L’Immortelle 1 : La clef de cuivre, Marilyn Stellini (#PLIB2020)

L'Immortelle 1- La Clef de cuivre par [Stellini, Marilyn]

Northumberland, Angleterre

Anna, vingt et un ans, fréquente la section Lettres de l’Université de Newcastle, aime sa famille et l’équitation, et est certes solitaire et introvertie, mais pense être une jeune femme tout à fait ordinaire, menant une vie tout à fait ordinaire.
Jusqu’à ce jour où elle tente de s’interposer dans une agression. Ne pouvant deviner à quelle force ténébreuse elle a affaire, elle se retrouve en bien mauvaise posture lorsqu’un homme aussi austère que séduisant la sauve, mais la séquestre par la suite dans son manoir grandiose d’un autre temps.
Entre surnaturel et intrigues divisant des clans ancestraux, elle va découvrir que le monde n’est pas ce qu’elle croyait et qu’un grand destin l’attend.

Éditions Kadaline (18 octobre 2019) – 271 pages – Ebook (5,99€)

AVIS

Reçue en version numérique dans le cadre du PLIB 2020, cette lecture ne m’a malheureusement pas convaincue. Les amateurs de romances fantastiques pourront peut-être trouver leur bonheur dans ce livre même si j’ai tendance à croire qu’il existe des romans du genre bien plus palpitants et originaux sur le marché. J’ai, pour ma part, failli l’abandonner à plusieurs reprises ne ressentant aucun intérêt pour les événements ou les personnages. Ce qui m’a fait tenir, c’est l’idée de valider une lecture pour le challenge Book ta journée. Oui, chacun ses sources de motivation…

Nous faisons la connaissance d’Anna, une étudiante solitaire et assez introvertie, qui rêve d’aventure ! Il faut parfois faire attention à ce que l’on souhaite parce que de ce côté, elle va être servie. En tentant de sauver la vie d’un adolescent agressé par deux individus, elle se retrouvera ainsi mêlée à une guerre de clans entre Immortels. Heureusement pour elle, elle obtiendra la protection d’une puissante famille même si les débuts à leurs côtés ne seront pas de tout repos. Entre la découverte de secrets ancestraux et d’un monde dont elle n’avait pas conscience, l’exploration de ses propres capacités, et la volonté farouche de protéger sa famille et sa meilleure amie qui se comporte bizarrement, elle n’aura pas le temps de s’ennuyer d’autant que le fils de la famille l’attire comme un aimant…

Bien que l’écriture soit plaisante et fluide, j’ai regretté un manque de profondeur et d’originalité : les personnages sont caricaturaux et leur psychologie peu développée, l’intrigue est cousue de fil blanc, les atermoiements de l’héroïne lassants, les enjeux peu exploités, les longueurs nombreuses, la romance peu convaincante et trop niaise à mon goût… Je me suis donc ennuyée durant ma lecture attendant avec impatience qu’un élément vienne dynamiser le récit et lui donner un peu plus de mordant.

Cela n’est malheureusement jamais arrivé, et c’est dommage parce qu’il y avait de bonnes idées comme cette guerre des clans entre d’un côté, des Immortels défendant le droit d’avoir des serfs et de l’autre, ceux luttant pour la liberté. Une guerre fratricide qui n’est pas sans rappeler, dans une certaine mesure, la guerre de Sécession aux États-Unis. Mais l’autrice passe plus de temps à nous décrire l’attirance de son héroïne pour le beau mâle de service qu’à vraiment exploiter ce point. La suite sera peut-être un peu plus convaincante de ce côté…

La seule chose qui m’a vraiment intéressée est de découvrir les différentes capacités des Immortels puisque chacun possède et développe ses propres talents, certains étant plutôt impressionnants ! Mais je ne vous en dirai pas plus sur ce point préférant vous laisser le plaisir de la découverte. La mythologie autour de cette population qui se tient en retrait de la vie publique, sans pour autant se cacher, n’est pas non plus dénuée d’intérêt. J’ai également été surprise par quelques scènes de torture qui tranchent avec le ton un peu mièvre de la romance, une chose que j’ai appréciée et qui apporte un peu de tension.

En bref, L’immortelle est un roman qui n’a pas su me convaincre malgré la plume agréable de l’autrice et de bonnes idées comme cette guerre de clans entre Immortels aux idéaux bien différents. Liberté contre asservissement, lumière contre ténèbres…. Si certains livres young adult peuvent être lus par tous, j’aurais tendance à croire que celui-ci s’adresse principalement à un public adolescent ou à de jeunes adultes, la romance peu crédible et le manque de maturité et de consistance des personnages pouvant constituer un vrai frein pour un lectorat plus âgé.

