La Société secrète, Manuel Ruiz

La Société Secrète - Manuel Ruiz

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir, dans le cadre du Crazy Books Day, La Société secrète de Manuel Ruiz.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Christian Dalleray, dit « le Bateleur », a réalisé son rêve : il a créé une société secrète, une vraie. Il la dirige avec deux amis : Michel Kowalski « le Pape », et Éric Schneider « l’Empereur ». Il devrait donc être heureux. Or, c’est le drame qui va bientôt l’entourer.

Les personnes de son entourage sont assassinées, une par une, quel que soit le pays où elles se trouvent. Il en est averti par une dame mystérieuse et séduisante, la duchesse. Naturellement, il comprend vite qu’il sera la dernière cible. Il entreprend donc une interminable enquête à l’échelle planétaire. Sur tous les continents, il poursuit ses ennemis. Mais les traces vont lui révéler ce qu’il craignait : les coupables sont tout près, ils font partie de ses amis. Il doit impérativement les démasquer, par crainte de devenir à son tour la victime d’un meurtre.

C’est ce qu’il fera, au cours d’un ultime et tragique huis clos à l’endroit même où l’histoire a débuté.

Évidence Éditions (7 août 2019) – 448 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Les deux plus grandes religions au monde qui s’unissent laissant de côté leurs différences ! Une bonne chose, non ? Pas vraiment quand cela se fait dans le secret avec comme objectif d’éradiquer la liberté, la laïcité et toutes ces avancées que certains pays veulent défendre. Il ne manquerait plus que les femmes aspirent toutes à l’indépendance financière, que les préservatifs soient accessibles facilement dans chaque région du globe…

En parallèle à cette unique et inédite entente religieuse, nous suivons Christian Dalleray, un homme qui voue un culte aux organisations secrètes au point d’avoir créé la sienne, avec ses deux meilleurs amis, il y a de cela maintenant plusieurs années. Ce qui n’aurait pu être que le projet un peu foufou de trois amis a rencontré du succès, leur Société secrète comptant 10 000 membres ! Malheureusement pour Christian, sa vie va se compliquer et devenir bien plus dangereuse quand l’un de ses contacts lui révèlera l’existence de l’entente secrète entre chrétiens et musulmans... Personne ne devait l’apprendre, et certainement pas lui !

Cette lecture présentant des atouts indéniables m’a toutefois posé problème en raison du protagoniste dont certaines paroles envers les religions manquent parfois de nuances bien que je sois d’accord avec les problématiques soulevées comme cette manière dont certains individus privent les autres de leurs droits et de leur liberté au non de leurs croyances. Toutefois, j’ai eu le sentiment qu’était systématiquement opposé Occident et reste du monde et que chaque croyant était un intolérant en puissance…

Autre point problématique, du moins pour moi, le machisme et sexisme de Christian qui se définit pourtant comme un galant homme. Alors personnellement quand un homme ne parle des femmes que sous le prisme de leurs attributs physiques avec une bonne dose de condescendance, je ne parle pas de galanterie, mais de goujaterie. Certaines phrases ont bien failli me faire fermer le livre malgré l’intérêt ressenti pour l’intrigue. J’ai ainsi été ravie de découvrir, par exemple, qu’on pouvait deviner le métier d’une femme rien qu’à son tour de poitrine ou que si une femme attirait bien des regards et des gestes déplacés, c’était de sa faute, elle n’avait pas qu’à être aussi séduisante…

Un roman de plus de 400 pages ne se définit pas seulement par son protagoniste, mais quand celui-ci est détestable, cela ne met pas forcément le lecteur dans les meilleures dispositions, a fortiori quand on est une femme. L’auteur a peut-être souhaité par le biais de Christian dénoncer ce genre de comportements (je l’espère sincèrement), mais en absence de personnages féminins consistants qui ne pensent pas qu’à baisser leur culotte pour s’attirer ses faveurs, j’ai eu juste le sentiment de suivre un mec (à son stade, je refuse de le qualifier d’homme) qui se pense galant quand ce n’est que le gros beauf de service ! J’irai plus loin en disant que j’ai parfois eu l’impression que l’intrigue était surtout là pour servir un pseudo fantasme d’homme irrésistible et tout-puissant héros de ces dames, de la mère à la fille (avec ce qui ressemble de très près à un abus de faiblesse) et du monde.

