Le Protectorat de l’ombrelle, tome 1 : Sans âme, Gail Carriger

https://img.livraddict.com/covers/69/69492/couv10790484.gif

Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société londonienne ? Qui sont vraiment ses ennemis, et aiment-ils la tarte à la mélasse ?

Le Livre de Poche (18 avril 2012) – 432 pages – Poche (7,90€)

AVIS

Sans âme est pour moi une rerelecture puisque j’avais lu une première fois son adaptation graphique puis le roman originel. Et je dois dire que cette troisième lecture fut tout aussi appréciée que les précédentes. C’est simple, j’aime tout dans ce premier tome qui est, pour moi, le meilleur de la série et qui présente l’avantage de se suffire à lui-même. Vous pouvez, évidemment, poursuivre l’aventure, mais si vous préférez les one shot, vous aurez tout avec Sans âme : le rire, l’émotion, l’action, le mystère, le suspense, une romance au dénouement plus que satisfaisant…

Et parmi tous les atouts de ce roman, si je devais n’en retenir qu’un, ce serait incontestablement l’humour so british, quelque chose qui fonctionne toujours très bien avec moi. Dès la scène d’ouverture, Gail Carriger annonce la couleur : Alexia Tarabotti est une forte tête qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui possède une manière bien à elle de transgresser les conventions sociales de son époque, tout en y restant étrangement attachée. Alors quand un vampire isolé l’attaque, ce que notre « vieille fille » lui reproche, ce n’est pas tant de sortir les crocs, mais de le faire avant de lui avoir été présenté ! Cette scène, qui me fait toujours beaucoup rire, est un bon exemple du genre d’humour que vous retrouverez tout au long du roman.

Un humour qui fonctionne d’autant plus qu’il brille à travers une narration à la troisième personne diablement efficace pour accentuer les particularités de notre héroïne. Alors même si je préfère en général les narrations à la première personne, là, aucun autre choix n’aurait mieux convenu que celui opéré par l’autrice. Et puis, entre les très nobles Anglais, les effrontés Américains, les impétueux Italiens et les emportés Écossais, l’autrice joue à merveille sur les stéréotypes liés aux différentes culturelles. 

Autre aspect plutôt comique, la manière dont Alexia et sa meilleure amie se moquent gentiment de leurs défauts respectifs, et la relation chien chat entre Alexia et Lord Maccon. Cet impétueux loup-garou écossais, en plus d’être à la tête de sa meute, s’occupe du BUR, un bureau enquêtant sur les affaires paranormales. Les deux ne peuvent s’empêcher de se titiller et de se chamailler, mais très vite, il semblerait que cette relation houleuse cache des sentiments bien plus chaleureux et une certaine attirance. 

Disons-le tout de suite, j’ai craqué pour ce beau loup-garou qui a tendance à jurer comme un charretier dans les moments de tension et de passion, mais qui se révèle aussi attendrissant que maladroit quand il s’agit de courtiser une jeune femme indépendante et plutôt imprévisible. Ce n’est pas très charitable de ma part, mais que j’ai ri devant ses bévues et la manière dont Alexia le fait tourner en bourrique. Lord Maccon pourra heureusement compter sur l’aide de son second bien plus patient que lui et, surtout, bien plus à l’aise avec les règles en vigueur dans la bonne société anglaise, et chez les humains en général. Je me suis beaucoup attachée à ce second qui fait de son mieux pour contenir le caractère emporté et ombrageux de son Alpha.

Un caractère qui sera néanmoins très utile à Lord Maccon dans l’affaire qui le mobilise lui et Alexia : quand des loups-garous solitaires et des vampires isolés disparaissent, des vampires apparaissent de nulle part. Or la création d’un nouveau vampire étant strictement contrôlée, cette situation inquiète autant le BUR que les ruches de vampires. Je me souvenais plutôt bien de l’enquête et du dénouement, mais cela ne m’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir à la suivre, l’autrice nous entraînant dans une histoire mêlant habilement science et monde surnaturel, un combo plutôt efficace. À cet égard, si les vampires et les loups-garous ne sont guère des créatures très dociles, je crois que je les préfère encore à l’entité développée dans ce roman par l’autrice. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que je l’ai trouvée effroyable et effrayante au possible !

Séduite par les joutes verbales entre Alexia et Lord Maccon, amusée par l’exubérance d’un vampire qui adore affubler Alexia de toutes sortes de noms, et dont la présence va mettre les nerfs de Lord Maccon à rude épreuve, et happée par l’enquête, je n’ai pas vu le temps passer, d’autant que l’action et les révélations sont au rendez-vous ! On s’amuse donc beaucoup, on tressaille devant les événements, et on se laisse emporter par cette société victorienne transposée dans un univers steampunk plein de charme, d’ombrelles et de vapeur. Un univers où les loups-garous, fantômes et vampires sont parfaitement intégrés à la société anglaise, du moins en théorie… Car le sont-ils vraiment autant que cela ? La peur de la différence s’efface-t-elle devant la connaissance de l’autre, ou certains préfèrent s’enfermer dans le cercle vicieux de la haine et de la méfiance ?

En conclusion, quand Alexia n’est pas occupée à titiller un loup-garou écossais au sang chaud, ou à scandaliser ses proches, elle se lance dans une quête de vérité qui va lui montrer que la monstruosité peut parfois prendre forme humaine… Rythmé, amusant, teinté de romance et auréolé de suspense, Sans âme est un roman savoureux que je ne peux que vous conseiller si vous aimez les univers steampunk, les fortes têtes, les relations chien chat et les enquêtes vous conduisant sur le chemin d’une terrible vérité bien dangereuse pour ceux qui souhaitent la dévoiler.

La Ville sans Vent (tome 1), Eleonore Devillepoix #PLIB2021

Couverture La Ville sans Vent, tome 1

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ca tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Hachette Romans (3 juin 2020) – 448 pages – Broché (18€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782017108443

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune et nos échanges autour d’un roman que nous avons toutes les deux apprécié. 

Une cité-État fascinante mais non dénuée de dangers… témoin de la naissance d’un duo inattendu ! 

En plus d’être absolument splendide, la couverture vous laisse déjà entrevoir l’architecture d’un univers foisonnant construit avec un soin du détail impressionnant. J’ai ainsi été subjuguée, si ce n’est émerveillée par l’imagination et la minutie de l’autrice qui nous plonge dans les rues et les décors si particuliers d’Hyperborée. Une cité-État construite à la verticale, chaque niveau témoignant du niveau de richesse de ses habitants. Si l’idée n’a rien d’original en soi, on ne peut que saluer la manière dont l’autrice se l’est appropriée et l’a développée pour nous en proposer quelque chose d’absolument fascinant et enchanteur.

Une fascination qui pousse les lecteurs à rêver de parcourir, à dos de tortue si possible, cette ville mais pas vraiment à y poser ses valises. Car si Hyperborée est indéniablement majestueuse, la ville est également le symbole d’une politique inégalitaire et profondément injuste : quand le premier niveau se débat dans la fange et est phagocyté par la pègre, le septième niveau, celui des mages, se caractérise par l’aisance et la complaisance devant l’insalubrité et la misère des moins lotis et nantis.

Une situation intolérable, bien que largement tolérée, mais qui pourrait évoluer suite à la nomination du jeune mage Lastyanax au poste de ministre du Nivellement, suite à la mort de son mentor qui occupait jusqu’alors ce poste. Néanmoins, les espoirs du jeune mage vont vite être revus à la baisse, son avis étant loin d’être entendu et écouté et ne suscitant guère l’enthousiasme de ses pairs. Mais c’est surtout une découverte surprenante qui va le déstabiliser et le pousser à mettre les pieds dans un engrenage qui risque fort bien de lui coûter plus que sa carrière. En effet, contrairement à ce qu’il pensait, son mentor n’est pas mort naturellement, mais a été assassiné. Il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une enquête afin de faire toute la lumière sur ce meurtre !

Les débuts des ennuis et de la preuve que son mentor n’était peut-être pas aussi insouciant et indolent qu’il le pensait. En parallèle, il doit assurer le tutorat de son apprentie, Arka, une jeune fille de treize ans dont l’orthographe tend quelque peu à le froisser, mais qui possède bien d’autres talents, du genre de ceux qui vous permettent de rester en vie ! Et quand on habite à Hyperborée, ce n’est clairement pas à négliger. Si j’ai été déçue, dans un premier temps, de la froideur avec laquelle Lastyanax considère son apprentie, je dois avouer que j’ai été convaincue de l’évolution de leur relation que l’autrice a su gérer d’une main de maître.

J’ai, en effet, adoré ce lien quasi fraternel, empreint de pudeur, de défiance et d’affection, qui se développe au fil des pages avec beaucoup de naturel et de réalisme. N’étant pas les personnes les plus expansives et sentimentales qui existent, les deux personnages prendront un certain temps à s’apprivoiser, mais ils finiront par se trouver plus de points communs qu’ils ne le pensaient, dont l’un que je n’avais pas anticipé… Voici donc une relation maître/apprentie qui ne manque pas de saveur et qui prouvera qu’associer un esprit vif et intelligent à la débrouillardise et à un bon instinct de survie, ce n’est jamais une mauvaise idée !

