L’assassin de ma sœur, Flynn BERRY

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir L’assassin de ma sœur de Flynn Berry.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Imaginez la série policière Broadchurch écrite par Elena Ferrante. » Claire Messud

Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.

  • Broché: 272 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (20 septembre 2018)
  • Collection : SANG D’ENCRE
  • Prix : 20.90€
  • Traduction : Valérie MALFOY

AVIS

Quand sa sœur, Rachel, ne l’attend pas à la gare, Nora ne s’en formalise pas. Londonienne, elle se fait un plaisir de passer le week-end dans la campagne anglaise avec cette sœur dont elle si proche. Mais au plaisir du bon repas qu’elle imaginait déjà, se substituent des images d’horreur : une mise en scène macabre dans laquelle le chien de sa sœur est pendu et Rachel sauvagement assassinée. Nora prend alors la décision de s’installer dans le village de sa sœur pour faire le point sur cette affaire qui fait tristement écho à cet acte de violence dont Rachel a été victime par le passé. D’ailleurs, les deux affaires, sont-elles liées ? Une question parmi tant d’autres qui mèneront Rachel sur une pente glissante, la jeune femme semblant parfois perdre prise avec la réalité…

L’enquête à proprement parler n’est pas passionnante, du moins, du point de vue policier puisque les deux personnes en charge du dossier se montrent aussi incompétentes l’une que l’autre, l’une par manque d’objectivité, et l’autre par l’absence cruelle de clairvoyance et/ou de véritable implication. Mais tout l’intérêt du roman ne tient pas dans une enquête rondement menée, mais bien dans cette tension psychologique que l’autrice a su faire sienne. Devant le manque d’intérêt de la police pour le meurtre de sa sœur, Nora prend les choses en main et entre dans une sorte de spirale infernale où elle alterne entre les souvenirs de sa sœur, et le retour à la dure réalité dans laquelle sa sœur n’est plus. Entre les deux, il y a les découvertes qu’elle fait petit à petit sur cette personne qu’elle pensait connaître de A à Z, mais qui lui réserve finalement quelques surprises. La vie de Rachel telle que l’imaginait Nora se fissure au fur et à mesure de son enquête, ce qui ne pourra que venir épaissir le mystère autour de sa mort et rendre la douleur de sa perte encore plus difficile. Quand la personne que vous aimiez le plus au monde vous cachait des choses, comment ne pas se sentir désemparé, voire blessé ?

Si j’ai beaucoup apprécié le roman au point de le lire d’une traire une nuit d’insomnie, j’ai regretté que l’autrice ne prenne pas le temps de développer un peu plus les personnages secondaires, et notamment deux personnes qui avaient tout le potentiel pour ajouter une touche supplémentaire de tension et de suspense. Alors qu’ils sont supposés semer le doute dans l’esprit de la police, de Nora et des lecteurs, je n’ai pour ma part pu m’empêcher de regretter un manque criant de charisme. Toutefois, je comprends le choix de l’autrice de se focaliser principalement sur Nora et sa sœur, la relation complexe entre les deux femmes étant, quant à elle, brillamment dépeinte. Rachel est morte, mais on ressent encore de manière poignante et indiscutable la force des liens qui l’unissaient à Nora. Cela permet de comprendre un peu mieux l’obsession de Nora pour l’enquête et les mesures qu’elle est prête à prendre pour connaître la vérité, toute la vérité, quitte à réveiller des traumatismes du passé et les peurs qui y sont associées.

D’ailleurs, en plus des liens familiaux, les traumatismes et la difficile (re)construction de soi semblent être au cœur du roman. Les deux sœurs ont vécu un traumatisme durant leur jeunesse, l’une en tant que victime directe, l’autre en tant que « dommage collatéral ». Les deux jeunes filles, devenues femmes, se sont donc construites autour de ce choc, ce qui leur a permis d’avancer dans la vie tout en les enfermant paradoxalement dans une sorte de prison. À trop revivre le passé, difficile de construire le présent ! Toutes les deux obsédées par l’idée de retrouver le bourreau de Rachel, il s’est noué entre elles, une relation qui m’a semblé quelque peu malsaine comme si les deux soeurs étaient liées par la douleur plutôt que le bonheur… Mais si l’on considère la mort brutale et sanguinolente de Rachel, peut-être que le drame fait finalement partie intégrante de la vie de ces deux sœurs.

Narré du point de vue de Nora, le récit est prenant et immersif, car si Nora n’est pas particulièrement attachante, elle arrive à captiver le lecteur par ses allers-retours entre présent et passé, entre les bons et mauvais souvenirs, et ce présent où Rachel, malgré sa mort, continue à jouer un rôle crucial dans la vie de sa sœur. Il est parfois déstabilisant de suivre les cheminements de pensée de Nora qui saute d’une époque à l’autre, mais ses souvenirs, distillés avec efficacité, forment la trame du roman, un roman dans lequel transparaît tout le poids des secrets, des liens du sang, des traumatismes, du deuil et de la solitude. À travers son récit, Flynn Berry évoque également, même si c’est de manière succincte, les violences faites aux femmes comme cette violence domestique que chacun préfère ignorer quand le bourreau est quelqu’un de respecté ou encore, le viol et les accusations à peine voilées transformant la victime en coupable.

