Outsphere, Guy-Roger Duvert

Je remercie Guy-Roger Duvert pour m’avoir permis de découvrir son roman, Outsphere. Un premier tome riche en péripéties !

PRÉSENTATION AUTEUR

Après avoir quitté une Terre mourante du fait des erreurs de nos sociétés, l’Arche, premier vaisseau à coloniser une exoplanète, arrive au bout d’un long voyage de 80 ans. Les colons sortent de leurs caissons cryogéniques et découvrent ce qui doit devenir un nouveau commencement pour l’humanité. Une nouvelle planète, un monde principalement végétal baptisé Eden. Les surprises se cumulent vite : la surface abrite une espèce primitive mais intelligente, des ruines prouvent l’existence de civilisations passées avancées, le système climatique obéit à des règles très particulières. Mais malgré tout cela, la colonisation commence de manière somme toute très classique, avec les traditionnelles oppositions entre militaires, scientifiques, civils.

Mais tout change avec l’arrivée d’un nouveau joueur : un second vaisseau spatial arrive, quelques mois seulement après l’Arche. A son bord, des Terriens partis 60 ans plus tard, bénéficiant d’une technologie plus avancée, et eux même fortement modifiés génétiquement. Capables de se synchroniser et de communiquer télépathiquement entre eux, ils sont devenus une espèce fondamentalement collectiviste, que tout oppose aux traditionnels Terriens individualistes de l’Arche. Les deux peuples essaient dans un premier temps de cohabiter et d’apprendre les uns des autres, mais les obstacles rencontrés, le passé de la planète qui s’avère beaucoup plus riche et mystérieux que prévu, vont rapidement augmenter les tensions. Eden représente-t-il un nouvel espoir, ou au contraire la fin d’une civilisation? « Outsphere » est une saga de science-fiction, qui tout en développant un univers particulièrement fouillé, s’amuse à explorer des questions philosophiques liées d’un côté au transhumanisme, de l’autre aux oppositions entre pensées collectivistes et individualistes.

Auto-édité (2 mai 2019) – 312 pages – Broché (19,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Dès les premières pages, j’ai été séduite par la jolie plume de l’auteur d’autant que l’univers qu’il déploie sous nos yeux se révèle des plus immersifs.

Nous voilà donc transportés à bord de l’Arche, un vaisseau envoyé depuis la terre, il y a maintenant 80 ans, afin de coloniser une exoplanète, Eden. Loin de satisfaire une quelconque envie de conquête spatiale, ce vaisseau représente le dernier espoir des êtres humains menacés d’extinction par les guerres, les problèmes économiques, sociétaux et environnementaux… Après être sortis de leur caisson cryogénique, les colons travaillent donc à la construction d’une nouvelle société, ce qui ne se fera pas sans heurt, des tensions entre militaires et civils ne manquant pas de semer le trouble au sein de la colonie.

Les colons se divisent donc très vite, certains préférant s’installer sur la nouvelle planète en-dehors des infrastructures mises en place par l’armée afin de gagner en liberté. Une décision plutôt hasardeuse si l’on considère les habitants originels de la planète qui ne semblent pas des plus accueillants, la faune et la flore locales dangereuses, et les éventuels dangers environnementaux et bactériologiques qu’il reste à appréhender… La liberté a un prix comme le découvriront nos exilés.

Et comme si ces tensions internes ne suffisaient pas, l’armée doit également gérer l’arrivée inattendue d’autres colons Terriens, les Atlantes, ayant été génétiquement modifiés et bénéficiant d’avancées technologiques bien plus importantes. En plus de leurs capacités extrasensorielles et d’une plastique parfaite, ces nouveaux arrivants se distinguent des « Anciens » par une conception très particulière de la vie en société, l’individu s’effaçant entièrement au profit de la collectivité. Ils n’ont d’ailleurs pas de nom, seulement des matricules…

J’ai été complètement happée par le côté roman d’aventure puisque qui dit colonisation dit exploration, et à ce niveau, l’auteur nous a gâtés. On suit ainsi avec beaucoup de plaisir, et avec une pointe d’appréhension, les sorties sur Eden des scientifiques et des militaires qui font de leur mieux pour explorer et s’approprier ce nouvel environnement. Plein de promesses, celui-ci se révélera également plein de dangers à l’instar de ces charmantes bestioles qui semblent développer un certain intérêt pour nos colons. Les Edeniens apportent également une tension certaine au récit, leur agressivité à l’égard des Terriens compliquant nettement leur installation. D’apparence assez primitive, cette espèce pourrait réserver quelques surprises et se montrer bien plus dangereuse que prévu.

À moins que la véritable menace ne provienne de ces autres espèces, maintenant disparues, ayant précédé les colons ou des tensions sous-jacentes entre les Anciens et les Atlantes. En effet, certains colons ne voient pas d’un très bon œil ces humains modifiés et interchangeables si différents d’eux qui s’expriment d’une seule voix. Il faut dire que si l’idée d’une société pacifiée dans laquelle chaque décision serait le résultat d’un consensus n’est pas dénuée d’intérêt, on se rend très vite compte des dangers de cette pensée unique qui déshumanise les individus et annihile tout ce qui fait la complexité de l’âme humaine.

L’auteur aborde donc avec une certaine subtilité cette dichotomie entre une société humaine traditionnelle et individualiste, et une société collectiviste et uniformisée. La première peut être minée par les conflits, mais est riche de sa diversité quand la seconde assure la paix, mais est vide de toute émotion. Mais n’existe-t-il pas une autre voie, une voie intermédiaire qui permettrait de trouver un équilibre entre ces deux visions en apparence inconciliables ?

