Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HaperCollins pour m’avoir permis de découvrir Arrowood de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. La police, débordée, arrive à un point de rupture. Tandis que les bourgeois désemparés se tournent vers Sherlock Holmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes. Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé. Quand un homme disparaît mystérieusement, Arrowood et son comparse Barnett se lancent dans une mission de taille : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

HarperCollins (février 2019) – 352 pages – Poche (7,90€)

 

AVIS

L’un analyse les indices et fait des déductions, l’autre lit les émotions et en tire des conclusions. Deux approches assez différentes pour deux personnages qui semblent quelque peu incompatibles, du moins, si l’on se fie à la haine qu’Arrowood voue à Sherlock Holmes bien qu’il soit fort probable que ce dernier ne connaisse même pas l’existence de ce détective des bas-fonds de Londres.

J’ai adoré voir planer l’ombre de Sherlock Holmes dans le récit. Le célèbre détective n’intervient pas, mais on entend régulièrement parler de ses exploits, ce qui a ravi la fan de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle en moi. Mais la manière dont tout le monde s’extasie devant le célèbre détective a tendance à rendre complètement fou Arrowood qui est loin de partager le même enthousiasme. Faisant preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve, il se complaît donc, à la moindre occasion, à décrédibiliser Sherlock Holmes qu’il considère, dans le meilleur des cas, comme extrêmement chanceux, et dans le pire, comme complètement incompétent !

Une vision que je ne partage pas mais qui m’a fait sourire ayant parfois l’impression de voir un enfant refusant d’admettre la vérité : le talent de Sherlock Holmes est sans commune mesure avec le sien. Cela ne l’empêche pas d’avoir de temps en temps quelques affaires à se mettre sous la dent comme celle que lui confie une cliente d’origine française qui souhaiterait retrouver son frère. Une enquête, à première vue, assez banale si ce n’est que le jeune Français travaillait dans l’établissement d’un homme peu fréquentable avec lequel Arrowood et son assistant, Barnett, ont déjà eu maille à partir. C’est donc en marchant sur des œufs et en espérant que le ciel ne leur tombe pas sur la tête que les deux comparses vont se lancer à la recherche de Thierry, ou de Terry pour les Anglais.

Suivant l’un après l’autre les indices qui se trouvent sur leur route, Arrowood et Barnett vont finir par se trouver devant un tableau d’ensemble peu cohérent qui va mettre leur patience à rude épreuve d’autant que leur cliente semble ne pas avoir été complètement honnête avec eux… Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient pour le plus grand bonheur des lecteurs qui tournent alors avec avidité les pages les unes après les autres. On se laisse donc volontiers porter par l’histoire qui met à nu aussi bien les agissements d’un horrible personnage et de ses complices, pas tous forcément très volontaires, que d’un groupe défendant ses idéaux politiques de manière plutôt radicale. Cet aspect politique est finalement assez peu présent, mais je l’ai trouvé très intéressant puisqu’il évoque une partie sombre de l’histoire britannique.

Bien construit, ce roman se lit très vite d’autant qu’en plus d’une l’intrigue prenante, il ne manque pas d’atouts : une plume immersive mais très accessible, une narration à la première personne à travers la voix chaleureuse de Barnett, de nombreux dialogues qui sonnent très « vrais »…. Il faut dire que, page après page, l’auteur nous plonge avec talent dans cette Angleterre victorienne en se concentrant non pas sur le Londres des beaux quartiers, mais sur le Londres de Jack L’éventreur, une ville gangrénée par la misère extrême, la crasse, la méfiance vis-à-vis des étrangers, la prostitution, la corruption, l’alcool, la violence… Un tableau assez sombre dans lequel se fond à merveille Arrowood qui, lui-même, n’est pas exempt d’une certaine crasse au sens propre du terme puisque ce dernier n’est pas un acharné de l’hygiène, qu’elle soit corporelle ou de vie. Mais c’est vrai qu’à cette époque, c’est loin d’être le seul…

Passionné par la psychologie, domaine dans lequel il évolue en autodidacte, Arrowood est un peu la tête pensante du duo quand il s’agit d’élaborer des plans et de faire des liens entre des individus et des événements. Ses talents bien que réels restent, néanmoins, moins spectaculaires que ceux de Sherlock Holmes, ce qui les rend peut-être plus réalistes. Sans être foncièrement désagréable, ce n’est pas un personnage pour lequel j’ai développé énormément de sympathie même s’il m’a parfois touchée notamment par l’affection qu’il porte à Neddy, un gamin des rues que j’ai, pour ma part, adoré. Courageux et volontaire, cet enfant fait de son mieux pour subvenir aux besoins de sa famille tout en vouant une sincère admiration à Arrowood, une admiration que notre détective tend trop souvent à exploiter à mon goût…

J’espère retrouver le jeune garçon dans le deuxième tome tout comme Ettie, la sœur du détective qui possède une certaine force de caractère. À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’évolution du personnage qui, je l’espère, prendra encore plus d’importance par la suite. Si Arrowood ne m’a guère impressionnée par sa lecture des émotions, j’ai été assez époustouflée par la manière dont Barnett n’hésite pas à se lancer dans la bataille quitte à donner de sa personne. Et puis il m’a beaucoup touchée pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir par vous-mêmes.

