Le palais des mille vents : L’Héritage des steppes (tome 1), Kate McAlistair

Couverture Le palais des mille vents, tome 1 : L'héritage des steppes

Après sa trilogie du Lotus rose, Kate McAlistair nous invite à un voyage riche en passions sur les terres glacées et sauvages de la Russie.

 

Lahore, 1838. Adolescent, Morgan vit sous le joug de son père, un mercenaire aussi cruel qu’ivrogne. Il tombe amoureux de Chali, une jeune princesse mongole, mais celle-ci doit épouser le petit-fils de l’empereur du Pendjab. Morgan s’efforce de l’oublier en prenant sous son aile Maura, une fillette venue rejoindre son père, le colonel Fleming, redoutable chef de la police de l’empereur.
Un jour, c’est le drame : alors que Morgan tente de s’opposer à son père ivre, ce dernier tombe du balcon et se tue. Fleming l’accuse de meurtre. Le jeune garçon parvient à lui échapper et s’enfuit dans l’Himalaya.
Dix ans ont passé. Maura est mariée à un botaniste britannique qui œuvre dans le renseignement. Au cours d’une réception au Palais des mille vents, en Russie, elle reconnaît Morgan. À nouveau sous son charme, elle manœuvre pour qu’il devienne le guide de l’expédition de son mari. Attiré par Maura, Morgan refuse tout d’abord. Mais lorsqu’il comprend que cette expédition est en réalité une mission de sauvetage de la princesse Chali, à présent veuve et pourchassée par des tueurs, il n’a plus qu’un désir : venir en aide à celle qu’il n’a jamais pu oublier…

Après sa trilogie du Lotus rose, Kate McAlistair signe le premier volet d’une nouvelle saga : un voyage passionné de l’Inde à la Russie orientale, jusqu’aux confins du Kazakhstan.

L’Archipel (14 octobre 2021) – 22€ (papier) – 15,99€ (ebook)

AVIS

Voici un roman qui m’a offert la dose de dépaysement et d’évasion que j’attendais. Au fil des pages, j’ai découvert différents peuples avec leurs traditions, us et coutumes, tout en traversant différents paysages d’Asie centrale, de Russie et même de Chine. Un dépaysement total qui s’accompagne de descriptions d’une grande minutie rendant l’expérience de lecture des plus immersives, d’autant que l’autrice allie l’élégance d’une plume travaillée sans excès, l’acuité de la passionnée et la fluidité de l’écrivaine aguerrie. Il en résulte un pavé certes, mais un pavé qui ne se dérobe jamais à notre attention, bien au contraire.

Le roman est découpé en trois parties, mais je serais bien incapable de vous dire laquelle m’a le plus emportée, chacune d’entre elles nous faisant vivre des péripéties et ressentir des émotions diverses et variées d’une puissance certaine. Il faut dire que l’autrice semble avoir l’art et la manière de créer et de faire grandir des personnages profondément humains qui vivent des choses difficiles, de la violence d’un père alcoolique à la perte d’une mère dans l’indifférence d’un géniteur froid et dépourvu de compassion, en passant par un mariage arrangé à des fins géopolitiques… Malgré la difficulté de certaines situations, je pense notamment à la flamboyance d’un terrible bûcher et à un événement qui m’a brisé le cœur, l’autrice évite l’écueil du pathos pour s’adresser directement à l’humanité et au cœur de ses lecteur(ice)s. On sourit, on tremble, on s’émerveille, on s’inquiète, on panique, on a l’impression que notre cœur est broyé par l’attente, la peur et l’espoir… En d’autres mots, on vit cette aventure avec une grande intensité et l’impression de grandir aux côtés de personnages que l’autrice n’hésite pas à malmener et à faire passer par de terribles épreuves.

