Dynasties, tome 1 : Entre les flammes, Ilona Andrews

Couverture Dynasties, tome 1 : Entre les flammes

Il y a plus d’un siècle, des scientifiques ont créé un sérum permettant de développer des dons d’ordre surnaturel. Depuis, ces gènes se transmettent de génération en génération…
Détective privée, Nevada Baylor peut détecter les mensonges chez autrui. Alors qu’elle s’apprête à affronter le challenge le plus ardu de sa carrière, retrouver un certain Adam Pierce, elle se fait kidnapper. Son ravisseur ? Rogan, un séduisant milliardaire aux grands pouvoirs. Entre le désir de fuir et celui de s’abandonner à lui, Nevada hésite…

J’ai lu pour elle (26/04/2017) – 480 pages – Ebook (5,99€)

AVIS

Entre les flammes est un bon roman de fantasy urbaine nous plongeant dans un monde où un sérum a permis à certains de développer des capacités magiques transmises de génération en génération. Les lignées les plus puissantes ont ainsi gagné en force et en pouvoir au fil des années ce qui leur a octroyé, au passage, certains privilèges et une place de premier ordre dans la société.

Nevada, quant à elle, n’appartient pas à ce cercle de puissants et de nantis. À la tête d’une agence familiale de détectives, son premier objectif dans la vie est de prendre soin de sa famille qui dépend d’elle financièrement. Pour cela, elle est prête à tout et même à céder à l’horrible chantage de l’entreprise qui a racheté son agence et qui lui impose une mission suicide sous peine de lui voler tout ce qu’elle possède. Contrainte et forcée, elle doit ainsi mettre la main sur Adam Pierce, membre d’une puissante famille, mais aussi jeune homme instable et dangereux déjà responsable de la mort d’un homme… Si les choses n’étaient déjà pas assez compliquées, la jeune femme doit également consentir à s’associer à Rogan, un homme qui n’a pas hésité à la kidnapper pour obtenir d’elle certaines informations ! 

Les deux protagonistes sont aux antipodes l’un de l’autre. Nevada est une personne gentille, honnête, droite, volontaire et totalement dévouée aux siens qui ont beaucoup souffert de la mort du patriarche. Les relations familiales prennent d’ailleurs une grande place dans la vie de notre héroïne, ce que j’ai trouvé touchant et plutôt original pour un livre de fantasy urbaine. Malgré les problèmes et les divergences d’opinions, les membres de la famille de Nevada sont donc très soudés et prêts à tout pour se protéger les uns les autres… Et mention spéciale à la grand-mère complètement badass pour laquelle j’ai eu un coup de cœur. En plus de manier à la perfection la clef à molette, elle n’a pas sa langue dans sa poche et apporte ce petit grain de folie qui manque à la très sérieuse et responsable Nevada.

Quant à Rogan, c’est un être extrêmement puissant, solitaire, déterminé et incroyablement dangereux. Ancien militaire, il suit son propre code d’honneur et n’hésite pas à tuer sans remords ses ennemis a fortiori quand ceux-ci le menacent. Une manière de voir la vie humaine qui ne sied guerre à Nevada qui va faire de son mieux pour le faire évoluer sur le sujet. Dans le même temps, elle va essayer, malgré son attraction pour cet homme fascinant, de garder ses distances, ce qui ne sera pas toujours facile ni de tout repos.

Si la jeune femme s’extasie à quelques reprises sur le corps de son associé provisoire, j’ai apprécié qu’elle ne se jette pas à ses pieds et ne passe pas son temps à fantasmer sur lui. Les auteurs introduisent donc une certaine attraction et alchimie sexuelle entre les deux protagonistes sans focaliser toute l’intrigue autour de ça. Au contraire, l’action est au rendez-vous avec de multiples scènes de combat et un déploiement impressionnant de la magie.

À cet égard, il est intéressant de découvrir progressivement les différents types de magie qui existent, mais aussi les facultés de chacun, certaines se révélant destructrices. Nevada devrait d’ailleurs vous réserver quelques surprises de ce côté-là, mais je vous laisserai le plaisir de découvrir vous-mêmes l’étendue des capacités de cette jeune femme courageuse, mais également très humaine. Elle ne baisse jamais les bras, affronte tous les dangers pour protéger sa famille, mais elle possède également ses propres failles et a conscience de ses faiblesses. Un réalisme qui lui sera vital pour affronter les différentes forces qui s’opposent dans ce premier tome dont l’épilogue m’a complètement laissée sans voix ! La vengeance semble avoir une emprise bien néfaste sur certaines personnes…

Quant au style du duo d’auteurs se cachant derrière le pseudo de Ilona Andrews, il s’est révélé plutôt efficace pour me faire tourner rapidement les pages d’autant que la présence de nombreux dialogues apporte beaucoup de dynamisme au récit. Sans être d’une élégance rare, la plume est donc agréable et sans aucune dissonance. Difficile de savoir que deux personnes se cachent derrière l ‘écriture de ce premier tome.

