout, par son physique et sa beauté au point de vouloir écraser les « concurrentes ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelqu’un ou, plutôt, l’ancienne version d’une certaine personne ?

En plus d’une histoire fort sympathique et emplie d’humour, on appréciera le savant mélange entre l’ambiance si particulière des contes et notre réalité : ici, on parle autant de miroir magique que de test ADN ou de Gossip Girl. Un mélange truculent à l’instar de ce roman que je ne peux que vous recommander pour un joli et divertissant moment de lecture qui réunira, enfants et adultes, autour de l’amour des contes, un genre revisité et dépoussiéré avec brio par Catherine Girard-Audet.

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Caribou baby, Meg Rosoff

Caribou Baby (Grand Format Ados) par [Meg Rosoff]

Jess a 17 ans et elle vient d’avoir un bébé. Bon… pas n’importe quel bébé : un bébé caribou. Personne ne sait comment c’est arrivé. On n’avait rien détecté. Avec Nick, son copain bien humain, Jess apprend à accepter l’absurdité de la vie, à devenir mère, à comprendre que son enfant est un individu, parfois encombrant, mais un individu à part entière. Un être qu’il faut choyer… et savoir laisser vivre et libérer le moment venu.

Rageot Editeur (12 septembre 2018) – 11,90€ – Epub (9,49€) – Broché (11,90€)

AVIS

À travers ce court, mais truculent roman, Meg Rosoff aborde avec justesse et de manière parfois métaphorique des thématiques sociétales fortes : la grossesse adolescente, la contraception, le fossé culturel entre deux milieux sociaux différents, mais surtout la famille, la parentalité quand on n’est pas encore soi-même un adulte, les enfants « différents », le regard de la société sur ceux qui n’entrent pas dans les normes, la bienveillance…

Et pour ce faire, elle passe par une histoire en apparence complètement abracadabrantesque offrant plusieurs niveaux de lecture. Les enfants pourront ainsi prendre plaisir à suivre la chouette aventure d’un jeune caribou, les adolescents pourront éventuellement voir dans ce titre une sensibilisation à la contraception et à la parentalité à un âge où on n’est pas forcément armé pour s’y frotter ou ils pourront y voir, comme les adultes, une forte allégorie du droit à la différence, de la difficulté pour des parents de faire face à un enfant qui n’est pas forcément celui qu’ils attendaient, et de l’amour parental nonobstant le regard de la société…

Sans fausse pudeur, l’autrice nous plonge ainsi dans la vie de deux adolescents qui découvrent avec stupeur que le bébé tout rose et joufflu qu’ils espéraient se trouve être un mignon, mais fort poilu caribou ! Une fois le choc passé, vient le temps de l’acceptation, puis celui de l’adaptation. Jess et Nick se révèlent d’ailleurs plutôt responsables se faisant avec beaucoup de rapidité à la situation…

Mais de fil en aiguille, on réalise que si Jess est assez réaliste sur ce qu’élever un caribou implique, Nick l’est beaucoup moins. Il a ainsi plus de mal à renoncer au futur qu’il imaginait pour son fils continuant à placer en lui des espoirs vains et injustes. Un caribou ne sera jamais un poète, il n’enchantera pas les oreilles de son père de douces mélodies et il ne sera pas capable de suivre une scolarité normale…

Nick et Jess vont donc devoir apprendre à composer avec la nature profonde de leur enfant et trouver pour lui des solutions afin qu’il s’épanouisse en fonction de ses propres besoins et non de ceux des autres enfants. L’équité se révèle, en effet, parfois bien plus juste et pertinente qu’une recherche vaine d’égalité qui ferait fi des capacités de départ de chacun. Nous avons ici une jolie leçon de vie et d’amour qui nous prouve que souhaiter le meilleur pour quelqu’un, c’est aussi accepter ses différences sans tenter de le faire entrer dans des cases ou des pseudos-normes.

Bien que le roman soit très court, j’avoue m’être complètement prise d’affection pour cette famille atypique, et surtout pour Jess qui fait montre d’une capacité de recul et d’un humour à toute épreuve. La jeune femme est décontenancée par la situation, mais elle prend sa vie à bras-le-corps et tente d’être la meilleure mère possible pour son petit caribou sans pour autant nier les difficultés qu’elle rencontre. Elle est heureusement épaulée par sa mère qui, malgré les appréhensions des débuts, finit par aimer ce petit-fils qui n’est peut-être pas comme tous les autres, mais qui n’en demeure pas moins attachant et digne d’être aimé pour ce qu’il est, et non pour ce qu’elle aurait aimé qu’il soit.

Quant à la fin, si elle m’a légèrement décontenancée m’attendant à ce que l’autrice aille dans une autre direction, elle a le mérite de l’originalité et n’est pas dénuée d’un certain humour, à l’image de ce roman truculent que j’ai lu d’une traite. Il faut dire qu’en plus d’être court, son organisation sous forme de dialogues au ton enlevé le rend plutôt rapide à lire tout comme la plume caustique, fluide et rythmée de l’autrice.

On appréciera également l’illustration au début de chaque chapitre qui apporte une certaine douceur à la lecture et facilitera, peut-être, l’attachement des jeunes lecteurs à notre mignon petit caribou dont on suit la croissance en accéléré.

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Poétique, original, et empli d’humour et d’amour, Caribou baby est un magnifique et touchant roman jeunesse qui, sous couvert d’une histoire complètement loufoque, délivre un très joli message de tolérance et de bienveillance. À lire et à relire, seul ou en famille !

