Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

Les cicatrices, Claire Favan

Les cicatrices : le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre (HarperCollins) par [Favan, Claire]

Centralia, État de Washington. La vie d’Owen Maker est une pénitence. Pour s’acheter la paix, il a renoncé à toute tentative de rébellion.
En attendant le moment où il pourra se réinventer, cet homme pour ainsi dire ordinaire partage avec son ancienne compagne  une maison divisée en deux. Il est l’ex patient, le gendre idéal, le vendeur préféré de son beau-père qui lui a créé un poste sur mesure. Un type docile. Enfin, presque. Car, si Owen a renoncé à toute vie sociale, il résiste sur un point : ni  le chantage au suicide  de Sally ni  les scènes qu’elle lui inflige quotidiennement  et qui le désignent comme bourreau aux yeux des autres ne le feront revenir sur sa décision de se séparer d’elle.
Mais, alors qu’une éclaircie venait d’illuminer son existence, Owen est vite ramené à sa juste place. Son ADN a été prélevé sur la scène de crime d’un tueur qui sévit en toute impunité  dans la région, et ce depuis des années. La police et le FBI sont sur son dos. L’enfer qu’était son quotidien n’est rien  à côté de la tempête qu’il s’apprête à affronter.

HarperCollins (4 mars 2020) – 368 pages – Broché (20€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Afin d’étayer mon avis, j’ai évoqué certains points qui, sans être des spoilers, peuvent vous mettre sur la piste de certaines révélations. Je vous invite donc à lire ma chronique plus tard si vous souhaitez lire ce roman avec un maximum d’effet de surprise.

Retrouvé à moitié mort, il y a de nombreuses années, Owen, incapable de se souvenir de son passé, s’est bâti une nouvelle vie, celle un homme serpillère qui endure stoïquement les frasques d’une ex-femme complètement dérangée qui refuse de reconnaître leur séparation. Crises de jalousie et de démence, pression psychologique, violences physiques, menaces et tentatives de suicide rythment ainsi son quotidien.

L’autrice nous brosse ici le portrait d’un homme dévasté dont l’attitude de victime peut exaspérer et donner envie de le secouer pour qu’il réagisse et mette fin à toute cette folie. Mais si Owen m’a parfois agacée par sa passivité, j’ai également compris ses difficultés à se sortir de la situation intenable dans laquelle son ex-femme et sa belle-famille l’ont enfermé. Son envie de reprendre les rênes de sa vie se confronte ainsi à la peur viscérale d’avoir le suicide de son ex-femme sur la conscience…

Sa vie va néanmoins prendre une tournure encore plus dramatique quand son ADN va être trouvé sur la scène de crime d’un tueur en série qui n’avait plus fait parler de lui depuis des années. Sous le joug d’une ex-femme hystérique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents et réalistes, et suspecté par un agent du FBI retors et enfermé dans le carcan de ses certitudes et de ses espoirs, Owen perd pied ! Il pourra heureusement compter sur le soutien de la petite étincelle de bonheur qui a récemment fait irruption dans sa vie, Jenna, une policière qui croit en lui et en son innocence…

Intense, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce thriller qui joue à merveille sur les faux-semblants, les apparences et les mensonges. L’autrice pousse les lecteurs dans leurs retranchements jouant avec leur empathie et leurs émotions pour mieux les tromper et les détourner de la vérité. Avec elle, les victimes deviennent bourreaux et les bourreaux finissent par être victimes de leur propre ignominie. La vengeance est donc au cœur de cette histoire et prend des proportions inimaginables, du moins, pour un esprit sain.

La survie du corps signifie-t-elle automatiquement celle de l’esprit ou y a-t-il un seuil d’horreur et de douleur à partir duquel l’âme humaine se perd pour emprunter des chemins tortueux ? Une question, parmi tant d’autres, qui vous viendra à l’esprit à mesure que des scènes d’une grande violence prennent vie sous vos yeux. Alors que l’autrice n’entre pas forcément dans les détails, elle arrive à nous faire ressentir toute la souffrance et le désespoir des victimes d’un être abject qui n’hésite pas à kidnapper, à torturer et à violer pour assouvir ses plus bas instincts. Si certaines femmes vacillent rapidement, d’autres survivent des années et offrent cette résistance qui excite et stimule tellement leur bourreau.

Suivre la captivité de ces femmes réduites à l’état d’objet sexuel se révèle difficile, mais je n’ai jamais eu le sentiment que l’autrice tombait dans la surenchère. D’ailleurs, bien que je sois sensible, j’ai trouvé le livre supportable à l’exception, peut-être, d’une scène de torture qui m’a fait quelque peu vaciller par son réalisme. Mais je l’ai trouvée bien amenée pour faire ressentir aux lecteurs le degré de haine atteint par un personnage. À cet instant, on a la certitude que son esprit est brisé et qu’il a atteint un point de non-retour. Est également soulevée la question de l’éducation et de l’impact qu’un être pervers et malsain peut avoir sur un esprit en construction…

Le roman, alternance de points de vue et de chapitres courts, se lit très rapidement d’autant que l’autrice arrive à ménager son suspense jusqu’à la fin et à doser sa tension de manière à la rendre constante. À chaque fois que l’on pense avoir touché du doigt le dénouement final, elle relance l’intérêt du lecteur en apportant un nouvel éclairage sur l’intrigue, l’enquête ou les personnages. Bien que j’aie anticipé certains rebondissements, j’ai apprécié d’être transportée dans une histoire complexe dont il est bien difficile de dénouer tous les fils avant d’avoir tourné la dernière page.