Une histoire complexe et immersive, plus sombre qu’il n’y paraît, qui suscite émotions et interrogations ! 

L’attention portée à l’univers est indéniable, et le rythme qui monte crescendo ne manquera pas de maintenir votre esprit éveillé et en ébullition. Il faut dire que l’intrigue est tout simplement foisonnante que ce soit au niveau des différents personnages que l’on rencontre, des péripéties, des scènes d’action, des secrets, des différents mystères qui apportent tension et suspense... Pour ma part, j’ai adoré les nombreuses questions qui me sont venues à l’esprit tout au long de ma lecture, notamment sur les capacités hors norme d’Arka, la personne qui semble veiller sur elle en secret et ses motivations, les jeux de pouvoir pour s’emparer d’Hyperborée (dirigée par un souverain obsédé par d’anciennes ennemies et pas vraiment conscient du véritable danger), l’identité du meurtrier du mentor de Lastyanax et celle du père d’Arka… Intuitivement, des connexions s’établissent, des hypothèses se dégagent, mais il reste tellement de zones d’ombre que l’on finit par se laisser porter par les événements, en espérant simplement que notre cœur et les personnages n’y laissent pas (trop) de plumes.

Car loin d’être une gentillette histoire, La ville sans Vent, c’est avant tout un roman dans lequel différents fils s’entremêlent pour tisser une toile complexe dont il est bien difficile d’appréhender tous les enjeux. Si vous aimez les histoires de famille compliquées, de complot, de politique, de campagne de haine pour détourner l’attention des habitants des vrais enjeux et ennemis, et vous perdre dans les faux-semblants et les secrets, vous allez adorer votre lecture. En ce qui me concerne, j’ai vécu à 100% chaque chapitre, chaque révélation, chaque doute, chaque blessure, l’autrice ayant un talent certain pour nous embarquer émotionnellement dans son récit.

Je me suis laissé parfois surprendre, j’ai souvent été bluffée par l’imaginaire de l’autrice, j’ai eu quelques bouffées d’angoisse devant des scènes où nos héros sont clairement en mauvaise position, j’ai été révoltée par certaines actions et complètement soufflée, même si dégoûtée serait plus juste, par le plan machiavélique d’un être qui se révèle fin stratège. Ses actions sont glauques à souhait, mais force est de reconnaître leur implacabilité et la manière dont elles permettent de se jouer du destin tout en se basant sur ce dernier. Il y a du génie, assurément. Dommage pour nos protagonistes qu’il soit utilisé contre eux !

Un duo parfaitement complémentaire, mais des personnages secondaires manquant de profondeur…

Mais rassurez-vous, Lastyanax et Arka ont de la ressource et nous prouveront leur complémentarité. J’ai fini par m’attacher au jeune mage qui se révèle plus nuancé qu’au premier abord, peut-être en raison du décalage entre son milieu d’origine très modeste, et celui bien plus huppé auquel il a accédé grâce à sa formation de mage et son poste de ministre. On sent qu’il veut bien faire, mais il emploie des moyens parfois contestables, et se laisse trop facilement détourner. Imparfait, mais intelligent, travailleur et doté d’une certaine fragilité, il a touché une corde sensible en moi.

Étrangement, alors que j’ai trouvé Arka très courageuse et ai adoré son impertinence et sa tendance à foncer tête baissée, je n’ai pas réussi à m’attacher à cette dernière, l’autrice ne partageant pas vraiment ses émotions. La jeune fille n’en demeure pas moins touchante dans la naïveté avec laquelle elle se lance à la recherche de son père, seul et unique vestige d’une famille idéalisée qui n’a jamais vraiment existé. Ce personnage est pour moi celui qui soulève le plus de questions que ce soit directement ou indirectement, et par conséquent, celui qui apporte le plus de tension, de mystère et de suspense à l’intrigue. On sent qu’il y tout un enjeu autour de sa personne, mais il faudra attendre la dernière partie du roman pour en saisir la teneur. Attendez-vous d’ailleurs à être surpris et à plus d’un titre ! L’autrice a frappé fort avec ce personnage qui va devoir affronter des vérités inattendues et plutôt perturbantes. Heureusement pour elle, elle a l’esprit combatif et peut compter sur ses nombreux talents.

Nous suivons plus particulièrement le mage et son apprentie forte tête et aimant à problèmes, mais le panel de personnages est assez varié. Toutefois, j’ai trouvé qu’on restait très en surface de la psychologie des personnages secondaires. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, l’univers étant d’une telle richesse et complexité qu’il contrebalance ce point, mais j’ai été frustrée par la manière dont est gâché le potentiel d’une mage, Pyrrha. Ce personnage permet à l’autrice d’aborder l’inégalité entre les sexes dans une cité où celles-ci sont cantonnées à un rôle traditionnel et subalterne. Mais là où Pyrrha aurait pu aider à faire avancer les choses, elle se contente d’être désagréable, geignarde, égoïste et versatile… Dommage donc que la cause féminine doucement ébauchée soit sacrifiée en cours d’intrigue sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. On notera également des tentatives avortées et peu convaincantes de sentiments amoureux…

En résumé, ce premier tome déploie sous nos yeux un univers incroyable, complexe et d’une grande richesse, mis en valeur par la plume immersive, fluide et rythmée d’une autrice dont je salue l’imaginaire foisonnant. On prend ainsi un plaisir certain à découvrir, au fil des pages et des rebondissements, les dessous et les dangers pernicieux qui menacent une cité peut-être pas aussi bien protégée qu’elle ne le pensait. Entre mensonges d’État, faux-semblants, manipulation, magie, malédiction, secrets de famille, amitié et enquête, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Lire l’avis des Blablas de Tachan

La librairie des rêves suspendus, Emily Blaine

Couverture La librairie des rêves suspendus

Sarah, libraire dans un petit village de Charente, peine à joindre les deux bouts. Entre la plomberie capricieuse de l’immeuble, les murs décrépis et son incapacité notoire à résister à l’envie d’acheter tous les livres d’occasion qui lui tombent sous la main, ses finances sont au plus mal. Alors, quand un ami lui propose un arrangement pour le moins surprenant mais très rémunérateur, elle hésite à peine avant d’accepter. C’est entendu : elle hébergera Maxime Maréchal, acteur aussi célèbre pour ses rôles de bad boy que pour ses incartades avec la justice, afin qu’il effectue en toute discrétion ses travaux d’intérêt général dans la librairie. Si l’acteur peut survivre à un exil en province et des missions de bricolage, elle devrait être capable d’accueillir un être vivant dans son monde d’encre et de papier… Une rencontre émouvante entre deux êtres que tout oppose mais unis par un même désir : celui de vivre leurs rêves.

Éditions Harlequin (5 juin 2019) – 324 pages – Broché (15,90€) – Poche (7,20€)

AVIS

Attirée par le résumé et la couverture, j’étais très curieuse de découvrir ce roman, et je dois dire que la lecture fut à la hauteur de mes attentes puisque je l’ai lu d’une traite, en lecture commune avec Les Blablas de Tachan que je remercie pour nos échanges.

Alternant entre leur point de vue, l’autrice nous fait découvrir deux personnages qui n’auraient pu être plus différents l’un de l’autre. Sarah, libraire timide, réservée, casanière et relativement solitaire, n’aime rien d’autre que se plonger et s’oublier dans la lecture, ce qui tombe bien puisqu’elle est libraire dans un village de Charente. À l’inverse, Maxime, star des écrans, est un feu d’artifice à lui tout seul, toujours prompt à exploser et à faire parler ses poings pour se défouler. Mais acteur reconnu ou non, il y a des limites à la tolérance de la presse et surtout de la justice. Grâce à son ami d’enfance et son avocat, il évite donc de justesse la prison après un incident de trop. Ce ne seront donc pas les murs d’une prison pour lui, mais ceux de la librairie de Sarah qu’il n’aura guère le droit de quitter, bracelet électronique oblige.

Sarah n’est guère enthousiaste à l’idée d’accueillir l’acteur dans son havre de paix, mais elle a terriblement besoin de l’argent qu’il lui verse en échange de son « hospitalité » afin de faire les travaux dont sa librairie, héritage de sa grand-mère, a grand besoin. Commence alors une cohabitation forcée entre une accro aux livres timide, calme et routinière, et un bad boy qui a tout sauf envie de revenir dans sa région d’enfance, de rester enfermé dans une librairie poussiéreuse, et encore moins de faire montre de courtoisie. N’appréciant pas les hommes colériques qui parlent avec leurs poings, j’ai eu un peu de mal au début avec ce personnage grognon et ingrat à souhait, qui n’hésite pas à se montrer impoli avec Sarah, et à envoyer balader les quelques personnes qui essaient de l’aider à ne pas se laisser engloutir par sa rage.

