La dernière Prédiction, Cédric Ménand

Couverture La dernière prédiction

Il aurait pu s’agir d’une simple mission de plus pour la pilote de nef Aurora Meris, et son copilote Modifié Nano. Mais leur dangereuse vie de contrebandiers au sein de la galaxie d’Arknas semble finalement avoir eu raison d’eux.
Arrêtés puis séparés par la toute-puissante Corporation, Aurora va alors tout faire pour s’échapper et retrouver son ami de galère. Au cours de sa fuite en avant, elle sera rejointe par d’autres marginaux traqués, dont une dangereuse mercenaire-pirate et son équipage hétéroclite, un couple étrange, ainsi qu’une princesse détentrice d’un pouvoir en mesure de modifier son propre destin… et celui de la galaxie tout entière.

Faralonn éditions (22 avril 2019) – 347 pages – 18,50€

AVIS

Quand l’auteur m’a contactée pour me proposer de lire un de ces romans, mon choix s’est très vite porté sur La dernière Prédiction. Un choix que je ne regrette pas ayant dévoré ce roman de science-fiction qui laisse une large place aux rencontres, à l’amitié et aux échanges entre les personnages. L’univers et le contexte ne sont pas pour autant occultés, mais ce ne sont pas, du moins pour moi, les pierres angulaires de ce roman. Les amoureux d’univers détaillés et pointus ne trouveront donc probablement pas leur bonheur avec ce roman, mais les personnes en quête d’une aventure mouvementée dans l’espace devraient apprécier leur lecture.

Un auteur au sens du dialogue certain et à la plume vive et dynamique

Dès les premières pages, de sa plume vive et dynamique, l’auteur a su tisser sa toile autour de moi grâce, entre autres, à une galerie de personnages hétéroclites dont on suit avec plaisir la rencontre et les péripéties. Je reste un peu sur ma faim avec Nano, un humain modifié considéré comme défectueux, qui aurait mérité un temps de présence plus conséquent, son rôle demeurant assez subsidiaire. Néanmoins, tous les personnages, principaux comme secondaires, m’ont plu autant dans leur individualité que dans leurs interactions les uns avec les autres.

L’auteur possède d’ailleurs un vrai sens du dialogue, une qualité qui n’est pas si courante ! Je ne compte plus les romans qui, par leurs dialogues téléphonés, creux ou irréalistes, m’ont coupée de ma lecture. Ici, aucune crainte, les échanges sont naturels, fluides et permettent très rapidement de repérer les principaux traits de personnalité de chaque personnage. Les dialogues ne sont pas non plus dénués d’humour, ce qui est toujours appréciable, a fortiori pour dédramatiser des situations parfois un peu compliquées. Des situations qui, en plus de dynamiser le récit, renforceront les liens entre les personnages qui vont apprendre à se faire confiance et à travailler main dans la main pour survivre.

Des personnages attachants dont on découvre progressivement l’histoire, la personnalité, les forces et les faiblesses… 

Mais il n’est pas que question de survie dans ce roman : Aurora souhaite retrouver son ami Nano dont elle a été séparée, en espérant qu’en lui ôtant sa puce, les autorités n’aient pas annihilé sa personnalité, Angus aide la princesse Marylène à fuir un mariage arrangé par son père avec son frère afin de garder la mainmise sur la couronne, et Andrea et Flynn se montrent discrets sur les raisons les poussant à fuir, laissant planer une petite aura de mystère sur leur relation… Kaitlyn, une pirate de l’air badass réputée pour manquer d’empathie, semble, quant à elle, s’être étrangement prise d’amitié pour Aurora et le reste du groupe. À cela s’ajoute un certain sens de l’honneur l’empêchant de laisser ses compagnons d’infortune à leur triste sort, ses qualités de combattante la désignant tout naturellement comme la gardienne de ce groupe constitué au gré des rencontres et des hasards.

Rôle d’autant plus important qu’à part Angus, personne ne semble réellement capable de se défendre. Mais cela n’empêche pas chaque membre du groupe de posséder des qualités, qu’elles soient humaines ou techniques, qui se révèleront utiles pour leur progression ! Je pense notamment aux talents de pilote d’Aurora qui vibre de passion lorsqu’elle se trouve derrière les commandes d’un navire. Elle pense navire, respire navire et  se montre étonnamment douée pour réaliser des prouesses de haute volée, mais rien d’étonnant si l’on considère que sa passion pour le pilotage est ce qui l’a sauvée d’une vie d’asservissement…

J’ai apprécié le fait d’apprendre à connaître et comprendre les personnages progressivement, au gré de leurs (més)aventures, des dangers rencontrés et des moments d’entraide où l’on voit se former une solide et sincère amitié. Si Aurora m’a touchée, j’avoue avoir développé une préférence pour Kaitlyn et son côté brut de décoffrage, qui ne l’empêche pas d’être plus intuitive et humaine que les apparences ne le laissent présager. Sa relation mouvementée avec son frère adoptif, entre haine, attachement et rancune, ne devrait pas non plus vous laisser indifférent ! Son frère possède ce petit côté pirate opportuniste qui me plaît beaucoup, d’autant que derrière son intransigeance, on sent un personnage complexe avec ses propres failles, un peu comme une certaine personne avec laquelle il passe son temps à se disputer… En grande amoureuse de l’ambiance piraterie, j’ai, en outre, savouré les passages et les scènes à bord d’un navire pirate qui fera l’admiration d’Aurora.

Des thématiques intéressantes et une émancipation convaincante… 

Bien que tous les personnages ne revêtent pas la même importance, ils apportent tous quelque chose à l’histoire et permettent à l’auteur d’aborder différentes thématiques : l’esclavage et la soumission aveugle au pouvoir et à l’autorité, la quête de soi, l’émancipation, les parents toxiques, la notion d’humanité à travers la question des augmentations génétiques et des intelligences artificielles qui redéfinissent le concept d’humain… Je ne préfère pas entrer dans les détails afin de vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai trouvé ces thématiques intéressantes et amenées avec une certaine sensibilité et délicatesse, bien que peut-être un peu trop survolées. Cela n’a nullement gêné ma lecture qui s’est révélée d’une fluidité exemplaire, ayant enchaîné les pages sans voir le temps passer, ce qui est, du moins pour moi, toujours le signe d’une bonne lecture.

Un autre point du roman m’a particulièrement plu, le fait que la signification du titre se dévoile à nous au cours de l’intrigue, d’autant que l’auteur aborde cette idée de prédiction de sorte à laisser planer le doute quant au fait que ce soit les hommes, en l’occurrence ici les femmes, qui font les prédictions ou les prédictions qui font les femmes. Quoi qu’il en soit, cette dernière Prédiction tant attendue sera l’occasion pour une jeune femme, aidée par une bande de bras cassés pas si cassés que ça, de s’émanciper de ce que l’on attend d’elle pour être la personne qu’elle souhaite être. Cela ne se fera pas sans heurt, mais en revendiquant la place qui lui revient de droit, notre héroïne nous prouvera qu’elle n’est pas cette jeune femme au physique délicat qu’il est nécessaire de protéger, mais une jeune femme prête à prendre ses responsabilités et à faire évoluer les choses... À cet égard, optimiste mais résolument réaliste, l’épilogue rappelle avec pertinence les limites et les possibilités d’un(e) dirigeant(e).

