La dernière Prédiction, Cédric Ménand

Couverture La dernière prédiction

Il aurait pu s’agir d’une simple mission de plus pour la pilote de nef Aurora Meris, et son copilote Modifié Nano. Mais leur dangereuse vie de contrebandiers au sein de la galaxie d’Arknas semble finalement avoir eu raison d’eux.
Arrêtés puis séparés par la toute-puissante Corporation, Aurora va alors tout faire pour s’échapper et retrouver son ami de galère. Au cours de sa fuite en avant, elle sera rejointe par d’autres marginaux traqués, dont une dangereuse mercenaire-pirate et son équipage hétéroclite, un couple étrange, ainsi qu’une princesse détentrice d’un pouvoir en mesure de modifier son propre destin… et celui de la galaxie tout entière.

Faralonn éditions (22 avril 2019) – 347 pages – 18,50€

AVIS

Quand l’auteur m’a contactée pour me proposer de lire un de ces romans, mon choix s’est très vite porté sur La dernière Prédiction. Un choix que je ne regrette pas ayant dévoré ce roman de science-fiction qui laisse une large place aux rencontres, à l’amitié et aux échanges entre les personnages. L’univers et le contexte ne sont pas pour autant occultés, mais ce ne sont pas, du moins pour moi, les pierres angulaires de ce roman. Les amoureux d’univers détaillés et pointus ne trouveront donc probablement pas leur bonheur avec ce roman, mais les personnes en quête d’une aventure mouvementée dans l’espace devraient apprécier leur lecture.

Un auteur au sens du dialogue certain et à la plume vive et dynamique

Dès les premières pages, de sa plume vive et dynamique, l’auteur a su tisser sa toile autour de moi grâce, entre autres, à une galerie de personnages hétéroclites dont on suit avec plaisir la rencontre et les péripéties. Je reste un peu sur ma faim avec Nano, un humain modifié considéré comme défectueux, qui aurait mérité un temps de présence plus conséquent, son rôle demeurant assez subsidiaire. Néanmoins, tous les personnages, principaux comme secondaires, m’ont plu autant dans leur individualité que dans leurs interactions les uns avec les autres.

L’auteur possède d’ailleurs un vrai sens du dialogue, une qualité qui n’est pas si courante ! Je ne compte plus les romans qui, par leurs dialogues téléphonés, creux ou irréalistes, m’ont coupée de ma lecture. Ici, aucune crainte, les échanges sont naturels, fluides et permettent très rapidement de repérer les principaux traits de personnalité de chaque personnage. Les dialogues ne sont pas non plus dénués d’humour, ce qui est toujours appréciable, a fortiori pour dédramatiser des situations parfois un peu compliquées. Des situations qui, en plus de dynamiser le récit, renforceront les liens entre les personnages qui vont apprendre à se faire confiance et à travailler main dans la main pour survivre.

Des personnages attachants dont on découvre progressivement l’histoire, la personnalité, les forces et les faiblesses… 

Mais il n’est pas que question de survie dans ce roman : Aurora souhaite retrouver son ami Nano dont elle a été séparée, en espérant qu’en lui ôtant sa puce, les autorités n’aient pas annihilé sa personnalité, Angus aide la princesse Marylène à fuir un mariage arrangé par son père avec son frère afin de garder la mainmise sur la couronne, et Andrea et Flynn se montrent discrets sur les raisons les poussant à fuir, laissant planer une petite aura de mystère sur leur relation… Kaitlyn, une pirate de l’air badass réputée pour manquer d’empathie, semble, quant à elle, s’être étrangement prise d’amitié pour Aurora et le reste du groupe. À cela s’ajoute un certain sens de l’honneur l’empêchant de laisser ses compagnons d’infortune à leur triste sort, ses qualités de combattante la désignant tout naturellement comme la gardienne de ce groupe constitué au gré des rencontres et des hasards.

Rôle d’autant plus important qu’à part Angus, personne ne semble réellement capable de se défendre. Mais cela n’empêche pas chaque membre du groupe de posséder des qualités, qu’elles soient humaines ou techniques, qui se révèleront utiles pour leur progression ! Je pense notamment aux talents de pilote d’Aurora qui vibre de passion lorsqu’elle se trouve derrière les commandes d’un navire. Elle pense navire, respire navire et  se montre étonnamment douée pour réaliser des prouesses de haute volée, mais rien d’étonnant si l’on considère que sa passion pour le pilotage est ce qui l’a sauvée d’une vie d’asservissement…

J’ai apprécié le fait d’apprendre à connaître et comprendre les personnages progressivement, au gré de leurs (més)aventures, des dangers rencontrés et des moments d’entraide où l’on voit se former une solide et sincère amitié. Si Aurora m’a touchée, j’avoue avoir développé une préférence pour Kaitlyn et son côté brut de décoffrage, qui ne l’empêche pas d’être plus intuitive et humaine que les apparences ne le laissent présager. Sa relation mouvementée avec son frère adoptif, entre haine, attachement et rancune, ne devrait pas non plus vous laisser indifférent ! Son frère possède ce petit côté pirate opportuniste qui me plaît beaucoup, d’autant que derrière son intransigeance, on sent un personnage complexe avec ses propres failles, un peu comme une certaine personne avec laquelle il passe son temps à se disputer… En grande amoureuse de l’ambiance piraterie, j’ai, en outre, savouré les passages et les scènes à bord d’un navire pirate qui fera l’admiration d’Aurora.

Des thématiques intéressantes et une émancipation convaincante… 

Bien que tous les personnages ne revêtent pas la même importance, ils apportent tous quelque chose à l’histoire et permettent à l’auteur d’aborder différentes thématiques : l’esclavage et la soumission aveugle au pouvoir et à l’autorité, la quête de soi, l’émancipation, les parents toxiques, la notion d’humanité à travers la question des augmentations génétiques et des intelligences artificielles qui redéfinissent le concept d’humain… Je ne préfère pas entrer dans les détails afin de vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé ces thématiques intéressantes et amenées avec une certaine sensibilité et délicatesse, bien que peut-être un peu trop survolées. Cela n’a nullement gêné ma lecture qui s’est révélée d’une fluidité exemplaire, ayant enchaîné les pages sans voir le temps passer, ce qui est, du moins pour moi, toujours le signe d’une bonne lecture.

Un autre point du roman m’a particulièrement plu, le fait que la signification du titre se dévoile à nous au cours de l’intrigue, d’autant que l’auteur aborde cette idée de prédiction de sorte à laisser planer le doute quant au fait que ce soit les hommes, en l’occurrence ici les femmes, qui font les prédictions ou les prédictions qui font les femmes. Quoi qu’il en soit, cette dernière Prédiction tant attendue sera l’occasion pour une jeune femme, aidée par une bande de bras cassés pas si cassés que ça, de s’émanciper de ce que l’on attend d’elle pour être la personne qu’elle souhaite être. Cela ne se fera pas sans heurt, mais en revendiquant la place qui lui revient de droit, notre héroïne nous prouvera qu’elle n’est pas cette jeune femme au physique délicat qu’il est nécessaire de protéger, mais une jeune femme prête à prendre ses responsabilités et à faire évoluer les choses... À cet égard, optimiste mais résolument réaliste, l’épilogue rappelle avec pertinence les limites et les possibilités d’un(e) dirigeant(e).

En conclusion, La dernière Prédiction nous offre une palpitante aventure où une pilote émérite, à la recherche de son seul ami, découvrira que si l’espace est source de danger, il peut également réserver de belles surprises, à l’instar de ces personnes avec lesquelles elle va nouer une solide et belle amitié, et vivre des moments intenses où le danger n’est jamais très loin. Entre un jeu du chat et de la souris avec une organisation fort peu sympathique et un souverain, des scènes de combat dans l’espace particulièrement immersives, un voyage sur une planète pas vraiment connue par son sens de l’égalité, et les tensions inhérentes à tout groupe humain… nos personnages vont être poussés dans leurs retranchements, avant de se révéler à eux-mêmes et de nous prouver la force de leur volonté. Un roman de science-fiction parfait pour se lancer dans le genre ou pour passer un instant de lecture divertissant aux côtés d’un groupe hétéroclite dont la synergie fonctionne à merveille !

