Rencontre avec Vercingétorix, Julien Moca (auteur), Julien Bringer-Deik (illustrateur)

Rencontre avec Vercingétorix, De Borée

Je remercie les éditions De borée pour m’avoir permis de découvrir Rencontre avec Vercingétorix.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cerise et Robin, au fil de leurs aventures, découvrent l’histoire de Vercingétorix, grand chef de guerre gaulois qui affronta Jules César et ses puissantes armées.

  • Album: 30 pages
  • Tranche d’âges: 6 années et plus
  • Éditeur : De Borée jeunesse (31 mai 2018)
  • Collection : Les petits détectives de l’histoire
  • Prix : 12.90 €

AVIS

Quand j’ai vu Rencontre avec Vercingétorix sur le catalogue des éditions De Borée, j’ai tout de suite eu envie de lire le livre adorant les ouvrages qui affichent, comme ici, l’objectif ambitieux de mettre l’Histoire à la portée des enfants. Et c’est exactement ce qu’offre ici ce magnifique album qui prouve qu’on peut raconter le passé en le rendant accessible, intéressant et attrayant.

Cerise et Robin découvrent avec enthousiasme la vie de Vercingétorix d’abord grâce à leur père puis par l’intermédiaire d’un rêve intense qui les conduira vingt-deux siècles en arrière. Sur place, ils feront la rencontre de Diatorix, le neveu de Vercingétorix. Le jeune garçon, en fervent supporter de son oncle, sera alors ravi de leur conter l’histoire de ce grand guerrier et fin stratège…

L’histoire est intéressante, Vercingétorix étant un personnage fascinant, mais ce qui fait la force de cet album, c’est la manière très ludique et attrayante avec laquelle l’Histoire est mise à la portée des enfants. Quand on ouvre l’album, on ne peut qu’être frappé par la place donnée à l’aspect visuel avec de grandes illustrations qui attirent tout de suite le regard.

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On découvre donc d’abord ces magnifiques images qui enchanteront petits et grands, puis on lit avec avidité le texte. Cette importance de l’image me semble primordiale dans un album destiné à des enfants même si en tant qu’adulte, je suis loin d’être insensible à la démarche. Julien Bringer-Deik est un habitué des albums jeunesse et ça se sent dans sa volonté d’offrir des dessins aux couleurs vives et éclatantes, des traits doux et expressifs permettant de saisir les émotions des personnages en un regard, une gestuelle précise qui guide la lecture…

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Ces illustrations facilitent grandement l’immersion dans le récit de Julien Moca qui, par sa manière de conter l’histoire de Vercingétorix à travers un vocable simple, mais précis, la rend accessible à tous les lecteurs. Les informations données sont, en outre, claires tout en restant très synthétiques, ce qui facile la compréhension des plus jeunes et permet de garder leur attention. Je suis admirative du travail de l’auteur qui a su en peu de pages et peu de lignes restituer les grandes étapes de la vie d’un personnage historique complexe. En tant qu’adulte, vous ne devriez pas faire de grandes découvertes, bien que le rappel de certains faits est toujours appréciable, mais vous ne devriez pas non plus vous ennuyer. À noter également que l’auteur a eu la très bonne idée d’aborder l’histoire à travers trois enfants, Cerise, Robin et Diatorix, ce qui permettra aux jeunes lecteurs de s’identifier et donc de se projeter plus facilement dans le récit. 

Les nouvelles connaissances se fixant bien plus facilement si l’on fait participer l’apprenant, l’album contient un quizz. Les enfants pourront donc se tester d’autant que l’aspect ludique des questions devrait les séduire. Quant aux adultes, c’est un moyen ludique de vérifier que l’histoire a bien été comprise par les enfants ou s’il est nécessaire de reprendre certains passage. À la suite de ce premier quizz, sont proposés un point sur Les batailles de Gergovie et d’Alésia, la capture de Vercingétorix par les Romains ainsi qu’une carte pour s’aider à se repérer dans l’espace et le temps. De nouvelles connaissances qui donneront lieu à un second petit quizz. En d’autres mots, les enfants pourront découvrir l’histoire de Vercingétorix en s’amusant et en participant activement.

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En conclusion, parler aux enfants d’un personnage aussi emblématique que Vercingétorix par le biais d’un album jeunesse me semble être un choix des plus judicieux. À travers un texte accessible, de jeunes personnages auxquels les enfants pourront s’identifier sans peine et des illustrations colorées et tout en rondeur, le duo auteur/illustrateur devrait séduire les jeunes lecteurs tout comme les adultes d’ailleurs. Un joli album donc à lire seul ou en famille pour concilier plaisir de lire et plaisir d’apprendre.

Si vous avez envie de découvrir d’autres illustrations de Julien Bringer-Deik, n’hésitez pas à consulter son site Internet, cet illustrateur ayant déjà quelques ouvrages à son actif.

Et vous, envie de découvrir Rencontre avec Vercingétorix ?

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À la table du Roi Soleil – Récit et recettes, Marie et Françoise De La Forest

A la table du Roi Soleil

Je remercie les Éditions du Rêve de m’avoir permis de découvrir ce magnifique ouvrage.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sous le règne de Louis XIV, en plus des arts, de l’architecture, des jardins, de la musique, s’est développée la grande cuisine française. C’est à cette naissance de la gastronomie et surtout à la découverte de l’incroyable organisation de la vie gourmande de Versailles au Grand Siècle que nous invitons le lecteur. Un ballet fourmillant, des anecdotes incroyables, les secrets de la gourmandise du Roi Soleil…

En plus du récit et des anecdotes, 25 recettes magnifiquement illustrées viennent illuminer l’ouvrage, elles sont évidemment adaptées au goût du jour et feront le bonheur de celles et ceux, nombreux, qui aiment cuisiner et recevoir leurs amis avec des recettes originales.

Le livre s’adresse aux passionnés d’histoire, aux amoureux de la cuisine, à tous ceux (comme les très nombreux visiteurs de Versailles) qui sont fascinés par le règne du Roi Soleil.

  • Relié: 160 pages
  • Editeur : Éditions du Rêve (16 novembre 2017)
  • Prix : 35€
  • Illustrations : Bastien Soria

AVIS

Se cultiver tout en découvrant les joies de la table et le plaisir d’avoir en main un magnifique ouvrage, c’est un peu le pari fou et audacieux que se sont lancées Les Éditions du Rêve. Un pari réussi haut la main !

