Mort et déterré – tome 1 : un cadavre en cavale de Jocelyn Boisvert et Pascal Colpron (illustrations)

Yan Faucher, 13 ans, est un ado comme un autre. À la veille de la rentrée des classes, il se sent très bien dans sa peau : il va avoir une petite sœur d’un jour à l’autre et, avec son pote Nico, il est prêt à lancer son grand projet : commencer le tournage de son film de zombis ! Mais alors qu’il se rend à la maternité pour rejoindre toute sa famille et fêter l’heureux événement, il tombe sur une discussion animée entre un dealer et son jeune client. Essayant d’intervenir, il se fait accidentellement poignarder. Il meurt sur le coup. Toute sa famille est anéantie. Mais visiblement, son âme a décidé de ne pas le lâcher. Il se rend alors compte que non seulement il continue à penser, mais il arrive également à bouger. Grâce au clairon que son petit frère a glissé dans son cercueil, il arrive à attirer l’attention de son copain Nico qui décide de l’exhumer. Arrêté par la police, Nico n’a pas le temps de libérer son ami, mais Yan parvient à sortir de son tombeau. Avec l’aide de Nico et Alice, il va mener une double quête : retrouver son assassin et reconstruire sa famille en pleine décomposition depuis son décès.

DUPUIS (15 août 2019) – 48 pages – 10,95€

AVIS

Je ne suis pas une grande adepte des histoires de zombies, mas le titre non dénué d’humour m’a donné envie de laisser sa chance à cette BD que j’ai trouvée divertissante. Dernier jour d’école avant les grandes vacances, mais dernier jour tout court pour Yan dont la vie va s’arrêter brutalement. Mauvais endroit au mauvais moment…

Mais contre toute attente, si sa vie d’humain lambda a bien pris fin, c’est, un an après sa mort, une vie de zombie qui commence pour lui ! Néanmoins, une fois la joie d’être sorti de son cercueil passée, Yan va découvrir qu’être un zombie, ce n’est pas de tout repos. Entre les multiples dangers et la nécessité de passer inaperçu, ce qui est, vu son apparence et son odeur, une mission quasi impossible, il ne risque pas de s’ennuyer. Il va heureusement découvrir que s’il ne peut pas réintégrer sa vie d’avant, il pourra toutefois compter sur le soutien d’une ancienne camarade et de son meilleur ami.

Ce tome introductif nous permet de faire connaissance des personnages principaux et d’assister à la transformation physique d’un adolescent, en même temps qu’à l’éclatement de sa famille qui n’a pas résisté à sa mort. Yan découvre ainsi des parents anéantis et dépassés par leur douleur, une aînée en colère, et un petit frère calfeutré dans le silence. La naissance de sa petite sœur le jour de sa propre mort ne semble pas avoir suffi à aider les siens à aller de l’avant et ses parents à surmonter ce qu’aucun parent ne devrait avoir à faire, la mort d’un enfant.

J’ai été touchée par cette famille en plein deuil et peut-être plus particulièrement par l’aînée en pleine révolte, qui exprime plutôt radicalement son mal-être, sa colère et sa douleur. Mais pour un zombie, qui dit mort et déterré, dit également vivant et prêt à intervenir en cas de besoin, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence pour un Yan peut-être bien vivant, mais surtout bien mort aux yeux de la société. 

Bien que la thématique de la mort soit difficile en soi, le ton de la BD n’en demeure pas moins assez léger, que ce soit grâce aux couleurs, à quelques touches d’humour ou à l’amitié bien présente. À cet égard, je suis curieuse de découvrir comment le trio qui s’est créé autour de Yan va progresser dans la suite de l’aventure, et quelles sont les nouvelles péripéties que notre zombie va devoir affronter. De la même manière, je suis impatiente de découvrir la direction que va prendre la BD : Yan va-t-il continuer à se cacher à la face du monde ? Va-t-il révéler sa renaissance à ses parents ?…

Je continuerai donc avec plaisir la lecture de cette série qui ne manque ni d’originalité ni de charme, et que je conseillerais à tous les lecteurs en quête d’une BD mêlant avec brio horreur, humour et thématiques importantes, comme l’amitié, la famille, le deuil et la difficulté d’y faire face. Je pense également lire à l’occasion le roman ayant donné lieu à cette adaptation graphique.

Charlie et la légende du roi Arthur, Mayghan Dolmy

Charlie est une petite fille métisse d’origine franco-anglaise. Grâce à sa couronne magique, elle part à la rencontre du jeune Arthur afin de l’aider à devenir le futur Roi de Bretagne. Une aventure culturelle et bilingue pour apprendre en s’amusant !

Charlie is a Franco-British, multi-ethnic little girl. Thanks to her magical crown, she’s off to meet young Arthur and help him become king of Britain! A cultural and bilingual adventure to learn the fun way!

Publishroom Factory (14 avril 2021) – 15€ – Album souple

AVIS

La promesse d’un ouvrage bilingue français-anglais et d’une histoire évoquant la légende arthurienne ont suffi à attirer mon attention, d’autant que la couverture est superbe et met en avant une petite fille métisse à une époque où la littérature jeunesse manque cruellement de diversité.

Après que son papa lui a raconté une histoire évoquant le légendaire Arthur, Charlie, une petite fille d’origine franco-anglaise, rêve de le rencontrer ! Et cela tombe bien puisqu’elle possède une couronne magique lui permettant de faire de son rêve une réalité. Mais ce n’est pas Arthur que Charlie rencontre en premier, c’est le grand et illustre Merlin qui lui confie une mission de la plus haute importance : aider Arthur à devenir roi de Bretagne.

wp-1623017460579.jpg

Alors qu’une mission de cette ampleur aurait eu de quoi effrayer plus d’un héros, la jeune Charlie n’hésite pas un instant et se lance à l’aventure, munie d’une pierre magique rouge qui, elle le découvrira plus tard, se révélera des plus utiles, de sa détermination et de son courage. Des qualités qui lui permettront de faire face au mensonge d’un garçon qui se rêvait chevalier quand il se montre bien vil, et l’aideront à pousser un enfant assez timide à se révéler et à prendre la place qui lui revient de droit. 

Je n’en dirai pas plus sur l’histoire, si ce n’est que j’ai adoré les références à la légende arthurienne, l’atmosphère qui se dégage des pages, le ton joyeux et enjoué, et parfois non dénué d’humour du récit, la dynamique qui s’instaure entre Charlie et Arthur… Tout autant d’éléments qui plairont autant aux enfants, qu’aux parents ou à tout autre adulte ayant gardé son âme d’enfant. Mais ce qui, pour moi, fait la force de cet album, c’est le fait que ce ne soit pas un garçon qui est présenté comme un héros, mais une fille.

