You slay me, tome 1 de Katie MacAlister

You Slay Me ("Aisling Grey, Guardian, Novel" Book 1) (English Edition) par [Katie Macalister]

Aisling Grey is a courier enjoying a free, work-related trip to Paris when she learns she’s a Guardian. That’s a keeper of the Gates of Hell, for those who don’t know. She finds this out from Drake Vireo, who’s scrumptiously sexy-at least in his human form. Now Drake has stolen the package Aisling was sent to deliver, and she must track him down, get the package, and try to resist the passion boiling inside her.

AVIS

C’est sur le blog Between dreams and reality que j’ai découvert cette série qui, malgré une couverture kitsch à souhait, m’a fait passer un bon moment de lecture auprès d’une héroïne américaine qui n’a pas, mais alors pas de chance du tout. Alors qu’Aisling est en mission à Paris pour son oncle, elle découvre que la personne à laquelle elle devait délivrer un précieux objet a été assassinée et que, comble de la malchance, le charmant homme rencontré sur la scène du crime, en plus d’être un potentiel meurtrier, le lui a volé. Enfer et damnation, tonton ne va pas être content et la police parisienne risque de fort mal interpréter sa présence sur la scène du crime…

Aisling est le genre d’héroïne qui ressemble à madame Tout-le-Monde à ceci près que c’est un puits à ennui, les meurtres ayant une légère tendance à se multiplier autour d’elle ! Sa mission à Paris va également la plonger dans un monde surnaturel dont elle ne veut pas entendre parler. Mais les événements vont la rattraper en même temps que le très sexy Drake, un homme pouvant se transformer en dragon, avec lequel elle va se retrouver bien plus liée qu’elle n’accepte de l’admettre. La relation entre les deux personnages est plutôt amusante et devrait ravir les amoureux de romances paranormales, le duo se révélant plutôt piquant ! Je suis d’ailleurs très curieuse de découvrir comment la relation entre les deux personnages va évoluer dans le deuxième tome puisqu’ils ne semblent pas vraiment partager la même vision d’un potentiel futur à deux. Bien que parfois un peu possessif, j’ai apprécié Drake et la manière dont l’autrice joue sur l’une des caractéristiques des dragons, l’amour de l’or et des trésors quels qu’ils soient. Une chose qui va quelque peu compliquer la vie d’Aisling et qui risque fort de la compliquer dans le futur.

Au-delà de la relation entre notre héroïne et son dragon et du côté enquête plutôt bien amené, ce sont les personnages secondaires qui rendent cette série tellement amusante et attachante. Aisling va ainsi être épaulée par un chauffeur de taxi haut en couleur, Rene. En plus de la transporter dans les rues de Paris et de l’aider à échapper à ses poursuivants, il va lui apprendre quelques phrases de français qui, à défaut d’avoir un véritable sens, ne manqueront pas de vous arracher un sourire. Il existe un certain mystère autour de ce personnage ! D’ailleurs, sa manière d’être toujours là au bon moment et de ne pas prendre la poudre d’escampette devant certains événements d’origine surnaturelle me pousse à m’interroger sur sa véritable nature…. J’espère qu’on en apprendra plus dans la suite de la série, mais pour le moment, j’aime beaucoup cette figure du chauffeur de taxi non dénué d’humour, de gouaille et de courage.

Aisling pourra également compter sur sa nouvelle amie française et un démon assez particulier revêtant l’apparence d’un chien hilarant qui n’a pas la langue dans sa poche. J’ai eu un coup de cœur pour ce démon qui m’a beaucoup amusée et que j’adorerais adopter bien qu’il puisse parfois se montrer râleur et imprévisible…. Quand notre héroïne a décidé d’invoquer un démon, ce n’est probablement pas cette figure canine qu’elle attendait, mais cela lui apprendra une leçon importante : ne pas jouer avec la magie quand on n’est pas certain d’en maîtriser les règles. Côté magie, j’ai d’ailleurs hâte d’en apprendre plus sur le rôle dans le monde surnaturel qu’elle est censée jouer et sur la manière dont elle va arriver à accepter ou non son engagement avec un certain dragon sexy. Parce que si Aisling semble vouloir prendre ses distances, quelque chose me dit que Drake ne l’entend pas de cette oreille…

En conclusion, You Slay me est le premier tome d’une série fort sympathique qui, au-delà d’une enquête pleine de rebondissements dans le monde de l’occulte parisien, nous permet de découvrir une palette de personnages particulièrement hauts en couleur et attachants. Rythmé, non dénué de suspense, plein d’humour et auréolé d’une tension amoureuse plutôt savoureuse entre deux personnages que tout oppose, voici un roman à lire pour un moment de détente sans prise de tête.

 

Les hommes de nuit 1 : La rose, Marie L’Or Viollet

Les hommes de nuit 1 - La rose

1700 : Marie est une belle jeune femme, élevée par son père veuf. Il est libraire et a tout appris à sa fille. Mais ils doivent quitter l’Angleterre pour honorer un étrange contrat. Son père s’est engagé auprès d’un personnage singulier venu d’un autre continent pour restaurer sa bibliothèque. Après une longue et éprouvante traversée, elle va rencontrer Nicolas…

Évidence Éditions (17 juillet 2020) – 336 pages – Papier (17€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Appréciant les romances historiques, la couverture et la mention de l’année 1700 dans le résumé m’ont donné envie de découvrir ce roman qui fut malheureusement une lecture en demi-teinte…

SI j’ai apprécié une certaine originalité dans le récit, il y a quelques points qui m’ont chagrinée comme le mélange des genres hasardeux et parfois maladroit qui m’a donné l’impression que l’autrice n’avait pas réussi à choisir entre romance historique et roman de bit-lit dont elle reprend certains clichés. On oscille donc entre passé simple et vocabulaire vulgaire, ce qui donne un résultat plutôt saugrenu. Il m’a ainsi été difficile de rester stoïque devant des phrases du style « Il fallait qu’il baisât…« . Je peux me tromper, mais il me semble peu probable qu’en 1700, le verbe baiser ait déjà ce sens. Je ne dis pas qu’on ne peut pas mélanger les genres, mais pour moi, il y a un travail d’harmonisation à faire sur ce texte pour que le tout possède une certaine cohérence.

J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas mieux exploité puisque concrètement, à part les robes, la réception des mondains (et encore…) et la naïveté de Marie sur les choses de l’amour, cette histoire aurait aussi bien pu se passer en 1700 qu’en 1900 ou à notre époque. Je pense que cela provient principalement du fait que les personnages évoluent en vase clos et qu’on n’a donc pas particulièrement l’occasion d’évoquer le contexte historique de l’époque. De la même manière, j’ai eu l’impression que le bébé recueilli par Marie en début de roman n’a eu qu’un seul rôle, être une source de quiproquo avec Nicolas. Le reste du temps, il fait surtout de la figuration. Une petite facilité scénaristique qui m’a quelque peu frustrée tout comme la romance éclair puisqu’il ne faudra pas bien longtemps pour que Nicolas soit obsédé par Marie et que Marie tombe sous son charme.

Et le terme obsédé n’est pas utilisé au hasard, notre héros ayant bien du mal à se contrôler en la présence de la jeune ingénue qu’il désire tant faire « sienne ». Possessif et brutal dans ses réactions, Nicolas n’est pas un personnage que j’ai apprécié outre mesure d’autant que malgré sa nature de vampire lui ayant permis de voir passer les siècles, il se comporte bien souvent comme un adolescent en pleine crise. C’est d’ailleurs le roi du claquage de porte ! Si cela n’excuse en rien son comportement qui m’a donné bien souvent envie de le punir en le privant de dessert (donc de Marie), on peut toutefois comprendre qu’il soit chamboulé par ces nouveaux sentiments qui s’offrent à lui, lui qui n’a jamais rien ressenti pour une femme si ce n’est de la tendresse pour Lucie, la seule autre femme vampire. Il va donc devoir apprendre à se maîtriser tout en essayant de comprendre les raisons de la tempête intérieure à laquelle il doit faire face.