En conclusion, ce premier tome met en place un univers riche dans lequel la magie se révèle multiple et fascinante et les jeux de pouvoir plus retors qu’il n’y paraît ! Si vous avez envie d’un roman de fantasy urbaine rythmé, immersif, facile à lire et construit autour d’un duo prometteur dont on appréciera l’alchimie et la complémentarité, Entre les flammes devrait vous plaire.

Interview with the robot, Lee Bacon

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Fugitive. Criminal. Robot.

A sci-fi adventure for young listeners, Interview with the Robot introduces a unique heroine who seeks the truth about herself.
Eve looks like an ordinary 12-year-old girl, but there’s nothing ordinary about her. She has no last name. No parents or guardian. She’s on the run from a dangerous and secretive organization that will stop at nothing to track her down.
And most astonishing of all: she’s a robot, a product of Eden Laboratories. When Eve discovers the truth, she realizes everything she thought she knew about herself is a lie. Eve manages to escape, fleeing the lab, the only home she’s ever known.
After being arrested for shoplifting, Eve is interviewed by Petra Amis from Child Welfare Services. Her incredible story unfolds during the interrogation, with flashbacks to her life inside Eden Laboratories, which has a dark secret. Listeners follow Eve from her first moment of consciousness to her evolution as a nearly-human companion to Emory, the son of the founder of Eden Laboratories.
Exploring a range of topics that drive our society and our lives—topics such as artificial intelligence and human nature – Interview with the Robot is a story told by a startlingly original protagonist, a story that explores the vast potential of technology and the deep complexities of humanity.

À partir de 10 ans – 3hrs 42mins

AVIS

J’ai profité du fait qu’Audible propose des livres audio à écouter gratuitement durant le confinement pour me lancer dans Interview with the robot de Lee Bacon. Si la science-fiction n’est pas mon genre de prédilection, les intelligences artificielles et la robotique m’intéressent beaucoup, ce qui explique peut-être le plaisir pris à découvrir ce roman jeunesse qui soulève des  questions intéressantes sur ces sujets notamment d’un point de vue éthique et moral.

Qu’est-ce qui différencie l’homme de la machine ? Une machine faite de métal, de circuits imprimés et ayant la conscience d’exister ne peut-elle pas être considérée comme une entité vivante ? Les émotions sont-elles l’apanage des hommes et des animaux ? Tout autant de questions que l’histoire d’Eve, robot ayant l’apparence d’une enfant de douze ans, ne manquera pas de susciter en vous. Une histoire qu’elle raconte à un membre des services sociaux, Petra Amis, après avoir réussi à s’échapper de l’organisation qui l’a conçue. À mesure que l’on découvre tout ce qu’elle a traversé et qu’on apprend à la connaître, on en vient à s’interroger sur sa véritable nature…

En plus de la conscience d’être, elle semble éprouver des sentiments, notamment envers le fils de son créateur qui est devenu, au fil du temps, son meilleur ami. À travers des flash-backs, on découvre d’ailleurs leur réelle et belle complicité et la manière dont, aux côtés d’Emory, Eve a gagné en humanité, apprenant, par exemple, à faire des plaisanteries ou à détecter les nuances parfois subtiles dans les échanges entre humains. Elle n’a pas de sang ou d’organes humains et se recharge comme un téléphone portable, mais la réduire au statut de simple machine au service de l’humanité semble donc terriblement injuste…

J’ai adoré découvrir le récit de cette héroïne atypique et hors du commun à laquelle je me suis beaucoup attachée à l’instar de Petra qui va traiter Eve comme n’importe quel autre enfant : avec empathie, patience et gentillesse. Les interactions et les dialogues entre les deux personnages sont truculents et m’ont fait régulièrement sourire, car si Eve semble humaine par bien des aspects, elle n’a pas encore toutes les clefs en main pour comprendre les comportements parfois irrationnels des humains… L’entretien entre Petra et Eve permet également de réaliser le fossé entre ce que son créateur veut d’elle et ce qu’Eve désire vraiment. Elle a, en effet, appris à exprimer ses propres envies et est capable de prendre des initiatives qui n’entrent pas forcément dans le cadre de ses prérogatives.