Avant d’attaquer la lecture, ce qui frappe, c’est le soin apporté au travail d’édition : format relié, couverture en cuir, signet pour marquer sa page, illustrations en couleurs donnant l’impression de plonger son regard dans de très beaux tableaux, papier très épais… Plus qu’un livre, c’est un petit bijou qui vous est ici proposé ! Ce n’est donc qu’après avoir pris le temps d’admirer la forme que je suis passée au fond qui, je peux d’ores et déjà vous le dire, est à la hauteur de mes attentes.

Difficile de dissocier le Roi Soleil de Versailles et de sa cour constituée de la haute noblesse française que ce roi, qui stimule toujours autant l’imaginaire collectif, aimait à garder à portée de main et, surtout, d’œil. Cour gargantuesque, à l’image de l’appétit du roi, qu’une véritable armée de 1500 personnes veillait à nourrir ! Il faut dire que témoignage de la puissance du roi, de sa richesse et de son pouvoir politique, la cuisine n’était pas un domaine avec lequel on badinait. Le personnel de cuisine, toujours masculin d’ailleurs, travaillait donc d’arrache-pied pour nourrir les appétits de ceux qui avaient la chance de profiter des largesses de la cour…

C’est avec simplicité et un véritable sens de l’immersion que les autrices nous entraînent dans les entrailles de la vie gourmande de Versailles. Des métiers de bouche, parfois très originaux, en passant par les nouveaux mets en vogue à la cour, certains comme le chocolat pouvant susciter quelques âpres débats, elles nous offrent une plongée passionnante dans ce Versailles qui a fait et fait toujours autant rêver. On a ainsi presque l’impression d’assister à ces réceptions où chaque détail était pensé et millimétré, un maître d’hôtel allant jusqu’à établir un croquis avec la place exacte de chacun des mets servis ! Et l’on s’imagine sans peine tous ces nobles, attirés par la promesse de bons mets et de la proximité du roi, devoir se plier aux règles très strictes de l’étiquette. Une nécessite d’autant plus grande que chaque mauvais pas avait toutes les chances d’être saisi au vol avant de faire le tour de la cour. Alors tant pis si ce mets posé à l’autre bout de la table vous tentait, il ne fallait pas faire la fine bouche et vous rabattre sur l’une des merveilles posée près de vous…

Victime parfois de cette étiquette écrasante, cela n’empêchait nullement le Roi Soleil de déguster, en petit ou grand comité, ses mets favoris (fraises, petits pois, glaces…) qu’il avait la chance, pour certains, de trouver dans son fabuleux potager qui avait de quoi faire rêver plus d’un gourmand. C’est que Jean-Baptiste La Quintinie, que rien ne destinait à devenir un brillant jardinier et agronome en avance sur son temps, a su offrir au roi un potager à la hauteur de sa magnificence. Un potager qui a su d’ailleurs traverser le temps puisqu’il est toujours possible d’acheter des fruits et légumes issus du Potager du Roi !

De petites confidences sur les goûts et habitudes culinaires du roi en détails sur la fourmilière que fut Versailles, les autrices arrivent à humaniser un roi et une cour parfois fantasmés. Elles retranscrivent également à merveille la place prise par la gastronomie sous le règne du Roi Soleil. Difficile ainsi d’imaginer à quel point son appétence pour tel ou tel aliment pouvait très vite se transformer en phénomène de mode ! Mais il est encore plus étonnant de voir comment ce roi a su transformer un instrument de plaisir comme la gastronomie en véritable enjeu politique destiné à affirmer son pouvoir, son autorité et sa richesse ; une démonstration de grandeur autant à destination de la cour que du peuple ou des puissances étrangères. Alors derrière le grandiose des repas de la cour se cachait tout autant l’art de la table que l’art de la guerre ou plus justement, l’art de la paix. Qui règne sur sa table, règne sur son royaume semblant être l’un des leitmotivs du Roi Soleil…

Au-delà des anecdotes historiques, À la table du Roi Soleil, c’est aussi un livre de cuisine qui vous propose 35 recettes, certaines illustrées. Personnellement, c’est un point auquel je suis particulièrement sensible, car en plus du titre ou des ingrédients utilisés, ce sont bien les photos qui me donnent envie de me lancer dans une recette plutôt qu’une autre.

 

À noter que la maison d’édition a veillé à rendre les recettes accessibles que ce soit grâce à des ingrédients facilement trouvables ou à des instructions claires et précises. Quant aux recettes en elles-mêmes, tout le monde devrait y trouver son bonheur, entre plats divers et recettes à la difficulté variable : entrées et salades, recettes de viandes, de poissons et de légumes, sauces, desserts… Vous n’aurez qu’à piocher pour vous concocter un repas sur-mesure qui vous donnera, le temps d’un instant, l’impression de remonter le cours du temps et de vous inviter aux plus grandes tables.

Les recettes sont, en outre, introduites par des citations de différents ouvrages, manière élégante de poursuivre notre découverte de l’histoire de La grande cuisine française. Au programme, vous aurez donc de petits aperçus de textes comme L’Art de bien traiter de L.S.R, Les Délices de la Campagne de Nicolas de Bonnefons, L’art de la cuisine française au XVIIè siècle, Le cuisiner royal de Massialot… Des ouvrages qui sont recensés dans la bibliographie et qui vous permettront de faire de plus amples recherches si le sujet vous intéresse. D’ailleurs, pour les passionnés de l’histoire de la cuisine française, les deux autrices vous offrent un petit aperçu des premiers livres de cuisine…

Article de collection, ouvrage de recettes de luxe ou livre abordant de manière très accessible l’Histoire par la petite histoire ? Une question que l’on ne peut que se poser à la découverte de ce magnifique ouvrage qui finalement est un peu tout cela à la fois. Avec celui-ci, vous découvrirez des points intéressants sur la gastronomie française sous le règne du Roi Soleil tout en admirant de magnifiques illustrations sans oublier de vous pourlécher les babines devant les multiples recettes proposées. À la Table du Roi Soleil, c’est donc avant tout une expérience multi-sensorielle à offrir ou à s’offrir !

Et vous, envie de découvrir À la table du Roi Soleil ?

Retrouvez le livre sur le site des Éditions du Rêve.

Le Passageur : Le coq et l’enfant, Andoryss (Lynks éditions)

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les éditions Lynks qui m’ont permis de découvrir Le Passageur, le coq et l’enfant d’Andoryss.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Matéo n’aurait jamais dû hériter du don de sa mère.
Il n’aurait jamais dû entendre les pleurs des fantômes.
Désormais, il n’a d’autre choix qu’accepter son héritage… ou sombrer dans la folie !