Quant à Marie, elle se révèle gentille et assez courageuse, mais elle m’a parfois exaspérée par sa naïveté. Certes, elle a toujours vécu en autarcie avec son père partageant son temps entre la lecture et son travail à la librairie familiale, mais l’autrice pousse quand même l’image de jeune femme naïve à son paroxysme… Heureusement, Marie n’est pas qu’une jeune ingénue, c’est également une femme passionnée par les livres. C’est d’ailleurs là la raison de sa présence dans la demeure de Nicolas où elle s’occupe, à la place de son père décédé, de classer les livres et de restaurer ceux qui en ont besoin. J’ai beaucoup aimé découvrir la manière dont Marie restaure les livres, mais c’est surtout la passion avec laquelle elle le fait et en parle qui m’a le plus séduite. Dans ces moments-là, on ressent pleinement la femme passionnante et passionnée qu’elle peut être. Un caractère flamboyant qu’elle ne réserve pas qu’aux livres puisque Nicolas sera loin de la laisser insensible malgré ses emportements qui l’exaspèrent…

La romance ne m’a pas convaincue parce que principalement basée sur une attraction physique quasi animale, mais je pense qu’elle pourra plaire aux lecteurs qui n’ont pas besoin que les personnages apprennent à se connaître avant de tomber amoureux. Pour ma part, la manière dont Nicolas répète toutes les deux lignes « mon ange » m’a donné des envies de meurtre et les questionnements incessants de Marie sur les sentiments de Nicolas à son égard m’ont fatiguée, mais j’ai, en revanche, apprécié tous les à-côtés qui ont rendu le livre rapide et facile à lire. Le style de l’autrice, malgré le problème énoncé en début de chronique, reste agréable et plutôt fluide. Il n’y a pas de longueurs inutiles même si on pourrait noter une certaine redondance dans le déroulement des faits, la relation entre nos amoureux alternant entre moments câlins/érotiques, malentendus et claquages de porte.

En plus du rythme et de la relation unique et touchante entre Nicolas et deux loups qui ne manquera pas de ravir les amoureux des animaux, ce qui fait la force de ce roman est l’aura de mystère dont l’autrice a su l’entourer. On pourrait croire que tout a été dit et fait sur le mythe du vampire, mais l’autrice réussit à apporter, et c’est le cas de le dire, du sang frais ! Il existe ainsi un certain flou autour du premier vampire, Luc, créé par Dame Nature qui est d’ailleurs ici personnifiée par une vraie femme, une idée qui m’a bien plu. Mais le vrai mystère concerne sa femme Lucie qui est la seule et unique femme vampire existante sur Terre et ceci depuis la nuit des temps. Les vampires ont bien essayé de transformer d’autres femmes pour se trouver des compagnes, mais chaque tentative s’est soldée par un retentissant échec, Luc n’arrivant pas à se souvenir du processus exact pour accomplir ce petit miracle. Cela explique la raison pour laquelle Lucie est unique et importante, mais aussi pourquoi Nicolas est terrifié à l’idée de ne jamais trouver la solution pour transformer Marie au risque de la perdre dans un futur plus ou moins proche. Certains événements lui feront d’ailleurs prendre pleinement conscience de la fragilité de son âme sœur…

Trouvera-t-il le moyen de donner au monde une seconde femme de nuit ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’ai apprécié la touche de tension que cette question soulève tout comme j’ai adoré le couple Luc et Lucie qui se révèle assez touchant. On sent à quel point le mari et la femme s’aiment et seraient prêts à tout l’un pour l’autre. Attendez-vous également à une petite révélation de leur côté même si je l’avais assez vite anticipée… Au-delà de ce couple attendrissant, on découvre d’autres hommes de nuit, dont l’un qui semble également rattrapé par le virus de l’amour. Ce sera d’ailleurs le protagoniste que l’on suivra dans le deuxième tome. Si je préfère, en général, suivre les mêmes personnages d’un tome à l’autre, je reconnais que l’autrice a réussi à attiser ma curiosité et à me donner envie de découvrir cette nouvelle histoire d’amour qui s’annonce plutôt mouvementée…

En conclusion, on pourra regretter quelques maladresses dans la narration qui donnent l’impression que l’autrice n’a pas réussi à choisir quelle tonalité donner à son roman, mais ce premier tome de la série Les hommes de nuit reste une lecture fluide et agréable qui plaira probablement aux lecteurs appréciant les personnages tourmentés par leurs sentiments, les grandes et belles bibliothèques dans lesquelles on rêverait de se perdre et les romances vampiriques auréolées d’un certain mystère.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé la version numérique de ce roman en échange de mon avis.

 

Lorsque nous étions morts, Mathieu Guibé

Lorsque nous étions morts de Mathieu GUIBÉ (ACTUSF) | Editions ActuSF

Lassé de l’existence et de la société, Lord Josiah Scarcewillow se complaît dans un quotidien vampirique où les meurtres sont devenus banals. Pourtant, sa rencontre inattendue avec Abigale va le pousser à reconsidérer sa condition de non-mort et ravive sa curiosité envers le vivant. Son âme réanimée, sa nature monstrueuse n’en est pas pour autant altérée ; il est prêt à tout pour retrouver cette jeune fille que l’éternité ne saurait effacer. À tout, même à une pluie de cadavres.

ACTU SF (22 novembre 2019) – 256 pages – Broché (15,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

D’abord publié chez les éditions du Chat noir sous un autre titre, ce roman nous revient dans une très belle édition signée Naos, un label des éditions ActuSF. Je dois avouer que c’est avant tout la couverture et la promesse d’un roman à l’ambiance sombre, parfaite pour le Pumpkin Autumn Challenge, qui m’ont donné envie de me plonger dans la vie de Lord Josiah Scarcewillow, vampire de son état.

Dès les premières lignes, j’ai été transportée par la plume poétique de l’auteur et par sa faculté à restituer toute l’ambiance sombre de son histoire à travers des mots choisis avec soin et des descriptions d’une surprenante acuité. Mais si j’ai apprécié les descriptions nous permettant de nous plonger avec réalisme dans les différents lieux et les différentes époques que nous traversons, c’est la manière dont l’auteur réussit à nous faire ressentir les sentiments de ses personnages qui m’a le plus séduite.

Que l’on apprécie ou non Josiah, il est ainsi impossible de rester insensible devant la force de sa passion pour la belle Abigale, objet de toute son affection, de tout son bonheur, mais également raison de son affliction. Année après année, son destin va se retrouver inextricablement lié à cette femme rencontrée par hasard, une femme qui a su l’ensorceler, lui le vampire qui se pensait dépourvu d’humanité. Or, de l’humanité n’en faut-il pas pour aimer sans retenue et au-delà de la raison et de tout esprit de conservation ? Car si l’amour entre les deux est indéniable, le destin semble s’acharner à les séparer de bien cruelle manière. Amour et souffrance finissent par ne plus faire qu’un alors que Josiah se laisse dévorer par ses plus bas instincts et qu’Abigale se fait plus insaisissable que jamais…

Je préfère rester très vague sur le fond du récit et les liens forts et inébranlables unissant les personnages pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que si vous aimez les histoires romantiques teintées de dramatique, celle de ces deux amants maudits devrait faire battre votre cœur et vous faire ressentir une myriade d’émotions. Moi qui reste bien souvent insensible devant les romances contemporaines dont je regrette parfois le manque d’élégance et de noblesse, j’ai été touchée par cette histoire d’amour d’un autre temps dans laquelle les sentiments sont exacerbés à l’extrême et l’ambiance sombre à souhait.

Dans ce roman romantique à l’ambiance gothique, l’auteur alterne ainsi entre le beau et le monstrueux que ce soit dans les événements, les décors ou le personnage de Josiah qui se révèle aussi beau à l’extérieur que sanguinaire et bestial à l’intérieur. Loin de l’image du vampire actuel, ce personnage renoue avec l’image du vampire brutal qui n’hésite pas à tuer pour se nourrir, à tuer pour oublier, à tuer pour se défouler, à tuer par envie… Mais alors qu’il devrait faire naître en nous un profond dégoût, Josiah arrive à nous émouvoir et à nous toucher au plus profond de notre être par son amour total et viscéral pour Abigale d’autant que finalement, toute cette cruauté qu’il n’hésite pas à déchaîner autour de lui ne sera jamais aussi forte que celle qu’il subit lui-même.