En conclusion, La dernière Prédiction nous offre une palpitante aventure où une pilote émérite, à la recherche de son seul ami, découvrira que si l’espace est source de danger, il peut également réserver de belles surprises, à l’instar de ces personnes avec lesquelles elle va nouer une solide et belle amitié, et vivre des moments intenses où le danger n’est jamais très loin. Entre un jeu du chat et de la souris avec une organisation fort peu sympathique et un souverain, des scènes de combat dans l’espace particulièrement immersives, un voyage sur une planète pas vraiment connue par son sens de l’égalité, et les tensions inhérentes à tout groupe humain… nos personnages vont être poussés dans leurs retranchements, avant de se révéler à eux-mêmes et de nous prouver la force de leur volonté. Un roman de science-fiction parfait pour se lancer dans le genre ou pour passer un instant de lecture divertissant aux côtés d’un groupe hétéroclite dont la synergie fonctionne à merveille !

Si le roman se suffit à lui-même, je serais ravie de retrouver les personnages et/ou l’univers dans d’autres aventures, l’auteur ayant en main toutes les clés pour nous offrir une œuvre riche et complète…

Je remercie Cédric Ménand de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Le mois de l’imaginaire (octobre 2021) : mes envies de lecture…

Depuis 2017, la littérature de l’imaginaire est mise à l’honneur durant tout le mois d’octobre. Que ce soit en organisant des événements, en y assistant ou tout simplement en s’adonnant au plaisir de lire de la SFFF, tout le monde peut participer.

N’hésitez d’ailleurs pas à consulter le site, suivre la page FB de l’événement, le compte Twitter et/ou Instagram.

Voici un petit tour d’horizon des romans que j’aimerais lire durant ce mois d’octobre : j’ai essayé de varier les genres et les publics visés…

Et je triche un peu parce que je l’ai déjà commencé, mais je compte continuer mon livre audio, le deuxième tome de la série The bargainer de Laura Thalassa.

Couverture The Bargainer, book 2: A Strange Hymn

 

Avez-vous déjà lu certains de ces romans ou certains vous tentent-ils ?
Participez-vous au mois de l’imaginaire ?

Un grain de magie, Chloé Garcia

Un grain de magie par Garcia

Dans ce recueil, la magie prend toutes les formes et toutes les couleurs. Vaisseaux conscients, êtres nocturnes étranges, créatures légendaires, mondes imaginaires extravagants, artefacts redoutables ou encore musique céleste, tout y passe ! Un grain de magie invite à rêver et à accompagner des personnages attachants, dont les aventures uniques font ressentir allégresse, tristesse, espoir ou quiétude.

Histoires de familles, quêtes insolites, complots politiques, tranches de vie étonnantes ou enquêtes policières, chaque nouvelle se veut l’écho de ce que nous traversons, aussi bien dans notre quotidien que dans nos questionnements intérieurs.

La magie vit en toutes choses et ne demande qu’à s’exprimer.

LE LYS BLEU (26 octobre 2020) – 15,20€ (papier) – 7,99€ (ebook)

AVIS

Je n’accepte plus les recueils de nouvelles en SP parce que ce sont des ouvrages extrêmement chronophages à chroniquer et que j’en ai déjà une ribambelle dans ma PAL personnelle. Je n’ai néanmoins pas résisté à l’invitation de l’autrice à découvrir ce recueil dont le titre m’a d’emblée charmée : Un grain de magie. Tentant, mais énigmatique, à l’image d’un recueil qui se dévoile à nous page après page.

Dès les premières lignes, le style de l’autrice m’a conquise : fluide, élégant, poétique, imagé et extrêmement immersif. Derrière des mots que l’on sent choisis avec soin, l’autrice nous offre un peu d’elle-même, de sa capacité indéniable à titiller l’âme humaine, à sonder les cœurs, à faire émerger des sujets de société derrière un imaginaire riche et varié.

Dans ce recueil, il est question de contrées lointaines et imaginaires, de lieux inconnus que l’on s’approprie pourtant sans peine grâce à des descriptions concises, mais pointues qui nous débarrassent du superflu pour nous recentrer sur l’essentiel. Au fil des nouvelles, nous croisons des créatures du Petit Peuple, des fées protectrices qui luttent pour protéger les êtres humains, des fantômes victimes de maltraitance, des vaisseaux d’un genre spécial, des êtres de légende en détresse mais pas sans pouvoir, et même un tapis volant !

Les histoires sont variées, mais elles ont toutes en commun de nous faire voyager, de provoquer des remous en nous, de l’émotion à l’état brut, de l’émerveillement, de la révolte, de la surprise, chaque chute étant particulièrement inattendues. Adorant les nouvelles à chute je peux d’ailleurs vous dire que j’ai été ravie de me laisser berner, surprendre ou emporter vers des directions que je n’avais pas envisagées ! Cerise sur le gâteau, des titres bien souvent inspirés qui jouent avec brio sur les mots.

Mais la plus grande force de ce recueil, du moins pour moi, est la manière dont l’autrice réussit à parler du monde actuel à travers un monde imaginaire, tout en veillant à offrir un moment de lecture divertissant et entraînant. Sous couvert de fiction, des thématiques sociétales fortes sont ainsi abordées avec beaucoup de subtilité et de délicatesse : obscurantisme, peur de l’autre, violences conjugales, tromperie, avidité, mais aussi amour sincère et inconditionnel, amitié, dévotion, tendresse… Le tout enrobé d’une bonne dose de magie, parfois de science-fiction, et toujours de poésie et d’évasion !

En résumé, mélange de poésie et de réalisme, de noirceur humaine et de magie, ce recueil est un enchantement qui ravira ceux et celles en quête de nouvelles sublimement écrites qui, sous couvert d’imaginaire, n’oublient pas de toucher directement le cœur des lecteurs.

Si vous voulez en apprendre plus sur ce beau recueil, je vous propose un petit avis sur les douze nouvelles qui devraient vous prouver la magie des mots et d’un imaginaire puissant et débordant… 


La magie d’Ela : alors qu’un village est en pleines festivités, un massacre de moutons est découvert. Il n’en faut pas plus pour mettre un terme aux réjouissances, rendre furieux les commerçants et pousser Ela, la fille du chef du village, a quitté le réconfort de la forêt pour mener l’enquête… De l’héroïne douce et proche de la nature, mais pas reconnue à sa juste valeur par les villageois, à l’ambiance de ce village peut-être pas aussi paisible qu’il n’y paraît, en passant par la présence de différentes formes de magie, j’ai tout apprécié dans cette nouvelle. La confrontation de la magie blanche, à travers la magie de la musique, à celle de la magie noire se révèle également très intéressante, quand la chute ne devrait pas manquer de vous surprendre !