Quant aux personnages, on notera une réelle diversité ethnique, culturelle, sociale et comportementale, ce qui rend leurs échanges intéressants et parfois mouvementés. Certains protagonistes m’ont plus touchée que d’autres, mais grâce à l’alternance de points de vue, je me suis sentie concernée par le sort de chacun. J’ai, en outre, apprécié leur construction et la manière dont l’auteur les fait évoluer au gré des épreuves qu’ils ne manqueront pas d’affronter, la colonisation d’Eden n’étant pas vraiment une sinécure…

À cet égard, j’ai plus particulièrement apprécié le colonel Bowman qui va faire montre d’une grande capacité de résilience, et apprendre à faire des choix difficiles qui vont à l’encontre de ses envies et de ses sentiments. Et les choix cornéliens, c’est un peu la spécialité de son supérieur pour lequel je n’ai pas ressenti une grande empathie, mais dont je reconnais la difficulté de la tâche : assurer la survie du plus grand nombre envers et contre tous, le tous englobant aussi bien les colons eux-mêmes que les Atlantes et les autochtones !

En conclusion, en nous immergeant avec force et réalisme dans la colonisation d’une planète avec sa cohorte de dangers, Outsphere nous offre une plongée fascinante et mouvementée dans une lutte sans merci pour la survie. Sous couvert d’une aventure menée tambour battant et riche en péripéties, l’auteur soulève également des questions à la portée philosophique qui interrogent aussi bien la construction de nos sociétés autour de valeurs fortes que des notions telles que le rejet de la différence et la peur de l’autre, la sécurité et le degré de liberté que l’on est prêt à lui sacrifier…

Entre Lost et Les 100, voici un premier tome que je vous recommande pour une lecture palpitante et sous tension !

« Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. » Benjamin Franklin

Lire un extrait/découvrez le roman sur Amazon.

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Les Rats de Hamelin, Jean-Christophe Chaumette

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Les Rats de Hamelin de Jean-Christophe Chaumette dans le cadre du Crazy Books Day.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chargé de fournir aux États-Unis une arme révolutionnaire, John Dougherty se heurte à deux difficultés majeures : Eli Weisman, le seul scientifique capable de doter des robots de combat d’un cerveau efficace, est un pacifiste cocaïnomane réticent à aider les militaires ; et Paul Teofinua, favori des élections présidentielles à venir, rêve de désarmement mondial.
Tandis que Dougherty et Weisman, tous deux convaincus d’œuvrer pour le bien commun, s’opposent sans relâche, Paul Teofinua se rapproche de la victoire finale.
Mais la menace qui plane réellement sur l’humanité n’est ni celle imaginée par John Dougherty le nationaliste ni celle redoutée par Eli Weisman l’antimilitariste. Personne n’est capable de la prévoir.

Évidence éditions – 456 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Aimant beaucoup la légende du joueur de flûte de Hamelin, le titre du roman m’a tout de suite donné envie de découvrir l’histoire proposée par un auteur que je ne connaissais que de nom, Jean-Christophe Chaumette. S’il m’a fallu la fin du roman pour vraiment comprendre le choix du titre, je le trouve très pertinent.

Cette histoire, je l’ai dévorée très vite happée par l’écriture de l’auteur qui est un parfait équilibre entre fluidité, précision et immersion. On sent une parfaite maîtrise de la langue et une volonté de coller au plus près de l’intrigue, des personnages et de leur vie mouvementée. Car je peux vous dire qu’avec Les Rats de Hamelin, vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’auteur réservant à ses personnages moult péripéties et aventures, plus ou moins agréables, mais toujours imprévisibles.

Très rythmé, les actions s’enchaînant rapidement, ce roman nous plonge dans la vie de personnages très différents autant en termes d’idéaux que de personnalité. Quand John Dougherty est prêt à tout pour s’assurer de la suprématie des États-Unis sur le reste du monde, Eli Weisman est, quant à lui, un scientifique pacifique et passablement accro à la drogue, le seul moyen qu’il a trouvé pour faire taire ce terrible cauchemar qui hante ses nuits depuis son enfance. Victime d’un abject chantage, Eli est néanmoins contraint de collaborer avec Dougherty afin de mettre son extrême intelligence au service de l’armée américaine.

L’enjeu est de taille : révolutionner l’art de la guerre en s’appuyant sur la robotique pour maximiser les pertes chez l’ennemi tout en limitant les morts du côté américain. Si l’idée d’une armée de robots a d’abord laissé sceptique Forrester, le gradé s’est vite rangé du côté du progrès… Même s’il semble moins dangereux et extrême que Dougherty, Forrester reste profondément attaché à son pays quitte à prendre quelques largesses avec la morale pour le protéger des dangers, quelle qu’en soit leur nature.

Et les menaces ne manquent pas entre les pays hostiles aux Etats-Unis et cette menace intérieure, repérée avant tout le monde par Dougherty, qui se fait de plus en plus pesante. Elle prend la forme d’un candidat à la présidence qui semble, comme par miracle, conquérir le cœur des Américains et même de ceux qui devraient le haïr : les industriels de l’armement. Paul Teofinua a, en effet, basé son programme sur le désarmement nucléaire, un objectif qui ne rencontre pas la levée de boucliers à laquelle on aurait pu s’attendre. Quel est donc le secret de cet homme qui arrive à faire accepter l’inacceptable à la plus grande nation du monde et à ses industriels ?

Prophète des temps modernes qui œuvre pour le bien de l’humanité ou dangereux personnage qui menace la grandeur des États-Unis en l’affaiblissant comme le pense Dougherty ? Et derrière cet écran de respectabilité que rien ne semble pouvoir entacher malgré une vie privée passée au crible, Paul Teofinua est-il vraiment l’homme qu’il prétend être ? Non, si l’on se fie à sa fille aînée qui ne reconnaît plus son propre père depuis sa rencontre avec un docteur et ses méthodes de guérison alternatives qui ont conduit un père de famille mourant à se transformer en un combattant acharné pour la paix…

L’auteur a réussi à faire de Paul Teofinua un personnage fascinant car très difficile à appréhender. Il intervient très peu dans le roman, mais il l’imprègne de son aura et laisse son ombre planer, une ombre qui se veut tout à tour synonyme d’espoir et de danger. Le mystère et le suspense autour de cet homme sont probablement ce qui m’a le plus tenue en haleine et fait tourner les pages avec cette envie irrépressible de faire tomber le masque, si masque il y a… On ne peut donc s’empêcher de formuler différentes hypothèses pour expliquer le comportement de cet idéaliste et son envie de dénucléarisation qui remet totalement en cause l’équilibre du monde. Quel est son véritable objectif, la paix ou quelque chose que personne n’aurait pu anticiper ni même imaginer ?