C’est vraiment dommage et frustrant, car si on met de côté le héros, la plume n’en demeure pas moins plaisante et le roman intéressant, rythmé, bien construit et non dénué de tension et de mystère. J’ai ainsi apprécié d’en apprendre plus sur les rouages des sociétés secrètes, mais aussi de découvrir les tensions, mensonges et trahisons auxquels devra faire face Christian. Toute organisation humaine a ses failles comme il le découvrira par lui-même… On le suit donc de près dans ses péripéties destinées à faire la lumière sur les meurtres qui se multiplient dans son entourage plus ou moins proche. De pays en pays, de rencontre secrète en rencontre secrète, l’intrigue se complexifie et le danger s’amplifie. Christian et son organisation sortiront-ils indemnes de cette force qui œuvre dans l’ombre pour imposer sa loi et détruire la liberté des peuples ?

Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que dans ce jeu de dupes et de faux-semblants, il faut rester sur ses gardes, les foudres de Dieu ou, du moins, de personnes s’octroyant le droit de parler et d’agir en son nom, quel qu’il soit, peuvent frapper à tout moment ! Danger, action et mystère sont donc au rendez-vous. Dommage que le tout repose sur un personnage manquant de subtilité et nous apparaissant bien plus comme un gros goujat ayant une notion très personnelle de la gent féminine qu’un héros que l’on a envie de voir triompher dans sa lutte pour la liberté.

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence Éditions.

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Un couple irréprochable, Alafair Burke

Je remercie Babelio et les éditions Presses de la cité pour m’avoir permis de découvrir Un couple irréprochable d’Alafair Burke.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angela Powell est en apparence une femme comblée. Elle mène une vie confortable avec Jason, un brillant professeur d’économie devenu une personnalité médiatique, et leur fils de treize ans. Mais leur bonheur de façade se lézarde lorsque l’une des stagiaires de son mari dépose plainte contre lui pour comportement déplacé, puis qu’une de ses collaboratrices l’accuse de viol. De quoi donner à Angela l’impression qu’elle ne connaît peut-être pas si bien celui qui partage sa vie. Pourtant, face à l’obstination d’une enquêtrice coriace, elle choisit quand même de jouer son rôle d’épouse et de le défendre, envers et contre tout.
La disparition soudaine d’une des deux jeunes femmes donne cependant une autre dimension à l’affaire. Tandis que la presse se repaît du scandale, Angela est tiraillée entre la honte, le doute et le besoin de préserver un sombre secret…

Presses de la cité (19 septembre 2019) – 379 pages – Broché (21€) – Ebook (13,99€)
Traduction : Isabelle MAILLET

AVIS

L’histoire commence comme un conte de fées : un prince charmant, ou presque, tombe amoureux d’une jeune mère de famille célibataire et finit par l’épouser lui offrant ce dont elle rêvait le plus, l’occasion de quitter le trou à rat dans lequel elle est née.

Fin de l’histoire ? Pas vraiment, car plusieurs années plus tard, le conte de fées se transforme en mauvais rêve, si ce n’est en cauchemar. Le beau, doué et intelligent Jason tombe de son piédestal : une stagiaire l’accuse de comportements déplacés avant qu’une femme rencontrée dans le cadre de ses activités de consultant porte plainte pour viol ! Un coup dur pour Angela qui tient coûte que coûte à mener une vie discrète et routinière. Mais quoi qu’il en soit, elle en est certaine, son époux n’est pas le prédateur sexuel dénoncé par ces deux femmes. C’est un époux aimant et surtout un père attentionné pour leur fils de treize ans.

