Le dernier des loups, Sébastien Perez et Justine Brax (illustrations)

Le Dernier des loups par Perez

Milo est un jeune garçon courageux. La Grande Guerre des hommes contre les loups n’a pas laissé de survivant dans son village. Archer aguerri, il décide de partir affronter le Dernier des Loups. Sa longue traque le mènera hors des sentiers battus et le combat qu’il livrera ne sera pas celui qu’il avait imaginé… l’obligeant à regarder, à admettre et à respecter la vie sauvage.

À partir de 6 ans – Albin Michel (2 septembre 2020) – 19€

AVIS

Comment ne pas être subjugué par la magnifique couverture de cet album jeunesse grand format ? Un format qui représente à merveille l’ampleur de la tâche de Milo, le meilleur des apprentis archers : tuer le dernier des loups. Tuer l’unique survivant de la Grande Guerre ayant opposé humains et loups, Homme et Bête…

Afin de protéger sa mère et son village, il se lance donc courageusement sur les traces de ce loup qui menace les siens avec la ferme intention de faire couler le sang une toute dernière fois. Mais est-ce réellement là la seule solution à apporter ou ce périple n’est-il pas seulement guidé par la peur ? Et si la quête de Milo n’était pas celle qu’il croyait et qu’au bout du chemin, une autre voie s’ouvrait à lui ?

J’ai été très touchée par le message de l’auteur qu’il amène avec grâce, poésie et délicatesse que ce soit à travers le voyage de Milo, le texte ou les illustrations. À cet égard, l’une d’entre elles m’a frappée par sa justesse et la manière dont elle met en parallèle les hommes et les loups.

Cet album, bien qu’à destination des enfants, saura toucher tous les lecteurs, a fortiori ceux sensibles à la cause animale parce que si nous sommes ici dans une œuvre de fiction, la méfiance des hommes envers les loups reste, quant à elle, bien réelle. Il suffit de voir les préjugés encore tenaces envers cet animal et la volonté non cachée de certains de les exterminer à la moindre occasion. C’est peut-être d’ailleurs cette réalité qui donne une telle force à cette histoire et lui confère une certaine universalité, cette peur des loups et le cycle de la haine qu’elle engendre, pouvant se transporter à bien d’autres choses…

Quant aux illustrations, elles sont de toute splendeur et émerveilleront, sans aucun doute, petits et grands lecteurs. L’illustratrice oscille entre les tons bleus et froids de l’hiver avec des teintes plus agressives de rouge qui, tour à tour, représentent l’envie de sang, mais aussi le renouveau et l’espoir de jours plus chaleureux.

Le dernier des loups.

Ce que Sébastien Perez suggère à l’aide d’une plume poétique et immersive, Justine Brax le met en forme par un jeu sur les volumes et une certaine profondeur, qui donne le sentiment aux lecteurs d’être plongés au cœur de la nature et de la forêt. Mais ce qui frappe avant tout dans ce sublime ouvrage, c’est l’utilisation discrète et harmonieuse de l’argent et son éclat pour guider la lecture. Ainsi, cette couleur sert de fil conducteur à une intrigue qui nous pousse progressivement à abandonner l’envie de sang au profit d’une compréhension mutuelle, voire d’un sentiment bien plus beau et profond…

Un beau message d’espoir et de paix qui, je l’espère, saura conquérir les jeunes et moins jeunes lecteurs, Le dernier des loups faisant partie de ces livres que l’on peut lire et relire à tous les âges. Pour ma part, je ne peux que vous conseiller de vous laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur et la beauté avec laquelle l’illustratrice le retranscrit.

Mon chat, Séverine Assous

Mon chat par Assous

La petite citadine de cette histoire ne rêve que d’une chose : avoir un chaton. Comme ses parents s’y opposent formellement, elle se contente d’abord d’un escargot, qu’elle appelle Max n°1, puis d’une coccinelle, Max n°2, et enfin d’un chat orphelin, Max n°3… qu’elle est contrainte d’abandonner devant le refus de ses parents. Déterminée, elle va jusqu’à leur écrire des lettres de cajoleries et de menaces, mais rien n’y fait : les vacances arrivent, et toujours pas l’ombre d’un chat. C’est alors qu’un matin, au marché, un petit oiseau déplumé tombe à ses pieds. C’est décidé : ce sera Max n°4.

Albin Michel (17 juin 2020) – 40 pages -12€90

AVIS

Avec un titre comme Mon chat, je ne pouvais qu’avoir envie de lire cet album jeunesse dont je n’avais jamais entendu parler. Si je n’ai pas forcément été subjuguée par les illustrations que je préfère peut-être un peu plus féeriques, j’ai toutefois apprécié leur simplicité, la douceur de leurs couleurs et leur totale adéquation avec les différents lieux où se déroule l’histoire. On passe ainsi d’un décor très urbain avec son foisonnement caractéristique à des décors plus et chaleureux nous offrant l’évasion propre aux vacances, a fortiori à l’étranger.

J’ai, en outre, été très touchée par l’histoire de cette petite fille qui rêve d’avoir un chat. Malheureusement, malgré ses suppliques et ses lettres pour les amadouer, ses parents restent sur leur position : il n’en est pas question ! Pour expliquer ce refus ferme et définitif, ils opposent des raisons que certains qualifieraient de légitimes, mais qui ne convainquent guère leur fille. C’est que les parents semblent avoir l’art et la manière « d’inventer tout le temps des problèmes » !

Ayant passé toute mon enfance avec mon frère à tenter de convaincre mes parents d’avoir un chien, sans grand succès, j’ai tout de suite compati avec cette petite fille et son désir d’adopter un chat même si je n’ai, en revanche, pas vraiment approuvé sa manière de traiter les mouches. Mais de fil en aiguille et grâce à une rencontre inattendue, notre fillette va réaliser qu’on peut aimer les animaux sans forcément les posséder.

