Araminta Spookie – Tome 1 : Ma maison hantée, Angie Sage

Quand j’ai découvert le thème du Challenge Lire en thème de mai, lire un livre dont le nom de l’auteur commence par S, j’ai tout de suite pensé à ce roman dont la couverture m’a complètement fait craquer.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une dose de famille Adams, une pincée de Petit Nicolas, et une cuillerée de Fifi Brindacier: un mélange détonant nommé Araminta Spookie !

Araminta Spookie habite une maison biscornue avec sa tante Tabby, une femme très sèche et aimante, et son Oncle Drac, éleveur de chauves-souris. Araminta voudrait que sa maison soit hantée et elle passe son temps à rechercher d’éventuels fantômes, des loups-garous et autres vampires. Elle possède des panoplies en tout genre pour mener ces chasses incongrues, mais pour l’instant, en vain. Tante Tabby, fatiguée de réparer inlassablement la chaudière, décide de vendre la maison. De plans complètement loufoques en embuscades colossales et drôles, nous suivons la lutte d’Araminta, prête à tout pour garder sa drôle de maison.

  • Relié: 160 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Editeur : Nathan (3 avril 2008)
  • Prix : 9.90€

AVIS

Araminta coulait des jours heureux avec sa tante Tabby qui aime à se battre avec la chaudière et son oncle, amateur de chauve-souris dans l’âme, jusqu’à ce que sa tante lui annonce son intention de vendre la maison. Hors de question pour la jeune fille qui aime sa maison hantée, bien qu’elle n’y ait encore jamais vu de fantômes, de partir de chez elle ! Elle va donc tout mettre en œuvre pour faire fuir les agents immobiliers et les potentiels acheteurs.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune fille a beaucoup d’imagination et de la suite dans les idées. C’est donc avec plaisir qu’on la suit dans ses aventures consistant notamment à se déguiser en fantôme ou à réunir le maximum d’ingrédients bien dégoûtants et gluants, et à les envoyer depuis un endroit stratégique sur les visiteurs. Deux stratégies efficaces puisque la plupart d’entre eux fuient la maison « hantée » sans se retourner, mais ça c’était avant de tomber sur des acheteurs plutôt étranges…

Bien que polissonne, il est difficile de ne pas s’attacher à Araminta même si elle se montre assez pénible avec sa tante, déjouant tous ses plans pour rendre la maison la plus attractive possible. En plus d’avoir des idées farfelues et une imagination débordante, elle est plutôt amusante, voire impertinente, puisqu’elle n’a pas vraiment la langue dans sa poche. Alors même qu’on devrait être du côté de la tante, la seule adulte responsable du livre, on ne peut donc pas s’empêcher de souhaiter bonne chance à la jeune fille dans ses tentatives de faire capoter le projet de vente.

Elle va d’ailleurs trouver un soutien quelque peu inattendu dans cette entreprise, mais je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que la maison hantée qui n’est pas hantée est peut-être finalement bien soumise à des forces surnaturelles… Pour en apprendre plus, il vous faudra vous plonger dans cette petite lecture jeunesse qui devrait faire sourire les enfants et les adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. L’histoire est toute mignonne et plutôt enfantine, mais en gardant cela en tête, un adulte pourra, en effet, savourer les péripéties d’une jeune fille têtue, mais amusante. Certains enfants pourront également se retrouver dans cette héroïne qui ne veut pas déménager, un déménagement pouvant être une étape assez difficile dans la vie d’un enfant.

À noter que le roman est agrémenté d’illustrations en noir et blanc ce qui en facilitera la lecture pour les enfants tout en leur permettant de s’immerger encore un peu plus dans ce récit mené tambour battant. Les idées, ou plutôt bêtises d’Araminta, s’enchaînent, en effet, à une vitesse folle, ce qui assure un rythme de lecture rapide que l’on soit petit ou grand. Quant à la plume de l’auteure, elle est efficace avec ce qu’il faut de rythme, d’humour et de concision pour happer l’attention des jeunes lecteurs dès les premières pages.

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La fin, avec ses deux petits retournements de situation, m’a bien plu. Elle a le mérite de montrer qu’il faut parfois apprendre à lire entre les lignes, les apparences pouvant être trompeuses, et que l’amitié peut frapper quand on s’y attend le moins. Le final promet également de nouvelles péripéties riches en actions et, probablement, en bêtises !

En conclusion, Araminta Spookie est une jeune héroïne que j’ai pris grand plaisir à découvrir. Amusante et attachante, nul doute que sa personnalité hors norme et son amour des fantômes sauront séduire les jeunes lecteurs et, peut-être, leurs parents à condition que le côté enfantin de la narration et de l’histoire ne les gêne pas. Pour ma part, c’est exactement le genre de petits romans que j’aime lire entre deux lectures plus sérieuses. Je continuerai donc la série avec plaisir d’autant que Nathan a fait un très joli travail d’édition.

Et vous, envie de feuilleter ou de découvrir Araminta Spookie ? Visitez le site des éditions Nathan.

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Fabuleux nectar, Vincent Portugal

J’ai découvert ce roman dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du haut de sa tour du Palais Suspendu, Misha étudie ses grimoires et réchauffe ses alambics. L’alchimiste du roi est un créateur talentueux. Il invente des sortilèges et murmure des poèmes pour transformer la magie en outils insolites.
Son quotidien est bouleversé par la capture de trois rebelles des îles Liberté qui luttent pour leur indépendance. Pourquoi la princesse Séléna s’est-elle livrée à ses ennemis ? L’alchimiste soupçonne la prisonnière de profiter de sa captivité pour leur tendre un piège.
La belle étrangère prétend que son navire contient des trésors dignes des légendes, l’héritage d’un antique peuple des mers. Ses ruses et ses manigances se teintent de mystère, de magie, et d’une alchimie fabuleuse qui pourrait changer le destin du royaume.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Vincent Portugal;
  • Prix : 2.99€ (compatible abonnement Kindle Amazon)
  • Autre format : broché (9.90€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez vous douter que mon intérêt pour ce livre a été éveillé dès la découverte de sa couverture que je trouve plutôt attractive. En plus du côté esthétique, j’ai été intriguée par la présence de sirènes, une créature que j’affectionne beaucoup bien qu’elle soit finalement assez peu représentée dans la littérature…

Dans ce roman, les sirènes sont présentes en filigrane puisque leur mythe est mis en avant par la princesse Séléna des îles Liberté qui, avec deux autres compagnons, a été capturée par le roi Alexander. Cette princesse, à la forte personnalité, s’est donnée comme mission de gagner l’indépendance de ses chères îles que le roi asphyxie par la levée d’impôts injustes et de plus en plus importants. Et pour ce faire, quoi de mieux que de lui faire miroiter l’existence de multiples richesses héritées d’antiques descendants ayant quitté la terre ferme pour les profondeurs de l’océan ? En offrant à ce roi la promesse d’un partage de ces trésors et des revenus des îles Liberté, la princesse espère ainsi faire cesser une guerre coûteuse en vies pour les siens et en argent pour le roi. Un accord qui devrait se révéler gagnant-gagnant pour chacun à moins que la princesse et ses acolytes ne gardent encore quelques secrets comme la provenance de ce mystérieux nectar qui affole les sens du roi et l’imagination de la cour…

Ce roman m’a assez surprise, dans le bon sens du terme, dans la mesure où je n’avais pas anticipé la tournure prise par l’histoire. Je m’attendais à un récit empreint de magie, j’ai trouvé un récit empreint de magie, de poésie, mais surtout de politique, de manigances en tout genre et de faux-semblants. Alors je vous rassure, l’auteur ne nous présente pas un débat politique rébarbatif, mais plutôt une histoire où les enjeux politiques et économiques sont au cœur de tout. Ils se révèlent d’ailleurs, bien que pour des raisons différentes, d’une importance capitale pour Séléna et son peuple, et pour le roi et l’affirmation de son autorité.