Un couple irréprochable est un thriller qui bénéficie d’une narration alternée efficace nous faisant naviguer entre passé et présent tout en nous permettant de suivre plusieurs personnages, et plus particulièrement Angela, la femme de Jason. Angela est une femme dont, au fil des pages, on perçoit toute la complexité. Mais rien d’étonnant quand l’on considère son passé que l’autrice prend le temps de divulguer au compte-gouttes. Je ne vous en dirai pas plus si ce n’est que cette trentenaire ne pourra que vous émouvoir d’autant que sa traumatisante expérience n’est pas sans rappeler certains faits divers…

Je ressors donc de ma lecture admirative de l’intelligence avec laquelle Alafair Burke a su construire son héroïne, une femme tout en complexité et en contradictions qui a su tour à tour m’émouvoir, m’agacer avant de franchement m’impressionner même si j’avais deviné certains aspects de sa personnalité et de sa vie d’avant. J’ai ainsi admiré sa capacité de résilience et sa dévotion envers sa famille et son fils, un adolescent très mature pour son âge et d’une grande perspicacité, tout en m’agaçant devant certaines réactions face à son mari…

Alors qu’il nous apparaît d’abord comme l’époux idéal, riche, beau, intelligent et compréhensif face au traumatisme de sa femme, l’image de Jason va progressivement se déliter jusqu’à former un portrait bien moins flatteur. Cela n’empêchera toutefois pas Angela de lui trouver des excuses, voire de s’autoflageller pour certaines de ses actions. Une situation qui a eu tendance à m’agacer même si à la lumière du passé de cette épouse modèle, on arrive à comprendre qu’en le protégeant, c’est également son secret et son fils qu’elle met à l’abri d’une éventuelle hystérie médiatique.

Jason est donc un personnage que je n’ai pas apprécié en raison de la désinvolture avec laquelle il vit, du moins dans un premier temps, les événements et le mal qu’il a pu faire aux siens. Pour autant, ses erreurs font-elles de lui un monstre qui mérite de finir derrière les barreaux ? Qui croire, cet homme à la brillante carrière qui se bat pour une économie plus éthique ou ces deux femmes qui mettent en doute son intégrité ? À mesure que l’on progresse dans l’intrigue, l’autrice sème le doute dans l’esprit des lecteurs d’autant qu’elle complexifie son intrigue la dotant presque d’une dimension économique, politique et morale. Le roman m’a d’ailleurs un peu fait penser à l’affaire DSK que ce soit avec la médiatisation des accusations d’un homme public, le soutien total et officiel de l’épouse ou la manière dont on essaie de décrédibiliser les victimes…

Peu de temps après le retentissant #MeToo, l’autrice pose ainsi, même si ce n’est pas le centre du roman, la question des victimes d’agression sexuelle et le traitement qui leur est fait à partir du moment où elles osent parler. Entre les policiers qui interprètent en défaveur les dépositions des plaignantes, le peu d’entrain de la justice à instruire les dossiers ou encore cette tendance à chercher dans la vie des victimes des preuves qu’elles l’ont bien cherché, difficile de faire entendre sa vérité quand on est une femme ! À cela s’ajoute la tendance des victimes elles-mêmes, pour se protéger et/ou parce qu’elles ont intériorisé des schémas de pensées les rendant automatiquement coupables, à ne pas reconnaître un viol quand il en est pourtant question…

À cet égard, j’ai apprécié le rôle de l’inspectrice en charge de l’enquête qui, à aucun moment, ne porte de jugement sur la personne accusant Jason de viol. Elle essaie de démêler le vrai du faux non pas en jugeant d’une jupe trop courte ou d’une photo sur Facebook, mais en analysant les données sans a priori, chacun des protagonistes, accusé ou plaignante ne semblant pas jouer franc-jeu avec elle. Son professionnalisme, sa bienveillance, son flair et sa ténacité ne pourront donc que forcer votre admiration. 

Grâce à une plume agréable, fluide et à un suspense qui s’intensifie à mesure que l’on apprend à connaître les personnages et leurs zones d’ombre, l’autrice nous tient en haleine et nous pousse à tourner les pages pour enfin connaître la vérité sur Jason, mais aussi sur Angela. Cette femme contient une part de mystère que l’on a très envie de mettre à jour notamment quand l’on découvre à quel point elle tient à rester dans l’ombre. Elle est ainsi bien plus perturbée par l’éventuelle attention des médias sur sa personne et son passé que par les révélations sur son mari. Son passé doit rester enterré et Angela est prête à tout pour s’en assurer, mais pourquoi un tel acharnement ? Une question qui devrait vous tenir en haleine, et vous réserver quelques surprises, la réalité étant bien souvent plus complexe qu’il n’y paraît ! 