Et au jeu du malheur, deux personnages semblent avoir tiré le gros lot : une princesse mongole, descendante du grand Gengis Khan et Morgan, un adolescent partagé entre un père alcoolique et violent, guerrier irlandais soutenu par l’empereur du Pendjab, et une mère aimante qui lui promet un grand destin. En attendant, cette dernière subit les coups de son mari avec courage, autant pour protéger son fils que par habitude culturelle. Après tout, dans cette Inde du XIXe siècle, femmes et enfants sont la propriété du mari qui peut bien faire d’eux ce qu’il souhaite. Certaines scènes m’ont d’ailleurs profondément révoltée ! Néanmoins, en plus de traduire une réalité historique, elles permettent de mieux comprendre la personnalité de Morgan, un adolescent sensible qui aimerait pouvoir protéger sa mère, mais qui est meurtri par son impuissance.

Il pourra heureusement trouver un peu de réconfort auprès d’un homme qu’il considère comme son père, des chevaux, d’un religieux, et de deux jeunes filles récemment rencontrées. La première est une inconnue dont il ne parle pas la langue et ne connaît pas l’identité, mais avec laquelle il trouvera d’autres manières de communiquer. Celle-ci, en plus de l’introduire à l’art de la fauconnerie, faisant naître chez lui un véritable amour et respect pour les aigles, lui offre une sorte de cocon protecteur. À ses côtés, il se sent bien et accède à cette quiétude absente de son quotidien, a fortiori quand son père est de retour de ses exploits guerriers. La seconde personne avec laquelle Morgan va devenir ami est Maura, une jeune irlandaise curieuse et exaltée venue rejoindre son père en Inde, un homme froid et violent dont l’idée de justice constitue en un festival d’exécutions… Pas étonnant qu’il s’entende très bien avec le père de Morgan.

Un drame va soudainement mettre fin au semblant de bonheur de Morgan dont le chemin va se séparer de ses deux amies, avant qu’un concours de circonstances ne vienne, dix ans plus tard, rappeler à l’adolescent devenu homme, un passé qu’il a pourtant tout fait pour oublier et laisser derrière lui.  Si je ne suis pas une grande amatrice des ellipses temporelles, j’ai apprécié de sauter dix ans pour retrouver nos personnages changés et grandis : Maura est devenue une belle jeune femme sûre d’elle et mariée avec un célèbre botaniste, elle l’amoureuse des sciences naturelles. Et Morgan, devenu Aleksandr après avoir été adopté par un baron russe, a changé de vie et d’identité. On retrouve en lui sa gentillesse, son courage, son goût pour l’aventure, mais au fil des pages, il nous apparaît peut-être plus dur et sec, les épreuves et blessures du passé ne l’ayant pas laissé indemne. Après un premier refus, Morgan va accepter d’accompagner Maura, retrouvée par hasard, et son mari dans une expédition dont le réel objectif n’est peut-être pas celui annoncé…

Un jeu séduction s’opère entre les deux anciens amis, mais j’avoue que je n’y ai pas été sensible, leur attraction physique m’ayant semblé d’emblée sans commune mesure avec les sentiments profonds unissant Maura et son mari, et ceux portés par Aleksandr à la seule personne qu’il ait jamais vraiment aimée, et qu’il est bien décidé à sauver des griffes des assassins lancés sur sa route pour une affaire de trône… La dimension géopolitique est très bien amenée, d’autant qu’elle apporte son lot de drames, de contrariétés et de dangers, sans jamais occulter le côté humain de cette aventure rythmée et emplie de nobles sentiments, mais aussi de bassesse humaine. Amour, haine, méfiance, attirance, regrets, espoir, convoitise, soif d’or et de pouvoirs… tout y est pour permettre aux lecteurs de passer un moment de divertissement enivrant, dépaysant et romanesque.

