La Ville sans Vent (tome 1), Eleonore Devillepoix #PLIB2021

Couverture La Ville sans Vent, tome 1

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ca tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Hachette Romans (3 juin 2020) – 448 pages – Broché (18€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782017108443

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune et nos échanges autour d’un roman que nous avons toutes les deux apprécié. 

Une cité-État fascinante mais non dénuée de dangers… témoin de la naissance d’un duo inattendu ! 

En plus d’être absolument splendide, la couverture vous laisse déjà entrevoir l’architecture d’un univers foisonnant construit avec un soin du détail impressionnant. J’ai ainsi été subjuguée, si ce n’est émerveillée par l’imagination et la minutie de l’autrice qui nous plonge dans les rues et les décors si particuliers d’Hyperborée. Une cité-État construite à la verticale, chaque niveau témoignant du niveau de richesse de ses habitants. Si l’idée n’a rien d’original en soi, on ne peut que saluer la manière dont l’autrice se l’est appropriée et l’a développée pour nous en proposer quelque chose d’absolument fascinant et enchanteur.

Une fascination qui pousse les lecteurs à rêver de parcourir, à dos de tortue si possible, cette ville mais pas vraiment à y poser ses valises. Car si Hyperborée est indéniablement majestueuse, la ville est également le symbole d’une politique inégalitaire et profondément injuste : quand le premier niveau se débat dans la fange et est phagocyté par la pègre, le septième niveau, celui des mages, se caractérise par l’aisance et la complaisance devant l’insalubrité et la misère des moins lotis et nantis.

Une situation intolérable, bien que largement tolérée, mais qui pourrait évoluer suite à la nomination du jeune mage Lastyanax au poste de ministre du Nivellement, suite à la mort de son mentor qui occupait jusqu’alors ce poste. Néanmoins, les espoirs du jeune mage vont vite être revus à la baisse, son avis étant loin d’être entendu et écouté et ne suscitant guère l’enthousiasme de ses pairs. Mais c’est surtout une découverte surprenante qui va le déstabiliser et le pousser à mettre les pieds dans un engrenage qui risque fort bien de lui coûter plus que sa carrière. En effet, contrairement à ce qu’il pensait, son mentor n’est pas mort naturellement, mais a été assassiné. Il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une enquête afin de faire toute la lumière sur ce meurtre !

Les débuts des ennuis et de la preuve que son mentor n’était peut-être pas aussi insouciant et indolent qu’il le pensait. En parallèle, il doit assurer le tutorat de son apprentie, Arka, une jeune fille de treize ans dont l’orthographe tend quelque peu à le froisser, mais qui possède bien d’autres talents, du genre de ceux qui vous permettent de rester en vie ! Et quand on habite à Hyperborée, ce n’est clairement pas à négliger. Si j’ai été déçue, dans un premier temps, de la froideur avec laquelle Lastyanax considère son apprentie, je dois avouer que j’ai été convaincue de l’évolution de leur relation que l’autrice a su gérer d’une main de maître.

J’ai, en effet, adoré ce lien quasi fraternel, empreint de pudeur, de défiance et d’affection, qui se développe au fil des pages avec beaucoup de naturel et de réalisme. N’étant pas les personnes les plus expansives et sentimentales qui existent, les deux personnages prendront un certain temps à s’apprivoiser, mais ils finiront par se trouver plus de points communs qu’ils ne le pensaient, dont l’un que je n’avais pas anticipé… Voici donc une relation maître/apprentie qui ne manque pas de saveur et qui prouvera qu’associer un esprit vif et intelligent à la débrouillardise et à un bon instinct de survie, ce n’est jamais une mauvaise idée !

Une histoire complexe et immersive, plus sombre qu’il n’y paraît, qui suscite émotions et interrogations ! 

L’attention portée à l’univers est indéniable, et le rythme qui monte crescendo ne manquera pas de maintenir votre esprit éveillé et en ébullition. Il faut dire que l’intrigue est tout simplement foisonnante que ce soit au niveau des différents personnages que l’on rencontre, des péripéties, des scènes d’action, des secrets, des différents mystères qui apportent tension et suspense... Pour ma part, j’ai adoré les nombreuses questions qui me sont venues à l’esprit tout au long de ma lecture, notamment sur les capacités hors norme d’Arka, la personne qui semble veiller sur elle en secret et ses motivations, les jeux de pouvoir pour s’emparer d’Hyperborée (dirigée par un souverain obsédé par d’anciennes ennemies et pas vraiment conscient du véritable danger), l’identité du meurtrier du mentor de Lastyanax et celle du père d’Arka… Intuitivement, des connexions s’établissent, des hypothèses se dégagent, mais il reste tellement de zones d’ombre que l’on finit par se laisser porter par les événements, en espérant simplement que notre cœur et les personnages n’y laissent pas (trop) de plumes.

Car loin d’être une gentillette histoire, La ville sans Vent, c’est avant tout un roman dans lequel différents fils s’entremêlent pour tisser une toile complexe dont il est bien difficile d’appréhender tous les enjeux. Si vous aimez les histoires de famille compliquées, de complot, de politique, de campagne de haine pour détourner l’attention des habitants des vrais enjeux et ennemis, et vous perdre dans les faux-semblants et les secrets, vous allez adorer votre lecture. En ce qui me concerne, j’ai vécu à 100% chaque chapitre, chaque révélation, chaque doute, chaque blessure, l’autrice ayant un talent certain pour nous embarquer émotionnellement dans son récit.

Je me suis laissé parfois surprendre, j’ai souvent été bluffée par l’imaginaire de l’autrice, j’ai eu quelques bouffées d’angoisse devant des scènes où nos héros sont clairement en mauvaise position, j’ai été révoltée par certaines actions et complètement soufflée, même si dégoûtée serait plus juste, par le plan machiavélique d’un être qui se révèle fin stratège. Ses actions sont glauques à souhait, mais force est de reconnaître leur implacabilité et la manière dont elles permettent de se jouer du destin tout en se basant sur ce dernier. Il y a du génie, assurément. Dommage pour nos protagonistes qu’il soit utilisé contre eux !