Je remercie NetGalley et les éditions Rageot pour cette lecture.

 

(Haute) couture Devenir styliste à 13 ans ! Écrivore

Prénom : Zoé. Âge : 13 ans. Sa passion ? La couture. Son souhait ? Devenir styliste. Mais ses parents sont contre cette idée. Pour leur prouver que ce rêve peut devenir réalité, la jeune fille décide de participer en cachette à un concours organisé par son grand couturier préféré : Chanelciaga. Elle devra confectionner une robe de soirée pour remporter un stage chez ce styliste de renom. Mais la réalisation du projet va être semée d’obstacles, entre prof de couture excentrique, parents démissionnaires et harcèlement au collège ( Zoé est « rousse de chez rousse »). Sans parler des difficultés techniques pour créer la robe !
Zoé va devoir développer sa combativité et composer avec les uns et les autres pour parvenir à ses fins. Une belle aventure qui, à l’orée de l’adolescence, la fera grandir.

Preskadult – (22 novembre 2019) – 112 pages – 8/12 ans
Ebook (0,99€) – Broché (4,99€)

AVIS

Je n’ai jamais été attirée par la mode, mais la couverture et le résumé m’ont intriguée et le roman étant très court, j’ai fini par me laisser tenter. Une bonne chose puisque j’ai passé un très bon moment avec ce livre plein de beaux sentiments et de belles valeurs.

Zoé, 13 ans, a une passion dans la vie : la couture. Elle décide donc de s’inscrire, en cachette de ses parents et sans tenir compte de l’âge minimum pour participer, à un concours organisé par son créateur favori, le grand Chanelciaga. Par un heureux concours de circonstances, elle va obtenir de l’aide de la dernière personne sur laquelle elle aurait pensé pouvoir compter et d’une couturière confirmée et passionnée. Commence alors pour l’adolescente une aventure dans laquelle elle va devoir faire preuve d’imagination et de pugnacité afin de faire face aux épreuves qui ne manqueront pas de se dresser sur son chemin.

Sous couvert d’une histoire toute mignonne, l’autrice aborde une multitude de thèmes importants et intéressants : le harcèlement scolaire, le respect de la différence, l’acceptation de soi, les préjugés, le racisme, la force des rêves, la nécessité de ne pas baisser les bras devant les difficultés… Le roman étant très court, ces thèmes ne sont que survolés, mais cela est fait de telle manière que les lecteurs de tout âge ne peuvent que se sentir concernés et touchés.

J’ai, en outre, particulièrement apprécié la personnalité de Zoé qui, malgré les moqueries de ses camarades et leur harcèlement, continue à s’adonner à sa passion. Encore jeune, elle a parfois des moments de découragement, mais elle finit toujours pas retomber sur ses pattes et aller de l’avant. Autre point qui m’a plu, la réelle évolution de ses parents qui comprennent qu’aimer et accompagner son enfant, ce n’est pas lui imposer des choix d’études puis de carrière, peut-être prestigieux, mais qui ne lui conviennent pas. Après l’avoir freinée dans sa passion de la couture, ils vont donc soutenir leur fille unique tout en reconsidérant leur manque d’implication dans sa vie de tous les jours en raison de leur vie professionnelle bien remplie…

Un autre personnage, que je vous laisserai le soin de découvrir, tire son épingle du jeu et nous montre à quel point les préjugés peuvent blesser certaines personnes et les contraindre à cacher leurs propres origines… Son comportement des débuts, s’il n’est pas excusable, prend donc une tout autre dimension quand on en comprend les raisons. La psychologie de chacun n’est pas développée outre mesure et peut parfois sembler un peu caricaturale, mais je n’ai pas trouvé cela gênant. Car finalement, ce qui fait la force de ce sympathique ouvrage, ce sont les messages positifs que véhicule l’autrice avec douceur et justesse : entraide, tolérance, confiance en soi, pouvoir des rêves…

En bref, (Haute) couture est un joli roman qui, à travers le rêve d’une adolescente passionnée, pétillante et attachante, aborde de manière légère, mais pertinente, des thématiques importantes allant du harcèlement scolaire au racisme en passant par l’importance de croire en soi et en ses rêves. Fluide, rapide à lire, empli de jolis messages et non dénué d’un certain humour, voici un roman qui devrait plaire aux jeunes lectrices et lecteurs.

Je remercie NetGalley et l’auteure pour cette lecture.

The Poet X, Elizabeth Acevedo

The Poet X - WINNER OF THE CILIP CARNEGIE MEDAL 2019 (English Edition) par [Elizabeth Acevedo]

Dans un monde qui ne veut pas l’entendre, elle refuse de rester silencieuse

Résumé : Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes.

Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

AVIS

Je remercie Grâce pour cette lecture commune parce que sans elle, je ne suis pas certaine que j’aurais osé me lancer dans ce roman en raison de sa forme particulière qui m’attirait autant qu’elle me faisait peur. Écrit en vers libres, The Poet X est un petit bijou de poésie, pas du genre de celle qui vous enchante par la beauté des mots, mais plutôt de celle qui vous touche et vous frappe par leur puissance.

