10 séries de cosy mystery que j’aimerais lire #297

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« Le Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. » 


M’étant inscrire récemment au Challenge British Mysteries, j’ai très envie en ce moment de lire des enquêtes. Je vous propose donc 10 séries de cosy mystery que j’aimerais lire. Lire la suite

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Bigoudis et petites enquêtes, tome 2 : Panique aux pompes funèbres, Naëlle Charles

Couverture Bigoudis et petites enquêtes, tome 2 : Panique aux pompes funèbres

Je remercie les éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé Bigoudis et petites enquêtes, tome 2 : Panique aux pompes funèbres de Naëlle Charles en échange de mon avis.

Après une première enquête brillamment menée, Léopoldine Courtecuisse reprend du service pour élucider une double enquête : le décès du croque-mort du village et la disparition de la fille de ce dernier.
Coiffeuse à Wahlbourg, en Alsace, Léopoldine Courtecuisse est mère de deux ados intenables. Elle est séparée de leur père. Entre sa passion pour les polars et les faits divers, ses enfants, et les clientes de son salon qui répandent ragots et autres rumeurs, sa vie est bien remplie.
Pourtant, après avoir élucidé le meurtre de Véronique Busch, notre coiffeuse s’ennuie. Le jour où Oscar et Claudia Gauner sollicitent son aide, elle voit là une nouvelle occasion de jouer les détectives. En effet, leur fille a disparu et la gendarmerie les a éconduits.
Sans compter que ces gens ne sont pas n’importe qui : Oscar est le croque-mort de la ville. Quant à Manon, il s’agit de la petite amie de Tom… le fils de Léopoldine ! Tout laisse présager une fugue. Mais quand Oscar vient à mourir dans d’étranges circonstances, Léo et son complice, le lieutenant Quentin Delval, se retrouvent à devoir plancher sur les deux affaires à la fois…

Archipoche (6 octobre 2022) –  426 pages – 15€

AVIS

Avant de recevoir ce deuxième tome en service de presse, je me suis empressée de lire le premier, Panique à Wahlbourg, qui ne m’a hélas pas vraiment convaincue. Si j’ai apprécié l’enquête, j’ai eu du mal avec la narration qui m’a semblé manquer de naturel, et ai été indisposée par la conclusion que j’ai trouvée très maladroite pour les personnes qu’elle mentionne. C’est donc un peu frileuse que je me suis lancée dans cette suite que j’ai heureusement appréciée, malgré quelques défauts qui font que je ne poursuivrai pas la série. Mais avant de quitter définitivement Wahlbourg et sa charismatique coiffeuse, Léopoldine Courtecuisse, je vous propose de revenir sur une double enquête rondement menée !

Léopoldine est une coiffeuse de talent, mais c’est surtout une enquêtrice née qui a raté sa vocation. Alors maintenant que tout l’engouement autour du meurtre qu’elle a aidé à élucider est retombé, elle s’ennuie. Mais c’était sans compter sur la disparition d’une jeune fille, et accessoirement la petite amie de son adolescent de fils ! Une affaire que la gendarmerie locale a refusé de traiter, poussant les parents de la disparue à solliciter Léopoldine réputée pour ses talents d’enquêtrice… Cette dernière, forte de son amitié avec le lieutenant Quentin Delval, n’hésitera pas à remuer dans les brancards afin que l’affaire soit prise au sérieux, et que tous les moyens soient mis en place pour retrouver Manon.

Mais quand on a un père comme l’odieux et escroc notoire Oscar Gauner, directeur des pompes funèbres de la ville, on peut comprendre qu’on ait envie de s’enfuir, à moins que cette disparition ne soit liée à une affaire sordide de photos dénudées partagées sur les réseaux sociaux. L’enquête se complexifie quand un meurtre vient s’ajouter à l’équation ! Une double enquête qui va conduire notre coiffeuse préférée et le lieutenant sur les traces d’une vérité qu’il va falloir, sans mauvais jeu de mots, déterrer.