Profondément humain dans son inhumanité, ce personnage se révèle donc fascinant et fait quelque peu de l’ombre à l’objet de son désir, la délicate Abigale qui, de prime abord, pourrait ressembler à la blanche colombe sacrifiée sur l’autel de la passion et de la déraison. Mais ce serait faire fausse route de ne voir en cette femme qu’une jeune naïve, car si sa candeur est rafraîchissante, Abigale n’en demeure pas moins un être de passion qui saura, au même titre que son bien-aimé, faire de lourds sacrifices pour s’assurer de leur félicité ou, du moins, d’un moyen de s’en rapprocher. J’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur cette dernière, mais j’ai été séduite par sa force de caractère et sa pugnacité surtout pour une femme du XIXe siècle à laquelle on a probablement plus appris l’obéissance que la liberté d’esprit et de cœur. D’ailleurs, l’auteur évoque, bien que ce soit brièvement, le sort des femmes à l’époque avec, entre autres, les mariages arrangés et la difficulté pour ces dernières de s’adonner à des centres d’intérêt comme les sciences et les technologies nouvelles, des sujets sérieux supposés être réservés aux hommes…

En trame de fond, est également évoquée la question de l’immortalité qui se peut révéler être un bien lourd fardeau, a fortiori quand elle semble se jouer de vous et vous ravir, année après année, l’objet de votre affection en même temps que tous vos repères qui s’envolent devant le progrès et les changements sociétaux. Une immortalité contre laquelle notre vampire semble lutter, en proie à de multiples tourments et à cette sensation qu’elle est incompatible avec toute humanité. Mais l’est-elle vraiment ou Josiah ne se perd-il pas dans ses illusions et croyances lui permettant d’éviter de se confronter à la réalité : ce sont bien plus nos actes qui nous définissent que notre supposée nature ? À cet égard, j’ai été très touchée par la leçon de vie offerte par un personnage aussi discret que remarquable qui, par un de ces caprices dont le destin a le secret, s’est révélé être autant serviteur que père de son créateur…

Roman à l’ambiance gothique, on y retrouve ce qui fait le charme du genre : une demeure inquiétante et quelque peu abîmée par le temps, la présence d’une créature fantasmagorique, la nostalgie du passé devant l’arrivée du progrès, des sentiments d’une extrême puissance qui dévastent tout sur leur passage, une héroïne qui sait ce qu’elle veut, l’horreur avec des scènes violentes et sanguinaires… Tout autant d’éléments, parmi d’autres, qui expliquent à quel point j’ai aimé me plonger dans cette atmosphère inquiétante au charme suranné.

En conclusion, Lorsque nous étions morts est l’histoire tragique d’un vampire peut-être pas aussi dépourvu d’humanité qu’il se complaît à le penser et d’une femme plus forte qu’il n’y paraît, séparés par un destin qui semble s’acharner à les empêcher de communier. Poétique, sombre et brutal, voici un roman qui devrait ravir les lecteurs avides de renouer avec l’image ténébreuse et torturée du vampire et les romances sombres et dramatiques dans lesquelles les sentiments, portés à leur paroxysme, s’inscrivent dans l’éternité.

Je suis fille de rage, Jean-Laurent Del Socorro #PLIB2020

1861 : la guerre de Sécession commence. À la Maison Blanche, un huis clos oppose Abraham Lincoln à la Mort elle-même. Le président doit mettre un terme au conflit au plus vite, mais aussi à l’esclavage, car la Faucheuse tient le compte de chaque mort qui tombe. Militaires, affranchis, forceurs de blocus, politiciens, comédiens, poètes… Traversez cette épopée pour la liberté aux côtés de ceux qui la vivent, comme autant de portraits de cette Amérique déchirée par la guerre civile.

ACTU SF (11 octobre 2019) – Version collector (23,90€) – Ebook (9,99€)
#ISBN9782366294774

AVIS

Je suis fille de rage me faisait un peu peur pour son côté historique fort prononcé, mais c’était mal connaître Laurent Del Soccoro qui, d’une plume alerte et vive, réussit pendant plus de 500 pages à nous plonger corps et âme dans une guerre qui s’est pourtant déroulée sur un autre continent et à une autre époque que la nôtre, la guerre de Sécession. Une guerre que je ne connaissais qu’à travers la littérature grâce à des ouvrages comme Autant en emporte le vent auquel l’auteur fait un petit clin d’œil savoureux et plein d’impertinence. Je n’ai jamais eu de fascination particulière pour les États-Unis ni pour les scènes de bataille, mais je dois avouer que je n’ai pas réussi à lâcher ce roman ayant été complètement subjuguée par les enjeux de cette guerre et le destin d’hommes et de femmes, militaires de carrière ou non, embarqués dans un conflit qui va s’enliser puisque la guerre rapide espérée par Lincoln n’aura pas lieu.

Il est d’ailleurs étonnant de voir que malgré une armée bien moins équipée et importante, le Sud résiste et remporte certaines victoires éclatantes sur un adversaire qui avait pourtant le pouvoir de l’écraser. Il faut dire que des deux côtés, une certaine confusion règne que ce soit en raison de dilemmes moraux, certains étant partagés entre famille et patrie, ou de la jeunesse et de l’inexpérience de soldats qui entrent en guerre sans réellement en saisir les réalités, du moins, jusqu’à ce que la mort les fauche. Car la guerre de Sécession, en plus d’avoir été un conflit fratricide, a été un conflit particulièrement sanglant et meurtrier ! Une réalité dont l’auteur nous fait prendre conscience grâce, entre autres, à un personnage inattendu, la Mort en personne, qui s’évertue à marquer symboliquement à la craie chaque personne tuée durant la guerre.

Ce procédé frappe l’esprit des lecteurs en même temps que celui de Lincoln que la Mort semble torturer de sa simple présence puisque face à elle, il n’a pas vraiment d’autre choix que d’affronter les conséquences dramatiques de chacune de ses actions et de réfléchir aux raisons profondes qui l’ont conduit à se lancer dans une guerre civile traumatisante. Les entretiens entre Lincoln et la Mort apportent une pointe de fantastique appréciable, mais nous permettent surtout de voir Lincoln sous un autre jour : pas comme un grand homme se battant pour ses idéaux, mais comme un être humain avec ses propres doutes et un objectif qu’il a encore bien du mal à définir lui-même. Obtus, parfois plus proche du tyran muselant les opposants et la presse que du libérateur, il lui faudra un certain temps avant de comprendre que la demi-mesure quant à l’abolition de l’esclavage ne peut exister !

Si j’ai apprécié le portrait de Lincoln tout en nuances, j’ai également beaucoup aimé suivre la palette variée de personnages proposée par l’auteur qui, contrairement à ce que l’on aurait pu craindre en raison du contexte militaire, veille à assurer une certaine parité. On découvre donc des figures historiques et des êtres de fiction, des militaires gradés ou non, confiants ou pétris de doutes, une jeune Sudiste qui quitte sa famille pour s’engager dans l’armée du Nord autant pour s’opposer à son père que pour lutter afin que plus jamais des hommes, des femmes et des enfants n’aient à porter de chaînes, une esclave affranchie qui va découvrir que liberté ne rime pas avec égalité même chez les Nordistes, une ancienne esclave qui se bat en première ligne pour les siens, un Sudiste fortuné et convaincu de son bon droit de posséder d’autres personnes en raison de leur couleur de peau… Tous les personnages ne revêtent pas la même importance et certains sont attachants quand d’autres se révèlent révoltants, mais à la fin du roman, on a le sentiment de les avoir vraiment connus même si ce n’est qu’un peu et durant une période particulière.

À travers ces nombreux personnages et leurs ressentis, l’auteur donne donc un visage à la guerre. Les soldats et leurs supérieurs ne sont plus des anonymes qui se battent sur un champ de bataille ou donnent des ordres, mais ce sont des hommes et des femmes avec un nom, une famille, un passé, des peurs, des espoirs et des conflits intérieurs. Cela explique probablement la rapidité avec laquelle on se surprend à tourner les pages d’autant que la narration se révèle étonnamment fluide. Je lis peu de romans historiques trouvant que ceux-ci tendent parfois à se révéler fastidieux à décrypter, mais ici, je n’ai pas du tout eu cette sensation, bien au contraire. Il faut dire qu’en plus de proposer un roman choral qui engage indéniablement l’attention et le cœur des lecteurs, l’auteur veille à offrir des chapitres courts qui apportent rythme et dynamisme au récit.

