Pièces détachées, Phoebe Morgan

Pièces détachées par [Phoebe Morgan, Daniele Momont]

Corinne, Londonienne de 34 ans, a déjà eu recours à trois FIV. Mais cette fois, elle en est sûre, c’est la bonne. Elle va tomber enceinte. Cette cheminée miniature en terre cuite, qu’elle découvre un matin sur le pas de sa porte, n’est-elle pas un signe du destin ?
Cette cheminée coiffait le toit de la maison de poupée que son père adoré – célèbre architecte décédé il y a bientôt un an – avait construite pour elle et sa sœur Ashley quand elles étaient enfants.
Bientôt, d’autres éléments de cette maison de poupée font leur apparition : une petite porte bleue sur le clavier de son ordinateur, un minuscule cheval à bascule sur son oreiller…
Corinne prend peur. Qui s’introduit chez elle ? Qui l’espionne ? La même personne qui passe des coups de téléphone anonymes à Ashley ? Y a-t-il encore quelqu’un en qui la jeune femme puisse avoir confiance

L’Archipel (18 juin 2020) -384 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Daniele Momont

AVIS

Encore très affectée par le décès de son père dont elle était très proche, Corinne doit également faire face à des difficultés pour devenir mère. Mais après une nouvelle FIV, elle en est persuadée, son plus grand rêve est sur le point de se réaliser. C’est donc avec le sourire et beaucoup de joie qu’elle accueille cette cheminée miniature trouvée sur le pas de sa porte et qui ressemble à celle de la maison de poupée de son enfance. Une maison fabriquée avec amour et un sens du détail impressionnant par son défunt père, un architecte de renom. L’enthousiasme des débuts devant ce signe du destin laisse toutefois place à l’angoisse quand la jeune femme commence à se sentir menacée par l’apparition soudaine et inexpliquée de nouvelles pièces de maison de poupée dans son appartement. 

Qui envoie ces pièces et pourquoi ? Appartiennent-elles vraiment à la maison de poupée d’enfance de Corinne et de sa sœur Ashley ou Corinne est-elle victime d’une imagination un peu trop riche ? Pourquoi sa mère fuit-elle les questions sur la maison de poupée et son époux décédé ? Et que cachent les absences et le comportement de plus en plus distant du mari d’Ashley ? Cela est-il lié aux appels anonymes et muets qu’Ashley reçoit et qui lui mettent les nerfs à vif ou cette dernière est également victime d’une personne aux intentions obscures ?

Quelques questions, parmi beaucoup d’autres, qui viendront hanter votre lecture en même temps que l’esprit de Corinne partagée entre l’envie de faire toute la lumière sur cette étrange et inquiétante histoire de pièces de maison de poupée et celle de devenir mère à tout prix.

Cette thématique de la maternité revêt d’ailleurs une certaine importance dans le roman que ce soit à travers le désir d’être mère et la difficulté de procréer ou la charge mentale écrasante qui repose sur les femmes. Ashley adore ses trois enfants, mais entre une adolescente qui semble en pleine crise, un bébé sujet aux terreurs nocturnes et un mari passant son temps à travailler, elle se sent dépassée par la situation. Sa seule bulle d’oxygène, un travail dans un café, seul endroit où elle n’est plus soumise aux impératifs domestiques…

J’ai apprécié ce parallèle entre les deux sœurs qui, d’une certaine manière, se coupent toutes les deux du monde : l’une en raison du désir viscéral d’être mère qui supplante tout et l’autre en raison d’une vie de famille dont le poids écrasant l’empêche de souffler. Elles pourront heureusement compter l’une sur l’autre, leur complicité ne faisant aucun doute. Mais cela sera-t-il suffisant devant l’aura de danger qui semble planer sur leur vie et qui, à mesure que l’on tourne les pages, nous prend à la gorge ? L’autrice a, en effet, un talent certain pour faire monter la tension crescendo et nous pousser à suspecter toutes les personnes qui gravitent autour des protagonistes.

Elle s’amuse également à jouer avec les nerfs de Corinne et d’Ashley qu’elle pousse dans leurs retranchements suscitant par là même une vive empathie de la part des lecteurs. Quand Ashley est pétrifiée à l’idée que son couple vole en éclats devant les sirènes de l’adultère, Corinne a, quant à elle, l’impression de devenir folle… Il faut dire que si son compagnon se montre d’un total soutien en ce qui concerne son désir d’enfant, partageant ses espoirs et ses peines, il se révèle bien plus sceptique en ce qui concerne son impression d’être épiée et menacée. Ce dernier m’a d’ailleurs passablement agacée par son refus obtus d’étudier avec impartialité les propos de sa compagne, considérant d’emblée que c’est son désir d’enfant et la mort de son père qui la poussent à voir des choses là où il n’y a que des hasards. Pour un journaliste, je ne l’ai pas trouvé très curieux… On ne pourra pas lui reprocher d’être victime de déformation professionnelle.

Ashley et Corinne adoraient leur père, mais pour Corinne, cela m’a semblé parfois être assez malsain, un peu comme si la jeune femme voyait en lui non pas seulement un père, mais une idole, un modèle de perfection. Il faut dire que l’homme semble avoir toujours veillé à briller et à être au centre de l’attention que ce soit dans sa vie personnelle et/ou professionnelle. Mais ce père adoré et adulé était-il vraiment aussi parfait que cela ? Une question que je laisserai volontairement en suspens… Ce qui est certain, en revanche, c’est qu’on perçoit parfaitement l’aura de toute-puissance de ce personnage qui continue à avoir une certaine emprise sur la vie de sa famille, un peu comme si son ombre n’était jamais loin.

En parallèle de la vie des deux sœurs, on découvre, grâce à des flash-back, l’enfance difficile d’un personnage mystère aux côtés d’une mère maltraitante psychologiquement qui ne lui a jamais apporté ni amour ni stabilité émotionnelle. Une enfance passée à épier, à jalouser et à inventer une autre vie, une vie bien plus heureuse. De fil en aiguille, on en vient à faire le lien avec le reste du roman et à entrevoir les conséquences funestes que l’obsession malsaine d’une mère aura sur la vie de sa fille, une fille autant victime que bourreau. À cet égard, la fin m’a donné quelques frissons, l’autrice lui insufflant une bonne dose d’horreur (mais pas de gore) qui ne devrait pas manquer de comprimer votre poitrine si, comme moi, vous êtes entrés en empathie avec les personnages.

Bien que la narration m’ait semblé parfois manquer de liant, j’ai passé un très bon moment avec ce thriller qui alterne les phases de doute et d’angoisse avec des moments plus chaleureux, ce qui le rend aussi réaliste qu’effroyable. On se plonge sans réserve dans la vie d’Ashley et de Corinne, deux sœurs qui n’auraient jamais imaginé devoir faire face à l’indicible… Sortiront-elles indemnes de cette épreuve ?  Il vous faudra vous plonger dans cette lecture pour le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que les amateurs de suspense, de secrets de famille et de thrillers psychologiques prenant le temps de faire monter la tension devraient trouver ici leur bonheur !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions de l’Archipel que je remercie pour ce partenariat.

Maudit cupidon, Lauren Palphreyman

À 17 ans, Lila découvre que les cupidons, loin d’être un mythe, sont bien réels. Qu’ils constituent une agence d’entremetteurs œuvrant dans le plus parfait des secrets. Et qu’elle, petite mortelle ordinaire, a été matchée au dieu de l’amour originel : Cupidon lui-même. Une vaste plaisanterie ? Non, une malédiction !
D’abord, elle n’a rien demandé. Ensuite, Cupidon est si ingérable qu’il a été banni de la Terre il y a des décennies. Enfin, tous deux encourent la peine capitale s’ils tombent amoureux, les relations entre humains et cupidons étant proscrites. Or sa prétendue âme sœur est de retour, décidée à braver l’interdit et les flèches d’une mystérieuse armée jetée à ses trousses… Lila n’a plus le choix. Aidée de Cal, le jeune frère de Cupidon, elle doit fuir et, par tous les moyens, tenter d’inverser le cours de leur destin.

Hachette Romans (6 février 2019) – 414 pages – Broché (18€) – Ebook (6,99€)
Traduction : Axelle Demoulin Nicolas Ancion

Je me suis laissé tenter par ce roman ayant été intriguée par l’idée de découvrir une histoire reprenant le mythe de Cupidon très peu présent en littérature adolescente. Une curiosité plutôt récompensée parce que si le roman ne me restera probablement pas très longtemps en tête, il m’a toutefois offert un moment de lecture agréable, et surtout, sans prise de tête.