Parce que clairement, en comparaison d’Arthur, quelque peu timoré et empoté, Charlie brille par sa curiosité intellectuelle, son goût pour l’aventure, son sens de la justice et sa grande force de caractère. Ainsi, malgré son jeune âge et la situation inattendue qu’elle doit affronter, elle ne se laisse pas faire et accomplit avec bravoure sa difficile mission. En moins de 30 pages, l’autrice a donc réussi à créer une jeune héroïne attachante et inspirante, un modèle pour des enfants plus habitués à des contes et autres légendes où les filles sont sauvées par les princes, qu’à des histoires où les filles aident les garçons à devenir princes.

Bien que je ne sois pas concernée par le sujet, il me semble également important de proposer de telles histoires mettant en scène un enfant non-blanc, puisqu’il y a un réel manque de représentativité, et encore plus de représentativité positive en littérature. Le fait que Charlie soit franco-anglaise apporte également une dimension multiculturelle intéressante au récit, qui joue sur les deux langues en proposant l’histoire en français sur les pages de gauche, et en anglais sur les pages de droite. À une époque où la maîtrise de plusieurs langues devient un enjeu éducatif de plus en plus important, voici un album qui a, plus que jamais, sa place dans une bibliothèque familiale et/ou scolaire. Afin de faciliter la compréhension et favoriser l’enrichissement du vocabulaire, certains mots sont, en outre, bleutés et traduits en fin d’album dans un tableau. Un moyen ludique, pratique et efficace d’apprendre en s’amusant !

Le côté ludique est également renforcé par un jeu de « cherche et trouve », qui a depuis longtemps fait ses preuves chez les enfants. Ainsi, page après page, ceux-ci devraient prendre plaisir à chercher Soso la girafe, la meilleure amie de Charlie. Pour ma part, et bien que j’aie passé l’âge, je ne peux nier m’être prise au jeu, et avoir apprécié de chercher cette girafe qui semble avoir, comme Charlie, pris goût à l’aventure.

wp-1623017494582.jpg

Quant aux illustrations, elles m’ont complètement charmée. J’ai apprécié leur douceur, leur expressivité, leur dynamisme ainsi que l’attention apportée à la lumière et au mouvement. À l’image de Charlie, les dessins se révèlent donc vivants, avec un côté doux très enfantin, et un jeu sur les visages qui m’a, dans une certaine mesure, parfois fait penser aux illustrations de mangas.

En conclusion, Mayghan Dolmy nous propose ici un album bilingue, français-anglais, plein de charme, revisitant la légende arthurienne à travers une jeune héroïne métisse courageuse et attachante, qui n’a rien à envier aux héros et princes de légende. Joliment illustré, dynamique, non dénué d’humour, et laissant une belle place à la diversité, Charlie et la légende du roi Arthur est un album jeunesse que je ne peux que vous recommander, et qui devrait enchanter les enfants tout en leur permettant de travailler leur anglais/français en s’amusant. Que ce soit dans une bibliothèque familiale et/ou scolaire, voici un album à posséder, à (re)lire et à partager tout autour de soi.

Je remercie Mayghan Dolmy de m’avoir envoyé, en échange de mon avis, Charlie et la légende du roi Arthur que vous pourrez retrouver sur Amazon.

Mini-chroniques en pagaille #35

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Blue au pays des songes (tome 1) : La forêt envahissante de Davide Tosello ( Vents d’Ouest) :

Blue au pays des songes - Tome 01Si j’ai adoré l’ambiance onirique instaurée par l’auteur, j’avoue avoir été assez déstabilisée par l’histoire qui a un petit côté absurde à la Alice au pays des merveilles. Je ne suis d’ailleurs pas certaine que sans le résumé qui est, pour le coup, très clair, j’aurais totalement su appréhender le contenu de cette magnifique BD. Cela ne m’a pas empêchée de me laisser bercer par l’imaginaire de l’auteur, et d’être enchantée par les somptueuses illustrations, dont j’ai adoré les couleurs et les contours.

Nous suivons ici Blue, une jeune fille qui fuit une forêt sombre qui grandit et grignote tout ce qui se trouve sur son chemin, humains et maison y compris. Dans sa fuite, Blue sera accompagnée d’une baleine miniature enfermée dans un bocal, puis par un jeune garçon avec lequel elle désire se rendre à la cité de la tristesse, un endroit où il est possible d’échanger des larmes contre un vœu. Mais la route ne sera pas dénuée de dangers et de rencontres allant de surprenantes à fortement désobligeantes.

En plus d’être sublime et très rythmée, cette BD offre un très beau travail sur les songes, les cauchemars et n’est pas dénuée de messages importants, notamment sur la force de la magie, l’importance de croire en soi et la nécessité de connaître son passé pour construire son futur. Le passé de Blue nous apparaît d’ailleurs par petites touches à mesure qu’elle progresse dans son aventure…

En bref, La forêt envahissante nous offre un énigmatique, étrange et mystérieux voyage au pays des rêves, ou plutôt des cauchemars, en même temps qu’une aventure rythmée qui enchantera les yeux des lecteurs. Belle et intrigante, voici une BD que je ne peux que vous conseiller.


Les trois titres suivants sont proposés en accès libre sur NetGalley. Je remercie d’ailleurs le site et les maisons d’édition pour ces lectures.

  • La musique d’Édouard de Monika Filipina (Editions Crackboom !) 

Couverture La musique d’Edouard

J’ai tout de suite craqué devant la couverture que ce soit pour ses couleurs pleines de pétillants, l’illustration de couverture adorable, ou tous les animaux qui y sont représentés. Et je dois dire que j’ai été enchantée par cette belle histoire qui nous plonge en pleine jungle. On y découvre tout un panel d’animaux divers et variés qui partagent une passion commune : la musique. Mélomanes dans l’âme, ces animaux jouent donc chacun d’un instrument. Tous sauf le pauvre Édouard, un éléphant qui a tout essayé, mais qui s’est fait une raison : aucun instrument ne lui sied ou ne résiste à sa force.

Loin de se laisser abattre, il s’est donc transformé en soutien et fan inconditionnel de ses amis dont il écoute avec un plaisir non dissimulé les concerts en pleine jungle. Mais un jour, un petit contretemps va lui permettre de faire une surprenante et très belle découverte !

J’ai adoré cette histoire d’animaux mélomanes et j’ai été touchée par ce petit éléphant dont l’amour de la musique ne peut pas s’exprimer comme il le souhaiterait. Mais ce qui fait la beauté de cet album est la manière dont l’autrice permet aux enfants de comprendre qu’il faut toujours garder espoir et que chacun d’entre nous possède ses propres talents et dons. Une belle leçon d’espoir et de confiance en soi qui plaira autant aux enfants qu’aux parents et adultes.

À noter également, un petit récapitulatif des différents instruments joués par les animaux de l’album, un beau moyen de montrer leur variété aux enfants et de leur apprendre à bien les reconnaître/nommer. Quant aux illustrations, elles sont à la hauteur de l’illustration de couverture : mignonnes à souhait, douces et colorées.

En bref, voici un très bel album jeunesse qui plaira aux amoureux des animaux et de la musique, et qui à travers un jeune éléphant montre que chacun d’entre nous possède un talent qui lui est propre et qui ne demande qu’à s’exprimer.


