La Ville sans Vent (tome 1), Eleonore Devillepoix #PLIB2021

Couverture La Ville sans Vent, tome 1

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ca tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Hachette Romans (3 juin 2020) – 448 pages – Broché (18€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782017108443

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune et nos échanges autour d’un roman que nous avons toutes les deux apprécié. 

Une cité-État fascinante mais non dénuée de dangers… témoin de la naissance d’un duo inattendu ! 

En plus d’être absolument splendide, la couverture vous laisse déjà entrevoir l’architecture d’un univers foisonnant construit avec un soin du détail impressionnant. J’ai ainsi été subjuguée, si ce n’est émerveillée par l’imagination et la minutie de l’autrice qui nous plonge dans les rues et les décors si particuliers d’Hyperborée. Une cité-État construite à la verticale, chaque niveau témoignant du niveau de richesse de ses habitants. Si l’idée n’a rien d’original en soi, on ne peut que saluer la manière dont l’autrice se l’est appropriée et l’a développée pour nous en proposer quelque chose d’absolument fascinant et enchanteur.

Une fascination qui pousse les lecteurs à rêver de parcourir, à dos de tortue si possible, cette ville mais pas vraiment à y poser ses valises. Car si Hyperborée est indéniablement majestueuse, la ville est également le symbole d’une politique inégalitaire et profondément injuste : quand le premier niveau se débat dans la fange et est phagocyté par la pègre, le septième niveau, celui des mages, se caractérise par l’aisance et la complaisance devant l’insalubrité et la misère des moins lotis et nantis.

Une situation intolérable, bien que largement tolérée, mais qui pourrait évoluer suite à la nomination du jeune mage Lastyanax au poste de ministre du Nivellement, suite à la mort de son mentor qui occupait jusqu’alors ce poste. Néanmoins, les espoirs du jeune mage vont vite être revus à la baisse, son avis étant loin d’être entendu et écouté et ne suscitant guère l’enthousiasme de ses pairs. Mais c’est surtout une découverte surprenante qui va le déstabiliser et le pousser à mettre les pieds dans un engrenage qui risque fort bien de lui coûter plus que sa carrière. En effet, contrairement à ce qu’il pensait, son mentor n’est pas mort naturellement, mais a été assassiné. Il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une enquête afin de faire toute la lumière sur ce meurtre !

Les débuts des ennuis et de la preuve que son mentor n’était peut-être pas aussi insouciant et indolent qu’il le pensait. En parallèle, il doit assurer le tutorat de son apprentie, Arka, une jeune fille de treize ans dont l’orthographe tend quelque peu à le froisser, mais qui possède bien d’autres talents, du genre de ceux qui vous permettent de rester en vie ! Et quand on habite à Hyperborée, ce n’est clairement pas à négliger. Si j’ai été déçue, dans un premier temps, de la froideur avec laquelle Lastyanax considère son apprentie, je dois avouer que j’ai été convaincue de l’évolution de leur relation que l’autrice a su gérer d’une main de maître.

J’ai, en effet, adoré ce lien quasi fraternel, empreint de pudeur, de défiance et d’affection, qui se développe au fil des pages avec beaucoup de naturel et de réalisme. N’étant pas les personnes les plus expansives et sentimentales qui existent, les deux personnages prendront un certain temps à s’apprivoiser, mais ils finiront par se trouver plus de points communs qu’ils ne le pensaient, dont l’un que je n’avais pas anticipé… Voici donc une relation maître/apprentie qui ne manque pas de saveur et qui prouvera qu’associer un esprit vif et intelligent à la débrouillardise et à un bon instinct de survie, ce n’est jamais une mauvaise idée !

Une histoire complexe et immersive, plus sombre qu’il n’y paraît, qui suscite émotions et interrogations ! 

L’attention portée à l’univers est indéniable, et le rythme qui monte crescendo ne manquera pas de maintenir votre esprit éveillé et en ébullition. Il faut dire que l’intrigue est tout simplement foisonnante que ce soit au niveau des différents personnages que l’on rencontre, des péripéties, des scènes d’action, des secrets, des différents mystères qui apportent tension et suspense... Pour ma part, j’ai adoré les nombreuses questions qui me sont venues à l’esprit tout au long de ma lecture, notamment sur les capacités hors norme d’Arka, la personne qui semble veiller sur elle en secret et ses motivations, les jeux de pouvoir pour s’emparer d’Hyperborée (dirigée par un souverain obsédé par d’anciennes ennemies et pas vraiment conscient du véritable danger), l’identité du meurtrier du mentor de Lastyanax et celle du père d’Arka… Intuitivement, des connexions s’établissent, des hypothèses se dégagent, mais il reste tellement de zones d’ombre que l’on finit par se laisser porter par les événements, en espérant simplement que notre cœur et les personnages n’y laissent pas (trop) de plumes.

Car loin d’être une gentillette histoire, La ville sans Vent, c’est avant tout un roman dans lequel différents fils s’entremêlent pour tisser une toile complexe dont il est bien difficile d’appréhender tous les enjeux. Si vous aimez les histoires de famille compliquées, de complot, de politique, de campagne de haine pour détourner l’attention des habitants des vrais enjeux et ennemis, et vous perdre dans les faux-semblants et les secrets, vous allez adorer votre lecture. En ce qui me concerne, j’ai vécu à 100% chaque chapitre, chaque révélation, chaque doute, chaque blessure, l’autrice ayant un talent certain pour nous embarquer émotionnellement dans son récit.

Je me suis laissé parfois surprendre, j’ai souvent été bluffée par l’imaginaire de l’autrice, j’ai eu quelques bouffées d’angoisse devant des scènes où nos héros sont clairement en mauvaise position, j’ai été révoltée par certaines actions et complètement soufflée, même si dégoûtée serait plus juste, par le plan machiavélique d’un être qui se révèle fin stratège. Ses actions sont glauques à souhait, mais force est de reconnaître leur implacabilité et la manière dont elles permettent de se jouer du destin tout en se basant sur ce dernier. Il y a du génie, assurément. Dommage pour nos protagonistes qu’il soit utilisé contre eux !

Un duo parfaitement complémentaire, mais des personnages secondaires manquant de profondeur…

Mais rassurez-vous, Lastyanax et Arka ont de la ressource et nous prouveront leur complémentarité. J’ai fini par m’attacher au jeune mage qui se révèle plus nuancé qu’au premier abord, peut-être en raison du décalage entre son milieu d’origine très modeste, et celui bien plus huppé auquel il a accédé grâce à sa formation de mage et son poste de ministre. On sent qu’il veut bien faire, mais il emploie des moyens parfois contestables, et se laisse trop facilement détourner. Imparfait, mais intelligent, travailleur et doté d’une certaine fragilité, il a touché une corde sensible en moi.

Étrangement, alors que j’ai trouvé Arka très courageuse et ai adoré son impertinence et sa tendance à foncer tête baissée, je n’ai pas réussi à m’attacher à cette dernière, l’autrice ne partageant pas vraiment ses émotions. La jeune fille n’en demeure pas moins touchante dans la naïveté avec laquelle elle se lance à la recherche de son père, seul et unique vestige d’une famille idéalisée qui n’a jamais vraiment existé. Ce personnage est pour moi celui qui soulève le plus de questions que ce soit directement ou indirectement, et par conséquent, celui qui apporte le plus de tension, de mystère et de suspense à l’intrigue. On sent qu’il y tout un enjeu autour de sa personne, mais il faudra attendre la dernière partie du roman pour en saisir la teneur. Attendez-vous d’ailleurs à être surpris et à plus d’un titre ! L’autrice a frappé fort avec ce personnage qui va devoir affronter des vérités inattendues et plutôt perturbantes. Heureusement pour elle, elle a l’esprit combatif et peut compter sur ses nombreux talents.

