Top Ten Tuesday #232 : 10 romans (du même genre littéraire) que vous recommanderiez (YA, NA, contemporain, fantastique, Thriller, etc…)

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Pour ce thème, 10 romans du même genre que vous recommanderiez, j’ai choisi de vous présenter 10 thrillers que j’ai particulièrement aimés.

Dans cette liste, vous trouverez des thrillers fantastiques ou flirtant avec le fantastique (La maison des oubliés, Séduction maudite, La princesse au visage de nuit), des thrillers psychologiques (L’ombre de la menace, Avant d’aller dormir, Mon amie Adèle, La fille du train, La belle-mère), et d’autres plutôt violents (Le sang des Belasko, Les cicatrices).

10 thrillers que j'ai particulièrement aimés

Au passage, je discerne la palme du meilleur de retournement de situation à Mon amie Adèle qui a été adapté en mini-série.

Et vous, certains de ces thrillers vous tentent-ils ?
Quel est votre thriller préféré ?

 

Dévotion, Dean Koontz

Couverture Dévotion

Woody Bookman, 11 ans, n’a pas dit un mot depuis sa naissance. Pas même quand son père est mort dans un prétendu accident. Mais pour Megan, sa mère, le plus important est que son fils autiste, doté d’une intelligence supérieure, soit heureux.

Woody, lui, est persuadé qu’un laboratoire se livrant à des expériences génétiques secrètes et ultrasensibles est responsable de la mort de son père. Et que la menace se rapproche désormais de lui et de sa mère.

Avec l’aide de Kipp, un golden retriever télépathe, Woody va tenter de stopper l’être maléfique tapi dans l’ombre…

L’Archipel (2 septembre 2021) – 450 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Antoine Guillemain

AVIS

Ma seule expérience avec l’auteur s’étant soldée par une lecture en demi-teinte, j’avais quelques appréhensions quant à la lecture de Dévotion, des appréhensions qui se sont heureusement envolées dès les premières pages. Si j’aime les thrillers psychologiques, j’apprécie aussi, de temps en temps, des thrillers qui, comme ici, sortent l’artillerie lourde. Ne vous attendez donc pas à un roman subtil, l’auteur ayant quand même tendance à jouer sur les heureux hasards et à privilégier l’action au détriment du réalisme, mais cela n’est pas dérangeant en soi.

Dévotion nous offre ainsi du grand divertissement, digne d’un bon film. Le résumé, bien que très alléchant, ne laisse en rien présager de la diversité des protagonistes qui vont intervenir dans ce roman que j’ai lu très rapidement. Il faut dire que prise dans l’enchevêtrement des événements, je n’ai pas vu le temps passer et me suis surprise régulièrement à vouloir accélérer ma lecture pour être certaine que la situation ne s’aggrave pas pour les gentils. Des gentils qui, au fil de l’aventure, vont tous converger vers un point : la maison de Megan et de son fils de onze ans. Depuis la mort de son mari Jason, il y a trois ans, Megan veille avec beaucoup d’amour et d’attention sur Woody, autiste à haut potentiel qui n’a jamais prononcé un mot, mais avec lequel elle a réussi à créer des liens solides. Si Woody n’ouvre jamais la bouche, il parle autrement…

On se prend immédiatement d’affection pour ce garçon sensible, extrêmement intelligent et fragile, qui « se sent en pagaille », gêné par lui-même et les autres. Cela ne l’empêche pas de mener une enquête à partir de son ordinateur pour prouver que l’accident de son père est en réalité un meurtre déguisé. Une enquête qui ne sera pas sans conséquence pour lui et sa mère, car s’il est intelligent, d’autres ont, quant à eux, d’infinies ressources… En parallèle, Woody va attirer, sans le vouloir ni le savoir, l’attention d’un chien. Mais pas un chien normal, un chien évolué qui appartient à une communauté, le Mystérium, composée de chiens aussi intelligents que les êtres humains, et capables de parler par télépathie sur le Circuit.

Privé de sa maîtresse décédée d’un cancer, Kipp, un golden retriever adorable et attachant, n’a qu’une idée en tête : retrouver Woody, seul humain capable de communiquer avec lui par télépathie, d’autant qu’il semble en pleine détresse. En parallèle de ces personnages, d’autres interviennent, certains bienveillants comme Rose ou Ben, un ancien SEAL, d’autres bien plus vicieux et dangereux… Si l’auteur intègre des menaces classiques, avec entre autres un milliardaire intouchable et un shérif corrompu plus intéressé par sa carrière et son profit personnel que par la collectivité, il teinte son roman d’une aura de science-fiction que ce soit avec cette communauté de chiens évolués et télépathes ou un homme en pleine mutation, Lee.

Lee n’est pas sorti complètement indemne d’un incident dans un laboratoire faisant des recherches, officiellement sur le cancer, officieusement sur le génie génétique. En plus de gagner en force physique et de voir ses sens s’affûter, grâce aux archées que son corps semble avoir absorbées, la rage le gagne. Une rage qui se transforme en un déchaînement de violence inouïe et en une faim insatiable… Et puis, il y a Megan, son ex-petite amie que Jason lui aurait volée il y a longtemps, comme si elle était un vulgaire objet. Un objet qu’il est bien déterminé à récupérer, à façonner selon ses propres désirs ou à détruire. À mesure que son envie de vengeance le gagne, la faim se fait vorace, la faim se précise, la faim le hante et le transforme en un hybride, du moins psychologiquement, à mi-chemin entre l’homme et l’animal, mais un animal réduit à ses instincts. Âmes sensibles s’abstenir, certaines scènes, heureusement très courtes, étant peu ragoûtantes.

J’ai apprécié le chemin emprunté par l’auteur qui, espérons-le, ne nous dessine pas ici le futur de l’Homme. Transhumanisme, évolution humaine provoquée par des visionnaires dépourvus de toute morale, limites d’un progrès scientifique sans éthique… tout autant de thématiques que j’ai trouvées intéressantes. Mais en grande amoureuse des animaux, ce sont les réflexions autour des chiens, de la complicité et de l’amour les unissant aux hommes qui m’ont le plus touchée. On reste sur une œuvre de fiction qui va très loin dans la communion mentale et la coopération entre les deux espèces, mais j’ai aimé m’imaginer que la vision de l’auteur devienne un jour réalité.

Au-delà de ce doux rêve, on prend un plaisir immense à découvrir le fonctionnement de cette communauté de chiens intelligents et soudés qui ne connaissent ni la haine ni le mensonge, juste l’amour, la bienveillance et l’espoir. J’ai ainsi été touchée par l’envie très forte de ces chiens de comprendre d’où ils viennent, comme n’importe quel être humain, sans pour autant négliger les familles qui les ont accueillis. J’ai, en outre, apprécié d’entrer dans le Circuit, y découvrir Bella, chienne veillant à ce que les communications urgentes soient bien transmises à tous, et voir se dessiner les espoirs de ces représentants particuliers de l’espèce canine

En résumé, Dévotion est un thriller efficace, qui manque peut-être un peu de subtilité quant au déroulé des événements, mais qui se démarque par sa patte particulière, son rythme haletant et cette impression que tout converge vers un jeune autiste et un chien qui, à eux deux, risquent bien de changer la face du monde ! Les amoureux des animaux et des romans où le danger semble arriver de tous les côtés devraient apprécier ce roman qui mêle habilement action et une science, dépourvue de garde-fous, dont les avancées s’apparentent parfois à un net recul de l’humanité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

L’ombre du crépuscule, Rachel Caine

L'ombre du crépuscule

Après L’Ombre de la menace et L’Ombre de l’assassin, traduits dans 16 pays et no1 des ventes de USA Today et du Wall Street Journal, Gwen Proctor revient dans L’Ombre du crépuscule.
Une nouvelle traque commence !

