Lebenstunnel, Tome 1 : Allégeance, Oxanna Hope

J’ai lu Lebenstunnel publié aux éditions Rebelle dans le cadre du Prix des auteurs inconnus.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Et si le dénouement de la Seconde Guerre mondiale n’était pas celui que l’on connaissait ?
200 ans après la victoire d’Hitler, Germania n’est plus un mythe. La race aryenne tant espérée par le Führer domine le monde et toutes les autres ethnies ont été éradiquées de la planète. Krista, jeune Aryenne, travaille dans un Lebensborn. Elle a été élevée dans le moule de la race pure et ne connaît que ce mode de vie, jusqu’au jour où elle suit malgré elle une femme dans les égouts de la ville. Ce qu’elle y découvre va ébranler toutes ses convictions et peut remettre en question le fonctionnement même du monde dans lequel elle vit.

AVIS

J’ai beaucoup aimé Lebenstunnel, mais ce ne fut pas le coup de cœur que j’espérais. Il faut dire que vu les avis dithyrambiques que j’en ai lu, mon niveau d’attente était très élevé… Or, il y a un élément qui ne m’a pas permis d’être totalement transportée par cette histoire pourtant haletante et immersive : la romance. A l’image de la plupart de celles que l’on retrouve dans les livres Young Adult, elle m’a semblé bien trop clichée et rapide pour être crédible. Une jeune femme dont la vie est soudainement bouleversée tombe immédiatement, ou presque, sous le charme d’un jeune homme qui est pourtant supposé être son ennemi… Je concèderai néanmoins qu’en faisant garder une certaine réserve à ces deux amoureux, l’auteure a su éviter les scènes trop fleur bleue.

Malgré la romance, j’ai adoré l’univers particulièrement bien soigné et complètement glaçant qu’a su créer l’autrice. Elle nous transporte ainsi dans Germania, cette ville construite à l’image d’Hitler qui a remporté la Seconde Guerre mondiale. Deux cents après sa victoire, la race aryenne est comme il l’a toujours rêvée : dominatrice, froide et guidée par d’abominables principes pouvant se résumer à la destruction de la différence. C’est dans ce contexte que Krista, aide-soignante dans une maternité, a été éduquée. Mais contrairement aux autres individus de son peuple, elle ne peut s’empêcher de faire preuve d’empathie notamment envers tous ces bébés qui passent entre ses mains et qui ne rentrent pas dans les cases…  Et c’est cette capacité à ressentir des émotions qui va, pour son plus grand désarroi, la conduire dans un monde dont elle n’aurait jamais soupçonné l’existence.

Un monde ayant pris vie sous terre afin de se protéger de la barbarie nazie, un monde composé d’un peuple censé être disparu, un monde qui n’accepte pas la présence de cette Aryenne aux cheveux blonds et aux yeux bleus si caractéristiques de sa race… Violentée, rejetée et considérée avec mépris, Krista va passer par différents stades d’émotions : peur, colère, sentiment de révolte et d’injustice, peine à l’idée de ne plus jamais retrouver sa vie d’avant, mais aussi, étonnement devant ce peuple qui a été capable de se cacher durant deux cents ans. À ce maelström d’émotions, se mêlent des sentiments plus ambivalents d’attirance et de répulsion, d’amour et de haine pour Élias, un jeune homme courageux qui ne la laisse pas indifférente.

Si l’histoire d’amour m’a bien souvent poussée à faire les gros yeux, j’ai néanmoins apprécié cette fille qui, petit à petit, se pose des questions sur sa vie d’avant, sur ce qu’elle pensait savoir, sur ce qui est juste ou non… Alors qu’elle aurait pu se morfondre ou, à l’inverse, se cacher derrière un masque d’impassibilité très aryen, elle prend le risque de se dévoiler, de poser des questions, d’essayer de comprendre ce peuple différent du sien qui ne lui fait pas de cadeaux. Ceci est d’autant plus remarquable qu’élevée dans les principes du nazisme, cela n’a rien de naturel pour Krista et dénote chez elle une grande force de caractère et un certain courage. Quant à Élias, il semble un peu plus ouvert que les autres membres de ce peuple qui vit caché. Il accepte ainsi de ne pas juger Krista sur sa seule appartenance à la race aryenne, mais plutôt sur ses actes. Une ouverture d’esprit qui facilitera le rapprochement entre les deux jeunes gens et qui les aidera tous les deux à évoluer jusqu’à les pousser à prendre, chacun de leur côté, une décision qui changera le cours de leur vie.

Au-delà des protagonistes, j’ai beaucoup apprécié de découvrir la manière dont est organisée la vie dans ce monde souterrain qui a su rester invisible aux yeux des nazis. On sent d’ailleurs un vrai sens du détail de la part de l’auteure qui a su nous offrir un monde sans fausses notes qui nous apparaît alors très crédible. Un réalisme qui ne peut que susciter admiration devant l’ingéniosité de ce peuple rescapé de l’horreur et effroi à l’idée de cette vie sans soleil, de cette vie cloîtrée dans un environnement hostile…

Même si Oxanna Hope a pris le temps de poser le décor, elle a réussi à rendre son récit très rythmé. Il se passe ainsi toujours quelque chose, et en général, quelque chose qui vous tient en haleine et qui vous enferme dans une bulle d’appréhension et d’angoisse. Je me suis donc souvent retrouvée dans cette situation paradoxale où j’avais très envie de lire la suite tout en y allant à reculons de peur qu’il n’arrive malheur aux personnages. Alors si vous aimez les récits menés tambour battant et enchaînant les rebondissements, vous allez être servis. À cet égard, la révélation finale et la fin en elle-même m’ont prise de court puisque je n’avais pas imaginé que les choses prendraient cette direction.