En conclusion, Un couple irréprochable est un thriller prenant qui vous entraîne avec efficacité dans les méandres d’un couple dont le bonheur conjugal supposé se heurte de plein fouet à la réalité. Un château de cartes qui s’écroule inexorablement à mesure que les protagonistes se dévoilent… Entre mensonges, lutte acharnée pour la survie, arrangement avec la morale, faux-semblants et secret jalousement gardé, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer !

Tuer l’ami, LH Chéreau

Tuer l'ami

Je remercie l’auteur de m’avoir confié son roman, Tuer l’ami, ainsi que pour son extrême patience, ayant mis très longtemps à le faire sortir de ma PAL.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Pierre Pesson vient d’être enlevé. C’est ce qu’il comprend à son réveil dans une grotte obscure. Pourquoi lui ? Il ne le sait pas. Mais avec l’arrivée de ses amis du lycée, prisonniers eux aussi, il comprend que cela a un rapport avec la disparition de leur ami commun, Louis Tarain. Leur ravisseur, persuadé que l’un d’entre eux est responsable de la mort de Louis, va les entraîner dans un jeu pervers de tirage au sort mortel. À plusieurs centaines de kilomètres de là, un policier recherche un membre de la Sécurité nationale tandis qu’une voiture en fourrière éveille l’intuition d’un journaliste. Les deux hommes ne savent pas encore que leurs enquêtes respectives vont les mener sur les traces de cette bande de copains. Mais pour Pierre et les autres, la course contre la montre pour leur survie est engagée…

AMALTHÉE (7 novembre 2016) – 326 pages – Broché

AVIS

L’auteur nous plonge dès les premières pages dans l’action aux côtés d’un personnage qui ne comprend pas ce qui lui arrive. Alors qu’il raccompagnait Sophie, une amie voire un peu plus, Pierre est victime d’un enlèvement plutôt musclé. C’est donc enfermé dans un endroit inconnu et peu avenant qu’il se réveille… Mais la surprise ne s’arrête pas là quand il se rend compte que l’un après l’autre, ses meilleurs amis le rejoignent dans cette triste aventure.

De fil en aiguille, Pierre commence à comprendre que leur enlèvement pourrait être lié à la disparition, il y a 3 ans, de Louis, l’âme de la bande d’amis. Mais quel est le lien entre Louis et ce fou qui les retient contre leur gré et qui semble se complaire dans une mise en scène digne d’un film d’horreur ? Un doigt en moins pour l’un, un marquage au fer rouge pour l’autre… jusqu’où la folie de leur tortionnaire va-t-elle aller ? La violence physique n’est finalement peut-être rien au regard de la situation de stress intense et d’angoisse à laquelle doivent faire face Pierre et ses amis. Car loin de se contenter de les malmener physiquement, le kidnappeur s’amuse à les terroriser menaçant de les tuer à chaque instant à moins que le responsable de la mort de Louis ne se dénonce…

L’homme en est, en effet, convaincu, l’un des amis de Louis a commandité son meurtre. Une affirmation dont on doute au début tout comme Sophie qui, enlevée en même temps que Louis, assiste impuissante aux malheurs de ses amis. Mais petit à petit, en nous parlant du passé, l’auteur arrive à nous faire douter de tout et de tout le monde. Et si finalement, les amis de Louis n’étaient pas aussi blancs que cela… Après tout, dans toute amitié, il peut y avoir des points de friction et des rancunes !

Est-ce que l’un de ces hommes a-t-il vraiment commis l’impensable balayant d’un coup des années d’amitié, de moments de complicité et d’entraide ? Inimaginable quand on apprend à connaître Louis, un adolescent puis un homme d’une grande droiture, fidèle en amitié et toujours prêt à secourir les autres parfois au péril de sa vie. Un être tellement remarquable que même mort, sa présence plane tout au long de l’histoire au point de nous donner envie, à notre tour, de faire toute la lumière sur sa mort qui reste auréolée d’un certain mystère : accident malheureux, meurtre ou mensonge ?

