L’inversion des pôles, Guillaume Nail

Couverture L'inversion des pôles

Je remercie Lecteurs.com et les éditions Slalom pour m’avoir permis de découvrir L’inversion des pôles de Guillaume Nail. Merci également à l’auteur pour sa dédicace.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Il sont trois à se battre pour leur survie dans un monde post-apocalyptique ! Qui sera le dernier?
2021. De fréquents signes avant-coureurs annoncent une inversion prochaine des pôles magnétiques. Un phénomène qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices. Et déclencher le chaos. Un consortium de pays riches décide d’étudier ce que deviendrait la population si elle était livrée à elle-même, privée de repères dans un état sauvage post-apocalyptique. 100 personnes sont ainsi régulièrement lâchées sur une île coupée du monde, et affectée par une simulation de tempête magnétique. L’absence d’enjeu fausse toutefois les résultats. Et le consortium décide de passer à la vitesse supérieure, en faisant croire aux participants qu’on ne joue plus. Et qu’ils se battent cette fois pour leur survie… Seule échappatoire, dans cette jungle sans pitié : ne faire confiance à personne. Et tout faire pour rester le dernier.

Slalom (14 mars 2019) – 336 pages – Broché (11,90€) – Ebook (8,99€)

AVIS

Quand notre époque craint le changement climatique, en 2021, on redoute le changement magnétique et les réactions que ce dernier pourrait engendrer dans la population. Raison pour laquelle un mystérieux et tout-puissant consortium décide de réaliser une simulation en lâchant 100 individus sur une île isolée après avoir pris soin d’y simuler une tempête magnétique. Et parce qu’il faut bien pimenter le jeu pour le rendre réaliste et haletant, tous les coups sont permis !

Si l’on rencontre différents personnages en cours de route, l’auteur se focalise principalement sur Mickey, Perkins et Selva dont il alterne les points de vue créant ainsi une certaine connivence avec les lecteurs. Ces trois protagonistes, mis en relation pour leur complémentarité, sont supposés former une équipe soudée et efficiente prête à affronter tous les dangers. Mickey, obsédé de l’ordre et de la méthode, n’inspire pas forcément beaucoup de sympathie, mais son intérêt réside ailleurs comme vous le découvrirez par vous-mêmes. Perkins est incontestablement l’atout intelligence et humain de la bande, son cerveau et son empathie le rendant quelque peu indispensable. Quant à Selva, difficile à cerner en début de roman, c’est peut-être le personnage qui m’a le plus touchée. Aussi forte physiquement que fragile psychologiquement, elle devrait vous réserver quelques surprises.

Mais l’auteur doit être un peu taquin sur les bords parce que dès les premières pages, l’équipe tout juste formée doit faire face à un événement inattendu qui va contraindre chaque membre à faire, en son âme et conscience, un choix difficile… On leur avait promis un stage de survie, on ne leur a pas menti ! Séparés très tôt dans l’aventure, nos trois protagonistes vont néanmoins réussir à rebondir. Ils feront ainsi, chacun de leur côté, diverses rencontres, bien souvent brutales, parfois plus sympathiques, mèneront leurs propres batailles, exploreront l’île et veilleront à récolter assez de ressources pour avancer dans le jeu et s’imposer face aux autres participants prêts à tout pour survivre. Tué ou être tué ! Une réalité qui s’imposera à tous avec une certaine brutalité.

Au fur et à mesure que les protagonistes avancent dans le jeu, les carapaces se fendillent jusqu’à mettre à nu les personnages et les pousser dans leurs retranchements. Difficile alors de ne pas ressentir une certaine empathie quand on les voit lutter avec acharnement pour survivre dans un environnement instable et hostile dont il est de plus en plus difficile de comprendre les règles du jeu. J‘ai, pour ma part, apprécié de suivre la progression des personnages et la manière dont ils passent par différents états émotionnels à mesure que le danger et l’action s’intensifient. Quand certains seront au bord du précipice, d’autres se révéleront dans les épreuves…

Fortement ancré dans l’univers des jeux vidéo à la Battle Royale, le récit ne souffre d’aucun temps mort, les scènes d’action, de tirs, de coopération et d’exploration s’enchaînant les unes après les autres. À cela, s’ajoute une plume immersive et plutôt dynamique qui donne le sentiment d’assister de près à tout ce qui se passe sur l’île. Le roman devrait donc plaire aux amateurs de jeux vidéo qui y retrouveront d’ailleurs des termes familiers. Pour ma part, parlant anglais, j’ai pu comprendre même ceux que je ne connaissais pas, mais un petit glossaire rendrait probablement la lecture plus accessible aux personnes peu à l’aise avec les jeux vidéo et/ou l’anglais. Car pas besoin d’être un as de la manette pour apprécier ce roman qui ne manque pas d’atouts et d’un certain charme !