Comme toujours, n’hésitez pas à vous faire votre propre avis d’autant que ce roman semble avoir de bonnes évaluations sur la toile. Peut-être que ce rendez-vous manqué ne le sera pas pour vous…

Merci au PLIB et aux éditions Kadaline pour cette lecture.

Le fétichiste, Michael Fenris

Marion Dell, auteure de thriller adulée, accepte de revenir sur le devant de la scène à l’occasion de la sortie de son dernier roman. Alors qu’elle revient d’une séance de dédicaces à la librairie de sa ville, elle et sa secrétaire sont attaquées en pleine nuit dans leur maison. Marion réussit miraculeusement à échapper à son agresseur. Pour l’inspecteur Jack Whitlow, tout accuse un individu que l’on surnomme le fétichiste, qui s’introduit chez ses victimes pour les droguer et se livrer à des attouchements. Personne n’a jamais pu le décrire, Marion Dell est la seule à pouvoir l’identifier. Seul problème : elle est aveugle !

Évidence Éditions (20 mars 2020) – 408 pages – Broché (18,04€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Imaginez-vous vous réveiller et découvrir que vous avez été droguée, que votre domicile a été dégradé par des dessins obscènes et que certains objets intimes ainsi que des vêtements sales vous ont été volés quand ce ne sont carrément pas vos poils pubiens qui ont été rasés et emportés. C’est ce genre de choc émotionnel auquel doivent faire face les femmes victimes du fétichiste qui prend plaisir à s’introduire chez elles avant de laisser parler sa perversion, photos à l’appui. L’homme sévit depuis maintenant quatre ans veillant à laisser passer quelques mois avant chaque forfait… Une démarche prudente qui lui réussit plutôt bien, la police préférant se concentrer sur des affaires plus urgentes. Enfin jusqu’à ce que la situation dérape durant sa dernière sortie nocturne…

Marion, sa dernière victime et autrice de thriller, est aveugle, mais l’acuité de ses autres sens lui a permis de donner quelques indices à la police, à commencer par son nom, Jackson, et sa corpulence. La traque peut alors commencer, l’inspecteur Jack Whitlow étant bien décidé à mettre la main sur cet homme avant que ses plus sombres instincts ne frappent à nouveau ! L’escalade de violence dans laquelle est tombé le fétichiste rend l’enquête particulièrement palpitante et intéressante. L’auteur a véritablement su instiller un sentiment d’urgence, les lecteurs, tout comme la police, comprenant que les crimes sexuels ne suffisent plus à cet homme perverti qui va chercher, dans d’autres actes odieux, une manière d’atteindre la jouissance et une revanche sur toutes ces « salopes qui n’ont pas su reconnaître son génie ».

À travers ce roman sont ainsi évoqués, entre autres, la condition de la femme et ce rôle d’objet sexuel ou de proie dans lequel certains hommes aiment les enfermer. Jackson souffre d’un réel manque de reconnaissance, mais au lieu de prendre les rênes de sa vie et de s’affirmer, ils préfèrent blâmer les femmes. Tellement plus facile que de faire bouger les choses et de prendre la place qu’il estime mériter… S’il m’a fortement révulsée, Jackson est un personnage intéressant de par sa construction et les mécanismes complètement dévoyés de sa pensée. Un être malsain, mais brillant, notamment dans le domaine de l’informatique, qui va mettre les nerfs de Jack Whitlow à rude épreuve.

Avec ce dernier, l’auteur nous propose un personnage intéressant loin du stéréotype de l’inspecteur désabusé et blessé par la vie qui s’enferme dans la bibine quand il n’est pas sur une scène de crime. Bien au contraire, volontaire, à l’écoute des victimes, mais aussi de son équipe, Jack est un homme équilibré avec ses forces et ses faiblesses. Avec le peu d’indices dont il dispose, il fera de son mieux pour faire avancer l’enquête et trouver un lien entre les différentes victimes, chose qui n’est pas aisée si l’on considère qu’elles ont chacune des vies et des personnalités très différentes… Alors comment le fétichiste choisit-il ses proies avant de passer à l’attaque ? Une question déterminante pour essayer d’anticiper quelle femme va faire les frais de sa perversion et de sa haine.

