Tu tairas tous les secrets, Hervé Jourdain

Je remercie Babelio et Fleuve éditions pour m’avoir permis de découvrir Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain.

À noter que Tu tairas tous les secrets est le cinquième tome de la saga 36, quai des Orfèvres. L’auteur fait heureusement de réguliers rappels sur les liens entre les personnages et leurs péripéties passées, ce qui permet de lire ce tome indépendamment des autres.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une femme est retrouvée morte dans le parc naturel des Ardennes.
À plusieurs kilomètres de là, le corps d’une autre est repêché dans la Seine.
Sur le pull que portait la première victime, l’ADN de l’épouse d’un chef de brigade de la PJ de Paris.
Au cou de la seconde, un curieux médaillon en forme de chouette.
Le commandant Guillaume Desgranges est chargé de l’enquête parisienne. Et ce qui se passe dans les Ardennes, il refuse d’en entendre parler : il a élevé seul son fils et remué ciel et terre pour retrouver celle qu’il aimait. Le temps a passé. Son évaporation ne regarde qu’elle, à présent, où qu’elle soit.
Le brigadier Zoé Dechaume ne l’entend pas de cette façon et n’a qu’une idée en tête : remonter la piste ardennaise. Alors, en toute clandestinité, et en duo avec sa coéquipière Lola Rivière, elle va se lancer sur les traces d’une femme qu’elle ne connaît pas, mais dont elle a toutes les raisons de penser qu’elle vit encore.
Mettant en péril leurs carrières et bien plus encore, les deux jeunes femmes vont se heurter aux secrets qui contraignent au sil
ence, écorchent, et finissent par tuer ceux qui les portent.

Fleuve éditions (11 octobre 2018) – 416 pages – 19,90€ (broché) – ebook diponible

AVIS

Hervé Jourdain nous offre non pas une, mais deux enquêtes, l’une qui se déroule à Paris, l’autre dans un parc naturel des Ardennes. Si la première se révèle intéressante dans la mesure où elle nous conduit dans le monde de l’édition et ses dessous, pas forcément très glorieux, c’est bien la seconde qui a éveillé tout mon intérêt.

L’auteur déroule sous les yeux des lecteurs une affaire assez sombre et complexe dans laquelle le présent vient titiller le passé. Et qui dit passé, dit secret qu’il vaut parfois mieux taire ou ignorer. C’est, dans tous les cas, l’opinion de Guillaume Desgranges qui ne veut pas découvrir comment l’ADN de sa femme disparue depuis une dizaine d’années s’est retrouvé sur le corps de la victime des Ardennes. S’il a beaucoup souffert de sa disparition, il a depuis tourné la page et ne souhaite pas entendre parler de cette étrange histoire. Mais c’était sans compter sur le brigadier Zoé Dechaume et le lieutenant Lola Rivière bien déterminés à lever le voile sur la disparition de la femme de leur chef de groupe, que celui-ci le veuille ou non. Et pour cela, il leur faudra enquêter sur le meurtre des Ardennes quitte à prendre quelques libertés avec la justice française et belge…

À mesure que les deux coéquipières progressent dans leur enquête et que l’auteur abat ses cartes, la tension monte, la situation s’opacifie et les questions se multiplient… On se rend alors compte que l’enquête est bien plus complexe qu’il n’y paraît et que les deux femmes se sont lancées dans une entreprise dont elles n’avaient nullement soupçonné la dangerosité et les multiples ramifications.

Comme les deux femmes, on se pose pas mal de questions sur les liens qui peuvent exister entre les différentes révélations faites au fil des pages. Il se dégage ainsi du récit un certain suspense d’autant que le roman n’est pas exempt de personnages ambivalents qui semblent cacher quelques secrets. Certains comportements laissent donc une drôle de sensation… À cet égard, mes soupçons sur l’un des personnages se sont révélés fondés même si je n’avais pas pris la mesure de toute l’horreur de ses agissements !

