La baronne des glaces, tome 1 : La fin d’un monde, Nicole Vosseler

Couverture La baronne des glaces, tome 1 : La fin d'un monde

Russie, 1822. Katy et Gricha rêvent de parcourir le monde et de faire fortune. Avec l’aide de Thilo et Christian, ils ont une géniale idée : exporter la glace du Nord jusque dans les Tropiques. Mais leur entreprise sera semée d’embûches. Et quand l’amour s’en mêle…

De glace et de feu

Russie, 1822. Élevés dans la misère, Katya et son frère Gricha, orphelins de mère, rêvent tous deux d’une vie meilleure. A16 ans, Gricha rêve de faire fortune et de voit le monde. Il s’enfuit à Saint-Pétersbourg avec sa petite sœur âgée de 9 ans.
Pendant un voyage sur la mer Baltique jusqu’à Hambourg, ils font la connaissance de Thilo et Christian. Ensemble, ils décident de monter une société marchande, avec une idée aussi surprenante qu’audacieuse : exporter la glace du Nord vers les Tropiques.
Mais la voie du succès est semée de difficultés et d’incertitude… et les sentiments qui lient Katya à Christian, pourtant marié, menacent de précipiter la chute de ces jeunes  » barons des glaces « …

AVIS

Ayant adoré Le ciel de Darjeeling de Nicole Vosseler, j’étais impatiente de découvrir son nouveau roman à la couverture très hivernale. Il faut dire que les deux protagonistes, un frère et une sœur, ont longtemps côtoyé le froid, d’abord la Russie puis la Norvège, avant de se rendre dans des contrées un peu moins glaciales…

Gricha, treize ans, décide de prendre son destin en main et de quitter son village de Russie où il ne pouvait espérer qu’une dure vie de labeur au service d’un autre. Un destin qui ne convenait guère à un jeune adolescent que l’on sent déjà épris d’aventure et de liberté… Très attaché à sa petite sœur, Katya, il se promet de revenir la chercher, elle qui passe son temps à travailler très dur pour la maisonnée sans une once de reconnaissance paternelle ou de chaleur humaine…

Mais si Gricha est déterminé, sa sœur l’est tout autant et s’impose à lui, venant chambouler tous ses plans de fuite. Deux âmes en quête d’une nouvelle vie que le destin va porter vers différents vents, et qui vont être confrontées, au fil des années qui passent sans se ressembler, à un certain nombre de défis personnels, professionnels et sentimentaux. Les débuts seront difficiles, mais le frère et la sœur vont trouver refuge en Norvège, chez une veuve qui, petit à petit, va développer une certaine complicité avec Katya, alors que Gricha va et vient au gré de ses engagements sur une baleinière. Ambitieux, intelligents et débrouillards, le frère et la sœur développeront néanmoins d’autres ambitions. Des rêves d’ailleurs et d’accomplissement qui les porteront jusqu’à Hambourg, où ils s’associeront avec deux frères pour se lancer dans un commerce un peu fou : celui de la vente de glace !

Dès le début, j’ai été touchée par ce frère et cette sœur, seuls contre tous, contre une famille maltraitante, contre des conditions sociales qui les enferment plus sûrement que n’importe quelle porte de prison. À cela s’ajoute, pour Katya, sa condition de femme qui autorise n’importe quel homme à la commander, à la dénigrer ou à se considérer supérieur à elle… Katya n’est toutefois pas femme à se laisser maltraiter et elle nous prouvera à maintes reprises sa bravoure, son sens de l’initiative et son intelligence. C’est d’ailleurs elle qui, forte de sa relation particulière avec la glace, aura l’idée de se lancer dans son commerce.

J’ai trouvé toute la partie commerciale passionnante, Katya, Gricha, Thilo et Christian travaillant d’arrache-pied pour financer leur projet ambitieux et un peu fou, trouver un bateau, des débouchés commerciaux, tout en devant faire face à leurs sentiments parfois confus. Ce sera d’ailleurs mon seul bémol, cette sorte d’imbroglio amoureux qui m’a laissée sceptique, car soumis à des revirements tellement soudains et répétitifs qu’ils en paraissent quelque peu irréalistes. Il aurait fallu, du moins pour moi, soit ôter certaines interactions amoureuses soit, a minima, les développer pour en comprendre l’essence. À l’inverse, j’ai apprécié que l’autrice nous propose une certaine diversité dans l’orientation sexuelle de ses personnages, que ce soit avec Gricha qui aime les hommes et les femmes, sans que cela ne suscite de problème ou de jugement, ou avec un personnage qui apprend à accepter son attirance pour le même sexe…

Ce roman nous offre une grosse bouffée d’évasion, la dimension aventure étant très présente, mais il nous permet également de découvrir des personnages qui luttent avec acharnement pour se sortir de leurs conditions sociales. Car si Gricha et Katya ont fuit la pauvreté de leur Russie natale, Thilo et Christian tentent de faire fleurir le commerce familial dans une ville qui tente de se relever de l’occupation des Français, et des règles strictes imposées par Napoléon. Le contexte géographique, qui évolue au fil des péripéties, et historique se révèle donc passionnant, d’autant que le roman semble tiré d’une histoire vraie, celle d’une famille de commerçants.

Je serais ravie d’en apprendre plus sur cette famille, en attendant, ce roman m’a permis de voyager, de faire des virées en mer et, chose étonnante, d’en apprendre beaucoup sur la glace, élément dont la richesse m’a frappée. À travers son héroïne et des petits encarts en début de chaque partie, l’autrice nous offre une sorte d’ode à la glace, à sa richesse, à sa diversité, à son chant, et à tout ce qu’elle peut apporter à celui ou à celle qui, comme Katya, sait l’écouter et la lire. Une capacité qui rend encore plus spéciale une héroïne qui, de par sa force de caractère et sa pugnacité, suscite déjà toute l’admiration des lecteurs. La capacité de son frère à prédire le temps se révèlera également utile, a fortiori quand vous naviguez en mer et développez vos compétences et connaissances maritimes.

Au-delà du côté aventure et de cette relation commerciale qui va unir deux familles, la dimension humaine, familiale, amicale et amoureuse rend la lecture aussi passionnante qu’addictive. On suit avec tendresse, parfois agacement, les liens se resserrer, se distendre ou trouver d’autres formes au gré des événements, des erreurs des uns, des attentes trompées des autres… Alors si certains comportements m’ont parfois laissée dubitative, j’ai aimé cette liberté d’esprit et de sentiments qui apporte beaucoup d’humanité à des personnages imparfaits, mais qui ne cessent d’évoluer et d’apprendre aux côtés des uns des autres.

La route jusqu’au succès est longue et parsemée d’embûches, mais nos protagonistes semblent lancés pour vivre encore de belles, éprouvantes et riches aventures, embellies par le sens de l’amitié, de la famille et des sentiments parfois bien difficiles à comprendre et à dompter, mais dont la force permet à chacun d’avancer…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Les voyages de Lotta : Les renards de feu, Marie Zimmer et Ofride (illustrations)

Le voyage fabuleux de deux sœurs dans les légendes nordiques !

Depuis la mort de sa femme Esther, Olaf, éleveur de rennes en Laponie, vit seul avec ses deux filles de quinze ans, Lotta et Solveig. Bien que jumelles, elles sont pourtant très différentes. Solveig est d’allure très fragile, mutique, enfermée dans son monde et ne communique quasiment pas avec son entourage. Lotta parle pour deux. Dynamique et déterminée, elle est très attachée à sa sœur et la protège contre les éventuels dangers extérieurs.

Lotta veut devenir chamane. Mais une longue et difficile formation attend l’adolescente qui devra affronter plusieurs dangers. Lotta n’espère qu’une chose : entrer en relation avec les esprits et retrouver celui perdu de Solveig. Arrivera-t-elle à mener à bien sa formation ? Et pourra-t-elle ramener facilement l’esprit perdu de sa sœur ?

Jungle édition (22 octobre 2020) – 41 pages – Papier (11,95€)

AVIS

Dans cette BD, nous suivons Lotta, une jeune fille qui aimerait devenir chamane ou noaidekalcko dans la culture samie, quand son père la rêve en éleveuse de rennes. Mais Lotta n’est pas prête à renoncer à son rêve ni à son souhait de retrouver « l’esprit de sa sœur », même si pour cela elle doit défier l’autorité paternelle. Elle profite ainsi des absences de son père pour rendre visite au chamane du village et poursuivre sa formation à ses côtés. Déterminée, courageuse et d’une grande gentillesse avec sa sœur dont elle est très proche, Lotta se révèle également impulsive, obtuse et se laisse encore bien souvent déborder par ses émotions.

Des traits de caractère qui vont rendre son voyage initiatique auprès des esprits des plus mouvementés. Car avant d’obtenir leur aide et de pouvoir s’élever, Lotta va devoir apprendre à gérer ses émotions, ouvrir son cœur et comprendre celui des autres. Une tâche ardue, a fortiori quand un garçon, pas très bon perdant, semble déterminé à l’agacer et que son père semble sourd à son choix de vie. Si Lotta m’a parfois un peu agacée par son incapacité, du moins au début, à se remettre en question, ce qui vu son jeune âge reste compréhensible, je l’ai trouvée également très touchante. Sa force de caractère, conjuguée à sa gentillesse envers sa sœur Solveig, ne peut que susciter admiration et empathie.