En plus d’une intrigue efficace qui ne souffre d’aucun temps mort, Claire Favan offre une galerie de personnages variée que l’on sent, pour la plupart, au bord du gouffre : certains en raison de leurs illusions les enfermant dans un enfer personnel et/ou professionnel, d’autres parce qu’ils sont véritablement en enfer ou, à l’inverse, parce qu’ils n’ont jamais su profiter de leur liberté retrouvée. Nul besoin de murs pour être emprisonné…

En conclusion, Les cicatrices est un thriller particulièrement efficace qui vous plongera sans douceur et avec un réalisme déconcertant dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et de sa perversité. Souffrance, mensonges, faux-semblants et personnages sur le fil du rasoir sont au cœur d’une intrigue complexe dont on suit avec attention et un certain effroi le déroulement. Une seule certitude, n’en ayez aucune !

Merci aux éditions HarperCollins pour cette lecture.

Le fétichiste, Michael Fenris

Marion Dell, auteure de thriller adulée, accepte de revenir sur le devant de la scène à l’occasion de la sortie de son dernier roman. Alors qu’elle revient d’une séance de dédicaces à la librairie de sa ville, elle et sa secrétaire sont attaquées en pleine nuit dans leur maison. Marion réussit miraculeusement à échapper à son agresseur. Pour l’inspecteur Jack Whitlow, tout accuse un individu que l’on surnomme le fétichiste, qui s’introduit chez ses victimes pour les droguer et se livrer à des attouchements. Personne n’a jamais pu le décrire, Marion Dell est la seule à pouvoir l’identifier. Seul problème : elle est aveugle !

Évidence Éditions (20 mars 2020) – 408 pages – Broché (18,04€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Imaginez-vous vous réveiller et découvrir que vous avez été droguée, que votre domicile a été dégradé par des dessins obscènes et que certains objets intimes ainsi que des vêtements sales vous ont été volés quand ce ne sont carrément pas vos poils pubiens qui ont été rasés et emportés. C’est ce genre de choc émotionnel auquel doivent faire face les femmes victimes du fétichiste qui prend plaisir à s’introduire chez elles avant de laisser parler sa perversion, photos à l’appui. L’homme sévit depuis maintenant quatre ans veillant à laisser passer quelques mois avant chaque forfait… Une démarche prudente qui lui réussit plutôt bien, la police préférant se concentrer sur des affaires plus urgentes. Enfin jusqu’à ce que la situation dérape durant sa dernière sortie nocturne…

Marion, sa dernière victime et autrice de thriller, est aveugle, mais l’acuité de ses autres sens lui a permis de donner quelques indices à la police, à commencer par son nom, Jackson, et sa corpulence. La traque peut alors commencer, l’inspecteur Jack Whitlow étant bien décidé à mettre la main sur cet homme avant que ses plus sombres instincts ne frappent à nouveau ! L’escalade de violence dans laquelle est tombé le fétichiste rend l’enquête particulièrement palpitante et intéressante. L’auteur a véritablement su instiller un sentiment d’urgence, les lecteurs, tout comme la police, comprenant que les crimes sexuels ne suffisent plus à cet homme perverti qui va chercher, dans d’autres actes odieux, une manière d’atteindre la jouissance et une revanche sur toutes ces « salopes qui n’ont pas su reconnaître son génie ».

À travers ce roman sont ainsi évoqués, entre autres, la condition de la femme et ce rôle d’objet sexuel ou de proie dans lequel certains hommes aiment les enfermer. Jackson souffre d’un réel manque de reconnaissance, mais au lieu de prendre les rênes de sa vie et de s’affirmer, ils préfèrent blâmer les femmes. Tellement plus facile que de faire bouger les choses et de prendre la place qu’il estime mériter… S’il m’a fortement révulsée, Jackson est un personnage intéressant de par sa construction et les mécanismes complètement dévoyés de sa pensée. Un être malsain, mais brillant, notamment dans le domaine de l’informatique, qui va mettre les nerfs de Jack Whitlow à rude épreuve.

Avec ce dernier, l’auteur nous propose un personnage intéressant loin du stéréotype de l’inspecteur désabusé et blessé par la vie qui s’enferme dans la bibine quand il n’est pas sur une scène de crime. Bien au contraire, volontaire, à l’écoute des victimes, mais aussi de son équipe, Jack est un homme équilibré avec ses forces et ses faiblesses. Avec le peu d’indices dont il dispose, il fera de son mieux pour faire avancer l’enquête et trouver un lien entre les différentes victimes, chose qui n’est pas aisée si l’on considère qu’elles ont chacune des vies et des personnalités très différentes… Alors comment le fétichiste choisit-il ses proies avant de passer à l’attaque ? Une question déterminante pour essayer d’anticiper quelle femme va faire les frais de sa perversion et de sa haine.