Écrire pour mettre des mots sur les maux, écrire sans réfléchir, écrire pour trouver un peu de liberté, écrire pour être soi sans masque ni censure… La poésie devient un exutoire pour Xiamora qui, en plus de devoir faire face aux commentaires et aux regards déplacés sur son corps, doit composer avec une mère profondément puritaine et croyante. Comment ne pas étouffer sous le poids d’une mère qui attend d’elle un comportement exemplaire et une totale dévotion envers Dieu quand elle n’est même pas certaine de croire en une religion qui s’entête à traiter les filles et les garçons différemment ?

Tout au long du roman, on ne peut que ressentir le sentiment de révolte de Xiaomara qui est sans cesse soumise à des injonctions que ce soit envers son corps ou ses pensées. Ses poèmes deviennent alors pour elle le seul moyen de s’exprimer et de partager ses questionnements, ses sentiments et ses états d’âme sans, entre autres, heurter une mère prise dans une foi religieuse virant au fanatisme.

Je dois d’ailleurs dire que sa mère m’a profondément agacée que ce soit en raison de sa manière de tenter de vivre son rêve à travers sa fille ou sa vision étriquée de la foi et sa vision rétrograde des femmes. De fil en aiguille, on comprend son mal-être et sa difficulté à renoncer à cette vie consacrée à la religion dont on l’a privée, mais son fanatisme religieux n’en demeure pas moins intolérable. Une foi imposée mérite-t-elle d’ailleurs seulement le nom de foi ? Heureusement, un homme d’Église fait montre d’un peu plus de retenue et semble comprendre la nécessité de laisser Xiaomara suivre sa propre voie… 

Si sa mère se révèle tyrannique en considérant le corps de sa fille comme un objet de convoitise qu’elle doit garder pur jusqu’à son mariage (une vision bien traditionnelle de la femme qui semble avoir la vie dure) et que son père est plutôt aux abonnés absents, Xiaomara peut compter sur le soutien et la présence de son frère jumeau, un petit génie plus adepte de la réflexion que des poings. Le frère et la sœur ne pourraient être plus différents l’un de l’autre, mais on sent qu’il existe une connexion particulière qui les lie malgré leurs différences et leurs incompréhensions. Le frère n’a pas la combativité de la sœur, mais il essaie, à sa manière, de l’aider et de la pousser à se révéler à elle-même et à la face du monde. Un soutien très discret, voire pudique, que j’ai trouvé assez touchant d’autant que le jeune homme doit faire face à sa propre tempête intérieure…

Aux côtés du frère et de la sœur, se dresse avec une constance sans égale, Caridad. Sage, raisonnable, sincèrement croyante et très respectueuse de ses parents, l’adolescente est un peu l’antithèse de Xiaomara. Jamais blessante ni critique, elle se contente d’être là pour elle et de la soutenir. Aucun jugement de valeur donc, juste une présence rassurante et indéfectible ! C’est le genre d’amie qu’on aimerait tous avoir et la preuve que l’on peut avoir des opinions très différentes, mais être toujours là pour l’autre.

Autre relation positive, celle que va nouer notre héroïne avec un jeune homme qui verra en elle autre chose qu’un corps voluptueux qu’il peut, comme ses camarades, commenter à l’envi. J’ai apprécié la manière dont l’autrice a construit leur relation, l’adolescent se montrant à l’écoute de Xiaomara et ne lui imposant pas des choses pour lesquelles elle ne se sent pas prête. Cela semble normal, mais c’est loin d’être toujours le cas… À cet égard, j’ai particulièrement apprécié une scène dans laquelle est abordé, avec subtilité et beaucoup de justesse, le thème du consentement. L’autrice nous montre qu’une personne a le droit de changer d’avis lors d’un rapprochement physique sans pour autant être insultée, voire pire. Un message qui me semble plus que jamais important de diffuser surtout dans un roman à destination des adolescent(e)s.

Quant à Xiaomara, elle m’a juste bluffée. J’ai été, dès les premières pages, séduite par sa personnalité et son aura de battante qui refuse de se laisser dicter sa conduite. Elle lutte entre l’envie de ne pas blesser sa mère, de survivre sans se laisser marcher dessus dans un quartier où le corps des femmes est sans cesse jaugé et celle d’être enfin elle-même. Une adolescente pleine de ressources avec une capacité de recul impressionnante pour son âge, et surtout une poétesse dans l’âme. Ce que Xiaomara se retient de hurler à la face du monde, elle le couche sur le papier avec frénésie et justesse jusqu’à ce qu’une opportunité lui laisse entrevoir une autre voie, celle du partage et du slam. Une révélation qui ne se fera pas sans heurts, mais qui rapprochera l’adolescente d’elle-même et des siens…

À cet égard, la fin, pleine d’émotions, m’a beaucoup plu et touchée. L’autrice ne tombe pas dans un happy end où tous les problèmes seraient réglés d’un coup de baguette magique, mais elle finit quand même sur une note d’espoir. Et elle nous démontre, une fois de plus, le pouvoir des mots qui rassemblent et unissent malgré la distance, les désaccords et les blessures que l’on peut infliger à ceux que l’on aime, parfois maladroitement…

Avec une économie de mots volontaire et parfaitement maîtrisée, elle frappe le lecteur et s’insère dans son cœur. Aucune envolée lyrique, mais la force brute des mots martelés comme des poings, des mots qui volent, qui fusent, qui touchent et qui font réfléchir. Et les sujets de réflexion sont nombreux : la religion et le fanatisme qui peut parfois en découler, l’homosexualité a fortiori dans une famille extrêmement croyante et un environnement machiste, le libre arbitre, la condition de la femme et le regard/jugement omniprésent sur son corps, les premiers émois amoureux, la découverte de son corps et de la sexualité, le consentement, la quête d’identité et l’affirmation de soi, l’immigration, la confrontation de deux cultures… Le roman m’a d’ailleurs donné envie d’en apprendre plus sur la culture dominicaine dont on a un petit aperçu et sur laquelle je n’avais jamais rien lu.

