Premières lignes #88 : Cléopâtre, Alberto Angela

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Je lis très peu de livres d’histoire, mais quand j’ai vu que les éditions HarperCollins allait sortir un roman sur Cléopâtre, je ne pouvais qu’avoir envie de le découvrir !

« Revivre l’Histoire, sur les traces de Cléopâtre

Peu de femmes peuvent se vanter d’avoir autant marqué les esprits que Cléopâtre. La dernière reine d’Égypte antique a séduit les puissants mais a surtout fait de son nom un symbole de puissance. Alberto Angela, vulgarisateur de génie, nous entraîne sur les pas de cette femme d’exception. Dans un monde antique dominé par les hommes, elle a permis au royaume d’Égypte de connaître une expansion fulgurante. Femme de pouvoir, douée dans l’art de la négociation comme dans celui de la guerre, elle est une grande stratège et une figure incroyablement visionnaire. Si, après deux mille ans, elle continue de nous fasciner et de nous inspirer, c’est peut-être parce qu’au-delà des images et du fantasme, elle est le visage de la modernité. »

PREMIÈRES LIGNES

LE CRÉPUSCULE D’UNE RÉPUBLIQUE
15 mars 44 av. J.-C.

Elle a le regard tourné vers un horizon lointain, très lointain, comme si elle voulait se perdre dans des sensations et des souvenirs aussi doux qu’apaisants.

Un voile en soie gonflé par le souffle d’une brise légère encadre son visage. Il se serait déjà envolé si elle ne le tenait pas d’une main ferme. C’est le seul signe de force de ce corps nu, délicatement allongé dans le creux d’un coquillage gigantesque. La faible lumière de l’aube ne dessine pas encore ses contours. Au reste, ce serait impossible : sa beauté est constituée de milliers de carreaux de pierre qui composent ces formes arrondies. Celles de Vénus. La mosaïque est progressivement caressée par un bruissement. Une tunique vaporeuse approche du centre de la salle en frôlant le sol.

Et vous, ce livre vous tente-t-il ?
Retrouvez un extrait sur le site des éditions HarperCollins

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Chroniques Merveilleuses, tome 2 : Gryphus Imperatorius, Sébastien Morgan

Couverture Chroniques Merveilleuses, tome 2 : Gryphus Imperatorius

Je remercie Sébastien Morgan de m’avoir permis de découvrir le deuxième tome de sa série Chroniques merveilleuses lu en lecture commune avec Lire à la folie. Pour rappel, ce roman est la suite de La Flèche du Scythe que je vous invite à découvrir avant de parcourir cet article.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alors que s’achève la campagne contre les peuples Carpes, les Jeux Séculaires, marquant le millénaire d’existence de la Ville Éternelle, commencent à Rome.

Mercurius et Shanaka sont jetés dans l’arène du Colisée où ils devront livrer des combats épiques pour le plus grand plaisir d’un peuple romain assoiffé de sang. Et pendant que le peuple se réjouit et que les intrigues battent leur plein au palais impérial, des puissances ésotériques millénaires se lèvent en Germania.

Fortement enraciné dans l’Histoire et les mentalités de l’époque, Gryphus Imperatorius est le deuxième tome d’une série pleine de fantastique, d’intrigues politiques et de sorcellerie. Il plaira tant aux amateurs de l’Empire Romain qu’aux inconditionnels des sagas fantasy.

Auto-édition (mai 2019) – 283 pages – Broché (13,70€)

AVIS

Quand Sébastien Morgan m’a proposé de découvrir le deuxième tome de sa série Chroniques merveilleuses, j’ai accepté avec plaisir ayant apprécié le premier tome. Et je peux vous dire que je ne regrette pas ayant passé un très bon moment de lecture.