Si le roman se suffit à lui-même, je serais ravie de retrouver les personnages et/ou l’univers dans d’autres aventures, l’auteur ayant en main toutes les clés pour nous offrir une œuvre riche et complète…

Je remercie Cédric Ménand de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Sous le regard de Laria (tome 1), Chloé Garcia

Couverture Sous le regard de Laria

Le royaume de Linaria a toujours vécu en paix, sous la bienveillance de la déesse Laria. Le couronnement d’Ystar, fils du Tiane, représentant divin de la déesse, approche. Tous se préparent et entament le long chemin pour célébrer cet événement.
De son côté, sa sœur Via a d’autres soucis en tête. De terribles cauchemars l’assaillent et de puissants pouvoirs se développent en elle. Serait-elle une anomalie ? Ou pire, un monstre ?
À l’est, l’Elfe Lildrille, au sang maudit à la naissance, est interdit d’assister à la cérémonie. Il ne pourra passer du temps avec Via, qu’il aime secrètement. Alors qu’il fuit pour la rejoindre, une guerre familiale intestine fait échouer tous ses plans et le transforme en criminel.
Plus au sud, indisposée par une jambe cassée, la reine Cassiopée se terre dans son antre. Une terrible tragédie remet en cause son amour pour la déesse, alors qu’un attentat meurtrier avorte la cérémonie de couronnement.
La paix en Linaria survivra-t-elle ?

AVIS

Ayant beaucoup apprécié son recueil de nouvelles Un grain de magie, j’étais curieuse de retrouver la plume de Chloé Garcia, cette fois-ci dans un roman, Sous le regard de Laria. Ici, la plume de l’autrice se veut plus incisive et âpre à l’image du royaume de Linaria, qui traverse une période trouble au grand dam du Tiane, le représentant de la déesse Laria et la personne régnant sur les huit régences du royaume. Il semblerait que le futur couronnement d’Ystar, son fils, ne fasse pas l’unanimité, le jeune homme n’étant pas reconnu pour ses qualités de politicien, son intelligence ou son sens de la mesure. Quant au Tiane, il craint un fils dont les pouvoirs sont nombreux et puissants…

Au fil des pages, on réalise néanmoins que le couronnement d’Ystar n’est que l’élément qui permet de mettre en lumière des tensions sous-jacentes entre les différents peuples constituant le royaume. Officiellement, humains, Elfes, Grèdes, Nains… vivent tous en paix, unis par le même amour pour la déesse Laria. Officieusement, la situation est bien différente, les rivalités, le racisme, l’esprit belliqueux et/ou l’envie de pouvoir de certains venant fragiliser et menacer l’harmonie du royaume. Difficile dans ces conditions d’assurer la paix comme va le découvrir le Tiane, qui doit gérer les dissensions entre les régents, la remise en question de son pouvoir, des fanatiques, un attentat meurtrier et même un enlèvement….

Malgré ses responsabilités, le Tiane n’est pas au centre de ce roman polyphonique qui nous offre une galerie de personnages variés et absolument fascinants ! Je ne suis pas certaine d’avoir déjà suivi des personnages aussi ambivalents qui exercent une telle emprise sur les lecteurs. Entre révulsion, attraction, mépris, sympathie, empathie, incompréhension… nos émotions et notre cœur sont mis à rude épreuve. Les personnages pour lesquels on développe un certain attachement sont parfois capables de nous décevoir ou de commettre des choses contestables, alors que des personnages antipathiques de prime abord révèlent parfois une sensibilité à fleur de peau qui émeut plus qu’elle ne le devrait au regard de leurs actes. Bien que certains personnages soient du bon côté, du moins par rapport aux valeurs morales de notre société, impossible, dans ce roman, de définir une ligne nette et claire entre le bien et le mal, entre les méchants et les gentils. Une absence de manichéisme qui m’a beaucoup plu et parfois déstabilisée, dans le bon sens du terme.

Je me suis ainsi surprise à être fascinée et révulsée à la fois par une relation étrange et malsaine, empreinte d’amour, de haine, d’attraction et de répulsion. Une relation qui met à nu des personnes complexes : l’une en quête de pouvoir et de reconnaissance, quitte à y perdre toute chance d’être aimée pour ce qu’elle est ; l’autre en quête d’un amour total et symbiotique, quitte à se diluer dans une relation asymétrique et un jeu de domination, dont malgré toute sa puissance, elle ne pourra jamais sortir indemne…

Des liens beaucoup plus doux m’ont également plu, ceux entre la fille cadette du Tiane, Via, et sa suivante Nandra, qui joue tour à tour le rôle de garde du corps, de confidente, d’amie, voire de mère, la mère de Via ayant été assassinée en raison de sa supposée trahison. De par sa discrétion, son ouverture d’esprit, sa soif d’apprendre, son amour des livres, sa curiosité et sa gentillesse, Via est un personnage intéressant et touchant que l’on prend plaisir à suivre, d’autant qu’elle se démarque nettement de son frère, être arrogant par nature, et de sa sœur, une pimbêche superficielle. Mais j’avoue avoir développé un attachement particulier envers Nandra qui fera de son mieux pour prendre soin de sa protégée et l’aider à surmonter les cauchemars qui hantent ses nuits et l’épuisent. La suivante n’est pas parfaite et commettra des erreurs, certaines guidées par une foi aveugle et non dénuée de superstition, mais elle est sincère et agit toujours en son âme et conscience, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. 

En plus d’avoir su proposer et développer des personnages complexes et nuancés, l’autrice dote certains d’entre eux d’une aura de mystère que ce soit Via et ses étranges cauchemars dont on aimerait découvrir la provenance et la signification, un mage apparu presque comme par magie, un elf habité par des voix goguenardes dont l’influence n’est pas anodine, une reine manipulatrice à l’ambition bien affirmée, une reine morte dont on aimerait percer les secrets, une autre qui se réveille d’un coma prête à se lancer dans la bataille, du moins en coulisse… Ainsi, le mystère est bien présent tout comme l’influence des femmes qui semblent ici puissantes, que ce soit au niveau de la transmission ou de l’exercice du pouvoir. Mon seul regret serait que les reines de ce royaume semblent avoir toutes sacrifié, du moins en partie, leur vie de famille et leurs liens avec leurs enfants au profit de leurs responsabilités. Mais cela serait hypocrite de leur reprocher alors que cette défaillance parentale est largement admise quand il s’agit de dirigeants masculins. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié de trouver dans ce roman des figures de femmes fortes, intelligentes et déterminées, dotées d’un sens politique aiguisé.

Au-delà des personnages, le roman peut s’appuyer sur un univers riche, précis et complexe travaillé avec soin et méticulosité, ce qui facilite le sentiment d’immersion et le plaisir que l’on prend à s’approprier un environnement unique et fascinant, qui ne semble pas dénué d’aspérités. La découverte de l’univers passe aussi par celle d’un système de magie, peut-être un peu flou au début du roman, mais qui se dévoile progressivement à nous, dans ses bons comme ses mauvais côtés. Pour ma part, j’ai apprécié, entre autres, cette idée de flux magiques et de magie liée directement à la planète, poussant certains à rechercher un équilibre et une utilisation modérée et réfléchie de la magie. Une préoccupation qui ne sera pas sans rappeler le souci d’écologie de notre propre réalité. Le modèle magique développé par l’autrice se révèle également intéressant par la manière dont il reproduit les inégalités sociales de tout système humain et favorise les classes sociales les plus aisées. Ainsi, quand Nandra doit se cantonner aux sortilèges de base, Ystar a bien plus de liberté et de pouvoir. Pratique pour aider les plus puissants et les plus riches à garder la mainmise sur les moins nantis…

La dimension religieuse est également présente sans être écrasante, le royaume étant organisé selon la doctrine de la déesse Laria, supposée déesse de l’amour et de la paix. Néanmoins, entre les fanatiques et ceux se défiant de son culte, il semblerait que la déesse ait plus tendance à diviser qu’à unir. J’ai trouvé cette déesse, qui semble étrangement silencieuse en cette période troublée, bien ambigüe et pas forcément très en accord avec la vision de bienveillance qu’on lui associe… À moins qu’imposer sa propre vision du monde puisse être considéré comme bienveillant ! Dans tous les cas, cette figure religieuse soulève des questions intéressantes quant à la foi, ses dérives et ce que certain(e)s sont prêt(e)s à faire pour défendre leurs croyances.