Je vous laisserai le soin de le découvrir par vous-mêmes, mais je peux vous dire que j’ai adoré la tension et le suspense qui se dégagent tout au long du roman. On a tellement hâte d’avoir des réponses à toutes ces questions qui nous traversent l’esprit qu’on avale avec une certaine avidité les pages les unes après les autres d’autant que la narration alternée apporte beaucoup de dynamisme au récit. En plus de Pierre et de ses amis, on suit ainsi également leur tortionnaire, un ermite, un journaliste un peu trop curieux pour son propre bien, un policier consciencieux bien décidé à faire son travail quitte à se mettre à dos un agent des services secrets français au comportement douteux…

Une galerie de personnages complémentaire et intéressante bien que j’aie regretté que l’auteur reste un peu trop en surface des choses pour le journaliste. À mon sens, ce personnage aurait mérité d’être étoffé pour présenter un réel intérêt pour l’intrigue. Il sert seulement de déclencheur à une série d’événements nous conduisant au dénouement final. Un dénouement spectaculaire que j’avais anticipé en partie, mais que j’ai néanmoins trouvé très réussi et parfait pour mettre en lumière certains vices humains. Il y a des choses qui font et feront toujours tourner la tête des hommes.

Cela n’excuse aucunement le comportement du kidnappeur/tortionnaire, mais en découvrant une partie de son passé et sa relation avec Louis auquel il voue une grande admiration et une totale dévotion, on arrive à comprendre les raisons qui l’ont conduit à prendre des mesures aussi extrêmes. L’auteur, par le biais de ce personnage et de son histoire, pose certaines questions morales notamment sur l’amitié, la vengeance et la justice. J’ai d’ailleurs apprécié la manière dont il arrive à pousser les lecteurs dans leurs retranchements en jouant sur l’émotion, les doutes et ce sentiment de trahison qui peut pousser à toutes les exactions.

Autre point fort du roman : sa très bonne gestion de la violence. S’il y a quelques scènes un peu dures, elles ne sont ni longues ni détaillées et ne tombent jamais dans le sensationnalisme. Même une lectrice assez sensible à l’hémoglobine comme moi n’a donc eu aucun problème à lire ce roman qui joue avant tout sur la tension, les jeux psychologiques entre les personnages et le suspense. Le roman devrait donc plaire aux amateurs de thrillers psychologiques comme aux lecteurs désirant découvrir le genre.

Justice, amitié et vengeance se confondent dans ce thriller haletant qui ne laisse aucune place à l’ennui. Entre empathie et pitié devant l’angoisse des personnages et questionnements sur le rôle des victimes dans la mort de leur ami, vous devriez passer par tout un tas d’émotions avant de découvrir la vérité, la terrible vérité…

Découvrez le roman sur Amazon.

Premières lignes #87 : Un couple irréprochable, Alafair Burke

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


En ce moment, j’ai envie de thrillers, et après l’excellent L’ombre de la menace, je pense bientôt me lancer dans un thriller qui a l’air très prometteur : Un couple irréprochable d’Alafair Burke.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angela Powell est en apparence une femme comblée. Elle mène une vie confortable avec Jason, un brillant professeur d’économie devenu une personnalité médiatique, et leur fils de treize ans. Mais leur bonheur de façade se lézarde lorsque l’une des stagiaires de son mari dépose plainte contre lui pour comportement déplacé, puis qu’une de ses collaboratrices l’accuse de viol. De quoi donner à Angela l’impression qu’elle ne connaît peut-être pas si bien celui qui partage sa vie. Pourtant, face à l’obstination d’une enquêtrice coriace, elle choisit quand même de jouer son rôle d’épouse et de le défendre, envers et contre tout.
La disparition soudaine d’une des deux jeunes femmes donne cependant une autre dimension à l’affaire. Tandis que la presse se repaît du scandale, Angela est tiraillée entre la honte, le doute et le besoin de préserver un sombre secret…

PREMIÈRES LIGNES

En un instant, je suis devenue celle que j’étais censée être depuis le début : l’épouse qui ment pour protéger son mari.

J’ai bien failli ne pas entendre toquer à la porte d’entrée. J’avais ôté le heurtoir de cuivre douze jours plus tôt, comme si c’était suffisant pour empêcher d’autres journalistes de se présenter chez moi à l’improviste. Quand j’ai fini par identifier l’origine du bruit, je me suis redressée dans mon lit et j’ai récupéré la télécommande pour couper le son de la télévision. Luttant contre l’instinct qui me poussait à ne pas bouger, je me suis levée pour aller écarter les rideaux devant la fenêtre de ma chambre. Éblouie par la lumière de l’après-midi, j’ai plissé les yeux.