Grâce aux rappels succincts de l’auteur sur certains événements du précédent tome, je me suis replongée sans difficulté dans l’intrigue qui nous avait laissés sur une terrible révélation, une de celles qui vous brisent le cœur.  Dans ce deuxième tome, les choses n’ont pas changé puisque l’auteur malmène sans vergogne ses personnages les faisant passer par des épreuves difficiles si ce n’est cruelles. Aux retrouvailles se succèdent les pertes, à l’espoir le désespoir…

L’ambiance se révèle donc sombre à souhait ce qui ne m’a pas déplu, loin de là. La violence, bien présente, n’est néanmoins jamais gratuite, mais toujours justifiée par des complots, des trahisons, des vengeances, de la haine… En bref, par la noirceur de l’âme humaine, une noirceur dont vont tirer partie des forces ancestrales et maléfiques pour assouvir leurs desseins. Ainsi quand les plus hautes sphères du pouvoir se déchirent engluées dans des guerres intestines, une menace bien plus sournoise avance risquant, au passage, de faire vaciller l’ordre établi.

On parle donc de magie noire dans ce roman, une magie dangereuse, fascinante et destructrice dont on devine les contours, mais sur laquelle l’auteur laisse planer une aura de mystère. Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’il n’est pas vraiment conseiller de jouer avec des forces qui nous dépassent comme l’appendra à ses dépens, un personnage qui sera, comme souvent avec l’auteur, un maillon dans une chaîne d’événements dont il est bien difficile de cerner les tenants et aboutissants.

Il faut dire que Sébastien Morgan a un véritable don pour offrir des intrigues aux multiples ramifications et des personnages complexes, bien souvent impitoyables, qui n’hésitent pas à mentir et à trahir pour assouvir leurs ambitions et atteindre leurs objectifs. Un machiavélisme omniprésent qui tient en haleine et qui crée un certain suspense puisqu’il s’avère bien difficile d’anticiper ce que l’esprit tordu des uns et des autres prépare. Attendez-vous donc à assister à des retournements de situation spectaculaires et à des coups d’éclat !

Devant la galerie de personnages haute en couleur mise en place par l’auteur, impossible de ne pas passer par tout un tas d’émotions. Certains personnages m’ont ainsi attendrie comme cette mère courage prête à tout pour le bien de sa famille quand d’autres m’ont révulsée au plus haut point. À cet égard, j’ai profondément haï le père et le fils Tarquini qui, chacun à leur manière, synthétisent ce qu’il y a de pire dans l’homme : la violence à l’état brut, la méchanceté, la perversion, la haine, le narcissisme, l’immoralité, la soif de pouvoir poussée à l’extrême… Tout en eux semble malsain et corrompu !

Bien que détestables, je dois néanmoins reconnaître que le père et le fils jouent un rôle important dans l’ambiance du roman, leur aura malfaisante et impitoyable étant la source de bien des tensions. Ce sont donc des antagonistes de choix notamment pour Mercurius qui, après avoir eu maille à partir avec le fils, est ici aux prises avec le père… Si je n’avais pas particulièrement apprécié Mercurius dans le premier tome, j’ai aimé son évolution, le jeune homme ayant, au fil des pages, gagné en maturité et en profondeur.

Enrôlé de force avec son meilleur ami dans l’arène du Colisée, il va vivre des moments difficiles, faire face à de terribles révélations (une fois de plus, l’auteur semble aimer nous briser le cœur), mais il ne baissera jamais les bras. Selon le célèbre précepte Ce qui ne me tue pas me rend plus fort, il ressortira de toutes ces épreuves avec un mental d’acier et l’envie d’en découdre avec ses adversaires. J’ai hâte de découvrir ce que l’auteur lui réserve, car on sent que le jeune homme est promis à un grand avenir. Reste à espérer qu’il arrive sans trop de dégâts à tracer son chemin dans cet Empire en proie à de terribles dangers autant intérieurs qu’extérieurs d’ailleurs…

Grâce à la plume très visuelle de l’auteur, les entraînements des gladiateurs, les scènes d’action et de batailles prennent vie sous nos yeux avec un certain réalisme. J’ai ainsi parfois eu le sentiment d’assister à un film, ce qui facilite grandement le sentiment d’immersion et rend la lecture très fluide, voire addictive. Et puis entre les complots, l’émergence d’une force maléfique terrifiante, les trahisons, et les batailles qu’elles soient politiques ou militaires, il se passe toujours quelque chose dans ce récit mené tambour battant.