C’est au temps de la Commune, au milieu des horreurs de la semaine sanglante, qu’il débute son apprentissage…

Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

  • Broché: 283 pages
  • Editeur : Lynks (16 mai 2018)
  • Prix : 15.90€

AVIS

Je tiens tout d’abord à souligner le soin apporté au travail d’édition : une couverture à effet qui rend la prise en main du livre très agréable, des dorures, des ornements présents dans le livre, une couverture aussi belle qu’effrayante et intrigante… Difficile de passer devant les étalages d’une librairie sans s’arrêter devant ce très bel ouvrage !

Matéo est un lycéen qui mène une vie assez difficile : pris en étau entre la haine de son père et celle des brutes de son lycée, seuls le soutien et l’amour de son frère aîné, Diego et de sa petite sœur, Luisa, lui offrent une bouffée d’oxygène. Le jeune homme subit également le rejet et la méfiance dus aux préjugés que les gens ont envers les Roms, communauté à laquelle, de par ses origines, il appartient. Et ceci même si son père a tout fait pour couper sa famille de ses racines depuis le décès de sa femme…

À tous ces problèmes bien trop humains, vient s’ajouter un problème d’ordre surnaturel. Matéo découvre, à son plus grand désespoir, que comme sa mère, c’est un Passageur ! Chose dont il se serait bien passé d’autant que ce don ne se transmettant en théorie qu’aux femmes, sa mère ne lui a jamais vraiment donné le mode d’emploi. C’est donc accompagné du fantôme d’une mystérieuse jeune fille qu’il va devoir comprendre ce qui empêche l’âme affamée qui l’appelle de trouver le repos.

Appréciant la mythologie grecque, j’ai tout de suite été séduite par la référence à Charon et par l’idée de l’autrice de faire voyager son héros à travers les voiles du temps. Afin d’apaiser le fantôme, Matéo va ainsi faire des allers-retours entre le présent et le passé, au temps de la Commune. Ayant lu il y a quelques mois Blanche d’Hervé Jubert qui aborde cette tentative insurrectionnelle qui sera réprimée dans le sang, cette période ne m’était pas inconnue… Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette petite incursion dans un épisode peu connu de notre histoire d’autant qu’on sent chez l’auteure un vrai sens du détail et un vrai travail de recherche historique. Cela nous permet de nous immerger facilement et totalement dans les rues de ce Paris à feu et à sang. Un Paris dans lequel vous rencontrerez une figure historique qui devrait parler à pas mal de lecteurs, Louise Michel.

En plus de l’intérêt historique, ces voyages dans le passé se révéleront intéressants dans la mesure où ils permettront à notre héros de progresser dans son enquête et donc de découvrir ce qui empêche le fantôme de rejoindre le monde des morts. Si nous ne sommes pas dans un Sherlock Holmes, j’ai pris plaisir à voir les différentes pièces du puzzle se mettre progressivement en place. Je ne peux pas vous en dire plus sous peine de vous spoiler, mais j’ai trouvé l’histoire de cette entité très touchante. Bien que le passé ne puisse être changé, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une autre issue…

Au cours de ces voyages temporels, Matéo fera différentes rencontres dont celle d’un garçon fort courageux et débrouillard que j’ai quitté à regret. D’ailleurs, l’un des points forts de ce roman est la galerie de personnages proposée. On suit principalement Matéo dans son apprentissage du rôle de Passageur, mais l’on rencontre aussi d’autres personnes qui l’aideront et qui se révéleront plus ou moins attachantes. À commencer par le grand frère de Matéo qui veille sur lui et sur Luisa comme une poule sur son œuf. Il n’hésite pas à s’opposer à son père qui traite de manière cruelle Matéo l’accusant de la mort de sa femme et de son autre fille. Quant à Luisa, intelligente, si ce n’est brillante, elle est peu présente dans le récit, mais on sent émaner d’elle une grande bienveillance qui contrebalance un peu la méchanceté paternelle entièrement dirigée sur notre Passageur. J’espère que dans le ou les prochains tomes, Luisa prendra un peu plus de place, car je ne doute pas que ce personnage puisse réserver quelques surprises.

Et puis, bien sûr, il y a Matéo. Un jeune homme traité injustement par son père et par la plupart de ses professeurs ou des personnes qu’il rencontre comme si ses racines étaient une infamie en soi. J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à supporter le racisme dont il est victime, une constante à travers les époques d’ailleurs ! Comme quoi la bêtise humaine traverse le temps. L’auteure ne nous propose pas un plaidoyer antiracisme, mais nul doute qu’à travers cette histoire, les lecteurs devraient avoir une pensée pour la communauté Rom et la manière dont elle est traitée actuellement…

Très attachant et courageux, Matéo n’en demeure pas moins un adolescent de dix-sept ans que ses pouvoirs surnaturels effraient voire terrorisent. Car aider les âmes en peine à trouver le repos n’est pas une option pour lui ; c’est une question de vie ou de mort. Pour ne pas sombrer dans la folie, il va donc devoir apprendre à se faire confiance et à trouver la force en lui pour mener à bien cette mission qui ne lui laisse pas le droit à l’erreur. Et cette force intérieure, elle prendra une forme à laquelle je ne m’étais pas attendue !

L’auteure nous réserve ainsi une révélation finale étonnante qui nous montre qu’elle a su habilement détourner notre attention grâce à un rythme effréné et une tension insidieuse présente tout au long de la lecture. Ce n’est donc qu’en fin de lecture que l’auteure aborde un point que finalement, pris dans le feu de l’action, on avait quelque peu mis de côté. La révélation, en plus d’être surprenante, soulève quelques interrogations quant au futur de Matéo et nous laisse espérer un ou plusieurs autres tomes. Je vous rassure, le roman se suffit à lui-même et peut être lu seul, mais l’autrice laisse la porte ouverte à d’autres aventures, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Je retrouverai, en effet, avec plaisir Matéo et sa famille (enfin, si le père pouvait disparaître du paysage, je n’en serais pas attristée) dans d’autres tomes. En plus de m’être attachée aux personnages et d’avoir fortement apprécié la mythologie autour de la fonction de Passageur, j’ai été séduite par la plume d’Andoryss. Fluide, immersif et rythmé, son style est un régal surtout si, comme moi, vous appréciez les plumes à la finesse et à la poésie enchanteresses.

Enfin, je préfère signaler, pour éviter toute déconvenue, que si la couverture peut faire froid dans le dos avec un côté très film d’horreur, le récit ne tombe jamais dans l’horrifique. Cela permettra donc aux lecteurs facilement impressionnables de se lancer dans ce roman sans trop de craintes. Par contre, si vous êtes en quête d’une histoire de fantômes à vous faire dresser les cheveux sur la tête, Le Passageur n’est peut-être pas fait pour vous…

En conclusion, ayant craqué sur la couverture et le résumé, j’avais de grandes attentes pour ce roman et je dois dire qu’elles ont été plus que comblées. En nous proposant un personnage attachant autour duquel plane une aura de danger et en veillant à nous offrir un récit mené tambour battant, l’auteure captive le lecteur dès les premières pages. Si on ajoute à cela un style d’une grande finesse et une capacité à construire une histoire riche et complexe dont les fils se dévoilent progressivement sous nos yeux, on obtient un roman captivant dont il est bien difficile de se détacher.