L’auteur, à travers son récit, aborde différents sujets comme la question des réfugiés même si c’est de manière assez succincte. Mais il est avant tout question ici de manipulation, de celle qui déconstruit et détruit des vies et dont on ne ressort presque jamais indemne. Je ne pourrai pas vous détailler cet aspect sans vous gâcher une bonne partie de l’intrigue, mais je peux néanmoins vous dire qu’il n’est pas nécessaire de tuer directement pour se comporter comme un monstre… Là où certains auteurs nous glacent le sang avec des détails sordides, Hervé Jourdain préfère, quant à lui, jouer sur la noirceur de l’âme humaine et cette faculté qu’ont certaines personnes à exploiter les failles des autres pour en tirer profit. C’est révoltant, mais tristement réaliste ! Mais plus déstabilisant encore, l’auteur nous prouve à quel point l’humain est complexe et que la frontière entre victime et bourreau est ténue, voire perméable…

Au-delà de l’aspect enquête, ce qui fait la richesse de ce roman, c’est la galerie de personnages complexes et hauts en couleur qui nous est proposée. Par leur manière d’interagir et de se comporter, les personnages sonnent « vrais ». Un point intéressant si l’on considère, comme l’actualité le montre, qu’on aurait tendance à oublier que derrière les forces de l’ordre se cachent des êtres de chair et de sang avec leurs forces, leurs faiblesses et leur propre personnalité que les procédures et la paperasse ont tendance à asphyxier, mais aucunement effacer… Alors comme dans la vraie vie, certaines attitudes plaisent, d’autres agacent, mais elles n’en demeurent pas moins toujours très humaines.

J’ai, pour ma part, eu un peu de mal au début du roman avec Zoé et Lola qui, sous couvert d’aider leur ami, font montre d’une certaine indélicatesse, mais ce sont paradoxalement les deux personnages qui m’ont le plus intéressée. Loin de jouer les faire-valoir de leurs homologues masculins, elles tiennent ici le haut de l’affiche ! Très différentes l’une de l’autre, elles ont pourtant en commun de savoir s’affranchir de leur hiérarchie et des règles quand cela s’avère nécessaire. L’auteur nous offre donc un duo de choc qui plonge la tête la première dans l’action, parfois avec une certaine témérité qui frise l’imprudence, mais toujours avec panache. Cela leur attirera bien sûr des ennuis, mais leur détermination à toute épreuve les mènera sur les chemins tortueux de la vérité… De fortes têtes que j’aurai plaisir à suivre dans d’autres aventures d’autant que la fin laisse envisager un changement de cap pour notre équipe d’enquêteurs qui devrait ressortir plus soudée que jamais de leurs dernières péripéties.

En conclusion, avec Tu tairas tous les secrets, Hervé Jourdain a su construire un récit prenant et immersif dans lequel des éléments apparemment disparates finissent par s’emboîter pour dévoiler une réalité que personne n’aurait pu soupçonner… Toute vérité est-elle bonne à dire ? À vous de vous faire votre propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que toute vérité se mérite, une découverte qui se fera dans la douleur pour nos protagonistes. Bien écrit, sombre, mais avec quelques notes d’espoir, complexe et pourtant prenant, voici un roman aux multiples facettes qui saura plaire aux lecteurs recherchant une enquête exigeante et sans concession !

Et vous, envie de découvrir Tu tairas tous les secrets ?

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Premières lignes #60 : Tu tairas tous les secrets, Hervé Jourdain

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous présenter les premières lignes de ma lecture en cours, Tu tairas tous les secrets d’Hervé Jourdain.

Une femme est retrouvée morte dans le parc naturel des Ardennes.
À plusieurs kilomètres de là, le corps d’une autre est repêché dans la Seine.
Sur le pull que portait la première victime, l’ADN de l’épouse d’un chef de brigade de la PJ de Paris.
Au cou de la seconde, un curieux médaillon en forme de chouette.
Le commandant Guillaume Desgranges est chargé de l’enquête parisienne. Et ce qui se passe dans les Ardennes, il refuse d’en entendre parler : il a élevé seul son fils et remué ciel et terre pour retrouver celle qu’il aimait. Le temps a passé. Son évaporation ne regarde qu’elle, à présent, où qu’elle soit.
Le brigadier Zoé Dechaume ne l’entend pas de cette façon et n’a qu’une idée en tête : remonter la piste ardennaise. Alors, en toute clandestinité, et en duo avec sa coéquipière Lola Rivière, elle va se lancer sur les traces d’une femme qu’elle ne connaît pas, mais dont elle a toutes les raisons de penser qu’elle vit encore.
Mettant en péril leurs carrières et bien plus encore, les deux jeunes femmes vont se heurter aux secrets qui contraignent au silence, écorchent, et finissent par tuer ceux qui les portent.