Comme dans le premier tome, j’ai apprécié le contexte historique du roman avec cet Empire romain complexe et ambigu : raffiné et fier, mais également obsédé par le sang et les mises en scène sanglantes… Autre atout charme du roman, du moins pour moi, cette présence en filigrane de la mythologie que l’on perçoit à travers certaines créatures fantastiques comme les griffons et les fameux Minotaures, ou le rappel de certains mythes. Mais rassurez-vous, pas besoin d’être un amateur d’Histoire et de mythologie pour se plonger sans réserve dans cette très bonne série de fantasy.

En conclusion, avec Gryphus Imperatorius, Sébastien Morgan frappe fort et offre à ses lecteurs une suite intense dans laquelle on retrouve tout ce qui avait fait le charme du premier tome : une ambiance sombre, de la magie, du suspense, une tension omniprésente, des personnages forts qui ne peuvent que vous marquer, des retournements de situation époustouflants, de l’émotion… Si vous aimez les récits de fantasy rythmés, ancrés dans l’Histoire et pleins de surprises, cette série est faite pour vous.

Découvrez l’avis de Lire à la folie.

Page FB / Site de l’auteur – Retrouvez le roman sur Amazon.

Tu sais pas quoi ?! – Volume 2, Chris Pavone

Tu sais pas quoi ?! - Chris PAVONE - Les Éditions de l'Opportun

Je remercie Babelio et les Éditions de l’Opportun pour m’avoir permis de découvrir Tu sais pas quoi de Chris Pavone.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chris Pavone, auteur et animateur du fil Twitter Tu sais pas quoi ?!, suivi par plus de 200 000 personnes, revient avec 500 nouvelles anecdotes 100 % inédites ! Sciences, animaux, énigmes historiques, mystères biologiques surprenants… vous y trouverez de quoi assouvir votre curiosité dans tous les domaines !

Saviez-vous que certaines personnes peuvent être ivres sans avoir bu une seule goutte d’alcool ? Que les alligators peuvent survivre complètement gelés dans la glace ? Qu’aucun arbre ne pourra jamais dépasser les 130 mètres de hauteur ? Que la première invention à passer le mur du son était une arme utilisée dans l’Égypte antique ?

Tu sais pas quoi ?! Ce sont 500 anecdotes historiques, infos scientifiques et savoirs en tous genres qui vont vous faire pétiller l’esprit !

Les Éditions de l’Opportun (mai 2019) – 416 pages – Broché (11,90€) – Ebook (7,99€)


AVIS

J’ai découvert Chris Pavone, déjà bien installé sur Twitter, à travers cette encyclopédie illustrée et riche en anecdotes et informations en tous genres. Une petite caverne d’Ali Baba pour les personnes curieuses qui aiment s’instruire et découvrir des choses en s’amusant.

On est donc loin de l’ambiance cahier d’école ou, pour les plus de trente ans, de l’encyclopédie touffue et avouons-le indigeste de notre enfance. Ici, tout est fait pour rendre l’information simple, variée, divertissante, amusante et intéressante. Cela passe autant par le fond que la forme. À cet égard, j’ai apprécié la mise en forme pleine de peps avec des pages aérées, de nombreuses illustrations en noir et blanc, des tailles et des polices d’écriture variées…

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Un visuel attractif et ludique qui invite à l’évasion d’autant que pris au jeu, on tend à enchaîner les anecdotes les unes après les autres… Entre une après-midi trempette et un aller-retour dans une grande ville voisine, j’ai lu les 400 pages en deux fois sans vraiment m’en rendre compte. Une chance que son petit format rende le livre facilement transportable et très agréable à prendre en main !