Deus ex machina : si les batailles spatiales ne sont pas ma tasse de thé, bien que l’autrice maîtrise à merveille les scènes d’affrontement, j’ai beaucoup aimé la nature des Dieux qui protègent ici les humains et leur apportent un appui technique et matériel dans la lutte contre leurs opposants. En plus d’être intéressante, la nature de ces Dieux implique un sujet de SF que j’apprécie particulièrement… De nouveau, la chute est excellente et m’a complètement prise de court ! Avec un certain cynisme, j’ajouterai qu’elle est une réalité bien réelle pour certains grands acteurs de l’économie mondiale.


Un monde par fée : dans cette nouvelle beaucoup plus longue que les précédentes, l’autrice nous offre une vision originale des fées, bien différente de celle propagée par Disney et les contes. Ici, les fées sont laides, ne peuvent guère voler longtemps et dépendent de leur double humain. Ainsi, chaque fée est assignée, dès sa naissance, à un humain qui lui assure, sans même le savoir, sa protection. Mais là où beaucoup de fées ne voient en leur hôte qu’un moyen de survivre et une source d’énergie, notre protagoniste a noué une relation particulière avec Arthur, l’adolescent qui l’abrite, tout comme elle l’avait fait avec sa première humaine… Alors si elle ne peut pas dévoiler sa présence à son protégé, un adolescent intelligent et adorable, elle veille sur lui et ses nuits.

Néanmoins, un évènement lugubre risque de tout remettre en question, et pousser certaines fées à se retourner contre les humains jugés mauvais, dominateurs et vindicatifs ! En plus de l’ambiance que j’ai adorée, alternance de beau et de laid, l’intérêt de cette nouvelle réside dans les questions qu’elle soulève, notamment sur la peur qui pousse à la haine et à toutes les velléités de violence. Il est, en outre, intéressant de voir comment certains utilisent ce sentiment universel pour contrôler les masses, bien que la révélation finale nous entraîne vers un terrain assez différent, qui donnera tout son sens au titre !

Quant à l’héroïne, je l’ai beaucoup aimée. Différente de la plupart de ses congénères, elle aime sincèrement son jumeau humain et prend un vrai plaisir à veiller sur lui dans l’ombre, en profitant de sa lumière. Mais ce que j’ai préféré, c’est sa capacité à réfléchir par elle-même, à ne pas se laisse submerger par le climat ambiant de peur et à rester fidèle à sa nature bienveillante et aimante. Une nature qui ne l’empêchera pas de prendre une décision radicale, car après tout, que ne ferait-elle pas pour protéger Arthur ?


Cocon protecteur : profitant de la disparition de son père, Ryn retourne sur cette planète aride qu’elle avait fuie, pour une pause bien méritée entre collègues… Empreinte d’une certaine mélancolie, cette courte nouvelle marque principalement par la jolie relation nouée entre notre héroïne blessée par son passé et des missions difficiles, et son compagnon ailé. En trame de fond, une thématique difficile dont la noirceur est compensée par la tendresse certaine unissant ces deux amis. Ainsi notre dragon est prêt à tout pour alléger le cœur de son amie, quitte à prendre une décision éthiquement discutable. À la fin, une question s’impose : est-ce vraiment dans l’oubli que l’on se reconstruit ?


Solde de tout conte : courte, mais intense, j’ai adoré cette nouvelle qui nous transporte en Arabie auprès d’un conteur qui rêve de gloire et de fortune. Mais si son public est très réceptif, l’homme étant doué pour faire monter le suspense et ménager ses effets, les choses ne vont pas se passer comme prévu... Méfiez-vous des feux magiques et des trésors qu’ils protègent ! Certains ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent être.


Les enfants de Dana : privés de Terre car certains n’avaient pas respecté les règles établies par la Déesse Dana, les Grim’Oires n’en demeurent pas moins un peuple joyeux et apprécié des membres du Petit Peuple qu’ils conseillent avec plaisir. Un moyen détourné de continuer à veiller sur les êtres humains tout en respectant la volonté de Dana… Mais les visites du Petit Peuple se tarissent et les Grim’Oires d’habitude si insouciants découvrent la déprime, d’autant que leur déesse ne semble plus répondre à leurs appels. Comme d’habitude, la chute est bien trouvée et nous permet de comprendre ce que traversent les Grim’Oires, qui vont devoir faire face à une surprenante vérité.


Chaque couleur a sa place : nous voici plongés dans une société où après des années à expérimenter, on doit choisir une seule et unique couleur qui déterminera les aliments que l’on peut manger, la couleur de sa propre peau et de celle de son partenaire. Une vie conditionnée par la couleur donc… Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait nous embarquer avec notre narratrice, jeune femme en décalage avec les siens, et qui cherche un exutoire dans la passion des corps. Mais je dois admettre que j’ai apprécié le parallèle entre fiction et réalité, nous rappelant que certains combats sont loin d’être gagnés !


Une nouvelle ère : les amoureux du mythe arthurien se régaleront avec cette nouvelle qui nous permet de retrouver des personnages de légende (la Dame du Lac, Viviane, Merlin, Morgane…), certains en proie à de terribles dangers. Il faut dire que les anciennes croyances et traditions ne font guère faire le poids face à la montée du christianisme et à un Arthur qui semble s’être détourné de son célèbre mentor… Mais si le véritable danger ne provenait pas de la foi en un dieu unique ? En plus de cette ambiance Petit Peuple à laquelle je suis très sensible, les réflexions quant à la religion ne manquent pas d’intérêt, nous rappelant que ce qui pose problème, ce sont bien plus les hommes que les croyances…


La vie en bleu : Teora adore la mer, qui le lui rend bien. Néanmoins son père ne semble pas partager son enthousiasme, ce qui la chagrine… Un chagrin qui se transforme en colère quand il l’oblige à lui remettre un étrange artefact lumineux qu’elle a trouvé lors d’une balade avec son ami, un dauphin. Tous les éléments sont mis en place pour que l’on devine rapidement le secret derrière l’appétence de la jeune fille, tout juste devenue adulte, pour la mer. Néanmoins, on se laisse prendre au jeu de cette nouvelle, aux allures de conte, teintée de sel et de mystère.


Avec ou sang : scientifique dans l’âme et spécialiste des maladies du sang, notre héroïne se méfie des Vagabonds, surnommés les Crochus, supposés avoir une maladie de sang nécessitant des transfusions. Si des volontaires se font un plaisir de leur fournir le sang nécessaire, elle, elle ne peut s’empêcher de douter de ces personnes arrivées il y a deux ans, et qui refusent de répondre à ses questions. Élucubrations d’une scientifique qui passe trop de temps enfermée à faire ses expériences, divagations d’une femme encore marquée par son agression ou propos pleins de bon sens ?

Une rencontre devrait lui permettre d’y voir plus clair… Si la fin m’a moins emballée que dans d’autres rebelles, j’ai adoré le climat de doute et de confusion instauré par l’autrice. Les pensées de l’héroïne nous semblent friser la paranoïa, avec peut-être cette peur de l’inconnu qui rend méfiant, mais d’un autre côté, on ne peut que s’interroger sur la véritable nature des Crochus. Qui sont-ils véritablement ? Des vampires ? Des êtres dangereux ? Et qui est ce petit garçon qui s’est entiché de notre scientifique ? Impossible de s’attacher à la narratrice à la pensée trop froide, mais impossible de ne pas succomber à cette nouvelle qui ferait un excellent épisode de série.