Entre ces deux personnages masculins à l’opposé l’un de l’autre, nous suivons la très charismatique Marion, mon personnage préféré. Il est assez rare de trouver une femme aveugle dans un roman et encore plus de trouver une femme aveugle, forte et déterminée à mettre hors d’état de nuire un homme qui a causé une énorme perte dans sa vie. Loin d’être une femme dépendante et faible, Marion possède une sacrée force de caractère et nous prouve qu’être aveugle ne signifie pas être sans défense. Sa cécité est un fait, mais elle ne la définit pas comme la jeune femme nous le prouve tout au long du roman que ce soit grâce à sa carrière d’écrivaine, sa pugnacité ou sa combativité. Elle n’en demeure pas moins humaine avec ses propres craintes et une tendance à l’isolement…

En plus de la psychologie des personnages parfaitement développée, l’auteur nous offre une enquête menée tambour battant, aucune longueur ne venant alourdir ce roman qui se lit tout seul. Happée par la tension qui s’intensifie au fil des pages, je l’ai ainsi lu en deux soirées impatiente de découvrir le dénouement d’une enquête qui ne devrait pas manquer de provoquer en vous moult émotions, du profond dégoût pour un homme abject à l’angoisse qu’il arrive à mettre ses terribles plans à exécution. Quant à la plume de l’auteur, rythmée et immersive, elle sied à merveille à l’intensité de l’histoire ! Certaines scènes se révèlent ainsi calibrées pour vous donner l’impression d’être dans un film d’horreur dans lequel la victime est traquée jusque dans les moindres recoins de sa maison. Glaçant de réalisme !

En conclusion, entre un homme dont les actes montent crescendo dans l’horreur, un inspecteur de police déterminé à l’arrêter avant qu’il ne disparaisse et une femme qui refusera ce rôle de victime sans défense qu’on veut lui imposer, l’auteur nous propose ici un thriller intense et particulièrement bien mené qui repose sur des personnages dont la psychologie a été pensée et développée avec soin, si ce n’est brio. Aucune fausse note donc pour cette histoire qui devrait vous pousser à fermer toutes vos entrées à double tour, a fortiori si vous êtes une femme.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture reçue dans le cadre du Crazy Books Day.

13 minutes, Sarah Pinborough

Natasha, seize ans et reine du lycée de Brackston, ne se souvient pas comment elle a fini dans les eaux glacées de la rivière. La seule chose qu’elle sait : ce n’était pas un accident.
D’après le proverbe, il faut être proche de ses amis et encore plus de ses ennemis. Sauf que, au lycée, il est parfois difficile de les différencier.
Ses amies l’aiment, Natasha en est sûre. Mais ça ne veut pas dire qu’elles n’ont pas essayé de la tuer…

Castelmore (14 novembre 2018) – 448 pages – Broché (16,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS (qui dormait dans mes brouillons depuis très longtemps)

13 minutes est une lecture qui me tentait autant qu’elle me faisait peur ayant lu un certain nombre d’avis assez réservés sur cet ouvrage. Ma curiosité a fini par l’emporter, ce que je ne regrette pas puisque malgré quelques longueurs, j’ai dans l’ensemble apprécié ma lecture.

L’autrice plonge, sans mauvais jeux de mots, directement les lecteurs au cœur de cette histoire où le sordide n’est jamais très loin. Natasha, lycéenne très populaire, est sauvée in extremis de la mort par James, un musicien qui s’est précipité à son secours quand il a vu son corps flottant dans la rivière glacée. Accident, suicide, tentative de meurtre ? L’inspectrice Bennett doit faire la lumière sur cette affaire, mais en attendant, Natasha reprend le cours de son existence et tente de se souvenir de ce qui a bien pu se passer, sa mémoire ayant du mal à recoller les morceaux du puzzle.

Au fil des pages, nous suivons la victime, mais surtout Rebecca, son ancienne amie d’enfance, avec laquelle elle renoue des liens. En parallèle de l’enquête officielle, les deux adolescentes décident de mener leurs propres investigations afin de confondre les deux personnes qu’elles suspectent d’être à l’origine du drame vécu par Natasha… Mais l’affaire n’est-elle pas plus complexe qu’elle n’y paraît ? Une question que l’on ne peut que se poser et à laquelle on essaie d’obtenir des réponses, notamment à travers les différents documents intégrés au récit : extraits de journal intime, extraits de journaux, extraits de documents judiciaires, sms intrigants, comptes-rendus de séances de thérapie… Une pluralité dans la narration qui la rend particulièrement attrayante et dynamique !

Derrière le vernis doré d’une jeunesse dopée à l’égo et aux réseaux sociaux, on découvre des lycéens obnubilés par leur image, pétris d’orgueil, de méchanceté et d’arrogance au point de rendre chaque protagoniste, ou presque, détestable. Les pensées, les actes, les mots… tout donne envie de vomir ! Le fait d’avoir failli mourir ne rend pas Natascha meilleure, loin de là, et Rebecca se révèle une bien piètre amie pour Hannah qui la soutient pourtant au quotidien alors qu’elle la traite comme un simple laquais. Si Rebecca et Natasha sont bien différentes, que ce soit physiquement ou mentalement, elles partagent cette même superficialité qui les rend aussi égoïstes qu’irritantes !

Si vous aimez vous identifier aux personnages, vous risquez donc d’être décontenancés par ce livre où même les victimes vous donnent des envies de meurtre. Mais bizarrement, cela ne m’a pas dérangée outre mesure puisque je me suis surtout accrochée à l’enquête que j’ai trouvée bien menée malgré quelques longueurs qui ont parfois failli me faire décrocher.