  • Les filles modèles – tome 1 : Guerre froide de Potvin, Morival et Bussi (Kennes éditions) :

Les filles modèles, BD tome 1 : Guerre froide (BD) par Potvin

Il s’agit ici de l’adaptation en BD du roman Les filles modèles que je n’ai personnellement pas lu.

Marie-Douce porte bien son nom. Gentille et adorable, elle réserve un très bon accueil à Laura, sa nouvelle demi-sœur avec qui elle va devoir partager sa chambre. Il faut dire qu’en fille aimante, elle est prête à tout pour que son père soit heureux avec la mère de Laura, sa nouvelle compagne. Malheureusement pour elle, Laura n’est pas dans les mêmes dispositions et ne possède pas un caractère aussi conciliant. Franchement odieuse, elle fera tout pour se montrer désagréable dans l’espoir de pouvoir déménager, et de se tenir éloignée de mademoiselle Barbie et de son agaçant et trop parfait père.

Si j’ai trouvé Laura franchement agaçante, elle évoluera en cours d’aventure et apprendra à mettre sa colère de côté pour se rendre compte que Marie-Douce n’est peut-être pas la fille naïve et insipide qu’elle pensait. Une jolie manière pour l’autrice de montrer qu’il faut se méfier des apparences et qu’il est toujours dangereux de cataloguer des individus du seul fait de ses aprioris.

Quant à Marie-Douce, elle se révèle d’emblée attachante et touchante, notamment dans son envie de bien faire et d’assurer une certaine harmonie au sein de sa famille recomposée. J’ai également apprécié que l’on nous montre que l’on peut être très gentille, aimer le rose et la danse, mais aussi avoir une certaine force de caractère et être douée dans les sports de combat. Une image qui sort clairement des stéréotypes que l’on a coutume de voir.

Le début de la BD m’a bien plu, avec notamment cette confrontation entre deux jeunes filles à la personnalité diamétralement opposée, mais unies par le même amour pour leur animal de compagnie, un chien pour l’une, et un chat pour l’autre. Néanmoins, si j’ai apprécié que l’un des personnages offre une leçon de vie à Laura, qui en avait clairement besoin, j’ai trouvé le moyen de le faire assez mesquin, voire humiliant. Pas certaine que dénoncer un comportement problématique au moyen d’un comportement qu’il l’est tout autant soit très pertinent… 

Mais c’est peut-être toute l’intrigue amoureuse qui se dessine qui m’a le moins intéressée, étant probablement trop âgée maintenant pour ce genre de schéma et de retournement de situation. Je reconnais toutefois que ce point et la manière dont il est amené devraient séduire les jeunes lectrices. Et je dis lectrices parce que la BD est somme toute connotée très girly, que ce soit au niveau des personnages, de leurs sujets de conversation ou des tons pastels des illustrations. Des illustrations dont j’ai d’ailleurs apprécié les couleurs et la douceur.

En bref, Les filles modèles est une BD qui plaira aux adolescentes en quête d’une histoire mêlant rivalités entre deux jeunes filles devant apprendre à vivre ensemble, amitiés et prémisses d’une histoire d’amour qui s’avère compliquée ou, du moins, délicate.


  • Mé en vré il fo mangé koi ? de Cédric Yout (Publishroom Factory)

Couverture Mé en vré il fo mangé koi ?

Contrairement aux ouvrages précédents, la couverture ne m’a pas inspirée plus que cela et j’avoue que le titre en langage SMS aurait eu plutôt tendance à me faire fuir. À l’inverse, le résumé a attiré toute mon attention, la question de l’alimentation m’intéressant.

Avant d’aller plus loin, je préfère préciser que l’ouvrage n’est pas un album, mais plutôt un mini guide très accessible qui aborde succinctement différents points liés à l’alimentation : les bénéfices apportés par une bonne alimentation, les différents « personnages » de l’alimentation (lipide, glucides, vitamines)… et leurs effets positifs ou négatifs sur le corps ainsi que les aliments où on peut les trouver… On évoque aussi le sport, l’importance de ne pas se jeter sur les plats préparés, l’application Yuka, quelques exemples de petits-déjeuners (avec la tendance française à trop insister sur les glucides, le combo pain/miel ou confiture étant quelque peu déconseillé…) et l’auteur propose même une petite visite des rayons des supermarchés avec quelques recommandations de fréquence de consommation.

En bref, si le fond est intéressant, il m’a semblé qu’il faudrait peut-être revoir quelques passages et faire un bref rappel sur le fait que l’alimentation est l’un des facteurs qui joue sur le poids et qu’à ce titre, il est important d’être bien renseigné sur le sujet, mais qu’il y a d’autres variables à considérer. Mis à part ce bémol, ce guide se révèle très accessible et offre un premier pas intéressant pour sensibiliser les adultes et surtout les enfants au thème de l’alimentation et de l’importance de l’équilibre alimentaire.

Et vous, certains de ces titres vous tentent-ils ?
Les avez-vous déjà lus ?

Moi, Ligia, Sirène de Sylvie Baussier

Couverture Moi, Ligia sirène

Je m’appelle Ligia, et je donnerais tout pour redevenir celle que j’étais avant que la déesse Démeter me transforme en sirène : une jeune fille insouciante. Mais je vis désormais sur un rocher perdu en pleine mer et je guette les bateaux qui s’en approchent.
Comment cela a-t-il pu arriver ? Voici mon histoire…

Scrineo (20 août 2020) – 10,90€

AVIS

J’étais très curieuse de découvrir ce roman jeunesse qui prend le parti original d’aborder la mythologie grecque à travers le point de vue d’un méchant, une sirène. Une sirène qui ne colle pas à la version imaginée par Hans Christian Anderson, mais qui s’inscrit plutôt dans la pure tradition grecque, celle d’une femme-oiseau qui se repaît de la chair des marins.

De fil en aiguille, on découvre donc l’histoire de Ligia et de Leucosia, deux jeunes filles transformées en femmes-oiseaux par Déméter. Leur crime : n’avoir pas su empêcher la disparition de Coré, la fille de la déesse, et de ne pas avoir su la retrouver. Les voilà ainsi condamnées à attendre que des marins imprudents s’approchent de leur rocher afin de leur servir de repas. Les lecteurs ne pourront s’empêcher de s’offusquer devant l’injustice de la situation, les deux sœurs n’ayant rien fait de mal !

Devenues monstres malgré elles, elles survivent, alternant entre sensations tenaces de faim et culpabilité, une fois leur ventre tendu et repu. Parce qu’elles n’ont pas choisi d’être des monstres et qu’elles ne le sont pas vraiment, ces deux sœurs m’ont beaucoup touchée, et plus particulièrement Ligia, dont on sent le poids des regrets, de la nostalgie et du dégout de soi. Attirer, envoûter, tuer et mâcher… tout autant d’activités qui lui répugnent, mais qu’elle est condamnée à effectuer encore et encore pour survivre.