Tous ces thèmes forts et difficiles sont renforcés par l’ambiance pesante qu’a su instaurer l’autrice. Sans être claustrophobe, on se sent étouffer dans ce village qui prend presque vie sous nos yeux grâce aux descriptions de Nora. On retrouve cette ambiance à la Broadchurch avec cette impression oppressante qui se dégage du temps, des rues, du confinement propre aux petits villages dans lesquels tout le monde pense se connaître alors que des secrets, parfois terribles, couvent entre les murs des maisons…

Enfin, au-delà de la tension psychologique omniprésente, l’autrice a veillé à offrir à ses lecteurs un certain suspense. Ne vous attendez pas à un suspense haletant, mais plutôt le genre de suspense qui vient titiller votre curiosité tout en vous laissant le temps d’appréhender l’histoire dans son ensemble et de réfléchir aux indices qui vous sont progressivement dévoilés. Les choses s’emballent dans les derniers chapitres, et à mesure que l’étau se resserre autour de l’assassin de Rachel, on se rend compte de la manière dont l’autrice a su brouiller les pistes. Il m’a ainsi fallu un certain temps avant d’identifier l’assassin de Rachel…

En conclusion, Flynn Berry a su dès le départ attiser ma curiosité à travers une plume simple, mais efficace qui n’appelle à rien d’autre qu’à se laisser prendre par la main pour entendre l’histoire de Nora et de Rachel, deux sœurs à la relation aussi fusionnelle que complexe. Et ça marche, dès les premières lignes, on se laisse embarquer dans le récit sans se poser de questions, on écoute attentivement les confidences de Nora qui alterne entre ses souvenirs et ses suspicions quant à l’identité du meurtrier de sa sœur, on savoure la tension psychologique qui se dégage presque toute seule des pages… En d’autres termes, on dévore ce roman qui dispose de tous les éléments indispensables à la réussite d’un thriller, et accessoirement, d’un page-turner.

Et vous, avez-vous envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne.

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Premières lignes #46 : Double piège, Harlan Coben

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Cela fait un petit moment que je n’ai pas participé à ce rendez-vous que j’aime pourtant beaucoup… Pour l’occasion, j’ai voulu vous présenter une valeur sûre : Harlan Coben. Quand je veux un thriller efficace qui se lit d’une traite, je me tourne volontiers vers cet auteur… Double piège est un roman qui traîne dans ma PAL depuis plusieurs mois et j’espère bien l’en faire sortir bientôt.

Vous pensez connaître la vérité.
La vérité est que vous ignorez tout.

New Jersey, aujourd’hui.
Pour surveiller sa baby-sitter, Maya a installé une caméra dans son salon. Un jour, un homme apparaît à l’écran, jouant avec sa petite Lily. Un homme que Maya connaît bien : Joe, son mari… qu’elle vient d’enterrer.
Un choc. Et de troublantes découvertes : le certificat de décès de Joe a disparu et l’arme impliquée dans sa mort est aussi celle qui a coûté la vie à la sœur de Maya, Claire, trois ans plus tôt.
Mort ou vivant, qui était vraiment Joe ? Doit-on croire tout ce que l’on voit ?
Pour Maya, l’heure est venue de plonger dans un passé trouble ; un monde à la frontière entre vérité et illusions. Un monde dangereux, dont elle pourrait être la nouvelle victime.

BANDE-ANNONCE

PREMIÈRES LIGNES

Joe fut enterré trois jours après son assassinat.

Maya était en noir, comme il sied à une veuve éplorée. Le soleil cognait avec une fureur implacable qui lui rappela les mois passés dans le désert. Le pasteur de leur paroisse débitait des banalités, mais elle n’écoutait pas. Son regard qui vagabondait se posa sur la cour de récréation de l’autre côté de la rue.

Oui, le cimetière donnait sur une école primaire.

Maya était passée par là un nombre incalculable de fois, entre l’école et le cimetière, et pourtant le caractère étrange, voire obscène de cette topographie ne l’avait jamais frappée auparavant. Qu’est-ce qui avait été là en premier, l’école ou le cimetière ? Et qui avait décidé de construire une école à côté d’un cimetière… ou l’inverse ? Était-ce si grave, au fond, cette juxtaposition du début et de la fin de vie, ou était-ce justement poignant ? La mort est toujours si proche qu’il est peut-être sage de familiariser les enfants avec ce concept dès leur plus jeune âge.

Voilà le genre de réflexions ineptes dont Maya s’emplissait le crâne pendant que le cercueil de Joe disparaissait sous terre. Penser à autre chose pour tenir le coup.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Appréciez-vous l’auteur ?

Premières lignes #45 : Les apparences, Gillian Flynn

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour ce thème, j’ai eu envie de vous parler du roman Les Apparences de Gillian Flynn.

Après Sur ma peau et Les Lieux sombres, la plus « littéraire » des auteurs de thrillers nous offre un suspense diabolique. Préparez-vous à vivre de délicieuses heures d’angoisse !

 » À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. « 

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Charlie, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Charlie a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Charlie ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre qu’elle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Charlie est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

PREMIÈRES LIGNES

Quand je pense à ma femme, je pense toujours à son crâne. À la forme de son crâne, pour commencer. La toute première fois que je l’ai vue, c’est l’arrière de son crâne que j’ai vu, et il s’en dégageait quelque chose d’adorable. Comme un épi de maïs dur, luisant, ou un fossile trouvé dans le lit d’une rivière. Elle avait ce que les Victoriens auraient appelé une tête bien faite. Il n’était pas difficile d’imaginer la forme de son crâne.

Je reconnaîtrais son crâne entre mille.

Et ce qu’il y a dedans. Je pense à ça, aussi : à son esprit. Son cerveau, toutes ses spires, et les pensées qui circulent dans ces spires tels des mille-pattes impétueux frappés de frénésie. Comme un enfant, je m’imagine en train d’ouvrir son crâne, de dérouler son cerveau et de le passer au crible afin de tenter d’attraper et de fixer ses pensées. À quoi tu penses, Amy ? La question que j’ai posée le plus souvent pendant notre mariage, même si ce n’était pas à haute voix, même si ce n’était pas à la personne qui aurait pu y répondre. Je suppose que ces questions jettent une ombre funeste sur tous les mariages : À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’allons-nous faire ?

