Frères d’enchantement, Siana

Frères d'enchantement - Siana

Je remercie Siana de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, son roman Frères d’enchantement publié par Rroyzz éditions.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je m’appelle Ensio. Milicien engagé et apprécié de notre belle cité, j’affiche l’air d’un héros, mais une partie de moi se meurt. J’ai tué mon ami d’enfance, et ainsi brisé le lien télépathique qui nous unissait. Un lien interdit, car dangereux. Maintenant, un vide obscur me dévore petit à petit, insidieusement. Je dois le combler avant de devenir fou.

Je m’appelle Ljuka. Ils m’ont oublié, ils n’auraient pas dû. Je me souviens parfaitement de leurs moqueries, de l’immonde fierté qui imprègne autant leurs actes que leurs paroles. Ils ne comprennent toujours pas, ou plutôt, ils ne veulent pas comprendre. Alors je vais les y forcer et leur prouver qu’ils ne sont pas parfaits ni tout puissants.

La révélation d’un héros sur le déclin.
Le parcours d’un homme devenu extrémiste.
De fraternité à rivalité…

Rroyzz (5 février 2019) – 348 pages – Broché – 17€ – Couverture : Jérémie Guneau

AVIS

Communiquer par la pensée avec son/sa meilleur(e) ami(e) ou un proche, n’en avez-vous jamais rêvé ? Bravant tous les interdits, Ensio et Ljuka ont fait plus qu’en rêver, ils ont réussi à créer ce lien télépathique qui leur permet de rester en contact même à distance. Une bénédiction pour ces deux enfants qui partagent alors une solide amitié, mais qu’en sera-t-il, une fois adultes, quand les incompréhensions et les rancœurs les auront séparés ?

Une question à laquelle Ensio va être confronté lorsque, dans le cadre de sa fonction de Milicien, il finira par commettre l’impensable : tuer son frère d’enchantement devenu incontrôlable ! Rassurez-vous, je ne spoile rien, c’est écrit dans le résumé et cela arrive dès les premières pages. L’autrice part de ce dramatique événement pour nous offrir une narration alternée et audacieuse qui joue entre présent et passé. Nous suivons ainsi, dans le présent, un Ensio déboussolé par son geste dont il n’avait pas anticipé les répercussions sur sa santé mentale : Ljuka mort et leur lien rompu, un vide s’empare de lui et le ronge de l’intérieur. En parallèle, nous remontons le fil du temps, pour suivre Ljuka dans ses études à la Grande académie où il ne se sentira pas à sa place. Quand l’on constate la déchéance du premier dont la vie va à vau-l’eau, on suit la descente aux enfers du deuxième qui, petit à petit, tombe dans l’extrémisme… C’est à se demander qui est finalement le plus fou des deux.

La narration à deux voix est ici efficace d’autant qu’elle donne l’occasion à Siana de nous offrir deux protagonistes complexes et tout en nuances. Pas de héros ni de grand méchant ici, mais deux amis séparés par la vie, les incompréhensions, les rivalités, les rancœurs, la jalousie et les non-dits, ce qui est pour deux amis pouvant communiquer par la pensée, assez ironique. La complexité des personnages est intéressante dans la mesure où elle pousse le lecteur à développer une certaine empathie pour ces derniers même quand il n’approuve pas leurs actes ni leur personnalité. À cet égard, j’ai trouvé le personnage d’Ensio particulièrement bien construit. D’abord tête à claques, imbu de sa personne, prétentieux et vantard, il s’humanise à mesure que sa vie tombe en lambeaux et qu’il sombre dans la folie. Cela se fait progressivement ce qui rend son évolution réaliste et touchante. Alors qu’en début de roman, je n’espérais rien de ce personnage, il apporte finalement une très jolie réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids de ses erreurs et la nécessité de les réparer. Contre toute attente, il a ainsi su me toucher voire m’émouvoir, et rien que pour ça, je tire mon chapeau à l’autrice !

Le personnage de Ljuka m’a aussi surprise, son évolution suivant le schéma inverse de celui d’Ensio et suscitant en moi des sentiments ambivalents : compréhension, peine, pitié puis agacement… En début de roman, il attire la sympathie par sa gentillesse, ses fêlures, ses difficultés à rentrer dans le moule, sa lutte quotidienne pour faire accepter ses différences et sa personnalité pleine de sensibilité. Incapable de s’exercer aux enchantements sur le vivant, il va se rapprocher d’un élève Mécaniste malgré la réprobation générale ; une personne de son rang n’ayant pas à s’acoquiner avec la plèbe. Son comportement et cette amitié nouvelle vont susciter moquerie et rejet de tous, même de la part des deux personnes qui comptaient le plus pour lui, son meilleur ami et cette fille qui lui plaisait tant. Se sentant incompris, trahi et ne supportant plus cette société dans laquelle les Maîtres s’approprient tous les pouvoirs, il va, petit à petit, laisser son jugement s’obscurcir…

Si ses idées d’égalité et son envie de protéger la population de la toute-puissance des Maîtres nous semblent justes, cela tourne à l’obsession. Sous couvert de justice, Ljuka finit par nous apparaître comme un fou prêt à tout pour prouver sa supériorité et la suprématie de ses idées. Un point qui le fait finalement de plus en plus ressembler aux Maîtres qu’il méprise, mais qui eux, ne font pas couler le sang pour assurer leur pouvoir… Même si ce n’est pas développé outre mesure, le système de classe se révèle d’ailleurs intéressant. On retrouve, comme sous l’Ancien Régime, une société divisée en classes avec une classe dominante qui impose ses desiderata aux « classes inférieures ».

