Si près des étoiles, Kate Alcott

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Si près des étoiles de Kate Alcott.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1938. Julie Crawford n’a qu’une idée en tête : devenir scénariste. Aussi quitte-t-elle sa ville natale de l’Indiana pour gagner Hollywood.
Sur place, ses illusions se heurtent a la réalité des studios : réalisateurs irascibles, vedettes capricieuses… Par chance, la jeune femme croise la route d’une star : Carole Lombard, dont la liaison avec Clark Gable défraie la chronique.
Devenue l’assistante de Carole, Julie est aux premières loges de ce scandale qui pourrait nuire au film a succès que promet d’être Autant en emporte le vent, en cours de tournage.

Prise dans un tourbillon qui la dépasse, Julie réussira-t-elle a prendre son envol, ou verra-t-elle ses espoirs balayés par la prestigieuse usine a rêves ?

Archipel (13 mars 2019) -336 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :

AVIS

Hollywood vous fait rêver ? Julie Crawford, jeune femme fraîchement débarquée de son Indiana natal, rêve, quant à elle, non pas de glamour et de paillettes, mais de machine à écrire, de scénarios et d’histoires portées sur grand écran. En cette année 1938, cette jeune femme a ainsi posé ses valises à Hollywood dans l’espoir de devenir scénariste… Doux rêve, folie d’une jeune femme trop naïve ou début d’une nouvelle carrière dans un cadre qui fait tourner les têtes ?

Kate Alcott nous propose ici une intrigue originale qui mêle allègrement et avec efficacité des personnages fictifs et des personnes ayant réellement existé à l’instar de la pétillante actrice, Carole Lombard. Avec bienveillance et gentillesse, celle-ci prendra Julie sous son aile, lui apportant aide, réconfort et conseils à chaque fois qu’elle en aura besoin. Je ne suis pas certaine que dans la réalité, une star de la trempe de Carole aurait vraiment pris le temps de sympathiser avec l’une des petites mains de Hollywood, mais peu importe, ce personnage étant, du moins, pour moi, l’atout charme du livre. Cette femme est d’une telle fraîcheur et d’un tel éclat qu’il est difficile de ne pas immédiatement l’adorer. D’ailleurs, le très talentueux Clark Gable ne s’y était pas trompé en tombant sous son charme… Bien que ce ne soit pas le centre du roman, l’autrice nous narre avec beaucoup d’empathie et de réalisme les sentiments profonds qui unissaient les deux acteurs.

Julie, personnage de pure fiction, m’a paru, quant à elle, parfois un peu fade face à ces mastodontes du cinéma qu’elle côtoie et qui ne se révèlent tous pas aussi sympathiques que le couple Lombard/Gable. N’oublions pas que même dans les années 40, Hollywood était un panier de crabes dans lequel il fallait jouer des coudes pour se faire sa place… Au fil des épreuves, des rencontres, des événements et des conseils de Carole, la jeune femme prend néanmoins de la consistance, s’endurcit et finit par prendre sa vie à bras-le-corps quitte à s’affranchir des carcans de son éducation et de l’autorité parentale. Carrière, amitié, mais aussi amour marqueront la nouvelle vie Hollywodienne de Julie. Éprise d’Andy Weinstein, elle s’éveillera à de nouveaux sentiments et aux plaisirs de la volupté même si très vite, la grande Histoire viendra se mettre en travers de la leur… 

Nous sommes en 1938, Andy, de par ses origines, ne peut rester indifférent face à la menace hitlérienne qui risque de faire vaciller l’ordre européen voire mondial. Inquiet, il ne peut que l’être en sachant ses grands-parents restés en Allemagne… Homme cynique par nature, Andy l’est finalement beaucoup moins que Hollywood qui préfère fermer les yeux sur ce qui se passe à l’étranger afin de sauver ses intérêts financiers, et faire ce qu’il estime le plus rentable, vendre du strass et des paillettes. La haine des Juifs ne se fait pas sentir qu’en Allemagne puisque les Américains eux-mêmes ne sont pas forcément prêts à les accueillir comme des citoyens lambdas… Un antisémitisme feutré qui côtoie un racisme bien plus assumé envers les Afro-Américains. Un point qui s’invitera même sur le tournage d’Autant en emporte le vent et sur sa tournée promotionnelle…

Au-delà des enjeux du roman et des sujets abordés, je dois dire que ce fut un véritable plaisir de suivre les coulisses du tournage de ce chef-d’œuvre dont la réalisation a été plus que mouvementée. L’immersion est totale et l’on ressent pleinement la lassitude, les tensions, mais aussi l’effervescence qui devait régner sur le plateau. Si vous avez aimé le film Autant en emporte le vent, vous devriez être ébloui par cette impression de prendre part à l’aventure. Et si vous ne l’avez pas encore vu, vous risquez fort bien de n’avoir plus qu’une envie, y remédier !

En conclusion, d’une plume vibrante de justesse et de sensibilité, Kate Alcott nous narre la rencontre d’une jeune femme avec sa destinée, l’amour et l’amitié. Dans cet Hollywood fantasmé du glamour et des paillettes, le rêve finit pourtant par se faire rattraper par la réalité, cette dure réalité que bientôt plus personne ne pourra ignorer. L’Histoire est en marche et plus rien ne pourra l’arrêter. En attendant, venez-vous plonger dans les coulisses de l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma américain. Émotions et divertissement garantis !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.

