Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci (illustrations)

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah par Di Gregorio

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois sœurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux sœurs. Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Dupuis (12 juin 2020) -72 pages – 13,95€

 

AVIS

Séduite par la couverture, j’ai eu envie de lire cette BD qui m’a émerveillée et beaucoup émue. On y découvre trois sœurs très différentes les unes des autres : Sarah, l’aînée, aime tout contrôler et diriger, Cassiopée, la cadette, vit dans son monde de princesses et de princes charmants, et Lucille, la benjamine, semble avoir plus d’affinités avec les chats que les humains. Mais si Cassiopée est plus ou moins l’artiste et la rêveuse de la famille, c’est pourtant Sarah qui fait depuis quelque temps un rêve étrange qu’elle aimerait ardemment décrypter…

Au détour d’une conversation, à laquelle leur mère va réagir étrangement, les filles décident de mener une enquête sur cette dernière en vue d’un futur cadeau. Le début d’une aventure entre trois sœurs qui vont parfois avoir du mal à s’entendre et à communiquer sans s’agacer mutuellement, mais qui vont être réunies par l’envie de faire plaisir à leur mère et de mieux la comprendre. L’enquête des filles pour en apprendre plus sur le passé de leur mère va introduire pas mal de mystère dans une histoire empreinte de douceur, de poésie, de disputes, mais aussi de moments de complicité et de tendresse.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j‘ai adoré la manière dont rêve et réalité se rejoignent, et la douceur poétique avec laquelle l’auteur s’empare d’un sujet difficile qu’il est néanmoins important d’aborder que ce soit entre adultes ou avec des enfants. Car si certaines douleurs sont difficiles à effacer, les partager avec des proches peut soulager et permettre d’avancer sans pour autant oublier. La fin de la BD se révèle d’ailleurs touchante et offre une belle note d’espoir sur la capacité de résilience de chacun, la force de l’amour maternel et la puissance des liens familiaux.

Quant aux trois sœurs, je les ai trouvées attendrissantes même si je reconnais m’être plus particulièrement attachée à la petite dernière. C’est la plus réservée, introvertie et discrète des trois, mais je me suis reconnue dans son caractère et son amour des animaux, et en particulier des chats. Elle est d’ailleurs très proche du sien et se révèle une protectrice et amie des chats des rues. Elle possède, en résumé, toutes les qualités pour me plaire ! Sarah peut se révéler quelque peu autoritaire, mais son statut d’aînée fait peser un certain poids sur ses épaules, d’autant que sa cadette ne l’a pas elle la tête sur les épaules… Alors, malgré leurs différences et leurs prises de bec, les trois sœurs offrent un joli trio que j’aurais grand plaisir à retrouver et à voir évoluer.

Au-delà du fond, la forme est de toute splendeur ! La beauté des illustrations, la délicatesse des traits, la douceur et la profondeur des couleurs apportent une touche poétique à laquelle il est bien difficile de résister. Si vous aimez les atmosphères lumineuses, oniriques et enchanteresses, vous devriez ressortir de cette lecture des paillettes plein les yeux, et le cœur empli d’intenses émotions, l’histoire étant bien plus profonde qu’il n’y paraît.

En bref, portée trois sœurs aussi différentes qu’attachantes, cette BD offre aux jeunes et moins jeunes lecteurs une enquête mêlant habilement, et avec beaucoup de douceur, rêve, réalité, secret de famille, résilience, amour filial et familial, le tout dans une ambiance graphique aussi enchanteresse que chaleureuse. À lire et à relire pour se laisser emporter autant par les somptueuses illustrations que les émotions qui ne manqueront pas de vous assaillir au fil de votre lecture.

BD lue dans le cadre du challenge Mai en BD.

Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Les hommes virils lisent de la romance, Lyssa Kay Adams

Couverture Les hommes virils lisent de la romance

La première règle du club de lecture :
On ne parle pas de club de lecture.

Le mariage de Gavin Scott est un problème. La star du baseball des Nashville Legends a récemment découvert un secret humiliant : sa femme Thea a toujours fait semblant d’être le Big O. Sa réaction à cette révélation est la goutte d’eau qui fait déborder le vase dans leur relation déjà tendue. Thea demande le divorce, et Gavin se rend compte qu’il a laissé sa fierté et sa peur prendre le dessus.

Bienvenue au Club de lecture Bromance.

Désemparé et désespéré, Gavin trouve de l’aide auprès d’une source improbable : un club de lecture romantique secret composé des meilleurs hommes alpha de Nashville. Avec l’aide de leur lecture actuelle, une régence torride appelée Courting the Countess, les gars entraînent Gavin à sauver son mariage. Mais il faudra bien plus que des mots fleuris et des gestes grandioses pour que ce malheureux Roméo retrouve son héros intérieur et regagne la confiance de sa femme bien-aimée.

Editions Harlequin (3 mars 2021) – 416 pages
Papier (16,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si l’expérience globale de lecture fut agréable, j’ai regretté que l’autrice, en voulant dénoncer certains problèmes du patriarcat, tombe parfois dans le piège des stéréotypes. Pour ma part, je ne pense pas que toutes les femmes lisent de la romance et non, je ne trouve rien de très sexy à un clin d’œil. Au mieux, j’aurais tendance à penser que l’homme devant moi veut se débarrasser maladroitement d’une poussière dans l’oeil ; au  pire, que c’est une tentative de séduction soit maladroite, soit condescendante, voire les deux. Je forcis le trait, mais vous m’aurez compris : toutes les femmes sont différentes, et vouloir prétendre le contraire, c’est tout sauf un message féministe…

Ce point mis de côté, j’ai adoré l’idée de départ de l’autrice : aider un homme à sauver son mariage grâce à un club de lecture d’un genre très spécial. Un club de lecture secret qui réunit des hommes divers et variés qui ont compris que les romances, et notamment les romances historiques, ne sont pas des histoires à l’eau de rose sans intérêt. Elles représentent un excellent moyen pour des hommes de saisir toutes ces atteintes à leur liberté dont les femmes ont été victimes par le passé, et de réfléchir à leur condition actuelle. D’ailleurs, les membres du club n’hésitent pas à utiliser les romances historiques comme un vrai guide pour comprendre les femmes de leur vie.

Bien entendu, cette démarche a ses limites, mais elle dénote une réelle volonté de bien faire et d’améliorer les choses. Exactement ce qu’essaie désespérément de faire Gavin, joueur de baseball professionnel, qui veut sauver son mariage et reconquérir le cœur de sa femme, Thea. Pour cela, il est prêt à tout, même à suivre l’exemple de Lord Benedict, héros de la romance historique que ses amis du club de lecture l’ont enjoint à lire, et dont on a des extraits tout au long du roman. Les débuts sont un peu difficiles pour notre joueur qui découvre un tout monde avec ses propres codes…

Gentil, doux, volontaire, sensible, et très amoureux de sa femme, j’ai trouvé Gavin aussi attendrissant qu’émouvant. À la place de Thea, je n’aurais pas pu lui résister bien longtemps, d’autant que son physique semble des plus attrayants. Durant son entreprise de séduction, Gavin commencera à mettre le doigt sur les failles de son couple, des failles qu’il a préféré ne pas voir. Une prise de conscience qui renforcera son envie de faire table rase du passé et de repartir de zéro avec Thea, une femme qu’il n’a jamais vraiment appris à connaître. Il faut dire que leur relation a démarré comme un feu d’artifice : coup de foudre, mariage et grossesse. Trois étapes qui n’auront duré que quelques mois et qui n’auront pas préparé Thea à la difficulté d’être la conjointe d’un sportif de haut niveau (pression médiatique, engagements caritatifs, relations parfois difficiles avec les autres femmes de joueurs, absences répétées…).