Quant à Solveig, c’est une jeune fille souriante, conciliante et profondément gentille qui s’exprime à travers ses magnifiques et très expressifs dessins. Tout dans ses gestes et ses sourires respire la bienveillance et l’envie de soutenir et rendre heureuse sa sœur. Il plane un certain mystère autour de Solveig, notamment sur le fait qu’elle ne parle plus… Mais plus que le mystère qui la rend intrigante, c’est bien l’attachement qui prédomine envers cette jeune fille que j’aurais adoré apprendre à mieux connaître, puisque l’autrice se concentre principalement sur son impétueuse sœur.

On suit ainsi l’aînée dans ses voyages spirituels et son initiation chamanique, dont la progression s’inscrit sur son premier tambour. Ne connaissant rien à la culture samie, j’ai apprécié d’en apprendre plus sur celle-ci et de côtoyer, aux côtés de notre héroïne, le monde des esprits. Un monde avec ses propres règles qu’il convient de respecter sous peine d’être violemment éjecté… Et ce n’est pas Lotta qui vous dira le contraire, la fillette n’étant qu’au début d’un voyage dont chaque étape la rapproche de son objectif.

En plus de l’histoire, l’ambiance graphique m’a subjuguée. J’ai ainsi d’emblée été charmée par la beauté et la luminosité des illustrations qui nous permettent de nous immerger complètement dans les beaux paysages de Norvège, et plus particulièrement du plateau du Finnmark. D’une page à l’autre, on alterne entre les couleurs froides caractéristiques d’un paysage glacé et des teintes parfois plus chaudes et enveloppantes, symbolisant parfaitement la chaleur d’un foyer.

Car ne vous y trompez pas, malgré la tension entre Lotta et son père au sujet de son avenir, cette BD dessine de très beaux liens familiaux, des liens d’abord entre deux sœurs soudées comme les doigts de la main. Puis des liens entre un père et ses deux filles sur lesquelles il veille comme il le peut. On appréciera d’ailleurs que loin du père autoritaire que l’on s’imagine, il soit capable d’évoluer et de réaliser que le plus important reste le bonheur de ses filles, qu’il s’éloigne ou non de son propre mode de vie.

Source : http://www.editions-jungle.com

En bref, alternant entre rêve et réalité, cette BD se pare d’une belle touche de poésie et d’une belle part d’onirisme qui passe autant par les illustrations, que le travail de colorisation, ou les voyages de Lotta dans le monde des esprits. Somptueusement illustré et riche en émotions, voici un ouvrage qui fera rêver petits et grands lecteurs, tout en leur permettant de suivre le destin de deux sœurs liées par une belle et tendre complicité, de celle qui va au-delà des silences pour se concentrer sur la force des émotions et des sentiments. 

Ranee Tara Sonia Chantal Anna, Mitali Perkins

Ranee, Tara, Sonia, Chantal, Anna par Perkins

Des années 1960 aux années 2000, cinq femmes cherchent leur propre voie, entre leur culture indienne et le rêve américain auquel elles aspirent.

Ranee migre avec sa famille du Bengale à New York pour une vie meilleure.
Tara, sa première fille, est admirée par tous, mais se sent obligée de jouer un rôle pour continuer à être aimée.
Sonia, sa cadette, rebelle et engagée, provoque un véritable séisme au sein de la famille lorsqu’elle tombe amoureuse.
Chantal, la fille de Sonia, talentueuse danseuse et athlète, est prise dans une lutte entre ses deux grands-mères et ses origines.
Anna, enfin, reproche à sa mère, Tara, de l’avoir forcée à quitter l’Inde pour les États-Unis et doit trouver sa place à New York.

Le fragile équilibre que les femmes de la famille Das peinent à trouver est chaque jour menacé par des blessures qui mettront des générations à cicatriser…

Bayard Jeunesse (2 juin 2021) – 352 pages – Papier (14,90€) – Ebook (9,99€)
Traduction : Pascale Houssin Jusforgues – 14 ans et +

AVIS

Des années 70 aux années 2000, une fresque familiale sur trois générations…

Appréciant beaucoup les fresques familiales et les relations intergénérationnelles, j’ai tout de suite été tentée par cette lecture qui nous plonge dans la vie mouvementée de la famille Das. Une famille qui a quitté le Bengale avant de poser ses valises au Ghana, en Angleterre, puis aux États-Unis. Ne connaissant pas la culture bengalie, j’ai apprécié d’en avoir, tout au long du roman, un petit aperçu que ce soit à travers la musique, les habits, les coutumes, les traditions familiales…

L’autrice a opté pour une narration alternée efficace et un découpage en trois parties, nous permettant de suivre les membres de la famille Das des années 70 aux années 2000. Dans ce roman choral campé par des femmes hautes en couleur, les hommes ne sont pas vraiment présents, bien qu’on ait la chance de faire brièvement la connaissance du père de Tara et de Sonia que j’ai tout simplement adoré. Gentil et aimant, il fait figure de père idéal même si son envie d’offrir le meilleur à ses filles ne lui permet pas de passer autant de temps qu’il le voudrait à leurs côtés.

Suivre trois générations, c’est l’assurance de découvrir une histoire familiale forte dans laquelle se mêlent incompréhensions, déceptions, mais aussi tendresse, complicité, pardon, et amour, beaucoup d’amour. C’est d’ailleurs quelque chose que j’ai beaucoup apprécié, car malgré les épreuves de la vie et les périodes de tempête, nul ne peut douter des liens unissant les femmes de la famille Das. On prend donc plaisir à sentir la complicité qui unit Tara et Sonia, deux sœurs qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle vie aux États-Unis où leurs parents ont décidé de s’installer. Un pays accueillant mais qui n’est pas exempt de préjugés quant à leurs origines, des origines sur lesquelles on semble régulièrement les interroger.

De l’actrice à l’engagée, deux sœurs très différentes, mais très complices…

Habituées à voyager et à aller à la rencontre de différentes cultures, les deux adolescentes vont très vite s’intégrer, Sonia n’ayant besoin que de son carnet et d’un stylo pour se sentir chez elle, et Tara en faisant comme à son habitude : en s’appropriant un rôle qui n’est pas le sien. La télévision américaine lui sera d’une grande aide dans cette entreprise, ainsi que le talent de couturière de sa mère qui veille à ce que ses filles soient toujours à la pointe de la mode locale. Si j’ai trouvé Tara sympathique et attachante, j’ai eu un peu de mal à comprendre son besoin de porter un masque en permanence ou presque. Peut-être un moyen pour elle de se protéger et de ne pas montrer sa vulnérabilité, ou tout simplement l’expression de son goût pour la comédie et le théâtre. Un art dans lequel elle excelle !

Ouverte d’esprit, tolérante, amoureuse des livres en général, d’Orgueil et préjugés en particulier, prônant l’égalité entre les sexes, Sonia m’a d’emblée conquise. Cette forte tête, aux convictions politiques et féministes déjà bien affirmées, entrera souvent en conflit avec sa mère, au grand dam de Tara qui fera régulièrement office de médiatrice. Il faut dire que si Ranee est prête à faire certaines concessions pour l’intégration et la réussite de ses filles, elle se révèle pétrie de préjugés raciaux, au point de blâmer sa propre fille pour sa peau qu’elle juge trop foncée. Elle reste, en outre, attachée à des valeurs traditionnelles, notamment sur la place et le rôle de la femme au sein d’un couple. Des valeurs que sa cadette rejette en bloc.

Une mère courageuse, parfois difficile, mais une grand-mère touchante qui évolue pour le bonheur des siens…

Ranee est ravie que son mari ait écouté son envie d’immigrer aux États-Unis, mais elle ne verra pas d’un bon œil que ses filles vivent dans un quartier où les Afro-Américains sont majoritaires. Alors quand Sonia se met à fréquenter un homme noir avant de s’engager à ses côtés, la réaction ne se fait pas attendre… Ranee, personnage servant de fil conducteur au roman, offre, pour moi, l’évolution la plus intéressante et la mieux amenée. Durant une partie non négligeable du roman, je l’ai trouvée difficile, autoritaire, intransigeante, injuste, intolérante, obtuse… Mais de fil en aiguille, elle nous dévoile d’autres facettes d’elle-même : celle d’une femme parfois maladroite, mais qui a toujours tout fait pour assurer le bonheur et la réussite de ses filles, celle d’une femme courageuse qui a affronté une véritable tempête sans jamais sourciller, celle d’une femme capable d’évoluer et de laisser de côté ses préjugés et ses biais raciaux pour accueillir à bras ouverts la mixité et la diversité dans sa vie et au sein de sa famille.

Mère exigeante, on la découvre grand-mère, peut-être un peu mêle-tout et parfois maladroite, mais surtout grand-mère aimante et touchante. J’ai adoré la relation qu’elle a réussi à nouer avec ses deux petites-filles, des relations bien plus apaisées que celles qu’elle a pu avoir avec Sonia par le passé. Ranee m’a également touchée par sa quête d’identité qui survient après un drame qui a marqué dans sa chair les États-Unis, et qui ne sera pas sans conséquence pour certains immigrés devenus boucs émissaires. Elle va tâtonner, passer d’un extrême à l’autre, avant de se créer une vie qui lui convient et dans laquelle elle peut s’épanouir en trouvant un équilibre entre sa culture bengalie, les valeurs de son pays d’adoption et ses propres convictions. Des convictions forgées au gré des épreuves de la vie, de ses erreurs et de différentes rencontres.