Une question qui nous obnubile jusqu’à la fin et quelle fin ! Après le premier choc et un « mais c’est quoi ce délire ?  » qui ne manquera pas de vous traverser l’esprit, on ne peut que se dire que l’auteur a su nous balader de la première à la dernière ligne. À la manière d’un prestidigitateur, il a veillé à détourner notre attention pour mieux nous éblouir par une fin totalement inattendue et choc ! Il m’a fallu quelque temps pour la digérer et j’ai été aidée en cela par un des meilleurs épilogues que j’ai pu lire. Avec subtilité et à travers la voix de l’un de ses personnages, l’auteur arrive à nous faire comprendre son cheminement de pensée et à induire une réflexion sur le nucléaire, l’état du monde, la nature humaine et sa propension à la destruction. Je n’en dirai pas plus sous peine de gâcher la puissance de la fin et du message, mais je peux néanmoins vous dire qu’avec une telle conclusion, je ne suis pas prête d’oublier cette histoire.

Au-delà de la fin, le roman ne manque pas d’atouts : des citations de chansons qui rythment le récit et participent à l’ambiance, une plongée dans les arcanes des services secrets et de ces organisations travaillant dans l’ombre pour le bien d’un pays, la présence de la technologie et la révolution que celle-ci engendre dans les guerres et les questions éthiques que cela soulève, une petite immersion dans la culture polynésienne, une critique sous-jacente de l’hégémonie américaine et des comportements parfois plus que discutables de cette puissance… Des points qui apportent une richesse indéniable à l’intrigue.

À cela s’ajoute l’alternance de points de vue bien maîtrisée qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie des personnages principaux, mais aussi secondaires, Eli ayant la chance d’être soutenu par des amis qui, chacun à leur manière, l’aideront à faire face à une situation qui va vite le dépasser. Il faut dire que l’auteur a su insuffler à son récit cette ambiance complotiste qui pousse certains personnages dans leurs retranchements. Dans cette histoire pleine de rebondissements où les rôles s’inversent vite, difficile en effet d’anticiper les événements ce qu’apprendront à leurs dépens certains protagonistes… À cet égard, j’ai été plus qu’horrifiée par un homme, qui n’en porte que le nom, dont les pensées et les exactions font froid dans le dos d’autant qu’elles sont basées sur une idéologie qui a fait beaucoup de victimes et qui continue à gangréner les esprits.

En conclusion, à la croisée du thriller, du roman d’action et de science-fiction, Les Rats de Hamelin est un roman très cinématographique qui vous offrira un bon divertissement empli de suspense, d’action et de rebondissements. En plus d’une intrigue immersive qui vous tiendra en haleine, les événements s’accélérant à mesure que l’on approche du dénouement, le roman pose les bases d’une réflexion pleine de justesse sur l’homme et sa capacité de destruction…

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence éditions.

From the past, tome 1 : Adaptation, Lauren Peretti

Couverture From the past, tome 1 : Adaptation

J’ai lu From the past – Adaptation de Lauren Peretti dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Belmont Massachussetts, 1955.
Livia a dix-sept ans. Étouffée par les angoisses de son père, elle rêve d’émancipation. Mais, alors que pour la première fois, elle est autorisée à sortir avec ses amis pour voir le succès annoncé de la Fureur de Vivre, Livia perd subitement connaissance.
Quand elle se réveille, 59 ans se sont écoulés mais elle a toujours 17 ans… Surtout, elle possède d’inquiétantes capacités inexpliquées.
Aidée par Kate, neurologue chevronnée, Livia parviendra à s’échapper de FitcherTeck qui la tient captive.
Meurtrie par la perte des siens, elle devra relever plus d’un défi : rattraper près de soixante ans d’histoire, de technologie et d’évolutions sociales et culturelles, maîtriser ses nouvelles capacités mais, surtout, découvrir ce qu’il lui est arrivé, le tout sous la menace de FitcherTeck, organisation sans scrupule qui met tout en œuvre pour la retrouver.
Dans sa fuite vers son destin, Livia découvrira l’amour avec le beau William, fils naturel de Kate abandonné à la naissance, lui-même brisé par la vie. Ensemble, ils tenteront de se reconstruire.

Rebelle éditions (25 septembre 2017) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Excitée et heureuse d’avoir obtenu de son père ultra protecteur la permission de passer la soirée avec ses amies, Livia, 17 ans, se fait kidnapper avant de se réveiller dans un endroit qu’elle ne connaît pas. Une expérience déjà difficile en soi qui se transforme en un véritable cauchemar quand elle apprend qu’elle a « dormi » pendant 59 ans ! Si la jeune fille a gardé son corps et l’esprit d’une adolescente, le monde a, quant à lui, continué sa marche sans elle…

L’année 1955 est donc bel et bien derrière elle ! Mais pire, en plus de lui voler sa vie, ses kidnappeurs ont fait d’elle un cobaye en la dotant de nouvelles capacités cognitives. Déboussolée, Livia peut heureusement compter sur Kate qui décide de la sauver de ses employeurs quitte à faire voler sa propre vie en éclats. Rejointes dans leur fuite par William, le fils de Kate qu’elle avait fait adopter dans sa jeunesse, les deux femmes prennent un nouveau départ. Mais faut-il encore que Livia arrive à tirer le trait sur son passé, à dompter ses nouvelles capacités et à ne pas attirer l’attention sur elle…

Je me suis tout de suite laissée embarquer par l’imagination de l’autrice et la manière dont elle rend la situation de Livia si réaliste. On partage l’incrédulité de la jeune fille, sa colère, ce sentiment terrible de perte, sa peur aussi… Puis les choses se sont quelque peu gâtées, le récit prenant progressivement des allures de romance pour adolescents. Cela, en plus de grandement atténuer l’intérêt que j’avais pour l’histoire, m’a frustrée n’ayant pas vraiment compris ce total revirement.