Heureusement, de fil en aiguille, on découvre ses failles, ses blessures et la manière dont il tend à fuir et à mettre de la distance entre lui et les autres pour ne pas être blessé. Cela n’excuse pas ses emportements ni son comportement d’enfant gâté, mais cela permet de mieux appréhender sa complexité et d’aller au-delà des apparences. Chose dont se montrera capable Sarah, fidèle à sa bienveillance et sa gentillesse naturelles. D’emblée, j’ai eu un coup de cœur pour cette libraire dans laquelle je me suis bien souvent reconnue, reconnue dans sa réserve, sa timidité, sa maladresse, ses rougissements, sa manière de fuir les choses difficiles à travers les livres, et son amour obsessionnel pour ceux-ci… J’ai trouvé cela tellement troublant que j’ai presque eu le sentiment d’avoir rencontré ma jumelle !

Touchante et souriante, notre libraire saura faire tomber les barrières de Maxime, ce qui ne se fera pas sans heurts et remises en question. Je n’entrerai pas dans les détails puisque tout l’intérêt de ce roman réside dans l’évolution de la relation entre ces deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, mais qui, étrangement, semblent se compléter et s’apaiser. J’ai ainsi adoré les voir évoluer côte à côte et suivre leurs échanges d’abord tendus et distants, puis de plus en plus intimes, personnels et chaleureux. En d’autres mots, ces colocataires improbables m’ont donné de jolis papillons dans le ventre, tout en offrant des moments non dénués de sensualité. Mais je vous rassure, si comme moi, les scènes de sexe à toutes les pages vous gênent, l’autrice reste relativement sage à ce niveau, nous en donnant juste assez pour nous émoustiller sans jamais nous saturer.

Je ne suis pas très fleur bleue, mais il y a deux ou trois scènes qui sont d’un romantisme fou, du moins pour la livraddict que je suis. Je dois d’ailleurs reconnaître que Maxime a réussi à surmonter toutes mes réserves du début pour devenir, si ce n’est le parfait petit ami, un homme auquel on a envie de donner sa chance. Si Sarah, de sa présence douce et bienveillante, saura l’apaiser et le pousser à reprendre sa vie en main sans jamais le juger, Maxime aura également un effet positif sur la jeune femme. À ses côtés, elle osera enfin prendre des risques, sortir de sa zone de confort, réfléchir à ce qu’elle veut vraiment et réaliser que si les livres sont importants, la vie mérite également d’être vécue !  Elle m’a d’ailleurs surprise à quelques reprises, en se montrant bien plus entreprenante qu’on aurait pu le penser, mais il faut reconnaître que le tatouage de Maxime a quelque chose de très hypnotique, voire érotique…

Le roman tourne beaucoup autour de la relation entre ces deux personnages, ce qui n’a pas été pour me déplaire même si j’aurais apprécié que les personnages secondaires, la plupart fort sympathiques, soient plus développés. J’ai ainsi adoré les amis de Sarah, du restaurateur qui se comporte comme un père pour elle à la truculente et exubérante Annie qui la pousse à vivre sa vie au lieu de la lire. Ils sont parfois intrusifs, surtout avec leur obsession pour sa vie amoureuse, mais je leur ai trouvé un quelque chose de très touchant et attendrissant. J’ai aussi apprécié Damien, l’ami commun qui aura permis à Sarah et à Maxence, bien qu’il m’ait à un moment un peu fait peur pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir…

Au-delà des personnages et de la romance que j’ai appréciée et qui m’a procuré de belles émotions, l‘autrice aborde sans lourdeur ni pathos des thématiques intéressantes et importantes : les familles défaillantes, les passés difficiles qui peuvent marquer les individus et les empêcher d’avancer, les peurs qui enferment, l’amitié, l’amour malgré les différences, le pardon, la culpabilité… J’ai, en outre, été surprise par deux révélations : l’une permettant d’avoir un nouvel éclairage sur l’un des personnages et de mieux comprendre certaines de ses réactions, et l’une qui m’a beaucoup touchée et peinée, alors même qu’elle concerne un personnage dont on sait fort peu de chose. L’autrice aborde avec beaucoup de justesse et de force une thématique qui peut toucher n’importe qui… et nous offre, à travers l’un de ses personnages, un très beau discours empli d’émotions.

En conclusion, Emily Blaine nous propose ici une très belle romance entre deux êtres qui n’auraient jamais dû se rencontrer et encore moins cohabiter mais qui, malgré leurs nombreuses différences, vont réaliser que les opposés s’attirent, voire qu’ils se complètent à la perfection. Entre tension, provocation et rapprochement, attendez-vous à sentir quelques papillons fourmiller au creux de votre ventre, en plus de prendre une belle bouffée de passion livresque, notre héroïne pensant et respirant livres, un peu comme vous et moi, non ?

Je remercie Netgalley et les éditions Harlequin pour la version numérique et France Loisirs pour la version papier dédicacée que j’avais eu la chance de gagner lors d’un tirage au sort.

Lire l’avis des Blablas de Tachan.

Désenchantement : La malédiction de lady Walsh (tome 1), Lynn Viehl

Brillante détective privée spécialisée dans le domaine du surnaturel, Kit ne manque pas de perspicacité. Une qualité essentielle pour pouvoir aider sa nouvelle cliente, lady Diana Walsh, qui se pense victime d’une malédiction. D’après cette dernière, la première épouse de M. Walsh lui aurait jeté un sort depuis l’au-delà. Après enquête, Kit découvre en fait un complot de grande ampleur. Mais ses investigations sont mises à mal par la présence de Lucien Dredmore, un mage aussi puissant que séduisant.

J’ai lu (29 mars 2017) – 448 pages – 7,20€
Traduction : Tiphaine Scheuer

AVIS

Si j’apprécie les univers steampunk, je n’ai pas forcément le réflexe de chercher des romans nous y plongeant, alors je n’ai pas hésité une minute en découvrant Désenchantement. Et je n’ai pas été déçue par ce roman mêlant habilement steampunk, magie, enquête et romance. Les amateurs de steampunk pourront être un peu déçus que les machines et autres caractéristiques du genre ne soient pas plus présents, mais pour ma part, j’ai apprécié que l’autrice les utilise tout en veillant à ce que son intrigue ne se repose pas seulement sur ça. Bien au contraire, les touches de steampunk s’insèrent naturellement dans le récit et sont complétées par la présence en trame de fond de la magie, dont on découvre les contours au fil de la lecture.

Et de la magie, il en est question dans la vie de Kit qui tient une agence de désenchantement, une agence dont l’objectif n’est pas de tromper des sortilèges, mais de prouver à ses clients qu’ils sont victimes d’escrocs. Et pour ce faire, elle peut compter sur son talent de détective qui lui permet toujours de trouver la faille et de comprendre les mécanismes mis en place par les charlatans pour soutirer de l’argent à des gens trop crédules. Ses compétences, si elles sont appréciées par certains, le sont encore plus par Lucien, un mage-mort qui semble s’intéresser d’un peu trop près à elle. Cela ne serait pas dérangeant en soi si Kit ne se sentait elle-même pas aussi attirée par cet agaçant énergumène qu’elle fuit comme la peste, de peur de perdre ne serait-ce qu’une once de son indépendance et de sa liberté.

Mais devant le nid de guêpes dans lequel la jeune femme s’est fourrée en acceptant d’aider une cliente à trouver la source de ses tourments, Lucien devient le dernier de ses problèmes. Il pourrait d’ailleurs se révéler utile parce que Kit va devoir faire face à une situation dans laquelle même ses talents de détective risquent de ne pas suffire ! J’ai adoré la suivre dans son enquête qui va la contraindre à remettre en question toutes ses croyances si elle veut espérer survivre et sauver ceux qu’elle aime. Mais cela ne se fera pas sans heurt et le concours d’un mage-mort qui va devoir prendre sur lui pour faire entendre raison à notre tête de mule. Lucien est un personnage fascinant qui contient sa part de mystère, et dont on découvre les failles et le passé au fur et à mesure de la lecture. Je dois d’ailleurs dire qu’au-delà de son aspect ténébreux qui lui apporte beaucoup de charme, il a su me toucher et me donner envie de le voir réussir dans sa délicate entreprise de séduction…

La relation entre nos deux personnages n’est certes pas originale, mais elle est diablement efficace et rend la lecture particulièrement addictive, Kit étant bien décidée à nier cette alchimie qui existe entre eux et qui saute pourtant aux yeux. Je ferai l’impasse sur une ou deux scènes qui m’ont mise mal à l’aise pour me concentrer sur des échanges emplis de piquant et une tension physique indéniable. Lucien sait ce qu’il veut et s’il a laissé Kit le fuir pendant quelques années, il semble maintenant bien décidé à la confronter à ses propres sentiments. Y arrivera-t-il ? Il vous faudra lire le roman pour la savoir, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré les voir s’affronter, jouer au jeu du chat et de la souris, avant de collaborer dans une enquête qui les dépasse.

J’ai d’ailleurs été très agréablement surprise par la tournure que prennent les événements, l’autrice ayant choisi une direction que je n’avais pas anticipée ! Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais la mythologie mise en place autour de forces surnaturelles puissantes et pas toujours très bienveillantes m’a fascinée. Je ne m’attendais pas à un tel degré de profondeur ni de noirceur, Kit devant affronter une force froide et implacable qui la menace non seulement elle, mais aussi Lucien, ses amies et toute sa ville.

