Dust Bowl, Fabien Fernandez

Je remercie les éditions Lynks de m’avoir permis de découvrir Dust Bowl de Fabien Fernandez.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une quête haletante dans un décor d’apocalypse.
Une réflexion passionnante actuelle sur les ravages de l’homme sur l’écosystème.
Une plume originale au service de personnages profondément humains.

Oklahoma, avril 1935. Témoin impuissant du meurtre de son père, Kush fuit la demeure familiale en proie aux flammes. En quête de justice et de vérité, le jeune Forgeron découvre l’existence d’un complot qui pourrait bien changer l’histoire du pays. Déterminé à s’opposer aux plans des Alchimistes, l’ordre occulte responsable de sa mort et de celle de nombreux mages Forgerons à travers les siècles, L’adolescent traverse le pays ravagé par le Dust Bowl, tempêtes de poussières dévastatrices nées par la faute des hommes. Au cours de son périple, Kush croise Ruben, un étrange golem, un inquiétant groupe de forains et Alexandria, tireuse de cartes, dont il tombe éperdument amoureux…

Lynks (22 mars 2018) – 263 pages – Broché (15,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Témoin du meurtre de son père par des Alchimistes, Kush doit affronter le déchaînement de la nature après celui des hommes. Le Dust Bowl, une série de tempêtes de poussières, laisse ainsi les hommes bien démunis face aux conséquences de leur avidité… Une cupidité et une avidité que Kush va, tout au long de son périple, rencontrer chez bien des personnes !

Dans sa quête pour venger son père, il pourra heureusement compter sur le soutien de Ruben, un personnage complexe qui m’a fascinée. Je n’en dirai pas plus sur sa nature si ce n’est qu’elle devrait vous rappeler une célèbre créature de la littérature classique. Pour ma part, c’est certainement le protagoniste qui m’a le plus touchée et dont j’ai pris le plus grand plaisir à suivre l’évolution.

Mû par la curiosité et un instinct non vicié par la cruauté humaine, Ruben va observer cette humanité pleine de vices qui, tour à tour, le juge monstrueux, quand il n’est que le résultat bien visible de la folie des hommes, le trahit, l’exploite, tente de le tenir captif… Loin de se laisser détruire par les épreuves, il en ressortira plus fort s’accrochant aux bribes de ses multiples passés pour créer son propre présent aux côtés de Kush qui l’accepte dans toute sa différence. Page presque vierge de pensées construites, de sentiments, d’émotions et de souvenirs en début de roman, Ruben va ainsi progressivement gagner en consistance et s’humaniser devenant d’ailleurs bien plus humain que beaucoup de personnes qui n’en portent que le nom.

Cet être que l’on apprend à découvrir et à aimer s’imposera naturellement comme le protecteur de Kush qui, malgré ses capacités surnaturelles et son affinité avec le feu, est pris dans le tumulte d’émotions contradictoires. Il faut dire qu’après lui avoir arraché dès la naissance sa mère, la vie lui a pris sa douce nourrice pour laquelle il ressent encore un profond attachement avant de s’attaquer à son père. Le point commun entre ces deux tragiques et brutaux décès, la peur et le refus de la différence qu’elle concerne une couleur de peau ou des croyances. Une dénonciation tout en subtilité du racisme et de l’intolérance…

D’ailleurs, bien que le roman soit avant tout une fiction fermement ancrée dans les États-Unis des années 30, on ressent que l’auteur va plus loin en proposant des réflexions non dénuées d’intérêt sur la tolérance, la vengeance, l’asservissement par ou pour le travail, la liberté et le prix que l’on est prêt à payer pour l’obtenir, la notion d’humanité, l’acceptation de soi, l’avidité et la cupidité humaine, la production à outrance et l’exploitation de la nature, la nécessaire prise de conscience écologique, les dérives de la science et de la technologie utilisées à mauvais escient par les mauvaises personnes…

Des thèmes plutôt forts et sérieux qui sont abordés sans lourdeur, l’auteur ayant réussi  à les ancrer avec brio dans son récit, un récit prenant des allures de road-trip infernal et de course contre la montre. Ce qui s’annonçait comme une simple vendetta personnelle va ainsi se transformer en une quête de vérité et une mission pour sauver les États-Unis d’eux-mêmes ou plutôt des Alchimistes aux pratiques et aux idéaux douteux et d’un homme capable du pire pour assouvir sa soif d’argent !

