Enfant de salaud, Sorj Chalandon

Couverture Enfant de salaud, Sorj Chalandon

Un jour, grand-père m’a dit que j’étais un enfant de salaud.

Oui, je suis un enfant de salaud. Mais pas à cause de tes guerres en désordre papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil, de cette folie qui t’a accompagné partout.

Ce n’est pas ça, un salaud. Ni à cause des rôles que tu as endossés : SS de pacotille, patriote d’occasion, résistant de composition, qui a sauvé des Français pour recueillir leurs applaudissements. La saloperie n’a aucun rapport avec la lâcheté ou la bravoure.

Non. Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue.

Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s’est fourvoyé dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous : les nazis qui l’ont interrogé, les partisans qui l’ont soupçonné, les Américains, les policiers français, les juges professionnels, les jurés populaires. Qui les a étourdis de mots, de dates, de faits, en brouillant chaque piste. Qui a passé sa guerre puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des autres. Puis les miennes.

Le salaud, c’est le père qui m’a trahi.

Audiolib (11/08/2021) – 9h19 – Collection : littérature
Lu par Féodor Atkine

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Ceux du Chambon : 1939-1944 L’histoire vraie de deux frères sauvés par les Justes, Matz (auteur), Kanellos Cob (dessin), Kathrine Avraam (couleur)

Couverture Ceux du Chambon : 1939-1944 Deux frères sauvés par les Justes

« Le vieil homme que je suis aujourd’hui s’émeut bien sûr de retrouver l’enfant qu’il était alors mais plus encore de ressentir l’immense faculté qu’a l’être humain de cultiver
le courage, la bonté, le dévouement, le regard sur l’autre. Merci à ceux du Chambon qui ne sont plus là, merci à ceux du Chambon d’aujourd’hui. »

Etienne Weil

Été 1939, la famille Weil passe des vacances joyeuses. Mais… « Le 3 septembre, la France et l’Angleterre avaient déclaré la guerre à l’Allemagne. J’avais trois ans : j’étais trop petit pour comprendre ce qu’il se passait vraiment et ce que cela signifiait, pour nous et pour le monde, je ne savais pas qui était Adolf Hitler et ce qu’il voulait faire, mais je voyais bien que mes parents étaient très soucieux… »

Maurice, le père de famille retourne travailler à Lille, tandis que Denise emmène les garçons, Étienne et Philippe au Chambon sur Lignon, où, paraît-il les enfants seront en sécurité…

Étienne Weil a livré ses souvenirs et ses archives personnelles à Matz. Cet album, c’est son histoire, mais aussi un hommage à ceux du Chambon, habitants d’une ville distinguée, fait exceptionnel, comme Juste parmi les Nations par Yad Vashem, Institut International pour la mémoire de la Shoah.

Steinkis (7 octobre 2021) – 126 pages – Relié (18€)

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Anouchka des Landes, Alain Paraillous

Début du xxe siècle. Précocement et doublement orpheline, Anouchka, une fillette d’origine russe, ne devra qu’à son fort tempérament et à la protection d’une vieille landaise un peu sorcière de débuter une vie digne et de s’enraciner dans sa nouvelle terre d’adoption.

Éditions De Borée (12 mars 2020) – 224 pages – Broché (18,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

C’est un très beau roman que nous propose ici Alain Paraillous qui s’est inspiré d’une histoire vraie, celle d’une femme hors du commun surnommée par un de ses amis, également fidèle lecteur de l’auteur, Anouchka des Landes.

Toute la vie d’Anouchka est parsemée de drames, mais c’est aussi une belle ode à l’espoir, au courage, à la liberté et à la puissance d’une âme qui s’est toujours refusée à courber l’échine. Orpheline dès son plus jeune âge, ses parents tout deux victimes du régime stalinien qui avait vite fait de considérer ses propres compatriotes comme des ennemis, elle sera heureusement recueillie par la Mamounette, un peu guérisseuse, un peu sorcière.

