Mercy – tome 2 : Des chasseurs, des fleurs et du sang de Mirka Andolfo

Mercy, tome 2 par Andolfo

Jusqu’où peut-on aller par amour ?

Si la bourgade de Woodsburgh semble avoir accueilli la mystérieuse Lady Hellaine et son majordome les bras ouverts, des meurtres étranges viennent semer le trouble dans l’esprit des habitants. D’apparence paisible, la petite communauté n’est pas aussi solidaire qu’elle veut bien le faire croire et en particulier envers ses nouveaux arrivants. L’étau serait-il en train de se resserrer sur la belle étrangère et pourquoi donc a-t-elle recueilli Rory, cette orpheline amérindienne ? Alors qu’un groupe de redoutables chasseurs rend visite à Lady Swanson pour lui apporter la preuve irréfutable de la présence d’une créature démoniaque en ville, Hellaine met en marche son plan machiavélique…

Glénat BD (14 octobre 2020) – 64 pages – Papier (14,95€)

AVIS

Ayant adoré le premier tome, j’ai été ravie de me replonger dans l’atmosphère sublimement horrifique de Mercy, une série qui se distingue par son incroyable ambiance graphique et ses dessins mêlant habilement beauté et scènes effroyables.

Si ce second tome n’apporte pas toutes les réponses aux nombreuses questions que l’on se pose tout au long de la lecture, il permet néanmoins d’en apprendre plus sur les personnages, et de saisir un peu mieux les liens qui les (re)lient. Il reste toutefois encore beaucoup de mystère que ce soit autour de la sublime lady Hellaine et de ses véritables intentions, ou de lady Swanson qui nous apparaît être un adversaire redoutable, bien que peut-être un peu en retrait. Il faut dire qu’en dame de la bonne société, ses attaques ne sont pas forcément frontales, la lady comptant plutôt sur sa langue acérée et des « associés » qui œuvrent dans l’ombre, mais qui semblent difficilement contrôlables…

Alors que lady Hellaine soigne son apparence pour être la rose qui attire les regards, l’étau semble doucement se resserrer autour de sa gorge, son visage d’ange ne trompant pas tout le monde. Son majordome, quant à lui, se montre toujours aussi protecteur, mais peut-être un peu trop sûr de lui pour son propre bien. Car s’il est indéniable que notre duo possède une force et des capacités phénoménales, il pourrait fort bien se trouver face à des ennemis redoutables, qui compensent leur humanité par une certaine fourberie et une capacité à acculer leurs proies sans qu’elles ne sentent le danger arriver…

J’apprécie toujours autant les interactions entre lady Hellaine et son majordome, celles-ci nous donnant le sentiment que ces deux êtres sont étroitement liés, et qu’ils partagent de nombreux secrets. Mais c’est la relation entre lady Hellaine et la fillette qu’elle a acceptée de prendre sous son aile, qui m’a le plus touchée et intéressée. Rory s’est imposée dans la vie de notre lady avec un naturel désarmant, mais le plus étonnant, c’est la manière dont elle accepte sans sourciller sa monstruosité. Au lieu d’avoir peur d’elle, elle voit en lady Hellaine sa mère ainsi qu’un ange vengeur et protecteur, et non un démon se sustentant d’humains. Cela explique peut-être qu’à son contact, lady Hellaine s’humanise un peu et développe un instinct de protection qu’elle n’aurait jamais pensé posséder.

Mais cela ne l’empêchera pas de se laisser rattraper par sa nature, déborder par la faim et de commettre un crime qui semble étrangement la perturber. Aurait-il éveillé quelque chose dans sa conscience, un lien qu’elle et que nous ne comprenons pas vraiment, mais qui pourrait s’avérer d’une importance capitale pour la suite de l’aventure ? Une question parmi tant d’autres, cette série ayant la particularité de jouer avec emphase sur le mystère, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, j’adore le fait d’être dans le flou et de découvrir au compte-gouttes des informations sur une lady énigmatique, sorte de vampire végétal, sur son dangereux et gentleman majordome, et sur les personnages secondaires, d’importance ou non, qui évoluent dans leur sillage. 

En bref, dans ce tome, la tension monte crescendo, des liens se dessinent et s’affirment, d’autres se rompent, mais en toile de fond, reste en suspens cette question obsédante : que veut réellement lady Hellaine et jusqu’où est-elle prête à aller pour l’obtenir ? Espérons obtenir la réponse à cette question dans le troisième et dernier tome d’une série que je recommanderais aux personnes à la recherche d’une histoire fantastique teintée d’horreur, mais sublimée et illuminée par un travail graphique d’une beauté époustouflante. Beauté et ténèbres n’auront ainsi jamais été autant liées !

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah, Giovanni Di Gregorio et Alessandro Barbucci (illustrations)

Les Soeurs Grémillet, tome 1 : Le rêve de Sarah par Di Gregorio

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois sœurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux sœurs. Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Dupuis (12 juin 2020) -72 pages – 13,95€

 

AVIS

Séduite par la couverture, j’ai eu envie de lire cette BD qui m’a émerveillée et beaucoup émue. On y découvre trois sœurs très différentes les unes des autres : Sarah, l’aînée, aime tout contrôler et diriger, Cassiopée, la cadette, vit dans son monde de princesses et de princes charmants, et Lucille, la benjamine, semble avoir plus d’affinités avec les chats que les humains. Mais si Cassiopée est plus ou moins l’artiste et la rêveuse de la famille, c’est pourtant Sarah qui fait depuis quelque temps un rêve étrange qu’elle aimerait ardemment décrypter…

Au détour d’une conversation, à laquelle leur mère va réagir étrangement, les filles décident de mener une enquête sur cette dernière en vue d’un futur cadeau. Le début d’une aventure entre trois sœurs qui vont parfois avoir du mal à s’entendre et à communiquer sans s’agacer mutuellement, mais qui vont être réunies par l’envie de faire plaisir à leur mère et de mieux la comprendre. L’enquête des filles pour en apprendre plus sur le passé de leur mère va introduire pas mal de mystère dans une histoire empreinte de douceur, de poésie, de disputes, mais aussi de moments de complicité et de tendresse.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j‘ai adoré la manière dont rêve et réalité se rejoignent, et la douceur poétique avec laquelle l’auteur s’empare d’un sujet difficile qu’il est néanmoins important d’aborder que ce soit entre adultes ou avec des enfants. Car si certaines douleurs sont difficiles à effacer, les partager avec des proches peut soulager et permettre d’avancer sans pour autant oublier. La fin de la BD se révèle d’ailleurs touchante et offre une belle note d’espoir sur la capacité de résilience de chacun, la force de l’amour maternel et la puissance des liens familiaux.

Quant aux trois sœurs, je les ai trouvées attendrissantes même si je reconnais m’être plus particulièrement attachée à la petite dernière. C’est la plus réservée, introvertie et discrète des trois, mais je me suis reconnue dans son caractère et son amour des animaux, et en particulier des chats. Elle est d’ailleurs très proche du sien et se révèle une protectrice et amie des chats des rues. Elle possède, en résumé, toutes les qualités pour me plaire ! Sarah peut se révéler quelque peu autoritaire, mais son statut d’aînée fait peser un certain poids sur ses épaules, d’autant que sa cadette ne l’a pas elle la tête sur les épaules… Alors, malgré leurs différences et leurs prises de bec, les trois sœurs offrent un joli trio que j’aurais grand plaisir à retrouver et à voir évoluer.