La troisième génération : entre défiance et intégration, deux cousines aux antipodes l’une de l’autre 

Quant à Chantal, la fille de Sonia, et Anna, la fille de Tara, elles m’ont moins marquée que leur mère respective ou leur grand-mère Ranee. Les deux cousines offrent néanmoins un contraste intéressant : si la première est née et a été élevée aux États-Unis comme une Américaine, la seconde a été élevée en Inde. Anna se refuse d’ailleurs à renier sa patrie, dont elle apprécie la richesse linguistique, culturelle, et religieuse, au profit des États-Unis. Un pays dans lequel on l’a obligée à venir étudier, sans lui demander son avis, alors qu’elle ne s’y sent pas vraiment à sa place. Le fait que sa grand-mère ne cesse de la comparer à la parfaite, athlétique, intelligente, sportive et très américaine Chantal ne l’aide pas vraiment à accueillir ce déménagement aux États-Unis avec plaisir.

Contrairement à Chantal qui m’a semblé un peu terne, bien que j’aie apprécié la manière dont elle rappelle à ses deux grands-mères qu’elle est noire et bengalie, Anna frappe par sa présence. J’ai aimé sa manière de revendiquer le droit d’être elle-même et de demander à ce que l’on respecte sa culture et ses croyances. La « révolution des vestiaires », qu’elle mène avec intelligence, prouve d’ailleurs son aplomb et sa force de caractère, deux qualités qui la rapprochent de sa tante Sonia. D’abord sur la réserve face à cette cousine qui lui fait de l’ombre, Anna finira par nouer une certaine complicité avec Chantal, d’autant que si elles sont très différentes, elles sont toutes les deux très attachées à Ranee. Une grand-mère qui va parfois les inquiéter, mais qui sera toujours là pour elles.

Des thématiques passionnantes et variées traitées avec justesse, mais un roman qui aurait mérité d’être étoffé…

En plus de nous offrir une belle fresque familiale à travers le temps et de nous dépeindre le portrait de femmes fortes et attachantes, ce roman offre également une réflexion intéressante autour de thèmes variés : le racisme, l’identité, les racines, l’immigration, l’intégration, la famille, le deuil, la religion, les couples mixtes, la difficulté de trouver un équilibre entre la culture de son pays d’origine et celle de son pays d’adoption, le sentiment d’appartenance à un pays qui peut revêtir différentes formes, chacune tout autant valide l’une que l’autre…

Destiné aux adolescents, ce roman se lit tout seul, les phrases sont simples et fluides, le découpage des chapitres dynamique, le style de l’autrice très accessible, l’alternance des points de vue efficace pour happer et maintenir l’attention des lecteurs… Néanmoins, si j’ai passé un très bon moment aux côtés des femmes Das, le roman m’a paru trop ambitieux par rapport à sa longueur. En choisissant d’évoquer cinq femmes, l’autrice ne se laisse pas l’opportunité de développer de manière équilibrée chacune d’entre elles. La dernière partie consacrée à Anna et Chantal m’a ainsi semblé terne par rapport aux deux premières parties. J’ai, en outre, été surprise de voir à quel point Tara est occultée dans la dernière partie, d’autant que je m’interroge encore sur sa décision soudaine de déraciner sa fille sans même rester à ses côtés. Ranee, Sonia et Chantal s’occupent bien d’Anna lors de son arrivée aux États-Unis, mais cela ne vaut quand même pas le soutien de ses propres parents !

Les ellipses temporelles créent également un certain sentiment de frustration même si elles ont le mérite de nous permettre de nous focaliser sur l’essentiel et d’éviter de nous perdre dans les détails. Le roman convaincra probablement le public visé, mais laissera peut-être un peu sur la faim un lectorat plus âgé. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée outre mesure puisque j’ai ressenti assez d’émotions dans ma lecture pour avoir envie de tourner les pages les unes après les autres. La seule chose qui m’a vraiment gênée, voire franchement dépitée, est l’avant-dernière page : alors que le mariage forcé est plutôt dénoncé, notamment à travers Sonia, une phrase nous en donne une vision bien douce et idéalisée. C’est un détail, certes, mais un détail qui m’a quand même bien fait râler.

En conclusion, Mitali Perkins nous offre une fresque familiale et humaine qui, en plus de nous permettre de découvrir trois générations de femmes unies malgré leurs différences et des périodes de tension, évoque des thématiques importantes : la famille, le deuil, le racisme, les différences culturelles, les couples mixtes, la difficulté de s’intégrer dans un nouveau pays sans renier et/ou oublier ses propres racines, et celle de naviguer entre plusieurs cultures pour se forger sa propre identité… Un roman choral facile et rapide à lire porté par des femmes de caractère dont l’histoire se révèle tour à tour fascinante, émouvante, inspirante, mais surtout emplie d’une belle et touchante humanité !

Je remercie les éditions Bayard et Babelio de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.
Téléchargez un extrait sur le site des éditions Bayard.

 

Léa, mon étoile filante, Bertrand Gimonet et Korrig’Anne (illustrations)

Léa, mon étoile filante: Roman jeunesse par [Bertrand Gimonet, Korrig'Anne,]

Ce matin, les parents de Théo rentrent à la maison sans Léa, sa sœur. Théo remarque qu’ils pleurent.
« Où est Léa ? Pourquoi pleures-tu ? ».
« Elle est partie vers les étoiles ».
« Partie vers les étoiles ? Ça veut dire quoi ? Elle revient quand ? ».

Une histoire pleine d’émotions où nous allons voir vivre ces « paranges » à travers le regard du grand frère, Théo. Comment va-t-il réagir face à la perte de sa sœur ? La vie reprendra-t-elle ses droits ? Le bonheur est-il encore possible ?

Publishroom Factory (1 avril 2021) – Papier (12,90€) – Ebook (4,99€)
À partir de 6/8 ans

AVIS

Ce livre jeunesse illustré aborde une thématique délicate, la mort inattendue du nourrisson. Si l’auteur ne cache en rien les émotions de parents face à la douleur de la perte d’une partie d’eux-mêmes, il a fait le choix intéressant d’aborder la question à travers les yeux d’un enfant. Celui du petit Théo qui du haut de ses 7 ans, bientôt 8, découvre brutalement que la mort peut s’inviter chez lui et dans sa vie.

Comment lui faire comprendre, mais sans le brusquer, qu’il ne pourra plus voir et jouer avec sa petite sœur Léa ? Comment lui expliquer clairement, mais avec délicatesse, le concept de mort ? Tout ceci, sans soi-même se laisser submerger par la détresse, l’incompréhension et la douleur ?

À travers un texte empreint de beaucoup de délicatesse et de sensibilité, l’auteur nous fait entrer dans la vie d’une famille frappée par le deuil, une famille qui va devoir apprendre à exister sans la présence de la petite Léa, partie rejoindre les étoiles trop tôt. Il y a bien sûr de la tristesse dans cette histoire, la perte d’un nourrisson étant un drame dont il est bien difficile de se relever, mais l’auteur arrive à distiller, page après page, de l’espoir et à auréoler son récit de lumière. Il se concentre ainsi sur l’après, sur la guérison, sur la nécessité de continuer à vivre sans pour autant oublier, et l’importance de soutenir Théo. Le petit garçon a, en effet, plus besoin que jamais de ses parents pour faire face à la disparition de sa sœur et toutes les angoisses que cette tragédie provoque en lui.

Devant sa peur de mourir et de voir disparaître ceux qu’il aime, ses parents sauront l’écouter et trouver les mots justes pour le rassurer, mais aussi pour lui expliquer que si sa sœur a rejoint les étoiles, elle sera toujours dans son cœur et celui de chacun des membres de la famille. À cet égard, j’ai adoré l’idée symbolique des parents d’acheter avec Théo un arbre et de le planter en hommage à Léa. Un arbre souvenir, un arbre mémoire qui va permettre à Théo de se recueillir, de rester en contact avec sa sœur et, d’une certaine manière, de continuer à grandir à ses côtés.

Malgré la mort qui s’invite brutalement dans la vie d’une famille, il y a donc beaucoup de vie dans ce livre jeunesse qui adopte un ton volontairement bienveillant, doux et délicat. Un ton qui devrait permettre aux enfants concernés par le sujet de se sentir en confiance, et peut-être d’avoir envie d’extérioriser et de partager leurs émotions, leurs peurs et leurs interrogations avec leurs parents ou d’autres adultes, à l’instar du petit Théo. Ce livre pourrait également aider des parents à instaurer un dialogue avec leur ou leurs enfants sur la perte d’un membre de la fratrie, voire peut-être les aider eux-mêmes à poser des mots sur leurs maux et leur douleur.