La romance se révèle, en outre, bien trop rapide pour être réaliste d’autant que l’on n’est pas dans une simple amourette, mais bien dans cette idée de l’amour fou auquel il est impossible de résister. Si l’intensité de la relation entre Livia et William semble peu plausible au regard du peu de temps qu’ils ont passé ensemble, le contexte particulier dans lequel elle se déroule en atténue néanmoins l’incongruité. On arrive donc à comprendre que parachutée dans un monde qu’elle ne (re)connaît pas, séparée définitivement des siens et avec de nouvelles capacités qui font d’elle une éponge émotionnelle, Livia s’accroche à cet homme qui, lui aussi, a vécu des choses douloureuses.

Comme dans beaucoup de romances actuelles, l’autrice nous propose un héros au passé difficile, mais elle a eu la bonne idée de ne pas en faire un tyran qui trouve du réconfort dans le mal qu’il fait à sa bien-aimée. Bien au contraire, William est plutôt du genre protecteur et essaie de se comporter en « type bien ». Il tergiverse donc énormément sur ses émotions et son droit au bonheur après les atrocités commises durant la guerre. Si au début, j’ai apprécié sa prévenance, j’ai fini par être agacée par sa manière de revenir sans cesse sur ses décisions. Le jeune homme alterne ainsi entre envie irrépressible de serrer Livia dans ses bras, et celle de s’éloigner d’elle pour ne pas la faire souffrir. Une précaution plus qu’inutile si l’on considère la force de caractère de la jeune fille.

En effet, envolée la Livia timide et soumise des années 50 ! Place à Jess, son prénom d’emprunt, une adolescente de 17 ans sympathique, mais qui ne se laisse pas marcher sur les pieds comme ses camarades de lycée le découvriront. Oui, Kate a insisté pour que Livia, ou plutôt Jess, renoue le plus tôt possible avec un semblant de normalité. Mais les lycéens d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux de son époque, et il lui faudra un petit temps d’adaptation pour être en phase avec ces derniers. J’ai trouvé intéressant de voir comment une jeune fille ayant été élevée dans une Amérique traditionnelle et puritaine s’adapte à sa nouvelle vie, aux nouvelles technologies et s’émerveille, ou au contraire reste abasourdie, devant les mœurs actuelles comme cette exposition des corps qui la choque.

De fil et en aiguille, Livia laisse tomber ses réserves et s’approprie nos codes même si elle conserve, au fond d’elle-même, certaines valeurs de son époque. Un mélange des mentalités qui rend la jeune fille atypique tout comme ses fascinantes capacités cognitives qui font d’elle un être hors norme ! Ressentir l’état émotionnel d’autrui, parfois en images, anticiper certaines actions, persuader les gens d’une simple phrase, retenir les informations instantanément… Tout autant d’atouts précieux dans la guerre que mène Livia contre l’organisation qui l’a kidnappée. Il est juste dommage que tout semble trop simple, la jeune fille arrivant plutôt facilement à dompter ses capacités, et à les utiliser sur ses ennemis comme sur ses proches quand les circonstances l’exigent…

Il faut d’ailleurs lui reconnaître une certaine témérité puisqu’elle n’hésitera pas à se mettre en danger pour en apprendre plus sur son passé, sur les raisons qui ont poussé une organisation à la kidnapper, et à la maintenir en vie dans un caisson pendant si longtemps. Obtenir des réponses aux questions qui la tourmentent se transforme presque en obsession pour Livia, ce qui finit par créer un fossé entre elle et Kate plus intéressée par l’avenir que le passé. Et puis il y a cette quête urgente qui a pris racine dans les étranges rêves de Livia durant lesquels un jeune homme la supplie de l’aider… Elle ne peut rester sourde à ses appels répétés et de plus en plus désespérés.

À cela s’ajoute le mystère que représente l’organisation responsable des malheurs de Livia et dont on perçoit, tout au long du roman, la toute-puissance et la menace qu’elle représente pour nos protagonistes. Arriveront-ils un jour à mener une existence normale alors que des individus influents et avec des moyens technologiques faramineux sont bien décidés à rattraper à n’importe quel prix leur « investissement »  ? Une question qui nous tient en haleine d’autant que la fin nous laisse dans une situation plutôt angoissante. Le tome 2 promet donc d’être mouvementé, et je l’espère, riche en révélations !

Petite originalité, en plus de l’histoire principale, l’autrice nous propose de revivre les grandes étapes du récit, mais cette fois-ci, du point de vue de William. Une démarche qui devrait plaire aux amateurs de romance puisqu’on découvre plus en détail ses sentiments pour Livia, et sa lutte intérieure incessante pour ne pas y succomber. Cet aspect m’a quelque peu ennuyée, mais j’ai apprécié, en revanche, de pouvoir « combler les trous », l’autrice nous dévoilant toutes les actions et agissements de William dont Livia n’a pas eu connaissance.

La plume de Lauren Peretti m’a, quant à elle, séduite : fluide, travaillée tout en restant accessible, elle se révèle aussi agréable qu’efficace pour vous immerger dans le récit et vous faire ressentir les doutes et les émotions des personnages. J’ai ainsi apprécié cette mise en avant des sentiments et des relations qu’elles soient amoureuses ou plus difficiles à cerner à l’instar de celle unissant Kate à Livia. J’aurais toutefois apprécié que l’action soit un peu plus présente, une certaine impression de lenteur et de tourner en rond ayant fini par s’emparer de moi durant ma lecture. Un trop-plein de « je t’aime, mais je ne peux pas être avec toi » et de « je t’aime, mais pourquoi tu me rejettes », probablement…

En conclusion, Adaptation pose les jalons d’une trilogie intense dans laquelle le mystère côtoie l’amour, peut-être un peu trop d’ailleurs puisque ce premier tome est principalement centré sur la relation naissante et difficile entre une héroïne sans repères et un jeune homme blessé par la vie. Les lecteurs aimant les histoires d’amour contrariées, mais pas malsaines, devraient donc trouver leur bonheur. Si j’ai regretté la prépondérance de la romance et les longueurs qui lui sont associées, j’ai, en revanche, apprécié l’imaginaire de l’autrice et cette fin qui laisse entrevoir un deuxième tome peut-être plus porté sur l’action. Et puis entre une mystérieuse organisation aux méthodes peu louables, un certain suspense et la découverte d’une héroïne aux capacités hors norme bien décidée à se rapproprier sa vie, le divertissement est au rendez-vous.