J’ai apprécié la fougue de Maura, le courage d’Aleksandr et son caractère passionné, la manière dont un vieux baron recollera son cœur en morceaux en adoptant et sauvant la vie d’un garçon dont il ne connaissait pourtant presque rien, la dévotion d’une mère pour son fils…mais j’ai peut-être été encore plus touchée par le destin d’une princesse dont la vie et le bonheur sont sacrifiés sur l’autel politique. Il y a une telle injustice à se voir déposséder de sa vie par des hommes en quête de pouvoir, de prestige et d’argent ! Alors bien que la princesse Chali soit finalement peu présente dans ce premier tome, c’est le personnage qui a suscité en moi la plus grande empathie et le plus d’admiration. Elle se sacrifie pour son peuple et fait face avec beaucoup de dignité aux épreuves qui jalonnent sa vie, dont l’une effroyable qui aurait pu l’anéantir. Tout au long du roman, je n’ai donc pas pu m’empêcher d’espérer très fort que le destin se montre plus clément avec elle et qu’elle puisse enfin accéder à un bonheur plus que mérité…

Si je lirai la suite de la saga avec plaisir, j’ai apprécié que l’autrice ne termine pas son tome sur un cliffhanger mais sur une fin qui peut aussi bien servir de conclusion, du moins pour moi, que de prémices à une suite que l’on présage forte en émotions, sentiments, rebondissements et dépaysement.

En conclusion, L’Héritage des steppes est le premier tome d’une série parfaite pour les lecteurs en quête d’un voyage culturel, en même temps que d’une belle épopée romanesque mêlant avec brio aventure, dangers, évasion, sentiments, exaltation, amour, haine, passion, contexte historique et géopolitique fort, dépaysement… Le tout porté par une plume fluide et immersive, alternance de précision et d’émotions, et des personnages d’envergure à la construction impeccable et au destin hors du commun !

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis et l’autrice pour sa superbe dédicace !

 

Dent de dinosaure, Michael Crichton

Couverture Dent de dinosaure

JAMAIS DEPUIS JURASSIC PARK LA CHASSE AUX FOSSILES DE DINOSAURES N’AVAIT ÉTÉ AUSSI DANGEREUSE…
Le roman inédit de Michael Crichton, qui lui a inspiré Jurassic Park

1875. Dandy désœuvré, le jeune William Johnson, après avoir perdu un pari, doit partir pour le Far West. Quittant son univers privilégié, l’étudiant de Yale rejoint une expédition à la recherche de fossiles préhistoriques dans les territoires reculés et hostiles du Wyoming.

Mais la plus sanglante des guerres indiennes vient d’éclater. Et avec elle un autre conflit, opposant deux célèbres paléontologues prêts à tout pour déterrer d’inestimables vestiges de dinosaures et accéder à la gloire.

Pactes secrets, trahisons et meurtres rythmeront l’épopée de Johnson, peuplée de figures mythiques de l’Ouest : chasseurs de bisons et chasseurs de primes, généraux en déroute et Sioux sanguinaires, as de la gâchette et danseuses de saloon.

Retrouvé dans les archives de l’écrivain, ce roman inédit au confluent du western et du thriller est fondé sur des faits réels. Il lui a ensuite inspiré Jurassic Park, son plus célèbre roman

AVIS

Si je connaissais l’auteur de nom, je n’avais jamais pris le temps de le découvrir. Voilà maintenant chose faite grâce à Dent de dinosaure, le roman qui lui aurait inspiré le fameux Jurassic Park dont j’ai adoré les adaptations cinématographiques.

J’ai beaucoup aimé ma lecture, mais je dois avouer avoir été assez surprise par la tournure prise par les événements. Le roman étant classé dans la collection suspense des éditions de l’Archipel, je m’étais attendue à un thriller alors que pour moi, et ça reste mon avis personnel, on est quand même bien plus dans roman d’aventures. Si vous aimez le Far West, vous allez juste adorer ce roman : désert et ambiance aride, poussière qui vous mène la vie dure et s’infiltre partout, bisons, saloons, excités de la gâchette, justice balbutiante, attaques de convoi, conflits sanglants entre l’armée américaine et des Amérindiens qui tentent de sauvegarder leur terre de la convoitise blanche, ruée vers l’or bien que pour notre part, c’est plus la ruée vers les os que nous suivons…

En effet, l’auteur a décidé de mêler habilement fiction et réalité pour nous plonger en pleine Guerre des os qui a opposé deux grands et célèbres paléontologues prêts à tout pour déterrer le maximum os de dinosaures et asseoir leur gloire personnelle. Et quand je dis prêts à tout, ce n’est pas un euphémisme : espionnage, corruption, mensonges, vols, dénigrements, études des publications scientifiques du concurrent pour trouver la petite erreur et la pointer du doigt… Tous les coups sont permis ! Si la situation a quand même quelque chose de dramatique, j’avoue que la guéguerre entre Cope et Marsh m’a arraché quelques sourires, parce que j’ai parfois eu le sentiment d’être en présence de deux grands enfants qui se disputent le même jouet.