Et vous, envie de découvrir Le Passageur ? Retrouvez le roman sur le site des éditions Lynks.

L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet (Sonatine éditions)

Je remercie Sonatine éditions et Lecteurs.com qui, dans le cadre des explorateurs du Polar, m’ont permis de découvrir L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un piège littéraire dans les Highlands du XIXe siècle

Finaliste du Booker Prize 2016, un formidable puzzle romanesque aussi divertissant qu’intelligent.

Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ?
Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins. Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ? S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ? La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

  • Broché: 432 pages
  • Éditeur  : Sonatine (12 octobre 2017)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Sonatine éditions vous propose ici un ouvrage difficilement classable qui flirte avec plusieurs genres : roman historique, roman noir, biographie, thriller… À la fois tout et rien de ça, ce roman fut une expérience de lecture aussi originale qu’intrigante voire dérangeante.

Originale, car l’auteur nous apprend que c’est en faisant des recherches généalogiques qu’il a découvert l’histoire de l’un de ses ancêtres, un certain Roderick Macrae, âgé de dix-sept ans, et arrêté en 1869 pour un triple meurtre plutôt sanglant. L’auteur nous propose alors de découvrir l’histoire de ce meurtrier telle qu’il l’a lui-même narrée dans un mémoire rédigé sur les conseils de son dévoué avocat, M. Sinclair. Sont également portés à notre connaissance différents documents : des témoignages, des articles de journaux, le compte-rendu du procès et des rapports de médecins. Une richesse documentaire qui nous pousse à nous plonger avec avidité et curiosité dans ce fait-divers historique peu banal.

Comment expliquer, si ce n’est par un accès de folie ou un acte motivé par une haine trop longtemps refoulée, qu’un jeune homme de dix-sept ans assez calme et gentil se transforme soudainement en un monstre capable de massacrer trois personnes ? Cette question ne pourra que vous tenir en haleine d’autant qu’au fil de la lecture, se dessine un véritable décalage entre le Roderick meurtrier et le Roderick qui prend vie sous nos yeux. À travers le récit de sa vie qu’il nous narre sous forme écrite depuis sa prison, le jeune homme nous apparaît plus pauvre bougre né au mauvais endroit dans la mauvaise famille que tueur sanguinaire. Et c’est pour cette raison que l’on cherche ardemment, derrière son récit, les signes d’une éventuelle folie ou, du moins, d’une certaine forme de méchanceté. Or, que nenni !

Ce que nous découvrons, c’est un garçon de dix-sept ans et ses conditions de vie peu reluisantes dans un village écossais isolé du XIXe siècle : maisons d’habitation que les gens partagent avec le bétail, précarité qui semble la norme, pouvoir politique écrasant, et surtout injuste… Si l’on ajoute à cela une famille endeuillée par la mort de la matriarche, il est certain que Roderick ne partait pas dans la vie avec les bonnes cartes en main. D’ailleurs, l’auteur nous offre une réflexion pertinente et intéressante sur la notion de déterminisme social et la possibilité pour quelqu’un de sortir de son milieu d’origine. Si certains habitants de ces Highlands aspirent à une nouvelle vie loin de l’Écosse, Roderick, quant à lui, n’a pas vraiment ces rêves de grandeur et de voyages. Écrasé par le poids des responsabilités familiales, il doit ainsi travailler dans la ferme familiale aux côtés de son père afin de subvenir aux besoins de sa famille. Et ceci même si de par ses capacités intellectuelles, il aurait pu aspirer à une autre vie et à cette liberté de choix dont il est totalement privé. C’est un peu comme si sa route avait été tracée pour lui avant sa naissance et qu’il n’avait pas le droit d’en dévier ni même de songer à le faire…

Mais le jeune homme semble assez bien vivre les choses. Résigné, il ne montre pas vraiment de velléités de rébellion contre l’ordre établi jusqu’à ce que les abus de pouvoir d’un odieux voisin, qui s’acharne sur sa famille, ne deviennent trop insupportables…Un peu comme une cocotte-minute sous pression, il va donc finir par exploser devant les nombreuses injustices qui frappent les siens, mais face auxquelles personne ne réagit. À commencer par ce père qui semble complètement absent de sa propre vie et de son foyer, si ce n’est pour donner des coups. Mais même si la vie de Roderick est difficile et sa famille injustement traitée, cela n’explique pas la violence avec laquelle il va soudainement se transformer en un monstrueux tueur. N’y a-t-il pas de la folie derrière son geste ? C’est, dans tous les cas, ce que va essayer de plaider son avocat lors du procès du jeune homme.

Que l’on adhère ou non à son opinion qu’il va défendre vaillamment, on ne peut que louer le sérieux et l’humanisme de ce professionnel qui va tout faire pour sauver son client de la potence. Une mission fort difficile si l’on considère que ce dernier reconnaît volontiers ses crimes et n’exprime aucun regret… Après avoir assisté à autant de mépris envers les habitants de la campagne qualifiés d’êtres inférieurs, j’ai apprécié de découvrir un personnage où ne pointe pas la condescendance derrière chacune de ses paroles. Il faut évidemment se remettre dans le contexte historique du roman, mais c’est assez dur de ne pas réagir avec véhémence devant les préjugés des « hommes instruits » envers ces « campagnards demeurés et faibles d’esprit ». M. Sinclair est donc le personnage que j’ai certainement le plus apprécié et qui, d’une certaine manière, redonne quelque peu foi en l’âme humaine.

L’auteur a fait le choix judicieux de porter à notre connaissance le déroulement du procès de Roderick, un procès qui se révélera intéressant à bien des égards. Il sera d’abord l’occasion de découvrir la psychologie criminelle telle qu’elle était conçue au XIXe siècle, et que l’homme moderne ne pourra que juger choquante, car principalement basée sur des a priori et stéréotypes… Ce procès sera également captivant par son aspect quelque peu théâtral : population fascinée par l’affaire et qui le fait savoir, des journalistes qui commentent le procès avec, pour certains d’entre eux, ironie, des informations que l’on découvre et que Roderick avait passées sous silence dans son mémoire nous poussant ainsi à nous poser des questions sur la véracité de son récit et/ou sur sa santé mentale… Les interrogatoires des différents intervenants, voisins/amis ou professionnels, présentent, en outre, un certain avantage : dynamiser un récit qui, en première partie, a pu se révéler parfois un peu contemplatif. On a donc l’impression que les choses s’accélèrent et que, petit à petit, l’étau se resserre autour de notre protagoniste.