Au-delà de la question des intelligences artificielles et des réflexions sur la nature humaine, le roman aborde également des thèmes comme la famille. Qu’est-ce qu’une famille ? Cela se réduit-il vraiment aux liens du sang ? Une interrogation soulevée tout au long du roman qui trouve son apogée dans une révélation qui m’a complètement prise de court. Je ne l’avais pas du tout anticipée, ce qui m’a donné envie d’écouter le roman depuis le début afin de voir si l’auteur avait laissé quelques indices. Je ne l’ai pas fait, mais j’ai apprécié la manière dont ce retournement de situation parfaitement orchestré bouleverse l’ordre des choses et donne une certaine profondeur au roman. Il soulève, en outre, certaines questions, notamment sur le bien et le mal, et ce que l’on est en droit de faire au nom de ses idéaux et/ou de sa famille.

Destiné aux enfants à partir de 10 ans, le roman, bien qu’en anglais, se révèle tout à fait accessible. Le vocabulaire et les constructions grammaticales sont simples, et les nombreux flash-back, accompagnés d’une petite transition sonore, aident à s’immerger complètement dans l’intrigue. N’hésitez donc pas à vous lancer si vous avez envie de tester ou de vous remettre à la lecture de livres audio en anglais d’autant qu’en plus d’être rapide (moins de quatre heures), l’écoute se révèle rythmée, prenante et plutôt addictive.

En conclusion, à travers l’histoire mouvementée et surprenante d’une héroïne atypique et attachante, l’auteur soulève d’intéressantes et pertinentes réflexions sur la notion d’humanité, la technologie, mais également sur la famille, ce qui fait son socle et comment l’amour des siens peut pousser une personne à commettre l’indicible… Captivant, intelligent, teinté d’humour et empli de mystère, voici un roman jeunesse fort sympathique que je ne peux que vous conseiller pour une plongée fascinante dans le monde de la robotique.

Pour écouter gratuitement le roman durant le confinement, rendez-vous sur le site d’Audible Stories.

La vie compliquée de Léa Olivier, tome 1 : perdue, Borecki et Alcante d’après l’œuvre de Catherine Girard-Audet

Découvrez La vie compliquée de Léa Olivier T01 dans sa version BD. Connaissez-vous Léa Olivier? Si ce n’est pas le cas, voilà une jolie façon de faire connaissance, avec l’adaptation en bande dessinée des aventures de la jeune Québécoise préférée des ados.

Ce premier tome de  « La Vie compliquée de Léa Olivier » nous emmène à Montréal, en compagnie de Léa, 14 ans, qui vient tout juste d’y emménager avec ses parents. Séparée de sa meilleure amie Marilou et de son amoureux Thomas, elle peine un peu à se faire à son nouvel environnement. Il faut dire qu’entre les maladresses de Thomas, pas très doué pour les relations à distance, les filles du lycée qui la prennent de haut et son frère Félix qui joue les beaux gosses, Léa se sent parfois un peu seule. Heureusement, il y a Marilou, à qui elle raconte tout, par mail et par chat. Laquelle la tient au courant de la vie de leur village, des faits et gestes de Thomas et des aléas de sa vie amoureuse

Kennes (Octobre 2014) – 48 pages – Relié (11,95€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Un déménagement, c’est souvent compliqué, mais ça peut prendre une tournure carrément dramatique pour une adolescente que l’on prive de sa meilleure amie et de son petit ami. Mais si Léa vit très mal ce déménagement à Montréal imposé par son père qui a trouvé un nouveau travail, elle n’a néanmoins pas d’autre choix que d’accepter la situation. Elle finit donc par sortir de chez elle et explorer cette nouvelle ville qui s’offre à elle avant d’affronter la rentrée dans son nouvel établissement scolaire…

Léa, bien que volontaire, est un peu intimidée à l’idée de devoir se faire de nouveaux amis d’autant qu’une pimbêche semble bien décidée à lui mener la vie dure en se moquant d’elle à la moindre occasion. Et n’oublions pas les cours d’anglais et de sport qui se transforment en sessions de torture ! Heureusement, la jeune fille va se faire de nouveaux amis et commencer, petit à petit, à s’adapter à sa nouvelle vie. Entre les fêtes, l’écriture d’un article pour le journal de l’école, les amitiés naissantes et les inimitiés, elle n’aura donc pas le temps de s’ennuyer.