J’ai distingué sur mon perron la silhouette d’une femme aux courts cheveux noirs. L’Impala garée devant la bouche d’incendie de l’autre côté de la rue aurait tout aussi bien pu s’orner d’un panneau « Voiture de patrouille banalisée ». C’était encore cette inspectrice de police. J’avais rangé sa carte de visite dans mon portefeuille, pour éviter que Jason ne tombe dessus par inadvertance. Elle frappait toujours à la porte, et je me suis bornée à l’observer, jusqu’au moment où elle s’est assise sur une marche, avant d’ouvrir le journal déposé par le livreur.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

L’ombre de la menace, Rachel Caine

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’ombre de la menace de Rachel Caine.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’un des thrillers les plus commentés sur les réseaux sociaux américains

La vie sans histoire de Gina vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial.
Le mari de Gina est condamné à mort. Elle est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était complice de son mari, du moins qu’elle couvrait sa folie meurtrière.
Victime de harcèlement, elle décide de fuir avec ses enfants. Mais, où qu’elle aille, quelqu’un dans l’ombre l’épie, l’obligeant sans cesse à changer d’identité et de vie.
Quatre ans ont passé. Gina vit à Stillhouse Lake, où elle commence enfin à baisser la garde. Jusqu’à ce qu’un cadavre de femme soit repêché du lac…

Archipel (11 septembre 2019) – 336 pages – Broché (20,99€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

Après en avoir entendu bien des louanges, j’attendais énormément de ce thriller, et je dois admettre ne pas avoir été déçue par la manière dont Rachel Caine a su construire un récit prenant et haletant qui pousse les personnages dans leurs retranchements ! Et cela commence dès le début de l’histoire où l’on assiste, impuissant, à la pulvérisation de la vie de Gina.

Mère de famille heureuse, elle était loin de se douter que son quotidien n’était que pur mensonge, un mensonge fabriqué de toutes pièces par l’esprit complètement dérangé de son mari. Un psychopathe froid, manipulateur et démoniaque dont le passe-temps favori était de kidnapper et de torturer minutieusement et méticuleusement des jeunes femmes avant de les tuer…

Accusée de complicité, quand son seul crime fut la naïveté, elle sera acquittée, mais à quel prix ? Conspuée, menacée et poursuive par des personnes déchaînées prêtes, du moins verbalement, à toutes les horreurs, Gina sera contrainte de fuir avec ses deux enfants. Mais comment se (re)construire quand vous passez votre vie à fuir, à craindre tout le monde, à vous réinventer une identité à chaque déménagement, à refuser de créer des liens avec de nouvelles personnes… ?

La force de ce roman est de plonger les lecteurs dans la vie de cette famille qui lutte, jour après jour, pour survivre malgré le passé et cette instabilité qui ne lui permettent pas de vivre une vie normale. Gwen est une véritable lionne qui fait de son mieux pour tenir éloigner ses enfants de toute la haine que sa famille suscite. Car si son mari est condamné à mort, la vindicte populaire n’en est pas pour autant apaisée… Entre le cyberharcèlement, les menaces de mort, de viol et de torture, Gwen ne peut relâcher son attention un seul instant sous peine de mettre en danger les siens.

Une situation d’autant plus intenable qu’elle affecte ses enfants de plus en plus perturbés par les règles de sécurité draconiennes imposées par leur mère, l’absence de repères, de racines et de liens sociaux. En protégeant leur vie coûte que coûte, Gwen les fait donc également souffrir… Alors peut-être que cette maison achetée à Stillhouse Lake pourrait être enfin leur foyer, un endroit calme où repartir de zéro. C’est en tout cas ce qu’elle espérait jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé près de chez elle !

À partir de là, le suspense monte crescendo, l’ombre de l’ex-mari psychopathe planant plus que jamais sur la vie de cette famille qui a tout fait pour briser ses chaînes. Ce meurtre est-il un pur hasard ou la preuve que Mel Royal n’en a pas fini avec les « siens ». Si tel est le cas, que veut-il, et surtout, comment s’y prend-il pour, depuis les murs de sa prison, continuer à propager le mal ?