Chose intéressante, la relation entre Arrowood et Barnett me semble beaucoup plus équilibrée que celle entre Holmes et Watson. Bien que fidèle à Arrowood, Barnett, conscient des forces et faiblesses du détective, l’admire, mais ne l’idolâtre pas, ce qui lui permet d’émettre les réserves nécessaires pour leur propre sécurité. Et c’est probablement ce relative équilibre dans les rapports entre les deux comparses ainsi que leur totale complémentarité qui rendent leur relation/collaboration efficace, réaliste et intéressante…

En conclusion, à travers une enquête rythmée et prenante, l’auteur nous plonge avec un réalisme désarmant dans les bas-fonds de Londres soulevant, au passage, la vase qui semble étouffer la ville. Les apparences pouvant être trompeuses, il faudra bien à Arrowood, entre deux diatribes contre Sherlock Holmes, tout son talent pour démêler le vrai du faux, et à son fidèle associé, Barnett, tout son courage pour concrétiser des plans parfois un peu risqués… Voici un livre que je recommande à tous les amateurs d’enquêtes policières se déroulant dans cette Angleterre victorienne à l’atmosphère si particulière.

Retrouvez/feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions HarperCollins.

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L’Agence Pendergast – Le Prince des ténèbres, Christophe Lambert

J’avais déjà repéré L’Agence Pendergast de Christophe Lambert autant pour la couverture que le résumé. J’ai donc été ravie de voir qu’il faisait partie des vingt livres disponibles dans le cadre du Challenge NetGalley. Merci aux éditions Didier jeunesse et à NetGalley pour ce très bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Didier Jeunesse (3 avril 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

New-York, fin du XIX e siècle, Sean, 15 ans, pickpocket plutôt doué, détrousse un homme sans se rendre compte que celui-ci était sous bonne surveillance ! Le voilà donc avec un Indien à ses trousses qui semble bien décidé à reprendre l’objet subtilisé à son ami. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une situation bien fâcheuse pour l’adolescent va se transformer en une étrange et fabuleuse opportunité.

L’homme détroussé, M. Pendergast, se révèle être à la tête d’une agence spéciale qui traque et gère de manière, plus ou moins définitive, les êtres surnaturels qui n’ont pas vraiment envie de côtoyer pacifiquement les humains. Et coup de chance pour Sean, il aurait bien besoin de ses talents dans sa lutte acharnée contre le mal !

Bien que voleur et opportuniste, Sean est un personnage auquel je me suis tout de suite attachée. Il faut dire qu’élevé depuis son plus jeune âge par un mafieux pas vraiment du type conciliant et chaleureux, il ne peut que toucher le lectorat. J’ai, en outre, apprécié que malgré son activité de pickpocket, il ne soit pas sans foi ni loi et suive son propre code moral : pas de veuves, pas de démunis… parmi les personnes qu’il vole. Une déontologie qui ne va pas plaire, mais alors pas du tout, à son « protecteur ». Dans ces conditions, sa rencontre avec l’Agence se révèle quelque peu providentielle, qu’il accepte de le reconnaître ou non.

Sean évolue au fil de l’intrigue et de ses rencontres avec les autres membres de l’Agence Pendergast qui se révèlent tous, chacun à leur manière, attachants. Le directeur qui a donné son nom à l’organisation semble avoir bon cœur au grand dam de Célia, une jeune femme au fort caractère, qui aimerait bien que son patron soit un peu plus méfiant…  Mais l’agence ne serait pas l’agence sans ce vieil excentrique, accompagné de son fidèle chien, qui veille à proposer des armes et autres gadgets originaux, et plus ou moins fiables, pour aider les agents à traquer et maîtriser les créatures qui hantent les rues de New York.

Quant à Joe l’Indien, bien qu’il ait une présence indéniable, ce n’est pas le plus accueillant des membres. Il faut dire que sa relation avec Sean étant partie sur de mauvaises bases, les interactions entre les deux personnages vont donner lieu à quelques étincelles et de nombreux échanges de piques. Ils ne s’aiment pas, et ils ne s’en cachent pas ! Au-delà de cette relation qui ne manque pas de piquant, l’auteur aborde avec subtilité et efficacité un sujet plus sérieux : les préjugés. Ses parents ayant été tués par des Indiens, Sean se méfie de ceux-ci et plus particulièrement de Joe qu’il n’hésite d’ailleurs pas à affubler de surnoms ridicules. Mais au fil des péripéties, et grâce à Célia, il va finir par comprendre que ses idées ne sont que des préjugés qui ne reflètent en rien la réalité.

En plus des personnages, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le bestiaire mis en place dans le roman, l’auteur n’hésitant pas à mélanger des êtres issus de différentes époques. Les centaures côtoient ainsi les sorcières, vampires et autres charmantes créatures ! Un mélange explosif pour une ville qui n’est pas consciente d’abriter une faune diverse et variée, et pas forcément des plus conciliantes. Heureusement que l’Agence veille au grain et s’assure de garder la situation sous contrôle.

Le livre étant à destination des enfants, les chapitres sont relativement courts, et le récit mené tambour battant. Pris dans l’action, on suit donc sans ennui et avec beaucoup de plaisir les (més)aventures de Sean qui va devoir affronter, en plus de son terrible père adoptif, une créature aussi fascinante que dangereuse. Les adultes regretteront peut-être que l’histoire aille un peu trop vite, mais cela ne m’a pas dérangée appréciant la manière dont l’auteur a su concilier concision et immersion. Les descriptions sont ainsi relativement succinctes, mais assez parlantes pour nous immerger complètement dans l’histoire. Les quelques illustrations distillées par-ci par-là tout au long du roman rendent, quant à elles, l’expérience de lecture encore plus immersive.

En conclusion, riche d’un bestiaire étoffé qui mêle allègrement des créatures venant de différentes périodes et cultures, ce roman plante le décor d’une série qui s’annonce pleine d’action, de magie, d’humour et de rencontres palpitantes. Alors n’hésitez pas à pousser les portes de l’Agence Pendergast, et venir à la rencontre de ses truculents agents !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Didier Jeunesse.