Les ficelles de ce thriller Young Adult ne sont pas inextricables quand vous avez l’habitude des romans à suspense, mais elles sont utilisées avec assez de subtilité et d’efficacité pour happer l’attention des lecteurs, et leur donner envie de connaître le fin mot de l’histoire. J’avais anticipé bien avant la fin la révélation finale, mais je ne doute pas que des lecteurs plus jeunes se laissent surprendre. J’ai, en revanche, trouvé qu’il manquait peut-être un épilogue pour permettre aux lecteurs de découvrir ce qui arrive aux différents protagonistes après que la terrible vérité éclate.

En conclusion, dans un jeu de dupe et de faux-semblants, l’autrice nous offre un thriller prenant qui met en lumière l’emprise et la fascination que certaines personnes arrivent à avoir sur d’autres. Avec ce roman, les apparences n’ont jamais été aussi trompeuses, et les certitudes tout autant de mensonges savamment orchestrés par un esprit malade et pervers dont on appréciera néanmoins toute l’intelligence et l’imagination !

Argent sale, Karin Slaughter et Lee Child

Argent sale (HarperCollins) par [Slaughter, Karin, Child, Lee]

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir Argent sale de Karin Slaughter et Lee Child.

PRÉSENTATION TRADITEUR

Will Trent, du Georgia Bureau of Investigation, se fait engager sous une fausse identité comme main d’œuvre à Fort Knox après avoir découvert que l’individu qu’il soupçonne dans le meurtre d’un policier vingt-deux ans plus tôt, a été embauché pour l’inspection et le nettoyage des lingots d’or qui ont lieu tous les dix ans. Entré dans la célèbre chambre forte, il rencontre enfin le suspect : Jack Reacher.

Karin Slaughter et Lee Child nous offre une rencontre inédite : celle de deux héros cultes, Will Trent et Jack Reacher (le flic dyslexique et l’ancien officier de police militaire) mais aussi celle de deux plumes du polar contemporain. Et si cette première collaboration était le début d’un nouveau tandem du crime ?

HarperCollins (8 janvier 2020) – 160 pages  – Poche (4,90€) – Ebook (1,99€)
Traduction : Alexia Valembois 

AVIS

Argent sale fait, pour la première fois, se rencontrer deux figures emblématiques du monde du polar : Will Trent, agent du Georgia Bureau of Investigation, imaginé par Karin Slaughter, et Jack Reacher, ancien officier de police miliaire, créé par Lee Child.

Je ne connaissais pas ces deux personnages avant de me plonger dans cette nouvelle, ce qui ne m’a pas empêchée de suivre sans problème l’intrigue et de constater que Will et Jack sont deux fortes têtes ! Nous découvrons ainsi Will qui souhaite se faire embaucher, sous une fausse identité, à Fort Knox, le fameux camp militaire américain qui, en plus d’être une forteresse, ressemble à une mini-ville.

Sa motivation officielle : gagner quelques dollars en participant à l’inspection et au nettoyage des lingots d’or. Son véritable objectif : mettre la main sur son suspect dans l’assassinat d’un policier, il y a plus de vingt ans. Or, sa cible n’est personne d’autre que Jack Reacher, lui-même en pleine enquête pour faire le point sur les magouilles qui entachent Fort Knox ! Des magouilles bien plus importantes et organisées que ce que les apparences ne le laissaient présager…

Contre toute attente, les deux infiltrés vont devoir collaborer pour découvrir ce qui se trame réellement à l’intérieur du camp. Une collaboration qui va pousser Will à se poser des questions sur son suspect qui est loin de l’image de mercenaire tueur de flics qu’il s’était imaginé ? Et si finalement, il faisait erreur et que le véritable assassin n’était pas cet homme qu’il a appris à apprécier ou, du moins, à respecter  d’autant qu’au fil de leurs échanges, les deux hommes vont se trouver quelques points communs.

Si l’histoire n’est pas déplaisante et se lit toute seule, j’ai quand même eu le sentiment de « trop peu ». L’intrigue aurait gagné à être étoffée pour soulever un peu plus de tension et de questionnements quant aux tractations secrètes qui secouent Fort Knox et au meurtre non résolu du policier. Pour ma part, j’ai vraiment eu le sentiment que le but de cette nouvelle était bien plus la rencontre entre les deux héros que l’intrigue en elle-même qui reste assez survolée. Les amateurs d’enquêtes complexes et de suspense risquent donc de rester sur leur faim à moins de considérer que nous sommes ici dans une nouvelle sympathique à lire entre deux aventures de Will et/ou de Jack.

J’ai néanmoins apprécié l’immersion dans l’un des endroits les plus secrets du monde, la réserve d’Or américaine de Fort Knox qui a, par le passé, suscité les plus folles rumeurs, et qui bénéficie toujours d’une certaine aura de mystère prompte à affoler l’imagination des complotistes.

Quant à la fin, ou plutôt l’absence de fin, elle laisse entrevoir de nouvelles péripéties pour ce nouveau duo complémentaire qui a toutes les cartes en main pour se lancer dans des aventures trépidantes et pleines d’action. Reste juste à espérer que la prochaine fois, les auteurs nous proposeront un roman étoffé à la place d’une nouvelle intéressante, mais quelque peu frustrante.

En conclusion, manquant de profondeur et d’enjeux pour satisfaire les amateurs d’intrigues complexes et pleines de tension, Argent sale plaira aux personnes appréciant les nouvelles et celles curieuses de découvrir comment deux personnages cultes et hauts en couleur vont arriver à travailler main dans la main pour mettre à jour les magouilles au sein d’un complexe militaire emblématique des États-Unis…

Retrouvez le roman sur le site d’HarperCollins.