 

 

 

 

 

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Throwback Thursday Livresque #119 : Assistant(e)s/Secrétaires

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, je vais vous parler d’un roman dont la chronique dort dans mes brouillons depuis un très long moment : Meilleurs ennemis de Sally Thorne.

Meilleurs ennemis : Découvrez la nouvelle comédie romantique de Sally Thorne "À moi... ou presque !" (&H) par [Thorne, Sally]

« Le jour où Lucy rencontre son nouveau collègue, Joshua Templeman, elle n’en revient pas : il est à tomber ! Sauf qu’il ne lui faut pas plus de deux secondes pour découvrir qu’il est aussi froid, cynique, impitoyable… absolument détestable ! Alors, quand leurs chefs respectifs les mettent en concurrence pour une promotion, Lucy est prête à tout pour le battre. Car, si elle gagne, elle sera sa boss. S’il gagne… elle démissionnera. Autant dire qu’elle n’a pas le choix : elle doit gagner. Mais lorsque, un soir, dans l’ascenseur, ce traître de Josh l’embrasse fougueusement, elle est complètement déstabilisée. Se serait-elle trompée à son sujet depuis le début ? Ou est-ce une tactique de Josh pour lui faire perdre ses moyens ? »

Pourquoi ce choix ?

Lucy et Joshua, assistants dévoués et efficaces, se vouent une haine farouche, du moins en apparence. Les piques fusent et les regards se font meurtriers… Mais comme nous sommes dans de la romance, vous vous doutez donc bien que les choses et leur relation vont évoluer !

Ma chronique (pas encore publiée) est assez mitigée, mais quand je la relis, je la trouve peut-être un peu trop dure puisque plus d’un an après avoir lu le roman, j’en garde finalement une impression plutôt positive.

Dans tous les cas, si vous voulez une romance pleine d’humour et de légèreté suivant le schéma classique, mais toujours efficace, de deux personnes se détestant avant de se rapprocher, ce roman devrait vous plaire. Cerise sur le gâteau, les piques entre les personnages sont assez savoureuses et il n’y a pas de scènes érotiques à gogo.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Vous tente-t-il ?

Un amour de chat, Melinda Metz

Melinda Metz - Un amour de chat.

Je vous avais déjà présenté les premières lignes d’Un amour de chat de Melinda Metz, un roman qui me tentait énormément et que j’ai eu le plaisir de recevoir dans le cadre de mon partenariat avec les éditions l’Archipel.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Ils sont félins pour l’autre

Jane, 34 ans, a connu l’année de l’Homme égocentrique, l’année de l’Homme qui a oublié de dire qu’il était marié, l’année de l’Homme qui ne s’engage pas… Et combien d’autres déconvenues encore ?
Alors, c’est décidé : cette année sera la sienne ! Une parenthèse au cours de laquelle elle accomplira ses rêves – dès qu’elle les aura identifiés, bien sûr… Une année loin du lycée où elle enseignait l’histoire. Une année loin des hommes, surtout !
Mais MacGyver, son adorable chat, ne l’entend pas de cette oreille. Cupidon facétieux, il s’est fixé pour objectif de briser la solitude de Jane. Quitte à se muer en cha(t)pardeur


l’Archipel (mars 2019) – 336 pages – Broché (20€) – Epub (13,99€)
Traductrice : Catherine Duras

AVIS

Melinda Metz a été scénariste et cela se ressent dans la manière dont est orchestré ce récit qui ferait sans aucun doute des merveilles s’il était porté sur grand écran. Il faut dire qu’avec un personnage aussi truculent et haut en couleur que MacGyver, les spectateurs n’auraient pas d’autre choix que d’avaler leur pop-corn les yeux rivés à l’écran !

Dès les premières lignes, j’ai ainsi été séduite par le ton de l’histoire qui n’est pas dénuée d’humour et de légèreté. S’inspirant d’un fait réel qui m’avait d’ailleurs beaucoup amusée, l’autrice nous narre l’histoire d’un chat prénommé MacGyver qui est aussi débrouillard que son homonyme. Mac adore sa maîtresse Jane et s’est donné comme mission de la rendre heureuse en lui trouvant un compagnon de route afin de chasser ce sentiment de solitude qui l’anime. Et pour ce faire, vous verrez qu’il a plus d’un tour dans son sac ! Il n’hésitera pas, la nuit tombée, à quitter sa peau de chat d’appartement pour se muer en petit chapardeur, au plus grand désarroi de Jane…

Mais Mac a un grand cœur, et très vite, aider son humaine ne lui suffit plus. Il va se mettre en tête d’apporter du bonheur à tous ces humains qui sont bien incapables de deviner par eux-mêmes ce dont ils ont véritablement besoin. Usant et abusant de sa malice, de son flair hors pair, d’un certain culot, d’un sens aigu de la discrétion et de son intelligence à toute épreuve, il apportera ainsi, petit à petit, bonheur et lien social dans son quartier. Il met tellement de cœur et d’enthousiasme à rendre les gens heureux qu’on ne pourra que lui pardonner la méthode peu orthodoxe qu’il met en œuvre pour y arriver. Et puis comment résister à ce chat qui joue les gros durs, mais qui a un cœur en or ? Ne lui répétez pas, mais je le soupçonne même de ne pas autant détester ce « crétin » de chien qu’il s’amuse à provoquer et à embêter à la moindre occasion.