Un duo parfaitement complémentaire, mais des personnages secondaires manquant de profondeur…

Mais rassurez-vous, Lastyanax et Arka ont de la ressource et nous prouveront leur complémentarité. J’ai fini par m’attacher au jeune mage qui se révèle plus nuancé qu’au premier abord, peut-être en raison du décalage entre son milieu d’origine très modeste, et celui bien plus huppé auquel il a accédé grâce à sa formation de mage et son poste de ministre. On sent qu’il veut bien faire, mais il emploie des moyens parfois contestables, et se laisse trop facilement détourner. Imparfait, mais intelligent, travailleur et doté d’une certaine fragilité, il a touché une corde sensible en moi.

Étrangement, alors que j’ai trouvé Arka très courageuse et ai adoré son impertinence et sa tendance à foncer tête baissée, je n’ai pas réussi à m’attacher à cette dernière, l’autrice ne partageant pas vraiment ses émotions. La jeune fille n’en demeure pas moins touchante dans la naïveté avec laquelle elle se lance à la recherche de son père, seul et unique vestige d’une famille idéalisée qui n’a jamais vraiment existé. Ce personnage est pour moi celui qui soulève le plus de questions que ce soit directement ou indirectement, et par conséquent, celui qui apporte le plus de tension, de mystère et de suspense à l’intrigue. On sent qu’il y tout un enjeu autour de sa personne, mais il faudra attendre la dernière partie du roman pour en saisir la teneur. Attendez-vous d’ailleurs à être surpris et à plus d’un titre ! L’autrice a frappé fort avec ce personnage qui va devoir affronter des vérités inattendues et plutôt perturbantes. Heureusement pour elle, elle a l’esprit combatif et peut compter sur ses nombreux talents.

Nous suivons plus particulièrement le mage et son apprentie forte tête et aimant à problèmes, mais le panel de personnages est assez varié. Toutefois, j’ai trouvé qu’on restait très en surface de la psychologie des personnages secondaires. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, l’univers étant d’une telle richesse et complexité qu’il contrebalance ce point, mais j’ai été frustrée par la manière dont est gâché le potentiel d’une mage, Pyrrha. Ce personnage permet à l’autrice d’aborder l’inégalité entre les sexes dans une cité où celles-ci sont cantonnées à un rôle traditionnel et subalterne. Mais là où Pyrrha aurait pu aider à faire avancer les choses, elle se contente d’être désagréable, geignarde, égoïste et versatile… Dommage donc que la cause féminine doucement ébauchée soit sacrifiée en cours d’intrigue sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. On notera également des tentatives avortées et peu convaincantes de sentiments amoureux…

En résumé, ce premier tome déploie sous nos yeux un univers incroyable, complexe et d’une grande richesse, mis en valeur par la plume immersive, fluide et rythmée d’une autrice dont je salue l’imaginaire foisonnant. On prend ainsi un plaisir certain à découvrir, au fil des pages et des rebondissements, les dessous et les dangers pernicieux qui menacent une cité peut-être pas aussi bien protégée qu’elle ne le pensait. Entre mensonges d’État, faux-semblants, manipulation, magie, malédiction, secrets de famille, amitié et enquête, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Lire l’avis des Blablas de Tachan

Oraisons, Samantha Bailly

En Hélderion, la mort peut rapporter beaucoup… surtout à la famille Manérian, qui procède aux oraisons, les rites funéraires du royaume. Mais la réalité de la mort les frappe de plein fouet lorsqu’on retrouve le corps de leur plus jeune fille dans une ruelle sordide.
Tout désigne les clans, ces dangereux rebelles qui s’opposent à Hélderion. Aileen, prête à tout pour venger sa cadette, se lance dans une enquête qui la mettra à rude épreuve.
Noony, leur soeur aînée, se retrouve quant à elle aux premières loges de l’entrée en guerre de son pays contre le continent voisin. Mais elle est bien décidée à s’opposer à ce conflit qui pourrait tourner en véritable massacre.
Prises dans des intrigues dont les enjeux les dépassent, les deux sœurs devront affronter le système qui les a forgées.

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour la lecture commune de cette intégrale regroupant les deux tomes du diptyque Oraisons de Samantha Bailly. Si l’ouvrage n’est pas exempt de petits défauts, je l’ai trouvé globalement immersif, rythmé et bien écrit.

J’ai d’ailleurs tout de suite été happée par le style de l’autrice qui se révèle vif et rythmé à l’image d’une intrigue menée tambour battant. D’un chapitre à l’autre, il se passe toujours quelque chose qui vous donne envie de tourner les pages et de suivre les différents personnages, notamment deux sœurs séparées par la vie, mais unies par le destin, dans leur quête qu’elle soit d’identité, de vérité, de justice ou de liberté. Dans cet univers sombre et mystérieux à la fois, les secrets, les complots, les mensonges et les faux-semblants sont érigés en art de vivre. C’est simple, on a l’impression que rien n’est ce qu’il paraît et que beaucoup cachent des choses plus ou moins avouables, plus ou moins ignobles et plus ou moins cruelles. Même les héros doivent parfois consentir à mentir, à dissimuler et à trahir pour rétablir un certain équilibre et une justice longtemps dénigrée si ce n’est bafouée.

Pour ma part, j’ai adoré cette aura de mystère et de mensonge qui imprègne le roman et qui entoure une religion, l’Astracisme. À travers cette religion qui ne souffre ni le doute ni la contestation, et encore moins les autres cultes, l’autrice condamne les extrémismes sans pour autant faire l’amalgame entre croyants et fanatiques. J’ai pris plaisir à découvrir, au fil des pages et des interludes reprenant certains extraits de documents divers et variés, la mythologie autour de ce culte. À cet égard, l’oraison, cérémonie mêlant hommage classique au défunt à un acte quasi mystique, du moins en apparence, m’a beaucoup intéressée. Lors de cette cérémonie, les oraisonniers et oraisonnières s’assurent que l’âme du défunt rejoigne son astre d’attribution afin de commencer une nouvelle vie. Mais au gré des découvertes, on comprend que la situation n’est pas ce qu’elle semble être, et que derrière le cérémonial religieux, se cache une vérité bien plus sombre et mercantile. Une réalité qui ne manque pas d’un certain cynisme et qui prouve que le malheur des uns peut faire le bonheur des autres et ceci de bien des façons.