Entre ces deux personnages masculins à l’opposé l’un de l’autre, nous suivons la très charismatique Marion, mon personnage préféré. Il est assez rare de trouver une femme aveugle dans un roman et encore plus de trouver une femme aveugle, forte et déterminée à mettre hors d’état de nuire un homme qui a causé une énorme perte dans sa vie. Loin d’être une femme dépendante et faible, Marion possède une sacrée force de caractère et nous prouve qu’être aveugle ne signifie pas être sans défense. Sa cécité est un fait, mais elle ne la définit pas comme la jeune femme nous le prouve tout au long du roman que ce soit grâce à sa carrière d’écrivaine, sa pugnacité ou sa combativité. Elle n’en demeure pas moins humaine avec ses propres craintes et une tendance à l’isolement…

En plus de la psychologie des personnages parfaitement développée, l’auteur nous offre une enquête menée tambour battant, aucune longueur ne venant alourdir ce roman qui se lit tout seul. Happée par la tension qui s’intensifie au fil des pages, je l’ai ainsi lu en deux soirées impatiente de découvrir le dénouement d’une enquête qui ne devrait pas manquer de provoquer en vous moult émotions, du profond dégoût pour un homme abject à l’angoisse qu’il arrive à mettre ses terribles plans à exécution. Quant à la plume de l’auteur, rythmée et immersive, elle sied à merveille à l’intensité de l’histoire ! Certaines scènes se révèlent ainsi calibrées pour vous donner l’impression d’être dans un film d’horreur dans lequel la victime est traquée jusque dans les moindres recoins de sa maison. Glaçant de réalisme !

En conclusion, entre un homme dont les actes montent crescendo dans l’horreur, un inspecteur de police déterminé à l’arrêter avant qu’il ne disparaisse et une femme qui refusera ce rôle de victime sans défense qu’on veut lui imposer, l’auteur nous propose ici un thriller intense et particulièrement bien mené qui repose sur des personnages dont la psychologie a été pensée et développée avec soin, si ce n’est brio. Aucune fausse note donc pour cette histoire qui devrait vous pousser à fermer toutes vos entrées à double tour, a fortiori si vous êtes une femme.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture reçue dans le cadre du Crazy Books Day.

La tête dans les étoiles, Melissa Keil

Couverture La tête dans les étoiles

Quand Sam, le « geek », rencontre Camilla, la it girl, dans les couloirs du lycée, leur rencontre fait des étincelles.

Au lycée, Sam n’est ni cool ni populaire. Fan de jeux vidéo, spécialiste des films d’horreur, il a même le profil idéal du souffre-douleur.Pour survivre à l’enfer de l’adolescence, Sam le geek a un plan : rester invisible, bien à l’abri dans sa routine, protégé par son sens de l’humour et par ses rares amis. Mais un jour, Camilla déboule dans sa vie. Belle, solaire, elle se fiche des normes et navigue avec aisance d’un groupe à l’autre. Tout le monde l’aime. Sam l’adore. Soudain, son quotidien morne mais rassurant menace de voler en éclats. Jusqu’à quel point son existence sera-t-elle chamboulée ?

Pocket Jeunesse (18 avril 2019) – 312 pages – Broché (15,50€) – Ebook (5,99€)
Traduction : Isabelle Vadori

AVIS

La tête dans les étoiles est une jolie lecture qui m’a permis de passer un agréable moment de divertissement auprès d’un personnage masculin qui n’a rien du beau gosse de service torturé que l’on voit un peu trop souvent à mon goût dans les livres Young Adult. Plutôt geek, Sam est un passionné de cinéma, de films et de jeux vidéo et, accessoirement, le souffre-douleur du caïd du lycée. Mélange de bêtise crasse et de beau gosse décérébré, Justin Zigoni finit par faire pitié tellement son existence semble se résumer à pourrir celle des autres.

Mais fort heureusement, Sam n’est pas seul pour affronter la dure vie de lycéen. Il peut compter sur le soutien et la présence indéfectible de ses trois amis, Allison, Mike et Adrian. Des amis très différents de lui, mais que l’on prend plaisir à découvrir bien que j’aurais peut-être apprécié qu’ils soient un peu plus présents. La petite bande va très vite accueillir un nouveau membre, et pas des moindres : la très charismatique Camilla. Nouvelle élève, celle-ci s’adapte très vite à son environnement, mais rien d’étonnant à cela, sa vie de nomade auprès d’un père journaliste musical et bourlingueur l’y ayant préparée.

J’ai adoré la manière dont l’autrice a construit le personnage de Camilla, une jeune fille forte, mais pas parfaite. Alors qu’elle a entre les mains tous les atouts pour devenir la reine du lycée, elle préfère jouer le naturel et naviguer entre les différents groupes sans se soucier de sa côte de popularité. Un comportement qui devrait inspirer les lecteurs et leur montrer l’importance d’être soi. Fidèle et honnête à ce qu’elle est, cela ne l’empêche néanmoins pas de douter sur ce qui compte vraiment pour elle, et notamment sur sa passion que je vous laisserai le soin de découvrir.