Devant une thématique aussi difficile que la mort d’un nourrisson, on aurait pu s’attendre à une ambiance graphique austère, alors que Korrig’Anne a opté pour des traits ronds très enfantins et des illustrations douces, lumineuses et colorées, comme une ode à cette vie qui doit reprendre. En plus de faciliter l’immersion des enfants dans leur lecture et de leur permettre de s’identifier plus facilement au petit Théo, ces illustrations brillent par les émotions qu’elles retranscrivent et qu’elles transmettent. Chagrin, tristesse, mais aussi joie, espoir et amour se peignent sur des visages qui s’ouvrent et reprennent vie à mesure que le temps passe, et que la douleur laisse place à un travail de reconstruction et de mémoire. 

À noter qu’en fin d’ouvrage, l’auteur fait un bref point sur ce qu’est la mort inattendue du nourrisson et rappelle quelques règles de sécurité lors du couchage. Bien que n’ayant pas d’enfant, j’ai trouvé la démarche intéressante et somme toute instructive.

En conclusion, évoquer la mort n’est jamais aisé en soi, mais cela devient encore plus difficile quand elle touche un nourrisson. Dans ce livre d’une surprenante délicatesse et d’une bienveillance réconfortante, Bertrand Gimonet, lui-même touché par la perte d’un enfant, offre néanmoins un récit touchant où derrière la perte et la douleur sont évoqués la résilience, l’espoir et la vie. Émouvant de par sa thématique, Léa, mon étoile filante se révèle indispensable par le point de vue adopté, celui d’un petit garçon/un frère qui, avec courage et le soutien de ses parents, va apprendre à vivre sans sa sœur, tout en réalisant que même si elle n’est plus à ses côtés, elle restera dans son cœur pour toujours et à jamais ! Touchant et émouvant, voici un livre qui permettra peut-être à des familles endeuillées de trouver un écho à leur propre histoire et une lueur d’espoir dans l’obscurité.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé Léa, mon étoile filante, en échange de mon avis.
Site de l’auteur

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci (illustrations)

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah par Di Gregorio

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois sœurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux sœurs. Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Dupuis (12 juin 2020) -72 pages – 13,95€

 

AVIS

Séduite par la couverture, j’ai eu envie de lire cette BD qui m’a émerveillée et beaucoup émue. On y découvre trois sœurs très différentes les unes des autres : Sarah, l’aînée, aime tout contrôler et diriger, Cassiopée, la cadette, vit dans son monde de princesses et de princes charmants, et Lucille, la benjamine, semble avoir plus d’affinités avec les chats que les humains. Mais si Cassiopée est plus ou moins l’artiste et la rêveuse de la famille, c’est pourtant Sarah qui fait depuis quelque temps un rêve étrange qu’elle aimerait ardemment décrypter…

Au détour d’une conversation, à laquelle leur mère va réagir étrangement, les filles décident de mener une enquête sur cette dernière en vue d’un futur cadeau. Le début d’une aventure entre trois sœurs qui vont parfois avoir du mal à s’entendre et à communiquer sans s’agacer mutuellement, mais qui vont être réunies par l’envie de faire plaisir à leur mère et de mieux la comprendre. L’enquête des filles pour en apprendre plus sur le passé de leur mère va introduire pas mal de mystère dans une histoire empreinte de douceur, de poésie, de disputes, mais aussi de moments de complicité et de tendresse.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j‘ai adoré la manière dont rêve et réalité se rejoignent, et la douceur poétique avec laquelle l’auteur s’empare d’un sujet difficile qu’il est néanmoins important d’aborder que ce soit entre adultes ou avec des enfants. Car si certaines douleurs sont difficiles à effacer, les partager avec des proches peut soulager et permettre d’avancer sans pour autant oublier. La fin de la BD se révèle d’ailleurs touchante et offre une belle note d’espoir sur la capacité de résilience de chacun, la force de l’amour maternel et la puissance des liens familiaux.

Quant aux trois sœurs, je les ai trouvées attendrissantes même si je reconnais m’être plus particulièrement attachée à la petite dernière. C’est la plus réservée, introvertie et discrète des trois, mais je me suis reconnue dans son caractère et son amour des animaux, et en particulier des chats. Elle est d’ailleurs très proche du sien et se révèle une protectrice et amie des chats des rues. Elle possède, en résumé, toutes les qualités pour me plaire ! Sarah peut se révéler quelque peu autoritaire, mais son statut d’aînée fait peser un certain poids sur ses épaules, d’autant que sa cadette ne l’a pas elle la tête sur les épaules… Alors, malgré leurs différences et leurs prises de bec, les trois sœurs offrent un joli trio que j’aurais grand plaisir à retrouver et à voir évoluer.

Au-delà du fond, la forme est de toute splendeur ! La beauté des illustrations, la délicatesse des traits, la douceur et la profondeur des couleurs apportent une touche poétique à laquelle il est bien difficile de résister. Si vous aimez les atmosphères lumineuses, oniriques et enchanteresses, vous devriez ressortir de cette lecture des paillettes plein les yeux, et le cœur empli d’intenses émotions, l’histoire étant bien plus profonde qu’il n’y paraît.

En bref, portée trois sœurs aussi différentes qu’attachantes, cette BD offre aux jeunes et moins jeunes lecteurs une enquête mêlant habilement, et avec beaucoup de douceur, rêve, réalité, secret de famille, résilience, amour filial et familial, le tout dans une ambiance graphique aussi enchanteresse que chaleureuse. À lire et à relire pour se laisser emporter autant par les somptueuses illustrations que les émotions qui ne manqueront pas de vous assaillir au fil de votre lecture.

BD lue dans le cadre du challenge Mai en BD.

Masques et Monstres, tome 1 : Magie d’artisan, R. Oncedor

Couverture Masques et Monstres, tome 1 : Magie d'artisan

Blanche et Cornélia n’ont guère l’étoffe des héroïnes. Elles sont fauchées, hirsutes, dorment en pyjama girafe et cohabitent vaillamment avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates.

Mais lorsqu’elles rencontrent un jeune sans-abri, leur vie devient soudain beaucoup plus palpitante. Pourquoi leur offre-t-il ces masques somptueux ? Dans quel but leur confie-t-il un étrange colis ?

Bientôt, leur quotidien déraille pour de bon. Un autre monde colonise le leur : une dimension mystérieuse emplie de tarasques, de dragons orchidées et de lièvres ailés.

Et à cette faune improbable s’ajoutent deux inconnus aussi louches que séduisants, qui manœuvrent dans l’ombre…

BOD (8 octobre 2020) – 540 pages – Papier (18,90€) – Ebook (4,99€)

Je remercie l’autrice et Book on Demand pour m’avoir envoyé Masques et Monstres en échange de mon avis.

AVIS

Une belle couverture, un résumé mêlant humour, créatures et mystère, il n’en fallait pas bien plus pour me donner envie de lire Masques et Monstres que j’ai tout simplement adoré. Il n’y a pas une fausse note dans ce premier tome, l’autrice prenant le temps nécessaire pour nous présenter les principaux protagonistes de son aventure, et ceci sans jamais nous donner l’impression de se perdre dans les détails. Chose que j’ai fortement appréciée et qui explique le plaisir pris à suivre deux sœurs dont le quotidien va être mis sens dessus dessous par un sans-abri mystérieux, et par sa passion pour les masques et, elles le découvriront bien assez tôt, pour les créatures fantastiques. Des créatures pas forcément des plus dociles…

Sans vraiment leur demander leur avis, Iroël, va ainsi transformer Cordélia, l’aînée, et Blanche, sa cadette, en nounous pour des animaux qui ne devraient pas exister ailleurs que dans les livres et les légendes. Mais après tout, avec Greg, leur chat galeux mangeur de patates crues, les deux sœurs avaient déjà une petite expérience des animaux difficiles à gérer. Quoi qu’à bien y réfléchir, rien ne les avait vraiment préparées à prendre soin d’une tarasque, animal pour lequel j’ai personnellement craqué, et encore moins d’un lapin ailé carnivore et quelque peu destructeur sur les bords.

Au gré des « cadeaux » déposés par Iroël devant la porte des deux sœurs, leur appartement se transforme progressivement en refuge pour animaux de légende. Des animaux que l’autrice a eu la formidable idée de regrouper dans un bestiaire illustré en fin de roman. En plus d’être un bonus fort sympathique à admirer, la présence de ces dessins facile vraiment l’immersion dans le récit, d’autant que ceux-ci sont agrémentés de notes qui ne manquent pas d’humour ! J’ai, pour ma part, adoré le fait que l’autrice mélange deux créatures de son invention, dont l’adorable dragon orchidée, avec des créatures issues de différents folklores ( français, romain, grec, aztèque…). Des créatures qu’elle s’est appropriée pour les fondre dans un récit débordant d’imagination.