PREMIÈRES LIGNES

Les cigales avaient cessé de chanter, le vent avait fui vers d’autres contrées. Ne lui restait que le silence du crépuscule pour compagnon. Et sa respiration, lourde, chaude comme un jour de canicule, haletante après des heures de marche, des kilomètres de fuite au travers d’une forêt dense, cahoteuse, couverte de ronces et d’épines qui avaient fini de lui cisailler les jambes. Elle n’osait bouger la tête, guettait tout bruit impromptu, frissonnait au moindre courant d’air. Elle essuya sueur et poussière accumulées sur son front à l’aide de la frange de sa robe fleurie, rare bout de tissu encore immaculé.

Adossée à un arbre, elle s’était affaissée sous le poids de la fatigue et de son ventre. Son visage fixa un soleil rougeoyant qui se mirait sur la surface du fleuve. Au-delà, elle distingua la silhouette d’un village percé d’un clocher d’ardoises et d’un moulin sans ailes.

Ses sandales n’avaient pas résisté. La lanière de cuir de l’une d’elles s’était brisée au détour d’un sentier abrupt. Elle s’était résolue à jeter la seconde, à force de claudiquer. Malgré ses pieds douloureux et ensanglantés, elle lui avait échappé. Combien de semaines, combien de jours pourrait-elle encore tenir ? La maladie avait eu raison d’elle. La naïveté, aussi. Elle n’espérait plus qu’une chose : donner la vie avant que la mort ne s’empare d’elle.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

 

Premières lignes #59 : Innocent, Harlan Coben

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai choisi de vous parler d’Innocent, un roman d’un auteur que j’aime beaucoup surtout quand je cherche un thriller efficace, Harlan Coben.

Ces téléphones portables avec fonctions photo et vidéo, Matt n’en voulait pas. Mais l’enthousiasme d’Olivia a emporté ses dernières réticences. Pour filmer le bébé qui va bientôt arriver, a-t-elle dit.
Trois jours plus tard, un message de son épouse, en voyage d’affaires à Boston. Sur l’écran, un film de 15 secondes. La vue volée d’une chambre d’hôtel. Un inconnu allongé sur un lit en galante compagnie. Un coup de poing dans l’estomac. Cette femme, c’est Olivia.

PREMIÈRES LIGNES

VOUS N’AVEZ JAMAIS EU L’INTENTION DE LE TUER.

Votre nom est Matt Hunter. Vous avez vingt ans. Vous avez grandi dans une banlieue résidentielle du New Jersey, non loin de Manhattan. Votre quartier ne paie pas de mine, mais la ville elle-même est relativement riche. Vos parents travaillent dur et vous aiment inconditionnellement. Vous êtes leur deuxième enfant. Vous avez un grand frère que vous idolâtrez et une petite sœur que vous supportez.

Comme tous les gosses du voisinage, vous vous faites du souci pour votre avenir et vous interrogez sur l’université qui va vous accepter. Vous vous appliquez, et vos notes sont bonnes, mais pas extraordinaires. Vous avez une moyenne de A-. Vous n’êtes pas dans les dix premiers, mais de peu. Vous avez d’honnêtes activités parascolaires ; entre autres, vous exercez la fonction de trésorier du lycée. Vous faites partie à la fois de l’équipe de foot et de celle de basket – vous êtes assez fort pour jouer en troisième division, mais pas suffisamment pour décrocher une bourse. Vous avez légèrement tendance à la ramener et vous ne manquez pas de charme. En termes de popularité, vous vous classez tout juste après le peloton de tête. Quand vous vous présentez aux tests de sélection qui vont décider de votre cursus universitaire, votre conseiller d’orientation est surpris par vos bons résultats.

Et vous, envie de découvrir ce roman ? Aimez-vous l’auteur ? 