Le terme charme est peut-être étrange si l’on considère qu’à chaque minute, une balle ou une grenade peut vous réduire en charpie, mais j’ai trouvé que l’auteur arrivait, malgré le contexte de survie, à apporter des éléments assez loufoques pour vous arracher des sourires et rendre l’aventure unique et sans prise de tête. Cela passe par certains comportements complètement décalés, des accessoires originaux et plutôt voyants, des costumes allant d’étranges à complètement barrés en passant par kitsch ! Question camouflage, il faudra donc repasser. Mais quelque chose me dit que les amateurs de Fortnite devraient être en terrain connu…

En conclusion, grâce à une touche d’humour, des protagonistes différents et complémentaires, de l’action à foison, une île éloignée de tout qui semble réserver bien des mystères et des dangers, l’auteur nous offre un très bon moment de divertissement qui fait la parfaite jonction entre livres et jeux vidéo.

Lire un extrait du roman sur Lisez !

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Les Rats de Hamelin, Jean-Christophe Chaumette

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Les Rats de Hamelin de Jean-Christophe Chaumette dans le cadre du Crazy Books Day.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chargé de fournir aux États-Unis une arme révolutionnaire, John Dougherty se heurte à deux difficultés majeures : Eli Weisman, le seul scientifique capable de doter des robots de combat d’un cerveau efficace, est un pacifiste cocaïnomane réticent à aider les militaires ; et Paul Teofinua, favori des élections présidentielles à venir, rêve de désarmement mondial.
Tandis que Dougherty et Weisman, tous deux convaincus d’œuvrer pour le bien commun, s’opposent sans relâche, Paul Teofinua se rapproche de la victoire finale.
Mais la menace qui plane réellement sur l’humanité n’est ni celle imaginée par John Dougherty le nationaliste ni celle redoutée par Eli Weisman l’antimilitariste. Personne n’est capable de la prévoir.

Évidence éditions – 456 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Aimant beaucoup la légende du joueur de flûte de Hamelin, le titre du roman m’a tout de suite donné envie de découvrir l’histoire proposée par un auteur que je ne connaissais que de nom, Jean-Christophe Chaumette. S’il m’a fallu la fin du roman pour vraiment comprendre le choix du titre, je le trouve très pertinent.

Cette histoire, je l’ai dévorée très vite happée par l’écriture de l’auteur qui est un parfait équilibre entre fluidité, précision et immersion. On sent une parfaite maîtrise de la langue et une volonté de coller au plus près de l’intrigue, des personnages et de leur vie mouvementée. Car je peux vous dire qu’avec Les Rats de Hamelin, vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’auteur réservant à ses personnages moult péripéties et aventures, plus ou moins agréables, mais toujours imprévisibles.

Très rythmé, les actions s’enchaînant rapidement, ce roman nous plonge dans la vie de personnages très différents autant en termes d’idéaux que de personnalité. Quand John Dougherty est prêt à tout pour s’assurer de la suprématie des États-Unis sur le reste du monde, Eli Weisman est, quant à lui, un scientifique pacifique et passablement accro à la drogue, le seul moyen qu’il a trouvé pour faire taire ce terrible cauchemar qui hante ses nuits depuis son enfance. Victime d’un abject chantage, Eli est néanmoins contraint de collaborer avec Dougherty afin de mettre son extrême intelligence au service de l’armée américaine.

L’enjeu est de taille : révolutionner l’art de la guerre en s’appuyant sur la robotique pour maximiser les pertes chez l’ennemi tout en limitant les morts du côté américain. Si l’idée d’une armée de robots a d’abord laissé sceptique Forrester, le gradé s’est vite rangé du côté du progrès… Même s’il semble moins dangereux et extrême que Dougherty, Forrester reste profondément attaché à son pays quitte à prendre quelques largesses avec la morale pour le protéger des dangers, quelle qu’en soit leur nature.

