Si j’avais su, Allison Forichon

Je remercie l’autrice de m’avoir invitée à découvrir son roman Si j’avais su.

RÉSUMÉ

La vie d’Elena Nohcirof bascule le jour où elle reçoit une lettre de sa tante Jessica. Alors qu’elle accepte de prendre l’avion pour la rejoindre, il s’écrase au milieu du désert de Goldhope. Seule survivante, elle y rencontrera Jackson, Mickael, Shane et Spencer avec qui elle va vivre une aventure irréelle, d’exception et des plus surprenantes !

Auto-édition – 5 novembre 2018 – 233 pages – Broché (9.26€) – Lien d’achat

AVIS

Le résumé était prometteur, mais je n’ai pas été complètement séduite par cette lecture qui m’a donné l’impression de survoler une succession d’événements plutôt que de découvrir un récit prenant et immersif. La faute à une aventure menée bien trop vite pour susciter, du moins chez moi, cette immersion indispensable pour vivre un livre de l’intérieur. Le point positif de cet enchevêtrement non-stop d’actions et de péripéties, c’est que cela devrait plaire aux lecteurs aimant les aventures menées tambour battant.

Si en début d’histoire, on prend le temps de découvrir Elena qui vit isolée depuis la mort de son grand-père adoré, on entre très vite dans le feu de l’action. Il y a d’abord cette lettre d’une tante qui n’a pas donné signe de vie depuis la mort des parents de la jeune fille quand elle était enfant sans qu’elle sache vraiment pourquoi. Un mystère qu’Elena est bien décidée à résoudre en rejoignant sa tante par avion, un moyen de transport que pourtant elle redoute. Mais le voyage tournera au cauchemar quand son avion s’écrasera en plein désert de Goldhope marquant ainsi le début d’une périlleuse et incroyable aventure. Au cours de celle-ci, Elena apprendra à se (re)découvrir, fera de nouvelles rencontres et se rendra compte que l’espoir est une valeur à ne jamais oublier même dans l’adversité.

Le principal atout de ce roman est la dose de mystère qu’il recèle. L’autrice soulève, tout au long de son ouvrage, un certain nombre d’interrogations qui ne manqueront pas de vous tenir en haleine et de vous donner envie de découvrir tous les tenants et aboutissants de cette histoire.  Pourquoi le silence de cette tante quand sa nièce aurait eu tellement besoin d’elle pour faire face à la mort de ses parents ? Qui sont vraiment Jackson, Mickael, Shane et Spencer, ce groupe d’amis qui va la prendre sous son aile ? Qui se cache derrière l’antagoniste de l’histoire que la jeune fille devra affronter avec l’aide des quatre garçons et grâce à l’enseignement d’Elbas ? D’ailleurs, que penser de ce mystérieux être dont l’esprit paraît quelque peu insondable ? Comment sortir de ce désert, enfer à ciel ouvert ?

Mais toutes ces interrogations ne compensent pas une histoire qui aurait mérité d’être plus développée. Tout semble arriver trop vite, trop soudainement... Les problèmes et les dangers sont, à mon goût, surmontés bien trop vite pour qu’on ait le temps de ressentir la moindre peur, et ceci malgré quelques moments dramatiques. Le manque d’approfondissement se ressent également dans les personnages dont la psychologique n’est pas assez travaillée pour que l’on puisse développer, au fil des pages, de l’attachement ou de l’intérêt pour ce qu’ils traversent. Seul un petit garçon, qui n’intervient pourtant pas beaucoup, m’a touchée par sa gentillesse, sa simplicité et son innocence. Je comprends toutefois la raison qui a poussé l’autrice à offrir une intrigue rythmée qui fait l’impasse sur le superflu. Bien que cela n’ait pas fonctionné avec moi, car j’aime les univers riches et détaillés, ce choix narratif reste cohérent avec le twist final.

En ce qui concerne le style d’écriture, mon avis sera également mitigé. On sent un véritable amour des mots et une volonté de bien faire avec un vocable recherché et des expressions imagées. On tombe cependant bien souvent dans le « trop » avec l’utilisation abusive de qualificatifs et la présence d’un certain nombre de mots utilisés à mauvais escient. Malgré le lyrisme qui se dégage parfois du texte, certaines formulations m’ont donc paru maladroites.