La princesse fantôme, Laure St Andréa

Je remercie Laure St Andrea de m’avoir permis de découvrir son roman La princesse fantôme.

RÉSUMÉ AUTEURE

En 948, trois royaumes se disputent Seillos, gros bourg minier au commerce florissant. La guerre est aux portes de la ville et une négociation de la dernière chance est organisée. Exilée à Seillos pour des raisons mystérieuses, Wilia,16 ans, doit apprendre à se débrouiller seule. Accusée de sorcellerie, elle doit fuir de nouveau. Devenue l’apprentie du médecin royal, pourra-t-elle faire confiance à Pedr, le neveu de la reine ? Un personnage surgi du passé vient s’inviter au cœur de la lutte fratricide qui oppose deux conceptions du monde. Qui pourra rétablir la paix

Auto-édité (22 juillet 2018) – 359 pages – Broché (12,55€) – Ebook (2,99€)

AVIS

Devant le récapitulatif des personnages en début de roman, j’ai eu un peu peur de me perdre entre les différents noms alors que ce ne fut pas le cas, bien au contraire. Les personnages sont tellement différents les uns des autres qu’il est impossible de se mélanger les pinceaux d’autant que l’autrice a eu la très bonne idée de les introduire au fur et à mesure de l’histoire. On découvre ainsi Wilia, une jeune fille de 16 ans qui a dû quitter sa famille pour une raison mystérieuse… D’abord apprentie auprès d’une tisserande fort sympathique malgré le peu d’intérêt de son élève pour son art, elle devient l’élève du mire de la reine Alinor du Royaume de Transamatta. Une aubaine pour cette jeune fille qui se rêvait bien plus guérisseuse que tisseuse !

Si elle attire la sympathie de tous, à commencer par celle de la mère de la souveraine, elle se fait néanmoins une ennemie qui, mue par la jalousie, fera tout en son pouvoir pour lui nuire quitte à l’espionner et à l’accuser de sorcellerie. Une accusation grave à cette époque où la religion chrétienne se propage, notamment au Royaume de Némétone où le frère de la reine Alinor convertit de force ses ouailles en voyant dans cette religion un excellent moyen de contrôler les masses. Il est intéressant de voir se dessiner le schisme entre les anciennes croyances polythéistes et cette religion chrétienne monothéiste ayant tendance à l’intolérance. Les moines se révèlent donc prompts à vouloir se débarrasser de Wilia accusée de sorcellerie quand ses actes relèvent plus de la botanique et du savoir médical que du surnaturel. Mais n’est-ce pas d’ailleurs ce qui les dérange vraiment, laisser une femme accéder au savoir et donc à une forme de pouvoir qui met en danger leur autorité ?

Une question que l’on est en droit de se poser dans un contexte géopolitique tendu où s’affrontent deux forces défendant une vision antagoniste du monde. D’un côté, il y a la reine Alinor à la tête d’un royaume où l’on hérite de mère en fille du pouvoir et au sein duquel les anciennes croyances ont toute leur place tout comme la magie, et de l’autre, se trouve son frère qui, pour instaurer un régime politique fort et impitoyable, est bien décidé à s’appuyer sur ce Dieu unique auquel il ne croit pas lui-même… J’ai beaucoup aimé cette idée de matrilignage assez rare en fantasy d’autant que l’autrice nous montre, à travers l’injustice ressentie par le frère aîné de la reine Alinor d’avoir été évincé du trône de Transamatta, que cette manière de passer le pouvoir est tout aussi injuste que celle consistant à couronner un homme en raison de son sexe. Fantasy ou non, l’égalité des sexes éviterait bien des rancœurs !

Si on comprend donc sans peine le ressentiment du frère, on ne peut, en revanche, approuver son comportement, sa méchanceté et la perfidie de cet homme prêt à tout pour conquérir le royaume de sa sœur alors même qu’un ennemi historique menace l’équilibre de la région. Les Romains tenus en échec par Vercingétorix, il y a maintenant mille ans, semblent, en effet, bien décidés à prendre leur revanche sur l’Histoire ! Diviser pour mieux régner ? Une tactique qui a longtemps fait ses preuves a fortiori quand les belligérants se détestent déjà et que les alliances de fortune tendent à voler en éclats devant les ambitions de chacun… J’ai adoré que l’autrice transforme un fait historique connu de tous, la défaite de Vercingétorix, en une victoire, les perdants devenant les gagnants dans cette uchronie. J’ai néanmoins été un peu frustrée que cet aspect ne soit pas un peu plus exploité, mais ce n’est peut-être qu’une envie très Obélixienne de ma part de « casser du Romain ».

La Princesse fantôme est un roman intéressant par les questions qu’il soulève notamment sur la religion et l’intolérance, et cette idée qu’un régime matriarcal n’est pas forcément plus juste qu’un régime patriarcal… Mais l’intérêt de l’histoire réside avant tout, du moins pour moi, dans la découverte de Wilia, une jeune fille attachante, débrouillarde et intelligente qui va, à l’aide de ses amis et de son mentor, faire de son mieux pour aider la reine et le royaume... Elle n’hésitera pas d’ailleurs à se lancer sur les traces d’un héros de légende qui devrait vous réserver quelques surprises.