Et les menaces ne manquent pas entre les pays hostiles aux Etats-Unis et cette menace intérieure, repérée avant tout le monde par Dougherty, qui se fait de plus en plus pesante. Elle prend la forme d’un candidat à la présidence qui semble, comme par miracle, conquérir le cœur des Américains et même de ceux qui devraient le haïr : les industriels de l’armement. Paul Teofinua a, en effet, basé son programme sur le désarmement nucléaire, un objectif qui ne rencontre pas la levée de boucliers à laquelle on aurait pu s’attendre. Quel est donc le secret de cet homme qui arrive à faire accepter l’inacceptable à la plus grande nation du monde et à ses industriels ?

Prophète des temps modernes qui œuvre pour le bien de l’humanité ou dangereux personnage qui menace la grandeur des États-Unis en l’affaiblissant comme le pense Dougherty ? Et derrière cet écran de respectabilité que rien ne semble pouvoir entacher malgré une vie privée passée au crible, Paul Teofinua est-il vraiment l’homme qu’il prétend être ? Non, si l’on se fie à sa fille aînée qui ne reconnaît plus son propre père depuis sa rencontre avec un docteur et ses méthodes de guérison alternatives qui ont conduit un père de famille mourant à se transformer en un combattant acharné pour la paix…

L’auteur a réussi à faire de Paul Teofinua un personnage fascinant car très difficile à appréhender. Il intervient très peu dans le roman, mais il l’imprègne de son aura et laisse son ombre planer, une ombre qui se veut tout à tour synonyme d’espoir et de danger. Le mystère et le suspense autour de cet homme sont probablement ce qui m’a le plus tenue en haleine et fait tourner les pages avec cette envie irrépressible de faire tomber le masque, si masque il y a… On ne peut donc s’empêcher de formuler différentes hypothèses pour expliquer le comportement de cet idéaliste et son envie de dénucléarisation qui remet totalement en cause l’équilibre du monde. Quel est son véritable objectif, la paix ou quelque chose que personne n’aurait pu anticiper ni même imaginer ?

Une question qui nous obnubile jusqu’à la fin et quelle fin ! Après le premier choc et un « mais c’est quoi ce délire ?  » qui ne manquera pas de vous traverser l’esprit, on ne peut que se dire que l’auteur a su nous balader de la première à la dernière ligne. À la manière d’un prestidigitateur, il a veillé à détourner notre attention pour mieux nous éblouir par une fin totalement inattendue et choc ! Il m’a fallu quelque temps pour la digérer et j’ai été aidée en cela par un des meilleurs épilogues que j’ai pu lire. Avec subtilité et à travers la voix de l’un de ses personnages, l’auteur arrive à nous faire comprendre son cheminement de pensée et à induire une réflexion sur le nucléaire, l’état du monde, la nature humaine et sa propension à la destruction. Je n’en dirai pas plus sous peine de gâcher la puissance de la fin et du message, mais je peux néanmoins vous dire qu’avec une telle conclusion, je ne suis pas prête d’oublier cette histoire.

Au-delà de la fin, le roman ne manque pas d’atouts : des citations de chansons qui rythment le récit et participent à l’ambiance, une plongée dans les arcanes des services secrets et de ces organisations travaillant dans l’ombre pour le bien d’un pays, la présence de la technologie et la révolution que celle-ci engendre dans les guerres et les questions éthiques que cela soulève, une petite immersion dans la culture polynésienne, une critique sous-jacente de l’hégémonie américaine et des comportements parfois plus que discutables de cette puissance… Des points qui apportent une richesse indéniable à l’intrigue.

À cela s’ajoute l’alternance de points de vue bien maîtrisée qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie des personnages principaux, mais aussi secondaires, Eli ayant la chance d’être soutenu par des amis qui, chacun à leur manière, l’aideront à faire face à une situation qui va vite le dépasser. Il faut dire que l’auteur a su insuffler à son récit cette ambiance complotiste qui pousse certains personnages dans leurs retranchements. Dans cette histoire pleine de rebondissements où les rôles s’inversent vite, difficile en effet d’anticiper les événements ce qu’apprendront à leurs dépens certains protagonistes… À cet égard, j’ai été plus qu’horrifiée par un homme, qui n’en porte que le nom, dont les pensées et les exactions font froid dans le dos d’autant qu’elles sont basées sur une idéologie qui a fait beaucoup de victimes et qui continue à gangréner les esprits.