Je n’ai pas encore lu le roman, mais j’ai vu l’adaptation cinématographique que j’avais bien appréciée malgré quelques longueurs et un twist final que j’avais assez vite anticipé…

Et vous, connaissez-vous ce roman ? L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Participations des autres blogeurs/blogueuses :

La Chambre rose et noire
Songes d’une Walkyrie
Au baz’art des mots
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Les livres de George
La couleur des mots
La Booktillaise
Lectrice assidue en devenir
Au détour d’un livre
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Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
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La Voleuse de Marque-pages
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L’Échange, Rebecca Fleet

Je remercie La Bête Noire et Babelio pour m’avoir permis de découvrir L’Échange de Rebecca Fleet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

 » Personne ne vit ainsi… à moins d’avoir quelque chose à cacher. « 

Quand Caroline et Francis reçoivent une offre pour échanger leur appartement de Leeds contre une maison en banlieue londonienne, ils sautent sur l’occasion de passer une semaine loin de chez eux, déterminés à recoller les morceaux de leur mariage. Mais une fois sur place, la maison leur paraît étonnamment vide et sinistre. Difficile d’imaginer que quelqu’un puisse y habiter.

Peu à peu, Caroline remarque des signes de vie, ou plutôt des signes de sa vie. Les fleurs dans la salle de bains, la musique dans le lecteur CD, tout cela peut paraître innocent aux yeux de son mari, mais pas aux siens. Manifestement, la personne chez qui ils logent connaît bien Caroline, ainsi que les secrets qu’elle aurait préféré garder enfouis. Et à présent, cette personne se trouve chez elle…

  • Broché: 336 pages
  • Éditeur : Robert Laffont (7 juin 2018)
  • Collection : LA BÊTE NOIRE
  • Prix : 20€
  • Autre format : ebook

AVIS

Échanger sa maison ? N’est-ce pas là une idée séduisante pour passer quelques jours agréables loin du train-train quotidien et, peut-être, apporter un second souffle à son couple ? C’est en tout cas ce que pensait Caroline avant de se rendre compte que cette maison en banlieue londonienne dans laquelle elle doit passer une semaine avec son mari n’est pas aussi accueillante qu’elle l’aurait espéré. Pire, en plus de son côté épuré à la limite du sinistre, cette maison semble comme vouloir lui mettre sous les yeux des indices de sa vie ou, du moins, d’une période précise de sa vie qu’elle s’efforce pourtant d’oublier…

D’une plume alerte et vive, Rebecca Fleet nous entraîne dans la vie de cette femme, de son mari et partage, par petites touches, les pensées de la personne qui habite momentanément chez eux. L’alternance des points de vue se révèle parfaitement maîtrisée au point de vous pousser à lire le roman sans voir le temps passer et ceci, malgré quelques longueurs. Mais ce qui vous tiendra vraiment en haleine, ce sont les sauts dans le temps qui vous apporteront, au compte-gouttes, des informations sur le passé de Caroline et de son mari, un couple dans la tourmente.

Caroline est une femme qui a provoqué chez moi des sentiments assez contradictoires. Engluée dans un mariage qui ne la rend plus heureuse, elle finit par succomber aux sirènes de l’adultère. Mais à la vue du comportement de son mari, un toxicomane, difficile de ne pas comprendre ses envies d’ailleurs même si personnellement, je ne pense pas que fuir une relation qui part en déliquescence en s’engageant dans une relation adultérine soit la meilleure solution. Si cette liaison ne m’a pas dérangée outre mesure en raison du contexte, Caroline m’a perturbée par son manque d’empathie pour son mari, mais pas que… Elle m’a semblé ainsi très autocentrée même si au fil des révélations, on arrive à mieux la comprendre et on se rend compte que les apparences sont parfois trompeuses. Cette femme meurtrie fait donc de son mieux pour avancer dans la vie malgré les circonstances que je vous laisserai évidemment découvrir par vous-mêmes.

La construction psychologique de Caroline, qui semble parfois perdue dans ses sentiments, est très bien menée, mais rien d’étonnant si l’on considère que le gros point fort de ce roman est le travail réalisé sur la psychologie des personnages. L’autrice a pris le temps de nous faire découvrir petit à petit ses protagonistes comme nous le ferions avec quelqu’un dans la vraie vie. Elle nous mène parfois sur de fausses pistes, nous amène à revoir nos jugements en nous montrant que les choses peuvent se révéler plus complexes qu’au premier abord. Elle sème le doute sur les sentiments de chacun et sur les motivations qui ont poussé une personne à prendre possession de l’appartement de Caroline et à la tourmenter. Est-ce vraiment cet amant dont elle n’a plus eu de nouvelles depuis deux ans ? Le cas échéant, que veut-il ? Et si ce n’est pas lui, qui peut bien vouloir s’immiscer d’une manière aussi dérangeante dans sa vie et surtout, pour quelles raisons ?

Si j’ai apprécié le suspense distillé tout au long du livre, c’est donc bien l’atmosphère angoissante et la tension qui se dégagent du roman qui ont su attiser ma curiosité et happer mon attention. On finit par partager cette inquiétude qui conduit progressivement Caroline sur le bord du précipice. Comme elle, on se pose donc des questions, on élabore des hypothèses et on sent la tension monter jusqu’à la révélation finale !