Je saluerai également la finesse avec laquelle est géré le dénouement final. L’autrice nous offre, en effet, un retournement de situation qui, s’il se révèle un peu frustrant en ce qui concerne la vie personnelle de Kit, s’avère intéressant pour intégrer à sa vie professionnelle une personne de sa famille. Une famille dont on découvre quelques secrets en cours de lecture et qui explique les capacités hors norme de Kit, des capacités dont elle n’avait, jusqu’à présent, pas vraiment conscience… Il faut dire qu’on s’était assuré pour elle qu’elle reste éloignée de la magie et de ses multiples dangers. Et au vu des événements, ça peut se comprendre !

Sous couvert de fiction et bien que ça reste léger, on évoque également le colonialisme avec un peuple soumis aux désidératas d’une couronne britannique plus adepte de la domination que de la conciliation. Ce point se révélera important et prouvera que remplacer un tyran par un autre, ce n’est pas la plus brillante des idées. J’aurais toutefois apprécié que cet aspect soit un peu plus développé parce que j’ai parfois eu un peu de mal à comprendre le système politique mis en place. Mais je reconnais que c’est avant tout en raison de ma tendance à pinailler sur des détails, car l’autrice donne assez de détails pour s’immerger dans son univers et ne plus avoir aucune envie de le quitter…

En résumé, La malédiction de lady Walsh a été une excellente surprise ! En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à la richesse de l’univers ni à la profondeur de l’intrigue qui mêle avec brio quelques touches de steampunk, magie, enquête et romance. Impossible donc de s’ennuyer dans ce premier tome qui fait plus que poser les bases de la série, il nous offre une aventure/enquête immersive, palpitante et rythmée, de l’action, des personnages hauts en couleur et attachants, de l’humour et des interactions pleines de mordant. Addictif et passionnant !

Sur le vif, Elizabeth Acevedo

Emoni a de l’or au bout des doigts. Entre ses mains, saveurs et épices composent des plats incomparables. Mais Emoni a aussi une petite fille de 2 ans, et elle jongle entre son rôle de jeune mère, les cours au lycée et le travail le soir pour aider sa grand-mère à payer les factures.
Emoni a 17 ans, et elle ne pense pas qu’elle pourra continuer ses études, ni devenir cheffe dans un restaurant. Dans sa vie faite de responsabilités, il n’y a pas de place pour rêver. L’ouverture dans son lycée d’un nouveau cours d’arts culinaires pourrait bien lui permettre de déployer son talent et de trouver la force en elle d’accomplir son rêve…

Nathan (1 juillet 2021) – 400 pages – Broché (16,95€) – À partir de 13 ans
Traduction : Clémentine Beauvais 

AVIS

La force des liens intergénérationnels et de l’amour maternel… 

Ayant beaucoup apprécié The Poet X, je me suis plongée avec enthousiasme dans ce roman dont j’ai apprécié les thématiques et la manière dont l’autrice les aborde. Alors qu’on parle d’une adolescente de 17 ans, mère d’une petite fille de deux ans, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’assez dramatique, le rôle de maman à un âge où on n’est pas encore soi-même adulte pouvant se révéler difficile. Mais l’autrice a opté pour une histoire lumineuse et chaleureuse qui réchauffe les cœurs et donne envie de prendre la vie à bras-le-corps.

Ainsi, si jamais ne sont occultées les difficultés d’Emoni devant ses multiples responsabilités, le ton se veut résolument positif, ce qui convient à merveille au caractère de cette maman ado qui ne se retourne jamais sur le passé, mais qui regarde toujours droit devant elle. Elle le doit, du moins elle le pense, à sa petite Emma qui est son rayon de soleil et dont elle s’occupe très bien, quitte à s’épuiser pour lui assurer un bel avenir. Elle sera heureusement épaulée par sa grand-mère qui l’a élevée comme sa propre fille. Très proche de ma grand-mère, j’ai été touchée par leur relation, leur complicité et ces gestes de tendresse qui se passent bien souvent de longs discours. J’ai également adoré le subtil parallèle que l’autrice fait entre la relation entre Emoni et sa fille et entre Emoni et sa grand-mère, rappelant le rôle important de cette dernière dans la vie de l’adolescente…

Il faut dire qu’avec une mère décédée prématurément et un père engagé dans la communauté portoricaine, mais bien peu présent dans la vie des siens, Emoni a bien eu besoin du soutien de son aïeule qui a toujours fait de son mieux pour l’élever selon de belles valeurs, malgré ses faibles moyens. L’argent, ou plutôt le manque d’argent est d’ailleurs quelque chose qui prend une certaine place dans le roman, cette question menaçant l’avenir d’Emoni. Car si la jeune fille, qui fait des étincelles en cuisine et dans son cours d’arts culinaires, rêve de devenir cheffe et d’éventuellement aller à la fac, elle doit, en plus du lycée, travailler pour nourrir sa fille et aider sa grand-mère à assurer les charges du quotidien.

À cet égard, j’ai été révoltée par le papa d’Emma dont Emoni est séparée : il semble aimer sa fille et prendre plaisir à s’en occuper durant son droit de garde, mais bizarrement, c’est bien sur Emoni que repose toute la charge mentale et financière. Une situation qui reste une réalité pour bien des mères célibataires… On notera aussi la jalousie déplacée de Tyrone qui n’hésite pas à multiplier les relations, mais qui ne supporte pas qu’un garçon s’approche de la « mère de sa fille » et de sa fille. Heureusement, de fil en aiguille, Emoni saura se détacher des attentes de chacun et rappeler qu’elle n’est pas que la mère d’Emma, elle est ça et tellement plus à la fois !

Une jeune héroïne attachante et génie de la cuisine qui saura trouver du soutien dans son entourage…

Emoni est un personnage touchant pour lequel on développe d’emblée une profonde et sincère affection que ce soit pour son courage, son amour pour sa fille qu’elle élève avec une réelle maturité et bienveillance, sa force de travail ou sa détermination à toute épreuve. Si parfois elle doute, jamais elle ne se lamente, elle tente juste de concilier au mieux toutes les facettes de sa vie : le lycée, son travail dans un fast food, son rôle de soutien de famille et de mère, son rôle de petite-fille, celui de fille malgré un père qui n’a jamais vraiment assuré ce rôle, et son amour pour la cuisine. Un amour qui la porte au quotidien et qui rend sa cuisine tellement magique. Si le mot est fort, il semble pourtant caractériser tous ces souvenirs qui assaillent les personnes qui goûtent les plats d’Emoni, des petits concentrés d’émotions. 

Est-ce le talent inné et incroyable d’Emoni pour manier les épices, son âme généreuse qui la pousse à mettre un peu d’elle-même dans chacun de ses plats, ou la manière dont elle arrive à sublimer chaque recette qui rend sa cuisine si spéciale ? À moins que ce ne soit un peu de tout cela… Peu importe finalement, l’essentiel étant que cette fille est faite pour devenir cheffe, elle respire cuisine, elle pense cuisine, et nous apparaît très vite indissociable de tous ces plats qu’on découvre tout au long des pages. Ce roman est un peu une délicieuse ode à la gastronomie, et plus particulièrement à la gastronomie portoricaine et espagnole qu’Emoni arrange à sa sauce, sublimant à sa manière des recettes traditionnelles pour en faire quelque chose d’autre, une sorte de pont entre le passé et le présent, les gens et les cultures.  

Mère célibataire, mais pas mère isolée, Emoni pourra compter sur différentes personnes pour la soutenir et l’aider à construire un avenir qui lui correspond : sa meilleure amie qui lui apporte une belle bouffée d’oxygène et lui rappelle qu’elle a le droit de profiter de la vie, sa grand-mère, un professeur de cuisine qui va lui apprendre que la cuisine, c’est aussi de la technique et des règles à respecter… Et puis, n’oublions pas un nouvel élève qui va, petit à petit, faire fondre les barrières qu’Emoni a dressées entre elle et les autres, mais surtout entre elle et les garçons. Je n’en dirai pas trop pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré Malachi, un jeune homme souriant, mais qui a connu un drame, bienveillant, amusant, tendre, compréhensif et diablement lumineux. La relation qui se noue entre les deux lycéens est amenée de telle sorte qu’il est impossible de ne pas y succomber que l’on soit adolescent ou adulte. C’est vraiment le genre de modèle positif que j’aimerais trouver plus souvent dans la littérature adolescente.

Une narration fluide et rythmée pour un roman abordant sans pathos des thématiques importantes…

Je reconnais avoir préféré la narration en vers libre de The Poet X, mais on retrouve néanmoins dans ce roman tout le charme de la plume de l’autrice, avec ce côté percutant qui va droit au cœur. Il y a quelque chose qui sonne terriblement vrai dans les mots de l’autrice, au point de nous donner le sentiment non pas de lire l’histoire de personnages de fiction, mais celle de personnes de chair et de sang. Et cela change tout quant au rapport que l’on entretient avec chacun d’entre eux ! Les lecteurs apprécieront également les dialogues vifs et l’alternance de chapitres courts et rythmés qui apportent un certain dynamisme et rendent la lecture particulièrement fluide. Petit bonus, la petite illustration qui accompagne chaque en-tête de chapitre sans oublier la manière dont chaque chapitre porte un titre concis, mais porteur de sens. Un bon moyen de guider la lecture et de donner envie de se plonger dans le récit.