Si on occulte l’ébauche d’un triangle amoureux dont je me serais volontiers passée, j’ai trouvé une certaine fraîcheur et originalité à ce récit qui nous plonge sans préambule dans la vie de Lila, une adolescente qui découvre que Cupidon existe et qu’en plus, il est son âme sœur. Petit problème, cette chère légende de l’amour avec un grand A et du coup de foudre qui foudroie n’a pas le droit d’avoir d’âme sœur. À vrai dire, aucun des cupidons de l’agence qui les régit n’a le droit d’en avoir une, politique de la maison oblige. La sanction si Lila et Cupidon tombaient dans les bras l’un de l’autre ? Le retour de la Présidente ! Or, personne ne semble vouloir qu’une telle chose se produise. Et pour empêcher son retour, les Flèches, un groupe de cupidons fanatiques, sont prêts à tout quitte à employer des moyens radicaux et définitifs…

Face au danger, Lila pourra heureusement compter sur sa meilleure amie Charlie, Cal bien décidé à l’empêcher de tomber dans les bras de son frère Cupidon, Crystal, une femme cupidon pas très chaleureuse au premier abord, et Cupidon en personne.  Je ne me suis attachée à aucun personnage en particulier parce que l’histoire va assez vite, ce qui ne permet pas d’approfondir la personnalité de chacun, mais aucun ne m’a déplu. Tous ont ainsi un petit quelque chose qui donne envie d’apprendre à mieux les connaître : Cal et son côté sérieux qui le rend parfois grincheux mais également attachant, Crystal qui n’est peut-être pas si hautaine que cela et dont on a envie de fouiller dans le passé que l’on devine riche, Charlie qui fait face vaillamment à la situation alors que cela l’impacte directement, Lila qui garde la tête sur les épaules malgré son attraction pour Cupidon et ce dernier qui, derrière une certaine nonchalance, semble finalement moins sûr de lui qu’il n’y paraît…

À mesure que ses sentiments grandissement pour Lila, Cupidon réalise que son obstination à vouloir la rencontrer et à interférer avec sa vie n’était peut-être pas une très bonne idée et qu’en faisant fi des avertissements de Cal, il a mis la jeune fille dans une situation dangereuse.  Je m’attendais à être agacée par Cupidon et son arrogance, mais cela ne fut pas le cas parce qu’on comprend vite que c’est une façade et qu’il est aussi perdu que Lila avec cette histoire d’âme sœur dont il a une vision assez particulière et en décalage avec sa nature profonde. J’ai d’ailleurs apprécié les réflexions soulevées par l’autrice sur cette notion d’âme sœur qui, quand on prend le temps d’y réfléchir, est aussi poétique que triste. N’est-il pas, en effet, assez démoralisant de penser qu’il n’existe qu’une seule chance d’être heureux ? Cette idée d’âme sœur et de ses limites est donc assez bien traitée dans ce roman. Je retiens notamment une très belle scène vers la fin du roman qui apporte une conclusion aussi émouvante que pleine de pertinente…

Puisqu’on parle du mythe de Cupidon, il y a bien sûr une romance, mais je l’ai trouvée assez légère pour ne pas prendre le pas sur l’action même si les réflexions de Lila sur le corps de sa supposée âme sœur m’ont parfois fait lever les yeux au ciel. Cupidon et Lila se tournent autour, mais il y a cette barrière à ne pas franchir qui maintient entre eux une  certaine distance… Ne vous attendez donc pas à ce qu’ils se sautent dessus dès les premiers chapitres, ce qui, je dois en convenir, m’a plutôt plu. Toutefois, je reconnais ne rien avoir ressenti devant ce couple interdit. Il n’y a pas assez de tension et d’interactions entre les deux personnages pour que leurs sentiments et leur attraction paraissent réels. Mais je pense que leur histoire pourra plaire à des lecteurs plus jeunes ou un peu moins exigeants de ce côté-là.

J’ai, à l’inverse, complètement été convaincue par la bonne dose d’action présente tout au long du livre. Si la psychologie des personnages manque de développement, l’action, quant à elle, est donc bien au rendez-vous. L’histoire est menée tambour battant et l’on n’a pas le temps de s’ennuyer, le groupe formé autour de Lila devant faire face à un certain nombre d’attaques plus ou moins organisées. Et quand ils ne sont pas attaqués, les personnages sont occupés à fuir leurs sentiments et les Flèches ainsi que les autres cupidons, tous bien décidés à éviter le retour de la Présidente.

L’autrice tente de rendre l’identité de cette fameuse Présidente mystérieuse, mais il suffit de quelques connaissances en mythologie grecque et romaine pour tout de suite comprendre son identité. Un mystère qui n’a donc pas pris de mon côté, mais qui ne nuit en rien à l’intrigue. J’ai, dans tous les cas, apprécié l’incursion de la mythologie dans ce roman puisque les cupidons ne seront pas les seules créatures mythologiques à faire leur apparition. Attendez-vous, par exemple, à retrouver le Minotaure que l’autrice a eu l’idée originale et plutôt convaincante de lier à un célèbre tueur en série dont on n’a jamais vraiment su avec précision l’identité. Sa relation étrange avec Crystal suscite également quelques interrogations… Autre originalité, avoir mélangé mythologie et monde virtuel ! Cela marche vraiment très bien même si c’est un point assez anecdotique par rapport à l’histoire.

Quant à la plume de l’autrice, elle m’a agréablement surprise. Le style est certes simple, mais efficace, agréable et dynamique, ce qui rend la lecture plutôt addictive et plaisante. J’ai d’ailleurs lu le roman en deux ou trois soirées sans jamais trouver le temps long. La seule chose qui m’a un peu frustrée est la rapidité avec laquelle Lila est plongée dans l’univers des cupidons. Cela évite les longueurs, mais j’aurais peut-être apprécié de la voir batailler un peu plus avec l’idée d’être mêlée, bien malgré elle, à cet univers surnaturel dans lequel les créatures mythologiques existent vraiment. On regrettera également une fin un peu trop précipitée qui donne le sentiment que l’autrice a survendu le danger entourant une potentielle romance entre Lila et Cupidon…

En conclusion, Maudit cupidon fut une bonne surprise. La psychologie des personnages aurait probablement mérité d’être un peu plus fouillée pour rendre leurs émotions et ressentis plus palpables, mais l’autrice a su compenser ce point par une bonne dose d’originalité et une fraîcheur inattendue qui ont rendu la lecture aussi agréable que prenante. Si vous souhaitez (re)découvrir le mythe des cupidons, ce roman young adult rythmé et bien mené pourrait vous plaire.

 

Diesel – Allumage, Tyson Hesse

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le voyage de Diandra Diesel pour récupérer le vaisseau de son père ! Lorsqu’une armée longtemps oubliée surgit des nuages, Diandra « Dee » Diesel prend une décision irréfléchie qui va changer son destin pour toujours. Avec son robot cassé et une mystérieuse machine volante pour seule aide, Dee va faire un voyage qui la mènera de l’obscurité des terres abandonnées situées sous les nuages à la lumière éblouissante de la capitale de son monde. Son plus grand défi sera de s’affranchir de son héritage familial afin de choisir seule sa propre destinée. Tyson Hesse nous livre une histoire, visuellement exceptionnelle, sur l’importance de la famille, des responsabilités et sur l’héroïsme, dans un monde aussi nouveau que gigantesque !

Editions Kinaye (18 janvier 2019) – 208 pages – Album (15,50€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Il se dégage pas mal de mystère de cette aventure dans laquelle nous faisons la connaissance d’une jeune fille haute en couleur, Diesel alias Dee pour les intimes. Cette dernière présente la particularité d’être aussi touchante qu’exaspérante ! Encore très jeune dans sa tête, elle se comporte comme une adolescente incapable d’être en prise avec la réalité et de faire face aux conséquences de ses actes. Si ce trait de personnalité tend à m’exaspérer, ici, il passe très bien parce qu’on se rend très vite compte que derrière cette insouciance, se cache une jeune femme blessée qui n’attend qu’une chose, trouver sa place.