À cet égard, je dois dire que l’auteure a su me surprendre, car je ne m’attendais pas à ce que l’histoire prenne cette tournure malgré les petits indices placés par-ci, par-là. En revanche, une fois la première révélation passée, tout se met très vite en place, peut-être un peu trop d’ailleurs puisque je n’aurais pas été contre un twist final un peu plus surprenant. La fin m’a, en outre, laissée mitigée, pas dans son essence, mais dans les sentiments qu’elle a provoqués en moi. Je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver assez optimiste dans la mesure où elle nous montre que la vie peut toujours nous offrir un nouveau départ, mais d’un autre côté, je l’ai trouvée profondément injuste… Elle ne devrait donc pas vous laisser de marbre et, peut-être, comme ce fut mon cas, vous pousser à vous lancer dans quelques débats intérieurs sur la notion de justice, de pardon et de rédemption.

Enfin, j’ai apprécié ce roman, car de manière générale, je suis très sensible aux récits dans lesquels la dimension psychologique des personnages revêt une importance majeure. Je reconnais néanmoins certaines longueurs voire quelques redondances qui pourraient gêner les amateurs de thrillers menés tambour battant. L’autrice prend vraiment le temps de jouer avec nos nerfs afin de nous laisser former nos propres hypothèses quant à cet étrange échange de maison…

En conclusion, derrière l’histoire banale d’un couple qui part à la dérive et qui essaie de se reconstruire, Rebecca Fleet a su rebondir pour nous proposer un récit à la tension psychologique omniprésente et au suspense bien dosé. Petit à petit, couche par couche, le passé et le présent se mêlent et s’entremêlent pour nous laisser face à des protagonistes avec leurs failles et leurs tentatives, parfois maladroites, de se libérer de leurs démons et d’avancer. L’Échange, c’est donc une histoire d’amour et de haine, de non-dits, de secrets, mais aussi de reconstruction de soi et de sa capacité à s’affranchir des chaînes du passé afin d’apprendre à vivre dans le présent.

Et vous, envie de découvrir L’échange ? Retrouvez le roman sur le site Lisez !

Sublimation, Bastien Pantalé

J’ai lu ce roman dans la cadre du Prix des auteurs inconnus, le livre concourant dans la catégorie Imaginaire.

Prix des auteurs o

RÉSUMÉ

Bordeaux, place de la Bourse, une oeuvre d’art intrigue les passants. Le meurtre atroce qu’elle dissimule annonce une psychose sans précédent.
Dans son atelier parisien, Damian Leisenberg subit les assauts de visions persistantes, des scènes macabres laissant présager le pire.
Le controversé Capitaine Bonhoure se lance sur la piste d’un tueur en série pour le moins créatif, mais face à la complexité de l’enquête, ses dons de criminologue ne seront rien sans les avis éclairés du Lieutenant Torrès.
Du port de la lune à Paris, le duo d’enquêteurs, impuissant, assiste au décompte des victimes.

Dans la lignée de Seven. Un thriller psychologique qui changera à jamais votre regard sur l’Art.

  • Broché: 326 pages
  • Éditeur : L’Intemporel (3 décembre 2016)
  • Prix : 0.99€ (livre disponible dans l’offre Emprunt abonnement Kindle)
  • Autre format : broché

AVIS

Sublimation n’a pas vraiment réussi à me convaincre même si je lui reconnais volontiers un certain nombre de qualités, l’auteur vous proposant une histoire très bien écrite avec des passages descriptifs très immersifs, et des scènes assez gores pour susciter un certain effroi chez les lecteurs et apporter une tension psychologique fort intéressante.

Alors que je ne suis pas une grande adepte des scènes où le sang coule à flots, la précision presque chirurgicale des passages où le Sculpteur pratique son « art » a ce quelque chose de cinématographique qui m’a bien plu. Car le Sculpteur, surnom donné à un tueur en série, a une vision très particulière de l’art. Avec lui, l’esthétisme se pare d’une dimension horrifique à laquelle il est bien difficile de rester insensible. Il a ainsi pris l’étrange habitude de recouvrir le corps de ses victimes de plâtre, faisant de leurs corps statufiés une œuvre d’art à part entière. Sur ce point, je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai adoré l’idée complètement tordue et originale de l’auteur…

Pour autant, il serait faux de considérer ce tueur en série comme un simple psychopathe : derrière sa démarche que nous qualifierons de morbidement originale, il y a une vraie philosophie, une philosophie du beau et du juste. Cet homme ne tue pas ses victimes au hasard, chacune d’entre elles ayant des choses sur la conscience, et il ne se contente pas de se faire le bras armé d’une justice parfois défaillante. Il venge, mais il transforme également le laid en quelque chose de beau, comme si l’art venait au secours des vices de cette humanité parfois si sombre. Cette rencontre de l’art et du sang, de la laideur transformée en beauté est un point que j’ai beaucoup apprécié d’autant qu’ayant peu de connaissances en matière artistique, j’ai trouvé très intéressantes les différentes informations distillées tout au long du roman par l’auteur.

