Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

Les cicatrices, Claire Favan

Les cicatrices : le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre (HarperCollins) par [Favan, Claire]

Centralia, État de Washington. La vie d’Owen Maker est une pénitence. Pour s’acheter la paix, il a renoncé à toute tentative de rébellion.
En attendant le moment où il pourra se réinventer, cet homme pour ainsi dire ordinaire partage avec son ancienne compagne  une maison divisée en deux. Il est l’ex patient, le gendre idéal, le vendeur préféré de son beau-père qui lui a créé un poste sur mesure. Un type docile. Enfin, presque. Car, si Owen a renoncé à toute vie sociale, il résiste sur un point : ni  le chantage au suicide  de Sally ni  les scènes qu’elle lui inflige quotidiennement  et qui le désignent comme bourreau aux yeux des autres ne le feront revenir sur sa décision de se séparer d’elle.
Mais, alors qu’une éclaircie venait d’illuminer son existence, Owen est vite ramené à sa juste place. Son ADN a été prélevé sur la scène de crime d’un tueur qui sévit en toute impunité  dans la région, et ce depuis des années. La police et le FBI sont sur son dos. L’enfer qu’était son quotidien n’est rien  à côté de la tempête qu’il s’apprête à affronter.

HarperCollins (4 mars 2020) – 368 pages – Broché (20€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Afin d’étayer mon avis, j’ai évoqué certains points qui, sans être des spoilers, peuvent vous mettre sur la piste de certaines révélations. Je vous invite donc à lire ma chronique plus tard si vous souhaitez lire ce roman avec un maximum d’effet de surprise.

Retrouvé à moitié mort, il y a de nombreuses années, Owen, incapable de se souvenir de son passé, s’est bâti une nouvelle vie, celle un homme serpillère qui endure stoïquement les frasques d’une ex-femme complètement dérangée qui refuse de reconnaître leur séparation. Crises de jalousie et de démence, pression psychologique, violences physiques, menaces et tentatives de suicide rythment ainsi son quotidien.

L’autrice nous brosse ici le portrait d’un homme dévasté dont l’attitude de victime peut exaspérer et donner envie de le secouer pour qu’il réagisse et mette fin à toute cette folie. Mais si Owen m’a parfois agacée par sa passivité, j’ai également compris ses difficultés à se sortir de la situation intenable dans laquelle son ex-femme et sa belle-famille l’ont enfermé. Son envie de reprendre les rênes de sa vie se confronte ainsi à la peur viscérale d’avoir le suicide de son ex-femme sur la conscience…

Sa vie va néanmoins prendre une tournure encore plus dramatique quand son ADN va être trouvé sur la scène de crime d’un tueur en série qui n’avait plus fait parler de lui depuis des années. Sous le joug d’une ex-femme hystérique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents et réalistes, et suspecté par un agent du FBI retors et enfermé dans le carcan de ses certitudes et de ses espoirs, Owen perd pied ! Il pourra heureusement compter sur le soutien de la petite étincelle de bonheur qui a récemment fait irruption dans sa vie, Jenna, une policière qui croit en lui et en son innocence…

Intense, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce thriller qui joue à merveille sur les faux-semblants, les apparences et les mensonges. L’autrice pousse les lecteurs dans leurs retranchements jouant avec leur empathie et leurs émotions pour mieux les tromper et les détourner de la vérité. Avec elle, les victimes deviennent bourreaux et les bourreaux finissent par être victimes de leur propre ignominie. La vengeance est donc au cœur de cette histoire et prend des proportions inimaginables, du moins, pour un esprit sain.

La survie du corps signifie-t-elle automatiquement celle de l’esprit ou y a-t-il un seuil d’horreur et de douleur à partir duquel l’âme humaine se perd pour emprunter des chemins tortueux ? Une question, parmi tant d’autres, qui vous viendra à l’esprit à mesure que des scènes d’une grande violence prennent vie sous vos yeux. Alors que l’autrice n’entre pas forcément dans les détails, elle arrive à nous faire ressentir toute la souffrance et le désespoir des victimes d’un être abject qui n’hésite pas à kidnapper, à torturer et à violer pour assouvir ses plus bas instincts. Si certaines femmes vacillent rapidement, d’autres survivent des années et offrent cette résistance qui excite et stimule tellement leur bourreau.