Ludique et plein d’humour, ce recueil n’en demeure pas moins une petite mine d’informations et d’anecdotes sur des thèmes très variés : les animaux, l’écologie, le corps humain, l’histoire, la psychologie et les interactions sociales, l’astronomie, les mathématiques, l’art…

Vous apprendrez ainsi :

  • que les rats connaissent l’empathie, que les orangs-outans savent utiliser leur mémoire à long terme pour faire face efficacement à un danger et que les fourmis sont, à bien des égards, des animaux fascinants tout comme les corbeaux et les corneilles capables de reconnaître un visage humain et de remercier quelqu’un qui leur aurait donné à manger,
  • que l’ADN humain est à 50% identique à celui de la banane et que plusieurs milliers de Suédois se sont volontairement équipés d’une micropuce sous la peau,
  • pourquoi il vaut mieux consommer les œufs à la coque et au plat et par quel miracle, un repas préparé par quelqu’un d’autre est toujours meilleur à condition de ne pas abuser des bonnes choses sous peine de terminer dans un linceul comme un roi suédois du XVIIIe siècle,
  • qu’en y passant 8 heures par jour, à raison d’une minute par œuvre, il vous faudrait 2 mois et demi pour voir les 35000 œuvres exposées au Louvre,
  • qu’une relecture permettait de se recentrer sur ses émotions et qu’entrer dans la peau d’un personnage provoquerait un réel changement biologique,
  • que les baobabs ont, en Australie-Occidentale, pu servir de prison par le passé,
  • comment une erreur scientifique a provoqué au Turkménistan un phénomène impressionnant, La porte de l’enfer, que l’on peut, plus de 40 ans après, toujours observer…
Résultat de recherche d'images pour "la porte des enfers au Turkménistan"

Porte de l’Enfer – Source Wikipédia

Une petite série d’exemples parmi bien d’autres faits qui devraient vous étonner, voire vous estomaquer, vous amuser, vous impressionner, vous laisser songeur, vous pousser à faire de plus amples recherches… Bref, vous faire réagir !

Je n’ai évidemment pas retenu les 500 anecdotes proposées par l’auteur, toutes inédites, mais peu importe puisque après avoir tourné la dernière page, j’ai eu le sentiment d’avoir fait un pas de plus dans le monde fascinant de la connaissance. Cette lecture m’a également apporté des réponses à des questions que je me posais ou des explications sur des choses et des comportements que j’avais pu constater sans me les expliquer. À titre d’exemple, j’ai enfin compris pourquoi mon frère et moi tendions à tirer la langue enfants quand nous étions concentrés poussant notre maître de CP à nous couper virtuellement la langue.

À noter qu’en fin d’ouvrage, un index est proposé, ce qui devrait plaire aux lecteurs cherchant des informations sur un thème précis. Pour ma part, j’ai préféré lire les pages dans l’ordre appréciant la manière dont l’auteur jongle entre les différentes thématiques nous évitant ainsi tout sentiment de lassitude.

En conclusion, par une mise en pages ludique, des illustrations ne manquant pas de mordant, de nombreuses thématiques permettant à chacun de trouver son bonheur, et un ton humoristique rendant la lecture fluide et agréable, cette petite encyclopédie assouvit notre curiosité tout en aiguisant notre soif d’appendre. C’est indéniablement le genre d’ouvrages que l’on prend plaisir à lire, à relire et à partager tout autour de soi. Alors si vous êtes curieux, aimez lire et apprendre en vous divertissant, Tu sais pas quoi ?! est fait pour vous.

Compte Twitter de l’auteur 

Retrouvez le livre sur le site des Éditions de l’Opportun.

 

 

Top Ten Tuesday #131 : 10 livres hors roman que j’aimerais lire

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Je lis principalement des romans et des ouvrages graphiques mais j’aime parfois me tourner vers d’autres genres comme les documentaires, les livres « pratique »…

Je vous propose donc une liste de 10 livres de ma PAL qui ne sont pas des romans et que j’aimerais découvrir :

Couverture Le zapping de la culture généraleCouverture Agatha Christie de A à Z

Couverture Dictionnaire amoureux de Tintin

Il en faut peu pour philosopher par [Giraud, Caroline]

Saint-Etienne à travers la carte postale ancienne

Et vous, aimez-vous alterner la lecture de romans avec d’autres genres (documentaires, livres pratique…) ?