Les liens des autres participants :

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Light & Smell
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
La couleur des mots
Au détour d’un livre
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Le Monde de Callistta
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Hubris Libris
Selene raconte
Les lectures d’Angélique
Pousse de gingko
Rattus Bibliotecus
La Pomme qui rougit
Ma Petite médiathèque
• Saveur littéraire
Prête-moi ta plume
Chat’Pitre
Envie de lire
La Booktillaise
Lectoplum
Encore un livre
Le monde de Gulia
Alohomora

Top Ten Tuesday #108 : 10 thrillers que je vous conseille

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


Thème de la semaine : 10 thrillers que je vous conseille

Ces deux thrillers m’ayant aidée à sortir d’une très longue panne de lecture, je vous les recommande les yeux fermés ! Avant d’aller dormir a été adapté au cinéma et j’espère qu’un jour Crains le pire ait la chance de suivre le même chemin…

Couverture Avant d'aller dormir

Autre thriller que j’ai dévoré et qui m’a fait passer un très bon moment de lecture : La fille du train. Je n’ai, par contre, pas été convaincue par l’adaptation cinématographique…

Couverture La Fille du train

Au-delà de ces trois thrillers qui sont, pour le moment, mes préférés, ceux-ci m’ont également beaucoup plu et ont été chroniqués sur le blog :

Couverture L'accusé du Ross-ShireCouverture L'Assassin de ma soeur

Couverture L'échangeCouverture Au coeur de la folie

Couverture Piège conjugalCouverture Toutes blessent la dernière tue

Et je mets Séduction maudite à part car le roman se distingue des autres de la liste : l’écriture est, comme d’habitude avec Stéphane Soutoul, superbe et l’histoire est bercée par une aura quasi fantastique. Il y a également une histoire d’amour qui m’a conquise…

Couverture Séduction maudite

Et vous, si vous ne deviez en choisir qu’un, quel thriller me conseilleriez-vous ?

Demain, Guillaume Musso

Je n’ai jamais lu Guillaume Musso, mais le résumé de Demain m’intriguant, je n’ai pas trop hésité avant d’emprunter l’audiobook. Je recherchais un livre facile à suivre pendant mes séances de Diamand Painting, et cette histoire a parfaitement fait le travail.

ALERTE…

Si j’ai apprécié ma lecture, c’est d’abord parce que je m’y suis attelée sans rien en savoir ou presque. Si vous voulez savourer pleinement l’intrigue, je vous conseille donc de faire de même, et de lire cette chronique plus tard.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Elle est son passé…
… il est son avenir.

Emma vit à New York. À trente-deux ans, elle continue à chercher l’homme de sa vie. Matthew habite Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa petite fille.
Ils font connaissance grâce à Internet et, désireux de se rencontrer, se donnent bientôt rendez-vous dans un restaurant de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte de l’établissement, sont conduits à la même table et pourtant… ils ne se croiseront jamais.
Jeu de mensonges ? Fantasme de l’un ? Manipulation de l’autre ?
Victimes d’une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous manqué…

AVIS

L’auteur joue habilement sur deux tableaux, le fantastique avec un échange par mail entre deux personnages, Emma et Matthew, vivant à un an d’intervalle, et le thriller. Ce dernier point m’a d’ailleurs agréablement surprise ! Je ne m’attendais pas à ce que les événements prennent un tournant aussi sombre et tordu dans la deuxième partie du livre. Alors que l’on suit un homme luttant désespérément pour garder pied après la mort accidentelle de sa femme, on découvre que cette épouse idéalisée n’était pas la personne qu’il croyait connaître et aimer.

Kate, la parfaite chirurgienne, mère et épouse aimante, n’est en fait qu’une image que l’auteur va, petit à petit, mettre en pièces et ceci, de manière assez subtile. Les découvertes sur la défunte se font par petites touches et, mises bout à bout, forment le portrait d’une femme brillante, mais à la personnalité sombre et machiavélique. C’est une personne entière, capable d’un amour total confinant indéniablement à la folie. On en vient donc à trouver ses actes abjects et horribles tout en arrivant à comprendre, sans accepter, les raisons l’ayant conduite à agir de la sorte. L’auteur pose donc la question de savoir jusqu’où on peut aller par amour à travers une histoire qui se révèle plus complexe qu’au premier abord. 

Autre atout du roman, le suspense qui est bien dosé et présent du début à la fin du livre. Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient et s’intensifient au point de rendre la lecture ou, pour moi, l’écoute prenante. Il est juste dommage que l’auteur finisse par tomber parfois dans l’excès avec des scènes convenues qui vous rappelleront probablement des films américains.