La puissance de l’amour : avec cette nouvelle, l’autrice prouve qu’on peut faire court mais puissant et émouvant. Une mère regarde ses enfants, regrettant de les voir s’enfoncer dans un puits de tristesse : la petite dernière, asservie de cauchemars craint l’obscurité, l’aîné se perd dans les jeux vidéos. Pourtant, cette mère aimante est là, phare sans lumière mais pilier fidèle et aimant… La chute est terrible et la vérité dévoilée apporte son lot d’émotions et de colère, rappelant le sort révoltant que trop de femmes connaissent encore. C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée et suscité en mois le plus d’émotions.


Suer sang et eau : ravie de son séjour en Provence où elle participe aux vendanges, notre protagoniste, amatrice de romans, semble avoir l’imagination fertile, au point de donner aux paroles de son patron une bien étrange signification… à moins que… Jouant habilement sur la couleur du vin et celle du sang, sur la volonté d’une jeune fille de se protéger du soleil et sur le mythe du vampire, l’autrice nous propose ici une nouvelle à l’ambiance soignée et à la chute digne d’un film d’horreur. Et rappelez-vous, gardez-vous bien d’être trop curieux, la vérité pourrait bien vous faire l’effet d’un coup de pioche en pleine tête !

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé ce recueil en échange de mon avis.

L’adieu à Camille, Guy-Roger Duvert

Couverture L'Adieu à Camille

Installé depuis deux ans à la PJ de La Rochelle après avoir fui la capitale, le capitaine Gabriel Podilsky gère son deuil aussi bien que possible, ayant préféré s’aider de récentes technologies révolutionnaires là où d’autres se laissent tomber dans la dépression ou dans l’alcoolisme. Enclin aux relations conflictuelles, à la mauvaise foi et à un certain cynisme, ses rapports avec ses collègues se sont vite montrés compliqués, mais ne l’ont pas empêché de gagner une légitimité certaine sur place.

Lorsqu’on l’envoie enquêter sur la mort d’une actrice hollywoodienne venue tourner un long métrage international sur l’Île d’Aix, il n’est pas surpris d’y trouver des histoires de sexe, de drogue, de pouvoir et d’argent. Il l’est déjà beaucoup plus en découvrant que la même technologie dont il profite s’avère possiblement liée au meurtre. Il lui faut vite dénouer l’affaire, car pendant ce temps, les morts s’accumulent.

Auto-édité – (3 juin 2021) – 278 pages – 19,99€

AVIS

C’est toujours avec plaisir que je me lance dans un livre de Guy-Roger Duvert à la plume particulièrement visuelle et cinématographique, ce qui n’est guère étonnant, l’auteur étant également réalisateur. Un amour pour le septième art que l’on retrouve ici, car s’il situe son intrigue sur l’Île d’Aix, c’est au cœur du tournage d’une production hollywoodienne qu’il nous plonge avec un sens du réalisme plus que convaincant. Une production quelque peu mise à mal par le décès de son actrice principale qui, à défaut d’avoir été appréciée de son vivant par les membres du tournage, était douée devant une caméra.

Bête accident comme chacun semble le penser ou meurtre ? C’est pour le déterminer que le capitaine Gabriel Podilsky de la PJ de La Rochelle, et le lieutenant de gendarmerie Beltiers sont envoyés sur place. J’ai apprécié de découvrir aux côtés des deux enquêteurs les dessous d’un plateau de tournage, la hiérarchie nette et franche qui sépare les gros poissons du menu fretin, les différents corps de métier, le rôle de chacun, certains termes techniques, les tensions, les solidarités, les cancans… Mais ce qui fait tout le sel de cette enquête, en apparence classique, c’est la manière dont l’auteur nous place aux côtés du capitaine et de son coéquipier de circonstance qu’il aime à charrier. Mais rassurez-vous, ce dernier semble tout à fait capable de lui rendre la pareille.

En plus d’une relation assez sympathique et amusante à suivre, j’ai donc apprécié cette impression de suivre chaque étape de l’enquête, un peu comme si j’étais dans la tête de notre capitaine ! Une tête qu’il partage d’ailleurs avec Camille, son alter et ancienne collègue décédée en mission. Les alters sont des intelligences artificielles créées à partir du scan d’une personne vivante ou de souvenirs, avant d’être implantés. Certaines personnes peuvent également préférer se faire implanter une création originale répondant à ses attentes et à ses besoins, dans le respect de la loi et de certaines règles de déontologie. Un implanté communique via la pensée ou à voix haute avec son alter, qu’il peut faire taire et apparaître sur demande. Une possibilité que n’hésitera d’ailleurs pas à utiliser notre capitaine bien qu’en théorie, il ne soit pas autorisé à communiquer avec Camille durant son temps de travail.  Évidemment, ces intelligences artificielles ne sont pas figées dans le temps et évoluent au gré de leurs expériences, de leurs interactions, de leurs observations…

Ainsi si L’adieu à Camille est un roman policier classique au premier abord, il intègre quelques touches de science-fiction qui m’ont personnellement plu. Il faut dire que la science-fiction, c’est un genre dans lequel l’auteur excelle ! Il prouve ici qu’il est capable d’écrire des œuvres de science-fiction pure, mais aussi de mélanger habilement les genres pour proposer une histoire captivante et, comme toujours, porteuse de réflexion. Car, si l’entreprise Alter propose une technologie qui a de quoi faire rêver, bien qu’on regrettera une certaine inégalité d’accès en fonction de ses moyens, des questions quant aux limites et aux dangers de celle-ci ne manqueront pas d’être soulevées au cours de l’enquête.

Malgré les règles de sécurité instaurées, les alters ne peuvent-ils pas induire des pensées dangereuses chez leur hôte, voire des comportements immoraux et illégaux ? Moyen de lutte contre la dépression et les vices qui semble avoir fait ses preuves chez certains, ou outil qui tend à couper l’utilisateur d’autrui et à l’enfermer auprès d’une personne qui n’existe pas vraiment, mais dont la sphère d’influence est bien réelle ? Que l’on approuve ou non la conclusion du roman, force est de constater qu’elle soulève une réflexion pertinente, et dans une certaine mesure, vertigineuse quant aux implications pour l’humanité. Alors, si j’ai au début du roman souhaité qu’une telle technologie nous soit un jour proposée, j’avoue que ses potentiels dangers et détournements ont quelque peu freiné mon enthousiasme. Après tout, la manipulation est déjà bien assez présente dans les modèles économiques actuels sans qu’on ait besoin qu’elle soit directement implantée dans notre tête !

En ce qui concerne l’enquête, sorte de huis clos insulaire, je préfère rester vague, mais je peux néanmoins vous dire qu’elle se complexifie à mesure que l’on tourne les pages. La mort de l’actrice principale n’est pas le seul drame qui va venir entacher la production hollywoodienne et une île devenue bien menaçante… Entre les constatations d’usage, les interrogatoires, la plongée dans un monde à part avec ses codes, les vices de certains, les révélations et autres joyeuses découvertes… le capitaine et son coéquipier ne vont pas avoir le temps de s’ennuyer. Ni le lecteur d’ailleurs, car à peine une question survient qu’une autre se pose, le tout dans un climat étrange où le glamour est estompé par la mort, l’argent en trame de fond puisque drame ou pas « the show must go on », les petits arrangements avec la morale que l’on pense à la drogue ou à la présence d’un réalisateur connu pour ses comportements de prédateur sexuel… Mais que voulez-vous, il est « bankable » alors la santé physique et mentale des femmes avec lesquelles il travaille ne semble pas une priorité. Difficile de ne pas faire le lien avec une célèbre affaire impliquant un producteur américain. 