Une question qui nous pousse, comme Gwen, à devenir parano au point de nous méfier de chacun des personnages qui évolue autour d’elle et de ses enfants. Qu’en est-il de ce sympathique gérant de l’école de tir où elle s’entraîne, de ce charmant voisin qui l’aide pour les réparations de sa maison et semble avoir noué de bonnes relations avec ses enfants… L’autrice sème, avec un certain talent, le doute dans l’esprit de ses lecteurs même si mes soupçons se sont révélés fondés. Cela ne m’a toutefois pas dérangée d’autant que je n’ai pas eu de certitude avant la fin du roman et que je n’avais pas anticipé certaines révélations dont l’une que j’ai trouvée particulièrement effroyable.

L’autrice prend le temps de poser son intrigue, ce qui nous permet d’entrer de plain-pied dans la psychologie de Gwen pour laquelle on développe rapidement une totale et sincère admiration. Malgré l’adversité, les dangers, les doutes, les tensions et parfois les reproches de ses enfants, elle ne baisse jamais les bras, et se refuse à s’enfermer dans le rôle de la victime. En découvrant, il y a quatre ans, la vérité sur son mari, elle a enterré sa vie d’avant, mais aussi cette passivité qui la caractérisait. Adieu Gina, la femme naïve et soumise, et bienvenue Gwen la battante !

Un changement d’autant plus remarquable que l’ombre de Mel est tenace et difficile à effacer. J’aurais apprécié que les passages et les confrontations avec ce diable à visage humain soient plus nombreux, mais bien qu’il soit en prison, sa présence se fait lourde et palpable. Si Gwen ne ressent que de l’horreur pour cet homme, la situation est plus ambivalente pour ses enfants, et notamment pour son fils. Celui-ci n’a pas eu la possibilité de faire le deuil de ce père aimant et doux que Mel s’évertuait à jouer… J’ai trouvé cette ambivalence des sentiments intéressante d’autant qu’elle soulève une autre question : est-il réellement souhaitable de cacher à l’enfant toutes les atrocités commises par son père ? Cela ne risque-t-il pas de le conforter dans une image faussée de son père avec, à terme, des conséquences difficiles à gérer ?

Une question parmi tant d’autres, car en plus de nous divertir, ce thriller des plus efficaces a le mérite de nous faire réfléchir à différentes notions comme la responsabilité, le sentiment de culpabilité, la vengeance, le cyberharcèlement… Le déferlement de haine virtuelle contre Gwen et ses enfants est effrayant d’autant qu’il semble possible et plausible. On arrive à comprendre que les familles des victimes doutent de l’innocence de Gwen, après tout, contrairement aux lecteurs, ils ne la connaissent pas. Difficile alors pour eux d’imaginer qu’une femme ait pu vivre auprès d’un monstre durant des années sans le percer à jour, ou pire, l’aider. Même Gwen n’en revient toujours pas et ne se pardonne pas son aveuglement. Mais comment accepter toutes ces personnes qui, sous prétexte de venger des victimes dont elles se moquent éperdument, laissent parler leur violence, leur méchanceté, leur perversion, leur haine des femmes… Il n’y a définitivement pas qu’un monstre dans cette histoire !

À noter que ce roman se suffit à lui-même, mais la fin laisse entrevoir une suite que je lirai avec plaisir.

En conclusion, L’ombre de la menace porte particulièrement bien son nom puisque durant toute la lecture, on perçoit avec une grande acuité la présence de Mel Royal, un tueur en série qui, même derrière les barreaux, continue à phagocyter sa famille. Entre la présence vaporeuse de ce monstre et les menaces immondes émises par des personnes tout aussi malfaisantes que ce dernier, la vie de Gwen et de ses enfants est sur le fil du rasoir… Riche en rebondissements, en tension et en suspense, voici un thriller haletant dont votre cœur ne devrait pas sortir indemne !

Premières lignes #86 : L’ombre de la menace, Rachel Caine

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, j’ai eu envie de vous parler d’un thriller qui vient de sortir et que je compte lire dès mon retour de vacances : L’ombre de la menace de Rachel Caine.