En conclusion, incisif, puissant et émouvant, The Poet X est un petit bijou que je vous recommande chaudement. Pas besoin d’apprécier la poésie pour se laisser emporter par l’histoire de Xiaomara, une adolescente forte et touchante qui refuse de plier sous le poids de la foi maternelle, de la société et de la concupiscence des hommes, et qui trouve, dans la poésie, un moyen de s’affirmer et de partager ses sentiments, ses espoirs et ses états d’âme.

The Poet X ou quand la force et la puissance des mots remplacent celle des poings !

Retrouvez l’avis de Grâce sur son blog Les notes de Grâce M.

J’ai lu le roman en VO qui est très accessible, mais une version française est proposée par les éditions Nathan.

Signé poète X - Dès 14 ans par [Elizabeth Acevedo, Clémentine Beauvais]

Nathan (29 août 2019) – 384 pages – Broché (16,95€) – Ebook ( 6,49€)
Traduction : Clémentine Beauvais 

La Mélansire, Estelle Fitz #PLIB2020

Couverture La Mélansire

Avery aimait Nolan, à la folie. Et puis un jour, Nolan l’a quittée et Avery ne s’en est jamais vraiment remise. Un soir, sa meilleure amie lui porte le coup de grâce : c’est avec elle que Nolan l’a trompée et cela fait maintenant près d’un an qu’ils sont ensemble. Ravagée par la douleur, Avery se rend sur le Pont Neuf. Elle ne veut pas mourir, seulement atténuer sa souffrance. Mais quelle est cette lumière qui, au fond de l’eau, l’appelle ? Avery ne réfléchit plus et se jette dans le vide. À son réveil, elle découvre une cité fantastique peuplée par les « Mélansires » : des gens qui, comme elle, ont perdu tout espoir et ont juré d’éradiquer l’amour de la surface de la Terre. Parce qu’elle a plongé dans la Seine, Avery fait désormais partie des leurs. Elle doit renoncer à ses émotions et se rallier à leur cause. Mais est-ce vraiment ce que recherche Avery

Albin Michel (4 septembre 2019) – 224 pages – Broché (13,90€) – Ebook (9,99€)
#9782226442543

AVIS

J’aurais vraiment aimé accrocher, malheureusement, ma lecture fut assez décevante. Estelle Fitz avait pourtant de bonnes idées et suscite d’intéressantes réflexions, notamment sur le deuil, l’amour et sa place au sein de la société. Une société dépourvue d’amour ne serait-elle pas plus pacifique qu’un monde guidé par les émotions et les déceptions qu’elles ne manquent pas d’entraîner ? Trahison, fin de relation, blessures au cœur et à l’âme, solitude…

Si ce thème de l’amour et des affres du cœur ne manque pas d’intérêt, cela ne suffit pas pour construire un roman consistant et, surtout, intéressant. J’ai eu l’impression de passer mon temps à lire les jérémiades d’Avery qui est, du moins si on l’écoute, la personne la plus triste et la plus malchanceuse au monde… Entendons-nous bien, il est normal d’avoir des coups de mou et de se sentir triste, mais au bout d’un moment, on attend autre chose d’une héroïne que de se regarder le nombril et de se complaire dans la souffrance.

Bien que le roman soit relativement court, j’ai trouvé le temps long. Il y a, en effet, un véritable problème de rythme qui m’a donné l’impression soit de faire du surplace soit de tourner en rond. Quelques scènes d’action et quelques révélations/trahisons viennent bien relancer l’intérêt du lecteur, mais l’effet ne dure guère longtemps et on retombe très vite dans une sorte d’inertie désagréable. J’ai d’ailleurs failli abandonner ma lecture à plusieurs reprises me demandant quand mes souffrances et celles d’Avery allaient enfin être abrégées.

J’ai, en outre, été assez gênée par l’insistance avec laquelle l’autrice veut nous faire comprendre que son héroïne est spéciale. J’aurais préféré qu’elle nous le prouve vraiment plutôt qu’elle nous l’assène sans cesse comme pour s’en convaincre elle-même. On peut néanmoins reconnaître à Avery une certaine capacité de résilience : une mère morte en couches, un père adoré qui n’est plus de ce monde, un petit ami qui la quitte du jour au lendemain, la découverte d’une dévastatrice trahison, une dépendance à l’alcool, une psy aussi expressive et bienveillante qu’un morceau de bois… La vie de la jeune fille ne fait pas rêver ; l’après auprès des Mélansires non plus d’ailleurs.

À cet égard, si j’ai regretté que cette idée d’une société secrète et mystérieuse des profondeurs prônant l’éradication de l’amour ne soit pas mieux exploitée, je reconnais l’originalité du concept. J’ai également apprécié la manière dont est questionnée la pertinence d’un tel projet qui, dans une certaine mesure, n’est pas exempt de logique. Mais de fil en aiguille, Avery va se rendre compte que derrière de supposés idéaux, se cache une quête bien plus sombre…

Quant au style de l’autrice, on sent ici qu’il s’agit d’un premier roman puisque l’ensemble manque quelque peu de liant et de naturel avec des phrases qui se veulent parfois poétiques, voire quasi philosophiques, mais qui tombent dans les lieux communs. Toutefois, vu les différents avis lus sur le roman, je m’attendais à bien pire. La plume d’Estelle Fitz mériterait peut-être à gagner en maturité et en profondeur, mais je ne l’ai pas trouvée désagréable.