Gwen est parvenue à se débarrasser de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, et à sauver ses enfants. Mais elle continue de subir le harcèlement de ceux qui refusent de la croire étrangère aux crimes de Melvin.

Gwen espérait désormais vivre sans se cacher, c’est de nouveau impossible. C’est alors qu’une inconnue l’appelle. Marlene Crockett, qui réside à Wolfhunter, a besoin de son aide. Elle sent planer au-dessus d’elle une menace latente.

De fait, quand Vee, 15 ans, la fille de Marlene, contacte à son tour Gwen, elle lui annonce que sa mère est morte – et qu’elle est la prochaine sur la liste…

Gwen se rend alors à Wolfhunter. Mais, dans cette sombre bourgade, chacun peut aisément échapper à la lumière

L’Archipel (19 août 2021) – 450 pages  – Papier (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian DANCHIN

AVIS

Après L’Ombre de la menace qui avait dépoussiéré le thriller domestique, et L’Ombre de l’assassin, une suite palpitante qui monte d’un ton dans l’horreur, j’attendais avec impatience ce troisième tome, me demandant si l’autrice allait réussir à donner un nouveau souffle à sa série. Or, si j’ai apprécié ma lecture, je n’ai pas ressenti l’excitation du premier tome que j’avais dévoré en très peu de temps. L’autrice nous propose néanmoins un thriller efficace, bien que peut-être plus consensuel que les deux précédents…

Dans l’ombre d’un tueur en série ou quand la mort ne marque pas la fin du calvaire !

Après un prologue qui fait monter la tension et la pression, il en est toujours ainsi quand la vie d’un enfant est en danger, nous retrouvons une Gwen débarrassée de son ex-mari, le serial killer Melvin Royal, mais pas de son ombre. Melvin était un pervers particulièrement retors, et même mort, il continue à tourmenter son ex-femme, ses enfants et  Sam. Et quand ce n’est pas lui qui s’en charge, ce sont les médias et toutes ces personnes qui continuent à harceler Gwen et les siens, à menacer leur intégrité physique et mentale, faisant de leur vie un véritable enfer.

Il ne m’a fallu que quelques pages pour retrouver ce puissant sentiment de révolte qui avait accompagné ma lecture des deux premiers tomes devant cette famille que l’on ne laisse pas se reconstruire. La justice a lavé Gwen de tout soupçon, mais le tribunal populaire, encouragé par la hargne de certains, a parlé : elle est coupable de complicité ! Dérives des réseaux sociaux, manipulation des médias, puissance du Net, perversion et haine que certains tentent de faire passer pour une volonté de justice… tout autant de thématiques que l’autrice soulève avec un tel réalisme que vos nerfs seront mis à rude épreuve.

Dans l’ombre d’une mère courage face à la haine et à la vengeance… 

Malgré les tentatives d’intimidation et les menaces, Gwen reste cette femme forte et courageuse prête à se battre pour ses deux enfants, Lanny et Connor, et sa relation encore fragile avec Sam. Elle fait face comme elle le peut à tous ces inconnus qui veulent la tuer, elle et ses enfants, et au désir de revanche fortement ancrée chez la mère de l’une des victimes de Melvin. Aidée de sa fortune personnelle, Miranda est d’ailleurs à l’origine d’un projet qui, s’il venait à son terme, menacerait de nouveau l’équilibre et la sécurité de Gwen et sa famille.

Bien que l’on comprenne la douleur de cette mère, Miranda nous apparaît dangereuse et, d’une certaine manière, assez lâche : elle n’a jamais eu le courage de s’attaquer à Melvin de son vivant, sous prétexte que la justice s’occupait de lui, mais elle n’hésite pas à traquer et harceler une mère et ses enfants. Mais après tout, les femmes ne sont-elles pas toujours coupables ? Dans le cas de Gwen, coupable de ne pas avoir « satisfait » son mari, coupable de ne pas l’avoir arrêté, coupable, coupable, coupable… et pire, complice, car elle devait savoir ! C’est bien connu que les tueurs en série l’affichent sur leur front… Au-delà de l’obsession irrationnelle de Miranda et de ses griefs complètement injustes envers Gwen, on reconnaîtra cette tendance fort commode à toujours rejeter la faute des hommes sur les femmes.

Dans l’ombre d’une communauté repliée et viciée où la vérité se paie… 

Acculée, harcelée et menacée, Gwen vole néanmoins à la rescousse de Vee, la fille d’une inconnue terrifiée qui l’avait appelée, mais qu’elle n’avait guère pu aider, cette dernière se montrant trop évasive. Mais Marlene maintenant assassinée et Vee accusée de meurtre, elle refuse de rester les bras croisés. Direction l’enfer ou plus précisément Wolfhunter ! Au fil des pages, cette bourgade se fait oppressante, malsaine, voire inquiétante et menaçante d’autant que Gwen n’est clairement pas la bienvenue. Il en faudra toutefois plus pour la détourner de sa mission : sauver Vee dont le sort semble jouer d’avance et qui risque bien plus que l’emprisonnement.

J’ai adoré me plonger dans l’ambiance suffocante de cette communauté rurale viciée par la corruption et déterrer, aux côtés de Gwen et des siens, les petits secrets, les gros mensonges et autres manigances. Gwen et Sam pourront heureusement compter l’un sur l’autre, sur un membre du FBI et sur un inspecteur n’appartenant pas à des autorités locales plus que douteuses. Lanny, malgré ses peines de cœur, et Connor participeront également, à leur manière, à l’enquête pour innocenter Vee… Mais Wolfunter n’est pas un endroit sûr pour ceux qui y cherchent des réponses comme le découvriront nos personnages qui vont, de nouveau, devoir affronter l’horreur et la violence. Progressivement, l’action se fait plus pressante, la violence monte d’un cran et les évènements s’enchaînent avec une telle rapidité qu’il devient presque difficile de reprendre son souffle. D’une violence latente, on passe à de la violence physique pure avec des scènes d’action très cinématographiques et des moments d’angoisse quant à la sécurité de chacun.

Dans l’ombre d’une famille atypique et d’un couple en questionnement… 

En plus de l’action, de l’enquête, de révélations particulièrement glauques et du plaisir de retrouver des personnages attachants bien que cabossés par la vie, l’autrice nous offre de nouveau une narration alternée parfaitement maîtrisée. On entre ainsi de plain-pied dans la tête des personnages et l’on assiste au plus près à l’évolution d’un couple dont la relation semble solide et vacillante à la fois. Solide parce qu’après avoir vécu tant de drames ensemble, Sam et Gwen sont liés à tout jamais, mais vacillante car leur passé respectif érige une frontière entre eux deux. Ceci est d’autant plus vrai que Sam n’a pas encore dévoilé à sa compagne une partie de son passé qui la concerne directement et qui risque de les rattraper. Quant à Gwen, elle ne semble, pour le moment, pas encore prête à se projeter.

Si j’ai été touchée par ce couple qui s’est construit dans l’adversité, j’ai regretté l’inconstance et les tergiversations de Sam qui m’a semblé bien incohérent d’une ligne à l’autre. Entre « je l’aime et je reste avec elle et les enfants » et « si je prenais un nouveau départ », j’ai plusieurs fois eu envie de le secouer et de lui dire de prendre une décision et de s’y tenir. Je comprends que lui-même soit dans une situation compliquée, sa sœur ayant été l’une des victimes de Melvin, mais j’ai trouvé son image assez bancale par rapport à celle que j’avais pu m’en faire précédemment. Mais je vous rassure, il finira par retrouver grâce à mes yeux par son sens du sacrifice et du devoir et l’amour sincère qu’il porte à Gwen, Lanny et Connor.