J’ai, dans tous les cas, adoré suivre les échanges entre Emma et Matthew à travers leurs mails même si j’aurais aimé que l’auteur nous donne un peu plus d’explications sur la possibilité pour ces deux personnages de communiquer à travers le temps. Mais passer sous silence les explications techniques et scientifiques permet à l’auteur de se focaliser principalement sur les interactions humaines et sur ce point, c’est plutôt réussi.

Les personnages sont tous très différents les uns des autres et possèdent leurs propres faiblesses, toutes plus ou moins liées à ce besoin d’amour irrépressible. Je n’ai néanmoins réussi à m’attacher qu’à Emma qui se révèle fragile, mais aussi très forte, capable de soulever des montagnes quand cela s’avère nécessaire. Pour autant, ce n’est pas une super héroïne et elle va devoir s’appuyer sur l’aide d’un adolescent, un as de l’informatique. La seule chose qui m’a dérangée avec Emma, c’est sa manière horripilante d’appeler son ami par un surnom ridicule que je trouve, pour un adolescent mal dans sa peau, plutôt malvenue… En lisant le livre, cela m’aurait déplu, mais entendre ce surnom répété à de multiples reprises a fini par sérieusement m’agacer.

Quant à la plume de l’auteur, sans faire d’étincelles, elle est efficace et permet à chacun de se faire une image précise des personnages, de leur personnalité et de leurs espoirs. J’aurais peut-être apprécié qu’il prenne le temps de mieux poser le décor à travers des descriptions un peu plus précises et étoffées, mais c’est une question de goût. Je suis certaine que les personnes aimant les récits allant droit au but apprécieront le fait que l’auteur ne se perde pas en détails inutiles. Le récit est donc rythmé et prenant d’autant que l’alternance des points de vue et la découverte d’informations inattendues donnent envie de connaître le fin mot de l’histoire.

En bref, d’une plume vivante et vive, Guillaume Musso nous propose ici une histoire où l’amour et la folie sont au cœur de tout. Mais ce qui fait le charme du récit, c’est la manière dont il a su mélanger efficacement deux genres, le fantastique (voire la science-fiction) et le thriller, afin d’offrir un récit au suspense prenant et quelque peu addictif.

Et vous, avez-vous lu/écouté ce roman ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Premières lignes #56 : Au cœur de la folie, Luca D’Andrea

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour ce thème, j’ai eu envie de présenter un roman qui me tente beaucoup : Au cœur de la folie de Luca D’Andrea. Un thriller qui va me permettre de faire une petite incursion dans la littérature italienne que je connais si peu.

Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller.

Entre huis clos des sommets et traque mafieuse en Italie, Au cœur de la folie nous entraîne dans une spirale de frayeur, à la suite de personnages d’une noirceur fascinante.

PREMIÈRES LIGNES

Deux coups légers et ces quelques mots : Langue, langue lèche ! Qui donc ma maison lèche ?
Marlene, vingt-deux ans, à peine plus d’un mètre soixante, yeux bleus mélancoliques, un grain de beauté au coin de la bouche, indéniablement belle et indubitablement effrayée, regarda son reflet dans la porte du coffre-fort et se sentit stupide. Il était en métal, pas en massepain, comme dans le conte. Et il n’y avait aucune sorcière dans les parages.
C’est la peur, se dit-elle. Juste la peur.
Elle détendit ses épaules et bloqua sa respiration, comme son père avant d’appuyer sur la détente de son fusil. Puis elle vida ses poumons et se concentra. Les sorcières n’existaient pas. Les contes mentaient. Seule la vie comptait, et Marlene était sur le point de changer la sienne pour toujours.
La combinaison était facile. Un. Trois. Deux. Puis quatre. Un coup de poignet, encore un quatre, et voilà. Tellement simple que les mains de Marlene agirent d’elles-mêmes.
Elle saisit la poignée en acier, la baissa et serra les dents.
Un trésor.
Des liasses de billets de banque, empilées comme du bois pour le poêle, le Stub. Un pistolet, une boîte de munitions et une petite bourse en velours. Sous la boîte pointait un cahier qui valait tout cet argent et cent fois plus encore. Ses pages froissées contenaient du sang et peut-être deux ou trois condamnations à perpétuité : une interminable liste de créditeurs et de débiteurs, d’amis et amis d’amis, immortalisés par l’écriture fine et penchée de Herr Wegener. Marlene ne lui accorda pas un regard. Le pistolet, les munitions et les liasses de billets ne l’intéressaient pas. La bourse en velours, en revanche, lui rendit les mains moites. Elle en connaissait le contenu, elle avait conscience de son pouvoir et cela la terrorisait.