En conclusion, entre un univers riche et varié que l’on prend plaisir à s’approprier, une situation politique désastreuse, des luttes entre des peuples supposés en paix, des complots, les manipulations des uns et les mensonges des autres, des personnages à la psychologie aussi tortueuse que finement travaillée, sans oublier un système de magie fascinant et hautement contrôlé, les lecteurs ne devraient pas voir le temps passer ni les pages défiler. Un roman à conseiller aux amateurs de fantasy ou aux personnes souhaitant s’initier au genre à travers une histoire riche et complexe, mais facile d’accès.

Je remercie Chloé Garcia de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

Lalie – Le monde caché de Naturia (tome 1) , Myriam Lorenz

Couverture Lalie, tome 1 : Le monde caché de Naturia

Suite à un accident, Lalie, douze ans, perd connaissance et se retrouve dans une forêt qui ne ressemble en rien à celle de sa région.

Comment a-t-elle atterri là ? Comment repartir ? Pourquoi ne croise-t-elle aucun animal ? Aucun cri d’oiseau ou d’écureuil, pas même un petit insecte ou une araignée à l’horizon !

Heureusement que Lucas est là pour lui expliquer le fonctionnement de ce monde merveilleux, mais aussi très dangereux, qu’est celui de Naturia.

Vous êtes prêts à suivre les aventures de Lalie avec ce premier tome ? C’est parti !

Books on demand (21 avril 2021) – 172 pages – Papier (9,99€) – Ebook (2,99€)
Couverture : Élodie Perez

AVIS

Voici un roman jeunesse que j’ai lu d’une traite, ayant apprécié l’imagination et la plume immersive de l’autrice, qui raviront aussi bien les enfants à partir de 9/10 ans que les lecteurs plus âgés. Les premiers pourront d’ailleurs aisément s’identifier à une jeune héroïne attachante et non dénuée de caractère, qui va vivre une aventure merveilleuse et dangereuse à la fois !

Lalie, une adolescente de douze ans comme les autres, du moins en apparence, ne supporte pas sa belle-mère, une horrible sorcière ! Et ce n’est pas une expression : l’adolescente en est persuadée, Ophélia est une véritable sorcière qui a envoûté son père. Mais Lalie a d’autres priorités que démasquer sa marâtre quand, suite à un accident de voiture, elle découvre un autre monde !

Un monde différent du nôtre où même en pleine forêt, on ne croise aucun animal et où aucun bruit ne vient rompre le silence. Heureusement pour elle, Lucas, qui semble avoir son âge, la découvre et la prend sous son aile, lui dévoilant un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé croiser ailleurs que dans ses rêves. Un lieu féérique et dangereux où il n’est pas conseillé de sortir la nuit, mais où on trouve des youpamis, une créature entre le porc-épic et le caméléon, et même des dragons, du moins le fils d’une dragonne. La mythologie autour des dragons m’a particulièrement intéressée, notamment avec cette idée de sacrifice maternel qui, avec les dragons, prend une tout autre dimension.

Toutes les bonnes choses ayant une fin, les déambulations dans un monde magique y compris, Lalie finit par se réveiller dans une chambre d’hôpital… Aurait-elle rêvé ? Je ne répondrai évidemment pas à cette question, puisque j’ai pris plaisir à découvrir la manière dont l’autrice joue sur le doute de l’héroïne, avant de nous dévoiler, sans trop nous faire attendre, la réponse. Pour ma part, j’ai adoré suivre Lalie qui se montre attachante, courageuse, mais également mature, déterminée et réfléchie.

Si elle est décontenancée par tout ce qui lui arrive, sa curiosité prend vite le pas sur ses doutes ou la menace d’une belle-mère manipulatrice, pour laquelle elle n’éprouve que méfiance. La jeune fille se fait-elle des idées sur Ophélia qu’elle soupçonne de cacher sa véritable nature ? Pour le découvrir, il vous faudra lire le roman, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié le mystère entourant cette belle-mère, digne d’un bon conte. La propre mère de l’adolescente semble également cacher des choses et devient étrangement nerveuse dès que Lalie évoque la magie ou le surnaturel…

Bien que leur présence ne soit pas centrale, les adultes ne sont donc pas absents de ce roman, ce que j’ai apprécié. Quant aux amis de Lalie, ils se révèlent tous les deux sympathiques, mais très différents l’un de l’autre. En plus d’être adorable, prévenant et bienveillant, Lucas m’a touchée en raison de son histoire familiale, une histoire qui ne semble néanmoins pas l’affecter outre mesure. Il faut dire qu’il n’a pas forcément les mêmes critères de bonheur qu’un humain lambda. Quant à Éléonore, la meilleure amie de Lalie dans notre monde, elle se révèle plutôt sympathique. En amie fidèle, elle est prête à épauler Lalie dans ses recherches, malgré l’incongruité de la situation.

L’amitié tient une place importante dans ce roman, ce qui devrait plaire aux jeunes lecteurs. Mais l’autrice évoque également, sans lourdeur et avec une intelligence certaine, une problématique à laquelle beaucoup d’enfants et adolescents ont été ou seront un jour confrontés : le harcèlement scolaire, et plus particulièrement, le cyberharcèlement et ses conséquences. Plus que la thématique en elle-même, c’est la manière dont l’autrice l’aborde qui m’a convaincue et le message qu’elle fait passer quant au caractère néfaste de la vengeance. À cet égard, Éléonore fait preuve d’une maturité qui semble faire défaut à bien des adultes, refusant de répondre à la méchanceté par la méchanceté. J’ai, en outre, été impressionnée par la faculté de l’autrice à nous faire ressentir de la compassion pour un adolescent passé de bourreau à victime en un instant…

Les chapitres se déroulant dans notre monde ne manquent pas d’attrait, l’autrice les nimbant d’une bonne aura de mystère, mais c’est le monde caché de Naturia qui a exercé sur moi la plus forte attraction, au point de ne pas vouloir le quitter. J’ai ainsi pris plaisir à découvrir et à évoluer dans cet univers magique où l’émerveillement n’est jamais loin, malgré les dangers !

En conclusion, enfants, adolescents et adultes devraient apprécier de se laisser prendre par la main par une jeune héroïne courageuse, mais pas intrépide, qui, sans le vouloir, vient peut-être de réveiller des secrets bien enfouis… pour le meilleur et pour le pire. Rythmé, auréolé de mystère, non dénué de suspense, et abordant sous couvert de fiction des thématiques importantes, ce premier tome nous offre une aventure palpitante, entre magie, émerveillement et dangers. Vivement la suite !

Je remercie Myriam Lorenz de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Le dit de Wolveric, tome 1 : Les portes de Llyr, Denis Labbé

Couverture Le dit de Wolveric, tome 1 : Les portes de Llyr

Aux portes de Llyr, en paix depuis quatre siècles, une sombre menace gronde. Les forces de l’Autre Royaume s’amassent pour récupérer leurs territoires. Elles vont trouver sur leur route, Wolveric, un jeune soldat dont la mort ne veut pas. Flanqué d’un gigantesque Phooka qui l’a pris sous son aile, il deviendra l’instrument du destin.
Dans cette quête initiatique, il découvrira un monde d’une incroyable richesse, des êtres terrifiants chantés par les légendes et il se rendra compte que l’univers est bien plus complexe qu’il ne le pensait.

AVIS

Vous dire que je n’ai pas été d’emblée attirée par la couverture ne serait pas très crédible, mais c’est quand même bien le résumé qui m’a donné envie de me plonger dans ce roman de fantasy qui m’a permis de passer un bon et mouvementé moment de lecture.

Après une période de relative paix où les créatures de l’Autre Royaume se contentaient de hanter les légendes, contes et cauchemars, il semblerait qu’elles soient bien décidées à entrer en guerre contre l’Empire ! C’est dans ce contexte difficile qu’une mission de la plus haute importance pour l’avenir de l’Empire va être confiée à un duo inattendu : Wolveric, un jeune guerrier qui rêve de mourir, et le Tors, un Phooka qui a rejoint les rangs des humains. Si d’autres personnages vont intervenir durant cette aventure plutôt épique, j’avoue avoir été plus particulièrement intéressée par les péripéties traversées par ces deux personnages très différents l’un de l’autre, mais parfaitement complémentaires. Ils dégagent, en outre, chacun à leur manière, une certaine aura de mystère.

