L’arrache-mots, Judith Bouilloc

J’ai lu L’arrache-mots de Judith Bouilloc dans le cadre du Challenge Netgalley, mais n’avais pas encore pris le temps de publier ma chronique. Je remercie le site ainsi que les éditions Hachette pour cette excellente lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La jeune Iliade a un don merveilleux : le pouvoir de donner vie aux mots et aux histoires. Ce don fait d’elle la bibliothécaire la plus célèbre de tout le royaume d’Esmérie. Le matin où elle reçoit une demande en mariage presque anonyme, elle n’est sûre que d’une chose : son prétendant est un membre de la famille royale !

Bien décidée à comprendre qui s’intéresse à elle et surtout, pourquoi cette personne lui propose un contrat de mariage si avantageux, Iliade se rend dans la capitale. Là-bas, elle découvre les fastes de la cour… et la froideur de son fiancé. Pourtant, elle finit par s’attacher et à lui et se retrouve, bien malgré elle, propulsée au cœur d’intrigues et de complots auxquels rien ne la préparait.

Hachette Romans (22 mai 2019) – 280 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99)

AVIS

Le résumé était tentant, la couverture sublime ! Il n’en fallait pas bien plus pour me donner une furieuse envie de découvrir ce livre que j’ai adoré.

Dès les premières pages, je suis tombée sous le charme du récit, de l’univers et de la plume de l’autrice un peu comme je l’avais été avec La Passe-Miroir de Christelle Davos. On retrouve d’ailleurs ici quelques points communs comme une héroïne possédant un étrange don, une demande en mariage qui a de quoi laisser perplexe, un voyage pour rencontrer le futur mari aux côtés d’un chaperon qui sort les crocs (ou plutôt ici du feu) en cas de besoin, un fiancé plus proche du rustre que du prince charmant…

Mais je vous rassure, nous ne sommes pas dans une pâle copie de l’une de mes séries préférées, Judith Bouilloc nous offrant une intrigue avec ses propres particularités et enjeux. Nous découvrons ainsi Iliade qui possède un fascinant don, celui de littéralement animer les livres. Cette arrache-mots très douée enchante donc les usagers de la bibliothèque où elle exerce sa profession de bibliothécaire. Passionnée de littérature, aucun autre métier n’aurait pu la rendre plus heureuse…

C’est donc avec tristesse, mais avec l’envie de s’éloigner de celui qui lui a brisé le cœur, qu’elle accepte d’aller à la Capitale pour en apprendre plus sur cette très inattendue demande en mariage d’un homme dont elle ne sait rien si ce n’est qu’il est lié à la famille royale. Un début qui ne laisse présager rien de bon d’autant que ce fiancé mystère ne semble pas pressé de se présenter à sa promise malgré son arrivée remarquée à la cour.

J’ai pris beaucoup de plaisir à voir se nouer la relation entre Iliade et son fiancé, ces deux personnages ayant, en début d’intrigue, quelques difficultés à se comprendre. Il faut dire que malgré son éloquence dans sa vie professionnelle, cet homme est bien moins loquace dans la vie de tous les jours… On apprend heureusement, aux côtés d’Iliade, à voir au-delà les apparences, et on se rend compte que derrière une certaine froideur se cache un homme attachant et d’une grande bonté.

Quant à Iliade, je l’ai simplement adorée ! Rat de bibliothèque qui a une légère tendance à vivre à travers ses livres, je n’ai pu que m’identifier à elle ou, du moins, me sentir très proche d’elle. Sensible et gentille sans être niaise, elle saura garder la tête froide face aux fastes de la cour et aux méchancetés dont elle ne manquera pas d’être victime. Et puis il faudra bien sa force de caractère pour faire vaciller les barrières d’un certain homme qui trouvera en elle bien plus qu’une arrache-mots.

La seule chose que j’ai un peu regrettée est que le talent d’Iliade ne soit pas plus exploité. Il lui sera utile pour affronter certaines situations, mais j’aurais aimé que cet aspect du roman soit bien plus développé. Or le roman étant assez court, l’autrice semble avoir préféré se focaliser sur la romance. Je dois avouer que, pour une fois, cela ne m’a pas dérangée outre mesure ayant trouvé les deux personnages attendrissants et plutôt mignons dans leurs interactions. Leur relation évolue assez rapidement ce qui ôte peut-être un peu au côté dramatique du livre, mais j’ai apprécié que le jeu du chat et de la souris ne s’éternise pas…

Quant à l’aspect politique du livre, il apporte un certain suspense, la monarchie en place semblant sur le point d’évoluer, ce qui ne plaira pas à tout le monde… Là où nous avons l’habitude de rois despotiques, l’autrice nous offre un roi humaniste aux tendances révolutionnaires qui suscite admiration et empathie chez les lecteurs, et des sentiments bien plus négatifs chez certains membres de la cour. Entre faux-semblants et complots, Iliade va d’ailleurs devoir faire attention de ne pas être prise en étau entre deux camps aux objectifs bien différents…

Autre atout charme de ce livre que j’ai dévoré, la plume tout en finesse et élégance de l’autrice. Bien que nous soyons dans un livre jeunesse, l’écriture est travaillée et plutôt lyrique tout en demeurant très accessible. Bercés par les mots de l’autrice et la facilité avec laquelle Iliade leur fait prendre vie, vous ne devriez donc pas voir les pages défiler. Vous devriez également vous émerveiller de la subtilité avec laquelle Judith Bouilloc insuffle son amour des livres à travers son héroïne. Par son intermédiaire, Flaubert, Victor Hugo, Baudelaire, La Fontaine et tant d’autres auteurs qui ont marqué le paysage de la littérature française, mais pas que, viendront ainsi enchanter de leur magnifique présence le récit.