Bien que ce ne soit pas réaliste pour un sou, j’adore la manière dont Léopoldine s’immisce dans l’enquête pour le plus grand plaisir de Quentin, qui semble juste incapable de mettre de l’ordre dans le chaos sans son aide. C’est à se demander comment il a pu devenir lieutenant ce pauvre homme. J’exagère un peu car son incapacité à se débrouiller seul peut se mettre sur le compte de son inexpérience, et de la réserve à son égard des habitants qui, à l’inverse, se confient volontiers à Léopoldine. Le duo fonctionne ensemble très bien, même si notre coiffeuse a parfois tendance à se la jouer perso, ce qui agace Quentin. Mais comme elle aime à le lui rappeler, elle est d’accord pour l’aider, mais elle n’est en aucun cas sous ses ordres ! Et puis, elle a aussi ses propres obligations professionnelles, deux adolescents à gérer, une mère insupportable à questionner…

Léopoldine et Quentin se révèlent donc complémentaires, l’une fonçant tête baissée sans réaliser les ennuis qu’elle peut s’attirer, et l’autre essayant de recadrer les choses, tout en la sollicitant de plus en plus souvent. Il faut dire qu’il ne peut pas vraiment compter sur son équipe de bras cassés qui collectionne les bourdes comme certains les miles. Cela ne l’empêchera pas, aux côtés de Léopoldine, de résoudre une enquête aux différentes ramifications. Pour ma part, j’avais deviné certaines choses, mais dans l’ensemble, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre le duo atypique dans sa double enquête, d’autant que celle-ci permet de mettre à nu certains sujets. Je pense notamment à la dangerosité des réseaux sociaux, les relations toxiques, les relations familiales parfois complexes, les secrets de famille, les secondes chances… Rien n’est heureusement amené de manière trop lourde, l’autrice insufflant une bonne dose d’humour à sa série. 

L’enquête et ses différentes étapes sont intéressantes à suivre, mais je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages, si ce n’est peut-être à celui de la veuve qui a vécu durant de nombreuses années sous l’emprise d’un tyran, monstre d’égoïsme. J’ai aussi beaucoup aimé la meilleure amie de Léopoldine, la cogérante de son salon de coiffure, même si j’aurais adoré qu’elle soit plus présente. Elle n’hésite pas à dire ce qu’elle pense, tout en soutenant Léopoldine dans sa vocation d’enquêtrice officieuse. On peut dire sans aucun doute que c’est la meilleure amie idéale, celle sur laquelle on peut toujours compter ! Les enfants de Léopoldine m’ont semblé, quant à eux, moins insupportables que dans le premier tome, et la narration un peu plus subtile, ce qui m’a permis d’entrer bien plus facilement dans l’histoire.

J’ai néanmoins regretté certaines maladresses et lourdeurs, l’autrice tentant d’instaurer une tension amoureuse entre Léopoldine et Quentin sans que cela ne prenne vraiment, leur relation amicale étant amplement suffisante. Je ne ressens, en effet, aucune alchimie entre eux et pire, j’ai l’impression qu’on tente de repousser au maximum leur potentiel rapprochement sous de fausses raisons, et ainsi pousser les lecteurs à lire la suite. Mais ce qui m’a vraiment agacée et fait lever les yeux au ciel, c’est cette avalanche de prétendants qui arrive soudainement. Alors que dans le premier tome, rien ne laissait penser que Léopoldine avait du succès avec les hommes, rappelons que c’est sa sœur qui est officiellement la beauté de la famille, d’un seul coup, tous les hommes qui la croisent tombent sous son charme…. J’imagine que c’est pour que Quentin se réveille, mais c’est à mon sens une facilité en plus d’une certaine incohérence. Cela n’aurait pas été rédhibitoire si j’avais réussi à m’attacher aux protagonistes, mais comme ce n’est pas le cas, je ne continuerai pas la série.

En conclusion,  Panique aux pompes funèbres s’inscrit dans cette lignée des cosy mystery faciles à lire et non dénués d’humour qui offrent aux lecteurs une enquête, voire ici une double enquête, prenante mais pas sanguinolente. D’une plume que j’ai trouvée plus assurée que dans le premier tome, Panique à Wahlbourg, Naëlle Charles nous propose ainsi une plongée mouvementée en plein coeur d’un bourg alsacien qui semble attirer les malheurs, du genre meurtre et disparition. Mais rien d’insurmontable quand on s’appelle Léopoldine Courtecuisse, qu’on est l’oreille des habitants, qu’on a un flair inégalé et un talent d’enquêtrice inné ! Et ce n’est pas le nouveau et peu expérimenté lieutenant de la gendarmerie locale qui vous dira le contraire. Entre amitié, petits béguins et grande enquête, un second tome rythmé et rapide à lire qui souffre néanmoins de quelques maladresses.