Alors que se dessine l’ombre d’un effroyable complot, Kush et Ruben feront des rencontres, plus ou moins sympathiques, et s’ouvriront à des sentiments inconnus notamment durant leur séjour au sein d’une troupe de forains… L’amour s’invitera ainsi dans la vie de Kush sans que cela ne le fasse dévier de son destin, bien au contraire ! Au gré des péripéties, le jeune homme va apprendre à se reconnecter à lui-même et à développer ses capacités extraordinaires de Forgeron que l’on découvre à ses côtés. J’aurais apprécié que l’auteur nous parle un peu plus des Forgerons et de tout le potentiel de ces individus commandant aux éléments, mais il donne néanmoins assez de détails pour nous préfigurer l’immensité de leur pouvoir, et la convoitise/haine que celui-ci peut engendrer…

L’auteur nous propose ici une intrigue menée tambour battant qui ne laisse aucune place à l’ennui. Tout va très vite, les actions s’enchaînant avec une rapidité déconcertante mais aucunement frustrante. Cela s’explique peut-être par le talent de narrateur de Fabien Fernandez qui, en quelques mots parfaitement choisis et grâce à de courtes mais percutantes descriptions, arrive à planter son décor, à nous faire ressentir l’aridité des paysages, la tension, le mystère, la puissance des forces en jeu, les doutes et les espoirs des personnages qui se révèlent touchants d’humanité… L’immersion dans le roman est donc totale d’autant que tout est mis en place pour lui donner des élans de vérité : des citations et des extraits de différents documents introduisent chaque chapitre, des événements et personnages ayant réellement existé font leur apparition, quelques mots d’argot américain des années 30 sont disséminés par-ci par-là… Un effort de réalisme et un sens du détail qui, en plus de conférer une touche appréciable d’authenticité au récit, rendent les différentes problématiques soulevées encore plus intéressantes et pertinentes.

En conclusion, porté par des personnages attachants et d’une profonde humanité qui tirent leur force de leurs différences, Dust Bowl est un roman immersif qui vous plonge instantanément et avec réalisme dans les méandres d’une Amérique des années 30 en proie aux éléments et à la convoitise humaine. Entre magie, complot, technologie, science, action et mystère, difficile ne de pas se laisser embarquer par ce prenant et dangereux voyage !

Retrouvez le roman sur le site des éditions Lynks.

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Aurore, Jérémie Kisling

Je remercie Babelio et les éditions Slalom pour m’avoir permis de découvrir Aurore de Jérémie Kisling.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans cet ouvrage singulier, entre fable, roman et journal intime, Jérémie Kisling nous fait entendre la voix d’Aurore, une adolescente sur le fil, pleine de contradictions, entre rires et déceptions. Elle partage avec le lecteur ses émotions, ses peurs, ses joies aussi… et la découverte qui va bouleverser sa vie.

Slalom (29 août 2019) – 160 pages – Broché (10,90€) – Ebook (7,99€)
Couverture : Zep

AVIS

Aurore surprend une conversation entre ses parents qui va faire voler en éclats son monde et ses certitudes sur son identité !

L’auteur aborde ici, à travers un personnage atypique et plein de verve, un sujet délicat et complexe que chaque personne concernée vivra différemment en fonction de son vécu, de sa personnalité, de son entourage… Mais ce qui est certain, c’est que ce sujet mérite une réelle conversation a fortiori quand, comme Aurore, on est encore une adolescente en pleine construction. Il est alors aisé pour le lecteur de comprendre le choc, voire le sentiment de trahison, ressenti par Aurore qui aurait mérité d’apprendre la vérité d’une autre manière.

Cette découverte, difficile à accepter et à digérer, la poussera à se réfugier chez une amie chinoise nostalgique de son pays et de sa vie d’avant puis chez son grand-père. Un papy sympathique chez lequel elle fera, de manière plutôt incongrue d’ailleurs, une rencontre, celle de Sliman, un réfugié orphelin. Encouragée par son aïeul, elle va alors, à ses côtés, déambuler dans les rues de la ville avec un objectif en tête…

En tant qu’adulte, on ne peut s’empêcher de penser que sa démarche semble naïve et dangereuse, mais peu importe puisque l’auteur ne nous propose pas un roman miroir de la réalité, mais plutôt une fable pleine de poésie dans laquelle les personnages évoluent et se (re)trouvent. Ses pérégrinations urbaines seront ainsi l’occasion, pour Aurore, de se libérer d’un poids, et de se rapprocher de Sliman qui se révèle d’une jovialité contagieuse.