Malgré la situation et la manière dont Leucosia peut parfois provoquer Ligia, les deux sœurs peuvent heureusement compter l’une sur l’autre, une condition sine qua non pour ne pas sombrer. Et puis, ce n’est qu’en combinant leur chant qu’elles arrivent à harponner et transporter leurs proies…. Du moins, jusqu’à ce qu’une rencontre ne scelle leur destin à jamais !

Le gros point fort de ce roman est la manière dont l’autrice arrive à faire ressentir une profonde empathie pour des « méchantes » qui nous apparaissent ici bien plus victimes que bourreaux. Alors bien sûr, elles tuent des humains, mais ce n’est pas par plaisir ni cruauté, juste par nécessité, sans oublier que ces meurtres ne sont pas sans conséquence sur leur équilibre psychique. Doucement, on sent d’ailleurs Ligia glisser vers un état qui n’appelle pas de retour…

Au-delà du point de vue original de cette histoire et du sort de ces deux sœurs condamnées à une vie de solitude, d’attente et de souffrance, j’ai apprécié l’accessibilité de ce roman qui met la mythologie grecque à la portée des enfants : rappels succincts et illustrés des personnages mythologiques apparaissant au cours de l’histoire, plume fluide, chapitres courts, texte aéré, un point sur le mythe des sirènes intéressant, un cahier de jeux… Tout est mis en place pour faciliter l’expérience de lecture des jeunes lecteurs, et leur permettre de son plonger sans réserve dans l’histoire de Ligia et de sa sœur.

En conclusion, avec Moi, Ligia, Sirène, l’autrice offre aux enfants une porte d’entrée intéressante sur la mythologie grecque à travers non pas le point de vue d’un héros de légende, mais celui d’un monstre qui n’en est peut-être pas vraiment un. Touchant, accessible et captivant, voici un court roman jeunesse qui devrait plaire aux enfants, mais aussi aux adultes appréciant la mythologie et les textes emplis de sensibilité.

Chats contre voleurs, Russell Ayto

Chats contre voleurs

Trois voleurs lorgnent sur une maison vide qu’ils imaginent remplie de trésors… Ils se glissent à l’intérieur à la recherche du butin, mais sans savoir qu’ils sont surveillés en cachette par deux matous bien plus futés qu’eux. Les deux chats-espions contre-attaquent en dispersant des pièges dans chaque pièce : patte à ressorts, lanceur de bac à litière, trappes ou carton anti-évasion : ils ont tout prévu ! Tout pour protéger le plus précieux trésor que renferme cette grande maison… Leur réserve de boîte à sardines !

Gautier Languereau (26 février 2020) – 40 pages – 14,95€

AVIS

Les chats, une obsession ? Peut-être, mais vu toutes les belles découvertes livresques qu’elle me permet de réaliser, je ne vais guère m’en plaindre !

Chats contre voleurs fut ainsi une excellente et désopilante lecture, cet album étant un petit concentré d’humour et de drôlerie. Enfin pour les lecteurs, pas pour les trois voleurs qui en voulant dépouiller une grande maison de ses biens les plus précieux, se retrouvent face à bien plus forts qu’eux : deux chats.

Mais attention, pas des chats de salon dociles et doux, mais des chats malins et facétieux bien décidés à recevoir comme il se doit les trois malfrats. Et je peux vous dire que l’accueil est grandiose et d’une ingéniosité sans nom. Rien ne pouvait préparer les trois voleurs, dignes des frères Dalton, aux pièges qui les attendent. Qui a dit qu’une litière ne pouvait avoir qu’une utilité ? Pas nos deux chats, assurément.

En quelques pages, l’auteur a réussi à me faire rire et à me donner l’impression d’être dans une histoire à la Maman, j’ai raté l’avion. Et le fait que les gags et pièges soient cette fois issus de l’imagination de deux chats et non d’un enfant rend le tout encore plus drôle et savoureux. L’humour passe également par la mise en forme dynamique et pleine de peps qui donne l’impression de vivre l’aventure de l’intérieur ou d’assister à une bonne séance de cinéma. La mise en page met également en valeur les différentes actions des voleurs et des chats, nous offrant ainsi une rencontre au sommet à ne manquer sous aucun prétexte !

En bref, voici un album parfait pour une lecture familiale drôle et divertissante qui devrait plaire aussi bien aux amateurs de chats qu’aux lecteurs appréciant les histoires dans lesquelles les méchants reçoivent une inattendue et amusante correction. Tel est pris qui croyait prendre… en voilà une expression qui résume à merveille cet album que, vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement.

Le voyage de Nathan : petit fossoyeur d’âmes, Frédéric Neveur

Couverture Le voyage de Nathan : Petit fossoyeur d'âmes

Dans les ruelles de son petit village de vacances, Nathan voit des choses étranges. Emprisonné dans un monde alternatif bien sombre, il fait la rencontre de Lenka, une jeune fille aux pouces coupés, et Grogoron, un fossoyeur d’âme bourru au cœur d’or. Dés lors, Nathan va tenter de comprendre pourquoi il est enfermé ici et pourquoi un Négociant, un être monstrueux qui calcule la valeur des âmes, cherche à l’emmener avec lui. En terminant son voyage, Nathan apprend ce qui lui est arrivé dans le monde réel.
Une émouvante histoire qui cache une vérité effroyable dont l’amour de ses nouveaux amis parviendra à guérir les blessures.

Évidence Édition – 320 pages – Papier (16,99€) – Ebook (7,99€)
Adapté aux lecteurs dyslexiques – Illustrations : Hadley Seymore

AVIS

En ce moment, j’enchaîne les livres publiés par Évidence édition ! Et après la très bonne série Aria, c’est un autre roman jeunesse qui m’a captivée. Je dis jeunesse parce qu’il est accessible aux lecteurs à partir de 12 ans, mais je lui ai trouvé une sensibilité et une portée symbolique telles que je me demande si finalement, il ne serait pas plus sage de le conseiller à des lecteurs un peu plus âgés. Je ne suis, en effet, pas certaine que l’enfant de 12 ans que j’étais, pourtant grande lectrice, aurait su saisir toute la portée de ce livre…

L’auteur nous transporte dans la vie du jeune Nathan, un enfant très seul puisque personne ne semble lui accorder la moindre attention si ce n’est pour le brimer et, dans le cas de son père, lui reprocher la mort de sa mère. Mais si Nathan a du mal à se connecter avec les gens, il voue une passion sans borne aux oiseaux et, plus particulièrement, aux corbeaux. Original comme animal préféré, mais vous verrez qu’original et hors norme, Nathan l’est !