Malgré ces différents points qui ne m’ont pas permis d’apprécier pleinement ma lecture, je reconnais que l’autrice a su développer des idées originales, que ce soit au niveau du lieu de l’action ou de la forme que prennent les dangers. J’ai aimé me plonger dans ce désert, une sorte de prison de sable étouffante et angoissante, dans lequel évoluent des créatures effrayantes dont un monstre qui fera de la vie d’Elena et de ses amis un enfer.  À chaque moment, le danger peut s’abattre sur le groupe qui n’aura de cesse de se battre pour sa survie. Y arrivera-t-il ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice n’hésite pas à malmener ses protagonistes mentalement et physiquement. Heureusement pour eux que les moments d’angoisse et de doute seront entrecoupés de scènes plus douces et de moments d’amitié…

Quant à la fin, je ne peux pas vous en parler sans vous gâcher le plaisir de la surprise, mais attendez-vous à un retournement de situation très bien trouvé. J’avais envisagé un moment cette possibilité, mais je l’avais très vite mise de côté. Chapeau donc à l’autrice d’avoir réussi à me surprendre…

En conclusion, Si j’avais su est un petit roman qui regorge de bonnes idées et qui n’est pas dénué d’une certaine originalité. Toutefois, les maladresses stylistiques et le manque de profondeur du livre et de ses protagonistes peineront à convaincre les lecteurs les plus exigeants. Si pour ma part, ce n’est pas un roman qui m’a transportée, je pense qu’il pourrait plaire aux jeunes lecteurs et à ceux en quête d’une aventure menée tambour battant.

Deux avis plus enthousiastes sur la toile : Les chroniques de Lee HamSatine’s books

 

 

 

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Là où se cache le diable, Benjamin Guérif

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Souvent, même les phénomènes les plus troublants ont une explication simple. Et ce truc est juste derrière chez moi ! »

Adam est un adolescent solitaire. Ses parents viennent d’acheter une maison isolée en pleine campagne et, malgré la sinistre brume hivernale, il prend plaisir à explorer, après les cours, ce paysage à l’abandon. Un soir, il aperçoit une lueur qui vacille au-dessus du sol, comme un spectre. Adam n’a jamais eu peur des fantômes, il veut comprendre ce qu’il a vu. Seulement, la  » réalité  » est parfois plus étrange qu’on ne le croit…

  • Broché: 160 pages
  • Editeur : Syros Jeunesse (7 mai 2015)
  • Collection : LE RAT NOIR
  • Prix : 14€

AVIS

Le principal intérêt de ce roman réside, pour moi, dans la manière dont l’auteur a réussi, à travers l’histoire d’un adolescent solitaire, à ouvrir de nombreuses pistes de réflexion sur des questions comme la réalité, la construction de légendes, de croyances et de superstitions, le jeu dangereux des apparences… Benjamin Guérif s’amuse donc, avec un certain talent, à conduire les lecteurs sur de fausses pistes. À cet égard, la fin est déroutante, mais particulièrement bien construite. Elle conclut à merveille une histoire qui nous prouve que les apparences sont souvent trompeuses, et que la réalité peut être travestie par des informations parfois mal interprétées…

D’autres réflexions tout aussi intéressantes, mais peut-être destinées à des lecteurs plus âgés, sont proposées notamment à travers l’histoire de Mme Rikhlo, une trentenaire qui a décidé de vivre en autarcie, ou presque, dans la campagne dordonnaise. Ce personnage permet de remettre en question le mode de fonctionnement des grandes entreprises qui broient tout sur leur passage, à commencer par leurs salariés. Une critique de la gestion financière actuelle des entreprises que je partage entièrement et qui a renforcé mon affection pour cette femme mystérieuse.

Mme Riklho est d’ailleurs le seul personnage pour lequel j’ai ressenti des émotions, n’ayant pas réussi à entrer en connexion avec Adam, le héros de l’histoire. Le récit est narré de son point de vue, mais j’ai trouvé que l’auteur gardait une certaine distance avec son protagoniste, ce qui m’a quelque peu déstabilisée. Une sorte de froideur que seules les digressions du jeune homme viennent rompre… C’est le seul point qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais cela m’est personnel, et peut-être que ce jeune homme saura vous toucher.

Ceci est d’autant plus probable qu’il possède de nombreuses qualités, il est courageux, intelligent, curieux, capable de prendre du recul, et il n’a pas peur de s’affirmer faisant fi du qu’en-dira-t-on.  Adam est donc un personnage qui ne manque pas d’atouts et que l’on prend plaisir à suivre dans sa quête pour découvrir la vérité quant à un phénomène étrange dont il a été témoin. En tant qu’adulte et/ou grosse lectrice, j’ai tout de suite compris la raison de ce mystérieux phénomène, mais cela ne m’a pas empêchée de prendre plaisir à suivre Adam qui, au fil de ses rencontres, va se rendre compte que la vérité n’est pas toujours celle que l’on croit.