Capable de douceur et d’une grande empathie, mais aussi de s’emporter à la moindre contrariété, Wilia est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup apprécié. Au gré de ses rencontres et de ses aventures à la cour, elle va doucement évoluer tout en restant fidèle à elle-même et à ses valeurs. Une évolution réaliste qui passe aussi par la découverte du sentiment amoureux. La jeune femme ne sera, en effet, pas insensible au charme d’un certain jeune homme bien qu’il lui faille un certain temps pour démêler ses sentiments, ce dernier ayant tendance à susciter en elle des réactions fortes et contradictoires…

Autre personnage phare du roman bien que de par son éducation, il reste dans une certaine mesure en retrait, le prince Pedr, neveu de la reine et fils de son belliqueux de frère, est probablement celui qui évolue le plus. Privé de sa mère trop jeune et élevé à la dure par un père plus préoccupé par le pouvoir que son fils, il a appris à cacher ses sentiments et à se forger une solide carapace. Une carapace qui va, petit à petit, se fendre grâce à Wilia qui suscitera en lui des réactions vives, la jeune fille aimant beaucoup le titiller, ce qui ne sera d’ailleurs pas pour lui déplaire. Après des années d’indifférence paternelle, cette attention inattendue et désintéressée ne pourra que provoquer en lui un maelström d’émotions… Et puis plutôt drôle sous ses airs de prince sérieux et imperturbable, il trouvera en Wilia un bon « adversaire » pour des joutes verbales endiablées et pleines de piquants !

J’ai beaucoup apprécié la relation entre Wilia et Pedr qui, bien que parfois un peu enfantine, ce qui n’est pas étonnant si l’on considère l’âge et l’inexpérience des deux personnages, dégage une certaine légèreté et simplicité… Une petite bulle d’humour, de douceur et de tendresse bienvenue et plutôt touchante qui vient contrebalancer la folie guerrière des adultes ! Mais le rapprochement entre une simple fille de bûcheron qui semble cacher un secret, et un prince déjà fiancé à une princesse dont on n’a plus de nouvelles depuis des années, est-il vraiment possible ?

Une question dont je vous laisserai le plaisir de découvrir la réponse même si en ce qui me concerne, je n’ai pas été surprise par le dénouement ayant vite anticipé le retournement de situation final. Mais cela ne m’a pas empêchée de passer un très bon moment de lecture et de dévorer le livre en deux soirées. Il faut dire qu’en plus d’une mise en pages aérée, la présence de nombreux dialogues apportant un certain dynamisme et beaucoup de fluidité à la lecture, la plume immersive et tout en finesse de l’autrice rend la lecture aussi rapide qu’agréable.

En conclusion, destiné d’abord à un public adolescent, ce livre devrait néanmoins séduire les lecteurs de tout âge en quête d’un récit simple, mais non simpliste, qui met en scène une jeune fille attachante, ni héroïne, ni pleutre, qui embrasse avec courage son destin et celui de son royaume. Charmée autant par la jolie plume de l’autrice qui nous plonge sans réserve dans son imaginaire que cette histoire mêlant avec brio enjeux géopolitiques, religion, amitié, amour, secrets de famille, jalousie, trahisons, et mystère, La princesse fantôme m’a fait passer un très bon moment de lecture.

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Les morts ne pleurent pas : L’assassin aux perles, Eve Ruby Lenn

Les morts ne pleurent pas: L’assassin aux perles par [Lenn, Eve Ruby]

Je remercie Eve Ruby Lenn de m’avoir permis de découvrir son roman, Les morts ne pleurent pas – L’assassin aux perles.

PRÉSENTATION AUTEURE

Londres, décembre 1843. Le corps d’une deuxième femme vient d’être découvert. Sans doute l’œuvre du tueur que la presse a surnommé « l’assassin aux perles ». Faute de résultats, le détective Harry Davis se voit contraint de céder sa place à Dorian Griffiths, un jeune inspecteur de la police métropolitaine. Ambitieux, il compte bien résoudre rapidement cette affaire. Mais c’est sans compter la perversité et le génie du meurtrier qui ne laisse aucune trace. Scotland Yard se retrouve dans l’impasse, alors que les crimes se poursuivent. Pour faire avancer cette enquête complexe, Griffiths en appelle au Dr Johnstone, un expert médico-légal confirmé qui dirige une entreprise de pompes funèbres.

Trinity Johnstone, sa fille, a en charge la toilette mortuaire, l’embaumement et l’organisation des cérémonies funéraires. Sa vie semble parfaitement réglée. Si ce n’est qu’elle est agoraphobe. Son quotidien, lugubre et pesant, est pourtant très confortable comparé à ce qu’elle a vécu, il y a plus de treize ans. Et en effet, derrière la façade d’une femme séduisante, intelligente et appliquée, se cache, en réalité, une âme complètement meurtrie.Depuis de longues années, elle embrasse le doux rêve d’affronter le monde extérieur. Mais, en vain. À chaque tentative, ses espoirs s’amenuisent, jusqu’au jour où… l’inspecteur Dorian Griffiths entre dans sa vie. Malgré des tempéraments a priori incompatibles, ils sont, au fil de leurs rencontres, irrésistiblement attirés l’un vers l’autre.

Librinova (12 avril 2019) – 239 pages – Broché (13,90€) – Ebook (2,99€)

AVIS

J’ai tout de suite été attirée par la couverture et le résumé de ce roman que j’ai pris un grand plaisir à parcourir même s’il n’est pas exempt de petits défauts comme un certain manque de profondeur donnant l’impression que tout arrive un peu trop vite. L’autrice a néanmoins réussi, en moins de 250 pages, à construire une histoire policière et humaine qui tient la route et qui, surtout, happe l’attention des lecteurs de la première à la dernière page. 

Milieu du XIXe siècle, Londres est frappée par une série de crimes particulièrement abjects, un tueur massacrant ses victimes avant de déposer sur leur corps des perles. Un objet de toute beauté un peu incongru quand l’on considère l’état dans lequel ce déferlement de violence laisse les victimes… Surnommé l’assassin aux perles, ce tueur sanguinaire est la priorité de Scotland Yard bien décidé à le capturer avant qu’une vague de psychose ne s’empare de la ville.