Mais le plus grand atout du roman, du moins pour moi, est la manière dont l’auteur mêle faits historiques romancés et documents historiques traduits par ses soins. Certains esprits chagrins pourraient s’offusquer de la démarche, mais pour ma part, je l’ai trouvée brillante ! Plus qu’avoir traduit des documents, le tour de force de l’auteur est d’avoir su les choisir avec soin afin qu’ils se fondent complètement dans le récit à moins que ce ne soit le récit qui se fonde dans l’Histoire. J’imagine à quel point le travail de recherche, de sélection et de traduction a dû être fastidieux pour qu’on en arrive à un résultat aussi naturel et probant. Sans les repères visuels guidant notre lecture, il m’aurait ainsi bien été difficile de tracer la frontière entre réalité et fiction…

Ce roman m’a donc séduite autant sur le fond que la forme et m’a permis de découvrir les dessous militaires et stratégiques d’une guerre dont j’avais une connaissance bien sommaire et dont on devine qu’elle a, dans une certaine mesure, figé les différences idéologiques entre le Nord et le Sud des États-Unis. Que ce soit grâce à ses talents de narrateur qui lui permettent de nous faire vivre avec beaucoup de réalisme les différentes scènes de bataille ou sa faculté à partager avec nous le destin d’hommes et de femmes qui se livrent à une guerre fratricide, j’ai été absorbée dans ma lecture de la première à la dernière page. Un petit exploit qui me pousse à conseiller ce roman aux amateurs de livres historiques, mais aussi à tous les lecteurs qui désirent en apprendre plus sur la guerre de Sécession auprès d’un auteur qui sait indéniablement rendre vivant le passé. Roman historique teinté de fantastique, Je suis fille de rage ne devrait pas manquer de vous marquer et de vous pousser à vous interroger sur la notion de liberté qui, comme l’actualité tend à la démontrer notamment outre-Atlantique, ne signifie pas forcément égalité…

Félines, Stéphane Servant #PLIB2020

Félines | rouergue

Personne ne sait exactement comment ça a commencé. Ni où ni quand d’ailleurs. Louise pas plus que les autres. Ce qui est sûr, c’est quand les premiers cas sont apparus, personne n’était prêt et ça a été la panique. Des adolescentes qui changeaient d’un coup. Des filles dont la peau se recouvrait de… dont les sens étaient plus… et les capacités… Inimaginable… Cela n’a pas plu à tout le monde. Oh non ! C’est alors qu’elles ont dû se révolter, être des Félines fières et ne rien lâcher ! Après Sirius (prix Sorcières 2018), Stéphane Servant revient avec un roman coup de poing.

Éditions du Rouergue (21 août 2019) – 464 pages – Broché (15,80€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782812618291 #PLIB2020

AVIS

Vu les avis assez contradictoires, Félines me faisait un peu peur. Mais fort heureusement, dès les premières pages, l’auteur avait gagné une lectrice avide de découvrir son roman prenant la forme d’un témoignage fictif, celui de Louise. J’ai adoré me plonger dans la vie de cette adolescente cabossée par la vie qui, deux ans après un accident lui ayant fait perdre sa mère et sa popularité, doit affronter une nouvelle épreuve : sa mutation. Un phénomène inattendu et inexplicable recouvrant progressivement les jeunes filles de poils et les dotant de meilleurs sens. Dans une société où les poils demeurent tabous, voilà une transformation qui ne passe guère inaperçue, a fortiori quand elle est instrumentalisée par des fondamentalistes qui voient en cette évolution une manière d’abrutir et de contrôler les masses jouant sur cette peur ancestrale et profondément ancrée de la différence.

Les adolescentes ne sont donc plus des jeunes filles, ce ne sont plus les enfants de parents censés les soutenir et les aimer inconditionnellement, ce ne sont plus des sœurs ni des amies ou des petites amies… Non, ce sont des dépôts de Satan qu’il convient de traquer, de parquer, de châtier et d’éduquer comme les animaux qu’elles sont devenues. Voici la position défendue par les extrémistes de La ligue de la Lumière qui, pour notre plus grand écœurement, gagne en puissance jusqu’à atteindre les plus hautes sphères du pouvoir. De manière explicite, l’auteur reproduit ce dont notre Histoire a déjà été le témoin. Et ça marche parce qu’il suffit de regarder autour de nous pour se rendre compte que cette même haine de l’Autre et de ce qui est différent de nous est encore fortement ancrée dans le cœur et le corps des hommes.

Les réactions auraient-elles été aussi extrêmes et violentes si le phénomène avait concerné les hommes ? Peu probable parce que les dirigeants, la plupart du temps masculins, auraient veillé à changer les règles pour protéger leur position et leurs acquis. Mais ici, on parle de femmes, cette catégorie de la population qui n’a pas le droit à l’erreur, qui ne doit pas faire de vague et dont le corps est soumis constamment aux jugements et aux diktats de la société. Il se dégage donc de ce roman un message féministe fort auquel j’ai été particulièrement sensible et que je trouve très important, notamment si l’on considère le lectorat visé par cette publication. J’ai également apprécié la solidarité féminine qui se développe entre les Félines, condition sine qua non pour leur assurer une place au sein d’une société qui les rejette.

Ni monstres ni Obscures, les Félines sont juste des jeunes filles qui ont vu leur corps changer et leurs capacités évoluer, mais qui conservent le droit d’exister, d’aimer et de vivre leur vie sans être ostracisées ni violentées. Devant les injustices qu’elles subissent, les Félines vont peu à peu se réunir, se rebeller et s’opposer aux autorités… Certaines se montreront plus féroces que d’autres, mais Louise fera de son mieux pour leur éviter de tomber dans cette violence à laquelle on essaie de les acculer afin de pouvoir les exterminer en toute impunité en raison de leur « dangerosité ». J’ai apprécié la manière dont l’auteur nous montre le cercle vicieux que certains peuvent mettre en place, avec le soutien des médias contents de faire du sensationnalisme et donc de l’audimat, pour justifier l’usage de la force et créer un profond clivage au sein de la population… La société se divise d’ailleurs ici rapidement entre Félines et humains, entre créatures de l’enfer et enfants de Dieu selon La Ligue de la Lumière, une organisation qui utilise le prétexte de la religion pour asservir et tuer.

Fort heureusement, tout le monde ne cède pas à la haine ni à la peur. À cet égard, j’ai adoré la famille de Louise, et en particulier son petit frère qui se révèle des plus attendrissants. Pour ce dernier, peu importe que sa sœur ait gagné une pilosité importante, elle reste la même personne, celle qui joue avec lui, l’emmène à l’école et lui raconte des histoires le soir. Et puis c’est doux les poils, non ? Quant à son père, bien que dépassé par la situation, il fera de son mieux pour aider et soutenir Louise comme tous les parents devraient le faire, ce qui est loin d’être le cas que ce soit dans le roman ou la réalité. Regrettant que les parents soient bien souvent défaillants ou absents dans les romans young adult, cette figure paternelle, bienveillante et aimante, m’a beaucoup touchée.

J’ai également apprécié Tom, un jeune homme stigmatisé, non pas en raison d’un système pileux hyperactif, mais de sa différence, de sa sensibilité, de son amour des livres, de son amour des histoires d’amour, de son amour des hommes, de son embonpoint…Ce personnage, en plus d’être émouvant et de soutenir inconditionnellement Louise, permettra à l’auteur d’aborder la notion d’amour qui peut être protéiforme, de genre, mais aussi l’importance de laisser chacun être soi sans tenter de l’enfermer dans des cases.

J’aurais peut-être aimé que ces thèmes soient un peu plus développés, mais devant la multiplicité des thématiques abordées, je comprends qu’il ait fallu opérer des choix. Car en plus du racisme et de la méfiance envers les Félines qui traduit surtout celle envers les femmes qui osent se démarquer des carcans de la société, le roman interroge la notion de liberté et de désobéissance civile, et évoque des thèmes comme le harcèlement scolaire, le viol et la culpabilisation des victimes, la question des réfugiés qui sont traités de manière abjecte et avec un manque d’humanité flagrant, les mécanismes de la propagande et le rôle des médias, la manière dont un contexte socio-économique difficile peut servir de terreau à la haine…

Les personnages secondaires et les thématiques abordées sont donc intéressants, mais c’est le travail réalisé sur la personnalité de Louise qui m’a le plus agréablement surprise. Cette jeune fille fait montre, dès le début du roman, d’un sacré recul sur sa vie d’avant l’accident l’ayant fait tomber de son piédestal et de sa vie de petite princesse capricieuse et odieuse. On l’entend nous parler de cette adolescente méchante et superficielle qu’elle était tout en découvrant la jeune fille courageuse, forte et battante qu’elle est devenue. Le jugement sans concession de Louise sur sa vie d’avant la rend assez sympathique malgré un certain manque de chaleur dans la manière dont elle nous raconte son histoire. Cela m’a d’ailleurs un peu perturbée en début de lecture puisque j’ai eu l’impression que Louise ne parlait pas de sa vie, mais de celle de quelqu’un d’autre. Mais la pertinence du ton de la narration a fini par s’imposer à moi parce que l’histoire de Louise, ce n’est pas que la sienne, c’est un peu celle d’Alexia, de Fatia, et de toutes ces Félines, anonymes ou non, mortes au combat ou bien décidées à se battre pour revendiquer le droit d’exister !

Tout au long du livre, on apprend d’ailleurs à connaître certaines Félines comme La Rouquine et Fatia qui sont celles qui m’ont le plus marquée. La première en raison de sa personnalité et de son altruisme malgré les circonstances, et la seconde pour sa révolte qu’elle porte haut et fort comme pour faire un pied de nez à tous ces hommes et ces humains qui la rejettent, elle et ses sœurs, pour ce qu’elles sont. Louise et Fatia sont un peu les exacts opposés, mais chacune aura une certaine influence sur l’autre : Fatia donnera l’inspiration et le courage à Louise de se battre et Louise insufflera à Fatia un peu d’espoir quant à l’humanité. Et vu les actes de certains « hommes », de l’espoir, il en faudra !