Au-delà du fond, la forme est de toute splendeur ! La beauté des illustrations, la délicatesse des traits, la douceur et la profondeur des couleurs apportent une touche poétique à laquelle il est bien difficile de résister. Si vous aimez les atmosphères lumineuses, oniriques et enchanteresses, vous devriez ressortir de cette lecture des paillettes plein les yeux, et le cœur empli d’intenses émotions, l’histoire étant bien plus profonde qu’il n’y paraît.

En bref, portée trois sœurs aussi différentes qu’attachantes, cette BD offre aux jeunes et moins jeunes lecteurs une enquête mêlant habilement, et avec beaucoup de douceur, rêve, réalité, secret de famille, résilience, amour filial et familial, le tout dans une ambiance graphique aussi enchanteresse que chaleureuse. À lire et à relire pour se laisser emporter autant par les somptueuses illustrations que les émotions qui ne manqueront pas de vous assaillir au fil de votre lecture.

BD lue dans le cadre du challenge Mai en BD.

Oraisons, Samantha Bailly

En Hélderion, la mort peut rapporter beaucoup… surtout à la famille Manérian, qui procède aux oraisons, les rites funéraires du royaume. Mais la réalité de la mort les frappe de plein fouet lorsqu’on retrouve le corps de leur plus jeune fille dans une ruelle sordide.
Tout désigne les clans, ces dangereux rebelles qui s’opposent à Hélderion. Aileen, prête à tout pour venger sa cadette, se lance dans une enquête qui la mettra à rude épreuve.
Noony, leur soeur aînée, se retrouve quant à elle aux premières loges de l’entrée en guerre de son pays contre le continent voisin. Mais elle est bien décidée à s’opposer à ce conflit qui pourrait tourner en véritable massacre.
Prises dans des intrigues dont les enjeux les dépassent, les deux sœurs devront affronter le système qui les a forgées.

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour la lecture commune de cette intégrale regroupant les deux tomes du diptyque Oraisons de Samantha Bailly. Si l’ouvrage n’est pas exempt de petits défauts, je l’ai trouvé globalement immersif, rythmé et bien écrit.

J’ai d’ailleurs tout de suite été happée par le style de l’autrice qui se révèle vif et rythmé à l’image d’une intrigue menée tambour battant. D’un chapitre à l’autre, il se passe toujours quelque chose qui vous donne envie de tourner les pages et de suivre les différents personnages, notamment deux sœurs séparées par la vie, mais unies par le destin, dans leur quête qu’elle soit d’identité, de vérité, de justice ou de liberté. Dans cet univers sombre et mystérieux à la fois, les secrets, les complots, les mensonges et les faux-semblants sont érigés en art de vivre. C’est simple, on a l’impression que rien n’est ce qu’il paraît et que beaucoup cachent des choses plus ou moins avouables, plus ou moins ignobles et plus ou moins cruelles. Même les héros doivent parfois consentir à mentir, à dissimuler et à trahir pour rétablir un certain équilibre et une justice longtemps dénigrée si ce n’est bafouée.

Pour ma part, j’ai adoré cette aura de mystère et de mensonge qui imprègne le roman et qui entoure une religion, l’Astracisme. À travers cette religion qui ne souffre ni le doute ni la contestation, et encore moins les autres cultes, l’autrice condamne les extrémismes sans pour autant faire l’amalgame entre croyants et fanatiques. J’ai pris plaisir à découvrir, au fil des pages et des interludes reprenant certains extraits de documents divers et variés, la mythologie autour de ce culte. À cet égard, l’oraison, cérémonie mêlant hommage classique au défunt à un acte quasi mystique, du moins en apparence, m’a beaucoup intéressée. Lors de cette cérémonie, les oraisonniers et oraisonnières s’assurent que l’âme du défunt rejoigne son astre d’attribution afin de commencer une nouvelle vie. Mais au gré des découvertes, on comprend que la situation n’est pas ce qu’elle semble être, et que derrière le cérémonial religieux, se cache une vérité bien plus sombre et mercantile. Une réalité qui ne manque pas d’un certain cynisme et qui prouve que le malheur des uns peut faire le bonheur des autres et ceci de bien des façons.

Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a effectué un travail remarquable autour de ce culte, de son haut représentant et de toutes les dérives qu’une foi aveugle peut entraîner. Au-delà de l’extrémisme religieux bien présent, mais jamais pesant, le roman peut s’appuyer sur un univers particulièrement riche et complexe que l’on sent pensé dans les moindres détails. Alors si en début de roman, on peut avoir le sentiment d’une avalanche de détails et d’informations à retenir, tout s’imbrique rapidement pour former une trame narrative captivante qui tient en haleine les lecteurs, et qui leur donne envie de suivre les protagonistes dans leurs nombreuses et parfois dramatiques péripéties.

Pour ma part, il m’a fallu un peu de temps avant de m’attacher aux personnages, et notamment à Noony qui, par rapport à sa petite sœur Aileen, m’a semblé manquer de profondeur, même si l’autrice étoffe un peu son rôle dans le deuxième tome. J’ai néanmoins compati à son sort, cette oraisonnière voyant sa vie voler en éclats à l’aune de certaines révélations et de décisions motivées par son sens de la justice. Comment trouver sa place quand tout ce en quoi vous avez toujours cru n’était que mensonges et complots ? De fil en aiguille, la jeune femme va troquer son habit d’oraisonnière soumise et malléable contre celui d’une femme déterminée à œuvrer pour le bien et le salut d’un peuple injustement condamné.

Ce basculement entre une foi aveugle et intolérante et des convictions justes et humaines m’a plu, d’autant qu’il se fait en compagnie d’un duo uni et atypique dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la force et la nature des liens. Noony et Alexian vont mettre un peu de temps à s’apprivoiser, la jeune femme étant lasse des secrets de son compagnon de voyage, qui lui regrette une alliée un peu trop naïve, mais ils vont finir par nouer une forme de compréhension, d’amitié et de complicité, avant de développer des sentiments plus tendres…

L’aura d’amour dramatique et impossible entourant les deux personnages, résultat de la cruauté du père de la jeune fille, se révèle intéressante, mais l’autrice a fini par me lasser en insistant bien trop sur ce point à mon goût, ajoutant des redondances et des drames amoureux bien inutiles. Cela est d’autant plus dommage qu’à l’inverse, elle laisse des événements et des relations s’étioler sans être vraiment exploités, et des personnages secondaires de côté quand l’on sentait chez eux un véritable potentiel. J’ai ainsi eu le sentiment d’histoires avortées et/ou sans réelle conclusion, ce qui s’est révélé extrêmement frustrant. Néanmoins, certains personnages secondaires comme Laï-Mune, une femme badass à la forte personnalité, sortent du lot et arrivent à se démarquer assez pour frapper le cœur des lecteurs. J’ai adoré son caractère, son histoire personnelle et sa relation avec sa moitié et Némésis, une relation à la vie à la mort, aussi glaçante que dramatique.