Rien ne destinait la jeune Russe a finir dans un village des Landes, si ce ne sont les facéties d’un destin plaçant sur la route de la jeune femme de multiples épreuves dont elle saura toujours se relever : la mort de ses parents adorés dans des circonstances difficiles, la trahison, la persécution, le mépris d’un village qui ne voit en elle qu’une sauvage recueillie par une vieille femme que l’on tolère pour ses dons mais qu’on préfère éviter, la méchanceté des autres enfants, la jalousie aussi, la solitude qui devient, au fil du temps, une solide et appréciée alliée, le communisme comme épée de Damoclès, puis la Seconde Guerre mondiale, la mort, le nazisme…

Romanesque et digne d’un (grand film), la vie d’Anouchka le fut assurément ! Ce fut un plaisir, voire un honneur, de partager durant le temps d’un roman les bons comme les mauvais moments d’une personne que l’on voit grandir et devenir une femme hors du commun, une femme forte, ancrée dans sa terre d’adoption, et fidèle aux valeurs inculquées par sa Mamounette qui a connu son propre lot de malheurs. Cette mère d’adoption a aimé dès les premiers instants cette petite fille tombée de nulle part, parfois maladroitement, mais toujours avec dévouement. La relation entre les deux femmes, qui m’a beaucoup touchée, a indubitablement contribué à la belle personne qu’est devenue Anouchka.

Celle-ci, à force de courage, d’un travail acharné, de pugnacité et d’une envie de prouver sa valeur, a gravi les échelons et fait fonctionner ce fameux ascenseur social qui semble en panne de nos jours. Devenue institutrice, elle a ainsi gagné ce respect dont on l’a privée durant toute sa jeunesse… Et du respect, difficile de ne pas en avoir pour cette femme de caractère qui, en plus d’être brillante, n’hésitera pas à prendre des risques et mettre sa vie en danger pour soutenir la résistance.

Car si l’auteur nous plonge avec brio dans la vie d’Anouchka, il n’en occulte pas pour autant de partager le contexte historique dans lequel elle a grandi et évolué. Des atrocités du régime stalinien à la Seconde Guerre mondiale, on fait donc une petite remontée dans le temps et l’on redécouvre ces faits historiques que l’on connaît tous et qui font toujours aussi froid dans le dos : purge stalinienne, occupation, privation, persécution des juifs, dénonciation, opportunisme de certains qui profitent de la situation pour s’enrichir, l’après-guerre et ses tristes dérives…

Mais dans toute cette obscurité, il y a également de la lumière : la solidarité, l’amour, la bonté et le courage d’hommes et de femmes qui feront de leur mieux pour résister face à la barbarie et ramener la paix dans un monde parti en déliquescence… À cet égard, j’ai été particulièrement touchée par quatre personnages : un résistant qui a tout quitté pour lutter contre le nazisme, l’ancien professeur et mentor d’Anouchka durement touché par la guerre, le maire du village, mais aussi un homme d’Église, tous refusant de baisser les bras devant la situation et le barbarisme. Ils seront une belle source d’inspiration et d’aide pour notre héroïne. .

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée fluide, agréable et immersive. Bien que nous soyons loin d’être dans un thriller, j’ai ressenti le même côté addictif lors de ma lecture, peut-être parce que je me suis tellement attachée à Anouchka qu’il m’était difficile de ne pas tourner avidement les pages pour suivre sa vie riche en péripéties et en émotions. J’ai ainsi eu souvent peur pour cette femme courageuse qui, fidèle à ses valeurs et d’une surprenante liberté d’esprit pour l’époque, fait partie de ces personnes qui ne demandent pas le respect, mais qui l’imposent par leur personnalité et leur bravoure.

Du tragique bien sûr, le stalinisme et la Seconde Guerre mondiale ne pouvant que laisser des traces dans une vie, mais aussi beaucoup de beauté, d’amour et de pugnacité dans ce roman qui dépeint avec réalisme et de manière touchante le destin d’une petite fille Russe devenue une femme forte et inspirante. Roman d’aventures, par certains aspects, d’amour au sens large, mais surtout roman de vie, et quelle vie ! Si vous aimez les romans mêlant brillamment grande et petite histoire, ce livre est fait pour vous. Attendez-vous à vibrer et à tressaillir aux côtés d’une femme qu’une fois rencontrée, il s’avère bien difficile d’oublier !

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée que je remercie pour cette lecture.