Je ne connaissais pas ces grandes figures de la paléontologie, mais j’ai pris plaisir à les découvrir au point de lire quelques articles à leur sujet et d’en déduire que l’auteur a volontairement choisi de prendre le parti de l’un d’entre eux, en le présentant sur un jour plus favorable que sa némésis. Ce n’est pas un défaut en soi, mais mieux vaut savoir que Cope semblait également capable de comportements malhonnêtes qui sont, dans le roman, quelque peu passés sous silence. Par conséquent, contrairement à Marsh qui nous apparaît ici comme un homme cupide, paranoïaque et sans aucune morale, Cope suscite une certaine sympathie, d’autant que s’il se révèle parfois sanguin, il a su développer avec son équipe, dont fait partie notre protagoniste, une réelle complicité. Il possède également cette petite touche de malice qui nous fait volontiers oublier ses emportements pour se concentrer sur sa passion et sa volonté de fer.

Ainsi, bien que sympathique, Cope n’en demeure pas moins un homme déterminé qui met parfois son équipe dans des situations difficiles et franchement dangereuses. Chose que va vite découvrir William Johnson, un jeune homme fortuné qui, suite à un pari, va intégrer l’expédition menée par Marsh avant d’être embarqué dans celle de Cope. Il est d’ailleurs amusant de voir comment la paranoïa de Marsh, persuadé que l’étudiant était à la solde de Cope, va contraindre Johnson à vraiment travailler pour son ennemi. Johnson est un personnage intéressant qui va connaître une réelle évolution physique, mentale et morale entre son départ et la fin de l’aventure dans l’Ouest. Les épreuves traversées, les déceptions, les trahisons, le fait d’avoir côtoyé la mort de près font le faire grandir et le pousser dans ses retranchements, avant de lui permettre de découvrir en lui des ressources qu’il ne soupçonnait pas posséder.

Oubliez donc le jeune fortuné impatient et désœuvré des débuts et laissez place à un homme nouveau, un homme déterminé à sauver son précieux chargement, du moins d’un point de vue historique et scientifique, de la convoitise des hommes et de la bêtise humaine. Finalement, c’est peut-être le seul qui œuvre vraiment pour la science et la connaissance, et non pour sa gloire personnelle ou un potentiel profit ! Je me suis progressivement attachée à ce personnage qui n’abandonnera jamais devant l’adversité, quand rien dans sa vie de nanti ne l’avait préparé à affronter autant d’épreuves et cet accablant épuisement physique et moral. À ce titre, on ne pourra que louer sa force de caractère et sa détermination à toute épreuve ! On prend également un certain plaisir à découvrir à ses côtés des disciplines comme la photographie et la paléontologie, l’auteur ayant fait un véritable travail de recherche sur ses sujets. Un travail qu’il nous restitue simplement et avec une aisance qui donne le sentiment aux lecteurs d’apprendre aux côtés du protagoniste.

D’ailleurs, s’il y a bien un sentiment qui nous assaille en cours de lecture, c’est cette impression d’immersion qui permet de ressentir chaque événement, coup tordu et découverte comme s’ils nous concernaient directement. La narration déjà particulièrement immersive est, en outre, entrecoupée d’extraits inédits issus des journaux et carnets de Johnson, ce qui nous donne le sentiment de nous plonger au cœur d’un épisode de l’Histoire à travers la vision de l’un de ses protagonistes. En plus du dynamisme et de la fluidité de la plume de l’auteur, j’ai également apprécié le découpage du roman en trois parties, chacune ayant son charme et ses atouts propres. Si c’est peut-être les moments de tension et les épisodes d’exploration qui m’ont le plus passionnée, la partie centrée sur Johnson et ses actions pour sauvegarder des vestiges d’un ancien temps ne manque pas d’attrait et d’intérêt, l’auteur replaçant l’homme en tant que tel au centre de son intrigue.