Mais c’est peut-être Aileen qui m’a le plus touchée dans cette aventure. D’abord un peu creux, son rôle s’épaissit et s’étoffe au fil des pages, l’autrice faisant traverser la jeune femme par des épreuves difficiles et ignobles : trahison de la pire espère, morts de ceux qu’elles aiment, violence, sang, déchirures physiques et mentales… Mais loin de la détruire, ces épreuves ont fait d’elle une personne différente, une personne forte et déterminée à faire ce qu’elle doit pour défendre ses idéaux et, d’une certaine manière, rendre un dernier hommage aux morts qu’elle pleure et porte encore au fond de son cœur. Je n’ai pas forcément compris et approuvé tous les choix scénaristiques de l’autrice, dont un événement qui, en plus d’être un stéréotype bien trop présent en fantasy à mon goût, n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais j’ai apprécié la manière dont elle a géré l’évolution de son héroïne.

De la même manière, la fin, mêlant changement, réalisme et pragmatisme me semble aussi pertinente que bien amenée. Car si la vérité est importante et primordiale et que les injustices doivent être réparées, un gouvernant ne peut pas tout bouleverser sans prendre en considération les réactions violentes que cela peut entraîner. Révolutionner oui, mettre à feu et un sang un pays, non…. Du moins, pas quand l’objectif final est la paix, le respect et la tolérance entre les peuples.

En conclusion, avec Oraisons, Samantha Bailly a créé avec minutie et un sens du détail incroyable un univers riche, complet, sombre et violent où tout n’est que trahisons, complots, mensonges et faux-semblants. Entre quêtes de justice, de liberté et de vérité, les personnages vont être poussés dans leurs retranchements, devoir faire des sacrifices, prendre des décisions parfois difficiles et jouer avec la frontière entre le bien et le mal… Très accessible, immersif, riche en actions et en péripéties, voici un roman de fantasy à conseiller à ceux qui aimeraient se lancer dans le genre et/ou qui souhaiteraient découvrir une histoire rythmée, captivante et auréolée d’une bonne dose de mystères et de secrets.

Découvrez l’avis des Blablas de Tachan.

 

Se cacher pour l’hiver, Sarah St Vincent

Se cacher pour l'hiver par St Vincent

Il y a mille façons de disparaître au cœur de l’hiver, et le printemps toujours retrouve notre trace.

On a coutume de dire qu’il y a deux types d’histoires : celle où le héros part en voyage et celle où un étranger arrive en ville. Les derniers touristes se sont envolés depuis longtemps quand, ce jour de décembre 2007, « l’étranger » – Daniil – pousse la porte de l’auberge dans laquelle travaille Kathleen, au cœur du parc naturel. À son accent et son allure, il n’est à l’évidence pas d’ici, mais Kathleen, qui a choisi ce coin pour son silence, n’est pas du genre à jouer les indiscrètes. À seulement 27 ans, elle est veuve depuis quatre ans déjà, depuis l’accident de voiture qui a coûté la vie à son mari… « L’étranger » dit être un étudiant ouzbek – rien ne le prouve, par contre il semble évident qu’il a peur, qu’il fuit quelque chose, quelqu’un. Les jours passent, se ressemblent, peu à peu une amitié se noue. Plus Kahtleen apprend des secrets de Daniil (« J’ai trahi »), plus il lui devient impossible de continuer à ignorer les siens. Et, pendant ce temps, le danger se rapproche…

Delcourt Littérature (14 octobre 2020) – 347 pages – Broché (21,50€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Éric Moreau

AVIS

Dès les premières lignes, Se cacher pour l’hiver m’a frappée par la précision, la poésie et la justesse des mots que l’on sent choisis avec soin et dont l’on perçoit toute la puissance. Ainsi, bien que la plume de l’autrice soit d’une telle beauté que l’on tendrait à s’en abreuver au lieu de la savourer, il serait dommage de ne pas prendre le temps de se laisser imprégner de l’implicite, de ces informations et émotions qui, sans être tues, nous apparaissent presque cachées à l’image d’une héroïne tout en pudeur et en retenue.

Kathleen, dont la vie est rythmée par son travail et ses petits moments de vie qui font passer le temps, à défaut de véritablement l’occuper, voit son quotidien bouleversé par l’arrivée d’un étranger, un réfugié ouzbek. Il se prétend étudiant, mais des questions se posent sur les véritables raisons de sa venue au sein d’un parc naturel, certes splendide, mais désert en cette saison. De fil en aiguille, et de manière assez inattendue, Kathleen n’étant pas du genre à s’épancher, une amitié se noue entre elle et Daniil, cet étranger auréolé de mystère. À mesure que les jours passent, chacun se dévoile peu à peu et les drames du passé se dessinent lentement, laissant le temps aux personnages de trouver le courage de les énoncer, et aux lecteurs de les accepter.

Cette amitié, douce et mélancolique à l’image des personnages, poussera Kathleen à faire un véritable travail d’introspection sur son passé, et « l’événement », cet accident qui a meurtri son corps tout en délivrant son âme. Avec une maîtrise totale, l’autrice mêle présent et passé : présent dans lequel Kathleen semble stagner, sans vouloir se l’avouer, et un passé qui se révèle bien difficile à oublier. Il est ici question de résilience, de pardon et du deuil d’une relation idéalisée qui s’est fracassée contre la réalité, et qui est venue éteindre toute la vitalité d’une jeune femme en devenir jusqu’à la transformer en ombre. Avec une pudeur et une force qui réside autant dans le choix des mots que le cheminement de l’héroïne, on découvre différentes formes de violence et ses conséquences, mais aussi toutes ces petites lâchetés qui révoltent et qui blessent aussi durement que les coups. Lâcheté d’un représentant de la religion qui se cache derrière des écrits pour fermer à clé la porte d’une prison, et lâcheté de parents tellement engoncés dans leur petit confort qu’ils se révèlent bien incapables de faire autre chose que penser à eux-mêmes.

Comme si l’on ne souhaitait pas brusquer une femme que l’on sent bien plus fragile qu’elle ne veut bien l’admettre, on attend le souffle coupé qu’elle se dévoile à nous dans son entièreté et que toute la lumière se fasse sur son passé ainsi que sur celui de son nouvel ami. Sans réellement s’en apercevoir, on se retrouve ainsi petit à petit piégé au cœur du somptueux décor d’un parc régional que l’on rêve de parcourir autant pour l’évasion qu’il promet que les personnes qu’il abrite. Que ce soit Kathleen et sa gentillesse teintée de retenue, sa grand-mère et sa belle force de caractère, Daniil, sa pudeur et son esprit tourmenté, ou encore Martin et son altruisme sincère, les personnages nous attirent inexorablement à eux. Très différents les uns des autres, ils ont pourtant en commun un passé fait d’ombre qui les réunit autour de la même compréhension de la vie et de ses aspérités.

L’amitié entre Daniil et Kathleen permet à l’autrice d’aborder un panel de thèmes forts : la situation politique en Ouzbékistan, la violence physique et psychologique et les mécanismes emprisonnant les victimes bien plus solidement que la plus infranchissable des barrières, l’amitié, la résilience, le poids de la culpabilité, la rédemption, ces choix de vie qui finissent par nous écraser… Sans tomber dans la condamnation ou le jugement péremptoire, Sarah St Vincent nous montre à quel point la vie est complexe à l’image des êtres humains qui possèdent différentes facettes et qui peuvent, selon les circonstances, être capables du pire comme du meilleur. Peut-on vraiment arriver à détester sans réserve une personne qui a fait du mal à autrui et des choses impardonnables, mais qui nous a offert son amour, son amitié et/ou son affection ? Peut-on pardonner le passé d’un individu au regard de la personne qu’il est devenu ? Quelques questions, d’ordre éthique et moral, qui s’imposeront à vous, mais qui n’occulteront jamais la force d’une amitié inattendue qui donnera à une jeune femme l’impulsion d’être au lieu de rester enfermée dans ce qui a été…

Empreint de pudeur, de poésie et d’une douce mélancolie, voici un roman d’une grande force à l’image d’une femme sur le chemin de la guérison et de la renaissance. Entre amitié, secrets, rédemption, froid mordant de l’hiver et décor somptueux, Se cacher pour l’hiver confrontera les lecteurs à la complexité de l’être humain tout en les baignant dans un halo de lumière, leur rappelant que toute obscurité est destinée à être un jour percée.