J’ai adoré suivre le cheminement de cette amitié hors norme qui va se déliter jusqu’à se transformer en haine. On ne peut s’empêcher de se demander comment la situation a pu prendre une telle tournure entre deux personnes qui étaient pourtant unies par un lien télépathique. À moins que ce soit justement ce lien, en leur donnant l’illusion d’une parfaite compréhension, qui ne soit responsable d’un tel manque de communication et d’un tel gâchis… Amour et haine sont donc ici inextricablement liés, l’ami devenu ennemi ne semblant jamais l’être totalement.

En plus d’une narration dynamique ponctuée de nombreux dialogues rendant la lecture très fluide, l’autrice possède une très belle plume qu’elle met au service de ses protagonistes avec beaucoup de justesse. S’adaptant à leurs états d’âme et aux différents événements, le rythme est parfois rapide, d’autres fois un peu plus lent, mais toujours parfaitement cadencé. Les amateurs de belles plumes devraient donc être ravis de s’immerger dans cet univers enchanteur qui, même en absence de longues descriptions, se révèle très immersif. J’ai, en outre, apprécié la manière dont l’autrice a su introduire très naturellement quelques touches de steampunk, mais surtout de science-fiction. Cela apporte un plus indéniable à la narration qui prend une autre tournure, peut-être un peu plus introspective, mais jamais ennuyeuse.

Quant à la fin, c’est l’une des meilleures que j’aie pu lire ! Inattendue, belle et forte à la fois, elle permet aux lecteurs de terminer le roman sur des émotions fortes et la conviction que Siana a effectué un travail de fourmi, ne laissant rien au hasard dans la construction de son roman.

En conclusion, ni roman de fantasy classique avec sa cohorte de créatures, ni roman de science-fiction pur avec ses théories parfois complexes, Frères d’enchantement mélange habilement ces deux genres, quelques touches de steampunk en plus, pour nous offrir un univers passionnant et très bien construit. À travers deux amis unis par des liens encore plus profonds que ceux du sang et séparés par une rivalité tournant à la haine, l’autrice offre une belle réflexion sur l’amitié, la rédemption, le poids du passé, mais aussi sur la société et la manière dont des idées justes, déformées par la rancœur et l’aveuglement, peuvent conduire à des actes de pure folie.

Siana

Page FB de l’autrice

Retrouvez le roman sur le site de Rroyzz éditions ou sur Amazon.

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Lily 2.0 Tome I : Équinoxe de Printemps, Émilie Colline

Je remercie les éditions Caouanne de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, le premier tome de la série Lily 2.0 d’Émilie Colline.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

LA SÉRIE

La saga Lily 2.0 « OPEN YOUR MIND » relate, en quatre tomes, les aventures de Lily Valentine Tournelle, une adolescente apparemment sans histoires, qui découvre, au fil d’une année marquée par les solstices et les équinoxes, l’incroyable potentiel psychique des êtres humains.

Clairvoyance, clairaudience, psychométrie, médiumnité…, autant d’expériences aussi inattendues que déconcertantes qui vont bousculer son quotidien et la pousser à reconsidérer sa conception jusqu’alors très rationnelle de l’univers.

LE TOME 1

Que faire quand on est soudainement confrontée à des rêves qui se suivent, des visions spontanées et de surprenantes concordances des songes avec la réalité ?
Primo : garder son calme et ne pas paniquer.
Deusio : mettre le tout par écrit afin de ne rien oublier et pouvoir analyser sereinement la situation.
Tertio : ouvrir son esprit et aligner ses énergies pour essayer de canaliser l’étourdissant éveil de ses capacités extrasensorielles.
Dans ce premier tome, Lily découvre son potentiel énergétique, les notions de chakras et de koshas et s’essaie à la méditation, aux rêves guidés et aux voyages astraux. Elle expérimente également certains aspects de la clairvoyance, de la psychométrie et de la protection psychique.

Caouanne (9 novembre 2018) – 188 pages – Broché (16€) –
Tome 1 d’une série de 4 tomes

AVIS

Lily est une collégienne de treize ans et demi ordinaire qui mène une vie des plus classiques. C’était, du moins, ce qu’elle pensait jusqu’à ce que, pour son plus grand étonnement, un nouveau monde s’ouvre à elle. Lily se découvre ainsi des capacités extrasensorielles et notamment celle de faire des rêves qui concordent étrangement avec la réalité… Elle sera fort heureusement soutenue dans la découverte de ce nouveau chemin de vie par sa mère, une acupunctrice adepte de yoga et très ouverte au monde de la spiritualité.

Comme le papa de Lily, un restaurateur d’œuvres d’art, je suis de nature très terre à terre,  et ne tends à croire que ce que la science a prouvé ou, du moins, ce qui me semble rationnel. Cela ne m’a pas empêchée de savourer ce roman qui offre une plongée captivante et immersive dans un monde qui m’est inconnu, celui de la parapsychologie, de la spiritualité, des rêves guidés et lucides (peut-être l’élément qui m’a le plus intriguée), de la psychométrie, de la sagesse indienne, de la lithothérapie, de la médiumnité, et de toutes ces capacités extrasensorielles qui ont ce quelque chose de fascinant…

Alors que je ne suis pas forcément le public cible, j’ai adoré la manière dont l’autrice évoque ces sujets. C’est fait avec enthousiasme, simplicité et sans aucun prosélytisme. Chaque lecteur est laissé libre d’interpréter l’histoire comme il le souhaite et d’en retirer les enseignements qu’il estime importants. Une manière de procéder qui m’a conquise d’autant que grâce aux explications claires, mais détaillées et précises, de la maman de Lily, j’ai appris plein de choses. Certaines m’ont paru un peu trop ésotériques pour moi, quand d’autres m’ont poussée à me poser des questions et/ou donné envie d’approfondir le sujet. Il se dégage également de ce roman, un petit côté développement personnel qui n’est pas pour me déplaire. Je vous rassure, rien de dogmatique, juste l’histoire d’une jeune fille qui, avec l’aide de sa mère, apprend à mieux se connaître, à développer et s’approprier ses propres capacités et dons.