Je n’en dirai pas plus si ce n’est que l’autrice a effectué un travail remarquable autour de ce culte, de son haut représentant et de toutes les dérives qu’une foi aveugle peut entraîner. Au-delà de l’extrémisme religieux bien présent, mais jamais pesant, le roman peut s’appuyer sur un univers particulièrement riche et complexe que l’on sent pensé dans les moindres détails. Alors si en début de roman, on peut avoir le sentiment d’une avalanche de détails et d’informations à retenir, tout s’imbrique rapidement pour former une trame narrative captivante qui tient en haleine les lecteurs, et qui leur donne envie de suivre les protagonistes dans leurs nombreuses et parfois dramatiques péripéties.

Pour ma part, il m’a fallu un peu de temps avant de m’attacher aux personnages, et notamment à Noony qui, par rapport à sa petite sœur Aileen, m’a semblé manquer de profondeur, même si l’autrice étoffe un peu son rôle dans le deuxième tome. J’ai néanmoins compati à son sort, cette oraisonnière voyant sa vie voler en éclats à l’aune de certaines révélations et de décisions motivées par son sens de la justice. Comment trouver sa place quand tout ce en quoi vous avez toujours cru n’était que mensonges et complots ? De fil en aiguille, la jeune femme va troquer son habit d’oraisonnière soumise et malléable contre celui d’une femme déterminée à œuvrer pour le bien et le salut d’un peuple injustement condamné.

Ce basculement entre une foi aveugle et intolérante et des convictions justes et humaines m’a plu, d’autant qu’il se fait en compagnie d’un duo uni et atypique dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la force et la nature des liens. Noony et Alexian vont mettre un peu de temps à s’apprivoiser, la jeune femme étant lasse des secrets de son compagnon de voyage, qui lui regrette une alliée un peu trop naïve, mais ils vont finir par nouer une forme de compréhension, d’amitié et de complicité, avant de développer des sentiments plus tendres…

L’aura d’amour dramatique et impossible entourant les deux personnages, résultat de la cruauté du père de la jeune fille, se révèle intéressante, mais l’autrice a fini par me lasser en insistant bien trop sur ce point à mon goût, ajoutant des redondances et des drames amoureux bien inutiles. Cela est d’autant plus dommage qu’à l’inverse, elle laisse des événements et des relations s’étioler sans être vraiment exploités, et des personnages secondaires de côté quand l’on sentait chez eux un véritable potentiel. J’ai ainsi eu le sentiment d’histoires avortées et/ou sans réelle conclusion, ce qui s’est révélé extrêmement frustrant. Néanmoins, certains personnages secondaires comme Laï-Mune, une femme badass à la forte personnalité, sortent du lot et arrivent à se démarquer assez pour frapper le cœur des lecteurs. J’ai adoré son caractère, son histoire personnelle et sa relation avec sa moitié et Némésis, une relation à la vie à la mort, aussi glaçante que dramatique.

Mais c’est peut-être Aileen qui m’a le plus touchée dans cette aventure. D’abord un peu creux, son rôle s’épaissit et s’étoffe au fil des pages, l’autrice faisant traverser la jeune femme par des épreuves difficiles et ignobles : trahison de la pire espère, morts de ceux qu’elles aiment, violence, sang, déchirures physiques et mentales… Mais loin de la détruire, ces épreuves ont fait d’elle une personne différente, une personne forte et déterminée à faire ce qu’elle doit pour défendre ses idéaux et, d’une certaine manière, rendre un dernier hommage aux morts qu’elle pleure et porte encore au fond de son cœur. Je n’ai pas forcément compris et approuvé tous les choix scénaristiques de l’autrice, dont un événement qui, en plus d’être un stéréotype bien trop présent en fantasy à mon goût, n’apporte pas grand-chose à l’intrigue, mais j’ai apprécié la manière dont elle a géré l’évolution de son héroïne.

De la même manière, la fin, mêlant changement, réalisme et pragmatisme me semble aussi pertinente que bien amenée. Car si la vérité est importante et primordiale et que les injustices doivent être réparées, un gouvernant ne peut pas tout bouleverser sans prendre en considération les réactions violentes que cela peut entraîner. Révolutionner oui, mettre à feu et un sang un pays, non…. Du moins, pas quand l’objectif final est la paix, le respect et la tolérance entre les peuples.

En conclusion, avec Oraisons, Samantha Bailly a créé avec minutie et un sens du détail incroyable un univers riche, complet, sombre et violent où tout n’est que trahisons, complots, mensonges et faux-semblants. Entre quêtes de justice, de liberté et de vérité, les personnages vont être poussés dans leurs retranchements, devoir faire des sacrifices, prendre des décisions parfois difficiles et jouer avec la frontière entre le bien et le mal… Très accessible, immersif, riche en actions et en péripéties, voici un roman de fantasy à conseiller à ceux qui aimeraient se lancer dans le genre et/ou qui souhaiteraient découvrir une histoire rythmée, captivante et auréolée d’une bonne dose de mystères et de secrets.

Découvrez l’avis des Blablas de Tachan.