À son contact, l’adolescente va prendre du recul sur ses malheurs et ses peines se rendant compte que cette révélation qui l’a tant chagrinée ne peut effacer tous les beaux moments de vie, de complicité et de tendresse partagés avec ses parents et sa petite sœur. Une prise de conscience la poussant à vouloir retrouver les siens qui attendent probablement son retour avec angoisse et impatience, une chance que son nouvel ami n’a pas…

Orphelin, Sliman n’a plus personne à retrouver, mais malgré les épreuves qu’il a traversées et qui ne seront ici qu’effleurées, il garde toujours le sourire aux lèvres. C’est incontestablement l’atout bonne humeur du roman, et la personne qu’il fallait pour permettre à Aurore d’ouvrir les yeux sur le trésor qu’elle possède, une famille aimante et soudée. J’aurais aimé en apprendre plus sur cet adolescent qui conserve une belle part de mystère, mais j’ai été très touchée par son histoire, sa pudeur quant à ses sentiments, sa simplicité, sa gentillesse et le naturel avec lequel il entre dans la vie d’Aurore. Sans jamais la juger, lui qui a connu des épreuves que l’on devine difficiles, il la soutient et, d’une certaine manière, veille sur elle. Après tout, la rue, c’est son monde, pas celui de l’adolescente… L’auteur nous propose donc une jolie amitié pleine de douceur et de rires.

Les thèmes abordés sont intéressants, pertinents par rapport au public visé par l’ouvrage et apportent une certaine profondeur au récit : la famille, la construction de son identité, l’amitié, le déracinement, cette notion de l’étranger et de l’Autre… Mais je dois avouer que c’est bien la personnalité haute en couleur d’Aurore qui m’a réellement séduite. Cette adolescente est plutôt du genre attachante ! Intelligente, pleine d’humour et doté d’un esprit affûté, elle aime jouer avec les mots qu’elle manie avec une facilité déconcertante. Les adolescents, mais aussi les adultes, devraient être séduits par ce truculent personnage qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Il faut dire qu’amusante, elle possède également une certaine capacité de recul sur ses semblables et les adultes, et une tendance à la dérision et à l’auto-dérision. J’ai d’ailleurs souvent souri face à ses réparties que d’aucuns pourraient qualifier d’impertinentes quand j’aurais tendance à les trouver rafraîchissantes. Vous aurez donc compris que j’ai été particulièrement sensible à l’humour de l’auteur et de son personnage !

Cerise sur le gâteau, l’auteur, également compositeur/chanteur, a créé une chanson pour accompagner le roman. Une chanson que vous retrouverez ici ou en scannant le QR code en fin d’ouvrage.

En conclusion, porté par deux personnages aussi amusants qu’attachants, Aurore est un joli roman jeunesse plein de poésie et d’humour qui aborde en douceur et avec philosophie des thèmes comme la famille, l’amitié, le déracinement… Tour à tour drôle et touchante, voici une charmante histoire à déguster que l’on soit adolescent ou adulte, mais en gardant en tête que plus qu’un récit qui collerait à la réalité, l’auteur nous propose avant tout une fable entre rires et chagrin qui ne manquera pas de vous toucher.

Feuilletez le roman/retrouvez-le chez votre libraire ou sur Place des libraires.

Le chat bonheur, Qu Lan

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Echigoya, jeune héritier, dilapide les biens familiaux au jeu. Lorsqu’il se retrouve dans la misère, il demande à son chat adoré de le tirer d’affaire. Ce dernier lui rapporte alors une pièce d’or… Mais Echigoya continue de gaspiller sans se rendre compte que ses actions pourraient avoir des conséquences funestes…

PERE CASTOR (22 août 2018) – 32 pages – 5.25€

AVIS

Adorant les chats et le Japon me fascinant, cet album jeunesse ne pouvait que me plaire, il fut d’ailleurs un coup de cœur !

Dès les premières pages, les lecteurs sont éblouis par les illustrations qui dégagent autant de douceur que d’intensité. Les sublimes graphismes, tout en délicatesse, nous plongent avec délectation dans ce Japon féodal au charme certain. Les décors et les costumes traditionnels sont, quant à eux, criants de réalisme, mais ce sont bien les expressions des visages qui donnent toute la force à cette histoire émouvante et d’une terrible beauté.