La relation mère-fille est d’ailleurs l’une des pierres angulaires de ce roman. On ressent à la perfection la complicité qui unit Lily à ses parents, et plus particulièrement à sa mère, une femme très ouverte d’esprit et très calée sur la spiritualité et le potentiel psychique des individus. Sa mère sera un véritable guide pour Lily la rassurant et l’invitant avec tact et douceur à explorer ses propres capacités et à accueillir sans crainte, mais avec une certaine précaution, ses rêves qui semblent faire écho à des événements et à des personnes qui ont réellement existé.

Soutenue par sa mère, Lily va donc faire ses premiers pas dans ce monde qui lui était inconnu et dont elle partage les découvertes dans un carnet. Et c’est là le gros point fort du livre, son format atypique oscillant entre roman, journal intime et bullet journal. Loin d’être linéaire, le livre est ainsi agrémenté de dessins, de suggestions de musiques à écouter, d’indications sur l’humeur du jour, d’une recette de cookies, d’un DIY, d’un plan en couleurs du quartier de Lily, de bonus tels que les expressions favorites de la mère de Lily…

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Cette mise en page ludique et pleine de peps rend la lecture agréable et facilite l’immersion dans la vie de Lily. Comme dans un journal intime, la jeune fille se confie à nous, partage ses découvertes, ses doutes notamment sur la nature de ses rêves, ses craintes, sa passion pour la nourriture, mais aussi tous les petits moments qui font le quotidien d’une adolescente : les cours et les devoirs, les copines, les relations garçons-filles, les sorties entre amis, les disputes et les réconciliations… Les jeunes lecteurs devraient donc facilement s’identifier à Lily, et suivre avec intérêt, si ce n’est avec passion, son incursion dans le monde spirituel et parapsychologique.

Lily est une jeune fille attachante qui, en plus de conquérir le cœur des plus jeunes, devrait ravir celui des adultes. Émilie Colline a, en effet, réussi le parfait équilibre entre une héroïne réaliste, Lily restant une adolescente comme les autres, et une héroïne assez mature pour plaire à un lectorat plus âgé. De la même manière, j’ai apprécié la plume dynamique de l’autrice qui, tout en restant simple et accessible, se révèle riche et variée. On sent un véritable travail de recherche pour offrir précision et justesse quant au vocable employé.

Au-delà des différents thèmes abordés, qui sont plutôt originaux pour un roman jeunesse, l’autrice nous offre également une fabuleuse et captivante histoire dans l’histoire. Nous partons ainsi, grâce aux rêves de Lily, dans le passé, sur les traces de pirates ! Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré cet aspect du roman qui n’est d’ailleurs pas dénué d’un certain suspense… C’est que comme Lily et sa mère, vous serez pressés de connaître le fin mot de cette aventure des mers !

En conclusion, Émilie Colline nous offre ici un roman jeunesse atypique autant au niveau du fond que de la forme. D’une plume vive et dynamique, elle met à la portée des lecteurs, jeunes et moins jeunes, un monde riche empli de spiritualité, de capacités extrasensorielles et de toutes ces possibilités que l’être humain n’a pas encore fini d’explorer. En choisissant de narrer les aventures de Lily, une adolescente ordinaire aux capacités extraordinaires, sous forme de carnet/journal intime, l’autrice établit une véritable complicité entre son héroïne et les lecteurs qui n’ont alors plus qu’une envie, connaître la suite !

Découvrez le roman sur le site des éditions Caouanne.

Blues pour Irontown, John Varley

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir fait parvenir Blues pour Irontown de John Varley.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Christopher Bach était policier lors de la Grande Panne, ce jour où le Calculateur central, qui contrôle tous les systèmes de survie sur Luna, a connu une défaillance fatale. La vie de Chris a alors irrémédiablement basculé, et il essaie désormais d’être détective privé. Assisté de son chien cybernétiquement augmenté, Sherlock, il tente de résoudre les quelques missions qu’on lui confie en imitant les héros durs à cuire qui peuplent les livres et films noirs qu’il adore. Lorsqu’une femme entre dans son bureau et prétend avoir été infectée volontairement par une lèpre incurable, Chris est tout disposé à l’aider à retrouver celui qui l’a contaminée. Mais il va vite déchanter en comprenant que son enquête doit le mener là où personne n’a réellement envie d’aller de son plein gré : à Irontown…

Blues pour Irontown est un mélange détonant de roman noir et de science-fiction. Situé dans le même univers que les précédents ouvrages de l’auteur, notamment Gens de la Lune et Le Système Valentine, parus chez Denoël, il marque le retour, tant attendu, de John Varley à son meilleur.

Denoël (14 février 2019) – Collection Lunes d’encre – 272 pages – Broché (21,90€)
Ebook (15,99€) – Traducteur : Patrick Marcel –  Extrait en ligne

AVIS

Bienvenue chez Sherlock & Bach – Enquêtes privées discrètes, Sherlock étant un chien cybernétiquement augmenté, et Bach, un détective autoproclamé du nom de Christopher. Suite à la visite d’une cliente mystérieuse à laquelle on a, à son insu, inoculé une lèpre incurable, nos deux héros vont se lancer dans une enquête qui les conduira dans un endroit dont Chris garde de très très mauvais souvenirs : Irontown. Repère de tous les laissés-pour-compte, criminels, marginaux et autres joyeux lurons de la société, c’est le genre de lieu que l’on fuit comme la peste !