Quant à la plume de l’auteure, fluide et immersive, elle sert à merveille ce récit qui, derrière le couvert d’un monde imaginaire, nous permet de réfléchir à différents sujets durs et hélas bien réels : l’intolérance et ce rejet viscéral de la différence, la peur de l’autre, la manipulation et l’endoctrinement, l’obéissance aveugle à l’autorité, la haine qui s’insinue insidieusement en chacun poussant les victimes à agir comme leurs bourreaux…. Des thèmes qui, en étant abordés avec intelligence et sans lourdeur, donnent une tout autre dimension à ce roman.

En conclusion, Oxanna Hope, d’une plume acérée et immersive, a su créer un monde alternatif effrayant qui aurait pu, dans une certaine mesure, devenir le nôtre. À travers cette histoire imaginaire, elle soulève des thèmes difficiles qui sont toujours d’actualité et qui ne pourront que vous faire réfléchir. Trahison, tension, suspense, action, émotions, personnages forts et attachants… Voilà un cocktail explosif qui résume en quelques mots les raisons pour lesquelles je ne peux que vous conseiller de vous jeter sur ce roman.

N’hésitez pas à lire les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.

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Le Passageur : Le coq et l’enfant, Andoryss (Lynks éditions)

Aucun texte alternatif disponible.

Je remercie les éditions Lynks qui m’ont permis de découvrir Le Passageur, le coq et l’enfant d’Andoryss.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Matéo n’aurait jamais dû hériter du don de sa mère.
Il n’aurait jamais dû entendre les pleurs des fantômes.
Désormais, il n’a d’autre choix qu’accepter son héritage… ou sombrer dans la folie !

C’est au temps de la Commune, au milieu des horreurs de la semaine sanglante, qu’il débute son apprentissage…

Matéo Soler sait que les fantômes existent. Il le sait parce que sa mère en a aidé des dizaines à trouver le repos, jusqu’à ce qu’elle-même meure, des années auparavant. Ce que le jeune garçon ne pouvait pas deviner, par contre, c’est qu’il hériterait de son pouvoir. Devenu Passageur à son tour, le voilà contraint de lutter contre un trushal odji, une âme affamée. Pour s’en libérer, Matéo n’a d’autre choix que de rejoindre l’âme dans son époque d’origine afin d’y apaiser sa mort. Mais alors qu’il est propulsé au temps de la Commune et au milieu des horreurs de la semaine sanglante, il comprend que sa tâche ne sera pas si facile…

  • Broché: 283 pages
  • Editeur : Lynks (16 mai 2018)
  • Prix : 15.90€

AVIS

Je tiens tout d’abord à souligner le soin apporté au travail d’édition : une couverture à effet qui rend la prise en main du livre très agréable, des dorures, des ornements présents dans le livre, une couverture aussi belle qu’effrayante et intrigante… Difficile de passer devant les étalages d’une librairie sans s’arrêter devant ce très bel ouvrage !

Matéo est un lycéen qui mène une vie assez difficile : pris en étau entre la haine de son père et celle des brutes de son lycée, seuls le soutien et l’amour de son frère aîné, Diego et de sa petite sœur, Luisa, lui offrent une bouffée d’oxygène. Le jeune homme subit également le rejet et la méfiance dus aux préjugés que les gens ont envers les Roms, communauté à laquelle, de par ses origines, il appartient. Et ceci même si son père a tout fait pour couper sa famille de ses racines depuis le décès de sa femme…

À tous ces problèmes bien trop humains, vient s’ajouter un problème d’ordre surnaturel. Matéo découvre, à son plus grand désespoir, que comme sa mère, c’est un Passageur ! Chose dont il se serait bien passé d’autant que ce don ne se transmettant en théorie qu’aux femmes, sa mère ne lui a jamais vraiment donné le mode d’emploi. C’est donc accompagné du fantôme d’une mystérieuse jeune fille qu’il va devoir comprendre ce qui empêche l’âme affamée qui l’appelle de trouver le repos.

Appréciant la mythologie grecque, j’ai tout de suite été séduite par la référence à Charon et par l’idée de l’autrice de faire voyager son héros à travers les voiles du temps. Afin d’apaiser le fantôme, Matéo va ainsi faire des allers-retours entre le présent et le passé, au temps de la Commune. Ayant lu il y a quelques mois Blanche d’Hervé Jubert qui aborde cette tentative insurrectionnelle qui sera réprimée dans le sang, cette période ne m’était pas inconnue… Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier cette petite incursion dans un épisode peu connu de notre histoire d’autant qu’on sent chez l’auteure un vrai sens du détail et un vrai travail de recherche historique. Cela nous permet de nous immerger facilement et totalement dans les rues de ce Paris à feu et à sang. Un Paris dans lequel vous rencontrerez une figure historique qui devrait parler à pas mal de lecteurs, Louise Michel.

En plus de l’intérêt historique, ces voyages dans le passé se révéleront intéressants dans la mesure où ils permettront à notre héros de progresser dans son enquête et donc de découvrir ce qui empêche le fantôme de rejoindre le monde des morts. Si nous ne sommes pas dans un Sherlock Holmes, j’ai pris plaisir à voir les différentes pièces du puzzle se mettre progressivement en place. Je ne peux pas vous en dire plus sous peine de vous spoiler, mais j’ai trouvé l’histoire de cette entité très touchante. Bien que le passé ne puisse être changé, je n’ai pas pu m’empêcher d’espérer une autre issue…

Au cours de ces voyages temporels, Matéo fera différentes rencontres dont celle d’un garçon fort courageux et débrouillard que j’ai quitté à regret. D’ailleurs, l’un des points forts de ce roman est la galerie de personnages proposée. On suit principalement Matéo dans son apprentissage du rôle de Passageur, mais l’on rencontre aussi d’autres personnes qui l’aideront et qui se révéleront plus ou moins attachantes. À commencer par le grand frère de Matéo qui veille sur lui et sur Luisa comme une poule sur son œuf. Il n’hésite pas à s’opposer à son père qui traite de manière cruelle Matéo l’accusant de la mort de sa femme et de son autre fille. Quant à Luisa, intelligente, si ce n’est brillante, elle est peu présente dans le récit, mais on sent émaner d’elle une grande bienveillance qui contrebalance un peu la méchanceté paternelle entièrement dirigée sur notre Passageur. J’espère que dans le ou les prochains tomes, Luisa prendra un peu plus de place, car je ne doute pas que ce personnage puisse réserver quelques surprises.