Mais ne vous inquiétez pas, si l’art n’est pas votre tasse de thé, l’histoire ne se limite pas à sa dimension artistique puisque nous sommes bien ici dans un thriller avec une enquête menée par un duo de policiers, un homme assez impulsif, le capitaine Bonhoure, et une jeune femme, le lieutenant Torrès, spécialisée dans l’art. Moi qui aime m’attacher aux personnages, je n’ai rien ressenti devant ce duo qui n’est pas particulièrement original. Le capitaine a néanmoins pour moi un intérêt dans la mesure où malgré son métier, il semble avoir une moralité à géométrie variable. Devant les faits divers où un tueur ou un violeur s’en sort avec une peine ridiculement petite, n’avez-vous jamais pensé qu’il aurait mérité d’être plus sévèrement puni, voire pire, dans les cas extrêmes ? Une pensée fugace que votre éducation ou votre sens moral vous font très vite taire et regretter… Bonhoure lui ne regrette pas ce genre de pensée, ce qui le pousse à ressentir une forme d’empathie voire de respect pour le tueur. Moi-même, sans l’approuver et en restant horrifiée devant les meurtres commis, j’ai réussi à comprendre le raisonnement du Sculpteur. L’auteur a donc réussi à créer un méchant dont on condamne les actes tout en arrivant, dans une certaine mesure, à les comprendre.

Le roman se révèle donc intéressant dans les questions qu’il soulève notamment sur la notion de morale, de justice et de vengeance. Il présente toutefois pour moi un gros problème pour un thriller : l’absence de suspense ! Quand je lis ce genre de livres, je veux avoir envie de passer une nuit blanche pour connaître le fin mot de l’histoire, je veux que le suspense me tienne en haleine et je veux être surprise par des révélations inattendues. Or, ici, le suspense est, du moins pour moi, quasi inexistant. Il y a bien une tentative avec Damien, un personnage aux visions dérangeantes et troublantes qui finit par se persuader d’être le Sculpteur. Mais dès le début, j’ai tout de suite compris les raisons de ses visions et ne me suis malheureusement pas trompée sur ce point. Même la fin est convenue bien qu’elle ait le mérite de nous faire réfléchir… Certains lecteurs seront d’ailleurs frustrés, voire dérangés, quand d’autres approuveront plus ou moins la décision du policier.

J’apporterai cependant une nuance sur le manque de suspense dans la mesure où je commence à connaître les grosses ficelles des thrillers et qu’un néophyte en la matière pourrait peut-être prendre plus de plaisir à l’enquête que moi. L’auteur a également joué de malchance puisque j’ai lu son roman après un autre très bon thriller et qu’en parallèle de ma lecture, je visionnais une série au suspense omniprésent. Mes attentes en la matière étaient donc plutôt élevées…

Quelques autres petits points m’ont également dérangée comme le surnom donné par le policier à sa dulcinée, poupée russe, qui à force d’être répété m’a donné le sentiment désobligeant qu’il ne parlait pas d’une personne, mais d’un objet. De la même manière, j’ai regretté les descriptions des visages bien trop scolaires à mon goût ; un sourire ou des yeux n’ayant pas forcément besoin de qualificatifs.

J’ai déploré le manque de suspense, un défaut rédhibitoire pour un thriller, mais j’ai apprécié les incursions de l’auteur dans le monde de l’art et dans une pratique qui m’intéresse beaucoup, l’hypnose. Nous sommes dans un roman et non dans un documentaire alors l’auteur m’a semblé prendre quelques raccourcis, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les séances d’hypnose de Damien d’autant qu’elles sont très bien exploitées. Loin de n’être là que pour faire le spectacle, elles apportent un vrai plus à l’intrigue et m’ont parfois donné quelques frissons…

En conclusion, Sublimation n’est pas un livre qui m’a particulièrement plu notamment en raison d’une absence de suspense et de prise de risques. Mais le roman possède des qualités indéniables à commencer par la plume de l’auteur qui se révèle aussi plaisante qu’immersive. Je vous le recommanderai donc si vous êtes néophytes en matière de thriller, si vous aimez vous poser des questions sur des notions comme la justice et la morale ou si votre intérêt pour l’art est suffisant pour vous faire oublier les quelques défauts du roman.

Profil FB de l’auteur – Twitter de l’auteur

Vous pouvez vous procurer le livre ici ou consulter les avis des autres membres du jury sur le site du Prix des auteurs inconnus.

L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet (Sonatine éditions)

Je remercie Sonatine éditions et Lecteurs.com qui, dans le cadre des explorateurs du Polar, m’ont permis de découvrir L’accusé du Ross-Shire de Graeme Macrae Burnet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un piège littéraire dans les Highlands du XIXe siècle

Finaliste du Booker Prize 2016, un formidable puzzle romanesque aussi divertissant qu’intelligent.

Alors qu’il fait des recherches généalogiques sur ses ancêtres écossais, Graeme Macrae Burnet découvre des archives relatives à une étrange affaire. En 1869, Roderick Macrae, dix-sept ans, a été arrêté après un triple assassinat dans un village isolé des Highlands. Dans un document écrit, le jeune homme relate sa vie et ses meurtres, sans jamais donner le moindre détail sur ses mobiles. Hormis ce récit, aucune preuve tangible de sa culpabilité n’a été trouvée. Était-il tout simplement fou ?
Graeme Macrae Burnet nous livre toutes les pièces du procès : témoignages, articles de journaux, rapports des médecins. Peu à peu, le doute s’installe. Le récit de ces crimes est-il bien l’œuvre de ce jeune garçon, a priori illettré ? S’agit-il d’un faux ? Si c’est le cas, que s’est-il réellement passé ? La solution semble se trouver dans la vie de cette petite communauté repliée sur elle-même, où chacun doit rester à sa place, sous peine de connaître les pires ennuis.

  • Broché: 432 pages
  • Éditeur  : Sonatine (12 octobre 2017)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Sonatine éditions vous propose ici un ouvrage difficilement classable qui flirte avec plusieurs genres : roman historique, roman noir, biographie, thriller… À la fois tout et rien de ça, ce roman fut une expérience de lecture aussi originale qu’intrigante voire dérangeante.