ChatBonheur

Nous découvrons ainsi le jeune héritier d’une noble famille qui délaisse l’entreprise familiale au profit d’une vie d’oisiveté et de son addiction aux jeux d’argent. Convaincu de la véracité d’une légende racontant comment une grue remercia son maître de ses soins en lui apportant prospérité, il dilapide la fortune de ses aïeux sans vergogne. Après tout, en s’occupant si bien de son fidèle chat, Tama, ne s’était-il pas assuré un avenir radieux ?

D’ailleurs, comme par miracle, Tama rapporte une pièce d’or à son maître puis une autre… Malheureusement, le jeune homme, trop nonchalant pour être responsable, profite de cette providentielle source d’argent pour faire ce qu’il fait le mieux au plus grand désespoir de la seule gouvernante de la famille qui lui est restée fidèle. Mais à trop tirer sur la poule aux œufs d’or, ne risque-t-on pas de la tuer ?

Si le maître, bien que pas vraiment méchant, n’attire pas la sympathie, son adorable chat, quant à lui, émeut par sa totale dévotion à un humain qui ne mérite pas tout son amour. Tama dont la douceur transparaît autant dans ses actes que dans sa physionomie est prêt à tous les sacrifices pour le bien de son maître, et même au sacrifice ultime. Que cet amour inconditionnel d’un chat pour son humain m’a transportée et émue au point, je le confesse, de m’avoir fait verser quelques larmes…

La morale de l’histoire, bien que difficile, n’en demeure pas moins belle avec ce maître qui se rendra compte trop tard que tout à un prix, mais qui saura tirer une leçon de ses erreurs. Finalement, il avait raison, en s’occupant bien de son chat, celui-ci lui aura apporté la fortune même si elle n’a pas pris la forme qu’il espérait.

En conclusion, Le chat bonheur est un sublime conte qui, en plus de nous offrir une cruelle mais belle morale, nous éblouit par ses illustrations et cet amour inconditionnel d’un chat pour son maître, un homme imparfait qui aura néanmoins su conquérir le cœur de son compagnon à quatre pattes.

Feuilletez l’album sur le site des éditions Flammarion Jeunesse.

Les fantômes du manoir, Fabrice Colin

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Travailler dans une fête foraine  ? En apparence, rien de mieux pour passer son été…

L’oncle d’Hugo possède un train fantôme. Problème  : l’attraction ne fait peur à personne  ! Alors que les visiteurs se font de plus en plus rares, Hugo passe à l’action. Et tant pis s’il doit faire un peu l’espion et prendre quelques risques…

Rageot Editeur (25 octobre 2017) – 128 pages – 7,10 € – Ebook (5,49€)
Illustratrice : Noëmie Chevalier

AVIS

Bonne nouvelle pour Hugo, au lieu de passer son été à s’ennuyer, il va pouvoir travailler aux côtés de son oncle dans l’attraction de train fantôme que ce dernier gère ! Une bonne nouvelle qui vient vite se confronter à la réalité : l’attraction n’attire plus personne, les clients préférant celle d’un concurrent aux effets spéciaux redoutables et plus vrais que nature.

Mais parce qu’Hugo n’est pas du genre à baisser les bras, il va mener une petite enquête afin de découvrir les ficelles de ce concurrent qui semble attirer les foules. Une bonne intention qui se retourne contre lui quand il fait une étrange et quelque peu inattendue découverte…

Amateurs de frissons (très) légers, n’oublions pas que nous sommes dans un livre pour enfants, vous devriez apprécier ce roman dans lequel vous ne vous ennuierez pas un instant, Hugo allant de surprise en surprise. Certaines se révèlent d’ailleurs plus agréables que d’autres puisque jouer l’espion en herbe va le conduire à rencontrer des personnages hauts en couleur et très différents les uns des autres.

Je ne vous en dirai pas beaucoup plus sur ces derniers vous laissant le plaisir de la découverte, mais ils apportent pas mal de piquant à l’histoire ! Ils ne devraient donc laisser aucun lecteur indifférent. Ils m’ont, en outre, rappelé, dans une certaine mesure, un film que j’adorais enfant et que je prenais beaucoup de plaisir à regarder.