Il faut dire que les corps s’accumulent au grand dam de l’inspecteur Griffiths, en charge de l’enquête, et du Docteur Johnstone obligé de reprendre du service alors qu’il pensait avoir mis sa carrière de légiste derrière lui pour pouvoir enfin se consacrer entièrement à son entreprise de pompes funèbres. Une entreprise dont la réputation n’est plus à faire et qui peut compter sur la fille du Docteur, Trinity, qui n’a pas froid aux yeux, les embaumements et autres pratiques mortuaires étant son lot quotidien. Un métier peu commun pour une personne qui est loin d’être banale ! Je ne vous en dirai pas plus sur ce sujet, mais les capacités de cette jeune fille pourraient vous surprendre…

Mystérieuse et discrète au premier abord, Trinity porte en elle des blessures liées à un événement traumatisant de son passé que l’on découvre en cours de lecture et qui m’a beaucoup remuée. J’aurais aimé croire que son expérience n’est que le fruit de l’imagination de l’autrice, mais il suffit de lire les faits divers pour se rendre compte que la perversion de l’homme est sans limites. Si les séquelles de ce passé qu’elle n’arrive pas à totalement surmonter l’empêchent de vivre la même vie qu’une personne de son âge, Trinity n’en demeure pas moins une battante tout à fait capable de tenir tête à son père qui se révèle plutôt du genre protecteur. Elle n’hésite pas non plus à s’imposer face à l’inspecteur Griffiths qui, en raison de son physique et probablement de son statut de femme, aurait eu tendance à la prendre pour une chose fragile.  Or il va vite découvrir, pour son plus grand plaisir, que la jeune femme a de la ressource et un certain sens de la répartie !

Le trouvant trop sûr de lui en début de roman, il m’a fallu un peu de temps avant d’apprendre à apprécier cet ambitieux policier qui, grâce à son intelligence et à sa pugnacité, fera de surprenantes découvertes, certaines l’entraînant vers une pente glissante… Bien moins imperturbable qu’il aimerait le faire croire, Griffiths cache une certaine fragilité, ce qui fait peut-être de lui la personne la mieux placée pour comprendre Trinity, et le poids que le passé peut avoir sur une vie…

Au gré de leurs rencontres dans l’entreprise de pompes funèbres où le Docteur fait ses autopsies pour Scotland Yard, les deux personnages vont inexorablement se rapprocher… Leurs sentiments m’ont semblé un peu trop soudains pour être réalistes, mais j’ai apprécié que l’auteure se focalise sur l’intrigue policière plutôt que sur un jeu du chat et de la souris interminable. Et puis je dois bien avouer que je les ai trouvés touchants, et que j’ai apprécié que ces deux âmes blessées par la vie aient également droit à un peu de douceur et de réconfort…

Le Docteur d’abord réticent à l’idée que sa fille s’amourache de ce policier qui lui a joué un mauvais tour finit par accepter une idylle qu’il espère bénéfique pour sa fille. Père aimant, mais loin d’être parfait, ce personnage est auréolé d’un certain mystère, un peu comme s’il ne se dévoilait jamais entièrement aux autres… Il y a chez cet homme une ambiguïté qui fascine autant qu’elle interroge, ce qui explique peut-être que c’est le personnage que j’ai trouvé le plus intéressant dans sa construction et les réflexions qu’il suscite.

Au-delà des personnages atypiques et hauts en couleur, j’ai été séduite par la manière dont l’autrice nous plonge dans l’enquête aux côtés de Griffiths et de son collaborateur. On s’interroge avec eux sur les raisons de ce déferlement de violence et sur la symbolique qui se cache derrière l’abandon de perles sur les cadavres. Quel message veut transmettre le tueur ? Comment choisit-il ses victimes ? Tout autant de questions qui vous feront tourner avidement les pages d’autant que l’intrigue se révèle bien plus complexe et originale qu’il n’y paraît.

Car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas ici dans une histoire classique de serial killer au comportement pathogène. Les raisons de ces horribles meurtres et de leur mise en scène devraient ainsi vous surprendre et vous pousser à vous interroger sur cette question qui a tourmenté et tourmentera encore de nombreux hommes : la fin justifie-t-elle les moyens ? À vous de vous forger votre propre opinion, et d’éventuellement redéfinir les limites de votre morale. À travers cette série de meurtres particulièrement affreux, l’autrice a également lié avec brio son histoire à certains des enjeux de cette société victorienne dans laquelle la plus grande des richesses côtoie la plus grande des misères dans l’indifférence la plus totale…

Les morts ne pleurent pas est le premier roman que je découvre de l’autrice et je pense que ce ne sera pas le dernier ayant été séduite par sa faculté à nous plonger au cœur de l’action ainsi que par sa très jolie plume. On ressent son amour des mots, ses phrases étant bien souvent imagées tout en restant très accessibles. Un style tout en finesse qui rend la lecture fluide, agréable et très immersive même si j’ai parfois noté quelques maladresses dans la tournure de certaines phrases et l’utilisation de certains mots. À noter toutefois que le roman a bénéficié récemment d’une révision.

En conclusion, de fil en aiguille se dessinent les contours d’une enquête bien ficelée dont l’intérêt réside autant dans les investigations que la psychologie et la complexité des personnages dont on prend plaisir à suivre les interactions, les péripéties et les pensées… Originale, intense, horrifiante, mais à la fois terriblement humaine, voici une intrigue policière à ne pas manquer surtout si vous aimez l’ambiance si particulière de l’époque victorienne dans laquelle les agissements de l’assassin aux perles prennent tout leur sens.