Retrouvez le roman sur le site de Rebelle éditions.

Bounty, Kurtis Wiebe – Mindy Lee

Bounty par Wiebe

Je remercie Babelio et les éditions Kinaye pour m’avoir permis de découvrir Bounty.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

LES BASTONNER. TIRER D’ABORD. SE FAIRE PAYER.

Les Gadflies étaient les criminelles les plus recherchées de la galaxie. Durant des années, elles ont dépouillé des sociétés immorales et redistribué leurs biens mal acquis aux pauvres. Ça leur a valu la réputation de « plus dangereuses hors-la-loi de l’univers », et la mise à prix de leurs têtes ! Maintenant, avec la loi qui les rattrape, les Gadflies sont contraintes d’abandonner leurs habits d’escrocs pour ceux de chasseurs de prime…

Si vous ne pouvez pas battre vos adversaires, rejoignez-les et dépouillez-les en douce !

Éditions Kinaye (12 avril 2019) – 144 pages – Papier (14,50€) – Ebook (6,99€)
Illustrations : Mindy Lee – Traduction : Romain Galand

AVIS

Après le très punchy Space Battle Lunchtime, les éditions Kinaye nous proposent un autre titre tout aussi coloré, Bounty. Porté par deux sœurs au physique et à la personnalité diamétralement opposés, ce titre saura plaire aux lecteurs de tout âge en quête d’un comics bourré d’action et non dénué d’un certain humour.

L’auteur nous plonge, dès les premières pages, dans un univers futuriste intéressant mais pas forcément des plus accueillants, du moins, quand on est deux sœurs dont la tête est mise à prix… Le règne des Gadflies semble bel et bien terminé, Nina et Georgie ayant été contraintes d’abandonner leur fortune personnelle et une très lucrative carrière de criminelles pour celle bien moins rentable de chasseurs de prime. Exit donc la grande vie et place à une lutte acharnée pour faire rentrer de l’argent dans les caisses presque vides ! Et ce n’est pas une mince affaire vu la concurrence comme cet exaspérant chasseur de prime, Sovereign, dont la popularité ne cesse de croître et leur faire de l’ombre. Mais en acceptant une nouvelle mission bien rémunérée, Georgie devrait offrir un nouveau souffle à son équipe à moins qu’elle n’ait mis le pied dans un engrenage dont elle n’a pas mesuré toutes les conséquences…

Devenir chasseur de prime, ce n’était définitivement pas l’avenir dont les deux sœurs rêvaient, mais l’essentiel est qu’elles aient pu rester ensemble et former une famille avec leur amie Viv, une hackeuse hors pair, une adorable minette et Alan, le mari de Georgie… Une équipe pour laquelle on se prend d’emblée d’affection même si avouons que parmi ces femmes à la personnalité chatoyante, le personnage d’Alan nous apparaît fade et presque superflu. On appréciera néanmoins ses interactions avec Nina qui aime le chambrer lors de leurs missions, Alan n’étant pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier un homme de terrain. Nina aurait d’ailleurs préféré continuer à faire équipe avec Georgie comme au bon vieux temps…. Mais depuis sa blessure survenue quelques années plus tôt, cette dernière se cantonne à un rôle en coulisse organisant et planifiant les différentes missions de l’équipe depuis son vaisseau.

Si Georgie est la tête du duo de sœurs, Nina en est la main armée. Grande et musclée, cette femme impressionne par sa force physique et sa capacité à se jeter dans la mêlée même si elle apprendra à ses dépens qu’il vaut mieux parfois savoir attendre avant d’agir. Au fil des pages, on se rendra compte que derrière son côté badass et femme à forte tête, se cache une personne comme les autres avec des failles, des blessures et un secret qui la hante depuis bien trop longtemps… J’ai d’ailleurs apprécié la révélation faite en cours d’aventure puisqu’elle permet de voir l’intrigue sous un nouveau jour et apporte un autre éclairage sur la personnalité de Nina, bien plus complexe qu’au premier abord.

Nina et Georgie sont des femmes fortes et indépendantes qui n’ont pas froid aux yeux, mais leur amie Viv n’est pas en reste. Petit génie de l’informatique, cette hackeuse de choc devrait vous éblouir par ses talents, son humour et sa personnalité hors norme ! Son domaine à elle, c’est le virtuel et je peux vous dire qu’elle ne laisse rien au hasard et aucune chance à ses ennemis. Et puis dans un monde futuriste dans lequel la technologie domine, avoir quelqu’un comme elle dans son équipe ne peut qu’être un gros atout. Autre personnage atypique qui apporte également une bonne dose d’humour au récit, le Doc, un robot qui ne maîtrise pas vraiment les codes sociaux, ce qui donne des réparties hilarantes et l’impression d’être face à un psychopathe en puissance.

Au-delà des personnages attachants et de l’humour bien présent, les lecteurs aimant les récits menés tambour battant devraient être séduits par le rythme effréné de cette aventure dont les péripéties s’enchaînent sans aucun temps mort ! Pas de place à l’ennui donc, les nombreux temps forts et scènes d’action étant entrecoupés de flash-back qui permettent de mieux appréhender les tenants et aboutissants d’une histoire bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il faut dire que bien que jeunesse, cet ouvrage n’est pas dénué d’une certaine profondeur.

L’action, qui est au cœur du récit, est parfaitement capturée par l’illustratrice dont la représentation très juste du mouvement apporte fluidité et dynamisme à la lecture. Les couleurs plutôt flashy et pleines de peps attirent, quant à elles, le regard des lecteurs qui n’auront alors pas d’autre choix que de vivre pleinement cette aventure dont on appréciera le degré de détails autant d’un point de vue visuel que narratif. J’ai, en outre, apprécié la complémentarité entre le travail de l’auteur et celui de l’illustratrice, le texte sachant se faire oublier durant les scènes d’action, et les illustrations arrivant à retranscrire à la perfection les émotions des personnages.