Et puis, bien sûr, il y a Matéo. Un jeune homme traité injustement par son père et par la plupart de ses professeurs ou des personnes qu’il rencontre comme si ses racines étaient une infamie en soi. J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à supporter le racisme dont il est victime, une constante à travers les époques d’ailleurs ! Comme quoi la bêtise humaine traverse le temps. L’auteure ne nous propose pas un plaidoyer antiracisme, mais nul doute qu’à travers cette histoire, les lecteurs devraient avoir une pensée pour la communauté Rom et la manière dont elle est traitée actuellement…

Très attachant et courageux, Matéo n’en demeure pas moins un adolescent de dix-sept ans que ses pouvoirs surnaturels effraient voire terrorisent. Car aider les âmes en peine à trouver le repos n’est pas une option pour lui ; c’est une question de vie ou de mort. Pour ne pas sombrer dans la folie, il va donc devoir apprendre à se faire confiance et à trouver la force en lui pour mener à bien cette mission qui ne lui laisse pas le droit à l’erreur. Et cette force intérieure, elle prendra une forme à laquelle je ne m’étais pas attendue !

L’auteure nous réserve ainsi une révélation finale étonnante qui nous montre qu’elle a su habilement détourner notre attention grâce à un rythme effréné et une tension insidieuse présente tout au long de la lecture. Ce n’est donc qu’en fin de lecture que l’auteure aborde un point que finalement, pris dans le feu de l’action, on avait quelque peu mis de côté. La révélation, en plus d’être surprenante, soulève quelques interrogations quant au futur de Matéo et nous laisse espérer un ou plusieurs autres tomes. Je vous rassure, le roman se suffit à lui-même et peut être lu seul, mais l’autrice laisse la porte ouverte à d’autres aventures, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Je retrouverai, en effet, avec plaisir Matéo et sa famille (enfin, si le père pouvait disparaître du paysage, je n’en serais pas attristée) dans d’autres tomes. En plus de m’être attachée aux personnages et d’avoir fortement apprécié la mythologie autour de la fonction de Passageur, j’ai été séduite par la plume d’Andoryss. Fluide, immersif et rythmé, son style est un régal surtout si, comme moi, vous appréciez les plumes à la finesse et à la poésie enchanteresses.

Enfin, je préfère signaler, pour éviter toute déconvenue, que si la couverture peut faire froid dans le dos avec un côté très film d’horreur, le récit ne tombe jamais dans l’horrifique. Cela permettra donc aux lecteurs facilement impressionnables de se lancer dans ce roman sans trop de craintes. Par contre, si vous êtes en quête d’une histoire de fantômes à vous faire dresser les cheveux sur la tête, Le Passageur n’est peut-être pas fait pour vous…

En conclusion, ayant craqué sur la couverture et le résumé, j’avais de grandes attentes pour ce roman et je dois dire qu’elles ont été plus que comblées. En nous proposant un personnage attachant autour duquel plane une aura de danger et en veillant à nous offrir un récit mené tambour battant, l’auteure captive le lecteur dès les premières pages. Si on ajoute à cela un style d’une grande finesse et une capacité à construire une histoire riche et complexe dont les fils se dévoilent progressivement sous nos yeux, on obtient un roman captivant dont il est bien difficile de se détacher.

Et vous, envie de découvrir Le Passageur ? Retrouvez le roman sur le site des éditions Lynks.

Parles-tu chocolat ? Cas Lester

Je remercie Livraddict et les éditions Castelmore pour m’avoir permis de découvrir Parles-tu chocolat ? de Cas Lester.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vraie langue de l’amitié est le chocolat  !

Quand Nadima, une nouvelle élève, arrive dans son école, Jaz est ravie. Elle a enfin quelqu’un à côté de qui s’asseoir en classe. Le seul problème est que Nadima ne parle pas un mot d’anglais. Mais Jaz n’est pas du genre à se laisser abattre. Elle trouve vite comment briser la glace : grâce à quelques carrés de chocolat  ! Ainsi commence une belle amitié. Celle-ci ne sera pas épargnée par les épreuves, mais elle sera pleine de rires, d’aventures… et de quelques tonnes de chocolat  !

  • Broché: 320 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Editeur : Castelmore (14 mars 2018)
  • Prix : 10,90€
  • Autre format : ebook

AVIS

Une jolie couverture et le mot chocolat dans le titre ? Il n’en fallait pas plus pour me donner envie de me plonger dans ce roman jeunesse qui m’a très agréablement surprise. J’ai, en effet, adoré la délicatesse et la retenue avec laquelle l’auteure a su aborder un thème plutôt difficile notamment pour des enfants : la question des réfugiés. Et pour ce faire, elle ne s’est pas perdue dans une histoire larmoyante, mais s’est inspirée d’un reportage mettant en scène deux jeunes filles ne parlant pas la même langue, mais désirant ardemment devenir amies. Et si je n’ai pas vu ce reportage, je ne peux que saluer l’initiative de l’auteure de s’inspirer de cette histoire pour nous offrir un récit plein de sensibilité !

Nous découvrons ainsi Jaz, une jeune fille dyslexique très gentille, mais qui a tendance à agir avant de réfléchir, et Nadima, une réfugiée d’un pays que je vous laisserai découvrir bien que l’actualité rend la chose assez aisée. Nadima, arrivée en Angleterre avec sa famille pour fuir la guerre, se retrouve parachutée dans un collège alors qu’elle ne parle pas bien l’anglais. Elle va, fort heureusement, se lier d’amitié avec Jaz qui, à défaut de partager la même langue, possède le même amour du chocolat… La gourmandise, un langage universel ?