Aux côtés de cette jeune fille dynamique, souriante et sympathique, Sam commence progressivement à s’ouvrir au monde. Une évolution assez réaliste qui apporte de la consistance à ce lycéen rêveur ayant quelque peu tendance à se réfugier dans les films et l’écriture de scénarios au lieu de vivre pleinement sa vie. Il faut dire qu’à force d’être chahuté, on peut comprendre qu’il aspire à traverser ses années de lycéen sans se faire remarquer. Mais c’était sans compter sur Camilla qui va bouleverser sa routine bien rodée…

Le jeune homme devrait plaire aux amateurs de pop culture dont il se fait un fervent admirateur et défenseur. Citations de films et de répliques, références à World of Warcraft, classements de films et de personnages selon différents critères… viennent ainsi régulièrement enrichir l’intrigue. Si certaines références m’ont plus parlé que d’autres, j’ai adoré l’entrain avec lequel Sam partage sa passion.

Chacun à leur manière, Camilla et Sam se révèlent tous les deux très attachants et touchants, ce qui nous pousse à suivre avec plaisir et intérêt l’évolution de leur relation. Entre amitié, taquineries et conversations à cœur ouvert, il se pourrait bien que Sam finisse par comprendre que la vie mérite d’être vécue et qu’il faut parfois oser affronter ses propres sentiments pour écrire un scénario digne d’un bon film !

Les personnages secondaires se révèlent également attendrissants même si je reconnais avoir eu une petite préférence pour Mike. Bien que peu bavard, notamment sur ce qui le préoccupe et qui l’a poussé à arrêter ses cours de karaté, il va tenter, à sa manière, d’ouvrir les yeux de Sam sur ses sentiments envers la tornade Camilla. J’ai, en outre, apprécié que son homosexualité soit intégrée de manière naturelle au récit.

Quant à l’écriture de l’autrice, elle est simple et plutôt efficace d’autant que le texte contient de nombreux dialogues apportant fluidité et dynamisme. Le roman se lit donc très vite.

En conclusion, La tête dans les étoiles est une jolie histoire d’amitié, d’acceptation de soi et d’amour. Vous devriez prendre plaisir à suivre la vie, les premiers émois amoureux, les espoirs, et les maladresses de personnages pour lesquels on développe un certain attachement. Rapide et mignonne à lire, voici une lecture doudou pour les adolescent(es) et les adultes en quête d’un doux et amusant moment de divertissement.

Roman remporté lors d’un concours organisé par les éditions Pocket Jeunesse et Alice du blog Alice Neverland que je remercie. 

Ocean City, tome 1 : Chaque seconde compte, R. T. Acron

Hachette Romans (5 février 2020) – 320 pages – Broché (16,90€) – Ebook (11,99€)
Traduction : Véronique Minder

AVIS

Nous voici transportés dans une ville futuriste, Ocean City, mégalopole flottante qui dérive sur les mers et les océans, une manière ingénieuse de faire face à la montée des eaux qui a rendu la vie sur les continents très difficile. Cette ville présente une autre particularité : un système économique basé entièrement sur le temps ! Plus d’argent liquide ou virtuel, mais du temps que l’on obtient en travaillant et que l’on échange contre des biens et des services. Un système qui n’a rien d’anodin puisque le temps est devenu tellement précieux qu’il est dorénavant très mal vu et très difficile de le perdre en loisirs et autres distractions futiles, ou du moins, non productives.

Malgré une injonction permanente à l’efficience et l’efficacité, trois adolescents ont néanmoins trouvé le moyen de se distraire, notamment en bidouillant quelques anciennes consoles et surtout, en développant le transpondeur. Cet appareil miracle permet de pirater la Banque centrale et de voler du temps, mais en l’utilisant, Crockie va mettre les pieds dans un engrenage infernal et entraîner Henk et Jackson dans sa chute… Les forces de l’ordre, une branche des services secrets et une autorité importante de la ville vont ainsi traquer l’adolescent avant de s’attaquer à ses deux meilleurs amis.

Crockie, que l’on apprend principalement à connaître à travers les souvenirs et les pensées de Jackson, s’impose très vite à nous comme un électron libre, brillant et haut en couleur, mais peu en phase avec une cité où seuls le temps et le respect des règles comptent et sont valorisés… J’ai eu, en revanche, beaucoup de mal avec le personnage de Henk qui se montre antipathique, égoïste, froid et manipulateur. Je n’ai d’ailleurs pas compris comment il pouvait être ami avec les deux autres lycéens. Quant à Jackson, courageux, intelligent et gentil, il se révèle attachant que ce soit en raison de sa personnalité ou de la manière dont il veille sur sa petite sœur à la veille d’une cérémonie très importante qui la met dans tous ses états.