Quant à la plume d’auteur, agréable et immersive, elle permet de se plonger sans réserve dans l’histoire, de vivre de l’intérieur le combat de Louise et de ses sœurs, de ressentir toute l’injustice de la situation… Le roman se lit donc tout seul, presque en apnée, tellement il est difficile de lever le nez du livre une fois les premières lignes avalées. Il faut dire qu’en plus de thématiques sociétales fortes, le roman bénéficie d’un bon rythme, les événements s’enchaînant rapidement et l’action étant omniprésente. Les instants émouvants de vie, d’amitié et de complicité alternent avec des moments plus durs, ce qui apporte un certain sentiment d’urgence et donne l’impression presque oppressante que tout peut basculer d’un moment à l’autre…

En conclusion, Félines fut une lecture pleine d’intelligence qui, sous couvert d’un phénomène extraordinaire et inexpliqué, permet de soulever des questions importantes autour de thématiques sociétales fortes allant de l’oppression des femmes au racisme en passant par l’extrémisme religieux. Immersive, haletante, et parfois choquante de réalisme, cette lecture ravira les lecteurs en quête d’une aventure rythmée et sous tension dans laquelle l’humanité s’apprête à affronter son plus gros changement. Plus qu’une révolte, la révolution Félines est en marche, et rien ne pourra l’arrêter !

Vert-de-Lierre, Louise Le Bars #PLIB2020

)Couverture Vert-de-lierre

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Olivier Moreau, écrivain délaissé par la Muse, retourne dans le village de sa Grand-Mère, récemment décédée, pour mettre de l’ordre dans ses affaires comme dans son esprit. Il y renoue avec les souvenirs de son enfance, et redécouvre un étrange personnage de conte populaire local surnommé le Vert-de-Lierre, cet antique vampire végétal qui le fascinait enfant. Cet intérêt va déclencher des visions et cauchemars chez l’écrivain en mal d’imaginaire ainsi que la rencontre de deux femmes tout aussi intrigantes l’une que l’autre.

À quel prix Olivier retrouvera-t-il sa muse ?

Noir d’absinthe (mars 2019)- Broché (15€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782490417247

AVIS

Encore une très bonne lecture réalisée dans le cadre du PLIB2020. Avec Vert-de-Lierre, je m’étais imaginée un conte fascinant empreint de mystère et d’horreur, et je ne m’étais pas trompée puisque c’est exactement ce que m’a offert cette histoire lue d’une traite.

Il faut dire que l’amoureuse des belles plumes en moi n’a pas résisté à la beauté de celle de Louise Le Bars, une autrice que je ne connaissais pas, mais qui m’a enchantée par la poésie de ses mots. Un style inimitable, alliance du charme suranné des textes d’antan, de descriptions d’une splendeur à vous couper le souffle et d’une capacité merveilleuse à donner vie à l’extraordinaire, à l’irréel. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment déstabilisant, mais ô combien délicieux, de ne pas avoir découvert une fiction, mais plutôt le récit d’une vie. Et quelle vie !

Alors que le résumé nous donne l’impression que le protagoniste principal est Olivier, un écrivain à succès en manque d’inspiration qui se rend dans le village de sa grand-mère récemment décédée, la réalité est tout autre… Cet homme, en quête de Madame la Muse, va se lancer sur la piste d’une légende locale, le Vert-de-Lierre, sorte de vampire ou succube végétal, avant de faire la connaissance de deux femmes énigmatiques dont la jolie Rose. Pas insensible au charme de cette dernière, il sera ravi qu’elle décide de lui confier son roman et donc qu’elle lui offre, par ce biais, la promesse de nouveaux échanges.

L’amour rend aveugle… On a coutume de le dire et quand l’on voit à quel point Olivier reste insensible aux signes, à ses cauchemars et à son intuition, l’écrivain ayant quelques dons plutôt inhabituels, on est en droit de le penser. Il y a quelque chose de mystérieux et d’insaisissable chez Rose qui inquiète et intrigue, mais Olivier préfère se plonger dans les écrits et la contemplation de sa belle.

À mesure que l’on découvre le roman de Rose qui évoque cette légende du Vert-de-lierre qui fascine Olivier, l’angoisse se fait de plus en plus prenante et pesante. Ce que l’écrivain refuse de voir, le lecteur, quant à lui, s’en fait le spectateur privilégié et hypnotisé, la vie de l’héroïne de Rose étant sombre et dramatique comme l’était la vie des femmes autrefois. Mais loin de s’être laissée enfermer dans un rôle qui ne lui convenait pas, l’héroïne de Rose s’est rebellée quitte à signer un pacte avec le diable… De victime à bourreau, la frontière est parfois mince, voire perméable ! Mais difficile de condamner, ou du moins de ne pas compatir, avec une personne qui ne demandait que le droit de vivre par et pour elle-même, et non selon le bon vouloir d’autrui et des convenances.

Mère qu’on le veuille ou non, sorcière, nonne, hystérique, chose que l’on offre contre des terres et de l’argent… Tout autant de sort peu enviable dont il était bien difficile, si ce n’était impossible de se dépêtrer ! À travers un récit surnaturel et une mise en abyme intéressante, c’est donc bien une réalité historique que l’autrice évoque abordant sans lourdeur et avec justesse le sort des femmes notamment au XIXe siècle. Mais les choses ont-elles tant changé que cela ?

En filigrane, est aussi question du féminin et du rapport à la nature ici omniprésente que ce soit à travers la légende du Vert-de-Lierre, les prénoms, la forêt, les fleurs et le jardin luxuriant de la propriété de la tante de Rose. Une nature source de vie, de splendeurs mais aussi de dangers… Une dualité que l’on retrouve tout au long du roman autant dans les personnages que les événements, ce qui apporte une certaine complexité à un récit que l’on cueille plus qu’on ne le lit.

En conclusion, Vert-de-Lierre est un sublime conte gothique dans lequel se mêle avec brio présent et passé, amour et mort, abandon et espoir et dans lequel bien et mal s’unissent dans une danse sensuelle et intemporelle… Empreint de mystère et sombre à souhait, c’est également le récit d’une vie, celle d’une femme qui a dû lutter pour exister quitte à perdre, en cours de route, une partie de sa moralité et de son âme. Amoureux de la nature, de textes poétiques et immersifs et de personnages fascinants oscillant entre rêve et cauchemar, ce roman est fait pour vous.

 

 

 

 

Sigurd, Federico Saggio

Plongez-vous dans l’univers mythologique scandinave !

Sigurd, dernier représentant d’une lignée issue de l’union d’Odin, roi des Ases, et d’une mortelle, est confié à la mort de ses parents à Mîme, le plus grand Artisan-Forgeron des Nibelungen. Ce dernier est censé l’éduquer dans l’espoir qu’il puisse un jour accomplir la tâche qui lui est échue : tuer le dragon Fafnir, reprendre le trésor maudit au nom des Ases et enfin le protéger de sa vie.
Quant à Sigurd, ce sont d’autres ambitions, d’autres rêves qui l’animent. Le Feu d’Odin coule dans ses veines, il veut vivre ! Quel dommage que les Dieux ne l’entendent pas de cette oreille… car il n’est pas de plaisir plus savoureux pour les Ases, que d’assister à la déchéance d’un mortel qui se débat avec les affres de la destinée.

Auto-édition (9 juin 2020) – 246 pages – Broché (14,99€)

AVIS

C’est la superbe couverture et la promesse d’une plongée dans la mythologie scandinave qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que j’ai dévoré en deux soirées, complètement séduite par la très belle plume de l’auteur, alliance de brutalité, d’élégance et de poésie. Un mélange efficace et hypnotique qui sied à merveille à l’atmosphère sombre de ce roman dans lequel l’auteur n’hésite pas à faire couler le sang et à arracher des viscères.

Âmes sensibles s’abstenir donc même si la beauté de la plume de l’auteur permet aisément de passer outre l’éventuel dégoût pour savourer toute la quintessence et l’étrange splendeur de ces scènes crues et intenses. Parce que dans ce roman, il y a du beau derrière le drame, de l’espoir derrière le malheur, et de la magnificence derrière la vie d’un protagoniste qui se veut bien plus antihéros que héros, à moins qu’il ne se situe à la lisière des deux.