Nous suivons plus particulièrement le mage et son apprentie forte tête et aimant à problèmes, mais le panel de personnages est assez varié. Toutefois, j’ai trouvé qu’on restait très en surface de la psychologie des personnages secondaires. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, l’univers étant d’une telle richesse et complexité qu’il contrebalance ce point, mais j’ai été frustrée par la manière dont est gâché le potentiel d’une mage, Pyrrha. Ce personnage permet à l’autrice d’aborder l’inégalité entre les sexes dans une cité où celles-ci sont cantonnées à un rôle traditionnel et subalterne. Mais là où Pyrrha aurait pu aider à faire avancer les choses, elle se contente d’être désagréable, geignarde, égoïste et versatile… Dommage donc que la cause féminine doucement ébauchée soit sacrifiée en cours d’intrigue sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. On notera également des tentatives avortées et peu convaincantes de sentiments amoureux…

En résumé, ce premier tome déploie sous nos yeux un univers incroyable, complexe et d’une grande richesse, mis en valeur par la plume immersive, fluide et rythmée d’une autrice dont je salue l’imaginaire foisonnant. On prend ainsi un plaisir certain à découvrir, au fil des pages et des rebondissements, les dessous et les dangers pernicieux qui menacent une cité peut-être pas aussi bien protégée qu’elle ne le pensait. Entre mensonges d’État, faux-semblants, manipulation, magie, malédiction, secrets de famille, amitié et enquête, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Lire l’avis des Blablas de Tachan

Côme et le Fantôme, Véronique Cauchy et Camouche (illustrations)

Côme et le fantôme - Lecture BD jeunesse humour fantastique - Dès 7 ans par [Véronique CAUCHY, Camouche]

Une amitié improbable entre un petit garçon malicieux et un fantôme loufoque !

À 8 ans, Côme doit gérer un déménagement précipité, une nouvelle école en cours d’année, une petite sœur envahissante, des parents farfelus et… un majordome vieux de 180 ans ! Farragut hante le manoir de La Châtaigneraie depuis un peu plus d’un siècle et c’est bien la première fois qu’il rencontre quelqu’un capable de le voir et de lui parler. Le choc est aussi grand pour lui que pour Côme, qui finit par se lier d’amitié avec cet étrange fantôme, fan d’histoires d’horreur et de ménage !

Slalom (15 avril 2021) – 97 pages – Ebook (6,99€) – Papier (9,90€)

AVIS

Adorant les histoires de fantômes, j’ai tout de suite été tentée par Côme et le Fantôme, une lecture que j’ai beaucoup appréciée mais dont la forme m’a un peu surprise. Je m’attendais à une BD jeunesse classique quand on est plus sur des scènes, parfois très courtes, retraçant l’installation d’une famille dans sa nouvelle demeure ainsi que sa vie sur place.

Une famille qui a été choisie pour veiller sur l’une des maisons du grand et du beau Ernest Presse-Citron, un acteur connu, reconnu et adulé par de nombreux fans, au nombre desquels le père de famille et une étrange et mystérieuse voisine. Si l’emménagement dans un nouvel endroit est déjà une petite aventure en soi, cela prend une tout autre dimension quand il s’accompagne de la rencontre avec le fantôme de la demeure, le très anglais et distingué, pardon pour le pléonasme, Farragut. Mais le jeune Côme, 8 ans, va très vite réaliser qu’il est le seul à pouvoir voir ce majordome âgé de 180 ans !

De fil en aiguille, une chouette amitié va se créer entre cet enfant très ancré dans son temps et un fantôme bien ancré dans le sien, ce qui donne des échanges aussi piquants que drôles. D’ailleurs, l’humour est le point fort de cette BD qui ne devrait pas manquer de faire sourire petits et grands lecteurs. Pour ma part, j’ai beaucoup ri du décalage entre la manière de s’exprimer de ces deux nouveaux amis aux antipodes l’un de l’autre. L’obsession du ménage de Farragut, qui passe par un dégommage du moindre grain de poussière réel ou imaginaire, se révèle également très amusante. Enfin, amusante pour les lecteurs, beaucoup moins pour les nouveaux habitants du manoir de La Châtaigneraie qui, à l’exception de Côme, ne comprennent pas d’où proviennent ces étranges bruits nocturnes qui troublent leur sommeil ! Mais que voulez-vous, il n’y pas d’heure pour dépoussiérer, du moins quand vous avez l’éternité devant vous et pas besoin de dormir.

Avec bonne humeur et facétie, l’autrice se joue des codes des histoires de fantômes et du stéréotype du majordome anglais pour amuser les lecteurs, et ça fonctionne. On sourit beaucoup et on développe un certain attachement pour un duo atypique qui s’entend à merveille. Le jeune Côme, à l’imagination débordante, ne manque pas d’humour et de panache, et devrait d’ailleurs séduire les enfants. En ce qui me concerne, c’est pour la figure du vieux fantôme adepte du zéro poussière que j’ai eu un petit coup de cœur. Il est adorable dans sa joie d’avoir enfin trouvé, après de longues années de solitude, un ami avec lequel s’amuser. Car si Farragut peut se montrer guindé et à cheval sur certaines règles, il se révèle également taquin et joueur à ses heures.

En plus d’une histoire pleine de peps qui donne le sourire, cette BD peut s’appuyer sur une ambiance graphique pleine de charme qui allie douceur, rondeur et couleurs vives. Un trio gagnant pour plonger les lecteurs dans une atmosphère chaleureuse et enfantine. Le style de Camouche m’a donc séduite de la première à la dernière page, tout comme les traits des personnages qui les rendent d’emblée sympathiques et très humains.

Côme et le Fantôme illustration

En conclusion, si vous avez envie d’une chouette et amusante histoire dans laquelle une inattendue et amusante amitié entre un enfant et un fantôme de presque deux cents ans se noue, cette BD jeunesse est faite pour vous. Au programme, de la bonne humeur, des sourires, des échanges pleins d’humour et des situations qui ne manquent pas de mordant. Et cerise sur le gâteau, un découpage dynamique qui permettra aux enfants de suivre facilement et sans lassitude les aventures d’un duo facétieux et terriblement attachant.

Je remercie les éditions Slalom et NetGalley pour m’avoir permis de découvrir cette BD en échange de mon avis.

 

Sur le vif, Elizabeth Acevedo

Emoni a de l’or au bout des doigts. Entre ses mains, saveurs et épices composent des plats incomparables. Mais Emoni a aussi une petite fille de 2 ans, et elle jongle entre son rôle de jeune mère, les cours au lycée et le travail le soir pour aider sa grand-mère à payer les factures.
Emoni a 17 ans, et elle ne pense pas qu’elle pourra continuer ses études, ni devenir cheffe dans un restaurant. Dans sa vie faite de responsabilités, il n’y a pas de place pour rêver. L’ouverture dans son lycée d’un nouveau cours d’arts culinaires pourrait bien lui permettre de déployer son talent et de trouver la force en elle d’accomplir son rêve…

Nathan (1 juillet 2021) – 400 pages – Broché (16,95€) – À partir de 13 ans
Traduction : Clémentine Beauvais 

AVIS

La force des liens intergénérationnels et de l’amour maternel… 

Ayant beaucoup apprécié The Poet X, je me suis plongée avec enthousiasme dans ce roman dont j’ai apprécié les thématiques et la manière dont l’autrice les aborde. Alors qu’on parle d’une adolescente de 17 ans, mère d’une petite fille de deux ans, on aurait pu s’attendre à quelque chose d’assez dramatique, le rôle de maman à un âge où on n’est pas encore soi-même adulte pouvant se révéler difficile. Mais l’autrice a opté pour une histoire lumineuse et chaleureuse qui réchauffe les cœurs et donne envie de prendre la vie à bras-le-corps.