Dépassé par les événements, Jackson va devoir pourtant puiser au fond de lui-même pour trouver le moyen d’affronter les menaces et les dangers qui se dressent devant lui et qui prennent des formes diverses et variées. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que les auteurs ne ménagent pas notre héros ni ses amis qu’ils mettent dans des situations très difficiles, parfois dignes d’un James Bond version adolescente : complot, espionnage, action, technologie, retournements de situation, trahison, suspense, mystère… Rien ne manque  !

J’ai donc lu le roman rapidement tenue en haleine par cette aura de mystère et de danger qui plane sur le récit et la ville, Ocean City cachant de bien sombres secrets sur lesquels certains veillent jalousement. Cette impression de mystère est accentuée par l’intervention d’un personnage énigmatique qui semble bénéficier d’un certain pouvoir. Reste à découvrir ses véritables desseins et son rôle au sein d’événements qui s’accélèrent jusqu’à prendre une tournure quelque peu inattendue. À cet égard, la fin devrait vous donner envie de vous jeter sur la suite dont on a un bref aperçu dans ce premier tome.

Au-delà des personnages et de l’action omniprésente, j’ai apprécié la critique sociétale sous-jacente à travers une ville qui prône le travail et le dépassement de soi pour grimper l’échelle sociale alors que la réalité est tout autre, Ocean City se révélant aussi inégalitaire que notre société. Les auteurs évoquent également l’environnement, la notion de liberté, de résistance civile et du sens de la vie. Une vie passée à travailler sans jamais pouvoir être libre, se divertir et s’évader du quotidien, est-elle vraiment une vie qui vaut la peine d’être vécue ? Une question qui nous permet de comprendre aisément la décision de certains habitants de lutter contre cette valeur temps devenue oppressante, contrôlante et liberticide. Mais cette lutte contre le temps et pour la liberté a un prix…

En conclusion, Ocean City est un roman jeunesse haletant et prenant qui nous transporte dans une ville futuriste et avant-gardiste dans laquelle le temps, à la fois monnaie et outil de contrôle, revêt une importance inédite et capitale. Décidés à leur manière de détourner le système, des adolescents, un peu trop ingénieux pour leur bien, vont apprendre à leurs dépens qu’on ne joue pas avec le temps en toute impunité ! Empli de tension, de mystère et d’action, voici un roman que je vous conseille si vous aimez les histoires dans lesquelles les apparences sont trompeuses et les révélations nombreuses.

Je remercie NetGalley et les éditions Hachette pour cette lecture.

Meurtre au manoir des fées, Delphine Biaussat

Couverture Meurtre au manoir des fées

Lors d’une nuit d’orage au manoir des fées, Charlotte d’Endora est assassinée. À trop vouloir causer du mal à tous ceux qui l’entourent, les suspects sont nombreux.
L’auteur de ce crime est-il son mari fou amoureux d’elle mais à la personnalité explosive ? Sa pire ennemie qu’elle n’avait plus vue depuis des années ? Un ex petit-ami qu’elle a autrefois manipulé ? Son ancienne souffre-douleur ? Une jeune femme qui protège ceux qu’elle aime contre vents et marées ? Une hôtesse qui tuerait ses clients jugés trop « incorrects » ? Un commissaire qui ne cache pas son mépris pour elle ? Ou alors une personne encore inconnue…
Caroline, une des résidentes du manoir, va faire une rencontre surprenante qui va chambouler aussi bien l’enquête que ses propres croyances. Le réel va se mêler à l’irréel.

Évidence Éditions (24 février 2018) – 184 pages – Broché (11,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Mes envies d’un huis clos policier prenant et  bien mené n’ont malheureusement pas été satisfaites avec ce roman dont le scénario m’a paru manqué de consistance. J’ai également regretté une certaine maladresse dans la plume de l’autrice. Bien que l’on sente qu’il y ait une réelle volonté de bien faire, le phrasé manque de liant et le style m’a paru parfois assez enfantin avec une légère tendance aux dialogues creux.