Je remercie les éditions Delcourt Littérature et Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du Picabo River Book Club.

Désagréable attirance, Laura Scala

Désagréable Attirance: 1. La Famille Millicent par [Scala Laura]

Angèle de l’Esprit Saint n’a rien d’une dame. Elle n’en a pas les manières, elle ne souhaite pas se marier, ni côtoyer la noblesse dont elle fait partie, et sa réputation a été compromise. Aussi, lorsqu’elle reçoit la demande en mariage d’un Duc, qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam, elle n’a aucune intention de se laisser faire. Elle le lui dit clairement, mais Oscar ne se laisse pas démonter. Ni par ça, ni par les tentatives d’assassinat contre sa futur femme. Car voyez-vous, les humains ne sont pas les seuls à roder sur Terre.

Auto-édition – 195 pages -Prime Reading – Ebook (2,99€)

AVIS

Ayant envie de lire des romances historiques en ce moment, j’ai emprunté cet ebook dont la couverture reprend certains codes du genre. En cours de lecture, il m’est toutefois apparu qu’on était bien plus dans un roman fantastique avec des secrets et des zones d’ombre que dans une romance pure. Cela ne m’a pas dérangée, mais je préfère le préciser pour que les lecteurs en quête d’une histoire centrée principalement sur les sentiments amoureux ne soient pas déçus.

Nous découvrons ainsi la très libre d’esprit Angèle de L’Esprit Saint en bien fâcheuse position. Attaquée sournoisement par des vampires, elle sera heureusement sauvée, elle et ses parents, par un loup-garou et ses amis ! De quoi faire perdre la raison à une fille de bonne famille, même si cette bonne famille n’est issue que de la petite noblesse. Mais loin d’être choquée par les événements, Angèle regrette juste de ne pas avoir eu à portée de main une arme pour se défendre ! Car loin d’être une dame du monde, c’est une jeune femme aguerrie et habituée aux attaques de vampires. Une histoire de sang parfumé et particulièrement alléchant, semblerait-il…

Mais cette attaque est finalement le cadet de ses soucis, le vrai problème étant le Duc Oscar de Millicent qu’elle n’a jamais rencontré et qui a eu l’outrecuidance de la demander en mariage ! Escortée jusqu’à son château par l’un de ses sauveurs, qui se révèle être le frère du Duc, Angèle est bien décidée à se débarrasser de cet encombrant fiancé. Mais arrivée sur place, elle va comprendre que les choses ne sont pas aussi simples, et que le Duc est peut-être le plus dangereux de ses ennemis. D’ailleurs, il émane de lui quelque chose de particulier, une différence sur laquelle elle a du mal à mettre le doigt et qui la rend mal à l’aise. Ne parlons pas non plus du passe-temps préféré de ce « gentleman »… Et puis, pourquoi diantre, cet homme fortuné et bien de sa personne, souhaiterait à tout prix l’épouser, elle qui lui est d’un rang inférieur et qui ne dispose pas d’une grande fortune ?

En plus de la question de ses motivations, l’autrice laisse planer un certain mystère sur la nature du Duc même s’il suffit d’avoir lu quelques romans de fantasy urbaine pour tout de suite la deviner. Cela semble tellement évident que l’ignorance d’Angèle et de Rodolphe, le frère du Duc, sur ce point m’a laissée quelque peu perplexe. Mais il faut bien avouer qu’en ce qui concerne Oscar, Rodolphe fait preuve d’un aveuglement à toute épreuve. J’ai néanmoins apprécié le jeu mis en place autour du Duc qui se veut tour à tour charmant, du moins avec les femmes qui ne s’opposent pas à lui, et dangereux. Un double visage qu’il va progressivement laisser tomber jusqu’à vraiment se dévoiler…

Rodolphe, en comparaison, nous apparaît bien plus gentil et serviable, peut-être un peu trop parfois… Il m’a ainsi semblé bien moins charismatique que son frère, ce qui ne m’a pas empêchée de l’apprécier d’autant qu’au fur et à mesure de l’histoire, il gagne en consistance ! Et puis, il y a quelque chose d’attendrissant et de touchant dans la manière dont il essaie de protéger Angèle des attaques de vampires et, dans une certaine mesure, de la goujaterie de son frère. J’ai d’ailleurs apprécié la relation qui se noue progressivement entre ce loup-garou et notre héroïne au fort caractère, qui nous réservera une petite surprise…

Loin d’être une potiche qui accepte son sort sans sourciller, Angèle est une jeune femme déterminée et pleine de répondant qui sait aussi bien manier le poignard que sa langue. Certaines de ses répliques m’ont ainsi beaucoup amusée et m’ont rendu le personnage tout de suite fort sympathique ! Une scène nous prouve également qu’elle n’a pas froid aux yeux… J’ai, en outre, trouvé intéressante sa relation avec ses parents qui, sans être parfaits, sont là pour elle. À cet égard, la mère m’a agréablement surprise parce que si elle aurait aimé que sa fille aime les belles toilettes, elle se révèle également fière de sa capacité à se défendre.

Et se défendre, c’est un peu le quotidien d’Angèle depuis son enfance, ce qui explique probablement l’esprit d’acier qu’elle s’est forgée et qui la rend si difficile à manipuler, chose que n’apprécie guère le Duc. Le combat qu’ils mènent l’un contre l’autre rythme le récit tout comme les découvertes que l’on fait progressivement, et qui nous apportent un certain éclairage sur le passé de chacun. À mesure que les zones d’ombre se lèvent, le roman gagne en intensité et finit par totalement nous happer d’autant que la plume de l’autrice se révèle aussi fluide qu’agréable.

Quant aux sentiments amoureux, ils sont bien présents, mais comme dit en début de chronique, ils ne sont pas, du moins pour moi, au cœur du récit. Cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à les voir naître et se développer bien que les choses avancent peut-être un peu vite d’un coup. Mais cela correspond finalement à la personnalité des protagonistes, l’un réservé, respectueux et pourtant capable de passion, et l’autre qui, une fois une décision prise, fonce sans trop se poser de questions. En ce qui concerne les relations entre les personnages, l’autrice nous épargne, à mon grand soulagement, l’enquiquinant triangle amoureux et la guimauve… Elle m’a d’ailleurs surprise en partant dans une direction assez différente de celle que j’avais imaginée en lisant le résumé.

En conclusion, si le roman aurait pu être un peu plus développé sur certains points, il m’a permis de passer un moment de détente divertissant et sans prise de tête. J’ai ainsi apprécié cette plongée mouvementée dans la vie d’une héroïne bien décidée à se débarrasser d’un encombrant fiancé sur lequel plane une entêtante aura de mystère et de danger. Entre les manipulations, les menaces surnaturelles, les secrets de famille et les réparties cinglantes, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Disponible gratuitement dans le cadre de l’offre Prime Reading d’Amazon.