Suivre la captivité de ces femmes réduites à l’état d’objet sexuel se révèle difficile, mais je n’ai jamais eu le sentiment que l’autrice tombait dans la surenchère. D’ailleurs, bien que je sois sensible, j’ai trouvé le livre supportable à l’exception, peut-être, d’une scène de torture qui m’a fait quelque peu vaciller par son réalisme. Mais je l’ai trouvée bien amenée pour faire ressentir aux lecteurs le degré de haine atteint par un personnage. À cet instant, on a la certitude que son esprit est brisé et qu’il a atteint un point de non-retour. Est également soulevée la question de l’éducation et de l’impact qu’un être pervers et malsain peut avoir sur un esprit en construction…

Le roman, alternance de points de vue et de chapitres courts, se lit très rapidement d’autant que l’autrice arrive à ménager son suspense jusqu’à la fin et à doser sa tension de manière à la rendre constante. À chaque fois que l’on pense avoir touché du doigt le dénouement final, elle relance l’intérêt du lecteur en apportant un nouvel éclairage sur l’intrigue, l’enquête ou les personnages. Bien que j’aie anticipé certains rebondissements, j’ai apprécié d’être transportée dans une histoire complexe dont il est bien difficile de dénouer tous les fils avant d’avoir tourné la dernière page.

En plus d’une intrigue efficace qui ne souffre d’aucun temps mort, Claire Favan offre une galerie de personnages variée que l’on sent, pour la plupart, au bord du gouffre : certains en raison de leurs illusions les enfermant dans un enfer personnel et/ou professionnel, d’autres parce qu’ils sont véritablement en enfer ou, à l’inverse, parce qu’ils n’ont jamais su profiter de leur liberté retrouvée. Nul besoin de murs pour être emprisonné…

En conclusion, Les cicatrices est un thriller particulièrement efficace qui vous plongera sans douceur et avec un réalisme déconcertant dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et de sa perversité. Souffrance, mensonges, faux-semblants et personnages sur le fil du rasoir sont au cœur d’une intrigue complexe dont on suit avec attention et un certain effroi le déroulement. Une seule certitude, n’en ayez aucune !

Merci aux éditions HarperCollins pour cette lecture.

Meurtre au manoir des fées, Delphine Biaussat

Couverture Meurtre au manoir des fées

Lors d’une nuit d’orage au manoir des fées, Charlotte d’Endora est assassinée. À trop vouloir causer du mal à tous ceux qui l’entourent, les suspects sont nombreux.
L’auteur de ce crime est-il son mari fou amoureux d’elle mais à la personnalité explosive ? Sa pire ennemie qu’elle n’avait plus vue depuis des années ? Un ex petit-ami qu’elle a autrefois manipulé ? Son ancienne souffre-douleur ? Une jeune femme qui protège ceux qu’elle aime contre vents et marées ? Une hôtesse qui tuerait ses clients jugés trop « incorrects » ? Un commissaire qui ne cache pas son mépris pour elle ? Ou alors une personne encore inconnue…
Caroline, une des résidentes du manoir, va faire une rencontre surprenante qui va chambouler aussi bien l’enquête que ses propres croyances. Le réel va se mêler à l’irréel.

Évidence Éditions (24 février 2018) – 184 pages – Broché (11,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Mes envies d’un huis clos policier prenant et  bien mené n’ont malheureusement pas été satisfaites avec ce roman dont le scénario m’a paru manqué de consistance. J’ai également regretté une certaine maladresse dans la plume de l’autrice. Bien que l’on sente qu’il y ait une réelle volonté de bien faire, le phrasé manque de liant et le style m’a paru parfois assez enfantin avec une légère tendance aux dialogues creux.

Mon amour des belles plumes n’a donc pas été satisfait ni celui des personnages bien construits. Le roman est assez court, ce qui pourrait expliquer le choix de l’autrice de rester très en surface de la psychologie de ses personnages qui manquent cruellement de relief. Pire, ils se révèlent aussi exaspérants que caricaturaux : la pimbêche qui a tout ce qu’elle veut mais qui reste méchante, la fille consciente de son physique avantageux, l’ami ancien amant, la super bonne copine trop parfaite, la copine effacée, l’inspecteur sûr de lui et goguenard… Une galerie de personnages pour laquelle je n’ai développé aucun attachement et dont les mésaventures ne m’ont guère passionnée.