Au milieu de tout ça, nous avons l’alchimiste du roi, Misha, qui est accompagné d’un Djinn que j’ai beaucoup apprécié. Jouant un peu le rôle de Jiminy Cricket pour l’alchimiste, le Djinn tentera de le guider et de le soutenir sans se départir d’un certain humour qui rend le personnage plutôt attachant. Les échanges entre l’humain et son compagnon surnaturel sont donc plaisants à suivre bien que j’aurais adoré que le Djinn soit encore plus présent… Quoi qu’il en soit, le Djinn sait faire preuve de dérision tout en sachant également soutenir inconditionnellement son ami même dans les situations qui, à première vue, semblent mal engagées…

Et de ce soutien, Misha en aura fort besoin puisque bien qu’intelligent et très doué quand il est question de magie, il semble dépassé quand il s’agit de politique… Il sera néanmoins le premier et le seul à douter de l’existence des sirènes tellement vantée par Séléna. Et il sera encore le seul à deviner que la princesse est bien plus dangereuse que ce qu’elle aimerait faire croire… Troublé par l’influence grandissante de la captive sur son roi, il lui sera toutefois difficile de faire entendre sa voix face à un souverain bourru et assez impulsif d’autant que le caractère un peu mou de Misha ne l’aide pas vraiment à s’imposer. C’est un petit génie de la magie, mais c’est aussi une personne timorée qui, face à ses privilèges nouvellement acquis, n’est pas prompte à défendre ses opinions pacifiques. Contre la guerre et le détournement de ses inventions pour exterminer le peuple des îles Libertés, il préféra donc fermer les yeux plutôt que de monter au créneau et refuser de continuer à servir le roi.

Je dois avouer que ce personnage m’a parfois un peu agacée ne supportant pas les gens qui ont des prétendus idéaux, mais qui les bafouent allègrement dès que leur petit confort entre en jeu. Et c’est exactement ce que fait Misha jusqu’à sa rencontre avec la princesse et son garde du corps. Il va très vite être confronté au mépris de ces deux individus pour un homme qui a mis son savoir magique au service de la destruction plutôt que de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Heureusement, petit à petit, Misha va évoluer et s’interroger sur ses actions jusqu’à avoir une certaine prise de conscience qui ne lui permet plus de se dédouaner de sa part de responsabilité dans le massacre d’innocents…

J’ai donc apprécié que l’auteur fasse évoluer progressivement son protagoniste comme j’ai aimé qu’il mette sur sa route, une femme forte et auréolée d’un certain mystère. Farouche, intelligente tout en étant prête à des actes de bravoure frôlant la folie pour protéger les siens, envoûtante, habile conteuse et négociatrice, les deux allant souvent de pair, Séléna est définitivement une femme qui possède un charisme fou. On l’imagine sans peine galvaniser les foules ! D’ailleurs, le roi lui-même semble ensorcelé par cette beauté… Découvrir cette femme fut un réel plaisir même si j’aurais aimé en apprendre plus sur cette princesse déterminée à sauver son peuple. Mais ça, c’est la faute de l’auteur qui a su donner vie à un personnage tellement intéressant que l’on aurait envie de lire des pages et des pages sur ses aventures et ses pensées. J’ai ainsi adoré m’interroger sur ses motivations, essayer de deviner ses intentions, tenter de cerner le vrai du faux de ses récits fabuleux sur les sirènes… En d’autres mots, comme le roi, je me suis laissée envoûter par cette femme qui a tout pour devenir une souveraine respectée et redoutable. Il vaut mieux donc l’avoir de son côté, ce que va découvrir de manière assez brutale notre alchimiste.

Au-delà des personnages, l’univers imaginé par l’auteur est un pur délice à découvrir d’autant que d’une plume élégante et poétique, il nous immerge dans son récit où la magie et la poésie sont intrinsèquement liées. Dans ce roman, il ne vous faudra pas, en effet, savoir manier la baguette pour lancer des sortilèges. Il vous faudra plutôt apprendre à manier avec délicatesse les mots et les rimes. Et attention aux plus distraits des alchimistes, la poésie pouvant se révéler mortelle quand elle n’est pas déclamée de manière rigoureuse et réfléchie. Lier magie et poésie est certainement l’idée qui m’a le plus séduite dans cette histoire puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur soulignait, par ce biais, le côté presque enchanteur de la poésie. J’ai, dans tous les cas, fortement apprécié la place donnée à la poésie, un art que notre alchimiste maîtrise à merveille. J’aurais d’ailleurs adoré trouver, en fin d’ouvrage, certains de ses poèmes-sortilèges. Si vous êtes dans mon cas, vous apprécierez néanmoins la présence de poèmes, extraits de traités d’alchimie, en début de chapitre… Un petit plus qui contribue au charme qui se dégage de cet univers aussi dangereux que poétique :

« Des arômes boisés, souvenirs d’une épave,
Caressent le palais dont je me sais l’esclave.
Chêne, pin, acajou ? Qu’importe la résine !
Les trésors se goûtent ; la route se devine. »

« Pilleurs d’épaves »
L’Alchimie du Goût – Poèmes gustatifs et applications, Vol. I

En conclusion, en nous offrant une plongée dans un univers imaginaire teinté de poésie et de magie, l’auteur arrive à concilier les amateurs d’histoires fantastiques et les amateurs de jolis textes. Quant aux lecteurs avides de rencontrer des personnages qui leur réservent quelques surprises, Fabuleux nectar devrait les séduire.

A noter une interview de l’auteur sur le site du Prix des auteurs inconnus, une manière intéressante d’en apprendre plus sur l’auteur et son univers. Découvrez également, sur le site, les chroniques des autres membres du jury

Photo de la page FB de l’auteur

Site de l’auteurPage FB de l’auteur

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Fabuleux Nectar ?

 

 

Une ombre au tableau, Myriam Chirousse

Je remercie Babelio et les éditions Buchet/Chastel de m’avoir permis de découvrir Une ombre au tableau de Myriam Chirousse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La Côte d’Azur. Ses villas de luxe et ses piscines.

Quand Greg Delgado, employé de banque, visite la maison de ses rêves, il décide de ne pas dire à sa femme, Mélissa, qu’un enfant s’est noyé dans la piscine. Le couple emménage. Mélissa est-elle dupe ? N’a-t-elle pas aussi certaines choses à cacher ?