Premières lignes #76 : Poldark 1, Les falaises de Cornouailles – Winston Graham

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai eu envie de vous parler d’un roman remporté lors d’un concours : Poldark tome 1 : Les falaises de Cornouailles. Je connais la série télé de nom, mais je ne l’ai jamais regardée, ce qui ne m’empêche pas d’être très tentée par ce roman.

« 1783. Après avoir mené une vie aventureuse en Amérique, le jeune et fougueux Ross Poldark revient en Angleterre. Mais c’est un homme meurtri qui retrouve ses falaises de Cornouailles.
Son père vient de décéder et le domaine familial est en déshérence. Surtout, Ross apprend qu’Elizabeth, sa fiancée, a rompu sa promesse pour en épouser un autre : Francis, son propre cousin…
Ross n’a d’autre choix que de s’inventer une nouvelle vie. Plutôt que de se laisser abattre, il décide de relancer l’activité minière, qui fit autrefois la fortune des siens.
Un jour, sur un marché, il prend la défense de Demelza, une fille sans instruction qu’il engage comme domestique. Une décision qui va changer sa vie… »

TRAILER SAISON 1

PREMIÈRES LIGNES

J’ai sauté volontairement le prologue préférant vous mettre les premières lignes du premier chapitre dont j’apprécie le style.

Le vent soufflait. Le ciel pâle de l’après-midi était par-semé de nuages, la route poussiéreuse était jonchée de feuilles. Cinq personnes occupaient le coche. Un homme mince, style employé de bureau, au visage maigre et au costume lustré, était assis près d’une femme replète qui serrait contre elle un paquet de lainages rose et blanc d’où surgissaient les traits boudeurs et fripés d’un bébé. Les autres voyageurs étaient un ecclésiastique d’un certain âge et un autre homme plus jeune.
Le pasteur était un petit homme sec, sévère dans son costume de clergyman de belle qualité. Son visage allongé, dénué d’humour, aux lèvres minces, était couronné de cheveux tirés en arrière qui bouclaient derrière les oreilles.
À un quart d’heure de Truro, les chevaux ralentirent pour monter au pas la pente raide de la colline, le jeune homme leva le nez de son livre et croisa le regard du pasteur.
— Excusez-moi, monsieur, dit le clergyman d’une voix coupante, votre visage m’est familier, mais je ne parviens pas à me rappeler où nous nous sommes rencontrés. Oxford, peut-être ?

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Appréciez-vous la série ?

Découvrez les premières lignes des autres participants :

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Selene raconte
Pousse de gingko
La Pomme qui rougit
Chat’Pitre
La Booktillaise
The Cup of Books
Prête-moi ta plume
Le Parfum des Mots
Les lectures d’Emy
Songes d’une Walkyrie
Shury lecture
Aliehobbies
Entre deux lignes
Rattus Bibliotecus
Figures de style
Ma petite médiathèque

Un métro pour Samarra, Isabelle de Lassence

Je remercie Babelio et les éditions Marabout, collection La belle étoile, pour m’avoir permis de découvrir Un métro pour Samarra d’Isabelle de Lassence.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Swann Delva étudie la philosophie à la Sorbonne. Le jeune homme s’imagine devenir un penseur en vogue, mais d’ici là, il gagne sa vie en travaillant dans le métro. Par hasard, il découvre les stations désaffectées du réseau parisien, et se prend de passion pour ces lieux hors du temps. Un jour d’exploration de la station-fantôme Haxo, dans le XIXe arrondissement, il se retrouve transporté à Samarra, une ville d’Irak, au Moyen Âge. C’est là qu’un calife des Mille et Une Nuits lui pose la plus importante question qui soit : peut-on espérer une vie après la mort ? Alors que le sommeil le ramène à Paris, Swann ne rêve que de retrouver les splendeurs de Samarra. Mais pour conserver ses privilèges auprès du calife, déjouer les complots qui le visent et obtenir les faveurs d’une belle astrologue, il doit apporter une réponse aux angoisses du souverain. Trente-cinq jours de voyages entre Paris et Samarra vont transformer la vie de Swann, à jamais…