Aux côtés de ce chat qu’on ne peut qu’adorer et rêver d’adopter, l’autrice nous propose également une galerie de personnages attachants et tout aussi hauts en couleur. Parmi ceux-ci, il y a la voisine bohème que l’on apprécie pour la pointe d’excentricité et l’amitié qu’elle apporte à Jane, le couple de voisins âgés avec la femme autoritaire qui se révèle attentionnée bien que plutôt intrusive tout comme peut l’être son amie Helen, le voisin agaçant, mais pas méchant, qui sous prétexte d’avoir joué un détective à l’écran, se lance sur la piste du voleur qui sévit dans le voisinage…

Il n’y a pas à dire, Jane a bien fait de poser ses valises à Storybook Court, un lotissement plein de charme que ce soit grâce à ses habitants et à ses habitations atypiques ou l’atmosphère qui imprègne les rues. Et puis être domiciliée au 185 rue de la Pantoufle-de-Vair, ça en jette ! À l’inverse de Cendrillon, il n’y a pas de marâtre ni de sœurs détestables dans la vie de Jane, mais il se pourrait qu’un prince charmant, du nom de David, fasse son apparition… Touchant, sensible, gentil et drôle, cet homme plein de charme ne devrait pas laisser les lectrices et lecteurs indifférents d’autant qu’il y a une vraie alchimie entre lui et Jane. Mais la jeune femme est-elle prête à lui faire une place dans son « Année à moi » ? Cette année sabbatique durant laquelle elle est bien décidée à trouver sa voie, ce travail qui la rendrait heureuse et qui lui permettrait de s’épanouir. De la même manière, David, toujours affecté par le décès de sa femme, est-il prêt à laisser la place à une autre personne dans son cœur ?

Je vous laisserai bien sûr le plaisir de découvrir la réponse à ces questions par vous-mêmes, mais je peux vous dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice a construit et développé la relation entre les deux personnages. C’est fait avec réalisme, bienveillance, douceur, et humour. J’ai, en outre, apprécié que Jane et David ne soient pas obnubilés par la recherche de l’âme sœur, mais que ce soient les caprices du destin, et peut-être un peu ceux d’un certain chat, qui vont les pousser à s’interroger sur leurs sentiments… La seule chose qui m’a parfois légèrement exaspérée est l’insistance avec laquelle l’entourage plus ou moins proche de Jane et David va essayer de les caser. Ce n’est pas juste, mais quand c’est Mac qui joue les cupidons, on trouve tout de suite ça très mignon, mais quand ce sont deux voisines intrusives ou des amis qui semblent incapables de comprendre qu’il faille du temps pour surmonter un deuil, ça finit par exaspérer. Mais les personnages sont tellement attachants qu’on leur pardonne très vite…

L’histoire, construite avec intelligence et une certaine légèreté, a indéniablement des airs de feel-good, du genre à vous donner le sourire pour la journée, et l’envie de croire en la capacité de chacun à reprendre sa vie en main. Se dessine également une jolie réflexion sur la notion de bonheur, et de cette force qui vous pousse, matin après matin, à vous lever et à avancer dans la vie.

En conclusion, Un amour de chat est un joli roman qui met en scène des personnages attachants, réalistes et proches des lecteurs. Même MacGyver, ce super chat qu’on rêverait tous d’adopter, finit par sembler aussi réaliste que tous ces humains qu’il s’échine à rendre heureux malgré leur manque évident de bon sens et de flair. Romance ou feel-good, voire un peu des deux, voici un livre que je vais garder précautionneusement dans ma bibliothèque afin de le relire quand j’aurais besoin d’une bonne dose de soleil et de bonne humeur dans ma vie. Merci à toi MacGyver, chat du bonheur !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.

De Terre et de Racines, Oriane

J’ai lu De Terre et de Racines d’Oriane dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

RÉSUMÉ

Où se cache notre identité ? Sur nos terres, dans nos racines… ailleurs ? Au Grand Terrier, Gareth subit le rejet quotidien. Il ne s’imaginait pas sauver Corène, quitter son pays ou encore affronter les meurtriers « respectables » de son père. Pourtant, même loin des siens, il protégera Corène. Parce que sa culture et ses différences le fascinent et le troublent à la fois. L’alchimie se crée et il est bien décidé à comprendre… Pourquoi des gardiens terrons pourchassent-ils une jeune Silverine ? Exil, manipulation, mort ; le pire les menace. Hélas, plus question de reculer : il leur faut éclairer leurs passés pour enfin se définir. Découvrez une romance pleine de questionnements, d’innocence et de légèreté, quand deux héros venus de pays différents voient leurs repères chamboulés et leurs ombres du passé les poursuivre. A leur âge, on ne devrait pas s’inquiéter de demain. Mais plus encore, ressentir un tel amour. Comment vont-ils y survivre ?

