Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps de chroniquer de manière plus classique.


Les trois petits ouvrages présentés dans cet article sont proposés gratuitement (cliquez sur les titres pour les télécharger).

Couverture Teddy The Squirrel Becomes a Pilot
Teddy est un écureuil qui ne s’intéresse pas vraiment aux noisettes ni à l’idée de faire des provisions pour l’hiver. Lui, c’est plutôt un doux rêveur qui s’imagine volontiers en pilote d’avion. Un rêve inattendu pour un écureuil qui ne manque pas de personnalité !

Mais ce qui aurait pu rester une douce lubie va devenir une réalité quand l’avion télécommandé d’enfants jouant dans le parc s’écrase entre les branches d’un arbre….

Voici un mignon petit livre sur le courage et la force des rêves qu’il ne faut jamais abandonner ! Très courte et très accessible au niveau de la langue, l’histoire de cet écureuil et de son frère est parfaite pour une première lecture en anglais. Elle pourrait également séduire les adultes avec une âme d’enfant souhaitant se replonger en douceur dans la langue de Shakespeare.

Le très insolent Harry Watson est surpris à l’annonce du challenge organisé par sa professeure d’économie ménagère : choisir une boîte mystère et utiliser une partie de ses ingrédients dans une recette ! Les fans de MasterChef et autres émissions du genre de sa classe sont ravis, lui beaucoup moins. Mais comme il nous semble un peu râleur cet élève, rien d’étonnant à sa réaction.

La suite des événements, quant à elle, est beaucoup plus inattendue, Harry n’étant pas au bout de ses surprises. Je n’en dirai pas plus sur ce point puisque tout le charme du roman réside dans l’imagination fertile de l’autrice. Il se dégage d’ailleurs un petit air d’Alice au pays des merveilles dans ce récit qui tend quelque peu vers l’absurde, les élèves se comportant de manière plutôt étrange face à une situation qui n’a rien de normale ! Mais je vous rassure, le livre, très accessible, n’est pas aussi déroutant que peut l’être l’œuvre de Carroll Lewis.

Voici une petite histoire sympathique qui devrait vous surprendre et à l’issue de laquelle, vous ne devriez plus cuisiner de la même manière.

Adorant les histoires de sorcières depuis que je suis enfant, le titre et l’image de ce chaudron en pleine ébullition m’ont tout de suite attirée. En aidant sa mère à débarrasser et nettoyer un placard, Tania trouve des livres qu’elle met à disposition de tous dans son club de lecture sauf un qu’elle s’empresse de dévorer. Elle y découvre alors le récit d’une jeune fille ayant décidé de lancer un mauvais sort à un autre enfant qui se montre méchant avec elle…

Pour rigoler et se venger, pour de faux, d’un garçon qui n’est pas sympathique avec elle, elle décide avec son amie Tanisha de lancer ce sort dont elles suivent scrupuleusement la recette. Si les poils de chat sont faciles à obtenir, d’autres ingrédients comme les cheveux de la future victime demandent un peu plus de travail et d’imagination… Mais les filles s’en sortent très bien ! Le sort lancé, elles passent à autre chose. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Mais l’était-ce vraiment ? Certaines coïncidences commencent sérieusement à les faire douter…

Je ne vous dirai pas si le sort a véritablement fonctionné ou non, mais je peux néanmoins vous assurer que cette petite histoire très divertissante se lit toute seule d’autant qu’elle est agrémentée de quelques petits illustrations ce qui facilite l’immersion même pour les jeunes lecteurs. Ils devraient prendre beaucoup de plaisir à assister les deux fillettes dans la recherche des ingrédients, plus ou moins ragoûtants, et sourire devant certaines situations.

Quant à la fin, j’ai apprécié la manière dont l’autrice aborde la question des superstitions et de certains biais cognitifs. Cela manque peut-être un peu de subtilité pour des adultes, mais ses explications par l’exemple permettront aux enfants de s’approprier facilement des concepts pas toujours évidents à appréhender.

Publicités

Caliéor, Julie Broly

COLIEOR-couv-une

Je remercie les éditions de la Remanence pour m’avoir permis de découvrir Caliéor de Julie Broly.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sarah, jeune lilloise dynamique, fait ses premiers pas dans le journalisme. Au sein d’un célèbre magazine d’information, elle découvre la réalité d’un métier qu’elle s’imaginait plus trépidant et nourrit l’espoir de délaisser un jour son bureau pour vivre une mission de terrain digne de ce nom. Mais le temps passe, les rêves de Sarah s’envolent, elle sombre dans une mélancolie de laquelle elle ne sortira que le jour où elle se voit enfin confier un premier reportage. Calepin à la main, heureuse comme elle ne l’a pas été depuis longtemps, elle enchaîne les recherches, les enquêtes et les interviews sans imaginer à quel point l’une des rencontres qu’elle va faire va la bouleverser. Elle s’interrogera et cherchera des réponses, mais ses pensées finiront par la hanter et l’obsession prendra doucement le pas sur la raison, la poussant à des bien des choses.