Le temps des orphelins, Laurent Sagalovitsch

Je remercie Babelio et les éditions Buchet Chastel pour m’avoir permis de découvrir Le temps des orphelins de Laurent Sagalovitsch.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Avril 1945. Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, s’est engagé auprès des troupes alliées pour libérer l’Europe. En Allemagne, il est l’un des premiers à entrer dans les camps d’Ohrdruf et de Buchenwald et à y découvrir l’horreur absolue. Sa descente aux enfers aurait été sans retour s’il n’avait croisé le regard de cet enfant de quatre ou cinq ans, qui attend, dans un silence obstiné, celui qui l’aidera à retrouver ses parents.

Quand un homme de foi, confronté au vertige du silence de Dieu, est ramené parmi les vivants par un petit être aux yeux trop grands.

BUCHET CHASTEL (15 août 2019) – 224 pages – Broché (16€) – Ebook (10,99€)

AVIS

La guerre requiert des sacrifices, et ce n’est pas Ethel qui souffre de l’absence de son mari qui vous dira le contraire ni même ce dernier qui a décidé, alors que rien ne l’y obligeait, de participer à l’effort de guerre.

1945. Après une formation militaire, Daniel, jeune rabbin venu d’Amérique, est donc envoyé en Europe où il découvrira l’impensable, l’innommable, cette réalité historique qu’il reste, plus de soixante-dix ans après, difficile de décrire sans ressentir une vague d’émotions et de dégoût. D’Ohrdruf à Buchenwald, l’épreuve est difficile et la progression en ces lieux maudits intenable : il y a d’abord cette odeur qui prend aux tripes des kilomètres au loin, les morts qui s’empilent, les visages et corps décharnés des vivants qui semblent pourtant partis à tout jamais, la maladie, les fours crématoires…

Malgré l’envie de renoncer et de partir loin de toute cette horreur difficile à endurer, Daniel résiste et fait de son mieux pour apporter un peu de réconfort aux survivants. Mais à la place de ses prières, là où il passe, c’est l’envie de retrouver les êtres perdus qui prédomine… À mesure qu’il récolte les témoignages, Daniel délaisse sa fonction de rabbin pour se recentrer sur l’homme en lui, un homme plein de compassion qui tente, tant bien que mal, de trouver sa place parmi cette cohue désœuvrée. Car si les prisonniers ont retrouvé leur liberté de corps, celle de l’esprit semble bien profondément entravée…

Comment des hommes ont pu se laisser aller à tant de cruauté ? C’est en parcourant les murs hantés du sang de son peuple, même si la folie de Hitler a touché bien d’autres personnes, que Daniel se pose la question. Surgit également du fond de ses entrailles, cette autre interrogation, celle qui fait vaciller sa vie et ses certitudes : comment continuer à porter en soi l’amour d’un Dieu qui a laissé couler tout ce sang ? Daniel, qui a embrassé la profession de rabbin, plus pour faire plaisir à son père que par conviction, questionne donc cette foi dans laquelle il n’arrive plus à trouver le réconfort et les réponses qui lui permettraient d’avancer.

Daniel trouvera néanmoins la force de ne pas s’effondrer grâce à un petit garçon esseulé qu’il va prendre sous son aile. Incarnation de l’innocence bafouée, mais aussi symbole d’espoir et d’un possible avenir, cet enfant, qui préfère les regards aux paroles, sera la bouée de sauvetage du rabbin qui fera alors de son mieux pour retrouver ses parents. Espoir fou et vain ou non, peu importe, puisqu’on retiendra le symbolisme plus que le résultat derrière la quête du rabbin.

La plongée de ce dernier dans la folie humaine et les conséquences infâmes d’une idéologie nazie à vomir est entrecoupée des lettres de sa femme, Ethel. Elle y parle de cet immense amour qu’elle lui porte, du manque de l’autre, d’espoir, d’envie de fonder une famille, de ce quotidien qui, loin du front, reprend ses droits… Ces lettres pleines de tendresse et de positivité, qui apportent un peu d’air frais à une atmosphère mortifère, témoignent néanmoins du fossé qui se creuse entre ceux qui ont subi des atrocités ou qui connaissent leur existence, et les autres. Ethel est un personnage que l’on côtoie peu, mais qui m’a touchée par sa bravoure et son abnégation, cette dernière ayant, par amour et respect pour son mari, consenti à un grand sacrifice.

