Jardin Secret – tome 1, Ammitsu

Couverture Jardin Secret, tome 1

Ran est une fille assez parfaite que beaucoup considèrent comme un modèle à suivre : sérieuse, sportive, intelligente, soucieuse de sa santé, etc. Mais il n’est pas facile de rencontrer un garçon quand ces derniers la considèrent, à son grand dam, comme « l’inaccessible étoile » ! Un jour, elle fait fortuitement la connaissance de Akira, un garçon solaire, naturel, franc et amical et elle découvre également son « secret »: il est fils de fleuristes, apprécie beaucoup travailler au magasin de ses parents et sait déjà qu’il deviendra lui aussi fleuriste. Mais il n’ose l’avouer à personne de peur que l’on se moque de lui..

Kana (19 avril 2019) – 192 pages – Papier (6,85€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Ran, lycéenne, est la fille idéale : belle, intelligente et sportive ! Des qualités qui tendent à l’emprisonner dans le rôle de la fille inaccessible alors qu’elle n’est qu’une fille comme les autres qui aimerait ne pas faire fuir tous les garçons ! Heureusement pour elle, suite à un petit accident, elle se rend compte qu’elle n’intimide pas tous les garçons et qu’Akira, élève dans sa classe, est tout à fait disposé à lui parler et à la considérer comme une fille normale.

Alors qu’elle possède de nombreuses qualités qui auraient pu la rendre prétentieuse, Ran se montre adorable, touchante et très serviable que ce soit envers sa famille ou ses professeurs. Un trait de caractère qui la pousse, entre autres, à entretenir les fleurs de son lycée avec une application et un soin qui ne laisseront pas Akira insensible. En effet, fils de fleuriste, c’est un grand amoureux des fleurs. Une passion peu commune pour un adolescent qu’il préfère cacher à ses camarades de peur de subir leurs moqueries. À travers ce personnage, le mangaka nous offre un petit rappel de la difficulté d’assumer sa différence à une période où l’on sent, plus que jamais, le poids des normes..

En plus de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son naturel qui sauront séduire aussi bien Ran que les lecteurs, Akira se révèle passionnant et passionné, n’hésitant pas à nous donner des informations intéressantes sur les fleurs et leur langage. Parler à travers les fleurs, en voilà quelque chose de poétique, à l’instar de la relation qui se noue progressivement entre nos deux adolescents, Ran souhaitant, malgré sa maladresse et sa timidité, se rapprocher de ce garçon souriant avec lequel elle se sent en totale confiance.

Il se dégage beaucoup de douceur de ce manga que ce soit à travers les illustrations tout en rondeur, les sourires francs et lumineux de Akira ou les expressions subtiles, mais chargées d’émotions, de Ran qui s’ouvre, petit à petit, à son nouvel ami. Au fil des pages, les lecteurs ne peuvent qu’être attendris par les échanges empreints de tendresse entre les deux lycéens et espérer que cette belle relation d’amitié évolue en quelque chose d’autre. Je n’ai, pour le moment, lu que le premier tome, mais je pressens que nous sommes ici dans un shōjo qui va prendre le temps de développer les liens entre les deux amis, chose qui n’est pas pour me déplaire tellement je les ai trouvés mignons et adorables.

Il n’y a pas de grand drame ni d’événement remarquable dans ce premier tome, mais pour autant, on se surprend à tourner les pages un sourire aux lèvres et avec l’envie de prolonger cette lecture cocooning qui met du baume au cœur. J’ai également apprécié de voir évoluer Ran dans sa famille avec une mère cœur d’artichaut et un père pas vraiment prêt à ce que sa fille se mette à s’intéresser aux garçons. La petite sœur semble également sympathique et prompte à taquiner son aînée. Néanmoins, ce premier tome se concentrant essentiellement sur Ran et Akira, les moments en famille se sont révélés trop peu nombreux à mon goût. J’espère donc avoir l’occasion de vivre de nouvelles scènes familiales dans la suite de la série.

Au-delà de la jolie relation et de la complicité naissante entre les deux adolescents, on appréciera les thèmes abordés avec subtilité tout au long du manga : la naissance du sentiment amoureux, l’amitié, mais aussi les apparences parfois trompeuses et les préjugés qui empêchent un adolescent de vivre sa passion des fleurs au grand jour et qui instaurent une barrière entre une jeune fille et ses camarades…

En résumé, Jardin Secret est un manga empli de douceur et de poésie qui devrait enchanter les lecteurs appréciant de voir les liens entre les personnages se développer petit à petit dans la tolérance et la bienveillance.

Découvrez un extrait du manga sur le site des éditions Kana.

Le jardin des mensonges, Amanda Quick

Couverture Le jardin des mensonges

Ursula Kern fait face à la pire crise de sa carrière, et de son existence. Son employée et amie Anne est retrouvée morte et la police conclut à un suicide. Mais Ursula ne peut y croire : des indices probants lui font soupçonner un meurtre. Elle décide donc de mener l’enquête en remplaçant Anne sur son lieu de travail. « Une folie ! » la met en garde Slater Roxton, un riche archéologue qui lui impose sa présence troublante pour résoudre cette sombre affaire. Entre un assassin à débusquer et Slater, dont la personnalité énigmatique cache un tempérament ardent, Ursula comprend vite qu’elle court au-devant de grands dangers…

J’ai lu (31 octobre 2018) – 376 pages – Poche (7,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si j’apprécie la collection Aventures et passions des éditions J’ai lu, c’est le titre du roman qui m’a poussée à le lire puisqu’il contenait le mot jardin tiré au sort dans le cadre du Challenge 1 mot, des titres. Comme toujours avec cette collection, j’ai passé un bon moment de détente, mais je dois concéder, à regret, que je n’ai pas forcément ressenti les petits papillons que d’autres romances historiques m’ont procurés. La faute, probablement, à une histoire qui manque peut-être d’un peu de peps…

L’enquête au cœur du récit est intéressante, mais pas trépidante, surtout si comme moi, vous aimez les romans policier. Même chose du côté de la romance en trame de fond qui ne s’est pas révélée aussi piquante et mordante que je l’aurais souhaité. Or, ce sont les échanges passionnés et les réparties qui fusent qui déterminent l’attachement que je peux ressentir envers des personnages et leur histoire d’amour. Mais cela n’ôte rien à la maîtrise avec laquelle Amanda Quick tisse sa toile autour de ses personnages, les poussant progressivement et inexorablement à se rapprocher… 

Ursula est une femme admirable qui, après un scandale ayant entaché gravement sa réputation, a dû rebondir et se réinventer une vie à son image et à la hauteur de ses talents. Entrepreneuse dans l’âme, intelligente et travailleuse, elle a ainsi monté une agence de secrétariat qui connaît son petit succès et bénéficie d’une certaine reconnaissance. Rien donc ne la prédisposait à se lancer dans une enquête policière si ce n’est la mort de son amie et employée, Anne. La thèse officielle parle de suicide, mais Ursula en est persuadée, Anne a été assassinée !

Elle décide donc de se lancer sur la piste de son meurtrier et trouve un soutien inattendu en la personne d’un client et riche archéologue, Slater. Ce gentleman se refuse à la laisser prendre des risques inconsidérés et met donc ses ressources financières, son personnel de maison et son intelligence à son service. Surprise dans un premier temps, Ursula ne peut qu’accepter cette aide inespérée, son enquête la mettant dans des situations délicates, voire franchement dangereuses. Être une excellente patronne, secrétaire et sténographe ne vous prédispose pas, en effet, à affronter la mort de près, comme notre intrépide héroïne va le découvrir.

De fil en aiguille, on remonte la piste du meurtrier d’Anne avant de comprendre que la jeune femme, trop téméraire pour son propre bien, s’est probablement lancée dans une affaire bien trop importante pour elle, et qu’elle en a payé le prix fort. Et si derrière l’ambiance feutrée des salons, les jardins luxuriants et merveilleusement entretenus d’une lady et les apparences d’un monde aristocratique policé, la réalité était bien plus sordide ? Drogue, prostitution, manipulation, chantage… Il n’y a pas à dire, l’aristocratie anglaise n’a rien à envier aux petits voyous des bas-fonds de Londres. Mais à trop jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler et de tomber sur plus fort et sournois que soi ?