Lors de ses vacances dans un petit village, Nathan fait la rencontre d’un gardien de cimetière, Grogoron, avant de plonger dans un monde alternatif surprenant et auréolé de mystère. Aux côtés de Nathan, nous découvrons ainsi des concepts comme celui de fossoyeur d’âmes ou, comme aime à le dire notre jeune héros, faux soigneur d’armes. Et puis, il y a cette menace que représentent les Autres, ces êtres dont on ne connaît pas la nature et que Grogoron demande à Nathan de ne pas nommer. Fascinant de voir que la peur de l’Autre poursuit Nathan même dans un monde qui n’est pas le sien !

Ce que j’ai préféré dans ce roman, c’est de découvrir, petit à petit, le monde alternatif dans lequel Nathan vogue, de comprendre les règles qui le régissent et les entités qui l’habitent. Raison pour laquelle je préfère rester très évasive sur ces points, ce qui, je l’avoue, tend quelque peu à me frustrer. Je me permettrai néanmoins de vous dire que j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a développé tout le commerce autour des âmes, chacune d’entre elles étant notée en fonction de différents critères, récoltée par les fossoyeurs d’âmes, donnée aux Négociants et revendue à prix d’or… Une loi de l’offre et de la demande assez cynique comme sait si bien l’être l’économie de marché. On appréciera d’ailleurs la petite critique sous-jacente vis-à-vis d’un système économique créateur d’inégalité, de souffrance et d’injustice. Mais comme dans la vraie vie, qui dit inégalité, dit révolte et rébellion !

L’auteur, à travers une histoire forte et non dénuée d’onirisme, évoque également des sujets parfois difficiles comme les préjugés et la peur de ce que l’on ne connaît pas, la perte, la mort, la résilience, les violences domestiques, la maltraitance infantile… Mais je vous rassure, tout reste assez suggéré, ce qui rend ces problématiques supportables même pour les jeunes lecteurs ou ceux particulièrement sensibles. Et puis derrière le drame et ce commerce d’âmes auquel sont soumis, contre leur volonté, nos héros, il y a aussi beaucoup de vie et d’optimisme ! Des élans de beaux sentiments et de tendres émotions apportés par les protagonistes et les magnifiques liens qu’ils ont su tisser.

En découvrant ce monde alternatif, Nathan a ainsi trouvé des amis, voire une famille avec des membres qui l’aiment, le respectent, l’écoutent et le voient ! Tout ce dont il a toujours été privé. Et ça, c’est tellement beau, fort et important pour lui qu’on ne peut que s’émouvoir devant ses émotions, ses pensées et la manière dont, jour après jour, il grandit, prend confiance en lui et en sa capacité d’être aimé. Nathan est un personnage attachant sur lequel on a envie de veiller très fort comme le font Grogoron dont le physique un peu bourru cache un grand cœur et Lenka, une jeune fille de caractère.

Ces deux personnages, tous les deux très touchants, feront de leur mieux pour protéger Nathan et l’aider à se fondre dans ce monde impitoyable des âmes qui n’est peut-être pas, au regard de certaines révélations, pire que le monde des vivants. J’aurais peut-être souhaité que Grogoron soit un peu plus présent, mais j’ai été ravie de la place donnée à Lenka. Haute en couleur, on sent chez elle une grande gentillesse ainsi qu’une certaine fragilité… Sa manière de taquiner ses acolytes, à grand renfort de surnoms plus tendres que méchants, m’a ainsi fait très régulièrement sourire. Cette jeune fille possède, en outre, une aura de mystère qu’on a très fortement envie de percer : pourquoi n’a-t-elle plus ses pouces ? Pourquoi, contrairement à ses amis, ne peut-elle pas aller dans le monde des vivants ? Des questions qui en appellent une autre bien plus importante : les lecteurs et la jeune fille sont-ils prêts à entendre la vérité et faire face à des révélations qui ne devraient pas manquer de les toucher ?

En plus des personnages pris dans leur individualité, j’ai adoré leur dynamique de groupe, leur complicité et leur très fort attachement. Cela leur sera d’ailleurs indispensable pour avoir la force d’affronter les épreuves qui se présenteront à eux, mais aussi d’accepter de faire ce saut dans l’inconnu qui leur faisait tellement peur. C’est peut-être là d’ailleurs que réside le plus grand rôle de Nathan, un enfant entre vie et mort, qui sera, sans le vouloir, le déclencheur d’une série d’événements à l’issue émouvante.

Quant au style de l’auteur, si on occulte un amour immodéré pour le mot venelle qui, je le concède, ne manque pas de charme, je l’ai trouvé très agréable avec un parfait équilibre entre rythme, mystère, action et émotion. C’est le genre de plume qui plaira, à juste titre, à un large public. Pour ma part, j’ai fortement apprécié la dose d’onirisme que l’auteur a su insuffler à ce roman plein d’intelligence qui ne manque ni de profondeur ni de sensibilité. Les quelques illustrations de Hadley Seymore, distillées par-ci, par-là contribuent également au sentiment d’immersion que l’on peut ressentir tout au long d’une lecture qu’on ne quitte qu’à regret et avec la forte envie d’y retourner en espérant… ne pas y perdre son âme.

En résumé, Le voyage de Nathan fut une très belle lecture qui, sous couvert d’une aventure auréolée de mystère, aborde des thématiques fortes et importantes allant de la famille à l’amitié en passant par la peur de l’Autre et les violences domestiques. Prenant, si ce n’est envoûtant, voici un roman que je conseillerais volontiers aux personnes en quête d’un roman différent, d’un roman qui divertit, qui attendrit et qui vous pousse à chérir chaque moment de vie.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

L’enquête des minots, panique au Panier de Camille Lacombe

C’est la panique au Panier ! Le Poète Maudit, un mystérieux tagueur, vandalise le quartier. Mais Cédric et son meilleur ami Idriss sont sur le coup ! Et ils ne reculeront devant rien pour démasquer le coupable. Mais qui est donc ce graffeur secret ? Est-ce Damien, l’ennemi juré de Cédric ? Ou bien Monsieur Morel, le professeur rebelle ? Et pourquoi pas Fatou, la grande sœur d’Idriss ?

Une enquête trépidante, une bonne dose d’amitié et une pointe d’humour, Cédric et Idriss se triturent les méninges dans ce roman policier. Découvrez le premier tome des aventures de ces deux apprentis détectives marseillais !

Auto-édition (15 juillet 2020) – 105 pages – Papier (5,95€) – Ebook (2,69€)
À partir de 9 ans – Couverture : Jacquemart

AVIS

Appréciant la littérature jeunesse et les enquêtes, je me suis lancée avec plaisir dans ce roman. Celui-ci a pour cadre enchanteur la ville de Marseille, et plus précisément, le quartier emblématique du Panier qui se trouve en pleine ébullition : un mystérieux tagueur, le Poète Maudit, laisse son empreinte sur les murs ! Quand certains voient dans ces mots jetés sur les murs une forme d’art, d’autres n’y voient qu’une dégradation qui vient souiller le quartier. Les esprits s’échauffent et les dissensions apparaissent, mais tout le monde s’accorde au moins sur un point, la nécessité de découvrir l’identité de ce poète des rues.