En conclusion, en nous plongeant aux côtés de deux protagonistes que tout oppose dans un monde où le pouvoir des livres est source de changement et d’émerveillement, l’autrice nous offre une très jolie histoire d’amour teintée de mystère et de cette magie qui imprègne le cœur de chaque lecteur. Bien écrit et enchanteur, voici un roman que je recommande à tous les amoureux des mots, des livres et de l’amour.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Hachette Romans.

 

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Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, Kristan Higgins

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites de Kristan Higgins.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La personnalité n’est pas une question de poids.

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de «  La liste de choses à faire quand elles seraient minces  », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle  ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser  ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout  oser  !

HarperCollins (2 mai 2019) – 528 pages – Broché (19,90€) – Ebook (12,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Attirée par la promesse d’une lecture parfaite pour l’été, il n’y a qu’à voir ce jaune soleil pétant sur la couverture, j’ai lu avec plaisir cette comédie romantique aux allures de feel-good qui m’a permis de passer un très bon moment de lecture.

Centré autour de l’amitié et de cette difficulté à accepter son corps dans une société formatée et peu encline à tolérer la différence, a fortiori quand celle-ci saute aux yeux, ce récit est celui de trois amies dont le poids a trop longtemps dirigé leur vie. Il y a la regrettée Emerson que l’on apprend à connaître à travers des pages de son journal intime dans lequel elle s’adresse à une vision fantasmée d’elle-même, Marley, une cuisinière qui régale ses clients de ses petits plats livrés tout droit dans leur cuisine, et Georgia, une ancienne avocate bardée de diplômes qui a préféré tout plaquer, mari compris, pour se reconvertir en une maîtresse de maternelle très appréciée par les bambins.

Marley et Georgia accourent au chevet de leur amie Emerson qui a glissé, sans qu’elles ne s’en rendent compte, vers l’obésité morbide. Une situation qui ne se terminera hélas pas bien pour cette femme si gentille et ouverte d’esprit, mais qui marquera le début d’une nouvelle aventure pour ses deux meilleures amies. Marley et Georgia lui ont ainsi promis de cocher une à une les cases de cette « liste des choses à faire quand elles seraient minces« , rédigée lors de leur séjour dans un camp d’amaigrissement.

Chapitre après chapitre, on suit les deux trentenaires qui font de leur mieux pour tenir leur promesse : se faire offrir un verre par un bel inconnu, manger un dessert en public, s’habiller dans un magasin normal… Des petites choses anodines pour le commun des mortels, mais qui le sont beaucoup moins pour des personnes qui ont subi depuis des années le poids de la société, ces regards en biais, ces insultes méchantes et gratuites, ces piques sournoises, ces jugements de valeur sous fond de préjugés idiots, ces discriminations quotidiennes, ces violences médicales…

Le surpoids a donc impacté de manière plus ou moins importante et dramatique la vie des membres du trio même si Marley a appris à s’accepter et à ne pas chercher à tout prix à coller à l’image de la femme parfaite. Il faut dire qu’elle a la chance d’avoir grandi au sein d’une famille bienveillante et soudée qui l’a entourée d’amour depuis son enfance. Sportive (merci à l’autrice de casser le préjugé du gros allergique à l’effort physique), faisant un métier qu’elle adore, entourée de personnes adorables, Marley aimerait maintenant pouvoir goûter au bonheur d’une vie à deux avec un homme. Il y a bien le collègue pompier et beau gosse de son frère dont elle est terriblement amoureuse, mais les choses ne semblent pas avancer, leur relation se cantonnant à quelques rares incartades nocturnes…

Il va donc lui falloir se contenter de Will, un client peu causant, voire cassant, qui reste cloitré chez lui, comme seule présence masculine dans sa vie. Mais celui-ci est-il réellement antipathique ou, comme Marley, a-t-il ses propres blessures qu’il essaie, tant bien que mal, de surmonter ? Marley, toujours affectée par cette perte remontant à son enfance qui lui vrille parfois le cœur, pourrait trouver en Will bien plus qu’un client fidèle et taiseux… C’est un peu frustrant de ne pas pouvoir en dire plus, mais j’ai apprécié les thèmes abordés par l’autrice à travers ce personnage même s’il y a un événement qui m’a un peu moins convaincue, voire gênée, car les choses sont bien plus complexes que ce que l’autrice laisse entendre.

Georgia, quant à elle, a beaucoup plus de mal que Marley à faire table rase des blessures du passé et à accepter son corps qui s’est pourtant, au fil des années, nettement affiné au point de renouer avec les normes de la société. Entre vision déformée de son corps et troubles alimentaires, son rapport à la nourriture reste donc compliqué, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère le comportement de sa mère qui ne la considère que sous le prisme de son tour de taille, et de son frère, un homme odieux ouvertement grossophobe. Il y a heureusement des personnes adorables dans sa famille comme son père et sa nouvelle famille, et surtout son neveu Mason, un adolescent assez solitaire, mais très touchant.

Si j’ai regretté le côté peut-être un peu trop caricatural de la mère et du frère, j’ai adoré Mason, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, sa fragilité… Le neveu et la tante sont franchement attendrissants ! Cela demandera beaucoup de volonté, de force pour aller à l’encontre de certains schémas de pensées et de pensées limitantes, mais en s’entraidant avec bienveillance, Georgia et Mason arriveront, petit à petit, et main dans la main, à se réapproprier leur corps et leur vie.