Léa veille également à garder le contact par sms avec sa meilleure amie qui compte énormément pour elle. En plus de se remonter le moral mutuellement, les deux adolescentes se confient tout ce qui se passe dans leur vie, et notamment leurs (més)aventures amoureuses. Ainsi, si Marilou se rapproche inopinément d’un garçon, Léa, quant à elle, pense énormément à son petit ami qu’elle a peur de perdre au profit d’une fille de son ancienne école. Et malheureusement, Thomas, assez taiseux, ne fait rien pour rassurer la jeune fille. Pire, il semble même s’éloigner d’elle, ce qui lui fait beaucoup de peine…

Le jeune couple arrivera-t-il à garder une relation à distance ou les kilomètres viendront-ils à bout de leur amour ? Une question qui ne devrait pas manquer d’intéresser les adolescent(e)s qui trouveront dans cette BD des sujets qui leur parlent : le premier amour, les relations avec le sexe opposé, les doutes, les séparations, mais aussi l’amitié avec un grand A, les relations qui évoluent, le besoin de s’adapter, la famille, le sentiment de déracinement… Des thématiques abordées de manière simple et assez directe pour que les jeunes lecteurs s’identifient facilement aux aventures de Léa et partagent ses peurs, ses peines, mais aussi ses moments de joie et ses succès.

L’héroïne étant une fille et les relations sentimentales évoquées de son point de vue, il est fort probable que les adolescentes se montrent plus enclines à se pencher sur cette histoire. Néanmoins, le récit n’étant pas girly à l’excès, un public masculin curieux et ouvert d’esprit peut tout à fait y trouver son compte et/ou partager cette lecture avec leurs sœurs ou leurs amies.

Quant aux illustrations, je les ai trouvées modernes, agréables, lumineuses, colorées et très vivantes. Les visages sont ébauchés de manière assez simple, mais leurs expressions se révèlent très parlantes et les mimiques particulièrement expressives. Il est donc aisé de lire les émotions des personnages sur leur visage, ce qui ne pourra que faciliter le processus d’identification chez les lecteurs et susciter leur empathie. 

En conclusion, trentenaire, je ne me suis pas vraiment sentie concernée par les péripéties de Léa, ce qui ne m’a pas empêchée de suivre la jeune fille avec plaisir dans sa nouvelle vie d’autant qu’entre les différents lieux mentionnés et les quelques expressions québécoises distillées par-ci par-là, le dépaysement est au rendez-vous. Frais, pétillant et abordant des sujets qui parleront aux préadolescents et aux adolescents, cet ouvrage devrait les séduire et leur offrir un moment de divertissement agréable et facile d’accès.

NB : il s’agit ici de l’adaptation du premier tome d’une série de romans que je n’ai pas lue. Je ne pourrai donc pas juger de sa fidélité.

Je remercie NetGalley et les éditions Kennes pour cette lecture.

 

La singulière aventure de Pénélope Vermillon, Valija Zinck

La singulière aventure de Pénélope Vermillon par [Valija Zinck]

Pénélope a les cheveux gris et une odeur de feu. Cela a beau être étrange, la petite fille ne s’en est jamais vraiment souciée. La seule chose qui attise un peu sa curiosité, c’est que chaque été, le jour de son anniversaire, il pleut et que, ce jour-là, la pluie ne mouille pas. Cependant, quand Pénélope découvre par hasard qu’elle a en fait les cheveux roux et des pouvoirs un peu bizarres, tous les petits mystères de sa vie se transforment en un océan d’énigmes. Ces pouvoirs sont-ils hérités de son père, comme le lui révèle finalement sa mère ? Pourquoi cette dernière lui a-t-elle fait croire qu’il était mort alors qu’il les a tout simplement abandonnées ? Tandis que la magie croit en Pénélope, s’épanouit aussi la colère et l’envie de partir à la recherche de ce père absent…

Rageot (11 avril 2018) – 304 pages – Broché (13,90€) – Ebook (10,99 €) – 10/12 ans

AVIS

Rarement un titre aura aussi bien été choisi puisque c’est bien dans une singulière aventure que l’autrice transporte ses jeunes et moins jeunes lecteurs. Nous faisons ainsi la connaissance d’une héroïne qui se révèle aussi originale que haute en couleur. Du haut de ses dix ans, Pénélope a les cheveux gris, une odeur de feu et possède l’étrange don d’Entendre-Avant. Avouons que question originalité, elle se pose en modèle ! Mais si sa vie est déjà émaillée d’un petit grain de folie, elle va prendre une tournure encore plus inattendue et extravagante quand la jeune fille fera de surprenantes découvertes sur ses cheveux, ses facultés, et sa famille. Des découvertes qui mettront en perspective toute sa vie et qui lui donneront l’élan nécessaire pour enfin être elle-même.