J’ai également apprécié les quelques discrètes, mais pertinentes allusions, à des travers de notre société comme l’impunité dont bénéficient les grands groupes ou cette médiatisation de tout et n’importe quoi. Mais l’atout charme de ce comics réside avant tout dans le superbe travail éditorial réalisé par la maison d’édition : illustration en grand format pour introduire chaque partie, papier glacé et épais et de très bonne qualité, couverture avec rabats, quelques bonus tels que le making-of du design des personnages… Tout autant de points qui font de cet ouvrage un très bel objet à posséder dans sa bibliothèque.

Bounty, Kurtis Wiebe

En conclusion, un univers futuriste immersif, une pincée de romance, une belle relation entre sœurs, du girl power, des personnages hauts en couleur, beaucoup d’action, du suspense, un art du flash-back maîtrisé, des illustrations pleines de peps et colorées, le tout saupoudré d’humour… Voilà la recette gagnante d’une aventure trépidante et immersive qui ne devrait pas manquer de vous faire sourire et de vous faire passer un très agréable moment de lecture.

Découvrez/achetez le livre sur le site des Éditions Kinaye.

Dernière Terre. La série complète

Dernière Terre. La série complète par Rivière

Je remercie Babelio et Audible pour m’avoir permis de découvrir le livre audio Dernière Terre.  

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Au cœur d’une France envahie par les zombies, Dernière Terre raconte le voyage insolite de quatre jeunes prêts à tout pour rejoindre l’Angleterre.

Thomas, David, Laura et la petite Sophie vont côtoyer une série d’univers aussi bien mystique, surnaturel que médiéval. Pour traverser la Manche, notre quatuor de bras cassés va ainsi croiser une galerie de survivants aussi terrifiants qu’excentriques. Chaque étape de l’aventure permet de comprendre les origines de l’infection et le rôle primordial que les quatre personnages vont devoir tenir. Auront-ils assez de courage, de culot et d’inconscience pour parvenir à sauver l’Europe ? Disputes, kidnapping, menace de mort et fou rire embarquent l’auditeur dans un road movie burlesque et… particulièrement sanglant !

Avec, dans les rôles principaux : Donald Reignoux, Pierre Lacombe, Audrey Pirault & Mathilde Cerf.

Et dans les rôles secondaires (par ordre d’apparition) : Aurélien Portehaut, Jean-François Vlérick, Frédéric Courraud, Jacques Chambon, Amaury Jansens, Jean-Luc Couchard, Aliette Dussine, Renaud Rutten, Joëlle Sevilla, Clément Rivière, Kemar, Renaud Cathelineau, Diane Lacombe, Damien Minet, Laurent Blanpain, Ann Christin, Keith Farquhar, Benjamin Diebling & Charlie

Audible Studios – Livre audio ( 28/02/2019 ) – 4 h et 10 min – 17,95€

AVIS

Il m’a fallu du temps, mais j’ai fini par me mettre aux livres audio appréciant la flexibilité qu’offre ce format. Mais Dernière terre ne ressemble à rien de ce que j’ai pu écouter jusqu’à présent. Oubliez la monotonie que l’on peut retrouver dans certains textes audio ou encore cette impression de « faux » que l’on peut ressentir quand un narrateur prend plusieurs voix. Et pour cause, ici, chaque protagoniste a le droit à son propre comédien ce qui change radicalement l’expérience d’écoute. Ceci est d’autant plus important que cette histoire déjantée n’est construite que sur des dialogues, ce qui implique des échanges percutants et réalistes pour que la magie opère. Au-delà du jeu très convaincant des acteurs qui se sont complètement approprié leur rôle, le studio a veillé à soigner son ambiance sonore avec des effets et des bruitages plus que réalistes, et une bande-son rythmée et immersive. Résultat, on a le sentiment non pas d’écouter un livre audio, mais de prendre part à un film, les images se formant d’elles-mêmes dans notre esprit. Et ça, ça change tout dans le plaisir que l’on prend à assister à cette aventure complètement loufoque et décalée.

Les auteurs plongent directement les lecteurs dans une France zombifiée aux côtés de Thomas et David, deux amis qui aimeraient se rendre en Angleterre où le frère de Thomas les attend. Autre fléau, autre temps, mais même lieu de résistance… Mais avant d’atteindre la terre promise, ou plutôt l’île de toutes les convoitises, les deux amis d’enfance vont devoir affronter ces charmantes créatures que sont les zombies. Ils seront heureusement accompagnés par deux personnages rencontrés en cours de route : une fillette, Sophie, et une jeune femme, Laura.

Les personnages sont très différents les uns des autres et plutôt complémentaires même si j’ai regretté que David soit cantonné au rôle du boulet de service. Accro aux jeux vidéo qu’il a une légère tendance à confondre avec la réalité, il semble parfois complètement déconnecté de la réalité. Cet aspect de sa personnalité apporte un certain comique, mais a fini par me lasser d’autant qu’en plus de ne servir à rien, il adore se plaindre… En cas d’apocalypse zombie, je me sentirais donc bien plus en sécurité auprès de Thomas qui lui a les pieds sur terre et qui, sans être parfait, a quand même bien plus de bon sens et de sens pratique que son comparse. Mais c’est bien Laura et son esprit d’initiative qui suscitent le plus l’admiration. Brute de décoffrage, la jeune femme affronte toutes les situations, même les plus dangereuses, sans sourciller et avec un certain aplomb ! Avec elle, les zombies, mais pas que, n’ont qu’à bien se tenir ! Sophie, quant à elle, apporte une bonne dynamique au groupe qui veille sur elle bien qu’on soit en droit de se demander si ce n’est pas plutôt elle qui veille sur lui. Pleine d’entrain et d’impertinence, cette enfant, psychopathe sur les bords, vous réservera quelques surprises…

Le quatuor va traverser des situations extrêmes et variées dont le côté loufoque ne pourra que vous faire sourire. Car si les zombies sont au menu, nous sommes avant tout ici dans un road trip burlesque qui ne manque pas de charme. L’humour omniprésent est d’ailleurs ce qui m’a permis d’apprécier l’histoire n’étant pas une grande fan des histoires de zombie quand elles sont traitées de manière conventionnelle. En plus de se moquer gentiment des classiques et des poncifs du genre en les poussant à l’extrême, les auteurs nous offrent une jolie plongée dans la culture populaire avec, entre autres, de nombreuses références à des jeux vidéo que l’on connaît tous plus ou moins, même si ce n’est que de nom… Au passage, ils ne manquent pas d’évoquer l’actualité avec notamment l’apparition de gilets jaunes qui pourra faire grincer quelques dents, mais qui m’a beaucoup amusée, ou encore cette question des réfugiés dont le parallèle avec la situation dans laquelle se trouvent nos personnages est plutôt bien amené… En plus de quatre heures, bien d’autres sujets sont évoqués avec dérision et parfois un certain cynisme, mais pour les découvrir, reste à vous jeter sur ce livre audio d’un genre nouveau.

