La police des fleurs, des arbres et des forêts, Romain Puértolas

Couverture La Police des fleurs, des arbres et des forêts

Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

Albin Michel (2 octobre 2019) – 352 pages – Broché (19€) – Ebook (7,49€)

AVIS

Lu il y a plusieurs mois, ce n’est que maintenant que je prends le temps de vous parler de ce roman qui m’a fait forte impression puisque malgré la centaine de livres lus depuis, j’en garde un excellent souvenir !

Si de tête, je serais bien incapable de me rappeler le nom de chaque protagoniste, ce dont je me souviens, en revanche, c’est de l’humour truculent de l’auteur qui m’a bien souvent fait rire aux éclats. L’auteur joue et déjoue les codes des romans policiers tout en se délectant du décalage entre les grandes villes et les campagnes, tout ça dans le contexte du début des années 60. C’est original, frais et savoureux !

D’une plume vivace et bourrée d’allégresse, l’auteur nous conte ainsi l’histoire d’un jeune policier des villes, qui devient policier des champs. Entre les quiproquos, les échanges surréalistes, les villageois, un garde champêtre de bonne volonté, mais pas vraiment taillé pour une affaire de meurtre… le pauvre citadin a de quoi en perdre son latin ! J’ai adoré ce choc des cultures entre le policier et les villageois qui vivent les mêmes événements, mais qui ne réagissent pas, mais alors pas du tout, de la même manière. À cela s’ajoute des échanges épistolaires plus que savoureux entre, entre autres, notre policier, qui a l’impression d’être tombé chez les fous, et Madame la Procureure de la République qui se veut conciliante…

C’est simple, rien qu’en écrivant ces quelques lignes, j’ai le sourire aux lèvres et la bonne humeur qui me gagne. L’enquête de police en soi n’est pas inintéressante, mais c’est, pour ma part, le ton du livre qui m’a conquise et qui fait tout le charme de ce roman. Il n’y a pas à dire, l’auteur n’a pas besoin de verser dans le feel good pour faire du bien à ses lecteurs et les faire sourire, voire, si comme moi vous êtes sensible à son humour, les faire rire sans retenue. Mieux vaut donc le savoir et lire ce roman à l’abri des regards, sauf à vouloir attirer sur vous quelques regards interrogatifs.

Autre point que j’ai apprécié après avoir pris le temps du recul : la mise en garde très théâtrale en début de livre. Il nous est ainsi expliqué que le roman va nous surprendre par sa révélation. Or, les indices donnés par l’auteur sont tellement gros qu’on découvre assez vite le pot aux roses. Je me suis donc demandé si Romain Puértolas avait présumé de ses capacités à surprendre son lectorat amateur de romans policiers ou si cet avertissement n’était pas une nouvelle preuve de sa capacité à se jouer de ses lecteurs… pour leur plus grand plaisir. N’étant pas dans les confidences de l’auteur, je ne saurais répondre avec certitude à la question, mais si vous avez lu le roman, je serais curieuse de savoir ce que vous en pensez.

Ma chronique sera bien plus courte que d’habitude autant pour cause de mémoire défaillante que la conviction que La police des fleurs, des arbres et des forêts est un roman qu’il vaut mieux découvrir par soi-même sous peine de passer à côté de ce qui en fait tout le charme. Mais ce qui est certain, en revanche, c’est que si vous avez envie d’une enquête champêtre truculente et divertissante à souhait, vous avez trouvé votre prochaine lecture !

Instinct, James Patterson et Howard Roughan

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Instinct de James Patterson et Howard Roughan. À noter que ce roman a déjà été publié par la maison d’édition sous le titre Jeu de massacres.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un meurtrier, deux enquêteurs. Et un jeu de 52 cartes…

Le professeur Dylan Reinhart est l’auteur d’un ouvrage de référence sur les « comportements déviants ». Lorsque Lizzie Needham, du NYPD, en reçoit un exemplaire accompagné d’une carte à jouer tachée de sang, tout porte à croire qu’un tueur s’intéresse à l’éminent docteur en psychologie…
Mais il apparaît vite que ce sang est celui d’un homme retrouvé poignardé à son domicile. Quant à la carte, un roi de trèfle, elle prend tout son sens lorsque Needham et Reinhart comprennent qu’elle désigne la deuxième victime du tueur.
Ces cartes ne sont donc pas une signature, mais les indices d’un jeu de piste jonché de cadavres, dont Manhattan est le décor…

Publié en 2019 sous le titre Jeu de massacres, ce roman a inspiré la série Instinct, diffusée en France par M6, avec Alan Cummings, dans le rôle de l’extravagant Dylan Reinhart.

L’Archipel (9 janvier 2020) – 352 pages – Broché (20€)
Traduction : Philippine Voltarino

AVIS

Dès le début du roman, les auteurs distribuent avec efficacité et un certain sens de la mise en scène les cartes ! Le terme de carte prend ici tout son sens si l’on considère que le serial killer qui sévit a une légère tendance à personnaliser ses scènes de crime en laissant derrière lui une carte à jouer.

Un détail plein de symbolisme à ne pas prendre à la légère comme vont vite le découvrir l’éminent professeur en psychologie, le Dr Dylan Reinhart, et l’inspectrice Elizabeth Needham du NYPD. Réuni indirectement par le tueur bien décidé à tester les compétences du professeur dont il semble avoir lu le livre sur les comportements déviants, le duo n’aura pas vraiment d’autre choix que de travailler main dans la main afin de mettre fin à un jeu de piste des plus macabres. 