Federico Saggio semble s’être particulièrement investi dans la psychologie de son protagoniste qui ne manquera pas de susciter en vous des émotions ambivalentes, mais toujours d’une grande intensité : exaspération devant son mépris affiché envers ceux qu’il considère comme inférieur à lui soit tout le monde, empathie durant les rares moments où sa carapace se fissure, compréhension devant sa soif d’en apprendre plus sur ses origines, dégoût devant sa bestialité et sa propension à se laisser guider par ses instincts en dépit de toute notion de bien et de mal…

Il y a d’ailleurs quelque chose de presque naïf dans le comportement de Sigurd qui tue sans se poser de question, un peu comme un enfant volerait le jouet d’un autre avant qu’on ne lui apprenne les règles de la vie en société. Il faut dire que jusqu’à présent, Sigurd n’a pas vraiment eu de contact avec l’extérieur et que ses interactions se sont limitées à celles avec son tuteur, un homme méprisant et quelque peu maltraitant. Cela n’excuse pas ses exactions, mais permet d’un peu mieux comprendre cette figure de la mythologie scandinave dont l’auteur nous propose ici une interprétation tourmentée et fascinante.

Cette personnalité ambivalente explique peut-être l’étrange attraction que Sigurd a su exercer sur moi et qui m’a poussée à suivre ses aventures sans pouvoir détourner les yeux malgré ses accès de violence, son arrogance, et cette douce folie meurtrière qui semble, peu à peu, le consumer… Les pages se tournent à une vitesse folle devant notre envie d’en savoir plus, toujours plus, sur ce personnage auréolé d’une bonne dose de mystère et de danger. On suit donc la tête pleine de questions et la boule au ventre Sigurd dans sa mission confiée par les Dieux dont il est le descendant : tuer Fafnir et récupérer le trésor perdu des Nibelungen.

Néanmoins, Sigurd n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite par qui ou quoi que ce soit. Épris de liberté, il a bien d’autres objectifs comme celui de se forger sa propre légende, ce qui le conduira à faire différentes rencontres, plus ou moins sympathiques, à lutter contre la faim et le froid, à survivre à de dangereuses créatures, à faire une alliance avec un prince, à tuer encore et encore, parfois à son insu, victime d’horribles hallucinations…

Mais si la légende de Sigur, fils de Sieglinde, fils de Sigmund, commence à s’étendre, une réalité s’imposera à notre héros : on ne peut pas jouer avec la patience des Dieux indéfiniment et en toute impunité ! Cette liberté revendiquée par Sigurd, n’est-elle finalement pas qu’une douce illusion dans un monde façonné par les Dieux ? Le libre arbitre existe-t-il réellement ou s’efface-t-il devant la volonté et les desseins divins ? Et dans ce cas, si tout est écrit d’avance, pourquoi lutter contre sa destinée ?

Au-delà des questions intéressantes autour de la notion de liberté, de destin et d’héritage familial soulevées par l’auteur, j’ai adoré suivre la déchéance de Sigurd qui va devoir tomber très bas avant de se relever et de pouvoir viser le ciel ! Les faits d’armes vont donc alterner avec des moments moins reluisants pour lesquels même le très fier Sigurd aura bien du mal à retirer de la gloire… Au cours de son voyage, il fera également des rencontres qui le pousseront dans ses retranchements, lui permettront d’évoluer, et, parfois, de gagner un peu en humanité.

Je pense notamment à sa rencontre avec un homme au physique disgracieux, mais à la grande bonté, qui m’a beaucoup touchée. Cet homme nous prouve que les apparences sont parfois trompeuses et que la vraie beauté ne se voit pas sur un visage. Sigurd s’ouvrira également à des sentiments nouveaux qui, dans un premier temps, le déstabiliseront avant de le pousser à reprendre sa destinée en main, non pas pour satisfaire les caprices des dieux, mais pour répondre aux élans de son cœur et de son désir.

Je ne me suis pas attachée au personnage, bien qu’il m’ait parfois étrangement touchée, mais son évolution est intéressante et sa personnalité assez complexe pour me donner envie de le voir vaincre ses adverses qu’ils soient humains ou non. À cet égard, l’auteur nous offre une sympathique plongée dans la mythologie scandinave avec des créatures fantastiques qui font froid dans le dos et des dieux que l’on connaît tous au moins de nom (Odin, Loki…). Connaissant peu cette mythologie, j’avais un peu peur d’être perdue, mais ce ne fut pas le cas, le roman se révélant très accessible même pour les néophytes !

J’ai donc apprécié cette immersion dans la mythologie scandinave qui n’a rien à envier à la mythologie grecque : relations familiales complexes et incestueuses, drames, dieux désinvoltes quant au sort des mortels… Il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas avec les dieux et leurs caprices, a fortiori quand on suit les aventures de l’un de leurs descendants qui semble bien décidé à suivre dorénavant sa propre voie et à délivrer l’objet de ses désirs de son triste sort.

Y arrivera-t-il ? Il faudra lire le deuxième tome pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’après une période de doute, on sent chez notre héro/antihéros un regain de confiance et une détermination à toute épreuve qui risque fort bien de sceller son destin, un destin qui sera, sans aucun doute, épique ! Ne nous reste plus qu’à attendre que le scalde Federico Saggio nous narre la suite des exploits de Sigurd, fils de Sieglinde, fils de Sigmund !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

L’univers rêvé, Armand Konan

Eliam a peur d’assumer pleinement sa vocation d’artiste. Il se retrouve alors subitement plongé dans une réalité parallèle façonnée par ses pensées les plus intimes, qui prennent forme sous ses yeux. Pour survivre dans cet « Univers Rêvé », il devra vaincre un ennemi qui n’est autre que la personnification de ses peurs.

Delambe (29 septembre 2019) – 71 pages – Papier (4,50€) – Ebook (2,99€)
Illustration de couverture : Régis Konan

AVIS

La couverture avec cet homme qui semble contempler avec stupéfaction son environnement ainsi que l’imposant gratte-ciel qui se dresse devant lui et le résumé m’ont tout de suite intriguée ! J’ai donc été ravie de me plonger dans cette novella atypique qui explore avec une certaine intelligence les thématiques du rêve, du subconscient, de la confiance en soi, mais aussi de ces peurs qui tendent à nous enchaîner et à nous empêcher d’exploiter tout notre potentiel.

Eliam est un artiste, et plutôt un bon artiste, si l’on en croit une rencontre de fortune et son entourage. Mais comme beaucoup d’artistes, il doute et a du mal à passer cette étape qui lui permettrait d’exposer son travail devant un large public et, peut-être, de briller. Une peur de l’échec qui s’apparente à une peur du succès et de ces changements que la réussite ne manquerait pas d’entraîner dans sa vie et, peut-être, au sein de son entourage pourtant prompt à le soutenir.

D’ailleurs, si j’ai trouvé la dynamique intéressante entre Eliam et ses proches, j’avoue que Quentin m’a paru peut-être manquer d’empathie et de subtilité avec une manière bien à lui de tenter de convaincre Eliam d’exposer ses créations. Or, comme Sacha l’a bien compris, cette grande décision ne peut être forcée, mais doit venir de notre héros lui-même.

Les interrogations d’Eliam, quant à son avenir d’artiste, le conduiront à vivre un véritable cheminement intérieur qui passera par l’exploration d’un monde façonné par ses pensées, ses peurs et ses rêves les plus profonds. J’ai beaucoup aimé le jeu entre rêve et réalité instauré par l’auteur, mais ce que j’ai préféré est son idée de personnifier les peurs d’Eliam qui prennent vies sous nos yeux avec force et réalisme. À titre d’exemple, la peur légitime d’être descendu en flèche par la critique se formalise dans le monde rêvé de notre protagoniste par de véritables flèches lancées par des fantassins bien décidés à imposer leur tyrannie.

Si le texte est plein d’intelligence avec une certaine portée philosophique et métaphorique, l’auteur n’en oublie pas de nous proposer une véritable aventure qui m’a d’ailleurs agréablement surprise par son rythme et la bonne dose d’action qu’elle nous offre. Attendez-vous donc à de véritables combats qu’ils soient physiques ou émotionnels et à beaucoup de mouvements ! Ces scènes d’action, en plus de satisfaire notre appétit pour le divertissement, se révèlent intéressantes dans la mesure où elles nous permettent de mieux comprendre comment fonctionne cette réalité rêvée et de quelle manière Eliam influe sur ses contours…

En résistant et en luttant avec acharnement contre les fantassins, notre héros va évoluer, gagner en confiance et, surtout, commencer à comprendre que le combat nécessite parfois de lâcher les armes… Une évolution particulièrement bien amenée qui ne devrait pas manquer de faire réfléchir les lecteurs à leurs propres peurs et à toutes ces petites phrases d’auto-sabotage dont on peut parfois se marteler l’esprit.

Quant à la plume de l’auteur que je découvre ici, elle m’a beaucoup plu. Élégante, immersive et non dénuée de poésie, elle contribue fortement au plaisir que l’on prend à se laisser emporter par les rêveries d’Eliam.