L’auteur a également réussi à retranscrire l’ambiance des fêtes foraines et ce plaisir que beaucoup de personnes prennent à se faire peur. Néanmoins, même si j’apprécie quelques frissons, je ne suis toutefois pas certaine que j’aimerais tester la nouvelle version de l’attraction de l’oncle d’Hugo qui semble quelque peu remuer les clients… pour le meilleur et pour le pire !

Le jeune garçon voulait donner une seconde vie au manège de son oncle, c’est maintenant chose faite… Mais la situation ne commence-t-elle pas à lui échapper ? Vous le découvrirez en lisant ce roman, mais ce qui est certain, c’est qu’Hugo a de la réserve et son courage va lui permettre de réaliser bien des miracles. Attachant, volontaire et plein de fougue, c’est un personnage que j’ai apprécié et qui devrait beaucoup plaire aux enfants. Il n’est pas parfait et fait parfois des erreurs comme chacun d’entre nous, mais c’est aussi un jeune homme responsable qui fait de son mieux pour les réparer. En cours d’aventure, il découvrira également la frontière entre le bien et le mal, entre les bonnes intentions et les mauvaises actions…

Roman entrant dans la collection Flash fiction des éditons Rageot, Les fantômes du manoir présente des atouts certains pour permettre aux jeunes lecteurs, même peu habitués à la lecture, de s’immerger dans le récit : présentation succincte des personnages en début de roman, de belles et grandes illustrations, une mise en page très aérée, des pages teintées pour limiter la fatigue oculaire, des chapitres courts, du rythme, de l’action, du mystère, une plume simple mais imagée..

En conclusion, Les fantômes du manoir est une lecture fort sympathique, portée par un personnage courageux, qui devrait ravir les jeunes lecteurs en quête d’une histoire teintée de fantastique, de frissons et de mystère. Quant aux adultes, mon petit doigt me dit qu’ils pourraient également se laisser embarquer avec plaisir pour un tour dans l’imaginaire de Fabrice Colin.

Autre titre de la collection Flash Fiction ( Miss Samouraï et le Ninja bleu)
Autre titre de l’auteur (Wonderpark)

Mini-chroniques en pagaille #16

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps de chroniquer de manière plus classique.


Les trois petits ouvrages présentés dans cet article sont proposés gratuitement (cliquez sur les titres pour les télécharger).

Couverture Teddy The Squirrel Becomes a Pilot
Teddy est un écureuil qui ne s’intéresse pas vraiment aux noisettes ni à l’idée de faire des provisions pour l’hiver. Lui, c’est plutôt un doux rêveur qui s’imagine volontiers en pilote d’avion. Un rêve inattendu pour un écureuil qui ne manque pas de personnalité !

Mais ce qui aurait pu rester une douce lubie va devenir une réalité quand l’avion télécommandé d’enfants jouant dans le parc s’écrase entre les branches d’un arbre….

Voici un mignon petit livre sur le courage et la force des rêves qu’il ne faut jamais abandonner ! Très courte et très accessible au niveau de la langue, l’histoire de cet écureuil et de son frère est parfaite pour une première lecture en anglais. Elle pourrait également séduire les adultes avec une âme d’enfant souhaitant se replonger en douceur dans la langue de Shakespeare.

Le très insolent Harry Watson est surpris à l’annonce du challenge organisé par sa professeure d’économie ménagère : choisir une boîte mystère et utiliser une partie de ses ingrédients dans une recette ! Les fans de MasterChef et autres émissions du genre de sa classe sont ravis, lui beaucoup moins. Mais comme il nous semble un peu râleur cet élève, rien d’étonnant à sa réaction.

La suite des événements, quant à elle, est beaucoup plus inattendue, Harry n’étant pas au bout de ses surprises. Je n’en dirai pas plus sur ce point puisque tout le charme du roman réside dans l’imagination fertile de l’autrice. Il se dégage d’ailleurs un petit air d’Alice au pays des merveilles dans ce récit qui tend quelque peu vers l’absurde, les élèves se comportant de manière plutôt étrange face à une situation qui n’a rien de normale ! Mais je vous rassure, le livre, très accessible, n’est pas aussi déroutant que peut l’être l’œuvre de Carroll Lewis.

Voici une petite histoire sympathique qui devrait vous surprendre et à l’issue de laquelle, vous ne devriez plus cuisiner de la même manière.