Une jolie leçon qui ne devrait pas manquer de toucher enfants et parents, voire de permettre d’établir un dialogue sur la question parfois délicate de l’adoption d’un animal. D’ailleurs, plus jeune, cet album m’aurait probablement aidée à accepter plus facilement la décision de mes parents…

En bref, Mon chat aborde, non sans une certaine originalité, la question des obsessions infantiles parfois délicates à gérer pour les parents, a fortiori quand elles impliquent le bien-être d’un animal. Doux et coloré, voici un album fort sympathique que je ne peux que vous conseiller autant pour l’histoire que sa jolie morale.

La belle échappée, Maylis Daufresne et Magali Dulain

La belle échappée par Daufresne

Alice rencontre un chat sauvage ; malheureusement il est déjà l’heure d’aller se coucher. Accompagné des animaux de la forêt, le chaton va aider Alice à s’évader pour lui faire découvrir les mystères de la nuit. Elle escalade les arbres avec l’écureuil, dégringole les talus à la suite du loup, embrasse la lune et respire la nuit. Puis c’est au tour du chaton d’entrevoir l’univers d’Alice, d’être cajolé jusqu’au soir où, tous les deux vont se coucher plein d’expériences pour nourrir leurs rêves.

Le Diplodocus (6 mars 2020) – 32 pages

AVIS

C’est la couverture qui a attiré mon attention sur ce petit album que j’ai trouvé aussi doux qu’émouvant. D’une plume pleine de poésie, l’autrice nous narre la rencontre et la belle amitié naissante entre une petite fille et un chaton.

Cet album vous plongera dans une ambiance enchanteresse où règne en maître la nature, que ce soit à travers la belle place accordée au vert qui se décline en différentes teintes ou l’importance des animaux. Car si le chaton est le personnage qui nous attendrit, il est escorté par d’autres animaux qui finiront pas céder à son caprice : permettre à la petite humaine, à laquelle il s’est attaché, de gambader une nuit à leurs côtés.

Et pourtant, au départ, cette idée était loin d’enchanter ses amis de la forêt ! Il faut dire que la réputation des humains n’est pas excellente parmi ces derniers, les humains n’étant pas les créatures les plus gentilles et douces qui puissent exister…

En plus d’être toute mignonne et de nous offrir de tendres moments de liberté, de complicité et de bonheur, l’histoire n’est pas dénuée d’un certain humour, l’autrice nous réservant une petite inversion des rôles amusante et bien pensée. Et si finalement, animaux et humains se ressemblaient bien plus qu’on le pensait, du moins, dans cet album aux allures de joli conte ?

Ode aux rêves, à la nature et aux animaux en même temps qu’aux belles amitiés humains/animaux, La belle échappée est un ouvrage qui devrait enchanter enfants et parents et leur faire considérer sous un jour nouveau la beauté de la nuit.

La vie hantée d’Anya, Vera Brosgol

Le fantôme d'Anya par Brosgol

Ado mal dans sa peau, Anya va voir sa vie radicalement changer après sa rencontre… avec un fantôme. Premier album de l’autrice d’Un été d’enfer. On en veut encore et encore !

Anya a l’impression d’être en permanence la petite nouvelle : fille d’immigrés, elle n’a jamais réussi à trouver complètement sa place. Mais quand elle tombe dans un puits et découvre le fantôme qui s’y trouve, elle a l’impression de se faire son premier véritable ami. Les ennuis commencent quand ce fantôme, prénommé Emily, devient jaloux de tout ce qui remplit la vie d’Anya

Rue de Sèvres (28 août 2019) – 224 pages – Papier (16€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Cela fait un moment que je voulais découvrir cet ouvrage qui m’a complètement séduite malgré mes réserves du début sur la forme. En effet, si j’ai tout de suite apprécié la rondeur des traits et l’expressivité incontestable des visages, j’avais un peu peur de me lasser du ton gris/bleuté des illustrations. Mais que nenni ! En plus de se révéler assez originale et de représenter à merveille les tourments de l’adolescence, cette teinte apporte une identité propre à cette histoire mêlant fantastique et sujets résolument très humains. Un mélange harmonieux qui permet, sous couvert de fiction, de parler confiance et acceptation de soi, intégration, double culture, amitié toxique, jalousie, apparences trompeuses… Cette large palette de thèmes, loin de tirer la couverture à l’histoire, s’insère parfaitement et avec beaucoup de naturel dans le récit. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle j’ai lu cet ouvrage d’une traite, bien incapable de le reposer avant d’en avoir lu la conclusion.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Anya, jeune fille d’origine russe arrivée durant son enfance aux États-Unis. Afin de s’intégrer et d’éviter les moqueries, cette dernière a veillé à perdre son accent, du poids et surveille scrupuleusement ce qu’elle mange, au grand dam de sa mère qui aime à lui cuisiner des spécialités russes pas toujours très diététiques. Cette volonté de s’intégrer dans son pays d’adoption, et parmi ses camarades de lycée, la pousse, en plus de renier une partie de sa culture, à éviter l’autre élève russe de son établissement scolaire…

Si Anya nous semble parfois un peu égoïste, difficile de ne pas comprendre son envie d’être une adolescente américaine comme les autres. On ressent, à travers son histoire, toute la difficulté de concilier ses origines avec les valeurs de son pays d’adoption. Une double culture, source de richesse, mais qu’il est parfois difficile de porter, a fortiori quand on est une adolescente en pleine construction, qui se cherche encore. Je ne suis pas concernée par le sujet, mais je pense que cet aspect pourra parler à certains lecteurs qui ne devraient pas manquer de se retrouver, du moins en partie, en Anya.