En conclusion, à la croisée du thriller, du roman d’action et de science-fiction, Les Rats de Hamelin est un roman très cinématographique qui vous offrira un bon divertissement empli de suspense, d’action et de rebondissements. En plus d’une intrigue immersive qui vous tiendra en haleine, les événements s’accélérant à mesure que l’on approche du dénouement, le roman pose les bases d’une réflexion pleine de justesse sur l’homme et sa capacité de destruction…

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence éditions.

Calendriers de l’Avent Beaut(h)é, jour 1 à 7 : l’Occitane, Action, Le Palais des thés et La route des comptoirs

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Cette année, j’ai craqué pour quatre calendriers de l’Avent (5 dans les faits, mais je n’ai toujours pas reçu le cinquième).

Calendrier de l'Avent

It’s nearly Christmas... Our Calendar of Dreams has a lot of ✨ inside its little doors!
#LOccitane #NotJustAGift #HolidayCalendar

Je vous propose donc un petit aperçu de ce que j’ai reçu durant cette première semaine de décembre :

  • Jour 1 : étant fan de l’huile de douche l’Occitane, j’ai été ravie de trouver ce produit qui fait partie pour moi des incontournables de la marque.

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  • Jour 2 : mon copain dont les mains ont tendance à s’abîmer très vite dès que les températures baissent a mis son grappin sur les deux crèmes pour les mains. Pas vraiment un problème vu le stock que je possède… Mais l’ayant déjà utilisée par le passé, je peux néanmoins vous dire que la crème de l’Occitane fait bien son travail et qu’elle ne laisse pas les mains grasses une fois appliquée.

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  • Jour 3 : je pense donner les perles pour le bain ne possédant pas de baignoire, mais j’ai par contre été ravie de trouver un savon à l’amande dans le calendrier de l’Avent Occitane. Depuis que j’ai quelque peu mis de côté la cosmétique maison, ce savon est un de ceux que je rachète le plus souvent. Je suis fan de sa délicate mousse et de sa délicieuse odeur d’amande. Quant au thé vert japonais du Palais des thés, il fait partie des classiques de cette maison d’édition et à juste titre, sa finesse toute japonaise le rendant très agréable pour conclure un repas.

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  • Jour 4 : l’accessoire beauté trouvera sa place dans la trousse de toilette d’une amie n’en ayant pas l’utilité contrairement au lait corporel Verveine que j’applique chaque matin avec plaisir depuis sa découverte dans le calendrier de l’Occitane.

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  • Jour 5 : un jour tout rose ! J’ai bien souri quand j’ai constaté que trois des calendriers contenaient des produits au contenant rose pour ce cinquième jour.

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  • Jour 6 :  adorant le genmaicha, c’est avec plaisir que j’ai dégusté cette version proposée par Le Palais des thés. Il ne détrône pas mon préféré, celui de la maison de thé Tamayura qui ne semble plus exister, mais il se défend très bien. Quant au shampoing aux huiles essentielles de l’Occitane, je suis en train de l’utiliser et il semble que mes cheveux regraissent un tout petit peu moins vite. Mais je dois toujours les laver tous les jours.

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  • Jour 7 :  le thé noir aux agrumes et épices du Palais des thés est classique dans sa composition, il sent donc bon Noël et les soirées cocooning. Quant au gloss, sa couleur est un peu voyante à mon goût…

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Et vous, qu’avez-vous choisi comme calendrier(s) de l’Avent ?