LA REMANENCE (10 juillet 2019) – 280 pages – Broché (14€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Tout juste embauchée dans un célèbre magazine lillois spécialisé dans la formation et l’éducation, Sarah déchante vite. Loin des grandes missions dont elle se rêvait investie, elle doit se contenter de travaux subalternes… Mais au bout de longs mois d’ennui, sa formatrice, Sonia, lui offre enfin la chance de montrer de quoi elle est capable. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que Sarah s’acquitte de son premier dossier, un dossier qui la conduira dans les couloirs d’un lycée hôtelier… La jeune journaliste va alors faire une rencontre qui changera à jamais sa vie !

Caliéor est définitivement un roman atypique qui mélange, avec brio d’ailleurs, plusieurs genres. Dans la première partie, l’autrice aborde des thèmes forts qui ne parleront pas forcément à tous, mais qui n’en demeurent pas moins intéressants : les ambitions professionnelles et les désillusions face à la réalité derrière une carrière fantasmée, la quête d’identité sexuelle et la difficulté à accepter ses sentiments quand ils ne suivent pas la norme, l’amour et la différence entre amour et désir de possession, l’obsession, la folie…

L’originalité et la force de ce récit sont de faire porter toutes ces thématiques par un seul personnage, celui de Sarah. Sympathique au premier abord, un peu comme la gentille copine que l’on tente d’épauler face aux vicissitudes de la vie, le personnage se pare progressivement d’une certaine complexité. De fil en aiguille, son attirance, si ce n’est son coup de foudre, pour une personne qui n’aurait pas dû, selon ses critères amoureux, lui plaire, prend une tournure malsaine.

La rapidité et la violence des sentiments de la journaliste déroutent, interpellent, mettent mal à l’aise, mais ils ne paraissent jamais irréels ou surjoués. Il faut dire que l’autrice, d’une plume poétique et élégante, capture et retranscrit implacablement et avec réalisme les pensées, les pulsions et les émotions de Sarah. Non dénuées d’une certaine beauté dans un premier temps, ces dernières finissent par s’assombrir à mesure que l’amour devient obsession puis folie. 

Prête à tout pour obtenir l’objet de sa convoitise, Sarah se fourvoie ainsi dans les mensonges quitte à mettre en péril un avenir professionnel pour lequel elle s’est battue. La frontière entre fantasme et réalité se brouille jusqu’à faire perdre à la jeune femme tous ses repères, si ce n’est la tête... Un point de non-retour est franchi, symbolisé par une coupure franche et nette dans la narration.

À partir de là, le ton change, le récit s’accélère passant d’une phase quasi introspective à une phase emplie de tension et de suspense dans laquelle les dialogues priment et les échanges fusent. Le désir amoureux laisse place à quelque chose de plus prosaïque, et Sarah quitte le devant de la scène pour laisser la place à d’autres protagonistes dont la vie, du moins temporairement, se trouve inexorablement liée à la sienne. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié ce changement de genre qui apporte surprise et dynamisme au récit.

On suit avec beaucoup d’intérêt les actions des personnages, partagé entre l’envie de les voir réussir et celle étrange et perturbante d’échouer. Cela provient probablement de l’ambiguïté qui se dégage de Sarah dont la folie nous tétanise, mais dont la fragilité nous émeut. Toutefois parce que la vraie vie nous rappelle tristement, chaque année, le danger de confondre amour, obsession et désir de possession, on en vient très vite à espérer qu’éclate la vérité…

Bien que la première partie puisse parfois un peu tourner en rond, ce qui semble normal si l’on considère que les pensées de Sarah sont entièrement tournées vers une et seule personne, le roman se lit tout seul. J’ai été complètement happée et séduite par l’originalité du récit, et la manière dont l’autrice réussit à nous faire entrer dans la tête de son héroïne et à nous faire ressentir la force de cette folie qui, peu à peu, gangrène son esprit.

Mon seul petit bémol proviendrait d’un personnage intervenant dans la deuxième partie, son manque de professionnalisme m’ayant quelque peu gênée même si l’autrice a su l’utiliser pour faire avancer son intrigue nous prouvant que rien n’a été laissé au hasard dans cette histoire.

En conclusion,  Julie Broly nous propose ici un texte atypique et d’une rare intensité qui questionne, à travers une héroïne poussée dans ses retranchements et ses sentiments, aussi bien les espoirs au travail que l’identité sexuelle et le rapport complexe et parfois dévoyé à l’amour. Entre amour et désir, l’obsession fait sa dramatique et inexorable entrée… Mais quand l’envie de posséder se substitue à celui d’aimer, le pire finit par arriver !