Loin de rester cette adolescente tellement obnubilée par le paraître qu’elle en oublie les autres, Anya évolue petit à petit, n’en devenant que plus touchante. Et ce changement de mentalité et de comportement, elle le doit au fantôme d’une jeune femme, Emily, rencontrée lors d’une chute dans un puits… Alors qu’Anya pensait, une fois secourue, ne jamais revoir le spectre, le destin en a décidé autrement. L’arrivée du fantôme dans sa vie de lycéenne bougonne ne l’enchante guère, mais Anya finit vite par en saisir tous les avantages comme le petit coup de pouce qu’Emily peut lui donner lors des examens. Plus besoin de réviser quand on a un fantôme qui vous souffle toutes les bonnes réponses ! Le rêve, non ? Et puis, avoir une espionne invisible se révèle également très pratique pour suivre incognito l’emploi du temps du beau gosse du lycée sur lequel elle a craqué. Et tant pis, si ce dernier est déjà en couple avec une fille qui semble posséder tout ce qu’Anya rêverait d’avoir : petit copain parfait, corps de rêve, beauté et popularité.

Mais les apparences sont parfois trompeuses… Et si la beauté extérieure ne signifiait pas beauté intérieure et que même les filles idéales possédaient leurs propres blessures et failles ? Et, surtout, si le gentil et serviable fantôme qui s’était lié d’amitié avec vous poursuivait ses propres desseins ? Et si à tout vouloir, on risquait de tout perdre ? Je n’en dirai pas plus de manière à ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais j’ai adoré le travail réalisé par l’autrice sur la psychologie de ce fantôme qui m’a fascinée, et dont l’évolution suit le cheminement inverse de celui d’Anya. Il y a ainsi une sorte de jeu de miroir inversé entre les deux personnages : à mesure que l’un dévoile sa noirceur, l’autre gagne en lumière. On suit donc avec grand intérêt l’étrange relation qui se noue entre Anya et Emily, et l’on attend avec une certaine angoisse le dénouement de leur histoire commune ! Le livre ne fait pas peur en soi, du moins quand on est adulte, mais j’avoue que la dernière partie m’a quelque peu angoissée, la tension montant crescendo jusqu’à atteindre un point de non-retour…

Bien que l’ouvrage comporte plus de 200 pages, il se lit très rapidement d’autant que la mise en page reste assez épurée avec des illustrations parfaitement lisibles et un texte concis qui ne tombe jamais dans le babillage inutile. Cela correspond d’ailleurs assez bien à la personnalité d’Anya qui n’est pas du genre à s’épancher pendant des heures sur ses émois intérieurs. Sa mère, à cet égard, m’a semblé beaucoup plus chaleureuse, mais c’est peut-être parce que j’ai été touchée par sa volonté d’offrir le meilleur à ses deux enfants qu’elle élève seule dans un pays qui n’est pas le sien…

Si Anya se révèle assez taciturne, elle a néanmoins su nouer une amitié chien/chat avec Shioban qui aime la taquiner, lui dire les choses franchement, fumer des cigarettes, faire l’école buissonnière… Les deux filles, très différentes l’une de l’autre, forment un duo plutôt complémentaire même si j’aurais apprécié d’en apprendre plus sur le personnage de Shioban qui reste finalement assez survolé. Shioban m’a plu par son côté rebelle, et surtout, par la manière dont elle s’assume telle qu’elle est, contrairement à Anya qui aura besoin d’une expérience malencontreuse pour se libérer du regard des autres. Mais l’essentiel est qu’elle y soit arrivée !

En conclusion, La vie hantée d’Anya est un très bon ouvrage graphique qui nous plonge dans une ambiance fantasmagorique saisissante que ce soit grâce au travail de colorisation ou la présence d’un spectre dont on essaie de découvrir les véritables intentions. Mais c’est également le récit de vie d’une adolescente qui doit jongler entre deux cultures et sa volonté de s’intégrer à tout prix. Une adolescente qui, de fil en aiguille, va réaliser qu’à la place d’envier la vie des autres, il est peut-être préférable de vivre la sienne sans a priori, et d’apprendre à s’accepter tel que l’on est.

Feuilletez l’ouvrage sur le site des éditions Rue de Sèvres.

Sally Jones, La grande aventure de Jakob Wegelius

Sally Jones n’est pas une gorille comme les autres. Dans son destin, tout est singulier. Une aventure aux mille péripéties, de l’Afrique à l’Asie, en passant par New York, Istanbul et Bornéo.

Éditions Thierry Magnier (5 octobre 2016) – 112 pages – 15,50€
Traduction Marianne Ségol-Samoy – Agneta Segol

AVIS

Contrairement à ce que j’ai cru durant ma lecture et lors de la rédaction de mon avis, il ne s’agit pas ici de l’adaptation graphique du roman Sally Jones, mais de sa préquelle illustrée. Bien que je n’aie pas lu le roman, cela ne m’a pas empêchée d’être captivée par l’histoire de cette femelle gorille qui va avoir une existence mouvementée, passant d’un pays à l’autre et de propriétaire peu scrupuleux en propriétaire peu scrupuleux. Une vie qui ne manquera pas de révolter toutes les personnes ayant un minimum d’empathie pour les animaux parce que la pauvre Sally va être plus traitée comme un objet que comme un être doté d’une sensibilité propre…

Si les coups qu’elle reçoit m’ont révoltée, c’est peut-être le comportement de l’une de ses « adoptantes » (le terme bourreau conviendrait mieux) qui m’a le plus choquée. Cette dernière, une femme en apparence des plus respectables, va câliner Sally lui faisant croire en son réel intérêt avant de mieux l’exploiter et la transformer en voleuse de bijoux et d’argent. Une carrière dans laquelle Sally va briller avant que la justice ne la rattrape… Alors que son adoptante va prendre la poudre d’escampette devant le retournement de situation, Sally, quant à elle, va se morfondre s’inquiétant pour son « amie ». C’est à se demander parmi ces deux personnages qui est vraiment l’animal…

D’ailleurs, l’autrice prend le parti original de traiter Sally non pas comme un animal avec une conscience de soi limitée, mais comme un être hybride capable d’appendre à lire ou même à conduire ! Un peu surprise au départ, l’idée m’a semblé pleine de justesse et de pertinence pour susciter de l’empathie même chez ceux qui ont tendance à ne pas voir la sensibilité derrière les yeux d’un animal. Et puis cela apporte une part de romanesque à laquelle les jeunes lecteurs ne devraient pas être insensibles.