 

L'ombre de la menace par [Caine, Rachel]

« L’un des thrillers les plus commentés sur les réseaux sociaux américains. La vie sans histoire de Gina Royal et de ses deux enfants vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial – qui a servi pendant des années de boucherie humaine au mari de Gina, Melvin. Ce dernier est emprisonné, Gina est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était au courant et qu’elle participait elle-même à ces meurtres.Gina est alors victime de harcèlements, d’insultes et de menaces, si bien qu’elle et ses deux enfants sont sans cesse obligés de fuir et de changer d’identité.En arrivant à Stillhouse Lake, la vie semble enfin leur sourire pour la première fois depuis longtemps. Personne ne les reconnaît. Mais deux nouveaux meurtres ont lieu, qui rappellent étrangement le modus operandi de Melvin…« 

PREMIÈRES LIGNES

Prologue

GINA ROYAL

Wichita, Kansas

Gina ne posait jamais de questions au sujet du garage.

Cette pensée la tiendrait éveillée des années durant en lui brûlant les paupières. J’aurais dû l’interroger. J’aurais dû savoir. Sauf qu’elle n’avait pas posé la question et qu’elle ne savait rien, ce qui avait fini par la détruire.

En temps ordinaire, elle aurait été à la maison puisqu’il était 15 heures, mais son mari lui avait passé un coup de fil pour lui expliquer qu’il avait une urgence au bureau et qu’elle devrait aller chercher Brady et Lily à la sortie de l’école. Pas de souci, cela lui laissait le temps de tout terminer à la maison avant de préparer le dîner. Il s’était excusé mille fois de bousculer son emploi du temps. Mel savait se montrer charmant, elle avait décidé de lui exprimer sa reconnaissance en lui préparant son plat préféré : du foie aux oignons, servi avec un pinot noir. Une soirée en famille, qui se terminerait sur le canapé à regarder le nouveau film de super-héros que les enfants réclamaient à cor et à cri, si Mel estimait que c’était adapté pour eux. Lily se pelotonnerait contre Gina, et Brady allongerait les jambes sur les genoux de son père, sa tête sur le bras du canapé. Ces moments en famille étaient ce que préférait Mel. Après ses travaux de menuiserie, tout du moins. Gina espérait qu’il ne passerait pas la soirée dans son atelier.

Retrouvez un extrait du roman sur le site des éditions de l’Archipel.

Premières lignes #85 : Mon territoire,Tess Sharpe

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous parler d’un roman que j’ai envie de lire : Mon territoire de Tess Sharpe.

« À 8 ans, Harley McKenna a assisté à la mort violente de sa mère. Au même âge, elle a vu son père, Duke, tuer un homme. Rien de très étonnant de la part de ce baron de la drogue, connu dans tout le nord de la Californie pour sa brutalité, qui élève sa fille pour qu’elle lui succède. Mais le jour où Harley est en passe de reprendre les rênes de l’empire familial, elle décide de faire les choses à sa manière, même si cela signifie quitter le chemin tracé par son père. « 

PREMIÈRES LIGNES

J’ai huit ans la première fois que je vois papa tuer un homme.
Je ne suis pas censée voir ça. Mais ces dernières semaines, depuis que maman est morte, chaque fois que tonton Jake s’absente, je suis complètement livrée à moi-même.
Je passe beaucoup de temps dans les bois ; je me perche dans les abris de chasse au cerf pour jouer ou je grimpe aux arbres pour voir jusqu’à quelle hauteur je peux arriver sans l’aide de personne. Parfois je pleure, parce que maman me manque. Parfois je ne peux pas m’en empêcher.
Mais je m’efforce de ne pas le faire en présence de papa.
J’aime les bois. Ils sont à la fois très bruyants et très silencieux, la bande-son et la berceuse de ma vie, d’aussi loin que je me souvienne. Lorsque j’escalade les grands chênes, me hissant de toutes mes forces, lorsque je me cramponne, saute et me balance le long des branches et de l’écorce tel un écureuil, je suis forcée de faire attention, sans quoi je risquerais de glisser et de tomber. Quand je grimpe, je n’ai pas à penser à l’absence de maman. Ni à papa, qui ne sait plus que tempêter dans un nuage de whisky, nettoyant ses fusils en marmonnant des imprécations contre les Springfield, en réclamant du sang.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?