L’enquête est captivante et suscite moult questions, les auteurs n’hésitant pas à relancer régulièrement l’intérêt des lecteurs par quelques phrases sibyllines et des scènes mouvementées. Le suspense est donc au rendez-vous sans pour autant occulter ce qui fait, du moins pour moi, la richesse de ce roman : les liens entre les deux héros. On assiste ainsi à leur rencontre, à la manière dont, bon an mal an, ils s’associent pour faire face à un défi de taille alors que la pression politique se fait de plus en plus forte. Au fil des épreuves et des questionnements, la complicité entre l’inspectrice et le psychologue se fait de plus en plus forte et palpable. Leurs échanges pleins de peps et empreints d’humour apportent beaucoup de dynamisme et de charme à l’intrigue.

Les auteurs ne développent pas outre mesure la psychologie des deux enquêteurs, mais ils donnent assez d’informations pour les rendre tous les deux attachants même si j’ai été un peu plus sensible à Reinhart dont j’ai apprécié l’intelligence, l’humour et la personnalité oscillant entre délicatesse et honnêteté. Des qualités parfaites pour un brillant psychologue qui, tout en étant conscient de ses capacités intellectuelles, n’en demeure pas moins agréable et abordable. Mais loin d’être lisse et convenu, notre professeur possède ses propres secrets que l’on prend plaisir à découvrir.

J’ai également été séduite par la fraîcheur et le sens de la taquinerie d’Elizabeth. Le personnage est courageux, ambitieux, intelligent, facétieux, mais il possède également une certaine ambivalence et une part de mystère qui nous poussent à nous poser quelques questions à son sujet. La policière est-elle totalement franche avec Reinhart et comment en est-elle arrivée à naviguer dans l’entourage proche du maire de New-York, l’un des hommes politiques les plus influents du pays ?

Un maire qui se révèle d’ailleurs autant un atout qu’une menace pour le duo ! Il semble, en effet, prêt à tout pour mettre la main sur le tueur en série et ainsi éviter que ce fâcheux problème ne vienne mettre un terme définitif à ses envies de réélection. Cet homme politique est un parfait exemple de ces politiciens plus intéressés par leur popularité et la pérennité de leur position que par le bien de la population… Les autres personnages secondaires sont également bien construits et participent, à leur manière, à cette enquête, que ce soit un journaliste d’investigation pugnace qu’Elizabeth a bien du mal à garder sous contrôle ou le mari de Reinhart. Ce dernier fera preuve, tout au long du roman, d’une sensibilité à fleur de peau qui le rend aussi touchant qu’attachant.

En incluant un pan entier de la vie personnelle de Reinhart dans l’intrigue, les auteurs l’humanisent vraiment et lui donnent une autre dimension, celle d’un homme comme les autres qui essaie avec son mari de construire une famille malgré les préjugés et les injustices… Le thème de l’homoparentalité est ici abordé avec empathie et sensibilité. Difficile ainsi de rester de marbre devant la détresse de ces hommes prêts à affronter toutes les épreuves afin que leur rêve de famille devienne une réalité.

En conclusion, porté par un duo attachant et complémentaire, voici un roman qui ravira les amateurs de suspense, de plumes addictives et d’intrigues menées tambour battant. Pris dans le tourbillon infernal des événements, vous n’aurez qu’une envie : celle de découvrir l’identité et les motifs d’un tueur en série qui a réussi à transformer un inoffensif jeu de cartes en une menace mortelle !

Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur le site Place des libraires.

Éditions l'Archipel

Le corbeau d’Oxford : Une enquête de Loveday & Ryder, Faith Martin

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Le corbeau d’Oxford : une enquête de Loveday & Ryder de Faith Martin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Oxford, 1960. Lorsque Sir Marcus Deering, un riche industriel de la région, reçoit plusieurs lettres de menace anonymes, il prend le parti de ne pas s’en inquiéter. Mais bientôt, un meurtre est commis, et les meilleurs éléments de la police d’Oxford sont mobilisés.
La toute jeune policière Trudy Loveday rêverait de participer à une affaire aussi importante, mais ses supérieurs coupent rapidement court à ses ambitions. Écartée de l’enquête et chargée d’assister le brillant mais peu amène Dr Clement Ryder, médecin légiste, sur une affaire classée, elle se retrouve pourtant très vite au cœur d’une énigme qui pourrait bien la mener sur la piste du mystérieux corbeau d’Oxford…

HarperCollins (13 novembre 2019) – 352 pages – Broché (14,90€) – Ebook (9,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Trudy Loveday, policière stagiaire de presque 20 ans, n’est pas prise au sérieux par sa hiérarchie et ses collègues malgré son dynamisme et sa bonne volonté. Difficile de se faire une place en tant que femme dans une Angleterre des années 60 encore très patriarcale et pleine de « bons sentiments » envers le sexe faible. Entre une mère qui aurait rêvé sa fille en épouse et mère de famille comblées et un supérieur qui ne sait que faire d’elle, Trudy Loveday va donc devoir faire ses preuves ! Chose dont elle est bien consciente et qui est loin d’entamer sa motivation et son ambition, bien au contraire.