Si j’ai deviné l’une des révélations, mais pas le motif, cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre le cheminement de pensées du capitaine, ses hypothèses, ses doutes, les ponts qu’il fait entre la situation sur place et sa vie personnelle… Un plaisir d’autant plus grand que le personnage est finalement bien plus sympathique que la description des débuts ne le laisse présager. Certes, il a tendance à mettre les gens à distance en se montrant cassant, mais son humour m’a fait sourire et sa relation avec Camille le rend assez touchant. On sent que derrière le côté bourru, se cache un homme qui a du mal à se pardonner la mort de sa coéquipière, mais qui ne cherche pas à explorer plus que cela ses sentiments et sa douleur. Quant à savoir si faire son deuil à l’aide d’un double virtuel de la personne que Camille fut est sain, chacun se fera sa propre opinion. Pour ma part, j’ai apprécié la lucidité du capitaine sur son alter et l’efficacité avec laquelle il utilise cette technologie.

Un point m’a semblé au départ peut-être un peu gros, mais après réflexion, je ne peux que reconnaître qu’en l’état actuel du monde, il est finalement assez réaliste ! C’est peut-être ce qui rend le dénouement aussi marquant avec cette impression qu’il y a au-dessus de la toile une araignée intouchable prête à étendre son influence. En ce qui concerne la plume de l’auteur, elle se révèle, comme toujours, très agréable et facile d’accès, ce qui rend la lecture aussi rapide que facile, d’autant que le roman ne souffre d’aucun temps mort ni de détails inutiles.

En conclusion, fidèle à son habitude, l’auteur nous propose un véritable page-turner, qualification qui tient autant à l’intrigue en elle-même, une enquête policière sur une île qui se complexifie au fil des pages, qu’à une plume fluide, immersive et agréable. Mais ce qui fait l’originalité de ce roman policier est sa touche de science-fiction qui, en plus de s’intégrer avec beaucoup de réalisme à l’intrigue, soulève des questions intéressantes quant aux intelligences artificielles, leurs bienfaits, leurs dangers et leurs limites, tout en nous poussant à nous demander si le véritable danger provient de la technologie en elle-même ou de l’utilisation que certains en font ou aimeraient en faire…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Explorateurs des Galaxies – Tome 1 : Mission Ultra Secrète, Frédérick Maurès

Chaque soir, pendant les vacances d’été, Camille n’en croit pas ses oreilles : son grand-père Jean lui raconte les aventures extraordinaires qu’il a vécues dans sa jeunesse, alors qu’il était pilote junior au Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS).Bien avant la conquête de la Lune par les américains, une équipe d’astronautes français aguerris avait déjà mené de périlleuses missions d’explorations bien au-delà du système solaire, aux confins de l’univers.Mais un jour, plus tôt que prévu, un événement inattendu va entraîner le jeune homme et ses coéquipiers, Ricardo et Stanislas, ainsi que Maya, leur mascotte, dans des aventures spatiales inouïes, au cours desquelles ils vont découvrir des mondes inconnus, d’étranges planètes, des êtres bizarres et des phénomènes extraordinaires.Au péril de sa vie, Jean aura à cœur de mener à bien sa première mission ultra secrète.

Explorateurs des Galaxies – Mission Ultra Secrète » est le 1er tome d’une trilogie de science-fiction pour les jeunes lecteurs de 9 à 13 ans. Le récit trépidant, outre sa nature romanesque, aborde des thèmes universels tels que le sens de l’honneur, la solidarité ou l’abnégation.

Auto-édition ( (9 mars 2021)– 128 pages – Papier (9,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Le résumé m’ayant intriguée, j’ai accepté avec plaisir la proposition de l’auteur de me plonger dans le premier tome de sa trilogie de science-fiction destinée aux lecteurs à partir de 9 ans. Et si tout est mis en place pour rendre la lecture accessible à ce jeune public, les adultes passeront également un très bon moment en compagnie de Jean, de son petit-fils de 10 ans, Camille, et de tous les protagonistes intervenant dans cette épopée de l’espace.

J’ai tout d’abord beaucoup apprécié l’idée de l’auteur de nous narrer son histoire par le biais d’un grand-père qui raconte ses exploits de jeunesse à son petit-fils. Ayant été très proche de mon grand-père, ces moments de partage, de connivence, de complicité et de confidence m’ont personnellement beaucoup touchée en plus de me passionner. J’aime à croire qu’il en a été de même pour Camille qui s’est révélé être un auditeur particulièrement curieux, attentif et impliqué, n’hésitant pas à interrompre son papi pour lui poser des questions et lui faire préciser certains points.

Il faut dire que ce que nous raconte Jean est particulièrement surprenant et incroyable, ce dernier ayant vécu des péripéties dignes des plus grands explorateurs… de l’espace ! Il a ainsi été impliqué dès son dixième anniversaire dans un secret jalousement gardé, un secret qui nous pousse à reconsidérer la conquête spatiale telle qu’elle est enseignée dans les livres d’histoire. Et si, ce n’était pas Neil Armstrong qui avait posé le premier pas sur la lune en 1969 ? Et si, la planète Mars n’était finalement pas si inaccessible à l’homme que cela, du moins autrement qu’à travers des sondes et des robots ?

Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié l’immersion au sein du Centre des Opérations Ultra Secrètes (COUS) et d’en appréhender les réussites, les missions et les technologies. Un centre auquel va être lié Jean par l’entremise de son père, un centre qui va changer sa vie à jamais, un centre qui va lui faire rencontrer différentes personnes, mais aussi des créatures plus ou moins sympathiques et accueillantes, mais surtout un centre qui va le conduire à vivre de dangereuses et incroyables aventures dans l’espace !

Voguant de planète en planète pour une mission de sauvetage, accompagné de Stan, Ricardo et de la très attachante chienne Maya, Jean va ainsi avoir l’occasion de prouver sa bravoure, son sens du sacrifice, son esprit de coopération et d’initiative ! Des qualités qui rendent le personnage très attachant, tout comme le fait de le découvrir à différentes étapes de sa vie : enfant, jeune adulte et grand-père !

Au-delà du personnage, je ne doute pas que les enfants et les adultes, amateurs d’astronomie ou non, prennent un immense plaisir à se laisser emporter par toutes ces aventures menées tambour battant, puisque nos personnages n’ont guère le temps de se reposer sur leurs lauriers. Après une première phase de découverte, le roman prend son envol et devient véritablement haletant. Il se passe, en effet, toujours quelque chose, et l’on ne peut s’empêcher de s’inquiéter pour les personnages, mais aussi d’être passionnés par leurs (més)aventures, desquelles ils sortent la tête haute, parfois le ventre en vrac, et l’esprit toujours aussi déterminé à réussir leur mission. Il faut dire que Jean a une motivation toute personnelle.