Grâce à l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues, ce roman se lit très vite d’autant que l’écriture de l’autrice est simple et dynamique. Malgré la dureté de certains thèmes abordés (le deuil, les phobies, l’acceptation de soi, l’intolérance et la grossophobie, les troubles alimentaires, les conséquences d’une éducation défaillante, la difficulté de surmonter certains événements traumatiques…), le tout forme un roman empli de légèreté, de rires et de sourires, de beaux moments, d’émotions, d’espoir, d’amitié, d’amour, de gentillesse, de tendresse, de tolérance… De page en page, on suit avec un plaisir fou ces femmes qui se dévoilent dans toute leur simplicité et leur humanité. Elles ne sont pas exemptes de défauts tombant parfois à leur tour dans le jugement et les préjugés, mais elles sont touchantes, drôles, et pourraient être vous ou moi, votre meilleure amie, votre sœur, votre cousine…

Pour ma part, ancienne obèse, je n’ai pu que me reconnaître un peu dans Emerson, Georgia et Marley. J’ai parfois ressenti, dans le passé, les mêmes choses qu’elles, vécu des situations similaires et notamment certaines de ces humiliations dont le cœur, le corps et l’esprit gardent à jamais les traces. Mais plus que cette empathie pour les personnages, c’est le message de tolérance et d’acceptation de soi qui a rendu ma lecture si riche et intense. Un poids et une taille de vêtement ne définiront jamais une personne ni sa capacité à être heureuse. Une belle et brutale réalité qui finira par frapper Georgia de plein fouet et qui la poussera à tenter de renouer avec un pan, ou plutôt une personne de son passé, qui lui proposait ce qu’elle ne s’était jamais accordée, de l’amour.

En conclusion, si vous avez envie d’une comédie romantique portée par des protagonistes terriblement attachants qui, tout en parlant de sujets importants, arrive à porter un message de tolérance et à vous offrir un moment de lecture léger et agréable, ce roman est fait pour vous. Au programme, rires, amitié, amour, seconde chance et acceptation de soi !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

From the past, tome 1 : Adaptation, Lauren Peretti

Couverture From the past, tome 1 : Adaptation

J’ai lu From the past – Adaptation de Lauren Peretti dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Belmont Massachussetts, 1955.
Livia a dix-sept ans. Étouffée par les angoisses de son père, elle rêve d’émancipation. Mais, alors que pour la première fois, elle est autorisée à sortir avec ses amis pour voir le succès annoncé de la Fureur de Vivre, Livia perd subitement connaissance.
Quand elle se réveille, 59 ans se sont écoulés mais elle a toujours 17 ans… Surtout, elle possède d’inquiétantes capacités inexpliquées.
Aidée par Kate, neurologue chevronnée, Livia parviendra à s’échapper de FitcherTeck qui la tient captive.
Meurtrie par la perte des siens, elle devra relever plus d’un défi : rattraper près de soixante ans d’histoire, de technologie et d’évolutions sociales et culturelles, maîtriser ses nouvelles capacités mais, surtout, découvrir ce qu’il lui est arrivé, le tout sous la menace de FitcherTeck, organisation sans scrupule qui met tout en œuvre pour la retrouver.
Dans sa fuite vers son destin, Livia découvrira l’amour avec le beau William, fils naturel de Kate abandonné à la naissance, lui-même brisé par la vie. Ensemble, ils tenteront de se reconstruire.

Rebelle éditions (25 septembre 2017) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Excitée et heureuse d’avoir obtenu de son père ultra protecteur la permission de passer la soirée avec ses amies, Livia, 17 ans, se fait kidnapper avant de se réveiller dans un endroit qu’elle ne connaît pas. Une expérience déjà difficile en soi qui se transforme en un véritable cauchemar quand elle apprend qu’elle a « dormi » pendant 59 ans ! Si la jeune fille a gardé son corps et l’esprit d’une adolescente, le monde a, quant à lui, continué sa marche sans elle…

L’année 1955 est donc bel et bien derrière elle ! Mais pire, en plus de lui voler sa vie, ses kidnappeurs ont fait d’elle un cobaye en la dotant de nouvelles capacités cognitives. Déboussolée, Livia peut heureusement compter sur Kate qui décide de la sauver de ses employeurs quitte à faire voler sa propre vie en éclats. Rejointes dans leur fuite par William, le fils de Kate qu’elle avait fait adopter dans sa jeunesse, les deux femmes prennent un nouveau départ. Mais faut-il encore que Livia arrive à tirer le trait sur son passé, à dompter ses nouvelles capacités et à ne pas attirer l’attention sur elle…

Je me suis tout de suite laissée embarquer par l’imagination de l’autrice et la manière dont elle rend la situation de Livia si réaliste. On partage l’incrédulité de la jeune fille, sa colère, ce sentiment terrible de perte, sa peur aussi… Puis les choses se sont quelque peu gâtées, le récit prenant progressivement des allures de romance pour adolescents. Cela, en plus de grandement atténuer l’intérêt que j’avais pour l’histoire, m’a frustrée n’ayant pas vraiment compris ce total revirement.

La romance se révèle, en outre, bien trop rapide pour être réaliste d’autant que l’on n’est pas dans une simple amourette, mais bien dans cette idée de l’amour fou auquel il est impossible de résister. Si l’intensité de la relation entre Livia et William semble peu plausible au regard du peu de temps qu’ils ont passé ensemble, le contexte particulier dans lequel elle se déroule en atténue néanmoins l’incongruité. On arrive donc à comprendre que parachutée dans un monde qu’elle ne (re)connaît pas, séparée définitivement des siens et avec de nouvelles capacités qui font d’elle une éponge émotionnelle, Livia s’accroche à cet homme qui, lui aussi, a vécu des choses douloureuses.

Comme dans beaucoup de romances actuelles, l’autrice nous propose un héros au passé difficile, mais elle a eu la bonne idée de ne pas en faire un tyran qui trouve du réconfort dans le mal qu’il fait à sa bien-aimée. Bien au contraire, William est plutôt du genre protecteur et essaie de se comporter en « type bien ». Il tergiverse donc énormément sur ses émotions et son droit au bonheur après les atrocités commises durant la guerre. Si au début, j’ai apprécié sa prévenance, j’ai fini par être agacée par sa manière de revenir sans cesse sur ses décisions. Le jeune homme alterne ainsi entre envie irrépressible de serrer Livia dans ses bras, et celle de s’éloigner d’elle pour ne pas la faire souffrir. Une précaution plus qu’inutile si l’on considère la force de caractère de la jeune fille.