Le ton du roman se veut volontairement positif, mais cela n’empêche pas l’autrice d’aborder des thématiques importantes, toujours avec beaucoup de naturel : la maternité à un jeune âge et les difficultés qui y sont associées, le sens des responsabilités et du sacrifice, l’amitié, l’amour, l’homosexualité féminine, les difficultés dans les quartiers pauvres, le colonialisme et ses conséquences, le racisme, les préjugés notamment sur les origines et la couleur de peau, Emoni devant rappeler que si elle est à moitié portoricaine par son père, elle est également afro-américaine et donc noire… Si l’autrice évite les drames en nous proposant un roman alliant thématiques de fond et légèreté, il est vrai qu’on a parfois le sentiment que les difficultés sont un peu trop facilement surmontées. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, mais je pense que certains lecteurs adultes pourront regretter un petit manque de réalisme à ce niveau.

En conclusion, un peu comme Emoni et la « magie » au bout de ses doigts qui fait de chacun de ses plats une expérience multisensorielle et mémorielle unique, l’autrice confirme ici son talent pour proposer des histoires uniques vibrantes d’humanité qui résonnent en chacun d’entre nous. Porté par héroïne courageuse et travailleuse qui prouve qu’on peut être lycéenne et une super maman, Sur le vif, c’est la recette épicée et savoureuse d’un roman empli de gourmandise, d’émotions, de vie, de passion, de tendresse, et de beaux moments de complicité, d’amour et d’amitié. Des denrées précieuses et indispensables pour traverser les épreuves et avancer sans se retourner afin de faire de son rêve une réalité.

Je remercie les éditons Nathan et Babelio pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Cycle du Kimet, tome 1 : L’Ordre du Faucon, Sébastien Morgan

Couverture Cycle du Kimet, tome 1 : L'Ordre du Faucon

Un récit « Dark Fantasy » dans une Egypte fantastique

Le royaume du Kimet sombre de plus en plus dans le chaos, alors que les Hyksos se sont unifiés et fondent sur la civilisation. Adorateurs d’un Dieu jaloux et cruel, ces nomades ne reculent devant rien pour supplanter la civilisation kimetienne.

A quelques heures de Thèbes, au cœur d’une oasis luxuriante, Yvannia, Grande Prêtresse de Bastet dirige la Maison des Plaisirs. Ce temple de la prostitution sacrée, accueille les nobles, hommes ou femmes, en quête de sensations fortes.

En y assurant la sécurité, Kynya, la mercenaire nubienne, avait décidé de terminer sa vie dans la luxure et l’intrigue. Pourtant le destin en décidera autrement et la belle au corps d’ébène sera obligée de reprendre sa lame pour affronter les horreurs vomies par le désert. Va-t-elle réussir à percer les mystères de l’Ordre du Faucon, cet ordre de mage dont l’ultime message pourrait décider du destin du royaume ?

AVIS

Je remercie Lire à la folie pour cette nouvelle lecture commune et nos multiples échanges autour des personnages et de l’histoire. Des échanges qui ont rendu cette lecture encore plus passionnante.

Quand l’auteur m’a proposé ce roman, j’ai un peu hésité parce que le résumé mentionne une Maison des Plaisirs et que je craignais que le roman flirte un peu trop avec l’érotisme à mon goût. Mais au fil de ma lecture, j’ai réalisé que mes craintes étaient infondées, car mis à part deux ou trois scènes, on est plus sur des allusions et des regards que des moments érotiques purs. L’auteur offre, en outre, une véritable exaltation des sens quand d’autres se contentent d’une litanie de vulgarités. Mais cela n’a rien d’étonnant, la Maison des Plaisirs n’étant pas un lieu de débauche, mais un temple dans lequel les prostituées sont des prêtresses respectées, écoutées et admirées, dont le rôle dépasse de loin le seul assouvissement du plaisir charnel. D’ailleurs, à l’heure où le royaume du Kimet est menacé par une horde de nomades, ce sont leurs talents de guérisseuses qui sont sollicités.

Il faut dire que l’auteur nous plonge en plein conflit entre deux forces, l’une vive, dangereuse et pernicieuse, et l’autre presque endormie par des années de prospérité. Alors que jusqu’à présent les Hyksos se contentaient d’exactions limitées, les voilà réunis sous la bannière d’un même chef, un chef bien décidé à imposer la foi d’un dieu unique cruel qui veut asservir et détruire la civilisation Kimet. Bien que cette idée d’un polythéisme menacé par l’arrivée d’une religion monothéiste soit classique, puisque de toute manière issue de notre propre histoire, j’ai apprécié la manière dont l’auteur l’amène, d’autant que l’influence de notre Dieu Scorpion est bien palpable. En tant que lecteur, on ressent donc pleinement cette menace de l’obscurantisme qui plane sur le royaume du Kimet, quand sa noblesse reste sourde à la réalité préférant profiter des plaisirs de la vie.

Mais d’autres personnes, comme Souti, n’ont guère ce luxe. Dernier survivant de l’Ordre des Faucons, un ordre religieux décimé par les nomades, il est choisi pour mener à bien une mission de la plus haute importance : remettre un petit cylindre à Pharaon. Il n’en connaît pas le contenu, mais il fera tout pour être à la hauteur de la foi qu’on a placée en lui et du sacrifice des siens pour sauver le royaume du Kimet. Bien que j’ai hâte d’en apprendre plus sur ce personnage, j’ai admiré sa foi, sa ténacité et son courage devant l’adversité et les épreuves.

En parallèle de Souti, nous suivons d’autres personnages tous plus ou moins liés par les fils du destin. Parmi ceux-ci, j’ai particulièrement apprécié Kynya, une ex-mercenaire nubienne assurant la sécurité de la Maison des plaisirs dirigée par Yvannia, Grande Prêtresse de Bastet. Mais les événements vont la contraindre à reprendre la lame, ce qui ne sera pas pour lui déplaire. Car si elle répugne dorénavant à semer la mort autour d’elle, elle nourrit, en revanche, une certaine ambition et espère bien, en assurant sa mission, placer ses premiers pions sur l’échiquier du pouvoir. Ce personnage présente l’avantage de prouver qu’on peut être une femme, être forte, être courageuse, tout en étant sympathique ET ambitieuse. Kynya brise donc tous les clichés autour des femmes ambitieuses bien souvent présentées sous un jour défavorable, si ce n’est comme de véritables garces. Et rien que pour ça, je dis un grand merci à l’auteur, d’autant qu’en plus d’être forte physiquement et psychiquement, elle est également dotée d’une bonne dose de lucidité sur les limites du royaume du Kimet. Après tout, aucun pays n’est parfait…

Si Kynya est très vite devenue mon personnage préféré, j’ai aussi apprécié la Grande Prêtresse, bien que j’aie le sentiment qu’il nous faudra attendre le deuxième tome pour que son rôle prenne de l’ampleur. En effet, le roman étant relativement court, l’auteur n’a pas pu forcément creuser chaque personnage, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier leur variété, leurs forces et faiblesses, ainsi que leur construction. J’ai, en outre, été agréablement surprise par Pharaon qui s’est révélé plus profond que je ne le pensais. Loin du dirigeant faible et alangui par une vie de nanti que je pensais, on le découvre bien conscient des dangers à sa porte et de sa relative impuissance. Et je dis relative, car le souverain peut compter sur sa magie, mais aussi des soutiens qu’ils soient anciens ou nouveaux.

Tous les personnages ne sont néanmoins pas sympathiques ou des modèles de bravoure, l’un d’entre eux n’hésitant pas à trahir, trahir son peuple, trahir son père, trahir toute une civilisation. Alors qu’on aurait pu craindre le cliché du parfait méchant, celui du genre à agir sans même savoir pourquoi, notre homme sait pourquoi il agit. Pour l’avènement d’un jour nouveau où le Dieu qui l’a choisi et qu’il a choisi régnera sur le royaume du Kimet. Et ce jour-là, il est bien décidé à être à ses côtés et à s’imposer. Ce personnage, antipathique comme vous vous en doutez, m’a pourtant plu, car en plus d’être machiavélique, il m’a paru dépassé par les événements. On sent qu’il s’est lancé dans quelque chose dont il n’a pas mesuré toute l’étendue. Il y a même chez lui une certaine naïveté à croire qu’il peut jouer avec des forces surnaturelles sans finir par en payer les conséquences. D’ailleurs, est-ce lui qui joue avec des forces supérieures ou ce sont ces mêmes forces supérieures qui se jouent de lui ?