Et ce n’est pas le jeune et très curieux Cédric qui vous dira le contraire ni même son meilleur ami, Idriss. Très motivés, surtout Cédric, les deux collégiens sont bien décidés à faire toute la lumière sur cette affaire. Et pour ce faire, ils passent au crible les suspects qui semblent se multiplier.

Bien qu’il ait plus l’habitude de s’exprimer par les poings que par les mots, Le Poète Maudit ne pourrait-il pas être Damien, le caïd du quartier et ennemi juré de Cédric ? Après tout, il n’est pas à une infraction près… D’un autre côté, M. Morel, professeur de français plus rebelle qu’il n’y paraît, ne serait-il pas la personne la mieux placée pour partager la beauté de la langue tout en exprimant ses émotions ? Mais à bien y réfléchir, n’y a-t-il pas quelque chose de suspect et de troublant dans le changement de comportement de Fatou, la grande sœur d’Idriss, qui semble toujours courir par monts et par vaux ?

Pas facile de démêler le vrai du faux, mais pas d’inquiétude, Cédric est plutôt du genre volontaire et têtu ! S’il y a bien une personne pour lever le voile sur l’identité du Poète Maudit, c’est bien lui. En tant qu’adulte, j’ai bien vite découvert le fin mot de l’histoire, mais cela ne m’a pas empêchée d’apprécier l’enquête qui s’est révélée aussi intéressante que palpitante. Le suspense devrait donc être bien au rendez-vous pour des lecteurs plus jeunes qui prendront un malin plaisir à éprouver les hypothèses de Cédric et de son meilleur ami.

En plus d’avoir trouvé le duo plein de peps et attachant, j’ai apprécié sa mixité, sa belle complicité et la manière dont les deux amis s’entraident dans leur enquête bien qu’Idriss soit peut-être moins enthousiaste à l’idée de jouer les jeunes Sherlock Holmes que Cédric. Il faut dire que ses soupçons sur les activités peu avouables de sa sœur le perturbent beaucoup. J’ai beaucoup apprécié le personnage de la grande sœur même si j’aurais adoré qu’il soit encore plus présent. Son sérieux et sa force de caractère font de Fatou un joli modèle à suivre pour son petit frère malgré les doutes que ce dernier puisse avoir à son encontre. J’ai d’ailleurs trouvé pleine de justesse la réaction de Cédric qui reste présent pour son ami sans s’imposer dans sa relation avec sa sœur.

Les autres personnages secondaires se révèlent également intéressants que ce soit le professeur de français qui ne manque pas d’humour ou un nouvel élève devenu bien vite le souffre-douleur de Damien. Car sous couvert d’une enquête sympathique, l’autrice évoque avec subtilité le thème du harcèlement scolaire et l’escalade de violence qu’il peut entraîner quand rien n’est fait pour enrayer la situation. Le traitement du sujet, tout en délicatesse, permettra aux enfants d’identifier les comportements problématiques tout en ne se sentant pas pétris d’angoisse, notamment pour ceux étant dans une situation similaire ou ayant été confrontés, par le passé, à des faits analogues… On appréciera également la petite note en fin d’ouvrage sur le sujet.

Le roman nous offre également une jolie plongée dans le quartier emblématique du Panier à Marseille et dans les rues ensoleillées de la ville où il semble toujours se passer quelque chose. C’est d’ailleurs une bonne nouvelle pour les lecteurs parce que mon petit doigt me dit que Cédric et Idriss vont probablement avoir d’autres enquêtes à résoudre !

Quant à la plume de Camille Lacombe, je l’ai trouvée aussi accessible qu’agréable d’autant que l’autrice insère quelques pointes d’humour qui ont bien fonctionné sur moi et qui apportent encore un peu plus de sel à un récit qui n’en manque déjà pas. Le roman ravira également les amateurs de poésie dont les sens devraient être mis en ébullition par ces grands noms de la poésie française cités au fil des pages.

En conclusion, agréable, rapide à lire et entraînant, L’enquête des minots m’a fait passer un très bon moment de lecture. Il faut dire que le livre a tout pour me plaire puisqu’on y parle poésie, mystère, amitié, enquête et harcèlement scolaire ! En plus d’une histoire divertissante à souhait, ce roman permettra également d’engager avec les enfants une conversation à cœur ouvert sur le thème du harcèlement scolaire, un thème plus que jamais d’actualité.

Je remercie Camille Lacombe de m’avoir proposé de recevoir L’enquête des minots en échange de mon avis.

 

Aria L’intégrale, Pathilia Aprahamian

L’image contient peut-être : 1 personne

Aria reçoit un recueil de contes mythologiques arméniens et, à cet instant, la magie entre dans sa vie, changeant à tout jamais son destin. À travers quatre histoires aux univers mystérieux, vous découvrirez des aventures extraordinaires dans lesquelles Aria chassera le mal, parcourra des contrées merveilleuses et se fera de nouveaux amis.

Évidence Éditions – Collection Farfadet – Papier (12€) – Ebook (5,99€)
7/10 ans – Adapté lecteurs dyslexique

AVIS GLOBAL

Si vous me suivez depuis un petit moment sur le blog, vous aurez peut-être noté mon affection particulière pour la collection Farfadet qui ne m’a jamais déçue. Et cette magnifique intégrale de la série Aria n’échappe pas à la règle ! Bien que destinée à un jeune public, elle m’a ainsi offert un bon moment d’évasion et de divertissement.

Alternance de phrases courtes, rythmées et imagées, la plume de l’autrice devrait, sans aucun doute, plaire à de nombreux enfants qui prendront plaisir à se laisser bercer par son imaginaire. Un imaginaire qui nous transporte dans quatre aventures trépidantes, dont trois portées par Aria, une héroïne à laquelle on ne peut que s’attacher.

En filigrane de ces histoires, il y a un livre de contes arméniens qui est un peu une porte d’entrée sur le monde des songes et de la magie, un monde somptueux que l’on découvre aux côtés de notre héroïne. Pour cela, il suffit d’attendre que le sommeil la guette… Mais la jeune fille découvrira que la magie s’invite également parfois dans la réalité… pour le meilleur et pour le pire.

Au fil des aventures, nous voyons Aria grandir, faire des rencontres, certaines plus agréables que d’autres, affronter des dangers, se poser des questions et s’approprier pleinement sa vie. Une vie plutôt mouvementée qui devrait vous donner quelques sueurs froides. J’ai d’ailleurs été surprise par certains événements, l’autrice n’hésitant pas à ajouter un peu de noirceur à des histoires pleines d’onirisme et de magie. Le mélange parfaitement maîtrisé entre ombre et lumière apporte un certain cachet au livre et en rend la lecture addictive et passionnante.

Si j’aurais peut-être préféré, en tant qu’adulte, des phrases un peu plus longues, j’ai néanmoins été complètement conquise par le fond, mais aussi par l’esthétique de cette intégrale : une couverture magnifique, un format très agréable à prendre en main (a fortiori pour de jeunes lecteurs), un texte aéré et adapté aux lecteurs dyslexiques, des chapitres courts et rythmés… Tout est mis en place pour rendre l’expérience de lecture agréable et donner envie aux enfants de tourner les pages les unes après les autres.