Auto-édition (29 août 2017) – 444 pages – ebook – 2.99€

AVIS

Ce roman faisait partie de ma sélection pour le Prix des auteurs inconnus, mais malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à le terminer. Les longueurs sont venues à bout de mon enthousiasme malgré un univers riche et la variété des sujets abordés…

Nous sommes, dès les premières pages, plongés dans un univers de science-fiction intéressant dans lequel deux peuples mènent une vie bien différente : l’un a choisi l’ombre avec des infrastructures sous terre, l’autre la lumière avec une vie à l’extérieur sous un dôme de verre. Mais les différences ne s’arrêtent pas là, la culture de chaque peuple étant aux antipodes l’une de l’autre.

Et c’est ce que vont avoir l’occasion de découvrir Gareth, un jeune homme habitant avec sa mère au Grand Terrier, et Corène, une orpheline de douze ans vivant, quant à elle, en Silvérie. Ils n’avaient, a priori, aucune raison de se rencontrer, mais le hasard va placer Corène sur la route de Gareth. Le jeune homme, faisant acte de bravoure, va la sauver d’une situation périlleuse sans pour autant mesurer les conséquences de son geste… En danger, il va être contraint de suivre la jeune fille dans son pays afin de la protéger, protéger la vie de sa mère et, accessoirement, la sienne.

Les deux personnages vont vivre des situations éprouvantes qui ne manqueront pas de les rapprocher et de créer entre eux un attachement profond. L’amitié fera donc vite place à l’amour, ce qui devrait ravir les amateurs de romance. Pour ma part, si certains passages m’ont attendrie, d’autres m’ont paru un peu trop guimauves même si en raison de l’âge des personnages, j’arrive à en comprendre la logique. Je n’ai donc pas particulièrement accroché à la romance, mais elle dégage néanmoins un côté Roméo et Juliette qui n’est pas déplaisant d’autant que l’autrice ne pousse pas le drame aussi loin que Shakespeare…

J’ai, en revanche, apprécié qu’à travers cette histoire d’amour, l’autrice aborde la question des différences culturelles et des difficultés que celles-ci peuvent occasionner dans toute relation. On découvre ainsi progressivement et de manière très réaliste, toutes ces petites et grandes différences entre Le Grand Terrier et la Silvérie, deux pays qui tendent à se regarder en chiens de faïence. Dans ces conditions, nos deux amoureux pourront-ils vivre pleinement leur amour naissant d’autant que le danger les guette à chaque instant ?

Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que l’histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît, Corène et Gareth se trouvant  au milieu d’enjeux géopolitiques qui les dépassent. Cet aspect du roman est celui qui m’a le plus intéressée notamment en raison de la tension et du suspense qu’il introduit. Au gré des révélations, les cartes se brouillent, les personnages doutent, et les lecteurs sont tenus en haleine par l’émergence d’un complot dont ils saisissent progressivement toute l’ampleur… À cet égard, et sans en dire plus, j’ai beaucoup apprécié la manière dont l’autrice établit un pont entre présent et passé. C’est très bien amené et ça offre une conclusion très touchante pour l’un des personnages.

Sont également abordés dans ce roman un certain nombre de sujets intéressants comme le racisme, le rejet de la différence, la peur de l’autre, mais aussi cette question essentielle de l’identité. Le titre du roman porte d’ailleurs très bien son nom ! Corène qui est sans racines, car sans famille tend à ne plus savoir où est sa place, voire si elle en a vraiment une, quand Gareth, qui lui sait très bien d’où il vient, finit par se demander qui il est et où il va. Cette question de l’identité est quelque chose de prégnant dans le roman et apporte une certaine profondeur au récit…

Les protagonistes sont profondément humains et, comme dans la vraie vie, ont leurs bons et mauvais côtés. Volontaires et matures, Gareth et Corène se révèlent aussi parfois assez puérils et extrêmes dans leurs réactions, ce qui leur confère une certaine aura d’authenticité puisque rappelons qu’ils sont relativement jeunes. Qu’on les apprécie ou non, difficile de ne pas être impressionné par leur courage, leur altruisme et la manière dont ils essaient, parfois maladroitement, de veiller l’un sur l’autre… Certains personnages secondaires se démarquent du lot comme la mère de Gareth et l’ami de la famille qui offrent au jeune couple un soutien et un appui sans faille. La relation, tout en retenue, entre ces deux adultes se révèle très belle et très touchante. Il est juste regrettable que les méchants de l’histoire soient un peu trop caricaturaux à mon goût et manquent donc de profondeur.

La plume de l’autrice, en plus d’être immersive, dégage une certaine fluidité qui la rend accessible à un large public. Les dialogues sont, quant à eux, assez nombreux pour plaire aux lecteurs allergiques aux récits trop denses. À noter toutefois une certaine familiarité dans les échanges entre les deux amoureux, ce qui pourra déranger certaines personnes. Pour ma part, cela ne m’a pas gênée outre mesure puisque c’est cohérent avec l’âge des protagonistes et leur état émotionnel du moment, mais j’ai trouvé néanmoins que certains dialogues berçaient inutilement dans la grossièreté… J’ai, de plus, regretté que certains échanges sonnaient creux et n’apportaient rien à l’intrigue ni à la relation amoureuse entre Corène et Gareth. Si on ajoute à cela une histoire qui met très longtemps à démarrer et de nombreuses longueurs, on obtient un roman que j’ai eu beaucoup de mal à terminer malgré ses atouts. Sans ma participation au Prix des auteurs inconnus, je l’aurais d’ailleurs abandonné.