Débrouillarde, courageuse, intelligente et pugnace, Pénélope est une jeune fille attachante que l’on suit avec beaucoup de plaisir dans ses péripéties. On la voit ainsi faire de son mieux pour s’approprier tout un pan de sa vie qui lui était jusqu’à maintenant inconnu, ce qui ne la rend que plus touchante. Elle affrontera également sans sourciller les dangers que son désir de renouer avec une personne de son passé mettra sur sa route… Entre l’étude d’un précieux livre de magie, ses séances pour, entre autres, apprendre à voler, ses sorties entre amis et son enquête sur ses origines, elle n’aura donc pas le temps de s’ennuyer.

Pour l’épauler dans ses aventures, Pénélope pourra heureusement compter sur le soutien de son chat, un sympathique félin auquel je me suis tout de suite attachée. Elle obtiendra également l’aide d’autres personnages dont l’un qui fut pour moi un véritable coup de cœur, peut-être parce que comme notre jeune héroïne, il n’a pas la langue dans sa poche. J’ai rarement vu un auteur donner vie à un protagoniste de cette nature, et c’est fort dommage parce que cela apporte une jolie touche d’extravagance et d’humour. D’ailleurs, l’humour ne manque pas dans ce roman, ce qui tient en grande partie à l’esprit vif, fantasque et parfois un peu culotté de Pénélope qui possède une bonne dose d’imagination et de détermination. 

Au-delà de la galerie de personnages variée et originale, j’ai apprécié le mystère qui plane tout au long de l’aventure, notamment sur le père de Pénélope et les pouvoirs magiques que la jeune fille semble avoir hérités de ce dernier. Si j’ai regretté que le côté magie ne soit pas un peu plus exploité, j’ai néanmoins apprécié la manière dont l’autrice a creusé les relations familiales, que ce soit dans l’absence ou la présence… La mère de Pénélope n’apparaît pas énormément dans l’intrigue, mais on sent toute la complicité qui l’unit à sa fille et sa détermination à lui offrir une certaine normalité malgré les circonstances. Mais la normalité n’est pas vraiment compatible avec l’esprit Vermillon, ce qu’elle finira bien par accepter… On notera aussi le charme qui se dégage de la maison « dragon » habitée par trois générations de femmes et un chat, il ne faut jamais oublier le chat, surtout quand ce dernier détient un petit secret.

Quant à la plume de l’auteure, travaillée tout en demeurant accessible, elle véhicule de jolies valeurs et est empreinte de cet humour qui rallie les lecteurs de tout âge. Ce roman jeunesse devrait donc ravir les enfants qui pourront s’identifier à l’esprit d’aventure de Pénélope, et plaire aux adultes qui ont gardé leur âme d’enfant et leur capacité à s’émerveiller devant l’histoire d’une fillette pas comme les autres.

En conclusion, La singulière aventure de Pénélope Vermillon séduira les lecteurs par sa touche de fantastique, son héroïne haute en couleur, ses personnages secondaires inattendus et attachants, sa bonne dose de mystère et d’action, mais surtout son atmosphère pétillante empreinte de magie, d’extravagance et d’originalité. Quant à l’humour subtilement distillé par-ci, par-là, c’est un peu la cerise sur le gâteau ou le dernier ingrédient d’une potion qui fera des étincelles et vous offrira un joli moment de divertissement

Je remercie les éditions Rageot et NetGalleypour cette lecture.

Alya et les trois chats, Amina Hachimi Alaoui

Maryam et Sami ont trois chats : Pacha le chat angora noir – fier comme un pacha vraiment ! —, Minouche le tigré gris trouvé dans la rue et Amir le siamois déluré. Mais voilà qu’un jour le ventre de Maryam se met à grossir, et quelque chose commence à remuer dedans. Maryam disparaît quelques jours et revient avec quelque chose qui hurle et demande beaucoup d’attention. Nos trois minous sont bien désemparés.

32 pages – 3 ans et plus – Illustrations : Maya Fidawi

AVIS

Une couverture avec des chats, il ne m’en fallait pas plus pour avoir envie de découvrir cet album jeunesse qui m’a complètement charmée. L’autrice, à travers trois adorables chats, aborde avec douceur et délicatesse un sujet qui parlera à de nombreuses personnes : l’arrivée d’un nouvel enfant dans une famille. Un événement heureux qui peut néanmoins perturber l’équilibre d’un foyer et susciter un certain sentiment de jalousie parmi les éventuels frères et sœurs.

Ce ne sont pas Pacha, Minouche et Amir qui vous diront le contraire ! Ces trois minets, très différents les uns des autres autant physiquement qu’au niveau de leur personnalité, coulaient des jours heureux auprès de Maryam et de son mari, entre câlins, jeux endiablés et siestes. Il y avait bien ce ventre qui grandissait et qui les intriguait, mais ils n’auraient jamais imaginé ce qui allait en sortir. Les voilà dorénavant contraints de partager leur douce Maryam avec un petit être qui, comble de malchance, fait des bruits de souris, et monopolise l’attention de leur humaine adorée.