En bref, La Mélansire contient de bonnes idées, mais le roman mériterait d’être étoffé afin de rendre son univers bien plus immersif et d’offrir aux lecteurs une réelle aventure à se mettre sous la dent. Le titre pourra néanmoins intéresser les personnes se posant des questions quasi philosophiques sur l’amour puisque de ce côté, l’autrice a fourni un travail indéniable…

Je remercie les éditions Albin Michel pour avoir mis ce roman à disposition des membres du jury du #PLIB2020.

Le dernier conte, Pascale Leconte

Couverture Le dernier conte

Alors qu’elle vient d’échapper à une tentative d’assassinat, la princesse Bianca doit fuir les gardes de l’Afag et sa marâtre. Lors de ce voyage initiatique, Bianca retrouvera les différentes héroïnes de nos contes d’enfant.
Que sont donc devenues Cendrillon, Belle, Aurore ou Peau d’Âne après leur mariage avec le prince charmant ?
Sous l’apparence d’un conte de fées, ce récit relate le passage entre un monde ancien, où l’humain vit en harmonie avec la nature, les forces invisibles qui l’habitent, et le début d’une nouvelle ère centrée sur l’homme matérialiste et égocentrique.
Une histoire qui rompt avec le schéma habituel en donnant la part belle aux héroïnes féministes, actives et maîtresses de leur propre destin.
Dans cet univers enchanteur, le lecteur pourra en apprendre davantage sur la méditation, les élémentaux ou autres esprits de la nature.

Couverture : Maud Chalmel – Illustrations : Agnès Fouquarf

AVIS

Une jeune princesse qui, à la mort de son père, doit s’enfuir de son propre royaume sous peine d’y trouver la mort, une marâtre qui dispose d’un miroir magique et qui est bien décidée à se débarrasser d’une encombrante belle-fille… Les débuts devraient immanquablement vous rappeler Blanche-Neige ce qui n’est guère étonnant, l’autrice nous proposant ici une histoire inspirée des contes d’antan. Nous y retrouverons d’ailleurs certaines princesses et autres héroïnes de contes qui ne semblent pas vivre le happy end tant mérité… Mais loin de se cantonner au charme suranné des récits de notre enfance, l’autrice va ici beaucoup plus loin nous invitant à réfléchir, à travers l’histoire de Bianca, à de multiples sujets.

Bénéficiant d’un double niveau de lecture, ce roman se pare donc de multiples facettes : aventure trépidante conduisant une jeune princesse sur le chemin de sa destinée, conte au charme féerique, mais aussi roman engagé et éclairé. Sont ainsi abordés des thèmes comme la monétarisation de l’économie et l’essor d’un libéralisme sauvage avec ses corollaires : la pauvreté et l’agrandissement du fossé entre les très riches et les très pauvres, l’uniformisation de la pensée, l’asservissement des masses au seul profit de quelques élus, ici représentés par une mystérieuse et puissante organisation, l’Afag. Le dernier conte relate donc un changement sociétal, politique et économique profond qui s’accompagne d’un patriarcat révoltant dans lequel les hommes sont tout-puissants, et les femmes reléguées et cantonnées au rôle de mère incapables d’agir sur leur destinée. Les menstruations deviennent taboues, les guérisseuses d’abominables sorcières à éliminer quand la médecine des hommes devient la référence et la seule solution à tous les problèmes…

Difficile de ne pas voir dans ce conte quelques échos de notre passé même si ici, ce ne sont pas les religions monothéistes qui ont mis à  mal les anciennes solidarités et croyances, mais l’économie de marché, l’individualisme et le scientisme, une science érigée en dogme si ce n’est en religion. Ce roman nous laisse d’ailleurs entrevoir le danger que toute doctrine imposée et extrême peut engendrer. Non à une science dépourvue de libre arbitre et dénuée d’âme humaine dans laquelle la femme serait érigée en ennemie ou tout simplement infantilisée.

En parallèle d’un univers menacé par des dangers plus ou moins pernicieux, l’autrice nous baigne dans une atmosphère enchanteresse et onirique organisée autour d’une nature consciente et foisonnante. Ce roman est d’ailleurs une ode à la nature et au besoin urgent des êtres humains de s’y reconnecter et de s’ouvrir à toutes les merveilles qu’elle offre à ceux qui savent prendre soin d’elle et la respecter. Des merveilles que Taïmoon, apprenti jardinier, permet à notre princesse d’appréhender. Ce garçon touchant l’accompagne et la soutient dans ses aventures, mais c’est surtout la personne qui lui permet de s’ouvrir à un monde invisible et peuplé de créatures dont elle n’avait jusque-là pas conscience : elfes, nymphes, sirènes, sylphes, lutins… Tous ces êtres ne se révèlent pas sympathiques ou bienveillants, mais cela n’a rien d’étonnant si l’on considère que leur existence reflète l’état du monde et des pensées parfois néfastes des individus.