En résumé, De Terre et de Racines aborde, à travers la rencontre de deux personnages que tout oppose, un certain nombre de sujets intéressants et universels : amour, amitié, quête d’identité, rejet de la différence… Malgré un univers riche et détaillé, cette histoire n’a néanmoins pas su me convaincre en raison, entre autres, de ses trop nombreuses longueurs. Ce roman pourrait toutefois intéresser les lecteurs en quête d’une romance mettant en scène deux protagonistes prêts à tout pour défendre leur amour malgré les dangers et leurs différences.

Retrouvez/feuilletez le roman sur Amazon.

Prix des Auteurs Inconnus logo

Sous les apparences, Sullian Loussouarn

Sous les apparences (Graines d'écrivains) par [Loussouarn, Sullian]

Je remercie Babelio et IS éditions de m’avoir fait parvenir, dans le cadre d’une Masse critique Babelio, Sous les apparences de Sullian Loussouarn.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jonathan, la quinzaine, fait sa rentrée à Ardenne, une petite ville dominée par quelques dynasties bourgeoises. Le garçon, du genre surdoué, le nez toujours plongé dans ses livres, n’a pas le caractère frivole des adolescents de son âge et a toujours été moqué et rejeté. C’est pourquoi ses parents aisés, vivant en Italie, lui ont accordé un éloignement et une indépendance relative puisqu’il est surveillé de près par Ella, une amie de sa mère.

Dès le premier jour, Jonathan est fasciné par la beauté de Selenna, une jeune fille aveugle de sa classe. Celle-ci est mise à l’écart par tout le lycée et même toute la ville, pour un événement datant de deux ans ayant entraîné sa cécité. Lui, va à sa rencontre, l’aide, la défend et tombe vite amoureux. La famille de Selenna est méfiante, puis cède devant la sincérité du garçon.

Au fil du trimestre, commence à se dévoiler la chape de secrets qui entoure Selenna et plombe la ville. Pire, quelqu’un cherche à la tuer. Que s’est-il donc passé deux ans auparavant ? Pourquoi toute la ville lui en veut-elle ?

Dans « Sous les apparences » du jeune et prometteur Sullian Loussouarn, plongez-vous dans une atmosphère mystérieuse et étouffante, savourez les révélations au compte-goutte distillées par l’auteur et découvrez des personnages aux personnalités sensibles et complexes.

 

IS Édition (30 novembre 2018) – 330 pages – Broché (20€) – Ebook (4.99€)

AVIS

Je dois avouer qu’en plus du résumé, c’est la très belle couverture et son jeu de miroir qui ont attiré mon attention. Malheureusement, ma lecture fut en demi-teinte : si j’ai apprécié la forme, le fond m’a laissé un sentiment bien plus mitigé… 

À la lecture du résumé, je m’étais attendue à une histoire rythmée par l’amour bien sûr, mais surtout par le suspense, le danger et la tension. Or ce ne fut point le cas, l’auteur étant tombé, du moins pour moi, dans le piège du tome d’introduction. C’est simple, il ne se passe rien ou presque !

J’ai espéré durant de nombreux chapitres que l’intrigue décolle, mais ce n’est jamais arrivé. Pendant plus de trois cents pages, on suit juste un adolescent, Jonathan, qui tombe amoureux d’une fille rejetée par ses camarades, la belle et aveugle Selenna. Le jeune homme se pose des questions autant sur la raison de la haine que la jeune femme suscite que sur ses propres sentiments à son égard. D’ailleurs, il lui faudra plus de 150 pages pour comprendre qu’il l’aime quand le lecteur le comprend dès la première rencontre ou presque…

Le récit est donc plutôt plat même si je reconnais qu’il se dégage un certain mystère autour du personnage de Selenna. On essaie donc, comme Jonathan, de cerner la personnalité de cette dernière et de démêler le vrai du faux. A-t-elle été, par le passé, aussi mauvaise que toute la ville semble le penser et qu’a-t-elle bien pu faire pour que tout le monde la haïsse autant ? Mais le suspense apporté par la jeune femme et son passé est bien trop dilué dans une avalanche d’informations peu intéressantes sur le quotidien de Jonathan et ses questionnements amoureux pour qu’il attise réellement la curiosité des lecteurs.

Selenna n’est pas un personnage assez consistant pour que l’on s’attache à elle malgré ses malheurs, mais elle a le mérite de permettre à l’auteur d’aborder des notions intéressantes comme la rédemption et la capacité de changer. Peut-on vraiment changer et surtout, ce changement peut-il suffire à faire oublier les erreurs et les méchancetés du passé ? Chacun aura, comme dans le roman, sa propre opinion sur le sujet… De la même manière, à travers l’agression de la jeune femme qui lui a coûté la vue, est évoqué un phénomène révoltant qui est malheureusement toujours d’actualité. J’aurais apprécié un peu plus de subtilité dans le traitement du sujet (je pense notamment à une phrase qui m’a paru très maladroite), mais l’auteur a le mérite d’avoir osé en parler.