Sam se révèle d’ailleurs très proche du jeune adolescent qui trouve en lui une figure paternelle bien plus stable et saine que celle de son défunt et tueur en série de père. Pour un adolescent aussi renfermé que Connor, cette relation revêt une importance particulière à laquelle Gwen ne peut être que sensible. Quant à cette dernière, elle essaiera de trouver un compromis avec sa fille qui, lasse de subir sa vie et les évènements, aimerait au moins être utile, quitte à mettre les pieds dans une enquête qui s’annonce de plus en plus dangereuse… J’aurais apprécié de voir un peu plus le frère et la sœur, dont la relation semble encore affectée par une erreur passée. Ainsi, si ne doute pas qu’ils s’aiment beaucoup, les chamailleries sont au rendez-vous, ce qui, vu les circonstances, leur donne presque cette allure de famille normale dont ils ont grand besoin. 

En conclusion, L’ombre du crépuscule n’offre pas la même intensité psychologique des premiers tomes, mais il n’en demeure pas moins un thriller efficace et rythmé qui vous tiendra en haleine, d’autant que la plume de l’autrice se révèle de nouveau diablement efficace. Alternant entre les personnages et des événements que l’on tente de relier avant de se laisser porter par le fil de l’intrigue, Rachel Caine signe ici un troisième tome qui marque une rupture avec le ton des précédents, tout en ouvrant une nouvelle porte. Car en enquêtant pour innocenter une adolescente accusée à tord, Gwen va nous prouver qu’en plus d’être douée pour survivre et protéger les siens, elle possède bien d’autres atouts que je suis curieuse de voir mettre en œuvre de manière plus officielle. Sans être indispensable, voici un troisième tome plaisant qui se lit très vite et qui nous montre une Gwen dont, pour une fois, le passé ne semble pas être la plus grande des menaces !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

La Princesse au visage de nuit, David Bry #PLIB2021

Couverture La Princesse au visage de nuit

Dans les bois vit la princesse au visage de nuit ; ses yeux sont des étoiles et ses cheveux l’obscur.

Hugo, enfant violenté par ses parents, s’est enfui avec ses amis dans la forêt, à la recherche de la princesse au visage de nuit, qui exaucerait les vœux des enfants malheureux… Il est ressorti du bois seul et sans souvenirs, et a été placé dans une famille d’accueil.

Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout fait pour oublier son enfance, Hugo apprend la mort de ses parents. Mais, de retour dans le village de son enfance, il découvre que ses parents auraient été assassinés, et d’étranges événements se produisent. La petite voiture de son enfance réapparaît comme par magie. De mystérieuses lueurs brillent dans les bois. Les orages soufflent des prénoms dans le vent.

L’Homme Sans Nom (8 octobre 2020) – 278 pages – 19,90€
#ISBN9782918541721

AVIS

Ayant apprécié Le garçon et la ville qui ne souriait plus de David Bry, j’étais curieuse de découvrir l’auteur dans un autre genre. Voilà chose faite avec La princesse au visage de nuit que j’ai tout simplement adoré.

Dès le début, l’auteur pose une ambiance inquiétante qui m’a semblé jouer avec certains codes des films et des romans d’horreur : une très bonne maîtrise des éléments avec, entre autres, des orages qui grondent et deviennent figure menaçante, un village qui semble vivre en vase clos, une femme en noire, une ombre qui surgit dans la nuit, un inquiétant et mystérieux château autour duquel courent d’étranges rumeurs, une apparition à la fenêtre, des yeux dans la nuit, des lucioles, un fantôme qui rôderait, des noms murmurés dans le vent, une histoire de malédiction, une vieille légende évoquant une princesse au visage de nuit…

C’est d’ailleurs cette dernière légende qui m’a passionnée, l’auteur jouant habilement entre le réel et le fantastique pour stimuler notre imagination et pousser ses personnages dans leurs retranchements. Et si le mythe de cette princesse au visage de nuit, figure salvatrice en même temps que mortifère, n’était pas qu’une invention d’enfants ou un vieux conte à effrayer les esprits les plus impressionnables ? Que se cache vraiment derrière cette légende qui remonterait au Moyen Âge ?

Et surtout, est-elle liée à la mort des parents d’Hugo qui, après vingt ans d’absence, est contraint de revenir dans son village natal pour enterrer des personnes qui mériteraient plus l’enfer que le repos éternel ? Car sous couvert d’une histoire empreinte de mystère et de secrets, et d’une enquête plutôt bien amenée et menée, l’auteur évoque, entre autres, la maltraitance infantile sous différentes formes. Rassurez-vous, il n’entre pas vraiment dans les détails, nous épargnant le plus sordide. Difficile néanmoins de rester de marbre devant la souffrance d’Hugo, mais aussi de ses amis disparus il y a deux décennies lors d’une nuit de la Saint-Jean. Une nuit maudite dont Hugo ne garde quasiment aucun souvenir, mais qui semble liée à tout ce qui se passe actuellement dans ce village devenu, dès son plus jeune âge, synonyme de malheur.

Grâce à de courts chapitres glissés entre les pages, l’auteur nous permet de remonter le temps pour faire brièvement connaissance avec l’enfant qu’Hugo a été, mais aussi avec Pierre, son ancien ami à la tristesse déchirante, et la petite Sophie dont on découvrira petit à petit les terribles souffrances. À mesure que se dessine leur vie passée, on comprend leur besoin impérieux de trouver cette princesse au visage de nuit réputée exaucer les souhaits des enfants, malgré le danger d’une telle rencontre… J’ai trouvé remarquable le travail effectué par l’auteur sur les espoirs de ces enfants perdus, pour des raisons différentes, mais toujours par la faute d’adultes maltraitants soit volontairement soit par négligence. Leur sort révolte, mais peut-être encore plus la pensée que des êtres aussi jeunes en soient venus à se tourner vers la mort, ou du moins une figure légendaire potentiellement mortelle, pour supporter la vie. Comment expliquer que dans un village où tout le monde se connaît et sait tout, personne ne fait rien ? L’histoire de lâchetés individuelles entraînant un déni collectif et le drame d’enfants qui auront perdu trop tôt leur innocence, à considérer qu’ils en aient jamais eu une.

Si le passé impacte encore fortement la vie d’Hugo, c’est bien le présent qui le met face à un nouveau défi : faire la lumière sur le meurtre de ses immondes parents afin d’éviter d’être accusé de leur mort. Il pourra heureusement compter sur le soutien moral de ses amis parisiens, mais surtout sur Anne, la sœur de son ancienne amie disparue, devenue gendarme. Les deux ont en commun de n’avoir jamais vraiment pu tourner la page de leur passé. Mais comment le pouvoir quand, comme Hugo, une partie de votre passé vous échappe et vous emprisonne, et que comme Anne, vous n’avez jamais su ce qui était arrivé à votre sœur. Sans vraiment m’attacher à ces deux personnages, j’ai apprécié leur travail d’équipe et le soutien mutuel qu’ils s’apportent l’un l’autre, les poussant parfois à prendre des risques et à tenter le diable… Mais tous les deux sont bien décidés à aller jusqu’au bout de leur enquête, quitte à déterrer des secrets difficiles à supporter, mais indispensables pour avancer.