 

L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’art du meurtre de Chrystel Duchamp. L’idée de découvrir une autrice locale a joué dans mon envie de me plonger dans ce thriller…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !
Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.
Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.
Pour le lieutenant Audrey Durand, cette enquête dans le monde de l’art contemporain sera-t-elle l’occasion de faire taire ses démons, ou se transformera-t-elle en une plongée hypnotique aux confins de la folie ?

L’Archipel (16 janvier 2020) – 272 pages – Broché (19€) – Ebook (13,99€)

AVIS

Si j’apprécie les thrillers, l’art est un domaine qui m’est relativement inconnu et, a fortiori, l’art contemporain. Or, c’est bien dans ce domaine que l’autrice nous transporte à travers des crimes particulièrement sordides mis en scène avec un certain talent et beaucoup de symbolisme ! Loin d’être l’œuvre d’un fou, ces scènes de meurtre témoignent ainsi de la volonté d’un artiste/meurtrier d’utiliser le corps de ses victimes pour s’exprimer, dénoncer et faire passer un message. Une démarche extrême soutenue par des techniques artistiques réelles, parfois borderlines, qui permettent de transcender les conventions, la morale et le temps.

Que l’on comprenne et/ou que l’on adhère ou non à cet art corporel extrême qui conduit à s’automutiler, et dans notre enquête, à mettre en scène des meurtres, le roman n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous pousser à vous interroger sur votre propre rapport à l’art et à la définition que l’on peut donner à ce mot. Chrystel Duchamp évoque ainsi l’art, mais aussi la nécessité de se couper de ses préjugés pour tenter d’aller à la rencontre d’un artiste, de sa vie, de sa démarche et des messages qu’il essaie de faire passer…

Ce qui fait la force et l’originalité de ce thriller est donc de réunir deux milieux en apparence très différents : celui du crime et celui plus feutré de l’art, des galeries et des salles d’enchère. Glamour et argent contre violence et quotidien… Deux mondes qui se télescopent, que ce soit en raison de la nature inédite des crimes commis ou du parcours atypique du lieutenant Audrey Durand, cette dernière ayant effectué des études d’art au Louvre avant de choisir d’intégrer les forces de l’ordre. Une passion pour l’art qui ne l’a jamais quittée et qui lui sera fort utile pour tenter d’élucider les crimes spectaculaires et particuliers qui lui tombent sur les bras. 

Son flair lui souffle d’enquêter dans le milieu de l’art contemporain quand sa supérieure l’oriente vers d’autres pistes autant par conviction que par aveuglement maternel. Mais Audrey a de la suite dans les idées et n’hésitera pas à mettre sa santé et sa carrière en jeu pour identifier la ou les personnes responsables de ces crimes habilement mis en scène. Elle pourra heureusement compter sur l’aide de ses collègues et d’un autre amateur d’art loin de la laisser indifférente… L’enquête est rythmée et plutôt immersive, l’autrice insufflant la dose de détails et de suspense nécessaire pour vous pousser à tourner les pages avec avidité, et une certaine angoisse à l’idée de découvrir d’autres crimes tout aussi effroyablement artistiques.

La personnalité haute en couleur d’Audrey, digne de celle d’une artiste, et ses relations avec autrui ajoutent pas mal de sel au récit. À fleur de peau, entière, torturée et fragile psychologiquement, Audrey fait partie de ces personnes qui émeuvent autant qu’elles agacent. Parfois excessive et déstabilisante dans ses réactions, elle n’en demeure pas moins passionnante par sa capacité à utiliser ses connaissances et sa passion de l’art pour tenter d’élucider son enquête, quitte à brusquer ses proches. J’ai, en outre, apprécié sa relation avec sa supérieure qui joue autant le rôle d’amie que de mère, et son rapprochement avec Joël, un homme dont on ne pourra que louer la patience… Alternant entre force et sensibilité, Audrey est un bulldozer que vous devriez prendre plaisir à suivre dans le chaos de sa vie privée et professionnelle. 

Quant à l’écriture, elle est percutante, vive et incisive à l’image d’un tueur implacable qui vous donnera des sueurs froides. Pas d’effets de style ou de manche inutiles, mais une efficacité dans la narration qui rend la lecture rapide et haletante. Aucune place à l’ennui donc d’autant que le mystère entourant ces meurtres semble s’épaissir jusqu’à ce que la vérité finisse par éclater. Une vérité que je n’avais pas anticipée, mais qui vient conclure, avec une certaine logique, une histoire dans laquelle mort, art et vie sont intrinsèquement liés. Quant à la révélation finale, elle a su autant me surprendre que me convaincre. La boucle est bouclée !

En conclusion, L’art du meurtre est un thriller efficace dont la particularité est d’avoir su lier avec brio monde de l’art et crimes, expressivité et horreur, tout en plongeant le lecteur dans une réelle introspection quant à sa vision de l’art. Qu’est-ce qui fait art, jusqu’où peut-on aller en son nom et le corps peut-il vraiment être un outil artistique comme les autres ? Quelques-unes des nombreuses questions qui devraient vous pousser dans vos retranchements à mesure qu’un monde de l’extrême s’ouvre à vous… L’art du meurtre ou quand le meurtre devient art !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Throwback Thursday Livresque #154 : À contresens (vous l’aimez mais tout le monde le déteste ou inversement)

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai pensé à un roman qui est loin d’avoir fait l’unanimité : La maison des oubliés de Peter James.