Si Sally va connaître des situations extrêmement angoissantes et d’une totale injustice, elle pourra heureusement compter sur des souvenirs plus heureux que ce soit dans le réconfort trouvé auprès d’un orang-outang ou l’étrange et solide amitié nouée avec Koskela, un chef mécanicien rencontré dans un bateau. À cet égard, j’ai adoré leur relation qui m’a beaucoup touchée et émue… Sally et Koskela vont se sauver mutuellement, Sally trouvant en cet homme une personne de confiance avec laquelle couler des jours heureux et notre chef mécanicien, une famille lui permettant de combler sa solitude. Il y a une scène que je vous laisserai découvrir, mais qui m’a semblé d’une très grande justesse et beauté parce que dans la vraie vie, tout le monde n’a pas cette même présence d’esprit. Certains sont ainsi prêts à se débarrasser de leur compagnon à la moindre occasion malgré les liens noués…

Quant aux illustrations, elles s’accordent à merveille avec le ton de l’histoire et facilitent grandement l’immersion dans le récit. L’auteur/illustrateur réussit à restituer à merveille les caractéristiques principales des personnages et leurs émotions. Les rustres portent ainsi leur méchanceté sur leur visage et dans leur manière de se tenir bien souvent conquérante et sans bienveillance, quand l’on perçoit avec une grande acuité la gentillesse de Sally, son abattement quand tous semblent l’abandonner, sa colère, ses moments de bonheur… Le visage de Koskela est plus neutre dans ses expressions, mais nous découvrons la bonté de cet homme dans ses actes, ce qui est tout aussi bien puisque les grands discours ne font pas toujours les grandes personnes. Une leçon que Sally apprendra de sa vie en captivité et qu’elle retiendra dans sa vie en liberté auprès d’un humain qui lui prouvera que tous les hommes ne sont pas dénués d’humanité.

En conclusion, Sally Jones est une magnifique et poignante aventure pleine de rebondissements, d’injustice, mais aussi parsemée de beaux moments de complicité et d’amitié. Une histoire émouvante qui comblera les amoureux des animaux et tous ceux désirant découvrir le destin hors norme d’une femelle gorille courageuse et bien plus humaine que beaucoup d’êtres humains.

Églantine sèche, Viviane

Églantine sèche

Églantine cherche désespérément un sujet pour sa rédaction. Réussira-t-elle à écrire le texte qui sera publié dans la gazette de l’école ?
L’histoire d’Églantine vous permettra d’aborder deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie.

Adapté aux lecteurs dyslexiques
Évidence Éditions (20 février 2019) – 48 pages – 7/10 ans
Papier (8€) – Ebook (2,99€) – Illustrations : Béka Line

AVIS

Passant toujours un très bon moment avec les livres de la collection Farfadet d’Évidence Éditions, je n’ai pas hésité très longtemps avant d’accepter de recevoir Églantine sèche, un titre qui a bien plus d’importance que ce que l’on pourrait penser.

En effet, à travers une histoire qui ne manque pas d’inventivité et de charme, l’autrice dispense une agréable et subtile leçon sur deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie. J’avoue que je ne me souvenais guère de la notion de polysémie, mais cela n’a pas d’importance puisque l’on prend un plaisir fou à suivre Églantine dans sa recherche d’un sujet pour la rédaction libre qu’elle doit rendre. Et l’enjeu est de taille : une publication dans la gazette de l’école pour les meilleures copies !

Si j’adorais l’exercice de la rédaction, la mention d’un thème libre aurait suscité en moi les plus vives angoisses. J’ai donc aisément ressenti, malgré la différence d’âge, le désespoir de la jeune fille qui ne sait pas vers quel sujet se tourner. Ah, cette fameuse angoisse de la page blanche qui devrait parler à beaucoup, et à tous les écrivains aguerris ou en herbe…

Mais si finalement, il suffisait à Églantine de puiser son inspiration dans son quotidien et ses péripéties ? Entre une mère qui ne sait pas dire non à une conversation avec une voisine envahissante, deux adorables oiseaux à chouchouter, un frère taquin qui essaie de lui remonter le moral ou, encore, un père et ses ennuis mécaniques, les occasions de trouver un sujet ne devrait pas manquer.

De fil en aiguille, on réalise ainsi, en même temps que la jeune fille, qu’il y a un mot qui est de toutes les conversations sans qu’on ne lui prête vraiment attention. Du moins jusqu’à ce que l’inspiration soit au rendez-vous… J’ai adoré la fin et, surtout, la manière dont l’autrice joue avec son imagination pour illustrer, avec un certain humour et beaucoup de naturel, des concepts courants, mais auxquels on ne prête guère attention.

Nous avons dans cette histoire un mot presque tout-terrain qui donne envie de puiser dans notre propre vocabulaire pour, à notre tour, réaliser le même genre d’exercice de style que l’autrice. C’est d’ailleurs, pour moi, un autre des atouts de ce livre, inspirer les enfants, voire leurs parents, pour qu’ils s’adonnent à l’amour des mots et du langage et qu’ils en saisissent toute sa richesse.

Si le fond et la démarche de Viviane m’ont complètement conquise, je l’ai été tout autant par les merveilleuses, douces et chaleureuses illustrations de Béka Line. Il se dégage de son style une rondeur et une douceur qui m’a parfois fait penser à l’univers Disney bien que l’illustratrice sache également nous régaler d’illustrations un peu plus réalistes.