La construction du livre en dix chapitres de vingt à trente minutes m’a beaucoup plu puisqu’elle permet à chacun de caser facilement l’écoute d’un ou plusieurs chapitres dans son emploi du temps sans avoir la frustration de devoir s’arrêter en plein milieu d’une scène décisive. J’ai également apprécié le rythme de ce récit qui ne souffre d’aucun temps mort, les péripéties et les rencontres, plus ou moins sympathiques, s’enchaînant les unes à la suite des autres jusqu’à la révélation finale. J’ai d’ailleurs trouvé la fin peut-être un peu expéditive, mais elle reste dans la lignée de l’histoire, complètement barrée !

Seuls deux points ne m’ont pas permis d’avoir un coup de cœur pour ce livre audio que j’ai pourtant pris beaucoup de plaisir à découvrir : la voix criarde et aigüe de Sophie qui finit par devenir difficilement supportable même si elle correspond assez bien à l’idée que l’on pourrait se faire du personnage. Et l’humour qui, au bout d’un moment, m’a parfois semblé too much, certains gags étant répétitifs, et l’abus de clichés/caricatures lassant… Mais c’est un point très personnel, et je ne doute pas que d’autres apprécieront la manière dont les auteurs jouent cette carte à fond.

En conclusion, grâce à un sublime travail sur l’ambiance sonore et les voix des personnages, Dernière Terre fut une expérience d’écoute ébouriffante, originale et complètement immersive. Si vous aimez ou souhaitez découvrir les livres audio, je ne peux que vous encourager à vous laisser tenter, et ceci, que vous appréciiez ou non les zombies puisque pris dans le feu de l’action et charmé par l’humour corrosif des auteurs, vous ne devriez pas voir le temps passer. Amateurs d’horreur et d’humour, vous avez trouvé votre prochaine « lecture » !

Retrouvez Dernière Terre sur Audible et/ou téléchargez gratuitement le pilote

 

Throwback Thursday Livresque#121 : Science-fiction

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Je lis peu de science-fiction, mais à la lecture de ce thème, j’ai tout de suite pensé à un livre qui m’avait bien plu : L’événement de Marc Brucker.

« De nos jours, en France…

Les disparitions mystérieuses se multiplient depuis peu dans la région Midi-Pyrénées. Le commissaire Bouvier et sa lieutenante, Domenga Etxeberri, de la SRPJ de Toulouse, ne savent pas où donner de la tête. Qui est donc cet étrange Dr Dittman qui rôde dans les parages ? Les ennemis invisibles cachés dans les bois proviennent-ils de son laboratoire secret ? Une seule certitude : le début des disparitions coïncide avec « l’événement » et, si les craintes des enquêteurs se confirment, cela pourrait signifier rien de moins que la fin… de l’Humanité ! » 

Pourquoi ce choix ?

Grâce à une plume très visuelle, une bonne dose d’action, des scènes dignes d’un bon film d’horreur, une enquête intéressante, de la tension et du suspense, l’auteur arrive à embarquer les lecteurs dans son histoire dès les premières pages. Même les personnes peu habituées à lire de la science-fiction entrent sans difficulté dans ce récit où il se passe des choses fort peu ragoûtantes, mais passionnantes.

Le fait que l’action se déroule en France m’avait également beaucoup plu, car cela ajoute un certaine authenticité au récit, et permet plus facilement d’imaginer la situation…

Pour en apprendre plus sur ce roman, je vous invite à lire ma chronique dont voici la conclusion :

L’Événement est un roman de science-fiction qui devrait plaire à toutes les personnes aimant les films d’horreur avec des grosses bestioles peu sympathiques. Reprenant certaines ficelles de ce genre de films, l’auteur nous offre ici un roman très visuel où la tension omniprésente vous poussera à tourner les pages avec avidité et, pour les plus peureux des lecteurs, avec une certaine appréhension. Amateurs ou non de science-fiction, je ne peux que vous inviter à vous laisser prendre dans les filets de l’auteur qui s’est évertué à faire de son roman une œuvre accessible à tous. Pour ma part, j’ai passé un moment de lecture tellement agréable que j’ai très envie de découvrir le précédent roman de l’auteur Le secret d’Amy-Lee auquel il fait d’ailleurs allusion.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Vous tente-t-il ?

 

De Terre et de Racines, Oriane

J’ai lu De Terre et de Racines d’Oriane dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie Young Adult.

RÉSUMÉ

Où se cache notre identité ? Sur nos terres, dans nos racines… ailleurs ? Au Grand Terrier, Gareth subit le rejet quotidien. Il ne s’imaginait pas sauver Corène, quitter son pays ou encore affronter les meurtriers « respectables » de son père. Pourtant, même loin des siens, il protégera Corène. Parce que sa culture et ses différences le fascinent et le troublent à la fois. L’alchimie se crée et il est bien décidé à comprendre… Pourquoi des gardiens terrons pourchassent-ils une jeune Silverine ? Exil, manipulation, mort ; le pire les menace. Hélas, plus question de reculer : il leur faut éclairer leurs passés pour enfin se définir. Découvrez une romance pleine de questionnements, d’innocence et de légèreté, quand deux héros venus de pays différents voient leurs repères chamboulés et leurs ombres du passé les poursuivre. A leur âge, on ne devrait pas s’inquiéter de demain. Mais plus encore, ressentir un tel amour. Comment vont-ils y survivre ?