Néanmoins, pour sauver un mariage, il faut être deux, et Thea ne semble pas décidée à redonner une chance à son couple. Ses griefs sont trop nombreux et sa peine trop profonde. Je dois vous avouer que Thea m’a exaspérée pendant une bonne partie du roman : je l’ai trouvée geignarde au possible, égocentrique au point de ne pas voir le mal qu’elle fait à ses propres filles, obtuse, de mauvaise foi, et surtout, très injuste. Bien sûr que son mari n’est pas parfait et qu’il a commis des erreurs en négligeant sa vie de famille, et en considérant comme acquis les sacrifices professionnels et personnels de sa femme, mais finalement, ce n’est pas ce que lui reproche Thea. Tout au long du roman, elle lui reproche de ne pas avoir compris et remarqué son désarroi et tout ce qui n’allait pas dans sa vie à elle.

Et là, je dis non. Gavin aurait dû être attentif, mais il ne pouvait guère deviner les pensées, les sentiments et les insécurités de sa femme, cette dernière ayant préféré se taire durant leurs trois ans de mariage, simuler systématiquement sa satisfaction au lit, et refuser d’évoquer ce passé qui l’a si durement marquée. Dans ce contexte, il me semble quelque peu injuste de reprocher à Gavin de ne pas avoir su à quel point elle allait mal, d’autant qu’elle-même ne l’avait pas vraiment réalisé. Si Thea m’a agacée, je l’ai trouvée néanmoins très réaliste ! Elle m’a rappelé bon nombre d’amies qui se plaignent de leur mari sans jamais ne rien leur dire directement, un peu comme si la société avait formaté les femmes à contenir leurs griefs dans leur tête et à assumer leur statut de femme, d’épouse et/ou de mère, le sourire aux lèvres, en toutes circonstances.

En ce sens, je trouve le roman libérateur et révélateur : une femme a le droit de ne pas être satisfaite de sa vie de couple et/ou de famille, et elle a le droit de l’exprimer. Je ne dis pas que l’autre en face sera à l’écoute, mais si on se contente du statu quo et de ruminer dans sa tête, difficile de faire évoluer les choses… Je comprends néanmoins la difficulté de faire face à ses propres émotions et à les exprimer devant autrui, notamment quand le passé vient s’en mêler et vous emmêler. De fil en aiguille, on réalise, en effet, que le comportement de Thea trouve sa source dans son passé et son enfance auprès d’un père absent, et d’une mère démissionnaire et peu intéressée par ses deux filles… Un passé qu’elle a tellement peur de reproduire qu’elle en vient à prendre des décisions qui ne pourront que blesser tout le monde, ses deux adorables jumelles y compris.

Heureusement, Gavin n’est pas prêt à laisser sa famille voler en éclats. Et si ses tentatives de rapprochement et de séduction sont parfois maladroites, elles finiront par atteindre le cœur de Thea et la pousser, petit à petit, à affronter son passé, avant, peut-être, de pouvoir s’en libérer. Quant à Gavin, la menace du divorce va lui permettre de réaliser ce qui compte vraiment pour lui. Et puis, il doit lui-même affronter des blessures anciennes liées à son bégaiement, des blessures qui ont atteint sa confiance en lui. Si ce n’est pas une excuse, cela explique sa réaction puérile et extrême quand il a réalisé que sa femme ne connaissait pas d’orgasme entre ses bras. La société a, en effet, une légèrement tendance à faire peser sur les hommes un certain culte de la performance au lit, liant exploits sexuels et valeur d’un homme.

À travers l’exemple de ce couple, l’autrice nous prouve avec justesse l’importance de la communication et du travail que nécessite une relation, un coup de foudre ne suffisant pas pour établir des fondations solides. Mais elle nous montre également la nécessité de ne pas vivre dans le passé et de projeter ses peurs sur l’autre. À cet égard, la sœur de Thea en est un parfait exemple. Liv adore sa grande sœur et ses nièces, et fait tout pour les soutenir, mais son comportement nous semble néanmoins assez vite toxique. Pas par méchanceté, mais plus par besoin de se rassurer quant à sa place dans la vie de Thea, comme si elle était en compétition avec Gavin…

Intitulée The bromance book club, cette série porte bien son nom, parce qu’au-delà du couple Thea/Gavin, elle accorde une belle place à l’amitié masculine. Mais pas à cette amitié malsaine emplie de testostérones souvent érigée en modèle, mais à une franche amitié faite de bienveillance, d’humour, de taquineries et d’une réelle volonté d’aider l’autre. Et ça, j’avoue que ça m’a fait complètement fondre et craquer. J’ai adoré la relation entre Gavin et son meilleur ami, mais aussi celle entre Gavin et Mack, qui aime à le provoquer. Une relation chien/chat qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Quant à la plume de l’autrice, elle est calibrée pour vous donner envie de lire d’une traite le roman, ce que j’ai d’ailleurs fait. Le style est simple, mais efficace, alternant entre quelques éléments du passé, extraits d’une romance historique fictive, et dialogues fluides et réalistes.

En conclusion, j’ai adoré cette idée de club de lecture secret et entièrement masculin qui utilise les romances historiques pour mieux comprendre les femmes et sauver des couples. Les hommes virils lisent de la romance frappe donc par son originalité, et la manière dont l’amitié entre hommes est positivement mise en avant. Malgré des personnages féminins agaçants, j’ai vibré au gré des échanges entre un homme et une femme qui ont besoin d’apprendre à communiquer, avant de savourer pleinement le bonheur du quotidien et d’une vie de famille bien remplie. Cela ne se fera pas sans heurt, mais Gavin pourra compter sur l’aide de ses amis et d’un certain Lord pour reprendre sa place auprès de sa femme et de ses filles !

N’hésitez pas à lire l’avis des Blablas de Tachan que je remercie pour cette lecture commune.

Je remercie Babelio et les éditions HaperCollins pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le sang des Belasko, Chrystel Duchamp

Couverture Le sang des Belasko

Cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance, la Casa Belasko, une imposante bâtisse isolée au cœur d’un domaine viticole au sud de de la France.
Leur père, vigneron taiseux, vient de mourir. Il n’a laissé qu’une lettre à ses enfants, dans laquelle sont dévoilés nombre de secrets.
Le plus terrible de tous, sans doute : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l’avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée…
Au cours de cette nuit fatale, les esprits s’échauffent. Colères, rancunes et jalousies s’invitent à table. Mais le pire reste à venir. D’autant que la maison – coupée du monde – semble douée de sa propre volonté.
Quand, au petit matin, les portes de la Casa se rouvriront, un membre de la fratrie sera-t-il encore en vie pour expliquer la tragédie ?

L’Archipel (14 janvier 2021) – 240 pages – broché (18€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Ayant adoré le premier roman de l’autrice, L’Art du meurtre, je me suis jetée avec avidité sur Le sang des Belasko, pressée de découvrir où l’esprit diaboliquement tortueux de Chrystel Duchamp allait cette fois nous emmener. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je n’ai pas été déçue du voyage !