Mon amour des belles plumes n’a donc pas été satisfait ni celui des personnages bien construits. Le roman est assez court, ce qui pourrait expliquer le choix de l’autrice de rester très en surface de la psychologie de ses personnages qui manquent cruellement de relief. Pire, ils se révèlent aussi exaspérants que caricaturaux : la pimbêche qui a tout ce qu’elle veut mais qui reste méchante, la fille consciente de son physique avantageux, l’ami ancien amant, la super bonne copine trop parfaite, la copine effacée, l’inspecteur sûr de lui et goguenard… Une galerie de personnages pour laquelle je n’ai développé aucun attachement et dont les mésaventures ne m’ont guère passionnée.

Dommage parce que l’autrice avait de bonnes idées, notamment en reprenant un schéma classique de roman policier qui marche toujours et en le teintant d’une pointe de fantastique. L’aspect fantastique qui aurait pu rendre le récit un peu plus palpitant n’est toutefois pas exploité outre mesure, ce qui m’a quelque peu frustrée. Il est vrai que l’apparition d’un inattendu et énigmatique personnage apporte une pointe de frisson en début de roman et un certain mystère, mais en absence d’enjeux réels autour de ce dernier, l’effet s’estompe assez vite. Je n’ai donc ressenti aucune envie de découvrir qui avait bien pu commettre le meurtre de l’un des occupants du manoir des fées d’autant que la solution semble plutôt évidente. Je n’ai pas non plus vraiment été impressionnée par les talents d’enquêteur du commissaire Renot qui ne semble d’ailleurs pas disposé à nous éblouir de son esprit de déduction…

J’ai toutefois apprécié le lieu de l’intrigue, ce manoir dont on sent l’atmosphère si particulière tout comme une révélation que je n’avais pas anticipée, mais qui s’accorde à merveille à cette bâtisse. L’alternance des points de vue est également assez bien maîtrisée.  Mais c’est la plongée dans le passé de l’un des personnages qui m’a probablement le plus marquée. On y découvre une histoire d’amour contrariée à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment leur mot à dire quant au choix de leur futur époux…

En résumé, si la couverture et le résumé étaient prometteurs, ce roman n’a malheureusement pas tenu toutes ses promesses que ce soit en termes d’intrigue, de personnages ou de style. Les amateurs de romans policiers et ceux appréciant les récits fantastiques resteront probablement sur leur faim, mais les lecteurs souhaitant une enquête rapide à lire et facile à suivre pourraient peut-être trouver leur bonheur.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture.

 

La Dame de l’Orient-Express, Lindsay Ashford

L’incroyable histoire vraie d’Agatha Christie

Inspiré d’un épisode méconnu de la vie d’Agatha Christie, La Dame de l’Orient-Express est un roman émouvant mettant en scène l’écrivaine se liant d’amitié avec deux femmes marquées par la vie. Un roman plébiscité par le public anglo-saxon.

Octobre 1928. Son divorce lui a laissé un goût amer. Partout, Agatha Christie croit voir le fantôme d’Archie, son ex-mari. Jusque dans les couloirs de l’Orient-Express, où elle vient de prendre place sous une fausse identité. Elle se sait pourtant privilégiée. Le Meurtre de Roger Ackroyd l’a rendue célèbre. Et rien ne l’oblige à rester en Angleterre pour écrire son dixième roman.

Elle a trente-huit ans. À bord de ce train mythique qui doit la mener à Istanbul, elle fait la connaissance de deux femmes, Nancy et Katharine. Elles aussi cachent leur passé. La première fuit un mari violent. La seconde part rejoindre son futur époux sur un site de recherches archéologiques. Et c’est à Ur, en Mésopotamie, qu’un drame se noue… aux répercussions inattendues.

L’Archipel (12 mars 2020) – 396 pages – Broché ( 22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :
Philippe Vigneron

AVIS

Agatha Christie, du haut de ses 38 ans, connaît déjà le succès, mais sa vie personnelle semble bien plus chaotique. Toujours blessée par la trahison de son ex-mari qui va bientôt se remarier et désirant oublier un épisode qui n’avait pas manqué de défrayer la chronique, elle s’engage dans un long périple à destination de la Mésopotamie. Un voyage qui, en plus de lui faire découvrir moult paysages, lui permettra de faire la rencontre de deux femmes très différentes l’une de l’autre : la discrète Nancy qui désire fuir son mari et la très charismatique Katharine qui part rejoindre son futur époux sur un site archéologique. Si ces trois femmes n’ont a priori rien en commun, on comprend, de fil en aiguille, qu’elles ont toutes les trois traversées des épreuves difficiles qui ne pourront que les rapprocher et forger entre elles une solide amitié.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce livre, mais je dois dire que j’ai été enchantée par la tournure prise par les événements et la manière dont l’autrice s’inspire de la vie d’Agatha Christie pour proposer une œuvre de fiction passionnante et foisonnante. Le voyage pour la Mésopotamie n’est pas de tout repos et offre quelques rebondissements, mais il se révèle surtout l’occasion rêvée pour Lindsay Ashford d’évoquer l’amitié, l’amour, la résilience, le deuil de certaines relations, la féminité, la condition de la femme dans les années 30 sans oublier un sujet très rarement évoqué en littérature... Ce roman est donc, entre autres, une ode aux relations et à l’amitié, une amitié portée par trois femmes pour lesquelles on développe un profond attachement.