Originale, car l’auteur nous apprend que c’est en faisant des recherches généalogiques qu’il a découvert l’histoire de l’un de ses ancêtres, un certain Roderick Macrae, âgé de dix-sept ans, et arrêté en 1869 pour un triple meurtre plutôt sanglant. L’auteur nous propose alors de découvrir l’histoire de ce meurtrier telle qu’il l’a lui-même narrée dans un mémoire rédigé sur les conseils de son dévoué avocat, M. Sinclair. Sont également portés à notre connaissance différents documents : des témoignages, des articles de journaux, le compte-rendu du procès et des rapports de médecins. Une richesse documentaire qui nous pousse à nous plonger avec avidité et curiosité dans ce fait-divers historique peu banal.

Comment expliquer, si ce n’est par un accès de folie ou un acte motivé par une haine trop longtemps refoulée, qu’un jeune homme de dix-sept ans assez calme et gentil se transforme soudainement en un monstre capable de massacrer trois personnes ? Cette question ne pourra que vous tenir en haleine d’autant qu’au fil de la lecture, se dessine un véritable décalage entre le Roderick meurtrier et le Roderick qui prend vie sous nos yeux. À travers le récit de sa vie qu’il nous narre sous forme écrite depuis sa prison, le jeune homme nous apparaît plus pauvre bougre né au mauvais endroit dans la mauvaise famille que tueur sanguinaire. Et c’est pour cette raison que l’on cherche ardemment, derrière son récit, les signes d’une éventuelle folie ou, du moins, d’une certaine forme de méchanceté. Or, que nenni !

Ce que nous découvrons, c’est un garçon de dix-sept ans et ses conditions de vie peu reluisantes dans un village écossais isolé du XIXe siècle : maisons d’habitation que les gens partagent avec le bétail, précarité qui semble la norme, pouvoir politique écrasant, et surtout injuste… Si l’on ajoute à cela une famille endeuillée par la mort de la matriarche, il est certain que Roderick ne partait pas dans la vie avec les bonnes cartes en main. D’ailleurs, l’auteur nous offre une réflexion pertinente et intéressante sur la notion de déterminisme social et la possibilité pour quelqu’un de sortir de son milieu d’origine. Si certains habitants de ces Highlands aspirent à une nouvelle vie loin de l’Écosse, Roderick, quant à lui, n’a pas vraiment ces rêves de grandeur et de voyages. Écrasé par le poids des responsabilités familiales, il doit ainsi travailler dans la ferme familiale aux côtés de son père afin de subvenir aux besoins de sa famille. Et ceci même si de par ses capacités intellectuelles, il aurait pu aspirer à une autre vie et à cette liberté de choix dont il est totalement privé. C’est un peu comme si sa route avait été tracée pour lui avant sa naissance et qu’il n’avait pas le droit d’en dévier ni même de songer à le faire…

Mais le jeune homme semble assez bien vivre les choses. Résigné, il ne montre pas vraiment de velléités de rébellion contre l’ordre établi jusqu’à ce que les abus de pouvoir d’un odieux voisin, qui s’acharne sur sa famille, ne deviennent trop insupportables…Un peu comme une cocotte-minute sous pression, il va donc finir par exploser devant les nombreuses injustices qui frappent les siens, mais face auxquelles personne ne réagit. À commencer par ce père qui semble complètement absent de sa propre vie et de son foyer, si ce n’est pour donner des coups. Mais même si la vie de Roderick est difficile et sa famille injustement traitée, cela n’explique pas la violence avec laquelle il va soudainement se transformer en un monstrueux tueur. N’y a-t-il pas de la folie derrière son geste ? C’est, dans tous les cas, ce que va essayer de plaider son avocat lors du procès du jeune homme.

Que l’on adhère ou non à son opinion qu’il va défendre vaillamment, on ne peut que louer le sérieux et l’humanisme de ce professionnel qui va tout faire pour sauver son client de la potence. Une mission fort difficile si l’on considère que ce dernier reconnaît volontiers ses crimes et n’exprime aucun regret… Après avoir assisté à autant de mépris envers les habitants de la campagne qualifiés d’êtres inférieurs, j’ai apprécié de découvrir un personnage où ne pointe pas la condescendance derrière chacune de ses paroles. Il faut évidemment se remettre dans le contexte historique du roman, mais c’est assez dur de ne pas réagir avec véhémence devant les préjugés des « hommes instruits » envers ces « campagnards demeurés et faibles d’esprit ». M. Sinclair est donc le personnage que j’ai certainement le plus apprécié et qui, d’une certaine manière, redonne quelque peu foi en l’âme humaine.

L’auteur a fait le choix judicieux de porter à notre connaissance le déroulement du procès de Roderick, un procès qui se révélera intéressant à bien des égards. Il sera d’abord l’occasion de découvrir la psychologie criminelle telle qu’elle était conçue au XIXe siècle, et que l’homme moderne ne pourra que juger choquante, car principalement basée sur des a priori et stéréotypes… Ce procès sera également captivant par son aspect quelque peu théâtral : population fascinée par l’affaire et qui le fait savoir, des journalistes qui commentent le procès avec, pour certains d’entre eux, ironie, des informations que l’on découvre et que Roderick avait passées sous silence dans son mémoire nous poussant ainsi à nous poser des questions sur la véracité de son récit et/ou sur sa santé mentale… Les interrogatoires des différents intervenants, voisins/amis ou professionnels, présentent, en outre, un certain avantage : dynamiser un récit qui, en première partie, a pu se révéler parfois un peu contemplatif. On a donc l’impression que les choses s’accélèrent et que, petit à petit, l’étau se resserre autour de notre protagoniste.