Toutes les familles ont leurs petits, voire grands secrets, et quelques squelettes dans le placard, mais la famille Belasko pousse le concept à un niveau difficilement imaginable ! Alors, rien d’étonnant à ce que la situation devienne explosive quand les cinq frères et sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance suite au décès de leur père, survenu six mois après le suicide de leur mère. Deux drames rapprochés qui auraient pu pousser ces cinq adultes à faire table rase du passé. Mais c’était sans tenir compte du caractère rancunier de cette famille, des petites mesquineries jamais pardonnées, des trahisons injustifiables, des secrets peut-être pas si bien gardés que cela, des jalousies tenaces, et de tous ces non-dits qui ont fini par semer la discorde au sein d’une fratrie pourtant très unie par le passé. Et ce n’est pas une lettre faisant mention d’une nouvelle fracassante qui risque d’apaiser les tensions…

Avec ce roman, Chrystel Duchamp répond à cette question obsédante que l’on se pose quand on s’éloigne de personnes dont on a été proches, au point parfois d’en venir à ne plus les supporter : comment en est-on arrivé là ? Comment des enfants qui ont une enfance heureuse, entourés par des parents aimants, et ayant vécu dans un certain luxe, ont pu en arriver à se détester autant ? Les parents, en favorisant certains plus que d’autres, n’ont-ils pas participé à cette débandade des sentiments ? Cela n’explique pas tout, bien sûr, mais ayant personnellement vite pris en grippe Solène et sa manière de considérer ses traitements de faveur comme chose acquise et normale, j’aurais tendance à croire que oui. Mais comme dans tous les drames familiaux, la situation ne saurait être aussi simple : il semble y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais et vicié chez les enfants Belasko…

Pourtant, au cours d’une soirée qui changera la vie à la Casa Belasko à jamais, on sent encore quelques sentiments fraternels, réminiscence d’un passé heureux et insouciant. Quelques bribes de lumière dans cette maison coupée du monde extérieur, témoin nostalgique du bonheur passé, avant de devenir le témoin silencieux, mais pas consentant, d’un drame annoncé.

Une maison qui tient ici un rôle particulier et qui, d’une certaine manière, faire preuve de cette humanité qui tend à avoir déserté le cœur et la conscience de Philippe, Mathieu, David, Garance et Solène. Alors que le temps s’écoule au rythme des ressentiments, l’autrice nous plonge sans faux-semblant dans l’âme noircie de ses protagonistes tellement égocentriques, vaniteux, vindicatifs et ingrats qu’ils se révèlent bien incapables de compromis, de concession et d’une once de compassion… Et ceci même envers des personnes de leur propre sang avec lesquelles ils ont pourtant vécu des jours heureux et emplis de tendresse. De fil en aiguille, et à mesure que les barrières de chacun tombent, on comprend comment ces frères et sœurs en sont venus à développer de bien vils sentiments. Pêché d’orgueil, de jalousie, de luxure… plus de doute, le mal est en la demeure, mais il ne prend pas la forme que l’on aurait pu craindre.

Si vous espérez trouver chez les Belasko des personnages touchants, vous risquez la déception, mais si vous acceptez de vous plonger dans ce qu’il y a de plus vil chez les humains, vous allez adorer ce huis clos familial addictif qui, dans une ambiance de tension extrême, aborde avec brio des thèmes divers et variés, et soulève cette question intéressante de l’inné et de l’acquis. Sans vous en dire plus, j’ai également adoré cette impression de prophétie auto-réalisatrice qui plane sur l’ombre des Belasko, nous prouvant qu’en se focalisant sur le passé, on tend parfois à devenir le propre artisan de son malheur !

L’autrice, d’une main de maître et avec un sens diabolique de la mise en scène, happe l’attention de ses lecteurs dès le prologue, en donnant la parole à un personnage atypique, et en nous faisant vite comprendre que va se jouer sous nos yeux un drame familial violent, mais non dénué de réalisme. Un drame en cinq actes qu’il est impossible de lâcher : on souhaite avec une curiosité presque malsaine découvrir tous les tenants et aboutissants d’une histoire teintée de mystères, de secrets, de cachotteries, et empreinte d’une violence implacable et aveugle qu’il semble impossible d’endiguer. Mais les frères et sœurs Belasko, sont-ils seuls responsables de leur malheur ou quelque chose qui les dépasse est intervenu pour faire de la Casa Belasko le témoin meurtri d’un drame familial dont personne, ou presque, ne ressortira indemne ?

Pour ma part, et c’est assez rare pour que je le mentionne, j’ai été surprise par les révélations finales qui m’ont poussée à repenser l’action depuis le début, avant de conclure que Chrystel Duchamp a le don de construire des intrigues, en apparence simples, mais qui cachent en leur fondement des secrets que seuls les esprits les plus tortueux, ou peut-être les plus attentifs, sauront démasquer. Je ne suis pas l’un d’entre eux et tant mieux, parce que j’aime cette impression d’avoir été baladée du début à la fin par une autrice qui sait où elle veut aller et n’hésite pas pour cela, à semer la discorde chez ses personnages, et le doute chez ses lecteurs !

Machiavélique et cynique, mais humainement réaliste, du grand Chrystel Duchamp, assurément !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé Le sang des Belasko en échange de mon avis, et l’autrice pour son gentil mot personnalisé ! Une attention rare et toujours hautement appréciée.

L’anti-lune de miel, Christina Lauren

Quand deux ennemis jurés partent en (faux) voyage de noces à Hawaï, tout peut arriver… même de trouver l’amour.

Olive Torres s’est habituée à être la jumelle malchanceuse : mésaventures inexplicables, licenciement récent.. elle semble comiquement poursuivie par la guigne. Sa sœur Ami, au contraire, incarne l’éternelle gagnante, au point même de parvenir à financer l’intégralité de son mariage en remportant des jeux concours. Malheureusement pour Olive, il y a pire que sa malchance chronique : elle se voit forcée de passer toutes les festivités de la noce en compagnie d’Ethan Thomas, le témoin du marié (et son ennemi juré)….

Olive se prépare à vivre un enfer, déterminée à faire bonne figure. Mais lorsque tous les invités sont victimes d’une intoxication alimentaire, la fête vire au cauchemar, et, seuls, Olive et Ethan s’en sortent indemnes. Soudain, une lune de miel tous frais payés se trouve à portée de main, et Olive préférerait mourir plutôt que de laisser Ethan profiter du paradis sans elle.

Convenant d’une trêve temporaire, ils s’envolent tous les deux pour Maui. Après tout, dix jours de bonheur valent bien la peine de jouer au couple de jeunes mariés amoureux, n’est ce pas ? Mais étrangement, faire semblant dérange de moins en moins Olive. En réalité,elle se sentirait presque assez… chanceuse, pour une fois !

Hugo Roman (11 juin 2020) – 356 pages – Broché (17€)
Traduction : Margaux Guyon

AVIS

Ayant entendu beaucoup de bien du duo Christina Lauren, j’ai eu envie de le découvrir à travers une romance ennemies to lovers, un schéma qui me plaît toujours beaucoup. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue par cette lecture qui m’a fait passer un très bon moment de divertissement et offert ce dépaysement que le contexte actuel rend bien difficile dans la vraie vie.