Et ça tombe bien, l’opportunité de montrer ce qu’elle vaut ne va pas tarder à arriver, et prendre la forme d’une collaboration avec le Dr Clement Ryder, un brillant chirurgien qui, en raison d’une maladie, s’est reconverti en coroner. Il profite de l’affaire du corbeau d’Oxford, qui s’est soldée par la mort d’un homme, pour encourager la police à enquêter de nouveau sur le décès, il y a presque cinq ans, d’une jeune femme que la victime aurait fréquentée. Une ancienne histoire qui, pour le docteur, sent le mensonge à plein nez et sur laquelle il est bien décidé à faire toute la lumière. Mais les deux affaires sont-elles vraiment liées ?

C’est que ce que vous découvrirez en dévorant ce roman, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont l’auteure imbrique les différents éléments de son récit. Elle pousse habilement les lecteurs à s’interroger sur cette histoire de corbeau qui menace un industriel anglais et l’exhorte à se racheter quand le pauvre bougre ne comprend pas de quoi on l’accuse. La seule chose qui lui vient à l’esprit est une vieille affaire pour laquelle sa responsabilité n’est pourtant pas directement engagée ! Non, décidément, cette histoire n’a pas de sens et serait même risible si elle n’avait pas de si graves et funestes conséquences…

En parallèle, on suit l’enquête de Trudy et du Dr Ryder qui fouinent dans les secrets bien gardés d’une riche famille anglaise qui pourrait être liée à l’assassinat perpétré par le corbeau. J’ai développé d’emblée une certaine sympathie pour ce docteur, un homme respecté, bien que craint, qui ne tombe jamais dans l’apitoiement malgré sa maladie qu’il s’évertue, contre vents et marées, à garder secrète. Intelligent, implacable, intraitable, consciencieux à l’extrême, épris de justice et de vérité, le portait n’est pas forcément celui d’un boute-en-train, mais derrière le côté dur et autoritaire, se cache un homme honnête, authentique et non dénué d’une certaine sensibilité.

Face à un homme avec une telle force de caractère, il fallait quelqu’un comme Trudy, une femme intelligente, volontaire, avec la tête sur les épaules, du répondant et une volonté de fer. Consciente de la nécessité de tenir tête au docteur et de ne pas se laisser marcher sur les pieds pour obtenir son respect, elle n’hésitera ainsi pas à affirmer son point de vue et à lui prouver que loin d’être une épine dans le pied comme le pense son supérieur, elle constitue un atout dans leur enquête commune.

Ce duo intergénérationnel, en plus d’être terriblement attachant, fonctionne à merveille et fait des étincelles, les deux protagonistes étant parfaitement complémentaires. Le docteur prend ainsi la jeune femme sous son aile tempérant son enthousiasme quand il lui fait perdre de vue la cohérence des indices tout en l’encourageant à prendre confiance en elle. Quant à Trudy, elle lui apporte ce dynamisme qui lui fait défaut et ce sang frais qui lui permet d’aborder les choses sous un angle nouveau.

Le roman se lit très vite, le suspense étant bien présent, la galerie de personnages variée et intrigante, l’histoire menée à bon rythme et la plume de l’autrice assez agréable, fluide et efficace pour vous donner envie de tourner les pages les unes après les autres jusqu’au dénouement tant attendu. J’avais anticipé l’identité du corbeau, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que je n’avais, en revanche, pas compris à quel point la situation était tordue et malsaine. Il y a des personnes vraiment prêtes à tout par amour, quel que soit le sens que l’on puisse donner à ce mot.

En conclusion, en plus de nous offrir une enquête rythmée, prenante et immersive dans une Angleterre des années 60 ne manquant pas de charme, bien qu’ayant des progrès à faire en matière d’égalité des sexes, l’autrice introduit un duo d’enquêteurs particulièrement attachant, complémentaire et complice dont on prend plaisir à suivre les échanges et les investigations. Parce que rien ne pourra entraver l’enthousiasme et l’ambition de Trudy et la volonté du Dr Ryder de faire triompher la justice et la vérité, quelque chose me dit que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce duo de choc !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins

Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HaperCollins pour m’avoir permis de découvrir Arrowood de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. La police, débordée, arrive à un point de rupture. Tandis que les bourgeois désemparés se tournent vers Sherlock Holmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes. Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé. Quand un homme disparaît mystérieusement, Arrowood et son comparse Barnett se lancent dans une mission de taille : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

HarperCollins (février 2019) – 352 pages – Poche (7,90€)

 

AVIS

L’un analyse les indices et fait des déductions, l’autre lit les émotions et en tire des conclusions. Deux approches assez différentes pour deux personnages qui semblent quelque peu incompatibles, du moins, si l’on se fie à la haine qu’Arrowood voue à Sherlock Holmes bien qu’il soit fort probable que ce dernier ne connaisse même pas l’existence de ce détective des bas-fonds de Londres.

J’ai adoré voir planer l’ombre de Sherlock Holmes dans le récit. Le célèbre détective n’intervient pas, mais on entend régulièrement parler de ses exploits, ce qui a ravi la fan de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle en moi. Mais la manière dont tout le monde s’extasie devant le célèbre détective a tendance à rendre complètement fou Arrowood qui est loin de partager le même enthousiasme. Faisant preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve, il se complaît donc, à la moindre occasion, à décrédibiliser Sherlock Holmes qu’il considère, dans le meilleur des cas, comme extrêmement chanceux, et dans le pire, comme complètement incompétent !