Le roman m’a surprise dans la mesure où je m’attendais à une enquête linéaire alors que l’auteur joue habilement entre l’enquête dans le présent et le passé de Chris. Cette incursion dans le passé de notre détective permet, en plus de découvrir ses blessures, de comprendre ce qui est arrivé durant la Grande Panne, un événement traumatisant qui pose un certain nombre de questions sur, entre autres, les dangers des intelligences artificielles et la dépendance de l’homme vis-à-vis de ces dernières… L’enquête en elle-même ne souffre d’aucun temps mort, l’auteur ne se perdant pas en palabres ni détours inutiles. Il vous réserve même un petit twist que je n’avais pas anticiper et qui permet de voir toute l’histoire sous un jour nouveau. On peut dire que John Varley a le sens du détail et de la mise en scène, et qu’il ne laisse rien au hasard, chaque élément finissant par s’emboîter et former un tableau d’ensemble inattendu.

Je ne suis pas une grande lectrice de science-fiction ayant toujours peur d’être submergée par une masse complexe d’informations. J’ai donc apprécié que l’auteur mette en place un univers simple et abordable par tous. Il prend le temps, petit à petit, de détailler les spécificités de Luna colonisée il y a longtemps après l’invasion de la Terre par des extraterrestres sans jamais se perdre dans de longues explications. Toutes les informations qu’il donne servent l’intrigue et permettent de mieux appréhender les tenants et aboutissants d’une enquête plus complexe qu’au premier abord. Il en résulte une immersion facile et totale dans ce monde où la technologie et les progrès scientifiques tiennent une place centrale. Envie de changer de sexe ou de vous inoculer une maladie soignable pour être à la mode ? Il suffit de demander et d’en avoir les moyens.

En plus d’un univers accessible même aux personnes ne lisant jamais de science-fiction, l’auteur met en place une narration alternée efficace et originale entre Chris et son chien-associé Sherlock dont on suit les pensées grâce à une traductrice. Celle-ci s’adresse d’ailleurs parfois directement aux lecteurs pour leur expliquer les difficultés de traduire certains concepts canins. Il faut dire que la fascination de Sherlock pour les odeurs ne lui facilite pas la tâche… L’auteur exploite à merveille cette double narration n’hésitant pas à changer son style en fonction du protagoniste au cœur de l’action. Alors que Chris s’exprime de manière posée, les phrases de Sherlock sont bien plus courtes et, surtout, plus « fleuries ». Je n’aime, en général, pas trop la vulgarité dans les romans, mais celle dont fait parfois preuve Sherlock ne m’a pas gênée puisqu’elle est cohérente avec son statut de chien.

Je dois d’ailleurs dire que si j’ai apprécié l’histoire, c’est avant tout l’utilisation d’un chien en tant que protagoniste qui a su me séduire ! Loin de ne faire que de la figuration, Sherlock tient un rôle de premier ordre dans le récit d’autant que cybernétiquement augmenté, il fait preuve d’une grande intelligence et de capacités qui dépassent de beaucoup celles d’un chien lambda. Conscient de son intelligence, Sherlock ne connaît pas le mot modestie et a tendance à considérer les deux pattes comme de gros benêts, mais il n’en demeure pas moins attachant et très drôle à condition d’adhérer à son humour. J’ai adoré suivre l’enquête à travers ses yeux ou plutôt grâce à son odorat puisque chien oblige, Sherlock saura utiliser brillamment son flair pour seconder Chris voire le sortir de situations délicates…

Face à un associé aussi particulier et haut en couleur, Chris m’a paru peut-être un peu fade. Même sa mère, une éleveuse de dinosaures volants, qui apparaît pourtant peu dans le roman m’a semblé plus remarquable… Bien que notre détective donne parfois un peu le sentiment de vivre dans sa propre bulle fortement inspirée des années 1930, il prend heureusement de l’épaisseur à mesure que son enquête progresse et que l’on découvre tout un pan de son passé. Un passé dont il n’a pas encore pansé toutes les blessures, mais vu les épreuves qu’il a endurées, difficile de le blâmer… Pas forte tête ni grosse gueule, l’intérêt de ce personnage réside, du moins pour moi, dans la dimension profondément humaine qu’il apporte au récit et dans la relation qu’il a su tisser avec Sherlock. Les amoureux des animaux ne devraient ainsi pas rester de marbre devant les liens forts qui unissent nos deux acolytes et la sincère affection qu’ils se portent. Vous verrez d’ailleurs que l’amour de Sherlock pour Chris qu’il place au centre de son monde est sans limite…

En conclusion, Blues pour Irontown nous offre une enquête prenante et plus complexe qu’au premier abord dans un univers de science-fiction accessible et immersif. En alternant les points de vue et en modulant avec succès sa plume en fonction de ses protagonistes, l’auteur met en scène un duo touchant qui devrait marquer les esprits des lecteurs. Si vous aimez les enquêtes teintées d’un humour qui a du chien ou les chiens qui ont de l’humour, vous devriez passer un bon moment de lecture.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne

 

La Geste des Braves: La Guerre des Rois, Fox Miliveles

Je remercie Fox Miliveles de m’avoir fait parvenir, en service presse, son roman La Geste des Braves : La Guerre des Rois.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Après cinq ans de famine, de malheur et de guerre, le royaume d’Enselant est plongé dans le chaos. À bout de forces, son peuple se raccroche à une ancienne prophétie qui annonce la chute du roi Sicard et le retour à la lumière. Bientôt vont s’affronter les armées du souverain et celles d’un jeune chevalier qui a pris la tête de la révolte. Brave et fier, il incarne un espoir de renouveau, dont la force emporte comme une vague l’ancienne dynastie.
Mais tout juste arrivé au pouvoir, le jeune Lodève comprend que la partie n’est pas encore jouée, car à chaque nouveau pas sa couronne vacille, tandis que les envieux décomptent les jours jusqu’à sa chute. Les cinq braves qui l’entourent sauront-il l’aider à défendre son règne et à imposer sa lignée ?
Plongez dans l’ombre du pouvoir et découvrez le grand dessein qui bouleversera à jamais l’histoire des Cinq Royaumes.