Ainsi, si jamais ne sont occultées les difficultés d’Emoni devant ses multiples responsabilités, le ton se veut résolument positif, ce qui convient à merveille au caractère de cette maman ado qui ne se retourne jamais sur le passé, mais qui regarde toujours droit devant elle. Elle le doit, du moins elle le pense, à sa petite Emma qui est son rayon de soleil et dont elle s’occupe très bien, quitte à s’épuiser pour lui assurer un bel avenir. Elle sera heureusement épaulée par sa grand-mère qui l’a élevée comme sa propre fille. Très proche de ma grand-mère, j’ai été touchée par leur relation, leur complicité et ces gestes de tendresse qui se passent bien souvent de longs discours. J’ai également adoré le subtil parallèle que l’autrice fait entre la relation entre Emoni et sa fille et entre Emoni et sa grand-mère, rappelant le rôle important de cette dernière dans la vie de l’adolescente…

Il faut dire qu’avec une mère décédée prématurément et un père engagé dans la communauté portoricaine, mais bien peu présent dans la vie des siens, Emoni a bien eu besoin du soutien de son aïeule qui a toujours fait de son mieux pour l’élever selon de belles valeurs, malgré ses faibles moyens. L’argent, ou plutôt le manque d’argent est d’ailleurs quelque chose qui prend une certaine place dans le roman, cette question menaçant l’avenir d’Emoni. Car si la jeune fille, qui fait des étincelles en cuisine et dans son cours d’arts culinaires, rêve de devenir cheffe et d’éventuellement aller à la fac, elle doit, en plus du lycée, travailler pour nourrir sa fille et aider sa grand-mère à assurer les charges du quotidien.

À cet égard, j’ai été révoltée par le papa d’Emma dont Emoni est séparée : il semble aimer sa fille et prendre plaisir à s’en occuper durant son droit de garde, mais bizarrement, c’est bien sur Emoni que repose toute la charge mentale et financière. Une situation qui reste une réalité pour bien des mères célibataires… On notera aussi la jalousie déplacée de Tyrone qui n’hésite pas à multiplier les relations, mais qui ne supporte pas qu’un garçon s’approche de la « mère de sa fille » et de sa fille. Heureusement, de fil en aiguille, Emoni saura se détacher des attentes de chacun et rappeler qu’elle n’est pas que la mère d’Emma, elle est ça et tellement plus à la fois !

Une jeune héroïne attachante et génie de la cuisine qui saura trouver du soutien dans son entourage…

Emoni est un personnage touchant pour lequel on développe d’emblée une profonde et sincère affection que ce soit pour son courage, son amour pour sa fille qu’elle élève avec une réelle maturité et bienveillance, sa force de travail ou sa détermination à toute épreuve. Si parfois elle doute, jamais elle ne se lamente, elle tente juste de concilier au mieux toutes les facettes de sa vie : le lycée, son travail dans un fast food, son rôle de soutien de famille et de mère, son rôle de petite-fille, celui de fille malgré un père qui n’a jamais vraiment assuré ce rôle, et son amour pour la cuisine. Un amour qui la porte au quotidien et qui rend sa cuisine tellement magique. Si le mot est fort, il semble pourtant caractériser tous ces souvenirs qui assaillent les personnes qui goûtent les plats d’Emoni, des petits concentrés d’émotions. 

Est-ce le talent inné et incroyable d’Emoni pour manier les épices, son âme généreuse qui la pousse à mettre un peu d’elle-même dans chacun de ses plats, ou la manière dont elle arrive à sublimer chaque recette qui rend sa cuisine si spéciale ? À moins que ce ne soit un peu de tout cela… Peu importe finalement, l’essentiel étant que cette fille est faite pour devenir cheffe, elle respire cuisine, elle pense cuisine, et nous apparaît très vite indissociable de tous ces plats qu’on découvre tout au long des pages. Ce roman est un peu une délicieuse ode à la gastronomie, et plus particulièrement à la gastronomie portoricaine et espagnole qu’Emoni arrange à sa sauce, sublimant à sa manière des recettes traditionnelles pour en faire quelque chose d’autre, une sorte de pont entre le passé et le présent, les gens et les cultures.  

Mère célibataire, mais pas mère isolée, Emoni pourra compter sur différentes personnes pour la soutenir et l’aider à construire un avenir qui lui correspond : sa meilleure amie qui lui apporte une belle bouffée d’oxygène et lui rappelle qu’elle a le droit de profiter de la vie, sa grand-mère, un professeur de cuisine qui va lui apprendre que la cuisine, c’est aussi de la technique et des règles à respecter… Et puis, n’oublions pas un nouvel élève qui va, petit à petit, faire fondre les barrières qu’Emoni a dressées entre elle et les autres, mais surtout entre elle et les garçons. Je n’en dirai pas trop pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré Malachi, un jeune homme souriant, mais qui a connu un drame, bienveillant, amusant, tendre, compréhensif et diablement lumineux. La relation qui se noue entre les deux lycéens est amenée de telle sorte qu’il est impossible de ne pas y succomber que l’on soit adolescent ou adulte. C’est vraiment le genre de modèle positif que j’aimerais trouver plus souvent dans la littérature adolescente.

Une narration fluide et rythmée pour un roman abordant sans pathos des thématiques importantes…

Je reconnais avoir préféré la narration en vers libre de The Poet X, mais on retrouve néanmoins dans ce roman tout le charme de la plume de l’autrice, avec ce côté percutant qui va droit au cœur. Il y a quelque chose qui sonne terriblement vrai dans les mots de l’autrice, au point de nous donner le sentiment non pas de lire l’histoire de personnages de fiction, mais celle de personnes de chair et de sang. Et cela change tout quant au rapport que l’on entretient avec chacun d’entre eux ! Les lecteurs apprécieront également les dialogues vifs et l’alternance de chapitres courts et rythmés qui apportent un certain dynamisme et rendent la lecture particulièrement fluide. Petit bonus, la petite illustration qui accompagne chaque en-tête de chapitre sans oublier la manière dont chaque chapitre porte un titre concis, mais porteur de sens. Un bon moyen de guider la lecture et de donner envie de se plonger dans le récit.

Le ton du roman se veut volontairement positif, mais cela n’empêche pas l’autrice d’aborder des thématiques importantes, toujours avec beaucoup de naturel : la maternité à un jeune âge et les difficultés qui y sont associées, le sens des responsabilités et du sacrifice, l’amitié, l’amour, l’homosexualité féminine, les difficultés dans les quartiers pauvres, le colonialisme et ses conséquences, le racisme, les préjugés notamment sur les origines et la couleur de peau, Emoni devant rappeler que si elle est à moitié portoricaine par son père, elle est également afro-américaine et donc noire… Si l’autrice évite les drames en nous proposant un roman alliant thématiques de fond et légèreté, il est vrai qu’on a parfois le sentiment que les difficultés sont un peu trop facilement surmontées. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, mais je pense que certains lecteurs adultes pourront regretter un petit manque de réalisme à ce niveau.

En conclusion, un peu comme Emoni et la « magie » au bout de ses doigts qui fait de chacun de ses plats une expérience multisensorielle et mémorielle unique, l’autrice confirme ici son talent pour proposer des histoires uniques vibrantes d’humanité qui résonnent en chacun d’entre nous. Porté par héroïne courageuse et travailleuse qui prouve qu’on peut être lycéenne et une super maman, Sur le vif, c’est la recette épicée et savoureuse d’un roman empli de gourmandise, d’émotions, de vie, de passion, de tendresse, et de beaux moments de complicité, d’amour et d’amitié. Des denrées précieuses et indispensables pour traverser les épreuves et avancer sans se retourner afin de faire de son rêve une réalité.