Wolveric parce qu’il est conscient de choses qu’un humain lambda ne remarquerait pas, et parce qu’il a noué bien malgré lui une relation particulière, entre défiance et respect, avec la Mort elle-même ! Une Mort personnifiée sous les traits d’un scribe, qui refuse d’accorder cette mort à laquelle le jeune guerrier aspire de toute son âme depuis la mort des siens. Mais rien d’étonnant à ce refus : plus on tourne les pages, plus on a le sentiment que ce jeune homme au destin contrarié possède quelque chose de spécial en lui, une différence qui semble attirer les problèmes et différentes créatures plus ou moins sympathiques. Quant à le Tors, il se plaît à entretenir un certain mystère sur sa personne et son passé, jusqu’à cacher son vrai nom. Au fil des péripéties et des révélations, les raisons d’un tel comportement quelque peu énigmatique se dévoilent heureusement à nous…

En plus du duo, j’ai beaucoup apprécié un Gobelin, un trublion qui apporte un peu de légèreté à une intrigue marquée par les attaques, les trahisons, les mensonges et les complots. Moi qui apprécie les complots, je me suis d’ailleurs régalée, rien n’étant ce qu’il paraît être dans ce roman où le danger se fait de plus en plus pesant et pernicieux, la politique se pare de ses plus noirs atouts, et la cupidité noircit les âmes. Ainsi, quand certains travaillent en secret pour accroître leurs richesses, quitte à trahir les leurs et à souscrire à de terribles alliances, un être malfaisant œuvre dans l’ombre pour asseoir son pouvoir et redessiner les frontières de l’Empire, mais également de l’Autre Royaume.

Les enjeux de ce premier tome se révèlent donc bien plus importants que ce que le début du roman laisse présager, un point qui rend d’ailleurs la lecture passionnante. Les scènes d’action, toujours savamment orchestrées sans jamais s’éterniser, insufflent également un certain dynamisme au récit. Et puis, même quand il n’y a pas d’action à proprement parler, les lecteurs, comme les personnages, n’ont d’autre choix que de rester sur le qui-vive afin d’anticiper la prochaine menace et sa nature. Si les dangers sont multiples et variés, l’auteur évite pourtant l’écueil du manichéisme.

Ainsi, contrairement à ce qu’on serait tenté de penser, il ne s’agit pas ici des victimes contre les attaquants, de l’Empire contre l’Autre Royaume, mais d’humains et de Sidhes manipulés pour mener une guerre. Les « gentils » et les « méchants » appartiennent aussi bien à un camp qu’à un autre, d’autant que les frontières entre les deux sont bien plus perméables qu’il n’y paraît. Alors on ne s’étonnera pas de voir travailler main dans la main un humain avec un Phooka et un Gobelin, afin non pas de faire triompher un camp sur un autre, mais tenter d’éloigner une guerre dont les tenants et les aboutissants nous semblent bien opaques. Il faut dire que les trahisons sont légion et qu’un être particulièrement retors semble à lui tout seul représenter le plus grand des dangers. D’ailleurs, son ombre planera sur une bonne partie du roman, s’insinuant dans l’esprit de chaque lecteur.

Au-delà des multiples complots et mensonges qui brouillent les cartes et apportent une dynamique intéressante, le roman peut s’appuyer sur un bestiaire divers et varié. Nous rencontrons ainsi tout un tas de créatures, certaines effrayantes, d’autres accueillantes, voire adorables comme les Verdiers, des créatures volantes de petite taille. Pour ma part, j’ai apprécié que l’auteur nous transporte dans un Autre Royaume pluriel qui tranche avec l’image réduite que les habitants de l’Empire en ont. Un Autre Royaume qui réservera également quelques surprises à Wolveric qui en découvrira les différentes strates… Sans entrer dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte, celle de Songerêve m’a fascinée tout comme cette idée que des Sidhe puissent naître de songes !

En conclusion, d’une plume fluide et immersive, l’auteur nous immerge dans un univers au bord d’une guerre qui risque fort bien de redessiner les frontières entre l’Empire et l’Autre Royaume. Mais comme un jeune homme, qui se rêvait barde mais qui deviendra un féroce guerrier, le découvrira, la vraie guerre ne se joue pas forcément sur les champs de bataille… Entre une ombre menaçante et écrasante dont la présence se cache derrière bien des événements, une aura puissante de mystère, des mensonges, des trahisons, des complots, et une bonne dose de manipulation, Le dit de Wolveric nous offre une aventure de fantasy épique et rythmée qui poussera les héros et les lecteurs dans leurs retranchements !

Je remercie les éditions Rebelle de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Wolf girl (tome 1), Leia Stone

Couverture Wolf Girl, tome 1

Quand mes parents ont été bannis de Wolf City avant ma naissance, j’ai pensé qu’il n’y avait aucune chance que je revive un jour dans une meute. Menottée, avec ma magie de métamorphe contenu, on m’a forcée à intégrer une école avec des sorcières et des vampires afin d’empêcher ma vraie nature de sortir.
Puis je l’ai rencontré. Sawyer Hudson.
Le fils de l’Alpha visitait le Delphi College et m’a repérée. Il m’a jeté un coup d’œil, et une heure plus tard, j’étais retirée de l’école, emmenée à Wolf City, laissant derrière moi mes parents et tout ce que je connaissais.
Cette année Sawyer, le futur alpha, sélectionne sa compagne, et chaque femme âgée de 18 à 22 ans doit être présente. Me voilà maintenant à l’Université des sciences lycanthropiques de Sterling Hill, en plein milieu d’un Bachelor pour loups-garous !
Et juste au moment où je pensais maîtriser les choses, Sawyer libère mes menottes et ma magie et voit ce que je suis vraiment.
Le problème, c’est que je ne sais pas en quelle créature je me transforme. Mais ce n’est pas un loup-garou ordinaire, c’est sûr.

Hachette Lab (15 septembre 2021) – 7,99€

AVIS

Bien que classique dans le fond, Wolf girl réussit à introduire une certaine originalité par la nature particulière de l’héroïne que je n’avais encore jamais croisée. Je vous laisserai évidemment le plaisir de la découverte, mais l’idée de l’autrice m’a plu, d’autant qu’elle permet d’aborder, sous couvert de fiction, un sujet difficile. Demi est ainsi marquée profondément dans sa chair, mais pas seulement, par un événement traumatisant. Seule fille-loup de sa fac, elle doit également faire face au harcèlement de ses camarades, alors que des bracelets magiques l’empêchent de riposter sous peine de ressentir de terribles souffrances.

Si Demi est la seule représentante de son espèce à la fac, c’est que les autres loups-garous vivent à Wolf City, une ville de laquelle ses parents ont été bannis avant sa naissance. La jeune femme ne connaît pas la raison de ce bannissement, mais elle en subit tous les jours les conséquences. Ceci explique qu’elle n’hésite pas à quitter sa ville et sa fac pour rejoindre l’Université des sciences lycanthropiques de Sterling Hill, quand une opportunité se présente à elle. Séparée de ses parents et de sa meilleure amie, l’étudiante va devoir s’adapter à sa nouvelle vie, en comprendre les codes, tout en participant à un Bachelor pour loups-garous. Une compétition organisée pour permettre à Sawyer, la personne grâce à laquelle elle a pu quitter sa fac, de choisir sa future épouse, condition sine qua non pour qu’il puisse devenir le nouvel alpha. 

J’ai eu peur de tomber dans un roman ressemblant à La Sélection de Kiera Cass, mais le côté Bachelor n’est finalement qu’un prétexte pour permettre à Sawyer de briser l’exil de Demi qui, comme on s’en doute, ne le laisse pas indifférent. N’aimant pas le principe d’un homme qui met en concurrence des femmes avant d’en choisir une, j’ai apprécié que Demi partage mon indignation. Et puis, fort heureusement, Sawyer n’est pas non plus fan du concept : il participe parce qu’il y est obligé, mais on ne doute guère de quel côté son cœur balance. Pour ma part, j’ai regretté une attraction trop rapide entre les personnages, car cela ôte tout suspense quant à l’évolution de leurs sentiments. L’autrice joue néanmoins très bien la carte des sentiments avec des réparties et des déclarations qui devraient ravir le cœur des personnes qui, contrairement à moi, n’ont pas besoin de voir une relation se construire pour y croire. 