Dans la chaleur caniculaire, chacun cherche son intérêt et son plaisir…

  • Broché: 190 pages
  • Editeur : Buchet-Chastel (5 avril 2018)
  • Prix : 17€
  • Autre format : ebook

L’AUTEURE

Née à Cagnes-sur-mer le 12 avril 1973, Myriam Chirousse suit des études de lettres et de philosophie à Nice, puis à Paris. Elle écrit, en parallèle, ses premiers contes pour enfants et des nouvelles. En 2000, elle quitte la France pour l’Espagne où elle travaille comme professeur de français et traductrice. Son premier roman, Miel et vin, paraît en 2009. De retour en France, elle se consacre à la traduction et à l’écriture. Elle a publié Le Cantique des Elfes (2011, roman jeunesse), La Paupière du Jour (2013) Le Sanglier (2016) et Une Ombre au tableau (2018).

AVIS

Employé de banque, Greg Delgado qui rêve de se faire appeler Grégoire, question de standing, ne réfléchit pas longtemps à la proposition de son ami, un cador de l’immobilier : une magnifique villa à un prix dérisoire dans une résidence de luxe avec piscine. Une opportunité inespérée que la mort par noyade d’un enfant, dans cette même piscine, ne doit surtout pas ruiner ! Il omet donc de parler de ce « petit détail » à sa femme, Mélissa, lors de la visite de la maison et il ne lui en parle pas plus lors de son achat. Un mensonge qui va déclencher l’engrenage d’une machine infernale que Greg n’a pas conscience d’avoir amorcé.

Une ombre au tableau, c’est l’histoire d’un homme ambitieux qui, par peur de connaître les difficultés financières de son enfance, est prêt à beaucoup pour réussir, et même à fermer les yeux sur des vérités dérangeantes. C’est aussi l’histoire d’un couple qui s’en sort bien dans la vie, mais qui va faire son entrée dans la cour des grands, dans un monde où tout semble beau et luxueux, dans un monde où tout paraît couler de source et dans lequel il semble presque difficile de ne pas se noyer…

Pourtant, Mélissa résiste, à sa manière, mais elle résiste quand même. Devant la beauté du bleu profond de la piscine de la résidence, un malaise s’empare d’elle… La maison est belle, mais quelque chose ne va pas ! Elle ne saurait expliquer cette impression que tel un serpent, le danger se profile discrètement et menace son équilibre. Elle le ressent au fond d’elle-même, de ses tripes, et même ses conversations imaginaires avec des statues de divinités indiennes lui confirment ce qu’elle essaie pourtant de taire.

Mélissa n’est pas une illuminée, mais plus on apprend à la connaître à travers les réminiscences de son passé, plus on perçoit chez elle un sens aigu de l’observation, mais surtout de la perception. Ostéopathe de métier, le toucher est sa spécialité, mais elle lui donne une tout autre dimension par sa capacité à saisir au vol des informations qui ne seraient pas accessibles au commun des mortels. Alors, en plus de toucher les corps, elle est aussi capable de percevoir des fragments d’âme et d’effleurer du bout des doigts ces secrets qui s’échappent à leur insu des individus. Une capacité qui peut se révéler une malédiction quand elle essaie de briser les carapaces, à commencer par la sienne.

Depuis qu’elle habite dans cette résidence de luxe qui s’apparente de plus en plus à une cage dorée, Mélissa change. Cette femme que son mari décrivait comme positive et facile à vivre, commence à se fêler, à s’interroger sur sa vie actuelle et sur sa relation avec son mari, à faire défiler des bribes de sa vie passée… Et à accepter que finalement, tout ne va pas bien. Sa vie n’a pas pris la tournure que la jeune idéale qu’elle fut avait imaginée… Mère d’un petit Clément et épouse d’un mari employé de banque, sa vie s’est progressivement enracinée dans un quotidien que la chaleur étouffante de l’été rend presque palpable.

Une grande partie de l’intrigue est basée sur Mélissa, une femme intelligente qui semble parfois basculer dans l’irréel. Est-ce pour cette raison qu’il se dégage une telle poésie de la plume de Myriam Chirousse ? Amatrice de belles plumes, j’ai, en effet, été complètement subjuguée par la capacité de l’auteure à nous offrir, à travers un vocable riche et de nombreuses métaphores, de très belles images. Celles-ci prennent vie sous nos yeux nous permettant ainsi une immersion totale dans l’intrigue. L’auteure joue habilement avec les mots, les contrastes, les non-dits comme si elle soulignait que tout ce qui brille n’est pas d’or et que la beauté et le luxe peuvent cacher des choses beaucoup plus sombres. On oscille donc souvent entre ombre et lumière, entre euphorie et malaise, entre plénitude et vacuité… Je me permettrai d’ailleurs de citer un passage que vous trouverez en quatrième de couverture et qui illustre assez bien cette impression de dualité :

« Une obscurité nacrée baignait le parc, lui conférant un aspect inquiétant et mystérieux, plus authentique aussi, comme si la nuit avait le pouvoir de révéler le vrai visage des choses. La pelouse avait le bleu foncé des mers australes et tout le reste était noir, les grands pins, les bosquets, les haies. Noir aussi le prunier en fleurs du printemps, dont tous les fruits avaient été mangés par les oiseaux et les vers. Seule la margelle de la piscine traçait dans l’ombre un ovale lactescent, au milieu duquel l’eau étalait son vif-argent. »

De la plume de l’auteure, se dégage également une certaine sensualité que ce soit à travers la découverte des corps en maillots de bain, les séances de massage pour faire pénétrer l’huile de coco, les quelques ébats toujours suggérés jamais rendus vulgaires, la chaleur étouffante de l’été et des braises, les images parfois sensuelles que l’on ne peut s’empêcher d’imaginer à la lecture de certains passages… Cette sensualité finit par se confondre avec l’ambiance étouffante du roman. En plein été sur la Côté d’Azur, le soleil frappe aveuglément, mais ce n’est pas cet astre qui donne ce sentiment que plus on avance dans l’intrigue, plus l’ambiance devient étouffante et écrasante. Cela provient de la narration mise en place par l’autrice et qui, telle une pieuvre, déploie progressivement ses tentacules. Comme Mélissa, on finit par ressentir un certain malaise et on se demande de quel côté la foudre va finir par s’abattre. Et d’ailleurs, quelle forme prendra-t-elle ? Celle d’une épouse révoltée par le mensonge de son époux, celle d’une femme qui a fait le point sur sa vie et qui pourrait avoir envie de la remodeler, celle d’un homme qui s’est laissé entraîner par une décision qui le dépasse, celle d’un amant oublié qui ne l’est pas tant que ça ou celle d’une voisine omnisciente et omnipotente ?

Tout autant de questions qui vous pousseront à tourner les pages les unes après les autres avec ce sentiment d’anxiété mêlé d’urgence qui rend cette lecture complètement immersive et prenante.

Pour conclure, Une ombre au tableau est un roman qui joue sans complexe ni états d’âme avec la vérité et ses vaporeux contours. Derrière le tableau idyllique d’une famille s’installant dans une riche résidence, ce sont les doutes, les faux-semblants et tous ses arrangements (petits ou grands) avec la vérité et les désirs les plus profonds de ses personnages que l’auteure expose. Un roman à l’ambiance étouffante et à la poésie enchanteresse que vous ne pourrez que lire d’une traite en espérant que la foudre ne s’abatte pas à votre propre. Car finalement, Mélissa et Greg sont-ils les seuls à avoir dessiné eux-mêmes les contours de leur prison ?