Mais heureusement, la jeune femme a un grand cœur et la place suffisante pour y accueillir tout le monde, bébé et chats compris ! En plus du joli message qui permet de rassurer les enfants quant au fait que l’arrivée d’un bébé ne change en rien l’amour que leur portent leurs parents, j’ai apprécié que la jeune mère ne sacrifie pas ses chats au nom de sa nouvelle maternité. Un phénomène qui arrive hélas fréquemment, parfois encouragé par le corps médical…

Quant aux belles illustrations pleines de couleurs et de douceur de Maya Fidawi, elles devraient, en plus d’illuminer le récit et lui apporter beaucoup de chaleur, capter le regard des jeunes lecteurs. J’ai, pour ma part, plus particulièrement apprécié les gros plans sur les chats dont on perçoit l’espièglerie, la curiosité et, surtout, l’amour pour leur « maman » humaine. Appréciable également, le dépaysement offert par les illustrations que ce soit en raison de leurs couleurs chaudes ou des détails aux notes orientales de certaines planches.

Alya et les trois chats

Lumineux et attendrissant, en plus d’être pédagogique, voici un ouvrage à lire et à relire aux enfants dont la famille va s’agrandir. Porté par un trio de chats attendrissants, Alya et les trois chats devrait également ravir les amoureux de cet animal dont, vous l’aurez compris, je fais partie.

Merci à NetGalley et aux éditions Chouette pour cette lecture.

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une
saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.
Dans un rythme tendu et une langue concise et précise qui rend grâce à la Nature jusqu’à son extrémité la plus sauvage, Aurélie Jeannin, dont c’est le premier roman, signe un texte comme une mélancolie blanche, aussi puissant qu’envoûtant.

HarperCollins (8 janvier 2020) – 240 pages – Broché (17€) – Ebook (10,99€)

AVIS

Préférer l’hiver, c’est l’histoire d’une rencontre avec une mère et sa fille, mais c’est surtout la connexion immédiate et viscérale avec une plume, un style, une puissance et une poésie dans les mots qui vous happe, vous touche, vous broie et vous noie sous un faisceau de sensations. Les mots coulent de source dans une valse lente, rigoureuse et implacable au rythme de l’hiver, du temps qui passe, de la rudesse de la vie avec son lot de souvenirs, certains heureux, d’autres plus tristes et emplis d’une mélancolie de tous les instants.

Comment supporter le deuil d’un enfant ? Comment accepter que dans un instinct contre-nature, la vie vous arrache une part de vous et renverse l’ordre établi… Un enfant enterre ses parents et non l’inverse… Ce deuil des morts, accompagné de celui des vivants, est puissant et douloureux, mais l’autrice l’évoque toujours avec une retenue salvatrice qui permet aux lecteurs de ne pas sombrer dans la tristesse.

Préférer l’hiver, c’est aussi un huis clos entre une mère et sa fille réunies par le destin, à moins que ce ne soit par le chaos inébranlable de la vie. Ces deux femmes partagent cette même douleur et ce même vide intérieur qui les poussent à trouver un peu de paix dans la quiétude d’une vie coupée de tous. La relation entre la mère et la fille est forte et distante à la fois, les silences ayant autant de poids que les mots. Deux vies qui, malgré quelques frictions, se juxtaposent sans jamais entrer en collision !

Si c’est l’autrice qui nous fait entrer dans l’intimité feutrée de ces deux femmes, c’est bien grâce à la fille que nous apprenons à les connaître. À travers son regard non dénué d’un certain recul, la mère nous apparaît comme une femme hors du temps qui vit à son propre rythme, un rythme effréné que seul un esprit aguerri peut suivre. Intelligente, voire brillante, cette femme semble difficile à cerner dans toute sa complexité ! Elle offre néanmoins une sorte de présence dans l’absence venant autant renforcer le sentiment de solitude de sa fille que le combler…

Quant à la narratrice, sans que l’on s’attache vraiment à elle, elle se dévoile à nous sans fard ni faux-semblant. Mêlant bribes de présent et de passé, elle nous narre ainsi son histoire comme elle le ferait dans un journal intime. Au fil des pages, s’égrènent ses pensées, ses réflexions, ses observations, ses manques, ses blessures physiques et morales, et sa vie dans cette forêt, loin de tout, dans laquelle elle prélève ce dont elle a besoin avec parcimonie et une conscience aigüe de ce qui l’entoure.