Et puis, témoin, il y a 7 ans, d’une terrible scène dans laquelle elle voit son père adoptif disparaître, on peut comprendre qu’elle se réfugie quelque peu dans ses fantaisies à la place d’affronter la réalité. Mais un événement tragique va venir bouleverser son monde et la pousser dans ses retranchements. Face aux dangers et aux rencontres qu’elle fera en cours d’aventure, certaines plus agréables que d’autres, elle va évoluer et gagner en consistance. Sans devenir du jour au lendemain parfaite, Diesel finira par comprendre que grandir et trouver sa place, c’est aussi prendre des décisions et gagner en maturité. Je vous rassure, elle ne perd pas cette petite étincelle de folie et de bonne humeur qui fait son charme, mais dans l’adversité, elle va enfin se révéler !

Cette histoire menée tambour battant m’a séduite par cet enchevêtrement constant et maîtrisé d’actions qui vous tient en haleine et vous fait tourner les pages avec avidité d’autant que le récit n’est pas dénué de suspense. En cours d’aventure, Diesel va ainsi faire une surprenante découverte qui remet en question son monde, fait vaciller ses certitudes et la pousse dans une quête de vérité dont on attend, tout autant qu’elle, le dénouement. Pas mal de questions donc dans ce premier tome avec un personnage dont je ne vous dévoilerai pas l’identité, mais qui apporte une certaine profondeur et complexité à l’intrigue.

Si le comportement de ce dernier a de quoi dérouter, voire dégoûter, on se doute bien grâce, entre autres, à des flash-back que les choses ne sont pas si simples que cela et que ses intentions sont plus complexes qu’il n’y paraît. De la même manière, ces hommes-oiseaux menaçants, qui ont déjà détruit la vie de Diesel par deux fois, se révèlent finalement assez nuancés. Leurs actes sont certes odieux, mais ce qui les a poussés à les commettre l’est tout autant. Comme dans toute guerre, car il s’agit bien d’une guerre, personne n’est tout blanc…

Diesel est un personnage qui ne peut laisser indifférent, mais la galerie de personnages secondaires est aussi intéressante, et donne lieu à des échanges parfois assez drôles, notre héroïne n’ayant pas que des fans… L’humour est d’ailleurs très présent dans cet album, ce qui permet d’alléger l’impact de certaines révélations fracassantes tout en offrant de beaux instants de rire. À cet égard, j’ai beaucoup apprécié les interactions mouvementées entre Diesel et la commandante du vaisseau dont notre héroïne aurait dû hériter. L’insouciance de Diesel tranche avec la rigueur et le sens des responsabilités de cette femme, mais leur relation pourrait évoluer, Diesel lui prouvant qu’elle aussi peut se montrer à la hauteur quand la situation l’impose.

Page 0 Diesel tome 1

Mais, comme souvent, mon coup de cœur va à un personnage secondaire et atypique : le robot que Diesel a reçu en cadeau durant son enfance et qui a longtemps été son seul ami. Il existe donc une parfaite compréhension entre eux, du moins, dans la tête de la jeune fille qui semble surtout lui attribuer les pensées qui l’arrangent ou qu’elle déduit du contexte. La présence de ce robot aux côtés de la jeune fille est touchante au point de me pousser à le considérer non pas comme une machine, mais comme un être à part entière dont les capacités exceptionnelles devraient vous enthousiasmer. Un joli duo donc !

Cette histoire, en plus de nous offrir un très bon moment de divertissement, aborde différents sujets : la famille et les liens parfois complexes unissant ses membres, la guerre et ses désastreuses conséquences, l’amitié, le sens des responsabilités, la quête de soi et de sa place au sein de la société et des siens, l’héroïsme qui ne se décrète pas mais qui s’impose presque à soi… Une multitude de thèmes intéressants qui viennent enrichir la lecture.

Au-delà du suspense qui rend l’histoire assez addictive et des personnages hauts en couleur, l’ouvrage bénéficie de superbes et dynamiques illustrations fourmillant de détails. Plus sobres que dans Space battle Lunchtime par exemple, elles possèdent néanmoins un certain cachet et participent grandement au plaisir que l’on prend à découvrir ce premier tome. J’ai également apprécié la manière dont les phases d’action se détachent clairement des phases plus narratives. Les illustrations sont alors, dans ces moments-là, plus lumineuses et intenses, ce qui permet à l’auteur de se passer de texte ou de le réduire à son plus strict minimum.

En conclusion, avec Diesel, on retrouve la touche Kinaye, c’est-à-dire des ouvrages pleins de peps, d’humour, d’action et de personnages attachants. Le cocktail parfait pour offrir un moment de lecture divertissant et totalement immersif !

Le dernier gémini (Galénor t. 2), Audrey Verreault

Le dernier gémini (Galénor t. 2) par [Audrey Verreault]

« Asmodée est de plus en plus radical avec sa politique anti-inferniths… Il veut qu’on les envoie tous à la prison d’Astheroth pour les interroger et les pister… Puis il y a ces magiciens avec leurs masques en forme de têtes de corbeaux qui rôdent à travers Galénor et attaquent des villages. Personne ne sait d’où ils viennent. Ni ce qu’ils veulent. Moi je m’en doute. Ils ont assassiné mes parents adoptifs… Je pense qu’ils cherchaient ce qu’ils m’ont légué… J’essaie de chasser tout ça de mes pensées…
Nous avons presque tout épuisé nos réserves de poudre d’artanis et nous, magiciens, ne pourrons bientôt plus exercer notre magie.
Asmodée a mis la main sur une pierre de Kartane qui pourra peut-être remplacer l’artanis et mettre fin à la pénurie magique qui plane sur notre monde. Or, le Kartane figure parmi les substances les plus convoitées de l’univers…
Nous avons été mandatés, moi et les autres géminis pour protéger cette pierre jusqu’à ce que les alchimistes aient terminé leurs recherches.
Nous sommes en fonction. Cette nuit, j’ai la pierre, dissimulée sur moi. La fête bat son plein. La salle est bondée. Un homme encapuchonné franchit la porte d’arche. Des ailes noires pendent à son dos. Il sort du lot, mais il y a autre chose… »
– Daphnée

Fantasy, magie et romance vous attendent dans ce deuxième tome de Galénor où nous suivons cette fois-ci Daphnée, accompagnée de ses amis géminis – JudyAnn, Tom et Kyle, ainsi que de Vincent, leur nouvel allié vampire.

Auto-éditée (6 mars 2020) – 361 pages – Broché (14,76€) – Ebook (3,99€)

Retrouvez ma chronique du premier tome, Le livre des portes.

AVIS

J’ai attaqué ma lecture sans avoir beaucoup de souvenirs du tome précédent. Fort heureusement, après quelques pages, certains événements et éléments me sont revenus en tête comme mon coup de cœur pour Mérindol. J’adore sa personnalité, sa bienveillance et son rôle de guide et de mentor qu’il prend très à cœur…

Bien que ce tome soit centré sur Daphnée, l’autrice a opté pour une narration alternée nous permettant de suivre également les autres personnages découverts, pour la plupart, dans le premier tome. Cela apporte beaucoup de fluidité et de dynamisme tout en nous donnant l’impression de faire partie intégrante de l’action et de la bande d’amis. Toutefois, ce procédé ne permet pas de développer outre mesure la psychologie de chacun, ce qui pourra frustrer certains lecteurs. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’on sent que c’est un choix de l’autrice de favoriser le rythme et l’action et que ça fonctionne très bien puisqu’on ne s’ennuie pas un instant.

L’autrice nous donne néanmoins assez d’informations et d’éléments pour différencier les personnages et développer nos propres préférences. À cet égard, je reconnais avoir nettement préféré Daphnée à JudyAnn. La jeune femme affronte avec beaucoup de courage et de détermination les différentes épreuves qui se présentent à elle, du meurtre de ses parents adoptifs à ce puissant et dangereux artefact dont elle a hérité et qu’elle doit protéger en passant par cette pierre qu’elle a en partie absorbée et qui menace de la faire sombrer ! Elle pourra heureusement compter sur ses amis et ses alliés tout en devant collaborer avec un insaisissable magicien-corbeau dont la vie se retrouve inopinément et inextricablement liée à la sienne.