 

Nos premières élections en classe, Marie Colot et Florence Weiser (illustrations)

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Dans la classe de mademoiselle Coline, on se prépare à élire un ou une déléguée. Affiches électorales, tracts, campagne, tout est là pour faire de belles élections. Mais dès les premiers débats, les choses s’enveniment…

Tout est parti d’une remarque malheureuse de Jorge qui a prétendu que les filles ne pouvaient pas être présidentes. Madame Coline a trouvé l’occasion idéale pour rappeler ce qu’est un stéréotype et en a profité pour organiser des élections dans sa classe. Ce qui partait d’une bonne intention va très vite tourner au désastre : les tensions entre les filles et les garçons vont se généraliser au point que les débats organisés relèveront plus de la mesquinerie que de l’échange d’idée. Madame Coline est déçue… Elvis aussi. Il préférait sa classe quand les élèves s’entendaient tous bien et ne voulaient pas tous être au pouvoir. Mais il a peut-être une super idée pour tout arranger

Alice (04 février 2021) – 80 pages – 12€

AVIS

Découverte grâce à un autre roman de la maison d’édition, Je ne sais pas, Marie Colot est une autrice que j’apprécie beaucoup et dont je prends plaisir à découvrir au fur et à mesure sa bibliographie. Elle nous propose ici de nous intéresser à la démocratie et à la politique à travers un roman jeunesse plein d’humour, d’intelligence et de pertinence.

Comment diviser rapidement un groupe uni et soudé ? Parler politique évidemment ! Une réalité que la classe de mademoiselle Coline va découvrir à ses dépens. Tout partait pourtant d’une bonne intention : donner aux enfants le pouvoir de parler en leur nom en organisant une élection pour élire un(e) délégué(e). Un bon moyen également pour mademoiselle Coline de déconstruire le stéréotype révoltant selon lequel les femmes ne sont pas capables d’accéder au pouvoir et de diriger.

Sa proposition d’organiser des élections emporte un franc et tonitruant succès, les enfants étant ravis à l’idée de toutes ces choses qu’ils vont pouvoir changer, non révolutionner : des chansons et pas de leçons, des toboggans à la place des escaliers… Des souhaits certes sympathiques, mais qui ne résisteront pas à l’épreuve de la réalité. C’est ainsi que les enfants vont apprendre l’une des premières règles de la politique : proposer des choses réalistes et réalisables !

De fil en aiguille, ils découvrent également les dessous d’une campagne électorale : l’élaboration d’un programme, la recherche de soutiens, la communication, les débats et le temps de parole… Il est d’ailleurs amusant de voir à travers les stratégies de chacun, les idées qu’ils se font de la politique et des politiciens. À cet égard, Ali et sa folie des grandeurs très américaine m’a beaucoup amusée, d’autant que l’un des points de son programme met en lumière l’absurdité de la réalité de laquelle il s’est inspiré.

Cette première expérience concrète de la politique se heurte néanmoins rapidement aux dissensions et aux disputes. Chacun défend âprement et véhémentement ses idées, poussant le débat politique sur un terrain bien plus personnel et fort peu amical. Une évolution qui ne sera pas sans rappeler la réalité de la politique entre adultes. Mais c’était sans compter sur Elvis bien décidé à ne pas laisser sa classe s’entredéchirer et, accessoirement, à retrouver son amoureuse qui s’est éloignée de lui depuis que ces élections sont devenues hors de contrôle. Et si la solution à toutes ces disputes, c’était la coopération ? Avec beaucoup de courage, de débrouillardise et avec un peu d’aide, notamment d’un chauffeur d’autobus fort sympathique, Elvis va se lancer dans une campagne bien différente de celles des débuts, et découvrir l’un des fondements de la démocratie.

En plus de la thématique de ce roman plutôt originale pour un roman jeunesse, et de la subtilité avec laquelle l’autrice aborde la question des stéréotypes, j’ai adoré le ton plein d’humour, qui passe autant par les expressions tarabiscotées de mademoiselle Coline que la tendance de certains élèves à prendre chaque expression au pied de la lettre. Cela permet d’alléger l’atmosphère parfois tendue, de s’amuser de la richesse du français et de ses pièges, et de faire sourire les lecteurs. La présence de la chienne de mademoiselle Coline durant les cours apporte également un charme indéniable à l’histoire, même si j’aurais adoré qu’elle soit encore plus présente.

J’ai retrouvé avec plaisir le très efficace duo Marie Colot/ Florence Weiser, découvert dans le très touchant Croquettes & Cie. Les illustrations colorées de Florence Weiser, à la douceur très enfantine, complètent à merveille l’histoire tout en facilitant l’immersion des jeunes lecteurs. Ceux ayant déjà lu des romans de la série Le jour des premières fois devraient, en outre, être ravis de revoir mademoiselle Coline et ses élèves pour lesquels, je n’en doute pas, ils ont dû développer un certain attachement. Mais rassurez-vous, pas besoin d’être familier de la série pour se laisser séduire et prendre au jeu de Nos premières élections en classe.

En conclusion, avec beaucoup d’intelligence et d’humour, Marie Colot permet aux enfants d’entrer de plain-pied dans une campagne électorale avec ses enjeux et ses dérives. De fil en aiguille, nos jeunes protagonistes vont comprendre la force de la coopération et s’approprier pleinement le concept de démocratie, tout en apprenant à dépasser un stéréotype qui a la vie dure. Nos premières élections en classe est un ouvrage à destination des enfants qui a toute se place dans les bibliothèques familiales et scolaires, et qui me semble parfait pour engager un dialogue enfants/adultes sur des notions comme la politique, la démocratie et l’égalité entre les sexes. 

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Alice que je remercie pour cette lecture.

Dernière ambition, Mélinda Schilge

Riviere veut mettre un ultime point d’orgue à son ascension sociale en accédant à la mairie de la Croix-Rousse, arrondissement de Lyon chargé d’histoire. Mais au fur et à mesure des échéances de la campagne électorale, Jean Hertzan, qui lui est entièrement dévoué, dérape : il ne supporte pas la concurrence de Nathanaël, jeune étudiant, à qui son mentor offre sa chance. Et il considère que Céleste — une vielle amie de Riviere, ancienne résistante comme lui —, représente un danger.
Marie, une étudiante qui a trouvé refuge chez Céleste, et Nathanaël, devenu un membre actif de la liste électorale, sont maintenant les cibles de son esprit dérangé…

Ce roman traverse la ville et l’Histoire, celle d’une colline mythique de Lyon dans les foisonnantes années 90, avec des réminiscences de la période trouble de l’Epuration. Plusieurs générations s’y confrontent : des jeunes qui cherchent leur place, des moins jeunes plutôt déphasés, et des sexagénaires ambitieux ou croustillants…