Dommage parce que l’autrice avait de bonnes idées, notamment en reprenant un schéma classique de roman policier qui marche toujours et en le teintant d’une pointe de fantastique. L’aspect fantastique qui aurait pu rendre le récit un peu plus palpitant n’est toutefois pas exploité outre mesure, ce qui m’a quelque peu frustrée. Il est vrai que l’apparition d’un inattendu et énigmatique personnage apporte une pointe de frisson en début de roman et un certain mystère, mais en absence d’enjeux réels autour de ce dernier, l’effet s’estompe assez vite. Je n’ai donc ressenti aucune envie de découvrir qui avait bien pu commettre le meurtre de l’un des occupants du manoir des fées d’autant que la solution semble plutôt évidente. Je n’ai pas non plus vraiment été impressionnée par les talents d’enquêteur du commissaire Renot qui ne semble d’ailleurs pas disposé à nous éblouir de son esprit de déduction…

J’ai toutefois apprécié le lieu de l’intrigue, ce manoir dont on sent l’atmosphère si particulière tout comme une révélation que je n’avais pas anticipée, mais qui s’accorde à merveille à cette bâtisse. L’alternance des points de vue est également assez bien maîtrisée.  Mais c’est la plongée dans le passé de l’un des personnages qui m’a probablement le plus marquée. On y découvre une histoire d’amour contrariée à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment leur mot à dire quant au choix de leur futur époux…

En résumé, si la couverture et le résumé étaient prometteurs, ce roman n’a malheureusement pas tenu toutes ses promesses que ce soit en termes d’intrigue, de personnages ou de style. Les amateurs de romans policiers et ceux appréciant les récits fantastiques resteront probablement sur leur faim, mais les lecteurs souhaitant une enquête rapide à lire et facile à suivre pourraient peut-être trouver leur bonheur.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture.

 

Élite – Au fond la classe, Abril Zamora

Paula souffre parce qu’elle ne peut parler à personne de son amour impossible. Janine garde un lourd secret qui la mettrait en danger si elle le révélait. Gorka, son ami obsédé par le sexe, tombe amoureux de la personne qu’il ne faut pas et Mario. Le redoublant habitué à harceler les autres, se retrouve pour la première fois victime de chantage. María Elena que tout le monde la Mèche, après avoir perdu ses cheveux suite à des problèmes émotionnels, porte une triste histoire de famille, derrière sa façade glamour.

Tous ont de sérieux problèmes mais à la fin de l’année scolaire, lors de la fête du lycée, un drame survient…

Marina est trouvée morte au bord de la piscine. L’inspectrice en charge de l’enquête reçoit un mystérieux journal intime, remplis de phrases haineuses à propos de l’adolescente assassinée. Quelqu’un la détestait et tout indique que l’auteur de ce journal était dans la même classe que la victime. Les cinq protagonistes, Melena, Janine, Mario, Paula et Gorka, se verront mêlés d’une manière ou d’une autre à l’affaire.

Connue pour sa belle carrière d’actrice et réalisatrice au cinéma, au théatre et à la télévision, ABRIL ZAMORA est aussi LA SCÉNARISTE DE LA SÉRIE ÉLITE, dont elle offre aujourd’hui une prolongation dans ce roman inédit.

Hachette Romans (22 janvier 2020) – 306 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
Traduction : Axelle Demoulin – Nicolas Ancion

AVIS

J’ai lu ce roman après un roman de dark fantasy, et je dois dire que niveau violence, Élite n’a rien à lui envier ! Certes, nous ne sommes pas dans de sanguinolents combats épiques, mais la violence est omniprésente dans le récit : stigmatisation systématique des personnes jugées comme « grosses », entendez mettant un 40, coups bas, harcèlement, abandon parental, agressions physiques, solitude, dénigrement… Il ne fait pas bon d’être lycéen à Las Encinas.