En résumé, si vous avez envie d’un livre subtil dans lequel « se perdre dans ses pensées et ses rêves » prend tout son sens, L’univers rêvé est fait pour vous. À travers les doutes d’un artiste qui a une grande décision à prendre pour sa carrière, l’auteur aborde avec une certaine intelligence des thématiques comme la confiance en soi et nous prouve qu’affronter ses peurs, c’est aussi parfois faire preuve de lâcher-prise. Atypique, rythmé et plein d’intelligence, voici un petit ouvrage à découvrir.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son livre en échange de mon avis. N’hésitez pas à consulter son site pour de plus amples informations.

 

Cœur de menhir – tome 3 : Le chaos d’Askaod, Adrien Hortemel

Cœur de menhir: 3 - Le chaos d'Askaod par [Adrien Hortemel]

Les nouveaux druides sont désormais investis d’une mission : reformer le cénacle des druides. Cependant, après avoir été dupé par les Broc’h, leur groupe est divisé et leurs quelques alliés sont défaits ou emprisonnés. Dans leur sillage, le sang a coulé, les pertes ont été importantes. Leurs détracteurs se sont emparés des faits et les utiliseront en leur faveur. Les espoirs reposeront sur Sigrid, si tant est qu’elle puisse agir. Mais le groupe survivra-t-il aux calomnies et aux révélations, alors que dans l’ombre, le Dalc’h continuera de rallier des nouvelles âmes.

Auto-édition – 525 pages – Broché (19€) – Ebook (6,99€)
Illustrations : Christophe le Galliot

AVIS

Avis du tome 1 – Avis du tome 2 : Les nouveaus druides

La série comportant un certain nombre de personnages et des intrigues multiples, j’ai eu peur, en me lançant dans ce troisième tome, de ne pas retrouver mes repères, mais mes craintes se sont envolées dès les premières pages avec un prologue captivant qui prouve la capacité de l’auteur à nous surprendre. Il a ainsi pris le parti de commencer son roman avec des personnages qui nous sont inconnus, mais pour lesquels on se prend tout de suite d’affection à nos risques et périls d’ailleurs. En effet, les choses débutent de manière plutôt dramatique et fracassante !

L’auteur ne tombe néanmoins jamais dans le gore ou la surenchère, ce qui explique probablement le plaisir que je prends à le lire, mais il a une manière bien à lui de nous plonger régulièrement dans des scènes d’action réalistes, immersives et palpitantes. Pour ma part, j’ai apprécié le savant dosage qu’il a su trouver entre scènes de combats classiques à l’arme blanche et confrontations durant lesquels la magie prend toute son importance. Une magie aussi puissante que dangereuse qu’essaie toujours de dompter et maîtriser Dairen que j’ai retrouvé ici avec plaisir même si dans ce tome, je lui ai préféré d’autres personnages…

Le jeune homme poursuit sa lutte contre le mal et va, de nouveau, être confronté à différentes épreuves. Pour l’épauler, il pourra heureusement compter sur des amis et connaissances, plus ou moins sympathiques, mais aussi sur des personnes nouvellement rencontrées dont une dryade débrouillarde et avenante. Son aide ne sera pas superflue au regard du périple entrepris et des multiples dangers rencontrés en cours de route, certains conduisant Dairen à prendre des décisions difficiles qui mettront à mal sa notion d’amitié et le feront parfois douter de la direction à prendre…

J’ai apprécié la manière dont l’auteur exploite la figure de la dryade que je connais peu et que je n’ai jamais vue prendre part à une aventure épique comme celle-ci. J’ai également trouvé ce personnage assez complémentaire avec Dairen et ai pris plaisir à suivre la dynamique qui se développe progressivement entre les deux. Une dynamique qui viendra, dans une certaine mesure, compenser une amitié qui s’est nettement détériorée dans ce tome et qui risque de fragiliser un équilibre précaire que la raison voudrait que nos héros essaient de sauvegarder à tout prix ! Mais les émotions, les secrets et les malentendus semblent ici trop forts pour que les choses s’apaisent, du moins, pour le moment…

En plus de Dairen, on retrouve d’autres personnages plus ou moins familiers comme Krah’m, Morwenna, Sigrid… Si Morwenna demeure cette calculatrice chevronnée prête à tout pour atteindre ses objectifs, on lui découvre toutefois une fragilité et une humanité qui m’ont agréablement surprise. Je dois d’ailleurs dire que j’ai été frustrée de ne pas savoir ce qu’elle devient alors qu’on la quitte en mauvaise posture, mais peut-être que son sort nous sera dévoilé dans la suite de la série… Quant à Sigrid, elle reste fidèle à elle-même : dure à cuire, battante, courageuse, mais parfois trop fonceuse et frondeuse pour son bien ! La jeune femme présente toujours en elle cette dualité qui menace de la faire sombrer à chaque instant et qui tend à rendre ses réactions parfois excessives. Arrivera-t-elle à dompter et à vivre en harmonie avec sa nature profonde pour prendre la place qui lui revient de droit ?

Sigrid est une femme que j’aime beaucoup malgré ses emportements, mais à ma grande surprise, c’est finalement le destin d’Eliaz qui m’a le plus captivée. J’attendais d’ailleurs les passages le concernant avec la plus grande impatience. Le nain, qui avait dû essuyer une terrible perte dans le tome précédent, n’est pas au bout de ses peines : entre l’emprisonnement, le travail forcé et les sévices, il lui faudra toute sa pugnacité et ses amis de fortune, ou plutôt d’infortune, pour survivre et faire face à la situation. Je préfère vous laisser le plaisir de la découverte, mais attendez-vous à une révélation très surprenante sur ce personnage qui s’avère bien plus complexe qu’il n’y parait.

Eliaz est donc mon personnage préféré de ce tome que ce soit en raison de son passé, qui ne manquera pas de susciter en vous une certaine empathie, de son courage ou des liens qu’il a su nouer avec un mystérieux homme, qui ne l’est peut-être pas tant que cela, et une hermine blanche, toute mignonne. La relation entre notre héros et cet animal m’a beaucoup touchée et apporte une certaine douceur à une aventure mouvementée dans laquelle le sang est bien souvent versé et les revers de fortune nombreux.

En plus de l’action omniprésente, on appréciera la manière dont l’auteur n’hésite pas à multiplier les intrigues avant de les relier entre elles afin de former une trame complexe, complète et cohérente ! Tout au long du roman, on passe donc d’un personnage ou d’un groupe de personnages à l’autre sans jamais avoir l’impression d’être perdu puisque l’on sent que l’auteur sait où il va et qu’il sait comment nous y amener ! J’ai ainsi adoré me plonger dans le roman sans réserve, retrouver des têtes familières, en rencontrer d’autres, dont certaines hautes en couleur, et découvrir les différents enjeux politiques, guerriers, stratégiques et magiques qui rythment le récit.

Les choses sont parfois trompeuses et les intérêts des uns ne sont pas forcément ceux des autres. Attendez-vous donc à un roman auréolé d’une bonne dose de secrets, de complots et de jeux de pouvoir qui supposent de maîtriser, en plus de l’art de la guerre, celui de la machination. Prise par le récit, ses révélations et ses nombreux enjeux, je n’ai donc pas vu défiler les 525 pages du roman, ce qui s’explique également par la plume de l’auteur que j’ai trouvée accessible et assez travaillée pour nous offrir de belles émotions, des descriptions réalistes et des scènes très immersives.

Au-delà de cette aventure menée tambour barrant, l’auteur aborde également différentes thématiques intéressantes et universelles : le racisme et la peur de la différence, l’exploitation des plus faibles, le fanatisme religieux, la rédemption, le poids des secrets… Quant aux illustrations de Christophe le Galliot, elles contribuent au sentiment d’immersion que l’on peut ressentir tout au long des pages. La présence de cartes et d’un index des principaux personnages en début de roman permet, en outre, de se lancer avec toutes les données en main pour profiter au maximum de sa lecture.

En conclusion, dans Le chaos d’Askaod, l’auteur creuse le passé de ses protagonistes, nous permet de découvrir d’autres personnages, mais nous offre surtout une aventure épique et haletante qui ne devrait pas manquer de vous faire vivre mille émotions. Entre la découverte d’un bestiaire étoffé, des scènes d’action imagées et réalistes et une quête contre le mal semée d’embûches et d’ennemis retors, vous devriez passer un très bon moment de divertissement empreint de magie, d’amitié/rivalité et de sang.

Je remercie Adrien Hortemel de m’avoir proposé son roman en échange de mon avis.