Auto-édition (24 janvier 2020) – 237 pages – Broché (8,50€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Après avoir brillamment mené sa carrière jusqu’à atteindre les hautes sphères d’un grand groupe, Riviere désire maintenant se lancer en politique. Son objectif : devenir le maire de La Croix-Rousse à Lyon, un poste qui a échappé à son père, il y a de cela de nombreuses années. Entouré par son homme de confiance, Jean Hertzan et par son équipe de campagne électorale, dont fait partie un jeune étudiant aux dents longues, Nathanaël, il va toutefois réaliser que la route vers ce mandat tant désiré est loin d’être un long fleuve tranquille…

Si je me fais un devoir de voter, la politique ne m’intéresse guère, ce qui ne m’a pas empêchée de dévorer ce roman que j’ai trouvé fluide et bien écrit, l’autrice ne nous abreuvant pas d’un jargon politique, souvent abscons et creux. Elle préfère nous immerger avec beaucoup d’humanité et de réalisme dans la vie présente et passée de personnages dont nous découvrons, petit à petit, les forces et les faiblesses. Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier, mais ils ont tous su éveiller en moi quelque chose : de l’espoir, de la peine, de la compassion, de l’agacement, du dégoût, de la colère, de la pitié, de la compréhension, de l’attendrissement…

À cet égard, Céleste, une femme qui a beaucoup souffert de la mort d’un être cher durant la guerre, m’a plus particulièrement émue. Guindée et un peu austère, elle n’en demeure pas moins très touchante et nous permet de réaliser à quel point il est néfaste de s’enfermer dans le passé. Sa rencontre et sa cohabitation avec une étudiante apportent également un certain charme au roman même si j’aurais apprécié que l’autrice développe un peu plus la relation entre les deux femmes. Mais cela m’est personnel puisque je porte une affection particulière aux relations intragénérationnelles.

La galerie de personnages est variée et complémentaire. Se côtoient ainsi des leaders et des suiveurs, des idéalistes et des opportunistes, des seniors et des étudiants… Ce mélange des genres et des âges revêt une certaine importance dans l’intrigue, la campagne électorale pour la mairie de la Croix-Rousse mettant rapidement en lumière deux conceptions antagonistes de la vie et de la manière d’aborder la politique. D’un côté, le « jeunisme » de Nathanaël qui considère que sa jeunesse et sa scolarité dans une école de commerce valent toute l’expérience du monde, ou peu s’en faut, et de l’autre, la vision très patriarcale et traditionnelle de Riviere qui attend de son entourage qu’il ait fait ses preuves. Mais les deux hommes possèdent néanmoins quelque chose en commun, l’ambition et une confiance en eux à toute épreuve… Des qualités autant que des défauts qui vont les pousser dans leurs retranchements et les conduire dans des situations délicates.

La relation entre ces deux personnages est intéressante, mais c’est celle entre Riviere et son homme de main qui m’a le plus intéressée, car elle se révèle bien plus complexe. Si Riviere a développé une certaine dépendance envers son collaborateur dans l’exercice de ses fonctions de dirigeant, Hertzan a, quant à lui, un besoin impérieux et quasi maladif de l’approbation de son patron qu’il considère un peu comme son père de substitution. Cette relation ambiguë tient le lecteur en haleine, Hertzan étant un personnage dangereux, une sorte de cocotte-minute dont on attend l’explosion avec fébrilité…

Quant à Riviere, il nous apparaît démesurément ambitieux et prêt à tout pour atteindre son objectif, cette mairie de la Croix-Rousse qu’il considère comme une revanche sur le passé et une manière de réhabiliter sa famille et son père. Ni sympathique ni totalement antipathique, son image tend pourtant à s’assombrir à mesure que l’on découvre des informations sur son passé, notamment durant son engagement dans la résistance… Mais si certaines personnes semblent définitivement irrécupérables, Riviere, lui, évolue, tâtonne, trébuche, se relève et finit par agréablement nous surprendre… Cela ne l’absout pas de tout ce qu’il a pu faire dans le passé, qu’il soit récent ou plus lointain, mais cela l’auréole d’une certaine humanité et apporte une touche d’espoir quant à la capacité de chacun à s’améliorer.

À travers cet ouvrage, l’autrice aborde de nombreux thèmes : la guerre et l’épuration d’après-guerre, la différence entre la justice et la vengeance, les trahisons, l’ambition, la politique et ses compromissions, la famille, le besoin d’indépendance, les idéaux, l’émergence d’internet et des réseaux sociaux dans cette France des années 90… Des sujets intéressants et forts qui sont abordés sans pathos et avec une certaine intelligence. 

En conclusion, Dernière ambition est un ouvrage prenant qui devrait enchanter les Lyonnais et les habitants de la Croix-Rousse, ce quartier emblématique de Lyon étant au centre des enjeux d’une intrigue autant politique qu’humaine. Mais les autres lecteurs devraient également prendre plaisir à suivre les ambitions, les victoires et les défaites de personnages complexes et terriblement humains. Secrets, mensonges et révélations sont au programme d’une campagne électorale menacée par l’ombre du passé et les actions d’un homme dont la dévotion ne semble avoir aucune limite…

Merci à Mélinda Schilge pour cette lecture.

Fabuleux nectar, Vincent Portugal

J’ai découvert ce roman dans le cadre du Prix des auteurs inconnus, le roman concourant dans la catégorie imaginaire.

Prix des auteurs o

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Du haut de sa tour du Palais Suspendu, Misha étudie ses grimoires et réchauffe ses alambics. L’alchimiste du roi est un créateur talentueux. Il invente des sortilèges et murmure des poèmes pour transformer la magie en outils insolites.
Son quotidien est bouleversé par la capture de trois rebelles des îles Liberté qui luttent pour leur indépendance. Pourquoi la princesse Séléna s’est-elle livrée à ses ennemis ? L’alchimiste soupçonne la prisonnière de profiter de sa captivité pour leur tendre un piège.
La belle étrangère prétend que son navire contient des trésors dignes des légendes, l’héritage d’un antique peuple des mers. Ses ruses et ses manigances se teintent de mystère, de magie, et d’une alchimie fabuleuse qui pourrait changer le destin du royaume.