L’enquête d’Adam est intéressante d’autant que le jeune homme la suit de manière plutôt méthodique, et qu’il fait montre d’un certain culot. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est le jeu constant entre réalité et fantastique. Il ne se passe pas de choses extraordinaires, mais l’auteur ajoute quelques petites touches de fantastique qui font douter le lecteur. L’Antre du diable, ce lieu dans lequel personne n’ose s’aventurer, est-il vraiment maléfique ou son nom n’est justifié que par la superstition et les légendes ? Mme Riklho n’est-elle vraiment qu’une simple femme ou comme les habitants le pensent, possède-t-elle des pouvoirs ?  Tout autant de questions qui rendent la lecture prenante…

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée assez immersive, mais j’ai regretté un certain manque de chaleur dans le traitement du personnage. J’ai donc réussi sans peine à m’immerger dans le récit sans pour autant arriver à vraiment me sentir proche du protagoniste. La différence d’âge entre lui, adolescent, et moi, trentenaire, peut également expliquer ce manque d’identification. En revanche, je ne doute pas que les adolescents se sentent proches de ce jeune homme qui rencontre des problématiques qui leur parleront. .

En conclusion, Là où se cache le diable est un roman efficace qui vous mènera sur la piste d’un étrange phénomène. Les adolescents et les jeunes lecteurs devraient dévorer ce récit teinté de fantastique, et peut-être, se retrouver parfois dans le comportement d’Adam, un jeune homme curieux et intelligent qui refuse de renter dans le moule. Quant aux adultes, ils devraient apprécier les réflexions soulevées par l’histoire notamment sur la notion de réalité et d’apparence. Une histoire courte qui devrait donc réunir les amateurs de mystère et d’enquêtes de tout âge.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site des éditions Syros.

Nini Zombie (tome 1) : Celle qui n’existait plus, Lisette Morival et Fabrizio Borrini

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Nini est morte. Ce pourrait être la fin mais c’est le début d’une nouvelle aventure pour la jeune fille devenue un zombie. Mais rien n’est simple dans sa nouvelle vie. En renaissant, Nini a perdu la mémoire et ne se souvient que d’une chose: elle est dessinatrice. Mais qui est-elle vraiment? Pourquoi le professeur Spirit l’a-t-il ramenée à la vie? Et qui est Zékiel, ce feu follet qui se prétend éperdument amoureux d’elle? En partant à la recherche de son passé, Nini va prendre de gros risques. En effet, un lourd secret plane sur sa famille et de nombreuses personnes souhaiteraient qu’elle reste amnésique. Et puis surtout, la mort rôde et elle est prête à tout pour récupérer l’âme perdue de « celle qui n’existe plus ».

  • Broché: 222 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Éditeur : Kennes Editions (4 mai 2016)
  • Prix : 12.80 €

AVIS

Appréciant de plus en plus les éditions Kennes, je n’ai pas hésité très longtemps avant de craquer pour Nini Zombie même si les zombies et moi ne sommes, en général, pas très amis. Mais heureusement ici, nous sommes loin de l’ambiance de The Walking Dead ce qui, vous l’aurez compris, est plutôt un bon point pour moi.

Nous découvrons Nini, une adolescente très proche de ses parents et de sa sœur, Eloïse, avec lesquels elle coulait des jours heureux. Puis tout est parti à vau-l’eau : ses parents disparaissent mystérieusement, sa sœur et elle sont confiées à une institution tenue par un étrange et très laid directeur, et puis, il y a ces sombres et étranges dessins, le terrible choc, la transformation…

L’autrice a su dès les premières pages me plonger dans son récit riche en tension, en mystère, en humour et en personnages hauts en couleur. J’ai ainsi d’emblée apprécié Nini qui a un caractère que l’on pourrait qualifier d’entier. L’adolescente au look mi-gothique mi-manga, comme elle aime à le dire, sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à faire entendre son avis. Mais en plus d’une personnalité affirmée, elle possède un don pour le dessin, celui-ci revêtant un caractère très spécial puisque ses dessins sont prémonitoires ! C’est certainement l’aspect du roman qui m’a le plus intéressée appréciant l’idée d’une personne qui peut voir le futur à travers ses talents artistiques…