La belle-mère, Sally Hepworth

La belle-mère par [Sally Hepworth, Maryline Beury]

Avocate appréciée pour son dévouement, Diana se bat pour améliorer le sort des réfugiés, mais elle se montre froide et distante, sinon blessante, envers les siens. Ce dont souffre Lucy, sa belle-fille, qui rêvait de trouver en elle une mère de substitution.

Dix années ont passé, et Diana vient de mourir. Elle se serait suicidée. Mais, à l’autopsie, nulle trace d’un cancer… Qu’est-il donc arrivé à Diana, dont le testament a été modifié peu de temps avant sa mort ?

Avec ce suspense psychologique, dans la lignée des succès de Liane Moriarty, Phoebe Morgan ou B.A. Paris, Sally Hepworth livre le portrait glaçant d’une famille en apparence harmonieuse. En apparence seulement

l’Archipel – 360 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Maryline Beury

AVIS

Je commence toujours les thrillers des éditions de l’Archipel les yeux fermés, certaine de passer un bon moment de lecture. Et La belle-mère n’a pas échappé à la règle, bien au contraire ! Cette histoire m’a bluffée par sa justesse et son intelligence, l’autrice ayant su dépeindre à la perfection les méandres de l’âme humaine et ces différences de caractère qui finissent par engendrer d’interminables et inextricables problèmes de communication.

Si la mort de Diana soulève des questions, notamment quand la première thèse du suicide est écartée par la police, c’est, pour ma part, toute la partie psychologique qui m’a passionnée et donné envie de tourner les pages les unes après les autres. Car tout le génie de l’autrice réside dans sa capacité à partir du décès suspect de cette matriarche d’une famille fortunée pour délier les fils de tensions et de problèmes familiaux résidant, pour beaucoup, dans son intransigeance. En voulant le meilleur pour ses enfants, Diana a ainsi fini par instaurer, entre elle et eux, une infranchissable et délétère barrière…

Grâce à une narration alternée redoutable d’efficacité, jouant entre les époques et les personnages, l’autrice nous permet de mieux appréhender la vie de Diana jusqu’à son décès, mais aussi celle de sa belle-fille dont le présent se retrouve quelque peu bouleversé par la mort de cette belle-mère qu’elle a longtemps rêvée en mère de substitution. C’est d’ailleurs peut-être le point de départ des problèmes relationnels entre les deux femmes : Diana avait des qualités, mais l’instinct maternel et la chaleur humaine n’en ont jamais fait partie quand c’est tout ce qu’attendait d’elle Lucy… Mais peut-on vraiment reprocher à une personne de ne pas répondre à l’image fantasmée que l’on avait d’elle ?

Avec un titre comme La belle-mère, je m’étais attendue à découvrir une horrible marâtre bien décidée à punir la femme qui avait osé lui voler son fils. Mais c’était bien mal connaître l’autrice que de penser qu’elle tomberait dans un schéma aussi éculé ! Diana était tout sauf une femme méchante et possessive. C’était une femme altruiste et droite dans ses bottes avec une véritable éthique de vie dont certains devraient s’inspirer. Elle a toujours tout fait pour que ses deux enfants ne soient pas des « gosses de riches » qui se la coulent douce en comptant sur la fortune familiale, mais des adultes responsables et généreux capables de jouer un rôle positif dans la société comme elle le faisait elle-même avec son association venant en aide aux réfugiés.

Si l’intention était louable, l’intransigeance de Diana vis-à-vis de ses principes n’était pas forcément quelque chose de facile à vivre pour les siens d’autant que sa réserve naturelle pouvait aisément passer pour de la froideur… Je me suis prise d’affection presque immédiatement pour cette femme, peut-être parce que j’ai compris sa pudeur, sa manière de penser et ses difficultés à exprimer ses émotions. Et mon attachement n’a cessé de croître à mesure que l’on découvre ses blessures, les épreuves traversées, son engagement humanitaire et son amour sincère pour son mari, Tom. Un personnage jovial qui m’a parfois agacée par sa propension à laisser sa femme endosser le mauvais rôle… Mais cela a au moins permis à l’autrice de pointer les inégalités encore bien perceptibles entre ce que l’on attend d’une femme et d’un homme ou d’une grand-mère et d’un grand-père.

Malgré mon affection profonde pour Diana, j’ai parfois été décontenancée, voire choquée, par certaines de ses maladresses, mais surtout par son refus obtus de prêter de l’argent à ses enfants quand ces derniers en avaient vraiment besoin. Il y a une grande différence entre éduquer ses enfants pour qu’ils deviennent des adultes responsables et les laisser s’engluer dans leurs problèmes, a fortiori quand on passe son temps à s’occuper de parfaits inconnus… C’est le problème avec les positions extrêmes, elles finissent par nous couper des autres et faire plus de mal que de bien ! Un point soulevé ici avec force, vigueur et beaucoup de justesse.

Profondément humaniste, mais parfois inhumaine avec les siens, Diana est donc un personnage complexe dont j’ai adoré découvrir la psychologie, le travail de l’autrice étant d’une finesse remarquable et d’une profondeur rarement rencontrée dans un thriller. D’ailleurs, à la fin de ma lecture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir connu Diana et d’avoir, comme sa famille, dû faire mon deuil. Je crois que c’est la première fois que ça m’arrive et c’est assez déstabilisant, surtout au regard de la révélation finale qui m’a donné le sentiment d’un immense gâchis qui aurait pu être évité si seulement…

La démarche de l’autrice de mettre en parallèle la vie de Diana et celle de sa belle-fille m’a surprise au début, mais je l’ai trouvée intéressante, notamment pour lever le voile sur la mince frontière qui existe entre haine et amour, entre défiance et compréhension… Je reconnais toutefois que face à Diana, Lucy m’a semblé faire un peu pâle figure d’autant que je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver assez injuste avec sa belle-mère. Beaucoup de ses griefs relèvent, pour moi, plus de ses propres attentes et projections que du comportement de Diana, certes un peu froide et intransigeante, mais pas cette horrible mégère dépeinte par Lucy.

Toutefois, au fil de l’intrigue, j’ai appris à apprécier Lucy que ce soit en raison de sa dévotion envers sa famille, ses émotions à fleur de peau ou de la manière dont elle a su faire le premier pas malgré ses blessures et ses espérances déchues… On sent à quel point, il était important pour elle d’entretenir des liens forts avec sa belle-mère de manière à combler l’absence pesante de sa propre mère. Cette belle-fille, qui aurait tant aimé redevenir simplement une fille, a donc su me toucher et me donner envie d’en apprendre plus sur elle, son passé et sa personnalité.

La relation passionnante entre Lucy et Diana, faite de déceptions et de malentendus, mais aussi de petits moments de compréhension mutuelle, rythme ce roman qui soulève également des thématiques fortes : la difficulté de s’intégrer dans un nouveau pays, la famille, les principes qui enferment au lieu de guider, l’argent et la manière dont il peut fausser les rapports humains, la maladie, le suicide, la maternité et le désir de maternité non assouvi qui peut finir par vous couper de tout et même de vous-même… Tout autant de thématiques importantes qui s’imbriquent naturellement à l’histoire venant renforcer l’effet hypnotique qu’elle peut avoir sur les lecteurs.

En effet, une fois les premières pages dévorées, il s’avère bien difficile de relâcher le roman d’autant que reste, en suspens, le mystère autour de la mort de Diana. Pourquoi a-t-elle menti sur son cancer du sein ? Si elle ne s’est pas suicidée, qui aurait pu vouloir la tuer ? Et pourquoi ? Il suffit de plonger dans la vie de sa famille pour se rendre compte que les potentiels coupables et les motifs ne manquent pas… Le suspense est donc là, diffus, mais bien présent…jusqu’à ce que l’horrible vérité finisse par éclater. L’enquête autour du décès de Diana n’est pas digne d’une grande série policière, mais sert plutôt à découvrir la vie de deux femmes très différentes, mais peut-être pas aussi incompatibles qu’il n’y paraît. Pour ma part, j’ai apprécié le cheminement de la pensée de l’autrice qui nous pousse à revoir nos relations avec autrui et à tenter de faire abstraction de nos projections pour se concentrer sur l’essentiel.

En conclusion, si vous êtes en quête d’un thriller glauque avec des meurtres à vous glacer le sang, ce roman risque de ne pas satisfaire vos appétits. Mais si vous avez envie de vous lancer dans une lecture subtile qui, sous couvert d’un décès suspect, vous plonge dans les arcanes de la pensée humaine et au cœur d’une famille complexe, La belle-mère devrait vous plaire. Entre suspense, malentendus, rancune, secrets de famille et thématiques fortes, attendez-vous à rester suspendus à ce roman jusqu’à la dernière ligne. Un thriller à la psychologie fine à lire de toute urgence !

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé La belle-mère en échange de mon avis.