Le déménagement dans ce manoir charmant, en haut de la colline, devait être le point de départ pour une nouvelle vie. Après des années passées dans la banlieue de Brighton, Ollie Harcourt ne pouvait rêver mieux qu’une existence paisible à la campagne. Le reste de la famille suit d’un pas hésitant, mais ne rechigne pas pour autant à cette nouvelle aventure.
Cependant, peu après leur installation, des scènes étranges se déroulent dans la maison.
Des ombres apparaissent, les animaux domestiques se comportent de manière bizarre et plusieurs accidents, plus déroutants les uns que les autres, ont lieu.
Bientôt, Ollie n’a plus de doute : leur présence n’est pas vraiment souhaitée. Quelqu’un semble même prêt à tout pour les expulser de là… à n’importe quel prix.

J’ai lu quelques bonnes chroniques, mais j’ai également lu des avis très négatifs sur ce roman que j’ai, pour ma part, adoré. Il faut dire que Peter James ne révolutionne pas le genre, mais il utilise à merveille les grosses ficelles qui font son charme : maison hantée, fantômes, apparitions brutales, danger omniprésent, tension qui monte crescendo…

Je peux donc comprendre que les lecteurs habitués aux thrillers horrifiques aient eu le sentiment d’un roman bourré de clichés bien que, pour ma part, j’ai été séduite par la manière dont l’auteur a su se les approprier pour plonger les lecteurs dans une ambiance ténébreuse et malfaisante.

Pour en apprendre plus, je vous invite à lire ma chronique de La maison des oubliés dont voici la conclusion :

D’une plume très visuelle et d’une redoutable efficacité, Peter James nous offre une plongée immersive et totale dans la vie d’une famille dont le rêve se transforme en cauchemar. Digne d’un scénario de films d’horreur dont l’auteur a repris les principaux codes, La maison des oubliés est un roman qui tient en haleine jusqu’à la dernière page et qu’il s’avère difficile, si ce n’est impossible, de lâcher avant de connaître le sort réservé aux personnages. Amateurs de frissons, d’ambiance angoissante et de fantômes, ce livre est fait pour vous !

Et vous, connaissez-vous de roman ?
Quel titre auriez-vous proposé ?

Premières lignes #91 : Instinct, James Patterson et Howard Roughan

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai décidé de vous présenter un roman qui me tente énormément bien que je ne connaisse pas encore la série télé : Instinct de James Patterson et Howard Roughan. À noter que ce roman a déjà été publié par la maison d’édition sous le titre Jeu de massacres.

Instinct de James Patterson et Howard Roughan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un meurtrier, deux enquêteurs. Et un jeu de 52 cartes…

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Lizzie Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…
Mais il apparaît vite que ce sang est celui d’un homme retrouvé poignardé à son domicile. Quant à la carte, un roi de trèfle, elle prend tout son sens lorsque Needham et Reinhart comprennent qu’elle désigne la deuxième victime du tueur.
Ces cartes ne sont donc pas une signature, mais les indices d’un jeu de piste jonché de cadavres, dont Manhattan est le décor…

Publié en 2019 sous le titre Jeu de massacres, ce roman a inspiré la série Instinct, diffusée en France par M6, avec Alan Cummings, dans le rôle de l’extravagant Dylan Reinhart.

DATE DE PARUTION : 9 janvier 2020

PREMIÈRES LIGNES

Alors comme ça, vous souhaitez devenir serial killer ?

Libre à vous, bien sûr, d’abattre des gens au petit bonheur dans la rue – bang, bang ! –, mais je me suis laissé dire que les flingues, quoique parfois utiles pour ce job, offrent le plus souvent un résultat décevant. Quand on n’a qu’à appuyer sur la détente, je trouve que ça manque d’intimité, d’une certaine proximité. On entend la détonation, on savoure le carnage, la peau de la victime s’ouvre et se déchire d’un coup, fort bien ; mais c’est sans commune mesure avec la décharge d’adrénaline que procurent des méthodes, disons, plus personnelles.

Moi, j’aime bien combiner. Il y a mille façons si belles, si créatives de tuer son prochain ! J’estime que je dois à ma cause – et à moi-même – de tout faire pour varier les plaisirs. Il faut que ça reste excitant. Même quand les circonstances exigent de sortir un pétard, j’essaie toujours d’ajouter un petit extra, une sorte de variante. Un peu comme la cerise sur le Sundae : c’est tout de suite plus appétissant.

Cela dit, les gens n’ont pas idée du degré de satisfaction procuré par certaines des méthodes les plus basiques. Poignarder quelqu’un à mort, par exemple. Je ne connais pas d’expérience plus intime, plus personnelle. Quoi de plus exaltant que le bruit du couteau qui perce une peau humaine ? Parfois, c’est plus fort que vous : il vous faut l’entendre encore, et encore, et encore…

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions l’Archipel.

Photophobia, Tom Becker

Voici une chronique qui dormait dans mes brouillons depuis quelques mois : Photophobia de Tom Becker.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je vis sur les routes pour fuir le passé mystérieux de ma famille.
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À mon arrivée à West Academy, des reines de beauté sont sauvagement assassinées.
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Je partage les meurtres du Preneur d’Anges à travers des visions cauchemardesques.
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Je doute de tous ceux qui m’entourent, à commencer par moi-même.
SOURIEZ ! VOUS ÊTES ASSASSINÉ !