En voyant toutes ces créatures qui peuplent peu à peu la vie des deux sœurs, on se rend compte qu’il y a un côté arche de Noé. Mais rien de surprenant, car si Iroël rassemble autant d’animaux extraordinaires et extraordinairement prompts au chaos, c’est avant tout pour les sauver de la disparition. En effet, si notre monde n’est pas parfait, la Strate, dont tente de s’échapper définitivement Iroël en amenant ses animaux avec lui, n’est pas vraiment mieux : montée des eaux mettant en péril la survie des habitants, déchets qui s’accumulent, loi du plus fort avec des immortels qui dominent et exploitent… Cette dimension semble être le miroir de ce qu’il y a de pire dans notre monde ! Alors pas étonnant que des gens comme Iroël, mais aussi Aegus et Aaron, désirent la quitter sans se retourner, un projet d’exode hasardeux qui demande des moyens, des fonds et malheureusement pour elles, la collaboration de Cordélia et de Blanche…

Cordélia n’est pas vraiment emballée par l’idée d’accueillir tous ces animaux, parfois très dangereux, et encore moins ravie d’assister impuissante à l’appropriation de son territoire par Aegus, un homme serpent implacable, accompagné de son vassal, Aaron, un adolescent qui a le don de taper sur les nerfs de Blanche. À l’inverse, cette dernière, dans un élan d’optimisme mêlé d’une rafraîchissante naïveté, se plie en quatre pour tenter d’amadouer Iroël, dont elle s’est entichée, et d’accueillir comme il se doit Aaron. Et puis, curieuse au grand cœur, elle est émerveillée par ce monde nouveau et excitant qui la change d’un quotidien morne, et par toutes ces créatures sur lesquelles elle veille avec l’aide de sa sœur.

La différence de caractère entre les deux sœurs est l’occasion de dialogues savoureux et pleins d’humour, qui donnent envie de prendre sa valise et de venir s’incruster dans leur appartement déjà bien encombré. Il y a, en effet, un côté joyeux bazar qui me plaît beaucoup ! Mais la sympathique cacophonie ne doit pas laisser oublier le danger bien réel qui pèse sur les fugueurs de la Strate et leurs deux complices humaines. Entre les attaques violentes et virulentes, la tension permanente, et un monde mystérieux, dont elles commencent à appréhender la violence, nos deux sœurs vont vivre des moments difficiles, d’autant que le danger est parfois bien plus proche qu’elles ne le croient.

Si je préfère rester vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré la complexité, et l’aura de danger et de mystère qui plane sur certains personnages. On sait qu’il n’est pas prudent de s’attacher et de se lier, mais inexorablement comme la prudente Cordélia, et la trop confiante Blanche, on se laisse prendre au jeu. On se laisse bien malgré nous attendrir et séduire par des personnalités fortes qui oscillent entre implacabilité et gestes derrière lesquels se cache quelque chose d’autre. Un début d’humanité, de tendresse, d’affection ? Peu importe finalement parce que les enjeux sont tels qu’il n’y a pas vraiment de place pour la sensiblerie ou la pitié.  Être utile ou périr, c’est un peu la devise de la Strate, et c’est celle à laquelle vont devoir faire face nos deux sœurs plus que jamais soudées dans les épreuves.

L’autrice prend le temps de nous dévoiler des informations sur la Strate et sur les véritables intentions d’Iroël, d’Aegus et d’Aaron. Cela apporte un certain suspense et nous pousse à tourner les pages, la boule au ventre comme Cordélia, et l’espoir au fond du cœur comme Blanche. J’ai ainsi adoré m’approprier l’histoire de chacun, et ai été révoltée par certaines choses, dont un retournement de situation douloureux, mais finalement logique. Car à aucun moment, l’autrice ne cache l’implacabilité de ses personnages : ils ont un objectif et sont prêts à tout pour l’atteindre. Et même celui qui nous apparaît comme un doux rêveur et idéaliste peut utiliser des moyens quelque peu discutables pour atteindre son but…

Je dois d’ailleurs dire que j’ai été étonnée de la manière dont les deux sœurs passent facilement sur certains actes et comportements, un peu comme si à force d’être entourées de créatures mues par leurs instincts, elles avaient fini par occulter une part de leur conscience. On les découvre donc très bienveillantes, mais aussi très conciliantes envers des choses qui auraient mérité une plus vive désapprobation. Un paradoxe qui les rend réalistes et diablement humaines ! Et c’est probablement cette capacité à s’adapter et à revoir leurs normes en fonction de la situation qui leur sauvera la vie…

La galerie de personnages est assez variée pour susciter l’intérêt de tous les lecteurs, mais assez restreinte pour qu’on ne s’y perde pas. Tous les personnages ne m’ont pas plu de la même manière. Contrairement à Blanche, je n’ai pas été séduite par Iroël même si son talent d’artisan, qui lui permet de créer des masques très particuliers, a titillé ma curiosité. J’ai également été touchée par son amour inconditionnel pour les créatures fantastiques qu’il essaie de sauver contre vents et marées. J’ai néanmoins été révoltée par l’inconscience avec laquelle il plonge les deux sœurs dans un univers qui n’est pas le leur et qui se révèle extrêmement dangereux .Alors qu’elles tendent à le considérer comme le gentil, pour moi, c’est peut-être le pire dans toute cette histoire. Derrière l’image du bon samaritain, je n’ai pu m’empêcher d’y voir celle d’un monstre d’égoïsme et d’hypocrisie.

C’est la raison pour laquelle j’ai largement préféré Aegus qui, en plus d’être bien plus charismatique, ne triche pas sur ce qu’il est et sur la violence qui sourde en lui. J’ai, en outre, apprécié la relation qu’il noue progressivement avec Cordélia, une relation tout en subtilité qui passe par des regards et des attentions, peut-être pas frappantes pour un humain, mais qui démontrent chez lui un certain effort. Après tout, n’oublions pas que nous sommes face à un être plus proche du serpent que de l’humain. Ne vous attendez donc pas à un prince charmant, mais à un être fascinant et difficile à cerner, qui peut très vite passer de la moquerie à une certaine bestialité. Un être que l’on préfère avoir comme allié plutôt que comme ennemi, et qu’il est fort peu prudent d’incommoder !

Quant aux deux sœurs, difficile de ne pas fondre devant leur gentillesse et leur indéniable complicité. Très différentes l’une de l’autre, elles se complètent à merveille ! Je n’ai pu m’empêcher, comme Cordélia, d’admirer le courage et le côté un peu fou fou de Blanche, qui sait vivre la vie au jour le jour et prendre des risques, peut-être un peu trop d’ailleurs… Mais loin de n’être qu’une écervelée au cœur tendre, c’est une jeune fille optimiste qui aime voir le meilleur en chacun, qu’il soit humain ou non. Une qualité qui peut vite devenir un inconvénient quand on se frotte à la Strate, mais qui apporte une belle touche d’humanité à un roman peuplé de créatures en tous genres. Si Cordélia se révèle assez sérieuse, car responsable pour deux, elle ne manquera pas de nous faire sourire et de nous toucher, celle-ci ayant un cœur bien plus tendre qu’elle ne veut bien l’admettre. Rien d’étonnant donc à ce que même le très froid Aegus finisse par apprécier ces deux sœurs bien souvent amusantes malgré elles.

En conclusion, d’une plume aussi fluide qu’élégante et immersive, l’autrice nous plonge avec perte et fracas dans la vie de deux sœurs qui vont devoir troquer un quotidien fade et banal pour une existence emplie de créatures plus ou moins dangereuses, d’hommes aussi exaspérants qu’énigmatiques, de mystère, de magie et d’une bonne dose de dangers. Entre une dimension qui s’invite dans la nôtre, des créatures parfois difficiles à gérer (chat bouffeur de patates y compris), des demi-vérités et des vérités qu’il aurait mieux valu ignorer, vous n’aurez pas le temps de reprendre votre souffle, et encore moins de vous ennuyer. Alors si vous avez envie d’une histoire rythmée et fantastique à plus d’un titre, vous avez trouvé votre bonheur. Mais n’oubliez pas, si vous découvrez un carton devant votre porte, ne l’ouvrez qu’à vos risques et périls ! 


Mes impressions en bref

Points positifs                                                                                              Point négatif
Plume fluide et immersive                                                                           Devoir attendre la suite !                
Bestiaire illustré
Des créatures folkloriques à ne plus savoir où donner de la tête                                               
Un duo de sœurs terriblement attachant                                                     
Des personnages nuancés à la psychologie travaillée
Des dialogues truculents et de l’humour à gogo
Un rythme bien dosé et une tension qui monte crescendo
Le fantastique qui s’invite dans notre réalité
Du mystère, de la magie et des dangers


 

Les hommes virils lisent de la romance, Lyssa Kay Adams

Couverture Les hommes virils lisent de la romance

La première règle du club de lecture :
On ne parle pas de club de lecture.

Le mariage de Gavin Scott est un problème. La star du baseball des Nashville Legends a récemment découvert un secret humiliant : sa femme Thea a toujours fait semblant d’être le Big O. Sa réaction à cette révélation est la goutte d’eau qui fait déborder le vase dans leur relation déjà tendue. Thea demande le divorce, et Gavin se rend compte qu’il a laissé sa fierté et sa peur prendre le dessus.

Bienvenue au Club de lecture Bromance.

Désemparé et désespéré, Gavin trouve de l’aide auprès d’une source improbable : un club de lecture romantique secret composé des meilleurs hommes alpha de Nashville. Avec l’aide de leur lecture actuelle, une régence torride appelée Courting the Countess, les gars entraînent Gavin à sauver son mariage. Mais il faudra bien plus que des mots fleuris et des gestes grandioses pour que ce malheureux Roméo retrouve son héros intérieur et regagne la confiance de sa femme bien-aimée.