En effet, envolée la Livia timide et soumise des années 50 ! Place à Jess, son prénom d’emprunt, une adolescente de 17 ans sympathique, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds comme ses camarades de lycée le découvriront. Oui, Kate a insisté pour que Livia, ou plutôt Jess, renoue le plus tôt possible avec un semblant de normalité. Mais les lycéens d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux de son époque, et il lui faudra un petit temps d’adaptation pour être en phase avec ces derniers. J’ai trouvé intéressant de voir comment une jeune fille ayant été élevée dans une Amérique traditionnelle et puritaine s’adapte à sa nouvelle vie, aux nouvelles technologies et s’émerveille, ou au contraire reste abasourdie, devant les mœurs actuelles comme cette exposition des corps qui la choque.

De fil et en aiguille, Livia laisse tomber ses réserves et s’approprie nos codes même si elle conserve, au fond d’elle-même, certaines valeurs de son époque. Un mélange des mentalités qui rend la jeune fille atypique tout comme ses fascinantes capacités cognitives qui font d’elle un être hors norme ! Ressentir l’état émotionnel d’autrui, parfois en images, anticiper certaines actions, persuader les gens d’une simple phrase, retenir les informations instantanément… Tout autant d’atouts précieux dans la guerre que mène Livia contre l’organisation qui l’a kidnappée. Il est juste dommage que tout semble trop simple, la jeune fille arrivant plutôt facilement à dompter ses capacités, et à les utiliser sur ses ennemis comme sur ses proches quand les circonstances l’exigent…

Il faut d’ailleurs lui reconnaître une certaine témérité puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour en apprendre plus sur son passé, sur les raisons qui ont poussé une organisation à la kidnapper, et à la maintenir en vie dans un caisson pendant si longtemps. Obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent se transforme presque en obsession pour Livia, ce qui finit par créer un fossé entre elle et Kate plus intéressée par l’avenir que le passé. Et puis il y a cette quête urgente qui a pris racine dans les étranges rêves de Livia durant lesquels un jeune homme la supplie de l’aider… Elle ne peut rester sourde à ses appels répétés et de plus en plus désespérés.

À cela s’ajoute le mystère que représente l’organisation responsable des malheurs de Livia et dont on perçoit, tout au long du roman, la toute-puissance et la menace qu’elle représente pour nos protagonistes. Arriveront-ils un jour à mener une existence normale alors que des individus influents et avec des moyens technologiques faramineux sont bien décidés à rattraper à n’importe quel prix leur « investissement »  ? Une question qui nous tient en haleine d’autant que la fin nous laisse dans une situation plutôt angoissante. Le tome 2 promet donc d’être mouvementé, et je l’espère, riche en révélations !

Petite originalité, en plus de l’histoire principale, l’autrice nous propose de revivre les grandes étapes du récit, mais cette fois-ci, du point de vue de William. Une démarche qui devrait plaire aux amateurs de romance puisqu’on découvre plus en détail ses sentiments pour Livia, et sa lutte intérieure incessante pour ne pas y succomber. Cet aspect m’a quelque peu ennuyée, mais j’ai apprécié, en revanche, de pouvoir « combler les trous », l’autrice nous dévoilant toutes les actions et agissements de William dont Livia n’a pas eu connaissance.

La plume de Lauren Peretti m’a, quant à elle, séduite : fluide, travaillée tout en restant accessible, elle se révèle aussi agréable qu’efficace pour vous immerger dans le récit et vous faire ressentir les doutes et les émotions des personnages. J’ai ainsi apprécié cette mise en avant des sentiments et des relations qu’elles soient amoureuses ou plus difficiles à cerner à l’instar de celle unissant Kate à Livia. J’aurais toutefois apprécié que l’action soit un peu plus présente, une certaine impression de lenteur et de tourner en rond ayant fini par s’emparer de moi durant ma lecture. Un trop-plein de « je t’aime, mais je ne peux pas être avec toi » et de « je t’aime, mais pourquoi tu me rejettes », probablement…

En conclusion, Adaptation pose les jalons d’une trilogie intense dans laquelle le mystère côtoie l’amour, peut-être un peu trop d’ailleurs puisque ce premier tome est principalement centré sur la relation naissante et difficile entre une héroïne sans repères et un jeune homme blessé par la vie. Les lecteurs aimant les histoires d’amour contrariées, mais pas malsaines, devraient donc trouver leur bonheur. Si j’ai regretté la prépondérance de la romance et les longueurs qui lui sont associées, j’ai, en revanche, apprécié l’imaginaire de l’autrice et cette fin qui laisse entrevoir un deuxième tome peut-être plus porté sur l’action. Et puis entre une mystérieuse organisation aux méthodes peu louables, un certain suspense et la découverte d’une héroïne aux capacités hors norme bien décidée à se rapproprier sa vie, le divertissement est au rendez-vous.

Retrouvez le roman sur le site de Rebelle éditions.

Prêts à tout, Théo Lemattre

Prêts à tout par [Lemattre, Théo]

Je remercie les éditions Ramsay de m’avoir proposé de découvrir Prêts à tout de Théo Lemattre que j’ai lu en lecture commune avec Melle Cup of tea.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

On a beau courir après l’amour, il se trouve souvent plus près qu’on ne le pense…

Pria enchaîne les déceptions amoureuses, et ce, depuis toujours. À chaque fois qu’elle pense avoir trouvé le bon, le sort s’acharne sur elle… Pourquoi son nouveau patron, le multimillionnaire Wendall Winslow, intransigeant avec les autres, est-il aussi doux et affectueux avec elle ? Que cache Valentin, son ami d’enfance devenu avocat qu’elle n’a pas revu depuis des années ?