Le duo Viviane/ Béka Line nous offre donc une très jolie collaboration, l’humour et l’intelligence des mots de la première étant parfaitement mis en valeur par l’imaginaire coloré, doux et expressif de la seconde. Le texte et les dessins se révèlent donc parfaitement complémentaires et nous permettent de ressentir à merveille les émotions des personnages et d’Églantine, de son stress à son exaltation !

En conclusion, en plus d’être divertissant, plein d’humour et non dénué d’une certaine intelligence, Églantine sèche bénéficie d’un très bel univers graphique qui devrait faciliter l’immersion des enfants dans cette aventure à laquelle ils participeront probablement avec plaisir, heureux de suivre une jeune héroïne qui leur ressemble.

Adapté aux lecteurs dyslexiques

Je remercie Évidence éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Simone Veil ou la force d’une femme

Annick Cojean est grand reporter au Monde.
Au fil de sa carrière, elle a croisé Simone Veil à plusieurs reprises. Au fil de leurs rencontres, une relation singulière s’est installée entre Simone Veil et la journaliste.
Une relation de femmes au-delà des fonctions.
Un portrait subjectif, délicat et parfois surprenant de la femme au-delà de l’héroïne.

Steinkis (28 mai 2020) – 112 pages – Relié (18€) – Ebook (9,99€)
Auteurs : Annick Cojean  – Xavier Bétaucourt
Illustrateur : Etienne Oburie

AVIS

2017, Paris. L’annonce du décès de Simone Veil s’accompagne, pour la journaliste Annick Cojean, d’un article à rendre sur cette grande dame qu’elle a eu l’honneur de rencontrer à plusieurs reprises, que ce soit lors de manifestations officielles ou de rendez-vous plus personnels et intimes… La journaliste remonte alors le fil du temps et de ses souvenirs pour nous brosser le portrait d’une femme de caractère et d’une grande dignité qui a toujours lutté pour les opprimés et les exclus.

En plus d’être visuellement attractive, cette BD présente un atout important pour les personnes qui, comme moi, ont parfois peur de se lancer dans des biographies : l’accessibilité. Les auteurs ont ainsi réussi à synthétiser en un peu plus de cent pages toute la vie d’une femme qui en a pourtant vécu mille ! Cela rend évidemment la lecture agréable et rapide tout en offrant un bel aperçu de tous les événements marquants qui ont jalonné la vie personnelle et professionnelle d’une femme extraordinaire au destin hors du commun.

On découvre ainsi son enfance heureuse et insouciante auprès d’une mère qu’elle n’a jamais cessé d’aimer et d’admirer sans pour autant partager sa manière de s’oublier pour les autres, la guerre, la déportation, l’emprisonnement, l’humiliation, la mort et les drames, mais aussi sa rencontre avec son mari, son rôle de mère, ses amies… Je dois dire que j’ai été touchée par la pudeur avec laquelle est évoqué le passé de Simone Veil, et notamment la douloureuse expérience de la déportation qui marquera à jamais son existence. À l’inverse, le mépris et le manque de respect de certains devant son envie de témoigner sur le sujet m’ont laissée sans voix. Nul doute qu’il fallait la force de caractère et la pugnacité d’une femme comme Simone Veil pour faire face à toutes les situations qu’elle a traversées…

Les auteurs retracent également sa carrière qu’elle a menée d’une main de maître malgré les premières réticences d’un mari qui finira par la soutenir : ses débuts dans l’administration pénitentiaire qui lui permettront d’apporter un peu d’humanité là où elle avait été bafouée en toute impunité, son affectation à la direction des affaires civiles avec le constat affligeant du retard de la France, sa présidence du Parlement européen, son passage au ministère de la Santé marqué par la loi sur le droit et l’accès à l’IVG qu’elle défendra avec beaucoup de fermeté et de courage malgré des propos haineux et des attaques personnelles révoltantes… Des fonctions qu’elle exercera toujours avec détermination, droiture et conviction !

Évidemment, les sujets et les événements ne sont pas développés outre mesure, mais ils sont présentés avec assez de concision et de clarté pour en saisir tous les enjeux et/ou leur importance historique. Libre ensuite à chacun de faire ses propres recherches…

Le fait de parler de Simone Veil à travers les souvenirs d’une personne qui l’a côtoyée apporte également une dimension humaine et presque intime à cette BD, ce que j’ai trouvé fort appréciable. On sent toute l’admiration et la sympathie d’Annick Cojean pour cette figure historique avec laquelle elle avait fini par développer une relation dépassant le simple cadre professionnel. Une relation faite d’échanges à cœur ouvert et de confidences, notamment sur les rapports que chacune d’entre elles entretenait avec ses parents. Il faut dire qu’elles ont toutes deux eu plus ou moins un schéma similaire, entre une mère aimante et dévouée qu’elles adoraient, et un père autoritaire.

De cette structure familiale classique, Simone Veil a démontré tout au long de sa vie une grande soif d’indépendance financière qui explique probablement sa réussite professionnelle et une volonté farouche et inébranlable de pousser les femmes à travailler, à s’unir et à oser revendiquer leur place dans une société dominée par les hommes. Ce qui était vrai à son « époque » l’est tout autant actuellement puisque si les choses évoluent progressivement, il est flagrant de constater à quel point le combat pour la parité semble toujours d’actualité !

Quant aux illustrations, j’ai apprécié leur savant mélange entre précision et simplicité. Les décors et autres éléments architecturaux sont d’un réalisme indiscutable quand le faciès des personnages est plus ébauché, Étienne Oburie se concentrant sur les expressions. Un très bon moyen pour faire passer toutes les émotions qu’un regard, un sourire, une expression peuvent transmettre sans se perdre dans une avalanche de détails qui détournerait l’attention des lecteurs. On appréciera également la sobriété des couleurs avec des planches monochromes dont la couleur évolue en fonction de la temporalité dans laquelle Annick Cojean nous projette. Une manière élégante et subtile de guider la lecture.