Bookelis (29 juin 2018) – 286 pages – Broché (11,90€)

AVIS

Avant de commencer, je tiens à souligner la beauté de cette couverture signée Tiphs qui est encore plus belle en réalité que sur la photo ! J’ai aussi beaucoup apprécié le format du roman qui rend la prise en main du roman très agréable et confortable.

Le résumé du livre proposé par l’autrice est très fidèle à l’histoire, mais allez savoir pourquoi, j’avais imaginé un tout autre récit… Or la dernière phrase, « plongez dans l’ombre du pouvoir », est très juste, Fox Miliveles nous narrant l’arrivée au pouvoir, et surtout sa lutte pour le conserver, du jeune Lodève. Si je ne suis en général pas une grande fan des romans abordant ce thème, je n’ai ici pas vu défiler les pages. Il faut dire que l’autrice arrive à captiver son lectorat dès les premières pages avec un passage très visuel.

Le reste du roman est beaucoup plus calme au niveau de l’action pure, mais ne tombe jamais pour autant dans le rasoir, bien au contraire. Les enjeux se déplacent juste du terrain à la cour où une bataille politique âpre et pleine de tensions s’engage. Tout juste couronné, Lodève se rend très vite compte qu’il ne pourra pas se reposer sur ses lauriers pour conserver son trône et instaurer sa propre dynastie, des dissensions et autres menaces ne cessant d’émerger, et de menacer le nouvel ordre établi.

Dans son accession au pouvoir et dans sa nouvelle vie de souverain, Lodève est entouré de différents personnages, mais très vite, deux d’entre eux se distinguent vraiment pour des raisons bien différentes. Cela ne signifie pas que les autres ne servent à rien, mais plutôt que l’autrice les utilise pour insuffler une dynamique de groupe qui apporte un certain crédit et réalisme à son récit. Le fait de resserrer l’intrigue sur une poignée de personnages présente, en outre, un avantage non négligeable, faciliter la lecture. Il est ainsi aisé de se rappeler le rôle des personnages principaux et leurs traits de personnalité.

À cet égard, j’ai apprécié de découvrir des personnages souvent nuancés et plutôt complémentaires. Il y a ainsi les alliés de circonstance qui ne semblent pas toujours si amicaux que cela, un roi pris dans les arcanes du pouvoir et qui en vient à prendre des décisions d’une terrifiante froideur sans pour autant être un monstre, une reine qui ne se contente pas de jouer la potiche tout en reconnaissant les limites de son pouvoir et influence, l’ami-conseiller qui n’est pas aveugle face aux égarements de son souverain… Le roman étant relativement court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais suffisamment pour poser chaque personnage sur le jeu de l’échiquier politique.

Au-delà d’un personnage dont j’ai adoré l’intelligence, la sagesse et la modération, c’est le traitement des personnages féminins qui a surtout éveillé mon intérêt. Il se dégage de cet ouvrage un certain féminisme, l’autrice ayant su réserver une place de choix à certaines femmes tout en le faisant de manière très réaliste. La reine Astia n’est pas dépeinte en super-héroïne, mais comme une femme intelligente qui ne se cantonne pas au rôle symbolique que sa lignée lui octroie. Bien au contraire, elle va essayer de s’impliquer dans les affaires du pays, et ne pas hésiter à changer de stratégie en comprenant que son influence ne se joue pas forcément sur le devant de la scène. J’ai adoré l’humanisme de cette femme et sa manière de se projeter avec intelligence dans le futur pour aider ses enfants à l’affronter. Je ne sais pas si ses rêves d’égalité deviendront un jour réalité au royaume d’Enselant, mais si tel est le cas, elle aura indubitablement participé à cette évolution sociétale. Un autre protagoniste féminin tire son épingle du jeu et a été un quasi-coup de cœur pour moi, mais difficile d’en parler sans vous gâcher le plaisir de la découverte… 

Le roman, en plus d’être très prenant, sonne également très vrai : ancré dans un univers imaginaire, il est tellement réaliste que le livre aurait pu, du moins pour ce premier tome, narrer les aventures d’un réel souverain et de sa lutte pour maintenir son pouvoir et son royaume à flot. On retrouve donc des thèmes ayant marqué notre propre histoire : la condition de la femme dans la noblesse et les mariages organisés, la quête d’une descendance royale, les jeux d’alliances, la guerre et le difficile maintien de la paix, la superstition et la religion… Le fait de nous dépeindre un univers imaginaire fortement inspiré de notre histoire facilite l’immersion dans le récit, et permet à l’auteure de faire l’impasse sur une avalanche de détails superflus. Elle a donc réussi à développer une histoire immersive sans pour autant la complexifier par de longues descriptions. Ce point devrait plaire aux lecteurs aimant les récits allant droit à l’essentiel.

Le livre est mené tambour battant, chaque événement ou plutôt, chaque intrigue de cour, chaque problème, chaque question quant au devenir du royaume, s’enchaînant les uns après les autres. Ne vous attendez donc pas à des batailles épiques à chaque page ou à des aventures trépidantes, mais plutôt à découvrir les coulisses de la vie de château d’un roi luttant pour conserver le trône, de sa famille, et de ses proches… Cela aurait pu être ennuyeux ou difficile à suivre, mais grâce à la plume percutante de l’autrice, la lecture est d’une grande fluidité. Avec un vocable précis et recherché, mais jamais pédant, une plume tout en finesse, des descriptions réalistes, mais concises, et de nombreux dialogues, elle vous plonge sans réserve dans son univers médiéval traditionnel sur lequel se lève un vent de renouveau… 

Petit bonus, une carte en fin d’ouvrage !