Auto-édition (29 août 2017) – 444 pages – ebook – 2.99€

AVIS

Ce roman faisait partie de ma sélection pour le Prix des auteurs inconnus, mais malheureusement, j’ai eu beaucoup de mal à le terminer. Les longueurs sont venues à bout de mon enthousiasme malgré un univers riche et la variété des sujets abordés…

Nous sommes, dès les premières pages, plongés dans un univers de science-fiction intéressant dans lequel deux peuples mènent une vie bien différente : l’un a choisi l’ombre avec des infrastructures sous terre, l’autre la lumière avec une vie à l’extérieur sous un dôme de verre. Mais les différences ne s’arrêtent pas là, la culture de chaque peuple étant aux antipodes l’une de l’autre.

Et c’est ce que vont avoir l’occasion de découvrir Gareth, un jeune homme habitant avec sa mère au Grand Terrier, et Corène, une orpheline de douze ans vivant, quant à elle, en Silvérie. Ils n’avaient, a priori, aucune raison de se rencontrer, mais le hasard va placer Corène sur la route de Gareth. Le jeune homme, faisant acte de bravoure, va la sauver d’une situation périlleuse sans pour autant mesurer les conséquences de son geste… En danger, il va être contraint de suivre la jeune fille dans son pays afin de la protéger, protéger la vie de sa mère et, accessoirement, la sienne.

Les deux personnages vont vivre des situations éprouvantes qui ne manqueront pas de les rapprocher et de créer entre eux un attachement profond. L’amitié fera donc vite place à l’amour, ce qui devrait ravir les amateurs de romance. Pour ma part, si certains passages m’ont attendrie, d’autres m’ont paru un peu trop guimauves même si en raison de l’âge des personnages, j’arrive à en comprendre la logique. Je n’ai donc pas particulièrement accroché à la romance, mais elle dégage néanmoins un côté Roméo et Juliette qui n’est pas déplaisant d’autant que l’autrice ne pousse pas le drame aussi loin que Shakespeare…

J’ai, en revanche, apprécié qu’à travers cette histoire d’amour, l’autrice aborde la question des différences culturelles et des difficultés que celles-ci peuvent occasionner dans toute relation. On découvre ainsi progressivement et de manière très réaliste, toutes ces petites et grandes différences entre Le Grand Terrier et la Silvérie, deux pays qui tendent à se regarder en chiens de faïence. Dans ces conditions, nos deux amoureux pourront-ils vivre pleinement leur amour naissant d’autant que le danger les guette à chaque instant ?

Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que l’histoire est bien plus complexe qu’il n’y paraît, Corène et Gareth se trouvant  au milieu d’enjeux géopolitiques qui les dépassent. Cet aspect du roman est celui qui m’a le plus intéressée notamment en raison de la tension et du suspense qu’il introduit. Au gré des révélations, les cartes se brouillent, les personnages doutent, et les lecteurs sont tenus en haleine par l’émergence d’un complot dont ils saisissent progressivement toute l’ampleur… À cet égard, et sans en dire plus, j’ai beaucoup apprécié la manière dont l’autrice établit un pont entre présent et passé. C’est très bien amené et ça offre une conclusion très touchante pour l’un des personnages.

Sont également abordés dans ce roman un certain nombre de sujets intéressants comme le racisme, le rejet de la différence, la peur de l’autre, mais aussi cette question essentielle de l’identité. Le titre du roman porte d’ailleurs très bien son nom ! Corène qui est sans racines, car sans famille tend à ne plus savoir où est sa place, voire si elle en a vraiment une, quand Gareth, qui lui sait très bien d’où il vient, finit par se demander qui il est et où il va. Cette question de l’identité est quelque chose de prégnant dans le roman et apporte une certaine profondeur au récit…

Les protagonistes sont profondément humains et, comme dans la vraie vie, ont leurs bons et mauvais côtés. Volontaires et matures, Gareth et Corène se révèlent aussi parfois assez puérils et extrêmes dans leurs réactions, ce qui leur confère une certaine aura d’authenticité puisque rappelons qu’ils sont relativement jeunes. Qu’on les apprécie ou non, difficile de ne pas être impressionné par leur courage, leur altruisme et la manière dont ils essaient, parfois maladroitement, de veiller l’un sur l’autre… Certains personnages secondaires se démarquent du lot comme la mère de Gareth et l’ami de la famille qui offrent au jeune couple un soutien et un appui sans faille. La relation, tout en retenue, entre ces deux adultes se révèle très belle et très touchante. Il est juste regrettable que les méchants de l’histoire soient un peu trop caricaturaux à mon goût et manquent donc de profondeur.

La plume de l’autrice, en plus d’être immersive, dégage une certaine fluidité qui la rend accessible à un large public. Les dialogues sont, quant à eux, assez nombreux pour plaire aux lecteurs allergiques aux récits trop denses. À noter toutefois une certaine familiarité dans les échanges entre les deux amoureux, ce qui pourra déranger certaines personnes. Pour ma part, cela ne m’a pas gênée outre mesure puisque c’est cohérent avec l’âge des protagonistes et leur état émotionnel du moment, mais j’ai trouvé néanmoins que certains dialogues berçaient inutilement dans la grossièreté… J’ai, de plus, regretté que certains échanges sonnaient creux et n’apportaient rien à l’intrigue ni à la relation amoureuse entre Corène et Gareth. Si on ajoute à cela une histoire qui met très longtemps à démarrer et de nombreuses longueurs, on obtient un roman que j’ai eu beaucoup de mal à terminer malgré ses atouts. Sans ma participation au Prix des auteurs inconnus, je l’aurais d’ailleurs abandonné.

En résumé, De Terre et de Racines aborde, à travers la rencontre de deux personnages que tout oppose, un certain nombre de sujets intéressants et universels : amour, amitié, quête d’identité, rejet de la différence… Malgré un univers riche et détaillé, cette histoire n’a néanmoins pas su me convaincre en raison, entre autres, de ses trop nombreuses longueurs. Ce roman pourrait toutefois intéresser les lecteurs en quête d’une romance mettant en scène deux protagonistes prêts à tout pour défendre leur amour malgré les dangers et leurs différences.

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