Pour le découvrir, il ne vous reste qu’à vous laisser tenter par ce premier tome qui pourra frustrer les amateurs de romans de fantasy classique, car s’il est passionnant et sans temps mort, on peut avoir le sentiment de ne pas entrer dans le fond des choses. Ainsi, j’aurais aimé en apprendre plus sur certains personnages ou sur tout ce qui touche à la magie. Mais cela ne nuit aucunement au plaisir que l’on prend à se plonger dans cet univers sombre dans lequel personne n’est à l’abri d’un véritable massacre. Attendez-vous d’ailleurs à quelques scènes dures où des membres sont tranchés et toute notion de pitié oubliée. Mais fidèle à lui-même, Sébastien Morgan ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou le gore pour le gore, chaque scène d’action étant millimétrée et pensée pour s’insérer dans une trame d’ensemble, et nous démontrer avec force la bestialité d’ennemis bien décidés à écraser ceux qui se mettent sur leur chemin. Le roman se pare également d’une bonne dose de trahison, chaque peuple, même ouvert d’esprit, pouvant contenir des brebis galeuses prêtes à céder à l’appel d’idéaux bien moins nobles que ceux défendus par leur dirigeant.

En conclusion, L’Ordre du Faucon est un premier tome qui pose les bases d’un univers de fantasy sombre dans lequel une horde de nomades cruels et sanguinaires menace la pérennité du royaume du Kimet, en plus d’imposer par la force la foi en un Dieu unique et malveillant. Entre des personnages très différents, mais complémentaires, l’action omniprésente, les complots et les trahisons, vous devriez apprécier de vous laisser porter par l’imaginaire luxuriant d’un auteur qui allie avec talent concision, précision et sens de l’immersion !

Je vous invite à découvrir l’avis de Lire à la folie.

Le chameau de la bibliothèque, Karine Guiton

Couverture Le Chameau de la bibliothèque

Monsieur Mache n’est pas un chameau comme les autres. Grand amateur de littérature, il passe son temps à emprunter des livres à la bibliothèque.
Oui, mais voilà, il ne rend jamais les ouvrages empruntés !

Le chameau est-il seulement tête ou l’air, ou cache-t-il un véritable secret ?

Didier Jeunesse (7 juillet 2021) – 96 pages – Papier (7,90€)
Illustrations : Laure Du Faÿ

AVIS

Adorant les livres, les bibliothèques et les animaux, le titre et la couverture ont tout de suite attiré mon attention.

Ce roman semble, d’une certaine manière et non sans facétie, interroger le rapport que l’on peut avoir aux livres. Êtes-vous plutôt du genre à les sacraliser et à regarder d’un très mauvais œil les personnes qui leur portent atteinte comme Floris la bibliothécaire, ou êtes-vous plutôt un Monsieur Mache en puissance qui adore lire, mais qui ne s’attache pas outre mesure à l’objet-livre, préférant se focaliser sur le contenu et toutes ces expériences et émotions que les livres offrent aux lecteurs ?

Deux visions des livres opposées qui finissent par s’affronter quand Floris, excédée par les nombreux livres que Monsieur Mache n’a pas rendus sous des prétextes tous plus farfelus les uns que les autres, finit par lui reprendre sa carte de lecteur. Un geste évidemment justifié, le comportement de Monsieur Mache méritant sanction, mais qui ne sera pas sans conséquence, que ce soit pour ce grand lecteur avide de se nourrir l’esprit, ou le club de lecture dont il fait partie, et qui a besoin de son talent d’orateur pour un concours…

Si je me sens une certaine affinité avec notre bibliothécaire girafe qui a du mal à se séparer de livres, j’ai apprécié que l’autrice rappelle que parfois, un tri s’avère indispensable, permettant ainsi de donner sa chance à d’autres ouvrages. Mais on verra qu’ici, le désherbage prend une tout autre dimension. Car en plus de faire du vide, il permettra à deux individus de satisfaire leur amour commun des livres, et de s’assurer qu’ils finissent comme ils ont « vécu » : entre les mains (mais pas que) d’un bibliovore qui en gardera et en portera le souvenir à tout jamais, et ceci grâce à une méthode quelque peu inattendue.

Plein d’humour, ce roman est porté par une galerie de personnages variés, hauts en couleur, et dont les échanges mouvementés ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Si comme moi, vous aimez les romans où les personnages sont des animaux aux caractéristiques propres, mais également très humaines, vous passerez un très bon moment de lecture. Pour ma part, j’ai apprécié les trois protagonistes principaux : notre bibliothécaire stricte et grande protectrice des livres, sa fille Kika pleine d’entrain, et le fameux Monsieur Mache qui a tendance à « oublier » de rendre certains livres…

Il faut dire qu’il a une manière très très originale d’assouvir son appétit littéraire ! Je n’en dirai pas plus puisque découvrir son petit secret fait partie intégrante de l’expérience de lecture, mais la raison de ses petits oublis m’a beaucoup amusée. Elle devrait également bien fonctionner auprès des enfants, tout en croisant les doigts pour qu’il ne leur vienne pas l’idée saugrenue d’imiter un Monsieur Mache qui porte à merveille son nom. La jeune Kika leur offrira, en outre, un personnage auquel s’identifier, sa curiosité, sa gentillesse et sa petite tendance à enfreindre le sacro-saint règlement de sa maman, ainsi que certaines règles, la rendant fort sympathique. Ce personnage permet également aux enfants de comprendre la différence entre les règles qu’il convient de respecter pour le confort des usagers, et celles qu’il est strictement interdit d’outrepasser, sous peine d’être sanctionné.

Quand on aime les livres, il est quasiment impossible de ne pas succomber à cette charmante et quelque peu loufoque histoire qui bénéficie de sympathiques illustrations en couleurs rendant les personnages encore plus dynamiques, réels, vivants et attachants.

En conclusion, ode aux livres et aux lecteurs, ce roman jeunesse amusant et savoureux à souhait offre un très bon moment de divertissement qui enchantera les enfants, et tous les amoureux des livres prêts à faire des rencontres surprenantes, dont l’une qui ne manque ni de mordant ni de panache !

Je remercie Didier jeunesse et Netgalley pour m’avoir permis de lire ce livre en échange de mon avis

Duel au soleil, Angie Hockman

Couverture Duel au soleil

Henley Evans, 28 ans, est accro au travail. Entre son emploi de responsable marketing chez un croisiériste et les cours du soir, elle n’a plus de temps à elle. Et surtout pas pour une relation amoureuse !

Tous ses sacrifices sont sur le point de payer : la voilà pressentie pour un poste de direction. Il n’y a qu’un seul problème : Graham Crawford-Collins, le community manager de la société et rival de Henley, est lui aussi en lice pour cette promotion. Pour les départager, il leur faut doper les réservations de croisières pour les Galapagos… en s’y rendant ensemble !

Quand Henley rencontre Graham en chair et en os, la surprise est totale : il n’a rien à voir avec ce qu’elle avait imaginé…

Entre décor paradisiaque et cocktails acidulés, les préjugés de Henley vont être mis à rude épreuve. Est-elle prête à tous les sacrifices pour décrocher le job de ses rêves ?

  L’Archipel (10 juin 2021) – 370 pages – Papier (20€)

Traduction : Danièle Momont

AVIS

Quand j’ai vu le résumé, j’ai tout de suite su que ce roman était fait pour moi : un cadre idyllique, un bateau de croisière, une compétition entre deux collègues pour avoir la même promotion, des préjugés, une romance qui s’annonce mouvementée…

Et je ne m’étais pas trompée puisque j’ai dévoré ce roman qui reste assez classique dans ce genre mais qui offre ce que l’on attend, une jolie romance en même temps qu’un très bon et divertissant moment d’évasion. On prend ainsi un plaisir certain à se délecter des décors enchanteurs des îles Galápagos, d’en admirer les richesses, et d’en explorer les merveilles, tout en découvrant une faune locale somptueuse et variée. Une faune fascinante qu’il convient de respecter et de ne pas déranger comme le découvriront les croisiéristes au cours d’excursions auxquelles j’aurais adoré prendre part.

Mais loin d’être des vacances paisibles et reposantes, ce séjour sur un bateau de croisière représente avant tout pour Henley la chance de prouver à son supérieur que des deux candidats en lice, elle est la plus apte à obtenir le poste de Directrice Marketing Numérique. Mais avant de décrocher le Saint-Graal, la jeune femme doit réussir à trouver un concept qui la différenciera de son concurrent et ennemi depuis son arrivée, ou presque, au sein de l’entreprise de croisières où elle travaille, Graham.

Si elle a pu au début être charmé par sa voix, ce dernier travaillant en télé-travail loin des bureaux, elle a très vite revu son jugement à la baisse sur ce goujat toujours là à pinailler et incapable d’écrire plus de deux mots dans ses mails. Pire, un homme qui n’a pas hésité à se laisser attribuer la paternité de l’une de ses idées qui a fait un carton. Impardonnable pour Henley bien décidée à l’écraser par une idée de génie destinée à booster les réservations dans cette partie du monde paradisiaque où elle est en « séjour forcé ». Malheureusement pour elle, la tâche va se révéler plus ardue que prévu. Entre une sœur bien gentille, mais du style gentil boulet, un passager qui semble avoir du mal à comprendre qu’elle n’est pas là pour danser à l’horizontale, et un ennemi/concurrent qui se révèle bien différent de l’image qu’elle s’en faisait, elle ne sait plus où donner de la tête !