Une soirée pour fêter son nouvel emploi, quelques verres et tout peut basculer…

En quelques jours, Pria va laisser ressurgir en elle des passions enfouies, des flammes qu’elle croyait éteintes et se laisser dévorer par le passé.

Marivole (11 juin 2019) – 199 pages – Broché (18€)

AVIS

Quand la maison d’édition m’a proposé de m’envoyer ce roman, j’ai accepté me faisant une joie de découvrir une lecture légère parfaite pour l’arrivée de l’été et des beaux jours. Malheureusement, après un début prometteur, j’ai vite déchanté devant les interventions intempestives manquant de subtilité de l’auteur, les maladresses, les invraisemblances, l’immaturité des personnages et de l’histoire, et cette impression non pas de lire un roman, mais d’être entrée en catimini dans l’esprit d’un adolescent.

J’ai ainsi été fortement rebutée par ce côté « fantasme d’adolescent ». Il faut dire que même adolescente, j’ai toujours eu du mal à me faire à l’immaturité de mes camarades, ce n’est pas maintenant que les choses risquent de changer… C’est dommage car l’auteur avait de bonnes idées et l’on sent un vrai potentiel dans la plume, mais pour moi, cette histoire nécessite d’être retravaillée.

Je n’attends pas d’un récit qu’il soit réaliste, la réalité étant déjà bien assez présente dans nos vies, mais j’attends néanmoins d’un auteur qu’il prenne le temps de construire une intrigue et des personnages vraisemblables. Or ici, ce n’est pas le cas. L’héroïne, jeune adulte, se comporte comme une adolescente inconsciente et instable. Pour moi, quand on est au chômage et qu’on n’est pas l’héritière d’une grande famille, on ne passe pas sa matinée à jouer aux jeux vidéos alors même qu’un entretien inespéré au vu de votre manque de compétences vous attend dans l’après-midi, dans un groupe côté de surcroît… Oui, parce qu’en plus d’être bigrement inconsciente et écervelée, Pria est aussi très très chanceuse dans la vie ! Vous imaginez, un travail rêvé qui vous tombe tout cuit dans le bec…

Voici un exemple parmi tant d’autres qui m’a fait lever les yeux au ciel à maintes reprises. Il y a bien des tentatives d’explication quant aux réactions du personnage, mais ça m’a plutôt donné l’impression que l’auteur était conscient des lacunes de son récit et qu’il essayait de les justifier…

Si on ajoute à cela la ribambelle de clichés allant du patron mystérieux au meilleur ami gay tenant un bar, le triangle amoureux très peu subtil, et des personnages caricaturaux manquant de profondeur, on obtient un roman auquel je n’ai pas du tout accroché. Peut-être que l’auteur a voulu nous proposer une parodie de comédie romantique, mais dans ce cas, l’effet est raté, du moins pour moi…  Ce premier tome ne m’ayant pas convaincue et la fin se terminant sur une révélation manquant quelque peu d’originalité, je ne lirai évidemment pas la suite… Mais je pense néanmoins tenter un autre roman de l’auteur, car sa plume a du potentiel.

C’est peut-être ce qui m’a d’ailleurs le plus frustrée dans cette lecture. Je vous ai présenté tous les points qui ont rendu ma lecture agaçante, mais paradoxalement, j’ai trouvé que Théo Lemattre avait vraiment quelque chose dans le style d’accessible et d’entraînant. Je n’ai pas aimé l’histoire, mais je l’ai lue très rapidement d’autant que la présence de nombreux dialogues apporte un rythme indéniable. Avec un peu plus de maturité et de cohérence dans la construction de ses personnages et de ses péripéties, je ne doute pas que l’auteur arrive à proposer de véritables page-turners.

À cet égard, il y a un point qui m’a plu, le mystère et le suspense apportés par un certain personnage. J’avais très vite deviné son identité, mais j’ai aimé l’incertitude qu’il fait planer sur le récit. Manipulateur, victime, voire un peu des deux, le doute s’insinue dans l’esprit des lecteurs et de l’héroïne… Si l’auteur arrive à insuffler avec un tel naturel du suspense dans ses thrillers, c’est peut-être de ce côté-là que je piocherai dans sa bibliographie.

En conclusion, parfois maladroite et manquant de maturité et de vraisemblance, cette histoire ne m’a pas convaincue, mais elle dégage une certaine légèreté qui devrait plaire aux lecteurs en quête d’un roman facile et rapide à lire, et non dénué d’humour. Une bonne lecture de plage donc à condition de ne pas être réfractaire aux clichés utilisés allègrement sans jamais être dépassés et à une héroïne, certes abordable, mais quelque peu immature, agaçante et déconnectée de la « vraie vie ».

Comme toujours, mon avis est personnel et ce qui m’a déplu pourrait vous plaire. Je vous invite d’ailleurs à lire la chronique de Mlle Cup Of Tea qui a un avis bien plus enthousiaste que le mien puisqu’elle a adoré l’humour de l’auteur.

Feuilletez un extrait sur le site de Ramsay Éditions.

Save our souls – Tome 1 : Sans attache, Elle Guyon

J’ai lu Save our souls : Sans attache d’Elle Guyon dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION

Sous une écharpe élimée et un blouson trop grand pour lui, Aldric s’obstine à cacher aux autres lycéens sa vie de marginal. Mais une succession de mauvais choix le précipite vers une issue fatale. Loin d’en avoir conscience, il agresse même la seule personne capable de modifier son avenir, la jeune Riane. Épaulée par son gardien, un immortel, celle-ci tente le tout pour le tout pour défier le destin et lui sauver la vie, car c’est la survie de sa propre âme qui est en jeu… Mais comment mener sa mission à bien quand celui que vous devez protéger se rebelle et quand votre allié vous cache des informations capitales ? Et si ce qui s’est passé il y a près de trois cents ans était la clé de la réussite ?