Toujours en train de manigancer quelque chose et manquant cruellement de transparence et d’honnêteté, Danik se révèle un personnage fort intrigant qui évolue tout au long de l’aventure. Ce personnage permet à l’autrice de soulever la question du passé et des émotions. Peut-on vivre sans tous ces souvenirs qui font de nous ce que nous sommes ? Une vie, dépourvue d’émotions, vaut-elle vraiment la peine d’être vécue ? Un individu sans passé et sans aucune émotion ne devient-il pas une coquille vide dont la vie se résume à une succession de jours sans saveur ? Chacun se forgera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que ces questions vont fortement diviser Danik et Daphnée, le premier aspirant à tout oublier quand la deuxième n’imagine pas une vie sans tous ses souvenirs…

Les deux protagonistes ne pourraient être plus différents, pourtant, au fil des épreuves, ils se rapprochent et apprennent, petit à petit, à se faire confiance malgré les nombreux doutes et les dangers. Et puis, il y a cette part d’onirique dans leur relation qui les lie et leur permet de faire tomber les masques quand la réalité leur demande la prudence. Les interactions entre les deux personnages se révèlent intéressantes tout comme la manière dont ils évoluent côte à côte, mais j’ai surtout apprécié que l’autrice ne tombe pas dans l’écueil du premier tome avec une romance assez peu convaincante. Si l’on devine rapidement le tournant que va prendre la relation entre Danik et Daphnée, il n’y a aucune précipitation ni faux drame. Leurs sentiments se développent naturellement, ce qui ne les rend que plus touchants et réalistes.

La narration alternée dynamise grandement le récit, mais il faut aussi compter sur les multiples enjeux de ce tome, chaque problème semblant en amener un autre. Une cascade de dangers qui entraîne moult aventures et péripéties, certaines poussant nos protagonistes dans leurs retranchements. Loin de Mérindol et pris en étau entre leurs ennemis et leur propre camp, ils vont ainsi devoir puiser au fond d’eux-mêmes pour trouver la force d’avancer et de se surpasser alors même que tout autour d’eux n’est que mensonges, complots et faux-semblants…

Comme dans le premier tome, l’autrice nous offre un bestiaire étoffé, des personnages de différentes natures et un univers complexe et nuancé dans lequel le manichéisme n’a pas sa place. On retrouve également ce thème du racisme et du rejet systématique de l’autre en raison de sa différence. Un thème qui ne devrait pas manquer de vous révolter et de vous faire comprendre combien il s’avère difficile pour certains de nos personnages de trouver leur place dans un univers où, quelle que soit la dimension, les préjugés ont la vie tenace.

Pour autant, tout n’est pas sombre, les choses évoluant progressivement grâce à des personnes qui se battent pour la justice, l’équité et le droit à la différence. Une jolie leçon qui trouve son apogée dans une fin émouvante et pleine de vérité nous prouvant qu’il est toujours possible de se repentir et d’agir pour le bien commun. Quant au grand final, riche en émotions, il se révèle d’une justesse folle bien que difficile sur le plan émotionnel. Une fois le choc passé, je l’ai même trouvé optimiste avec cette idée que de l’obscurité peut naître la lumière et que la vie n’a de sens qu’en étant pleinement vécue… Une évidence qu’il est toujours bon de rappeler surtout quand c’est fait, comme ici, de manière poignante. 

En conclusion, Le dernier gémini ne souffre nullement du syndrome du deuxième tome, l’autrice nous proposant ici une suite menée tambour battant et riche en révélations, complots et autres retournements de situation. L’univers est toujours aussi étoffé et complexe et source à soulever des thèmes ancrés dans notre réalité comme le racisme, la peur de la différence, la résilience, la rédemption, l’amitié, l’amour mais aussi le sens de la vie et de la mort. Rythmé et immersif, voici un roman de fantasy qui vous fera passer par différentes émotions et vous tiendra en haleine jusqu’à un dénouement final aussi intense que lumineux.

Merci à l’autrice pour cettte lecture que vous pourrez achter sur Amazon.

Interview with the robot, Lee Bacon

50031773. sx318

Fugitive. Criminal. Robot.

A sci-fi adventure for young listeners, Interview with the Robot introduces a unique heroine who seeks the truth about herself.
Eve looks like an ordinary 12-year-old girl, but there’s nothing ordinary about her. She has no last name. No parents or guardian. She’s on the run from a dangerous and secretive organization that will stop at nothing to track her down.
And most astonishing of all: she’s a robot, a product of Eden Laboratories. When Eve discovers the truth, she realizes everything she thought she knew about herself is a lie. Eve manages to escape, fleeing the lab, the only home she’s ever known.
After being arrested for shoplifting, Eve is interviewed by Petra Amis from Child Welfare Services. Her incredible story unfolds during the interrogation, with flashbacks to her life inside Eden Laboratories, which has a dark secret. Listeners follow Eve from her first moment of consciousness to her evolution as a nearly-human companion to Emory, the son of the founder of Eden Laboratories.
Exploring a range of topics that drive our society and our lives—topics such as artificial intelligence and human nature – Interview with the Robot is a story told by a startlingly original protagonist, a story that explores the vast potential of technology and the deep complexities of humanity.

À partir de 10 ans – 3hrs 42mins

AVIS

J’ai profité du fait qu’Audible propose des livres audio à écouter gratuitement durant le confinement pour me lancer dans Interview with the robot de Lee Bacon. Si la science-fiction n’est pas mon genre de prédilection, les intelligences artificielles et la robotique m’intéressent beaucoup, ce qui explique peut-être le plaisir pris à découvrir ce roman jeunesse qui soulève des  questions intéressantes sur ces sujets notamment d’un point de vue éthique et moral.

Qu’est-ce qui différencie l’homme de la machine ? Une machine faite de métal, de circuits imprimés et ayant la conscience d’exister ne peut-elle pas être considérée comme une entité vivante ? Les émotions sont-elles l’apanage des hommes et des animaux ? Tout autant de questions que l’histoire d’Eve, robot ayant l’apparence d’une enfant de douze ans, ne manquera pas de susciter en vous. Une histoire qu’elle raconte à un membre des services sociaux, Petra Amis, après avoir réussi à s’échapper de l’organisation qui l’a conçue. À mesure que l’on découvre tout ce qu’elle a traversé et qu’on apprend à la connaître, on en vient à s’interroger sur sa véritable nature…

En plus de la conscience d’être, elle semble éprouver des sentiments, notamment envers le fils de son créateur qui est devenu, au fil du temps, son meilleur ami. À travers des flash-backs, on découvre d’ailleurs leur réelle et belle complicité et la manière dont, aux côtés d’Emory, Eve a gagné en humanité, apprenant, par exemple, à faire des plaisanteries ou à détecter les nuances parfois subtiles dans les échanges entre humains. Elle n’a pas de sang ou d’organes humains et se recharge comme un téléphone portable, mais la réduire au statut de simple machine au service de l’humanité semble donc terriblement injuste…

J’ai adoré découvrir le récit de cette héroïne atypique et hors du commun à laquelle je me suis beaucoup attachée à l’instar de Petra qui va traiter Eve comme n’importe quel autre enfant : avec empathie, patience et gentillesse. Les interactions et les dialogues entre les deux personnages sont truculents et m’ont fait régulièrement sourire, car si Eve semble humaine par bien des aspects, elle n’a pas encore toutes les clefs en main pour comprendre les comportements parfois irrationnels des humains… L’entretien entre Petra et Eve permet également de réaliser le fossé entre ce que son créateur veut d’elle et ce qu’Eve désire vraiment. Elle a, en effet, appris à exprimer ses propres envies et est capable de prendre des initiatives qui n’entrent pas forcément dans le cadre de ses prérogatives.

Au-delà de la question des intelligences artificielles et des réflexions sur la nature humaine, le roman aborde également des thèmes comme la famille. Qu’est-ce qu’une famille ? Cela se réduit-il vraiment aux liens du sang ? Une interrogation soulevée tout au long du roman qui trouve son apogée dans une révélation qui m’a complètement prise de court. Je ne l’avais pas du tout anticipée, ce qui m’a donné envie d’écouter le roman depuis le début afin de voir si l’auteur avait laissé quelques indices. Je ne l’ai pas fait, mais j’ai apprécié la manière dont ce retournement de situation parfaitement orchestré bouleverse l’ordre des choses et donne une certaine profondeur au roman. Il soulève, en outre, certaines questions, notamment sur le bien et le mal, et ce que l’on est en droit de faire au nom de ses idéaux et/ou de sa famille.

Destiné aux enfants à partir de 10 ans, le roman, bien qu’en anglais, se révèle tout à fait accessible. Le vocabulaire et les constructions grammaticales sont simples, et les nombreux flash-back, accompagnés d’une petite transition sonore, aident à s’immerger complètement dans l’intrigue. N’hésitez donc pas à vous lancer si vous avez envie de tester ou de vous remettre à la lecture de livres audio en anglais d’autant qu’en plus d’être rapide (moins de quatre heures), l’écoute se révèle rythmée, prenante et plutôt addictive.