Editions Harlequin (3 mars 2021) – 416 pages
Papier (16,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si l’expérience globale de lecture fut agréable, j’ai regretté que l’autrice, en voulant dénoncer certains problèmes du patriarcat, tombe parfois dans le piège des stéréotypes. Pour ma part, je ne pense pas que toutes les femmes lisent de la romance et non, je ne trouve rien de très sexy à un clin d’œil. Au mieux, j’aurais tendance à penser que l’homme devant moi veut se débarrasser maladroitement d’une poussière dans l’oeil ; au  pire, que c’est une tentative de séduction soit maladroite, soit condescendante, voire les deux. Je forcis le trait, mais vous m’aurez compris : toutes les femmes sont différentes, et vouloir prétendre le contraire, c’est tout sauf un message féministe…

Ce point mis de côté, j’ai adoré l’idée de départ de l’autrice : aider un homme à sauver son mariage grâce à un club de lecture d’un genre très spécial. Un club de lecture secret qui réunit des hommes divers et variés qui ont compris que les romances, et notamment les romances historiques, ne sont pas des histoires à l’eau de rose sans intérêt. Elles représentent un excellent moyen pour des hommes de saisir toutes ces atteintes à leur liberté dont les femmes ont été victimes par le passé, et de réfléchir à leur condition actuelle. D’ailleurs, les membres du club n’hésitent pas à utiliser les romances historiques comme un vrai guide pour comprendre les femmes de leur vie.

Bien entendu, cette démarche a ses limites, mais elle dénote une réelle volonté de bien faire et d’améliorer les choses. Exactement ce qu’essaie désespérément de faire Gavin, joueur de baseball professionnel, qui veut sauver son mariage et reconquérir le cœur de sa femme, Thea. Pour cela, il est prêt à tout, même à suivre l’exemple de Lord Benedict, héros de la romance historique que ses amis du club de lecture l’ont enjoint à lire, et dont on a des extraits tout au long du roman. Les débuts sont un peu difficiles pour notre joueur qui découvre un tout monde avec ses propres codes…

Gentil, doux, volontaire, sensible, et très amoureux de sa femme, j’ai trouvé Gavin aussi attendrissant qu’émouvant. À la place de Thea, je n’aurais pas pu lui résister bien longtemps, d’autant que son physique semble des plus attrayants. Durant son entreprise de séduction, Gavin commencera à mettre le doigt sur les failles de son couple, des failles qu’il a préféré ne pas voir. Une prise de conscience qui renforcera son envie de faire table rase du passé et de repartir de zéro avec Thea, une femme qu’il n’a jamais vraiment appris à connaître. Il faut dire que leur relation a démarré comme un feu d’artifice : coup de foudre, mariage et grossesse. Trois étapes qui n’auront duré que quelques mois et qui n’auront pas préparé Thea à la difficulté d’être la conjointe d’un sportif de haut niveau (pression médiatique, engagements caritatifs, relations parfois difficiles avec les autres femmes de joueurs, absences répétées…).

Néanmoins, pour sauver un mariage, il faut être deux, et Thea ne semble pas décidée à redonner une chance à son couple. Ses griefs sont trop nombreux et sa peine trop profonde. Je dois vous avouer que Thea m’a exaspérée pendant une bonne partie du roman : je l’ai trouvée geignarde au possible, égocentrique au point de ne pas voir le mal qu’elle fait à ses propres filles, obtuse, de mauvaise foi, et surtout, très injuste. Bien sûr que son mari n’est pas parfait et qu’il a commis des erreurs en négligeant sa vie de famille, et en considérant comme acquis les sacrifices professionnels et personnels de sa femme, mais finalement, ce n’est pas ce que lui reproche Thea. Tout au long du roman, elle lui reproche de ne pas avoir compris et remarqué son désarroi et tout ce qui n’allait pas dans sa vie à elle.

Et là, je dis non. Gavin aurait dû être attentif, mais il ne pouvait guère deviner les pensées, les sentiments et les insécurités de sa femme, cette dernière ayant préféré se taire durant leurs trois ans de mariage, simuler systématiquement sa satisfaction au lit, et refuser d’évoquer ce passé qui l’a si durement marquée. Dans ce contexte, il me semble quelque peu injuste de reprocher à Gavin de ne pas avoir su à quel point elle allait mal, d’autant qu’elle-même ne l’avait pas vraiment réalisé. Si Thea m’a agacée, je l’ai trouvée néanmoins très réaliste ! Elle m’a rappelé bon nombre d’amies qui se plaignent de leur mari sans jamais ne rien leur dire directement, un peu comme si la société avait formaté les femmes à contenir leurs griefs dans leur tête et à assumer leur statut de femme, d’épouse et/ou de mère, le sourire aux lèvres, en toutes circonstances.

En ce sens, je trouve le roman libérateur et révélateur : une femme a le droit de ne pas être satisfaite de sa vie de couple et/ou de famille, et elle a le droit de l’exprimer. Je ne dis pas que l’autre en face sera à l’écoute, mais si on se contente du statu quo et de ruminer dans sa tête, difficile de faire évoluer les choses… Je comprends néanmoins la difficulté de faire face à ses propres émotions et à les exprimer devant autrui, notamment quand le passé vient s’en mêler et vous emmêler. De fil en aiguille, on réalise, en effet, que le comportement de Thea trouve sa source dans son passé et son enfance auprès d’un père absent, et d’une mère démissionnaire et peu intéressée par ses deux filles… Un passé qu’elle a tellement peur de reproduire qu’elle en vient à prendre des décisions qui ne pourront que blesser tout le monde, ses deux adorables jumelles y compris.

Heureusement, Gavin n’est pas prêt à laisser sa famille voler en éclats. Et si ses tentatives de rapprochement et de séduction sont parfois maladroites, elles finiront par atteindre le cœur de Thea et la pousser, petit à petit, à affronter son passé, avant, peut-être, de pouvoir s’en libérer. Quant à Gavin, la menace du divorce va lui permettre de réaliser ce qui compte vraiment pour lui. Et puis, il doit lui-même affronter des blessures anciennes liées à son bégaiement, des blessures qui ont atteint sa confiance en lui. Si ce n’est pas une excuse, cela explique sa réaction puérile et extrême quand il a réalisé que sa femme ne connaissait pas d’orgasme entre ses bras. La société a, en effet, une légèrement tendance à faire peser sur les hommes un certain culte de la performance au lit, liant exploits sexuels et valeur d’un homme.

À travers l’exemple de ce couple, l’autrice nous prouve avec justesse l’importance de la communication et du travail que nécessite une relation, un coup de foudre ne suffisant pas pour établir des fondations solides. Mais elle nous montre également la nécessité de ne pas vivre dans le passé et de projeter ses peurs sur l’autre. À cet égard, la sœur de Thea en est un parfait exemple. Liv adore sa grande sœur et ses nièces, et fait tout pour les soutenir, mais son comportement nous semble néanmoins assez vite toxique. Pas par méchanceté, mais plus par besoin de se rassurer quant à sa place dans la vie de Thea, comme si elle était en compétition avec Gavin…

Intitulée The bromance book club, cette série porte bien son nom, parce qu’au-delà du couple Thea/Gavin, elle accorde une belle place à l’amitié masculine. Mais pas à cette amitié malsaine emplie de testostérones souvent érigée en modèle, mais à une franche amitié faite de bienveillance, d’humour, de taquineries et d’une réelle volonté d’aider l’autre. Et ça, j’avoue que ça m’a fait complètement fondre et craquer. J’ai adoré la relation entre Gavin et son meilleur ami, mais aussi celle entre Gavin et Mack, qui aime à le provoquer. Une relation chien/chat qui ne manquera pas de vous faire sourire.

Quant à la plume de l’autrice, elle est calibrée pour vous donner envie de lire d’une traite le roman, ce que j’ai d’ailleurs fait. Le style est simple, mais efficace, alternant entre quelques éléments du passé, extraits d’une romance historique fictive, et dialogues fluides et réalistes.

En conclusion, j’ai adoré cette idée de club de lecture secret et entièrement masculin qui utilise les romances historiques pour mieux comprendre les femmes et sauver des couples. Les hommes virils lisent de la romance frappe donc par son originalité, et la manière dont l’amitié entre hommes est positivement mise en avant. Malgré des personnages féminins agaçants, j’ai vibré au gré des échanges entre un homme et une femme qui ont besoin d’apprendre à communiquer, avant de savourer pleinement le bonheur du quotidien et d’une vie de famille bien remplie. Cela ne se fera pas sans heurt, mais Gavin pourra compter sur l’aide de ses amis et d’un certain Lord pour reprendre sa place auprès de sa femme et de ses filles !

N’hésitez pas à lire l’avis des Blablas de Tachan que je remercie pour cette lecture commune.

Je remercie Babelio et les éditions HaperCollins pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le sang des Belasko, Chrystel Duchamp

Couverture Le sang des Belasko

Cinq frères et sœurs se réunissent dans la maison de leur enfance, la Casa Belasko, une imposante bâtisse isolée au cœur d’un domaine viticole au sud de de la France.
Leur père, vigneron taiseux, vient de mourir. Il n’a laissé qu’une lettre à ses enfants, dans laquelle sont dévoilés nombre de secrets.
Le plus terrible de tous, sans doute : leur mère ne se serait pas suicidée – comme l’avaient affirmé les médecins six mois plus tôt. Elle aurait été assassinée…
Au cours de cette nuit fatale, les esprits s’échauffent. Colères, rancunes et jalousies s’invitent à table. Mais le pire reste à venir. D’autant que la maison – coupée du monde – semble douée de sa propre volonté.
Quand, au petit matin, les portes de la Casa se rouvriront, un membre de la fratrie sera-t-il encore en vie pour expliquer la tragédie ?