Il y a un côté enquête en huis clos étouffant que j’ai apprécié, car dès qu’Hugo est dans son village, c’est un peu comme si un étau se resserrait progressivement autour de lui et que l’oxygène venait à lui/à nous manquer. Le délabrement de la maison familiale, certaines manifestations inquiétantes ainsi que certaines figures du village comme la « sorcière » qui semble se délecter de la peine des autres et en savoir plus qu’elle ne veut bien l’admettre, concourent à ce sentiment d’être pris au piège dans un village où rien de bon ne peut arriver, mais tout est à craindre. Seul un homme, ancien protecteur de notre protagoniste, apporte une touche de lumière bienvenue, alors que lui-même peut être compté au rang des âmes en souffrance. Je dois d’ailleurs dire que c’est le personnage adulte qui m’a le plus touchée. Il aurait pu/dû faire plus pour Hugo quand il était enfant, mais il n’en demeure pas moins un homme très humain, habité par ses propres douleurs et fantômes.

Les amis parisiens d’Hugo, s’ils ne sont pas d’un intérêt capital pour l’intrigue principale, permettent à l’auteur de nous montrer la place qu’ils ont et jouent dans la vie de ce dernier. Hugo et ses amis, tous avec leurs propres failles à surmonter, ont tendance à éviter les sujets difficiles et de fond, mais ils trouvent du réconfort et un peu de chaleur dans leurs soirées endiablées, leurs taquineries, leur complicité et leur solide amitié. J’aurais peut-être apprécié que ces personnages secondaires soient un peu plus développés, mais la dynamique du groupe m’a néanmoins convaincue, tout comme cette manière qu’ils ont de se soutenir et de s’aider à se (re)construire. 

Quant à la plume de l’auteur, alternance de poésie et force brute, elle m’a de nouveau enchantée et conquise. J’ai apprécié la construction presque nerveuse du récit avec un compte à rebours qui engendre un certain sentiment d’urgence et d’angoisse, et des phrases courtes qui claquent et frappent. Un peu à l’image d’une histoire sombre et difficile aux teintes poétiquement mélancoliques, mais une histoire également porteuse d’amitié et d’espoir, la résilience étant en trame de fond. J’ai également apprécié les petites touches d’humour qui permettent de se distancier du drame, voire des drames. Parce que nos personnages, vivants comme morts, ont connu leur lot de malheurs…

Mais ce qui fait vraiment la force de ce thriller est son ambiance mystérieuse, entre réel et fantastique, entre secrets et suspicion, qui devient de plus en plus suffocante et angoissante à mesure qu’Hugo et Anne se rapprochent de la vérité. Leur enquête va les pousser à déterrer certains secrets, raviver des douleurs plus ou moins grandes, réveiller des peurs d’enfant, des traumatismes jamais vraiment guéris, et une légende que l’on pensait oubliée. Mais quand trouver les morts devient nécessaire pour réparer les vivants, une seule solution, déterrer le passé pour espérer un jour enfin avancer !

Autre lecture pour le PLIB 2021 : La Ville sans Vent

 

Top Ten Tuesday #217 : 10 romans à lire au soleil ou à la plage

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Le thème officiel de la semaine ne m’inspirant pas trop, j’ai préféré vous en proposer un autre : 10 romans à lire au soleil ou à la plage.

Je ne sais pas vous, mais quand je suis en vacances, au soleil et/ou à la plage, je m’oriente souvent vers des lectures légères comme les comédies romantiques et les romances (Dear Enemy, L’anti-lune de miel, Fake, Confessions d’une accro du shopping, Un amour de chat, Les petits secrets d’Emma, Les hommes virils lisent de la romance) ou à l’inverse, vers des thrillers qui ont souvent un effet hypnotique sur moi (La fille du train, Avant d’aller dormir, L’ombre de la menace). 

Et vous, avez-vous lu et apprécié certains de ces romans ?
Quel est le genre de livre que vous aimez lire au soleil et/ou à la plage ?

 

 

Top Ten Tuesday #211 : 10 romans en anglais que j’ai aimés et que j’aimerais voir traduits en français

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Le thème de la semaine ne m’inspirant pas outre mesure, j’ai décidé de profiter de ce top ten tuesday pour vous parler de ces livres en anglais que j’ai bien aimés et que j’aimerais voir traduits en français.

  • Des romans de romantasy difficile à lâcher : sorcières, vampires, sirènes, faes, pirates… Il y en a pour tout le monde et pour tous les goûts. En plus d’être de véritables pages turner, ces romans ont comme point commun de mélanger avec talent fantasy et romance. La romantasy, un genre que j’aime beaucoup et avec lequel je passe toujours de beaux et intenses moments. Si j’ai aimé tous ces romans, Serpent & Dove et The Bargainer : Rhapsodic sont les deux qui m’ont le plus tenue en haleine. From Blood and Ash possède également ce côté addictif, mais il faut attendre un certain nombre de pages avant de le ressentir. Quant à Daughter of the Pirate King, il offre une ambiance de piraterie fort sympathique ! 

Couverture Serpent & Dove, book 1Couverture Blood and Ash, book 1: From Blood and AshCouverture The Bargainer, book 1: Rhapsodic

A promise of fire, dont la chronique est dans mes brouillons, devrait être traduit en français. L’autrice n’a toutefois pas pu me donner plus d’informations quant à une éventuelle date de sortie.

Couverture The Kingmaker Chronicles, book 1: A Promise of FireCouverture Daughter of the Pirate King, book 1

  • Thriller et Science-fiction : All eyes on us est un thriller young adult efficace qui offre une certaine représentativité avec des personnages racisés et LGBT. On y parle notamment intolérance, homophobie, religion, apparences… Quant à Interview with the robot, son intérêt réside dans son rythme haletant, sa construction originale et les différentes thématiques abordées comme la question de la robotique et des intelligences artificielles. Les deux livres peuvent être écoutés gratuitement sur Audible Stories.

Couverture All Eyes on UsInterview with the Robot

  • Deux romances fort addictives : The Ex Talk, en plus d’offrir une belle romance avec un homme connaissant la notion de consentement (c’est assez rare pour être noté), nous plonge dans le milieu de la radio. Du jamais vu pour moi. Quant à Dear Enemy, c’est l’une des meilleures romances ennemies to lovers que j’aie lue. L’attraction et l’alchimie entre les deux protagonistes est juste incroyable !

Couverture The Ex Talk

  • Ouvrage graphique : de cette liste, Fangs est l’ouvrage dont le niveau d’anglais est le plus accessible. Basé sur des scènes de vie entre une vampire et un loup-garou, c’est mignon et plein d’un humour parfois un peu mordant. Ce n’est pas le genre de livres que l’on garde longtemps en mémoire, mais ça fait passer un bon moment de détente sans prise de tête. Et les illustrations en noir et blanc ne sont pas dénuées de charme. Quant à l’objet livre, il est vraiment très joli : couverture tissée, tranches noires…

Couverture Fangs

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils dans leur version originale ou dans une éventuelle version française ?

Ne la quitte pas du regard, Claire Allan

Ne la quitte pas du regard

« Ne crois pas ce qu’il te raconte. » Cette note anonyme glissée dans son casier instille le doute dans l’esprit d’Eli, une infirmière enceinte de sept mois. Simple plaisanterie de mauvais goût ou véritable avertissement ?
Le message fait-il allusion à son mari, Martin, qu’elle sent de plus en plus distant depuis le début de sa grossesse ? Un deuxième message lui parvient bientôt, plus explicite mais surtout plus inquiétant. Puis les menaces se précisent…
Dans l’ombre, une femme semble l’épier. Une femme qui souhaite plus que tout devenir mère…
Ne la quitte pas du regard alterne plusieurs voix – dont celle d’Eli, la future maman, et celle de Louise, qui suit une femme enceinte qu’elle ne juge pas digne d’élever la fillette qu’elle attend. Un suspense dont la tension va crescendo, jusqu’au dénouement… inattendu !