Quand sa jumelle porte la chance en étendard, Olive a la malchance en meilleure amie. Et même quand une opportunité inattendue s’offre à elle, il y a une contrepartie exaspérante : supporter, le temps d’une fausse lune de miel à Hawaï, son plus grand ennemi, le frère de l’homme que sa sœur vient d’épouser. Ethan n’est pas plus enchanté à l’idée de jouer l’époux de sa meilleure ennemie, mais il est hors de question pour lui de laisser passer cette chance d’évasion. Après tout, il a besoin de vacances, et ce serait stupide de ne pas profiter de ces vacances tous frais payés dans un endroit paradisiaque, alors que son frère et sa belle-sœur sont trop malades pour en profiter !

Mais sur place, les choses ne vont pas se passer comme prévu et les deux ennemis vont devoir pousser la farce du faux mariage bien plus loin qu’ils ne l’avaient prévu. Bien que les coïncidences soient un peu grosses pour être réalistes, je me suis régalée de voir les deux personnages s’enliser dans leurs mensonges d’autant que ceux-ci vont les contraindre à passer beaucoup de temps ensemble, et à multiplier les activités pour donner le change. Les deux personnages ayant la langue bien acérée, leurs échanges vont se révéler aussi amusants que musclés ! Si vous aimez les relations haine amour, vous allez adorer les voir se chamailler, se lancer des piques cinglantes, se provoquer, mais aussi les voir se rapprocher bien malgré eux.

L’attirance physique qui existe entre eux va électriser le roman et nous offrir une certaine tension sexuelle qui ne tombe jamais dans la vulgarité. D’ailleurs, si vous vous attendez à de nombreuses scènes sous la couette, vous risquez d’être déçus. Ici, on est vraiment dans cette idée de tension qui monte progressivement jusqu’à ce que nos deux fortes têtes ne puissent plus nier l’évidence. Les taquineries agressives du début finissent ainsi par laisser place à une certaine complicité et de tendres moments qui ne manqueront pas de faire battre les cœurs… La tension physique et mentale et le rapprochement progressif entre Olive et Ethan sont vraiment les points qui rendent cette lecture addictive, et qui poussent les lecteurs à tourner les pages avec une certaine frénésie. Difficile de penser que deux personnes avec une telle alchimie aient pu se détester ! 

Mais au gré des événements et des flash-back, on découvre la source de l’animosité qui a longtemps rythmé les échanges entre nos deux protagonistes. Et si la haine du départ n’était pas due à une différence de tempérament, mais à quelque chose de bien plus pernicieux qui est venu enrayer une relation qui aurait pu être tout autre ? Sans entrer dans les détails pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, les autrices abordent des questions intéressantes comme les malentendus, les préjugés, mais aussi les liens familiaux et la toxicité de certaines relations fraternelles. À cet égard, Ethan m’a parfois agacée par son profond aveuglement tout comme la jumelle d’Olive dont l’une des réactions m’a révoltée et indignée. J’ai néanmoins trouvé leurs comportements intéressants pour montrer qu’il n’y a pas que l’amour entre deux amants qui rend aveugle, et qu’il faut parfois du temps et un électrochoc pour ouvrir les yeux sur des personnes de son entourage…

Mais rassurez-vous, les autrices nous épargnent les grands drames, préférant nous offrir une romance drôle et piquante à souhait qui, en plus de faire sourire, ne devrait pas manquer de faire battre votre cœur à l’unisson de deux personnages qui vont inexorablement se rapprocher. Beaucoup d’humour, du soleil, des cocktails, de l’amour et des personnages attachants à la langue acérée… Un programme parfait pour les vacances et/ou un moment d’évasion et de divertissement sans prise de tête !

Désagréable attirance, Laura Scala

Désagréable Attirance: 1. La Famille Millicent par [Scala Laura]

Angèle de l’Esprit Saint n’a rien d’une dame. Elle n’en a pas les manières, elle ne souhaite pas se marier, ni côtoyer la noblesse dont elle fait partie, et sa réputation a été compromise. Aussi, lorsqu’elle reçoit la demande en mariage d’un Duc, qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam, elle n’a aucune intention de se laisser faire. Elle le lui dit clairement, mais Oscar ne se laisse pas démonter. Ni par ça, ni par les tentatives d’assassinat contre sa futur femme. Car voyez-vous, les humains ne sont pas les seuls à roder sur Terre.

Auto-édition – 195 pages -Prime Reading – Ebook (2,99€)

AVIS

Ayant envie de lire des romances historiques en ce moment, j’ai emprunté cet ebook dont la couverture reprend certains codes du genre. En cours de lecture, il m’est toutefois apparu qu’on était bien plus dans un roman fantastique avec des secrets et des zones d’ombre que dans une romance pure. Cela ne m’a pas dérangée, mais je préfère le préciser pour que les lecteurs en quête d’une histoire centrée principalement sur les sentiments amoureux ne soient pas déçus.

Nous découvrons ainsi la très libre d’esprit Angèle de L’Esprit Saint en bien fâcheuse position. Attaquée sournoisement par des vampires, elle sera heureusement sauvée, elle et ses parents, par un loup-garou et ses amis ! De quoi faire perdre la raison à une fille de bonne famille, même si cette bonne famille n’est issue que de la petite noblesse. Mais loin d’être choquée par les événements, Angèle regrette juste de ne pas avoir eu à portée de main une arme pour se défendre ! Car loin d’être une dame du monde, c’est une jeune femme aguerrie et habituée aux attaques de vampires. Une histoire de sang parfumé et particulièrement alléchant, semblerait-il…

Mais cette attaque est finalement le cadet de ses soucis, le vrai problème étant le Duc Oscar de Millicent qu’elle n’a jamais rencontré et qui a eu l’outrecuidance de la demander en mariage ! Escortée jusqu’à son château par l’un de ses sauveurs, qui se révèle être le frère du Duc, Angèle est bien décidée à se débarrasser de cet encombrant fiancé. Mais arrivée sur place, elle va comprendre que les choses ne sont pas aussi simples, et que le Duc est peut-être le plus dangereux de ses ennemis. D’ailleurs, il émane de lui quelque chose de particulier, une différence sur laquelle elle a du mal à mettre le doigt et qui la rend mal à l’aise. Ne parlons pas non plus du passe-temps préféré de ce « gentleman »… Et puis, pourquoi diantre, cet homme fortuné et bien de sa personne, souhaiterait à tout prix l’épouser, elle qui lui est d’un rang inférieur et qui ne dispose pas d’une grande fortune ?