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Ira Dei – Tome 1 : L’or des caïds, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat

Je remercie Babelio et les Éditions Dargaud pour l’envoi d’Ira Dei : L’or des caïds de Vincent Brugeas et illustré par Ronan Toulhoat. Je remercie également Delphine des éditions Dargaud pour son petit mot manuscrit ainsi que pour l’ajout, dans l’enveloppe, de Dargaud le mag dans lequel on retrouve une interview de l’illustrateur.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

En 1040, les armées de Byzance tentent de reconquérir la Sicile, alors aux mains des Arabes. Alors que la ville de Taormine résiste à Harald, le terrible chef varègues à la tête des troupes byzantines, un Normand nommé Tancrède et un jeune moine, Étienne, légat du pape proposent les services de leur petite troupe de mercenaires. À la demande d’Étienne, Tancrède se rapproche d’Harald et lui propose un marché : il fera tomber Taormine en trois jours, en échange de quoi il recevra les richesses de la cité. Même s’il comprend que Tancrède est en mesure de réaliser ce prodige, Harald se méfie de cet homme dont les yeux révèlent qu’il a « traversé les Enfers » et dont le passé mystérieux ressurgit peu à peu… Pourquoi l’Église a-t-elle fait de lui une arme au service de Dieu ? Et quelle revanche veut-il prendre aujourd’hui ?…

  • Album: 64 pages
  • Éditeur : Dargaud (12 janvier 2018)
  • Public : à partir de 16 ans
  • Prix : 13.99€
  • Autre format : ebook

TRAILER OFFICIEL DE LA BD

AVIS

L’histoire et les personnages…

Si le Moyen Âge est une période que j’apprécie, j’avoue néanmoins que le contexte historique de cette BD, la Sicile du XI e siècle alors sous le joug des Arabes, m’était peu familier. Cela m’a parfois un peu gênée dans ma lecture d’autant que cette île, carrefour entre différentes civilisations, concentre un certain nombre d’enjeux politiques, économiques et culturels. Fort heureusement, cela ne m’a pas empêchée de me plonger avec plaisir dans l’histoire, celle d’un énigmatique Normand, Tancrède, qui débarque en l’an 1040 sur la côte est de la Sicile. Accompagné d’une vingtaine d’hommes et d’un diacre, Étienne, il proposera ses services au seigneur Harald, à la tête des troupes byzantines, pour faire tomber la ville de Taormine qui lui résiste. Une aide qui, évidemment, ne se fera pas sans une onéreuse contrepartie…

Que ce soit en profitant de la solidarité normande, en exploitant l’appât du gain, valeur commune à chaque peuple, ou en jouant sur la pression exercée sur Harald, Tancrède se révèle, dès le début de son arrivée sur l’île, être un fin stratège. Il sait pertinemment jouer sur les besoins et aspirations, plus ou moins avoués, des individus qu’il rencontre et arrive à tirer parti de leurs failles. Et c’est cette intelligence des situations et des personnes qui rend ce personnage aussi passionnant que dangereux ! Intelligent et patient, il devrait vous surprendre par sa faculté à mener à bien ses plans sans que personne ne se doute de ses véritables intentions. À commencer par Étienne…

Si une grande part de l’action et du suspense repose sur le Normand, l’auteur nous propose également une palette intéressante de personnages à l’instar de cet homme de foi qui accompagne Tancrède. Assez autoritaire, il se plaît à jouer de son autorité sur le guerrier qu’il pense, de manière assez naïve, avoir sous sa coupe. Il se rend néanmoins assez vite compte que les actions de celui-ci ne correspondent pas forcément à ce que l’église attend de lui. Mais d’ailleurs, que cherchent vraiment l’église et Étienne en s’associant au Normand ? Une question qui viendra titiller la curiosité des lecteurs d’autant que Tancrède semble loin de partager la foi, virant au fanatisme, du diacre. À cet égard, bien que la BD ne soit pas un plaidoyer anticlérical, on retrouve, contexte historique oblige, l’importance de l’Église et les moyens peu éthiques et moraux déployés pour faire respecter la « vraie foi ».

Deux personnages féminins se démarquent également de ce premier tome bien que leur rôle reste finalement assez peu développé. Nous découvrons ainsi une femme manipulatrice autant dans l’apparence, son visage étant criant de sournoiserie, que dans sa manière de se comporter. Il se dégage d’elle une certaine dangerosité qui contraste à merveille avec le caractère craintif de la sœur cachée d’Étienne. Deux femmes, deux personnalités diamétralement opposées, mais un destin lié… J’ai, pour ma part, hâte de découvrir quelle sera l’influence de ces deux femmes sur le cours de l’intrigue.

Une narration dynamique mêlant habilement présent et passé…

Dans cette vidéo, l’illustrateur revient plus particulièrement sur une double page de la BD et explique pourquoi et comment il a séquencé la scène. Mais il met également en avant un point qui m’a plu : la colorisation et la mise en scène des différents flash-back présents dans la BD.