Je remercie les éditons Nathan et Babelio pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Lucien et les mystérieux phénomènes : L’Empreinte de H. Price, Delphine Le Lay et Alexis Horellou (illustrations)

Lucien et les mystérieux phénomènes - Tome 1 - L’Empreinte de H. Price

En croyant chasser les fantômes, c’est une nouvelle vision de la vie que va découvrir Lucien ! Lucien et sa petite sœur Violette s’installent avec leurs parents dans un village breton pour mener une vie plus simple, loin de la ville et au contact de la nature. Passionné par les histoires de fantômes du célèbre chercheur Harry Price, Lucien n’hésite pas à relever le défi quand les enfants du coin l’invitent à pénétrer dans un manoir hanté ; son propriétaire se serait fait enterrer debout face à la mer. Après une grosse frayeur, Lucien se rend compte que le fantôme est en fait bien vivant ! Un secret qui lui permettra de découvrir la vie cachée que mène le vieil Honoré, en totale autonomie et en harmonie avec la nature. Mais les secrets finissent toujours par être découverts… La confrontation d’Honoré avec les villageois sera lourde de conséquences. Lucien constatera toutefois que les fantômes ne sont pas une légende et ça, c’est un secret qu’il fera en sorte de préserver.

CASTERMAN (3 avril 2019) – 96 pages – 16€

La couverture, avec cet enfant portant un attirail de chasseur de fantômes, m’a tout de suite intriguée. Et je dois dire que l’histoire, qui m’a beaucoup plu, a pris une tournure quelque peu inattendue. D’ailleurs, je préfère vous prévenir tout de suite, si c’est une histoire de fantômes que vous cherchez, vous risquez d’être quelque peu déçus, le fantastique n’étant présent que par petites touches…

L’autrice nous propose ici un récit plein d’émotions et d’intelligence qui aborde des thèmes divers et variés : le harcèlement scolaire ou du moins, le mal-être infantile qui entraîne des comportements problématiques, le chômage pouvant fragiliser une famille, la difficulté de s’intégrer, notamment pour deux enfants qui arrivent dans une école où tout le monde se connaît… À cet égard, la réaction du directeur face à un accident m’a semblé complètement à côté de la plaque. Non, ce n’est pas au petit nouveau de faire des efforts pour ne pas se faire embêter. Si ce passage m’a quelque peu agacée, c’est qu’il traduit une réalité qui porte vraiment préjudice aux victimes de violence scolaire et qui conforte les brutes dans leur bon droit.

Ceci mis à part, les différentes thématiques devraient parler à la plupart des enfants, mais le grand intérêt de ce récit réside dans la réflexion écologique qu’il soulève par l’intermédiaire d’un homme d’un certain âge à la vie peu conventionnelle. En effet, ce dernier a choisi de vivre caché, en totale autosuffisance, afin de pouvoir vivre sa vie selon ses convictions, et sans devoir subir la méfiance ou le jugement d’autrui. Et pour ce faire, il a trouvé un moyen plutôt radical…

Mais si son plan a fonctionné de très nombreuses années, il ne résistera pas à l’arrivée du jeune Lucien et de sa famille, installée récemment dans le village. Attiré par l’histoire de fantôme entourant la maison d’Honoré, Lucien va ainsi se rendre chez lui et découvrir que s’il y a bien quelqu’un qui hante les murs, ce n’est pas une forme évanescente, mais bien un être de chair et de sang. De fil en aiguille, une belle connivence va s’établir entre les deux, Honoré étant finalement ravi d’avoir un peu de gaieté et d’animation dans sa vie… Une connivence qui va très vite englober la petite sœur de Lucien, Violette, qui va se révéler très intéressée par tout ce savoir qu’Honoré ne demande qu’à dispenser.

À travers cette BD, on réalise que si c’est important de vivre selon ses convictions, il est également stimulant de pouvoir les partager avec d’autres personnes, et de conserver des liens sociaux. Une jolie leçon qu’Honoré va apprendre au contact de ces deux enfants qui vont faire une entrée tonitruante dans sa vie, le coupant de sa solitude, peut-être choisie, mais quand même pesante. J’ai été très touchée par ce vieil homme aux convictions fortes, qui voue un véritable respect à la nature dont il est capable de saisir toute la richesse, complexité et beauté. J’ai également apprécié cette transmission du savoir intergénérationnelle mise subtilement en avant dans cette belle BD.

En outre, fabriquant déjà pas mal de produits moi-même, notamment d’hygiène, et rêvant de posséder un espace vert pour pouvoir y faire pousser des fruits et des légumes, j’ai été sensible à la démarche d’autosuffisance d’Honoré, même si j’avoue que, contrairement à lui, il y a certains produits sur lesquels j’aurais des difficultés à faire l’impasse.

Quant aux illustrations, elles m’ont charmée que ce soit par leur douceur, l’atmosphère presque intimiste qu’elles instaurent grâce à leurs teintes alternant entre l’orange et le vert, ou la manière dont elles transmettent toutes les émotions des personnages. J’ai également adoré les cadrages sur les bâtiments et les éléments de la nature, un peu moins sur les visages, dont les traits m’ont paru parfois un peu grossiers.

En bref, voici une BD qui, par ses problématiques, devrait autant plaire aux enfants qu’aux parents et susciter de beaux échanges intergénérationnels, notamment sur le thème important de l’écologie. Petit bonus, des pages en fin d’ouvrage avec « quelques idées créatives pour s’amuser et se passer d’acheter ».

Le chameau de la bibliothèque, Karine Guiton

Couverture Le Chameau de la bibliothèque

Monsieur Mache n’est pas un chameau comme les autres. Grand amateur de littérature, il passe son temps à emprunter des livres à la bibliothèque.
Oui, mais voilà, il ne rend jamais les ouvrages empruntés !

Le chameau est-il seulement tête ou l’air, ou cache-t-il un véritable secret ?

Didier Jeunesse (7 juillet 2021) – 96 pages – Papier (7,90€)
Illustrations : Laure Du Faÿ

AVIS

Adorant les livres, les bibliothèques et les animaux, le titre et la couverture ont tout de suite attiré mon attention.

Ce roman semble, d’une certaine manière et non sans facétie, interroger le rapport que l’on peut avoir aux livres. Êtes-vous plutôt du genre à les sacraliser et à regarder d’un très mauvais œil les personnes qui leur portent atteinte comme Floris la bibliothécaire, ou êtes-vous plutôt un Monsieur Mache en puissance qui adore lire, mais qui ne s’attache pas outre mesure à l’objet-livre, préférant se focaliser sur le contenu et toutes ces expériences et émotions que les livres offrent aux lecteurs ?

Deux visions des livres opposées qui finissent par s’affronter quand Floris, excédée par les nombreux livres que Monsieur Mache n’a pas rendus sous des prétextes tous plus farfelus les uns que les autres, finit par lui reprendre sa carte de lecteur. Un geste évidemment justifié, le comportement de Monsieur Mache méritant sanction, mais qui ne sera pas sans conséquence, que ce soit pour ce grand lecteur avide de se nourrir l’esprit, ou le club de lecture dont il fait partie, et qui a besoin de son talent d’orateur pour un concours…

Si je me sens une certaine affinité avec notre bibliothécaire girafe qui a du mal à se séparer de livres, j’ai apprécié que l’autrice rappelle que parfois, un tri s’avère indispensable, permettant ainsi de donner sa chance à d’autres ouvrages. Mais on verra qu’ici, le désherbage prend une tout autre dimension. Car en plus de faire du vide, il permettra à deux individus de satisfaire leur amour commun des livres, et de s’assurer qu’ils finissent comme ils ont « vécu » : entre les mains (mais pas que) d’un bibliovore qui en gardera et en portera le souvenir à tout jamais, et ceci grâce à une méthode quelque peu inattendue.