Cette violence atteint son paroxysme avec l’assassinat d’une élève, Marina. Qui a bien pu commettre cet odieux acte et pour quel motif ? Ce meurtre suscite moult questions et introduit un certain suspense bien que j’aurais apprécié que l’enquête soit peut-être un peu plus palpitante puisqu’elle se révèle finalement accessoire… J’ai néanmoins apprécié la manière dont le récit oscille entre une narration à la troisième personne, des extraits haineux d’un journal intime dont on ne connaît pas tout de suite le ou la propriétaire, et les pensées des différents personnages.

Ces derniers sont variés à défaut d’être très attachants : un beau gosse dans la beauté extérieure ne cache pas la laideur intérieure, un ado obsédé du sexe qui se révèle toutefois bien plus sensible qu’il n’y paraît et qui fait preuve d’une vraie dévotion à l’égard de sa meilleure amie, une fille qui couche avec un ami en s’imaginant être au lit avec le garçon qui l’intéresse vraiment, une lycéenne montrée du doigt pour son physique, mais qui garde la tête haute…

Les personnages évoluent dans un milieu favorisé, ce qui m’a donné parfois l’impression qu’ils étaient complètement déconnectés de la réalité. Entendre, par exemple, une lycéenne se plaindre des différences de classe en soulignant les stigmatisations qu’elle subit parce que ses parents ne sont que des nouveaux riches, ça peut légèrement mettre les nerfs à vif, et donner envie de conseiller à la demoiselle de se plonger dans quelques ouvrages de référence pour saisir la véritable notion de lutte des classes…

Cela ne veut pas dire que le désœuvrement de certains n’est pas réel et poignant. Je pense notamment à Melina dont la mère, ancienne mannequin qui rêve de renouer avec la gloire, se montre maltraitante d’abord psychologiquement, puis physiquement. Voir la lycéenne plonger dans l’enfer de la drogue est difficile d’autant que dans ses moments de lucidité, elle n’est pas dénuée d’un certain recul et d’une réelle capacité de réflexion, notamment sur son milieu et ses semblables. De la même manière, difficile de ne pas ressentir un minimum d’empathie pour la victime qui apparaît finalement très peu, mais qui permet à l’autrice de montrer que les apparences sont parfois trompeuses et que derrière le glamour peuvent se cacher des personnes en souffrance.

À travers ce livre, l’autrice aborde des thèmes parfois difficiles dont l’un qui se révèle assez rare en littérature adolescente alors qu’il me semble important : le VIH et la peur que ces trois lettres peuvent susciter. Il est également question d’amour, de sexualité, d’amitié, de trahison, de drogue, d’argent, d’image et d’acceptation de soi dans un milieu formaté où aucune place n’est laissée à l’erreur et à la différence… Des sujets divers et variés qui devraient parler aux adolescent(e)s et aux jeunes adultes. Si le ton du livre se révèle assez sombre, l’autrice a heureusement veillé à distiller par-ci, par-là quelques notes d’espoir. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin qui introduit un peu de lumière dans l’obscurité…

En résumé, bien qu’il m’ait fallu quelques pages pour m’habituer à la narration protéiforme et au style plutôt original de l’autrice, Élite fut, dans l’ensemble, une lecture intense et prenante que ce soit en raison des différentes thématiques abordées ou des comportements destructeurs et autodestructeurs auxquels on assiste. Élite ou une plongée mouvementée dans la vie de lycéens fortunés pour lesquels argent ne semble pas rimer avec épanouissement !

À noter que ce roman revient sur les événements de la saison 1 de la série Élite que je n’ai pas encore visionnée…

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Connaissez-vous la série ?

Merci à NetGalley et à Hachette Romans pour cette lecture.

Sang Rancune, Jordan Breton

Sang Rancune est un roman qui mêle dark fantasy et romance dans un monde où les monstres les plus ignobles ne sont peut-être pas les créatures mortelles qui rôdent dans les bois, arpentent les campagnes et se dissimulent à la faveur de la nuit.

Léna est la fille du seigneur le plus puissant de l’Empire, mais cela ne l’a pas mise à l’abri des pires horreurs. Ohën, lui, est né Fange, mais a réussi à inscrire son nom en lettres de sang à côté de ceux des assassins les plus célèbres du monde. Leurs univers sont opposés, mais que reste-t-il de leurs différences lorsque jugement, naissance et préjugés sont laissés de côté ?