Everything comes with a price…

Myriam Chirousse

Photo du site des éditions Buchet Chastel

Site de l’auteure

Et vous envie de feuilleter ou de craquer pour Une Ombre au tableau ?

 

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

Toutes blessent la dernière tue, Karine Giebel (Belfond)

Je remercie Babelio et les éditions Belfond pour m’avoir permis de découvrir Toutes blessent la dernière tue de Karine Giebel.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Tama est une esclave. Elle n’a quasiment connu que la servitude. Prisonnière de bourreaux qui ignorent la pitié, elle sait pourtant rêver, aimer, espérer. Une rencontre va peut-être changer son destin…

Frapper, toujours plus fort.
Les détruire, les uns après les autres.
Les tuer tous, jusqu’au dernier.

Gabriel est un homme qui vit à l’écart du monde, avec pour seule compagnie ses démons et ses profondes meurtrissures.
Un homme dangereux.
Un matin, il découvre une inconnue qui a trouvé refuge chez lui. Une jeune femme blessée et amnésique.
Qui est-elle ? D’où vient-elle ?

Rappelle-toi qui tu es. Rappelle-toi, vite !
Parce que bientôt, tu seras morte.

  • Broché: 744 pages
  • Éditeur : Belfond (29 mars 2018)
  • Prix : 21.90€

AVIS

L’histoire et les personnages…

Karine Giebel est une autrice dont j’ai beaucoup entendu parler et dont je possède plusieurs romans dans ma PAL. Mais c’est finalement avec sa dernière parution que j’ai découvert son style noir comme la nuit et incandescent comme de la braise. Car autant le dire tout de go, l’auteure ne vous propose pas une gentille fable, mais plutôt un conte moderne qui ne cache rien de la noirceur humaine. Et cette noirceur, une jeune marocaine vendue par son père, puis mise au service d’une famille française va en faire les frais.

À un âge où elle aurait dû aller à l’école, la fillette dépossédée de son nom et renommée Tama par ses bourreaux, passe ses journées à récurer, à préparer les repas, à s’occuper des enfants… tout ça sous les coups, sous les humiliations et l’annihilation pure et simple de son être. On suit donc, année après année, Tama dans sa vie de femme de ménage, de nourrice et de punching-ball puisque les Charandon, chez qui elle vit, passe leurs nerfs sur elle. Sans loisirs, sans confort, sans amis, sans amour, sans respect et avec la faim au ventre, les coups en guise de contact physique et la peur comme seul compagnon, Tama est réduite à une vie d’esclave. Une esclave des temps modernes qui se retrouve perdue et exploitée dans un  pays qui n’est pas le sien et dont elle ne connaît rien si ce n’est les contours de son lieu d’habitation. Mais malgré tout ce qu’elle endure, malgré les douleurs physiques et morales qui l’accompagnent chaque minute de sa vie, Tama garde en elle une certaine naïveté et la volonté de ne jamais plier devant ses bourreaux. Et des bourreaux, elle en rencontrera beaucoup durant ce roman, certains faisant passer sa « famille française » pour des enfants de chœur ! Il faut dire que quitter cette famille ne marquera pas la fin du calvaire de Tama, mais le début d’une longue et douloureuse série d’épreuves durant laquelle elle fera également la découverte de l’amour auprès de son « sauveur » Izri.

Tama connaîtra heureusement quelques moments de bonheur purs comme lors de ses rencontres avec une personne âgée qui deviendra sa première vraie amie. Je dois d’ailleurs dire que si les scènes de torture ne m’ont pas fait pleurer, j’ai fondu en larmes lors d’un passage où Tama explique sa vie d’esclave à son amie… La charge émotionnelle de ce passage est tellement forte qu’elle permet autant à Tama qu’aux lecteurs de déverser un peu de toutes ces émotions accumulées au fil des pages. Il y a aussi Vadim, un des enfants Charandon qui aime sincèrement la jeune fille et qui a noué avec elle des liens très forts. La lecture fera aussi partie de Tama et l’aidera à trouver un certain réconfort et le moyen de s’évader mentalement à défaut de pouvoir le faire physiquement.

La jeune femme impressionne le lecteur par sa capacité à trouver un peu de lumière au milieu du chaos. C’est d’ailleurs cette manière de ne jamais perdre espoir qui lui permettra de se montrer si résiliente et si brave face à toutes les épreuves que la vie mettra sur son chemin… Une force de caractère et un vrai courage qui font de Tama un personnage qui suscite non pas la pitié, mais le respect ! À maintes reprises durant ma lecture, je me suis dit qu’à sa place, je n’aurais jamais eu la force de me battre aussi longtemps et avec tellement de volonté…

En parallèle de l’histoire de Tama, nous suivons celle de Gabriel, un homme rongé par la culpabilité et une envie implacable de vengeance. En marge de la société, il vit une existence très solitaire jusqu’à ce qu’une jeune femme s’immisce peu à peu dans sa vie, puis dans son cœur… J’ai eu du mal à saisir l’intérêt de ce personnage avant d’apprendre à mieux le découvrir, lui et ses blessures qui font partie de celles qui ne peuvent jamais vraiment guérir, mais juste être pansées jusqu’à ce que la douleur devienne supportable. À l’inverse de Tama qui ne se montrera sombre qu’en de rares occasions et la plupart du temps quand les circonstances l’exigeront, cet homme n’hésitera pas à se faire sa propre justice. Sans pardonner ses actes, j’ai fini par comprendre son envie de vengeance et toute cette peine qui aveugle son raisonnement. Contre toute attente, cet homme dont le cœur asséché retrouvera la force de battre m’a parfois émue et complètement brisé le cœur quand le destin se jouera une nouvelle fois de lui.

Un roman difficile qui vous fera passer par de nombreuses émotions…

Ce roman n’est pas à mettre entre toutes les mains, car l’auteure n’épargne pas le cœur des plus sensibles des lecteurs. Entre meurtres, scènes de torture et viols, on n’a pas une minute pour respirer et se sortir de ce sentiment d’horreur et d’incrédulité devant la haine que certaines personnes peuvent ressentir. Comment peut-on en arriver à exploiter une enfant ? Comment peut-on prendre plaisir à lui infliger les pires douleurs et regarder ensuite droit dans les yeux ses propres enfants ? Comment ne peut-on pas prendre dans ses bras cette enfant arrachée à sa famille et vouloir lui offrir une meilleure vie ? Comment peut-on assouvir ses bas instincts et violer une autre personne ? Comment peut-on en venir à ne plus ressentir aucune empathie, juste de la haine et des velléités de destruction ?… Tout autant de questions qui n’ont pas vraiment de réponse et qui nous laissent à fleur de peau durant une bonne partie du roman.