Auto-édition (1 décembre 2017) – 222 pages – Ebook (2,99€) – Broché (13€)

AVIS

En voyant la couverture et le titre, j’ai eu un peu peur de tomber sur l’une de ces romances malsaines à la vogue auxquelles j’ai beaucoup de mal à adhérer. Mais que nenni ! Il est bien ici question de sauver un jeune homme perdu, mais l’autrice nous épargne les clichés et les bons sentiments.

Riane désire ardemment sauver la vie d’Aldric, mais pas par bonté d’âme ou un amour inconditionnel pour un individu qu’elle vient de rencontrer. Non, Aldric est sa mission et sauver sa vie, c’est le seul moyen de sauver sa propre âme. La mission se révélera néanmoins assez périlleuse, le jeune homme étant un aimant à ennuis. Il faut dire que contraint de vivre dans rue, il est loin d’avoir la vie d’un lycéen lambda. Quand ses petits camarades peuvent se permettre une certaine futilité, Aldric doit lui s’assurer de trouver de quoi manger tout en veillant à ne pas se faire voler ses maigres possessions.

On ne tombe néanmoins jamais dans le pathos ce qui tient en partie au sale caractère de ce lycéen qui a érigé, autant par honte que nécessité, des barrières tout autour de lui. Si ces dernières suffisent à tenir éloigner ses anciens amis de sa vie de marginal, elles cèderont petit à petit face à la pugnacité de Riane qui est bien décidée à remplir sa mission. Elle n’a de toute manière pas le choix, aucune seconde chance ne lui sera accordée…

Dès le début du roman, l’autrice insuffle un certain mystère à son récit ne distillant qu’au compte-gouttes les informations sur Riane et sur les autres personnages gravitant autour d’elle à l’instar de son gardien, Gebrail, et du meilleur ami de ce dernier, Jeremy. Nous apprenons d’ailleurs à mieux connaître ces deux hommes, et plus particulièrement Jeremy, à travers des flashback qui nous transportent au XVIIIe siècle. S’il faut un peu de temps pour comprendre l’intérêt de ces retours dans le passé, on se rendra compte qu’ils nous permettent de mieux appréhender la situation présente et le comportement des deux gardiens. Deux hommes qui, bien que meilleurs amis, ont des personnalités diamétralement opposées, l’un étant plutôt du genre taciturne, et l’autre bien plus avenant et souriant. Mais malgré leurs différences, ils partagent tous les deux des blessures profondes, les années ne les ayant pas épargnés…

C’est peut-être parce que je suis adulte, mais j’ai été bien plus touchée par l’histoire de ces gardiens charismatiques sur lesquels plane une aura de mystère que par l’histoire entre Riane et Aldric. Celle-ci n’en demeure pas moins intéressante, la rencontre entre les deux lycéens ainsi que leurs échanges ne manquant pas de piquant. Méfiant, Aldric aura ainsi du mal à faire une place dans sa vie à cette fille qui fait montre à son égard d’une curiosité et d’une attention dont il n’a plus vraiment l’habitude. Quant à Riane, elle se méfie de ce jeune homme dont elle a vu les facettes les moins reluisantes. Au gré des épreuves et des coups durs, ils finiront néanmoins par nouer une certaine complicité. 

J’ai, pour ma part, apprécié que l’autrice prenne le temps de faire évoluer la relation entre les deux personnages. Riane perd ainsi peu à peu ses a priori sur « sa mission » qui devient bien plus que cela. Une situation qui ne plaira d’ailleurs guère à son gardien qui aimerait qu’elle veille sur Aldric avec un professionnalisme dénué de sentiments. Quant à Aldric, malgré ses réticences de départ et sa propension à se replier sur lui-même, il finit par considérer d’un autre œil cette enquiquinante camarade de classe qui apporte un peu de cette lumière et de cet espoir qui avaient déserté sa vie. Mais rien n’est simple, et la dure réalité va les rattraper…

Le roman étant relativement court, Elle Guyon ne s’embarrasse pas de détails et de descriptions superflus ce qui ne m’a pas empêchée d’être complètement embarquée dans son univers, et d’apprécier l’aura de mystère qu’elle fait planer sur son récit. Pas de place à l’ennui d’autant que les nombreux dialogues, la tension et l’alternance passé/présent apportent un certain dynamisme à ce roman dont on tourne les pages avec plaisir.

Au-delà de l’action et des personnages, j’ai également été séduite par la très jolie plume de l’autrice qui arrive à retranscrire avec force et authenticité les émotions des personnages. Ils nous touchent, nous agacent, nous font craindre le pire… mais ne nous laissent jamais indifférents. Ma seule petite frustration provient des seconds rôles qui n’ont pas encore dévoilé tout leur potentiel dans ce premier tome. Mais je croise les doigts pour que la suite des aventures nous permette de mieux les appréhender et de saisir leur rôle dans cette histoire dont on sent le soin porté aux détails.

En conclusion, ce premier tome d’une trilogie dont je lirai la suite avec plaisir a su me séduire autant pour la qualité de la plume de l’autrice que l’intrigue qui, bien qu’elle mériterait peut-être d’être un peu plus étoffée, n’est pas dénuée de charme. Si vous avez envie d’une histoire prenante et empreinte d’un certain mystère, ce roman fantastique alternant entre passé et présent devrait vous plaire.