Jordan Breton (28 janvier 2020) – 420 pages – Broché (15,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ohën, assassin dont la réputation n’est plus à faire, accepte avec son complice de longue date, Fëir, un juteux contrat, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Alors qu’il devait kidnapper Léna après avoir exécuté son frère et son père, un puissant souverain, il finit par l’arracher aux griffes d’une impitoyable et très douée tueuse. Blessé, il s’enfuit avec la jeune femme en se gardant bien de lui avouer la véritable raison de sa présence providentielle dans sa chambre… Si Léna se doute rapidement que son sauveur n’est pas celui qu’il prétend être, elle consent néanmoins à le suivre d’autant que les créatures et autres truands à leurs trousses semblent représenter une menace bien plus importante.

Commence alors pour le duo un voyage des plus mouvementé. Entre les attaques de goules désireuses de faire payer à Ohën sa tromperie et celles de mercenaires très remontés contre notre assassin, Ohën et Léna ne sont pas au bout de leur peine ! Les amateurs d’action devraient être ravis, l’auteur nous offrant de très convaincantes et immersives scènes de combat où l’hémoglobine coule à flots, et les morts sont légion. J’ai apprécié le rythme effréné de cette histoire qui ne souffre d’aucun temps mort. Nos deux protagonistes mènent une lutte de chaque instant pour survivre dans cet univers violent où seuls l’argent et le pouvoir comptent. On ressent donc un certain sentiment d’urgence et de tension qui donne envie de tourner les pages, et de découvrir le destin de deux personnes que tout oppose, mais qui vont finir par se rapprocher.

Les débuts sont pourtant difficiles, chacun voyant l’autre sous le prisme de ses propres préjugés sans oublier certains comportements, de part et d’autre, qui agacent et frustrent. Ainsi, Ohën ne supporte pas le caractère de Léna qu’il voit comme une petite princesse pourrie gâtée quand cette dernière ne goûte guère son air goguenard et son humour grivois de fort mauvais aloi… J’ai adoré la manière dont Léna remet à sa place son prétendu sauveur lui assénant ses vérités que cela lui plaise ou non. L’auteur a réussi habilement à transformer des propos graveleux qui auraient eu de quoi irriter n’importe quelle femme, et n’importe qui avec un minimum d’empathie, en une manière de dénoncer très justement les violences physiques et verbales faites aux femmes, les dernières sous couvert « d’humour ». C’est tellement rare dans la fantasy que je tenais à le souligner !

Les joutes verbales entre les deux personnages ne manqueront pas de vous faire sourire d’autant que chacun dans leur style, il possède une langue bien pendue et acérée. Mais ce que j’ai préféré, c’est assister à l’évolution de leur relation que j’ai trouvée bien amenée et surtout très réaliste. Venant de deux milieux radicalement différents, Ohën et Léna auraient pu ne rien avoir en commun, mais la douleur, la rancune et la violence dépassent les simples clivages de classe. Ainsi, être bien née ne signifie pas être privilégiée et avoir une douce vie comme le passé de Léna, qui se dévoile progressivement à nous, l’en atteste. Quant à Ohën, à mesure que l’on découvre toutes les épreuves qu’il a traversées, on arrive à mieux comprendre le personnage qu’il est devenu et la carapace qu’il s’est construite. Tué ou être tué, un leitmotiv qui s’est très vite imposé à lui et à son ami d’enfance et qui a impacté profondément sa vision du monde et de la valeur d’une vie humaine.

Ohën est un personnage torturé et complexe qui cache en son sein une force obscure, puissante et mystérieuse qu’il lutte pour maîtriser même si cette dernière se révèle un atout précieux contre ses ennemis… Le jeune homme lutte également contre lui-même, déchiré entre ses réflexes hérités d’une vie à la dure où il a dû lutter pour simplement vivre, et sa conscience qui commence à s’éveiller. Il évolue en cours d’aventure et se montre de plus en plus humain, ce qui s’explique autant  par un événement traumatisant qui le pousse à revoir certains souvenirs sous un autre jour que la présence bénéfique de Léna dans sa vie. Bien que j’aie regretté une certaine passivité du personnage en début de roman, Léna n’en demeure pas moins une femme de caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle affronte avec beaucoup de courage, et un certain stoïcisme, les épreuves qui se présentent à elle quand elle aurait pu baisser les bras à de nombreuses reprises.