L’auteur immerge complètement les lecteurs dans l’enfer des camps de concentration, mais il arrive à le faire sans que l’on se sente étranglé par l’émotion. On se sent, bien sûr, incrédule puis en colère et dégoûté devant les épreuves inhumaines subies par des personnes dont le seul tort fut d’exister, mais on arrive à passer outre cette douleur pour avancer aux côtés de Daniel sans jamais détourner les yeux. Un point essentiel si l’on se rappelle toutes ces âmes qui ont péri dans l’indifférence ou, du moins, dans un déni bien pratique pour les consciences… À cet égard, j’ai trouvé la fin particulièrement sobre, mais puissante.

En conclusion, grâce à une plume puissante, vibrante de réalisme et non dénuée de cette délicatesse qui permet de mettre des mots derrière des drames sans jamais franchir la ligne de l’indécence et du sensationnalisme, l’auteur nous fait revivre un épisode noir de l’histoire mondiale que tout un chacun se doit de se rappeler pour que, plus jamais, une telle ignominie ne se reproduise. Fort, puissant et douloureux, plus qu’un livre, un devoir de mémoire !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou en ligne.

 

Les chemins de la délivrance, Christelle Rousseau

Je remercie Babelio et Évidence éditions pour m’avoir permis de découvrir Les chemins de la délivrance de Christelle Rousseau.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La seconde guerre mondiale éclate. La vie de millions de gens va en être bouleversée. Certains vont y voir une manière de grimper l’échelle du pouvoir, d’autres vont se lancer à corps perdu dans la guerre ou la résistance, quelque soit leur camp. Leur destin va en être totalement changé. Quelques fois la réalité va se révéler plus cruelle que prévue et imposer des choix et des décisions qui auront un impact plus ou moins important sur leur destinée. Louise, Simone, Dieter, Katerina, Gustav et bien d’autres, vont se retrouver entraîner dans la spirale infernale de la guerre dont ils ne sortiront pas indemnes.

  • Broché: 624 pages
  • Editeur : Évidence Éditions (1 janvier 2017)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

L’autrice a pris ici le parti intéressant de nous parler de la Seconde Guerre mondiale à travers une galerie de personnages variés dont on partage des tranches de vie.  À mesure que nous découvrons chacun des protagonistes, les grandes étapes et horreurs de cette guerre se rappellent à notre mémoire : la montée en puissance d’Hitler, l’arrivée des Allemands en France, l’exode, l’appel du général de Gaulle du 18 juin 1940, les déportations, les camps de concentration et les conditions de vie monstrueuses, les chambres à gaz,  la rafle du Vél d’Hiv, les pénuries alimentaires, la faim et le rationnement, la résistance, les massacres… Tout autant d’événements et de faits que nous connaissons tous, mais qu’il est important de garder en mémoire.

J’ai été happée dès les premières pages par le récit, mais il y a un point que j’ai particulièrement apprécié dans ce roman, c’est que l’autrice n’est pas tombée dans le manichéisme trop courant qui consiste à opposer les méchants Allemands aux gentils Français. Certains Allemands, horrifiés par les actes du Führer, aideront la population française et la résistance comme Dieter qui profitera de sa position de traducteur pour sauver de nombreuses vies. Une bravoure d’autant plus louable qu’à l’inverse, des Français n’hésiteront pas à trahir leur pays soit par conviction soit pour obtenir argent et statut social faisant fi de toute moral, solidarité et humanité. Ils dénonceront, espionneront, tortureront… sous l’œil dégoûté du lecteur qui se rappellera que hélas, ces comportements ont bel et bien existé.

L’autrice nous parle aussi de tous ces Français qui vont lutter seuls ou de manière organisée, pour sauver des individus, voire des familles entières... Il y a bien sûr ceux qui entrent dans la résistance, mais aussi ces officiers de police qui avertissent ou détournent les ordres sans oublier ces héros du peuple qui cachent, soignent, logent ou nourrissent les personnes en danger qui croisent leur route. La guerre révélera donc ce qu’il y a de plus beau comme ce qu’il y a de pire chez les hommes et ceci, nonobstant leur nationalité !