En plus de la question de ses motivations, l’autrice laisse planer un certain mystère sur la nature du Duc même s’il suffit d’avoir lu quelques romans de fantasy urbaine pour tout de suite la deviner. Cela semble tellement évident que l’ignorance d’Angèle et de Rodolphe, le frère du Duc, sur ce point m’a laissée quelque peu perplexe. Mais il faut bien avouer qu’en ce qui concerne Oscar, Rodolphe fait preuve d’un aveuglement à toute épreuve. J’ai néanmoins apprécié le jeu mis en place autour du Duc qui se veut tour à tour charmant, du moins avec les femmes qui ne s’opposent pas à lui, et dangereux. Un double visage qu’il va progressivement laisser tomber jusqu’à vraiment se dévoiler…

Rodolphe, en comparaison, nous apparaît bien plus gentil et serviable, peut-être un peu trop parfois… Il m’a ainsi semblé bien moins charismatique que son frère, ce qui ne m’a pas empêchée de l’apprécier d’autant qu’au fur et à mesure de l’histoire, il gagne en consistance ! Et puis, il y a quelque chose d’attendrissant et de touchant dans la manière dont il essaie de protéger Angèle des attaques de vampires et, dans une certaine mesure, de la goujaterie de son frère. J’ai d’ailleurs apprécié la relation qui se noue progressivement entre ce loup-garou et notre héroïne au fort caractère, qui nous réservera une petite surprise…

Loin d’être une potiche qui accepte son sort sans sourciller, Angèle est une jeune femme déterminée et pleine de répondant qui sait aussi bien manier le poignard que sa langue. Certaines de ses répliques m’ont ainsi beaucoup amusée et m’ont rendu le personnage tout de suite fort sympathique ! Une scène nous prouve également qu’elle n’a pas froid aux yeux… J’ai, en outre, trouvé intéressante sa relation avec ses parents qui, sans être parfaits, sont là pour elle. À cet égard, la mère m’a agréablement surprise parce que si elle aurait aimé que sa fille aime les belles toilettes, elle se révèle également fière de sa capacité à se défendre.

Et se défendre, c’est un peu le quotidien d’Angèle depuis son enfance, ce qui explique probablement l’esprit d’acier qu’elle s’est forgée et qui la rend si difficile à manipuler, chose que n’apprécie guère le Duc. Le combat qu’ils mènent l’un contre l’autre rythme le récit tout comme les découvertes que l’on fait progressivement, et qui nous apportent un certain éclairage sur le passé de chacun. À mesure que les zones d’ombre se lèvent, le roman gagne en intensité et finit par totalement nous happer d’autant que la plume de l’autrice se révèle aussi fluide qu’agréable.

Quant aux sentiments amoureux, ils sont bien présents, mais comme dit en début de chronique, ils ne sont pas, du moins pour moi, au cœur du récit. Cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à les voir naître et se développer bien que les choses avancent peut-être un peu vite d’un coup. Mais cela correspond finalement à la personnalité des protagonistes, l’un réservé, respectueux et pourtant capable de passion, et l’autre qui, une fois une décision prise, fonce sans trop se poser de questions. En ce qui concerne les relations entre les personnages, l’autrice nous épargne, à mon grand soulagement, l’enquiquinant triangle amoureux et la guimauve… Elle m’a d’ailleurs surprise en partant dans une direction assez différente de celle que j’avais imaginée en lisant le résumé.

En conclusion, si le roman aurait pu être un peu plus développé sur certains points, il m’a permis de passer un moment de détente divertissant et sans prise de tête. J’ai ainsi apprécié cette plongée mouvementée dans la vie d’une héroïne bien décidée à se débarrasser d’un encombrant fiancé sur lequel plane une entêtante aura de mystère et de danger. Entre les manipulations, les menaces surnaturelles, les secrets de famille et les réparties cinglantes, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Disponible gratuitement dans le cadre de l’offre Prime Reading d’Amazon.

Les derniers romantiques, Tara Conklin

Couverture Les derniers romantiques

Dans un monde en proie au dérèglement climatique, Fiona Skinner, 102 ans, poétesse de renom, vient de donner sa première lecture publique depuis vingt-cinq ans quand une jeune femme se lève dans l’auditorium. Elle lui dit s’appeler Luna.
Luna. Une apparition fantomatique… Un prénom surgi du passé… Alors Fiona se souvient.
Au cours de l’été 1981, Reine, Caroline, Joe et Fiona Skinner perdent leur père. Puis assistent, impuissants, à la dérive de leur mère. Âgés de 12 à 4 ans et livrés à eux-mêmes, ils ne sortiront pas indemnes, mais soudés à jamais, de cet été là – qu’ils appelleront par la suite La Grande Parenthèse.
Vingt ans plus tard, surviendra une nouvelle tragédie familiale…
Émouvant et ambitieux, Les Derniers Romantiques interroge nos choix de vie, les conséquences qu’ils ont sur notre avenir, et les liens qui nous unissent à ceux que nous aimons.

L’Archipel (22 octobre 2020) -352 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Daniele Momont

AVIS

Si les fresques familiales ne m’attirent pas outre mesure, j’ai tout de suite été intriguée par ce roman que j’ai dévoré, complètement transportée par la plume de l’autrice qui s’est révélée aussi fluide qu’agréable.

Dès le début, je me suis donc prise d’intérêt pour cette histoire alternant entre l’année 2079, qui semble en proie à un profond bouleversement climatique, et le passé durant lequel on voit évoluer la famille Skinner. Une famille meurtrie par le décès soudain et brutal du père qui changera à jamais les enfants Skinner : Reine, Caroline, Joe et Fiona. Leur mère tombée en dépression sans que les enfants ne saisissent vraiment la portée de sa léthargie, la vie familiale se réorganise afin de pallier l’absence du père et la défaillance de la mère.

Reine, la très responsable Reine qui porte à merveille son prénom, veille sur le bien-être de chacun, s’assurant aussi bien du brossage de dents que de la réalisation des devoirs. L’aimante et souriante Caroline apporte cette étincelle de vie dont la famille a tellement besoin, Joe brille par son aura de puissance et d’assurance quand la petite dernière, Fiona s’enferme dans sa passion des livres, des listes et son admiration pour ce grand frère dont elle est si proche. Une fratrie, des personnalités bien marquées, des petites peines et de gros chagrins, des rires, des jeux d’enfant, la volonté farouche de protéger une mère qui se noie, et une foi inébranlable en la force des liens fraternels…

Si l’on découvre la vie de chacun, c’est plus particulièrement celle de Fiona que l’on suit. Devenue spécialiste de l’environnement, mais surtout poétesse reconnue et adulée, nous la retrouvons centenaire devant un auditorium venu l’écouter. Et là, au beau milieu de ces visages anonymes, mais bienveillants, sort de l’obscurité, Luna. Luna qui pose une question en apparence anodine, mais pas pour Fiona ! Devant les souvenirs qui affluent et les émotions qui menacent de la submerger, elle propose alors à son public de raconter, raconter les échecs amoureux, mais surtout l’histoire de sa famille. Un voyage éprouvant seulement entrecoupé du bruit des sirènes comme pour rappeler la nécessité et l’urgence de partager avant que tout ne finisse par s’effacer.

Dans ce roman, il est question de dépression, de deuil, de féminisme un peu, d’amour et de sa recherche parfois maladroite, mais il est surtout question des liens spéciaux développés entre des enfants qui ont dû apprendre à veiller les uns sur les autres avant que leur mère reprenne les rênes de sa vie et retrouve sa place dans leur vie. Si cette période d’abandon maternel, nommé sobrement Grande Parenthèse, a laissé quelques meurtrissures, elle nous apparaît ici comme le commencement de tout… C’est à grâce à ces moments étranges, mélange de félicité naïve et de chaos organisé, que chacun des enfants est devenu l’adulte qu’il est.

Page après page, on s’attache de manière viscérale à cette famille et l’on se trouve happé par le devenir de chacun, par les accomplissements, les échecs, les périodes de doute, les réussites, les malentendus, les secrets… Reine devient un médecin reconnu qui travaille d’arrache-pied quitte à annihiler ses émotions, Joe se perd dans son travail et ses illusions d’une bien dangereuse manière, Caroline gère d’une main de maître son foyer au point de s’épuiser et d’oublier la personne qu’elle est en dehors de ses lourdes responsabilités. Et Fiona se cherche avant de se lancer dans un projet audacieux qui ne suscitera pas l’approbation de sa famille, mais qui lui offrira l’opportunité de mettre ses talents d’écrivaine et de poétesse en œuvre. Un choix de carrière différent que j’ai, pour ma part, trouvé courageux, car si son initiative aurait valu à un homme des regards de connivence de la part de ses pairs, elle vaut à Fiona un certain mépris.

Des chemins de vie tellement différents qu’on ne peut que se demander si les liens entre les Skinner résisteront au poids des ans, et de toutes ces décisions, petites et grandes, aux conséquences parfois bien lourdes. Une interrogation légitime traitée avec beaucoup de sensibilité et d’humanité par l’autrice qui nous montre comment malgré tous les souvenirs partagés, et l’amour que l’on peut éprouver pour une personne, on peut finir par s’éloigner d’elle et avoir cette impression déstabilisante de ne plus vraiment la connaître. Cela est d’autant plus palpable avec l’un des personnages qui emprunte une voie sans issue, une voie si différente de celle qu’on aurait volontiers associée à l’enfant qu’il était…

Pendant une partie du roman, l’autrice fait planer un certain mystère sur un drame ayant frappé la famille Skinner, de nombreuses années après la mort du père. J’ai plus ou moins anticipé sa teneur, mais j’ai néanmoins apprécie la manière dont elle l’utilise pour nous montrer que tous les signes avant-coureurs étaient là. Fallait-il encore les saisir et en mesurer toute la portée. Mais de toute manière, aurait-on pu vraiment éviter la catastrophe ?

Chaque membre de la famille développe sa propre manière de faire face à la douleur, mais on ne doute pas de la force de leur amour, parfois invasif, mais tellement salvateur. À leur manière, les Skinner se complètent et c’est ensemble qu’ils se révèlent les plus forts face à l’adversité et aux épreuves dont ils finissent toujours par se relever. Pour ma part, j’ai été très émue par la vie de ces personnages que j’ai appris à apprécier dans leur individualité et à adorer dans leur globalité. En tournant la dernière page, j’ai ressenti un vide immense comme si ce n’était pas des êtres de fiction que je quittais, mais un frère et des sœurs, des individus qui ont eu une place importante dans ma vie et dans mon cœur. Mais n’est-ce pas la plus grande force de l’autrice : réussir à nous faire vivre pleinement l’histoire de la famille Skinner, à la faire devenir nôtre au point de plus avoir envie de la quitter ?

Touchante et tellement humaine, voici une fresque familiale vibrante d’émotion qui met à nu le cœur de personnages attachants et imparfaits en même temps que celui des lecteurs, complètement subjugués par ces destins qui s’emmêlent et se démêlent au fil des années. Des lecteurs qui éprouveront d’ailleurs de vives difficultés à tourner définitivement la page d’une histoire marquée par les drames, mais sublimée par les moments de félicité familiale et la force des liens fraternels.

Feuilletez un extrait  sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La Chose au fond du sac – tome 1 : La découverte, Luce Basseterre #PLIB2021

Léna ne mène pas exactement une vie normale. Déjà, elle vit dans une famille décomposée et recomposée et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver quand on a quatre frères et sœur. En plus ils viennent tout juste d’emménager chez leur grand-père. Mais ce n’est pas que ça : Léna a aussi la particularité d’entendre les pensées des autres. Et lorsqu’une voix étrange qui semble venue de la vieille maison voisine commence à l’appeler, Léna et sa famille ne sont pas au bout de leurs surprises !

Au loup Éditions (1 avril 2020) – 128 pages – Ebook (3,99€) – Papier (12,50€)
À partir de 9 ans – Illustration de couverture : Artemisia #ISBN791093950884

AVIS

Suite au décès de son beau-père, Léna, ses trois frères, sa sœur et leur mère emménagent chez le père du défunt. La situation, déjà difficile en soi, prend une tournure inattendue quand Léna se met à attendre une voix qui ne cesse de l’appeler... Ne vous y trompez pas, ce qui est étrange pour Léna, ce n’est pas d’entendre une voix, ça, elle en a l’habitude, mais c’est plutôt d’entendre une voix dont elle n’arrive pas à identifier le propriétaire. Et si la voix venait de la Malvoisin, cette immense demeure voisine abandonnée ? Une hypothèse que la jeune fille est bien décidée à vérifier, mais pour cela, il va lui falloir s’aventurer dans cette maison inquiétante et quelque peu inhospitalière…

Les lecteurs devraient adorer suivre Léna dans ses péripéties qui l’amèneront à faire une étrange et surprenante découverte, dont je préfère taire la nature pour vous laisser le plaisir de la surprise. Je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la référence de l’autrice à un célèbre auteur connu pour son imaginaire angoissant et horrifique. D’ailleurs, si le roman n’est pas effrayant, il pourrait néanmoins susciter quelques frissons chez les jeunes lecteurs, du moins, dans un premier temps. Car plus on progresse dans l’intrigue, plus on se prend d’affection pour la Chose découverte par Léna entre les murs de la Malvoisin, un lieu qui semble parfait pour les amateurs d’Urbex.

L’autrice a un talent certain pour éveiller la curiosité des lecteurs de tout âge : en plus du mystère planant autour des capacités particulières de Léna et de la présence de la Chose dans un lieu abandonné, nous comprenons assez rapidement que le grand-père n’est peut-être pas qu’un simple papy appréciant de s’occuper de son jardin. Policier des forces spéciales à la retraite, il semblerait qu’il ait encore quelques relations et que son âge ne l’empêche nullement de se jeter dans l’action, voire dans la gueule du loup. Mystérieux et badass, voici un grand-père qui ne devrait pas manquer de vous surprendre ! Si j’ai adoré le personnage, il m’a néanmoins décontenancée par son rejet primaire de la Chose. Mais j’imagine que devant l’inconnu, a fortiori de nature surnaturelle, il peut s’avérer délicat de rester stoïque d’autant que l’on sent ce grand-père très protecteur envers sa famille.

En jouant sur le mystère et une force surnaturelle dont on se languit de percer tous les secrets, l’autrice s’assure de l’attention de ses lecteurs qui, immergés dans le récit, seront bien incapables de le quitter avant d’en lire la dernière ligne. Mais il faudra attendre la suite pour obtenir des réponses à toutes ces questions que l’on prend plaisir à se poser tout au long de ce premier tome qui ne manque ni de suspense ni d’action ! Ce qui rend également la lecture aussi prenante et passionnante, c’est la place accordée à la famille et à la force des liens familiaux, notamment dans une famille recomposée comme celle de Léa. Ainsi, tous les enfants n’ont pas le même père ou la même mère, ce qui demande un petit temps d’adaptation aux lecteurs et complique parfois un peu l’organisation du foyer. Mais cela ne change en rien la vie de cette famille qui connaît, comme toutes les autres, des moments de douleur et de bonheur, de tension et de partage… En tant qu’adulte, j’ai trouvé intéressant que l’autrice évoque un schéma familial peut-être pas « traditionnel », mais de plus en plus courant. 

Si, en outre, je me suis beaucoup attachée à Léna qui s’est révélée plutôt amusante, intelligente, débrouillarde et téméraire, j’ai aussi apprécié d’apprendre à connaître ses frères et sa sœur, tous très différents les uns des autres. Entre une grande sœur responsable qui doit jouer le rôle de nounou bien malgré elle, un frère qui semble en colère contre la terre entière, mais qui ne manque pas de courage, un autre bien plus peureux, et un petit frère adorant manger et enquiquiner ses aînés par ses questions incessantes et sa faculté à se mettre dans leurs pattes… Léna peut se targuer d’avoir une famille variée et haute en couleur !

En ce qui concerne les adultes, on appréciera que, contrairement à d’autres romans jeunesse, ils ne soient pas complètement mis de côté même si l’on sent que la maman est débordée entre son deuil, son travail et ses turbulents enfants, et que son ex-mari est un gentil boulet déconnecté de la réalité. Ma seule petite frustration provient de Mamie Gé que l’on voit peu, mais qui m’a paru être une femme originale et plutôt ouverte d’esprit. C’est d’ailleurs la seule personne au courant de la capacité de Léna à entendre des voix. Un talent rare que la jeune fille doit encore apprendre à maîtriser afin de ne plus se laisser parasiter par les pensées de chacun et ne plus subir de bien douloureuses migraines. La révélation faite en fin d’ouvrage nous laisse espérer une réelle évolution de ce côté-là…

En conclusion, du mystère, un jeu subtil sur la peur de l’inconnu et de la différence, de l’action, une famille haute en couleur, une héroïne vaillante qui possède un don inhabituel, un imaginaire mêlant monde réel et surnaturel, une plume fluide et immersive… Voici tout autant d’éléments qui devraient permettre aux jeunes lecteurs et aux adolescents de se plonger avec délice dans ce premier tome rythmé dont la fin laisse entrevoir une suite riche en péripéties… Quant aux adultes, ils devraient également apprécier cette aventure menée d’une main de maître par une autrice qui nous propose son propre mythe, celui de la Chose ! Un mythe que, pour ma part, j’ai hâte d’approfondir, la Chose ne semblant pas encore nous avoir livré tous ses secrets.

Découvrez un extrait du roman sur le site d’Au loup Éditions.

Porc braisé, An yu

Porc braisé par Yu

Un matin d’automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d’un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l’amour qu’elle croyait impossible. Libérée d’un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu’elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu’aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

Delcourt (09/09/2020)- 200 pages – Broché (20€) – Traduction : Carine Chichereau

AVIS

Jia Jia découvre son mari sans vie dans son bain ! Même si l’amour n’avait jamais été présent au sein de son couple, la trentenaire n’en demeure pas moins affectée par le décès soudain et inexpliqué de cet indélicat mari avec lequel elle ne partageait pas grand-chose, mais qui lui avait promis une famille et le réconfort d’un foyer. Cette promesse envolée, que lui reste-t-il à part un grand appartement vide de vie et de chaleur, quelques toiles témoignant de cette carrière d’artiste que lui a refusée son époux et l’énigmatique dessin d’un homme-poisson ?

Jia Jia ne va pas bien, mais comme si elle était coupée d’une partie d’elle-même, celle qui a attrait aux émotions, elle ne le montre pas. Il faut dire que peu habituée à se laisser porter par ses envies et ses états d’âme, Jia Jia semble bien incapable d’exprimer verbalement son mal-être même si elle le souhaitait. À la place, elle végète dans son appartement entre velléité de renouer avec sa carrière d’artiste tuée dans l’œuf, consommation de boissons alcoolisées et ses visites dans un bar où, de fil en aiguille, elle en viendra à nouer une relation avec le barman. Leo lui apportera un peu de douceur et de réconfort dans un quotidien assez morne et un futur devenu incertain et source d’angoisse. En effet, son mari ayant légué sa fortune à sa famille, Jia Jia doit maintenant trouver un travail pour subvenir à ses besoins…

Jia Jia est une femme que j’ai eu des difficultés à cerner, ayant cette impression tenace qu’elle était étrangère à elle-même et que son cœur était solidement cadenassé comme son manque d’investissement émotionnel dans sa relation avec Leo en témoigne. Cela lui apporte une complexité qui nous donne envie de mieux apprendre à la connaître et de la voir briser sa coquille. Un souhait exaucé puisque, petit à petit, notre héroïne évolue et gagne en humanité que ce soit grâce aux différentes rencontres qu’elle fera, aux liens (re)noués ou à un voyage au Tibet durant lequel elle suivra les traces de son défunt mari. Ce dernier s’y était, en effet, rendu en solitaire avant d’en ramener le souvenir d’un rêve étrange et la vison d’un homme-poisson qu’il couchera sur le papier. Un dessin qui deviendra l’ultime lien unissant les deux époux, peut-être de manière plus importante que leur mariage sans amour.

Cet homme-poisson sera le fil conducteur du voyage autant physique que spirituel de Jia Jia qui, en remontant la trace et les origines de cette créature hybride, devra faire face à elle-même, affronter sa douloureuse histoire familiale et dessiner son futur. Là où Jia Jia fait preuve d’un certain sens pragmatique, son voyage au Tibet la plongera dans un autre monde, celui de l’eau, si vide et si plein à la fois. Un monde qui s’agrippe à nous tout au long du roman et que l’on perçoit au détour des pages : l’eau du bain à partir duquel tout a commencé, la pluie, l’eau de l’aquarium de la tante de Jia Jia, cette mer et ses vagues que la veuve n’arrive pas à représenter, l’homme-poisson, les pleurs… Difficile de ne pas voir dans cet élément indispensable à la vie, un certain symbolisme, peut-être celui de la renaissance, la mort de son mari ayant sonné pour Jia Jia l’heure du renouveau… Si le monde de l’eau peut se révéler pesant et inquiétant, il fait aussi le lien entre rêve et cauchemar, entre vivants et morts, entre mer et terre et apporte une certaine dimension onirique flirtant parfois avec le fantastique.

Avec pudeur et une subtilité maîtrisée, l’autrice explore, à travers la figure intrigante de l’homme-poisson et du voyage, des thématiques à la résonance universelle : la famille, les malentendus, le deuil, la résilience, l’absence, l’amour et ses différentes facettes, la nécessité d’accepter l’être aimé dans ses différences et de ne pas l’enfermer dans une cage dorée, mais aussi le rêve, et le besoin pour certains de s’évader dans des limbes qui peuvent se révéler inaccessibles au commun des mortels et desquels il est parfois bien difficile d’en sortir, sans y perdre une partie de son âme… En toile de fond, il y a également cette Chine que l’on connaît finalement peu en Occident et dont l’autrice nous brosse un portrait nuancé entre modernité et tradition, entre liberté d’une jeune veuve d’entamer une relation charnelle avec un barman peu de temps après la mort de son mari, mais superstition poussant des parents à craindre pour la vie de leur enfant unique en raison de l’aura funeste entourant le destin d’une veuve.

Quant à la plume de l’autrice, j’ai été étonnée par sa puissance et sa fluidité : sans jamais entrer dans le registre de l’émotif ou du larmoyant, l’autrice arrive à insuffler beaucoup de beauté et de poésie à son roman et à nous faire ressentir toutes les émotions, attentes et blessures de ses personnages. D’ailleurs, au-delà de Jia Jia à laquelle on ne peut que s’attacher, j’ai adoré la palette de personnages secondaires plutôt variée, bien que peu étendue. De la maladresse d’un père qui peut passer pour de l’indifférence aux tentatives de rapprochement d’une belle-mère vue comme une briseuse de ménage en passant par un écrivain recherchant sa femme disparue ou un guide bavard, mais accueillant, chaque personnage possède un petit quelque chose qui le rend terriblement humain, fragile et/ou émouvant. 

En résumé, mélange de réalité et d’onirisme, de retenue et de passion, de peine et d’espoir, Porc braisé, c’est une porte d’entrée sur l’univers d’une autrice dont on ne peut que louer le sens de l’authentique et de la poésie ainsi que le talent pour plonger ses lecteurs dans une mer d’oubli, d’incertitude et de curiosité. Au gré des rencontres et des découvertes, nous nous ouvrons, aux côtés de l’héroïne, à un monde fascinant et empreint de mystère dont les contours nous apparaissent tour à tour flous et épais, brumeux et infranchissables, attirants et effrayants… Un premier roman envoûtant et indéfinissable nous menant sur le chemin de la sérénité !

Je remercie les éditions Delcourt pour cette lecture réalisée dans le cadre du Hanbo(o)k Club.

Héritages – Nina, Bénédicte Gourdon, Stéphanie Hans

Héritière d’un don surnaturel qui lui donne le pouvoir de guérison, Nina mène la vie normale d’une jeune femme moderne. Endeuillée par la disparition de son fiancé mort dans un accident, qu’elle n’est pas parvenu à sauver, elle hésite à accepter l’héritage de ce don magique. Jusqu’au jour où elle se découvre la proie d’un complot et réalise que l’accident dans lequel a péri son fiancé n’était pas le fruit du hasard. Elle comprend alors qu’elle a de puissants ennemis que son pouvoir semble particulièrement intéresser, et manifestement prêts à tout pour lui nuire. Ce thriller fantastique est le premier album du duo féminin Stéphanie Hans et Bénédicte Gourdon.

Dupuis (06 janvier 2011) – 56 pages – 14,50€

AVIS

La mention d’un don surnaturel, en plus d’une couverture intrigante, a suffi à me convaincre de me plonger dans cette BD que j’ai beaucoup appréciée.

L’entrée en matière est superbe avec une planche qui résume à elle seule la manière dont l’illustratrice réussit, page après page, à mettre en lumière les événements les plus importants, mais aussi tous ces petits détails qui nous font retenir notre souffle. Car suspense, tension et révélations ne manqueront pas de rythmer votre lecture !

En effet, si l’histoire aurait pu être un énième récit fantastique de sorcellerie, l’autrice nous propose un très efficace thriller fantastique qui nous plonge dans la vie de Nina, une femme qui possède, au bout des doigts, le pouvoir de guérir. Un pouvoir dont elle ne semble néanmoins pas mesurer toute l’étendue, mais aussi tout ce qu’il implique, jusqu’à ce qu’un événement dramatique la conduise sur les traces d’un passé trop longtemps ignoré.

J’ai adoré suivre Nina sur le chemin de la vérité, un chemin qui sera loin d’être un long fleuve tranquille puisqu’il sera parsemé d’embûches, de découvertes et d’une révélation fracassante ! À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’identité de la personne responsable des malheurs de Nina. J’ai craint, en début d’histoire, un antagoniste manichéen et stéréotypé agissant pour de vains motifs quand j’ai découvert un ennemi qui a bien su cacher son jeu et peaufiner des années durant son plan machiavélique. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que la quête de pouvoir est un aphrodisiaque très fort qui pousse à bien de terribles exactions…

Chose intéressante, le grand méchant de l’histoire, qu’on ne peut que condamner, dégage néanmoins une fragilité dans le regard que le talent de l’illustratrice restitue à merveille. Cela ne le rend pas attachant, mais lui apporte une certaine humanité qui, pour ma part, m’a étrangement touchée, un peu comme si à travers les illustrations, on pouvait s’approprier son débat intérieur entre raison et sentiments, entre velléité de perpétrer ses ambitions et culpabilité devant une trahison injustifiable et impardonnable !

Si j’ai trouvé le rythme de ce thriller haletant et la tension constante au point de me pousser à tourner les pages avec avidité, j’ai regretté que nous soit proposé un one-shot plutôt qu’une duologie. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment qu’il y aurait eu matière à approfondir la mythologie liée aux pouvoirs de Nina autour desquels flotte un certain flou. J’aurais également apprécié d’en apprendre plus sur une société secrète liée étroitement à la vie et au destin de Nina ainsi que sur un homme magnétique qui ne laissera pas la jeune femme indifférente.

Ce personnage introduit beaucoup de mystère, mais j’avoue avoir été quelque peu surprise et décontenancée par ce qui va se passer entre lui et Nina au regard du drame vécu par cette dernière… Mais je reconnais que c’est plus là un jugement de valeur de ma part qu’une quelconque critique sur le déroulé de l’histoire d’autant que chacun réagit à sa manière devant une épreuve.

J’ai, en revanche, apprécié le rôle de la meilleure amie dont le côté léger et libertin cache une femme de caractère et d’action bien décidée à aider Nina à se relever du drame qu’elle traverse. Ses interventions m’ont parfois semblé un peu brutales, moi qui suis plutôt une adepte de la douceur et de l’empathie, mais vu les circonstances, difficile de le lui reprocher. J’ai également trouvé Chloé d’une fidélité à toute épreuve surtout si l’on considère le manque de transparence de Nina qui, par crainte du rejet, ne s’est jamais confiée sur ses dons surnaturels…

Cette peur du rejet explique peut-être la raison pour laquelle Nina n’a pas essayé d’en apprendre plus sur ses pouvoirs, se contenant de les avoir en elle avant que les circonstances l’obligent à remonter les sources d’un don de guérison qui s’apparente parfois à une malédiction. Cette BD pose d’ailleurs, comme son titre le laisse supposer, une réflexion intéressante sur la notion d’héritage. Doit-on forcément accepter un destin imposé par sa filiation ou ne peut-on pas le reconnaître tout en décidant de choisir sa propre voie ? Chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que Nina n’aura pas d’autre choix que de répondre à cette question en mesure de changer sa vie à jamais !

En conclusion, Héritages est un thriller fantastique particulièrement bien mené qui, en plus d’interroger la notion d’héritage, un fardeau autant qu’une force, nous plonge dans la vie d’une femme aux dons surnaturels qu’elle va devoir, plus que jamais, s’approprier afin de faire face à de terrifiantes révélations et d’être en pleine mesure de choisir son futur. Une enquête palpitante, entre ombre et lumière, sur les traces d’un héritage familial lourd de conséquences… Mon seul bémol est cette impression que si la fin conclut bien l’histoire, elle a, du moins pour moi, des allures de commencement même si je comprends que l’autrice ait préféré se concentrer sur le choix de Nina, et les circonstances l’ayant conduite à le prendre, que sur l’après.