Une vision que je ne partage pas mais qui m’a fait sourire ayant parfois l’impression de voir un enfant refusant d’admettre la vérité : le talent de Sherlock Holmes est sans commune mesure avec le sien. Cela ne l’empêche pas d’avoir de temps en temps quelques affaires à se mettre sous la dent comme celle que lui confie une cliente d’origine française qui souhaiterait retrouver son frère. Une enquête, à première vue, assez banale si ce n’est que le jeune Français travaillait dans l’établissement d’un homme peu fréquentable avec lequel Arrowood et son assistant, Barnett, ont déjà eu maille à partir. C’est donc en marchant sur des œufs et en espérant que le ciel ne leur tombe pas sur la tête que les deux comparses vont se lancer à la recherche de Thierry, ou de Terry pour les Anglais.

Suivant l’un après l’autre les indices qui se trouvent sur leur route, Arrowood et Barnett vont finir par se trouver devant un tableau d’ensemble peu cohérent qui va mettre leur patience à rude épreuve d’autant que leur cliente semble ne pas avoir été complètement honnête avec eux… Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient pour le plus grand bonheur des lecteurs qui tournent alors avec avidité les pages les unes après les autres. On se laisse donc volontiers porter par l’histoire qui met à nu aussi bien les agissements d’un horrible personnage et de ses complices, pas tous forcément très volontaires, que d’un groupe défendant ses idéaux politiques de manière plutôt radicale. Cet aspect politique est finalement assez peu présent, mais je l’ai trouvé très intéressant puisqu’il évoque une partie sombre de l’histoire britannique.

Bien construit, ce roman se lit très vite d’autant qu’en plus d’une l’intrigue prenante, il ne manque pas d’atouts : une plume immersive mais très accessible, une narration à la première personne à travers la voix chaleureuse de Barnett, de nombreux dialogues qui sonnent très « vrais »…. Il faut dire que, page après page, l’auteur nous plonge avec talent dans cette Angleterre victorienne en se concentrant non pas sur le Londres des beaux quartiers, mais sur le Londres de Jack L’éventreur, une ville gangrénée par la misère extrême, la crasse, la méfiance vis-à-vis des étrangers, la prostitution, la corruption, l’alcool, la violence… Un tableau assez sombre dans lequel se fond à merveille Arrowood qui, lui-même, n’est pas exempt d’une certaine crasse au sens propre du terme puisque ce dernier n’est pas un acharné de l’hygiène, qu’elle soit corporelle ou de vie. Mais c’est vrai qu’à cette époque, c’est loin d’être le seul…

Passionné par la psychologie, domaine dans lequel il évolue en autodidacte, Arrowood est un peu la tête pensante du duo quand il s’agit d’élaborer des plans et de faire des liens entre des individus et des événements. Ses talents bien que réels restent, néanmoins, moins spectaculaires que ceux de Sherlock Holmes, ce qui les rend peut-être plus réalistes. Sans être foncièrement désagréable, ce n’est pas un personnage pour lequel j’ai développé énormément de sympathie même s’il m’a parfois touchée notamment par l’affection qu’il porte à Neddy, un gamin des rues que j’ai, pour ma part, adoré. Courageux et volontaire, cet enfant fait de son mieux pour subvenir aux besoins de sa famille tout en vouant une sincère admiration à Arrowood, une admiration que notre détective tend trop souvent à exploiter à mon goût…

J’espère retrouver le jeune garçon dans le deuxième tome tout comme Ettie, la sœur du détective qui possède une certaine force de caractère. À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’évolution du personnage qui, je l’espère, prendra encore plus d’importance par la suite. Si Arrowood ne m’a guère impressionnée par sa lecture des émotions, j’ai été assez époustouflée par la manière dont Barnett n’hésite pas à se lancer dans la bataille quitte à donner de sa personne. Et puis il m’a beaucoup touchée pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir par vous-mêmes.

Chose intéressante, la relation entre Arrowood et Barnett me semble beaucoup plus équilibrée que celle entre Holmes et Watson. Bien que fidèle à Arrowood, Barnett, conscient des forces et faiblesses du détective, l’admire, mais ne l’idolâtre pas, ce qui lui permet d’émettre les réserves nécessaires pour leur propre sécurité. Et c’est probablement ce relative équilibre dans les rapports entre les deux comparses ainsi que leur totale complémentarité qui rendent leur relation/collaboration efficace, réaliste et intéressante…

En conclusion, à travers une enquête rythmée et prenante, l’auteur nous plonge avec un réalisme désarmant dans les bas-fonds de Londres soulevant, au passage, la vase qui semble étouffer la ville. Les apparences pouvant être trompeuses, il faudra bien à Arrowood, entre deux diatribes contre Sherlock Holmes, tout son talent pour démêler le vrai du faux, et à son fidèle associé, Barnett, tout son courage pour concrétiser des plans parfois un peu risqués… Voici un livre que je recommande à tous les amateurs d’enquêtes policières se déroulant dans cette Angleterre victorienne à l’atmosphère si particulière.

Retrouvez/feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions HarperCollins.