J’ai apprécié de suivre nos personnages dans leurs investigations, mais je n’ai jamais ressenti les frissons d’une traque ou le suspense d’une bonne histoire policière. On est dans une enquête assez convenue qui bénéficie d’un bon rythme, mais qui n’a pas su me tenir en haleine d’autant qu’à mesure que l’on apprend à connaître la personnalité de la victime, l’envie de découvrir son assassin s’amenuise. Évidemment, un meurtre se doit d’être puni, mais Anne ne se révèle pas assez sympathique pour qu’on ait envie qu’Ursula prenne des risques pour lui rendre justice.

Car, à l’inverse d’Anne, on se prend rapidement d’affection pour Ursula qui se montre courageuse, peut-être un peu trop au goût de Slater qui préférerait la savoir à l’abri dans son bureau qu’en plein milieu d’une enquête pour meurtre. Mais malgré ses craintes, il veille à ne jamais se montrer directif ou autoritaire, ce qui ne l’en rend que plus sympathique. Ainsi, il respecte et admire la pugnacité et la force de caractère d’Ursula, ces qualités faisant vibrer le cœur de cet homme sur lequel plane un certain mystère savamment entretenu par l’autrice. Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc qu’il y aura un rapprochement entre les deux partenaires, mais c’est fait avec beaucoup de naturel et de tact. Complices et complémentaires, Ursula et Slater semblent faits pour s’entendre sans néanmoins que l’un soit une pâle copie de l’autre ou que leurs sentiments amoindrissent leur personnalité.

Leur entente ne fait donc aucun doute, mais n’empêchera pas certains petits malentendus et autres incompréhensions. Il faut dire qu’Ursula, échaudée par son premier mariage, et Slater, encore affecté par une épreuve traumatisante, ne sont pas les personnes les plus expressives et expansives qu’il soit. Heureusement, leur attirance physique et intellectuelle sera assez forte pour les pousser l’un vers l’autre, sans oublier le petit coup de pouce de la mère de Slater, certaine qu’Ursula est la femme qu’il faut à son fils.

En plus de ce joli duo plein de tendresse, j’ai apprécié les personnages secondaires qui ne prennent pas une place prépondérante dans l’intrigue, mais qui possèdent cette touche d’originalité qui intrigue et éveille la curiosité des lecteurs. Slater, malgré les ragots de la presse sur ses prétendues pratiques sexuelles déviantes, se révèle être un cœur tendre qui n’a pas hésité à embaucher, sur demande de sa mère, des comédiens ratés, ou en attente de représentations, pour leur éviter l’écueil de la rue. D’ailleurs, si ses employés sont amusants et hauts en couleur, ils ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on peut se faire du personnel de maison d’un riche gentleman… Mais cette largesse de cœur, dont il se défend, ne doit pas faire oublier que Slater peut également se révéler être un redoutable ennemi pour ceux qui le menacent ou qui tentent de s’en prendre à l’élue de son cœur. Maniant aussi bien la diplomatie que la force brute, voici un personnage complexe, énigmatique, mais aussi terriblement attachant que ce soit dans sa prévenance envers Ursula ou son manque de confiance en lui quand il s’agit de son droit à être aimé.

En conclusion, Le jardin des mensonges est une romance historique, sous fond d’enquête policière, qui devrait ravir les amateurs de jolies histoires d’amour et de duos complices et complémentaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties et leurs échanges. Agréable et sympathique à lire, voici un roman qui offre un bon moment de divertissement alternant entre action et tendres sentiments.

La solitude d’une goutte de pluie, Fabien Muller

La solitude d'une goutte de pluie par Jean-Fabien

Dépassé par sa vie professionnelle, oscillant entre une hypocondrie qui l’étouffe et une vie sentimentale chaotique, Benoît navigue à vue. Le jour où la délicatesse d’une coïncidence vient chambouler son quotidien, il comprend qu’il ne faut jamais défier les desseins du hasard. Histoire de trajectoires qui se percutent ou expérience de réinsertion émotionnelle, La solitude d’une goutte de pluie est avant tout le récit d’une rencontre où s’entrelacent un scorpion fataliste, un lampadaire philosophe et une adolescente gothique, tisseuse des fils du destin.

Éditions L’Âge d’Homme (22 juillet 2020) – 200 pages – Broché (22€)

AVIS

Avec son physique avenant et son travail qui fait rêver les jeunes diplômés aux dents longues, Benoît aurait, à première vue, de quoi être heureux. Mais les apparences sont parfois trompeuses : il vient de se faire plaquer brutalement, bien que cela ne semble guère le déranger, il souffre d’une légère hypocondrie et, peut-être plus grave, il prend la vie comme elle vient sans vraiment savoir dans quelle direction aller. Benoît est donc de ces gens qui semblent avoir tout, mais qui n’ont rien. Et ce n’est pas son travail de Directeur marketing, dont il n’ignore pas la vacuité cachée derrière un vocabulaire volontairement abscons, qui va lui apporter ce sens qui fait défaut à son existence.

Mais le hasard faisant bien les choses, une mystérieuse inconnue, Myriam, va faire une entrée fracassante dans sa vie. Ce qui avait commencé par une erreur de courriel va alors déboucher sur une correspondance 2.0 à laquelle nos deux personnages vont prendre goût. De fil en aiguille, ils se découvrent tout en gardant une grande part de mystère, ni l’un ni l’autre ne semblant prêt à se dévoiler trop vite. Les échanges de mails entre Benoît et Myriam, emplis d’humour et de taquineries, apportent beaucoup de charme à l’intrigue même si j’aurais apprécié qu’il y en ait bien plus.

Cela ne m’a pas empêchée de prendre beaucoup de plaisir à me laisser porter par la plume de l’auteur qui nous plonge avec un certain mordant, et beaucoup de finesse, dans la vie de Benoît dont j’ai adoré l’humour et l’auto-dérision. Dès les premières pages, je n’ai pu retenir mes rires, cet homme ayant une vraie capacité de recul sur ses propres défauts, sur l’inutilité de son travail et les limites et absurdités du système de management à l’américaine en vogue dans son entreprise. C’est à se demander si ce n’est pas la politique de rébellion consistant à « ne rien faire et à le revendiquer » de l’un de ses collaborateurs qui serait encore la moins absurde…

Benoît n’est pas un héros ni un antihéros, c’est un courant d’air qui se laisse porter par le vent jusqu’à ce que Myriam entre dans sa vie par la petite porte et s’insinue petit à petit dans son esprit pour lui donner, sans le vouloir, cette grande claque dans le dos dont il avait besoin pour avancer et enfin reprendre les rênes de son existence. Parce que travailler sans entrain ni passion et passer d’une femme à l’autre plus par habitude que par envie, est-ce réellement vivre ?

En parallèle de cet homme qui erre dans la vie sans but précis, on découvre Myriam, non pas à travers ses mails, mais grâce à un procédé que j’apprécie toujours beaucoup et qui permet de faire la connaissance d’une adolescente haute en couleur. J’ai eu un coup de cœur pour Emma qui, derrière un certain cynisme et un humour grinçant, se révèle plutôt attachante et pleine d’initiatives ! Très liée à sa mère, elle est ainsi bien décidée à l’aider à se sortir de cette léthargie qui l’accable et à la soutenir, à son insu, dans ses tentatives de séduction virtuelle… Après tout, il ne va pas se faire tout seul ce petit frère qu’elle aimerait bien avoir. Et tant pis, si pour cela, elle va devoir se rapprocher d’un geek dont la notion d’hygiène semble être plutôt approximative. Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour les gens qu’on aime !

Il y a donc beaucoup d’humour dans ce roman que ce soit à travers les personnages ou quelques situations cocasses qui ne devraient pas manquer de vous faire sourire. Il se dégage également une certaine poésie de cette rencontre fortuite et virtuelle entre deux êtres que rien ne destinait à se rencontrer, si ce ne sont les facéties du destin et un besoin de se plonger dans l’inconnu afin de pallier les insuffisances de l’existence.

Contrairement à ce que laissent présager la couverture et le titre mélancoliquement poétique, ce roman n’est pas triste, loin de là. Sans tomber dans les poncifs et autres idées dégoulinantes de bons sentiments de certains feel good, l’auteur réalise un sans-faute avec un roman qui amuse et qui emporte, qui fait sourire et qui interroge sur le sens de la vie. Drôle, relevé et bien plus profond qu’il n’y paraît, voici un roman que je vous conseillerais si vous aimez les belles plumes, l’humour, les personnages attachants, mais pas parfaits, et les hasards de la vie qui font les belles histoires.