Découvrez le roman sur Place des libraires.

Coup de vent, Mark Haskell Smith

Je remercie Léa et les éditions Gallmeister de m’avoir permis de découvrir, dans le cadre du Picabo River Book Club, Coup de vent de Mark Haskell Smith.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce.

Éditions Gallmeister (5 septembre 2019) – 256 pages – Broché (22€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Julien Guérif

AVIS

De l’argent à gogo, personne ne crache dessus, mais avouons que cela ne sert pas à grand-chose quand d’une part, ce n’est pas le vôtre, et que d’autre part, vous êtes à la dérive, sans avoir mangé depuis plusieurs jours, perdu en pleine mer. Neal a heureusement la chance d’être secouru par Chloé, une navigatrice qui fait le tour du monde en solitaire. Néanmoins la demoiselle, pas ravie d’avoir de la compagnie pour un sou, va vouloir en apprendre plus sur son histoire avant d’éventuellement le détacher… C’est qu’on n’est jamais trop prudent !

Le rescapé raconte alors la série d’événements qui l’a conduit à cette situation dramatique, et cela commence par la mission donnée par son employeur, InterFund, de retrouver Bryan LeBlanc. Jeune loup de Wall Street promis à un brillant avenir, celui-ci a pourtant tout plaqué en détournant, au passage, quelques millions de dollars. Une broutille dans l’univers de la finance de haut niveau, mais une broutille qui peut faire voler en éclats la réputation de InterFund.

Pour mettre la main sur le fuyard, Neal sera accompagné de Seo-yun, directrice du département des opérations de change et supérieure directe de Bryan, avant d’être rejoint par un ancien policier. Mais le trio n’est pas le seul sur la piste du délinquant en col blanc…

C’est une véritable course contre la montre que nous propose ici l’auteur ! C’est qu’il n’y a pas de temps à perdre puisqu’il faut retrouver l’argent avant que LeBlanc ne disparaisse à jamais. Question de réputation ! Et à Wall Street, la réputation, c’est important. Avec un cynisme féroce qui frappe fort, Mark Haskell Smith nous dresse le portrait d’un capitalisme sans morale ni loi si ce n’est celle du plus fort. Entre un trader qui se fait la malle avec des millions et une banque qui exploite et ruine sans vergogne les « petits », qui est véritablement le criminel ?

Loin de n’être qu’un forfait commis par simple appât du gain, l’acte de LeBlanc revêt, dans une certaine mesure, un aspect militant. Car contrairement à ses anciens collègues, ce n’est pas l’envie de se baigner dans l’argent, les femmes et les substances illicites qui le motive, mais celle d’exploiter et de mettre à nu les rouages et les failles d’un système profondément injuste, immoral et inégalitaire. Cela ne fait pas de lui un Robin des Bois des temps modernes, notre homme étant bien moins altruiste, mais on arrive à comprendre les raisons de son geste…

Un geste qui va être à l’origine d’une série d’événements dont le lecteur est bien incapable de prévoir l’issue. Il faut dire que l’auteur nous balade d’un bout à l’autre de son roman entre situations inattendues, revirements de situations spectaculaires, tension, suspense, personnages atypiques au comportement parfois imprévisible et bien souvent douteux… On ne s’ennuie pas un instant avec cette histoire menée tambour battant !

L’alternance des points de vue apporte également un dynamisme appréciable. On suit ainsi différents personnages : le presque trop sage Neal, l’homme étant un modèle de droiture qui tranche avec le milieu de requins dans lequel il évolue, la très sensuelle Seo-yun qui, au fil de l’aventure, laisse tomber son masque d’impassibilité pour s’ouvrir avec une certaine frénésie aux plaisirs de la chair, Piet un homme qui, malgré une petite taille due à une anomalie génétique, possède une présence certaine, LeBlanc dont on découvre le passé et sa relation complexe avec son père… Toute une galerie de personnages variée et haute en couleur qui offre une diversité fort appréciable que ce soit en matière d’origine socio-culturelle, d’ethnie, d’orientation sexuelle… 

La psychologie des personnages est bien travaillée, le ton empreint d’un humour mordant et efficace, et les thèmes abordés intéressants : les excès du capitalisme et les limites de la financiarisation de l’économie, la quête de sens et du bonheur, la morale et ce que l’on est prêt à faire pour de l’argent, la pression de la réussite, le poids des médias… Tous les éléments sont donc mis en place pour vous faire passer un très bon moment de lecture et vous rappeler qu’argent et bonheur ne font pas forcément bon ménage…

En conclusion, l’auteur nous propose ici une fable des temps modernes dressant le portrait d’un homme, ni ange ni démon, qui dans une sorte de vendetta personnelle, a sacrifié un avenir prometteur, mais vide de sens, pour s’opposer à un système financier fou et hors de contrôle. Avec un cynisme à toute épreuve, l’auteur nous transporte dans une valse ininterrompue et rythmée d’événements entre courses-poursuites sur terre et mer. Endiablé et cynique à souhait, voici un roman que vous n’êtes pas prêts de lâcher !