J’avais l’habitude d’associer thriller et suspense haletant. Or, ici, le suspense n’est pas haletant, mais diffus dans la mesure où il se cache derrière toutes les questions que l’on se pose sur ce jeune meurtrier, sur la véracité de son récit, sur sa prétendue folie… D’ailleurs plus que de suspense, je parlerais d’une tension croissante qui vous fait guetter le point de non-retour qui va pousser un garçon intelligent et plutôt gentil à commettre l’irréparable. Et sur ce point, vous n’aurez pas de certitudes, juste éventuellement, au même titre que les membres du jury, votre intime conviction.

Enfin, bien que nous ne soyons pas dans un roman historique et que l’auteur reconnaît avoir pris quelques libertés avec l’Histoire, on ne peut que saluer son travail de recherche qui nous permet de nous immerger complètement dans cette campagne écossaise du XIXe siècle. Mais au-delà d’un contexte historique passionnant et bien restitué, le gros point fort de ce roman est, pour moi, le pari audacieux pris par l’auteur, et qui confère toute son originalité à son travail. Je ne peux pas vous en dire plus sur ce point si ce n’est que son idée est diaboliquement efficace et bien ficelée. Je ne m’y suis pas laissée prendre, mais j’ai adoré la gymnastique intellectuelle dans laquelle s’est lancé l’auteur. Et rien que pour ça, je lui tire mon chapeau !

En conclusion, L’accusé du Ross-Shire est le genre d’ovni littéraire que l’on aimerait voir plus souvent. Il nous offre un voyage prenant dans les affres de la condition humaine et nous pousse à nous interroger sur ce jeune homme devenu meurtrier par la force des choses à moins que ce ne soit par la force de sa nature. Ce sera à chacun de se forger sa propre opinion sur cette affaire hors norme qui nous plonge avec précision et intelligence dans un petit village des Highlands du XIXe siècle. Alors si vous êtes curieux de découvrir une histoire inclassable et originale, bien documentée d’un point de vue historique et savamment orchestrée, ce roman est fait pour vous.

Une fois que vous aurez terminé le roman et seulement à ce moment-là, je vous invite à regarder cette vidéo où l’auteur répond de manière très succincte à quelques questions.

Et vous, envie de découvrir L’accusé du Ross-Shire ? Retrouvez le roman sur le site Lisez.com.

Piège conjugal, Michelle Richmond

Piège conjugal

Je remercie Babelio et Presses de la Cité pour m’avoir permis de découvrir Piège conjugal de Michelle Richmond.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alice, ancienne rockeuse reconvertie en avocate, et Jake, psychologue, s’aiment, l’avenir leur appartient. Le jour de leur mariage, un riche client d’Alice se présente avec un cadeau singulier : l’adhésion au « Pacte ». Le rôle de ce club ? Garantir à ses membres un mariage heureux et pérenne, moyennant quelques règles de conduite : décrocher systématiquement quand le conjoint appelle, s’offrir un cadeau tous les mois, prévoir une escapade trois fois par an… mais surtout, ne parler du Pacte à personne. Alice et Jake sont d’abord séduits par l’éthique, les cocktails glamour et la camaraderie que fait régner le Pacte sur leur vie… Jusqu’au jour où l’un d’eux contrevient au règlement. Le rêve vire au cauchemar. Mais comme le mariage, l’adhésion au Pacte, c’est pour le meilleur… comme pour le pire.

  • Broché: 480 pages
  • Éditeur : Presses de la Cité (3 mai 2018)
  • Prix : 21€
  • Autre format : ebook

AVIS

Jusqu’où seriez-vous prêt à aller par amour et que seriez-vous prêt à sacrifier pour le bien de votre mari/femme ?

Une question à laquelle Jack et Alice, jeunes mariés, vont devoir faire face à la minute où ils ont accepté de signer le Pacte, accord qu’ils découvrent grâce à Finnegan, un client du cabinet d’avocats où travaille la jeune femme. Ce Pacte, basé sur le système judiciaire britannique, est destiné à faire du vœu pieux d’un mariage pour l’éternité, une réalité. Quitte pour cela à utiliser des moyens que nous pourrions qualifier de discutables… Alice et Jack vont d’ailleurs, petit à petit, découvrir l’horreur des moyens coercitifs mis en place pour les personnes ne respectant pas les très nombreuses règles du Pacte.

La grande force de ce roman est de faire monter la pression et la tension de manière crescendo. Dès le départ, on sent qu’il y a quelque chose de bizarre derrière ce Pacte qui, en dehors du cercle restreint de ses membres, demeure inconnu du grand public. Il existe d’ailleurs un vrai culte du secret autour de ce dernier, un culte qu’il ne serait pas prudent de vouloir trahir… Mais comme les jeunes mariés, on se laisse porter par les événements en se disant qu’il s’agit certes d’un accord étrange et exigeant, mais qu’il leur suffira de revenir sur leur parole si les choses vont trop loin. Malheureusement, Alice et Jack vont assez vite comprendre que les choses ne sont pas si simples :

« On ne quitte pas le Pacte et le Pacte ne vous quitte pas ».

Cette phrase résume à elle seule l’impression que l’on peut ressentir à l’égard du Pacte : plus qu’un accord, il s’agit d’une entrée dans une organisation secrète et menaçante qui s’apparente presque à une secte… Et comme dans une secte classique, il est difficile de partir voire impossible surtout si l’on considère que tous les membres sont très influents et ont un pouvoir de nuisance très fort. C’est donc une vraie toile d’araignée, solide et asphyxiante, qui s’est construite autour de notre couple pour son plus grand malheur ! 