La romance est un peu trop consensuelle et rapide pour m’avoir conquise, mais j’ai apprécié tout le mystère autour de l’exil des parents de Demi, et celui entourant la nature particulière de la jeune femme. Une nature qu’elle va devoir apprendre à apprivoiser et à mieux connaître pour son propre bien. Se pose également la question des raisons de l’obsession des vampires pour la jeune femme, des dents longues qui n’hésitent pas à attaquer des loups-garous pourtant capables de se défendre ! Mais ce ne seront pas les seuls dangers que Demi, le garçon de ses rêves et ses amis devront affronter, l’autrice nous réservant des ennemis plutôt retors. À cet égard, la mythologie autour de ces derniers m’a fortement intéressée, d’autant qu’on réalise que la situation n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît…

Les scènes d’action sont parfaitement maîtrisées avec une fluidité dans les descriptions qui apporte un réalisme et un dynamisme certain ! Les sentiments de Demi sont également bien développés bien que l’on reste sur une narration rythmée, fluide mais manquant de caractère, et, peut-être, de maturité. Mais j’imagine que cela s’explique, en partie, par le public visé. Néanmoins, l’aura de mystère bien présente compense ce point d’autant que contrairement à ce que je craignais, Sawyer évite le cliché du bad boy. Et là, je dis un grand merci à l’autrice n’en pouvant plus de ces protagonistes masculins magnifiques, ténébreux mais toxiques.

Protecteur, mais prévenant et respectueux, Sawyer m’a agréablement surprise et quelque peu peinée par sa position de futur alpha qui l’oblige à participer à cette mascarade de sélection. Mais il n’a pas le choix pour une raison que l’on découvre en cours de lecture et qui apporte une dynamique intéressante à sa relation avec Demi. Quant à cette dernière, elle a su me toucher par son courage, sa résilience, et la manière dont elle tente de comprendre sa nature profonde et de faire face à un monde qui n’est pas le sien. J’ai également beaucoup apprécié la cousine de Sawyer avec laquelle Demi s’est liée d’amitié. Rigolote et bienveillante, tout en étant capable d’être incisive, Sage est une petite bouffée d’oxygène à elle toute seule ! Je regrette juste que l’autrice ait choisi de conclure son premier tome sur un événement qui relance certes l’intrigue, mais qui m’a semblé un peu trop dramatique, que ce soit dans son exécution ou les réactions qu’il suscite chez un personnage.

En conclusion, Wolf City est un roman YA qui se révèle assez classique dans son déroulé, mais original quant à la nature de son héroïne et le secret entourant un protagoniste masculin qui s’éloigne du cliché éculé du bad boy ! Loin du harem que j’avais redouté, on découvre ici une romance entre deux êtres inexorablement attirés l’un par l’autre, des êtres qui vont devoir faire face à des dangers de différentes natures et des ennemis, entre vampires et espèces hybrides… Rythmé et auréolé d’une bonne dose de mystère, Wolf City devrait plaira aux amateurs de romances paranormales ou à ceux souhaitant s’initier au genre à travers un roman rapide et facile à lire, qui nous laisse entrevoir une suite dans laquelle les cartes sont redistribuées !

Je remercie NetGalley et les éditions Hachette pour cette lecture.

Le jeu de l’assassin, Ngaio Marsh

Couverture Et vous êtes prié d'assister au meurtre de...

Six invités sont conviés par un excentrique collectionneur d’armes à participer à une murder party dans sa propriété campagnarde. Seulement, c’est un véritable cadavre qui est retrouvé à l’issue du jeu de rôles… La victime ? Charles Rankin, un quadragénaire aisé et coureur de jupons.
Parmi les coupables possibles ? Le maître des lieux, son majordome russe, un professeur d’origine russe, lui aussi, la maîtresse du défunt, son mari jaloux, la femme que Rankin devait épouser…

Parue en Grande-Bretagne en 1934, la première enquête de Roderick Alleyn, de Scotland Yard, aristocrate cultivé et élégant, est à savourer pour son humour à froid so british.

Archipoche (21 octobre 2021) – 260 pages – Papier (14€)

AVIS

Réédition d’un roman paru dans les années 30, Le jeu de l’assassin marque les débuts d’une série de cosy mystery que je prendrais plaisir à continuer, ayant apprécié la plume de l’autrice et son style assez particulier. Il se dégage, en effet, quelque chose de très théâtral dans la manière dont l’autrice met en scène les personnages, et plus particulièrement, son enquêteur et un journaliste qui, de fil en aiguille, va passer du stade d’invité à une murder party, à celui de suspect avant d’endosser le rôle d’assistant.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par l’enchaînement des scènes qui m’a donné l’impression d’assister à une pièce de théâtre grandeur nature, avec des dialogues ciselés, précis et bien souvent relancés par un inspecteur assez insaisissable. Courtois, compréhensif, mais guidé par un instinct affûté et une intelligence froide, Alleyn est le genre de personnes dont il est quasiment impossible de deviner les pensées. Un côté insaisissable qui lui sera fort utile pour enquêter sur les dessous d’une murder party à l’issue mortelle, la personne jouant le rôle de la victime ayant été réellement assassiné.

Qui a pu tuer Charles Rankin, un coureur de jupon bien fait de sa personne, et pour quelle raison ? Est-ce l’un des six invités, l’hôte lui-même, un(e) domestique ou une personne de l’extérieur ? Pour le déterminer, Alleyn n’aura pas d’autre choix que de passer la scène du crime au crible, interroger chacun en essayant de gratter la surface pour comprendre les non-dits et les relations entre les personnes présentes, sans oublier de creuser la piste d’une société secrète russe et d’une arme du crime qui semble susciter les passions et cristalliser les tensions. La tâche est de taille, mais notre inspecteur pourra compter sur son flair de fin limier, son sang-froid et l’aide, entre autres, du cousin de la victime et participant à la muder party, un journaliste qui détonne parmi les autres invités.

Au fil des pages, on voit le duo se former selon une dynamique qui ne sera pas sans rappeler, dans une certaine mesure, celle du célèbre duo Sherlock/Watson, bien que nos deux comparses soient quand même bien moins impressionnants et doués. Mais comme le souligne Alleyn, une tête pensante n’a-t-elle pas toujours besoin d’un faire-valoir pour avoir l’impression de briller ? Si la pique peut-être blessante, elle est dite sans méchanceté et caractérise assez bien l’humour non dénué de dérision d’Alleyn, qui flirte entre le sarcasme et une froideur de bon aloi. D’ailleurs, Nigel ne s’en offusque guère et prend son rôle d’assistant au sérieux : s’il n’était pas proche de son cousin, il aimerait néanmoins en débusquer l’assassin. Et puis, un journaliste, comme un inspecteur, ça aime enquêter… Un point commun qui les rapproche dans leur manière assez froide de considérer la situation.

L’enquête en huis clos se révèle intéressante et dynamique, Alleyn sollicitant régulièrement les invités, parfois de manière peu conventionnelle, tout en prenant le temps de récapituler les faits et son avancée. J’ai apprécié le procédé qui m’a donné le sentiment de participer activement à l’enquête, voire à une murder part en raison du côté très théâtral de la plume de l’autrice et du scénario. Le suspense sans être intenable est, quant à lui, au rendez-vous, certains invités ayant un mobile, quand d’autres semblent cacher des informations et/ou réagir de manière suspecte. Le parti pris de l’autrice de ne pas développer outre mesure la psychologie de ses personnages leur confère, en outre, une certaine aura de mystère, puisque difficile de savoir qui est capable de quoi.

J’ai néanmoins regretté des personnages féminins assez clichés (le contexte historique et social n’aide pas), bien qu’une femme sorte heureusement du lot. Intelligente, indépendante, conductrice intrépide, voire chauffarde en puissance, et courageuse, Angela n’hésite pas à prendre des risques pour innocenter son amie et aider notre duo Alleyn/Nigel. J’ai d’ailleurs trouvé Angela plus intéressante que Nigel qui m’a semblé avoir tendance à subir les événements plutôt qu’à les anticiper. En ce sens, il respecte parfaitement son rôle de faire-valoir d’un inspecteur, peut-être pas brillant, mais intuitif et méthodique, qui aime ménager ses effets. 

J’ai douté jusqu’à la fin du ou de la coupable, éliminant et revenant régulièrement sur des suspects en fonction des raisonnements de l’inspecteur et de ses découvertes... Si j’aurais souhaité une fin plus flamboyante, je reconnais son réalisme notamment quant aux raisons expliquant un crime qui a transformé une soirée de jeu amusante en un véritable drame. Alors un petit conseil, réfléchissez-y à deux fois avant d’accepter de participer à une murder party et plongez-vous plutôt dans ce roman qui allie charme anglais, plume vive et dynamique, meurtre et enquête à la mise en scène très théâtrale !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, B.B. Alston

 

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles - kit presse

Amari Peters sait trois choses :
1. Son frère Quinton a disparu.
2. Personne ne semble s’en inquiéter.
3. La disparition de Quinton est liée à son travail.