Si les très nombreuses réflexions soulevées par l’autrice ne manquent pas d’intérêt ni de pertinence, voire parfois d’originalité pour un conte (je pense notamment à la question du végétarisme brièvement évoquée), on appréciera la manière dont elle réussit rapidement à nous immerger dans une aventure épique et mouvementée au cours de laquelle une jeune princesse va faire de multiples rencontres et affronter de nombreux dangers. Elle pourra heureusement compter sur l’aide d’un jeune jardinier qui se révèle très vite attachant et attendrissant. Le duo est adorable et l’on prend grand plaisir à le voir évoluer et affronter chaque situation avec beaucoup d’aplomb et de courage. Complémentaires, les deux personnages vont évoluer aux côtés l’un de l’autre : la princesse va gagner en maturité et apprendre à voir au-delà des apparences et de la beauté quand son nouvel ami va prendre confiance en lui et réaliser que la richesse ou le statut d’un homme ne font pas sa valeur.

Pascale Leconte s’approprie parfaitement l’univers des contes en lui offrant une belle cure de jeunesse avec des messages forts et une princesse bien différente de celles que l’on rencontre dans les contes traditionnels. Bianca ne reste pas endormie en attendant le baiser du prince charmant, elle ne se terre pas dans une chaumière, elle ne se sacrifie pas pour sauver sa famille en restant prisonnière d’une bête… Non, elle prend le carnet et la plume magique offerts par sa marraine et, sous couvert de collecter des informations sur l’Afag, écrit le propre livre de sa vie et se forge sa propre destinée ! Un joli exemple pour les jeunes lecteurs qui verront en elle un modèle de courage et de bravoure, et espérons-le, une preuve que ni le déterminisme social ni les conventions ne doivent venir leur dicter leur chemin de vie.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, rythmée, immersive, délicieusement imagée et poétique, elle m’a enchantée et participe grandement au plaisir que j’ai pris à dévorer ce roman bien plus profond que sa belle couverture ne le laisse présager. En plus d’être agréable à l’œil, cette couverture a également le mérite de mettre en avant une belle diversité dans le monde des fées, ce que je n’ai, pour ma part, encore jamais rencontré dans un roman. Et parce que l’autrice semble avoir à cœur d’immerger complètement ses lecteurs dans son univers enchanteur, quelques douces et jolies illustrations viennent illuminer et embellir l’ouvrage.

On notera également quelques sympathiques et amusants clins d’œil de l’autrice à son propre rôle dans l’histoire et à ses précédents ouvrages. Une petite facétie qui m’a bien amusée et convaincue de mon envie de poursuivre mon expérience de lectrice auprès d’une autrice qui offre, entre autres, une littérature jeunesse pleine d’intelligence, d’originalité et de fantaisie.

En conclusion, Le dernier conte m’a très agréablement surprise et ceci à plus d’un titre. Loin de n’être qu’une belle histoire auréolée de merveilleux, Pascale Leconte nous propose des réflexions pertinentes sur une ribambelle de sujets allant du pouvoir de la nature et du monde invisible au sacré féminin en passant par l’importance de l’instant présent. Mélange de conte, de poésie et d’aventure, voici un ouvrage à lire et à relire et à partager en famille : les plus jeunes y verront un joli moment de divertissement quand les lecteurs plus âgés se régaleront de l’imaginaire engagé de l’autrice. Pour moi, voici son roman le plus abouti, ou du moins, celui que je conseillerais à toutes les personnes qui souhaitent se lancer dans son univers et qui ont à cœur de s’émerveiller, maintenant et à jamais.

Retrouvez le roman sur le site internet de l’autrice que je remercie pour sa confiance.

Fake it till you break it, Jenn P. Nguyen

Fake It Till You Break It (English Edition) par [Jenn P. Nguyen]

Mia et Jake se connaissent depuis toujours. Et pour cause : leurs mères sont meilleures amies ! Ils se sont supportés pendant toutes les vacances d’été, tous les brunchs du dimanche et même lors des visites annuelles chez le dentiste…

Depuis qu’ils sont ados, les mamans n’ont qu’une idée en tête : leurs chérubins formeraient le couple rêvé, elles en sont convaincues. Mia et Jake, eux, en sont plutôt au stade où se trouver dans la même pièce est déjà un calvaire. Pour avoir un peu la paix, ils élaborent le plan parfait : ils vont prétendre être ensemble pendant deux semaines, puis rompre afin de calmer leurs mères à tout jamais. Ensuite, ils seront libres. Du moins, c’était ce que la stratégie soi-disant sans faille prévoyait..

Swoon Reads (28 mai 2019) – 304 pages – Broché (10,84€) – Ebook (8,61€)

AVIS

Pour inaugurer le Challenge #MOISENVO, j’ai décidé de lire une romance contemporaine : Fake it till you breaki it. Très accessible du point de vue de l’anglais, cette histoire m’a agréablement surprise au point de l’avoir lue en deux jours. Il n’y a pas de grand drame, juste beaucoup d’humour et un tandem pour lequel je me suis tout de suite prise d’affection.

Mia et Jake se connaissent depuis toujours et font pas mal de choses ensemble qu’il s’agisse d’aller au lycée ou chez le dentiste. Une relation qui n’a néanmoins rien d’amicale puisque leurs nombreuses interactions sont imposées par leurs mères, meilleures amies, qui rêvent de les voir en couple. Fatigués de devoir se côtoyer alors qu’ils se détestent, les deux adolescents en viennent à fomenter un plan : ils vont prétendre sortir ensemble pendant quelque temps avant de rompre lors d’un grand coup d’éclat ! Mais une fois le temps de la comédie écoulé, arriveront-ils vraiment à se séparer ?