Alors que l’idée de devoir suivre un certain nombre de règles destinées à préserver les liens sacrés du mariage plaît bien à Alice et Jack, les sentences accompagnant les infractions les laissent d’abord sceptiques avant de leur faire franchement peur. Il faut dire que les jeunes mariés ne sont pas vraiment les membres idéaux, et qu’ils sont donc assez rapidement sanctionnés, des sanctions qui se révèlent effrayantes et, somme toute, disproportionnées par rapport aux « crimes » commis. Le Pacte a comme leitmotiv de faire systématiquement passer son conjoint avant tout, travail prenant ou pas. Une idée assez plaisante, mais qu’Alice, passionnée par son travail d’avocate, va avoir des difficultés à respecter. Elle sera alors violemment rappelée à l’ordre et vivra même l’expérience désagréable de l’emprisonnement, un comble pour une avocate ! Jack, qui a la manie de poser trop de questions, ne sera pas en reste et connaîtra sa part de châtiments voire de tortures autant physiques que psychologiques…

Ce qui frappe avec ce roman, c’est cette impression de danger omniprésent. C’est un peu comme si le couple vivait avec une épée de Damoclès au-dessus de sa tête et que la foudre pouvait s’abattre sur eux à chaque instant. Car le Pacte voit tout, le Pacte sait tout et le Pacte est partout ! Rien ne lui échappe, pour le plus grand malheur de ses membres, surtout ceux qui commencent à remettre en question les méthodes du Pacte pour préserver les liens sacrés du mariage. D’ailleurs, les mariages sont-ils tous heureux comme le Pacte veut le faire croire ou existe-t-il de sombres secrets que quelqu’un cherche à tout prix à cacher ? Une question que ne peut s’empêcher de se poser Jack depuis qu’il a rencontré une ancienne amie, également membre du Pacte, qui l’a mis en garde contre cette organisation et ses méthodes draconiennes pour faire respecter ses règles…

Comme Jack, on finit par devenir paranoïaque, doutant de tout et de tout le monde. Et on reste parfois dubitatif devant le comportement d’Alice qui, si elle craint également le Pacte, semble moins s’y opposer que son mari. Il faut dire que ce dernier a éveillé en elle son esprit de compétition exacerbé. Fidèle à elle-même, elle désire ainsi, malgré ses craintes, briller que ce soit en connaissant par cœur les commandements du Pacte ou en arrivant à devenir la meilleure épouse possible, non pas par amour donc, mais pas pure volonté d’être la meilleure…

C’est d’ailleurs ce que j’ai apprécié dans ce roman, l’ambivalence permanente des sentiments : le Pacte est basé sur un grand idéal, celui d’un mariage heureux pour la vie, mais il fait preuve de moyens dignes d’une dictature pour l’atteindre. Du coup, on oscille entre acceptation et révolte, et c’est émotionnellement très déstabilisant ! De la même manière, Alice et Jack redoutent ce Pacte, mais d’un autre côté, ce dernier leur permet de se rapprocher, notamment parce qu’il leur offre un ennemi commun à combattre. Grâce ou à cause du Pacte, Alice passe également plus de temps avec Jack, ce qui n’est pas pour déplaire à ce dernier, ce qui n’étonnera point les lecteurs. En effet, on se rend compte assez vite d’un certain déséquilibre dans ce mariage, Jack semblant redouter que sa femme finisse par s’apercevoir que son ancienne vie de rockeuse lui convenait mieux que sa condition d’avocate arriviste et mariée… Et ce sont certainement les doutes de Jack mêlés à ceux d’Alice et à son esprit de compétition qui les auront poussés à accepter l’offre de Finnegan… À cet égard, le Pacte peut s’apparenter à une thérapie de choc qui va leur montrer qu’ils n’ont pas besoin de suivre des principes édictés par d’autres pour être mariés ET heureux.

J’ai aimé le choix de l’auteur de faire monter crescendo la tension en alternant présent et passé. Cette alternance dynamise le récit, mais rend surtout la lecture complètement immersive, stressante et quelque peu addictive. À mesure que l’on avance dans la lecture et qu’on apprend à connaître Jack et Alice, on ne peut que croiser les doigts pour qu’ils trouvent une échappatoire et que ce cauchemar prenne fin… J’avoue néanmoins avoir été un peu déçue par la fin avec cette impression que la tension retombe d’un coup comme un soufflé. Je n’aime pas les fins ouvertes, mais je pense, et ce n’est que mon avis, que l’auteure aurait pu faire l’économie de l’épilogue. Cela n’aurait pas rendu la fin plus remarquable, mais un peu moins fade. J’ai toutefois apprécié un retournement de situation que je n’avais qu’en partie deviné. Celui-ci nous prouve que l’âme humaine est décidément bien noire et que certains sont prêts aux pires atrocités pour toucher de près le pouvoir…

Le Pacte, garantie d’un mariage heureux et durable ou piège tentaculaire qu’il vous sera impossible de fuir ? Une question qui vous tiendra en haleine et qui rendra toute tentative de lâcher votre livre vaine. À l’aide d’une narration dynamique et immersive, Michelle Richmond nous offre ici un récit à l’atmosphère particulièrement angoissante qui vous plongera dans un maelström d’émotions allant de la curiosité à la peur en passant par la franche révolte. Ce qui est certain, c’est qu’avec cette auteure, l’expression « se marier pour le meilleur et pour le pire » prend une tout autre dimension. Amateurs de suspense et d’histoires qui jouent sur l’ambivalence des sentiments, arrêtez-vous, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Et vous, envie de craquer pour Piège conjugal ?