Marabout (10 avril 2019) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (14,99€)

AVIS

Isabelle de Lassence signe ici un premier roman envoûtant et au charme certain qui nous plonge en alternance dans un Paris contemporain et une ville irakienne du Moyen Âge, Samarra. Cette ville, dont le nom signifie « celui qui l’aperçoit est heureux« , enchante et émerveille par cette ambiance des Mille et Une Nuits qu’elle dégage avec ses richesses, son architecture, son calife, ses dorures, ses splendeurs. Des splendeurs aux formes diverses et variées qui ne laisseront pas insensible Swann…

Étudiant en philosophie à la Sorbonne, rien ne lui plaît plus que se perdre dans des considérations et des réflexions intellectuelles qu’il émaille du discours de tous ces grands penseurs qui ont marqué le monde et sa vie. Malheureusement, avant de devenir le grand intellectuel en vogue qu’il espère être un jour, il lui faudra revenir à des considérations plus terre à terre. Que ce soit triste ou non, la pensée pure et les exercices de rhétorique nourrissent rarement, du moins à notre époque, son homme.

Swann ne fera pas ses premiers pas dans les entrailles d’un géant du fast-food américain, mais dans ceux du métro parisien. Un travail pas forcément plus épanouissant intellectuellement pour notre étudiant philosophe, mais qui aura le mérite de lui ouvrir la porte d’un monde dont il ne soupçonnait pas l’existence… Un monde entre rêve et réalité qui donnera un tout autre sens à sa vie et qui le conduira à vivre des expériences intenses ! Adieu grisaille et béton parisien, bienvenue Samarra et la vie de pacha !

Alors que Swann a un besoin compulsif, si ce n’est maladif, de contrôler chaque instant de sa vie, il va finalement se laisser rapidement, et sans réserve, transporter dans le temps et dans l’espace. Il faut dire qu’en plus de la richesse et de la beauté que dégage cette ville irakienne du Moyen Âge, le jeune homme y gagnera, du moins dans un premier temps, cette reconnaissance qui lui fait tant défaut dans sa vie parisienne. Mais la gloire a un prix, et sa place auprès du calife conditionnée à sa faculté à répondre à cette question qui hante l’humanité : existe-t-il une vie après la mort ? Une question complexe dont on ne peut hélas trouver la réponse dans les livres ou la pensée des Anciens, ce qu’apprendra à ses dépens notre philosophe. Commencera alors pour lui une quête de vérité et de sens qui le poussera dans ses retranchements pour le meilleur et pour le pire… 

L’écriture est fluide, poétique, élégante, et de cette finesse qui allie la complexité de la pensée à la beauté de la réflexion. Alors que l’on aurait pu craindre une certaine pédanterie dans la narration, elle se révèle tout en délicatesse invitant à l’évasion et au dépaysement. Teintée de réflexions philosophiques toujours accessibles et auréolée d’un certain humanisme, cette histoire fait réfléchir, mais invite surtout au voyage sans a priori ni attentes particulières.

On se laisse immerger par les images, les sensations et l’aventure extraordinaire d’un étudiant qui, au fil des pages, quitte sa carapace d’intellectuel déconnecté du monde et des gens pour celle d’être humain en prise avec ses émotions et la vie. Une évolution réaliste et progressive qui rend Swann moins agaçant dans sa façon de se sentir supérieur à tout le monde ou presque. Si j’ai eu du mal en début de roman avec ce personnage, appréciant peu que la réflexion serve l’ego plus que l’épanouissement personnel et intellectuel, j’ai fini par être touchée par ses failles et la manière dont, au gré des épreuves qu’il traverse, il s’élève non plus seulement par la pensée, mais aussi par le cœur.