Plein d’humour, ce roman est porté par une galerie de personnages variés, hauts en couleur, et dont les échanges mouvementés ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Si comme moi, vous aimez les romans où les personnages sont des animaux aux caractéristiques propres, mais également très humaines, vous passerez un très bon moment de lecture. Pour ma part, j’ai apprécié les trois protagonistes principaux : notre bibliothécaire stricte et grande protectrice des livres, sa fille Kika pleine d’entrain, et le fameux Monsieur Mache qui a tendance à « oublier » de rendre certains livres…

Il faut dire qu’il a une manière très très originale d’assouvir son appétit littéraire ! Je n’en dirai pas plus puisque découvrir son petit secret fait partie intégrante de l’expérience de lecture, mais la raison de ses petits oublis m’a beaucoup amusée. Elle devrait également bien fonctionner auprès des enfants, tout en croisant les doigts pour qu’il ne leur vienne pas l’idée saugrenue d’imiter un Monsieur Mache qui porte à merveille son nom. La jeune Kika leur offrira, en outre, un personnage auquel s’identifier, sa curiosité, sa gentillesse et sa petite tendance à enfreindre le sacro-saint règlement de sa maman, ainsi que certaines règles, la rendant fort sympathique. Ce personnage permet également aux enfants de comprendre la différence entre les règles qu’il convient de respecter pour le confort des usagers, et celles qu’il est strictement interdit d’outrepasser, sous peine d’être sanctionné.

Quand on aime les livres, il est quasiment impossible de ne pas succomber à cette charmante et quelque peu loufoque histoire qui bénéficie de sympathiques illustrations en couleurs rendant les personnages encore plus dynamiques, réels, vivants et attachants.

En conclusion, ode aux livres et aux lecteurs, ce roman jeunesse amusant et savoureux à souhait offre un très bon moment de divertissement qui enchantera les enfants, et tous les amoureux des livres prêts à faire des rencontres surprenantes, dont l’une qui ne manque ni de mordant ni de panache !

Je remercie Didier jeunesse et Netgalley pour m’avoir permis de lire ce livre en échange de mon avis

Diana princesse des Amazones, Dean Hale, Shannon Hale et Victoria Ying (illustrations)

Couverture Diana princesse des Amazones

À onze ans, Diana mène une vie paisible sur l’île de Themyscira où elle est née, aux côtés d’une mère aimante, la reine Hippolyte, et de ses nombreuses « tantes ».
Mais la petite fille est enfant unique dans ce paradis isolé, au cœur de l’océan, et la solitude commence à lui peser. Pour tromper le temps, la jeune Diana décide alors de suivre l’exemple de sa mère – sans trop y croire – qui la façonna dans la glaise, et de se modeler une amie avec qui elle pourrait vivre et partager les aventures les plus folles. Elle n’aurait jamais imaginé que son rêve puisse devenir réalité.

URBAN COMICS (10 juillet 2020) – 136 pages – 10€

AVIS

Attirée par la couverture et intriguée par l’idée de me plonger dans l’enfance de Diana, la future Wonder Woman, j’ai lu avec curiosité ce comics dont j’ai adoré l’ambiance graphique. Le titre étant destiné à un lectorat assez jeune, Victoria Ying a fait un remarquable travail pour leur en rendre la lecture agréable, douce, attirante, claire et dynamique. La rondeur des traits très enfantine est rehaussée par un travail de colorisation chatoyant et parfaitement maîtrisé, qui donne très envie de tourner les pages que l’on soit enfant ou adulte.

Mais rassurez-vous, si la forme est convaincante, le fond n’est pas en reste, de nombreux thèmes étant abordés : la délicate transition entre deux périodes de la vie quand on est encore trop jeune pour faire certaines choses, et trop âgé pour d’autres, la difficulté de trouver sa place parmi des parents parfois accaparés par des « problèmes d’adulte », l’amitié et les amitiés dysfonctionnelles qui font ressortir le pire chez quelqu’un, la communication, le sens des responsabilités qui implique parfois certains sacrifices, mais qui permet également de se sentir reconnu et en phase avec les autres…

Tous ces thèmes sont abordés à travers Diana, seule enfant élevée sur l’île de Themyscira dont on découvre les décors au fil des pages. Si elle peut profiter d’un cadre idyllique et de la protection de toutes les Amazones, elle ne peut s’empêcher de s’ennuyer. D’une part, elle se sent négligée par sa mère, la reine Hippolyte qui, de par sa fonction, a de lourdes responsabilités et pas beaucoup de temps à lui consacrer. D’autre part, elle a beau aimer ses « tantes », n’avoir personne de son âge avec qui s’amuser et faire des choses un peu fofolles, mais sans conséquence, se révèle pesant. Mais parce que Diana n’est pas du genre à se laisser abattre, elle trouve une solution : façonner une amie à partir de la glaise.

Source : https://www.bedetheque.com/

Contre toute attente, née donc Mona, une amie avec laquelle Diana peut enfin s’amuser, faire les quatre cents coups et jouer des petits tours aux Amazones. La sensation pesante de solitude de Diana laisse alors place à l’exaltation, mais aussi à un certain sentiment d’injustice, les Amazones semblant ne pas la comprendre ni lui prêter attention. Un sentiment d’injustice, devenant envie de révolte, qui sera fortement encouragé par Mona... De fil en aiguille, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur le comportement de cette amie dont les conseils ne nous semblent pas vraiment des plus judicieux et bienveillants.

La relation entre Diana et Mona m’a un peu rappelé celle entre Anya et Emily dans La vie hantée d’Anya, parce que si c’est toujours agréable d’avoir une amie, il faut parfois faire attention à ce que cette amitié ne finisse pas par vous engloutir et vous pousser à devenir une personne que vous n’aimeriez pas être…

Au-delà de cette amitié particulière née de la glaise et du sentiment de solitude de Diana, les lecteurs pourront compter sur des scènes de jeu, les deux fillettes ayant pas mal d’imagination, mais aussi sur des moments d’action, des créatures fort peu sympathiques faisant leur apparition. J’aurais peut-être aimé que les combats durent un peu plus longtemps, mais j’en ai apprécié l’esthétique, et la manière dont ils pousseront Diana à s’émanciper d’une influence néfaste, à prendre confiance en elle et à faire montre de courage.

Je dois, en outre, avouer que si j’avais anticipé une potentielle révélation, je n’en avais pas deviné la teneur. La surprise fut donc bienvenue et appréciée, d’autant qu’elle permet de repenser le récit sous une autre perspective… Il y a également dans ce comics tout un enjeu autour de la relation parent/enfant, et plus particulièrement, mère/fille que j’ai trouvé touchant et qui pourra certainement parler aux enfants, voire aux adolescents. À cet égard, la fin, courte mais percutante, m’a beaucoup touchée, peut-être parce qu’elle rappelle une vérité, mais avec bienveillance et sans jugement de valeur.

En conclusion, Diana Princesse des amazones fut une agréable lecture que ce soit grâce aux magnifiques illustrations de Victoria Ying à la douceur et à la rondeur fort agréables, au cadre idyllique de l’île de Themyscira où vivent les Amazones ou l’histoire de la jeune Diana, future Wonder Woman, en quête d’amitié, de reconnaissance et d’une complicité fille/mère mise à mal par les lourdes responsabilités qui incombent à une reine. Touchant, rythmé et joliment illustré, voici un comics jeunesse que je ne peux que vous recommander.

 

HORROR GAMES – ATTENTION, COLLÈGE ZOMBIE ! de N. M. Zimmermann

 

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Salutation à toi, aventurier !
Bienvenue dans Mythomonsters.