Le roman s’éloigne du schéma enemies to lovers que j’affectionne pour nous en proposer un autre qui a également mes faveurs, celui d’une personne qui s’est laissée aveugler par ses préjugés au point de se forger une image injuste et erronée de l’un de ses collègues. Petit à petit, nous découvrons à ses côtés que le Graham machiavélique et condescendant qu’Henley déteste n’existe que dans son esprit. À la place, nous faisons la connaissance d’un jeune homme adorable, altruiste, bienveillant et prévenant, avec ses propres failles à surmonter. Un jeune homme qui clairement ne la laisse pas indifférente, elle qui ne se laisse pourtant jamais détourner de ses plans de carrière…

Mais Henley peut-elle laisser une place à l’amour quand il y a tellement en jeu, a fortiori si elle se remémore une triste et amère expérience qui lui a laissé de profondes séquelles ? L’alchimie entre Henley et Graham est tellement évidente et palpable que nous ne pouvons que, tout au long du roman, croiser les doigts très forts pour la réponse soit positive, et que la jeune femme arrive à concilier vie professionnelle et vie personnelle, tout en laissant de côté le passé. À leurs côtés, nous ressentons ces papillons qui semblent les assaillir à chaque fois qu’ils se regardent, que leurs mains s’effleurent ou que le hasard, pas si hasard que cela, les pousse à explorer les environs ensemble. Je les ai trouvés adorables et j’ai apprécié chacune de leurs rencontres et de leurs interactions chargées de tension sensuelle et teintées de respect. Et ceci d’autant plus que je me suis autant attachée à Henley qu’à Graham dont on découvre progressivement les fragilités.

D’une certaine manière, les deux semblent faits l’un pour l’autre, mais reste à le faire accepter à Henley qui se débat entre son envie d’obtenir sa promotion, ses désirs profonds, mais aussi les contraintes d’un monde professionnel où les femmes doivent systématiquement faire mieux et plus pour légitimer leur place. Bien que le roman reste très léger, on appréciera la manière dont l’autrice aborde avec réalisme, mais sans pathos, ce fameux plafond de verre qui guette les femmes ambitieuses, mais aussi la condescendance et le sexisme de certains hommes qui semblent avoir quelque peu oublié que leurs attributs masculins ne leur assurent pas l’apanage de la compétence. Un personnage m’a d’ailleurs fait grincer des dents même si j’ai apprécié la conclusion du roman qui, bien que très gentillette par rapport à la réalité et à la dureté d’un monde professionnel pas encore prêt pour une totale parité, a le mérite d’offrir une belle note d’espoir aux femmes.

Le roman est centré autour de la romance, mais il nous permet donc également d’aborder des sujets importants comme le sexisme en entreprise, les préjugés et les jugements hâtifs, l’ambition, la solidarité féminine, la famille, l’importance de ne pas passer à côté de sa vie, l’amitié, mais aussi l’écologie à travers l’écosystème des îles Galápagos. Là aussi, on reste sur quelque chose de subtil, mais qui m’a personnellement intéressée et touchée, d’autant que l’autrice prend le soin de mélanger le grave et l’important au ludique grâce à un éclair de génie de son héroïne.

Mais chut, je ne vous en dis pas plus si ce n’est de vous jeter sur cette romance parfaite pour l’été ou pour se laisser embarquer dans un voyage qui va permettre à une jeune femme obnubilée par son plan de carrière de revoir ses préjugés et de réaliser que si le travail est important, il est également nécessaire de savoir croquer la vie à pleines dents avant qu’elle ne vous échappe. Et pour ce faire, quoi de mieux qu’une croisière qui, certes s’amuse et amuse, mais qui offre surtout de beaux moments d’évasion et d’amitié sans oublier une belle relation entre deux collègues qui nous fait retenir notre souffle en même temps que battre notre cœur ?

Un cocktail doux, sucré et tendre à déguster sur un ponton, au soleil ou caché sous une grosse couette, car après tout, peu importe l’endroit et le moment pourvu qu’on ait l’ivresse.

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.
Lire un extrait sur Lisez.com.

Dent de dinosaure, Michael Crichton

Couverture Dent de dinosaure

JAMAIS DEPUIS JURASSIC PARK LA CHASSE AUX FOSSILES DE DINOSAURES N’AVAIT ÉTÉ AUSSI DANGEREUSE…
Le roman inédit de Michael Crichton, qui lui a inspiré Jurassic Park

1875. Dandy désœuvré, le jeune William Johnson, après avoir perdu un pari, doit partir pour le Far West. Quittant son univers privilégié, l’étudiant de Yale rejoint une expédition à la recherche de fossiles préhistoriques dans les territoires reculés et hostiles du Wyoming.

Mais la plus sanglante des guerres indiennes vient d’éclater. Et avec elle un autre conflit, opposant deux célèbres paléontologues prêts à tout pour déterrer d’inestimables vestiges de dinosaures et accéder à la gloire.

Pactes secrets, trahisons et meurtres rythmeront l’épopée de Johnson, peuplée de figures mythiques de l’Ouest : chasseurs de bisons et chasseurs de primes, généraux en déroute et Sioux sanguinaires, as de la gâchette et danseuses de saloon.

Retrouvé dans les archives de l’écrivain, ce roman inédit au confluent du western et du thriller est fondé sur des faits réels. Il lui a ensuite inspiré Jurassic Park, son plus célèbre roman

AVIS

Si je connaissais l’auteur de nom, je n’avais jamais pris le temps de le découvrir. Voilà maintenant chose faite grâce à Dent de dinosaure, le roman qui lui aurait inspiré le fameux Jurassic Park dont j’ai adoré les adaptations cinématographiques.

J’ai beaucoup aimé ma lecture, mais je dois avouer avoir été assez surprise par la tournure prise par les événements. Le roman étant classé dans la collection suspense des éditions de l’Archipel, je m’étais attendue à un thriller alors que pour moi, et ça reste mon avis personnel, on est quand même bien plus dans roman d’aventures. Si vous aimez le Far West, vous allez juste adorer ce roman : désert et ambiance aride, poussière qui vous mène la vie dure et s’infiltre partout, bisons, saloons, excités de la gâchette, justice balbutiante, attaques de convoi, conflits sanglants entre l’armée américaine et des Amérindiens qui tentent de sauvegarder leur terre de la convoitise blanche, ruée vers l’or bien que pour notre part, c’est plus la ruée vers les os que nous suivons…

En effet, l’auteur a décidé de mêler habilement fiction et réalité pour nous plonger en pleine Guerre des os qui a opposé deux grands et célèbres paléontologues prêts à tout pour déterrer le maximum os de dinosaures et asseoir leur gloire personnelle. Et quand je dis prêts à tout, ce n’est pas un euphémisme : espionnage, corruption, mensonges, vols, dénigrements, études des publications scientifiques du concurrent pour trouver la petite erreur et la pointer du doigt… Tous les coups sont permis ! Si la situation a quand même quelque chose de dramatique, j’avoue que la guéguerre entre Cope et Marsh m’a arraché quelques sourires, parce que j’ai parfois eu le sentiment d’être en présence de deux grands enfants qui se disputent le même jouet.

Je ne connaissais pas ces grandes figures de la paléontologie, mais j’ai pris plaisir à les découvrir au point de lire quelques articles à leur sujet et d’en déduire que l’auteur a volontairement choisi de prendre le parti de l’un d’entre eux, en le présentant sur un jour plus favorable que sa némésis. Ce n’est pas un défaut en soi, mais mieux vaut savoir que Cope semblait également capable de comportements malhonnêtes qui sont, dans le roman, quelque peu passés sous silence. Par conséquent, contrairement à Marsh qui nous apparaît ici comme un homme cupide, paranoïaque et sans aucune morale, Cope suscite une certaine sympathie, d’autant que s’il se révèle parfois sanguin, il a su développer avec son équipe, dont fait partie notre protagoniste, une réelle complicité. Il possède également cette petite touche de malice qui nous fait volontiers oublier ses emportements pour se concentrer sur sa passion et sa volonté de fer.

Ainsi, bien que sympathique, Cope n’en demeure pas moins un homme déterminé qui met parfois son équipe dans des situations difficiles et franchement dangereuses. Chose que va vite découvrir William Johnson, un jeune homme fortuné qui, suite à un pari, va intégrer l’expédition menée par Marsh avant d’être embarqué dans celle de Cope. Il est d’ailleurs amusant de voir comment la paranoïa de Marsh, persuadé que l’étudiant était à la solde de Cope, va contraindre Johnson à vraiment travailler pour son ennemi. Johnson est un personnage intéressant qui va connaître une réelle évolution physique, mentale et morale entre son départ et la fin de l’aventure dans l’Ouest. Les épreuves traversées, les déceptions, les trahisons, le fait d’avoir côtoyé la mort de près font le faire grandir et le pousser dans ses retranchements, avant de lui permettre de découvrir en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas posséder.