J’ai également beaucoup apprécié sa mère, Christiane, qui est un peu le négatif de son fils : ouverte d’esprit, plus portée sur l’ésotérique que la rhétorique, pleine de gentillesse, très sociable… On la suit avec plaisir en espérant voir un peu plus de Christiane en Swann. Même si je suis loin de partager l’enthousiasme de cette mère aimante pour la voyance et autres pratiques du genre, je l’ai trouvée adorable dans sa volonté d’aider son fils. Elle l’idéalise bien sûr, mais elle n’est pas non plus aveugle face à ses faiblesses que ce soit ses obsessions et autres « rituels » ou sa difficulté à se connecter à l’Autre. Voici dans tous les cas un personnage qui apporte beaucoup de douceur et de dynamisme au récit.

L’alternance des époques et des lieux insuffle également un certain rythme à l’histoire d’autant que les transitions entre les époques sont toujours amenées avec subtilité et efficacité. On ne se sent jamais perdu bien que peut-être un peu frustré de ne pas avoir plus de Samarra à se mettre sous la dent. Cela ne m’a pas empêchée de savourer avec plaisir les incursions dans le Palais, un endroit synonyme de luxe, bien sûr, mais aussi de dangers… Swann y trouvera ainsi honneur et richesses, voire bien plus, mais il y découvrira également la jalousie, la compétition, la trahison, les doutes… Tout autant d’épreuves qui le feront perdre en certitudes, mais gagner en humanité !

En conclusion, d’une plume éclatante de saveur et de délicatesse, Isabelle de Lassence nous propose ici une aventure enchanteresse et pleine de poésie qui ne pourra que vous faire voyager, vous émerveiller et vous pousser à vous interroger sur des notions universelles comme le sens de la vie et de la mort. Aux confins du temps, de l’espace, du rêve et de la réalité, ne ratez pas le train pour Samarra !

Retrouvez/feuilletez le roman sur Amazon.

 

Le ciel de Darjeeling, Nicole Vosseler

Je remercie les éditions l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire.

l’Archipel (6 février 2019) – 440 pages – Broché (23€) – Ebook (15.99€)

AVIS

La présence du mot Darjeeling dans le titre a suffi pour me donner envie de lire ce roman, on est tea-addict ou on ne l’est pas ! Mais avant de nous transporter dans la plantation de thé de Ian, l’autrice nous fait d’abord voyager : Grèce, Cornouailles et enfin, Inde. L’Inde, un pays qui stimule l’imaginaire, mais que pour ma part je ne connaissais que très peu. J’ai donc été enchantée de découvrir, aux côtés de Helena, ce pays, ses paysages, ses traditions ancestrales, son histoire, du moins, une partie de son histoire, ses cultes, son cosmopolitisme, ses couleurs chatoyantes…

Le plaisir a été décuplé par la très belle plume de l’autrice qui, dès les premières lignes, a su me charmer. Élégante et d’une grande finesse, elle fait des merveilles pour retranscrire les décors, les paysages, le temps qui passe, mais aussi les émotions des personnages, leurs états d’âme, leurs joies et leurs tourments. C’est d’ailleurs l’une des forces de ce roman, ses personnages complexes que l’on a envie parfois de prendre par la main et d’autres fois, de secouer…

Les protagonistes ne sont pas nombreux, ce qui permet de se concentrer sur leur histoire bien que pendant une bonne partie du roman, nous suivons Helena, une jeune femme qui, sans héritage à la mort de son père, se retrouve acculée. En charge de son frère, elle est contrainte d’accepter une proposition qui ne lui plaît guère : épouser Ian, un homme fortuné rencontré fortuitement. En échange, il lui promet une vie à l’abri du besoin pour elle et son frère à condition qu’elle accepte de le suivre dans sa plantation de thé en Inde. Pourquoi ce bon parti désire-t-il l’épouser, elle qui n’a rien à offrir, ni statut, ni argent ? 