En plus du duo, on découvre, à travers les souvenirs d’Ohën, son meilleur ami, Fëir. Difficile de ne pas développer un certain attachement pour cet homme qui nous est décrit comme réfléchi et motivé par l’envie d’une vie simple loin du sang et de la violence. La relation entre Ohën et Fëir dépasse largement le cadre de l’amitié. Ils ont traversé tellement d’épreuves ensemble et subi tellement d’affronts que plus que des amis, ils sont devenus des frères de sang ! Le sang est un élément omniprésent dans leur vie, les deux amis l’ayant beaucoup fait couler, d’abord par obligation, puis pour servir leurs propres intérêts et leur propre enrichissement. Une soif d’or, pas vraiment partagée par Feïr, que le duo va payer très lourdement…

Les romans de fantasy peuvent parfois se révéler fouillis et ardus à appréhender, mais ce n’est pas le cas ici. Alternant entre dialogues et plongées dans les pensées de ses protagonistes, l’auteur trouve le ton juste pour rendre son histoire très accessible et plutôt addictive. Un point qui rend ce roman parfait pour les personnes souhaitant découvrir la fantasy même si les amateurs du genre devraient également apprécier le voyage. Quant à la fin, je l’ai trouvée parfaite pour conclure une histoire d’amour, de sang et d’amitié.

En conclusion, grâce à deux protagonistes complémentaires et à la forte personnalité, une narration dynamique et entraînante, et une plume aussi fluide qu’immersive, l’auteur plonge ses lecteurs dans une histoire haletante où se mêlent habilement mensonges, secrets, action, trahison, sang, quête de sens, amitié et amour. Si vous avez envie d’un bon roman de dark fantasy très accessible et bien écrit, Sang rancune devrait vous plaire et vous faire vibrer au rythme des péripéties qui ne manqueront pas de s’enchaîner et de vous tenir en haleine.

Merci à l’auteur pour cette lecture.
Retrouvez le roman sur Amazon.

Argent sale, Karin Slaughter et Lee Child

Argent sale (HarperCollins) par [Slaughter, Karin, Child, Lee]

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir Argent sale de Karin Slaughter et Lee Child.

PRÉSENTATION TRADITEUR

Will Trent, du Georgia Bureau of Investigation, se fait engager sous une fausse identité comme main d’œuvre à Fort Knox après avoir découvert que l’individu qu’il soupçonne dans le meurtre d’un policier vingt-deux ans plus tôt, a été embauché pour l’inspection et le nettoyage des lingots d’or qui ont lieu tous les dix ans. Entré dans la célèbre chambre forte, il rencontre enfin le suspect : Jack Reacher.

Karin Slaughter et Lee Child nous offre une rencontre inédite : celle de deux héros cultes, Will Trent et Jack Reacher (le flic dyslexique et l’ancien officier de police militaire) mais aussi celle de deux plumes du polar contemporain. Et si cette première collaboration était le début d’un nouveau tandem du crime ?

HarperCollins (8 janvier 2020) – 160 pages  – Poche (4,90€) – Ebook (1,99€)
Traduction : Alexia Valembois 

AVIS

Argent sale fait, pour la première fois, se rencontrer deux figures emblématiques du monde du polar : Will Trent, agent du Georgia Bureau of Investigation, imaginé par Karin Slaughter, et Jack Reacher, ancien officier de police miliaire, créé par Lee Child.

Je ne connaissais pas ces deux personnages avant de me plonger dans cette nouvelle, ce qui ne m’a pas empêchée de suivre sans problème l’intrigue et de constater que Will et Jack sont deux fortes têtes ! Nous découvrons ainsi Will qui souhaite se faire embaucher, sous une fausse identité, à Fort Knox, le fameux camp militaire américain qui, en plus d’être une forteresse, ressemble à une mini-ville.