Adorant les histoires de sorcières depuis que je suis enfant, le titre et l’image de ce chaudron en pleine ébullition m’ont tout de suite attirée. En aidant sa mère à débarrasser et nettoyer un placard, Tania trouve des livres qu’elle met à disposition de tous dans son club de lecture sauf un qu’elle s’empresse de dévorer. Elle y découvre alors le récit d’une jeune fille ayant décidé de lancer un mauvais sort à un autre enfant qui se montre méchant avec elle…

Pour rigoler et se venger, pour de faux, d’un garçon qui n’est pas sympathique avec elle, elle décide avec son amie Tanisha de lancer ce sort dont elles suivent scrupuleusement la recette. Si les poils de chat sont faciles à obtenir, d’autres ingrédients comme les cheveux de la future victime demandent un peu plus de travail et d’imagination… Mais les filles s’en sortent très bien ! Le sort lancé, elles passent à autre chose. Après tout, ce n’était qu’un jeu. Mais l’était-ce vraiment ? Certaines coïncidences commencent sérieusement à les faire douter…

Je ne vous dirai pas si le sort a véritablement fonctionné ou non, mais je peux néanmoins vous assurer que cette petite histoire très divertissante se lit toute seule d’autant qu’elle est agrémentée de quelques petits illustrations ce qui facilite l’immersion même pour les jeunes lecteurs. Ils devraient prendre beaucoup de plaisir à assister les deux fillettes dans la recherche des ingrédients, plus ou moins ragoûtants, et sourire devant certaines situations.

Quant à la fin, j’ai apprécié la manière dont l’autrice aborde la question des superstitions et de certains biais cognitifs. Cela manque peut-être un peu de subtilité pour des adultes, mais ses explications par l’exemple permettront aux enfants de s’approprier facilement des concepts pas toujours évidents à appréhender.

Le jardin secret de Marie, Coralie Raphael

LLe Jardin secret de Marie

Je remercie Coralie Raphael de m’avoir permis de découvrir son roman, Le jardin secret de Marie.

PRÉSENTATION AUTEUR

Fille unique, Marie vit seule dans un immense manoir avec sa gouvernante Kate, et son père, qui ne rentre que rarement. Un soir, alors qu’elle entend un bruit étrange dans sa chambre, la fillette découvre dans les couloirs du manoir un passage souterrain qui mène à un jardin secret.

Là, elle fait la rencontre de Sauge, une créature qui ne semble formée que d’une tête dans un bocal. D’abord effrayée, Marie se lie très vite d’amitié avec son nouveau compagnon. Sauge lui raconte une si belle histoire que la fillette sacrifie son sommeil pour se rendre chaque nuit dans le jardin, en cachette de sa gouvernante.

Mais Marie s’interroge : qui a créé ce fabuleux jardin ? qu’est-il arrivé au corps de Sauge ? Alors que son attachement pour lui grandit, la jeune fille découvre un coffre enterré dans le jardin qui va bousculer sa vie…

Librinova (3 juin 2019) – 263 pages – Broché (14,90€) – Ebook (1,99€)
Illustratrice : Metanyu

AVIS

J’ai eu un véritable coup de cœur pour la couverture que ce soit pour son atmosphère très manga, les personnages avec notamment une jeune fille qui n’est pas sans rappeler une célèbre héroïne de roman ou l’aura de mystère empreinte de douceur qu’elle dégage. Je ne peux que féliciter l’illustratrice, Metanyu, pour son excellent travail.

Quant à l’autrice, elle a également réussi à m’enchanter grâce à une plume poétique et fluide qui vous immerge en un instant dans l’histoire de Marie et de son jardin secret. Nous découvrons ainsi, en début de livre, une Marie âgée qui revient, accompagnée d’un adolescent qu’elle a sauvé de la misère, sur les lieux de son enfance. En visitant ce manoir délabré qu’elle avait quitté des décennies plus tôt sans jamais y revenir, les souvenirs remontent à la surface…

Aussi intenses que beaux et parfois un peu plus mélancoliques, ces souvenirs nous entraînent dans un monde merveilleux, celui d’une enfant qui, lors de ses douze ans, va faire une découverte fabuleuse. Une découverte qui va changer sa vie à jamais et qui va venir rompre cette insupportable solitude qui, jour après jour, la rongeait. Le manoir recèle en ses murs un secret : un jardin à la nature luxuriante qui abrite Sauge, une tête enfermée dans un bocal de verre !