Sullian Loussouarn a commencé l’écriture de son roman à l’âge de 13 ans et a été « inspiré du garçon qu’il aurait toujours voulu être, et des mystères et secrets issus de ses séries préférées ». Et cela se ressent dans le texte. L’histoire se déroule en France, mais on a clairement le sentiment d’être aux États-Unis, un peu comme si l’auteur n’avait pas réussi à choisir un lieu pour son intrigue. Ce décalage m’a parfois agacée, mais le plus gênant, c’est qu’on a l’impression que l’auteur, à travers Jonathan, nous narre ses propres fantasmes : élève studieux et d’une intelligence rare (on se demande d’ailleurs pourquoi il continue ses études), doué en langue, beau gosse, mature, ayant des parents richissimes qui le laissent habiter tout seul à l’autre bout du pays malgré ses quinze ans (oui, il a vaguement une chaperonne, mais ça paraît léger comme mesure de sauvegarde)…

Ce manque de réalisme m’a empêchée de m’attacher au personnage bien que, paradoxalement, je me sois parfois retrouvée en lui : élève sérieuse adorant les livres et ne recherchant pas particulièrement le contact avec les autres pas toujours très sympathiques avec les « intellos », adolescente peu intéressée par les sujets qui passionnaient les autres personnes de mon âge… J’ai, en outre, apprécié que l’auteur fasse transparaître dans ses dialogues la personnalité de Jonathan : il s’exprime parfois de manière soutenue, du moins bien moins familièrement que ses camarades, mais ça semble totalement naturel. D’ailleurs, certaines de ses formulations auraient pu être les miennes à son âge. Cet aspect permet de renforcer le décalage que ressent Jonathan par rapport à ses camarades. Pas d’attachement donc, car ce personnage était bien trop irréel pour moi, mais une vraie empathie et un plaisir certain à le voir, petit à petit, sortir de sa coquille et se faire quelques amis.

Vous aurez compris que je n’ai pas été très emballée par l’histoire même si j’en ai apprécié la fin et la manière dont l’intrigue est relancée dans les dernières pages. En revanche, il y a un point qui m’a complètement séduite et qui m’a poussée à terminer jusqu’au bout ma lecture : la plume de l’auteur ! Je n’aime pas parler de l’âge trouvant qu’on frôle rapidement la condescendance, mais force est de constater que je suis impressionnée par la beauté et l’élégance qui se dégagent du style de l’auteur qui est pourtant très jeune. C’est très bien écrit, les tournures de phrases sont fluides et agréables à lire, le vocabulaire riche et précis ! Je n’ai pas retrouvé cette lourdeur caractéristique des personnes qui tentent en vain de coller à un style qui n’est pas le leur. Au contraire, on sent ici que Sullian Loussouarn a su développer et affûter, au fil des années, ses talents d’écrivain pour nous offrir un style tout en finesse et plein de charme !

En conclusion, avec Sous les apparences, l’auteur prend le temps de poser le décor de son intrigue, peut-être d’ailleurs un peu trop puisque se dégage une impression désagréable de faire du surplace à mesure que les pages défilent. Ce manque d’action couplé à un héros bien trop parfait pour être réaliste ne permettent pas vraiment de s’impliquer dans le récit. Ce roman possède néanmoins un atout charme de taille, la plume de l’auteur d’une élégance et d’une fluidité qui rendent les événements, à défaut d’être passionnants, très agréables à parcourir. Si le fond est à mon sens bien trop plat pour offrir un réel intérêt, c’est, au niveau de la forme, un sans-faute.

Retrouvez le roman sur le site d’IS édition.

 

Le ciel de Darjeeling, Nicole Vosseler

Je remercie les éditions l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

l’Archipel (6 février 2019) – 440 pages – Broché (23€) – Ebook (15.99€)

AVIS

La présence du mot Darjeeling dans le titre a suffi pour me donner envie de lire ce roman, on est tea-addict ou on ne l’est pas ! Mais avant de nous transporter dans la plantation de thé de Ian, l’autrice nous fait d’abord voyager : Grèce, Cornouailles et enfin, Inde. L’Inde, un pays qui stimule l’imaginaire, mais que pour ma part je ne connaissais que très peu. J’ai donc été enchantée de découvrir, aux côtés de Helena, ce pays, ses paysages, ses traditions ancestrales, son histoire, du moins, une partie de son histoire, ses cultes, son cosmopolitisme, ses couleurs chatoyantes…

Le plaisir a été décuplé par la très belle plume de l’autrice qui, dès les premières lignes, a su me charmer. Élégante et d’une grande finesse, elle fait des merveilles pour retranscrire les décors, les paysages, le temps qui passe, mais aussi les émotions des personnages, leurs états d’âme, leurs joies et leurs tourments. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce roman, ses personnages complexes que l’on a envie parfois de prendre par la main et d’autres fois, de secouer…

Les protagonistes ne sont pas nombreux, ce qui permet de se concentrer sur leur histoire bien que pendant une bonne partie du roman, nous suivons Helena, une jeune femme qui, sans héritage à la mort de son père, se retrouve acculée. En charge de son frère, elle est contrainte d’accepter une proposition qui ne lui plaît guère : épouser Ian, un homme fortuné rencontré fortuitement. En échange, il lui promet une vie à l’abri du besoin pour elle et son frère à condition qu’elle accepte de le suivre dans sa plantation de thé en Inde. Pourquoi ce bon parti désire-t-il l’épouser, elle qui n’a rien à offrir, ni statut, ni argent ? 