En conclusion, dans une ambiance graphique douce et forte à la fois, cette BD raconte de manière inédite et avec une certaine tendresse, Simone Veil, de son enfance heureuse, aux drames qui ont jalonné sa vie en passant par sa carrière professionnelle qui ne peut qu’inspirer et servir d’exemple à des générations de femmes. Un portrait inédit tout en subtilité qui rend un vibrant hommage aussi bien à Simone Veil, l’héroïne pugnace qui a œuvré pour le bien des femmes et des exclus, que Simone Veil, la femme au-delà du personnage politique, historique et médiatique !

Simone Veil ou la force d’une femme est une BD passionnante et instructive que je ne peux que vous recommander pour en apprendre plus sur cette femme bien plus accessible que ce qu’une apparente austérité ne laisse présager. Et c’est probablement le tour de force d’Annick Cojean qui, en partageant ses souvenirs, a réussi à rendre Simone Veil aussi inspirante et humaine que touchante.

Je remercie Babelio et les éditions Steinkis pour m’avoir envoyé cet ouvrage en échange de mon avis.

 

 

Le Magicien d’Os, Eric Sanvoisin

LemagiciendOS2

Le jour qui aurait dû être celui du grand bonheur, fut celui de l’immense désespoir. Lors du mariage de la princesse Rune et du prince Lunn, une balle venue d’on ne sait où, frappe le prince en plein cœur. Sur les conseils d’un astrologue la princesse, folle de douleur, part demander de l’aide au magicien d’Os, un être à la mauvaise réputation. Celui-ci accepte de ressusciter Lunn seulement si elle accepte de rester avec lui pour toujours. Rune se retrouve ainsi prisonnière du magicien et de son étrange manoir recelant bien des secrets.
Lunn, malheureux et désespéré, décide d’aller à la recherche de sa bien-aimée. Mais il rencontre le magicien d’abord

Balivernes (28 mai 2019) – 128 pages – 15€

Découvert par hasard dans les rayons de ma médiathèque, Le Magicien d’OS fut pour moi un coup de cœur que j’aurais envie de recommander encore et encore !

Avec ce livre, dont le titre est à lui seul un argument pour craquer, les éditions Balivernes m’ont permis de renouer avec cette ambiance si particulière des contes. Pas ceux emplis de paillettes et de licornes, mais ceux plus classiques avec leur part d’ombre, de mystère et dans lesquels amour et mort sont inextricablement liés.

Beau, sombre et cruel à la fois, le récit de la princesse Rune et du prince Lunn m’a transportée et fait vivre mille émotions. D’abord de la tristesse face au prince qui s’effondre d’une balle en plein cœur le jour de son mariage et devant la princesse qui dépérit de chagrin en raison du décès de son bien-aimé qui lui a été ravi d’une bien atroce manière. Puis de la crainte et de la curiosité devant un mystérieux et malfaisant magicien qui accepte de ressusciter Lunn en arrachant à Rune la promesse d’une vie passée à ses côtés…

Ce conte délicieusement traditionnel, avec un petit côté La Belle et la Bête en bien plus sombre, n’en demeure pas moins d’une surprenante et agréable modernité. Cela commence par cette princesse qui prend son destin en main et refuse de se morfondre sans rien faire devant le sort de son prince. Elle est consumée par la douleur et ne rêve que d’une vie aux côtés de Lunn, mais elle fait également preuve d’un certain courage et d’une volonté de fer osant tenir tête à ce Magicien d’Os qui l’emplit pourtant de crainte… Si son époux va essayer de la sauver des griffes de son geôlier faisant lui-même preuve de témérité et d’une totale abnégation, c’est bien Rune qui saura trouver les clefs de sa liberté.

Le magicien apprendra, quant à lui, qu’une prison dorée reste une prison et que l’amour ne s’achète pas ni ne se vole. Une dure leçon de vie qui nous ferait presque prendre en pitié un être malfaisant, mais dont les fêlures et le besoin désespéré d’être aimé suscitent une certaine empathie… Méchant donc, mais avec cette légère pointe d’humanité qui distingue les méchants bien construits des caricatures et autres personnages stéréotypés.

Un bon conte est un conte intemporel qui fera frémir et divertira des générations parfois très éloignées. J’ai le sentiment que Le Magicien d’Os fait partie des élus, peut-être parce que sans temporalité précise, il pourra naviguer avec facilité dans les couloirs du temps à moins que ce ne soit les sujets abordés (le véritable amour, la mort, la vie…) qui le rendent si précieux et universel. Quant aux références littéraires, notamment à une célèbre et tragique histoire d’amour, elles renforcent avec brio ce sentiment de beau et de dramatique qui nous prend au cœur et au corps durant notre lecture.

Le Magicien d’Os est un superbe conte porté par la très jolie plume d’Eric Sanvoisin qui s’est évertué à retranscrire l’atmosphère si particulière des contes d’antan. Mais c’est également un très bel ouvrage magnifié par les illustrations de Gilles Francescano. D’un réalisme époustouflant venant aussi bien des nuances de gris alternant entre ombre et lumière que des nombreux détails, celles-ci participent au sentiment d’immersion que vous ne manquerez pas de ressentir en parcourant le livre.

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Quant à l’objet-livre en lui-même, il est tout simplement sublime : format cartonné, couverture en trompe-l’œil, hauts de page joliment ornés, tranche noire qui se marie à merveille avec les illustrations et l’atmosphère de l’histoire… Tout autant d’éléments qui viennent parfaire l’expérience de lecture et lui apporter une tout autre dimension.