Je remercie les Éditions L’Âge d’Homme et Babelio pour cette lecture.

Les hommes de nuit 1 : La rose, Marie L’Or Viollet

Les hommes de nuit 1 - La rose

1700 : Marie est une belle jeune femme, élevée par son père veuf. Il est libraire et a tout appris à sa fille. Mais ils doivent quitter l’Angleterre pour honorer un étrange contrat. Son père s’est engagé auprès d’un personnage singulier venu d’un autre continent pour restaurer sa bibliothèque. Après une longue et éprouvante traversée, elle va rencontrer Nicolas…

Évidence Éditions (17 juillet 2020) – 336 pages – Papier (17€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Appréciant les romances historiques, la couverture et la mention de l’année 1700 dans le résumé m’ont donné envie de découvrir ce roman qui fut malheureusement une lecture en demi-teinte…

SI j’ai apprécié une certaine originalité dans le récit, il y a quelques points qui m’ont chagrinée comme le mélange des genres hasardeux et parfois maladroit qui m’a donné l’impression que l’autrice n’avait pas réussi à choisir entre romance historique et roman de bit-lit dont elle reprend certains clichés. On oscille donc entre passé simple et vocabulaire vulgaire, ce qui donne un résultat plutôt saugrenu. Il m’a ainsi été difficile de rester stoïque devant des phrases du style « Il fallait qu’il baisât…« . Je peux me tromper, mais il me semble peu probable qu’en 1700, le verbe baiser ait déjà ce sens. Je ne dis pas qu’on ne peut pas mélanger les genres, mais pour moi, il y a un travail d’harmonisation à faire sur ce texte pour que le tout possède une certaine cohérence.

J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas mieux exploité puisque concrètement, à part les robes, la réception des mondains (et encore…) et la naïveté de Marie sur les choses de l’amour, cette histoire aurait aussi bien pu se passer en 1700 qu’en 1900 ou à notre époque. Je pense que cela provient principalement du fait que les personnages évoluent en vase clos et qu’on n’a donc pas particulièrement l’occasion d’évoquer le contexte historique de l’époque. De la même manière, j’ai eu l’impression que le bébé recueilli par Marie en début de roman n’a eu qu’un seul rôle, être une source de quiproquo avec Nicolas. Le reste du temps, il fait surtout de la figuration. Une petite facilité scénaristique qui m’a quelque peu frustrée tout comme la romance éclair puisqu’il ne faudra pas bien longtemps pour que Nicolas soit obsédé par Marie et que Marie tombe sous son charme.

Et le terme obsédé n’est pas utilisé au hasard, notre héros ayant bien du mal à se contrôler en la présence de la jeune ingénue qu’il désire tant faire « sienne ». Possessif et brutal dans ses réactions, Nicolas n’est pas un personnage que j’ai apprécié outre mesure d’autant que malgré sa nature de vampire lui ayant permis de voir passer les siècles, il se comporte bien souvent comme un adolescent en pleine crise. C’est d’ailleurs le roi du claquage de porte ! Si cela n’excuse en rien son comportement qui m’a donné bien souvent envie de le punir en le privant de dessert (donc de Marie), on peut toutefois comprendre qu’il soit chamboulé par ces nouveaux sentiments qui s’offrent à lui, lui qui n’a jamais rien ressenti pour une femme si ce n’est de la tendresse pour Lucie, la seule autre femme vampire. Il va donc devoir apprendre à se maîtriser tout en essayant de comprendre les raisons de la tempête intérieure à laquelle il doit faire face.

Quant à Marie, elle se révèle gentille et assez courageuse, mais elle m’a parfois exaspérée par sa naïveté. Certes, elle a toujours vécu en autarcie avec son père partageant son temps entre la lecture et son travail à la librairie familiale, mais l’autrice pousse quand même l’image de jeune femme naïve à son paroxysme… Heureusement, Marie n’est pas qu’une jeune ingénue, c’est également une femme passionnée par les livres. C’est d’ailleurs là la raison de sa présence dans la demeure de Nicolas où elle s’occupe, à la place de son père décédé, de classer les livres et de restaurer ceux qui en ont besoin. J’ai beaucoup aimé découvrir la manière dont Marie restaure les livres, mais c’est surtout la passion avec laquelle elle le fait et en parle qui m’a le plus séduite. Dans ces moments-là, on ressent pleinement la femme passionnante et passionnée qu’elle peut être. Un caractère flamboyant qu’elle ne réserve pas qu’aux livres puisque Nicolas sera loin de la laisser insensible malgré ses emportements qui l’exaspèrent…

La romance ne m’a pas convaincue parce que principalement basée sur une attraction physique quasi animale, mais je pense qu’elle pourra plaire aux lecteurs qui n’ont pas besoin que les personnages apprennent à se connaître avant de tomber amoureux. Pour ma part, la manière dont Nicolas répète toutes les deux lignes « mon ange » m’a donné des envies de meurtre et les questionnements incessants de Marie sur les sentiments de Nicolas à son égard m’ont fatiguée, mais j’ai, en revanche, apprécié tous les à-côtés qui ont rendu le livre rapide et facile à lire. Le style de l’autrice, malgré le problème énoncé en début de chronique, reste agréable et plutôt fluide. Il n’y a pas de longueurs inutiles même si on pourrait noter une certaine redondance dans le déroulement des faits, la relation entre nos amoureux alternant entre moments câlins/érotiques, malentendus et claquages de porte.

En plus du rythme et de la relation unique et touchante entre Nicolas et deux loups qui ne manquera pas de ravir les amoureux des animaux, ce qui fait la force de ce roman est l’aura de mystère dont l’autrice a su l’entourer. On pourrait croire que tout a été dit et fait sur le mythe du vampire, mais l’autrice réussit à apporter, et c’est le cas de le dire, du sang frais ! Il existe ainsi un certain flou autour du premier vampire, Luc, créé par Dame Nature qui est d’ailleurs ici personnifiée par une vraie femme, une idée qui m’a bien plu. Mais le vrai mystère concerne sa femme Lucie qui est la seule et unique femme vampire existante sur Terre et ceci depuis la nuit des temps. Les vampires ont bien essayé de transformer d’autres femmes pour se trouver des compagnes, mais chaque tentative s’est soldée par un retentissant échec, Luc n’arrivant pas à se souvenir du processus exact pour accomplir ce petit miracle. Cela explique la raison pour laquelle Lucie est unique et importante, mais aussi pourquoi Nicolas est terrifié à l’idée de ne jamais trouver la solution pour transformer Marie au risque de la perdre dans un futur plus ou moins proche. Certains événements lui feront d’ailleurs prendre pleinement conscience de la fragilité de son âme sœur…

Trouvera-t-il le moyen de donner au monde une seconde femme de nuit ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’ai apprécié la touche de tension que cette question soulève tout comme j’ai adoré le couple Luc et Lucie qui se révèle assez touchant. On sent à quel point le mari et la femme s’aiment et seraient prêts à tout l’un pour l’autre. Attendez-vous également à une petite révélation de leur côté même si je l’avais assez vite anticipée… Au-delà de ce couple attendrissant, on découvre d’autres hommes de nuit, dont l’un qui semble également rattrapé par le virus de l’amour. Ce sera d’ailleurs le protagoniste que l’on suivra dans le deuxième tome. Si je préfère, en général, suivre les mêmes personnages d’un tome à l’autre, je reconnais que l’autrice a réussi à attiser ma curiosité et à me donner envie de découvrir cette nouvelle histoire d’amour qui s’annonce plutôt mouvementée…

En conclusion, on pourra regretter quelques maladresses dans la narration qui donnent l’impression que l’autrice n’a pas réussi à choisir quelle tonalité donner à son roman, mais ce premier tome de la série Les hommes de nuit reste une lecture fluide et agréable qui plaira probablement aux lecteurs appréciant les personnages tourmentés par leurs sentiments, les grandes et belles bibliothèques dans lesquelles on rêverait de se perdre et les romances vampiriques auréolées d’un certain mystère.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé la version numérique de ce roman en échange de mon avis.

 

Les couleurs du dragon, Virgine T

Les couleurs du dragon par [Virginie T]

Dakota Jones est un traqueur de démons.