L’Archipel (8 avril 2021) – 340 pages – 22€

AVIS

Au fil du temps, les éditions de l’Archipel sont devenues ma référence en matière de thrillers, notamment en raison de leur talent pour découvrir et mettre à la portée du public francophone des thrillers haletants et pleins de suspense. Et Ne la quitte pas du regard ne déroge pas à la règle.

S’il y a quelque chose qui m’a chiffonnée avec le style, sans que je n’arrive à vraiment mettre des mots sur mon impression et sans que je ne puisse déterminer si c’est dû à l’autrice ou la traduction, force est de reconnaître que le roman se lit vite et, surtout bien.

Dès le début, Claire Allan instaure une certaine tension et pas mal de suspense. Qui s’amuse à envoyer des mots désobligeants à Eli, une infirmière enceinte de plus de 7 mois ? Pourquoi sous-entendre que son mari, Martin, la trompe allègrement et passe du bon temps en charmante compagnie pendant qu’elle s’enferme dans les maux d’une grossesse difficile ? Dans un premier temps, Eli tente de chasser ces allégations de son esprit, mais très vite le doute s’installe et prend de plus en plus d’ampleur. Ces accusations anonymes n’ont-elles pas un fond de vérité ? N’expliqueraient-elles pas pourquoi son mari semble avoir pris ses distances avec elle ?

Et les doutes du début deviennent suspicion quand le délateur s’enhardit et devient de plus en plus menaçant. Heureusement, Eli peut compter sur l’aide de sa mère pour gérer la menace et affronter un  mariage qui part en déliquescence… La complicité entre la mère et la fille est très forte, les deux femmes n’ayant longtemps pu compter que l’une sur l’autre. Mais de fil en aiguille, le réconfort apporté par Angela se fait de plus en plus pesant et étouffant, cette dernière ayant quelque peu du mal à couper le cordon avec une fille qu’elle tend à surprotéger et à considérer encore comme son bébé.

En parallèle de ces deux femmes, on suit Louise, une femme obnubilée par l’idée d’être mère et qui, pour ce faire, est prête à toute, même à commettre l’irréparable. Avec méticulosité et patience, elle observe et traque une femme enceinte qu’elle juge indigne de son enfant à venir. Après tout, comment cette future mère ose-t-elle se laisser aller et faire la tête quand elle a l’immense bonheur de porter la vie en elle ? Elle, elle aurait tout donné pour être à sa place… De fil en aiguille, on découvre les blessures profondes de cette femme qui se rêvait mère, mais qui devient espionne et, bientôt, voleuse d’enfant.

L’implacabilité de Louise pour mener à bien son horrible projet fait froid dans le dos, d’autant qu’elle tait fort rapidement ses quelques élans de culpabilité en les justifiant par de pseudo-volontés divines. Néanmoins, et ce fut assez déstabilisant, je n’ai pas pu m’empêcher d’être touchée par la détresse de cette femme dont toute la vie se résume à son besoin viscéral d’être mère. Un besoin mainte fois contrarié, jusqu’à cette fois de trop qui a fini par casser quelque chose en elle. Cela n’excuse pas son comportement, mais j’ai apprécié la manière dont l’autrice a su nous plonger dans la psychologie d’une femme perturbée, capable du pire comme de la plus totale dévotion.

L’alternance des points de vue apporte beaucoup de dynamisme à la lecture, mais c’est probablement la tension et les doutes qui donnent envie de tourner les pages. On aspire, tout comme Eli, à connaître la vérité, tout en la redoutant à mesure que le dénouement approche, et que l’étau se resserre jusqu’à créer une ambiance particulièrement angoissante et étouffante. Pour ma part, j’ai assez rapidement compris le fin mot de l’histoire, même s’il m’a fallu attendre les deux tiers du roman pour être certaine de moi, mais si je n’avais pas lu un thriller qui reprenait le même procédé il y a peu, je me serais laissé berner. L’autrice a, en effet, su créer ici une trame machiavélique qui ne devrait pas manquer de surprendre et de frigorifier bon nombre de lecteurs.

En plus du suspense omniprésent et de ce sentiment de danger étouffant qui monte crescendo, Ne la quitte pas des yeux est un roman que je vous recommanderais pour la pertinence avec laquelle il aborde la maternité sous différentes perspectives : les relations mères filles, la difficulté pour certaines mères de laisser leurs enfants prendre leur envol, le désir non assouvi de maternité, le regard que la société porte sur la grossesse… Une grossesse idéalisée qui fait peser un poids énorme sur des futures mères comme Eli qui souffre, n’arrive pas à passer outre les désagréments de son état et qui ne se sent pas particulièrement attachée à l’être qui grandit en elle. De jugement en injonction au bonheur, on perçoit pleinement à quel point Eli se sent incomprise, et aurait aimé le soutien et le réconfort d’un mari, pas méchant, mais qui semble parfois bien plus impliqué dans son travail que dans le bien-être psychologique de sa femme. En trame de fond, il est également question de deuil périnatal et de la difficulté, voire de l’impossibilité pour certaines personnes de s’en relever…

Autre point que j’ai particulièrement apprécié, le contexte professionnel d’Eli qui travaille dans un service de soins palliatifs. Sans tomber dans le pathos, l’autrice montre la dureté de ce métier, mais aussi les liens que le personnel médical lie avec les patients afin de rendre leur fin de vie la plus digne et humaine possible. C’est un point qui m’a beaucoup touchée, d’autant que l’on sent Eli très impliqué dans son travail et le bien-être des patients.

En conclusion, malgré un style d’écriture efficace, mais qui ne m’a pas transcendée, Ne la quitte pas du regard fut une lecture haletante que j’ai eu bien du mal à lâcher. De fil en aiguille, le doute s’installe, la tension s’intensifie et l’ambiance devient de plus en plus angoissante jusqu’à se faire suffocante. Entre une femme qui vit une grossesse difficile et dont l’existence vole en éclats, une mère qui a construit toute sa vie autour de son enfant unique, et une femme prête à tout pour enfin être mère… les lecteurs découvrent l’amour maternel sous différentes formes. Mais qu’advient-il quand celui-ci devient obsession ? Et si le danger n’était pas celui que l’on pensait ? À travers un final frigorifiant, Claire Allan soulève les voiles d’une terrible vérité…

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé Ne la quitte pas du regard en échange de mon avis.

Mini chronique en pagaille #32 – #ProjetOmbre

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, j’ai choisi de vous parler de quatre textes lus dans le cadre du Projet Ombre.

  • Dans ses yeux de Sébastien Theveny

DANS SES YEUX - Nouvelle / Thriller par [Sébastien THEVENY]

Sam, un quinquagénaire divorcé et plutôt isolé, subit depuis trois ans des migraines, mais les crises se sont intensifiées depuis quelques jours. Et si les médicaments peuvent éventuellement réduire la douleur, ils semblent bien inefficaces contre ce cauchemar récurrent qui accompagne ses nuits. Un cauchemar qui devient de plus en plus précis…

Passant de spécialiste en spécialiste, Sam attend désespérément une explication, mais surtout une solution à ce cauchemar qui l’épuise et le terrifie. Mais si sa situation était liée à un homme peu recommandable comme le pense sa fille, étudiante au Canada ? Je n’en dirai pas plus, mais sachez que dans cette nouvelle, la science est confrontée à une question qui nécessite une certaine ouverture d’esprit. Et c’est d’ailleurs peut-être ce qui m’a un peu dérangée, la facilité avec laquelle policier, fille et médecins acceptent de se pencher sur une hypothèse quelque peu inattendue. J’aurais aimé voir batailler un peu plus le protagoniste et qu’on se pose des questions sur sa lucidité, même si j’imagine que vu le format, il était difficile de s’épancher trop longuement sur ce point.