En conclusion, à travers l’histoire mouvementée et surprenante d’une héroïne atypique et attachante, l’auteur soulève d’intéressantes et pertinentes réflexions sur la notion d’humanité, la technologie, mais également sur la famille, ce qui fait son socle et comment l’amour des siens peut pousser une personne à commettre l’indicible… Captivant, intelligent, teinté d’humour et empli de mystère, voici un roman jeunesse fort sympathique que je ne peux que vous conseiller pour une plongée fascinante dans le monde de la robotique.

Pour écouter gratuitement le roman durant le confinement, rendez-vous sur le site d’Audible Stories.

La Dame de l’Orient-Express, Lindsay Ashford

L’incroyable histoire vraie d’Agatha Christie

Inspiré d’un épisode méconnu de la vie d’Agatha Christie, La Dame de l’Orient-Express est un roman émouvant mettant en scène l’écrivaine se liant d’amitié avec deux femmes marquées par la vie. Un roman plébiscité par le public anglo-saxon.

Octobre 1928. Son divorce lui a laissé un goût amer. Partout, Agatha Christie croit voir le fantôme d’Archie, son ex-mari. Jusque dans les couloirs de l’Orient-Express, où elle vient de prendre place sous une fausse identité. Elle se sait pourtant privilégiée. Le Meurtre de Roger Ackroyd l’a rendue célèbre. Et rien ne l’oblige à rester en Angleterre pour écrire son dixième roman.

Elle a trente-huit ans. À bord de ce train mythique qui doit la mener à Istanbul, elle fait la connaissance de deux femmes, Nancy et Katharine. Elles aussi cachent leur passé. La première fuit un mari violent. La seconde part rejoindre son futur époux sur un site de recherches archéologiques. Et c’est à Ur, en Mésopotamie, qu’un drame se noue… aux répercussions inattendues.

L’Archipel (12 mars 2020) – 396 pages – Broché ( 22€) – Ebook (15,99€)
Traduction :
Philippe Vigneron

AVIS

Agatha Christie, du haut de ses 38 ans, connaît déjà le succès, mais sa vie personnelle semble bien plus chaotique. Toujours blessée par la trahison de son ex-mari qui va bientôt se remarier et désirant oublier un épisode qui n’avait pas manqué de défrayer la chronique, elle s’engage dans un long périple à destination de la Mésopotamie. Un voyage qui, en plus de lui faire découvrir moult paysages, lui permettra de faire la rencontre de deux femmes très différentes l’une de l’autre : la discrète Nancy qui désire fuir son mari et la très charismatique Katharine qui part rejoindre son futur époux sur un site archéologique. Si ces trois femmes n’ont a priori rien en commun, on comprend, de fil en aiguille, qu’elles ont toutes les trois traversées des épreuves difficiles qui ne pourront que les rapprocher et forger entre elles une solide amitié.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre avec ce livre, mais je dois dire que j’ai été enchantée par la tournure prise par les événements et la manière dont l’autrice s’inspire de la vie d’Agatha Christie pour proposer une œuvre de fiction passionnante et foisonnante. Le voyage pour la Mésopotamie n’est pas de tout repos et offre quelques rebondissements, mais il se révèle surtout l’occasion rêvée pour Lindsay Ashford d’évoquer l’amitié, l’amour, la résilience, le deuil de certaines relations, la féminité, la condition de la femme dans les années 30 sans oublier un sujet très rarement évoqué en littérature... Ce roman est donc, entre autres, une ode aux relations et à l’amitié, une amitié portée par trois femmes pour lesquelles on développe un profond attachement.

Si l’intrigue met à l’honneur Agatha Christie, ses nouvelles amies ne sont nullement oubliées. C’est d’ailleurs, à mon grand étonnement, le destin de Katharine qui m’a le plus marquée. Alors que cette femme était celle avec laquelle j’avais le moins d’affinité en début de livre, son évolution m’a fait changer d’avis à son égard. J’ai peut-être été sensible au fait que sa carapace finit par se briser pour nous permettre de découvrir la vraie Katharine : une personne intelligente, pugnace, en avance sur son temps et bien décidée à s’imposer dans le milieu de l’archéologie dominé par les hommes, mais c’est aussi une personne profondément blessée par la mort de son premier mari et un secret qui la hante…

Nancy, de par sa condition, est celle qui nous semble la plus vulnérable ce qui explique peut-être la rapidité avec laquelle Agatha va la prendre sous sa protection. Son apparente fragilité ne l’a toutefois pas empêchée de faire montre d’une certaine force de caractère, la jeune femme ayant quitté, malgré les conventions sociales et les risques, un mari volage et ombrageux afin de construire une vie qui lui convient mieux. Quant à Agatha, touchante, déterminée, courageuse, généreuse, curieuse et intelligente, c’est une femme pour laquelle on ne peut que développer de l’admiration. Tout comme ses deux amies, elle possède néanmoins ses propres démons et fêlures. On la sent ainsi encore à fleur de peau en ce qui concerne son histoire avec son ex-mari, mais on ne peut que louer son envie d’aller de l’avant quitte à s’éloigner durant quelques semaines de sa fille qu’elle aime pourtant beaucoup.

L’autrice forme le portrait nuancé de trois femmes fortes, chacune à leur manière, avec leurs faiblesses et ces zones d’ombre que l’on découvre au compte-gouttes. Un procédé qui rend d’ailleurs la lecture très addictive puisque l’on ne peut s’empêcher de tourner les pages avec curiosité et cette envie irrépressible de découvrir tous leurs secrets, et la manière dont elles vont réussir, en s’épaulant, à surmonter les blessures du passé et à affronter les épreuves à venir.

Si l’autrice accorde une large place aux personnages féminins, deux de ses protagonistes masculins ont su me séduire. L’un en raison de sa prévenance et de sa gentillesse et l’autre, grâce à la patience et à la tolérance dont il a su faire preuve malgré un caractère un peu rustre, du moins, au premier abord. Vous verrez, en effet, que les apparences sont parfois trompeuses et que la froideur peut simplement cacher une certaine maladresse et un besoin irrépressible de trouver un peu de réconfort dans la chaleur de l’autre…

L’amitié féminine prend une place considérable dans le récit, mais il également question d’amour, de l’amour passionnel, de l’amour qui élève avant de mieux détruire, mais aussi de reconstruction et de la manière dont la vie peut vous apporter une nouvelle chance à condition de savoir la saisir. Je ne développerai pas ce point outre mesure vous laissant le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été touchée par deux personnages qui vont, progressivement et avec beaucoup de naturel et de simplicité, nouer une belle relation faisant fi des convenances et du poids du passé.

La Dame de l’Orient-Express accorde également une jolie place à l’évasion et au dépaysement. On découvre ainsi des paysages, des mets inconnus à nos palets, d’autres cultures et d’ancestrales traditions sans oublier une plongée fascinante dans le monde de l’archéologie et des fouilles. Un point qui m’a particulièrement plu et qui apporte un certain cachet à l’intrigue ! La plume de l’autrice, vivante, fluide et pleine de sensibilité rend, quant à elle, la lecture agréable et immersive d’autant que l’alternance des points de vue et la présence de nombreux dialogues ne manquent pas de dynamiser le récit.

En conclusion, en mêlant avec brio fiction et réalité, l’autrice nous propose un roman vibrant de féminité et de sensibilité qui ne devrait pas manquer de vous toucher et de vous donner envie de découvrir la femme derrière Agatha Christie, la romancière. Ode à l’amitié, à l’amour, à la vie et aux secondes chances, La Dame de l’Orient-Express plaira autant aux amateurs de la célèbre romancière qu’aux personnes souhaitant se laisser porter par une histoire dépaysante et pleine d’émotions.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.

 

À bout de nerfs, James Barnaby

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir À bout de nerfs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angelica, une Américaine de 25 ans, travaille comme fille au pair à Londres. Un soir, en rentrant du pub où elle a l’habitude de retrouver son ami Jim, elle découvre avec horreur que le père de famille a mis fin à ses jours après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles.