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Si j’avais su, Allison Forichon

Je remercie l’autrice de m’avoir invitée à découvrir son roman Si j’avais su.

RÉSUMÉ

La vie d’Elena Nohcirof bascule le jour où elle reçoit une lettre de sa tante Jessica. Alors qu’elle accepte de prendre l’avion pour la rejoindre, il s’écrase au milieu du désert de Goldhope. Seule survivante, elle y rencontrera Jackson, Mickael, Shane et Spencer avec qui elle va vivre une aventure irréelle, d’exception et des plus surprenantes !

Auto-édition – 5 novembre 2018 – 233 pages – Broché (9.26€) – Lien d’achat

AVIS

Le résumé était prometteur, mais je n’ai pas été complètement séduite par cette lecture qui m’a donné l’impression de survoler une succession d’événements plutôt que de découvrir un récit prenant et immersif. La faute à une aventure menée bien trop vite pour susciter, du moins chez moi, cette immersion indispensable pour vivre un livre de l’intérieur. Le point positif de cet enchevêtrement non-stop d’actions et de péripéties, c’est que cela devrait plaire aux lecteurs aimant les aventures menées tambour battant.

Si en début d’histoire, on prend le temps de découvrir Elena qui vit isolée depuis la mort de son grand-père adoré, on entre très vite dans le feu de l’action. Il y a d’abord cette lettre d’une tante qui n’a pas donné signe de vie depuis la mort des parents de la jeune fille quand elle était enfant sans qu’elle sache vraiment pourquoi. Un mystère qu’Elena est bien décidée à résoudre en rejoignant sa tante par avion, un moyen de transport que pourtant elle redoute. Mais le voyage tournera au cauchemar quand son avion s’écrasera en plein désert de Goldhope marquant ainsi le début d’une périlleuse et incroyable aventure. Au cours de celle-ci, Elena apprendra à se (re)découvrir, fera de nouvelles rencontres et se rendra compte que l’espoir est une valeur à ne jamais oublier même dans l’adversité.

Le principal atout de ce roman est la dose de mystère qu’il recèle. L’autrice soulève, tout au long de son ouvrage, un certain nombre d’interrogations qui ne manqueront pas de vous tenir en haleine et de vous donner envie de découvrir tous les tenants et aboutissants de cette histoire.  Pourquoi le silence de cette tante quand sa nièce aurait eu tellement besoin d’elle pour faire face à la mort de ses parents ? Qui sont vraiment Jackson, Mickael, Shane et Spencer, ce groupe d’amis qui va la prendre sous son aile ? Qui se cache derrière l’antagoniste de l’histoire que la jeune fille devra affronter avec l’aide des quatre garçons et grâce à l’enseignement d’Elbas ? D’ailleurs, que penser de ce mystérieux être dont l’esprit paraît quelque peu insondable ? Comment sortir de ce désert, enfer à ciel ouvert ?

Mais toutes ces interrogations ne compensent pas une histoire qui aurait mérité d’être plus développée. Tout semble arriver trop vite, trop soudainement... Les problèmes et les dangers sont, à mon goût, surmontés bien trop vite pour qu’on ait le temps de ressentir la moindre peur, et ceci malgré quelques moments dramatiques. Le manque d’approfondissement se ressent également dans les personnages dont la psychologique n’est pas assez travaillée pour que l’on puisse développer, au fil des pages, de l’attachement ou de l’intérêt pour ce qu’ils traversent. Seul un petit garçon, qui n’intervient pourtant pas beaucoup, m’a touchée par sa gentillesse, sa simplicité et son innocence. Je comprends toutefois la raison qui a poussé l’autrice à offrir une intrigue rythmée qui fait l’impasse sur le superflu. Bien que cela n’ait pas fonctionné avec moi, car j’aime les univers riches et détaillés, ce choix narratif reste cohérent avec le twist final.

En ce qui concerne le style d’écriture, mon avis sera également mitigé. On sent un véritable amour des mots et une volonté de bien faire avec un vocable recherché et des expressions imagées. On tombe cependant bien souvent dans le « trop » avec l’utilisation abusive de qualificatifs et la présence d’un certain nombre de mots utilisés à mauvais escient. Malgré le lyrisme qui se dégage parfois du texte, certaines formulations m’ont donc paru maladroites.

Malgré ces différents points qui ne m’ont pas permis d’apprécier pleinement ma lecture, je reconnais que l’autrice a su développer des idées originales, que ce soit au niveau du lieu de l’action ou de la forme que prennent les dangers. J’ai aimé me plonger dans ce désert, une sorte de prison de sable étouffante et angoissante, dans lequel évoluent des créatures effrayantes dont un monstre qui fera de la vie d’Elena et de ses amis un enfer.  À chaque moment, le danger peut s’abattre sur le groupe qui n’aura de cesse de se battre pour sa survie. Y arrivera-t-il ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que l’autrice n’hésite pas à malmener ses protagonistes mentalement et physiquement. Heureusement pour eux que les moments d’angoisse et de doute seront entrecoupés de scènes plus douces et de moments d’amitié…

Quant à la fin, je ne peux pas vous en parler sans vous gâcher le plaisir de la surprise, mais attendez-vous à un retournement de situation très bien trouvé. J’avais envisagé un moment cette possibilité, mais je l’avais très vite mise de côté. Chapeau donc à l’autrice d’avoir réussi à me surprendre…

En conclusion, Si j’avais su est un petit roman qui regorge de bonnes idées et qui n’est pas dénué d’une certaine originalité. Toutefois, les maladresses stylistiques et le manque de profondeur du livre et de ses protagonistes peineront à convaincre les lecteurs les plus exigeants. Si pour ma part, ce n’est pas un roman qui m’a transportée, je pense qu’il pourrait plaire aux jeunes lecteurs et à ceux en quête d’une aventure menée tambour battant.