Sa motivation officielle : gagner quelques dollars en participant à l’inspection et au nettoyage des lingots d’or. Son véritable objectif : mettre la main sur son suspect dans l’assassinat d’un policier, il y a plus de vingt ans. Or, sa cible n’est personne d’autre que Jack Reacher, lui-même en pleine enquête pour faire le point sur les magouilles qui entachent Fort Knox ! Des magouilles bien plus importantes et organisées que ce que les apparences ne le laissaient présager…

Contre toute attente, les deux infiltrés vont devoir collaborer pour découvrir ce qui se trame réellement à l’intérieur du camp. Une collaboration qui va pousser Will à se poser des questions sur son suspect qui est loin de l’image de mercenaire tueur de flics qu’il s’était imaginé ? Et si finalement, il faisait erreur et que le véritable assassin n’était pas cet homme qu’il a appris à apprécier ou, du moins, à respecter  d’autant qu’au fil de leurs échanges, les deux hommes vont se trouver quelques points communs.

Si l’histoire n’est pas déplaisante et se lit toute seule, j’ai quand même eu le sentiment de « trop peu ». L’intrigue aurait gagné à être étoffée pour soulever un peu plus de tension et de questionnements quant aux tractations secrètes qui secouent Fort Knox et au meurtre non résolu du policier. Pour ma part, j’ai vraiment eu le sentiment que le but de cette nouvelle était bien plus la rencontre entre les deux héros que l’intrigue en elle-même qui reste assez survolée. Les amateurs d’enquêtes complexes et de suspense risquent donc de rester sur leur faim à moins de considérer que nous sommes ici dans une nouvelle sympathique à lire entre deux aventures de Will et/ou de Jack.

J’ai néanmoins apprécié l’immersion dans l’un des endroits les plus secrets du monde, la réserve d’Or américaine de Fort Knox qui a, par le passé, suscité les plus folles rumeurs, et qui bénéficie toujours d’une certaine aura de mystère prompte à affoler l’imagination des complotistes.

Quant à la fin, ou plutôt l’absence de fin, elle laisse entrevoir de nouvelles péripéties pour ce nouveau duo complémentaire qui a toutes les cartes en main pour se lancer dans des aventures trépidantes et pleines d’action. Reste juste à espérer que la prochaine fois, les auteurs nous proposeront un roman étoffé à la place d’une nouvelle intéressante, mais quelque peu frustrante.

En conclusion, manquant de profondeur et d’enjeux pour satisfaire les amateurs d’intrigues complexes et pleines de tension, Argent sale plaira aux personnes appréciant les nouvelles et celles curieuses de découvrir comment deux personnages cultes et hauts en couleur vont arriver à travailler main dans la main pour mettre à jour les magouilles au sein d’un complexe militaire emblématique des États-Unis…

Retrouvez le roman sur le site d’HarperCollins.

 

L’art du meurtre, Chrystel Duchamp

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’art du meurtre de Chrystel Duchamp. L’idée de découvrir une autrice locale a joué dans mon envie de me plonger dans ce thriller…

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Le corps de Franck Tardy, avocat à la retraite, est retrouvé dans son luxueux appartement du XVIe arrondissement. Il a été torturé, mutilé, puis assis à une table dressée pour un banquet. Un crime de toute beauté !
Dépêchée sur place, l’équipe de la PJ découvre que l’homme – un collectionneur – fréquentait les clubs sadomasochistes de la capitale. Et que, malgré sa fortune, il était à court de liquidités.
Quand le corps d’un autre amateur d’art – dont la mort a été soigneusement mise en scène – est retrouvé, le doute n’est pas permis : un tueur en série est à l’œuvre.
Pour le lieutenant Audrey Durand, cette enquête dans le monde de l’art contemporain sera-t-elle l’occasion de faire taire ses démons, ou se transformera-t-elle en une plongée hypnotique aux confins de la folie ?

L’Archipel (16 janvier 2020) – 272 pages – Broché (19€) – Ebook (13,99€)

AVIS

Si j’apprécie les thrillers, l’art est un domaine qui m’est relativement inconnu et, a fortiori, l’art contemporain. Or, c’est bien dans ce domaine que l’autrice nous transporte à travers des crimes particulièrement sordides mis en scène avec un certain talent et beaucoup de symbolisme ! Loin d’être l’œuvre d’un fou, ces scènes de meurtre témoignent ainsi de la volonté d’un artiste/meurtrier d’utiliser le corps de ses victimes pour s’exprimer, dénoncer et faire passer un message. Une démarche extrême soutenue par des techniques artistiques réelles, parfois borderlines, qui permettent de transcender les conventions, la morale et le temps.