Sous le choc, la jeune femme accepte alors l’étrange offre d’emploi que lui a dénichée Jim dans les petites annonces : un poste de nurse richement rémunéré dans un château en Écosse. Ils se rendent tous les deux sur place, sont reçus par un couple excentrique qui embauche aussitôt la jeune femme et lui confie la garde de leurs deux enfants pour vingt-quatre heures. Jim reste avec son amie pour lui tenir compagnie. L’orage gronde, quand soudain, l’électricité est coupée, plongeant le sinistre manoir dans l’obscurité. Lorsque la lumière revient, Jim et les enfants ont disparu…

Harcelée par les enquêteurs qui la soupçonnent d’être impliquée dans l’enlèvement des petits, Angelica commence à se poser des questions. Qui est vraiment Jim ? Est-il victime, ou auteur de ce rapt ? Cherche-t-il à la manipuler ? A moins qu’un danger plus grand encore ne la menace…

Éditions De Borée (10 octobre 2019) – 405 pages – Broché (20,50€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Dans la vie, il y a les chanceux et les poissards. Et vu les circonstances, on peut raisonnablement penser qu’Angelica appartient à la seconde catégorie.

Cette Américaine de vingt-cinq ans doit d’abord faire face au massacre de la famille anglaise pour laquelle elle travaillait comme fille au pair avant d’affronter la suspicion de la police écossaise l’accusant de l’enlèvement des deux enfants de ses nouveaux employeurs, un couple d’Écossais. Ce qui s’annonçait comme un nouveau départ suite au drame londonien se révèle donc une nouvelle épreuve d’autant que la jeune femme n’est pas au bout de ses peines…

En parallèle, nous suivons une affaire d’escroquerie financière d’envergure internationale qui prend ses racines en Israël. Le flou entourant l’entreprise dans le collimateur des autorités, TradeOption, et la complexité de ses montages financiers nécessiteront l’intervention de professionnels spécialisés dans la traque des dérives financières que ce soit le Lahav 433, sorte de FBI Israélien, ou l’agent Sleuth du FBI.

Ce dernier a une motivation toute personnelle d’intervenir, Angelica étant sa nièce. C’est donc sans hésiter qu’il se rend en Angleterre et en Écosse où il finira par découvrir que les malheurs de sa nièce semblent inextricablement liés à cette fraude financière qui met en émoi son contact israélien. Mais quel est le lien entre les deux affaires et comment aider sa nièce qui se retrouve dans une situation bien fâcheuse ? N’est-il d’ailleurs pas trop tard ?

James Barnaby nous propose une enquête passionnante et rondement menée qui nous fait voyager entre Israël, Angleterre et Écosse, pays dont il a su retranscrire l’atmosphère si particulière. C’est donc dans une ambiance étouffante, teintée de folklore et de légendes locales, que l’on suit l’enquête qui se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît. Mais quand l’argent entre en jeu, n’est-ce pas toujours le cas ?

Il faudra donc toutes les bonnes volontés pour avancer ! Et ce n’est pas l’agent Sleuth qui vous dira le contraire. Désespéré par la police locale bien plus encline à accuser sa nièce d’enlèvement qu’à tenter de faire toute la lumière sur cette étrange histoire, il enquêtera  de son côté se fiant à son flair, son expertise et ses contacts. Si j’ai apprécié ce personnage très humain qui fait de son mieux pour venir en aide à sa nièce, j’ai regretté un manque d’éclat. J’aurais ainsi souhaité qu’il nous épate un peu plus, son rôle restant finalement accessoire. Mais on peut comprendre que ses liens avec Angelica ne lui permettent pas d’avoir l’objectivité nécessaire pour mener à bien, et de manière détachée, des investigations.

J’ai, en revanche, beaucoup apprécié Angelica, une femme forte, indépendante et courageuse qui fait face aux épreuves sans jamais se lamenter et avec un certain aplomb ! En plus d’avoir la tête sur les épaules, elle possède aussi beaucoup d’empathie, une certaine imagination et une vraie capacité d’adaptation, des qualités qui expliquent peut-être l’excellent contact qu’elle entretient avec les enfants. Des enfants qu’elle fait d’ailleurs passer avant tout !

Bien que le roman fasse un peu plus de quatre cents pages, on ne voit pas le temps passer, l’auteur apportant beaucoup de rythme et de dynamisme à son récit. D’une plume fluide et immersive, il nous fait naviguer avec simplicité dans les méandres de la finance, mais aussi dans ceux de l’esprit humain prompt à toutes les extrémités pour s’enrichir… Grâce à des personnages variés, et pour certains plutôt excentriques et énigmatiques, il veille également à semer le doute dans l’esprit des lecteurs qui ressentent alors la même perplexité que l’agent Sleuth face à cet embrouillamini.

Qui est vraiment Jim, l’ami d’Angelica, qui l’a plus ou moins convaincue d’entrer au service du couple écossais et comment expliquer sa double personnalité ? Que penser de ce laird excentrique, débonnaire et haut en couleur qui semble bien prendre à la légère l’enlèvement de ses enfants ? Quelle est la véritable envergure de la fraude orchestrée par TradeOption et comment est-elle liée au drame londonien et à l’enlèvement des deux enfants en Écosse ? Qu’en est-il de cette action de crowdfunding lancée pour payer la rançon des enfants ? Vraie démarche ou nouvelle manière d’extorquer de l’argent à de naïfs contributeurs ? Les questions ne manquent pas et les révélations, du moins pour certaines, ne devraient pas manquer de vous surprendre…

En bref, finance, magouilles et appât du gain offrent ici un tango endiablé à l’issue duquel ne reste que la vision de personnes prêtes à beaucoup, certaines au pire, pour conserver leurs acquis et s’enrichir. Suspense, tension, mensonges, révélations choquantes, faux-semblants et jeux de dupe sont donc au rendez-vous de ce thriller mêlant avec beaucoup de charme folklore local et dure réalité… L’argent n’a pas d’odeur ? Peut-être, mais elle a ici le goût du sang !

Retrouvez le roman sur la boutique en ligne des éditions de Borée.

Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HaperCollins pour m’avoir permis de découvrir Arrowood de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. La police, débordée, arrive à un point de rupture. Tandis que les bourgeois désemparés se tournent vers Sherlock Holmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes. Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé. Quand un homme disparaît mystérieusement, Arrowood et son comparse Barnett se lancent dans une mission de taille : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

HarperCollins (février 2019) – 352 pages – Poche (7,90€)

 

AVIS

L’un analyse les indices et fait des déductions, l’autre lit les émotions et en tire des conclusions. Deux approches assez différentes pour deux personnages qui semblent quelque peu incompatibles, du moins, si l’on se fie à la haine qu’Arrowood voue à Sherlock Holmes bien qu’il soit fort probable que ce dernier ne connaisse même pas l’existence de ce détective des bas-fonds de Londres.

J’ai adoré voir planer l’ombre de Sherlock Holmes dans le récit. Le célèbre détective n’intervient pas, mais on entend régulièrement parler de ses exploits, ce qui a ravi la fan de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle en moi. Mais la manière dont tout le monde s’extasie devant le célèbre détective a tendance à rendre complètement fou Arrowood qui est loin de partager le même enthousiasme. Faisant preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve, il se complaît donc, à la moindre occasion, à décrédibiliser Sherlock Holmes qu’il considère, dans le meilleur des cas, comme extrêmement chanceux, et dans le pire, comme complètement incompétent !

Une vision que je ne partage pas mais qui m’a fait sourire ayant parfois l’impression de voir un enfant refusant d’admettre la vérité : le talent de Sherlock Holmes est sans commune mesure avec le sien. Cela ne l’empêche pas d’avoir de temps en temps quelques affaires à se mettre sous la dent comme celle que lui confie une cliente d’origine française qui souhaiterait retrouver son frère. Une enquête, à première vue, assez banale si ce n’est que le jeune Français travaillait dans l’établissement d’un homme peu fréquentable avec lequel Arrowood et son assistant, Barnett, ont déjà eu maille à partir. C’est donc en marchant sur des œufs et en espérant que le ciel ne leur tombe pas sur la tête que les deux comparses vont se lancer à la recherche de Thierry, ou de Terry pour les Anglais.

Suivant l’un après l’autre les indices qui se trouvent sur leur route, Arrowood et Barnett vont finir par se trouver devant un tableau d’ensemble peu cohérent qui va mettre leur patience à rude épreuve d’autant que leur cliente semble ne pas avoir été complètement honnête avec eux… Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient pour le plus grand bonheur des lecteurs qui tournent alors avec avidité les pages les unes après les autres. On se laisse donc volontiers porter par l’histoire qui met à nu aussi bien les agissements d’un horrible personnage et de ses complices, pas tous forcément très volontaires, que d’un groupe défendant ses idéaux politiques de manière plutôt radicale. Cet aspect politique est finalement assez peu présent, mais je l’ai trouvé très intéressant puisqu’il évoque une partie sombre de l’histoire britannique.