Chaos, Robert de Rosa

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir Chaos et je remercie l’auteur pour sa dédicace.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1999 : année de l’éclipse totale de soleil. Une catastrophe s’abat sur Clermont-Ferrand et sa région. Une épidémie surgie du passé, la peste, affole la population. À la peur s’ajoutent le désordre et les comportements irrationnels encouragés par la crainte de l’an 2000. Mais quand la contamination est maîtrisée, on constate que les morts de quatre victimes sont des meurtres. Le commissaire Marcel Broust et ses adjoints Des Cartes et Spinoza, assistés de la jeune stagiaire Framboise Sagan, passent du rôle d’assistants sanitaires à ceux d’enquêteurs criminels. Leur les amènera à découvrir les agissements d’un parti politique extrémiste, d’une secte promouvant un Ordre Nouveau, de francs-maçons transfuges et de pseudo-chevaliers du Temple.

De Borée (juin 2019) – 320 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,90€)

AVIS

Chaos est un roman policier que j’ai trouvé prenant et plutôt original. L’auteur commence par nous plonger au XIVe siècle avant de nous ramener en 1999 dans un Clermont-Ferrand en proie à une épidémie de peste. Un fléau dont l’Europe s’était débarrassée, mais que la grande curiosité de trois enfants a fait réapparaître. Le lien entre le passé et le présent nous apparaît assez vite évident et plutôt bien amené à tel point que j’ai rêvé de pouvoir intervenir dans le roman afin d’éviter la catastrophe. L’auteur a, en outre, fait preuve d’une certaine audace, du moins pour la lectrice que je suis, avec un choix scénaristique qui m’a prise de court…

Il est juste un peu dommage que l’épisode de peste, qui apporte pas mal de tension au récit, soit assez vite endigué bien qu’on comprenne, en fin de lecture, que l’auteur a su jouer de métaphore… Une fois le calme revenu et les citoyens rassurés, les autorités doivent faire face à quatre décès non imputables à la peste. Le commissaire Marcel Broust, ses adjoints Des Cartes et Spinoza ainsi que la jeune stagiaire, Framboise Sagan, se lancent alors sur la piste des responsables de ces meurtres en apparence indépendants les uns des autres. Mais est-ce vraiment le cas ou un lien peut-il être établi entre les victimes ?

Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais je peux d’ores et déjà vous dire que les policiers vont avoir du pain sur la planche avec des tensions entre différents ordres, un prophète du nom de Savonarole qui, fort heureusement, n’a pas le même talent que le célèbre prédicateur pour soulever les foules, des personnes aux idées nauséeuses… L’auteur arrive donc à tenir en haleine ses lecteurs en leur offrant une intrigue prenante dont on a hâte de détricoter les fils qui, comme vous le verrez, tissent une toile bien plus complexe qu’il n’y paraît.

L’enquête, en plus d’être intéressante, est également l’occasion de soulever de nombreux sujets et des questions quasi philosophiques : la religion et ce besoin viscéral de croire en quelque chose, l’exploitation abjecte de la misère humaine, la financiarisation à outrance de l’économie, le racisme, l’obscurantisme, la solitude des plus âgés, l’hypocrisie… Tout autant de sujets qui apportent une certaine richesse et profondeur au récit, mais qui pourront décontenancer les amateurs de thrillers à l’américaine qui tendent plutôt à jouer sur le rythme et des rebondissements bien souvent spectaculaires. Pour ma part, j’ai apprécié les différentes réflexions étayant le roman d’autant que la plume tout en finesse de l’auteur les rend très accessibles. Pas de longueurs donc, mais la sensation d’être plongé dans une histoire pensée de A à Z pour offrir une expérience de lecture agréable et enrichissante.

L’auteur a donc joué la carte de la réflexion mélangée à l’action sans oublier de faire un vrai travail sur ses personnages qui se révèlent plutôt atypiques et complémentaires : une jeune femme impulsive, mais pas casse-cou, au passé mouvementé qui n’a pas sa langue dans sa poche, un policier mettant sa passion de la photographie au service de son métier, un scientifique contrarié… Cette équipe de policiers ne peut donc que marquer les esprits et donner envie de la suivre dans ses investigations. J’ai néanmoins un peu regretté de ne pas avoir lu les deux premiers tomes de la série puisqu’on sent qu’il y a un passif entre le commissaire et ses deux adjoints et que leurs précédentes aventures les ont rapprochés et soudés.

Si cela ne m’a pas empêchée de suivre avec intérêt l’enquête et les interactions entre les personnages, j’ai parfois eu l’impression d’être la petite nouvelle qui débarque… Une position qui m’a heureusement permis de me sentir assez proche de la stagiaire qui s’intègre avec naturel à l’équipe bien qu’il lui faille un peu de patience pour amadouer le commissaire Broust. Un peu plus sur la réserve que ses adjoints, ce policier est celui avec lequel j’ai eu le moins d’affinité même si, de fil en aiguille, j’ai fini par l’apprécier. Et puis il était en concurrence avec un amateur de chats et n’avait donc objectivement aucune chance d’être le premier à me séduire.

En conclusion, sous fond d’épidémie de peste, au sens propre comme au sens figuré, Robert de Rosa nous offre un roman immersif, non dénué d’une certaine profondeur, qui mélange avec subtilité et intelligence enquêtes, réflexions et action. Un cocktail détonant mis en valeur par une jolie plume sans oublier le charme de ce retour mouvementé à la fin des années 90 et l’arrivée à la fois crainte et attendue de l’an 2000 !