Malheureusement, connaître son avenir ne permet pas forcément de le changer et Nini devra affronter sa mort comme elle l’avait prédit. Mais ce qu’elle n’avait pas anticipé, c’est d’être sauvé par un excentrique savant ni même de rencontrer des individus plutôt atypiques. À cet égard, j’ai été touchée par Blaise, un grand gaillard un peu simplet mais au très grand cœur. À sa manière, il va tout faire pour aider Nini à accepter sa nouvelle condition de zombie et à retrouver la mémoire, car oui, en devenant un zombie, les souvenirs s’effacent…

Autre personnage qui m’a bien plu, un petit chat qui va se révéler d’un grand soutien pour la jeune zombie, celle-ci ayant quelque peu tendance à se montrer imprudente. Il faut dire que rebelle dans l’âme, zombie ou pas, elle n’a pas vraiment l’intention de se laisser dicter sa nouvelle vie que ce soit pour son propre bien ou non. Si cela va parfois lui faire prendre de mauvaises décisions, cette indépendance d’esprit va également lui permettre de ne pas se laisser conter fleurette aveuglément par un personnage pressé de la voir quitter définitivement le monde des vivants.

Bien que peu présente dans ce premier tome, la sœur de Nini se montre plutôt attachante. Très différentes l’une de l’autre, les deux jeunes filles s’entendent à merveille et essaient de se protéger mutuellement. C’est donc avec tristesse qu’on voit Eloïse apprendre la disparition de sa sœur après celle de ses parents. Et on ne peut s’empêcher d’espérer que les deux sœurs arrivent à vaincre les obstacles pour enfin se retrouver.

En plus de la galerie de personnages variée et originale, j’ai beaucoup aimé le style de roman qui, tout en étant fluide et agréable, reste très accessible pour les enfants. Les dialogues réalistes et non dénués d’humour rendent, quant à eux, la lecture rythmée et prenante. Vous ne devriez donc pas voir les pages défiler sous vos yeux que vous soyez un petit ou un grand lecteur.

J’ai, en outre, trouvé très judicieuse la manière dont les auteurs ont utilisé le fil principal de l’intrigue pour mettre en exergue le poids des apparences et des préjugés dans la société. Obnubilées par la notion de beauté ou, du moins, repoussées par la laideur, Nini et sa sœur vont commettre la même erreur : juger l’autre sur son apparence plutôt que sur ses actes. Une erreur qui ne sera hélas pas sans conséquence, et qui sera exploitée par un personnage fourbe et malicieux… Le roman aborde également le thème de l’immortalité et du prix à payer pour l’obtenir.

À noter que le roman contient quelques illustrations. Un bonus que j’apprécie toujours beaucoup et qui permet de se plonger totalement dans le récit. Toutefois, je reste très dubitative sur le placement de ces dessins qui sont en décalage avec le fil de l’intrigue. Ce point a fini par réellement me perturber…

En conclusion, Nini Zombie est une lecture jeunesse fort sympathique qui devrait plaire aux enfants et/ ou aux adultes qui ont envie de lire une histoire de zombies sans les massacres qui y sont souvent associés. Je ne peux donc que vous encourager à vous plonger dans l’atmosphère très particulière de ce récit qui mêle mystère, action, enquête et quête de soi.

Riverboat, Diana Kennedy

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Je remercie Diana Kennedy pour l’envoi, via le site Simplement, de l’album Riverboat regroupant les tomes 1 à 3 de sa série ainsi que pour l’envoi des tomes 4 et 5 sous forme de fascicule.

RÉSUMÉ

John F. Kennedy et Aldo Moro, deux anciens hommes d’État, s’embarquent sur un bateau à aubes, en route vers la cité mythique de Lysastra. Ils espèrent y retrouver la trace d’un ancien poème et pouvoir ainsi le déchiffrer. C’est le début d’une grande aventure avec mille rebondissements.

À quelle époque et où sommes-nous ? S’agit-il d’un autre univers uchronique ? Sommes-nous dans l’au-delà ? Quelle importance ? L’univers de Riverboat est aussi immense et mystérieux que le garage hermétique du major Gruber.

Les aquarelles éthérées donnent à cette BD classique une nouvelle forme d’expression adaptée au monde onirique et sans limites qui s’ouvre au lecteur.

AVIS

À la recherche d’un objet mythique, John, dont le nom et le visage devraient vous rappeler un certain politicien, et son ami Aldo, embarquent à bord d’un bateau à destination de Lysastra.