J’avais l’habitude d’associer thriller et suspense haletant. Or, ici, le suspense n’est pas haletant, mais diffus dans la mesure où il se cache derrière toutes les questions que l’on se pose sur ce jeune meurtrier, sur la véracité de son récit, sur sa prétendue folie… D’ailleurs plus que de suspense, je parlerais d’une tension croissante qui vous fait guetter le point de non-retour qui va pousser un garçon intelligent et plutôt gentil à commettre l’irréparable. Et sur ce point, vous n’aurez pas de certitudes, juste éventuellement, au même titre que les membres du jury, votre intime conviction.

Enfin, bien que nous ne soyons pas dans un roman historique et que l’auteur reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire, on ne peut que saluer son travail de recherche qui nous permet de nous immerger complètement dans cette campagne écossaise du XIXe siècle. Mais au-delà d’un contexte historique passionnant et bien restitué, le gros point fort de ce roman est, pour moi, le pari audacieux pris par l’auteur, et qui confère toute son originalité à son travail. Je ne peux pas vous en dire plus sur ce point si ce n’est que son idée est diaboliquement efficace et bien ficelée. Je ne m’y suis pas laissée prendre, mais j’ai adoré la gymnastique intellectuelle dans laquelle s’est lancé l’auteur. Et rien que pour ça, je lui tire mon chapeau !

En conclusion, L’accusé du Ross-Shire est le genre d’ovni littéraire que l’on aimerait voir plus souvent. Il nous offre un voyage prenant dans les affres de la condition humaine et nous pousse à nous interroger sur ce jeune homme devenu meurtrier par la force des choses à moins que ce ne soit par la force de sa nature. Ce sera à chacun de se forger sa propre opinion sur cette affaire hors norme qui nous plonge avec précision et intelligence dans un petit village des Highlands du XIXe siècle. Alors si vous êtes curieux de découvrir une histoire inclassable et originale, bien documentée d’un point de vue historique et savamment orchestrée, ce roman est fait pour vous.

Une fois que vous aurez terminé le roman et seulement à ce moment-là, je vous invite à regarder cette vidéo où l’auteur répond de manière très succincte à quelques questions.

Et vous, envie de découvrir L’accusé du Ross-Shire ? Retrouvez le roman sur le site Lisez.com.

Ira Dei – Tome 1 : L’or des caïds, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Je remercie Babelio et les Éditions Dargaud pour l’envoi d’Ira Dei : L’or des caïds de Vincent Brugeas et illustré par Ronan Toulhoat. Je remercie également Delphine des éditions Dargaud pour son petit mot manuscrit ainsi que pour l’ajout, dans l’enveloppe, de Dargaud le mag dans lequel on retrouve une interview de l’illustrateur.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

En 1040, les armées de Byzance tentent de reconquérir la Sicile, alors aux mains des Arabes. Alors que la ville de Taormine résiste à Harald, le terrible chef varègues à la tête des troupes byzantines, un Normand nommé Tancrède et un jeune moine, Étienne, légat du pape proposent les services de leur petite troupe de mercenaires. À la demande d’Étienne, Tancrède se rapproche d’Harald et lui propose un marché : il fera tomber Taormine en trois jours, en échange de quoi il recevra les richesses de la cité. Même s’il comprend que Tancrède est en mesure de réaliser ce prodige, Harald se méfie de cet homme dont les yeux révèlent qu’il a « traversé les Enfers » et dont le passé mystérieux ressurgit peu à peu… Pourquoi l’Église a-t-elle fait de lui une arme au service de Dieu ? Et quelle revanche veut-il prendre aujourd’hui ?…

  • Album: 64 pages
  • Éditeur : Dargaud (12 janvier 2018)
  • Public : à partir de 16 ans
  • Prix : 13.99€
  • Autre format : ebook

TRAILER OFFICIEL DE LA BD

AVIS

L’histoire et les personnages…

Si le Moyen Âge est une période que j’apprécie, j’avoue néanmoins que le contexte historique de cette BD, la Sicile du XI e siècle alors sous le joug des Arabes, m’était peu familier. Cela m’a parfois un peu gênée dans ma lecture d’autant que cette île, carrefour entre différentes civilisations, concentre un certain nombre d’enjeux politiques, économiques et culturels. Fort heureusement, cela ne m’a pas empêchée de me plonger avec plaisir dans l’histoire, celle d’un énigmatique Normand, Tancrède, qui débarque en l’an 1040 sur la côte est de la Sicile. Accompagné d’une vingtaine d’hommes et d’un diacre, Étienne, il proposera ses services au seigneur Harald, à la tête des troupes byzantines, pour faire tomber la ville de Taormine qui lui résiste. Une aide qui, évidemment, ne se fera pas sans une onéreuse contrepartie…

Que ce soit en profitant de la solidarité normande, en exploitant l’appât du gain, valeur commune à chaque peuple, ou en jouant sur la pression exercée sur Harald, Tancrède se révèle, dès le début de son arrivée sur l’île, être un fin stratège. Il sait pertinemment jouer sur les besoins et aspirations, plus ou moins avoués, des individus qu’il rencontre et arrive à tirer parti de leurs failles. Et c’est cette intelligence des situations et des personnes qui rend ce personnage aussi passionnant que dangereux ! Intelligent et patient, il devrait vous surprendre par sa faculté à mener à bien ses plans sans que personne ne se doute de ses véritables intentions. À commencer par Étienne…

Si une grande part de l’action et du suspense repose sur le Normand, l’auteur nous propose également une palette intéressante de personnages à l’instar de cet homme de foi qui accompagne Tancrède. Assez autoritaire, il se plaît à jouer de son autorité sur le guerrier qu’il pense, de manière assez naïve, avoir sous sa coupe. Il se rend néanmoins assez vite compte que les actions de celui-ci ne correspondent pas forcément à ce que l’église attend de lui. Mais d’ailleurs, que cherchent vraiment l’église et Étienne en s’associant au Normand ? Une question qui viendra titiller la curiosité des lecteurs d’autant que Tancrède semble loin de partager la foi, virant au fanatisme, du diacre. À cet égard, bien que la BD ne soit pas un plaidoyer anticlérical, on retrouve, contexte historique oblige, l’importance de l’Église et les moyens peu éthiques et moraux déployés pour faire respecter la « vraie foi ».