Elle Guyon

Source : Amazon

Site de l’autricePage FB de l’autrice
Feuilletez/achetez le roman sur Amazon

Quand l’amour s’en mail, Tamara Balliana

Quand l'amour s'en mail par [Balliana, Tamara]

Je remercie NetGalley et Montlake Romance (Amazon) pour m’avoir permis de découvrir Quand l’amour s’en mail de Tamara Balliana.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quand sa meilleure amie lui demande d’être son témoin de mariage, Solène est aux anges et décide de lui organiser un enterrement de vie de jeune fille dont elle se souviendra ! Pour cela, elle écrit à Léonie, surnommée « Léo », la sœur de la future mariée… Mais à cause d’une erreur de destinataire, c’est Léo, architecte parisien et homonyme de Léonie, qui lui répond !

Débute alors une correspondance qui devient de plus en plus personnelle à mesure que les jeunes gens se découvrent l’un l’autre. Mais quand Léo propose à Solène de se rencontrer enfin, elle refuse catégoriquement. Bien décidé à connaître le visage de sa mystérieuse amie virtuelle, Léo s’obstine… Solène lui cacherait-elle quelque chose ? La complicité qu’ils ont développée derrière leurs écrans résistera-t-elle à l’épreuve du réel ?

Montlake Romance (7 mai 2019) – 286 pages – Ebook (2,99€) – Broché (9,99€)

AVIS

J’ai lu ce roman dans le cadre du Challenge NetGalley et du défi lancé par le site de sortir de sa zone de confort livresque. Ne lisant que très peu de romances, ce roman dont j’ai apprécié le jeu de mots dans le titre m’a semblé parfait.

Un choix judicieux puisque j’ai passé un agréable moment de lecture auprès de deux protagonistes terriblement attachants réunis par les caprices du destin. C’est, en effet, en croyant envoyer des mails à la sœur de sa meilleure amie dont elle organise l’enterrement de vie de jeune fille que Solène fera la connaissance de Léo. Elle vit dans le Sud et est à son compte, il vit à Paris et travaille pour le cabinet d’architecte de son père. Deux vies diamétralement opposées qui ne les empêcheront néanmoins pas de nouer des liens forts… Mais passer d’une relation épistolaire 2.0 à une rencontre dans la vraie vie est-ce aussi simple que cela quand l’autre semble avoir de fortes et inexplicables réticences à forcer le destin ? De quoi Solène a-t-elle peur ? Léo arrivera-t-il à la convaincre qu’une vraie rencontre ne pourra que renforcer leur relation ?

Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc du rapprochement entre les deux personnages, mais j’ai aimé la manière dont l’autrice l’a amené. À travers leur correspondance où ils échangent autant sur les petites choses du quotidien que sur les blessures du passé, ils apprennent à se connaître et développent une réelle complicité. On prend donc beaucoup de plaisir à suivre leurs échanges empreints d’humour et de sincérité, chacun d’entre eux n’hésitant pas à faire de l’autre son confident. Il faut dire que les deux personnages partagent des points communs comme cette relation avec leur jumeau respectif qui a fortement marqué leur vie ou le fait d’avoir perdu quelque chose de précieux…

Si le passé de Léo nous est très vite dévoilé, celui de Solène ne le sera que bien plus tard même si l’autrice distille, par-ci par-là, quelques indices pouvant nous mettre sur la voie. Je ne pourrai pas en dire plus sur ce point sans vous spoiler une partie de l’intrigue, mais ce qui est certain, c’est que derrière une jolie romance, Tamara Balliana n’hésite pas à aborder des sujets sérieux sans pathos, mais avec une certaine sensibilité et une bonne dose de réalisme. Elle veille également à casser certains tabous et préjugés que l’on pourrait avoir tout en dévoilant des vérités auxquelles on ne pense pas forcément quand l’on n’est pas directement concerné par le sujet…

J’ai apprécié cette romance sans prise de tête même si, comme dans toute relation, il y aura bien sûr des hauts et des bas, des malentendus et des maladresses. Mais j’ai surtout beaucoup aimé les personnages à commencer par Solène. Jeune femme attachante et indépendante, elle aspire à mener sa vie comme elle l’entend et à faire les choses par elle-même quitte parfois à susciter l’inquiétude de sa famille et de sa meilleure amie, Lætitia. Les deux jeunes femmes se connaissent depuis leur enfance et veille jalousement l’une sur l’autre. Rien d’étonnant donc à ce que le mariage de Lætitia perturbe quelque peu Solène. Elle est bien sûr heureuse pour son amie et son adorable fiancé, mais cet événement la renvoie à une certaine solitude et à quelque chose sur laquelle elle avait fait une croix jusqu’à ce qu’un certain homme fasse une entrée inattendue dans sa vie bien réglée.

Léo est un homme charmant dont on devine, à travers ses mails et sa manière d’être prévenant avec tout le monde, et en particulier avec Solène, une grande sensibilité. Sans être l’homme parfait, il représente néanmoins le genre d’homme avec lequel on a envie de partager de bons moments et de construire une relation sur le long terme. Il a bien sûr ses failles et ses blessures, et il se révèle parfois maladroit, mais cela ne le rend que plus humain et touchant. À mesure que sa relation avec Solène évolue, il semble reprendre confiance en lui et en sa capacité à chercher son propre bonheur avant celui des autres…

Quant à la plume de l’autrice, elle est fluide et plutôt efficace pour retranscrire les émotions de ses personnages. Alors que j’ai parfois des difficultés à croire en l’amour unissant les héros d’une romance, ici, la force des sentiments entre Solène et Léo s’impose à nous, et nous donne l’impression que ces deux êtres étaient faits pour se rencontrer et s’aimer. J’ai, en outre, apprécié que l’autrice ne joue pas sur cette idée de coup de foudre qui déplace des montagnes. Elle nous offre, au contraire, une histoire d’amour réaliste qui se construit petit à petit sans drame inutile, mais sans non plus cette facilité que l’on ne rencontre que dans les contes pour enfants.