Quand elle trouve dans le placard de son frère une invitation à se rendre au mystérieux Bureau des affaires surnaturelles, Amari n’hésite pas. Et voilà qu’elle est reçue par un ascenseur parlant et rencontre une dragon-garou qui devine ses émotions !
Dans l’espoir de retrouver Quinton, Amari accepte de travailler pour le Bureau, dont la mission est de réguler le monde surnaturel. Elle fait alors une découverte qui va bouleverser sa vie. Son frère était un célèbre agent chargé de traquer les magiciens, considérés comme les ennemis du Bureau. Désormais, c’est à la jeune fille de prendre la relève.

Bayard Jeunesse (22 septembre 2021) – 15,90€ – 528 pages
Traduction : Sidonie Van Den Dries

AVIS

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est le genre de livre écrit pour les enfants qui plaira également aux adolescents et aux adultes, par son originalité, ses thématiques sous-jacentes, ses petits airs de Men in Black, et sa jeune héroïne courageuse. Une héroïne qui leur rappellera la personne qu’ils ont probablement rêvé d’incarner dans leurs rêves d’enfants les plus fous.

Car avec ce roman, l’auteur s’adresse directement à l’imagination des lecteurs de tout âge, leur offrant une magnifique aventure empreinte d’amitié et d’humour et emplie de créatures diverses et variées. Vous pensiez votre voisine inoffensive, si ce n’est sa tendance à mettre son nez dans vos affaires ? Grave erreur, mes amis, c’est probablement une horrible sorcière au nez crochu, à moins que ce ne soit une fourmi géante à taille humaine ? Ainsi, les apparences sont bien souvent trompeuses comme le découvrira Amari, une jeune fille de 12 ans qui va être propulsée, de manière fort surprenante, dans un monde dont elle n’avait pas conscience de l’existence…

Néanmoins, déterminée à intégrer le Bureau des affaires surnaturelles afin de retrouver son frère Quinton disparu depuis six mois dans le cadre de ses fonctions d’agent du Bureau, Amari ne se laisse pas déstabiliser par ce monde surnaturel qui se dévoile à elle, ni par toutes les révélations sur son frère, qui lui avait caché tout un pan de sa vie. L’adolescente, propulsée dans un monde étrange et excitant à la fois, devra également affronter sa propre nature : elle se croyait banale, elle se découvrira magicienne, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa formation, les magiciens étant considérés comme de redoutables criminels à éliminer… Déjà victime de racisme et de harcèlement dans son école humaine, en raison de ses origines afro-américaines et de son milieu social, Amari est maintenant confrontée aux préjugés entourant les magiciens. Des préjugés qui rendent son intégration au sein du Bureau des affaires surnaturelles bien difficile, certains se faisant un plaisir de lui nuire, de se moquer d’elle, et de tenter de saboter ses efforts !

Elle pourra heureusement compter sur sa camarade de chambre Elsie, une dragonne-garou, avec laquelle elle nouera une sincère amitié, ainsi que sur Dylan, membre d’une célèbre famille et jumeau d’une véritable pimbêche ! Les trois se lanceront sur la piste de Quinton et de Maria, sœur de Dylan, mais surtout coéquipière de Quinton, les deux formant le très célèbre duo VanQuish. J’ai adoré suivre Amari dans son enquête d’autant que l’on sent à quel point retrouver son frère est important pour elle, les deux ayant toujours été très proches. Quelques révélations, dont l’une que je n’avais pas anticipée, devraient en outre vous surprendre, l’auteur jouant avec brio sur le jeu des apparences et des idées préconçues qui déforment le voile de la vérité…

Entre un puissant, énigmatique et dangereux ennemi, les faux-semblants, les mystères, les secrets, les préjugés et la méchanceté, sans oublier les dangers bien réels avec des attaques violentes de créatures cauchemardesques, les lecteurs et Amari n’ont pas le temps de s’ennuyer ! J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur ne ménage pas sa jeune héroïne, la mettant devant des situations difficiles et la poussant très régulièrement dans ses retranchements. Mais loin de se laisser décourager par les épreuves et cette haine qu’on lui témoigne, Amari nous prouve, page après page, son courage, son intelligence, sa débrouillardise, et son sens aigu de la famille, de l’amitié et de la justice. Elle fait également montre d’une certaine noblesse d’âme en ne cherchant pas à se venger des personnes qui la harcèlent quand ses pouvoirs, dont elle découvre progressivement l’étendue, le lui permettraient…. 

L’auteur a donc réalisé un très beau travail sur son héroïne qui se révèle forte, mais pas infaillible, qui derrière sa pugnacité, connaît parfois des périodes de doute, et qui affronte avec courage les préjugés tout en les surmontant grâce à sa bravoure et à ses actes. Une héroïne inspirante et attachante que l’on voit évoluer au fil de l’aventure et des dangers et qui gagne progressivement confiance en elle. Amari apprend également à se détacher de l’ombre d’un frère protecteur, mais parfois un peu étouffant par sa perfection, pour s’affirmer et prendre toute la mesure de son propre potentiel.

Les pages ont une légère tendance à se tourner toutes seules comme par magie, ce qui s’explique aussi bien par une intrigue menée tambour que par le style particulier de l’auteur. Ainsi, si certains éléments se révèlent assez classiques, B. B. Alston y ajoute sa touche personnelle, un mélange de fantaisie, de sensibilité, d’humour et de positivité, qui donne envie de se plonger corps et âme dans son imaginaire et son univers. Pour ma part, j’ai adoré m’approprier, aux côtés d’Amari, les codes de ce monde surnaturel caché au commun des mortels, arpenter le Bureau des affaires surnaturelles, en découvrir les différents départements, les spécialités de chacun, rencontrer différents personnages, certains franchement antipathiques, d’autres ouverts d’esprit, sympathiques et prêts à évoluer. En plus des humains, les différentes créatures qui peuplent le récit ne manquent pas non plus d’intérêt, même si ce sont les ascenseurs hauts en couleur que l’on rencontre au détour des pages qui ont eu ma préférence. Il faut dire qu’entre la reine des blagues et le roi des snobs pas si snob que cela, l’auteur a veillé à ce qu’on ne regarde plus jamais un ascenseur de la même façon ! 

En résumé, avec Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, c’est tout un nouveau monde qui se dévoile à nous ! Un monde de dangers et de possibles, un monde unique, fascinant et merveilleux, laissant entrevoir de riches et mouvementées péripéties pour une jeune héroïne attachante et courageuse, qui offre un beau modèle de résilience aux personnes victimes de harcèlement, de préjugés et de racisme… Touchant, non dénué d’humour, rythmé, et empli de mystères et de créatures en tout genre, voici un roman qui ravira tous les lecteurs friands d’aventure et de surnaturel.


Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis. Je remercie d’autant plus la maison d’édition qu’elle m’a fait la surprise d’un très sympathique kit presse comportant une bougie, un badge, un carnet et des lunettes 3D.