Une fois le premier choc passé, personne ne s’attend à converser avec une tête sans corps, Marie sera vite conquise par cet être hors norme qui lui apporte un peu de chaleur dans un quotidien bien morose. Sauge est, en effet, un jeune homme sympathique, doux, curieux et d’une rafraîchissante naïveté. Enfermé dans ce jardin seul depuis la mort du grand-père de Marie, Georges, il voit l’arrivée de la jeune fille comme une bouffée d’air frais. Un sentiment partagé par Marie qui ne supporte plus de vivre en autarcie dans son manoir aux côtés de son austère gouvernante, Kate. Ce jardin va alors vite devenir pour la jeune fille, un espace de liberté hors du temps…

Jour après jour, des liens forts, qui ne pourront que vous toucher, vont se tisser entre Marie et Sauge qui savoureront chaque instant passé ensemble. Il faut dire qu’ils partagent quelques points communs comme une grande affection pour Georges même si les deux amis l’ont finalement assez peu connu, un sentiment de solitude mais aussi des questions sans réponse sur leur vie. Comment et depuis combien de temps Sauge a-t-il atterri dans ce bocal, et surtout qui est-il ?  Quant à Marie, pourquoi est-elle cloîtrée dans le manoir sans jamais pouvoir en sortir, qui était vraiment sa mère dont elle ne sait rien si ce n’est ce que Kate veut bien lui en dire, et pourquoi le manoir est-il si désespérément vide ?

Quelques questions, parmi beaucoup d’autres, qui tiennent les lecteurs en haleine d’autant que l’autrice a veillé à faire planer sur son histoire une aura de mystère qui nous pousse à nous questionner aussi bien sur les personnages que sur le jardin en lui-même. Qui a bien pu le créer et depuis combien de temps existe-t-il ? Le jardin, en offrant un sanctuaire protégé à Sauge et à sa nouvelle amie, devient un personnage à part entière. Un personnage énigmatique mais indispensable à l’épanouissement des autres protagonistes.

Et épanouissement, il y aura ! Sauge, au contact de Marie, reprend goût à la vie et devient de plus en plus « vivant » quand Marie s’affirme. Petit à petit, elle prend confiance en elle et ose enfin affronter certaines questions restées en suspens dans sa vie comme l’identité de cette mère dont elle ignore tout. Maria était-elle vraiment cette parfaite Lady dépeinte si souvent par Kate ? Et d’ailleurs pourquoi Kate est-elle aussi austère et obnubilée par l’idée de transformer Marie en une parfaite future maîtresse de maison élégante et raffinée ?

Au gré des pages, vous vous rendrez compte que les apparences sont parfois trompeuses et que derrière les meilleures intentions peuvent se cacher de grandes maladresses. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que certains personnages m’ont touchée que ce soit par leurs intentions ou leur envie de rattraper, du mieux qu’ils le peuvent, les erreurs du passé… Seul le père de Marie a provoqué en moi des sentiments plus mitigés, sa manière de fuir sa douleur sans prendre en considération le bonheur de sa fille m’ayant quelque peu chagrinée. L’autrice a néanmoins très bien su exprimer la vulnérabilité de ce personnage et montrer que même les parents peuvent être faillibles…

Derrière une histoire assez douce et émouvante d’amitié qui se transforme en quelque chose de bien plus profond, l’autrice aborde également avec poésie et beaucoup de délicatesse des sujets plus sérieux comme la solitude, la rédemption et le sentiment de culpabilité, le deuil et  la difficulté de le surmonter, la nécessité de vaincre ses peurs pour avancer, les non-dits et leurs conséquences, la quête d’identité…

Si ces thématiques auraient pu alourdir l’ambiance du roman, il n’en est rien, le sentiment prédominant durant cette lecture demeurant l’émerveillement. L’émerveillement devant ce monde secret qui s’ouvre à nous et devant une jeune fille qui, progressivement, se réapproprie sa vie avant d’accomplir de grandes choses. La rencontre avec Sauge, c’est donc aussi celle de Marie avec son destin…

Quant à la fin, en plus d’apporter des réponses à la plupart de nos questions, je l’ai trouvée empreinte de poésie et de douceur à l’image du roman. Il s’en dégage ainsi beaucoup d’émotions et cette impression que les choses sont enfin à leur place…

En conclusion, Le jardin secret de Marie est une histoire douce, belle et poétique, parfois teintée de mélancolie, qui nous entraîne dans un monde fabuleux, celui d’un jardin secret grâce auquel une jeune fille va faire une rencontre merveilleuse qui changera à jamais sa vie. Entre amitié, amour sous toutes ses formes, mystère et découverte de soi, voici une lecture qui devrait vous émouvoir et vous faire passer un très beau moment de lecture.