Devant toutes ces horreurs, on en vient à se dire, un peu pour garder foi en l’espèce humaine et un peu pour se rassurer, qu’elles sont seulement issues de l’esprit un peu tordu d’une auteure qui souhaite faire frissonner ses lecteurs. Puis, on se rappelle différents faits divers à l’instar du meurtre de Sophie Lionnet, jeune fille au pair à Londres exploitée par ses employeurs. Un exemple qui prouve que l’esclavagisme et la barbarie humaine sont une triste réalité que l’auteure a su dénoncer à travers une histoire révoltante et un personnage féminin fort.

Cette folie et bestialité humaine qui peut pousser une personne à jouir de la souffrance d’une autre est tellement bien mise en scène que cela en devient parfois difficile à supporter. J’ai d’ailleurs mis ma lecture en pause durant deux jours de manière à prendre un certain recul… Puis, je me suis replongée dans le roman, car que cela soit volontaire ou non, Tama s’insinue dans notre esprit et notre cœur.

Quand l’esclavagisme se fait amoureux…

Ce roman traite de l’esclavagisme moderne certes, mais il serait vraiment dommage de le limiter à cela puisque Karine Giebel parle également de l’esclavagisme au sens large,  celui qui vous pousse à être dépendant de l’argent ou d’un statut social, celui qui vous lie à votre passé et vous englue dans un cercle vicieux de violence et de vengeance… Et puis, il y a cet « esclavagisme » amoureux au nom duquel l’intolérable devient pardonnable, où la violence se fait oublier au nom de la dépendance affective et physique, où les coups viennent sanctionner un manque de confiance en soi et en l’autre, où l’amour se noie dans un sentiment primal de possessivité…

La manière dont Karine Giebel aborde les violences conjugales m’a beaucoup touchée et m’a semblé très réaliste notamment dans les sentiments contradictoires qu’elles soulèvent chez les personnes qui en sont victimes ou témoins ! En effet, Tama a subi tellement de choses difficiles qu’on en vient à se dire que les coups que son grand amour lui porte ne sont finalement que peu de chose… Après tout, cet homme qui l’a sauvée des griffes du monstre par lequel tous ses malheurs ont commencé n’est pas méchant, il s’est juste laissé deux ou trois fois submerger par ses émotions. Il a d’ailleurs eu lui-même sa part de malheur avec une enfance chaotique auprès d’un père alcoolique et violent et d’une mère qui s’est faite la complice de ce bourreau… Et puis Izri protège Tama des autres et l’aime passionnément alors que sont quelques coups au regard du bonheur qu’il lui apporte ?

Voilà plus ou moins le raisonnement que Tama développe après qu’Izri se soit montré violent avec elle. Mais le plus révoltant, c’est que le lecteur finit par avoir exactement le même ! Et c’est là le génie ou le machiavélisme de l’auteure qui a su nous mettre à la place de toutes ces femmes qui se font battre, mais qui pensent que c’est normal ou que c’est acceptable car leur bourreau les aime. J’ai tellement détesté me dire que les coups d’Izri ne sont pas si graves, car il aime sa princesse ! J’ai détesté me faire du souci pour ce délinquant qui, bien que ce ne soit pas récurrent, a osé porter la main sur la personne qu’il dit aimer plus que tout au monde et qui a déjà tant souffert ! Espérer les voir finir ensemble et vivre heureux m’a semblé tellement déplacé au regard de leur relation… Certains pourront y voir une belle histoire d’amour alors que j’y vois l’histoire d’un mec violent qui vole le dernier espoir de liberté en même temps que l’innocence d’une jeune fille.

Peut-on, en effet, vraiment justifier qu’un jeune adulte couche avec une jeune fille de quatorze ans en profitant de la dévotion qu’elle lui porte ? Peut-on justifier qu’au nom de l’amour, on prive une adolescente de son libre arbitre et de la possibilité d’avoir des amis masculins ? Peut-on accepter qu’une supposée trahison de l’être aimé justifie la volonté de le tuer ? Pour ma part, la réponse est un non clair et définitif, la possessivité n’ayant jamais été de l’amour ! Pour autant, j’ai apprécié de constater l’évolution d’Izri bien que finalement, ce ne soit qu’en toute fin de roman, qu’il gagne éventuellement un peu de clémence de ma part. Il prend, en effet, conscience du mal qu’il a pu faire à Tama…

Et pour ceux qui me trouveraient un peu dur avec le personnage, j’aimerais ajouter qu’un coup porté à son partenaire de vie est inacceptable quelles que soient les circonstances, quel que soit son passé et quels que soient les sentiments de celui qui frappe. 

Un récit qui malgré sa dureté et sa longueur se lit incroyablement vite…

Si j’avais lu cette chronique sur un autre blog, j’aurais probablement craint qu’en raison des thématiques abordées, ce roman de plus de 700 pages se révèle difficile et très long à lire. Et sur ce point, je peux vous rassurer puisque malgré toute la violence et la haine que l’on se prend de plein fouet, les pages défilent les unes après les autres.

Plusieurs raisons expliquent ce phénomène : le style percutant de l’auteure qui sait happer l’attention de ses lecteurs sans jamais ne la laisser s’échapper, de nombreux dialogues qui apportent beaucoup de rythme au récit, une protagoniste forte et attachante que l’on ne veut pas quitter d’un œil de peur qu’il ne lui arrive des malheurs, l’alternance des points de vue diaboliquement efficace pour casser le rythme et relancer sans cesse l’intérêt des lecteurs, une tension permanente qui fait que le roman ne quitte jamais totalement votre esprit, le maelström d’émotions qui vous assaillent au fil de votre lecture et qui vous prend aux tripes au point que le devenir de Tama devienne une question qui vous hante… En bref, Karine Giebel a l’art et la manière de narrer une histoire difficile de manière efficace et addictive !

La seule chose qui m’a parfois un peu freinée dans ma lecture est cette impression de « trop » : trop de haine, trop de violence, trop de torture… Que Tama subisse tant de choses aussi dures finit par sembler impossible même si finalement, on peut se poser la question de l’existence d’un cercle destructeur au sein duquel la haine appellerait la haine… De la même manière, la rencontre entre la jeune femme et Gabriel, deux personnes torturées, l’un dans sa chair l’autre dans sa psyché, m’a paru somme toute improbable.

En conclusion, Toutes blessent la dernière tue fait partie de ces romans qui vous marquent au fer rouge, vous remuent et vous broient les tripes. C’est dur, c’est violent, mais c’est incroyablement prenant ! Il faut dire que l’auteure, en insérant quelques rayons de soleil dans la plus noire des nuits, joue allègrement avec nos émotions. Elle nous embarque dans un ascenseur émotionnel dont il est bien difficile de sortir indemne, mais dont on tire une conclusion : l’homme n’est non pas un loup pour l’homme, mais un monstre… Karine Giebel nous offre donc ici un roman coup de poing qui, en abordant sans concession ni angélisme des sujets difficiles comme l’esclavagisme moderne, vous met K.-O. !

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Toutes blessent la dernière tue ?