Picabo River Book Club

 

Outsphere, Guy-Roger Duvert

Je remercie Guy-Roger Duvert pour m’avoir permis de découvrir son roman, Outsphere. Un premier tome riche en péripéties !

PRÉSENTATION AUTEUR

Après avoir quitté une Terre mourante du fait des erreurs de nos sociétés, l’Arche, premier vaisseau à coloniser une exoplanète, arrive au bout d’un long voyage de 80 ans. Les colons sortent de leurs caissons cryogéniques et découvrent ce qui doit devenir un nouveau commencement pour l’humanité. Une nouvelle planète, un monde principalement végétal baptisé Eden. Les surprises se cumulent vite : la surface abrite une espèce primitive mais intelligente, des ruines prouvent l’existence de civilisations passées avancées, le système climatique obéit à des règles très particulières. Mais malgré tout cela, la colonisation commence de manière somme toute très classique, avec les traditionnelles oppositions entre militaires, scientifiques, civils.

Mais tout change avec l’arrivée d’un nouveau joueur : un second vaisseau spatial arrive, quelques mois seulement après l’Arche. A son bord, des Terriens partis 60 ans plus tard, bénéficiant d’une technologie plus avancée, et eux même fortement modifiés génétiquement. Capables de se synchroniser et de communiquer télépathiquement entre eux, ils sont devenus une espèce fondamentalement collectiviste, que tout oppose aux traditionnels Terriens individualistes de l’Arche. Les deux peuples essaient dans un premier temps de cohabiter et d’apprendre les uns des autres, mais les obstacles rencontrés, le passé de la planète qui s’avère beaucoup plus riche et mystérieux que prévu, vont rapidement augmenter les tensions. Eden représente-t-il un nouvel espoir, ou au contraire la fin d’une civilisation? « Outsphere » est une saga de science-fiction, qui tout en développant un univers particulièrement fouillé, s’amuse à explorer des questions philosophiques liées d’un côté au transhumanisme, de l’autre aux oppositions entre pensées collectivistes et individualistes.

Auto-édité (2 mai 2019) – 312 pages – Broché (19,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Dès les premières pages, j’ai été séduite par la jolie plume de l’auteur d’autant que l’univers qu’il déploie sous nos yeux se révèle des plus immersifs.

Nous voilà donc transportés à bord de l’Arche, un vaisseau envoyé depuis la terre, il y a maintenant 80 ans, afin de coloniser une exoplanète, Eden. Loin de satisfaire une quelconque envie de conquête spatiale, ce vaisseau représente le dernier espoir des êtres humains menacés d’extinction par les guerres, les problèmes économiques, sociétaux et environnementaux… Après être sortis de leur caisson cryogénique, les colons travaillent donc à la construction d’une nouvelle société, ce qui ne se fera pas sans heurt, des tensions entre militaires et civils ne manquant pas de semer le trouble au sein de la colonie.

Les colons se divisent donc très vite, certains préférant s’installer sur la nouvelle planète en-dehors des infrastructures mises en place par l’armée afin de gagner en liberté. Une décision plutôt hasardeuse si l’on considère les habitants originels de la planète qui ne semblent pas des plus accueillants, la faune et la flore locales dangereuses, et les éventuels dangers environnementaux et bactériologiques qu’il reste à appréhender… La liberté a un prix comme le découvriront nos exilés.

Et comme si ces tensions internes ne suffisaient pas, l’armée doit également gérer l’arrivée inattendue d’autres colons Terriens, les Atlantes, ayant été génétiquement modifiés et bénéficiant d’avancées technologiques bien plus importantes. En plus de leurs capacités extrasensorielles et d’une plastique parfaite, ces nouveaux arrivants se distinguent des « Anciens » par une conception très particulière de la vie en société, l’individu s’effaçant entièrement au profit de la collectivité. Ils n’ont d’ailleurs pas de nom, seulement des matricules…

J’ai été complètement happée par le côté roman d’aventure puisque qui dit colonisation dit exploration, et à ce niveau, l’auteur nous a gâtés. On suit ainsi avec beaucoup de plaisir, et avec une pointe d’appréhension, les sorties sur Eden des scientifiques et des militaires qui font de leur mieux pour explorer et s’approprier ce nouvel environnement. Plein de promesses, celui-ci se révélera également plein de dangers à l’instar de ces charmantes bestioles qui semblent développer un certain intérêt pour nos colons. Les Edeniens apportent également une tension certaine au récit, leur agressivité à l’égard des Terriens compliquant nettement leur installation. D’apparence assez primitive, cette espèce pourrait réserver quelques surprises et se montrer bien plus dangereuse que prévu.