Si l’intrigue met à l’honneur Agatha Christie, ses nouvelles amies ne sont nullement oubliées. C’est d’ailleurs, à mon grand étonnement, le destin de Katharine qui m’a le plus marquée. Alors que cette femme était celle avec laquelle j’avais le moins d’affinité en début de livre, son évolution m’a fait changer d’avis à son égard. J’ai peut-être été sensible au fait que sa carapace finit par se briser pour nous permettre de découvrir la vraie Katharine : une personne intelligente, pugnace, en avance sur son temps et bien décidée à s’imposer dans le milieu de l’archéologie dominé par les hommes, mais c’est aussi une personne profondément blessée par la mort de son premier mari et un secret qui la hante…

Nancy, de par sa condition, est celle qui nous semble la plus vulnérable ce qui explique peut-être la rapidité avec laquelle Agatha va la prendre sous sa protection. Son apparente fragilité ne l’a toutefois pas empêchée de faire montre d’une certaine force de caractère, la jeune femme ayant quitté, malgré les conventions sociales et les risques, un mari volage et ombrageux afin de construire une vie qui lui convient mieux. Quant à Agatha, touchante, déterminée, courageuse, généreuse, curieuse et intelligente, c’est une femme pour laquelle on ne peut que développer de l’admiration. Tout comme ses deux amies, elle possède néanmoins ses propres démons et fêlures. On la sent ainsi encore à fleur de peau en ce qui concerne son histoire avec son ex-mari, mais on ne peut que louer son envie d’aller de l’avant quitte à s’éloigner durant quelques semaines de sa fille qu’elle aime pourtant beaucoup.

L’autrice forme le portrait nuancé de trois femmes fortes, chacune à leur manière, avec leurs faiblesses et ces zones d’ombre que l’on découvre au compte-gouttes. Un procédé qui rend d’ailleurs la lecture très addictive puisque l’on ne peut s’empêcher de tourner les pages avec curiosité et cette envie irrépressible de découvrir tous leurs secrets, et la manière dont elles vont réussir, en s’épaulant, à surmonter les blessures du passé et à affronter les épreuves à venir.

Si l’autrice accorde une large place aux personnages féminins, deux de ses protagonistes masculins ont su me séduire. L’un en raison de sa prévenance et de sa gentillesse et l’autre, grâce à la patience et à la tolérance dont il a su faire preuve malgré un caractère un peu rustre, du moins, au premier abord. Vous verrez, en effet, que les apparences sont parfois trompeuses et que la froideur peut simplement cacher une certaine maladresse et un besoin irrépressible de trouver un peu de réconfort dans la chaleur de l’autre…

L’amitié féminine prend une place considérable dans le récit, mais il également question d’amour, de l’amour passionnel, de l’amour qui élève avant de mieux détruire, mais aussi de reconstruction et de la manière dont la vie peut vous apporter une nouvelle chance à condition de savoir la saisir. Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été touchée par deux personnages qui vont, progressivement et avec beaucoup de naturel et de simplicité, nouer une belle relation faisant fi des convenances et du poids du passé.

La Dame de l’Orient-Express accorde également une jolie place à l’évasion et au dépaysement. On découvre ainsi des paysages, des mets inconnus à nos palets, d’autres cultures et d’ancestrales traditions sans oublier une plongée fascinante dans le monde de l’archéologie et des fouilles. Un point qui m’a particulièrement plu et qui apporte un certain cachet à l’intrigue ! La plume de l’autrice, vivante, fluide et pleine de sensibilité rend, quant à elle, la lecture agréable et immersive d’autant que l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues ne manquent pas de dynamiser le récit.