L’Archipel (14 janvier 2021) – 240 pages – broché (18€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Ayant adoré le premier roman de l’autrice, L’Art du meurtre, je me suis jetée avec avidité sur Le sang des Belasko, pressée de découvrir où l’esprit diaboliquement tortueux de Chrystel Duchamp allait cette fois nous emmener. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je n’ai pas été déçue du voyage !

Toutes les familles ont leurs petits, voire grands secrets, et quelques squelettes dans le placard, mais la famille Belasko pousse le concept à un niveau difficilement imaginable ! Alors, rien d’étonnant à ce que la situation devienne explosive quand les cinq frères et sœurs se retrouvent dans la maison de leur enfance suite au décès de leur père, survenu six mois après le suicide de leur mère. Deux drames rapprochés qui auraient pu pousser ces cinq adultes à faire table rase du passé. Mais c’était sans tenir compte du caractère rancunier de cette famille, des petites mesquineries jamais pardonnées, des trahisons injustifiables, des secrets peut-être pas si bien gardés que cela, des jalousies tenaces, et de tous ces non-dits qui ont fini par semer la discorde au sein d’une fratrie pourtant très unie par le passé. Et ce n’est pas une lettre faisant mention d’une nouvelle fracassante qui risque d’apaiser les tensions…

Avec ce roman, Chrystel Duchamp répond à cette question obsédante que l’on se pose quand on s’éloigne de personnes dont on a été proches, au point parfois d’en venir à ne plus les supporter : comment en est-on arrivé là ? Comment des enfants qui ont une enfance heureuse, entourés par des parents aimants, et ayant vécu dans un certain luxe, ont pu en arriver à se détester autant ? Les parents, en favorisant certains plus que d’autres, n’ont-ils pas participé à cette débandade des sentiments ? Cela n’explique pas tout, bien sûr, mais ayant personnellement vite pris en grippe Solène et sa manière de considérer ses traitements de faveur comme chose acquise et normale, j’aurais tendance à croire que oui. Mais comme dans tous les drames familiaux, la situation ne saurait être aussi simple : il semble y avoir quelque chose de fondamentalement mauvais et vicié chez les enfants Belasko…

Pourtant, au cours d’une soirée qui changera la vie à la Casa Belasko à jamais, on sent encore quelques sentiments fraternels, réminiscence d’un passé heureux et insouciant. Quelques bribes de lumière dans cette maison coupée du monde extérieur, témoin nostalgique du bonheur passé, avant de devenir le témoin silencieux, mais pas consentant, d’un drame annoncé.

Une maison qui tient ici un rôle particulier et qui, d’une certaine manière, faire preuve de cette humanité qui tend à avoir déserté le cœur et la conscience de Philippe, Mathieu, David, Garance et Solène. Alors que le temps s’écoule au rythme des ressentiments, l’autrice nous plonge sans faux-semblant dans l’âme noircie de ses protagonistes tellement égocentriques, vaniteux, vindicatifs et ingrats qu’ils se révèlent bien incapables de compromis, de concession et d’une once de compassion… Et ceci même envers des personnes de leur propre sang avec lesquelles ils ont pourtant vécu des jours heureux et emplis de tendresse. De fil en aiguille, et à mesure que les barrières de chacun tombent, on comprend comment ces frères et sœurs en sont venus à développer de bien vils sentiments. Pêché d’orgueil, de jalousie, de luxure… plus de doute, le mal est en la demeure, mais il ne prend pas la forme que l’on aurait pu craindre.

Si vous espérez trouver chez les Belasko des personnages touchants, vous risquez la déception, mais si vous acceptez de vous plonger dans ce qu’il y a de plus vil chez les humains, vous allez adorer ce huis clos familial addictif qui, dans une ambiance de tension extrême, aborde avec brio des thèmes divers et variés, et soulève cette question intéressante de l’inné et de l’acquis. Sans vous en dire plus, j’ai également adoré cette impression de prophétie auto-réalisatrice qui plane sur l’ombre des Belasko, nous prouvant qu’en se focalisant sur le passé, on tend parfois à devenir le propre artisan de son malheur !

L’autrice, d’une main de maître et avec un sens diabolique de la mise en scène, happe l’attention de ses lecteurs dès le prologue, en donnant la parole à un personnage atypique, et en nous faisant vite comprendre que va se jouer sous nos yeux un drame familial violent, mais non dénué de réalisme. Un drame en cinq actes qu’il est impossible de lâcher : on souhaite avec une curiosité presque malsaine découvrir tous les tenants et aboutissants d’une histoire teintée de mystères, de secrets, de cachotteries, et empreinte d’une violence implacable et aveugle qu’il semble impossible d’endiguer. Mais les frères et sœurs Belasko, sont-ils seuls responsables de leur malheur ou quelque chose qui les dépasse est intervenu pour faire de la Casa Belasko le témoin meurtri d’un drame familial dont personne, ou presque, ne ressortira indemne ?

Pour ma part, et c’est assez rare pour que je le mentionne, j’ai été surprise par les révélations finales qui m’ont poussée à repenser l’action depuis le début, avant de conclure que Chrystel Duchamp a le don de construire des intrigues, en apparence simples, mais qui cachent en leur fondement des secrets que seuls les esprits les plus tortueux, ou peut-être les plus attentifs, sauront démasquer. Je ne suis pas l’un d’entre eux et tant mieux, parce que j’aime cette impression d’avoir été baladée du début à la fin par une autrice qui sait où elle veut aller et n’hésite pas pour cela, à semer la discorde chez ses personnages, et le doute chez ses lecteurs !

Machiavélique et cynique, mais humainement réaliste, du grand Chrystel Duchamp, assurément !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé Le sang des Belasko en échange de mon avis, et l’autrice pour son gentil mot personnalisé ! Une attention rare et toujours hautement appréciée.

L’anti-lune de miel, Christina Lauren

Quand deux ennemis jurés partent en (faux) voyage de noces à Hawaï, tout peut arriver… même de trouver l’amour.

Olive Torres s’est habituée à être la jumelle malchanceuse : mésaventures inexplicables, licenciement récent.. elle semble comiquement poursuivie par la guigne. Sa sœur Ami, au contraire, incarne l’éternelle gagnante, au point même de parvenir à financer l’intégralité de son mariage en remportant des jeux concours. Malheureusement pour Olive, il y a pire que sa malchance chronique : elle se voit forcée de passer toutes les festivités de la noce en compagnie d’Ethan Thomas, le témoin du marié (et son ennemi juré)….

Olive se prépare à vivre un enfer, déterminée à faire bonne figure. Mais lorsque tous les invités sont victimes d’une intoxication alimentaire, la fête vire au cauchemar, et, seuls, Olive et Ethan s’en sortent indemnes. Soudain, une lune de miel tous frais payés se trouve à portée de main, et Olive préférerait mourir plutôt que de laisser Ethan profiter du paradis sans elle.

Convenant d’une trêve temporaire, ils s’envolent tous les deux pour Maui. Après tout, dix jours de bonheur valent bien la peine de jouer au couple de jeunes mariés amoureux, n’est ce pas ? Mais étrangement, faire semblant dérange de moins en moins Olive. En réalité,elle se sentirait presque assez… chanceuse, pour une fois !

Hugo Roman (11 juin 2020) – 356 pages – Broché (17€)
Traduction : Margaux Guyon

AVIS

Ayant entendu beaucoup de bien du duo Christina Lauren, j’ai eu envie de le découvrir à travers une romance ennemies to lovers, un schéma qui me plaît toujours beaucoup. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue par cette lecture qui m’a fait passer un très bon moment de divertissement et offert ce dépaysement que le contexte actuel rend bien difficile dans la vraie vie.

Quand sa jumelle porte la chance en étendard, Olive a la malchance en meilleure amie. Et même quand une opportunité inattendue s’offre à elle, il y a une contrepartie exaspérante : supporter, le temps d’une fausse lune de miel à Hawaï, son plus grand ennemi, le frère de l’homme que sa sœur vient d’épouser. Ethan n’est pas plus enchanté à l’idée de jouer l’époux de sa meilleure ennemie, mais il est hors de question pour lui de laisser passer cette chance d’évasion. Après tout, il a besoin de vacances, et ce serait stupide de ne pas profiter de ces vacances tous frais payés dans un endroit paradisiaque, alors que son frère et sa belle-sœur sont trop malades pour en profiter !

Mais sur place, les choses ne vont pas se passer comme prévu et les deux ennemis vont devoir pousser la farce du faux mariage bien plus loin qu’ils ne l’avaient prévu. Bien que les coïncidences soient un peu grosses pour être réalistes, je me suis régalée de voir les deux personnages s’enliser dans leurs mensonges d’autant que ceux-ci vont les contraindre à passer beaucoup de temps ensemble, et à multiplier les activités pour donner le change. Les deux personnages ayant la langue bien acérée, leurs échanges vont se révéler aussi amusants que musclés ! Si vous aimez les relations haine amour, vous allez adorer les voir se chamailler, se lancer des piques cinglantes, se provoquer, mais aussi les voir se rapprocher bien malgré eux.