À moins que la véritable menace ne provienne de ces autres espèces, maintenant disparues, ayant précédé les colons ou des tensions sous-jacentes entre les Anciens et les Atlantes. En effet, certains colons ne voient pas d’un très bon œil ces humains modifiés et interchangeables si différents d’eux qui s’expriment d’une seule voix. Il faut dire que si l’idée d’une société pacifiée dans laquelle chaque décision serait le résultat d’un consensus n’est pas dénuée d’intérêt, on se rend très vite compte des dangers de cette pensée unique qui déshumanise les individus et annihile tout ce qui fait la complexité de l’âme humaine.

L’auteur aborde donc avec une certaine subtilité cette dichotomie entre une société humaine traditionnelle et individualiste, et une société collectiviste et uniformisée. La première peut être minée par les conflits, mais est riche de sa diversité quand la seconde assure la paix, mais est vide de toute émotion. Mais n’existe-t-il pas une autre voie, une voie intermédiaire qui permettrait de trouver un équilibre entre ces deux visions en apparence inconciliables ?

Quant aux personnages, on notera une réelle diversité ethnique, culturelle, sociale et comportementale, ce qui rend leurs échanges intéressants et parfois mouvementés. Certains protagonistes m’ont plus touchée que d’autres, mais grâce à l’alternance de points de vue, je me suis sentie concernée par le sort de chacun. J’ai, en outre, apprécié leur construction et la manière dont l’auteur les fait évoluer au gré des épreuves qu’ils ne manqueront pas d’affronter, la colonisation d’Eden n’étant pas vraiment une sinécure…

À cet égard, j’ai plus particulièrement apprécié le colonel Bowman qui va faire montre d’une grande capacité de résilience, et apprendre à faire des choix difficiles qui vont à l’encontre de ses envies et de ses sentiments. Et les choix cornéliens, c’est un peu la spécialité de son supérieur pour lequel je n’ai pas ressenti une grande empathie, mais dont je reconnais la difficulté de la tâche : assurer la survie du plus grand nombre envers et contre tous, le tous englobant aussi bien les colons eux-mêmes que les Atlantes et les autochtones !

En conclusion, en nous immergeant avec force et réalisme dans la colonisation d’une planète avec sa cohorte de dangers, Outsphere nous offre une plongée fascinante et mouvementée dans une lutte sans merci pour la survie. Sous couvert d’une aventure menée tambour battant et riche en péripéties, l’auteur soulève également des questions à la portée philosophique qui interrogent aussi bien la construction de nos sociétés autour de valeurs fortes que des notions telles que le rejet de la différence et la peur de l’autre, la sécurité et le degré de liberté que l’on est prêt à lui sacrifier…

Entre Lost et Les 100, voici un premier tome que je vous recommande pour une lecture palpitante et sous tension !

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin

Lire un extrait/découvrez le roman sur Amazon.

La soudaine apparition de Hope Arden, Claire North

Couverture La soudaine apparition de Hope Arden

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Mon nom est Hope Arden. Je suis la fille que tout le monde oublie. Tout a commencé quand j’avais seize ans. Mon père qui omet de m’emmener au lycée. Ma mère qui met la table pour trois, pas quatre. Un ami qui me regarde et voit une étrangère. Qu’importe ce que je fais, ce que je dis, les crimes que je commets… vous ne vous souviendrez jamais de moi. Ça rend ma vie compliquée mais ça fait aussi de moi quelqu’un de dangereux.

Hardigan – 14 heures et 42 minutes – 9,99€

AVIS

Si j’ai apprécié les sujets abordés, j’ai regretté de nombreuses longueurs qui ont fini par rendre l’écoute du livre audio fastidieuse. J’ai d’ailleurs failli l’abandonner à plusieurs reprises avant de prendre mon courage à deux mains et de la terminer afin de pouvoir passer à autre chose.

Il est possible que je sois passée à côté de ce titre car mes attentes étaient bien différentes de ce que nous propose l’auteure. Je ne dirais pas qu’il ne se passe rien, mais nous sommes plutôt dans un roman qui fait passer la réflexion avant l’action.