Ian est un homme secret qui souffle de manière fort agaçante le chaud et  le froid. Tantôt enjôleur avec des sourires à faire fondre les cœurs, tantôt froid et calculateur, difficile de comprendre ses pensées et les raisons qui le poussent régulièrement à prendre ses distances. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il cache une part d’ombre et un secret qui le hante ! Un secret que Helena aimerait percer afin de se rapprocher de cet époux qui la tient à distance suscitant chez elle attirance et répulsion, deux sentiments contradictoires qui l’épuisent et la tourmentent. Mais tous les secrets sont-ils bons à dire ?

Pour ma part, je n’ai pas succombé au personnage de Ian, n’étant pas particulièrement adepte des personnes qui attendent de leur partenaire le salut. Je n’ai, en outre, pas apprécié certains de ses agissements, et notamment un geste impulsif intolérable bien que malheureusement, courant au 19e siècle. Toutefois, en découvrant le passé de ce personnage torturé et énigmatique, on comprend certaines de ses réactions et la manière dont il en est venu à se forger cette image d’homme affable, mais dangereux autant craint que respecté. Insaisissable et changeant comme le caméléon, son surnom, l’homme intrigue…

Si la relation entre Ian et Helena est intéressante dans la manière dont elle évolue, les deux personnages apprenant peu à peu à s’apprivoiser, le tour de force de l’autrice est d’avoir su imbriquer une histoire dans l’histoire en déroulant sous les yeux des lecteurs captivés, le passé de Ian et de ses parents. Je ne développerai pas beaucoup cet aspect du roman qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai trouvé l’histoire d’amour entre ses parents très touchante. Elle comporte cette part de beauté et de cruauté qui forge dans le marbre les sentiments les plus profonds. Attendez-vous donc à être émus et remués par ce couple que la vie ne va pas épargner.

Cette histoire d’amour avec un grand A est également l’occasion, pour l’autrice, d’aborder des sujets forts et parfois difficiles comme les couples mixtes dans une Inde colonisée où les sentiments entre colonisateur et colonisés sont ambivalents et complexes, la question des différences culturelles, ethniques et religieuses, source parfois de haine et de méfiance,  la place des croyances, traditions et mythes dans cette Inde du 19e siècle… Ce sont tout autant d’aspects de ce pays que j’ai apprécié de découvrir d’autant que le sens du détail de l’autrice permet totalement de s’immerger dans cette culture si différente de la nôtre.

On comprend alors sans peine l’attachement viscéral que Ian ressent pour ce pays qui l’a vu grandir… Un attachement qui gagnera, petit à petit, Helena qui, contre toute attente, finira par s’adapter à sa nouvelle vie apprenant même à parler l’hindoustani. Il faut dire qu’en plus des somptueux paysages, de cette liberté dont elle était dépourvue en Angleterre, et de l’amitié de Mohan, fidèle ami et bien plus encore de Ian, elle sera également conquise par la plantation de thé de son mari qui produit le meilleur thé du monde. Si vous aimez le thé, vous devriez, comme moi, être ravis de la manière dont l’autrice évoque l’histoire du thé, les différents grades, sa cueillette… C’est fait avec une telle passion et justesse que vous n’aurez qu’une envie, vous préparer une bonne tasse de thé !

En conclusion, d’une plume fluide et élégante, Nicole Vosseler vous propose ici un très beau voyage qui vous conduira dans cette fascinante Inde du 19e siècle dont elle sait retranscrire toute la splendeur. À travers deux personnages que tout semble opposer, mais qui sont bien plus proches qu’ils ne le pensent, elle tisse progressivement le fil d’une relation mouvementée et intense qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Histoire d’amour, d’amitié et de haine à la fois, Le ciel de Darjeeling est un ouvrage entraînant et immersif qui saura offrir de multiples émotions aux lecteurs qui prendront le temps, comme avec un bon thé, de le déguster.

Retrouvez le roman chez votre libraire ou, entre autres, sur  Chapitre.com

Le mec de la tombe d’à côté, Katarina Mazetti

J’ai lu Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, aux éditions Actes Sud, dans le cadre du Challenge mystère dont le thème de janvier était : Lire un roman contemporain.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Désirée se rend régulièrement sur la tombe de son mari, qui a eu le mauvais goût de mourir trop jeune. Bibliothécaire et citadine, elle vit dans un appartement tout blanc, très tendance, rempli de livres. Au cimetière, elle croise souvent le mec de la tombe d’à côté, dont l’apparence l’agace autant que le tape-à-l’œil de la stèle qu’il fleurit assidûment. Depuis le décès de sa mère, Benny vit seul à la ferme familiale avec ses vingt-quatre vaches laitières. Il s’en sort comme il peut, avec son bon sens paysan et une sacrée dose d’autodérision. Chaque fois qu’il la rencontre, il est exaspéré par sa voisine de cimetière, son bonnet de feutre et son petit carnet de poésie. Un jour pourtant, un sourire éclate simultanément sur leurs lèvres et ils en restent tous deux éblouis… C’est le début d’une passion dévorante. C’est avec un romantisme ébouriffant et un humour décapant que ce roman d’amour tendre et débridé pose la très sérieuse question du choc des cultures.