  • Broché: 156 pages
  • Editeur : Vincent Portugal;
  • Prix : 2.99€ (compatible abonnement Kindle Amazon)
  • Autre format : broché (9.90€)

AVIS

Si vous me lisez régulièrement, vous devez vous douter que mon intérêt pour ce livre a été éveillé dès la découverte de sa couverture que je trouve plutôt attractive. En plus du côté esthétique, j’ai été intriguée par la présence de sirènes, une créature que j’affectionne beaucoup bien qu’elle soit finalement assez peu représentée dans la littérature…

Dans ce roman, les sirènes sont présentes en filigrane puisque leur mythe est mis en avant par la princesse Séléna des îles Liberté qui, avec deux autres compagnons, a été capturée par le roi Alexander. Cette princesse, à la forte personnalité, s’est donnée comme mission de gagner l’indépendance de ses chères îles que le roi asphyxie par la levée d’impôts injustes et de plus en plus importants. Et pour ce faire, quoi de mieux que de lui faire miroiter l’existence de multiples richesses héritées d’antiques descendants ayant quitté la terre ferme pour les profondeurs de l’océan ? En offrant à ce roi la promesse d’un partage de ces trésors et des revenus des îles Liberté, la princesse espère ainsi faire cesser une guerre coûteuse en vies pour les siens et en argent pour le roi. Un accord qui devrait se révéler gagnant-gagnant pour chacun à moins que la princesse et ses acolytes ne gardent encore quelques secrets comme la provenance de ce mystérieux nectar qui affole les sens du roi et l’imagination de la cour…

Ce roman m’a assez surprise, dans le bon sens du terme, dans la mesure où je n’avais pas anticipé la tournure prise par l’histoire. Je m’attendais à un récit empreint de magie, j’ai trouvé un récit empreint de magie, de poésie, mais surtout de politique, de manigances en tout genre et de faux-semblants. Alors je vous rassure, l’auteur ne nous présente pas un débat politique rébarbatif, mais plutôt une histoire où les enjeux politiques et économiques sont au cœur de tout. Ils se révèlent d’ailleurs, bien que pour des raisons différentes, d’une importance capitale pour Séléna et son peuple, et pour le roi et l’affirmation de son autorité.

Au milieu de tout ça, nous avons l’alchimiste du roi, Misha, qui est accompagné d’un Djinn que j’ai beaucoup apprécié. Jouant un peu le rôle de Jiminy Cricket pour l’alchimiste, le Djinn tentera de le guider et de le soutenir sans se départir d’un certain humour qui rend le personnage plutôt attachant. Les échanges entre l’humain et son compagnon surnaturel sont donc plaisants à suivre bien que j’aurais adoré que le Djinn soit encore plus présent… Quoi qu’il en soit, le Djinn sait faire preuve de dérision tout en sachant également soutenir inconditionnellement son ami même dans les situations qui, à première vue, semblent mal engagées…

Et de ce soutien, Misha en aura fort besoin puisque bien qu’intelligent et très doué quand il est question de magie, il semble dépassé quand il s’agit de politique… Il sera néanmoins le premier et le seul à douter de l’existence des sirènes tellement vantée par Séléna. Et il sera encore le seul à deviner que la princesse est bien plus dangereuse que ce qu’elle aimerait faire croire… Troublé par l’influence grandissante de la captive sur son roi, il lui sera toutefois difficile de faire entendre sa voix face à un souverain bourru et assez impulsif d’autant que le caractère un peu mou de Misha ne l’aide pas vraiment à s’imposer. C’est un petit génie de la magie, mais c’est aussi une personne timorée qui, face à ses privilèges nouvellement acquis, n’est pas prompte à défendre ses opinions pacifiques. Contre la guerre et le détournement de ses inventions pour exterminer le peuple des îles Libertés, il préféra donc fermer les yeux plutôt que de monter au créneau et refuser de continuer à servir le roi.

Je dois avouer que ce personnage m’a parfois un peu agacée ne supportant pas les gens qui ont des prétendus idéaux, mais qui les bafouent allègrement dès que leur petit confort entre en jeu. Et c’est exactement ce que fait Misha jusqu’à sa rencontre avec la princesse et son garde du corps. Il va très vite être confronté au mépris de ces deux individus pour un homme qui a mis son savoir magique au service de la destruction plutôt que de l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Heureusement, petit à petit, Misha va évoluer et s’interroger sur ses actions jusqu’à avoir une certaine prise de conscience qui ne lui permet plus de se dédouaner de sa part de responsabilité dans le massacre d’innocents…

J’ai donc apprécié que l’auteur fasse évoluer progressivement son protagoniste comme j’ai aimé qu’il mette sur sa route, une femme forte et auréolée d’un certain mystère. Farouche, intelligente tout en étant prête à des actes de bravoure frôlant la folie pour protéger les siens, envoûtante, habile conteuse et négociatrice, les deux allant souvent de pair, Séléna est définitivement une femme qui possède un charisme fou. On l’imagine sans peine galvaniser les foules ! D’ailleurs, le roi lui-même semble ensorcelé par cette beauté… Découvrir cette femme fut un réel plaisir même si j’aurais aimé en apprendre plus sur cette princesse déterminée à sauver son peuple. Mais ça, c’est la faute de l’auteur qui a su donner vie à un personnage tellement intéressant que l’on aurait envie de lire des pages et des pages sur ses aventures et ses pensées. J’ai ainsi adoré m’interroger sur ses motivations, essayer de deviner ses intentions, tenter de cerner le vrai du faux de ses récits fabuleux sur les sirènes… En d’autres mots, comme le roi, je me suis laissée envoûter par cette femme qui a tout pour devenir une souveraine respectée et redoutable. Il vaut mieux donc l’avoir de son côté, ce que va découvrir de manière assez brutale notre alchimiste.