Retrouvez ce roman sur les sites des éditions De Borée.

L’évasion, Benoit Toccacieli

Couverture L'Evasion

Un grand merci à Benoit Toccacieli pour l’envoi de son roman, mais aussi pour sa très chouette dédicace.

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QUATRIÈME DE COUVERTURE

Dès qu’Alice ouvre un livre, les personnages qu’il contient prennent vie dans la réalité.
Pour son dixième anniversaire, ses parents lui offrent son premier roman policier. Au même moment, un mystérieux tueur en série commence à sévir. Quand Alice découvre ça, c’est la panique ! Elle décide alors de partir à sa recherche pour le neutraliser.
Pourra-t-elle compter sur Pompon, son chat qui rêve de conquérir le monde ? Comment réagiront ses parents, deux adultes enfermés dans leur quotidien ?

Auto-édité (23 juin 2018) – 183 pages – Broché (14€) – Ebook disponible (0.99€)

AVIS

Avec son aspect gaufré et son illustration pleine de mystère, la couverture attire tout de suite le regard. Mais plus que le soin apporté au travail éditorial, c’est bien le résumé qui m’a donné envie de parcourir ce livre qui, malgré sa relative petitesse, s’est révélé d’une très grande richesse au point de me donner envie, à chaque page ou presque, de noter des citations et autres extraits.

L’auteur, à travers l’histoire d’Alice, une petite fille qui a érigé la lecture en art de vivre et l’imagination en maître à penser, nous offre une réflexion, ou plutôt, de multiples réflexions sur des sujets divers et variés qui ne manqueront pas de parler à beaucoup de lecteurs. Au centre du récit, il y a d’abord cette question de l’éducation. Où se situe la frontière entre responsabilisation et laxisme ? Un sujet qui ne manquera pas de mettre à rude épreuve les nerfs de la mère d’Alice, Sophie, qui a peur de la place que prend l’imagination dans la vie de sa fille. Mais comment lui reprocher de trop lire et d’envahir chaque recoin de la maison avec ses livres quand la fillette se montre toujours aussi positive et volontaire ? D’un autre côté, laisser une enfant vivre en permanence dans un monde peuplé de livres et de personnages tout droit sortis de romans, est-ce vraiment souhaitable et raisonnable ? Un questionnement sur le besoin ou non de recadrer Alice qui n’est pas partagé par le père, Yann, trop obnubilé par son travail et un chef tyrannique, pour porter crédit aux angoisses de sa femme quant à l’avenir de leur fille. Une petite fille qui est d’ailleurs, de par sa maturité et sa bonne humeur, sa petite bouée d’oxygène.

Le roman, de manière très naturelle et avec beaucoup de justesse, aborde la question de la famille et de la relation dans un couple après l’arrivée d’un enfant mais aussi celle du travail et ses multiples problématiques : le besoin de (re)trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie familiale, la nécessité de se retrouver soi-même et de mettre un peu de passion dans un quotidien qui laisse peu de place à l’épanouissement personnel, l’envie de trouver un sens à son travail… Des questions quasiment philosophiques viennent également étayer la lecture : le pouvoir créateur et destructeur de l’imagination, la tristesse qui vient ternir le cœur des adultes quand ceux-ci oublient d’imaginer et de rêver, la notion de méchanceté et ses vaporeux contours…

Alice, du haut de ses dix ans, a d’ailleurs une vision très particulière de la méchanceté qu’elle considère avec une certaine naïveté, mais paradoxalement, avec un certain bon sens. Cela la conduira néanmoins sur un chemin dangereux quand elle se mettra en tête d’arrêter un tueur d’enfants qu’elle est persuadée d’avoir libéré en égarant un livre policier offert par son père. C’est que pour Alice, livres et réalité sont intrinsèquement liés. Dans son imaginaire, chaque personne rencontrée est issue d’une histoire, et un livre ouvert peut être le début d’une nouvelle aventure pour les personnages qu’il renferme. Mais contrairement à un conte, dans la vraie vie, les méchants ne deviennent pas forcément gentils quand ils entrent en contact avec de bonnes personnes… Si on s’attendrit devant l’imagination de cette enfant et sa volonté, aux côtés de son chat Pompon, de sauver le monde, on tremble parfois un peu devant le danger qui la guette. Mais vous verrez qu’Alice a plus d’un tour dans son sac et que sa détermination à toute épreuve fait d’elle un adversaire redoutable. Les méchants n’ont qu’à bien se tenir !

De fil en aiguille, nous suivons donc avec plaisir et curiosité cette famille dont la vie est rythmée par les fantaisies d’une enfant à l’imagination fertile qui, sans le vouloir, chamboulera le quotidien de ses parents pour le meilleur et pour le pire. La traque de cet énigmatique tueur en série aura, en effet, des conséquences inattendues…

La plume de l’auteur est fluide et rythmée tout comme la cadence de ce récit marqué par l’alternance des points de vue entre Alice, sa mère, son père et, plus sporadiquement, Jacques Lenoir, le grand méchant (pas loup, mais ça pourrait). Le tueur n’intervient que très peu, mais ça m’a suffi pour apprécier la manière dont l’auteur a construit son personnage. Il nous propose en effet un méchant, un vrai, pas comme ceux des histoires pour enfants d’Alice qui deviennent gentils quand on leur en donne la chance. Mais malgré, ou grâce à sa misanthropie, le personnage n’est pas pour autant dénué d’un certain potentiel comique. Le prologue consacré au tueur, que je vous conseille de lire sur le site de l’auteur, m’a d’ailleurs énormément amusée au point de me donner envie de lire d’une traite le livre.