Les deux jeunes filles vont apprendre à se connaître à mesure qu’elles développent leurs propres moyens de communication : sms avec émoticônes, gestes, traducteur google facétieux… Comprenant de mieux en mieux sa nouvelle amie avec laquelle s’installe une réelle complicité, Jaz va, progressivement, se faire en quelque sorte sa traductrice auprès de leurs autres petits camarades qui se montrent un peu moins prompts à aller vers Nadima. Il n’y a aucune hostilité de leur part, mais ils n’ont pas forcément la curiosité ou l’envie de parler à cette nouvelle qui a du mal à s’exprimer. Il faut dire qu’en tant que collégien, chacun est déjà bien occupé par sa vie…

Comme dans toute relation amicale, il y aura des rires, des bons moments, mais aussi des disputes et des moments d’incompréhension notamment en raison des différences culturelles ou du passé de Nadima qui la contraint à se montrer bien plus prudente qu’une jeune fille de son âge. Jaz va donc parfois mettre son amie dans l’embarras voire en colère. Il faut dire que son sens de l’empathie et de la justice vont la pousser à plusieurs reprises à se conduire de manière impulsive sans prendre en considération les conséquences de ses actes ni pour elle ni pour les autres… Mais comme son amie, on lui pardonnera assez vite ses emportements, chacune de ses actions, même les plus irréfléchies, partant toujours d’une bonne intention.

Malgré les tensions et les disputes dues au caractère peut-être un peu trop entier de Jaz, Nadima et cette dernière finiront toujours par se réconcilier et par partager de beaux moments de rires et de complicité. Et c’est ce qui fait le charme de ce roman, l’auteure nous montrant que malgré toutes les atrocités que Nadima et sa famille ont vécues, celle-ci demeure une jeune fille comme les autres qui aime s’amuser avec ses ami(e)s, manger des friandises, si possible au chocolat, et porter un bracelet avec l’indication Best Friends Forever…

Quant aux atrocités vécues par Nadima, l’autrice a veillé à nous les laisser les découvrir de manière progressive et sans jamais tomber dans la surenchère de détails. L’auteure aborde donc le thème de la guerre et des réfugiés de manière assez délicate pour que son message invitant à l’entraide et à la tolérance puisse être accueilli par tous. A cet égard, la prestation de Nadima et de Jaz dans leur cours de théâtre est très émouvante, Nadima racontant SON histoire grâce à des photos et des bruitages. Un procédé simple qui pourtant sera chargé en émotions au point, je le confesserai, de m’avoir fait verser quelques larmes. À travers cette scène, on prend la mesure de toute l’horreur de ce qu’a vécu Nadima, sa famille et toutes ces personnes qui vivent, jour après jour, sous les bombes, les tirs et la peur permanente de mourir ou de voir ses proches périr… Ce passage est d’autant plus marquant que d’ordinaire, Nadima se montre peu encline à s’épancher, hors de son cercle familial, sur les douleurs du passé…

La seule chose qui m’a un peu étonnée et qui reste finalement anecdotique au regard du vrai message de ce roman est le fait que l’on envoie une enfant dans un collège alors qu’elle ne maîtrise pas suffisamment la langue pour suivre les cours... Alors je ne sais pas si dans la vraie vie Nadima aurait pu s’en sortir aussi bien, mais cette immersion parmi d’autres jeunes Anglais se révèle une bonne chose puisqu’elle permettra à la jeune fille de rencontrer des amis et de faire de prodigieux progrès dans la langue de Shakespeare.

J’ai d’ailleurs beaucoup aimé suivre son apprentissage de l’anglais et ai été admirative de sa volonté de progresser d’autant que ses efforts la rapprochent de Jaz qui, en tant que dyslexique, doit s’adapter en permanence pour écrire et lire dans sa langue maternelle. La dyslexie n’est pas le fond du livre, mais je trouve néanmoins intéressante la manière dont l’auteure a su parler de ce thème. Loin de se morfondre, Jaz a ainsi appris des tactiques pour pallier ses difficultés et puis, elle n’est pas mécontente d’appartenir au club des dyslexiques, certains ayant très bien réussi leur vie. Nadima va, en outre, vite comprendre que son amie a ses propres difficultés avec l’anglais et volera parfois à son secours. Une entraide à double sens qui rend leur histoire d’amitié encore plus touchante….

Le livre fait environ 300 pages, mais il se lit très vite, ce qui s’explique par une police de caractère plutôt grande, un texte aéré, mais surtout la plume de l’auteure qui est d’une grande fluidité. Sans se perdre en longues descriptions, elle invite le lecteur à se plonger dans son récit comme on se jetterait sur une tablette de chocolat. L’auteure a également ce côté chaleureux qui vous donne l’impression de lire l’histoire d’une amie ou des enfants d’une amie. Il n’y a absolument aucune distance entre nous et les personnages, ce qui rend la lecture immersive et surtout très naturelle. Alors le roman est destiné aux enfants, et cela se ressent dans le caractère peut-être un peu enfantin de certains passages (chamailleries, jalousie entre amies…), mais il serait dommage de passer à côté de ce récit qui prouve que derrière une certaine légèreté, un roman jeunesse peut divertir tout en faisant réfléchir son lectorat.

En conclusion, à travers la rencontre de deux jeunes filles que tout oppose, Cas Lester signe ici une très belle histoire d’amitié transcendant les différences linguistiques, religieuses et culturelles. Mais de toute manière, existe-t-il quelque chose qui ne puisse être surmonté par une tablette de chocolat, une bonne dose de tolérance, d’ouverture d’esprit et de solidarité ? À la lecture de ce roman, vous ne pourrez que répondre par la négative et saluer le travail de sensibilisation de l’auteure sur la question des réfugiés et des conséquences de la guerre. Un roman que je recommande donc à tout le monde !