Deux personnages féminins se démarquent également de ce premier tome bien que leur rôle reste finalement assez peu développé. Nous découvrons ainsi une femme manipulatrice autant dans l’apparence, son visage étant criant de sournoiserie, que dans sa manière de se comporter. Il se dégage d’elle une certaine dangerosité qui contraste à merveille avec le caractère craintif de la sœur cachée d’Étienne. Deux femmes, deux personnalités diamétralement opposées, mais un destin lié… J’ai, pour ma part, hâte de découvrir quelle sera l’influence de ces deux femmes sur le cours de l’intrigue.

Une narration dynamique mêlant habilement présent et passé…

Dans cette vidéo, l’illustrateur revient plus particulièrement sur une double page de la BD et explique pourquoi et comment il a séquencé la scène. Mais il met également en avant un point qui m’a plu : la colorisation et la mise en scène des différents flash-back présents dans la BD.

Le scénariste ne s’est pas perdu en détails narratifs inutiles qui auraient alourdi une histoire dont le contexte historique peut déjà se révéler complexe, ce qui a permis au dessinateur de nous offrir un moyen simple et efficace pour repérer les allers-retours entre passé et présent : des bordures noires délimitant les scènes et l’abandon de la colorisation rouge au profit d’une teinte plus claire. Le procédé présente l’avantage de mettre en valeur ces retours dans le passé qui revêtent une certaine importante dans la narration puisqu’ils permettent d’assouvir notre curiosité. À travers ces flash-back, on découvre ainsi quelques pans du passé de Robert, sa réelle identité ainsi que ses véritables intentions. Son comportement parfois assez énigmatique, ses mimiques à la limite de la moquerie et empreintes d’une certaine défiance vis-à-vis de l’autorité du prêtre, cette impression tenace qu’il cache son jeu… Tout devient alors plus clair et conduit à la seule conclusion possible : Tancrède n’est définitivement pas une personne de laquelle il est bien prudent de se jouer !

L’auteur exploite jusqu’au bout le caractère assez mystérieux et spectaculaire de son protagoniste en nous proposant un final explosif dans lequel il abat ses cartes, ou du moins, une partie de son jeu. Une bonne fin de premier tome qui laisse espérer une suite pleine d’action, de complots et de révélations. Quant aux personnes qui ont osé ou qui oseront se dresser sur son chemin, ne leur reste plus qu’à affronter l’implacable vengeance de ce guerrier Normand passé maître dans l’art de la guerre.

Des scènes d’action parfaitement maîtrisées…

Sans être particulièrement amatrice de ce genre de scènes, force est de constater que l’illustrateur et l’auteur ont su travailler de concert pour nous offrir de très belles scènes de bataille. À travers moult détails, une colorisation à dominante rouge, un découpage dynamique des différentes scènes d’action, des gros plans sur les visages et notamment sur les yeux qui reflètent toute la violence des combats, ils nous offrent une plongée vivante et réaliste dans l’action. J’ai, en outre, fortement apprécié que l’auteur se soit abstenu d’alourdir les scènes de combat par du texte superflu, le travail visuel se suffisant à lui-même pour transmettre l’intensité de l’action et la violence qui se dégage des affrontements. À cet égard, il y a une scène qui m’a particulièrement marquée par sa cruauté, mais c’est probablement la lectrice amoureuse des animaux en moi qui s’exprime. Je ne sais pas si cette scène est tirée d’un fait réel, mais cela ne serait pas étonnant si l’on considère que les animaux ont depuis très longtemps été utilisés dans les guerres à l’instar des porcs de guerre ou cochons incendiaires utilisés durant l’Antiquité.

La couleur rouge, couleur du soleil, de la chaleur, du sang et de la vengeance, qui est omniprésente dans cet ouvrage, m’a parfois un peu gênée par l’atmosphère pesante dans laquelle elle nous plonge. Mais je dois reconnaître que son utilisation rend l’immersion dans l’intrigue encore plus probante et finit, d’une certaine manière, par symboliser Tancrède, un personnage au passé violent et à l’avenir probablement teinté de rouge. Fort heureusement, quelques planches, notamment celles mettant en lumière la nature à travers de jolis paysages, bénéficient d’une colorisation plus lumineuse qui apporte une certaine douceur et sérénité à une histoire plutôt violente. 

À noter le grand format de la BD qui rend sa prise en main et la découverte des scènes d’action des plus agréables. Cette édition est également accompagnée d’un cahier graphique.

En conclusion, une narration menée tambour battant et valorisée par un coup de crayon précis et un découpage dynamique des scènes, de l’action, du sang, des combats, des trahisons, des complots, du suspense, un héros charismatique, des personnages assez mystérieux dont il est bien difficile d’appréhender les véritables intentions, de beaux décors… Nul doute que le duo Brugeas/Toulhoat a toutes les clés en main pour séduire les amateurs de BD mêlant action et aventure dans un contexte historique riche et mouvementé !

Et vous, envie de découvrir ou de feuilleter Ira Dei ? Visiter le site des éditions Dargaud.

L’empire des Chimères, Philippe Aurèle Leroux

L'empire des chimères par Leroux

Je remercie Philippe Aurèle Leroux de sa confiance et de son adorable dédicace. Je remercie également le site Simplement pour la découverte de L’empire des Chimères.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le culte de Mithra se propage dans les légions romaines des Alpes. Le vétéran Decimus Valerius n’a d’autre choix que de s’y initier et d’en apprendre les mystères pour devenir, un jour, centurion.
La nuit, Briana, fille cadette du proconsul de Rhétie, observe d’étranges étoiles qui filent vers le Mons Caeli. A force de ténacité et de persuasion, elle parvient à obtenir l’autorisation de s’y rendre sous l’escorte de Decimus. Les ordres donnés à ce dernier sont clairs : la jeune femme ne doit jamais atteindre son objectif.
Gurnt est rejeté par les jeunes guerriers de son village qui n’acceptent pas son étrange apparence féline. Il lutte contre une violence sourde qui lui ronge le cœur, fait bouillir son sang, enchaîne son âme et obscurcit son avenir…
Alors que le Mons Caeli paraît être le point d’orgue de toutes les ambitions et de tous les secrets, se pourrait-il qu’il en soit aussi l’origine ?

  • Le roman du lauréat du Prix Mille Saisons 2016
  • Editeur : Editions Le Grimoire (2 mai 2017)
  • Prix : 21€

AVIS

Je tiens tout d’abord à vous parler de l’excellent travail d’édition. En plus d’une magnifique couverture et d’une quatrième de couverture particulièrement soignée, vous ne pourrez qu’admirer les illustrations disséminées dans le livre ainsi que les différents ornements. L’objet-livre, très beau, met indubitablement en valeur la passionnante histoire tout droit sortie de l’imagination débordante de Philippe Aurèle Leroux.