Hope Arden est unique. Hope Arden n’existe pas ou, du moins, pas vraiment dans le regard des autres. Bénédiction ou malédiction selon les points de vue, son existence s’efface de la mémoire des gens dès qu’elle n’est plus sous leurs yeux. Il existe bien quelques exceptions à cette règle, mais elles sont bien trop rares pour que cette femme puisse mener une vie normale. Difficile dans ces conditions de garder des amis, un compagnon ou une compagne, un travail ou d’avoir une famille… En revanche, c’est parfait pour embrasser une carrière de voleuse professionnelle et internationale de haut vol.

La situation de Hope aurait pu forcer l’empathie, mais j’ai eu un mal fou à m’attacher à elle et donc à m’intéresser à sa vie qui, par la force des choses, se caractérise par sa vacuité. Voler, tromper sa solitude dans les bras d’un homme qui vous oubliera dès les yeux fermés, trouver des contrats, voler… C’est peut-être la raison pour laquelle Hope met autant de passion à mener une vendetta personnelle contre Perfection, une application qui ambitionne, ni plus ni moins, que de rendre ses utilisateurs parfaits.

Être parfait, un rêve que beaucoup vont poursuivre quitte à vendre leur âme au diable, la personne derrière l’application ayant des objectifs bien moins louables que ceux affichés. C’est que la perfection a un prix ! L’idée de cette application et de ses nombreuses dérives est certainement le point le plus intéressant du roman puisqu’à travers cette idée glaçante de perfection à portée de smartphone, l’autrice aborde de nombreux et très actuels sujets : la solitude, l’illusion de la perfection, le culte de l’apparence, l’obsession de l’argent et du statut social et des sacrifices que l’on est prêt à consentir pour cette vaine quête, la technologie et les réseaux sociaux, leur omniprésence dans nos vies, leurs dérives et leurs dangers…

Tout autant de thèmes qui forment une trame de fond intéressante, mais qui ne compensent pas un rythme trop lent et finalement assez répétitif. Il y a heureusement d’autres personnages qui viennent pimenter l’intrigue et la vie de Hope : une femme aussi responsable que victime de Perfection, une cyberconnaissance aux objectifs nébuleux, un homme qui la traque tout en nouant, à son insu, une relation assez particulière avec celle-ci… Et puis un événement vient bouleverser l’équilibre et apporte ce coup d’éclat tant attendu ! Trop tard pour me laisser une bonne impression de lecture, mais assez majestueux pour que je sois contente d’avoir persisté dans mon écoute.

Une écoute qui s’est d’ailleurs révélée agréable d’un point de vue technique, la voix de l’héroïne correspondant assez bien à l’image que l’on pourrait s’en faire. Seul petit bémol qui découle de la construction de l’intrigue autour de chapitres très courts : la musique qui accompagne le début de chaque chapitre. En plus de lasser par sa répétitivité, elle allonge inutilement un temps d’écoute qui nous apparaît déjà bien long.

En bref, La soudaine apparition de Hope Arden est un roman que je vous conseille si les thématiques de la perfection et des dangers de l’omniprésence de la technologie dans nos vies vous intéressent. Si vous êtes, en revanche, à la recherche d’un livre mené tambour battant, je ne suis pas certaine que vous trouverez votre bonheur avec ce titre.

 

La hache, Alain Gerber

La hacheJe remercie les éditions Ramsay pour l’envoi surprise de La hache d’Alain Gerber.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un sous-lieutenant français se trouve affecté avec trois autres soldats dans la zone occupée par l’armée d’un pays imaginaire qu’on imagine être situé en Europe de l’Est, sans doute de confession orthodoxe, peut-être la Serbie, car il y a un pope au village. Il est logé dans une ferme où habite un fermier, sa femme et sa fille adolescente. Un crime de guerre a eu lieu dans cette région, mais on ignore quels en sont les coupables. L’officier passe son séjour entre l’ennui de cet exil, dans un lieu peu hospitalier, avec les locaux dont il ne parle pas la langue, et les soldats placés sous ses ordres avec lesquels il n’a rien de commun. Un jeu de séduction s’instaure avec la jeune fille qui l’observe en cachette lorsqu’il prend son bain, bien vite interrompu par le père qui, pour couper son bois, manie une hache au fer étincelant. Peu à peu, se révèle la vérité sur ce qui s’est passé dans ce village, avec la découverte d’un charnier. Comme toujours chez Alain Gerber, l’intrigue a moins d’importance que la psychologie extrêmement subtile des personnages, la narration jouant sur les non-dits, les ellipses, les silences. Rien n’est clairement révélé, tout est suggéré, laissant au lecteur le soin de combler les vides du récit. Tout cela servi par une écriture belle et limpide, servie par un style inimitable.