Et vous, ce roman vous fait-il envie ?

Les autres participants :

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
La couleur des mots
Au détour d’un livre
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Le Monde de Callistta
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Hubris Libris
Selene raconte
Les lectures d’Angélique
Pousse de gingko
Rattus Bibliotecus
Alohomora, blog littéraire
La Pomme qui rougit
Ma Petite médiathèque
• Saveur littéraire
Prête-moi ta plume
Chat’Pitre
Envie de lire
La Booktillaise
Lectoplum

L’assassin de ma sœur, Flynn BERRY

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir L’assassin de ma sœur de Flynn Berry.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Imaginez la série policière Broadchurch écrite par Elena Ferrante. » Claire Messud

Nora, la petite trentaine, prend le train depuis Londres pour rendre visite à sa sœur dans la campagne. À son arrivée, elle découvre que Rachel a été victime d’un crime barbare. Atomisée par la douleur, Nora est incapable de retourner à sa vie d’avant. Des années auparavant, un événement traumatique a ébranlé sa confiance dans la police ; elle pense être la seule à pouvoir retrouver l’assassin de sa grande sœur. Mais isolée dans ce petit village qui chuchote et épie, isolée – surtout – avec les démons de leur jeunesse sacrifiée, Nora devra souvent se battre avec elle-même pour retrouver la vérité sous la surface brumeuse des souvenirs.

  • Broché: 272 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (20 septembre 2018)
  • Collection : SANG D’ENCRE
  • Prix : 20.90€
  • Traduction : Valérie MALFOY

AVIS

Quand sa sœur, Rachel, ne l’attend pas à la gare, Nora ne s’en formalise pas. Londonienne, elle se fait un plaisir de passer le week-end dans la campagne anglaise avec cette sœur dont elle si proche. Mais au plaisir du bon repas qu’elle imaginait déjà, se substituent des images d’horreur : une mise en scène macabre dans laquelle le chien de sa sœur est pendu et Rachel sauvagement assassinée. Nora prend alors la décision de s’installer dans le village de sa sœur pour faire le point sur cette affaire qui fait tristement écho à cet acte de violence dont Rachel a été victime par le passé. D’ailleurs, les deux affaires, sont-elles liées ? Une question parmi tant d’autres qui mèneront Rachel sur une pente glissante, la jeune femme semblant parfois perdre prise avec la réalité…

L’enquête à proprement parler n’est pas passionnante, du moins, du point de vue policier puisque les deux personnes en charge du dossier se montrent aussi incompétentes l’une que l’autre, l’une par manque d’objectivité, et l’autre par l’absence cruelle de clairvoyance et/ou de véritable implication. Mais tout l’intérêt du roman ne tient pas dans une enquête rondement menée, mais bien dans cette tension psychologique que l’autrice a su faire sienne. Devant le manque d’intérêt de la police pour le meurtre de sa sœur, Nora prend les choses en main et entre dans une sorte de spirale infernale où elle alterne entre les souvenirs de sa sœur, et le retour à la dure réalité dans laquelle sa sœur n’est plus. Entre les deux, il y a les découvertes qu’elle fait petit à petit sur cette personne qu’elle pensait connaître de A à Z, mais qui lui réserve finalement quelques surprises. La vie de Rachel telle que l’imaginait Nora se fissure au fur et à mesure de son enquête, ce qui ne pourra que venir épaissir le mystère autour de sa mort et rendre la douleur de sa perte encore plus difficile. Quand la personne que vous aimiez le plus au monde vous cachait des choses, comment ne pas se sentir désemparé, voire blessé ?

Si j’ai beaucoup apprécié le roman au point de le lire d’une traire une nuit d’insomnie, j’ai regretté que l’autrice ne prenne pas le temps de développer un peu plus les personnages secondaires, et notamment deux personnes qui avaient tout le potentiel pour ajouter une touche supplémentaire de tension et de suspense. Alors qu’ils sont supposés semer le doute dans l’esprit de la police, de Nora et des lecteurs, je n’ai pour ma part pu m’empêcher de regretter un manque criant de charisme. Toutefois, je comprends le choix de l’autrice de se focaliser principalement sur Nora et sa sœur, la relation complexe entre les deux femmes étant, quant à elle, brillamment dépeinte. Rachel est morte, mais on ressent encore de manière poignante et indiscutable la force des liens qui l’unissaient à Nora. Cela permet de comprendre un peu mieux l’obsession de Nora pour l’enquête et les mesures qu’elle est prête à prendre pour connaître la vérité, toute la vérité, quitte à réveiller des traumatismes du passé et les peurs qui y sont associées.