Trois personnages très différents, mais une destinée étroitement liée ! L’auteur vous invite à rencontrer différents personnages tout en mettant en lumière trois d’entre eux qui, bien que pour des motifs très différents, vont se battre contre un ennemi commun. Vous apprendrez donc à les connaître séparément avant de voir comment leur histoire est étroitement liée, souvent pour le pire, quelquefois pour le meilleur. En effet, le récit peut parfois offrir des scènes crues, l’auteur ne nous épargnant aucun détail en ce qui concerne la violence autant psychologique que physique que pourront affronter nos protagonistes. C’est un point qui m’a un peu surprise m’attendant, peut-être, à une histoire un peu plus douce. Mais ayant lu pas mal de romans jeunesse ces derniers mois, j’ai apprécié de me plonger dans un livre plus « adulte » avec ses trahisons, ses morts, ses batailles sanglantes, ses combats, sa cruauté bestiale…

J’ai également aimé que l’auteur nous offre des personnages différents et surtout nuancés. Chacun d’entre eux contient une part d’ombre et de lumière même si, de ce côté-là, Briana, fille cadette d’un personnage important, me semble un peu plus lisse. Heureusement, la jeune fille issue d’un milieu protégé va évoluer et prendre de la consistance au cours de l’aventure, et des multiples drames et dangers qu’elle rencontrera. Je lui ai cependant nettement préféré les deux autres protagonistes, un jeune homme-fauve du nom de Gurnt, et un vétéran du nom de Decimus Valerius. Le premier va d’abord se battre contre sa condition qu’il considère contre-nature avant de finir par embrasser sa nature profonde. Sa bestialité, qu’il s’évertuera à essayer de contrôler tout au long du livre, se révèlera un atout indéniable pour terrasser les ennemis qui se dresseront devant lui et ses compagnons de voyage. Je ne sais pas trop comment l’expliquer, mais malgré son apparence, j’ai trouvé que finalement Gurnt était le plus humain de tous comme si c’était là un moyen pour lui de se faire pardonner d’être hors-norme. Quant à Decimus, c’est indéniablement le « héros », vous comprendrez les guillemets après lecture du livre, qui est le plus complexe et qui, à mon sens, évolue le plus. Très très ambitieux, il m’a semblé dès le début plutôt antipathique sans être pourtant franchement mauvais. Or, au cours du récit, il révèle une dualité particulièrement dangereuse et inquiétante le faisant osciller entre bien et mal, stratégie et folie… Je vous laisse le soin de découvrir quelle est la partie de lui qui finira par dominer tout en vous avertissant que ce personnage a plus d’un tour dans son sac, et qu’il pourrait vous réserver quelques surprises.

A la lecture du résumé, je m’attendais à être séduite par le récit, mais l’auteur est allé au-delà de mes attentes avec ce roman qui n’est pas un livre d’histoire, mais qui est fortement ancré dans l’histoire. Je ne suis pas du tout une connaisseuse émérite de Rome sous le règne de Commode, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier le travail de recherche de l’auteur. On sent en effet un réel souci du détail ! Cela contribue fortement à plonger les lecteurs dans l’ambiance du roman et à les immerger dans une période de l’histoire si prompte à susciter l’imagination et l’émerveillement. Le lexique, plutôt fourni, présent en fin d’ouvrage, quant à lui, permet à chacun de s’approprier, sans devoir quitter sa lecture, un vocable particulier. J’ai toutefois regretté l’absence de signe distinctif invitant le lecteur à rechercher la définition des mots présents dans le lexique.

J’ai aimé l’histoire, j’ai aimé le rythme soutenu, les personnages tout en nuances, les trahisons, mais ce que j’ai préféré, c’est le retournement de situation qui s’opère dans la dernière partie de l’ouvrage. Je suis d’ailleurs presque restée interdite devant la révélation finale qui apporte un tout nouvel éclairage à l’histoire. Ma seule frustration est de ne pas vraiment pouvoir vous en dire plus sans prendre le risque de vous spoiler ce qui serait plus que dommage. Je peux quand même vous dire que l’auteur nous offre vraisemblablement un roman de fantasy ancré dans l’histoire, mais pas que. Il fait une incursion dans un autre genre dont je suis d’habitude peu friande, et qu’en toute honnêteté, je ne connais quasiment pas. Je suis donc heureuse que le résumé ne laisse en rien présager ce mélange des genres, car mes a priori m’auraient certainement poussée à ne pas lire un roman que j’ai pourtant adoré. Et puis, la finesse avec laquelle l’auteur nous présente les évènements conduit le lecteur à ne pas chercher à classifier le roman, mais seulement à le vivre.

Et je peux vous dire que pour le vivre, je l’ai vécu ce livre que je n’ai pas lu, mais dévoré en deux soirées. Et encore, c’est seulement parce que j’avais peur que la fatigue ne me permette pas d’apprécier le livre à sa juste valeur que je ne l’ai pas lu d’une traite. Rien d’étonnant à cette boulimie livresque si l’on considère le rythme endiablé qui prend vie sous la plume de l’auteur. Les évènements s’enchaînent sans nous laisser le temps de souffler, le suspense nous tient en haleine, et les interactions entre les personnages vous poussent à tourner encore et encore les pages. Les seuls temps morts que l’on trouve sont peut-être en début d’ouvrage quand on fait la connaissance de Briana. Sa position de privilégiée dans la société ne lui offre, en effet, pas l’occasion d’avoir une vie palpitante… Enfin, jusqu’à ce que sa curiosité intellectuelle ne la conduise à vivre une aventure dont elle n’aurait jamais pu imaginer les conséquences funestes sur sa vie, et celle des êtres qui lui sont chers.

Le livre se lit donc facilement et rapidement malgré une quatrième de couverture qui, si elle résume à merveille le roman, peut laisser craindre un récit plutôt touffu requérant une concentration de tous les instants. Mais que nenni ! Comme je vous le disais, le récit est détaillé avec des termes précis, mais la plume tout en légèreté de l’auteur rend la lecture du roman très fluide et prenante. Je ne vous dis pas que vous pouvez lire le roman en dilettante, mais que plongés dans le feu de l’action, vous ne vous rendrez même pas compte que l’histoire n’est pas contemporaine. Cela s’explique par la capacité de l’auteur à nous raconter une histoire, se passant dans un passé fort lointain, de manière très moderne. Sa plume affûtée virevolte ainsi entre passé et modernité s’affranchissant des barrières temporelles. Frileux de l’histoire avec un grand H, soyez donc rassurés, le livre est autant fait pour vous que pour les passionnés du passé. Unis par l’amour des grandes aventures, vous devriez vous laisser emporter par une histoire où la noirceur des uns affronte la lumière des autres.