Le roman contient beaucoup de personnages, tous très différents. Certains sont d’emblée antipathiques à l’instar de Colette, une opportuniste qui n’hésitera pas à trahir quand cela l’arrange ou d’Émilie Gouraud, une ancienne sportive qui va mettre ses capacités physiques au service de l’Allemagne. D’autres se révèlent, a contrario, tout de suite attachants : Louise, Maja, Rebecca, Pierre, Dieter… Il y a également dans le lot, un homme qui se détache. D’abord fidèle aux principes d’Hitler, il va finalement prendre conscience de la folie de cet « homme » et œuvrer dans l’ombre pour l’arrêter. Loin d’être un héros, c’est le genre de personnage qui met mal à l’aise, car s’il évolue, cela n’efface pas tout le mal qu’il a pris plaisir à faire.

J’ai haï certains personnages, mais il y en a beaucoup d’autres que j’ai adorés en raison de leur gentillesse, de leur personnalité et de leur courage. Et pour ceux-ci, je n’ai pu que suivre avec angoisse, la boule au creux de l’estomac, les nombreux dangers qu’ils affrontent. On sait pertinemment que tous ne survivront pas, les happy ends n’étant pas légion dans une guerre, a fortiori dans une guerre aussi destructrice que la Seconde Guerre mondiale, mais on continue quand même d’espérer une fin heureuse pour chacun. 

Malgré tous ces meurtres, cette haine qui s’engouffre dans le cœur des gens et les terribles injustices auxquelles on assiste, l’amitié et l’amour restent présents dans le roman : les amis s’aident, se soutiennent, mais sont aussi parfois séparés à jamais. Et ces séparations brutales ne pourront que vous briser le cœur. De la même manière, des couples se forment bien souvent dans l’angoisse de perdre l’être aimé ou d’être sévèrement jugés par la société quand il s’agit de couples franco-allemands. Pour ma part, j’ai été très touchée par ces couples qui, malgré les épreuves qu’ils rencontrent et l’angoisse permanente dans laquelle ils vivent, se soutiennent et œuvrent souvent de concert pour le bien de la France.

La Seconde Guerre mondiale n’est pas un sujet des plus faciles à traiter, mais Christelle Rousseau s’en sort très bien en nous proposant un livre rythmé et prenant. L’alternance des personnages et la présence de chapitres courts offrent ainsi une grande fluidité au récit que l’on découvre à une vitesse folle, pris dans le tourbillon des événements. Quant à la plume de l’autrice, elle se révèle assez factuelle sans pour autant être rébarbative. En gardant une juste distance avec ses personnages et en évitant tout pathos, elle arrive à nous faire ressentir l’horreur de cette guerre qui a exterminé sans aucune pitié des êtres humains pour des raisons totalement absurdes… Pour être au plus près de la réalité, elle évoque également des scènes de torture, mais toujours en gardant une certaine sobriété. C’est cru et brutal, mais on ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou la surenchère dans les descriptions. Ces scènes font réagir, mais ce qui m’a le plus émue et touchée, ce sont des épisodes forts comme la rafle du Vel d’Hiv, la découverte des chambres à gaz de l’intérieur, ces familles/amis/amants séparés… Des événements dramatiques que l’on a tous étudiés, mais qui marquent toujours autant.

J’ai beaucoup apprécié ma lecture, mais la multiplicité des personnages pourra dérouter certaines personnes. Je vous conseillerais donc de lire le livre sans faire de longues pauses sous peine de vous emmêler les pinceaux. Pour ma part, j’ai également pris le soin de noter le nom des différents personnages avec les principales étapes de leur vie pour bien les situer dans l’intrigue. Cela n’est pas indispensable à la compréhension, mais ça m’a permis de garder une vision claire de l’ensemble du livre.

En conclusion, Les chemins de la délivrance, c’est le récit de personnes ordinaires qui se transforment, le temps de la guerre, en héros, et d’individus lambda que la guerre révèle dans toute leur noirceur et leur inhumanité. D’une écriture simple et dénuée de pathos, Christelle Rousseau invite le lecteur à revivre, à travers la vie de nombreux personnages, un épisode sombre de notre histoire qu’il est nécessaire de ne jamais oublier ; la folie humaine ayant en commun avec les monstres des films d’horreur de ne jamais vraiment s’éteindre…

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site d’Évidence Éditions.