Dans des yeux est nouvelle sympathique et bien écrite, mais j’avoue qu’elle m’a paru quelque peu conventionnelle et que sa fin manque de piquant. Or, j’apprécie les nouvelles avec une bonne chute ou, du moins, une tentative de chute… Je n’ai donc pas ressenti ce suspense et cette tension que l’auteur a probablement voulu susciter à travers l’histoire de Sam, mais peut-être qu’un lecteur peu coutumier des thrillers, se laissera bien plus surprendre. La nouvelle n’en demeure pas moins très plaisante et agréable à lire.


  • Après l’effondrement : Elon de Christophe Martinolli

Après l'effondrement, tome 0 : Elon par Martinolli

Il s’agit ici de la préquelle à la série Après l’effondrement que je n’ai pas lue, mais je dois avouer qu’elle m’a bien donné envie d’y remédier. J’ai apprécié l’ambiance survivaliste et de fin du monde qui s’en dégage, d’autant que la fin de l’histoire laisse planer un certain mystère sur le devenir d’une famille à laquelle je me suis attachée très rapidement. Une famille qui, en voulant fuir une comète, s’est probablement condamnée à un sort pire ou, du moins, à un sort peu enviable.

Comme dans Eschaton, on retrouve cette idée d’élite qui s’est arrogée le droit de décider qui doit vivre et mourir, même si ici, la solution pour survivre à la fin du monde ne se trouve pas dans un monde virtuel. Le résultat n’en demeure pas moins tout aussi questionnable sur le plan éthique et moral. Quand les élites se transforment en monstres, peu étonnant que le commun des mortels, condamné à survivre comme il le peut, finisse par suivre le chemin de la violence…

En bref, l’histoire est courte, mais si vous aimez les récits de survie, Elon devrait vous plaire et vous donner envie de vous intéresser à la série principale, en croisant les doigts pour que ces deux parents et leur fils échappent à cette cruauté qui semble prête à s’abattre sur eux.


  • La Tour des hiboux de Gustave Aimard

La Tour des hiboux (Annotated) par [Gustave Aimard]

Devant l’insistance des autres participants à un festin, notre narrateur consent à raconter un épisode épique de sa vie. Si j’emploie le verbe consentir, c’est que le bougre s’est quelque peu laissé prier… Il faut dire qu’il pensait ne rien avoir d’intéressant à raconter, alors que l’histoire qu’il dessine sous nos yeux, et qui lui est arrivée lors de ses jeunes années, est des plus haletantes.

Retour donc dans le passé : après un repas chez un ami en compagnie d’un célèbre voleur de grand chemin, il décide de rentrer chez lui malgré le danger de voyager seul en pleine nuit, a fortiori en pleine tempête ! Mais devant le déchaînement des éléments, il finit par trouver refuge dans une vieille tour laissée à l’abandon… Malheureusement pour lui, il semble avoir choisi le mauvais endroit pour passer la nuit, du moins, une nuit tranquille.

La nouvelle étant très courte, je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’auteur a réussi à créer une ambiance mystérieuse et plutôt angoissante. De fil en aiguille, on en vient à sérieusement s’inquiéter pour notre narrateur, tout en tentant de se rassurer : s’il est capable de narrer cette aventure, c’est bien qu’il s’en est sorti. La chute à l’heure actuelle est assez commune, mais elle n’en demeure pas moins efficace. Mais la force de cette nouvelle, du moins pour moi qui adore les belles plumes, est indéniablement le style de cet auteur du XIXe siècle. Un style classique dans ce qu’il y a de meilleur avec cette fluidité teintée d’élégance qui permet de savourer les mots, tout en appréciant l’immersion qu’ils favorisent.

En bref, voici une sympathique nouvelle qui rappelle un peu la tradition des veillées d’antan et qui devrait plaire aux amateurs d’histoires avec des brigands.


  • La Métamorphose de Franz Kafka

La Métamorphose cover art

Lu beaucoup plus jeune suite à une rédaction nous demandant de nous imaginer dans la peau d’un cafard, j’ai eu envie de redécouvrir l’histoire  avec un œil d’adulte, n’ayant pas à l’époque la maturité nécessaire pour comprendre le sous-texte et les différentes critiques sociétales et économiques soulevées par l’auteur.

Et d’emblée, j’ai été frappée par la manière subtile et imaginée avec laquelle il dénonce des choses comme l’aliénation par le travail. À cet égard, la scène d’entrée dans laquelle le narrateur est poursuivi jusqu’à chez lui par un représentant de son patron parce qu’il a un peu de retard est frappante. Complètement absurde, cette scène est presque annonciatrice de la surveillance étroite que subissent actuellement certains salariés, mais elle dénonce aussi parfaitement ce productivisme déshumanisé qu’on attend d’eux. Dans ce cadre, la totale dévotion à son entreprise devient une condition sine qua non pour être un bon salarié, le présentéisme, une exigence, et la maladie, une excuse de fainéant…

Mais ce thème laisse assez vite place à quelque chose de plus pernicieux et vicieux : l’aliénation par la famille. Car si Gregor semble totalement dévoué à sa famille, la réciproque est loin d’être vraie. Ses parents et sa sœur se comportent tout simplement avec lui en parasite, ce qui m’a d’ailleurs un peu fait penser au film coréen du même nom. Ils se reposent complètement sur Gregor pour les faire vivre. Le plus triste, dans cette histoire, c’est que celui-ci semble s’en accommoder et considérer la chose comme normale. Alors même qu’il a perdu contenance humaine et qu’on le néglige, il continue à s’inquiéter pour les siens et à penser à l’avenir de sa sœur. J’imagine qu’il y a des raisons historiques et culturelles à ce comportement, mais pour le lecteur du XXIe siècle , cela ne peut que susciter la plus vive indignation.

Un sentiment qui croît à mesure que sa situation se détériore : plus le temps passe, plus Gregor est laissé à l’abandon et seul face à cette métamorphose dont on ne sait rien, si ce n’est qu’elle a le mérite de dévoiler les plus bas instincts de ses proches. Indifférence puis colère de la part du père, pitié et inquiétude puis ignorance de la part de la mère, soin puis indifférence, voire colère de la part de la sœur. Avec un tel soutien, on en vient à se demander s’il n’est pas préférable pour Gregor de rester dans sa nouvelle condition que continuer à soutenir une famille aussi ingrate. Une famille qui en vient d’ailleurs à prendre une décision révoltante, sans devoir la mettre en place, Gregor leur facilitant, une fois de plus, la tâche. Je n’ai pu m’empêcher de voir dans la fin un acte ultime et douloureux de dévotion d’un jeune homme que sa famille ne méritait clairement pas.

Je ne doute pas qu’il y a encore beaucoup à dire de cette nouvelle qui, en peu de pages, arrive autant à susciter des réflexions qu’à créer la plus vive indignation !

Et vous, certains de ces textes vous tentent-ils ?
Les connaissiez-vous ?

Eschaton, Guy-Roger Duvert

Eschaton par Duvert

Dans un futur proche, la population est passée du statut d’insouciance à celui d’inquiétude, pour enfin vivre dans la résignation : la planète est trop endommagée, le désastre climatique est en cours, la fin de notre civilisation approche. Et pourtant, hormis un fatalisme ambiant, cela affecte peu le quotidien de chacun. Autant profiter de ce qu’on l’a tant que cela dure.