En conclusion, Fox Miliveles vous propose ici un roman entraînant qui vous plonge dans un univers médiéval très réaliste. Aux côtés des traditionnelles scènes de combat qui sont ici parfaitement orchestrées et maîtrisées, l’autrice vous offre également une plongée palpitante et sous tension dans les arcanes du pouvoir. Entre luttes sur le terrain et luttes dans les coulisses, laissez-vous séduire par cette épopée marquant l’avènement d’une nouvelle dynastie à moins que ce ne soit celle de sa chute…

Découvrez le roman sur Bookelis ou commandez-le chez votre libraire.

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Sous les apparences, Sullian Loussouarn

Sous les apparences (Graines d'écrivains) par [Loussouarn, Sullian]

Je remercie Babelio et IS éditions de m’avoir fait parvenir, dans le cadre d’une Masse critique Babelio, Sous les apparences de Sullian Loussouarn.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jonathan, la quinzaine, fait sa rentrée à Ardenne, une petite ville dominée par quelques dynasties bourgeoises. Le garçon, du genre surdoué, le nez toujours plongé dans ses livres, n’a pas le caractère frivole des adolescents de son âge et a toujours été moqué et rejeté. C’est pourquoi ses parents aisés, vivant en Italie, lui ont accordé un éloignement et une indépendance relative puisqu’il est surveillé de près par Ella, une amie de sa mère.

Dès le premier jour, Jonathan est fasciné par la beauté de Selenna, une jeune fille aveugle de sa classe. Celle-ci est mise à l’écart par tout le lycée et même toute la ville, pour un événement datant de deux ans ayant entraîné sa cécité. Lui, va à sa rencontre, l’aide, la défend et tombe vite amoureux. La famille de Selenna est méfiante, puis cède devant la sincérité du garçon.

Au fil du trimestre, commence à se dévoiler la chape de secrets qui entoure Selenna et plombe la ville. Pire, quelqu’un cherche à la tuer. Que s’est-il donc passé deux ans auparavant ? Pourquoi toute la ville lui en veut-elle ?

Dans « Sous les apparences » du jeune et prometteur Sullian Loussouarn, plongez-vous dans une atmosphère mystérieuse et étouffante, savourez les révélations au compte-goutte distillées par l’auteur et découvrez des personnages aux personnalités sensibles et complexes.

 

IS Édition (30 novembre 2018) – 330 pages – Broché (20€) – Ebook (4.99€)

AVIS

Je dois avouer qu’en plus du résumé, c’est la très belle couverture et son jeu de miroir qui ont attiré mon attention. Malheureusement, ma lecture fut en demi-teinte : si j’ai apprécié la forme, le fond m’a laissé un sentiment bien plus mitigé… 

À la lecture du résumé, je m’étais attendue à une histoire rythmée par l’amour bien sûr, mais surtout par le suspense, le danger et la tension. Or ce ne fut point le cas, l’auteur étant tombé, du moins pour moi, dans le piège du tome d’introduction. C’est simple, il ne se passe rien ou presque !

J’ai espéré durant de nombreux chapitres que l’intrigue décolle, mais ce n’est jamais arrivé. Pendant plus de trois cents pages, on suit juste un adolescent, Jonathan, qui tombe amoureux d’une fille rejetée par ses camarades, la belle et aveugle Selenna. Le jeune homme se pose des questions autant sur la raison de la haine que la jeune femme suscite que sur ses propres sentiments à son égard. D’ailleurs, il lui faudra plus de 150 pages pour comprendre qu’il l’aime quand le lecteur le comprend dès la première rencontre ou presque…

Le récit est donc plutôt plat même si je reconnais qu’il se dégage un certain mystère autour du personnage de Selenna. On essaie donc, comme Jonathan, de cerner la personnalité de cette dernière et de démêler le vrai du faux. A-t-elle été, par le passé, aussi mauvaise que toute la ville semble le penser et qu’a-t-elle bien pu faire pour que tout le monde la haïsse autant ? Mais le suspense apporté par la jeune femme et son passé est bien trop dilué dans une avalanche d’informations peu intéressantes sur le quotidien de Jonathan et ses questionnements amoureux pour qu’il attise réellement la curiosité des lecteurs.

Selenna n’est pas un personnage assez consistant pour que l’on s’attache à elle malgré ses malheurs, mais elle a le mérite de permettre à l’auteur d’aborder des notions intéressantes comme la rédemption et la capacité de changer. Peut-on vraiment changer et surtout, ce changement peut-il suffire à faire oublier les erreurs et les méchancetés du passé ? Chacun aura, comme dans le roman, sa propre opinion sur le sujet… De la même manière, à travers l’agression de la jeune femme qui lui a coûté la vue, est évoqué un phénomène révoltant qui est malheureusement toujours d’actualité. J’aurais apprécié un peu plus de subtilité dans le traitement du sujet (je pense notamment à une phrase qui m’a paru très maladroite), mais l’auteur a le mérite d’avoir osé en parler.