Actes Sud (30 mars 2009) – 253 pages – Poche (7.70€) – ebook – audiobook

AVIS

Si cette histoire d’amour, assez différente de celles que j’ai pu lire jusqu’à présent, ne m’a pas transportée, j’en ai toutefois apprécié l’originalité. Ici, point de coup de foudre au premier regard, mais des premières rencontres emplies d’exaspération ! Désirée, jeune veuve, ne supporte plus le mauvais goût avec lequel est décorée la tombe d’à côté de celle de son défunt mari. Quant à Benny, il n’apprécie guère plus cette pimbêche qui semble le toiser quand il vient se recueillir sur la tombe de sa mère.

Les regards pleins de mépris et de défiance vont néanmoins, petit à  petit, laisser place aux sourires puis à une histoire d’amour plutôt mouvementée. Il faut dire que la rencontre entre ces deux personnages est placée sous le choc des cultures ! Désirée est une citadine dans l’âme quand Benny est un agriculteur dont la vie tourne entièrement autour de la ferme familiale. Source de non-dits et de tensions non apaisées, du moins autrement que par une réconciliation sur l’oreiller, cette différence de milieu social et de personnalité, qui aurait pu être une force pour le couple, va finir par le menacer…

L’alternance des points de vue entre Désirée et Benny est intéressante dans la mesure où elle nous permet de comprendre le point de vue de chacun. Et on se rend alors vite compte d’un certain manque de communication entre les deux personnages qui ont une vision de la vie totalement différente. Benny aime les moteurs de camion, il aime la vie à la ferme bien que ses vaches l’épuisent, il aime les choses simples… Désirée adore les livres et son travail de bibliothécaire, elle aime son appartement, la ville, découvrir de nouvelles choses.

Deux cadres de vie très différents qu’il est difficile de concilier surtout quand personne ne semble prêt à faire de concessions ou à s’intéresser à ce que veut l’autre. C’est d’ailleurs un point qui m’a quelque peu exaspérée : chacun construit sa relation dans son coin avec son propre système de valeurs et ses propres attentes en espérant que l’autre accepte de s’y conformer. Difficile dans ces conditions de développer une relation équilibrée, épanouissante et harmonieuse ! Benny espère donc que Désirée abandonne tout, ou presque, pour vivre avec lui dans sa ferme quand Désirée semble complètement déconnectée des obligations et de la charge de labeur qu’un travail d’agriculteur implique. Je reconnais toutefois qu’au fil des pages, Désirée paraît comprendre certaines choses sur ce que représente la ferme pour Benny qui, lui-même, se rend compte que la personne dont il est amoureux n’est pas forcément celle dont il aurait besoin… Un bel exemple de l’adage « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Si ces deux amoureux m’ont parfois agacée, j’ai apprécié l’évolution de leur relation et la volonté de l’auteure de ne pas nous offrir une romance à l’eau de rose qui passerait sous silence les difficultés à concilier deux milieux sociaux très différents. Car en plus de l’aspect romance, il y a un côté roman social, le roman nous dépeignant même si ce n’est que superficiellement, la difficulté du travail d’agriculteur qui demande abnégation et un certain pragmatisme parfois même dans les choses de l’amour… Il est juste regrettable que les personnages manquent cruellement de nuances. Désirée et Benny sont très caricaturaux dans leurs valeurs, comportements, et même loisirs. Ils ne dénoteraient d’ailleurs pas dans une comédie balayant les clichés sur les citadins vs les « campagnards ». Ce point ne m’a pas permis d’apprécier cette histoire à sa juste valeur.

Je l’ai néanmoins lue rapidement, la plume de l’autrice s’étant révélée agréable et simple avec juste ce qu’il faut de relief pour rendre la lecture prenante et plaisante. Katarina Mazetti décrit les choses telles qu’elles sont sans embellissement ni ornements. Les personnages ne sont pas parfaits, ils sont parfois agaçants, parfois touchants, mais ils ne laissent jamais indifférents d’autant que leurs échanges ne sont pas dénués d’un certain humour. Atypique, ce couple m’a surprise jusqu’à la fin du roman avec un rebondissement que je n’avais pas vu venir. J’avouerai que celui-ci m’a quelque peu gênée dans son aspect assez peu moral, mais j’attends de voir comment l’autrice va le gérer dans le second tome.

En conclusion, Katarina Mazetti nous propose une romance atypique entre deux personnages que tout oppose et qui touchent autant qu’ils agacent. Rapide à lire, et non dénuée d’humour, voici une petite romance qui peut plaire autant aux amateurs du genre qu’aux personnes en quête d’un roman traitant avec réalisme l’évolution d’une relation amoureuse mouvementée avec ses incompréhensions et ses nécessaires concessions…

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