 

Le chant clair des sirènes, René Pagis

Le chant clair des sirènes, René Pagis (Marivole éditions)

Je remercie les éditions Marivole de m’avoir permis de découvrir en avant-première Le chant clair des sirènes de René Pagis.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La descente aux enfers d’un innocent que tout accuse

Jacques a toujours dit qu’un jour il partirait « Tout droit devant » conscient qu’il ne le ferait jamais. Pourtant, un jour, différent des autres, incapable de supporter plus longtemps une vie conjugale impossible, il part sous la pluie en direction du sud. À bout de force, il se réfugie dans une grande maison, chez Mathilde, une dame mystérieuse qui l’envoute et le prive progressivement de toutes ses défenses… Un homme, malade, dont il a remarqué la présence est finalement étouffé dans son lit. Jacques, inconscient, se réveille dans une chambre auprès de Mathilde sans le moindre souvenir. Elle l’accuse du meurtre de son mari.
« Il a basculé dans un autre monde délicatement irréel, abandonnant toute forme de raison, aujourd’hui, il en est convaincu, il a cédé sans pouvoir résister à une tentation fatale… »
A-t-il été victime du seul pouvoir de séduction de Mathilde à la manière du chant clair des sirènes attirant les marins ou d’une substance discrètement administrée par son hôtesse ? Jacques reprend sa fuite mais tombe rapidement dans les mailles de la Justice et comme si cela ne suffisait pas, il apprend qu’il est atteint d’une maladie grave qui risque de l’emporter très vite… Laquelle de ces deux fatalités l’emportera ? Et si en attendant il réapprenait à vivre et à aimer ?

  • Editeur : Marivole (3 mai 2018)
  • Nb de pages : 262
  • Prix : 19€

L’AUTEUR

René Pagis a franchi presque tous les grades de la gendarmerie avant une seconde carrière dans la justice. Juge d’instruction, puis juge des enfants, il a ensuite exercé en tant que procureur de la République dans plusieurs départements du centre de la France. Aujourd’hui à la retraite, il se consacre pleinement à l’écriture. Après un récit autobiographique, Dans la salle des pas perdus (De Borée, 201) et un premier roman Un dernier rêve pour la nuit (éditions Bord du Lot, 2016), il propose Le Chant Clair des sirènes, son second roman.

AVIS

Argument de lecture futile ou non, je dois reconnaître que c’est la couverture associée au titre qui m’ont tout de suite donné envie de découvrir ce roman d’un auteur que je ne connaissais pas, René Pagis.

Dans Le chant clair des sirènes, l’auteur nous invite à faire la connaissance d’un homme comme il en existe tant d’autres, un homme englué dans un mariage d’habitude et de raison plus que d’amour et de tendresse. Mais un jour, c’est le déclic ! Jacques finit par quitter cette vie étriquée qui ne lui ressemble plus et prend la route sans se retourner ni avertir son entourage. Tout au plus, il prend des mesures auprès de sa banque pour mettre son épouse à l’abri du besoin et s’assurer ainsi qu’elle ne souffre pas de son départ… Cette action résume d’ailleurs assez bien la pauvreté des relations entre Jacques et sa femme puisqu’il lui semble logique de compenser son absence par de l’argent, un peu comme si sa seule fonction au sein de son couple se résumait à être le porte-monnaie et le souffre-douleur. Car, on sait peu de choses de sa femme, bien qu’en dernière partie de roman elle soit plus présente, si ce n’est qu’elle n’est pas forcément très tendre avec Jacques…

Ce départ aurait pu être le début d’une nouvelle et heureuse vie, mais il va marquer la descente aux enfers d’un homme qu’on aurait presque envie de qualifier de pauvre bougre. Sans être méchant ni particulièrement avenant, c’est le genre de personnes qui s’est toujours laissé porter par la vie et qui a sculpté ses envies au gré de ses rencontres. Est-ce ce manque de personnalité qui va pousser Mathilde, la femme tenant la maison d’hôte où Jacques va se réfugier, à assurer son ascendant sur ce dernier, tissant sa toile tout autour de lui comme le ferait une araignée ? Peu importe finalement, la conclusion restant la même : la descente aux enfers d’un homme qui, en voulant se réapproprier sa vie, risque de passer le reste de ses jours derrière les barreaux. En effet, Mathilde va l’accuser injustement d’un terrible crime… Pris dans une spirale infernale, Jacques va également devoir faire face à la maladie, comme si son corps exprimait enfin tout ce mal-être que par faiblesse et lâcheté, il n’a jamais su extérioriser.

A la lecture des déboires de ce personnage, vous vous dites peut-être qu’il est difficile de ne pas ressentir un minimum d’empathie pour celui-ci. Mais je dois reconnaître que si parfois j’ai été quelque peu révoltée par la situation dans laquelle il se trouve, j’ai eu beaucoup de mal à le prendre en pitié ; sa passivité voire une certaine forme de naïveté finissant par être exaspérantes. Sa manière de se libérer du joug d’une femme acariâtre pour se jeter dans la gueule du loup m’a ainsi franchement laissée dubitative ! J’ai eu le sentiment qu’il jouait indéfiniment le seul scénario de vie qu’il connaisse, celui de la soumission…

Fort heureusement, Jacques va avoir quelques élans de lucidité et finir par parfois questionner les motivations de ses nouveaux amis qui l’aident à faire face à ses ennuis judiciaires et de santé. Il ne pousse pas forcément sa réflexion jusqu’au bout, mais c’est un point qui paradoxalement rend la lecture du roman assez captivante. En effet, comme Jacques ne le fait pas, j’ai eu tendance à analyser chacune des actions de son ami médecin et de son avocat imaginant plein de scenarios pour expliquer leur dévotion. J’ai adoré m’interroger, me faire des films… même si finalement, l’auteur n’exploite pas vraiment cet aspect du roman. Cela est d’ailleurs un peu frustrant, car je pense qu’il y aurait eu matière à faire des révélations croustillantes sur ce médecin qui a pris en amitié Jacques, et sur cet avocat renommé qui n’hésite pas à souffler le chaud et le froid. De la même manière, j’ai regretté que nous n’en apprenions pas plus sur la femme qui a marqué le début de la descente aux enfers de Jacques, Mathilde. Simple manipulatrice qui a saisi l’occasion de se décharger d’un poids sur un homme faible d’esprit ou femme qui, mue par la volonté de se sortir d’une situation trop dure à supporter, a fini par craquer ? Certains indices font pencher la balance d’un des deux côtés, mais j’aurais toutefois aimé que la psyché de cette femme soit peut-être un peu plus développée…

Je comprends néanmoins que l’auteur ait préféré se concentrer sur son protagoniste qu’il fait passer par tout un tas d’épreuves ! Alors que Jacques a toujours eu une vie monotone qu’il s’est contenté de traverser sans la prendre à bras-le-corps, son départ va le conduire sur un chemin broussailleux, fait de déconvenues, d’amitié, de rencontres et de douleurs… Et c’est face à l’adversité qu’il entreverra enfin la possibilité de reprendre les rênes de sa vie et de se faire maître de son destin. À cet égard, je dois dire que si la fin m’a déstabilisée par son côté abrupt, elle correspond parfaitement aux changements qui se sont progressivement opérés chez Jacques. Je l’avais d’ailleurs anticipée comme si elle était la conclusion logique à la vie d’un homme qui, dans un dernier sursaut, fait un pied de nez à la vie, à la mort et à tous ceux qui se sont arrogés le droit de décider à sa place… Car gravement malade ou accusé injustement d’un crime qu’il n’a pas commis, un homme gardera toujours un pouvoir sur sa vie, celui de se résigner ou de se battre, cette dernière option pouvant prendre une forme particulière comme vous le découvrirez.