Deux avis plus enthousiastes sur la toile : Les chroniques de Lee HamSatine’s books

 

 

 

Là où se cache le diable, Benjamin Guérif

PRÉSENTATION ÉDITEUR

« Souvent, même les phénomènes les plus troublants ont une explication simple. Et ce truc est juste derrière chez moi ! »

Adam est un adolescent solitaire. Ses parents viennent d’acheter une maison isolée en pleine campagne et, malgré la sinistre brume hivernale, il prend plaisir à explorer, après les cours, ce paysage à l’abandon. Un soir, il aperçoit une lueur qui vacille au-dessus du sol, comme un spectre. Adam n’a jamais eu peur des fantômes, il veut comprendre ce qu’il a vu. Seulement, la  » réalité  » est parfois plus étrange qu’on ne le croit…

  • Broché: 160 pages
  • Editeur : Syros Jeunesse (7 mai 2015)
  • Collection : LE RAT NOIR
  • Prix : 14€

AVIS

Le principal intérêt de ce roman réside, pour moi, dans la manière dont l’auteur a réussi, à travers l’histoire d’un adolescent solitaire, à ouvrir de nombreuses pistes de réflexion sur des questions comme la réalité, la construction de légendes, de croyances et de superstitions, le jeu dangereux des apparences… Benjamin Guérif s’amuse donc, avec un certain talent, à conduire les lecteurs sur de fausses pistes. À cet égard, la fin est déroutante, mais particulièrement bien construite. Elle conclut à merveille une histoire qui nous prouve que les apparences sont souvent trompeuses, et que la réalité peut être travestie par des informations parfois mal interprétées…

D’autres réflexions tout aussi intéressantes, mais peut-être destinées à des lecteurs plus âgés, sont proposées notamment à travers l’histoire de Mme Rikhlo, une trentenaire qui a décidé de vivre en autarcie, ou presque, dans la campagne dordonnaise. Ce personnage permet de remettre en question le mode de fonctionnement des grandes entreprises qui broient tout sur leur passage, à commencer par leurs salariés. Une critique de la gestion financière actuelle des entreprises que je partage entièrement et qui a renforcé mon affection pour cette femme mystérieuse.

Mme Riklho est d’ailleurs le seul personnage pour lequel j’ai ressenti des émotions, n’ayant pas réussi à entrer en connexion avec Adam, le héros de l’histoire. Le récit est narré de son point de vue, mais j’ai trouvé que l’auteur gardait une certaine distance avec son protagoniste, ce qui m’a quelque peu déstabilisée. Une sorte de froideur que seules les digressions du jeune homme viennent rompre… C’est le seul point qui ne m’a pas vraiment convaincue, mais cela m’est personnel, et peut-être que ce jeune homme saura vous toucher.

Ceci est d’autant plus probable qu’il possède de nombreuses qualités, il est courageux, intelligent, curieux, capable de prendre du recul, et il n’a pas peur de s’affirmer faisant fi du qu’en-dira-t-on.  Adam est donc un personnage qui ne manque pas d’atouts et que l’on prend plaisir à suivre dans sa quête pour découvrir la vérité quant à un phénomène étrange dont il a été témoin. En tant qu’adulte et/ou grosse lectrice, j’ai tout de suite compris la raison de ce mystérieux phénomène, mais cela ne m’a pas empêchée de prendre plaisir à suivre Adam qui, au fil de ses rencontres, va se rendre compte que la vérité n’est pas toujours celle que l’on croit.

L’enquête d’Adam est intéressante d’autant que le jeune homme la suit de manière plutôt méthodique, et qu’il fait montre d’un certain culot. Mais ce que j’ai le plus apprécié, c’est le jeu constant entre réalité et fantastique. Il ne se passe pas de choses extraordinaires, mais l’auteur ajoute quelques petites touches de fantastique qui font douter le lecteur. L’Antre du diable, ce lieu dans lequel personne n’ose s’aventurer, est-il vraiment maléfique ou son nom n’est justifié que par la superstition et les légendes ? Mme Riklho n’est-elle vraiment qu’une simple femme ou comme les habitants le pensent, possède-t-elle des pouvoirs ?  Tout autant de questions qui rendent la lecture prenante…

Quant à la plume de l’auteur, je l’ai trouvée assez immersive, mais j’ai regretté un certain manque de chaleur dans le traitement du personnage. J’ai donc réussi sans peine à m’immerger dans le récit sans pour autant arriver à vraiment me sentir proche du protagoniste. La différence d’âge entre lui, adolescent, et moi, trentenaire, peut également expliquer ce manque d’identification. En revanche, je ne doute pas que les adolescents se sentent proches de ce jeune homme qui rencontre des problématiques qui leur parleront. .

En conclusion, Là où se cache le diable est un roman efficace qui vous mènera sur la piste d’un étrange phénomène. Les adolescents et les jeunes lecteurs devraient dévorer ce récit teinté de fantastique, et peut-être, se retrouver parfois dans le comportement d’Adam, un jeune homme curieux et intelligent qui refuse de renter dans le moule. Quant aux adultes, ils devraient apprécier les réflexions soulevées par l’histoire notamment sur la notion de réalité et d’apparence. Une histoire courte qui devrait donc réunir les amateurs de mystère et d’enquêtes de tout âge.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site des éditions Syros.