Découvrez l’auteure lire un petit passage de son roman (vidéo en anglais).

Et vous, envie de découvrir Parles-tu chocolat ?

Araminta Spookie – Tome 1 : Ma maison hantée, Angie Sage

Quand j’ai découvert le thème du Challenge Lire en thème de mai, lire un livre dont le nom de l’auteur commence par S, j’ai tout de suite pensé à ce roman dont la couverture m’a complètement fait craquer.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une dose de famille Adams, une pincée de Petit Nicolas, et une cuillerée de Fifi Brindacier: un mélange détonant nommé Araminta Spookie !

Araminta Spookie habite une maison biscornue avec sa tante Tabby, une femme très sèche et aimante, et son Oncle Drac, éleveur de chauves-souris. Araminta voudrait que sa maison soit hantée et elle passe son temps à rechercher d’éventuels fantômes, des loups-garous et autres vampires. Elle possède des panoplies en tout genre pour mener ces chasses incongrues, mais pour l’instant, en vain. Tante Tabby, fatiguée de réparer inlassablement la chaudière, décide de vendre la maison. De plans complètement loufoques en embuscades colossales et drôles, nous suivons la lutte d’Araminta, prête à tout pour garder sa drôle de maison.

  • Relié: 160 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Editeur : Nathan (3 avril 2008)
  • Prix : 9.90€

AVIS

Araminta coulait des jours heureux avec sa tante Tabby qui aime à se battre avec la chaudière et son oncle, amateur de chauve-souris dans l’âme, jusqu’à ce que sa tante lui annonce son intention de vendre la maison. Hors de question pour la jeune fille qui aime sa maison hantée, bien qu’elle n’y ait encore jamais vu de fantômes, de partir de chez elle ! Elle va donc tout mettre en œuvre pour faire fuir les agents immobiliers et les potentiels acheteurs.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune fille a beaucoup d’imagination et de la suite dans les idées. C’est donc avec plaisir qu’on la suit dans ses aventures consistant notamment à se déguiser en fantôme ou à réunir le maximum d’ingrédients bien dégoûtants et gluants, et à les envoyer depuis un endroit stratégique sur les visiteurs. Deux stratégies efficaces puisque la plupart d’entre eux fuient la maison « hantée » sans se retourner, mais ça c’était avant de tomber sur des acheteurs plutôt étranges…

Bien que polissonne, il est difficile de ne pas s’attacher à Araminta même si elle se montre assez pénible avec sa tante, déjouant tous ses plans pour rendre la maison la plus attractive possible. En plus d’avoir des idées farfelues et une imagination débordante, elle est plutôt amusante, voire impertinente, puisqu’elle n’a pas vraiment la langue dans sa poche. Alors même qu’on devrait être du côté de la tante, la seule adulte responsable du livre, on ne peut donc pas s’empêcher de souhaiter bonne chance à la jeune fille dans ses tentatives de faire capoter le projet de vente.

Elle va d’ailleurs trouver un soutien quelque peu inattendu dans cette entreprise, mais je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que la maison hantée qui n’est pas hantée est peut-être finalement bien soumise à des forces surnaturelles… Pour en apprendre plus, il vous faudra vous plonger dans cette petite lecture jeunesse qui devrait faire sourire les enfants et les adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. L’histoire est toute mignonne et plutôt enfantine, mais en gardant cela en tête, un adulte pourra, en effet, savourer les péripéties d’une jeune fille têtue, mais amusante. Certains enfants pourront également se retrouver dans cette héroïne qui ne veut pas déménager, un déménagement pouvant être une étape assez difficile dans la vie d’un enfant.

À noter que le roman est agrémenté d’illustrations en noir et blanc ce qui en facilitera la lecture pour les enfants tout en leur permettant de s’immerger encore un peu plus dans ce récit mené tambour battant. Les idées, ou plutôt bêtises d’Araminta, s’enchaînent, en effet, à une vitesse folle, ce qui assure un rythme de lecture rapide que l’on soit petit ou grand. Quant à la plume de l’auteure, elle est efficace avec ce qu’il faut de rythme, d’humour et de concision pour happer l’attention des jeunes lecteurs dès les premières pages.

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La fin, avec ses deux petits retournements de situation, m’a bien plu. Elle a le mérite de montrer qu’il faut parfois apprendre à lire entre les lignes, les apparences pouvant être trompeuses, et que l’amitié peut frapper quand on s’y attend le moins. Le final promet également de nouvelles péripéties riches en actions et, probablement, en bêtises !

En conclusion, Araminta Spookie est une jeune héroïne que j’ai pris grand plaisir à découvrir. Amusante et attachante, nul doute que sa personnalité hors norme et son amour des fantômes sauront séduire les jeunes lecteurs et, peut-être, leurs parents à condition que le côté enfantin de la narration et de l’histoire ne les gêne pas. Pour ma part, c’est exactement le genre de petits romans que j’aime lire entre deux lectures plus sérieuses. Je continuerai donc la série avec plaisir d’autant que Nathan a fait un très joli travail d’édition.

Et vous, envie de feuilleter ou de découvrir Araminta Spookie ? Visitez le site des éditions Nathan.

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Dessine-moi… Ton monde idéal, Victor de Coster

Dessine-moi... ton monde idéal par De Coster

Je remercie Les Éditions du rêve pour m’avoir permis de découvrir Dessine-moi… Ton monde idéal.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Nous avons posé la question à des bouts de choux rencontrés dans toute la France, âgés de 5 à 9 ans. Les réponses fusent, sans détour, comme seuls des enfants savent le faire. Étonnantes, drôles, créatives, responsables, inattendues, matures… elles sont surtout très imagées. Grâce à ces mots ainsi recueillis, et uniquement grâce à ces mots, nous avons dessiné leur monde idéal. Le monde tel que le rêvent ceux qui le porteront demain. Ce livre garde toute la légèreté –et l’humour –d’une parfaite histoire du soir. Mais il est également, et bien évidemment, plein de sens.