Au-delà des personnages, l’univers imaginé par l’auteur est un pur délice à découvrir d’autant que d’une plume élégante et poétique, il nous immerge dans son récit où la magie et la poésie sont intrinsèquement liées. Dans ce roman, il ne vous faudra pas, en effet, savoir manier la baguette pour lancer des sortilèges. Il vous faudra plutôt apprendre à manier avec délicatesse les mots et les rimes. Et attention aux plus distraits des alchimistes, la poésie pouvant se révéler mortelle quand elle n’est pas déclamée de manière rigoureuse et réfléchie. Lier magie et poésie est certainement l’idée qui m’a le plus séduite dans cette histoire puisque j’ai eu le sentiment que l’auteur soulignait, par ce biais, le côté presque enchanteur de la poésie. J’ai, dans tous les cas, fortement apprécié la place donnée à la poésie, un art que notre alchimiste maîtrise à merveille. J’aurais d’ailleurs adoré trouver, en fin d’ouvrage, certains de ses poèmes-sortilèges. Si vous êtes dans mon cas, vous apprécierez néanmoins la présence de poèmes, extraits de traités d’alchimie, en début de chapitre… Un petit plus qui contribue au charme qui se dégage de cet univers aussi dangereux que poétique :

« Des arômes boisés, souvenirs d’une épave,
Caressent le palais dont je me sais l’esclave.
Chêne, pin, acajou ? Qu’importe la résine !
Les trésors se goûtent ; la route se devine. »

« Pilleurs d’épaves »
L’Alchimie du Goût – Poèmes gustatifs et applications, Vol. I

En conclusion, en nous offrant une plongée dans un univers imaginaire teinté de poésie et de magie, l’auteur arrive à concilier les amateurs d’histoires fantastiques et les amateurs de jolis textes. Quant aux lecteurs avides de rencontrer des personnages qui leur réservent quelques surprises, Fabuleux nectar devrait les séduire.

A noter une interview de l’auteur sur le site du Prix des auteurs inconnus, une manière intéressante d’en apprendre plus sur l’auteur et son univers. Découvrez également, sur le site, les chroniques des autres membres du jury

Photo de la page FB de l’auteur

Site de l’auteurPage FB de l’auteur

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Fabuleux Nectar ?

 

 

Esprits de Corps, tome 1 : Napoca, Tim Kesseler

 
Je remercie l’auteur de m’avoir permis de découvrir le tome 1 d‘Esprits de Corps : Napoca. Le résumé m’avait intriguée, mais j’avoue avoir d’abord été séduite par la couverture. Au fil de ma lecture, je me suis d’ailleurs aperçue que derrière une apparente simplicité, la couverture a été savamment agencée, chaque élément ayant un sens particulier que je vous laisserai évidemment découvrir par vous-mêmes.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Des intrigues diplomatiques, un univers victorien, une guerre qui couve aux frontières et un monde spectral comme clé de voûte de la civilisation.

La révolution industrielle vide les campagnes. Elle grossit Mydgar de ses foules de misérables. La plus grande ville du continent vit à l’heure de la machine à vapeur, des usines et des césures sociales, mais elle est aussi le siège du vénérable Congrès des Nations. Après des décennies de guerres sanglantes, le Congrès a fait renaître l’espoir, une nouvelle entité fédérale pour apaiser les fièvres nationalistes qui avaient causé tant de torts. Dans l’anonymat de la vie citadine, Mydgar réunit Will et Ruben qui fuient leurs destinées. Des salons feutrés du Congrès aux bas-fonds de la ville, ils sont ballottés dans les tourments d’une crise qui menace la fragile paix aux frontières. Mais, au-delà de cette menace bien réelle, la sphère spectrale est envahie par les moines noirs que seul l’Ordre des Séraphins sait contenir. Le sort du continent d’Ereba dépend de deux mondes.

  • Editeur : DEMDEL (2017)
  • Nombre de pages : 386
  • Prix : 19.90€

AVIS

Esprits de Corps est définitivement un roman que je classerais parmi les bonnes voire les très bonnes surprises. Je m’attendais à apprécier l’intrigue savamment imaginée par l’auteur, mais pas à frôler le coup de cœur comme ce fut le cas ici.

Le roman est d’ailleurs d’une telle richesse que j’ai peur que mon avis en devienne confus. En effet, comment décider de quels aspects d’abord vous parler ? : la mise en avant de l’Union Européenne à travers cette Fédération unissant dix-neuf nations dans une optique de paix durable, les réflexions sur l’industrialisation qui a bouleversé l’économie de ce monde imaginaire comme elle a bouleversé nos sociétés, les critiques à peine voilées sur le libéralisme et ses conséquences économiques pour les gens qui n’ont pas su tirer leur épingle du jeu, le questionnement de la foi et de ce qui différencie la superstition de la religion, l’émergence d’un modèle démocratique que l’on souhaiterait imposer aux autres nations en prenant quelques libertés quant à son application dans ses propres institutions, la bureaucratie et le travail des diplomates qui œuvrent autant en surface qu’en eaux plus troubles, les arcanes du pouvoir et des prises de décision, la lutte des classes… ? Tout autant de thèmes que je trouve passionnants d’autant que malgré leur côté assez sérieux, l’auteur a réussi à ne jamais être lourd ou moralisateur. Ces questions s’insèrent naturellement dans l’intrigue lui donnant ainsi un certain relief.