Retrouvez le roman sur Librinova, Amazon, Decitre

Comment devenir une vraie sorcière ? Anne-Marie Desplat-Duc

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une histoire drôle et ensorcelante qui prend le mythe de la sorcière maléfique à contrepied !

Sibelle n’est pas une petite sorcière ordinaire.
Elle est belle, gentille et n’a aucun pouvoir maléfique.
Alors comment faire pour devenir une vraie sorcière et faire plaisir à sa mère, la célèbre Fleurkipic ?
Avec de bons amis et un peu d’astuce rien n’est impossible !


Scrineo (4 octobre 2018) – 96 pages – 6,90€ –  À partir de 8 ans
Illustrations : Églantine Ceulemans

AVIS

Fleurkipic, sorcière de son état et mocheté ambulante, et Gabriel, humain lambda, ont une fille. Comment s’appelle-t-elle ? Sibelle ! Ce n’est pas la réponse que vous escomptiez, ça tombe bien, ce n’est pas non plus celle attendue par ses parents.

Fleurkipic espérait un bébé bien laid avec des furoncles gros comme une maison, des verrues à vous faire loucher, un teint jaunâtre… à un « beau » bébé version sorcière en somme. À la place et pour son plus grand malheur, elle a bébé qui pourrait gagner un concours de beauté chez ces satanés humains.

Enfer et damnation ! Fleurkipic va être la risée du monde des sorciers et risque, en plus, de perdre ses pouvoirs, son mariage avec un mortel ayant engendré une malédiction… Heureusement que le papa lui est ravi de voir son enfant tout mignon même si on sent très bien qu’il aurait été tout aussi content d’accueillir une petite sorcière bien moche.

C’est donc tiraillée entre le monde des humains et celui des sorciers que Sibelle évolue et grandit, changeant de casquette et d’accoutrement en fonction des besoins. Mais petit à petit, elle est lasse de jouer la comédie et aspire à n’être qu’elle, une petite fille pleine d’entrain qui aimerait faire plaisir à sa maman tout en restant elle-même. Fleurkipic pourra-t-elle l’accepter ?

Les enfants devraient se plonger avec délectation dans la vie de Sibelle, une petite fille qui, au fil des pages, apprend à se connaître et à savoir ce qu’elle désire vraiment. Elle va d’ailleurs trouver, avec l’aide de ses nouveaux amis, sa voie, pas celle choisie par sa mère ou son père, mais celle qui lui plaît, et pour laquelle elle se révèlera d’ailleurs très douée. Qui a dit que pour avoir de la magie, il fallait être une vraie sorcière ? Mais avant de trouver ce qui l’anime, Sibelle va vivre quelques péripéties notamment dans la célèbre école anglaise de sorciers Harry ! Je pense que tout le monde aura reconnu la très drôle allusion à un célèbre sorcier à lunettes…

Le livre étant destiné aux enfants, il n’y a aucune longueur, tout s’enchaînant très vite, ce qui permettra aux jeunes lecteurs de lire l’histoire sans trop d’efforts d’autant que le découpage en chapitres très courts s’assure de leur attention. À cela s’ajoute une très jolie mise en page avec quelques ornements et illustrations.

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Quant à la plume de l’autrice, je l’ai trouvée fluide et accessible sans être simpliste, le vocabulaire n’étant pas simplifié à l’extrême. Le résultat est d’ailleurs assez probant pour convaincre la lectrice trentenaire que je suis. Il faut dire que l’autrice, sous couvert de fiction et d’humour, aborde des thèmes importants comme l’amitié, la recherche et l’acceptation de soi,  la tolérance, la difficulté de faire concilier des cultures et des milieux différents…

Voici donc une histoire toute mignonne que je ne peux que conseiller aux enfants, mais aussi aux adultes qui devraient être séduits par les thèmes abordés, l’humour et la plume de l’autrice.

Découvrez le roman sur le site des éditions Scrinéo.