Fais bien attention : tu ne commences pas ici un jeu ordinaire. Dans ce monde virtuel se cache toutes sortes de pièges terrifiants et de créatures effroyables prêtes à attaquer les joueurs imprudents…

Quelle rentrée bizarre pour Zoé et Sébastien ! Tous les élèves de leur nouveau collège jouent à Mythomonsters… sur ordre de leurs professeurs. De vrais zombies ! Alors, quand son frère jumeau se retrouve lui aussi hypnotisé par son écran, Zoé panique…

Play Bac (2 juin 2021) – 120 pages – Papier (8,90€)
Illustrations : Anne Rouvin – À partir de 9 ans

AVIS

Si comme moi, les zombies ne sont pas des créatures auxquelles vous aimez vous frotter, rassurez-vous, ici, le terme zombie est plutôt à prendre au sens figuré. En effet, en intégrant son nouveau collège, Zoé va très vite réaliser que ses nouveaux camarades et ses professeurs se comportent bien plus comme des robots ou des zombies que des êtres vivants friands d’interaction. La faute à un jeu vidéo qui semble tout simplement les obséder, au point que les élèves ne se parlent pas, ne chahutent pas et ne lèvent plus les yeux de leur téléphone ou de leur écran d’ordinateur. Quant aux professeurs, ils ont tout simplement abandonné les cours au profit de films qui leur laissent le temps de jouer. Comme ça, pas de jaloux !

Une situation désagréable pour Zoé qui est déstabilisée par ce collège très bizarre où l’amour de la technologie est poussé à un tel extrême qu’il a dépouillé l’établissement de toute âme humaine. Pire, son propre frère jumeau Sébastien, duquel elle est très proche, semble être déjà tombé sous le charme et l’influence de Mythomonsters, un jeu vidéo intégrant différentes mythologies. Mais cette obsession soudaine et largement partagée pour ce jeu, qui semble hypnotiser ses joueurs, ne cache-t-elle pas quelque chose ?

Cette question se transforme en certitude pour Zoé qui, avec l’aide de la seule autre personne du collège ayant gardé sa lucidité, va tenter d’élucider le mystère autour de Mythomonsters, et de sauver son frère et ses camarades d’un danger dont ils n’ont guère conscience. Un danger à la forme particulière faisant de ses victimes les acteurs de leur propre déchéance !

Sans temps mort et suivant un rythme effréné alternant entre interrogations, dangers et découvertes, ce roman entraîne les lecteurs dans une aventure où le danger des écrans et des jeux vidéo, devenant outils de contrôle, est plus palpable que jamais. Mais je vous rassure, l’autrice ne se lance pas dans un pamphlet sur le sujet mais bien dans un livre de pur divertissement qui permettra à une jeune fille très sérieuse, manquant néanmoins de confiance en elle, de réaliser qu’elle possède toute la force nécessaire, le courage et la pugnacité pour se dresser sur le chemin d’un danger dont elle découvre peu à peu les contours…

À mesure que les pages se tournent, la tension monte crescendo, rendant la lecture particulièrement addictive, d’autant que le style percutant, clair et très fluide de l’autrice incite les lecteurs, jeunes et moins jeunes, à se laisser bercer par son imaginaire. Un imaginaire qui nous conduira jusqu’aux portes de l’enfer ou du moins jusqu’à celles d’un portail qu’on préférerait garder fermé. Je n’en dirai pas plus sur l’intrigue si ce n’est qu’elle m’a rappelé les livres Chair de poule que je dévorais enfant et qui possèdent un charme auquel je suis restée, adulte, très sensible.

Conseillé à partir de 9 ans, ce roman a de très beaux atouts pour convaincre les enfants qui pourront retrouver des problématiques qui leur parlent et facilement s’identifier à Zoé. Une amoureuse de mangas un peu réservée, mais une héroïne qui se découvre face au danger et qui ne baissera jamais les bras, même au plus fort de l’action. Et puis, c’est sympa de voir une collégienne partir à la rescousse non seulement de ses camarades mais aussi d’adultes, tout en découvrant, au passage, la force de l’amitié. Parce qu’il n’y a pas à dire, lutter pour sa survie, ça crée de sacrés liens ! 

Pour ma part, en plus de la courageuse et touchante Zoé, j’ai beaucoup aimé son père, un geek blagueur qui aurait probablement adoré redevenir collégien afin de s’inscrire aux différents cours proposés par le collège : codage, retouche photo, création de vidéos… Le collège Alan-Turing porte particulièrement bien son nom ! Malgré ses dangers, je serais, en outre, curieuse de lancer une petite partie de Mythomonsters, d’autant que si on s’en fie à ce que Zoé découvre en cours d’aventure, je devrais être, comme elle, immunisée…

En conclusion, dans la lignée des Chair de poule que je dévorais enfant, Attention, Collège Zombie ! offre une belle porte d’entrée aux enfants qui aimeraient s’initier doucement à l’horreur, ou une lecture divertissante aux lecteurs qui aiment les histoires dans lesquelles se mêlent héroïnes plus courageuses qu’elles ne le pensent, amitié, tension, mystère, jeux vidéo et ambiance doucement horrifique.

Je remercie les éditions playBac et Babelio de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Les voyages de Lotta : Les renards de feu, Marie Zimmer et Ofride (illustrations)

Le voyage fabuleux de deux sœurs dans les légendes nordiques !

Depuis la mort de sa femme Esther, Olaf, éleveur de rennes en Laponie, vit seul avec ses deux filles de quinze ans, Lotta et Solveig. Bien que jumelles, elles sont pourtant très différentes. Solveig est d’allure très fragile, mutique, enfermée dans son monde et ne communique quasiment pas avec son entourage. Lotta parle pour deux. Dynamique et déterminée, elle est très attachée à sa sœur et la protège contre les éventuels dangers extérieurs.

Lotta veut devenir chamane. Mais une longue et difficile formation attend l’adolescente qui devra affronter plusieurs dangers. Lotta n’espère qu’une chose : entrer en relation avec les esprits et retrouver celui perdu de Solveig. Arrivera-t-elle à mener à bien sa formation ? Et pourra-t-elle ramener facilement l’esprit perdu de sa sœur ?

Jungle édition (22 octobre 2020) – 41 pages – Papier (11,95€)

AVIS

Dans cette BD, nous suivons Lotta, une jeune fille qui aimerait devenir chamane ou noaidekalcko dans la culture samie, quand son père la rêve en éleveuse de rennes. Mais Lotta n’est pas prête à renoncer à son rêve ni à son souhait de retrouver « l’esprit de sa sœur », même si pour cela elle doit défier l’autorité paternelle. Elle profite ainsi des absences de son père pour rendre visite au chamane du village et poursuivre sa formation à ses côtés. Déterminée, courageuse et d’une grande gentillesse avec sa sœur dont elle est très proche, Lotta se révèle également impulsive, obtuse et se laisse encore bien souvent déborder par ses émotions.

Des traits de caractère qui vont rendre son voyage initiatique auprès des esprits des plus mouvementés. Car avant d’obtenir leur aide et de pouvoir s’élever, Lotta va devoir apprendre à gérer ses émotions, ouvrir son cœur et comprendre celui des autres. Une tâche ardue, a fortiori quand un garçon, pas très bon perdant, semble déterminé à l’agacer et que son père semble sourd à son choix de vie. Si Lotta m’a parfois un peu agacée par son incapacité, du moins au début, à se remettre en question, ce qui vu son jeune âge reste compréhensible, je l’ai trouvée également très touchante. Sa force de caractère, conjuguée à sa gentillesse envers sa sœur Solveig, ne peut que susciter admiration et empathie.