Seule petite déception, le rôle mineur de Pompon que j’aurais adoré voir un peu plus souvent, mais en grande amoureuse des chats, je ne suis pas très objective sur ce point…

Pour conclure, Benoit Toccacieli a réussi le tour de force de nous offrir, en moins de deux cents pages, un récit plaisant et facile à lire qui vous invite autant à la détente qu’à la réflexion. À l’issue de votre lecture, vous devriez regarder votre quotidien sous un autre jour, et avoir envie de laisser une place plus importante à l’imagination, au rêve et à l’émerveillement dans votre vie. Alors si vous avez envie d’évasion, ce roman est fait pour vous. Cerise sur le gâteau, une fois la dernière page tournée, point de frustration à l’idée de quitter tous ces personnages hauts en couleur, mais juste l’impatience d’imaginer leur futur comme l’auteur nous pousse à le faire en laissant, en fin d’ouvrage, quelques pages blanches à cet effet.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Commandez-le chez votre libraire ou sur Internet.

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Premières lignes #61 : Le voyageur de Noël, Anne Perry

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


L’année dernière, j’avais lu la première nouvelle de la série d’Anne Perry qui se déroule à Noël, et ai décidé, cette année, d’inclure la deuxième dans ma PAL pour le Cold Winter Challenge, Le voyageur de Noël.

En ce Noël 1850, les frères Dreghorn se réunissent chez le plus âgé d’entre eux, Judah, dans son grand domaine de la région des lacs, en Angleterre. Mais l’heure n’est pas à la joie des retrouvailles. Judah vient de mourir dans des circonstances troubles, et sa veuve, Antonia, doit faire face à de terribles accusations portées contre son mari, un juge pourtant respecté. Pour l’épauler dans ces moments difficiles, elle fait appel à un vieil ami de la famille, Henry Rathbone. Avec l’aide de ses frères, Henry va tenter de faire la lumière sur cette affaire. Judah a-t-il été assassiné ? Et ces malheureuses insinuations, qui blessent l’honneur de toute une famille, pourraient-elles être fondées ? Dans ce nouveau conte de Noël inédit signé Anne Perry, Henry aura besoin de tout son sang-froid pour découvrir la vérité… !

PREMIÈRES LIGNES

— Là, vous êtes bien installé, Mr. Rathbone ? demanda le vieil homme avec sollicitude.
Assis dans la voiture attelée, son bagage posé à côté de lui, Henry Rathbone ramena la couverture sur ses jambes.
— Oui, Wiggins, merci, répondit-il, reconnaissant.
Un vent violent cinglait même ici devant la gare de chemin de fer de Penrith. Et sur la route d’une dizaine de kilomètres qui menait à Ullswater à travers les montagnes enneigées, ce serait encore pire. On était à peu près à la mi-décembre, et exactement à la moitié du siècle.
Wiggins grimpa sur le siège du cocher et fouetta le cheval. L’animal devait connaître le chemin par cœur. Ce trajet, il l’avait effectué presque tous les jours, du temps où Judah Dreghorn était en vie.
Telle était la triste raison qui ramenait Henry dans cette contrée sauvage et magnifique qu’il adorait, et où il s’était si souvent promené avec Judah par le passé. Rien que le nom des lieux lui rappelait le souvenir de journées de marche à flanc de collines, de l’herbe rêche sous les pieds, de la douce brise sur son visage et des panoramas qui s’étendaient à l’infini.

Et vous, cette série de nouvelles vous tente ?

Sale quart d’heure pour la mort, Karine Gournay

Sale quart d'heure pour la mort

Je remercie Évidence Éditions pour m’avoir permis de découvrir Sale quart d’heure pour la mort de Karine Gournay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La journée n’avait pas si bien commencé que ça pour l’inspecteur Johnny Belle Gueule et c’était loin de s’arranger.

Car les deux enquêtes successives qu’il doit mener au cœur d’un bayou de Louisiane, chez la famille Broussart, propriétaires d’une ferme aux alligators, le conduiront sur des pistes plus qu’hantées par les Ombres du passé.

Mais c’est sans compter sur sa ténacité et son humour noir qui l’aideront entre autre à braver la Mort elle-même, en chair et en os…

Livre en promotion sur le site (8.40€ à la place de 14€)

AVIS

C’est la couverture quelque peu glaçante qui m’a donné envie de découvrir ce roman dont je n’avais jamais entendu parler, ce qui est fort dommage, car ce roman à la croisée de plusieurs genres est plutôt sympathique.

Nous découvrons ainsi Johnny Belle Gueule, un policier, qui est en route pour une enquête : un bébé a disparu ! Mais attention, cette disparition ne s’est pas faite n’importe où, mais à la ferme aux alligators de la famille Broussart. Un lieu inattendu qui place d’emblée le décor puisque l’autrice nous entraîne en Louisiane, dans un bayou.