Sous les ordres de son père froid et distant, elle combat le mal jour et nuit avec ses coéquipiers, qui sont également ses amis, grâce à son don hors du commun. Cependant, sa prochaine enquête va bouleverser son monde. Sa rencontre avec Eldrekki, un homme aussi beau que mystérieux, va modifier tant son passé que son avenir.

Dakota se savait différente, unique, elle va enfin découvrir pourquoi et les réponses pourraient bien ne pas lui plaire.

Évidence Éditions (4 septembre 2020)

AVIS

Capable de traquer les démons grâce à une vision particulière, Dakota Jones met son talent inhabituel au service de l’armée. Il faut dire que son père, à la tête de la base militaire où elle a passé toute sa vie, ne lui laisse guère le choix. Froid et calculateur, il est, en effet, peu intéressé par les aspirations professionnelles et/ou personnelles de sa fille unique qu’il tend à voir comme un outil de travail efficace plutôt que comme son enfant. Alors qu’un terrible meurtre est commis, Dakota se lance sur la piste du monstrueux tueur, probablement un démon, sans savoir que sa vie allait changer à jamais. Entre la découverte d’un secret remettant en cause tout son passé et la rencontre avec un mystérieux jeune homme qui l’hypnotise, Dakota aura plus que jamais besoin de sa détermination et de sa famille de cœur pour affronter la situation.

Étant assez difficile avec les romances paranormales, j’avais hésité à me lancer dans la lecture de cet ouvrage ayant eu peur de me retrouver face à une histoire bien plus basée sur le sexe que sur une réelle intrigue. Sur ce point, je peux d’ores et déjà vous rassurer. Il y a bien deux ou trois scènes de sexe, mais rien de vulgaire ni de détaillé. Un bon point, du moins, pour moi.

On regretta néanmoins une romance qui démarre sur des chapeaux de roue ne laissant pas aux lecteurs le temps de s’approprier les sentiments des personnages. Je me suis d’ailleurs demandé comment diantre, ils ont pu passer aussi vite de parfaits inconnus à compagnon et compagne. La magie de l’amour, peut-être… Mais comme je ne suis pas une romantique dans l’âme, j’aurais tendance à ne pas y croire et à être donc complètement passée à côté de cette romance éclair qui n’aura pas su me toucher ni faire battre mon cœur.

J’ai toutefois apprécié que l’autrice nous épargne les problèmes de consentement si courants dans les romances paranormales. Ici, aucun problème de ce genre ! Il faut dire que nous deux amoureux sont tous les deux plutôt inexpérimentés dans les choses de l’amour. Un schéma plutôt inhabituel qui ne m’a pas déplu même si j’ai trouvé Eldrekki très sûr de ses gestes pour quelqu’un qui n’a jamais eu aucun partenaire dans sa vie… Autre point intéressant, la désacralisation de la virginité et de la première fois, l’autrice nous prouvant que ce qui compte, c’est surtout la personne avec laquelle on se lance et un respect mutuel plutôt qu’un éventuel cadre idyllique destiné à nous donner l’impression d’être une princesse Disney.

Quant à l’intrigue en elle-même, elle ne manque pas d’attrait, mais j’ai eu le sentiment que tout son potentiel n’avait pas été exploité, probablement en raison de la taille du roman qui aurait gagné, selon moi, à être un peu plus imposant ! Les choses s’enchaînent donc très (trop) rapidement, ce qui m’a laissé un goût de trop peu au niveau de l’univers et qui ne m’a pas permis de développer un attachement profond pour les personnages. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée de les apprécier et de prendre plaisir à en apprendre plus sur ces derniers et sur les liens forts unissant Dakota aux différents membres de son équipe.

La jeune femme ayant perdu sa mère à la naissance et son père brillant par son absence d’amour paternel, ses collègues sont devenus, au fil du temps, sa seule et véritable famille ! Ils se révèlent tous assez protecteurs avec elle, ce que j’ai trouvé mignon, mais parfois vraiment étouffant. Étant plutôt indépendante et n’étant pas du tout tactile, je ne pense pas que j’aurais pu supporter toutes leurs attentions et leurs nombreux câlins. Mais on perçoit que c’est exactement ce dont a besoin Dakota qui a été privée de la chaleur d’un foyer sa vie durant.

Les liens unissant Dakota à ses collègues sont donc très forts et lui permettent de supporter une vie conditionnée par les ordres d’un père/général parfaitement injuste et froid. Je dois dire que si j’ai adoré la figure paternelle du commandant dirigeant l’équipe de Dakota, j’ai détesté son père biologique qui n’en porte que le nom. Difficile, en effet, de considérer qu’un tel être puisse être qualifié de père. Il n’hésite pas à exploiter le talent inhabituel de Dakota pour traquer les démons sans se préoccuper de son sort ni de sa santé. Pire, il la maltraite psychologiquement lui faisant sans cesse comprendre à quel point elle est un poids pour lui…

De fil en aiguille, on en vient à découvrir toute la méchanceté et la perfidie de ce personnage que j’ai purement et simplement détesté ! Alors qu’il aurait pu tomber dans la caricature, certaines révélations nous permettent de mieux saisir les raisons qui l’on conduit à maudire sa propre fille sans jamais lui laisser une chance. Sans l’excuser, cela permet de lui donner un peu plus d’ampleur et de complexité.

Au-delà de la romance et de l’amitié, l’autrice nous offre quelques scènes d’action plutôt maîtrisées qui dynamisent le récit et apportent une aura de danger fort appréciable. J’aurais d’ailleurs adoré qu’elles soient un peu plus présentes, mais je peux comprendre le souhait de l’autrice de prendre le temps, dans ce premier tome, de nous présenter les personnages et de jouer sur les émotions d’une héroïne soumise à des épreuves aussi difficiles psychologiquement que physiquement… La fin laisse entrevoir une nette évolution/amélioration dans la vie de la jeune fille avec une nouvelle dynamique de groupe que je serais curieuse de découvrir.

Quant à l’écriture, elle s’est révélée percutante, rythmée et agréable. C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman que j’ai lu d’une traite.

En résumé, bien écrit, dynamique et court,  Les couleurs du dragon permet de passer un moment d’évasion sans prise de tête et de faire la connaissance d’une héroïne dont la vie alterne entre brimades paternelles, réconfort amical, traque de démons et découverte de l’amour. Non dénué de tension et de révélations, le roman se lit rapidement, mais devrait peut-être manquer de convaincre les lecteurs aguerris en quête d’une romance paranormale à l’univers riche et développé. Pour ma part, je vous recommanderai donc ce roman si vous avez envie de vous initier à la romance fantastique ou de vous lancer dans un livre du genre très rapide à lire.

Je remercie Evidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Throwback Thursday Livresque #178 : couverture colorée

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, je ne pouvais opter que pour l’un de mes derniers coups de cœur : Peindre la pluie en couleurs d‘Aurélie Tramier.

Couverture Peindre la pluie en couleurs

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Ce livre aborde, entre autres, le thème du deuil et de la reconstruction, mais de manière tellement belle et émouvante qu’il en ressort beaucoup de lumière et de chaleur. D’ailleurs, lapsus révélateur, je ne peux m’empêcher d’écrire systématiquement Peindre la vie en couleurs à la place du titre original… Parce que plus que de pluie et de deuil, il s’agit ici d’une véritable ode à la famille, à l’amitié et aux liens forts que l’on peut développer même dans l’adversité.

Pour en apprendre plus sur Peindre la pluie en couleurs, n’hésitez pas à consulter ma chronique dont voici la conclusion :

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur

Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?
Connaissez-vous ce roman ?

All eyes on us, Kit Frick

All Eyes on Us

Pretty Little Liars meets People like Us in this taut, tense thriller about two teens who find their lives intertwined when an anonymous texter threatens to spill their secrets and uproot their lives.

PRIVATE NUMBER: Wouldn’t you look better without a cheater on your arm?

AMANDA: Who is this?

The daughter of small-town social climbers, Amanda Kelly is deeply invested in her boyfriend, real estate heir Carter Shaw. He’s kind, ambitious, the town golden boy – but he’s far from perfect. Because behind Amanda’s back, Carter is also dating Rosalie.

PRIVATE NUMBER: I’m watching you, sweetheart.

ROSALIE: Who IS this?

Rosalie Bell is fighting to remain true to herself and her girlfriend – while concealing her identity from her Christian fundamentalist parents. After years spent in and out of conversion « therapy », her own safety is her top priority. But maintaining a fake straight relationship is killing her from the inside.