 

La baronne des glaces, tome 1 : La fin d’un monde, Nicole Vosseler

Couverture La baronne des glaces, tome 1 : La fin d'un monde

Russie, 1822. Katy et Gricha rêvent de parcourir le monde et de faire fortune. Avec l’aide de Thilo et Christian, ils ont une géniale idée : exporter la glace du Nord jusque dans les Tropiques. Mais leur entreprise sera semée d’embûches. Et quand l’amour s’en mêle…

De glace et de feu

Russie, 1822. Élevés dans la misère, Katya et son frère Gricha, orphelins de mère, rêvent tous deux d’une vie meilleure. A16 ans, Gricha rêve de faire fortune et de voit le monde. Il s’enfuit à Saint-Pétersbourg avec sa petite sœur âgée de 9 ans.
Pendant un voyage sur la mer Baltique jusqu’à Hambourg, ils font la connaissance de Thilo et Christian. Ensemble, ils décident de monter une société marchande, avec une idée aussi surprenante qu’audacieuse : exporter la glace du Nord vers les Tropiques.
Mais la voie du succès est semée de difficultés et d’incertitude… et les sentiments qui lient Katya à Christian, pourtant marié, menacent de précipiter la chute de ces jeunes  » barons des glaces « …

AVIS

Ayant adoré Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler, j’étais impatiente de découvrir son nouveau roman à la couverture très hivernale. Il faut dire que les deux protagonistes, un frère et une sœur, ont longtemps côtoyé le froid, d’abord la Russie puis la Norvège, avant de se rendre dans des contrées un peu moins glaciales…

Gricha, treize ans, décide de prendre son destin en main et de quitter son village de Russie où il ne pouvait espérer qu’une dure vie de labeur au service d’un autre. Un destin qui ne convenait guère à un jeune adolescent que l’on sent déjà épris d’aventure et de liberté… Très attaché à sa petite sœur, Katya, il se promet de revenir la chercher, elle qui passe son temps à travailler très dur pour la maisonnée sans une once de reconnaissance paternelle ou de chaleur humaine…

Mais si Gricha est déterminé, sa sœur l’est tout autant et s’impose à lui, venant chambouler tous ses plans de fuite. Deux âmes en quête d’une nouvelle vie que le destin va porter vers différents vents, et qui vont être confrontées, au fil des années qui passent sans se ressembler, à un certain nombre de défis personnels, professionnels et sentimentaux. Les débuts seront difficiles, mais le frère et la sœur vont trouver refuge en Norvège, chez une veuve qui, petit à petit, va développer une certaine complicité avec Katya, alors que Gricha va et vient au gré de ses engagements sur une baleinière. Ambitieux, intelligents et débrouillards, le frère et la sœur développeront néanmoins d’autres ambitions. Des rêves d’ailleurs et d’accomplissement qui les porteront jusqu’à Hambourg, où ils s’associeront avec deux frères pour se lancer dans un commerce un peu fou : celui de la vente de glace !

Dès le début, j’ai été touchée par ce frère et cette sœur, seuls contre tous, contre une famille maltraitante, contre des conditions sociales qui les enferment plus sûrement que n’importe quelle porte de prison. À cela s’ajoute, pour Katya, sa condition de femme qui autorise n’importe quel homme à la commander, à la dénigrer ou à se considérer supérieur à elle… Katya n’est toutefois pas femme à se laisser maltraiter et elle nous prouvera à maintes reprises sa bravoure, son sens de l’initiative et son intelligence. C’est d’ailleurs elle qui, forte de sa relation particulière avec la glace, aura l’idée de se lancer dans son commerce.

J’ai trouvé toute la partie commerciale passionnante, Katya, Gricha, Thilo et Christian travaillant d’arrache-pied pour financer leur projet ambitieux et un peu fou, trouver un bateau, des débouchés commerciaux, tout en devant faire face à leurs sentiments parfois confus. Ce sera d’ailleurs mon seul bémol, cette sorte d’imbroglio amoureux qui m’a laissée sceptique, car soumis à des revirements tellement soudains et répétitifs qu’ils en paraissent quelque peu irréalistes. Il aurait fallu, du moins pour moi, soit ôter certaines interactions amoureuses soit, a minima, les développer pour en comprendre l’essence. À l’inverse, j’ai apprécié que l’autrice nous propose une certaine diversité dans l’orientation sexuelle de ses personnages, que ce soit avec Gricha qui aime les hommes et les femmes, sans que cela ne suscite de problème ou de jugement, ou avec un personnage qui apprend à accepter son attirance pour le même sexe…

Ce roman nous offre une grosse bouffée d’évasion, la dimension aventure étant très présente, mais il nous permet également de découvrir des personnages qui luttent avec acharnement pour se sortir de leurs conditions sociales. Car si Gricha et Katya ont fuit la pauvreté de leur Russie natale, Thilo et Christian tentent de faire fleurir le commerce familial dans une ville qui tente de se relever de l’occupation des Français, et des règles strictes imposées par Napoléon. Le contexte géographique, qui évolue au fil des péripéties, et historique se révèle donc passionnant, d’autant que le roman semble tiré d’une histoire vraie, celle d’une famille de commerçants.

Je serais ravie d’en apprendre plus sur cette famille, en attendant, ce roman m’a permis de voyager, de faire des virées en mer et, chose étonnante, d’en apprendre beaucoup sur la glace, élément dont la richesse m’a frappée. À travers son héroïne et des petits encarts en début de chaque partie, l’autrice nous offre une sorte d’ode à la glace, à sa richesse, à sa diversité, à son chant, et à tout ce qu’elle peut apporter à celui ou à celle qui, comme Katya, sait l’écouter et la lire. Une capacité qui rend encore plus spéciale une héroïne qui, de par sa force de caractère et sa pugnacité, suscite déjà toute l’admiration des lecteurs. La capacité de son frère à prédire le temps se révèlera également utile, a fortiori quand vous naviguez en mer et développez vos compétences et connaissances maritimes.

Au-delà du côté aventure et de cette relation commerciale qui va unir deux familles, la dimension humaine, familiale, amicale et amoureuse rend la lecture aussi passionnante qu’addictive. On suit avec tendresse, parfois agacement, les liens se resserrer, se distendre ou trouver d’autres formes au gré des événements, des erreurs des uns, des attentes trompées des autres… Alors si certains comportements m’ont parfois laissée dubitative, j’ai aimé cette liberté d’esprit et de sentiments qui apporte beaucoup d’humanité à des personnages imparfaits, mais qui ne cessent d’évoluer et d’apprendre aux côtés des uns des autres.

La route jusqu’au succès est longue et parsemée d’embûches, mais nos protagonistes semblent lancés pour vivre encore de belles, éprouvantes et riches aventures, embellies par le sens de l’amitié, de la famille et des sentiments parfois bien difficiles à comprendre et à dompter, mais dont la force permet à chacun d’avancer…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Dévotion, Dean Koontz

Couverture Dévotion

Woody Bookman, 11 ans, n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Pas même quand son père est mort dans un prétendu accident. Mais pour Megan, sa mère, le plus important est que son fils autiste, doté d’une intelligence supérieure, soit heureux.

Woody, lui, est persuadé qu’un laboratoire se livrant à des expériences génétiques secrètes et ultrasensibles est responsable de la mort de son père. Et que la menace se rapproche désormais de lui et de sa mère.

Avec l’aide de Kipp, un golden retriever télépathe, Woody va tenter de stopper l’être maléfique tapi dans l’ombre…

L’Archipel (2 septembre 2021) – 450 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Antoine Guillemain

AVIS

Ma seule expérience avec l’auteur s’étant soldée par une lecture en demi-teinte, j’avais quelques appréhensions quant à la lecture de Dévotion, des appréhensions qui se sont heureusement envolées dès les premières pages. Si j’aime les thrillers psychologiques, j’apprécie aussi, de temps en temps, des thrillers qui, comme ici, sortent l’artillerie lourde. Ne vous attendez donc pas à un roman subtil, l’auteur ayant quand même tendance à jouer sur les heureux hasards et à privilégier l’action au détriment du réalisme, mais cela n’est pas dérangeant en soi.

Dévotion nous offre ainsi du grand divertissement, digne d’un bon film. Le résumé, bien que très alléchant, ne laisse en rien présager de la diversité des protagonistes qui vont intervenir dans ce roman que j’ai lu très rapidement. Il faut dire que prise dans l’enchevêtrement des événements, je n’ai pas vu le temps passer et me suis surprise régulièrement à vouloir accélérer ma lecture pour être certaine que la situation ne s’aggrave pas pour les gentils. Des gentils qui, au fil de l’aventure, vont tous converger vers un point : la maison de Megan et de son fils de onze ans. Depuis la mort de son mari Jason, il y a trois ans, Megan veille avec beaucoup d’amour et d’attention sur Woody, autiste à haut potentiel qui n’a jamais prononcé un mot, mais avec lequel elle a réussi à créer des liens solides. Si Woody n’ouvre jamais la bouche, il parle autrement…

On se prend immédiatement d’affection pour ce garçon sensible, extrêmement intelligent et fragile, qui « se sent en pagaille », gêné par lui-même et les autres. Cela ne l’empêche pas de mener une enquête à partir de son ordinateur pour prouver que l’accident de son père est en réalité un meurtre déguisé. Une enquête qui ne sera pas sans conséquence pour lui et sa mère, car s’il est intelligent, d’autres ont, quant à eux, d’infinies ressources… En parallèle, Woody va attirer, sans le vouloir ni le savoir, l’attention d’un chien. Mais pas un chien normal, un chien évolué qui appartient à une communauté, le Mystérium, composée de chiens aussi intelligents que les êtres humains, et capables de parler par télépathie sur le Circuit.