Sullian Loussouarn a commencé l’écriture de son roman à l’âge de 13 ans et a été « inspiré du garçon qu’il aurait toujours voulu être, et des mystères et secrets issus de ses séries préférées ». Et cela se ressent dans le texte. L’histoire se déroule en France, mais on a clairement le sentiment d’être aux États-Unis, un peu comme si l’auteur n’avait pas réussi à choisir un lieu pour son intrigue. Ce décalage m’a parfois agacée, mais le plus gênant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur, à travers Jonathan, nous narre ses propres fantasmes : élève studieux et d’une intelligence rare (on se demande d’ailleurs pourquoi il continue ses études), doué en langue, beau gosse, mature, ayant des parents richissimes qui le laissent habiter tout seul à l’autre bout du pays malgré ses quinze ans (oui, il a vaguement une chaperonne, mais ça paraît léger comme mesure de sauvegarde)…

Ce manque de réalisme m’a empêchée de m’attacher au personnage bien que, paradoxalement, je me sois parfois retrouvée en lui : élève sérieuse adorant les livres et ne recherchant pas particulièrement le contact avec les autres pas toujours très sympathiques avec les « intellos », adolescente peu intéressée par les sujets qui passionnaient les autres personnes de mon âge… J’ai, en outre, apprécié que l’auteur fasse transparaître dans ses dialogues la personnalité de Jonathan : il s’exprime parfois de manière soutenue, du moins bien moins familièrement que ses camarades, mais ça semble totalement naturel. D’ailleurs, certaines de ses formulations auraient pu être les miennes à son âge. Cet aspect permet de renforcer le décalage que ressent Jonathan par rapport à ses camarades. Pas d’attachement donc, car ce personnage était bien trop irréel pour moi, mais une vraie empathie et un plaisir certain à le voir, petit à petit, sortir de sa coquille et se faire quelques amis.

Vous aurez compris que je n’ai pas été très emballée par l’histoire même si j’en ai apprécié la fin et la manière dont l’intrigue est relancée dans les dernières pages. En revanche, il y a un point qui m’a complètement séduite et qui m’a poussée à terminer jusqu’au bout ma lecture : la plume de l’auteur ! Je n’aime pas parler de l’âge trouvant qu’on frôle rapidement la condescendance, mais force est de constater que je suis impressionnée par la beauté et l’élégance qui se dégagent du style de l’auteur qui est pourtant très jeune. C’est très bien écrit, les tournures de phrases sont fluides et agréables à lire, le vocabulaire riche et précis ! Je n’ai pas retrouvé cette lourdeur caractéristique des personnes qui tentent en vain de coller à un style qui n’est pas le leur. Au contraire, on sent ici que Sullian Loussouarn a su développer et affûter, au fil des années, ses talents d’écrivain pour nous offrir un style tout en finesse et plein de charme !

En conclusion, avec Sous les apparences, l’auteur prend le temps de poser le décor de son intrigue, peut-être d’ailleurs un peu trop puisque se dégage une impression désagréable de faire du surplace à mesure que les pages défilent. Ce manque d’action couplé à un héros bien trop parfait pour être réaliste ne permettent pas vraiment de s’impliquer dans le récit. Ce roman possède néanmoins un atout charme de taille, la plume de l’auteur d’une élégance et d’une fluidité qui rendent les événements, à défaut d’être passionnants, très agréables à parcourir. Si le fond est à mon sens bien trop plat pour offrir un réel intérêt, c’est, au niveau de la forme, un sans-faute.

Retrouvez le roman sur le site d’IS édition.

 

Le ciel de Darjeeling, Nicole Vosseler

Je remercie les éditions l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

l’Archipel (6 février 2019) – 440 pages – Broché (23€) – Ebook (15.99€)

AVIS

La présence du mot Darjeeling dans le titre a suffi pour me donner envie de lire ce roman, on est tea-addict ou on ne l’est pas ! Mais avant de nous transporter dans la plantation de thé de Ian, l’autrice nous fait d’abord voyager : Grèce, Cornouailles et enfin, Inde. L’Inde, un pays qui stimule l’imaginaire, mais que pour ma part je ne connaissais que très peu. J’ai donc été enchantée de découvrir, aux côtés de Helena, ce pays, ses paysages, ses traditions ancestrales, son histoire, du moins, une partie de son histoire, ses cultes, son cosmopolitisme, ses couleurs chatoyantes…

Le plaisir a été décuplé par la très belle plume de l’autrice qui, dès les premières lignes, a su me charmer. Élégante et d’une grande finesse, elle fait des merveilles pour retranscrire les décors, les paysages, le temps qui passe, mais aussi les émotions des personnages, leurs états d’âme, leurs joies et leurs tourments. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce roman, ses personnages complexes que l’on a envie parfois de prendre par la main et d’autres fois, de secouer…

Les protagonistes ne sont pas nombreux, ce qui permet de se concentrer sur leur histoire bien que pendant une bonne partie du roman, nous suivons Helena, une jeune femme qui, sans héritage à la mort de son père, se retrouve acculée. En charge de son frère, elle est contrainte d’accepter une proposition qui ne lui plaît guère : épouser Ian, un homme fortuné rencontré fortuitement. En échange, il lui promet une vie à l’abri du besoin pour elle et son frère à condition qu’elle accepte de le suivre dans sa plantation de thé en Inde. Pourquoi ce bon parti désire-t-il l’épouser, elle qui n’a rien à offrir, ni statut, ni argent ? 

Ian est un homme secret qui souffle de manière fort agaçante le chaud et  le froid. Tantôt enjôleur avec des sourires à faire fondre les cœurs, tantôt froid et calculateur, difficile de comprendre ses pensées et les raisons qui le poussent régulièrement à prendre ses distances. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il cache une part d’ombre et un secret qui le hante ! Un secret que Helena aimerait percer afin de se rapprocher de cet époux qui la tient à distance suscitant chez elle attirance et répulsion, deux sentiments contradictoires qui l’épuisent et la tourmentent. Mais tous les secrets sont-ils bons à dire ?