Le roman parle d’un homme qui s’est contenté de regarder sa vie défiler, mais qui, petit à petit, va enfin apprendre à vivre, à ressentir et à tisser des relations avec d’autres personnes. Mais ce que j’ai préféré, c’est ce climat anxiogène que l’auteur a instauré autour de son protagoniste et dont la couverture capture parfaitement l’essence. On a ainsi cette sensation tenace qu’un nuage noir se tient au-dessus de la tête de Jacques ce qui crée une certaine angoisse et nous pousse à nous demander quand la foudre va finir par s’abattre sur ce dernier ? À cette tension que l’on perçoit tout au long du roman et qui va crescendo, s’ajoute une narration rythmée, presque froide, qui gagne en chaleur et en intensité à mesure que Jacques évolue et se réapproprie sa vie… Nous finissons donc par nous attacher à cet homme dont l’avenir plus qu’incertain nous inquiète autant qu’il nous pousse à tourner les pages, non sans angoisse, les unes après les autres.

J’ai, enfin, apprécié que l’auteur nous offre une petite immersion dans le monde de la justice d’autant que de par sa carrière, il en maîtrise parfaitement les rouages. Je vous rassure, il ne s’appesantit pas dessus, mais nous donne un petit aperçu de ce monde de procédures, de mots précautionneusement choisis… Écrasé sous le poids d’un univers qu’il ne connaît pas, Jacques n’aura pas d’autre choix que de s’en remettre à son avocat, mais il fera preuve d’une pugnacité et d’une combativité qu’on ne lui connaissait pas. Il est ainsi bien décidé, malgré sa santé défaillante, à rester impliqué dans son bras de fer contre la justice, un peu comme s’il mettait toutes ses dernières forces dans ce combat-là, ayant l’impression d’avoir perdu celui contre la maladie… Et c’est ce Jacques combattif qui a finalement appris à vivre, et non plus à survivre, que je garderai en tête.

En conclusion, René Pagis nous propose le récit d’un homme banal, presque transparent, qui pris dans une spirale infernale, sera obligé de faire ce qu’il s’était jusque-là refusé d’envisager : enfin vivre par et pour lui-même ! Et c’est cette seconde naissance, qui ne se fera pas sans douleur, que l’auteur va habilement mettre en scène grâce à une plume vive et efficace qui saura parfaitement retranscrire les émotions et les doutes d’un homme (re)prenant enfin les rênes de sa vie. Alors que ce soit celles d’une femme envoûtante et manipulatrice, celles d’une voiture de police ou celles d’une ambulance, Jacques devra faire face au chant des sirènes, pour le meilleur et pour le pire…

Et vous, envie de craquer pour Le chant clair des sirènes ? Retrouvez le livre sur Bouquine.org !

Le Siècle Phénix : L’Odyssée des Sœurs Fantômes, Thomas Henninot

Le Siècle Phénix, tome 1 : L'Odyssée des Soeurs Fantômes par Henninot

Je remercie Thomas Henninot de m’avoir permis de découvrir L’Odyssée des sœurs fantômes, premier tome de la trilogie Le Siècle Phénix.

QUATRIÈME DE COUVERTURE

En 2172, l’humanité se relève péniblement des cendres de la Grande Terreur, une crise mondiale survenue plusieurs décennies auparavant. À l’origine de ce bouleversement planétaire, une terrible maladie apparue à la fin du siècle précédent, « la Faucheuse ». Ce virus a provoqué des centaines de millions de morts avant d’être endigué, créant ainsi les conditions d’un déséquilibre mondial. La Faucheuse continue ses ravages en France, malgré les efforts de la famille Dernot, qui a découvert le vaccin et bâti sa fortune grâce à son combat acharné contre le fléau.

Juliette Dernot, héritière de la multinationale familiale, est une jeune prodige, promise à un brillant avenir. Ambassadrice des campagnes de vaccinations et icône de la Fondation Asclépios, elle est épaulée par Jessica, sa meilleure amie, et par Alex, son compagnon.
Mais un terrible accident de train vient bouleverser le destin prometteur de ces trois jeunes. Très vite, la violente explosion à l’origine du déraillement prouve qu’il s’agit d’un attentat dont Juliette est la cible. Qui sont les responsables ? Parviendra-t-elle à leur échapper ?

Le capitaine Verrier est dépêché sur les lieux du sinistre. Après avoir recueilli le témoignage de Jessica, blessée lors de l’attaque, il sonne l’alarme et engage les recherches pour retrouver Juliette, qui est parvenue à s’enfuir avec Alex. La course contre la montre est engagée. L’esprit affûté de Juliette et la compétence du capitaine seront-ils des atouts suffisants pour défaire leur formidable ennemi ?

Entre thriller et science-fiction, découvrez un récit haletant !

  • Broché: 475 pages
  • Editeur : Librinova (6 décembre 2017)
  • Prix : 18.90€
  • Autre format : ebook (disponible Amazon Kindle)

AVIS

L’histoire…

C’est d’abord la couverture et tout le mystère qu’elle dégage qui ont attiré mon attention.  Une fois le livre terminé, je dois d’ailleurs dire que j’ai aimé la manière dont l’auteur a su mettre en avant la relation entre deux de ses protagonistes grâce au loup et à la jeune femme présents sur la couverture. Néanmoins, reprenant les codes traditionnels de la fantasy, cette dernière pourrait induire en erreur le lecteur puisque ici, point de fantasy, mais bien un thriller teinté de science-fiction.

Thomas Henninot prend le temps de poser les bases de son histoire qui se déroule en 2172 dans un monde post-apocalyptique marqué par l’épisode de la Grande Terreur. Résultant d’une maladie, La Faucheuse, qui a fait des millions de morts, cette crise mondiale a profondément changé le paysage politique et économique français. Nous nous retrouvons donc dans une France où l’État est contraint de s’appuyer sur des personnes peu recommandables dans certaines zones du territoire, et un pays où les forces de l’ordre ont développé une éthique à géométrie variable. Quant à la population, en plus de vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, elle est soumise à des règles d’hygiène strictes…

N’ayant pas une grande appétence pour la science-fiction, j’ai apprécié que cet aspect ne soit pas au centre de l’intrigue même si j’aurais peut-être aimé que l’auteur partage avec nous une ou deux grosses avancées technologiques. Quoi qu’il en soit, les personnes qui n’aiment pas la science-fiction ou qui craignent de se perdre dans un jargon incompréhensible seront donc rassurées sur ce point. L’auteur a, en outre, veillé à rendre son  univers très accessible. Notons, en effet, un véritable effort pour ne pas assommer les lecteurs avec une avalanche de détails. C’est donc petit à petit que nous découvrons l’épisode de la Grande Terreur et comment il a profondément et durablement impacté l’humanité.