Contexte historique oblige, le roman met également en lumière les tensions engendrées par le darwinisme qui divise et se heurte aux convictions religieuses de certains, mais aussi la complexité des guerres entre l’armée américaine, qui a perdu le soutien d’une partie de l’opinion publique, et les Amérindiens qui s’efforcent de lutter contre l’invasion de colons s’étant appropriés des terres qui n’étaient pas les leurs, des terres parfois sacrées. Si la menace des attaques indiennes est bien palpable, d’autant que leur violence suscite une peur largement répandue, voire amplifiée et fantasmée, j’ai également apprécié que l’auteur pointe l’hypocrisie d’un gouvernement qui envoie son armée massacrer tout en lui reprochant sa violence. Un peu comme s’il pouvait y avoir des guerres propres qui permettraient de s’approprier des territoires et des richesses, n’oublions pas que nous sommes en pleine ruée de l’or, mais sans faire de victimes, ou du moins des victimes que l’on pourrait discrètement mettre sous le tapis…

En conclusion, Dent de dinosaure mélange avec brio réalité et fiction pour nous plonger en pleine guerre entre deux paléontologues prêts à tout pour déterrer les vestiges d’un ancien monde et ainsi asseoir leur gloire personnelle. Une guerre à laquelle va être mêlé bien malgré lui un étudiant qui va découvrir qu’être issu d’une bonne famille ne sert pas à grand-chose en plein milieu d’un Ouest américain peu accueillant en ce XIXe siècle. Entre les dangers d’un environnement difficile, les trahisons, la menace indienne et les coups tordus, les lecteurs n’auront pas le temps de s’ennuyer ! Amoureux du Far West et de son ambiance si particulière, ce roman est fait pour vous.

Quand la soif de connaissance et de reconnaissance humaine vient se confronter aux vestiges d’un ancien et passionnant monde !

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.
Feuilletez/achetez le roman sur Lisez.com

Le ciel de Darjeeling, Nicole Vosseler

Je remercie les éditions l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

l’Archipel (6 février 2019) – 440 pages – Broché (23€) – Ebook (15.99€)

AVIS

La présence du mot Darjeeling dans le titre a suffi pour me donner envie de lire ce roman, on est tea-addict ou on ne l’est pas ! Mais avant de nous transporter dans la plantation de thé de Ian, l’autrice nous fait d’abord voyager : Grèce, Cornouailles et enfin, Inde. L’Inde, un pays qui stimule l’imaginaire, mais que pour ma part je ne connaissais que très peu. J’ai donc été enchantée de découvrir, aux côtés de Helena, ce pays, ses paysages, ses traditions ancestrales, son histoire, du moins, une partie de son histoire, ses cultes, son cosmopolitisme, ses couleurs chatoyantes…

Le plaisir a été décuplé par la très belle plume de l’autrice qui, dès les premières lignes, a su me charmer. Élégante et d’une grande finesse, elle fait des merveilles pour retranscrire les décors, les paysages, le temps qui passe, mais aussi les émotions des personnages, leurs états d’âme, leurs joies et leurs tourments. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce roman, ses personnages complexes que l’on a envie parfois de prendre par la main et d’autres fois, de secouer…

Les protagonistes ne sont pas nombreux, ce qui permet de se concentrer sur leur histoire bien que pendant une bonne partie du roman, nous suivons Helena, une jeune femme qui, sans héritage à la mort de son père, se retrouve acculée. En charge de son frère, elle est contrainte d’accepter une proposition qui ne lui plaît guère : épouser Ian, un homme fortuné rencontré fortuitement. En échange, il lui promet une vie à l’abri du besoin pour elle et son frère à condition qu’elle accepte de le suivre dans sa plantation de thé en Inde. Pourquoi ce bon parti désire-t-il l’épouser, elle qui n’a rien à offrir, ni statut, ni argent ? 