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En bref, Le Magicien d’Os est un magnifique conte, entre tradition et modernité, que je conseille les yeux fermés aux amateurs du genre et/ou aux personnes souhaitant découvrir une superbe et tragique histoire d’amour dans laquelle il est est question de vie, de mort, mais aussi d’espoir, d’ombre et de lumière.

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Retrouvez/feuilletez le livre sur le site de Balivernes éditions.

Diesel – Allumage, Tyson Hesse

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le voyage de Diandra Diesel pour récupérer le vaisseau de son père ! Lorsqu’une armée longtemps oubliée surgit des nuages, Diandra « Dee » Diesel prend une décision irréfléchie qui va changer son destin pour toujours. Avec son robot cassé et une mystérieuse machine volante pour seule aide, Dee va faire un voyage qui la mènera de l’obscurité des terres abandonnées situées sous les nuages à la lumière éblouissante de la capitale de son monde. Son plus grand défi sera de s’affranchir de son héritage familial afin de choisir seule sa propre destinée. Tyson Hesse nous livre une histoire, visuellement exceptionnelle, sur l’importance de la famille, des responsabilités et sur l’héroïsme, dans un monde aussi nouveau que gigantesque !

Editions Kinaye (18 janvier 2019) – 208 pages – Album (15,50€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Il se dégage pas mal de mystère de cette aventure dans laquelle nous faisons la connaissance d’une jeune fille haute en couleur, Diesel alias Dee pour les intimes. Cette dernière présente la particularité d’être aussi touchante qu’exaspérante ! Encore très jeune dans sa tête, elle se comporte comme une adolescente incapable d’être en prise avec la réalité et de faire face aux conséquences de ses actes. Si ce trait de personnalité tend à m’exaspérer, ici, il passe très bien parce qu’on se rend très vite compte que derrière cette insouciance, se cache une jeune femme blessée qui n’attend qu’une chose, trouver sa place.

Et puis, témoin, il y a 7 ans, d’une terrible scène dans laquelle elle voit son père adoptif disparaître, on peut comprendre qu’elle se réfugie quelque peu dans ses fantaisies à la place d’affronter la réalité. Mais un événement tragique va venir bouleverser son monde et la pousser dans ses retranchements. Face aux dangers et aux rencontres qu’elle fera en cours d’aventure, certaines plus agréables que d’autres, elle va évoluer et gagner en consistance. Sans devenir du jour au lendemain parfaite, Diesel finira par comprendre que grandir et trouver sa place, c’est aussi prendre des décisions et gagner en maturité. Je vous rassure, elle ne perd pas cette petite étincelle de folie et de bonne humeur qui fait son charme, mais dans l’adversité, elle va enfin se révéler !

Cette histoire menée tambour battant m’a séduite par cet enchevêtrement constant et maîtrisé d’actions qui vous tient en haleine et vous fait tourner les pages avec avidité d’autant que le récit n’est pas dénué de suspense. En cours d’aventure, Diesel va ainsi faire une surprenante découverte qui remet en question son monde, fait vaciller ses certitudes et la pousse dans une quête de vérité dont on attend, tout autant qu’elle, le dénouement. Pas mal de questions donc dans ce premier tome avec un personnage dont je ne vous dévoilerai pas l’identité, mais qui apporte une certaine profondeur et complexité à l’intrigue.

Si le comportement de ce dernier a de quoi dérouter, voire dégoûter, on se doute bien grâce, entre autres, à des flash-back que les choses ne sont pas si simples que cela et que ses intentions sont plus complexes qu’il n’y paraît. De la même manière, ces hommes-oiseaux menaçants, qui ont déjà détruit la vie de Diesel par deux fois, se révèlent finalement assez nuancés. Leurs actes sont certes odieux, mais ce qui les a poussés à les commettre l’est tout autant. Comme dans toute guerre, car il s’agit bien d’une guerre, personne n’est tout blanc…

Diesel est un personnage qui ne peut laisser indifférent, mais la galerie de personnages secondaires est aussi intéressante, et donne lieu à des échanges parfois assez drôles, notre héroïne n’ayant pas que des fans… L’humour est d’ailleurs très présent dans cet album, ce qui permet d’alléger l’impact de certaines révélations fracassantes tout en offrant de beaux instants de rire. À cet égard, j’ai beaucoup apprécié les interactions mouvementées entre Diesel et la commandante du vaisseau dont notre héroïne aurait dû hériter. L’insouciance de Diesel tranche avec la rigueur et le sens des responsabilités de cette femme, mais leur relation pourrait évoluer, Diesel lui prouvant qu’elle aussi peut se montrer à la hauteur quand la situation l’impose.

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Mais, comme souvent, mon coup de cœur va à un personnage secondaire et atypique : le robot que Diesel a reçu en cadeau durant son enfance et qui a longtemps été son seul ami. Il existe donc une parfaite compréhension entre eux, du moins, dans la tête de la jeune fille qui semble surtout lui attribuer les pensées qui l’arrangent ou qu’elle déduit du contexte. La présence de ce robot aux côtés de la jeune fille est touchante au point de me pousser à le considérer non pas comme une machine, mais comme un être à part entière dont les capacités exceptionnelles devraient vous enthousiasmer. Un joli duo donc !

Cette histoire, en plus de nous offrir un très bon moment de divertissement, aborde différents sujets : la famille et les liens parfois complexes unissant ses membres, la guerre et ses désastreuses conséquences, l’amitié, le sens des responsabilités, la quête de soi et de sa place au sein de la société et des siens, l’héroïsme qui ne se décrète pas mais qui s’impose presque à soi… Une multitude de thèmes intéressants qui viennent enrichir la lecture.