Ian est un homme secret qui souffle de manière fort agaçante le chaud et  le froid. Tantôt enjôleur avec des sourires à faire fondre les cœurs, tantôt froid et calculateur, difficile de comprendre ses pensées et les raisons qui le poussent régulièrement à prendre ses distances. La seule chose qui est certaine, c’est qu’il cache une part d’ombre et un secret qui le hante ! Un secret que Helena aimerait percer afin de se rapprocher de cet époux qui la tient à distance suscitant chez elle attirance et répulsion, deux sentiments contradictoires qui l’épuisent et la tourmentent. Mais tous les secrets sont-ils bons à dire ?

Pour ma part, je n’ai pas succombé au personnage de Ian, n’étant pas particulièrement adepte des personnes qui attendent de leur partenaire le salut. Je n’ai, en outre, pas apprécié certains de ses agissements, et notamment un geste impulsif intolérable bien que malheureusement, courant au 19e siècle. Toutefois, en découvrant le passé de ce personnage torturé et énigmatique, on comprend certaines de ses réactions et la manière dont il en est venu à se forger cette image d’homme affable, mais dangereux autant craint que respecté. Insaisissable et changeant comme le caméléon, son surnom, l’homme intrigue…

Si la relation entre Ian et Helena est intéressante dans la manière dont elle évolue, les deux personnages apprenant peu à peu à s’apprivoiser, le tour de force de l’autrice est d’avoir su imbriquer une histoire dans l’histoire en déroulant sous les yeux des lecteurs captivés, le passé de Ian et de ses parents. Je ne développerai pas beaucoup cet aspect du roman qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai trouvé l’histoire d’amour entre ses parents très touchante. Elle comporte cette part de beauté et de cruauté qui forge dans le marbre les sentiments les plus profonds. Attendez-vous donc à être émus et remués par ce couple que la vie ne va pas épargner.

Cette histoire d’amour avec un grand A est également l’occasion, pour l’autrice, d’aborder des sujets forts et parfois difficiles comme les couples mixtes dans une Inde colonisée où les sentiments entre colonisateur et colonisés sont ambivalents et complexes, la question des différences culturelles, ethniques et religieuses, source parfois de haine et de méfiance,  la place des croyances, traditions et mythes dans cette Inde du 19e siècle… Ce sont tout autant d’aspects de ce pays que j’ai apprécié de découvrir d’autant que le sens du détail de l’autrice permet totalement de s’immerger dans cette culture si différente de la nôtre.

On comprend alors sans peine l’attachement viscéral que Ian ressent pour ce pays qui l’a vu grandir… Un attachement qui gagnera, petit à petit, Helena qui, contre toute attente, finira par s’adapter à sa nouvelle vie apprenant même à parler l’hindoustani. Il faut dire qu’en plus des somptueux paysages, de cette liberté dont elle était dépourvue en Angleterre, et de l’amitié de Mohan, fidèle ami et bien plus encore de Ian, elle sera également conquise par la plantation de thé de son mari qui produit le meilleur thé du monde. Si vous aimez le thé, vous devriez, comme moi, être ravis de la manière dont l’autrice évoque l’histoire du thé, les différents grades, sa cueillette… C’est fait avec une telle passion et justesse que vous n’aurez qu’une envie, vous préparer une bonne tasse de thé !

En conclusion, d’une plume fluide et élégante, Nicole Vosseler vous propose ici un très beau voyage qui vous conduira dans cette fascinante Inde du 19e siècle dont elle sait retranscrire toute la splendeur. À travers deux personnages que tout semble opposer, mais qui sont bien plus proches qu’ils ne le pensent, elle tisse progressivement le fil d’une relation mouvementée et intense qui ne devrait laisser aucun lecteur indifférent. Histoire d’amour, d’amitié et de haine à la fois, Le ciel de Darjeeling est un ouvrage entraînant et immersif qui saura offrir de multiples émotions aux lecteurs qui prendront le temps, comme avec un bon thé, de le déguster.

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