Ce premier tome, bien qu’abordant un épisode imaginaire de notre histoire, ne manquera pas de vous parler, puisqu’on y évoque très brièvement une pandémie et sa gestion catastrophique. Une gestion qui met en avant les conséquences néfastes d’un manque de solidarité et de concertation, poussant des individus à gérer localement un problème pourtant global. Les humains que nous sommes peuvent au moins se rassurer sur un point : même des nations extraterrestres peuvent se laisser prendre au piège du chacun pour soi.

Quant à la plume de l’auteur, elle est très agréable tout en demeurant accessible à un jeune lectorat, ce qui rend la lecture fort sympathique, et permet éventuellement de se lancer dans une lecture commune enfant/adulte. L’alternance de chapitres courts et dynamiques facilite, en outre, l’immersion dans le récit, comme le côté très vivant des récits de Jean. Au gré des pages, il se noue d’ailleurs une sorte de connivence entre ce grand-père, ancien explorateur de l’histoire et conteur émérite, et les lecteurs…

En conclusion, Mission Ultra Secrète est un roman qui devrait ravir les lecteurs, jeunes et moins jeunes, passionnés par l’espace et l’idée d’en explorer les secrets, mais aussi les lecteurs simplement en quête d’aventures rythmées qui les tiennent en haleine, et qui leur offrent des sensations fortes en même temps qu’une bonne dose d’action. Explorer la galaxie n’aura jamais semblé aussi accessible qu’avec Jean, un grand-père décidément très doué pour redonner vie au passé, et nous plonger avec force dans ses souvenirs. Et quels souvenirs !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.

Top Ten Tuesday #211 : 10 romans en anglais que j’ai aimés et que j’aimerais voir traduits en français

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Le thème de la semaine ne m’inspirant pas outre mesure, j’ai décidé de profiter de ce top ten tuesday pour vous parler de ces livres en anglais que j’ai bien aimés et que j’aimerais voir traduits en français.

  • Des romans de romantasy difficile à lâcher : sorcières, vampires, sirènes, faes, pirates… Il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts. En plus d’être de véritables pages turner, ces romans ont comme point commun de mélanger avec talent fantasy et romance. La romantasy, un genre que j’aime beaucoup et avec lequel je passe toujours de beaux et intenses moments. Si j’ai aimé tous ces romans, Serpent & Dove et The Bargainer : Rhapsodic sont les deux qui m’ont le plus tenue en haleine. From Blood and Ash possède également ce côté addictif, mais il faut attendre un certain nombre de pages avant de le ressentir. Quant à Daughter of the Pirate King, il offre une ambiance de piraterie fort sympathique ! 

Couverture Serpent & Dove, book 1Couverture Blood and Ash, book 1: From Blood and AshCouverture The Bargainer, book 1: Rhapsodic

A promise of fire, dont la chronique est dans mes brouillons, devrait être traduit en français. L’autrice n’a toutefois pas pu me donner plus d’informations quant à une éventuelle date de sortie.

Couverture The Kingmaker Chronicles, book 1: A Promise of FireCouverture Daughter of the Pirate King, book 1

  • Thriller et Science-fiction : All eyes on us est un thriller young adult efficace qui offre une certaine représentativité avec des personnages racisés et LGBT. On y parle notamment intolérance, homophobie, religion, apparences… Quant à Interview with the robot, son intérêt réside dans son rythme haletant, sa construction originale et les différentes thématiques abordées comme la question de la robotique et des intelligences artificielles. Les deux livres peuvent être écoutés gratuitement sur Audible Stories.

Couverture All Eyes on UsInterview with the Robot

  • Deux romances fort addictives : The Ex Talk, en plus d’offrir une belle romance avec un homme connaissant la notion de consentement (c’est assez rare pour être noté), nous plonge dans le milieu de la radio. Du jamais vu pour moi. Quant à Dear Enemy, c’est l’une des meilleures romances ennemies to lovers que j’aie lue. L’attraction et l’alchimie entre les deux protagonistes est juste incroyable !

Couverture The Ex Talk

  • Ouvrage graphique : de cette liste, Fangs est l’ouvrage dont le niveau d’anglais est le plus accessible. Basé sur des scènes de vie entre une vampire et un loup-garou, c’est mignon et plein d’un humour parfois un peu mordant. Ce n’est pas le genre de livres que l’on garde longtemps en mémoire, mais ça fait passer un bon moment de détente sans prise de tête. Et les illustrations en noir et blanc ne sont pas dénuées de charme. Quant à l’objet livre, il est vraiment très joli : couverture tissée, tranches noires…

Couverture Fangs

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils dans leur version originale ou dans une éventuelle version française ?

Lululand, tome 2 : Lululand Infrarouge, Federico Saggio

Couverture Luluand, tome 2 : Lululand Infrarouge

Pays Noir, 2184.

L’Humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle. L’Ancien Monde s’est consumé, et de ses cendres a émergé une nouvelle société autoritaire : la Fédération de Lululand, au sein de laquelle la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Mais parmi les Cerbères qui veillent à sa pérennité, il est un chien de garde qui a brisé la chaîne qui le retenait… et qui ne vit plus que pour voir sa destruction.
Lululand Infrarouge reprend le récit précisément là où Lululand Ultraviolet s’est arrêté… pour mener ses personnages dans une spirale infernale, jusque dans des profondeurs insoupçonnées, et enfin clore cette duologie d’anticipation à la narration viscérale.

Y a-t-il seulement une issue ?
Ailleurs est-il meilleur ?

Independently published (26 juillet 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant apprécié le premier tome, j’ai tout de suite enchaîné avec la suite que j’ai tout autant aimée, si ce n’est plus. Cela s’explique peut-être par l’évolution du héros qui nous apparaît ici bien plus humain. Alors qu’on aurait eu tendance à le prendre pour un mercenaire en quête de souvenirs dans un monde apocalyptique où le soleil doit être caché pour ne pas être mortel, et où tout est contrôlé par une Fonction asphyxiante, il nous apparaît ici comme un être capable de sentiments pour autrui et d’une totale et pure abnégation.

Ainsi, il se refuse à abandonner Marcin à son triste sort et fait de son mieux pour sauver la vie de ce jeune homme pour lequel il va, tout au long de l’aventure, développer un certain attachement, voire une profonde affection. Un sentiment qui aurait pu lui être fatal dans ce monde du chacun-pour-soi, mais qui va le révéler à lui-même. Cela va également le pousser à se battre encore et encore pour se détacher d’une société qui ne lui convient guère, et lancer une première offensive pour en abattre les murailles. Cela ne se fera pas sans heurt et sans un énorme et ultime sacrifice qui, je dois l’avouer, m’a quelque peu surprise et peinée, tout en me semblant étrangement offrir une sorte de lumière dans l’obscurité. 