En conclusion, réaliste, empreinte d’humour et de sensibilité, Quand l’amour s’en mail est une jolie romance que je vous conseille de découvrir si vous avez envie d’une lecture prenante qui se lit toute seule et dont on ressort le sourire aux lèvres. Légère, tout en abordant avec justesse des thèmes difficiles, cette histoire devrait vous offrir un joli moment de lecture, et la sensation que la vie offre parfois une seconde chance à condition de savoir la saisir.

Feuilletez/achetez le roman sur Amazon.

Si près des étoiles, Kate Alcott

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Si près des étoiles de Kate Alcott.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1938. Julie Crawford n’a qu’une idée en tête : devenir scénariste. Aussi quitte-t-elle sa ville natale de l’Indiana pour gagner Hollywood.
Sur place, ses illusions se heurtent a la réalité des studios : réalisateurs irascibles, vedettes capricieuses… Par chance, la jeune femme croise la route d’une star : Carole Lombard, dont la liaison avec Clark Gable défraie la chronique.
Devenue l’assistante de Carole, Julie est aux premières loges de ce scandale qui pourrait nuire au film a succès que promet d’être Autant en emporte le vent, en cours de tournage.

Prise dans un tourbillon qui la dépasse, Julie réussira-t-elle a prendre son envol, ou verra-t-elle ses espoirs balayés par la prestigieuse usine a rêves ?

Archipel (13 mars 2019) -336 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :

AVIS

Hollywood vous fait rêver ? Julie Crawford, jeune femme fraîchement débarquée de son Indiana natal, rêve, quant à elle, non pas de glamour et de paillettes, mais de machine à écrire, de scénarios et d’histoires portées sur grand écran. En cette année 1938, cette jeune femme a ainsi posé ses valises à Hollywood dans l’espoir de devenir scénariste… Doux rêve, folie d’une jeune femme trop naïve ou début d’une nouvelle carrière dans un cadre qui fait tourner les têtes ?

Kate Alcott nous propose ici une intrigue originale qui mêle allègrement et avec efficacité des personnages fictifs et des personnes ayant réellement existé à l’instar de la pétillante actrice, Carole Lombard. Avec bienveillance et gentillesse, celle-ci prendra Julie sous son aile, lui apportant aide, réconfort et conseils à chaque fois qu’elle en aura besoin. Je ne suis pas certaine que dans la réalité, une star de la trempe de Carole aurait vraiment pris le temps de sympathiser avec l’une des petites mains de Hollywood, mais peu importe, ce personnage étant, du moins, pour moi, l’atout charme du livre. Cette femme est d’une telle fraîcheur et d’un tel éclat qu’il est difficile de ne pas immédiatement l’adorer. D’ailleurs, le très talentueux Clark Gable ne s’y était pas trompé en tombant sous son charme… Bien que ce ne soit pas le centre du roman, l’autrice nous narre avec beaucoup d’empathie et de réalisme les sentiments profonds qui unissaient les deux acteurs.

Julie, personnage de pure fiction, m’a paru, quant à elle, parfois un peu fade face à ces mastodontes du cinéma qu’elle côtoie et qui ne se révèlent tous pas aussi sympathiques que le couple Lombard/Gable. N’oublions pas que même dans les années 40, Hollywood était un panier de crabes dans lequel il fallait jouer des coudes pour se faire sa place… Au fil des épreuves, des rencontres, des événements et des conseils de Carole, la jeune femme prend néanmoins de la consistance, s’endurcit et finit par prendre sa vie à bras-le-corps quitte à s’affranchir des carcans de son éducation et de l’autorité parentale. Carrière, amitié, mais aussi amour marqueront la nouvelle vie Hollywodienne de Julie. Éprise d’Andy Weinstein, elle s’éveillera à de nouveaux sentiments et aux plaisirs de la volupté même si très vite, la grande Histoire viendra se mettre en travers de la leur… 

Nous sommes en 1938, Andy, de par ses origines, ne peut rester indifférent face à la menace hitlérienne qui risque de faire vaciller l’ordre européen voire mondial. Inquiet, il ne peut que l’être en sachant ses grands-parents restés en Allemagne… Homme cynique par nature, Andy l’est finalement beaucoup moins que Hollywood qui préfère fermer les yeux sur ce qui se passe à l’étranger afin de sauver ses intérêts financiers, et faire ce qu’il estime le plus rentable, vendre du strass et des paillettes. La haine des Juifs ne se fait pas sentir qu’en Allemagne puisque les Américains eux-mêmes ne sont pas forcément prêts à les accueillir comme des citoyens lambdas… Un antisémitisme feutré qui côtoie un racisme bien plus assumé envers les Afro-Américains. Un point qui s’invitera même sur le tournage d’Autant en emporte le vent et sur sa tournée promotionnelle…

Au-delà des enjeux du roman et des sujets abordés, je dois dire que ce fut un véritable plaisir de suivre les coulisses du tournage de ce chef-d’œuvre dont la réalisation a été plus que mouvementée. L’immersion est totale et l’on ressent pleinement la lassitude, les tensions, mais aussi l’effervescence qui devait régner sur le plateau. Si vous avez aimé le film Autant en emporte le vent, vous devriez être ébloui par cette impression de prendre part à l’aventure. Et si vous ne l’avez pas encore vu, vous risquez fort bien de n’avoir plus qu’une envie, y remédier !

En conclusion, d’une plume vibrante de justesse et de sensibilité, Kate Alcott nous narre la rencontre d’une jeune femme avec sa destinée, l’amour et l’amitié. Dans cet Hollywood fantasmé du glamour et des paillettes, le rêve finit pourtant par se faire rattraper par la réalité, cette dure réalité que bientôt plus personne ne pourra ignorer. L’Histoire est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter. En attendant, venez-vous plonger dans les coulisses de l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma américain. Émotions et divertissement garantis !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.