Éditions Milan (3 mai 2017) – 288 pages – Broché (14,90€) – Ebook (9,99€)
Traduction : Emmanuelle Pingault

AVIS

Après ma lecture de La maison des oubliés de Peter James plutôt intense, Photophobia s’est révélée plus « douce » dans le sens où je n’ai pas frissonné. Pour autant, ce thriller young adult se révèle efficace pour instaurer une ambiance glauque et malsaine dans cette ville huppée et cossue de Saffron Hills. Une ville où il fait bon d’être riche, beau et jeune. Du moins jusqu’à ce qu’un serial killer frappe et assassine de manière plutôt brutale les « stars » du lycée local. Vous savez ces beaux gosses et ces pimbêches nés avec une cuillère dans la bouche qui se pensent supérieurs et le font sentir aux autres. Cette folie meurtrière ravivera des blessures, la ville ayant déjà été le témoin de tragiques événements…

C’est dans cette ville malsaine embourbée dans ses silences que Darla et son père, Hopper, posent leurs valises après avoir fui de ville en ville poursuivis par les débiteurs du patriarche alcoolique et escroc notoire. Hopper semble prêt à faire un effort pour se libérer de ses démons et offrir une vie plus stable à sa fille. Énième promesse ou vrai nouveau départ ? Ce qui est certain, c’est que la fille et le père prennent, bon an mal an, leurs marques : Hopper trouve un travail dans un magasin de musique et Darla intègre le lycée. L’intégration est toutefois difficile parmi cette jeunesse pourrie gâtée obnubilée par les apparences et l’argent, mais Darla se lie d’amitié avec Frank et Sacha, une adolescente à la personnalité bien marquée…

Alors qu’elle tente de se faire à sa nouvelle vie, Darla a d’étranges et sanguinaires visions qui, pour son plus grand désarroi, se révèlent justes. J’aurais apprécié que l’auteur développe un peu plus cet aspect de l’histoire qui apporte une touche agréable de fantastique… Mais j’ai également apprécié qu’il choisisse plutôt de se focaliser sur l’enquête en elle-même et la psychose générée par ces meurtres qui ne sont pas le fruit du hasard, le tueur choisissant avec soin ses victimes. Il veut du beau, de l’esthétique, à l’image de ses proies obnubilées par leur image et la beauté. À une époque où les selfies sont devenus quasiment une obsession collective et où chaque instant de vie se doit d’être mis en scène et publié sur Instagram, la critique sous-jacente n’est pas dénuée d’intérêt !

Mais le charme du livre réside avant tout dans le suspense et la tension qui sont distillés page après page. Le démarrage est un peu long, l’auteur prenant le temps de poser le contexte familial particulier de Darla avec un père instable et une mère décédée, mais le rythme s’intensifie jusqu’à vous faire tourner les pages avec autant d’empressement que d’appréhension. Il faut dire que Darla, poussée par l’intrépide Sacha, ne reste pas sans rien faire devant les actes odieux du serial killer. Bien décidée à trouver ce meurtrier qui hante sa vie et peuple ses cauchemars, elle se lancera sur sa piste ce qui la mettra, bien évidemment, dans des situations dangereuses. Certains passages m’ont ainsi donné des sueurs froides !

L’auteur, comme dans tout bon thriller, essaie de semer le doute dans l’esprit des lecteurs en les mettant sur différentes pistes. Pour ma part, j’ai deviné l’identité du tueur très vite, mais je pense qu’un lecteur peu habitué aux romans à suspense ou des adolescents moins coutumiers des mécanismes mis en place dans ce genre d’histoires, se laisseront plus facilement bernés. Si j’avais deviné l’identité du tueur, il y a néanmoins une chose sur ce dernier que je n’avais pas anticipée…

Le roman faisant moins de 300 pages se lit très vite d’autant que la plume de Tom Becker est très fluide et qu’elle met en exergue avec réalisme et simplicité certains enjeux actuels comme cette course à l’image favorisée par les nouvelles technologies. La relation entre Darla et son père, faite de reproches et d’amour, est quant à elle touchante. Hopper est défaillant et il s’en rend compte, mais il essaie, petit à petit, et avec ses moyens de rattraper ses erreurs. Cela n’efface pas ses manquements en tant que père, mais l’auteur offre néanmoins un joli message d’espoir sur la capacité de chacun à changer. Et puis j’ai apprécié que l’auteur inclue la présence d’un parent, même défaillant, dans son histoire. Hopper laisse une grande marge de manœuvre à Darla, conscient qu’il n’est pas crédible dans le rôle du père strict et irréprochable, mais sa présence reste palpable dans la vie de sa fille.

En conclusion, Tom Becker nous propose ici un thriller young adult bien construit et particulièrement efficace pour susciter de nombreux doutes et une certaine angoisse chez les lecteurs. Non dénué de réflexions pertinentes sur des sujets comme l’obsession de la beauté et de l’apparence, ce roman devrait vous tenir en haleine et vous faire passer un moment de lecture des plus intenses !