Le scénariste ne s’est pas perdu en détails narratifs inutiles qui auraient alourdi une histoire dont le contexte historique peut déjà se révéler complexe, ce qui a permis au dessinateur de nous offrir un moyen simple et efficace pour repérer les allers-retours entre passé et présent : des bordures noires délimitant les scènes et l’abandon de la colorisation rouge au profit d’une teinte plus claire. Le procédé présente l’avantage de mettre en valeur ces retours dans le passé qui revêtent une certaine importante dans la narration puisqu’ils permettent d’assouvir notre curiosité. À travers ces flash-back, on découvre ainsi quelques pans du passé de Robert, sa réelle identité ainsi que ses véritables intentions. Son comportement parfois assez énigmatique, ses mimiques à la limite de la moquerie et empreintes d’une certaine défiance vis-à-vis de l’autorité du prêtre, cette impression tenace qu’il cache son jeu… Tout devient alors plus clair et conduit à la seule conclusion possible : Tancrède n’est définitivement pas une personne de laquelle il est bien prudent de se jouer !

L’auteur exploite jusqu’au bout le caractère assez mystérieux et spectaculaire de son protagoniste en nous proposant un final explosif dans lequel il abat ses cartes, ou du moins, une partie de son jeu. Une bonne fin de premier tome qui laisse espérer une suite pleine d’action, de complots et de révélations. Quant aux personnes qui ont osé ou qui oseront se dresser sur son chemin, ne leur reste plus qu’à affronter l’implacable vengeance de ce guerrier Normand passé maître dans l’art de la guerre.

Des scènes d’action parfaitement maîtrisées…

Sans être particulièrement amatrice de ce genre de scènes, force est de constater que l’illustrateur et l’auteur ont su travailler de concert pour nous offrir de très belles scènes de bataille. À travers moult détails, une colorisation à dominante rouge, un découpage dynamique des différentes scènes d’action, des gros plans sur les visages et notamment sur les yeux qui reflètent toute la violence des combats, ils nous offrent une plongée vivante et réaliste dans l’action. J’ai, en outre, fortement apprécié que l’auteur se soit abstenu d’alourdir les scènes de combat par du texte superflu, le travail visuel se suffisant à lui-même pour transmettre l’intensité de l’action et la violence qui se dégage des affrontements. À cet égard, il y a une scène qui m’a particulièrement marquée par sa cruauté, mais c’est probablement la lectrice amoureuse des animaux en moi qui s’exprime. Je ne sais pas si cette scène est tirée d’un fait réel, mais cela ne serait pas étonnant si l’on considère que les animaux ont depuis très longtemps été utilisés dans les guerres à l’instar des porcs de guerre ou cochons incendiaires utilisés durant l’Antiquité.

La couleur rouge, couleur du soleil, de la chaleur, du sang et de la vengeance, qui est omniprésente dans cet ouvrage, m’a parfois un peu gênée par l’atmosphère pesante dans laquelle elle nous plonge. Mais je dois reconnaître que son utilisation rend l’immersion dans l’intrigue encore plus probante et finit, d’une certaine manière, par symboliser Tancrède, un personnage au passé violent et à l’avenir probablement teinté de rouge. Fort heureusement, quelques planches, notamment celles mettant en lumière la nature à travers de jolis paysages, bénéficient d’une colorisation plus lumineuse qui apporte une certaine douceur et sérénité à une histoire plutôt violente. 

À noter le grand format de la BD qui rend sa prise en main et la découverte des scènes d’action des plus agréables. Cette édition est également accompagnée d’un cahier graphique.

En conclusion, une narration menée tambour battant et valorisée par un coup de crayon précis et un découpage dynamique des scènes, de l’action, du sang, des combats, des trahisons, des complots, du suspense, un héros charismatique, des personnages assez mystérieux dont il est bien difficile d’appréhender les véritables intentions, de beaux décors… Nul doute que le duo Brugeas/Toulhoat a toutes les clés en main pour séduire les amateurs de BD mêlant action et aventure dans un contexte historique riche et mouvementé !

Et vous, envie de découvrir ou de feuilleter Ira Dei ? Visiter le site des éditions Dargaud.