Grisha, tome 3 : L’oiseau de feu, Leigh Bardugo

Grisha - L'Intégrale - Leigh Bardugo

L’intégrale. 1 livre, 3 romans.

Le royaume de Ravka est une terre maudite, divisée par le Shadow Fold, une épaisse nappe de ténèbres peuplée de monstres sanguinaires.

Jeune apprentie cartographe, Alina y est envoyée en mission avec son ami Mal pour accompagner de puissants magiciens, les Grisha. Alors qu’ils sont attaqués par d’horribles créatures, elle les repousse en émettant une déferlante de lumière.

Dès lors, son destin prend une autre tournure : Alina est l’Invocatrice de lumière, celle qui pourrait vaincre le Shadow Fold. Pour cela, elle doit rejoindre les Grishas et apprendre à maîtriser ce don qu’elle ignorait posséder.

Mais dans la capitale, les pièges sont nombreux…

France Loisirs – 1152 pages – Prix : 21,50€

AVIS

Chronique du tome 1 – Chronique du tome 2

J’ai eu la chance de recevoir la magnifique intégrale de Grisha dans une box de Noël, et je dois dire que je suis sous le charme de sa splendide couverture qui reprend avec beaucoup d’élégance trois éléments importants de la série… Ayant déjà lu les deux premiers tomes, je vous parlerai seulement aujourd’hui du troisième et dernier, L’oiseau de feu. Si vous n’avez pas encore commencé la série et que vous ne souhaitez pas découvrir certains éléments des tomes précédents, je vous recommanderai donc de ne pas poursuivre la lecture de cet article ou de passer directement à la conclusion…

En plus de remercier France Loisirs pour m’avoir fait parvenir ce sublime ouvrage, je les remercie de m’avoir poussée, plus de deux ans après la lecture des deux premiers tomes, à enfin lire la conclusion de cette série qui m’aura offert de très beaux et intenses moments de divertissement. Alors que j’avais oublié certains points et personnages, j’ai très vite eu l’impression de me retrouver en terrain connu, la plume de l’autrice possédant ce quelque chose de familier et de terriblement envoûtant… J’ai donc apprécié de retrouver Alina et ses alliés de toujours ou plus récents.

Affaiblie depuis son combat contre le Darkling qui ne s’est pas très bien terminé, la voilà sous la coupe d’un religieux bien décidé à exploiter son image de Sainte afin de rallier ses ouailles autour de lui et de ses croyances. Mais notre Invocatrice de lumière n’est pas la fille manipulable qu’il pense comme elle va lui démontrer. Il voulait la cloîtrer sous terre pour la « protéger », elle choisit la lumière ou, du moins, la surface qui ne demande qu’à être débarrassée de l’obscurité, du Shadow Fold et du Darkling. Un combat qu’Alina est, plus que jamais, prête à mener, et cela commence par mettre la main sur L’oiseau de feu…

Dans cette mission, elle sera entourée de plusieurs personnes, dont Mal, Zoya, David, Genya… À eux tous, ils forment un groupe disparate que l’on suit avec attention dans ses péripéties et ses (més)aventures. Entre la suspicion, la violence, le sang, l’angoisse et la mort, l’autrice ne ménage pas ses personnages et les pousse dans leurs retranchements ! Les épreuves qu’ils traverseront, en plus de souder les liens, nous permettront de découvrir les personnages taillés pour cette aventure à l’issue incertaine, et ceux dont l’âme était déjà trop abîmée pour espérer triompher. Et à ce niveau, je dois avouer avoir été agréablement surprise par Mal, un personnage qui m’avait pourtant horripilée dans les premiers tomes par son immaturité et sa jalousie déplacée.

Dans L’oiseau de feu, il se révèle bien plus mature, responsable et se décide enfin à se comporter comme l’ami dévoué qu’Alina était en droit d’attendre. Courageux, sans être inutilement téméraire, Mal fut pour moi la révélation de ce tome. L’autrice a effectué un magnifique travail sur ce personnage qu’elle a réussi, petit à petit, à modeler pour le rendre intéressant, complexe, et même inspirant. Une évolution menée d’une main de maître qui m’a autant surprise que conquise. Même sa relation avec Alina a réussi à me toucher quand elle m’a longtemps agacée. Les deux amis ne peuvent, en raison de leur différence de statut, laisser court à leurs sentiments, mais on ressent pleinement la force de leurs liens et de l’amour qu’ils se portent mutuellement…

C’est peut-être parce que l’évolution de Mal est remarquable que j’ai trouvé celle d’Alina un peu moins probante. Si j’aurais apprécié un peu plus de panache de sa part, la jeune femme n’en demeure pas moins éblouissante. Elle n’hésite pas à se lancer dans la mêlée et à donner le meilleur d’elle-même, quitte à consentir au plus grand des sacrifices. L’autrice a d’ailleurs réussi à me surprendre par une révélation que je n’avais pas du tout anticipée et qui prouve sa capacité à créer une œuvre dans laquelle rien n’est laissé au hasard ! Tout semble avoir été pensé en amont avec soin afin d’offrir aux lecteurs une expérience de lecture particulièrement marquante.

Au groupe principal, viendra se greffer un personnage que l’on a déjà rencontré et qui, de nouveau, m’a séduite. Je n’ai ainsi pas résisté à son exubérance qui apporte cette touche d’humour nécessaire pour alléger une histoire dans laquelle la mort et le danger sont omniprésents. Mais derrière son physique d’Apollon et son apparente insouciance, se cache un fin stratège à la personnalité bien plus complexe qu’il n’y paraît… Bien que trop peu présent à mon goût, il saura toutefois prouver son amitié et son utilisé à Alina, ce qu’il paiera assez cher. Mais rien d’étonnant si l’on considère l’univers ténébreux construit avec beaucoup d’intelligence par Leigh Bardugo.

Au-delà des héros et de leurs interactions, l’autrice a ainsi su développer un univers qui lui est propre et dans lequel on se plonge avec effroi et délectation. Un univers étroitement lié à l’ombre du Darkling, l’un des meilleurs antagonistes que j’ai eu le plaisir de croiser en littérature. Loin du méchant lourdaud et à l’esprit aussi détraqué que limité, cet homme est d’une complexité indéniable, parfois monstrueux, parfois d’une fragilité extrême qui pourrait presque nous attendrir. Son sentiment de solitude et son envie de trouver en Alina un alter ego le rendent terriblement humain, quand ses moyens pour atteindre ses objectifs nous révulsent… Cet être hors norme exerce sur nous une étrange fascination et un profond dégoût, deux sentiments contradictoires auxquels Alina n’est pas complètement étrangère. Après tout, de par son immense pouvoir, n’est-il pas la seule personne à pouvoir la comprendre ?