La nature prend d’ailleurs une certaine place dans cette histoire lui conférant un aspect nature writing qui, contre toute attente, m’a beaucoup plu. Cela tient probablement au style poétique et immersif de l’autrice. J’ai ainsi parfois eu le sentiment d’entrer dans cette cabane au milieu des bois, et de partager les silences et les douleurs de cette mère et de sa fille dont la relation transcende les liens du sang pour atteindre quelque chose de bien plus fort et puissant…

Deux femmes, une forêt, une cabane, la nature, la végétation, la vie animale… Le masculin est presque exclu de cette vie et quand il apparaît, il nous semble plus nuisible que bienfaiteur. Pour autant, le mâle n’est pas rejeté, mais simplement effacé : plus de mari, plus de fils, plus de futur… juste la vie et l’importance du moment présent.

Il ne se passe rien dans ce récit et tellement de choses à la fois pour celui qui sait écouter. Même le silence de la cabane et de la forêt est comblé par tous ces petits bruits qui permettent de se raccrocher à la vie et de s’ancrer dans une terre pas toujours très tendre, mais dépourvue de cette cruauté bien humaine prompte à frapper et à acculer les plus faibles, plus par avidité et méchanceté que par nécessité. Mais faibles, ces femmes ne le sont pas. Elles affrontent ensemble, comme elles le peuvent, les coups durs de la vie, et ont fini par se créer une vie bien à elles, hors des considérations mercantiles de nos sociétés, loin du brouhaha de la ville et de sa vacuité.

Frappée par l’écriture de ce roman et la poésie qui l’entoure, j’aurais envie de le conseiller à tous, mais je pense néanmoins que sa narration particulière et son rythme ne conviendront pas à tous les lecteurs. N’hésitez donc pas à en lire un extrait avant de vous lancer et de partir à la rencontre de ces deux femmes qui devraient s’imprimer durablement dans votre esprit.

En conclusion, Aurélie Jeannin nous propose un magnifique texte aussi fort et fascinant que la nature qui entoure deux femmes blessées, mais non brisées, dont on suit la vie avec une respectueuse attention. Un rythme calme et intense à la fois pour un huis clos mère/fille, une réflexion sur la nature, le temps qui passe, la solitude, la famille, le deuil, la résilience et la nécessité de vivre l’instant présent sans pour autant se couper de son passé, aussi difficile soit-il. N’est-ce d’ailleurs pas la condition sine qua non pour choisir, en pleine conscience, de préférer l’hiver sans se perdre dans ses frimas ?

Magnifique dans sa singularité, voici un premier roman foudroyant et d’une poésie à la portée quasi philosophique !

Merci aux éditions Harper Collins pour cette lecture.

L’image contient peut-être : texte qui dit ’LIRE EN THEME FÉVRIER 2020 UN LIVRE D'UN AUTEUR’

Le noir entre les étoiles, Stefan Merrill Block

Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s’est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l’alcool, et sa mère, Eve, s’obstine à garder espoir, refusant que son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l’ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu’un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d’une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l’espoir d’avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.

Après le succès d’Histoire de l’oubli, Stefan Merrill Block signe un roman bouleversant sur la famille, la fin de vie et la résilience. Alternant subtilement les points de vue, Le noir entre les étoiles interroge de manière intime l’expérience du traumatisme et aborde une question essentielle : qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ?

Albin Michel (5 février 2020) – 448 pages – Broché (22,90€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Marina Boraso

AVIS

Il y a dix ans, Hector Espina ouvre le feu dans le lycée d’une petite ville du Texas faisant plusieurs morts et un blessé grave. Pas vraiment vivant, mais pas tout à fait mort, Olivier Loving est, depuis ce drame, plongé dans le coma. Une vie en suspens, entre l’espoir d’une mère qui refuse de lâcher prise et le dépit du corps médical qui a arrêté de croire à un potentiel miracle, du moins, jusqu’à ce qu’un examen vienne semer le doute…

Derrière ce drame qui relance l’éternel débat américain sur la libre circulation des armes, l’auteur aborde avec beaucoup de sensibilité et de retenue, cette question délicate de la vie et de la fin de vie, de l’acharnement thérapeutique, et de cet amour familial qui, sans le vouloir, dévie et flirte dangereusement avec la maltraitance... Garder espoir malgré les avis médicaux pessimistes et se raccrocher au moindre geste, même automatique, semble terriblement humain, mais quand devient-il nécessaire d’accepter l’inacceptable et de laisser partir un corps qui abrite les derniers fragments et vestiges d’une vie qui n’est plus ?