Pour ma part, je n’ai pas succombé au personnage de Ian, n’étant pas particulièrement adepte des personnes qui attendent de leur partenaire le salut. Je n’ai, en outre, pas apprécié certains de ses agissements, et notamment un geste impulsif intolérable bien que malheureusement, courant au 19e siècle. Toutefois, en découvrant le passé de ce personnage torturé et énigmatique, on comprend certaines de ses réactions et la manière dont il en est venu à se forger cette image d’homme affable, mais dangereux autant craint que respecté. Insaisissable et changeant comme le caméléon, son surnom, l’homme intrigue…

Si la relation entre Ian et Helena est intéressante dans la manière dont elle évolue, les deux personnages apprenant peu à peu à s’apprivoiser, le tour de force de l’autrice est d’avoir su imbriquer une histoire dans l’histoire en déroulant sous les yeux des lecteurs captivés, le passé de Ian et de ses parents. Je ne développerai pas beaucoup cet aspect du roman qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai trouvé l’histoire d’amour entre ses parents très touchante. Elle comporte cette part de beauté et de cruauté qui forge dans le marbre les sentiments les plus profonds. Attendez-vous donc à être émus et remués par ce couple que la vie ne va pas épargner.

Cette histoire d’amour avec un grand A est également l’occasion, pour l’autrice, d’aborder des sujets forts et parfois difficiles comme les couples mixtes dans une Inde colonisée où les sentiments entre colonisateur et colonisés sont ambivalents et complexes, la question des différences culturelles, ethniques et religieuses, source parfois de haine et de méfiance,  la place des croyances, traditions et mythes dans cette Inde du 19e siècle… Ce sont tout autant d’aspects de ce pays que j’ai apprécié de découvrir d’autant que le sens du détail de l’autrice permet totalement de s’immerger dans cette culture si différente de la nôtre.

On comprend alors sans peine l’attachement viscéral que Ian ressent pour ce pays qui l’a vu grandir… Un attachement qui gagnera, petit à petit, Helena qui, contre toute attente, finira par s’adapter à sa nouvelle vie apprenant même à parler l’hindoustani. Il faut dire qu’en plus des somptueux paysages, de cette liberté dont elle était dépourvue en Angleterre, et de l’amitié de Mohan, fidèle ami et bien plus encore de Ian, elle sera également conquise par la plantation de thé de son mari qui produit le meilleur thé du monde. Si vous aimez le thé, vous devriez, comme moi, être ravis de la manière dont l’autrice évoque l’histoire du thé, les différents grades, sa cueillette… C’est fait avec une telle passion et justesse que vous n’aurez qu’une envie, vous préparer une bonne tasse de thé !

En conclusion, d’une plume fluide et élégante, Nicole Vosseler vous propose ici un très beau voyage qui vous conduira dans cette fascinante Inde du 19e siècle dont elle sait retranscrire toute la splendeur. À travers deux personnages que tout semble opposer, mais qui sont bien plus proches qu’ils ne le pensent, elle tisse progressivement le fil d’une relation mouvementée et intense qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Histoire d’amour, d’amitié et de haine à la fois, Le ciel de Darjeeling est un ouvrage entraînant et immersif qui saura offrir de multiples émotions aux lecteurs qui prendront le temps, comme avec un bon thé, de le déguster.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou, entre autres, sur  Chapitre.com

Throwback Thursday Livresque #112 : les couleurs – noir, blanc, gris

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine.


Cycle : les couleurs

  • Semaine 5 : Noir, blanc, gris
  • Semaine 6 : jaune, orange, rouge
  • Semaine 7 : rose, violet
  • Semaine 8 : vert, marron, ocre
  • Semaine 9 : bleu

Pour ce thème noir, blanc, gris, j’ai tout de suite eu envie de vous présenter un manga puisque la plupart du temps, ils sont dépourvus de couleurs à l’exception de la couverture et de quelques pages à l’intérieur.

Et en matière de mangas, le choix est large ayant eu le plaisir de découvrir une ribambelle d’ouvrages de qualité comme Black Butler qui est certainement ma série préférée. Et puis avec un titre pareil, je ne pouvais que la citer !

Couverture Black Butler, tome 01

Sébastian est majordome au service de Ciel Phantomhive, héritier d’une grande famille de la noblesse anglaise. En matière d’érudition, d’éducation, d’art culinaire, rien à redire, il est parfait. Mais ne vous fiez pas à sa distinction, si vous vous en prenez à son jeune maître, vous découvrirez sa vraie nature… Ciel aurait-il signé un pacte avec le Diable?!

POURQUOI CE CHOIX ?

Découverte par hasard, j’ai été séduite dès le premier tome par l’intrigue et le duo atypique qui la porte : un diable de majordome, Sébastian, et un jeune noble orphelin, Ciel. L’un a signé un pacte avec le Diable, et l’autre veille comme à la prunelle de ses yeux sur son « maître ». Il faut dire qu’à la fin de toutes les aventures qu’ils traversent ensemble, notre diable devrait enfin recevoir sa récompense…

En plus de ces deux protagonistes que j’aime beaucoup, enfin  surtout Sébastian qui est d’une classe et d’un charisme fous, d’autres personnages viennent se greffer à l’histoire pour la rendre encore plus prenante et palpitante. De tome en tome, les péripéties s’enchaînent et tendent à s’assombrir jusqu’à provoquer quelques larmes (si tu passes dans le coin Satoru, je pense que tu sauras à quoi je me réfère).

Je pourrais encore parler très longtemps de cette série dont les atouts sont nombreux, mais pour une fois, je vais être concise en vous conseillant seulement de vous jeter sur le premier tome si ce n’est pas déjà fait !

Et vous, connaissez-vous cette série ?
Qu’en pensez-vous ?