À noter également que la maison d’édition a pensé à inclure les couvertures originales des différents tomes, une attention que j’ai particulièrement appréciée, les couvertures étant l’un de mes principaux critères d’achat. Cela permettra également aux enfants de naviguer facilement entre les différentes histoires.

Quant aux adultes, ils pourront être séduits par les aventures d’Aria, une héroïne qui n’a pas froid aux yeux, à condition de bien prendre en compte le public visé puisque les personnages et les péripéties ne sont pas aussi développés que dans un roman pour des lecteurs plus âgés. Pour ma part, complètement séduite par l’imaginaire de l’autrice et sa manière d’alterner les ambiances, cela ne m’a pas dérangée.

En bref, l’autrice, d’une plume dynamique, concise et très imagée, propose ici des histoires qui devraient ravir les jeunes lecteurs en quête d’aventure, d’amitié, de mystère et de magie. Entre onirisme et réalité, voici un ouvrage à ne pas manquer.


AVIS POUR CHAQUE TOME 

Aria et la forêt de Vishap

Aria et la forêt de Vishap par Aprahamian

Dans cette première aventure, nous découvrons Aria, une jeune fille de onze ans qui a la capacité de parcourir, nuit après nuit, un monde onirique peuplé de créatures fabuleuses. C’est un vrai plaisir de la voir déambuler dans une forêt magique pleine de beauté et de mystère, mais pas exempte de danger, comme la jeune fille va très rapidement le découvrir.

Ses pérégrinations nocturnes, aussi enchanteresses que surprenantes, la conduiront sur la route d’êtres magiques qui vont lui demander de l’aide afin de délivrer un des leurs, Vishap, un dragon, du sort lancé par un méchant sorcier, Vat. Épaulée par Aralez, un chien ailé, et un insecte-fée, Aria arrivera-t-elle à remplir sa mission ?

Il vous faudra lire cette aventure pour le découvrir, mais je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai aimé suivre cette bande d’amis très disparate, mais particulièrement attachante. Il faut dire que courageuse, curieuse et gentille, Aria se révèle être une fillette plutôt attendrissante. J’ai également apprécié de constater que sa bravoure ne l’empêche pas d’être réfléchie et de se poser des questions pleines de bon sens. Elle ne fonce donc pas tête baissée dans le danger, ce qui n’est pas si courant dans la littérature jeunesse.

Quant à l’insecte-fée, bien qu’il ne parle pas la langue des hommes, il sait néanmoins se faire comprendre et sera un allié précieux dans la quête du remède pour délivrer Vishap de son triste sort… Aralez, peut-être un petit peu plus bourru, n’en demeure pas moins un autre membre important de la fine équipe. Tous les personnages ont donc un rôle à jouer et apportent une jolie dynamique à cette intrigue dans laquelle le pouvoir de l’amitié et du courage revêt toute son importance.

Aria et les œufs du dragon 

Aucune description de photo disponible.

Dans cette deuxième aventure, ce n’est pas Aria qui va dans le monde magique, mais c’est ce denier qui vient à elle ! Deux années se sont écoulées depuis sa première rencontre avec ses amis, mais le sorcier Vat fait de nouveau des siennes. Cette fois, c’est aux futurs enfants de Vishap, devenu roi, qu’il semble bien décidé à s’attaquer. Une seule solution, les cacher dans le monde d’Aria et lui demander son aide. Si la jeune fille a tout oublié de ses amis et des épreuves qu’ils ont traversées ensemble, elle accepte néanmoins de les écouter et de les soutenir…

Plus courte, cette seconde histoire se veut un peu plus sombre puisque Vat va apprendre, à ses dépens, que s’attaquer à la progéniture d’un roi dragon n’est pas forcément une très bonne idée ! L’autrice nous offre également une jolie plongée dans les rues de la capitale dont le charme ne semble pas avoir échappé à des fées facétieuses et curieuses.

Bien que j’aie préféré l’univers enchanteur de la première histoire, j’ai quand même apprécié de retrouver les personnages et de les voir s’unir pour affronter Vat qui, d’une certaine manière, m’a un peu fait penser à Gargamel dans les Schtroumpfs. Même pugnacité dans la méchanceté !

Aria et le scarabée bleu 

L’image contient peut-être : 1 personne, texte qui dit ’Ariaetle Aria et scarabée bleu O’

À quinze ans, Aria a connu un gros bouleversement dans sa vie. Je dois d’ailleurs dire que ça m’a assez choquée, je ne m’y attendais pas du tout. Mais avec cette troisième histoire, j’ai compris que l’autrice aimait bien nous amener là où on ne l’attendait pas, ce qui n’est pas pour me déplaire !

Une nuit, alarmée par le vacarme, Aria se décide enfin à ouvrir une boîte contenant un cordon avec une amulette très spéciale en forme de scarabée bleu. Sans le savoir, ni le vouloir, l’adolescente a ouvert la boîte de Pandore ! De bonne action en bonne action, la voilà transformée, grâce au pouvoir de l’amulette, en héroïne. Mais à trop prendre soin des autres, ne risque-t-elle pas de s’oublier et de s’éloigner de ses amies, voire de se mettre en danger ?

L’autrice, en plus de nous offrir un récit non dénué de mystère et d’action, nous plonge en pleine mythologie égyptienne, un sujet qui me fascine et que j’aurais, enfant, adoré trouver dans un roman.

Bienvenue à Amasya

Piptarquie, petit village magique isolé du monde des humains, a été créé par les descendants des rescapés de la chasse aux sorcières de Salem. Un village vivant en autarcie qui a su prospérer et au sein duquel la magie est omniprésente. Dans ce petit havre de paix, il y a néanmoins une règle d’or à respecter afin d’assurer de la sécurité de tous : ne pas emprunter le portail donnant accès au monde des humains sans posséder l’expertise pour.

Une règle que trois adolescentes, motivées par la prémonition de l’une d’entre elles, sont bien décidées à enfreindre. Et pour ce faire, elles n’ont pas d’autre choix que de convaincre l’institutrice du village de les accompagner ! Y arriveront-elles et, surtout, est-ce bien raisonnable ?

Nous ne pouvons qu’admirer la volonté de fer de ces jeunes sorcières qui nous prouvent qu’il faut parfois savoir prendre des risques et ne pas rester enfermé dans le passé même si cela n’empêche pas de mettre en place quelques garde-fous. Après tout, s’il y a des dangers à partir à l’aventure, n’est-ce pas également un excellent moyen pour faire de belles découvertes et, éventuellement, faire bouger les choses ?

J’ai apprécié la manière dont l’autrice a su lier cette aventure aux trois précédentes nous offrant ainsi une très jolie conclusion et une fin non dénuée de sagesse. Et pour ceux qui se demanderaient où est passée Aria, je n’aurai qu’une réponse : plongez-vous dans cette aventure pour le découvrir !