Au-delà du suspense qui rend l’histoire assez addictive et des personnages hauts en couleur, l’ouvrage bénéficie de superbes et dynamiques illustrations fourmillant de détails. Plus sobres que dans Space battle Lunchtime par exemple, elles possèdent néanmoins un certain cachet et participent grandement au plaisir que l’on prend à découvrir ce premier tome. J’ai également apprécié la manière dont les phases d’action se détachent clairement des phases plus narratives. Les illustrations sont alors, dans ces moments-là, plus lumineuses et intenses, ce qui permet à l’auteur de se passer de texte ou de le réduire à son plus strict minimum.

En conclusion, avec Diesel, on retrouve la touche Kinaye, c’est-à-dire des ouvrages pleins de peps, d’humour, d’action et de personnages attachants. Le cocktail parfait pour offrir un moment de lecture divertissant et totalement immersif !

La vie compliquée de Léa Olivier, tome 1 : perdue, Borecki et Alcante d’après l’œuvre de Catherine Girard-Audet

Découvrez La vie compliquée de Léa Olivier T01 dans sa version BD. Connaissez-vous Léa Olivier? Si ce n’est pas le cas, voilà une jolie façon de faire connaissance, avec l’adaptation en bande dessinée des aventures de la jeune Québécoise préférée des ados.

Ce premier tome de  « La Vie compliquée de Léa Olivier » nous emmène à Montréal, en compagnie de Léa, 14 ans, qui vient tout juste d’y emménager avec ses parents. Séparée de sa meilleure amie Marilou et de son amoureux Thomas, elle peine un peu à se faire à son nouvel environnement. Il faut dire qu’entre les maladresses de Thomas, pas très doué pour les relations à distance, les filles du lycée qui la prennent de haut et son frère Félix qui joue les beaux gosses, Léa se sent parfois un peu seule. Heureusement, il y a Marilou, à qui elle raconte tout, par mail et par chat. Laquelle la tient au courant de la vie de leur village, des faits et gestes de Thomas et des aléas de sa vie amoureuse

Kennes (Octobre 2014) – 48 pages – Relié (11,95€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Un déménagement, c’est souvent compliqué, mais ça peut prendre une tournure carrément dramatique pour une adolescente que l’on prive de sa meilleure amie et de son petit ami. Mais si Léa vit très mal ce déménagement à Montréal imposé par son père qui a trouvé un nouveau travail, elle n’a néanmoins pas d’autre choix que d’accepter la situation. Elle finit donc par sortir de chez elle et explorer cette nouvelle ville qui s’offre à elle avant d’affronter la rentrée dans son nouvel établissement scolaire…

Léa, bien que volontaire, est un peu intimidée à l’idée de devoir se faire de nouveaux amis d’autant qu’une pimbêche semble bien décidée à lui mener la vie dure en se moquant d’elle à la moindre occasion. Et n’oublions pas les cours d’anglais et de sport qui se transforment en sessions de torture ! Heureusement, la jeune fille va se faire de nouveaux amis et commencer, petit à petit, à s’adapter à sa nouvelle vie. Entre les fêtes, l’écriture d’un article pour le journal de l’école, les amitiés naissantes et les inimitiés, elle n’aura donc pas le temps de s’ennuyer.

Léa veille également à garder le contact par sms avec sa meilleure amie qui compte énormément pour elle. En plus de se remonter le moral mutuellement, les deux adolescentes se confient tout ce qui se passe dans leur vie, et notamment leurs (més)aventures amoureuses. Ainsi, si Marilou se rapproche inopinément d’un garçon, Léa, quant à elle, pense énormément à son petit ami qu’elle a peur de perdre au profit d’une fille de son ancienne école. Et malheureusement, Thomas, assez taiseux, ne fait rien pour rassurer la jeune fille. Pire, il semble même s’éloigner d’elle, ce qui lui fait beaucoup de peine…

Le jeune couple arrivera-t-il à garder une relation à distance ou les kilomètres viendront-ils à bout de leur amour ? Une question qui ne devrait pas manquer d’intéresser les adolescent(e)s qui trouveront dans cette BD des sujets qui leur parlent : le premier amour, les relations avec le sexe opposé, les doutes, les séparations, mais aussi l’amitié avec un grand A, les relations qui évoluent, le besoin de s’adapter, la famille, le sentiment de déracinement… Des thématiques abordées de manière simple et assez directe pour que les jeunes lecteurs s’identifient facilement aux aventures de Léa et partagent ses peurs, ses peines, mais aussi ses moments de joie et ses succès.

L’héroïne étant une fille et les relations sentimentales évoquées de son point de vue, il est fort probable que les adolescentes se montrent plus enclines à se pencher sur cette histoire. Néanmoins, le récit n’étant pas girly à l’excès, un public masculin curieux et ouvert d’esprit peut tout à fait y trouver son compte et/ou partager cette lecture avec leurs sœurs ou leurs amies.

Quant aux illustrations, je les ai trouvées modernes, agréables, lumineuses, colorées et très vivantes. Les visages sont ébauchés de manière assez simple, mais leurs expressions se révèlent très parlantes et les mimiques particulièrement expressives. Il est donc aisé de lire les émotions des personnages sur leur visage, ce qui ne pourra que faciliter le processus d’identification chez les lecteurs et susciter leur empathie. 

En conclusion, trentenaire, je ne me suis pas vraiment sentie concernée par les péripéties de Léa, ce qui ne m’a pas empêchée de suivre la jeune fille avec plaisir dans sa nouvelle vie d’autant qu’entre les différents lieux mentionnés et les quelques expressions québécoises distillées par-ci par-là, le dépaysement est au rendez-vous. Frais, pétillant et abordant des sujets qui parleront aux préadolescents et aux adolescents, cet ouvrage devrait les séduire et leur offrir un moment de divertissement agréable et facile d’accès.

NB : il s’agit ici de l’adaptation du premier tome d’une série de romans que je n’ai pas lue. Je ne pourrai donc pas juger de sa fidélité.

Je remercie NetGalley et les éditions Kennes pour cette lecture.