 Ramsay éditions (mars 2019) – 184 pages – Broché (19€)

AVIS

Nous voilà transportés aux côtés d’un sous-lieutenant affecté à une zone dans un pays dont on ignore tout si ce n’est qu’on n’a pas envie d’y vivre et encore moins d’y mourir. Peu ravi d’être cantonné à une mission qui brille par ses contradictions et sa vacuité, il doit en plus se coltiner trois autres soldats dont un caporal qui semble avoir un petit problème avec l’autorité… Mais en bon soldat, notre sous-lieutenant tente de garder la tête froide afin de ne pas lui montrer que ses petites provocations l’affectent.

En parallèle, nous découvrons un fermier qui vit avec sa femme et sa fille. Cet homme semble cacher quelque chose, un secret que seul le froid de l’hiver lui permet, pour le moment, de conserver. L’auteur suggère rapidement et subtilement le drame qui s’est joué près de sa ferme et l’implication de cet homme qui semble dépassé par la tournure que prennent les événements. Il faut dire que les conseils du pope local ont de quoi le déstabiliser, ses suggestions étant un parfait exemple de l’hypocrisie humaine et de la manière dont l’humain, religieux ou non, est capable de sacrifier l’un des siens pour protéger ses propres intérêts ou la « collectivité ».

Le fermier que ces soldats répugnent doit pourtant leur offrir un endroit où se loger et se laver… Si la nouvelle ne l’enchante guère, de fil en aiguille, il finit par reconsidérer sa position vis-à-vis du sous-lieutenant et troque son air hautain pour quelques tentatives de rapprochement. Fantasme ou réalité, il espère ainsi que ces Occidentaux lui offrent finalement une échappatoire face à l’injustice et la trahison dont il se sent la victime.

Avec une couverture sobre qui met parfaitement en exergue le titre, La hache, ce roman pose une ambiance assez particulière à l’orée de la poésie et du cauchemar. De la poésie en raison de la superbe plume d’Alain Gerber qui sait user de métaphores et d’images fortes et tranchantes pour nous immerger dans son récit et sa pensée. Et du cauchemar en raison de l’atmosphère étouffante où la méfiance règne, des thèmes abordés ( la justice, les exactions commises au nom de Dieu et de sa patrie, l’hypocrisie, la suffisance des vainqueurs…) et du désœuvrement de ce sous-lieutenant, soldat par conviction, face à une guerre sans champ de bataille.

C’est donc l’atmosphère, les réflexions, non dénuées de pertinence, et la psychologie des personnages qui importent dans ce roman. Un point qui ne conviendra pas à tous les lecteurs notamment à ceux appréciant l’action pure et dure. L’action ne se déroule ainsi pas vraiment sur le terrain, mais plutôt dans la tête de deux personnages aux esprits embrumés par les attentes, les problèmes de communication et les malentendus qui en découlent… Ni le fermier ni le militaire n’attirent donc la sympathie bien que j’aie apprécié la passion pour la littérature et la poésie du sous-lieutenant. Une passion qui m’a presque fait occulter sa vision étriquée et sans concession de la femme idéale.

Un fantasme qui le poussera à ressentir un amour chaste et sublimé pour la fille du fermier avec laquelle il entretiendra un jeu de séduction fait de regards et de pensées. Cette jeune fille, au demeurant assez mystérieuse, en plus de fasciner le militaire suscitera chez son père une certaine inquiétude. Avec sa propension à s’enfermer dans sa bulle, à se murer dans le silence et à porter un masque morbide, elle semble lui échapper. Et puis il se souvient de sa participation active et consentante à l’Événement…

Si la lecture fut intéressante, il m’a parfois manqué un point d’ancrage non pas pour me projeter dans le récit, mais pour m’y cramponner. Peut-être qu’une lecture plus espacée m’aurait évité d’avoir l’impression d’être plongée dans des considérations qui me dépassent ou ne me touchent pas toujours. J’ai néanmoins apprécié la plume de l’auteur et le dépaysement offert par ce huis clos atypique, exigeant et profond dont la richesse tient principalement dans les réflexions qu’il soulève. L’intrigue, quant à elle, marquera l’esprit des lecteurs par cette brume vaporeuse qui semble la caractériser un peu comme si la surface du récit n’était finalement qu’une part infime de ce que roman avait à nous offrir.

Voici donc un livre à réserver aux lecteurs appréciant les belles plumes, un travail élaboré sur la psyché des personnages, les ambiances étouffantes donnant l’impression que chacun est sur le fil du rasoir, et les textes porteurs de réflexion et de questionnement notamment sur l’homme et l’état du monde.

Feuilletez un extrait sur le site des éditions Ramsay/retrouvez le roman en librairie

 

Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Je remercie Babelio et les éditions Buchet Chastel pour m’avoir permis de découvrir Le temps des orphelins de Laurent Sagalovitsch.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.

Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

BUCHET CHASTEL (15 août 2019) – 224 pages – Broché (16€) – Ebook (10,99€)

AVIS

La guerre requiert des sacrifices, et ce n’est pas Ethel qui souffre de l’absence de son mari qui vous dira le contraire ni même ce dernier qui a décidé, alors que rien ne l’y obligeait, de participer à l’effort de guerre.

1945. Après une formation militaire, Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, est donc envoyé en Europe où il découvrira l’impensable, l’innommable, cette réalité historique qu’il reste, plus de soixante-dix ans après, difficile de décrire sans ressentir une vague d’émotions et de dégoût. D’Ohrdruf à Buchenwald, l’épreuve est difficile et la progression en ces lieux maudits intenable : il y a d’abord cette odeur qui prend aux tripes des kilomètres au loin, les morts qui s’empilent, les visages et corps décharnés des vivants qui semblent pourtant partis à tout jamais, la maladie, les fours crématoires…

Malgré l’envie de renoncer et de partir loin de toute cette horreur difficile à endurer, Daniel résiste et fait de son mieux pour apporter un peu de réconfort aux survivants. Mais à la place de ses prières, là où il passe, c’est l’envie de retrouver les êtres perdus qui prédomine… À mesure qu’il récolte les témoignages, Daniel délaisse sa fonction de rabbin pour se recentrer sur l’homme en lui, un homme plein de compassion qui tente, tant bien que mal, de trouver sa place parmi cette cohue désœuvrée. Car si les prisonniers ont retrouvé leur liberté de corps, celle de l’esprit semble bien profondément entravée…

Comment des hommes ont pu se laisser aller à tant de cruauté ? C’est en parcourant les murs hantés du sang de son peuple, même si la folie de Hitler a touché bien d’autres personnes, que Daniel se pose la question. Surgit également du fond de ses entrailles, cette autre interrogation, celle qui fait vaciller sa vie et ses certitudes : comment continuer à porter en soi l’amour d’un Dieu qui a laissé couler tout ce sang ? Daniel, qui a embrassé la profession de rabbin, plus pour faire plaisir à son père que par conviction, questionne donc cette foi dans laquelle il n’arrive plus à trouver le réconfort et les réponses qui lui permettraient d’avancer.

Daniel trouvera néanmoins la force de ne pas s’effondrer grâce à un petit garçon esseulé qu’il va prendre sous son aile. Incarnation de l’innocence bafouée, mais aussi symbole d’espoir et d’un possible avenir, cet enfant, qui préfère les regards aux paroles, sera la bouée de sauvetage du rabbin qui fera alors de son mieux pour retrouver ses parents. Espoir fou et vain ou non, peu importe, puisqu’on retiendra le symbolisme plus que le résultat derrière la quête du rabbin.

La plongée de ce dernier dans la folie humaine et les conséquences infâmes d’une idéologie nazie à vomir est entrecoupée des lettres de sa femme, Ethel. Elle y parle de cet immense amour qu’elle lui porte, du manque de l’autre, d’espoir, d’envie de fonder une famille, de ce quotidien qui, loin du front, reprend ses droits… Ces lettres pleines de tendresse et de positivité, qui apportent un peu d’air frais à une atmosphère mortifère, témoignent néanmoins du fossé qui se creuse entre ceux qui ont subi des atrocités ou qui connaissent leur existence, et les autres. Ethel est un personnage que l’on côtoie peu, mais qui m’a touchée par sa bravoure et son abnégation, cette dernière ayant, par amour et respect pour son mari, consenti à un grand sacrifice.

L’auteur immerge complètement les lecteurs dans l’enfer des camps de concentration, mais il arrive à le faire sans que l’on se sente étranglé par l’émotion. On se sent, bien sûr, incrédule puis en colère et dégoûté devant les épreuves inhumaines subies par des personnes dont le seul tort fut d’exister, mais on arrive à passer outre cette douleur pour avancer aux côtés de Daniel sans jamais détourner les yeux. Un point essentiel si l’on se rappelle toutes ces âmes qui ont péri dans l’indifférence ou, du moins, dans un déni bien pratique pour les consciences… À cet égard, j’ai trouvé la fin particulièrement sobre, mais puissante.

En conclusion, grâce à une plume puissante, vibrante de réalisme et non dénuée de cette délicatesse qui permet de mettre des mots derrière des drames sans jamais franchir la ligne de l’indécence et du sensationnalisme, l’auteur nous fait revivre un épisode noir de l’histoire mondiale que tout un chacun se doit de se rappeler pour que, plus jamais, une telle ignominie ne se reproduise. Fort, puissant et douloureux, plus qu’un livre, un devoir de mémoire !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne.