La chambre des merveilles, Julien Sandrel

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis.

En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie. Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut-être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.

Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

Audible – 5 heures et 13 minutes – 17,90€ – Autres formats : papier, ebook

AVIS

Voici un roman dont j’avais entendu beaucoup de bien même si parmi un océan de bons avis, certains étaient un peu plus mitigés. Pour ma part, j’ai passé un moment agréable auprès de Louis et de sa mère qui vont vivre des moments aussi difficiles qu’intenses et beaux.

Un moment de distraction et c’est le drame ! Dans le coma, les jours de Louis, 12 ans, sont comptés : il a un mois pour se réveiller ou le personnel hospitalier prendra les mesures qui s’imposent…

Loin de se laisser abattre, bien que la situation l’affecte terriblement, Thelma va profiter de la découverte du carnet des merveilles de son fils pour se lancer dans un projet fou : celui de vivre pour son fils, toutes ces expériences notées dans son carnet. De voyages en paris fous et rencontres plus ou moins surprenantes, cette mère prête à tout pour offrir à son enfant un peu d’espoir et de lumière va, petit à petit, faire le point sur sa vie et se (re)trouver. Alors qu’elle a, ces dernières années, fait passer sa carrière avant Louis, elle se rend désormais compte de tous ces moments qu’elle a ratés et de ces discussions auxquelles elle n’a prêté qu’une oreille distraite…

Une prise de conscience qui lui donnera plus que jamais la force de se battre pour retrouver son Louis, car quoi que puissent en penser les médecins, elle sait qu’il va se réveiller ! Et ce jour-là, il aura droit à une nouvelle version de sa mère. Une version qui ne passera pas sa vie au téléphone pour régler les deniers détails d’un projet, mais plutôt celle d’une mère disponible et prête à construire avec lui de beaux et tendres souvenirs. En attendant, Thelma vit pour deux : entraînements de football, duo avec un rappeur, séance de karaoké en terre inconnue… Ce que Louis rêvait de faire, Thelma le fait !

Si on peut être surpris qu’une mère entreprenne des voyages loin de son fils dans le coma, on comprend rapidement le bien-fondé de la démarche puisqu’en parallèle des expériences un peu folles de cette femme, on suit les pensées de Louis. Bien qu’il soit toujours dans le coma, il partage avec les lecteurs ses pensées, ses espoirs, mais aussi sa jalousie de voir sa mère nouer de nouvelles relations sans lui… Touchant et non dénué d’humour, Louis nous montre que malgré tous les regrets de sa mère, il l’aime de tout son cœur et l’a toujours considérée comme la meilleure mère du monde. Et quand l’on voit tout ce qu’elle fait pour lui et la manière dont elle vient à bout de toutes les barrières qui se dressent devant elle, on ne peut que lui donner raison.

L’histoire aurait pu être dure et terrible, elle se révèle belle et puissante. Il se dégage de la plume de l’auteur une telle sensibilité qu’on se prend à vivre aux côtés de cette famille chaque événement avec une rare intensité. Entre les doutes, les peurs, les rires et les larmes, notre cœur se brise, bat la chamade, mais garde toujours espoir en un avenir plein de bonheur pour ce jeune homme touchant et sa mère courage.

En conclusion, porteur d’un joli message d’espoir, La chambre des merveilles est un roman empli d’amour et de tendresse qui vous fera vivre d’intenses émotions. Entre rires et larmes, ne passez pas à côté de ce joli titre aux allures de feel good qui vous donnera irrémédiablement envie de croquer la vie à pleines dents, et de profiter au maximum de vos proches. Après tout, si la vie est incertaine, le bonheur est, quant à lui, à portée de main !

Découvrez le roman/écoutez un extrait sur Audible.

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Sur la route de Nosy Komba, Delphine Gosset

Je remercie Lucca éditions de m’avoir permis de découvrir Sur la route de Nosy Komba de Delphine Gosset.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vie d’Elizabeth et du zoo de sa ville est paisible… Enfin, jusqu’au jour où Odile Panier resurgit dans l’existence de la jeune fille et prend la direction dudit zoo. Ses directives mettant en danger le bien-être des animaux et surtout celui de Pierre, son lémur noir préféré, Elizabeth fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Oui, tout : même se rendre à Madagascar et tenter une expérience folle en enfreignant plein de lois !

Lucca éditions en codiffusion avec Hikari Éditions (9 novembre 2018)
Broché
– 288 pages (14€) – À partir de 10 ans
Illustratrice : Mélanie Rebolj

AVIS

Après Le Trésor de Sunthy que j’avais beaucoup apprécié, j’étais curieuse de découvrir une autre parution des éditions Lucca, une curiosité qui a été largement récompensée si l’on considère l’excellent moment de lecture passé auprès d’Elizabeth.

Elizabeth est une jeune fille de 15 ans qui a une passion originale pour une adolescente de son âge : les primates, et plus particulièrement, les lémuriens qu’elle aime observer durant son temps libre. Mais les choses se compliquent quand une femme odieuse, menteuse et opportuniste prend la tête du zoo qui, jusque-là, l’accueillait pour ses séances d’observation.

Faisant fi du bien-être et de la sécurité des pensionnaires, Odile Panier provoque un véritable chaos autour d’elle entreprenant des changements afin de rendre la structure rentable et attractive à la manière… d’un cirque ! Une logique purement mercantile qui ne peut s’appliquer à un zoo, les animaux n’étant pas une vulgaire marchandise comme les autres, mais des êtres dotés de besoins spécifiques et de sensibilité. Bien sûr, l’autrice n’idéalise pas les zoos, ce que j’ai apprécié, mais elle démontre néanmoins le rôle que ce genre d’établissements joue dans la protection et la préservation de certaines espèces animales.

Devant les actes odieux de la nouvelle directrice, Elizabeth ne peut rester indifférente a fortiori quand elle s’attaque à Pierre, un lémurien étant mis au ban de son groupe lors des périodes de reproduction. Bien décidée à le sauver du triste sort qui l’attend, elle prend alors une décision qui va la conduire sur les routes de Madagascar, mais aussi sur celles de son passé….

Ce roman est une pure merveille de sensibilité, d’intelligence et d’émotions. À travers l’histoire d’Elizabeth, l’autrice nous parle de la richesse du monde animal et plus particulièrement de celui des primates. Du haut de mes trente-quatre ans, j’ai été émerveillée devant la diversité des espèces existantes et fascinée par leur intelligence, leurs spécificités, leurs comportements, leurs utilisations plus ou moins conscientes d’outils, leurs interactions, leurs méthodes de communication, leurs modèles d’organisation sociale…

Ce roman est une petite mine d’informations qui devrait ravir tous les lecteurs, car l’autrice explique les choses de manière claire, simple, passionnante et avec un tel enthousiasme qu’on ne peut qu’entrer de plainpied dans ce monde animal qu’elle met à la portée de tous. Après avoir terminé ce roman, difficile de ne pas approuver le Great Ape Project destiné à offrir des droits fondamentaux aux grands singes tout en espérant qu’un jour, ces droits soient étendus à d’autres animaux. L’autrice évoque également des scientifiques, certains connus comme Jane Goodall et d’autres peut-être un peu plus confidentiels du grand public ainsi que des expériences comme le test du miroir de Gordon Gallup nous prouvant, si besoin en est, que les animaux n’ont pas fini de nous surprendre.

Voici donc un roman de vulgarisation scientifique efficace et réussi d’autant que loin de se cantonner à cet aspect, Delphine Gosset a réussi le tour de force de nous offrir une aventure riche en péripéties, en rebondissements et en émotions. Page après page, on apprend ainsi à découvrir Elizabeth, son passé marqué par la disparition de sa mère puis plus tard par celle de son père, son entourage que ce soit sa tante aussi touchante qu’exaspérante, son ami Arthuro, un animalier l’ayant prise en affection, un étudiant tout aussi passionné qu’elle, son compagnon d’enfance, Konrad, un « choucas des tours » plutôt attendrissant… Une galerie de personnages haute en couleur que j’ai adoré voir évoluer et interagir.

Elizabeth est un modèle de courage et de maturité, mais elle n’en demeure pas moins une adolescente de quinze ans avec ses incertitudes, ses premiers émois amoureux, ses décisions parfois impulsives… C’est donc un personnage réaliste et attachant dont on suit avec intérêt l’évolution et les péripéties. Il faut dire qu’en partant à l’aventure à Madagascar, elle ne s’attendait pas à traverser, entre deux paysages à vous couper le souffle, toutes ces zones de turbulences. Mais sur la route la menant à Nosy Komba, elle pourra heureusement compter sur le soutien d’Arthuro avant d’être soutenue par ses proches et ses deux nouveaux amis qui feront un joli pont entre présent et passé. Je préfère ne pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ces deux personnages m’ont beaucoup touchée…

Aux côtés de ces personnages, on découvre à travers quelques courts chapitres qui lui sont consacrés, le père d’Elizabeth, Léo. On perçoit, très vite, avec force et émotion l’amour qu’il vouait à sa fille bien que son métier le conduisant à observer les lémuriens dans leur milieu d’origine l’ait tenu bien trop souvent éloigné de sa fille. Même disparu prématurément dans de mystérieuses circonstances, cet homme intelligent, gentil, sensible et fascinant imprègne de sa forte présence tout le roman. Pas besoin de chercher très loin pour comprendre de qui Elizabeth a hérité son esprit passionné ! Cette incursion dans le passé de Léo met également en lumière un autre personnage bien différent de lui. D’aucuns pourraient regretter un certain manque de nuances dans l’expression de sa personnalité, mais ayant déjà pu côtoyer des arrivistes prêts à tout pour arriver à leurs fins, je trouve, hélas, le personnage crédible…

Destiné aux enfants à partir de dix ans, le roman se révèle accessible grâce, entre autres, à l’alternance de chapitres courts, une écriture immersive, simple mais travaillée, la présence de nombreux dialogues fluidifiant le récit… À cela s’ajoutent des illustrations de Mélanie Rebolj qui, en plus d’apporter beaucoup de cachet au roman, permettent aux lecteurs de complètement s’immerger dans le récit et de mieux se représenter les personnages et les animaux évoqués.

 

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À noter également que bien que ce ne soit pas le sujet central du récit, le thème du handicap physique et mental est également abordé. J’ai trouvé que cela était fait de manière plutôt positive dans la mesure où l’autrice ne joue pas sur le pathos, mais montre des personnages entourés qui avancent dans la vie avec entrain et une certaine joie.

En conclusion, Sur la route de Nosy Komba est un très bel ouvrage que je conseillerais à tous les curieux, amoureux des primates ou non, qui aiment apprendre en se divertissant. À travers une adolescente passionnée, d’une grande maturité et d’une force de caractère à toute épreuve, Delphine Gosset nous offre un ouvrage de vulgarisation scientifique accessible et immersif. De la France à Madagascar, attendez-vous à découvrir un monde animal fascinant et varié et à vibrer d’émotions à mesure que le passé et le présent d’Elizabeth se rejoignent dans une aventure riche et mouvementée.

À lire et à relire à tout âge !

Retrouvez le roman sur le site de Lucca éditions.

Pierre-de-vie, Jo Walton

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Pierre-de-vie de Jo Walton.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Applekirk est un village rural situé dans les Marches, la région centrale d’un monde où le temps ne s’écoule pas à la même vitesse selon que l’on se trouve à l’est – où la magie est très puissante et où vivent les dieux – ou à l’ouest – où la magie est totalement absente.
C’est la fin de l’été, et la vie s’écoule paisiblement pour les villageois. Mais le manoir va être mis sens dessus dessous par le retour de Hanethe, qui fut autrefois la maîtresse des lieux. Partie en Orient, elle y est restée quelques dizaines d’années. Mais, plus à l’ouest, à Applekirk, plusieurs générations se sont succédé. Ayant provoqué la colère d’Agdisdis, la déesse du mariage, Hanethe la fuit. Mais Agdisdis est bien décidée à se venger.

Subtil roman de fantasy – prix Mythopoeic en 2010 –, Pierre-de-vie dresse le portrait de femmes simples et merveilleuses, d’une famille sans histoires mais singulière, confrontées à des changements qui les dépassent, dans un monde hors du commun.

Denoël (23 mai 2019) – Collection Lunes d’encre – 336 pages – Broché (21,90€) –
Ebook (15,99€) – Traduction : Florence Dolisi

AVIS

Je dois avouer que c’est d’abord la superbe couverture du roman qui a attitré mon attention. Un travail d’illustration à la hauteur d’un roman simple et complexe à la fois. Simple par la facilité avec laquelle l’autrice nous immerge dans la vie d’une famille dont on va apprendre à apprécier les membres, et complexe en raison d’un univers dont il faut prendre le temps d’appréhender les spécificités. La notion de temps est ainsi bien différente de la nôtre puisqu’en fonction de l’endroit où l’on se situe, il s’écoule différemment : lentement à l’est où la magie est bien ancrée, et plus rapidement à l’ouest où la magie est inexistante. Cette double temporalité au sein d’un même monde est très bien exploitée par l’autrice qui a réussi à l’intégrer au récit sans jamais se perdre dans des détails superflus.

En se focalisant sur les conséquences d’un tel décalage temporel, notamment à travers un personnage, plutôt que sur les causes, Jo Walton permet aux lecteurs de s’immerger rapidement dans la vie de la famille du seigneur du village d’Applekirk dont on ne quitte jamais, du moins physiquement, les frontières. Alors que la vie dans ce village s’écoulait paisiblement au rythme des saisons, l’arrivée de deux voyageurs, un savant à la curiosité insatiable, et l’ancienne maîtresse d’Applekirk, va entraîner de profonds changements, et mettre en péril l’équilibre de la famille, voire du village entier. C’est que le premier est un bourreau des cœurs à la désinvolture fâcheuse quand la seconde, Hanethe, s’est attiré les foudres d’une divinité bien décidée à se venger…

Au fil des pages, nous découvrons les différents membres de la famille et les liens qui les unissent, les pouvoirs magiques de chacun, certains étant bien plus faciles que d’autres à gérer, mais aussi les différentes formes de dangers que cette famille unie va devoir affronter, la déesse bafouée ayant bien plus d’un tour dans son sac pour obtenir sa vengeance. Si tous les personnages apportent quelque chose à l’intrigue, j’ai trouvé qu’Hanethe se distinguait par sa complexité et la touche de suspense qu’elle apporte indéniablement à l’histoire. Il faudra ainsi attendre un long moment avant de découvrir le crime qu’elle a commis pour susciter le courroux de la déesse du mariage… Une découverte qui ajoutera à l’aura de mystère qui plane autour de cette femme égoïste mais prête à tout sacrifier pour ses idéaux et le bien commun, une femme froide et hautaine envers les « ploucs », mais capable d’un dévouement le plus total et sincère pour une enfant qu’elle connaît à peine… Que l’on apprécie ou non ses choix, Hanethe fascine donc par sa force de caractère et sa faculté à se battre pour obtenir ce qu’elle souhaite, et ne pas se laisser enfermer dans une vie qui ne lui sied guère.

Cette force de caractère est un trait commun à toutes les femmes du livre, l’autrice nous offrant une galerie de protagonistes féminins forts et déterminés. Les femmes du roman consentent à faire certains sacrifices pour le bien de la famille, mais elles n’en demeurent pas moins des personnes à part entière avec leurs propres besoins et aspirations qui se concrétisent dans cette pierre-de-vie, plus ou moins facile à trouver. Il se dégage ainsi du roman un bel hommage aux femmes qui sont ici complètes : ni juste mères, ni juste épouses, elles sont avant tout elles-mêmes !

J’ai également apprécié que l’autrice valorise un métier courant mais bien trop souvent déconsidéré, celui de maîtresse de maison. Gérer la vie du foyer est la pierre-de-vie de Taveth qui s’acquitte avec beaucoup de patience, de bienveillance et d’abnégation de toutes ces tâches du quotidien indispensables au bon fonctionnement de la vie d’une famille. Si certains événements vont la pousser à se sentir parfois peu reconnue dans sa fonction, le lecteur ne pourra que s’apercevoir du rôle central qu’elle tient dans le roman et dans la vie de chacun. C’est par la force et la constance de son travail que chaque membre pourra se consacrer à sa propre destinée…

Le traitement respectueux des personnages féminins est pour moi le point fort de ce roman qui a également le mérite de questionner notre modèle familial traditionnel. Dans ce monde atypique, la monogamie est chose rare, et le polyamour, la normalité. Cette vision de la famille qui n’est pas courante dans notre société est amenée avec délicatesse et justesse. Pas de jugement, mais la découverte d’une famille organisée selon un schéma familial dans lequel l’exclusivité des relations amoureuses et de l’autorité parentale n’existe pas. Cela peut rendre les liens entre les différents personnages un peu confus en début de lecture, mais on s’y fait rapidement d’autant qu’on se rend compte que finalement, peu importe les liens de sang, ceux du cœur pouvant se révéler tout aussi puissants.

Malgré un rythme assez posé, le récit n’étant pas truffé de scènes d’action ni de retournements de situation époustouflants, Pierre-de-vie est un roman immersif et prenant que j’ai lu très rapidement, séduite par la fluidité de la plume de l’autrice, et la manière dont elle arrive à retranscrire avec force et beauté aussi bien les petites choses du quotidien que les grands changements. Tout est intense et calme à la fois dans ce livre, un paradoxe souligné par une narration audacieuse et épurée qui alterne entre ce présent paisible où la vie de tous les jours a repris ses droits, et cette période mouvementée du passé qui a redéfini l’équilibre d’une famille et de ses membres.

En conclusion, roman de fantasy mais aussi roman de vie, Jo Walton nous propose ici une jolie fresque familiale dans laquelle la magie du coeur a tout autant d’importance, si ce n’est plus, que celle des Dieux. Entre les bouleversements liés à deux personnages qui font le pont entre présent et passé, le quotidien d’une famille ordinaire aux liens extraordinaires, et un monde original qui remet en question notre conception du temps, de l’amour et de la famille, ce roman vous promet un très beau et intense moment de lecture.

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Denoël.

Il n’est jamais trop tard, Anne Youngson

Couverture Il n'est jamais trop tard

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir Il n’est jamais trop tard d’Anne Youngson.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Rien de tel qu’un parfait inconnu pour se révéler à soi-même. Lorsque Tina Hopgood écrit une lettre depuis sa ferme anglaise à un homme qu’elle n’a jamais rencontré, elle ne s’attend pas à recevoir de réponse. Et quand Anders Larsen, conservateur solitaire d’un musée de Copenhague, lui renvoie une missive, il n’ose pas espérer poursuivre les échanges. Ils ne le savent pas encore, mais ils sont tous deux en quête de quelque chose.
Anders a perdu sa femme, ses espoirs et ses rêves d’avenir. Tina se sent coincée dans son mariage. Leur correspondance s’épanouit au fur et à mesure qu’ils s’apprivoisent au travers de leurs histoires personnelles : des joies, des angoisses, toutes sortes de découvertes. Quand les lettres de Tina cessent soudainement, Anders est plongé dans le désespoir. Leur amitié inattendue peut-elle survivre ? Un premier roman plein de grâce et de fantaisie.

Denoël (23 mai 2019) – 256 pages – Broché (19,90€) – Ebook (13,99€)
Traduction : Perrine Chambon

AVIS

Tina, de sa campagne anglaise où elle tient une ferme avec son mari et ses enfants, n’aurait jamais imaginé qu’en envoyant une simple lettre au professeur Glob, elle ferait une rencontre spéciale qui changerait à jamais le cours de sa vie. Décédé depuis des années, ce n’est, en effet, pas le professeur qui lui répond, mais Anders, conservateur dans un musée de Copenhague. Si leur correspondance débute autour de l’Homme de Tollund, cadavre naturellement momifié d’un homme découvert dans les années 1950 au Danemark, le ton devient très vite plus familier et intime. De lettre en lettre, les deux personnages finissent ainsi par nouer une belle et émouvante amitié…

Peut-être parce qu’ils sont loin l’un de l’autre ou que leur vie est tellement différente qu’ils ne craignent aucun jugement, Tina et Anders partagent, avec une totale transparence, les moments forts de leur existence, leurs doutes, leurs espoirs, les absences qui font mal, leurs blessures, les bons souvenirs… Des confidences touchantes qui sont étayées de réflexions intéressantes sur le sens de la vie, le deuil, le bonheur, la famille et la maternité, le poids du passé, cet Homme de Tollund qui les fascine…

Ces sujets forts et, pour la plupart, universels sont ici abordés avec beaucoup de sensibilité et d’humanité. Certaines lettres sont ainsi empreintes d’espoir et de joie quand d’autres dégagent une certaine tristesse et nostalgie. Mais l’autrice ne tombe jamais dans le larmoyant ou le pathos. Tout est dit avec beaucoup de retenue dans le cas d’Anders, et avec une certaine neutralité bienveillante dans le cas de Tina qui essaie toujours de prendre en compte tous les points de vue dans ses jugements, quitte parfois à s’oublier…

En évitant les conflits et les jugements lapidaires, Tina donne ainsi l’impression de s’estomper derrière les besoins des autres, et notamment de ce mari qu’elle assiste dans une vie qui ne lui convient guère. Si son mari est attaché à sa ferme familiale, à l’isolement et à ses habitudes, Tina n’a jamais voulu de cette existence rythmée par les saisons et les obligations. Choisi par défaut, pour faire plaisir et suivre les conventions, ce rôle de fermière qui s’est imposé à elle a fini par se muer en une prison que seule la correspondance avec Anders rend plus supportable. Au gré de ses échanges avec le conservateur, cette femme, pour laquelle on éprouve très vite de l’attachement, évolue et reprend peu à peu les rênes d’une vie trop longtemps subie… Cela ne se fera pas sans heurts ni remises en question, mais au fil des pages, on acquiert la conviction que malgré les turbulences, Tina possède les atouts nécessaires pour faire face à toutes les situations.

Quant à Anders, on ne peut que ressentir beaucoup d’empathie pour ce solitaire que la mort de sa femme a profondément affecté. D’un abord un peu austère, il finit par nous apparaître comme un homme plein de sensibilité qui a trop longtemps caché sa nature dans la solitude. Fort heureusement, à mesure qu’il s’entretient par courrier avec son amie anglaise, il s’ouvre aux autres, et notamment à ses deux enfants que l’obsession pour une femme fragile psychologiquement avait poussé à négliger. Sa relation avec sa fille se révèle d’ailleurs très touchante tout comme sa manière d’être présent pour cette dernière malgré des choix de vie qu’il ne comprend pas toujours. Aimant sans être collant, prévenant sans être intrusif, Anders est définitivement un père prévenant et bienveillant !

Cette relation amicale nouée grâce à une simple lettre va donc bouleverser la vie de ces deux êtres très différents que rien ne prédisposait à devenir amis si ce n’est ce sentiment de solitude qui leur permet de se comprendre même dans le poids des silences et des non-dits. Car ne vous y trompez pas, si Tina est entourée physiquement de sa famille, on la découvre bien seule face à ses sentiments.. Un événement m’a d’ailleurs fait beaucoup de peine pour elle et m’a révoltée devant le manque d’empathie des siens, voire une certaine forme de complicité.

C’est donc avec émotion que l’on voit Anders prendre une place de plus en plus importante dans sa vie même si les choses ne sont pas forcément si simples, l’amitié nécessitant parfois de laisser l’autre s’éloigner pour lui permettre de mieux se retrouver… Comme dans toutes les histoires centrées sur les relations humaines, l’avenir n’est donc pas figé dans le marbre, mais il y a une chose dont on peut être certain, c’est que Tina a trouvé en la personne d’Anders un ami sincère qui sera toujours là pour l’écouter et la soutenir dans les bons comme les mauvais moments. Quant à Anders, il a enfin trouvé cette source de lumière qui vient éclairer une vie norme et sans saveur.

En conclusion, porté par deux êtres que tout oppose mais qui vont nouer, grâce à un concours de circonstances, de profonds et solides liens, ce roman aborde avec sensibilité et justesse des thèmes forts et universels : l’amitié, la famille, le deuil, le bonheur, le sens de la vie, et cette question du temps qui passe… Ayant été séduite autant par le fond que la forme, je ne peux que vous conseiller de vous laisser séduire par cette histoire qui nous offre un très beau message d’espoir quant à l’avenir, Tina et Anders nous prouvant qu‘il n’est jamais trop tard pour arrêter la course du temps et construire une vie qui nous ressemble !

Découvrez/feuilletez le roman sur le site des éditions Denoël.

 

 

Throwback Thursday Livresque #69 : Famille

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J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Organisé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème qu’elle aura au préalable défini.


Thème de la semaine : Famille

famille

J’aurais aimé proposer un livre parlant d’une famille qui ne suit pas le schéma classique père/mère, mais à ma grande honte, je ne pense pas en avoir déjà lu un. D’ailleurs, si vous avez un roman avec une famille homoparentale, n’hésitez pas à m’en indiquer le titre dans les commentaires. En attendant, je vais vous parler d’un livre qui parle de famille et dans lequel la figure maternelle tient une grande place : Une mère d’Alejandro Palomas.

Le roman qui a enflammé l’Espagne.

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.

Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

Alejandro Palomas brosse avec humour le portrait d’une famille dont les travers font inévitablement écho à nos propres expériences, et celui d’une mère loufoque, optimiste, et infiniment attachante. Une mère profondément humaine, à qui il reste encore quelques leçons à transmettre à ses grands enfants : au cours de cette longue nuit, secrets, mensonges, non-dits et autres révélations familiales vont éclater.

Prenez place à table. Vous allez être servi !

Pourquoi ce titre ?

Amalia, matriarche de la famille, est une femme pleine d’exubérance avec un côté enfantin qui peut parfois agacer ses enfants, mais qui fait tout son charme et qui la rend tellement attachante. D’ailleurs, plusieurs mois après la lecture du roman, je ne peux m’empêcher de sourire à la pensée de cette mère un peu fofolle, mais pleine d’amour.

Une mère, ce n’est pas qu’un roman autour d’Amalia, c’est un livre qui aborde la question de la famille, dans ce qu’elle a de plus beau, mais aussi dans ses zones d’ombre et ses tensions. Autour d’un repas de réveillon, on découvre donc la mère, ses enfants (tous adultes), l’ombre d’un père absent, l’oncle…  Comme dans beaucoup de familles, il y a des secrets, des points de tension et de friction, des incompréhensions, mais aussi de l’amour, beaucoup d’amour…

Une mère a été une superbe découverte que je ne peux que vous recommander si vous cherchez une lecture qui aborde le thème de la famille, mais aussi du deuil, de l’homosexualité… Un livre définitivement riche en émotions !

Pour aller plus loin, je vous propose de lire ma chronique d’Une mère.

Et vous, connaissez-vous ce titre ? Vous tente-t-il ? Si vous l’avez lu, qu’en avez-vous pensé ?