Nini Zombie (tome 1) : Celle qui n’existait plus, Lisette Morival et Fabrizio Borrini

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Nini est morte. Ce pourrait être la fin mais c’est le début d’une nouvelle aventure pour la jeune fille devenue un zombie. Mais rien n’est simple dans sa nouvelle vie. En renaissant, Nini a perdu la mémoire et ne se souvient que d’une chose: elle est dessinatrice. Mais qui est-elle vraiment? Pourquoi le professeur Spirit l’a-t-il ramenée à la vie? Et qui est Zékiel, ce feu follet qui se prétend éperdument amoureux d’elle? En partant à la recherche de son passé, Nini va prendre de gros risques. En effet, un lourd secret plane sur sa famille et de nombreuses personnes souhaiteraient qu’elle reste amnésique. Et puis surtout, la mort rôde et elle est prête à tout pour récupérer l’âme perdue de « celle qui n’existe plus ».

  • Broché: 222 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Éditeur : Kennes Editions (4 mai 2016)
  • Prix : 12.80 €

AVIS

Appréciant de plus en plus les éditions Kennes, je n’ai pas hésité très longtemps avant de craquer pour Nini Zombie même si les zombies et moi ne sommes, en général, pas très amis. Mais heureusement ici, nous sommes loin de l’ambiance de The Walking Dead ce qui, vous l’aurez compris, est plutôt un bon point pour moi.

Nous découvrons Nini, une adolescente très proche de ses parents et de sa sœur, Eloïse, avec lesquels elle coulait des jours heureux. Puis tout est parti à vau-l’eau : ses parents disparaissent mystérieusement, sa sœur et elle sont confiées à une institution tenue par un étrange et très laid directeur, et puis, il y a ces sombres et étranges dessins, le terrible choc, la transformation…

L’autrice a su dès les premières pages me plonger dans son récit riche en tension, en mystère, en humour et en personnages hauts en couleur. J’ai ainsi d’emblée apprécié Nini qui a un caractère que l’on pourrait qualifier d’entier. L’adolescente au look mi-gothique mi-manga, comme elle aime à le dire, sait ce qu’elle veut et n’hésite pas à faire entendre son avis. Mais en plus d’une personnalité affirmée, elle possède un don pour le dessin, celui-ci revêtant un caractère très spécial puisque ses dessins sont prémonitoires ! C’est certainement l’aspect du roman qui m’a le plus intéressée appréciant l’idée d’une personne qui peut voir le futur à travers ses talents artistiques…

Malheureusement, connaître son avenir ne permet pas forcément de le changer et Nini devra affronter sa mort comme elle l’avait prédit. Mais ce qu’elle n’avait pas anticipé, c’est d’être sauvé par un excentrique savant ni même de rencontrer des individus plutôt atypiques. À cet égard, j’ai été touchée par Blaise, un grand gaillard un peu simplet mais au très grand cœur. À sa manière, il va tout faire pour aider Nini à accepter sa nouvelle condition de zombie et à retrouver la mémoire, car oui, en devenant un zombie, les souvenirs s’effacent…

Autre personnage qui m’a bien plu, un petit chat qui va se révéler d’un grand soutien pour la jeune zombie, celle-ci ayant quelque peu tendance à se montrer imprudente. Il faut dire que rebelle dans l’âme, zombie ou pas, elle n’a pas vraiment l’intention de se laisser dicter sa nouvelle vie que ce soit pour son propre bien ou non. Si cela va parfois lui faire prendre de mauvaises décisions, cette indépendance d’esprit va également lui permettre de ne pas se laisser conter fleurette aveuglément par un personnage pressé de la voir quitter définitivement le monde des vivants.

Bien que peu présente dans ce premier tome, la sœur de Nini se montre plutôt attachante. Très différentes l’une de l’autre, les deux jeunes filles s’entendent à merveille et essaient de se protéger mutuellement. C’est donc avec tristesse qu’on voit Eloïse apprendre la disparition de sa sœur après celle de ses parents. Et on ne peut s’empêcher d’espérer que les deux sœurs arrivent à vaincre les obstacles pour enfin se retrouver.

En plus de la galerie de personnages variée et originale, j’ai beaucoup aimé le style de roman qui, tout en étant fluide et agréable, reste très accessible pour les enfants. Les dialogues réalistes et non dénués d’humour rendent, quant à eux, la lecture rythmée et prenante. Vous ne devriez donc pas voir les pages défiler sous vos yeux que vous soyez un petit ou un grand lecteur.

J’ai, en outre, trouvé très judicieuse la manière dont les auteurs ont utilisé le fil principal de l’intrigue pour mettre en exergue le poids des apparences et des préjugés dans la société. Obnubilées par la notion de beauté ou, du moins, repoussées par la laideur, Nini et sa sœur vont commettre la même erreur : juger l’autre sur son apparence plutôt que sur ses actes. Une erreur qui ne sera hélas pas sans conséquence, et qui sera exploitée par un personnage fourbe et malicieux… Le roman aborde également le thème de l’immortalité et du prix à payer pour l’obtenir.

À noter que le roman contient quelques illustrations. Un bonus que j’apprécie toujours beaucoup et qui permet de se plonger totalement dans le récit. Toutefois, je reste très dubitative sur le placement de ces dessins qui sont en décalage avec le fil de l’intrigue. Ce point a fini par réellement me perturber…

En conclusion, Nini Zombie est une lecture jeunesse fort sympathique qui devrait plaire aux enfants et/ ou aux adultes qui ont envie de lire une histoire de zombies sans les massacres qui y sont souvent associés. Je ne peux donc que vous encourager à vous plonger dans l’atmosphère très particulière de ce récit qui mêle mystère, action, enquête et quête de soi.