Il n’y pas de réponse idéale ou toute faite, chaque situation étant différente… Mais plus les pages défilent, plus on en vient à se demander ce qui serait le pire : que le corps d’Olivier ne soit qu’une coquille maintenue artificiellement en vie depuis une décennie ou que l’esprit de l’adolescent ait été présent, même par intermittence, dans cette prison de chair et de sang infranchissable dans laquelle il aurait été emmuré vivant et impuissant… Et si Olivier pouvait faire entendre sa voix, que préférait-il : qu’on le maintienne en vie coûte que coûte ou qu’on le laisse enfin partir ? Une question qui hante le lecteur et qui, petit à petit, vient faire son chemin dans le cœur de sa famille…

L’auteur n’émet jamais de jugement de valeur sur tel et tel comportement, mais fait défiler sous nos yeux le passé et le présent d’une famille touchée par un drame dont il est bien difficile de se relever. Il alterne ainsi les points de vue et les époques nous permettant de prendre toute la mesure des douleurs, des désillusions, des espoirs, des secrets, des peines, des doutes, des forces et des faiblesses de personnes ni pires ni meilleures que les autres… La famille Loving n’était pas une famille foncièrement heureuse, mais elle n’était pas non plus malheureuse. Juste une famille américaine moyenne vivant dans une ville entachée par un racisme latent et toléré…

La tuerie du 15 novembre, en plus d’avoir endeuillé des familles, a marqué la mort d’une ville entière devenue ville fantôme. Certaines personnes ont ainsi instrumentalisé ce lugubre événement pour distiller haine, peur et rancœur envers les non-blancs qui ont fini par quitter cette terre inhospitalière… L’origine du tueur a donc servi de détonateur à une situation déjà explosive et marquée par de fortes tensions entre la communauté blanche et la communauté hispanique. Mais n’est-ce pas trop facile et réducteur d’imputer un acte aussi barbare que l’assassinat prémédité de personnes sans défense à l’origine ethnique d’une personne ? Quelle est la vraie raison de ces meurtres ? Y en a-t-il vraiment une ? Le drame aurait-il pu être évité ? Quelques questions, parmi d’autres, qui vous feront tourner les pages rapidement d’autant que l’auteur distille au compte-gouttes les informations permettant de recoller les morceaux du puzzle.

En parallèle, grâce à des retours dans le passé, on apprend à mieux connaître Olivier, un bon fils proche de sa mère, un adolescent timide, sensible, réservé, poète et quelque peu rêveur. Lors des passages qui lui sont consacrés, l’auteur s’adresse à lui avec un « tu » qui donne corps à cet adolescent, jamais devenu homme, qui nous semble déjà loin… Se dévoile aussi sa famille, une famille qui s’est délitée sous le poids de la douleur : un père dont le coma de son aîné a aggravé l’alcoolisme, une mère dévouée mais centrée sur le fils qui lui échappe sans considérer celui qui lui reste, et un frère, Charlie, dont la tentative d’émancipation à New York ne semble pas lui avoir apporté la paix à laquelle il aspirait. Mais comment prendre de la distance avec l’histoire familiale quand sa seule ambition dans la vie est de la retranscrire dans un roman ?

Le dialogue entre les différents membres de cette famille n’est pas toujours aisé, mais l’on comprend que chacun d’entre eux a sa propre manière d’affronter la situation. Entre dévotion quasi obsessionnelle et comportements compulsifs, fuite ou apparente indifférence, les réactions sont variées et parfois déroutantes pour le témoin extérieur… Si j’ai ressenti un profond sentiment d’empathie pour cette famille,  je ne me suis pas sentie reliée à elle, peut-être parce que l’auteur garde une certaine distance avec ses personnages. Cela se traduit par une narration puissante, poétique, imagée, mais qui ne verse jamais dans le pathos ni dans le sentimentalisme. Cette distanciation volontaire m’a semblé nécessaire pour supporter une histoire qui peut se révéler intense et difficile même si la lumière n’est jamais loin de l’obscurité.

En conclusion, en alternant les points de vue et en faisant des allers-retours réguliers entre présent et passé, Stefan Merrill Block nous offre un texte d’une profonde humanité mettant en parallèle les espoirs et les désillusions d’une famille dispersée par le drame et la dislocation d’une ville gangrénée par la haine et la méfiance. La résilience, le questionnement autour de la notion de vie et de fin de vie, les relations familiales, le racisme… sont au cœur d’une histoire émouvante et puissante qui devrait vous faire réfléchir et vous toucher au plus profond de vous-mêmes. Intense, poétique et brutal à la fois, voici un roman que je ne suis pas prête d’oublier !

Picabo River Book Club

Merci aux éditions Albin Michel et à Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du groupe FB Picabo River Book club.