Dans la peau, Armèle Malavallon

Je remercie les éditions Ramsay de m’avoir permis de découvrir Dans la peau d’Armèle Malavallon.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Paris, en plein été. Le corps d’une femme non identifiée est repêché dans la Seine. Adèle Hème, journaliste spécialisée dans les faits divers, est en pleine rupture sentimentale quand elle tombe sur cette information a priori anodine. Quel est le lien entre l’inconnue de la Seine, Jérôme Fasten, flic à la Criminelle, et Oscar Ortiz, un mystérieux artiste parisien ? A tenter de vouloir le découvrir, Adèle va sombrer petit à petit dans l’obsession et la paranoïa au point de tutoyer la folie…

Ramsay (3 mai 2019) – 250 pages – Broché (19€)

AVIS

Surprise, agréablement surprise. À eux seuls, ces quelques mots pourraient résumer mes impressions une fois la dernière page tournée. En ce moment, j’enchaîne les thrillers, et je dois dire que celui-ci rompt clairement avec les codes. Il serait d’ailleurs presque dommage de cantonner cet ouvrage à un seul genre, l’autrice nous offrant une histoire tout en subtilité.

Attristée par la décision unilatérale de rompre de son amant, Adèle se lance à cœur perdu dans une enquête afin de lever le voile sur l’inconnue de la Seine, un terme presque poétique pour désigner le cadavre non identifié d’une femme repêché dans le fleuve. On est loin du glamour parisien bien que l’amour, sentiment indissociable de la Ville Lumière, soit ici présent. En filigrane, sans être intrusif, mais comme une toile de fond dans laquelle Adèle se noie. L’eau comme fil conducteur à moins que ce ne soit la peau…

Cette peau que la journaliste a décidé de marquer et d’embellir. Son envie de tatouage, ce n’est pas un caprice soudain ou une envie spontanée, mais un projet mûrement réfléchi. Alors son tatoueur, Oscar Ortiz, elle a pris le temps et le soin de le choisir ! À moins que ce ne soit le travail de l’artiste et sa vision très personnelle, quasi mystique de son art, qui ne l’aient choisie elle. Cet homme dégage une telle aura de mystère et un tel charisme que, comme Adèle, on ne peut s’empêcher de ressentir une pointe d’admiration et une certaine fascination pour lui. Artiste accompli, il ne se contente pas de reproduire des images sur un corps, il les imagine et les implémente avec précision et une totale dévotion… C’est peut-être sa faculté à ne faire qu’un avec la peau de ses clients qui fait de lui un si bon observateur des tourments de l’âme.

Il arrive ainsi à cerner le trouble qui enserre la poitrine d’Adèle. Il faut dire qu’en plus d’une rupture qui l’a profondément meurtrie et déstabilisée, l’enquête de l’inconnue de la Seine touche beaucoup plus la journaliste qu’elle ne le devrait. Une sorte d’identification à la victime s’opère en elle, bien que Jérôme, policier et amour de jeunesse, essaie de lui faire garder les pieds sur terre. Enfin, quand il n’est pas obnubilé par l’idée de la reconquérir ou qu’il ne doit pas faire face à ses propres démons !

Plus que l’enquête qui passe ici au second degré, c’est bien la psychologie des personnages qui revêt ici un intérêt particulier. L’autrice nous offre, en effet, des personnages complexes, voire torturés, qui ne pourront pas vous laisser indifférents. À ma grande surprise, ce n’est pas Adèle qui m’a le plus touchée, mais un autre personnage dont on découvre progressivement toute la délicatesse et la fragilité. Certains chapitres laissent ainsi entrevoir les fêlures qui se sont créées et creusées au fil du temps et des rejets. En plus de rendre le personnage intrigant, cela soulève certaines réflexions à la portée quasi philosophique…

Devient-on un monstre parce que tout le monde nous traite comme tel, l’est-on par le poids de l’hérédité ou ce que l’on qualifie de monstre n’est parfois, ni plus ni moins, que ce meurtrier que chacun d’entre nous porte en son sein ? Une question plutôt dérangeante que l’on est amené à se poser à mesure que l’on avance dans l’intrigue et que l’étau se resserre autour d’Adèle. Entre pertes de mémoire, malaises, doutes et questionnements, la journaliste oscille entre folie et réalité jusqu’à ce qu’un dramatique événement va, d’une certaine manière, la (re)mettre sur le chemin de la vérité…

Sans tomber dans un inutile et dérangeant sensationnalisme, Armèle Malavallon n’épargne pas ses lecteurs prenant des décisions radicales quand cela sert le récit. Éprouvant pour le cœur, mais terriblement efficace tout comme sa très jolie plume qui apporte beaucoup de cachet et de chaleur au récit. On nous plongeant d’emblée dans la vie et l’esprit de son héroïne, l’autrice instaure une certaine connivence avec les lecteurs. Se dégage donc des pages une ambiance que j’aurais envie de qualifier d’intimiste. Le récit aborde des thèmes parfois difficiles, et la vie d’Adèle est pour le moment chaotique, mais les lecteurs sont complètement absorbés par les pages sans arriver à prendre de distance. Je n’ai ainsi pas ressenti beaucoup d’empathie pour Adèle, car bien trop différente de moi, mais j’ai vécu les événements à ses côtés sans aucune réserve…

En conclusion, Dans la peau est un roman prenant et immersif qui, sous prétexte d’une enquête, nous plonge avec brio dans la vie d’une journaliste dont on apprend à connaître les forces et les faiblesses. Original et intéressant notamment par les thèmes abordés, il offre également une petite incursion du côté d’un art que je connais peu, mais qui mérite ici toutes ses lettres de noblesse, le tatouage. Bien plus qu’une histoire de meurtre à élucider, c’est aussi le récit d’une vie à mener avec le poids des souvenirs, des mots, des regrets, et de nos actes…

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