When an anonymous texter ropes Amanda and Rosalie into a bid to take Carter down, the girls become collateral damage – and unlikely allies in a fight to unmask their stalker before Private uproots their lives.

PRIVATE NUMBER: You shouldn’t have ignored me. Now look what you made me do..

Blackstone Audio, Inc. – 04 juin 2019 – 10h26 minutes

AVIS

C’est en parcourant le catalogue Audible Stories que je suis tombée sur ce thriller young adult dont le résumé m’a tout de suite intriguée.

Et je dois dire que j’ai trouvé la lecture aussi entraînante que révoltante ! L’autrice, à travers cette histoire aborde, entre autres, le thème de l’homophobie et comment celle-ci peut contraindre une jeune fille à devoir mentir à sa famille afin de ne pas être rejetée. Rosalie aime les filles. Dans un monde idéal, cela n’aurait aucune importance, mais dans le monde de l’adolescente, cela change tout et fait de sa vie un véritable enfer.

Les parents de la jeune fille, membre d’une communauté chrétienne fondamentaliste, l’ont élevée dans l’idée qu’une jeune fille bien n’a pas le droit d’éprouver de l’amour pour une autre fille. Jamais. Obsédés par cette idée, ils n’ont ainsi pas hésité à inscrire Rosalie de force à une thérapie de conversion quand l’adolescente leur a avoué son homosexualité. Un comportement indigne de parents aimant et d’une violence psychologique indescriptible pour Rosalie. L’autrice n’entre pas dans les détails, mais l’on sent que cette expérience a profondément marqué l’adolescente qui, pour ne pas revivre cet enfer, préfère leur cacher sa relation avec sa petite amie, Paulina, en simulant une histoire d’amour avec le beau et riche Carter.

Comment ne pas être révolté devant des parents qui traitent leur fille comme une malade qui aurait besoin d’être guérie d’un mal insidieux la détournant du droit chemin et de la parole de Dieu ? Alors que des parents sont censés aimer leurs enfants inconditionnellement, ceux-ci n’aiment leur fille que sous condition d’hétérosexualité ! Rosalie pourrait partir, les parents de sa petite amie étant prêts à l’accueillir, mais ce n’est pas facile pour une adolescente de devoir rompre avec les siens, même intolérants, et surtout, d’abandonner sa petite soeur dont elle est très proche… Car elle ne se fait pas d’illusions, si elle vit son homosexualité au grand jour, ses parents l’enverront de nouveau en thérapie de conversion et la rayeront de leur vie si elle arrive à s’échapper de leur emprise. Pire, ils l’empêcheront de voir sa soeur…

Carter, cet héritier d’un empire de l’immobilier plutôt sympathique, représente alors un bon moyen pour Rosalie de pouvoir continuer à voir Paulina tout en faisant croire à ses parents qu’elle est « guérie ». Mais, le beau et riche Carter a déjà une petite amie, Amanda, qui est bien décidée à passer le reste de sa vie avec ce dernier quitte à fermer les yeux sur ses incartades. Après tout, Rosalie n’est pas la première et ne sera pas la dernière fille avec laquelle son petit ami passera quelques bons moments. La situation aurait donc pu rester ainsi si une personne ne s’amusait pas à menacer de dévoiler les petits secrets des deux adolescentes… 

De fil en aiguille, on en vient à se poser des questions sur la réelle motivation de ce harceleur fort peu courageux qui se cache derrière l’anonymat, et dont les menaces par sms se font de plus en plus pesantes. Devant l’ampleur de la situation, les deux adolescentes finissent par travailler main dans la main afin de l’identifier et de le faire tomber. En effet, si Rosalie ne peut pas le laisser dévoiler sa relation avec Paulina à ses parents sous peine de retourner en thérapie de conversion à laquelle elle ne résistera pas psychologiquement, Amanda, quant à elle, ne peut pas le laisser s’immiscer dans son couple.

Ses parents ne sont plus aussi fortunés que par le passé et de sa future union avec Carter dépend leur situation financière. J’ai été bien plus touchée par la vie de Rosalie, mais force est de constater qu’Amanda n’a pas non plus une existence des plus joyeuses. Derrière son apparente superficialité, son physique de rêve et sa popularité, elle subit une certaine pression familiale, notamment de la part de sa mère bien décidée à profiter des atouts physiques de sa fille pour garder son ancien train de vie et asseoir son statut social. Amanda m’a parfois agacée par son obsession pour Carter, mais on comprend que c’est plus celle de sa mère que la sienne…. Heureusement, au gré des épreuves et des coups durs, elle dévoile une vulnérabilité qui la rend attachante. Elle évolue, s’affirme et commence à entrevoir que sa vie n’est pas irrémédiablement liée à son goujat de petit ami et qu’elle n’a pas à porter l’avenir de ses parents sur ses épaules…

J’ai également apprécié l’évolution de la relation entre Amanda et Rosalie. Elles ne deviennent pas les meilleures amies au monde, mais elles développent une forme de respect et d’amitié. Il faut dire qu’elles devront apprendre à compter l’une sur l’autre, la traque du harceleur anonyme se révélant bien plus ardue et périlleuse que prévu d’autant qu’elles ne peuvent pas vraiment s’appuyer sur leurs parents… Comme souvent dans les thrillers young adult, j’ai rapidement deviné l’identité du coupable, mais je n’avais pas anticipé ses motivations. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains sont prêts à tout, même au pire, pour se libérer d’une cage qu’ils ont pourtant forgée eux-mêmes.

Tout au long du récit, l’autrice joue avec nos nerfs, nous met sur de fausses pistes, nous pousse à douter et fait monter la tension crescendo. Cela rend la lecture assez addictive tout comme le travail réalisé sur la psychologie des deux héroïnes qui est, pour moi, le point fort de ce roman. L’enquête est intéressante, mais elle permet surtout de mettre en lumière des thématiques fortes : l’affirmation de soi, l’extrémisme religieux, l’homophobie, le poids des injonctions familiales et sociétales, les parents défaillants, l’alcoolisme, l’amour, l’amitié…

Si les parents des deux adolescentes sont défaillants, il existe néanmoins quelques adultes responsables et plus ouverts même si leur rôle reste assez minime dans l’intrigue. On appréciera également la manière dont l’autrice souligne avec subtilité l’importance de se faire aider quand on appartient à la communauté LGBT+ et que l’on se sent menacé. J’ai également trouvé très touchante et inspirante Rosalie qui va réussir à se libérer de ses parents grâce, entre autres, à son courage, sa force de caractère et l’aide d’une association et de certaines personnes. Un joli message d’espoir qui, je l’espère, apportera un peu de réconfort aux personnes victimes d’homophobie.

Dans ce roman, il est question de fanatisme religieux, mais l’autrice montre également qu’il est possible de concilier foi et homosexualité comme l’ont très bien compris les parents de Paulina qui ont soutenu leur fille dès l’annonce de son homosexualité. De la même manière, si Rosalie rejette une foi qui la contraindrait à renier ce qu’elle est et ses sentiments, elle développe sa propre relation à Dieu, une relation empreinte d’amour et de tolérance. Je ne suis pas croyante, mais si je l’étais, c’est le genre de foi vers laquelle je me tournerais.

Quant à la partie audio, je l’ai trouvée plutôt convaincante : les narratrices trouvent le ton juste pour nous faire ressentir toutes les émotions de Rosalie et d’Amanda, mais également la pression quotidienne qu’elles subissent, chacune pour des raisons bien différentes. Le niveau d’anglais m’a, en outre, semblé plutôt abordable, le vocabulaire demeurant relativement simple et ancré dans le quotidien.

En bref, sous couvert d’une enquête pleine de tension et auréolée d’un certain mystère et suspense, l’autrice aborde ici des thèmes importants comme l’homophobie et la difficulté pour des jeunes filles de se libérer de leurs chaînes afin de se construire un avenir à l’image de leurs rêves et non des attentes de leurs parents et de leurs communautés. Haletant, révoltant et émouvant à la fois, All eyes on us est un roman avec un beau message de tolérance qui ouvre également une réflexion pleine de justesse sur la nécessité de laisser chacun vivre sa sexualité et choisir la vie qui lui convient sans préjugé ni a priori.

Ecouter All eyes on us gratuitement sur Audible Stories (le roman existe également en version papier).