Bien construit, ce roman se lit très vite d’autant qu’en plus d’une l’intrigue prenante, il ne manque pas d’atouts : une plume immersive mais très accessible, une narration à la première personne à travers la voix chaleureuse de Barnett, de nombreux dialogues qui sonnent très « vrais »…. Il faut dire que, page après page, l’auteur nous plonge avec talent dans cette Angleterre victorienne en se concentrant non pas sur le Londres des beaux quartiers, mais sur le Londres de Jack L’éventreur, une ville gangrénée par la misère extrême, la crasse, la méfiance vis-à-vis des étrangers, la prostitution, la corruption, l’alcool, la violence… Un tableau assez sombre dans lequel se fond à merveille Arrowood qui, lui-même, n’est pas exempt d’une certaine crasse au sens propre du terme puisque ce dernier n’est pas un acharné de l’hygiène, qu’elle soit corporelle ou de vie. Mais c’est vrai qu’à cette époque, c’est loin d’être le seul…

Passionné par la psychologie, domaine dans lequel il évolue en autodidacte, Arrowood est un peu la tête pensante du duo quand il s’agit d’élaborer des plans et de faire des liens entre des individus et des événements. Ses talents bien que réels restent, néanmoins, moins spectaculaires que ceux de Sherlock Holmes, ce qui les rend peut-être plus réalistes. Sans être foncièrement désagréable, ce n’est pas un personnage pour lequel j’ai développé énormément de sympathie même s’il m’a parfois touchée notamment par l’affection qu’il porte à Neddy, un gamin des rues que j’ai, pour ma part, adoré. Courageux et volontaire, cet enfant fait de son mieux pour subvenir aux besoins de sa famille tout en vouant une sincère admiration à Arrowood, une admiration que notre détective tend trop souvent à exploiter à mon goût…

J’espère retrouver le jeune garçon dans le deuxième tome tout comme Ettie, la sœur du détective qui possède une certaine force de caractère. À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’évolution du personnage qui, je l’espère, prendra encore plus d’importance par la suite. Si Arrowood ne m’a guère impressionnée par sa lecture des émotions, j’ai été assez époustouflée par la manière dont Barnett n’hésite pas à se lancer dans la bataille quitte à donner de sa personne. Et puis il m’a beaucoup touchée pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir par vous-mêmes.

Chose intéressante, la relation entre Arrowood et Barnett me semble beaucoup plus équilibrée que celle entre Holmes et Watson. Bien que fidèle à Arrowood, Barnett, conscient des forces et faiblesses du détective, l’admire, mais ne l’idolâtre pas, ce qui lui permet d’émettre les réserves nécessaires pour leur propre sécurité. Et c’est probablement ce relative équilibre dans les rapports entre les deux comparses ainsi que leur totale complémentarité qui rendent leur relation/collaboration efficace, réaliste et intéressante…

En conclusion, à travers une enquête rythmée et prenante, l’auteur nous plonge avec un réalisme désarmant dans les bas-fonds de Londres soulevant, au passage, la vase qui semble étouffer la ville. Les apparences pouvant être trompeuses, il faudra bien à Arrowood, entre deux diatribes contre Sherlock Holmes, tout son talent pour démêler le vrai du faux, et à son fidèle associé, Barnett, tout son courage pour concrétiser des plans parfois un peu risqués… Voici un livre que je recommande à tous les amateurs d’enquêtes policières se déroulant dans cette Angleterre victorienne à l’atmosphère si particulière.

Retrouvez/feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions HarperCollins.

L’Agence Pendergast – Le Prince des ténèbres, Christophe Lambert

J’avais déjà repéré L’Agence Pendergast de Christophe Lambert autant pour la couverture que le résumé. J’ai donc été ravie de voir qu’il faisait partie des vingt livres disponibles dans le cadre du Challenge NetGalley. Merci aux éditions Didier jeunesse et à NetGalley pour ce très bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Didier Jeunesse (3 avril 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

New-York, fin du XIX e siècle, Sean, 15 ans, pickpocket plutôt doué, détrousse un homme sans se rendre compte que celui-ci était sous bonne surveillance ! Le voilà donc avec un Indien à ses trousses qui semble bien décidé à reprendre l’objet subtilisé à son ami. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une situation bien fâcheuse pour l’adolescent va se transformer en une étrange et fabuleuse opportunité.

L’homme détroussé, M. Pendergast, se révèle être à la tête d’une agence spéciale qui traque et gère de manière, plus ou moins définitive, les êtres surnaturels qui n’ont pas vraiment envie de côtoyer pacifiquement les humains. Et coup de chance pour Sean, il aurait bien besoin de ses talents dans sa lutte acharnée contre le mal !

Bien que voleur et opportuniste, Sean est un personnage auquel je me suis tout de suite attachée. Il faut dire qu’élevé depuis son plus jeune âge par un mafieux pas vraiment du type conciliant et chaleureux, il ne peut que toucher le lectorat. J’ai, en outre, apprécié que malgré son activité de pickpocket, il ne soit pas sans foi ni loi et suive son propre code moral : pas de veuves, pas de démunis… parmi les personnes qu’il vole. Une déontologie qui ne va pas plaire, mais alors pas du tout, à son « protecteur ». Dans ces conditions, sa rencontre avec l’Agence se révèle quelque peu providentielle, qu’il accepte de le reconnaître ou non.

Sean évolue au fil de l’intrigue et de ses rencontres avec les autres membres de l’Agence Pendergast qui se révèlent tous, chacun à leur manière, attachants. Le directeur qui a donné son nom à l’organisation semble avoir bon cœur au grand dam de Célia, une jeune femme au fort caractère, qui aimerait bien que son patron soit un peu plus méfiant…  Mais l’agence ne serait pas l’agence sans ce vieil excentrique, accompagné de son fidèle chien, qui veille à proposer des armes et autres gadgets originaux, et plus ou moins fiables, pour aider les agents à traquer et maîtriser les créatures qui hantent les rues de New York.

Quant à Joe l’Indien, bien qu’il ait une présence indéniable, ce n’est pas le plus accueillant des membres. Il faut dire que sa relation avec Sean étant partie sur de mauvaises bases, les interactions entre les deux personnages vont donner lieu à quelques étincelles et de nombreux échanges de piques. Ils ne s’aiment pas, et ils ne s’en cachent pas ! Au-delà de cette relation qui ne manque pas de piquant, l’auteur aborde avec subtilité et efficacité un sujet plus sérieux : les préjugés. Ses parents ayant été tués par des Indiens, Sean se méfie de ceux-ci et plus particulièrement de Joe qu’il n’hésite d’ailleurs pas à affubler de surnoms ridicules. Mais au fil des péripéties, et grâce à Célia, il va finir par comprendre que ses idées ne sont que des préjugés qui ne reflètent en rien la réalité.

En plus des personnages, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le bestiaire mis en place dans le roman, l’auteur n’hésitant pas à mélanger des êtres issus de différentes époques. Les centaures côtoient ainsi les sorcières, vampires et autres charmantes créatures ! Un mélange explosif pour une ville qui n’est pas consciente d’abriter une faune diverse et variée, et pas forcément des plus conciliantes. Heureusement que l’Agence veille au grain et s’assure de garder la situation sous contrôle.

Le livre étant à destination des enfants, les chapitres sont relativement courts, et le récit mené tambour battant. Pris dans l’action, on suit donc sans ennui et avec beaucoup de plaisir les (més)aventures de Sean qui va devoir affronter, en plus de son terrible père adoptif, une créature aussi fascinante que dangereuse. Les adultes regretteront peut-être que l’histoire aille un peu trop vite, mais cela ne m’a pas dérangée appréciant la manière dont l’auteur a su concilier concision et immersion. Les descriptions sont ainsi relativement succinctes, mais assez parlantes pour nous immerger complètement dans l’histoire. Les quelques illustrations distillées par-ci par-là tout au long du roman rendent, quant à elles, l’expérience de lecture encore plus immersive.

En conclusion, riche d’un bestiaire étoffé qui mêle allègrement des créatures venant de différentes périodes et cultures, ce roman plante le décor d’une série qui s’annonce pleine d’action, de magie, d’humour et de rencontres palpitantes. Alors n’hésitez pas à pousser les portes de l’Agence Pendergast, et venir à la rencontre de ses truculents agents !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Didier Jeunesse.