Tout détruire pour mieux reconstruire, ce serait un peu le leitmotiv de ce livre qui nous montre qu’il faut parfois se méfier des apparences et ne jamais oublier de s’interroger sur le modèle sociétal qu’on nous propose ou nous impose. Pour espérer vivre, et non survivre, doit-on vraiment renoncer à sa liberté et s’enfoncer dans une illusion qui, derrière le paravent des faux-semblants, n’en demeure pas moins une cage comme une autre ? Devoir renoncer à son individualité pour se fondre dans la masse et espérer un minimum de paix, est-il vraiment mieux qu’une vie totalement orientée vers la productivité ? Peut-être finalement, mais ce n’est pas non plus vraiment vivre. Alors ne vaut-il pas mieux accepter la dangerosité liée à une existence menée hors des sentiers battus que d’accepter de se cantonner aux limites de sa caverne ?

Ce sont tout autant de questions qui viennent s’ajouter à une longue série que cette duologie ne manquera pas de soulever. Parfois philosophiques, parfois simplement humaines et représentatives des idéaux de chacun, ces interrogations apportent une certaine profondeur à une duologie menée tambour battant. Ainsi, comme dans le premier tome, l’action est au rendez-vous, l’auteur nous entraînant dans une sorte de road-trip survivaliste où notre protagoniste accompagné de son protégé va passer de la brutalité des Territoires Perdus à la réalité trompeuse des Enfers.

Deux endroits aux règles différentes qui se révèlent, chacun à leur manière, déroutants et fascinants. Quoi que fascinant ne convienne peut-être pas vraiment aux Territoires perdus, ce no man’s land m’ayant révulsée par sa brutalité et la manière dont les mutants et humains sont réduits à l’état de viande ou d’objets comme les autres que l’on marchande et maltraite… Quant aux Enfers, ils s’apparenteraient presque au paradis si l’on considère les endroits infâmes et immondes traversés par notre duo. Comme quoi, tout est toujours question de perspective !

Je préfère rester vague sur l’intrigue en elle-même parce qu’elle est de celles qu’il est préférable de découvrir par soi-même, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur vous réserve encore de l’action et une révélation qui redistribue de nouveau les cartes ! Ainsi, Federico Saggio possède indéniablement un certain talent pour retourner le cerveau de ses lecteurs en même temps que celui de son protagoniste, qui semble de plus en plus marqué psychiquement… Ce qui se comprend fort bien au vu son histoire, des « améliorations » imposées à son corps, et de tout ce qu’on a fait subir à sa personnalité et à sa mémoire. Comment être soi quand on s’est arrangé pour que vous ne le soyez jamais vraiment ? À moins que cela ne compte finalement pas vraiment, et que le plus important est la personne que vous avez choisi de devenir en votre âme et conscience. Une personne bien plus humaine en ce qui concerne notre héros !

En conclusion, Luland Infrarouge conclut à merveille une duologie qui questionne aussi bien les fondements d’un monde ayant perdu toute son humanité que la notion de mémoire et de personnalité. Rythmée, haletante, non dénuée de tension, de mystère et de coups de théâtre, voici une lecture passionnante qui plaira aux lecteurs en quête d’un univers de science-fiction dur et brutal, dans lequel un homme se débat contre les règles de la société, tout en cherchant à définir les siennes…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet, Federico Saggio

Couverture Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet

Dans un futur proche où l’humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle…

Un amnésique s’éveille dans une ruelle, pourchassé par des humains revenus au stade animal – et qui en veulent à sa viande.

Bien vite, il réalise que ses souvenirs lui ont été volés, dans un monde où la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Independently published (10 mai 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Federico Saggio toujours aussi imagée, immersive et parfois non dénuée de brutalité, un peu comme pour faire écho à ce futur apocalyptique dans lequel il nous plonge. Un futur que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un protagoniste qui se réveille privé de mémoire, mais le corps meurtri par les séances de torture, et l’esprit alangui par de puissants psychotropes. Une fois libéré de sa chambre d’hôpital aux allures de cellule de prison, il se lance sur les traces de son passé afin de se retrouver et d’accomplir cette mission de Cerbère qu’on attend de lui…

Cerbère, un concept qu’il va progressivement s’approprier, et qui sera l’un des nombreux éléments qui vont lui faire comprendre que la vie de l’ancien Benedict n’est peut-être pas celle que le Benedict du présent aurait vraiment envie de vivre. Mais a-t-il vraiment le choix ? Peut-il s’émanciper d’un système répressif et violent suivant un dogme dans lequel le Soleil a été déclaré ennemi d’État, et au sein duquel aucune liberté n’est accordée en dehors de celle de produire en fonction du rôle qui vous a été assigné. Et pour s’en assurer, les moyens mis en place sont plutôt radicaux !

Retrouver sa place de Cerbère et s’assurer de la pérennité du système ou lutter contre cette vie pour laquelle Benedict ressent de plus en plus de dégoût ? Il lui faudra choisir, d’autant que la résurgence d’anciens souvenirs commence à lui faire prendre conscience de certaines vérités, sur lui, mais aussi sur son ancienne fonction… Entre doutes sur la véracité de ses souvenirs et découverte d’un monde d’horreur où l’humanité est réduite à l’état de charognard et de corps sans vitalité, notre protagoniste va être poussé dans ses retranchements, jusqu’à enfin se révéler à lui-même et aux lecteurs.

J’ai adoré cette idée de progresser en même temps que Benedict dans ce monde dévasté où quand les cannibales ne menacent pas de vous manger, c’est le système tout entier qui menace de vous engloutir. On découvre les choses en même temps que lui, ce qui ne manque pas d’attiser fortement la curiosité. Bien que l’on ne puisse qu’être horrifié par l’état du monde, on n’en reste pas moins curieux de découvrir la réalité derrière les écrans, non pas de fumée, mais de scènes enregistrées apportant un semblant de vie au-delà des rues sales, des silhouettes décharnées, de l’absence de lumière naturelle…

Je ne me suis pas attachée à Benedict, parce que ce n’est pas forcément un homme de sentiments, mais j’ai compati à son sort, à la manière dont sa vie lui a été doublement volée, et à cette impression d’avoir été plongé en enfer sans autre forme de procès. Comme lui, j’ai également été révulsée par la surveillance constante à laquelle il est soumis : chacune de ses paroles et chacun de ses faits et gestes sont enregistrés et rapportés par l’intelligence artificielle de son domicile à laquelle il est constamment lié par un implant… Dans ces conditions, difficile de ne pas comprendre ses désidératas de rébellion !

Au-delà du mystère entourant l’histoire de Benedict et la brutalité de ce monde, l’intérêt du roman réside également dans toutes ces questions qu’il soulève autour de la mémoire, qu’elle soit musculaire ou neuronale, de la personnalité et de ce qui fait de nous ce que nous sommes. Est-on encore soi-même quand on est privé de mémoire et de tous ces souvenirs qui forgent une personnalité ? Quel crédit peut-on accorder à ses propres souvenirs dans un monde où il est possible de les changer, de vous en implanter de nouveau, en somme de vous façonner à votre insu ? Vaut-il la peine de vivre une vie dans laquelle on vous fait endosser un rôle au détriment de votre propre personnalité, allant jusqu’à la déliter complètement ?