  • Éditeur : Éditions du Rêve (8 mars 2018)
  • Prix : 7 euros

 

AVIS

J’ai tout de suite trouvé l’idée de demander à des enfants âgés de 5 à 9 ans de nous décrire leur monde idéal originale et surtout intéressante dans la mesure où il est rare de leur donner la parole sur ce genre de questions, que ce soit dans la vie courante ou en littérature. Je salue donc l’initiative de la maison d’édition et de l’auteur.

Le fond…

Alors que je m’étais attendue à des propos assez loufoques ou du moins, centrés sur leurs centres d’intérêt, les enfants abordent régulièrement des thèmes « sérieux » qui montrent une véritable prise en compte des enjeux de société : écologie et pollution (deux thèmes très présents), cause animale, solidarité, racisme, terrorisme… J’ai également été marquée par ce souci de la paix, et une volonté de vivre dans un monde où les relations entre les individus seraient pacifiées.

Derrière ces considérations sérieuses, les enfants évoquent également des thèmes plus légers comme le sport, les jeux, les voyages, l’amitié, la famille, l’alimentation qui semble être un domaine pour lequel les goûts sont très disparates entre amateurs de plats équilibrés et amoureux de junk-food…

Au fil de ma lecture, certains propos m’ont impressionnée par la maturité qu’ils dénotent, quand d’autres m’ont franchement fait sourire par leur côté très imaginatif, un peu naïf ou décalé :

  • « On mangerait des choses équilibrées comme des petits pois avec saucisses » (Jiméo, 9 ans) : comme quoi, la notion d’équilibre alimentaire est assez subjective…
  • « J’aimerais rester à l’âge de 10 ans, car après, à partir de 11 ans ce n’est pas trop rigolo, je ne pourrai plus faire de sport ni courir. » (Julia, 7 ans) : j’imagine que derrière cette phrase se cache le spectre de la puberté, mais si quelqu’un a une autre explication, je suis preneuse.
  • « J’aurais le pouvoir de glacer les arbres pour pouvoir grimper dessus et m’en servir comme toboggan » (Julie, 6 ans) : l’une des idées les plus cool que je n’ai jamais lues.
  • « J’aurais un vélo qui vole, il irait très vite » (Victor, 8 ans) : un moyen de transport pour lequel je signerais tout de suite ! Il est d’ailleurs amusant de voir que le vélo semble plaire à pas mal de nos rêveurs.
  • « Tous les pauvres auraient une maison et tout le monde aurait un cinéma dans sa douche » (Zoé, 9 ans) : une très jolie idée…
  • « On pense que le requin blanc est dangereux mais il ne l’est pas. » (Zakaria, 10 ans) : ce jeune homme fait preuve d’un discours empreint de bon sens que ce soit à travers ces quelques mots ou sa participation. En tant qu’amoureuse des animaux, c’est réconfortant de constater qu’il y a une véritable prise en considération de la cause animale chez certains enfants.

Les adultes devraient être séduits par la teneur de l’album qui leur permettra, je l’espère, de se rendre compte que finalement, il est possible de participer à la construction d’un monde dans lequel les enfants seraient heureux de vivre, certains de leurs rêves ne dépendant que de la bonne volonté de chacun. Quant aux jeunes lecteurs, nul doute qu’ils prendront plaisir à découvrir les textes des participants avant, peut-être, de partager avec leurs aînés, leur propre vision des choses.

La forme…

Léger, mais avec une couverture assez rigide pour ne pas qu’elle se plie à la moindre occasion, cet album est indéniablement agréable à prendre en main que l’on soit un enfant ou un adulte. Quant aux illustrations, elles retranscrivent à merveille les rêves de ces enfants qui nous content, sans détour ni cachotteries, le monde tel qu’ils aimeraient le voir. Cela se traduit par des dessins lumineux aux couleurs pimpantes et rafraîchissantes à l’image de ces jeunes personnes qui ont encore cette naïveté et cette joie de vivre que certains adultes ont, malheureusement, perdues. Les lecteurs découvrent donc, page après page, un festival de couleurs qui assure une lecture plaisante et pleine de peps. Difficile de ne pas avoir le sourire aux lèvres en tournant les pages !

Les dessins sont assez simples un peu comme si c’était les enfants eux-mêmes qui avaient sorti les crayons pour mettre en scène leur monde idéal. Le texte et les images forment donc un ensemble harmonieux qui permet aux lecteurs de se plonger pleinement dans l’album et de s’imaginer voyager d’un monde idéal à l’autre.

En conclusion, derrière des visions très différentes de ce que serait un monde idéal, même si plusieurs thèmes reviennent régulièrement, se cache toujours une certaine simplicité qui rend les propos de ces enfants touchants et pleins de bon sens. Entre l’envie d’un monde dénué de pollution et de guerres et celui où l’on aurait une mini-corne sur la tête, cet album devrait plaire aux enfants et à leurs parents, et marquer le début de jolies discussions intergénérationnelles.

Et vous, envie de craquer pour Dessine-moi… Ton monde idéal ?

Rose tome 1 : Rose et la maison du magicien, Holly Webb

C’est le thème de février du Challenge mystère, Lire un livre avec une couverture rose, qui m’a poussée à sortir ce roman de ma PAL. Et je dois dire que c’est une très bonne chose puisque j’ai beaucoup apprécié cette lecture jeunesse.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Rose quitte son orphelinat pour travailler au service du célèbre magicien, Mr Fountain. Une drôle de vie commence : formules, potions, mais surtout, une maison dans laquelle il se passe des choses étranges. Un jour Rose réalise qu’elle n’est pas une petite fille comme les autres et qu’elle aussi, maîtrise la magie… Alors quand des orphelins disparaissent mystérieusement, Rose n’hésite pas à se servir de ses pouvoirs…

  • Broché: 339 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 11 années
  • Éditeur : Flammarion (1 mai 2011)
  • Prix : 13€

AVIS

Le résumé avait tout pour me plaire puisqu’on y parle de magie et d’enquête, deux choses que j’apprécie toujours dans un roman. Et sans surprise, le mélange des deux fonctionne à merveille dans cette histoire mettant en scène Rose, une orpheline qui est embauchée pour travailler dans la maison d’un alchimiste, M. Fountain.