En conclusion, L’empire des Chimères est un roman que j’ai adoré autant pour l’intrigue trépidante, et le contexte historique dans laquelle elle se situe que les personnages ou encore la plume immersive de l’auteur que j’aurais envie de qualifier d’intemporelle. Se plonger dans cette lecture, c’est également la garantie de se laisser surprendre par l’imagination fertile de Philippe Aurèle Leroux qui vous réserve, entre autres, trahisons et grand retournement de situation. En d’autres mots, si vous avez envie d’évasion, d’une plongée dans l’histoire et de frissons, ce livre est fait pour vous.

imageSite de l’auteurPage FB

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Les 10 plus grands héros de l’histoire du monde, Didier Willot

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Je remercie Le Papillon Rouge Editeur et Babelio pour m’avoir permis de découvrir Les 10 plus grands héros de l’histoire du monde de Didier Willot.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

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Pour la toute première fois, une vaste consultation internationale (près d’une dizaine de milliers d’individus sur quasiment 40 pays !) a récemment élu les dix plus grands héros de l’histoire. Les sondés ont ainsi plébiscité Einstein, Mère Teresa, Gandhi, Martin Luther King, Newton, Jésus, Mandela, Edison, Lincoln et Bouddha.

Ce livre passionnant s’aventure dans les pas de ces géants au destin éblouissant. Dans un style clair et captivant, on y découvre leur jeunesse, leur combat, leur souffrance, leur courage, leur travail acharné, leur amour du prochain… Une véritable vie de roman à dévorer sans plus tarder !

 

  • Broché: 264 pages
  • Editeur : PAPILLON ROUGE EDITEUR (22 avril 2017)
  • Prix : 19,90€

AVIS

Je vais commencer par le seul petit point qui serait perfectible : le manque de mise en valeur visuelle du livre. Si une photo est bien présente pour introduire chaque personnage, l’ensemble donne néanmoins le sentiment d’un ouvrage visuellement austère. Mais il s’agit là d’un petit détail qui ne nuit en rien au plaisir que vous ressentirez à le parcourir.

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Je regrette également la faible place accordée aux femmes même s’il est vrai que l’auteur n’est en aucun cas responsable de la situation.

En effet, le choix des 10 plus grands héros de l’histoire du monde s’est opéré à la suite d’une enquête réalisée auprès de presque 7000 étudiants-chercheurs issus des plus grandes universités du monde entier. L’idée est sympathique même si je ne suis pas vraiment d’accord avec le caractère représentatif dont se targue le livre. Je ne pense pas qu’en ciblant l’élite des étudiants, l’enquête permette d’avoir un échantillon représentatif de la jeunesse du monde entier, loin s’en faut…

Mais peu importe, car ce qui compte c’est que cette enquête sert de prétexte pour présenter la vie de 10 personnages scientifiques, religieux ou encore politiques que l’on connaît tous au moins de nom : Bouddha, Jésus-Christ, Edison, Einstein, Gandhi, Martin Luther King, Abraham Lincoln, Mandela, Newton, Mère Teresa.

A cet égard, le livre est particulièrement intéressant pour les personnes qui n’ont pas forcément l’envie, le temps ou la patience de lire des biographies, mais qui aimeraient néanmoins connaître les accomplissements et les points importants de la vie d’individus qui ont laissé une trace dans la mémoire collective.

Elles ne pourront ainsi qu’être sensibles au travail de recherche et de synthèse effectué par l’auteur afin de mettre une partie, même infime de l’Histoire, à la portée de tous. Quand l’on connaît la pléthore d’informations à laquelle chaque citoyen lambda a accès par le biais, notamment, d’Internet, ce point me semble particulièrement important. A noter que vous trouverez, en fin d’ouvrage, une bibliographie ce qui vous permettra de vérifier le sérieux des sources si c’est une donnée à laquelle vous êtes sensible ou simplement approfondir votre connaissance des sujets abordés.

Pour ma part, même si je connaissais les grandes lignes de la vie de toutes ces figures historiques, j’ai fait, grâce à Didier Willot, quelques découvertes d’autant que l’auteur aborde des aspects parfois moins connus de leur personnalité ou de leur vie. Par exemple, si les qualités scientifiques d’Einstein sont connues de tous, qu’en est-il de son engagement contre la ségrégation raciale aux États-Unis, pays dans lequel il a vécu, le poussant à refuser d’intervenir dans les universités où elle était pratiquée ? Ou encore, combien d’entre nous connaissons non pas Newton le physicien, mais Newton le philosophe, profondément croyant et passionné d’alchimie ?

L’auteur, en plus de nous livrer des anecdotes rendant la lecture entraînante, prend également soin de ne pas tomber dans un excès d’idéalisation avec une image lissée de ces héros de l’histoire. Ainsi, si toutes les personnes évoquées dans le livre ont accompli de grandes choses, elles n’en demeurent pas moins humaines et ne sont pas parfaites. Nous retiendrons, par exemple, de Mère Teresa, une femme vouée à la cause des plus démunis sans pour autant oublier ses idées réactionnaires sur l’avortement.

Enfin, la grande force de ce livre est, à mon sens, le style de l’auteur. A aucun moment, je n’ai eu le sentiment qu’il se perdait dans des détails superflus ou employait un ton dogmatique. Bien au contraire, il présente les informations de manière simple et assez concise pour qu’elles soient lues rapidement tout en les rendant assez pertinentes et percutantes pour donner envie d’en apprendre plus. D’ailleurs, tout au long de ma lecture, je n’ai pu m’empêcher de noter, pour chacune des personnalités, des points ou éléments de leurs vies afin d’effectuer des recherches un peu plus approfondies sur le sujet.

Néanmoins, je vous rassure, si votre objectif est de seulement connaître les grandes lignes de la vie de 10 grandes figures historiques que ce soit par simple curiosité intellectuelle ou envie de posséder un minimum de culture générale à leur sujet, ce livre se suffit à lui-même. Vous pouvez donc le considérer comme un aboutissement ou une clef d’entrée pour orienter vos recherches.

En conclusion, Didier Willot propose ici un ouvrage qui vous permettra de découvrir ou redécouvrir  la vie d’individus ayant indéniablement marqué l’histoire du monde que ce soit par leurs apports scientifiques, moraux ou la dévotion et l’abnégation dont ils ont su faire preuve durant leur vie. Synthétique, facile et très agréable à lire, cet ouvrage est accessible à tous, des simples curieux aux étudiants en passant par des personnes désirant rafraîchir ou fixer leurs connaissances.

Vous pouvez acheter Les 10 plus grands héros de l’histoire du monde de Didier Willot sur le site de l’éditeur.

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