Ian est un homme secret qui souffle de manière fort agaçante le chaud et  le froid. Tantôt enjôleur avec des sourires à faire fondre les cœurs, tantôt froid et calculateur, difficile de comprendre ses pensées et les raisons qui le poussent régulièrement à prendre ses distances. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il cache une part d’ombre et un secret qui le hante ! Un secret que Helena aimerait percer afin de se rapprocher de cet époux qui la tient à distance suscitant chez elle attirance et répulsion, deux sentiments contradictoires qui l’épuisent et la tourmentent. Mais tous les secrets sont-ils bons à dire ?

Pour ma part, je n’ai pas succombé au personnage de Ian, n’étant pas particulièrement adepte des personnes qui attendent de leur partenaire le salut. Je n’ai, en outre, pas apprécié certains de ses agissements, et notamment un geste impulsif intolérable bien que malheureusement, courant au 19e siècle. Toutefois, en découvrant le passé de ce personnage torturé et énigmatique, on comprend certaines de ses réactions et la manière dont il en est venu à se forger cette image d’homme affable, mais dangereux autant craint que respecté. Insaisissable et changeant comme le caméléon, son surnom, l’homme intrigue…

Si la relation entre Ian et Helena est intéressante dans la manière dont elle évolue, les deux personnages apprenant peu à peu à s’apprivoiser, le tour de force de l’autrice est d’avoir su imbriquer une histoire dans l’histoire en déroulant sous les yeux des lecteurs captivés, le passé de Ian et de ses parents. Je ne développerai pas beaucoup cet aspect du roman qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai trouvé l’histoire d’amour entre ses parents très touchante. Elle comporte cette part de beauté et de cruauté qui forge dans le marbre les sentiments les plus profonds. Attendez-vous donc à être émus et remués par ce couple que la vie ne va pas épargner.

Cette histoire d’amour avec un grand A est également l’occasion, pour l’autrice, d’aborder des sujets forts et parfois difficiles comme les couples mixtes dans une Inde colonisée où les sentiments entre colonisateur et colonisés sont ambivalents et complexes, la question des différences culturelles, ethniques et religieuses, source parfois de haine et de méfiance,  la place des croyances, traditions et mythes dans cette Inde du 19e siècle… Ce sont tout autant d’aspects de ce pays que j’ai apprécié de découvrir d’autant que le sens du détail de l’autrice permet totalement de s’immerger dans cette culture si différente de la nôtre.

On comprend alors sans peine l’attachement viscéral que Ian ressent pour ce pays qui l’a vu grandir… Un attachement qui gagnera, petit à petit, Helena qui, contre toute attente, finira par s’adapter à sa nouvelle vie apprenant même à parler l’hindoustani. Il faut dire qu’en plus des somptueux paysages, de cette liberté dont elle était dépourvue en Angleterre, et de l’amitié de Mohan, fidèle ami et bien plus encore de Ian, elle sera également conquise par la plantation de thé de son mari qui produit le meilleur thé du monde. Si vous aimez le thé, vous devriez, comme moi, être ravis de la manière dont l’autrice évoque l’histoire du thé, les différents grades, sa cueillette… C’est fait avec une telle passion et justesse que vous n’aurez qu’une envie, vous préparer une bonne tasse de thé !

En conclusion, d’une plume fluide et élégante, Nicole Vosseler vous propose ici un très beau voyage qui vous conduira dans cette fascinante Inde du 19e siècle dont elle sait retranscrire toute la splendeur. À travers deux personnages que tout semble opposer, mais qui sont bien plus proches qu’ils ne le pensent, elle tisse progressivement le fil d’une relation mouvementée et intense qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Histoire d’amour, d’amitié et de haine à la fois, Le ciel de Darjeeling est un ouvrage entraînant et immersif qui saura offrir de multiples émotions aux lecteurs qui prendront le temps, comme avec un bon thé, de le déguster.

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