Rose est ravie de quitter l’orphelinat, car si elle n’y est pas maltraitée et qu’elle a des amies, notamment la jeune Maisy, elle rêve depuis longtemps de gagner de l’argent et, peut-être, une certaine indépendance. Elle est, en revanche, bien décidée à rester loin de la magie qu’elle a appris à considérer d’un mauvais œil. Et ce n’est pas les autres domestiques de la maison qui ne l’apprécient pas non plus qui lui feront changer d’avis.

Malheureusement pour elle et heureusement pour les lecteurs, Rose devra bien se rendre à l’évidence : elle n’est pas une petite fille comme les autres et possède un talent naturel pour la magie. D’ailleurs, la maison de l’alchimiste, qui a vite détecté son potentiel, n’hésite pas à se dévoiler à elle en lui jouant des gentils tours. Et quand le chat de la maison, l’illustre Gus, engage un dialogue avec elle par télépathie, le doute n’est plus permis, Rose possède bel et bien des pouvoirs magiques que cela lui plaise ou non.

Bien qu’elle fasse tout pour cacher ses talents, Rose finira par attirer l’attention de l’apprenti-magicien de la maison, Freddy, qu’elle sauvera d’une périlleuse situation. Si ce dernier est au début profondément antipathique, il évolue au fil de l’intrigue. Au contact de cette orpheline de caractère qui, malgré sa position de nouvelle domestique, n’hésite pas à lui tenir tête, l’apprenti nous apparaît sous un jour nouveau. Derrière son masque d’arrogance, on découvre un jeune homme pétri de doutes qui se révèle beaucoup plus gentil que ce qu’il aimerait faire croire.

D’abord « ennemis », les deux jeunes se rapprochent donc et finissent même par s’allier pour sauver Maisie, une amie de Rose qui, à l’instar d’autres enfants, a été kidnappée. Mais avant d’arriver à libérer Maisie et, l’espèrent-ils, les autres enfants, il leur faudra mener une enquête afin d’identifier le responsable de toutes ces disparitions. Et c’est là que la magie de Rose montrera toute son utilité et, surtout, son étendue. La jeune fille va, en effet, découvrir qu’elle est beaucoup plus puissante qu’elle ne le pensait. Entre attraction et répulsion, elle n’aura alors d’autre choix que de laisser son talent naturel pour la magie s’exprimer pour le plus grand plaisir de Freddy. Celui-ci souhaiterait, en effet, que Rose accepte sa prédisposition à la magie et le rejoigne dans sa formation auprès de M. Fountain.

L’aide et le soutien du jeune homme seront fort utiles à Rose pour sauver les enfants, mais n’oublions pas non plus la participation active et poilue de Gus, un chat que j’ai juste adoré. Gourmand, amusant, courageux et attachant, c’est un peu mon personnage coup de cœur. Mais il faut dire que je ne résiste jamais à un chat qui parle ! Isabella, la fille capricieuse de l’alchimiste, finira également par les aider pour une raison que je vous laisserai le plaisir de découvrir puisqu’il faut bien conserver une part de mystère. J’ai apprécié que l’auteure fasse évoluer ce personnage qui se montre, dans un premier temps, particulièrement odieux. Sans devenir un modèle de gentillesse, cette petite fille de sept ans semble, au fil de l’aventure, s’adoucir quelque peu et révéler une certaine fragilité…

Mais cette petite peste n’est rien en comparaison d’un personnage féminin qui m’a fortement fait penser à Mme Coulter dans A la croisée des mondes de Philip Pullman. J’ai adoré l’aura de danger qui émane d’elle et qui vous donne juste envie de ne jamais croiser sa route. Chance que n’a pas eu M. Fountain qui est littéralement tombé sous son charme… Cette femme apporte la petite dose de frissons qui devrait ravir les jeunes lecteurs en quête de sensations fortes et, peut-être, impressionnés les moins hardis d’entre eux.

Quant à la plume de l’auteure, elle m’a séduite par sa simplicité, mais également sa fluidité. Les phrases, sans être ni trop courtes ni trop longues, sont bien travaillées et permettent de s’immerger rapidement dans ce récit plutôt rythmé. Holly Webb prend, en effet, le temps de poser son intrigue, mais l’action et les révélations s’enchaînent ensuite rapidement. J’aurais peut-être aimé que certains passages soient plus développés notamment ceux concernant la traque de la personne responsable des enlèvements… Mais étant dans un roman jeunesse et non dans une aventure de Sherlock Holmes, je conçois aisément que ce ne soit pas une direction dans laquelle ait choisi de s’engager l’auteure.

En conclusion, si vous aimez les enquêtes et la magie, ce premier tome de la série Rose devrait vous enchanter. En plus d’une jeune héroïne courageuse qui apprend, petit à petit, à s’accepter, l’auteure nous offre une galerie de personnages hauts en couleur que vous devriez prendre plaisir à découvrir. Magie, amitié, acceptation de soi, mystère et une petite dose de frissons, voilà tout autant d’ingrédients qui ne vous offrent pas la recette d’une nouvelle potion, mais d’une lecture qui devrait enchanter petits et grands.

Et vous, envie de craquer pour Rose et la maison du magicien ?