 

 

Les tribulations de Lady Eleanor Grant : La première reine, J. James

Les Tribulations de Lady Eleanor Grant, Tome 1: La Première Reine par [J. James, Lowenael]

1910

Après des années d’un mariage désastreux, Lady Eleanor Grant est enfin libre de mener sa vie comme elle l’entend. Grande amatrice d’égyptologie, elle décide de se rendre dans ce pays qu’elle a si souvent fantasmé, l’Egypte. Là-bas, elle va faire la connaissance de Karl Schaffenberg, un éminent professeur allemand. A eux deux, ils décryptent de vieux parchemins, trouvés dans la tombe d’un Grand Prêtre, qui leur révèlent une fantastique découverte : une nouvelle reine égyptienne, Nitetis, inconnue jusqu’alors, vient complètement bouleverser l’ordre dynastique. Lors de cette enquête, Eleanor est amenée à recroiser la route du brillant gallois, Warren Crowley.

Intrigué, ce dernier se laisse entraîner par cette étrange aventure, et se révèle être un précieux allié, pour suivre les traces de cette reine oubliée. Mais pourquoi n’a-t-on jamais entendu parler de cette Nitetis ? Qu’a-t-elle donc fait pour subir la Damnatio Memoriae ? Parfois, certains secrets bien gardés devraient le rester

Auto-édition – 400 pages – Broché (20€) – Ebook (3,99€)
15 illustrations réalisées par Lowenael

AVIS

J. James m’a complètement charmée grâce à un imaginaire riche et une magnifique plume aussi fluide qu’immersive. Les mots sont couchés avec élégance sur le papier, les phases narratives alternent avec des dialogues vifs et percutants, les descriptions précises et imagées vous font voyager, vous donnent l’impression de fouler le sable du désert et de visiter l’Égypte, un pays à l’aura mystérieuse et à l’histoire fascinante. Lire ce roman, c’est une expérience à part entière, c’est se plonger dans une aventure trépidante auprès de personnages attachants et tellement vivants !

En plus d’être très réalistes, les protagonistes, et plus particulièrement Eleanor dont la psychologie a été remarquablement travaillée, prennent corps et vie sous nos yeux de manière éclatante. Durant ma lecture, la frontière entre fiction et réalité s’est régulièrement estompée me donnant le sentiment de vivre moi-même les aventures d’Eleanor ou, du moins, de suivre de près les tribulations d’une amie ou d’une femme ayant réellement existé. La capacité de l’autrice à nous immerger dans son histoire sans réserve et l’attachement quasi immédiat qu’elle nous fait éprouver pour Eleanor apportent une dimension forte et enivrante au récit que j’ai lu d’une traite, ne faisant que quelques pauses pour reposer mes yeux. Ce sera d’ailleurs là le seul défaut du roman, une police d’écriture un peu trop petite pour la myope que je suis.

Eleanor n’est pas invulnérable, mais elle n’en demeure pas moins une femme haute en couleur, courageuse, pugnace et intelligente qu’il est impossible de ne pas admirer et d’ériger en modèle. Issue d’un milieu aisé, cela ne l’empêchera pas de vivre le drame d’un mariage forcé, son père l’ayant vendue (appelons un chat un chat) pour éponger ses dettes auprès d’un homme violent qui, des années durant, lui fera vivre un véritable enfer. Résistant à la violence morale et psychologique de son époux, elle pourra heureusement prendre sa revanche des années plus tard. Libérée du joug de son bourreau, la jeune femme sera enfin libre de voyager en Égypte afin de s’adonner à sa passion de l’archéologie et de l’Égypte ancienne. Un voyage qui ne se fera pas sans un pincement au cœur à l’idée de quitter un homme d’affaires séducteur, et accessoirement amant passionné d’une nuit, Warren Crowley.

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Le début du roman m’a donné le sentiment de lire une très bonne romance historique, mais à partir du moment où Eleanor part pour l’Égypte, l’histoire prend un tout autre tournant. La jeune femme devra faire face au mépris et au paternalisme des archéologues sur place souvent moins compétents qu’elle, mais très fiers de leur chromosome Y. Elle fera néanmoins la connaissance du professeur allemand Karl Schaffenberg, bien plus intelligent que ses confrères, avec lequel elle travaillera afin de décrypter des papyrus codés retrouvés dans la tombe d’un Grand Prêtre.

Après un travail acharné, Eleanor fera alors une découverte surprenante et d’une valeur inestimable : l’existence d’une reine égyptienne, Nitetis, qui a purement et simplement été effacée de l’Histoire ! Devant l’importance de la découverte qui remet en cause l’ordre dynastique des pharaons, nos deux compères et complices partent à la recherche de son tombeau. Mais avant, ils vont devoir convaincre le propriétaire des terres où il est potentiellement situé de les autoriser à lancer des fouilles archéologiques. Et voilà comment la route d’Eleanor va de nouveau croiser celle du très attirant, mais agaçant, Warren Crowley.

J’ai adoré suivre les trois personnages dans cette aventure, le trio fonctionnant à merveille et se révélant très complémentaire. Le professeur m’a touchée par son optimisme contagieux, son enthousiasme presque enfantin, sa gentillesse, sa bienveillance, son ouverture d’esprit en ce début de XXᵉ siècle où les femmes sont encore infantilisées, et sa sincère amitié pour Eleanor avec laquelle il a noué une réelle complicité.

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Crowley est, quant à lui, l’image du bad boy, version chic et glamour : charmant, beau parleur, sans attache ni envie d’en nouer, aimant les plaisirs de la chair, riche et doué pour les affaires, alternant entre la goujaterie la plus infâme et la prévenance la plus totale… Si l’image est un peu stéréotypée, l’autrice a su insuffler au personnage un supplément d’âme et de mystère qui le rend très attirant au plus grand désespoir d’Eleanor qui aimerait garder ses distances avec ce dernier afin de préserver son cœur. En plus de la touche de charme et de romance qu’il apporte à l’intrigue, Crowley saura aussi se montrer fort utile durant l’expédition et les fouilles qui se révéleront bien plus dangereuses que prévu.

Entre les dangers inhérents à tout voyage et à des fouilles archéologiques, un ennemi mystérieux bien décidé à arrêter Eleanor, des rêves étranges qui épuisent et déstabilisent la jeune femme, et des pièges retors inventés par un Grand Prêtre bien décidé à ce que l’existence de son ancienne reine ne soit jamais dévoilée, nos amis n’auront pas le temps de s’ennuyer. Ils devront ainsi affronter des situations inattendues qui mettront leurs nerfs à rude épreuve et pourraient faire vaciller toutes leurs certitudes…

La partie consacrée à l’exploration du tombeau m’a fascinée, l’autrice ayant particulièrement soigné ce passage que j’ai trouvé plus que réaliste. On a l’impression d’être devant un épisode d’Indiana Jones, avec cette part de mystère et d’action qui rend l’expérience aussi angoissante que palpitante ! Attendez-vous donc à trembler et à être tenus en éveil par une rencontre inattendue, dangereuse, mais également très émouvante…

Bien que peu présent dans le récit, ou du moins pas assez à mon goût, le très flegmatique majordome d’Eleanor, Bridges, m’a fait forte impression. Présence rassurante et fidèle, cet homme se révélera plein de ressources, en plus d’être d’une totale dévotion envers sa lady. L’autrice laisse encore planer beaucoup de mystère autour de ce dernier et de son passé que l’on sent mouvementé… J’ai donc hâte d’en apprendre plus dans la suite de la série, La première reine étant le premier tome d’une série de quatre tomes, chacun organisé autour d’une aventure indépendante.

En plus d’une plume fluide, élégante et très immersive et de personnages auxquels on s’attache irrémédiablement, j’ai apprécié les thématiques soulevées tout au long du récit : les mariages forcés et la misogynie en ce début de XXᵉ siècle, la difficulté pour une femme de se faire entendre dans un milieu de l’archéologie dominé par les hommes, le révoltant paternalisme des Occidentaux qui n’hésitent pas à piller le patrimoine d’autres pays, la difficulté de concilier l’envie de mettre à jour le passé d’un pays et sa souveraineté, la méfiance que les femmes de caractère et de pouvoir ont toujours eu tendance à susciter…

À cet égard, on ne pourra qu’être ému par le destin tragique de Nitetis et révolté par la trahison abjecte de son Grand Prêtre aveuglé par ses nombreux a priori, notamment sur les femmes. L’histoire de cette reine oubliée, que l’on découvre au compte-gouttes, s’est révélée passionnante et émouvante. J’aurais d’ailleurs adoré en apprendre bien plus sur ce personnage qui a tout sacrifié pour son pays sans n’avoir jamais rien obtenu en retour si ce n’est méfiance et oubli… Elle aura au moins connu, durant sa courte existence, l’affection sincère de son père, mais aussi l’amour d’un homme qui a su voir en elle la femme qu’elle était.