D’ailleurs, en plus des liens familiaux, les traumatismes et la difficile (re)construction de soi semblent être au cœur du roman. Les deux sœurs ont vécu un traumatisme durant leur jeunesse, l’une en tant que victime directe, l’autre en tant que « dommage collatéral ». Les deux jeunes filles, devenues femmes, se sont donc construites autour de ce choc, ce qui leur a permis d’avancer dans la vie tout en les enfermant paradoxalement dans une sorte de prison. À trop revivre le passé, difficile de construire le présent ! Toutes les deux obsédées par l’idée de retrouver le bourreau de Rachel, il s’est noué entre elles, une relation qui m’a semblé quelque peu malsaine comme si les deux soeurs étaient liées par la douleur plutôt que le bonheur… Mais si l’on considère la mort brutale et sanguinolente de Rachel, peut-être que le drame fait finalement partie intégrante de la vie de ces deux sœurs.

Narré du point de vue de Nora, le récit est prenant et immersif, car si Nora n’est pas particulièrement attachante, elle arrive à captiver le lecteur par ses allers-retours entre présent et passé, entre les bons et mauvais souvenirs, et ce présent où Rachel, malgré sa mort, continue à jouer un rôle crucial dans la vie de sa sœur. Il est parfois déstabilisant de suivre les cheminements de pensée de Nora qui saute d’une époque à l’autre, mais ses souvenirs, distillés avec efficacité, forment la trame du roman, un roman dans lequel transparaît tout le poids des secrets, des liens du sang, des traumatismes, du deuil et de la solitude. À travers son récit, Flynn Berry évoque également, même si c’est de manière succincte, les violences faites aux femmes comme cette violence domestique que chacun préfère ignorer quand le bourreau est quelqu’un de respecté ou encore, le viol et les accusations à peine voilées transformant la victime en coupable.

Tous ces thèmes forts et difficiles sont renforcés par l’ambiance pesante qu’a su instaurer l’autrice. Sans être claustrophobe, on se sent étouffer dans ce village qui prend presque vie sous nos yeux grâce aux descriptions de Nora. On retrouve cette ambiance à la Broadchurch avec cette impression oppressante qui se dégage du temps, des rues, du confinement propre aux petits villages dans lesquels tout le monde pense se connaître alors que des secrets, parfois terribles, couvent entre les murs des maisons…

Enfin, au-delà de la tension psychologique omniprésente, l’autrice a veillé à offrir à ses lecteurs un certain suspense. Ne vous attendez pas à un suspense haletant, mais plutôt le genre de suspense qui vient titiller votre curiosité tout en vous laissant le temps d’appréhender l’histoire dans son ensemble et de réfléchir aux indices qui vous sont progressivement dévoilés. Les choses s’emballent dans les derniers chapitres, et à mesure que l’étau se resserre autour de l’assassin de Rachel, on se rend compte de la manière dont l’autrice a su brouiller les pistes. Il m’a ainsi fallu un certain temps avant d’identifier l’assassin de Rachel…

En conclusion, Flynn Berry a su dès le départ attiser ma curiosité à travers une plume simple, mais efficace qui n’appelle à rien d’autre qu’à se laisser prendre par la main pour entendre l’histoire de Nora et de Rachel, deux sœurs à la relation aussi fusionnelle que complexe. Et ça marche, dès les premières lignes, on se laisse embarquer dans le récit sans se poser de questions, on écoute attentivement les confidences de Nora qui alterne entre ses souvenirs et ses suspicions quant à l’identité du meurtrier de sa sœur, on savoure la tension psychologique qui se dégage presque toute seule des pages… En d’autres termes, on dévore ce roman qui dispose de tous les éléments indispensables à la réussite d’un thriller, et accessoirement, d’un page-turner.

Et vous, avez-vous envie de feuilleter ou de découvrir le roman ?
Retrouvez-le chez votre libraire ou en ligne.