Que l’on comprenne et/ou que l’on adhère ou non à cet art corporel extrême qui conduit à s’automutiler, et dans notre enquête, à mettre en scène des meurtres, le roman n’en demeure pas moins terriblement efficace pour vous pousser à vous interroger sur votre propre rapport à l’art et à la définition que l’on peut donner à ce mot. Chrystel Duchamp évoque ainsi l’art, mais aussi la nécessité de se couper de ses préjugés pour tenter d’aller à la rencontre d’un artiste, de sa vie, de sa démarche et des messages qu’il essaie de faire passer…

Ce qui fait la force et l’originalité de ce thriller est donc de réunir deux milieux en apparence très différents : celui du crime et celui plus feutré de l’art, des galeries et des salles d’enchère. Glamour et argent contre violence et quotidien… Deux mondes qui se télescopent, que ce soit en raison de la nature inédite des crimes commis ou du parcours atypique du lieutenant Audrey Durand, cette dernière ayant effectué des études d’art au Louvre avant de choisir d’intégrer les forces de l’ordre. Une passion pour l’art qui ne l’a jamais quittée et qui lui sera fort utile pour tenter d’élucider les crimes spectaculaires et particuliers qui lui tombent sur les bras. 

Son flair lui souffle d’enquêter dans le milieu de l’art contemporain quand sa supérieure l’oriente vers d’autres pistes autant par conviction que par aveuglement maternel. Mais Audrey a de la suite dans les idées et n’hésitera pas à mettre sa santé et sa carrière en jeu pour identifier la ou les personnes responsables de ces crimes habilement mis en scène. Elle pourra heureusement compter sur l’aide de ses collègues et d’un autre amateur d’art loin de la laisser indifférente… L’enquête est rythmée et plutôt immersive, l’autrice insufflant la dose de détails et de suspense nécessaire pour vous pousser à tourner les pages avec avidité, et une certaine angoisse à l’idée de découvrir d’autres crimes tout aussi effroyablement artistiques.

La personnalité haute en couleur d’Audrey, digne de celle d’une artiste, et ses relations avec autrui ajoutent pas mal de sel au récit. À fleur de peau, entière, torturée et fragile psychologiquement, Audrey fait partie de ces personnes qui émeuvent autant qu’elles agacent. Parfois excessive et déstabilisante dans ses réactions, elle n’en demeure pas moins passionnante par sa capacité à utiliser ses connaissances et sa passion de l’art pour tenter d’élucider son enquête, quitte à brusquer ses proches. J’ai, en outre, apprécié sa relation avec sa supérieure qui joue autant le rôle d’amie que de mère, et son rapprochement avec Joël, un homme dont on ne pourra que louer la patience… Alternant entre force et sensibilité, Audrey est un bulldozer que vous devriez prendre plaisir à suivre dans le chaos de sa vie privée et professionnelle. 

Quant à l’écriture, elle est percutante, vive et incisive à l’image d’un tueur implacable qui vous donnera des sueurs froides. Pas d’effets de style ou de manche inutiles, mais une efficacité dans la narration qui rend la lecture rapide et haletante. Aucune place à l’ennui donc d’autant que le mystère entourant ces meurtres semble s’épaissir jusqu’à ce que la vérité finisse par éclater. Une vérité que je n’avais pas anticipée, mais qui vient conclure, avec une certaine logique, une histoire dans laquelle mort, art et vie sont intrinsèquement liés. Quant à la révélation finale, elle a su autant me surprendre que me convaincre. La boucle est bouclée !

En conclusion, L’art du meurtre est un thriller efficace dont la particularité est d’avoir su lier avec brio monde de l’art et crimes, expressivité et horreur, tout en plongeant le lecteur dans une réelle introspection quant à sa vision de l’art. Qu’est-ce qui fait art, jusqu’où peut-on aller en son nom et le corps peut-il vraiment être un outil artistique comme les autres ? Quelques-unes des nombreuses questions qui devraient vous pousser dans vos retranchements à mesure qu’un monde de l’extrême s’ouvre à vous… L’art du meurtre ou quand le meurtre devient art !

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