L’objet livre mérite également toute notre attention : de la superbe couverture avec des reliefs en passant par la quinzaine d’illustrations de Lowenael agrémentant le récit, ce roman est un enchantement des yeux. Petit détail qui fait toute la différence : le livre dispose de grandes marges, ce qui permet de le lire sans craindre d’en casser le dos.

En conclusion, si vous aimez les aventures avec un grand A et êtes fascinés par l’aura de mystère entourant l’Égypte, son histoire et ses trésors, ce premier tome d’une série riche en promesses devrait vous plaire. D’une plume fluide, élégante et immersive, J. James captive ses lecteurs pour les plonger dans un récit palpitant porté par un trio complémentaire dont les interactions sonnent aussi vraies que justes. Émotions, mystère, action, dépaysement et révélations attendent les lecteurs qui oseront se lancer dans cette aventure mélangeant avec brio bribes du passé, amitié et amour, le tout auréolé d’une pointe de fantastique.

Les tribulations de Lady Eleanor ou quand la passion et la détermination d’une lady rencontrent l’érudition d’un professeur et l’espièglerie d’un séducteur…

Retrouvez le roman sur le site de l’autrice que je remercie pour ce partenariat.

Maudit cupidon, Lauren Palphreyman

À 17 ans, Lila découvre que les cupidons, loin d’être un mythe, sont bien réels. Qu’ils constituent une agence d’entremetteurs œuvrant dans le plus parfait des secrets. Et qu’elle, petite mortelle ordinaire, a été matchée au dieu de l’amour originel : Cupidon lui-même. Une vaste plaisanterie ? Non, une malédiction !
D’abord, elle n’a rien demandé. Ensuite, Cupidon est si ingérable qu’il a été banni de la Terre il y a des décennies. Enfin, tous deux encourent la peine capitale s’ils tombent amoureux, les relations entre humains et cupidons étant proscrites. Or sa prétendue âme sœur est de retour, décidée à braver l’interdit et les flèches d’une mystérieuse armée jetée à ses trousses… Lila n’a plus le choix. Aidée de Cal, le jeune frère de Cupidon, elle doit fuir et, par tous les moyens, tenter d’inverser le cours de leur destin.

Hachette Romans (6 février 2019) – 414 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)
Traduction : Axelle Demoulin Nicolas Ancion

Je me suis laissé tenter par ce roman ayant été intriguée par l’idée de découvrir une histoire reprenant le mythe de Cupidon très peu présent en littérature adolescente. Une curiosité plutôt récompensée parce que si le roman ne me restera probablement pas très longtemps en tête, il m’a toutefois offert un moment de lecture agréable, et surtout, sans prise de tête.

Si on occulte l’ébauche d’un triangle amoureux dont je me serais volontiers passée, j’ai trouvé une certaine fraîcheur et originalité à ce récit qui nous plonge sans préambule dans la vie de Lila, une adolescente qui découvre que Cupidon existe et qu’en plus, il est son âme sœur. Petit problème, cette chère légende de l’amour avec un grand A et du coup de foudre qui foudroie n’a pas le droit d’avoir d’âme sœur. À vrai dire, aucun des cupidons de l’agence qui les régit n’a le droit d’en avoir une, politique de la maison oblige. La sanction si Lila et Cupidon tombaient dans les bras l’un de l’autre ? Le retour de la Présidente ! Or, personne ne semble vouloir qu’une telle chose se produise. Et pour empêcher son retour, les Flèches, un groupe de cupidons fanatiques, sont prêts à tout quitte à employer des moyens radicaux et définitifs…

Face au danger, Lila pourra heureusement compter sur sa meilleure amie Charlie, Cal bien décidé à l’empêcher de tomber dans les bras de son frère Cupidon, Crystal, une femme cupidon pas très chaleureuse au premier abord, et Cupidon en personne.  Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier parce que l’histoire va assez vite, ce qui ne permet pas d’approfondir la personnalité de chacun, mais aucun ne m’a déplu. Tous ont ainsi un petit quelque chose qui donne envie d’apprendre à mieux les connaître : Cal et son côté sérieux qui le rend parfois grincheux mais également attachant, Crystal qui n’est peut-être pas si hautaine que cela et dont on a envie de fouiller dans le passé que l’on devine riche, Charlie qui fait face vaillamment à la situation alors que cela l’impacte directement, Lila qui garde la tête sur les épaules malgré son attraction pour Cupidon et ce dernier qui, derrière une certaine nonchalance, semble finalement moins sûr de lui qu’il n’y paraît…

À mesure que ses sentiments grandissement pour Lila, Cupidon réalise que son obstination à vouloir la rencontrer et à interférer avec sa vie n’était peut-être pas une très bonne idée et qu’en faisant fi des avertissements de Cal, il a mis la jeune fille dans une situation dangereuse.  Je m’attendais à être agacée par Cupidon et son arrogance, mais cela ne fut pas le cas parce qu’on comprend vite que c’est une façade et qu’il est aussi perdu que Lila avec cette histoire d’âme sœur dont il a une vision assez particulière et en décalage avec sa nature profonde. J’ai d’ailleurs apprécié les réflexions soulevées par l’autrice sur cette notion d’âme sœur qui, quand on prend le temps d’y réfléchir, est aussi poétique que triste. N’est-il pas, en effet, assez démoralisant de penser qu’il n’existe qu’une seule chance d’être heureux ? Cette idée d’âme sœur et de ses limites est donc assez bien traitée dans ce roman. Je retiens notamment une très belle scène vers la fin du roman qui apporte une conclusion aussi émouvante que pleine de pertinente…

Puisqu’on parle du mythe de Cupidon, il y a bien sûr une romance, mais je l’ai trouvée assez légère pour ne pas prendre le pas sur l’action même si les réflexions de Lila sur le corps de sa supposée âme sœur m’ont parfois fait lever les yeux au ciel. Cupidon et Lila se tournent autour, mais il y a cette barrière à ne pas franchir qui maintient entre eux une  certaine distance… Ne vous attendez donc pas à ce qu’ils se sautent dessus dès les premiers chapitres, ce qui, je dois en convenir, m’a plutôt plu. Toutefois, je reconnais ne rien avoir ressenti devant ce couple interdit. Il n’y a pas assez de tension et d’interactions entre les deux personnages pour que leurs sentiments et leur attraction paraissent réels. Mais je pense que leur histoire pourra plaire à des lecteurs plus jeunes ou un peu moins exigeants de ce côté-là.

J’ai, à l’inverse, complètement été convaincue par la bonne dose d’action présente tout au long du livre. Si la psychologie des personnages manque de développement, l’action, quant à elle, est donc bien au rendez-vous. L’histoire est menée tambour battant et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer, le groupe formé autour de Lila devant faire face à un certain nombre d’attaques plus ou moins organisées. Et quand ils ne sont pas attaqués, les personnages sont occupés à fuir leurs sentiments et les Flèches ainsi que les autres cupidons, tous bien décidés à éviter le retour de la Présidente.