L’attirance physique qui existe entre eux va électriser le roman et nous offrir une certaine tension sexuelle qui ne tombe jamais dans la vulgarité. D’ailleurs, si vous vous attendez à de nombreuses scènes sous la couette, vous risquez d’être déçus. Ici, on est vraiment dans cette idée de tension qui monte progressivement jusqu’à ce que nos deux fortes têtes ne puissent plus nier l’évidence. Les taquineries agressives du début finissent ainsi par laisser place à une certaine complicité et de tendres moments qui ne manqueront pas de faire battre les cœurs… La tension physique et mentale et le rapprochement progressif entre Olive et Ethan sont vraiment les points qui rendent cette lecture addictive, et qui poussent les lecteurs à tourner les pages avec une certaine frénésie. Difficile de penser que deux personnes avec une telle alchimie aient pu se détester ! 

Mais au gré des événements et des flash-back, on découvre la source de l’animosité qui a longtemps rythmé les échanges entre nos deux protagonistes. Et si la haine du départ n’était pas due à une différence de tempérament, mais à quelque chose de bien plus pernicieux qui est venu enrayer une relation qui aurait pu être tout autre ? Sans entrer dans les détails pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, les autrices abordent des questions intéressantes comme les malentendus, les préjugés, mais aussi les liens familiaux et la toxicité de certaines relations fraternelles. À cet égard, Ethan m’a parfois agacée par son profond aveuglement tout comme la jumelle d’Olive dont l’une des réactions m’a révoltée et indignée. J’ai néanmoins trouvé leurs comportements intéressants pour montrer qu’il n’y a pas que l’amour entre deux amants qui rend aveugle, et qu’il faut parfois du temps et un électrochoc pour ouvrir les yeux sur des personnes de son entourage…

Mais rassurez-vous, les autrices nous épargnent les grands drames, préférant nous offrir une romance drôle et piquante à souhait qui, en plus de faire sourire, ne devrait pas manquer de faire battre votre cœur à l’unisson de deux personnages qui vont inexorablement se rapprocher. Beaucoup d’humour, du soleil, des cocktails, de l’amour et des personnages attachants à la langue acérée… Un programme parfait pour les vacances et/ou un moment d’évasion et de divertissement sans prise de tête !

Désagréable attirance, Laura Scala

Désagréable Attirance: 1. La Famille Millicent par [Scala Laura]

Angèle de l’Esprit Saint n’a rien d’une dame. Elle n’en a pas les manières, elle ne souhaite pas se marier, ni côtoyer la noblesse dont elle fait partie, et sa réputation a été compromise. Aussi, lorsqu’elle reçoit la demande en mariage d’un Duc, qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam, elle n’a aucune intention de se laisser faire. Elle le lui dit clairement, mais Oscar ne se laisse pas démonter. Ni par ça, ni par les tentatives d’assassinat contre sa futur femme. Car voyez-vous, les humains ne sont pas les seuls à roder sur Terre.

Auto-édition – 195 pages -Prime Reading – Ebook (2,99€)

AVIS

Ayant envie de lire des romances historiques en ce moment, j’ai emprunté cet ebook dont la couverture reprend certains codes du genre. En cours de lecture, il m’est toutefois apparu qu’on était bien plus dans un roman fantastique avec des secrets et des zones d’ombre que dans une romance pure. Cela ne m’a pas dérangée, mais je préfère le préciser pour que les lecteurs en quête d’une histoire centrée principalement sur les sentiments amoureux ne soient pas déçus.

Nous découvrons ainsi la très libre d’esprit Angèle de L’Esprit Saint en bien fâcheuse position. Attaquée sournoisement par des vampires, elle sera heureusement sauvée, elle et ses parents, par un loup-garou et ses amis ! De quoi faire perdre la raison à une fille de bonne famille, même si cette bonne famille n’est issue que de la petite noblesse. Mais loin d’être choquée par les événements, Angèle regrette juste de ne pas avoir eu à portée de main une arme pour se défendre ! Car loin d’être une dame du monde, c’est une jeune femme aguerrie et habituée aux attaques de vampires. Une histoire de sang parfumé et particulièrement alléchant, semblerait-il…

Mais cette attaque est finalement le cadet de ses soucis, le vrai problème étant le Duc Oscar de Millicent qu’elle n’a jamais rencontré et qui a eu l’outrecuidance de la demander en mariage ! Escortée jusqu’à son château par l’un de ses sauveurs, qui se révèle être le frère du Duc, Angèle est bien décidée à se débarrasser de cet encombrant fiancé. Mais arrivée sur place, elle va comprendre que les choses ne sont pas aussi simples, et que le Duc est peut-être le plus dangereux de ses ennemis. D’ailleurs, il émane de lui quelque chose de particulier, une différence sur laquelle elle a du mal à mettre le doigt et qui la rend mal à l’aise. Ne parlons pas non plus du passe-temps préféré de ce « gentleman »… Et puis, pourquoi diantre, cet homme fortuné et bien de sa personne, souhaiterait à tout prix l’épouser, elle qui lui est d’un rang inférieur et qui ne dispose pas d’une grande fortune ?

En plus de la question de ses motivations, l’autrice laisse planer un certain mystère sur la nature du Duc même s’il suffit d’avoir lu quelques romans de fantasy urbaine pour tout de suite la deviner. Cela semble tellement évident que l’ignorance d’Angèle et de Rodolphe, le frère du Duc, sur ce point m’a laissée quelque peu perplexe. Mais il faut bien avouer qu’en ce qui concerne Oscar, Rodolphe fait preuve d’un aveuglement à toute épreuve. J’ai néanmoins apprécié le jeu mis en place autour du Duc qui se veut tour à tour charmant, du moins avec les femmes qui ne s’opposent pas à lui, et dangereux. Un double visage qu’il va progressivement laisser tomber jusqu’à vraiment se dévoiler…

Rodolphe, en comparaison, nous apparaît bien plus gentil et serviable, peut-être un peu trop parfois… Il m’a ainsi semblé bien moins charismatique que son frère, ce qui ne m’a pas empêchée de l’apprécier d’autant qu’au fur et à mesure de l’histoire, il gagne en consistance ! Et puis, il y a quelque chose d’attendrissant et de touchant dans la manière dont il essaie de protéger Angèle des attaques de vampires et, dans une certaine mesure, de la goujaterie de son frère. J’ai d’ailleurs apprécié la relation qui se noue progressivement entre ce loup-garou et notre héroïne au fort caractère, qui nous réservera une petite surprise…

Loin d’être une potiche qui accepte son sort sans sourciller, Angèle est une jeune femme déterminée et pleine de répondant qui sait aussi bien manier le poignard que sa langue. Certaines de ses répliques m’ont ainsi beaucoup amusée et m’ont rendu le personnage tout de suite fort sympathique ! Une scène nous prouve également qu’elle n’a pas froid aux yeux… J’ai, en outre, trouvé intéressante sa relation avec ses parents qui, sans être parfaits, sont là pour elle. À cet égard, la mère m’a agréablement surprise parce que si elle aurait aimé que sa fille aime les belles toilettes, elle se révèle également fière de sa capacité à se défendre.

Et se défendre, c’est un peu le quotidien d’Angèle depuis son enfance, ce qui explique probablement l’esprit d’acier qu’elle s’est forgée et qui la rend si difficile à manipuler, chose que n’apprécie guère le Duc. Le combat qu’ils mènent l’un contre l’autre rythme le récit tout comme les découvertes que l’on fait progressivement, et qui nous apportent un certain éclairage sur le passé de chacun. À mesure que les zones d’ombre se lèvent, le roman gagne en intensité et finit par totalement nous happer d’autant que la plume de l’autrice se révèle aussi fluide qu’agréable.

Quant aux sentiments amoureux, ils sont bien présents, mais comme dit en début de chronique, ils ne sont pas, du moins pour moi, au cœur du récit. Cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à les voir naître et se développer bien que les choses avancent peut-être un peu vite d’un coup. Mais cela correspond finalement à la personnalité des protagonistes, l’un réservé, respectueux et pourtant capable de passion, et l’autre qui, une fois une décision prise, fonce sans trop se poser de questions. En ce qui concerne les relations entre les personnages, l’autrice nous épargne, à mon grand soulagement, l’enquiquinant triangle amoureux et la guimauve… Elle m’a d’ailleurs surprise en partant dans une direction assez différente de celle que j’avais imaginée en lisant le résumé.

En conclusion, si le roman aurait pu être un peu plus développé sur certains points, il m’a permis de passer un moment de détente divertissant et sans prise de tête. J’ai ainsi apprécié cette plongée mouvementée dans la vie d’une héroïne bien décidée à se débarrasser d’un encombrant fiancé sur lequel plane une entêtante aura de mystère et de danger. Entre les manipulations, les menaces surnaturelles, les secrets de famille et les réparties cinglantes, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Disponible gratuitement dans le cadre de l’offre Prime Reading d’Amazon.