Grâce à une narration alternée, on apprend à mieux connaître Mia et Jake qui sont très différents l’un de l’autre. Exubérante, drôle, gentille, pétillante, pleine de spontanéité et accro aux dramas coréens, Mia se révèle tout de suite attachante. Quant à Jake, plus réservé et ordonné, il n’en demeure pas moins un adolescent touchant et attendrissant. J’ai adoré assister aux échanges entre ces deux protagonistes qui disent se détester alors qu’ils font preuve d’une grande complicité faite de taquineries et de petits surnoms peu reluisants, mais jamais méchants. Complémentaires, bien qu’ils ne soient pas prêts à l’admettre, ils connaissent tout l’un de l’autre, des petites habitudes aux préférences culinaires, ce qui donne parfois l’impression qu’ils vivent dans leur petite bulle. Leur relation de longue date leur permet également de savoir quand l’autre va mal ou que quelque chose le préoccupe. 

Et à ce petit jeu, Mia tire son épingle du jeu. Elle devine sans peine à quel point le départ précipité de son frère aîné continue à blesser Jake qui préfère feindre l’indifférence au lieu d’avouer sa souffrance. Mais têtue, Mia n’est pas prête à rester les bras croisés devant la situation et est bien décidée à faciliter la réconciliation entre les deux frères que son faux petit ami le veuille ou non !

Ce thème de la famille, celle de sang et de cœur, est omniprésent dans le roman que ce soit à travers les relations fraternelles ou parents/enfants. À cet égard, si les mères des deux adolescents se révèlent exaspérantes avec leur obsession de les marier, elles évoluent et nous offrent une belle leçon, notamment sur la nécessité de laisser les enfants voler de leurs propres ailes et de les soutenir dans leurs velléités d’indépendance. Il est juste dommage qu’à trop vouloir forcer le rapprochement entre Mia et Jake, elles aient produit l’effet inverse les poussant à s’éloigner l’un de l’autre des années durant alors qu’il nous apparaît très clairement qu’ils tiennent énormément l’un à l’autre

On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher d’espérer qu’ils prennent enfin conscience de la nature et de la force de leurs sentiments. Y arriveront-ils ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que leur plan de départ ne va pas vraiment se passer comme prévu et qu’à trop jouer les amoureux transis, il se pourrait bien que des émotions profondément enfouies fassent surface et viennent chambouler leur relation…

En plus de l’humour omniprésent, des nombreux dialogues pleins de peps, des références à Harry Potter, à la nourriture asiatique et aux dramas coréens, le gros point fort de ce roman est sa positivité et la chaleur qu’il dégage. Oubliez les relations toxiques et les drames qui s’empilent, l’autrice ayant opté pour une histoire touchante et pleine de beaux sentiments. Le scénario n’a rien d’original, mais il met du baume au cœur et permet de passer un joli moment de divertissement auprès de personnages touchants et complémentaires dont on attend avec impatience le rapprochement et dont on admire la bienveillance avec laquelle ils se soutiennent. Si vous êtes en quête d’une romance adolescente doudou qui prouve que l’on a parfois sous les yeux la personne que l’on cherche, Fake it till you break it devrait vous plaire !

NB : le roman a été traduit par les éditions Hugo Roman.

Fake par [Jenn p Nguyen, Pauline Vidal]

Le dernier gémini (Galénor t. 2), Audrey Verreault

Le dernier gémini (Galénor t. 2) par [Audrey Verreault]

« Asmodée est de plus en plus radical avec sa politique anti-inferniths… Il veut qu’on les envoie tous à la prison d’Astheroth pour les interroger et les pister… Puis il y a ces magiciens avec leurs masques en forme de têtes de corbeaux qui rôdent à travers Galénor et attaquent des villages. Personne ne sait d’où ils viennent. Ni ce qu’ils veulent. Moi je m’en doute. Ils ont assassiné mes parents adoptifs… Je pense qu’ils cherchaient ce qu’ils m’ont légué… J’essaie de chasser tout ça de mes pensées…
Nous avons presque tout épuisé nos réserves de poudre d’artanis et nous, magiciens, ne pourrons bientôt plus exercer notre magie.
Asmodée a mis la main sur une pierre de Kartane qui pourra peut-être remplacer l’artanis et mettre fin à la pénurie magique qui plane sur notre monde. Or, le Kartane figure parmi les substances les plus convoitées de l’univers…
Nous avons été mandatés, moi et les autres géminis pour protéger cette pierre jusqu’à ce que les alchimistes aient terminé leurs recherches.
Nous sommes en fonction. Cette nuit, j’ai la pierre, dissimulée sur moi. La fête bat son plein. La salle est bondée. Un homme encapuchonné franchit la porte d’arche. Des ailes noires pendent à son dos. Il sort du lot, mais il y a autre chose… »
– Daphnée

Fantasy, magie et romance vous attendent dans ce deuxième tome de Galénor où nous suivons cette fois-ci Daphnée, accompagnée de ses amis géminis – JudyAnn, Tom et Kyle, ainsi que de Vincent, leur nouvel allié vampire.

Auto-éditée (6 mars 2020) – 361 pages – Broché (14,76€) – Ebook (3,99€)

Retrouvez ma chronique du premier tome, Le livre des portes.