Casey est un compositeur de musiques de films célèbre, confortablement installé dans sa villa sur les hauteurs de Hollywood. Ayant perdu ses parents, des climatologues faisant partie des derniers à s’être battus pour empêcher la catastrophe, il est comme les autres, profitant des bienfaits d’une existence certes agréable, mais qu’il sait condamnée. À sa propre surprise, il se retrouve contacté par un homme qui prétend connaître la date exacte de la fin du monde, et qui parle d’un programme lancé pour permettre à notre civilisation d’y survivre. Un monde virtuel dans lequel seront copiés les personnalités de tous les plus grands scientifiques et artistes vivants, et duquel ils pourront sortir des siècles plus tard, lorsque la planète sera à nouveau habitable. Pour résumer : lui mourra bien le jour de l’Eschaton, du jugement dernier, mais sa copie digitale lui survivra. N’ayant rien à perdre, il accepte.

Tout bascule lorsque peu après, il tombe amoureux d’Eve, une brillante journaliste. L’idée qu’une partie de lui puisse survivre sans elle devient insupportable. Le couple va alors s’élancer dans une enquête à travers les États-Unis, sur fond de fin du monde climatique, afin de localiser le site du programme et en convaincre les responsables d’intégrer Eve.

Auto-édité (24 janvier 2021) – 233 pages – Papier (17,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Imaginez un futur proche où l’inconscience humaine a atteint un tel stade que le monde ne peut plus être sauvé de lui-même. Réchauffement climatique, incendies, catastrophes naturelles en série, montées des eaux entraînant d’importants flux migratoires et des guerres civiles… C’est dans ce climat anxiogène de fin du monde que les humains continuent pourtant à évoluer. Conscients de leur fin prochaine, un certain fatalisme s’est d’ailleurs emparé d’eux. Et Casey, célèbre compositeur de musique, n’échappe pas à la règle. Cela explique peut-être l’étrange attraction que la journaliste Eve, rencontrée lors d’une interview, exerce sur lui, cette femme respirant la bonne humeur et la joie de vivre. Des qualités qui tranchent quelque peu avec la morosité ambiante.

Riche, reconnu professionnellement et vivant dans un quartier à l’abri des inondations, Casey n’est pas à plaindre même s’il s’avère difficile de le considérer comme quelqu’un de profondément épanoui. Sa bonne étoile semble le poursuivre quand on lui propose d’intégrer un projet secret visant à sauvegarder la personnalité et la mémoire de personnes triées sur le volet afin que leur esprit survivre à leur mort physique. Une fois le monde redevenu sain et habitable, il est prévu de transférer ces copies digitales dans des clones fabriqués à partir de l’ADN des quelque 60 000 participants. En attendant, ces sauvegardes évoluent en parfaite autonomie dans une sorte de paradis artificiel, le Framework, modulable selon les attentes et les souhaits de chacun.

Un projet un peu fou qui offre un véritable espoir en l’avenir et en la possibilité de faire revivre le monde de ses cendres, mais qui ne sera pas sans soulever de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Est-il juste que quelques personnes s’arrogent le droit de vie et de mort sur tout le monde ? En quoi un grand artiste est-il plus apte à participer à la reconstruction d’un monde équilibré qu’une personne altruiste ou un simple individu à l’éthique irréprochable ? Si j’ai pu comprendre, intellectuellement, cette volonté de sauvegarder la crème de la crème, je n’ai pu, humainement, m’empêcher d’être rebutée par cet élitisme qui ne se cache même pas. Et puis, l’élite qui, soit dit en passant, prend déjà une bonne partie des décisions, ne risque-t-elle pas de reproduire purement et simplement les conditions d’une nouvelle catastrophe ?

Malgré son aspect peu éthique, immoral et amoral, Casey ne résiste pas à cette offre inespérée de continuer à vivre au-delà de la mort, ce que je comprends très bien, d’autant que la date de fin du monde qu’on lui a annoncée approche à grands pas. Notre solitaire n’avait néanmoins pas prévu de tomber amoureux ! Or, si son moi virtuel est bien à l’abri de la fin du monde et coule des jours heureux dans le Framework, Eve, quant à elle, n’a pas eu la chance d’être contactée pour être sauvegardée. Une situation intolérable pour ces deux amoureux qui, tels deux héros dramatiques, aimeraient continuer à être unis après leur mort physique. Déterminés à faire de cet ardent désir une réalité, Eve et Casey se lancent sur la piste de l’entreprise à l’origine du projet, ce qui ne sera pas une tâche aisée, cette dernière ayant veillé à cacher ses traces.

J’ai beaucoup aimé suivre nos héros dans cette quête qui va les conduire à traverser des décors de désolation dignes d’un bon film post-apocalyptique. Si notre monde est déjà soumis aux caprices de la météo, à travers leur mini road trip, on réalise que la situation pourrait être bien pire… Eschaton, à cet égard, est un très bon roman d’anticipation, les propos de l’auteur semblant tristement crédibles et réalistes que ce soit au niveau de l’état de ce monde où la nature a clairement décidé de faire payer aux hommes le prix de leurs imprudences et excès, les comportements ayant conduit à ce grand gâchis ou encore, la manière dont les pays ont opté pour des stratégies de repli plutôt que de coopération. Ainsi, au lieu de trouver une solution globale afin d’éviter la surchauffe de la planète ou, à défaut, de développer un moyen de protéger le maximum de monde, chaque gouvernement a tenté de développer dans son coin une solution. Et bien sûr, une solution dont seuls les plus nantis et influents pourront bénéficier. À cet égard, on peut dire que secteur public et privé se ressemblent bien plus qu’ils ne le devraient…

De la première à la dernière ligne, l’auteur a su me captiver, d’autant que le rythme est haletant, l’écriture rythmée et les chapitres dynamiques. Je crois d’ailleurs que de tous ses romans, Eschaton est mon préféré, peut-être parce que je me suis terriblement attachée à ce couple qui doit affronter la fin du monde main dans la main, mais plus probablement en raison de cette idée d’arche de Noé virtuelle qui soulève des questions d’ordre éthique et moral qui n’ont pas manqué de m’interpeller. J’ai également apprécié d’alterner entre le Casey de la réalité et celui du Framework, tous les deux évoluant différemment, puisque pas soumis aux mêmes épreuves.

L’auteur introduit d’ailleurs un certain suspense : là où l’enjeu dans la vraie vie est la sauvegarde de l’esprit d’Eve, dans le Framework, il s’agit bien plus de l’adaptation de notre compositeur à sa vie virtuelle. Or, au fil des jours, ce dernier sent que quelque chose ne va pas : des photos noircies, des souvenirs manquants, un sentiment inexplicable de vide… Et si Kinglsey, sorte de concierge virtuel, lui cachait des informations et que le Framework n’était pas le paradis qu’on lui a vendu ? Je n’en dirai pas plus, si ce n’est que l’auteur dénoue avec brio les doutes de son protagoniste et de ses lecteurs, en introduisant notamment une dimension psychologique à son roman. En effet, conserver les esprits de personnes brillantes est une chose, mais en assurer l’équilibre psychologique et le bien-être mental, en est une autre…

En résumé, ce roman d’anticipation confirme le talent de Guy-Roger Duvert pour proposer des intrigues accessibles, fluides et captivantes qui poussent les lecteurs à réfléchir à l’état du monde actuel et à se poser de nombreuses questions d’ordre éthique et moral. Teintée de romance, mais avant tout dérangeant de réalisme, Eschaton devrait vous offrir un moment de divertissement agréable entre monde virtuel, enquête sur les traces d’une entreprise secrète et espoir en la technologie pour faire renaître de ses cendres un monde condamné par l’inconscience humaine.