D’ailleurs, ce système dans lequel on joue impunément avec la vie et la personnalité des gens révèle ses limites, certains esprits n’étant pas faits pour être formatés et vivre une vie dénuée de spontanéité. Une réalité qui va s’imposer autant à Benedict qu’à un jeune homme qu’il va plus ou moins prendre sous son aile. Un duo formé sur le tard que l’on a hâte de retrouver dans la suite de la série, ce premier tome se terminant sur une grosse révélation et une scène laissant présager de nouvelles péripéties mouvementées.

En conclusion, avec Lululand Ultraviolet, l’auteur nous transporte dans un futur apocalyptique où le soleil est masqué et l’humanité déchue et contrôlée soit par ses bas instincts soit par un système oppressif et dictatorial. Un système que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un amnésique, qui va progressivement renouer avec son passé avant de se forger son propre avenir. Entre mystère, action et un jeu maîtrisé entre souvenirs et réalité, voici un premier tome que vous aurez bien du mal à lâcher.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #29

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Toutes ces nouvelles, téléchargeables gratuitement sur Amazon, ont été lues dans le cadre du challenge Le mois des nouvelles et du Projet Ombre 2021

  • 41 unités temporelles, Anthony Boulanger

41 unités temporelles par [Anthony Boulanger]

Ayant le profil psychologique idéal, le colonel Perry a été sélectionné pour effectuer une mission confidentielle de la plus haute importance et dont les retombées scientifiques sont des plus excitantes. Mais si le militaire reste peu réceptif aux explications scientifiques qu’on lui donne, on ne peut s’empêcher de se dire qu’il devrait peut-être rester attentif et se poser quelques questions quant aux contours précis de sa mission…

J’ai apprécié la tension que l’auteur instaure avec un jeu efficace sur le temps et cette sensation que quelque chose de dangereux se profile. J’ai également trouvé intéressante la manière dont il insiste sur le profil psychologique du colonel Perry, nous donnant le sentiment que rien dans cette histoire n’est du au hasard… Quant à la révélation, elle a un côté cynique qui correspond assez bien aux modèles économiques en vigueur dans nos sociétés.

En bref, voici une nouvelle qui se lit rapidement et qui, bien que très courte, ne manquera pas de captiver les lecteurs.

  • Au bon vieux temps, Raymond Milési :

Au "Bon vieux temps" par [Raymond Milési, Michel Borderie]

Difficile de trouver un titre plus approprié pour cette courte nouvelle qui nous transporte dans les pensées d’un homme isolé sur une planète dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle n’est pas la Terre.

Mais peu importe puisque notre narrateur la fait revivre à travers ses souvenirs, mais aussi les espoirs qu’ils placent dans l’arrivée de nouveaux colons. Quand enfin ils seront là, cette solitude qui semble sienne pourra s’envoler au profit de repas partagés, de rires, de chaleur humaine et du retour du « bon vieux temps »…

De la nostalgie d’un passé révolu et condamné aux espoirs d’un homme dont la solitude émeut, voici une nouvelle qui, en quelque pages, arrive à transmettre beaucoup d’émotions tout en poussant les lecteurs à s’interroger sur la Terre et  la propension de l’homme à la violence et à la destruction.

  • Tous les robots s’appellent Alex, Jean Bury

Tous les robots s’appellent Alex par [Jean Bury]

Quand les robots et les intelligences artificielles sont bien souvent présentés comme les destructeurs de l’humanité, ils ont ici tenté de la sauver sans grand succès. Un virus a ainsi éradiqué tous les hommes qui n’ont laissé derrière eux qu’un vaisseau spatial habité par une intelligence artificielle, Père, et sa créature, un cyborg de quatorze ans qu’il élève comme un humain. Ainsi, si les hommes ont disparu physiquement, Père est, quant à lui, bien décidé à poursuivre sa mission et à sauvegarder le souvenir de leur existence et de leurs us et coutumes.

C’est d’ailleurs dans ce but qu’il a créé et conditionné Alex, mais de fil en aiguille, ce dernier va en venir à s’interroger sur la notion d’humanité et la pertinence de préserver le souvenir d’un monde déchu depuis des siècles. Des questions qui en appellent d’autres et qui vont le conduire sur un chemin dangereux, celui de la vérité.

J’avais très vite anticipé le secret que va mettre à jour Alex, mais cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre ce jeune cyborg dans ses questionnements et à le voir interagir avec son créateur. Une relation créature/machine qui se révélerait presque touchante même si c’est finalement Alex qui émeut le lecteur de par sa solitude, ses besoins de réponse et le poids des responsabilités qui pèsent sur ses épaules…

En bref, voici une nouvelle fort immersive qui ne manquera pas de vous faire réfléchir sur de nombreux thèmes comme la notion d’humanité et le rapport homme/IA/machine. Mon seul petit regret est ne pas en savoir plus sur l’après, sur le nouveau chemin emprunté par un protagoniste qui a compris que vivre, ce n’est pas simplement exister.

  • Notre Mère, Philippe Deniel

Notre Mère par [Philippe DENIEL]

Nous suivons ici une escouade dépêchée pour accoster un navire-colon, l’Amerigo Vespucci, mais à bord, tout ne se passera pas comme prévu, et ce qui aurait dû être une classique mission va prendre une tournure inattendue. En plus des Déchus que les Chevaliers, accompagnés d’un shaman, sont venus détruire, le navire semble abriter une autre entité.

Quant à découvrir sa nature, il vous faudra lire cette courte nouvelle dans laquelle la tension monte crescendo. En plus de l’hostilité des Chevaliers envers le shaman qu’ils considèrent comme une abomination malgré son savoir-faire, une menace bien plus grande semble être sur le point d’être démasquée à moins que…

J’ai beaucoup apprécié cette nouvelle dont la fin m’a vraiment surprise, et m’a prouvé que, d’une part, ceux qui aboient ne sont pas forcément ceux qui mordent, et que d’autre part, certains sont prêts à tout pour combler une Mère extrêmement possessive !

  • Sale temps pour un mutant, Guillaume Sibold

Sale temps pour un Mutant par [Guillaume Sibold]

Dans une ambiance de fin du monde, nous suivons un mutant qui tente, tant bien que mal, de survivre durant une nuit sanglante où les Jack-O’ sont de sortie.

Ces monstres, pourtant faits de chair et de sang, terrorisent chaque année, durant une seule et unique nuit, tout le monde : des mutants ayant subi des transformations physiques aux pillards en passant par les créatures peu ragoûtantes qui hantent les recoins de la ville, une fois la nuit tombée.

L’auteur instille, page après page, pas après pas, une bonne dose d’horreur à travers cette bande déguisée et violente qui traque et massacre leurs proies. Et quand ce n’est pas entre les mailles de leur filet que notre mutant doit passer, c’est entre celles d’une créature qui, heureusement pour lui, possède un étrange et intéressant point faible.

Si vous aimez ressentir cette bouffée d’angoisse qui monte à mesure que se tournent les pages, vous allez apprécier cette nouvelle qui donne l’impression déstabilisante de devoir, aux côtés de notre protagoniste, lutter pour sa survie dans un monde post-apocalyptique digne d’un bon film d’horreur.

Et vous, lisez-vous parfois des nouvelles et/ou de la science-fiction ?
Certaines de ces nouvelles vous tentent-elles ?