Un nombre important de personnages pour une narration dynamique…

Si le contexte dans lequel se déroule le roman est introduit progressivement, le nombre important de personnages pourra déstabiliser, du moins en début de lecture, certains lecteurs. J’ai, pour ma part, pris assez rapidement mes marques et ai apprécié de suivre alternativement chaque protagoniste d’autant qu’ils ont tous, à une exception près, une personnalité plutôt marquante. Cette multiplication des personnages apporte un dynamisme et un suspense certains au récit puisque l’on souhaite ardemment découvrir comment leurs routes vont finir par se croiser et s’entrecroiser…

Évidemment, comme dans la vraie vie, j’ai eu plus d’affinités avec certains personnages que d’autres à l’instar de Juliette, la jeune héritière de la multinationale à l’origine de la découverte et de la diffusion du vaccin contre La Faucheuse. Prise pour cible dans un attentat ferroviaire, elle arrivera à fuir ses bourreaux grâce à sa meilleure amie et fera alors preuve d’une force de caractère à toute épreuve pour survivre. Dans sa fuite, elle pourra compter sur l’aide de son compagnon américain, mais c’est bien sa débrouillardise, son courage et son intelligence qui feront toute la différence face à des ennemis déterminés et prêts à tout pour la capturer. Ce personnage m’a particulièrement marquée dans la mesure où il est rare de voir dans un roman une riche héritière qui ne soit pas superficielle et qui fait preuve d’un réel altruisme. On aurait pu s’attendre à une gamine capricieuse alors qu’on découvre une jeune femme engagée qui souhaite sincèrement aider les gens et participer au retour d’un pouvoir politique fort. Sa relation fusionnelle avec sa meilleure amie ou sœur de cœur, Jessica, contribue également à rendre le personnage sympathique. On ne peut qu’être touché par les liens forts unissant les deux jeunes femmes qui se montrent très protectrices l’une envers l’autre…

Les autres femmes du récit se révèlent tout aussi fortes et n’ont rien de donzelles qui attendent que le prince charmant vienne les sauver. Et autant vous le dire tout de suite, c’est pour moi LE gros point fort de ce roman, l’auteur ayant fait la part belle aux femmes qui ne se laissent pas conter fleurette. Mélissa, ancienne militaire, ne pourra qu’impressionner par ses prouesses notamment aux commandes d’un hélicoptère, quand La Louve suscitera autant la crainte que l’admiration. Mélissa est un personnage assez secondaire dans ce premier tome, mais un événement tragique laisse penser que son rôle devrait prendre plus de consistance dans la suite de la trilogie, ce que confirme d’ailleurs l’auteur. Quant à La Louve, elle donne un peu le sentiment d’être une cocotte-minute prête à exploser sous la pression. Instable émotionnellement et marquée par la mort récente de sa sœur qu’elle adorait, elle n’hésitera pas à faire preuve d’une extrême violence que ce soit pour se venger ou protéger la nouvelle amie qu’elle s’est faite durant son « odyssée ». La Louve est peut-être le personnage le plus complexe oscillant entre folie, violence et actes de bravoure. D’un abord difficile, on apprend petit à petit à la connaître et à comprendre son schéma de pensées assez différent d’un humain lambda. Alors même si elle peut se montrer extrêmement violente, on finit par s’attacher à cette femme dont la carapace finit par, petit à petit, se craqueler… Ce qui est certain, c’est qu’il vaut mieux être dans ses petits souliers que faire partie de ses ennemis à moins de ne pas particulièrement tenir à la vie.

Ma chronique étant déjà trop longue, je ne vais pas vous parler en détail de tous les autres personnages, mais juste vous dire que j’ai aimé que l’auteur suive le capitaine Verrier dans son enquête, destinée à retrouver Juliette, tout en prenant le soin de nous présenter sa fille, Sarah. On peut avoir tendance à oublier que derrière un uniforme ou une fonction il y a un être humain avec une famille, des amis… C’est donc intéressant de voir à quel point le travail de l’inspecteur a des conséquences directes sur la vie de ses proches à l’instar de Sarah qui vit mal le secret entourant la profession de son père ainsi que ses nombreuses absences. Celle-ci n’est pas au centre de l’intrigue, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette jeune femme curieuse et téméraire sans être casse-cou. Mais l’intérêt principal de sa présence dans l’histoire est, pour moi, d’humaniser un inspecteur qui ne se révèle pas forcément très attachant… Sarah contribuera également, même si c’est de manière indirecte et involontaire, à l’enquête.

Comme vous l’aurez certainement compris, j’ai apprécié les différents protagonistes du roman autant pour leur diversité que leur personnalité. C’est peut-être pour cette raison que j’ai été très touchée par le sort que l’auteur leur réserve puisqu’il n’hésite pas à les maltraiter physiquement et psychologiquement. Un événement dramatique m’a d’ailleurs particulièrement perturbée d’autant que je ne m’y attendais pas du tout. Alors je ne félicite pas l’auteur pour avoir fait souffrir mon pauvre cœur, mais je le remercie de m’avoir surprise à de multiples occasions.

Un thriller mené tambour battant et mis en valeur par une jolie plume…

Eh oui, rappelons que nous sommes ici dans un thriller avec la part de suspense, de rebondissements et de drames qui caractérisent le genre. Et à ce niveau, le lecteur est plutôt gâté ! L’auteur nous propose ainsi une histoire rythmée et riche en actions, surtout dans la dernière partie du roman. Le rythme va crescendo créant un certain sentiment d’anxiété devant la tournure presque chaotique que prennent les événements.  C’est donc avec soulagement que nous atteignons les dernières pages du livre qui nous laissent avec des sentiments contradictoires de tristesse et d’espoir, et avec différentes interrogations quant au devenir des personnages…

Enfin, je dois dire que j’ai été séduite par la plume de l’auteur qui fait preuve d’un talent certain dans la mise en scène de son histoire. Fluide et très imagé, ce récit de presque cinq cents pages se lit donc très rapidement d’autant que son rythme soutenu en rend la lecture assez prenante. Je regretterai néanmoins quelques maladresses dans la narration notamment dans les dialogues qui manquent, à mon sens, de naturel. Un problème que je rencontre dans de nombreux romans d’auteurs auto-édités français. On sent, en outre, une réelle volonté de bien faire et d’expliquer clairement les raisonnements des personnages. Cela donne malheureusement parfois des propos un peu redondants ou des phrases assez scolaires, un petit défaut qui ne pourra que se corriger avec le temps. Rappelons, en effet, que L’Odyssée des Sœurs Fantômes est le premier roman de Thomas Henninot qui me semble être un jeune auteur fort prometteur.

En conclusion, un monde bouleversé par une maladie n’a rien en soi d’original, mais le charme du roman opère quand même grâce à la manière dont l’auteur a su mélanger dystopie et thriller tout en nous proposant une galerie de personnages hauts en couleur et à la personnalité marquante. Alors si vous avez envie de découvrir un roman mélangeant allègrement plusieurs genres pour nous offrir une histoire unique et palpitante, L’Odyssée des Sœurs Fantômes devrait vous plaire. Pour ma part, j’attends la suite avec impatience d’autant que les différents personnages semblent tous à l’orée d’une nouvelle vie.

Page FB de l’auteur

Et vous, envie de craquer pour ce premier tome de la trilogie Le Siècle Phénix