Je remercie Évidence éditions de m’avoir envoyé ce livre en échange de mon avis.

 

 

Où est le dragon ?, Leo Timmers

Au beau milieu de la nuit, trois chevaliers prennent en chasse un dragon. Ils repèrent bien vite le dangereux monstre.
Mais dans le noir, il faut se méfier des apparences…

Cambourakis (4 mars 2020) – 32 pages -14€ À partir de 3 ans
Traduction : Laurent Bayer

AVIS

Où est le dragon ? This is the question ! Et une question de la plus haute importance, voyez-vous, parce que si on ne retrouve pas le dragon aperçu par le roi, ce dernier n’osera pas aller au lit ! Mais pas de panique, un dragon, ça doit bien se voir même dans le noir, non ?

C’est, du moins, ce qu’espéraient les trois chevaliers lancés à sa poursuite avant de finir par déchanter. Malgré tout ce qu’ils connaissent des caractéristiques physiques d’un dragon, à chaque fois qu’ils pensent l’avoir identifié, ils se retrouvent nez à nez avec tout, sauf un dragon ! Saperlipopette, c’est que la chasse au dragon, ça n’est pas facile et pas très rigolo !

Enfin si, c’est amusant à rire à pleines dents pour les enfants qui devraient être séduits par les (més)aventures de trois chevaliers qui font faire une importante découverte : les apparences sont bien souvent trompeuses. Mais après une telle leçon de vie, ne serait-il pas enfin temps d’aller au lit ?

On saluera le piquant avec lequel l’auteur casse les codes des histoires de chevalerie. Il se moque ainsi gentiment de ces trois chevaliers, peut-être preux, mais pas très dégourdis, et pousse les enfants à ressentir une certaine empathie pour un dragon qui, ma foi, n’a pas l’air bien méchant. Après tout, quel est son crime à part d’avoir été aperçu par le roi ?

En plus d’une histoire amusante non dénuée de mystère, j’ai apprécié les rimes simples, mais efficaces, qui apportent une dose supplémentaire de charme à l’album. La forme ne manque pas non plus d’atouts : un format agréable à prendre en main, de jolies illustrations, des traits ronds et simples très expressifs…

ouestledragon2

Mais ce que j’ai probablement préféré, c’est la manière dont sont alternativement plongés les chevaliers dans l’ombre et la lumière avec, comme fil conducteur, une bougie qui éclaire et qui fait toute la lumière sur la vérité. Une vérité bien souvent éloignée de celle imaginée par les enfants dont l’imagination est ici stimulée avec originalité et mordant.

Où est le dragon ?, Leo Timmers illustrations

Plein d’humour et de charme, cet album jeunesse est une merveille de poésie et de beauté que je conseillerais à tous les petits et grands enfants. Pour ma part, nul doute que je le relirai avec grand plaisir.

Églantine sèche, Viviane

Églantine sèche

Églantine cherche désespérément un sujet pour sa rédaction. Réussira-t-elle à écrire le texte qui sera publié dans la gazette de l’école ?
L’histoire d’Églantine vous permettra d’aborder deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie.

Adapté aux lecteurs dyslexiques
Évidence Éditions (20 février 2019) – 48 pages – 7/10 ans
Papier (8€) – Ebook (2,99€) – Illustrations : Béka Line

AVIS

Passant toujours un très bon moment avec les livres de la collection Farfadet d’Évidence Éditions, je n’ai pas hésité très longtemps avant d’accepter de recevoir Églantine sèche, un titre qui a bien plus d’importance que ce que l’on pourrait penser.

En effet, à travers une histoire qui ne manque pas d’inventivité et de charme, l’autrice dispense une agréable et subtile leçon sur deux notions lexicales : l’homophonie et la polysémie. J’avoue que je ne me souvenais guère de la notion de polysémie, mais cela n’a pas d’importance puisque l’on prend un plaisir fou à suivre Églantine dans sa recherche d’un sujet pour la rédaction libre qu’elle doit rendre. Et l’enjeu est de taille : une publication dans la gazette de l’école pour les meilleures copies !

Si j’adorais l’exercice de la rédaction, la mention d’un thème libre aurait suscité en moi les plus vives angoisses. J’ai donc aisément ressenti, malgré la différence d’âge, le désespoir de la jeune fille qui ne sait pas vers quel sujet se tourner. Ah, cette fameuse angoisse de la page blanche qui devrait parler à beaucoup, et à tous les écrivains aguerris ou en herbe…

Mais si finalement, il suffisait à Églantine de puiser son inspiration dans son quotidien et ses péripéties ? Entre une mère qui ne sait pas dire non à une conversation avec une voisine envahissante, deux adorables oiseaux à chouchouter, un frère taquin qui essaie de lui remonter le moral ou, encore, un père et ses ennuis mécaniques, les occasions de trouver un sujet ne devrait pas manquer.

De fil en aiguille, on réalise ainsi, en même temps que la jeune fille, qu’il y a un mot qui est de toutes les conversations sans qu’on ne lui prête vraiment attention. Du moins jusqu’à ce que l’inspiration soit au rendez-vous… J’ai adoré la fin et, surtout, la manière dont l’autrice joue avec son imagination pour illustrer, avec un certain humour et beaucoup de naturel, des concepts courants, mais auxquels on ne prête guère attention.

Nous avons dans cette histoire un mot presque tout-terrain qui donne envie de puiser dans notre propre vocabulaire pour, à notre tour, réaliser le même genre d’exercice de style que l’autrice. C’est d’ailleurs, pour moi, un autre des atouts de ce livre, inspirer les enfants, voire leurs parents, pour qu’ils s’adonnent à l’amour des mots et du langage et qu’ils en saisissent toute sa richesse.

Si le fond et la démarche de Viviane m’ont complètement conquise, je l’ai été tout autant par les merveilleuses, douces et chaleureuses illustrations de Béka Line. Il se dégage de son style une rondeur et une douceur qui m’a parfois fait penser à l’univers Disney bien que l’illustratrice sache également nous régaler d’illustrations un peu plus réalistes.

Le duo Viviane/ Béka Line nous offre donc une très jolie collaboration, l’humour et l’intelligence des mots de la première étant parfaitement mis en valeur par l’imaginaire coloré, doux et expressif de la seconde. Le texte et les dessins se révèlent donc parfaitement complémentaires et nous permettent de ressentir à merveille les émotions des personnages et d’Églantine, de son stress à son exaltation !

En conclusion, en plus d’être divertissant, plein d’humour et non dénué d’une certaine intelligence, Églantine sèche bénéficie d’un très bel univers graphique qui devrait faciliter l’immersion des enfants dans cette aventure à laquelle ils participeront probablement avec plaisir, heureux de suivre une jeune héroïne qui leur ressemble.

Adapté aux lecteurs dyslexiques

Je remercie Évidence éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.