Oubliez donc le jeune fortuné impatient et désœuvré des débuts et laissez place à un homme nouveau, un homme déterminé à sauver son précieux chargement, du moins d’un point de vue historique et scientifique, de la convoitise des hommes et de la bêtise humaine. Finalement, c’est peut-être le seul qui œuvre vraiment pour la science et la connaissance, et non pour sa gloire personnelle ou un potentiel profit ! Je me suis progressivement attachée à ce personnage qui n’abandonnera jamais devant l’adversité, quand rien dans sa vie de nanti ne l’avait préparé à affronter autant d’épreuves et cet accablant épuisement physique et moral. À ce titre, on ne pourra que louer sa force de caractère et sa détermination à toute épreuve ! On prend également un certain plaisir à découvrir à ses côtés des disciplines comme la photographie et la paléontologie, l’auteur ayant fait un véritable travail de recherche sur ses sujets. Un travail qu’il nous restitue simplement et avec une aisance qui donne le sentiment aux lecteurs d’apprendre aux côtés du protagoniste.

D’ailleurs, s’il y a bien un sentiment qui nous assaille en cours de lecture, c’est cette impression d’immersion qui permet de ressentir chaque événement, coup tordu et découverte comme s’ils nous concernaient directement. La narration déjà particulièrement immersive est, en outre, entrecoupée d’extraits inédits issus des journaux et carnets de Johnson, ce qui nous donne le sentiment de nous plonger au cœur d’un épisode de l’Histoire à travers la vision de l’un de ses protagonistes. En plus du dynamisme et de la fluidité de la plume de l’auteur, j’ai également apprécié le découpage du roman en trois parties, chacune ayant son charme et ses atouts propres. Si c’est peut-être les moments de tension et les épisodes d’exploration qui m’ont le plus passionnée, la partie centrée sur Johnson et ses actions pour sauvegarder des vestiges d’un ancien temps ne manque pas d’attrait et d’intérêt, l’auteur replaçant l’homme en tant que tel au centre de son intrigue.

Contexte historique oblige, le roman met également en lumière les tensions engendrées par le darwinisme qui divise et se heurte aux convictions religieuses de certains, mais aussi la complexité des guerres entre l’armée américaine, qui a perdu le soutien d’une partie de l’opinion publique, et les Amérindiens qui s’efforcent de lutter contre l’invasion de colons s’étant appropriés des terres qui n’étaient pas les leurs, des terres parfois sacrées. Si la menace des attaques indiennes est bien palpable, d’autant que leur violence suscite une peur largement répandue, voire amplifiée et fantasmée, j’ai également apprécié que l’auteur pointe l’hypocrisie d’un gouvernement qui envoie son armée massacrer tout en lui reprochant sa violence. Un peu comme s’il pouvait y avoir des guerres propres qui permettraient de s’approprier des territoires et des richesses, n’oublions pas que nous sommes en pleine ruée de l’or, mais sans faire de victimes, ou du moins des victimes que l’on pourrait discrètement mettre sous le tapis…

En conclusion, Dent de dinosaure mélange avec brio réalité et fiction pour nous plonger en pleine guerre entre deux paléontologues prêts à tout pour déterrer les vestiges d’un ancien monde et ainsi asseoir leur gloire personnelle. Une guerre à laquelle va être mêlé bien malgré lui un étudiant qui va découvrir qu’être issu d’une bonne famille ne sert pas à grand-chose en plein milieu d’un Ouest américain peu accueillant en ce XIXe siècle. Entre les dangers d’un environnement difficile, les trahisons, la menace indienne et les coups tordus, les lecteurs n’auront pas le temps de s’ennuyer ! Amoureux du Far West et de son ambiance si particulière, ce roman est fait pour vous.

Quand la soif de connaissance et de reconnaissance humaine vient se confronter aux vestiges d’un ancien et passionnant monde !

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.
Feuilletez/achetez le roman sur Lisez.com

HORROR GAMES – ATTENTION, COLLÈGE ZOMBIE ! de N. M. Zimmermann

 

9782809675535_1_m

 

Salutation à toi, aventurier !
Bienvenue dans Mythomonsters.

Fais bien attention : tu ne commences pas ici un jeu ordinaire. Dans ce monde virtuel se cache toutes sortes de pièges terrifiants et de créatures effroyables prêtes à attaquer les joueurs imprudents…

Quelle rentrée bizarre pour Zoé et Sébastien ! Tous les élèves de leur nouveau collège jouent à Mythomonsters… sur ordre de leurs professeurs. De vrais zombies ! Alors, quand son frère jumeau se retrouve lui aussi hypnotisé par son écran, Zoé panique…

Play Bac (2 juin 2021) – 120 pages – Papier (8,90€)
Illustrations : Anne Rouvin – À partir de 9 ans

AVIS

Si comme moi, les zombies ne sont pas des créatures auxquelles vous aimez vous frotter, rassurez-vous, ici, le terme zombie est plutôt à prendre au sens figuré. En effet, en intégrant son nouveau collège, Zoé va très vite réaliser que ses nouveaux camarades et ses professeurs se comportent bien plus comme des robots ou des zombies que des êtres vivants friands d’interaction. La faute à un jeu vidéo qui semble tout simplement les obséder, au point que les élèves ne se parlent pas, ne chahutent pas et ne lèvent plus les yeux de leur téléphone ou de leur écran d’ordinateur. Quant aux professeurs, ils ont tout simplement abandonné les cours au profit de films qui leur laissent le temps de jouer. Comme ça, pas de jaloux !

Une situation désagréable pour Zoé qui est déstabilisée par ce collège très bizarre où l’amour de la technologie est poussé à un tel extrême qu’il a dépouillé l’établissement de toute âme humaine. Pire, son propre frère jumeau Sébastien, duquel elle est très proche, semble être déjà tombé sous le charme et l’influence de Mythomonsters, un jeu vidéo intégrant différentes mythologies. Mais cette obsession soudaine et largement partagée pour ce jeu, qui semble hypnotiser ses joueurs, ne cache-t-elle pas quelque chose ?

Cette question se transforme en certitude pour Zoé qui, avec l’aide de la seule autre personne du collège ayant gardé sa lucidité, va tenter d’élucider le mystère autour de Mythomonsters, et de sauver son frère et ses camarades d’un danger dont ils n’ont guère conscience. Un danger à la forme particulière faisant de ses victimes les acteurs de leur propre déchéance !

Sans temps mort et suivant un rythme effréné alternant entre interrogations, dangers et découvertes, ce roman entraîne les lecteurs dans une aventure où le danger des écrans et des jeux vidéo, devenant outils de contrôle, est plus palpable que jamais. Mais je vous rassure, l’autrice ne se lance pas dans un pamphlet sur le sujet mais bien dans un livre de pur divertissement qui permettra à une jeune fille très sérieuse, manquant néanmoins de confiance en elle, de réaliser qu’elle possède toute la force nécessaire, le courage et la pugnacité pour se dresser sur le chemin d’un danger dont elle découvre peu à peu les contours…

À mesure que les pages se tournent, la tension monte crescendo, rendant la lecture particulièrement addictive, d’autant que le style percutant, clair et très fluide de l’autrice incite les lecteurs, jeunes et moins jeunes, à se laisser bercer par son imaginaire. Un imaginaire qui nous conduira jusqu’aux portes de l’enfer ou du moins jusqu’à celles d’un portail qu’on préférerait garder fermé. Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue si ce n’est qu’elle m’a rappelé les livres Chair de poule que je dévorais enfant et qui possèdent un charme auquel je suis restée, adulte, très sensible.

Conseillé à partir de 9 ans, ce roman a de très beaux atouts pour convaincre les enfants qui pourront retrouver des problématiques qui leur parlent et facilement s’identifier à Zoé. Une amoureuse de mangas un peu réservée, mais une héroïne qui se découvre face au danger et qui ne baissera jamais les bras, même au plus fort de l’action. Et puis, c’est sympa de voir une collégienne partir à la rescousse non seulement de ses camarades mais aussi d’adultes, tout en découvrant, au passage, la force de l’amitié. Parce qu’il n’y a pas à dire, lutter pour sa survie, ça crée de sacrés liens ! 

Pour ma part, en plus de la courageuse et touchante Zoé, j’ai beaucoup aimé son père, un geek blagueur qui aurait probablement adoré redevenir collégien afin de s’inscrire aux différents cours proposés par le collège : codage, retouche photo, création de vidéos… Le collège Alan-Turing porte particulièrement bien son nom ! Malgré ses dangers, je serais, en outre, curieuse de lancer une petite partie de Mythomonsters, d’autant que si on s’en fie à ce que Zoé découvre en cours d’aventure, je devrais être, comme elle, immunisée…

En conclusion, dans la lignée des Chair de poule que je dévorais enfant, Attention, Collège Zombie ! offre une belle porte d’entrée aux enfants qui aimeraient s’initier doucement à l’horreur, ou une lecture divertissante aux lecteurs qui aiment les histoires dans lesquelles se mêlent héroïnes plus courageuses qu’elles ne le pensent, amitié, tension, mystère, jeux vidéo et ambiance doucement horrifique.

Je remercie les éditions playBac et Babelio de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.