AVIS

J’ai attaqué ma lecture sans avoir beaucoup de souvenirs du tome précédent. Fort heureusement, après quelques pages, certains événements et éléments me sont revenus en tête comme mon coup de cœur pour Mérindol. J’adore sa personnalité, sa bienveillance et son rôle de guide et de mentor qu’il prend très à cœur…

Bien que ce tome soit centré sur Daphnée, l’autrice a opté pour une narration alternée nous permettant de suivre également les autres personnages découverts, pour la plupart, dans le premier tome. Cela apporte beaucoup de fluidité et de dynamisme tout en nous donnant l’impression de faire partie intégrante de l’action et de la bande d’amis. Toutefois, ce procédé ne permet pas de développer outre mesure la psychologie de chacun, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’on sent que c’est un choix de l’autrice de favoriser le rythme et l’action et que ça fonctionne très bien puisqu’on ne s’ennuie pas un instant.

L’autrice nous donne néanmoins assez d’informations et d’éléments pour différencier les personnages et développer nos propres préférences. À cet égard, je reconnais avoir nettement préféré Daphnée à JudyAnn. La jeune femme affronte avec beaucoup de courage et de détermination les différentes épreuves qui se présentent à elle, du meurtre de ses parents adoptifs à ce puissant et dangereux artefact dont elle a hérité et qu’elle doit protéger en passant par cette pierre qu’elle a en partie absorbée et qui menace de la faire sombrer ! Elle pourra heureusement compter sur ses amis et ses alliés tout en devant collaborer avec un insaisissable magicien-corbeau dont la vie se retrouve inopinément et inextricablement liée à la sienne.

Toujours en train de manigancer quelque chose et manquant cruellement de transparence et d’honnêteté, Danik se révèle un personnage fort intrigant qui évolue tout au long de l’aventure. Ce personnage permet à l’autrice de soulever la question du passé et des émotions. Peut-on vivre sans tous ces souvenirs qui font de nous ce que nous sommes ? Une vie, dépourvue d’émotions, vaut-elle vraiment la peine d’être vécue ? Un individu sans passé et sans aucune émotion ne devient-il pas une coquille vide dont la vie se résume à une succession de jours sans saveur ? Chacun se forgera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que ces questions vont fortement diviser Danik et Daphnée, le premier aspirant à tout oublier quand la deuxième n’imagine pas une vie sans tous ses souvenirs…

Les deux protagonistes ne pourraient être plus différents, pourtant, au fil des épreuves, ils se rapprochent et apprennent, petit à petit, à se faire confiance malgré les nombreux doutes et les dangers. Et puis, il y a cette part d’onirique dans leur relation qui les lie et leur permet de faire tomber les masques quand la réalité leur demande la prudence. Les interactions entre les deux personnages se révèlent intéressantes tout comme la manière dont ils évoluent côte à côte, mais j’ai surtout apprécié que l’autrice ne tombe pas dans l’écueil du premier tome avec une romance assez peu convaincante. Si l’on devine rapidement le tournant que va prendre la relation entre Danik et Daphnée, il n’y a aucune précipitation ni faux drame. Leurs sentiments se développent naturellement, ce qui ne les rend que plus touchants et réalistes.

La narration alternée dynamise grandement le récit, mais il faut aussi compter sur les multiples enjeux de ce tome, chaque problème semblant en amener un autre. Une cascade de dangers qui entraîne moult aventures et péripéties, certaines poussant nos protagonistes dans leurs retranchements. Loin de Mérindol et pris en étau entre leurs ennemis et leur propre camp, ils vont ainsi devoir puiser au fond d’eux-mêmes pour trouver la force d’avancer et de se surpasser alors même que tout autour d’eux n’est que mensonges, complots et faux-semblants…

Comme dans le premier tome, l’autrice nous offre un bestiaire étoffé, des personnages de différentes natures et un univers complexe et nuancé dans lequel le manichéisme n’a pas sa place. On retrouve également ce thème du racisme et du rejet systématique de l’autre en raison de sa différence. Un thème qui ne devrait pas manquer de vous révolter et de vous faire comprendre combien il s’avère difficile pour certains de nos personnages de trouver leur place dans un univers où, quelle que soit la dimension, les préjugés ont la vie tenace.

Pour autant, tout n’est pas sombre, les choses évoluant progressivement grâce à des personnes qui se battent pour la justice, l’équité et le droit à la différence. Une jolie leçon qui trouve son apogée dans une fin émouvante et pleine de vérité nous prouvant qu’il est toujours possible de se repentir et d’agir pour le bien commun. Quant au grand final, riche en émotions, il se révèle d’une justesse folle bien que difficile sur le plan émotionnel. Une fois le choc passé, je l’ai même trouvé optimiste avec cette idée que de l’obscurité peut naître la lumière et que la vie n’a de sens qu’en étant pleinement vécue… Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler surtout quand c’est fait, comme ici, de manière poignante. 

En conclusion, Le dernier gémini ne souffre nullement du syndrome du deuxième tome, l’autrice nous proposant ici une suite menée tambour battant et riche en révélations, complots et autres retournements de situation. L’univers est toujours aussi étoffé et complexe et source à soulever des thèmes ancrés dans notre réalité comme le racisme, la peur de la différence, la résilience, la rédemption, l’amitié, l’amour mais aussi le sens de la vie et de la mort. Rythmé et immersif, voici un roman de fantasy qui vous fera passer par différentes émotions et vous tiendra en haleine jusqu’à un dénouement final aussi intense que lumineux.

Merci à l’autrice pour cettte lecture que vous pourrez achter sur Amazon.