Merci à l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le cadeau, Sebastian Fitzek

Le cadeau par Fitzek

Il est des cadeaux qu’on préférerait ne jamais recevoir…

Arrêté à un feu à Berlin, Milan Berg aperçoit sur le siège arrière d’une voiture une ado terrorisée qui plaque une feuille de papier contre la vitre. Un appel au secours ? Milan ne peut en être certain : il est analphabète. Mais il sent que la jeune fille est en danger de mort.

Lorsqu’il décide de partir à sa recherche, une odyssée terrifiante commence pour lui. Accompagné d’Andra, sa petite amie, Milan est contraint de retourner sur l’île de son enfance. Là, il va découvrir des pans entiers de son passé qu’il avait oubliés…

Une cruelle prise de conscience s’impose alors : la vérité est parfois trop horrible pour qu’on puisse continuer à vivre avec elle – et l’ignorance est souvent le plus beau des cadeaux…

Comme à son habitude, Sebastian Fitzek a imaginé un scénario diabolique qui manipule le lecteur pour son plus grand plaisir.

L’Archipel (4 mars 2021) – 350 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)

AVIS

Sebastian Fitzek est un auteur dont j’ai entendu beaucoup de bien. J’étais donc impatiente de le découvrir à travers son dernier roman, Le cadeau. Un titre qui ne manque pas d’ironie si l’on considère le piège infernal dans lequel va tomber Milan, un personnage souffrant d’une forme lourde d’analphabétisme : l’alexie totale.

Incapable de lire et d’écrire et ne voyant dans les lettres que des formes indéchiffrables, il a dû développer, au fil des ans, des stratégies de compensation et d’évitement pour faire face à la plupart des situations du quotidien. Son incapacité à lire ne l’a ainsi pas empêché de trouver un travail de serveur et de nouer une relation amoureuse avec sa collègue, Andra. Ce métier alimentaire ne lui permet néanmoins pas de valoriser ses talents, Milan étant un petit prodige des chiffres doté d’une mémoire photographique et d’une grande intelligence. Des qualités qui lui seront fort utiles quand il va se lancer sur la piste d’une jeune fille qu’il soupçonne d’avoir été kidnappée.

Une bonne action aussi héroïque que malencontreuse puisque de fil en aiguille, cette affaire de kidnapping va se complexifier et pousser Milan dans ses retranchements. Plus il tente de retrouver Zoé et de la sauver d’un triste sort, plus le brouillard autour de son enlèvement s’opacifie et le plonge dans un océan de doutes et de perplexité, d’autant que tout semble être lié à son passé ! Alors que certains auraient probablement appelé la police pour démêler cette affaire, Milan semble lui-même s’enfermer dans un piège qui prend de plus en plus des allures de jeu malsain duquel il n’a que peu d’espoir de sortir indemne. Devant la cruauté dont fait preuve le ravisseur de Zoé, Milan lui-même commence à changer et à dévoiler une part assez sombre de son être…

Et c’est l’un des atouts du roman, la manière dont l’auteur joue sur le côté limite de son personnage dont les méthodes se confondent bien souvent avec ceux des méchants. Il n’hésite pas à cogner et à menacer, s’enfonçant de plus en plus dans les ténèbres. Dépassé par la situation, il sera heureusement écouté et soutenu par sa compagne et collègue, Andra. Toutefois, dans ce roman, personne ne semble jouer franc-jeu ! Assez vite, on se pose des questions sur cette femme et ses mensonges qu’ils soient directs ou par omission. Peut-on totalement lui faire confiance ou la manière dont elle a pris Milan sous son aile malgré une première rencontre fracassante, cache-t-elle quelque chose ?

L’auteur joue indéniablement avec nos nerfs, nous poussant à nous méfier de tout et de tout le monde, de la victime qu’est finalement Milan aux personnes de son entourage, parfois très très proche. Ce sentiment de suspicion qui ne fait que s’intensifier introduit énormément de tension, de mystère et de suspense ! Il est quasiment impossible de ne pas enchaîner les chapitres, d’autant que courts et rythmés, ils offrent une alternance de points de vue et de temporalité intéressante. Si le présent est passionnant, notamment par l’enchevêtrement d’événements dans lequel il nous plonge, j’ai adoré creuser le passé de Milan. Au gré de son enquête et des révélations qui lui sont faites, il tente de faire la lumière sur tous les souvenirs qui semblent lui échapper depuis un terrible incident ayant coûté la vie à sa mère. Mais est-il vraiment prudent de réveiller le passé ? L’ignorance n’est-elle pas parfois le plus beau des cadeaux ?

Sans entrer dans les détails, je peux vous dire que l’auteur vous réserve du grandiose, tout en abordant une thématique qui me passionne : l’inné et l’acquis. Existe-t-il un gêne de la méchanceté et de la malveillance ? Certaines personnes sont-elles mauvaises par essence ou possédons-nous tous un potentiel de destruction qui s’exprime ou non en fonction de notre éducation et de notre environnement ? Le regard que l’on porte sur quelqu’un, non pas en fonction de ce qu’il est, mais de nos croyances, ne risque-t-il pas à terme d’influencer négativement sa vie ? Ce sont des exemples, parmi d’autres, des questions passionnantes que soulève ce roman qui ne cherche néanmoins jamais à imposer certaines vérités. La fin en est bien une, mais elle n’apporte pas une réponse claire et définitive à cette question de l’inné et de l’acquis qui continue à diviser les foules et susciter des débats enflammés.

Si j’avais anticipé certaines révélations, dont l’une assez rapidement, je me suis laissée complètement surprendre par le twist final, qui prouve qu’il faut parfois se méfier de nos propres déductions. L’auteur réussit à nous mener là où il le voulait sans jamais éveiller nos doutes. Peut-être parce qu’il y a quelque chose de terriblement machiavélique derrière la raison de toute cette histoire qui n’est pas à conseiller aux âmes sensibles, certains passages se révélant assez durs. Je pense, entre autres au prologue qui m’a horrifiée ou à une scène avec une agrafeuse. Mais heureusement, l’auteur n’abuse pas des scènes de torture, préférant nous plonger dans l’angoisse et l’horreur grâce à un travail sur la psychologie torturée de ses personnages et sur le mystère omniprésent et entêtant.

J’ai néanmoins regretté un certain manque de profondeur concernant l’un des protagonistes, ce qui rend ses actions peu crédibles, sauf à considérer qu’il souffre d’une pathologie autre que la malveillance pure ! Mais ce qui m’a empêchée d’avoir un coup de cœur pour ce roman pourtant captivant, c’est cette impression d’être dans un blockbuster ou un thriller à l’américaine. L’enchevêtrement des événements, bien que diablement efficace, manque quelque peu de subtilité, voire en certaines occasions, de réalisme. Alors, j’aurais peut-être préféré que l’on occulte parfois le côté grand spectacle pour prendre le temps de se poser et de creuser certaines scènes, réactions et actions… Cela aurait permis d’ancrer le roman un peu plus dans la réalité, d’en faire ressortir toute l’horreur et d’en souligner la profondeur, l’auteur évoquant des thématiques importantes et sous-représentées en littérature.

En conclusion, Le cadeau est un peu le thriller des mauvaises décisions que l’on prend pour de bonnes raisons, mais c’est surtout un roman haletant qui vous plonge avec brio dans un jeu malsain entre présent et passé dont personne n’est certain de sortir complètement indemne. Sombre, rythmée, palpitante et auréolée d’une bonne dose de mystère et de nombreux secrets, cette histoire vous poussera dans vos retranchements, avant de vous faire réaliser que l’ignorance est parfois autant un fardeau qu’un cadeau.

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé ce roman en échange me mon avis.