Je dois d’ailleurs dire que c’est bien ce lieu inhabituel pour un roman français qui m’a plu, et qui m’a permis de me plonger immédiatement dans le récit. Je n’ai jamais mis un pied en Louisiane, mais mon compagnon y a fait des études, et j’ai pris plaisir à retrouver certains plats ou certains endroits dont il m’avait parlé. Et puis Karine Gournay arrive à merveille à retranscrire l’atmosphère si particulière qui se dégage de cet état américain. Une atmosphère parfois étouffante, parfois inquiétante, mais qui ne laisse jamais indifférent !

Et de l’inquiétant, l’autrice vous en propose ici, car ne vous y trompez pas, nous ne sommes pas face à une enquête classique comme va, petit à petit, le découvrir Johnny Belle Gueule. Le policier connaît bien la famille Broussart dont il appréciait le paternel maintenant décédé, mais il sait aussi que cette famille cache quelque chose. Cela le titille d’autant que le mystère semble s’épaissir à mesure qu’il progresse dans son enquête. Il y a cette femme au comportement versatile, ces secrets murmurés, une nouvelle disparition, une étrange apparition… Le surnaturel qui se fait d’abord discret prend de plus en plus d’importance apportant à l’ambiance du livre un côté mystérieux et dangereux. Surnaturel et réel finissent même par se fondre au point de déstabiliser notre policier qui ne sait plus à quel sens se fier.

Il faut dire que le pauvre, en plus d’avoir une enquête qui prend un tournant inattendu et qui semble se complexifier, il doit également faire face à une rencontre inhabituelle : la faucheuse en personne ! Personnifiée sous les traits d’une rousse flamboyante, celle-ci ne correspond pas vraiment à l’image que l’on pourrait s’en faire… L’autrice a ainsi joué la carte de l’originalité avec une faucheuse qui serait plus intéressée par des RTT qu’une promotion. Caustique, libérée et déterminée à obtenir ce qu’elle veut de notre enquêteur, la faucheuse est un personnage haut en couleur que j’ai beaucoup aimé. Heureusement que face à elle, Johnny Belle Gueule ne manque pas de répondant et de mordant.

Il prend au sérieux l’enquête d’autant qu’il connaît bien les personnes impliquées, mais cela ne l’empêche pas de faire preuve d’un certain sens de l’humour et  d’une bonne capacité d’auto-dérision. En plus de rendre l’ambiance un peu moins oppressante pour lui et les personnes avec lesquelles il échange, cela lui permet de prendre un peu de distance notamment envers des situations dont il a parfois du mal à saisir tous les enjeux. Amusant et habile enquêteur, Johnny Belle Gueule est un personnage qui ne laisse pas indifférent. Le roman est trop court pour que je me sois attachée à ce dernier, mais j’ai pris plaisir à le suivre dans ses cheminements de pensée et dans ses tentatives pour faire le jour sur une enquête plutôt opaque.

La plume de l’autrice est agréable, fluide et les dialogues plutôt naturels, un bon point si comme moi, vous abhorrez les échanges surjoués. Mais ce qui devrait vraiment rendre votre lecture immersive et prenante est sans aucun doute la narration mise en place par l’autrice qui alterne entre différents personnages et différentes époques. Cette alternance de points de vue apporte un certain dynamisme à l’intrigue tout en permettant de découvrir une galerie de personnage intéressante. Si j’ai apprécié de découvrir des personnages très différents les uns des autres et, en général, plutôt hauts en couleur, j’aurais peut-être préféré qu’ils soient moins nombreux, mais que leur psychologie soit un peu plus développée… Quant à l’alternance entre le présent et le passé, elle vous permettra progressivement d’assembler les pièces du puzzle, et de comprendre les raisons pour lesquelles le sort semble s’acharner sur la famille Broussard. Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux néanmoins vous dire que les bassesses humaines ne restant jamais impunies, les ombres du passé peuvent ternir le présent de la manière la plus surprenante qu’il soit.

À cet égard, l’autrice aborde en filigrane dans son roman un thème qui ne pourra que vous révolter : l’esclavagisme. À travers un personnage malmené par la vie, elle nous rappelle à quel point des hommes ont pu se montrer cruels avec d’autres hommes en raison de leur couleur de peau, et de leur supposée infériorité. Alors, on se révolte devant la violence physique et morale, et cette manière abjecte de nier à l’autre le droit de vivre simplement parce qu’il n’est pas né blanc. Certains passages m’ont beaucoup émue et retournée, car je ne doute pas que dans le passé, des femmes ont vraiment vécu ce que nous narre l’autrice. On crie à l’injustice, on frémit et on finit nous aussi par crier vengeance ou, du moins, justice !

En conclusion, dans Sale quart d’heure pour la mort, il est question d’enquêtes et de révélations, de secrets de famille, de crimes impunis, mais aussi de justice et de vengeance. Un livre à la croisée du fantastique et du roman policier qui se révèle, grâce à une narration alternée et des sauts dans le temps, diablement envoûtant. Un peu à l’image de la Louisiane, ce roman dégage une atmosphère aussi fascinante qu’étouffante que je ne peux que vous inviter à découvrir.

Et vous, envie de découvrir le roman ?
Retrouvez-le sur le site d’Évidence Éditions.