Quant à Solveig, c’est une jeune fille souriante, conciliante et profondément gentille qui s’exprime à travers ses magnifiques et très expressifs dessins. Tout dans ses gestes et ses sourires respire la bienveillance et l’envie de soutenir et rendre heureuse sa sœur. Il plane un certain mystère autour de Solveig, notamment sur le fait qu’elle ne parle plus… Mais plus que le mystère qui la rend intrigante, c’est bien l’attachement qui prédomine envers cette jeune fille que j’aurais adoré apprendre à mieux connaître, puisque l’autrice se concentre principalement sur son impétueuse sœur.

On suit ainsi l’aînée dans ses voyages spirituels et son initiation chamanique, dont la progression s’inscrit sur son premier tambour. Ne connaissant rien à la culture samie, j’ai apprécié d’en apprendre plus sur celle-ci et de côtoyer, aux côtés de notre héroïne, le monde des esprits. Un monde avec ses propres règles qu’il convient de respecter sous peine d’être violemment éjecté… Et ce n’est pas Lotta qui vous dira le contraire, la fillette n’étant qu’au début d’un voyage dont chaque étape la rapproche de son objectif.

En plus de l’histoire, l’ambiance graphique m’a subjuguée. J’ai ainsi d’emblée été charmée par la beauté et la luminosité des illustrations qui nous permettent de nous immerger complètement dans les beaux paysages de Norvège, et plus particulièrement du plateau du Finnmark. D’une page à l’autre, on alterne entre les couleurs froides caractéristiques d’un paysage glacé et des teintes parfois plus chaudes et enveloppantes, symbolisant parfaitement la chaleur d’un foyer.

Car ne vous y trompez pas, malgré la tension entre Lotta et son père au sujet de son avenir, cette BD dessine de très beaux liens familiaux, des liens d’abord entre deux sœurs soudées comme les doigts de la main. Puis des liens entre un père et ses deux filles sur lesquelles il veille comme il le peut. On appréciera d’ailleurs que loin du père autoritaire que l’on s’imagine, il soit capable d’évoluer et de réaliser que le plus important reste le bonheur de ses filles, qu’il s’éloigne ou non de son propre mode de vie.

Source : http://www.editions-jungle.com

En bref, alternant entre rêve et réalité, cette BD se pare d’une belle touche de poésie et d’une belle part d’onirisme qui passe autant par les illustrations, que le travail de colorisation, ou les voyages de Lotta dans le monde des esprits. Somptueusement illustré et riche en émotions, voici un ouvrage qui fera rêver petits et grands lecteurs, tout en leur permettant de suivre le destin de deux sœurs liées par une belle et tendre complicité, de celle qui va au-delà des silences pour se concentrer sur la force des émotions et des sentiments. 

Mini-chroniques en pagaille #37 : piraterie, fée et kidnapping !

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Les aventures de Papagayo de Marie-Raymond Farré (Folio)

Couverture Les aventures de Papagayo

Découvert par hasard, ce roman jeunesse a tout de suite attiré mon attention, aimant beaucoup les récits de pirates ! Et je dois dire ne pas avoir été déçue par cette histoire d’amitié trahie, d’île mystérieuse, de carte à dénicher, de trésors fabuleux, de rhum qui coule à flots ou presque… Le tout amené à travers un personnage particulier, le perroquet du célèbre Tom Timothy, la terreur des sept mers.

Un perroquet qui va faire une entrée fracassante dans la taverne de deux jeunes sœurs, Madeleine, et Cathie Mini qui, du haut de ses dix ans, a déjà un caractère bien trempé ! Plus calme, sa sœur aînée possède néanmoins une poigne de fer, ce qui lui sera plus qu’utile pour gérer une taverne accueillant des pirates et autres brigands des mers. Des personnes de mauvaise réputation que Madeleine, en raison de sa grande myopie, prend pour des marins un peu bourrus… En tant que grande myope, j’avoue que la situation m’a amusée, parce que clairement, sans mes lunettes, mon appréhension du monde diffère quelque peu de celle des personnes ayant la chance d’avoir une bonne vue.

L’histoire contée par Papagayo, un perroquet qui, disons-le pudiquement, a de la personnalité, devrait ravir les enfants, mais aussi les adultes appréciant les histoires de pirates et de quêtes au trésor qui ne se terminent pas très bien pour les principaux belligérants. Pour ma part, j’ai apprécié le parallèle amusant entre le jeu de rôle qui conclut les journées éreintantes des deux sœurs, et l’histoire de Tom Timothy et de son meilleur ami. Si la conclusion est, dans les deux cas, la même, les conséquences sont bien différentes, car hélas, l’appât du gain peut venir à bout des plus belles amitiés … même de pirates !

Amusant, rythmé et illustré de manière très expressive et colorée, voici un petit livre jeunesse parfait pour se familiariser avec le monde de la piraterie; ou pour simplement se laisser bercer par les histoires du grand et truculent Papagayo. Un conteur à plumes et à bec haut en couleur !


  • Le gnome qui voulut être fée d’Audrey Alwett (ActuSF) :

Le gnome qui voulut être fée par [Audrey Alwett]

À la recherche d’une nouvelle à lire, j’ai jeté mon dévolu sur Le gnome qui voulut être fée qui se déroule dans l’univers de Poisons de Kartharz que je n’ai pas encore lu.

Sous fond de racisme primaire et de quête d’identité, l’autrice nous dépeint, d’une plume acérée et délicieusement caustique, la rencontre inattendue et plutôt (dés)agréable entre un gnome et une fée. Alors qu’une âme sensée et sensible se serait confondue en remerciements devant un gnome qui a fait fi de la haine ancestrale et viscérale des siens pour lui sauver la vie, notre fée se contente d’empêcher ses amis d’infliger à son sauveur une grosse correction. Après tout, comme un être aussi répugnant a-t-il osé la toucher, elle une fée ?

Notre ingrate est d’autant plus affligée qu’être touchée par le gnome ne lui a finalement peut-être pas tant déplu que cela, et que les autres fées ne peuvent s’empêcher de se gausser de sa mésaventure. Pire, le fils de la reine semble prendre ses distances avec elle, enfin, les prendre encore plus qu’auparavant. Quant à notre gnome, cette expérience n’a fait que renforcer le sentiment de décalage qu’il ressent envers les siens, celui-ci ne se sentant pas à sa place parmi des rustres qui le rejettent, et ont fait de lui, au fil des ans, leur souffre-douleur attitré.

Cette rencontre entre deux « ennemis naturels », est-elle le fruit du hasard et le début d’une nouvelle vie pour nos deux protagonistes, ou faut-il parfois se méfier des conséquences des bonnes actions que l’on peut faire sous le coup de l’émotion ? Parce que si le bien peut se trouver même dans le plus laid des êtres, la vilenie et la cruauté, quant à elles, peuvent très bien se cacher dans le beau et le délicat. Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que j’ai apprécié la chute et son ton qui n’est pas sans rappeler celui des contes d’antan.

Caustique, cruelle et non dénuée d’intelligence, voici une nouvelle que je ne peux que vous conseiller et qui devrait vous donner envie de vous plonger dans les autres écrits de l’autrice.

Nouvelle lue dans la cadre du Projet Ombre et disponible gratuitement sur Amazon.


  • Le kidnapping de Stephen King de Romy Love :

Le Kidnapping de Stephen King par [Romy Love]

Si la couverture ne me plaît pas outre mesure, le titre de cette nouvelle a tout de suite éveillé ma curiosité. Et je dois dire que je ne regrette pas de m’être laissé tenter, l’histoire s’étant révélée truculente à souhait, voire délicieusement décalée.