L’autrice tente de rendre l’identité de cette fameuse Présidente mystérieuse, mais il suffit de quelques connaissances en mythologie grecque et romaine pour tout de suite comprendre son identité. Un mystère qui n’a donc pas pris de mon côté, mais qui ne nuit en rien à l’intrigue. J’ai, dans tous les cas, apprécié l’incursion de la mythologie dans ce roman puisque les cupidons ne seront pas les seules créatures mythologiques à faire leur apparition. Attendez-vous, par exemple, à retrouver le Minotaure que l’autrice a eu l’idée originale et plutôt convaincante de lier à un célèbre tueur en série dont on n’a jamais vraiment su avec précision l’identité. Sa relation étrange avec Crystal suscite également quelques interrogations… Autre originalité, avoir mélangé mythologie et monde virtuel ! Cela marche vraiment très bien même si c’est un point assez anecdotique par rapport à l’histoire.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a agréablement surprise. Le style est certes simple, mais efficace, agréable et dynamique, ce qui rend la lecture plutôt addictive et plaisante. J’ai d’ailleurs lu le roman en deux ou trois soirées sans jamais trouver le temps long. La seule chose qui m’a un peu frustrée est la rapidité avec laquelle Lila est plongée dans l’univers des cupidons. Cela évite les longueurs, mais j’aurais peut-être apprécié de la voir batailler un peu plus avec l’idée d’être mêlée, bien malgré elle, à cet univers surnaturel dans lequel les créatures mythologiques existent vraiment. On regrettera également une fin un peu trop précipitée qui donne le sentiment que l’autrice a survendu le danger entourant une potentielle romance entre Lila et Cupidon…

En conclusion, Maudit cupidon fut une bonne surprise. La psychologie des personnages aurait probablement mérité d’être un peu plus fouillée pour rendre leurs émotions et ressentis plus palpables, mais l’autrice a su compenser ce point par une bonne dose d’originalité et une fraîcheur inattendue qui ont rendu la lecture aussi agréable que prenante. Si vous souhaitez (re)découvrir le mythe des cupidons, ce roman young adult rythmé et bien mené pourrait vous plaire.

 

La gitane aux yeux bleus, Mamen Sánchez

L’inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d’une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l’interlocuteur – c’était en anglais –, mais il devina qu’il ne s’agissait pas d’un appel au secours, on n’y sentait aucune peur.
– Qu’est-ce qu’il dit ? demanda-t-il.
– Textuellement : « Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation. »

En bon Espagnol, l’inspecteur Manchego a tout de suite identifié d’où provenait le message : d’une boîte de flamenco. Pas de quoi s’alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d’un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous.
En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus – ça c’est curieux – et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr…comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventures.

Mercure de France (4 juin 2020) – 304 pages – Broché (21,80 €) – Ebook ( 15,99 €)
Traduction : Judith Vernant

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité une minute, le résumé m’ayant tout de suite intriguée. Et très vite, j’ai compris que l’auteure allait me faire passer un bon, non, un excellent moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur !

Atticus, fils prodigue d’un ponte de l’édition anglaise, est envoyé par son père en Espagne afin de fermer la revue Librarte, un gouffre financier. Mais avant de pouvoir tourner la page de ce retentissant et désagréable échec commercial, il doit licencier en bonne et due forme les cinq employées à temps plein. Une mission pas très agréable, mais en apparence assez simple, qui va toutefois prendre un tournant quelque peu inattendu ! Les cinq femmes travaillant pour la revue ne sont, en effet, pas décidées à partir sans tenter de sauver leur outil de travail dont elles ont toutes, pour des raisons différentes, besoin. Et pour ce faire, elles ont fomenté un plan aussi audacieux que loufoque.

Est-ce que ce plan a quelque chose à voir avec la disparition d’Atticus qui conduira son père à solliciter l’inspecteur Manchego ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que vous pouvez vous attendre à être embarqué dans une aventure complètement extravagante qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous arracher de nombreux sourires et éclats de rire. Je me suis ainsi beaucoup amusée à remonter la trace d’Atticus, l’auteure ne ménageant pas ses effets de surprise et multipliant les situations rocambolesques durant lesquelles les différences culturelles entre Anglais et Espagnols sont mises en avant avec beaucoup de charme et d’humour. Quand le flegme britannique et le côté hautain et guindé de l’aristocratie anglaise rencontrent la flamboyance et la chaleur espagnole, cela fait quelques étincelles ! Certains dialogues et échanges valent ainsi leur pesant d’or et me resteront probablement longtemps en tête… Le trait est parfois forcé et flirte avec la caricature et les clichés, mais ça semble complètement assumé et fait sans excès, ce qui rend le tout savoureux à souhait.

Le rôle de l’inspecteur volontaire, mais avec un côté un peu boulet, apporte aussi pas mal de comique à l’histoire d’autant que Manchego ne fait rien pour qu’on ait envie de le considérer avec sérieux. Vous auriez l’idée vous en tant que policier d’engager un cambrioleur pour éviter de passer par une voie plus classique, mais plus longue, ou d’aller acheter des cotons-tiges pour faire un test ADN ? Beaucoup d’humour, de bonne humeur et de légèreté donc dans ce roman qui est loin d’être un banal roman policier, la disparition d’Atticus ne servant que de prétexte à une intrigue pleine de mordant dans laquelle l’amitié revêt une place primordiale. Je parle d’amitié au singulier, mais elles sont pourtant plurielles, Berta, Soleà, María, Asunción et Gaby étant très proches. Ces femmes ont des parcours professionnels et personnels très différents, mais elles ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs différences pour développer une jolie complicité.

Cette galerie de femmes au tempérament varié est probablement l’atout charme de ce roman puisqu’il est impossible de ne pas se prendre d’affection pour ces dernières et de leur souhaiter le meilleur. J’ai toutefois eu un peu de mal avec María qui m’a semblé considérer avec une certaine nonchalance des actes discutables sur le plan moral et pénal même si on lui accordera des circonstances atténuantes. J’ai eu, à l’inverse, un coup de cœur pour Berta, la patronne de la revue qui veille avec beaucoup de bienveillance sur les autres femmes de son équipe. Le traitement que lui réserve l’auteur m’a vraiment séduite et m’a même donné quelques papillons dans le ventre ayant trouvé cette femme très touchante dans sa relation avec un autre protagoniste.

Tout au long du roman, on apprend donc à connaître ces femmes, ce qui est également l’occasion pour l’auteur d’aborder, sans pathos et avec une certaine douceur, une multitude de sujets : l’amitié, l’amour, l’adultère, la trahison, le mensonge, le pardon, le désir de maternité non assouvi, la maltraitance physique et psychologique, les secrets de famille, la famille… En ce qui concerne la famille, les lecteurs auront, tout comme Atticus, l’occasion de découvrir celle de Soleà. Une expérience plutôt inoubliable ! Exubérants, chaleureux et accueillants, les membres de la famille de la jeune femme ne manquent ni de présence ni de panache même si c’est probablement la grand-mère qui m’a le plus marquée et touchée. Difficile donc de ne pas succomber au charme de cette grande famille, et ce n’est pas Atticus qui vous dira le contraire.

Issu de l’aristocratie anglaise qui considère toute forme de démonstration affective comme un signe de vulgarité, notre jeune Anglais aurait pu être tenté de prendre la poudre d’escampette devant toutes ces embrassades et effusions tellement peu anglaises. Mais de fil en aiguille, on le découvre de plus en plus attaché à des us et des coutumes très éloignés de ses habitudes, mais qui le rapprocheront d’une certaine jeune femme au regard envoûtant. L’évolution d’Atticus se révèle spectaculaire bien que plus amusante que crédible, l’auteur jouant habilement avec cette idée de « l’amour qui transforme » pour la pousser à son paroxysme. Pour ma part, j’ai apprécié ce changement, mais je ne vous cacherai pas que l’Atticus version anglaise, qui ne se déplaçait jamais sans sa bouilloire et son Earl Grey (bon du Twinings, mais personne n’est parfait) me plaisait plutôt bien. N’envisageant pas une journée sans mes trois tasses de thé réglementaires, je ne suis peut-être pas très objective sur ce point…

En plus d’avoir proposé une intrigue complètement loufoque et une truculente galerie de personnages, l’auteure multiplie les références littéraires et fait même intervenir, sous une forme inattendue, un auteur classique de fantasy qui a ici quelques tendances au voyeurisme. Les amoureux des livres, a fortiori s’ils aiment le thé et rire, devraient donc trouver leur bonheur avec ce roman qui se lit tout seul ou presque.

Il faut dire que Mamen Sánchez réussit à attiser l’intérêt des lecteurs dès les premières pages que ce soit grâce à une plume fluide et légère pleine d’humour ou l’alternance entre présent et passé qui ne peut que donner envie de comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition d’Atticus. Les pages défilent donc toutes seules avant de nous offrir une conclusion à la hauteur de personnages hauts en couleur et des péripéties pleines de surprises d’un Anglais qui n’est peut-être pas aussi froid et guindé qu’il le pensait. Et si le bonheur n’était finalement pas dans le thé ?

Tendre, rocambolesque et pétillant, plus qu’un roman, une bouffée d’oxygène et de légèreté pour un beau voyage plein de saveurs entre Madrid et Grenade !

Je remercie Babelio et les éditions Mercure de France pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.