La princesse fantôme, Laure St Andréa

Je remercie Laure St Andrea de m’avoir permis de découvrir son roman La princesse fantôme.

RÉSUMÉ AUTEURE

En 948, trois royaumes se disputent Seillos, gros bourg minier au commerce florissant. La guerre est aux portes de la ville et une négociation de la dernière chance est organisée. Exilée à Seillos pour des raisons mystérieuses, Wilia,16 ans, doit apprendre à se débrouiller seule. Accusée de sorcellerie, elle doit fuir de nouveau. Devenue l’apprentie du médecin royal, pourra-t-elle faire confiance à Pedr, le neveu de la reine ? Un personnage surgi du passé vient s’inviter au cœur de la lutte fratricide qui oppose deux conceptions du monde. Qui pourra rétablir la paix

Auto-édité (22 juillet 2018) – 359 pages – Broché (12,55€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Devant le récapitulatif des personnages en début de roman, j’ai eu un peu peur de me perdre entre les différents noms alors que ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Les personnages sont tellement différents les uns des autres qu’il est impossible de se mélanger les pinceaux d’autant que l’autrice a eu la très bonne idée de les introduire au fur et à mesure de l’histoire. On découvre ainsi Wilia, une jeune fille de 16 ans qui a dû quitter sa famille pour une raison mystérieuse… D’abord apprentie auprès d’une tisserande fort sympathique malgré le peu d’intérêt de son élève pour son art, elle devient l’élève du mire de la reine Alinor du Royaume de Transamatta. Une aubaine pour cette jeune fille qui se rêvait bien plus guérisseuse que tisseuse !

Si elle attire la sympathie de tous, à commencer par celle de la mère de la souveraine, elle se fait néanmoins une ennemie qui, mue par la jalousie, fera tout en son pouvoir pour lui nuire quitte à l’espionner et à l’accuser de sorcellerie. Une accusation grave à cette époque où la religion chrétienne se propage, notamment au Royaume de Némétone où le frère de la reine Alinor convertit de force ses ouailles en voyant dans cette religion un excellent moyen de contrôler les masses. Il est intéressant de voir se dessiner le schisme entre les anciennes croyances polythéistes et cette religion chrétienne monothéiste ayant tendance à l’intolérance. Les moines se révèlent donc prompts à vouloir se débarrasser de Wilia accusée de sorcellerie quand ses actes relèvent plus de la botanique et du savoir médical que du surnaturel. Mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qui les dérange vraiment, laisser une femme accéder au savoir et donc à une forme de pouvoir qui met en danger leur autorité ?

Une question que l’on est en droit de se poser dans un contexte géopolitique tendu où s’affrontent deux forces défendant une vision antagoniste du monde. D’un côté, il y a la reine Alinor à la tête d’un royaume où l’on hérite de mère en fille du pouvoir et au sein duquel les anciennes croyances ont toute leur place tout comme la magie, et de l’autre, se trouve son frère qui, pour instaurer un régime politique fort et impitoyable, est bien décidé à s’appuyer sur ce Dieu unique auquel il ne croit pas lui-même… J’ai beaucoup aimé cette idée de matrilignage assez rare en fantasy d’autant que l’autrice nous montre, à travers l’injustice ressentie par le frère aîné de la reine Alinor d’avoir été évincé du trône de Transamatta, que cette manière de passer le pouvoir est tout aussi injuste que celle consistant à couronner un homme en raison de son sexe. Fantasy ou non, l’égalité des sexes éviterait bien des rancœurs !

Si on comprend donc sans peine le ressentiment du frère, on ne peut, en revanche, approuver son comportement, sa méchanceté et la perfidie de cet homme prêt à tout pour conquérir le royaume de sa sœur alors même qu’un ennemi historique menace l’équilibre de la région. Les Romains tenus en échec par Vercingétorix, il y a maintenant mille ans, semblent, en effet, bien décidés à prendre leur revanche sur l’Histoire ! Diviser pour mieux régner ? Une tactique qui a longtemps fait ses preuves a fortiori quand les belligérants se détestent déjà et que les alliances de fortune tendent à voler en éclats devant les ambitions de chacun… J’ai adoré que l’autrice transforme un fait historique connu de tous, la défaite de Vercingétorix, en une victoire, les perdants devenant les gagnants dans cette uchronie. J’ai néanmoins été un peu frustrée que cet aspect ne soit pas un peu plus exploité, mais ce n’est peut-être qu’une envie très Obélixienne de ma part de « casser du Romain ».

La Princesse fantôme est un roman intéressant par les questions qu’il soulève notamment sur la religion et l’intolérance, et cette idée qu’un régime matriarcal n’est pas forcément plus juste qu’un régime patriarcal… Mais l’intérêt de l’histoire réside avant tout, du moins pour moi, dans la découverte de Wilia, une jeune fille attachante, débrouillarde et intelligente qui va, à l’aide de ses amis et de son mentor, faire de son mieux pour aider la reine et le royaume... Elle n’hésitera pas d’ailleurs à se lancer sur les traces d’un héros de légende qui devrait vous réserver quelques surprises.

Capable de douceur et d’une grande empathie, mais aussi de s’emporter à la moindre contrariété, Wilia est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup apprécié. Au gré de ses rencontres et de ses aventures à la cour, elle va doucement évoluer tout en restant fidèle à elle-même et à ses valeurs. Une évolution réaliste qui passe aussi par la découverte du sentiment amoureux. La jeune femme ne sera, en effet, pas insensible au charme d’un certain jeune homme bien qu’il lui faille un certain temps pour démêler ses sentiments, ce dernier ayant tendance à susciter en elle des réactions fortes et contradictoires…

Autre personnage phare du roman bien que de par son éducation, il reste dans une certaine mesure en retrait, le prince Pedr, neveu de la reine et fils de son belliqueux de frère, est probablement celui qui évolue le plus. Privé de sa mère trop jeune et élevé à la dure par un père plus préoccupé par le pouvoir que son fils, il a appris à cacher ses sentiments et à se forger une solide carapace. Une carapace qui va, petit à petit, se fendre grâce à Wilia qui suscitera en lui des réactions vives, la jeune fille aimant beaucoup le titiller, ce qui ne sera d’ailleurs pas pour lui déplaire. Après des années d’indifférence paternelle, cette attention inattendue et désintéressée ne pourra que provoquer en lui un maelström d’émotions… Et puis plutôt drôle sous ses airs de prince sérieux et imperturbable, il trouvera en Wilia un bon « adversaire » pour des joutes verbales endiablées et pleines de piquants !

J’ai beaucoup apprécié la relation entre Wilia et Pedr qui, bien que parfois un peu enfantine, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère l’âge et l’inexpérience des deux personnages, dégage une certaine légèreté et simplicité… Une petite bulle d’humour, de douceur et de tendresse bienvenue et plutôt touchante qui vient contrebalancer la folie guerrière des adultes ! Mais le rapprochement entre une simple fille de bûcheron qui semble cacher un secret, et un prince déjà fiancé à une princesse dont on n’a plus de nouvelles depuis des années, est-il vraiment possible ?

Une question dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la réponse même si en ce qui me concerne, je n’ai pas été surprise par le dénouement ayant vite anticipé le retournement de situation final. Mais cela ne m’a pas empêchée de passer un très bon moment de lecture et de dévorer le livre en deux soirées. Il faut dire qu’en plus d’une mise en pages aérée, la présence de nombreux dialogues apportant un certain dynamisme et beaucoup de fluidité à la lecture, la plume immersive et tout en finesse de l’autrice rend la lecture aussi rapide qu’agréable.

En conclusion, destiné d’abord à un public adolescent, ce livre devrait néanmoins séduire les lecteurs de tout âge en quête d’un récit simple, mais non simpliste, qui met en scène une jeune fille attachante, ni héroïne, ni pleutre, qui embrasse avec courage son destin et celui de son royaume. Charmée autant par la jolie plume de l’autrice qui nous plonge sans réserve dans son imaginaire que cette histoire mêlant avec brio enjeux géopolitiques, religion, amitié, amour, secrets de famille, jalousie, trahisons, et mystère, La princesse fantôme m’a fait passer un très bon moment de lecture.

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, lunettes et gros plan

Page FB Site de l’autrice

Feuilletez/découvrez le roman sur Amazon.