Privé de sa maîtresse décédée d’un cancer, Kipp, un golden retriever adorable et attachant, n’a qu’une idée en tête : retrouver Woody, seul humain capable de communiquer avec lui par télépathie, d’autant qu’il semble en pleine détresse. En parallèle de ces personnages, d’autres interviennent, certains bienveillants comme Rose ou Ben, un ancien SEAL, d’autres bien plus vicieux et dangereux… Si l’auteur intègre des menaces classiques, avec entre autres un milliardaire intouchable et un shérif corrompu plus intéressé par sa carrière et son profit personnel que par la collectivité, il teinte son roman d’une aura de science-fiction que ce soit avec cette communauté de chiens évolués et télépathes ou un homme en pleine mutation, Lee.

Lee n’est pas sorti complètement indemne d’un incident dans un laboratoire faisant des recherches, officiellement sur le cancer, officieusement sur le génie génétique. En plus de gagner en force physique et de voir ses sens s’affûter, grâce aux archées que son corps semble avoir absorbées, la rage le gagne. Une rage qui se transforme en un déchaînement de violence inouïe et en une faim insatiable… Et puis, il y a Megan, son ex-petite amie que Jason lui aurait volée il y a longtemps, comme si elle était un vulgaire objet. Un objet qu’il est bien déterminé à récupérer, à façonner selon ses propres désirs ou à détruire. À mesure que son envie de vengeance le gagne, la faim se fait vorace, la faim se précise, la faim le hante et le transforme en un hybride, du moins psychologiquement, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, mais un animal réduit à ses instincts. Âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes, heureusement très courtes, étant peu ragoûtantes.

J’ai apprécié le chemin emprunté par l’auteur qui, espérons-le, ne nous dessine pas ici le futur de l’Homme. Transhumanisme, évolution humaine provoquée par des visionnaires dépourvus de toute morale, limites d’un progrès scientifique sans éthique… tout autant de thématiques que j’ai trouvées intéressantes. Mais en grande amoureuse des animaux, ce sont les réflexions autour des chiens, de la complicité et de l’amour les unissant aux hommes qui m’ont le plus touchée. On reste sur une œuvre de fiction qui va très loin dans la communion mentale et la coopération entre les deux espèces, mais j’ai aimé m’imaginer que la vision de l’auteur devienne un jour réalité.

Au-delà de ce doux rêve, on prend un plaisir immense à découvrir le fonctionnement de cette communauté de chiens intelligents et soudés qui ne connaissent ni la haine ni le mensonge, juste l’amour, la bienveillance et l’espoir. J’ai ainsi été touchée par l’envie très forte de ces chiens de comprendre d’où ils viennent, comme n’importe quel être humain, sans pour autant négliger les familles qui les ont accueillis. J’ai, en outre, apprécié d’entrer dans le Circuit, y découvrir Bella, chienne veillant à ce que les communications urgentes soient bien transmises à tous, et voir se dessiner les espoirs de ces représentants particuliers de l’espèce canine

En résumé, Dévotion est un thriller efficace, qui manque peut-être un peu de subtilité quant au déroulé des événements, mais qui se démarque par sa patte particulière, son rythme haletant et cette impression que tout converge vers un jeune autiste et un chien qui, à eux deux, risquent bien de changer la face du monde ! Les amoureux des animaux et des romans où le danger semble arriver de tous les côtés devraient apprécier ce roman qui mêle habilement action et une science, dépourvue de garde-fous, dont les avancées s’apparentent parfois à un net recul de l’humanité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Apprendre à se noyer, Jeremy Robert Johnson

Couverture Apprendre à se noyer

Quelque part dans la jungle somptueuse et inquiétante d’un pays d’Amérique du Sud, un père emmène son fils pêcher, l’autorisant pour la première fois à s’aventurer au milieu d’un fleuve dont les eaux se révèlent aussi dangereuses que généreuses. Ce rite d’initiation va bientôt tourner au cauchemar lorsque le jeune garçon disparaît subitement. À la recherche de son enfant, l’homme débarque sur un rivage hostile, peuplé de tribus, de chamans et de sorcières.

Apprendre à se noyer est un conte initiatique et horrifique, saisissant par sa cruauté autant que par sa poésie et sa délicatesse. Jeremy Robert Johnson nous entraîne dans un voyage apocalyptique et intime qui, par-delà le macabre, offre une fable de toute beauté sur l’amour, la disparition, et la possibilité toujours présente, pour nous autres les vivants, de défier la mort pour lui arracher ce dont elle nous a privés.

AVIS

Une fois ma lecture d’Apprendre à se noyer terminée, je me suis demandé comment j’allais pouvoir vous en parler. Difficile, en effet, de mettre des mots sur cette expérience littéraire étonnante, mélange de cauchemar et d’onirisme, de macabre et de poésie, de brutalité et d’amour. En moins de 150 pages, Jeremy Robert Johnson arrive à proposer une histoire impersonnelle et universelle à la fois. Impersonnelle parce que le cadre géographique est vague, les prénoms occultés et le décor prégnant mais limité. Universelle par ses thématiques : perte, abandon de soi, deuil, culpabilité, vengeance, amour parental et inconditionnel…

Un amour parental qui, une fois soumis à la pire épreuve qu’il puisse exister, conduit notre protagoniste sur un chemin tortueux, empreint de mort, de regrets et de désespoir. Alternant entre pulsions de vie et de mort, l’homme, qui ne sera jamais nommé autrement, tente à sa manière de faire face à l’imaginable… La journée s’annonçait rayonnante sous fond de complicité père/fils, elle finira dans le sang et la douleur. Le fleuve est généreux, mais le fleuve recèle de dangers, comme ce monstre, du moins devenu tel dans l’esprit de l’homme, qui en un coup de mâchoire scelle à tout jamais le destin d’une famille.

Alors que l’enfant a sombré, emporté dans la gueule aux dents acérées, l’esprit de l’homme semble s’égarer vers des contrées inatteignables où il est question de défier la mort, de rives étranges, et d’une sorcière à l’obscure et macabre magie. Le prix de la vengeance est élevé, mais l’homme est prêt à le payer et à trouver, dans ce monstre qu’il tente de défier, la seule manière d’apaiser une âme damnée par le regret, la culpabilité, la douleur et la perte. La perte d’un enfant devenu la lumière de son couple et celle future d’une femme qui ne peut guère vivre sans cette lumière.

Entre réalité et fantasme, le voyage de l’homme se révèle émotionnellement difficile, d’autant que se mêlent à la douleur des scènes horrifiques, où les images s’imprègnent de symbolisme et de mort. Cette mort qu’il réfute dans une lancinante agonie, mais qui n’en demeure pas moins réelle. Une mort, implacable de froideur, qui s’impose à lui et à nous dans un vacarme assourdissant et silencieux à la fois. Une étrange sensation s’empare alors des lecteurs qui luttent pour ne pas se noyer, quand l’homme lutte contre des courants, parfois contraires, pour apprendre à se noyer, et retrouver dans le ventre du monstre la partie de lui-même qui lui a été brutalement arrachée.

Conte initiatique, fable tortueuse, mais surtout désespoir d’un père face à une perte qui lui a fait perdre le sens commun de la réalité, tout en affûtant ses autres sens. Le sentiment d’être à soi, la vue, l’ouïe, le toucher, tout semble exacerbé pour se (re)connecter à une nature écrasante et à des événements et des images qui symbolisent délicatement les différentes étapes d’une difficile acceptation…

Jouant sur la conscience aiguë, primale et viscérale de la perte d’un enfant, l’auteur nous propose ici une échappée macabre et lyrique à la fois dans les limbes de l’obsession d’un père pour réparer ce qui ne peut l’être. Horrifique, brutale et implacable, cette fable se pare néanmoins d’accents de vérité, montrant la beauté là où jamais on n’aurait pu l’imaginer. Une plume tout en poésie pour décrire l’horreur et une horreur servant de miroir aux sentiments les plus purs que rien, ni même les dents les plus acérées ou le noir abyssal de la mort, ne saurait emporter. Apprendre à se noyer porte à merveille son titre, tout en nous rappelant que c’est parfois aussi une manière d’apprendre à résister avant de mieux s’abandonner.

Picabo River Book Club

Je remercie les éditions le Cherche midi et Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du Picabo River Book club.