En conclusion, en mêlant avec brio fiction et réalité, l’autrice nous propose un roman vibrant de féminité et de sensibilité qui ne devrait pas manquer de vous toucher et de vous donner envie de découvrir la femme derrière Agatha Christie, la romancière. Ode à l’amitié, à l’amour, à la vie et aux secondes chances, La Dame de l’Orient-Express plaira autant aux amateurs de la célèbre romancière qu’aux personnes souhaitant se laisser porter par une histoire dépaysante et pleine d’émotions.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

 

Le château du temps perdu, Paul Bruard

Couverture Le château du temps perdu

Maxime, Lucien et toute leur bande de bons copains du CM2 ne se doutaient pas que leur voyage de fin d’année allait les entraîner dans de fantastiques aventures.
Un château médiéval, une chasse au trésor, jusque-là rien de plus banal ! Mais lorsque leur curiosité les conduit dans une autre dimension pour y faire la connaissance de deux enfants du treizième siècle, tout bascule.
Trouveront-ils le moyen de délivrer le château et ses habitants d’une malédiction qui les poursuit depuis neuf siècles ?

Ex Aequo éditions (7 février 2020) – 9/12 ans – 116 pages –
Papier (11€)- Ebook (3,99€)

AVIS

De la superbe couverture au résumé, tout me tentait dans ce roman jeunesse que j’ai lu d’une traite et qui m’a offert ce moment d’évasion et de distraction dont j’avais tant besoin. Maxime, Lucien et leurs amis de CM2 sont excités à l’idée de leur dernier voyage scolaire avant l’entrée en sixième, une étape tellement importante dans la vie d’un écolier. Au programme, la visite d’un château médiéval avec, en prime, une chasse au trésor ! Mais une surprise de taille va attendre les six amis : la rencontre avec deux enfants du treizième siècle qui vont leur demander de les aider à lever une terrible malédiction…

Le début d’une aventure menée tambour battant durant laquelle nos protagonistes vont devoir faire preuve de débrouillardise, d’intelligence, de réflexion, mais surtout de bravoure, les dangers étant nombreux et les défis de taille. Fort heureusement, notre groupe pourra compter sur les différentes personnalités qui le composent. Il y a ainsi le passionné d’histoire, l’amateur de gastronomie capable de détendre l’atmosphère avec son humour à toute épreuve, la très cartésienne, les aventuriers… Les enfants devraient vite s’attacher aux personnages et se retrouver, ainsi que certains de leurs camarades, dans ce sympathique et éclectique groupe. Et chose assez rare pour être noté, l’auteur a veillé à inclure des filles et des garçons dans son aventure.

Enfant, j’aurais adoré ce roman qui nous plonge avec réalisme dans un château médiéval dont on découvre, même si ce n’est que succinctement, la manière dont la vie y était organisée. Le mélange Histoire/fantastique fonctionne ici à merveille et apporte beaucoup de charme à ce roman dont on tourne les pages avec plaisir, curieux de découvrir comment les six amis vont faire face à un enchantement que personne n’a réussi, malgré les années, à lever. Je n’en dirai pas plus sur le sujet si ce n’est qu’ils ont de la ressource et que, malgré les moments de doute, les difficultés et les dangers, rien n’arrivera à ébranler la confiance qu’ils se portent mutuellement.

J’ai, en outre, fortement apprécié la relation entre les personnages, une relation faite de respect et de tolérance, les défauts des uns n’étant jamais méchamment moqués par les autres. À une époque où le harcèlement scolaire est plus que jamais d’actualité, ce genre de relations positives ne peut qu’être salué. Même la « rapporteuse » de service, qui va mettre en danger notre groupe, va réaliser que dénoncer à tour de bras ses camarades n’est peut-être pas la meilleure manière de se comporter. Une prise de conscience réaliste et très bien amenée tout comme l’est cette histoire de malédiction qui devrait attiser votre curiosité et satisfaire les amateurs de chasses au trésor, d’énigmes et de passages secrets !

Quant à la plume de l’auteur, elle m’a complètement charmée, Paul Bruard ayant trouvé un juste équilibre entre beauté du texte, accessibilité, réalisme et fluidité. En plus de descriptions courtes et percutantes, l’auteur veille à introduire, avec parcimonie et en toute intelligence, un peu de vocable moyenâgeux qu’il prend le temps d’expliquer en notes de bas de page. Cela facilite grandement l’immersion dans le récit et nous donne l’impression d’avoir fait, aux côtés de nos jeunes héros, un voyage dans le temps.

En conclusion, présent et passé se mêlent pour nous faire vivre une aventure fantastique dans laquelle des élèves de CM2 vont devoir, plus que jamais, compter sur leur amitié pour faire face à une succession de péripéties empreintes de danger et de mystère. Aventure, chasse au trésor, amitié, action et passages secrets vous attendent dans ce roman qui devrait ravir le cœur des enfants et leur prouver que l’Histoire, c’est loin d’être barbant !

Merci aux éditions Ex Æquo pour cette lecture.