La connexion psychique entre les deux personnages est de nouveau très bien exploitée avec quelques scènes qui nous donnent l’impression qu’ils sont tous les deux plongés dans une bulle hors du temps… Le lien atypique entre Alina et le Darkling souligne également une dure réalité : si beaucoup sont mobilisés dans cette guerre contre l’obscurité, c’est bien la confrontation finale entre ces deux puissances qui façonnera le monde de demain. Reste à savoir si le futur sera fait d’ombre ou de lumière. Pour le découvrir, il vous faudra lire ce roman, mais je peux néanmoins vous dire que l’autrice nous offre une fin à la hauteur de l’histoire et des personnages. Seul l’épilogue m’a semblé dévier du ton de la série…

En ce qui concerne la plume de Leigh Bardugo, elle se révèle, comme toujours, entraînante, fluide et particulièrement imagée. L’immersion dans le roman est donc totale d’autant que l’intrigue ne souffre d’aucune longueur et qu’on a un parfait équilibre entre psychologie des personnages, actions et phases de tension.

En bref, L‘oiseau de feu conclut à merveille une série de fantasy à l’univers sombre et particulièrement soigné, qui nous plonge dans un âpre combat entre l’ombre et la lumière. Si le schéma est classique, l’autrice a su se l’approprier pour nous proposer une histoire rythmée, aux multiples révélations, dont le principal atout réside dans la psychologie fine de son antagoniste. Un antagoniste qui fera, bien malgré lui, naître une héroïne de légende qui n’aura pas d’autre choix que d’embrasser sa destinée. Épique, haletante et addictive voici une trilogie à ne pas manquer !

Vous pouvez retrouver l’intégrale de Grisha sur le site de France Loisirs.

 

Les couleurs du dragon, Virgine T

Les couleurs du dragon par [Virginie T]

Dakota Jones est un traqueur de démons.

Sous les ordres de son père froid et distant, elle combat le mal jour et nuit avec ses coéquipiers, qui sont également ses amis, grâce à son don hors du commun. Cependant, sa prochaine enquête va bouleverser son monde. Sa rencontre avec Eldrekki, un homme aussi beau que mystérieux, va modifier tant son passé que son avenir.

Dakota se savait différente, unique, elle va enfin découvrir pourquoi et les réponses pourraient bien ne pas lui plaire.

Évidence Éditions (4 septembre 2020)

AVIS

Capable de traquer les démons grâce à une vision particulière, Dakota Jones met son talent inhabituel au service de l’armée. Il faut dire que son père, à la tête de la base militaire où elle a passé toute sa vie, ne lui laisse guère le choix. Froid et calculateur, il est, en effet, peu intéressé par les aspirations professionnelles et/ou personnelles de sa fille unique qu’il tend à voir comme un outil de travail efficace plutôt que comme son enfant. Alors qu’un terrible meurtre est commis, Dakota se lance sur la piste du monstrueux tueur, probablement un démon, sans savoir que sa vie allait changer à jamais. Entre la découverte d’un secret remettant en cause tout son passé et la rencontre avec un mystérieux jeune homme qui l’hypnotise, Dakota aura plus que jamais besoin de sa détermination et de sa famille de cœur pour affronter la situation.

Étant assez difficile avec les romances paranormales, j’avais hésité à me lancer dans la lecture de cet ouvrage ayant eu peur de me retrouver face à une histoire bien plus basée sur le sexe que sur une réelle intrigue. Sur ce point, je peux d’ores et déjà vous rassurer. Il y a bien deux ou trois scènes de sexe, mais rien de vulgaire ni de détaillé. Un bon point, du moins, pour moi.

On regretta néanmoins une romance qui démarre sur des chapeaux de roue ne laissant pas aux lecteurs le temps de s’approprier les sentiments des personnages. Je me suis d’ailleurs demandé comment diantre, ils ont pu passer aussi vite de parfaits inconnus à compagnon et compagne. La magie de l’amour, peut-être… Mais comme je ne suis pas une romantique dans l’âme, j’aurais tendance à ne pas y croire et à être donc complètement passée à côté de cette romance éclair qui n’aura pas su me toucher ni faire battre mon cœur.

J’ai toutefois apprécié que l’autrice nous épargne les problèmes de consentement si courants dans les romances paranormales. Ici, aucun problème de ce genre ! Il faut dire que nous deux amoureux sont tous les deux plutôt inexpérimentés dans les choses de l’amour. Un schéma plutôt inhabituel qui ne m’a pas déplu même si j’ai trouvé Eldrekki très sûr de ses gestes pour quelqu’un qui n’a jamais eu aucun partenaire dans sa vie… Autre point intéressant, la désacralisation de la virginité et de la première fois, l’autrice nous prouvant que ce qui compte, c’est surtout la personne avec laquelle on se lance et un respect mutuel plutôt qu’un éventuel cadre idyllique destiné à nous donner l’impression d’être une princesse Disney.

Quant à l’intrigue en elle-même, elle ne manque pas d’attrait, mais j’ai eu le sentiment que tout son potentiel n’avait pas été exploité, probablement en raison de la taille du roman qui aurait gagné, selon moi, à être un peu plus imposant ! Les choses s’enchaînent donc très (trop) rapidement, ce qui m’a laissé un goût de trop peu au niveau de l’univers et qui ne m’a pas permis de développer un attachement profond pour les personnages. Cela ne m’a néanmoins pas empêchée de les apprécier et de prendre plaisir à en apprendre plus sur ces derniers et sur les liens forts unissant Dakota aux différents membres de son équipe.

La jeune femme ayant perdu sa mère à la naissance et son père brillant par son absence d’amour paternel, ses collègues sont devenus, au fil du temps, sa seule et véritable famille ! Ils se révèlent tous assez protecteurs avec elle, ce que j’ai trouvé mignon, mais parfois vraiment étouffant. Étant plutôt indépendante et n’étant pas du tout tactile, je ne pense pas que j’aurais pu supporter toutes leurs attentions et leurs nombreux câlins. Mais on perçoit que c’est exactement ce dont a besoin Dakota qui a été privée de la chaleur d’un foyer sa vie durant.

Les liens unissant Dakota à ses collègues sont donc très forts et lui permettent de supporter une vie conditionnée par les ordres d’un père/général parfaitement injuste et froid. Je dois dire que si j’ai adoré la figure paternelle du commandant dirigeant l’équipe de Dakota, j’ai détesté son père biologique qui n’en porte que le nom. Difficile, en effet, de considérer qu’un tel être puisse être qualifié de père. Il n’hésite pas à exploiter le talent inhabituel de Dakota pour traquer les démons sans se préoccuper de son sort ni de sa santé. Pire, il la maltraite psychologiquement lui faisant sans cesse comprendre à quel point elle est un poids pour lui…

De fil en aiguille, on en vient à découvrir toute la méchanceté et la perfidie de ce personnage que j’ai purement et simplement détesté ! Alors qu’il aurait pu tomber dans la caricature, certaines révélations nous permettent de mieux saisir les raisons qui l’on conduit à maudire sa propre fille sans jamais lui laisser une chance. Sans l’excuser, cela permet de lui donner un peu plus d’ampleur et de complexité.

Au-delà de la romance et de l’amitié, l’autrice nous offre quelques scènes d’action plutôt maîtrisées qui dynamisent le récit et apportent une aura de danger fort appréciable. J’aurais d’ailleurs adoré qu’elles soient un peu plus présentes, mais je peux comprendre le souhait de l’autrice de prendre le temps, dans ce premier tome, de nous présenter les personnages et de jouer sur les émotions d’une héroïne soumise à des épreuves aussi difficiles psychologiquement que physiquement… La fin laisse entrevoir une nette évolution/amélioration dans la vie de la jeune fille avec une nouvelle dynamique de groupe que je serais curieuse de découvrir.