J’ai, en outre, apprécié que l’auteur utilise notre Histoire pour enrichir la sienne que ce soit de manière franche comme avec l’existence de la Fédération dont il est difficile de ne pas reconnaître le modèle européen ou de manière plus subtile, avec des allusions à des événements qui ont eu un impact concret et parfois dramatique pour notre monde. Je pense notamment à l’assassinat, dans le roman, d’un prince héritier qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain archiduc en 1914 ou encore, la nécessité dans un traité de ne pas humilier les vaincus. Une idée qui aurait permis d’éviter ou, du moins, de modérer la montée en puissance du pire dictateur que notre histoire ait connu…

Tim Kesseler nous propose donc un monde imaginaire qui emprunte au nôtre, mais qui, je vous rassure, s’en différencie par bien des aspects. Nous sommes ici plongés dans une société en plein essor industriel et en pleine révolution technologique. D’ailleurs, si vous aimez les ambiances steampunk avec les traditionnelles machines à vapeur, le progrès scientifique, les zeppelins et autres aérostats… vous serez ravis. L’auteur fait également une incursion dans le fantastique pour mon plus grand plaisir. J’ai, en effet, adoré son idée de deux mondes qui se côtoient, le monde réel et le monde spectral que l’on effleure grâce à l’un des deux protagonistes, William de Wencel, un aristocrate sans fortune apprenti-diplomate. Grâce ou à cause de sa rencontre avec des moines séraphins, cet homme va découvrir un monde aussi attirant que dangereux, un monde fait d’ombres et d’âmes. Je ne vous en dirai pas plus vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois ajouter que j’ai adoré découvrir cet ordre religieux à vocation militaire qui présente la particularité d’être mixte. Plaçant les hommes et les femmes sur un pied d’égalité, il s’appuie donc autant sur des combattants que des combattantes. L’une d’entre elles sera d’ailleurs mise en avant même si finalement, elle garde encore une grande part de mystère. Les moines séraphins, en plus d’être passionnants, semblent nous réserver encore bien des surprises… J’espère, pour ma part, que William aura l’occasion dans le second tome de se rapprocher de ces moines qui ont détecté chez lui un grand potentiel.

Mon seul regret est que l’aspect fantastique ne soit pas aussi développé que je l’aurais souhaité. Mais cela n’est en rien un point négatif, juste la remarque d’une lectrice qui a été complètement happée par ce monde spectral et toutes les possibilités qu’il offre à ceux qui y ont accès. William n’hésitera d’ailleurs pas à voyager dans ce monde surnaturel pour accéder à des informations dont il avait été écarté dans le monde réel. Une initiative qui lui fera alors prendre conscience que le monde spectral est certes passionnant, mais aussi plein de dangers… Son incursion le confrontera également à un ennemi dont il n’aurait jamais soupçonné l’existence ni l’influence sur le devenir de la Fédération et de cette paix si ardemment défendue.

William est un personnage assez solitaire jusqu’à ce qu’il développe des liens d’amitié avec Ruben, un fugitif pétri de regrets et de culpabilité. Bien qu’appartenant à deux mondes socio-économiques antagonistes, ils sont unis par une chose qui est partagée par beaucoup d’êtres humains : les préjugés ! William, pur produit de l’aristocratie et des grands idéaux démocratiques, méprise les gens de basse extraction (je cite ses propos) comme Ruben. Quant à ce dernier, il honnit ces riches prétentieux qui bâtissent leur richesse sur la sueur des paysans et des travailleurs. Mais ces deux hommes, qui auraient pu symboliser la lutte des classes, vont voir leur chemin se croiser à plusieurs reprises, ce qui les conduira à s’accepter puis à s’apprécier. L’évolution progressive de leur relation est d’ailleurs l’un des points forts de ce roman d’autant que l’auteur veille à ne pas transformer radicalement ses protagonistes. Comme dans la vraie vie, ils changent, mais difficile de se départir totalement de leur éducation et des idées qu’elle a profondément ancrées en chacun d’eux. Ne vous attendez donc pas à ce que William prône l’égalité des hommes ou que Ruben tienne en haute estime les industriels et riches propriétaires qui ont asservi les campagnes. Ces deux nouveaux amis sont donc tout en nuances, ce qui leur confère un certain réalisme et rend leurs interactions intéressantes.

Au-delà des personnages, j’ai été conquise par le rythme soutenu de l’intrigue qui passe, entre autres, par une narration alternée. Vous suivrez ainsi alternativement l’histoire de William et de Ruben jusqu’à ce que leurs vies ne soient liées. Une alternance qui crée parfois une certaine frustration, mais qui vous pousse également à tourner les pages les unes après les autres. Ceci est d’autant plus vrai que l’auteur a plus d’un tour dans son sac pour capter votre attention et vous plonger dans son roman : tension, personnages hauts en couleur, suspense, faux-semblants… Difficile de deviner les intentions de chacun tellement les cartes semblent brouillées et les trahisons légion même parmi des gens censés être dans votre camp. William apprendra d’ailleurs à ses dépens que l’esprit de corps a ses limites… Comme lui, vous risquez donc vous aussi de vous laisser prendre au piège à de multiples occasions, les apparences étant bien souvent trompeuses. Je suis pourtant de nature méfiante, mais je me suis moi-même complètement laissée surprendre par le retournement de situation final. Une révélation qui relance l’intrigue avec panache et qui donne envie de se jeter sur le tome 2.

Je terminerai cette chronique en parlant de la plume de l’auteur. Rythmée, imagée et tout en finesse, elle contribue à rendre l’expérience de lecture agréable et immersive. Ceci est d’autant plus remarquable que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur. À noter également que Tim Kesseler maîtrise complètement l’art du dialogue, les échanges entre les personnages étant fluides ET naturels. Portant une attention particulière à ce point, je peux vous dire que c’est loin d’être le cas dans tous les romans…

En conclusion, Esprits de Corps est un roman à l’ambiance steampunk qui ravira tous les amateurs d’histoires complexes teintées de politique et de fantastique. Entre les nombreux coups bas et les trahisons, une paix fragile que le Congrès des Nations essaie à tout prix de maintenir, des menaces aussi réelles que fantastiques et des protagonistes avec leur part d’ombre, l’auteur vous offre un récit rythmé et plein de surprises. Cerise sur le gâteau, bien qu’ancrée dans le domaine de l’imaginaire, cette histoire ouvre la porte à de nombreuses réflexions d’ordre politique, économique, culturel, métaphysique…

Tim Kesseler

Page FB du livreBlog de l’auteur

Et vous, envie de craquer pour Esprits de Corps ? Retrouvez le roman sur le site de la maison d’édition DEMDEL ou sur Amazon.