Photohttps://malecturotheque.files.wordpress.com/2017/11/cli6a-lc3a9chiquierdumal_dansimmons.png?w=300&h=300

 

 

La Princesse Élodie De Zèbrazur et Augustin le chien qui faisait n’importe quoi… de Pierre Thiry

Quand Pierre Thiry m’a proposé de découvrir son nouveau livre, un conte jeunesse, je n’ai pas hésité une seule seconde ayant dévoré son recueil de sonnets. Je le remercie donc de sa confiance.

PRÉSENTATION AUTEUR

Élodie de Zèbrazur est une princesse. Augustin est un chien. Élodie de Zèbrazur aime beaucoup Augustin. Mais Augustin fait vraiment n’importe quoi. Et lorsqu’on fait n’importe quoi, il arrive des tas d’ennuis. Que va-t-il se passer ? Tu le sauras peut-être en ouvrant ce livre. En écoutant la musique des phrases, en écoutant le bruit des vagues, en écoutant le bruit du vent et le chant des coquillages tu découvriras une infinité de choses merveilleuses et inattendues…

  • Nb de pages : 68
  • Editeur : Books on Demand
  • Prix : 8€
  • Illustrations : Samar & Hani KHZAM

AVIS

Je vous avouerai que je n’avais pas prévu de lire ce livre tout de suite ayant une petite pile de livres plus ou moins urgente à lire et à chroniquer. J’étais donc partie pour ne lire que quelques pages de manière à satisfaire ma curiosité, mais le charme de l’histoire opérant, j’ai lu l’ouvrage d’une traite.

Cela n’a rien d’étonnant si l’on considère qu’un peu à l’image d’un conteur d’antan, l’auteur sait happer l’attention des lecteurs dès les premières lignes. Nous découvrons ainsi la Princesse Élodie dont le nom à rallonge, De Zèbrazur, donne l’impression que nous sommes face à une personne importante. Puis, Augustin le chien entre en scène. Et là, le lecteur découvre qu’en effet, il fait vraiment n’importe quoi ! Mettre des miettes dans les robes de sa maîtresse, voler de la nourriture au boucher, prendre des livres dans des librairies (vous me direz, là, peut-on vraiment dire qu’il fait n’importe quoi ? Personnellement, je serais tentée de dire que c’est un chien dont tout lecteur rêve), aboyer sur tout ce qui bouge… Non, décidément, rien ne fait peur à ce toutou rigolo, mais plutôt agité.

Malgré toutes ses bêtises qui parfois l’agacent et la mettent en colère, la Princesse Élodie aime quand même beaucoup son fidèle compagnon d’autant qu’il lui arrive parfois d’être sage, principalement quand il dort d’ailleurs. Même son de cloche du côté de Mme Brichard, une femme qui peut être plus ou moins considérée comme l’intendante du château. Si Augustin aime mettre un joyeux bordel là où il passe, Mme Brichard, quant à elle, plébiscite l’ordre et la discipline, peut-être un peu trop… Mais malgré cela, elle ne peut s’empêcher de trouver le château vide sans ce sacré toutou. C’est qu’il est comme ça Augustin, aussi agaçant qu’attachant ! Enfin, agaçant pour Élodie et Mme Brichard, car je ne doute pas que les enfants, quant à eux, s’amuseront de ses petits tours, de son énergie et de son caractère facétieux. Et puis, peut-être qu’ils arriveront, dans une certaine mesure, à s’identifier à lui ? C’est quand même bien plus amusant de courir partout et faire tout ce que l’on veut comme Augustin que de passer son temps à ranger comme Mme Brichard.

Et nous touchons là d’ailleurs l’un des points forts de cette petite histoire qui, sous réserve de mignonnerie, montre à chacun que la vie est faite d’équilibre. Sans tomber dans les deux extrêmes, ranger tout tout le temps sans prendre le temps de vivre ou au contraire, passer son temps à s’amuser sans prendre le temps de se poser, il existe un juste milieu. La Princesse semble d’ailleurs symboliser ce juste milieu puisque prise entre ces deux personnages au comportement excessif, elle exprime son souhait de s’amuser tout en ne faisant pas n’importe quoi… contrairement à un certain toutou dont je ne citerai pas le nom.

Quant à la plume de l’auteur, elle se veut volontairement enfantine de manière à ce que l’histoire reste accessible aux enfants. Mais même en tant qu’adulte, cela ne dérange pas d’autant que cette simplicité dans la narration renforce le côté trublion d’Augustin. Quel que soit son âge, chaque lecteur sera donc ravi par cette histoire qui pourra se lire comme le récit rigolo des aventures d’un chien et d’une princesse ou comme un conte avec une morale. Tous les lecteurs partageront, en outre, le plaisir de découvrir les nombreuses illustrations qui parsèment le livre. Comme le style de l’auteur dans ce conte, elles dégagent un charme juvénile auquel il est bien difficile de rester insensible. Parfois en couleurs, mais le plus souvent réduites à leur simple crayonné, elles invitent à vous plonger dans l’histoire, à découvrir les bêtises d’Augustin et leurs conséquences, à voir Mme Brichard dans ses activités de nettoyage et de rangement, à suivre Élodie dans ses promenades, à partager ses moments de bonheur et de colère… En d’autres termes, les illustrations de Samar & Hani Khzam soutiennent à merveille le texte de Pierre Thiry qui lui-même renforce la force de ces dessins simples, mais efficaces.

En conclusion, Pierre Thiry est un auteur qui semble avoir plusieurs cordes à son arc. Il sait aussi bien nous émerveiller par sa poésie que nous enchanter grâce à son talent de conteur. L’auteur nous propose en effet un conte d’une grande douceur qui plaira autant aux enfants qu’à leurs parents. Les premiers seront séduits par une histoire toute mignonnette joliment mise en valeur par de nombreuses illustrations, et les seconds par le charme caractéristique des contes qui ont probablement bercé leur enfance. Une belle lecture familiale donc, à lire et à relire !

Site de l’auteurPage Facebook du livre

Et vous, envie de découvrir La princesse Élodie ?

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