Quant à l’écriture, elle s’est révélée percutante, rythmée et agréable. C’est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman que j’ai lu d’une traite.

En résumé, bien écrit, dynamique et court,  Les couleurs du dragon permet de passer un moment d’évasion sans prise de tête et de faire la connaissance d’une héroïne dont la vie alterne entre brimades paternelles, réconfort amical, traque de démons et découverte de l’amour. Non dénué de tension et de révélations, le roman se lit rapidement, mais devrait peut-être manquer de convaincre les lecteurs aguerris en quête d’une romance paranormale à l’univers riche et développé. Pour ma part, je vous recommanderai donc ce roman si vous avez envie de vous initier à la romance fantastique ou de vous lancer dans un livre du genre très rapide à lire.

Je remercie Evidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Throwback Thursday Livresque #179 : fantastique

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Avec ce thème, il y a l’embarras du choix entre les classiques du genre et les romans un peu plus confidentiels. Pour ma part, j’ai opté pour le tome un des Outrepasseurs de Cindy Van Wilder.

Couverture Les Outrepasseurs, tome 1 : Les héritiers

Londres, 2013. Peter, un adolescent sans histoire, échappe de justesse à un attentat. Il découvre que l’attaque le visait personnellement et qu’elle a été préméditée par de redoutables ennemis : les fés. Emmené à Lion House, la résidence d’un dénommé Noble, il fait connaissance avec les membres d’une société secrète qui lutte depuis huit siècles contre les fés : les Outrepasseurs. Ces derniers lui révèlent un héritage dont il ignore tout…

Lu en lecture commune avec Lire à la folie, j’ai beaucoup apprécié ce premier tome que ce soit pour l’histoire, le contexte médiéval ou les différentes thématiques, parfois difficiles, soulevées. Un roman qui m’avait également pas mal surprise, l’autrice offrant une nette et surprenante coupure dans sa narration. Une prise de risque qui ne conviendra pas à tous les lecteurs, mais que, pour ma part, j’avais trouvée intéressante et originale.

Pour en apprendre plus sur Les héritiers, je vous invite à découvrir ma chronique dont voici la conclusion :

Ce premier tome nous offre une immersion efficace et menée d’une main de maître dans le passé de personnes confrontées à des forces surnaturelles et implacables qui changeront leur vie, et celle de leurs descendants, à jamais. Je suis maintenant curieuse de découvrir comment ces Héritiers vont faire face à la situation et à cette malédiction qui pèse sur leurs épaules…

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
L’avez-vous lu ? Qu’en avez-vous pensé ?

Pièces détachées, Phoebe Morgan

Pièces détachées par [Phoebe Morgan, Daniele Momont]

Corinne, Londonienne de 34 ans, a déjà eu recours à trois FIV. Mais cette fois, elle en est sûre, c’est la bonne. Elle va tomber enceinte. Cette cheminée miniature en terre cuite, qu’elle découvre un matin sur le pas de sa porte, n’est-elle pas un signe du destin ?
Cette cheminée coiffait le toit de la maison de poupée que son père adoré – célèbre architecte décédé il y a bientôt un an – avait construite pour elle et sa sœur Ashley quand elles étaient enfants.
Bientôt, d’autres éléments de cette maison de poupée font leur apparition : une petite porte bleue sur le clavier de son ordinateur, un minuscule cheval à bascule sur son oreiller…
Corinne prend peur. Qui s’introduit chez elle ? Qui l’espionne ? La même personne qui passe des coups de téléphone anonymes à Ashley ? Y a-t-il encore quelqu’un en qui la jeune femme puisse avoir confiance

L’Archipel (18 juin 2020) -384 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Daniele Momont

AVIS

Encore très affectée par le décès de son père dont elle était très proche, Corinne doit également faire face à des difficultés pour devenir mère. Mais après une nouvelle FIV, elle en est persuadée, son plus grand rêve est sur le point de se réaliser. C’est donc avec le sourire et beaucoup de joie qu’elle accueille cette cheminée miniature trouvée sur le pas de sa porte et qui ressemble à celle de la maison de poupée de son enfance. Une maison fabriquée avec amour et un sens du détail impressionnant par son défunt père, un architecte de renom. L’enthousiasme des débuts devant ce signe du destin laisse toutefois place à l’angoisse quand la jeune femme commence à se sentir menacée par l’apparition soudaine et inexpliquée de nouvelles pièces de maison de poupée dans son appartement. 

Qui envoie ces pièces et pourquoi ? Appartiennent-elles vraiment à la maison de poupée d’enfance de Corinne et de sa sœur Ashley ou Corinne est-elle victime d’une imagination un peu trop riche ? Pourquoi sa mère fuit-elle les questions sur la maison de poupée et son époux décédé ? Et que cachent les absences et le comportement de plus en plus distant du mari d’Ashley ? Cela est-il lié aux appels anonymes et muets qu’Ashley reçoit et qui lui mettent les nerfs à vif ou cette dernière est également victime d’une personne aux intentions obscures ?

Quelques questions, parmi beaucoup d’autres, qui viendront hanter votre lecture en même temps que l’esprit de Corinne partagée entre l’envie de faire toute la lumière sur cette étrange et inquiétante histoire de pièces de maison de poupée et celle de devenir mère à tout prix.

Cette thématique de la maternité revêt d’ailleurs une certaine importance dans le roman que ce soit à travers le désir d’être mère et la difficulté de procréer ou la charge mentale écrasante qui repose sur les femmes. Ashley adore ses trois enfants, mais entre une adolescente qui semble en pleine crise, un bébé sujet aux terreurs nocturnes et un mari passant son temps à travailler, elle se sent dépassée par la situation. Sa seule bulle d’oxygène, un travail dans un café, seul endroit où elle n’est plus soumise aux impératifs domestiques…

J’ai apprécié ce parallèle entre les deux sœurs qui, d’une certaine manière, se coupent toutes les deux du monde : l’une en raison du désir viscéral d’être mère qui supplante tout et l’autre en raison d’une vie de famille dont le poids écrasant l’empêche de souffler. Elles pourront heureusement compter l’une sur l’autre, leur complicité ne faisant aucun doute. Mais cela sera-t-il suffisant devant l’aura de danger qui semble planer sur leur vie et qui, à mesure que l’on tourne les pages, nous prend à la gorge ? L’autrice a, en effet, un talent certain pour faire monter la tension crescendo et nous pousser à suspecter toutes les personnes qui gravitent autour des protagonistes.

Elle s’amuse également à jouer avec les nerfs de Corinne et d’Ashley qu’elle pousse dans leurs retranchements suscitant par là même une vive empathie de la part des lecteurs. Quand Ashley est pétrifiée à l’idée que son couple vole en éclats devant les sirènes de l’adultère, Corinne a, quant à elle, l’impression de devenir folle… Il faut dire que si son compagnon se montre d’un total soutien en ce qui concerne son désir d’enfant, partageant ses espoirs et ses peines, il se révèle bien plus sceptique en ce qui concerne son impression d’être épiée et menacée. Ce dernier m’a d’ailleurs passablement agacée par son refus obtus d’étudier avec impartialité les propos de sa compagne, considérant d’emblée que c’est son désir d’enfant et la mort de son père qui la poussent à voir des choses là où il n’y a que des hasards. Pour un journaliste, je ne l’ai pas trouvé très curieux… On ne pourra pas lui reprocher d’être victime de déformation professionnelle.