Que fait un libraire au chômage, à cause du grand méchant internet, qui apprend que l’un des auteurs les plus vendus au monde prend sa retraite ? Vous séchez ? C’est pourtant simple, il s’envole pour les États-Unis et, avec l’aide de son beau-frère, il kidnappe ledit auteur ! C’est sa faute aussi au King des best-sellers, quelle idée de lâcher une bombe comme ça. Heureusement que Blaise n’est pas là, parce que je sens qu’il se serait fait une joie de détourner ma dernière phrase. Malgré son humour au ras des pâquerettes, on apprécie vite la vision très simple et légère de la vie de cet adulte piégé dans un esprit d’enfant.

Quant à notre libraire reconverti en kidnappeur, il va découvrir qu’il y a bien pire que kidnapper un auteur pour l’obliger à écrire un roman… Dans cette nouvelle, l’auteur ne se prend pas au sérieux, et vu le contexte actuel, ça fait un bien fou. Alors, l’humour ne vole pas haut, mais il a bien fonctionné sur moi. On s’amuse sans honte du pétrin dans lequel Romain s’est mis, chose d’autant plus aisée que ce dernier ne manque pas d’un certain esprit d’auto-dérision.

Au-delà de l’humour omniprésent et du côté complètement décalé de l’histoire, j’ai apprécié les multiples références que ce soit aux romans de Stephen King, à une série télé que je n’ai personnellement pas vue, ou à un célèbre conte détourné ici avec brio.

En bref, merci à l’auteur pour cette petite pause pleine d’humour qui m’a permis de me déconnecter du quotidien et qui ne devrait pas manquer de faire sourire les amoureux de Stephen King.

Nouvelle lue dans la cadre du Projet Ombre et disponible gratuitement sur Amazon.

Et vous, connaissez-vous ces titres ?
L’un d’entre eux vous tente-t-il ?

Explorateurs des Galaxies – Tome 1 : Mission Ultra Secrète, Frédérick Maurès

Chaque soir, pendant les vacances d’été, Camille n’en croit pas ses oreilles : son grand-père Jean lui raconte les aventures extraordinaires qu’il a vécues dans sa jeunesse, alors qu’il était pilote junior au Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS).Bien avant la conquête de la Lune par les américains, une équipe d’astronautes français aguerris avait déjà mené de périlleuses missions d’explorations bien au-delà du système solaire, aux confins de l’univers.Mais un jour, plus tôt que prévu, un événement inattendu va entraîner le jeune homme et ses coéquipiers, Ricardo et Stanislas, ainsi que Maya, leur mascotte, dans des aventures spatiales inouïes, au cours desquelles ils vont découvrir des mondes inconnus, d’étranges planètes, des êtres bizarres et des phénomènes extraordinaires.Au péril de sa vie, Jean aura à cœur de mener à bien sa première mission ultra secrète.

Explorateurs des Galaxies – Mission Ultra Secrète » est le 1er tome d’une trilogie de science-fiction pour les jeunes lecteurs de 9 à 13 ans. Le récit trépidant, outre sa nature romanesque, aborde des thèmes universels tels que le sens de l’honneur, la solidarité ou l’abnégation.

Auto-édition ( (9 mars 2021)– 128 pages – Papier (9,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Le résumé m’ayant intriguée, j’ai accepté avec plaisir la proposition de l’auteur de me plonger dans le premier tome de sa trilogie de science-fiction destinée aux lecteurs à partir de 9 ans. Et si tout est mis en place pour rendre la lecture accessible à ce jeune public, les adultes passeront également un très bon moment en compagnie de Jean, de son petit-fils de 10 ans, Camille, et de tous les protagonistes intervenant dans cette épopée de l’espace.

J’ai tout d’abord beaucoup apprécié l’idée de l’auteur de nous narrer son histoire par le biais d’un grand-père qui raconte ses exploits de jeunesse à son petit-fils. Ayant été très proche de mon grand-père, ces moments de partage, de connivence, de complicité et de confidence m’ont personnellement beaucoup touchée en plus de me passionner. J’aime à croire qu’il en a été de même pour Camille qui s’est révélé être un auditeur particulièrement curieux, attentif et impliqué, n’hésitant pas à interrompre son papi pour lui poser des questions et lui faire préciser certains points.

Il faut dire que ce que nous raconte Jean est particulièrement surprenant et incroyable, ce dernier ayant vécu des péripéties dignes des plus grands explorateurs… de l’espace ! Il a ainsi été impliqué dès son dixième anniversaire dans un secret jalousement gardé, un secret qui nous pousse à reconsidérer la conquête spatiale telle qu’elle est enseignée dans les livres d’histoire. Et si, ce n’était pas Neil Armstrong qui avait posé le premier pas sur la lune en 1969 ? Et si, la planète Mars n’était finalement pas si inaccessible à l’homme que cela, du moins autrement qu’à travers des sondes et des robots ?

Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié l’immersion au sein du Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS) et d’en appréhender les réussites, les missions et les technologies. Un centre auquel va être lié Jean par l’entremise de son père, un centre qui va changer sa vie à jamais, un centre qui va lui faire rencontrer différentes personnes, mais aussi des créatures plus ou moins sympathiques et accueillantes, mais surtout un centre qui va le conduire à vivre de dangereuses et incroyables aventures dans l’espace !

Voguant de planète en planète pour une mission de sauvetage, accompagné de Stan, Ricardo et de la très attachante chienne Maya, Jean va ainsi avoir l’occasion de prouver sa bravoure, son sens du sacrifice, son esprit de coopération et d’initiative ! Des qualités qui rendent le personnage très attachant, tout comme le fait de le découvrir à différentes étapes de sa vie : enfant, jeune adulte et grand-père !

Au-delà du personnage, je ne doute pas que les enfants et les adultes, amateurs d’astronomie ou non, prennent un immense plaisir à se laisser emporter par toutes ces aventures menées tambour battant, puisque nos personnages n’ont guère le temps de se reposer sur leurs lauriers. Après une première phase de découverte, le roman prend son envol et devient véritablement haletant. Il se passe, en effet, toujours quelque chose, et l’on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour les personnages, mais aussi d’être passionnés par leurs (més)aventures, desquelles ils sortent la tête haute, parfois le ventre en vrac, et l’esprit toujours aussi déterminé à réussir leur mission. Il faut dire que Jean a une motivation toute personnelle.

Ce premier tome, bien qu’abordant un épisode imaginaire de notre histoire, ne manquera pas de vous parler, puisqu’on y évoque très brièvement une pandémie et sa gestion catastrophique. Une gestion qui met en avant les conséquences néfastes d’un manque de solidarité et de concertation, poussant des individus à gérer localement un problème pourtant global. Les humains que nous sommes peuvent au moins se rassurer sur un point : même des nations extraterrestres peuvent se laisser prendre au piège du chacun pour soi.

Quant à la plume de l’auteur, elle est très agréable tout en demeurant accessible à un jeune lectorat, ce qui rend la lecture fort sympathique, et permet éventuellement de se lancer dans une lecture commune enfant/adulte. L’alternance de chapitres courts et dynamiques facilite, en outre, l’immersion dans le récit, comme le côté très vivant des récits de Jean. Au gré des pages, il se noue d’ailleurs une sorte de connivence entre ce grand-père, ancien explorateur de l’histoire et conteur émérite, et les lecteurs…

En conclusion, Mission Ultra Secrète est un roman qui devrait ravir les lecteurs, jeunes et moins jeunes, passionnés par l’espace et l’idée d’en explorer les secrets, mais aussi les lecteurs simplement en quête d’aventures rythmées qui les tiennent en haleine, et qui leur offrent des sensations fortes en même temps qu’une bonne dose d’action. Explorer la galaxie n’aura jamais semblé aussi accessible qu’avec Jean, un grand-père décidément très doué pour redonner vie au passé, et nous plonger avec force dans ses souvenirs. Et quels souvenirs !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.