On s’attache très rapidement à ces deux protagonistes en raison, notamment, de la complicité qui les unit et qui les pousse à veiller l’un sur l’autre. Ils se révèlent également très complémentaires, John, du genre fonceur, étant assez enclin à foncer tête baissée dans l’action, quand Aldo est plus posé prenant le temps de la réflexion sans pour autant rechigner à agir quand cela s’avère nécessaire. Un duo qui fonctionne donc très bien et que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties, car n’en doutez pas, leur voyage en bateau ne sera pas de tout repos ! Ils devront ainsi faire face à des dangers prenant, entre autres, la forme d’une créature maritime avec laquelle vous n’avez pas particulièrement envie de barboter sans oublier leur face-à-face avec des soldats et une femme au mauvais caractère qui semble plutôt bien manier la gâchette.

Au-delà des scènes d’action qui s’enchaînent et donnent du rythme au récit, l’histoire bénéficie d’une certaine aura de mystère, ce qui contribue fortement au plaisir que l’on prend à se laisser embarquer dans ce « huis-clos ». Je mets des guillemets, car les deux héros quitteront pendant un petit laps de temps leur embarcation. Au fil de la lecture, de nombreuses questions finissent par assaillir les lecteurs : qui sont exactement ces deux personnages qui montent sur le bateau en cours de voyage ? Que veulent-ils à John ? Qui est réellement Aldo et pourquoi a-t-il réussi là où d’autres ont échoué ? Que fait un soldat allemand aux côtés d’un officier romain ? A quelle époque sommes-nous vraiment ?… Tout autant de questions qui vous tiennent en haleine et vous donnent envie de lire la suite de cet album.

En plus de l’action, du mystère, de l’humour distillé par petites touches, mais bien présent et du duo qui fonctionne à merveille, l’auteure a veillé à introduire plusieurs personnages assez marquants, car au caractère prononcé à l’instar d’un homme dont la méchanceté et l’avarice sont à la hauteur de sa fortune. Ce stéréotype du radin très riche, obnubilé par l’argent et rechignant à la moindre dépense même pour secourir son épouse, m’a beaucoup amusée. De sa petite taille (eh oui, l’argent ne peut pas tout acheter) à son comportement, tout concorde pour faire de lui le bouffon de l’histoire. Autre personnage intéressant, le Capitaine qui, pris entre le marteau et l’enclume, fait de son mieux pour maintenir son bateau à flot et assurer une bonne ambiance ou, du moins, apaiser les tensions entre les différents voyageurs. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas une mince affaire…

Mais le personnage que j’ai le plus aimé et qui m’a complètement fait craquer est, sans aucun doute, Mallie, un parachat c’est-à-dire un chat paranormal avec quelques facultés utiles comme celles de pouvoir parler et sentir quand ses nouveaux amis sont en danger. En plus d’être trop mignonne et courageuse, Mallie se révèle également intéressante dans la mesure où elle permet à l’auteure d’aborder, même brièvement, la question des persécutions en raison de son origine. Un sujet qui, je le crains, demeure intemporel.

Enfin, j’aimerais parler du plus gros atout de cet ouvrage, son esthétique. Cartonné et bénéficiant d’une belle couverture, l’objet-livre est déjà très plaisant à admirer et à prendre en main.  Mais c’est bien en le parcourant et en découvrant les illustrations de Diana Kennedy que toute la magie opère ! N’ayant pas la fibre artistique, je suis toujours admirative des personnes qui, comme l’auteure, arrivent à vous transporter dans leur univers grâce à leurs coups de crayon. Presque vaporeuses, les illustrations possèdent, en outre, ce charme du travail fait à la main dont sont dépossédées la plupart des BD modernes. Si vous aimez les aquarelles teintées de douceur, mais d’une certaine profondeur, le travail de l’auteure/artiste devrait donc vous ravir.

J’ai également été séduite par l’expressivité des personnages dont on peut lire les différentes émotions sur le visage. Mais c’est le sens du détail de Diana Kennedy que je retiendrai. Il se perçoit, entre autres, au niveau des vêtements et des décors dessinés avec une précision leur conférant un grand réalisme. Les jeux et les dégradés de couleurs sont également un régal pour les pupilles sans oublier la manière dont l’artiste a su retranscrire le mouvement que ce soit au niveau des déplacements des personnages, de leurs mimiques, de l’eau…

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En conclusion, à travers une histoire teintée de mystère et au rythme plutôt soutenu, Diana Kennedy vous invite à faire la connaissance de deux personnages aussi différents que complémentaires et dont on ne peut que suivre les prochaines aventures avec plaisir. Riverboat devrait donc plaire aux personnes en quête d’un récit d’aventures sublimé par de magnifiques aquarelles. Alors, prêts à embarquer et à vous laisser porter par les flots et l’imagination de l’auteure ?

Envie d’acheter Riverboat ? Rendez-vous sur le site de l’auteure.