Ashley et Corinne adoraient leur père, mais pour Corinne, cela m’a semblé parfois être assez malsain, un peu comme si la jeune femme voyait en lui non pas seulement un père, mais une idole, un modèle de perfection. Il faut dire que l’homme semble avoir toujours veillé à briller et à être au centre de l’attention que ce soit dans sa vie personnelle et/ou professionnelle. Mais ce père adoré et adulé était-il vraiment aussi parfait que cela ? Une question que je laisserai volontairement en suspens… Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on perçoit parfaitement l’aura de toute-puissance de ce personnage qui continue à avoir une certaine emprise sur la vie de sa famille, un peu comme si son ombre n’était jamais loin.

En parallèle de la vie des deux sœurs, on découvre, grâce à des flash-back, l’enfance difficile d’un personnage mystère aux côtés d’une mère maltraitante psychologiquement qui ne lui a jamais apporté ni amour ni stabilité émotionnelle. Une enfance passée à épier, à jalouser et à inventer une autre vie, une vie bien plus heureuse. De fil en aiguille, on en vient à faire le lien avec le reste du roman et à entrevoir les conséquences funestes que l’obsession malsaine d’une mère aura sur la vie de sa fille, une fille autant victime que bourreau. À cet égard, la fin m’a donné quelques frissons, l’autrice lui insufflant une bonne dose d’horreur (mais pas de gore) qui ne devrait pas manquer de comprimer votre poitrine si, comme moi, vous êtes entrés en empathie avec les personnages.

Bien que la narration m’ait semblé parfois manquer de liant, j’ai passé un très bon moment avec ce thriller qui alterne les phases de doute et d’angoisse avec des moments plus chaleureux, ce qui le rend aussi réaliste qu’effroyable. On se plonge sans réserve dans la vie d’Ashley et de Corinne, deux sœurs qui n’auraient jamais imaginé devoir faire face à l’indicible… Sortiront-elles indemnes de cette épreuve ?  Il vous faudra vous plonger dans cette lecture pour le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que les amateurs de suspense, de secrets de famille et de thrillers psychologiques prenant le temps de faire monter la tension devraient trouver ici leur bonheur !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour ce partenariat.

Dynasties tome 2 : L’étincelle sous la glace, Ilona Andrews

Couverture Dynasties, tome 2 : L'étincelle sous la glace

Après une longue cavale, le tueur Jeff Caldwell a enfin été arrêté. Or les policiers l’interrogent en vain car l’une de ses victimes manque toujours à l’appel : Amy Madrid, une fillette de sept ans. Déterminée à lever le voile sur ce mystère, Nevada, détective professionnelle, décide de mener sa propre enquête. Car elle a le pouvoir de détecter les mensonges et d’obtenir la vérité, y compris quand on cherche à la lui cacher… Cependant, lorsqu’un client la sollicite, espérant lui confier une nouvelle mission, elle reconnaît qu’un peu d’aide serait bienvenue. Le puissant et séduisant Mad Rogan accepterait-il d’unir ses forces aux siennes ?

J’ai lu pour elle (25 octobre 2017) – 503 pages – 7,40€ (poche) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ayant beaucoup apprécié Entre les flammes, le tome 1 de la série Dynasties, je me suis replongée avec plaisir dans cette suite qui m’a tout autant divertie. On retrouve Nevada qui accepte, cette fois-ci sans pression, une mission afin de trouver le ou les meurtriers de la femme de son nouveau client. Une enquête qui, en plus de la pousser dans ses retranchements, va mettre à jour un complot politique de grande envergure. Elle pourra heureusement encore compter sur le soutien de sa famille aussi atypique qu’attachante et sur le très charismatique et dangereux Mad Rogan.

Le duo d’auteurs nous propose ici un tome riche en action et en suspense qui ne devrait pas manquer de vous tenir en haleine et de susciter en vous quelques frayeurs. Les personnages ne sont pas épargnés et se retrouvent plus d’une fois au bord du précipice. Il leur faudra tout leur sang-froid et leurs talents conjugués pour garder la tête hors de l’eau et survivre aux multiples attaques qu’ils essuieront.

Si j’ai apprécié de découvrir toute la complexité de l’enquête ainsi que les différents types de magie entrant en action, j’ai également pris plaisir à suivre l’évolution de la relation entre Nevada et Rogan. Leurs différences de caractère et de valeurs vont être une source de malentendus et susciter entre eux certaines tensions, mais face aux événements extrêmes auxquels ils doivent faire face, ils seront plus ou moins obligés de faire des concessions…

Rogan nous apparaît, du moins en début d’intrigue, toujours aussi obtus, extrême et quelque peu autoritaire ! Des traits de caractère qui ne manqueront pas d’irriter, voire de révolter Nevada qui n’apprécie guère que son prétendant se mêle de ses affaires malgré ses demandes répétées de la laisser gérer la situation par elle-même. Forte et indépendante, elle tient à garder son autonomie et à prendre ses propres décisions quant à son avenir et sa famille…

Néanmoins, plus on avance dans l’histoire, plus on comprend les agissements de Rogan qui essaie de protéger l’illusion de normalité dans laquelle Nevada s’est enfermée et qui la rend vulnérable. En effet, malgré ses capacités impressionnantes, la jeune femme veut encore croire en la possibilité d’une vie normale quand tout autour d’elle lui prouve le contraire. Mais une découverte inattendue sur l’origine de ses dons va la conduire à reconsidérer sa position afin de protéger ce qui compte le plus pour elle, les siens ! 

Dans ce tome, la famille de Nevada est un peu moins présente, ce que j’ai regretté ayant adoré la grand-mère badass. Mais les valeurs familiales n’en demeurent pas moins importantes dans la vie de la jeune femme et lui permettront de garder son humanité malgré des événements difficiles qui auraient pu la faire sombrer. Depuis le premier tome, la jeune femme s’est endurcie, mais elle conserve donc un véritable respect pour la vie humaine, ce qui la poussera de nouveau à tenter de tempérer l’impétuosité de Rogan dont le monde est divisé entre alliés et ennemis. Une vision très manichéenne de la vie qui rend la communication parfois difficile, mais qui n’empêchera pas l’alchimie entre les deux personnages d’être toujours aussi palpable.

La romance n’est pas au cœur du récit, mais elle prend néanmoins une place importante dans ce tome, ce qui m’a plutôt plu appréciant la dynamique de ce duo haut en couleur aux côtés duquel il est bien difficile de s’ennuyer. On regrettera juste le temps perdu par Nevada qui essaie, durant une bonne partie de l’intrigue, de se convaincre de conserver ses distances avec Rogan alors qu’il nous apparaît clairement qu’il n’a pas tardé à conquérir son cœur. J’attends maintenant de voir comment leur relation va évoluer espérant retrouver les petites étincelles qui font tout le charme des échanges entre ces deux fortes têtes aussi passionnées, têtues et téméraires l’une que l’autre.

Action, rebondissements, suspense, révélations, famille, magie, complot politique et amour sont au programme de ce deuxième tome qui m’a offert un très bon et distrayant moment de lecture. Si vous avez envie d’un roman rythmé mettant en scène deux personnages complexes aussi différents que complémentaires, L’étincelle sous la glace devrait vous plaire.