N’hésitez pas à lire d’autres avis, la série semblant avoir conquis bon nombre de lecteurs.

Prospérine Virgule-Point et la Phrase sans fin, Laure Dargelos #PLIB2022

Prospérine_ _VirgulePoint_Phrase_sans_fin

Dernier roman lu pour le PLIB 2022, Prospérine Virgule-Point et la Phrase sans fin de Laure Dargelos est sans contexte le roman le plus original des 5 finalistes ! Lire la suite

L’ombre de l’assassin (Stillhouse Lake#2), Rachel Cain

L'ombre de l'assassin par Caine

Gwen était parvenue à sauver ses enfants des griffes de son ex- mari, le tueur en série Melvin Royal. Mais celui-ci vient de s’évader de prison. Et elle prend peur.
Alors que seule une poignée de personnes connaissent son nouveau numéro de portable, elle reçoit ce texto glaçant :  » Vous n’êtes plus en sécurité nulle part  » ! Fuir ou se terrer de nouveau ne servirait à rien. L’heure a sonné d’inverser les rôles…
De proie, Gwen veut devenir prédateur. Et, avec l’aide du frère de l’une des victimes de Melvin, éliminer ce dernier. Mais à mesure que leur traque avance, le doute envahit ceux qui croient en Gwen. Est-elle aussi étrangère aux crimes de son mari qu’elle le prétend ? Pour preuve cette photo compromettante qui circule sur les réseaux sociaux..

L’Archipel (15 octobre 2020) – 400 pages – Broché (22€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

L’ombre de l’assassin est la suite de L’ombre de la menace.

Ayant adoré L’ombre de la menace, j’attendais avec impatience cette suite qui s’est révélée assez différente, mais tout aussi palpitante et prenante ! Melvin, évadé de prison, Gwen est de nouveau sur le qui-vive, allant d’hôtel en hôtel miteux pour protéger ses enfants, Lanny et Connor, de leur psychopathe et tueur en série de père. Mais un déclic s’est produit en elle : fini de jouer les proies, l’heure d’inverser les rôles a sonné. Et si, maintenant, c’était au tour de Melvin d’être traqué et acculé ?

Cette décision courageuse, mais pas sans risque, contraint Gwen à faire une chose qui lui brise le cœur, confier ses deux enfants au soin de deux personnes de confiance, capables de veiller sur eux et de faire face à toutes les situations. Gwen pourra également compter sur le soutien de Sam, le frère d’une victime de Melvin, bien décidé à régler son compte à ce tueur pervers, mais d’une intelligence rare. Mais notre duo est-il réellement conscient de ce qu’une telle traque implique et de toutes les forces en jeu ? Peu probable si l’on se fie à ce que l’on découvre au fil des pages. Car si Melvin est un homme extrêmement dangereux, il ne représente peut-être pas la pire des menaces…

Je préfère rester vague sur le fond du roman pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais je peux toutefois vous dire que j’ai été complètement captivée par les événements qui rythment cette sorte de road trip visant à débusquer l’un des pires tueurs en série que j’aie pu rencontrer dans un roman. Melvin est un homme froid, pervers et d’une noirceur extrême, n’hésitant pas à manipuler même un enfant qui ne désirait que trouver ce qui lui a toujours manqué, une figure paternelle aimante et bienveillante. Plus on apprend à le connaître, plus on tremble donc à l’idée de toutes ces années qu’il a pu passer auprès d’une famille bien inconsciente de sa véritable nature.

Si les lecteurs ne doutent pas de la bonne foi de Gwen et de ses enfants quant aux abominations perpétrées par Melvin, une partie de l’opinion publique et de nombreux trolls sur le web continuent à accabler et à harceler Gwen, quand ce n’est pas une organisation aux contours bien plus flous qui la traque sans répit. Que cette situation m’a révoltée, cette femme ayant déjà bien assez souffert sans que des personnes viennent déverser toute leur haine ! Mais le pire, du moins pour moi, a été de voir que malgré tout ce qu’elle a fait pour les siens, il a suffi d’un élément pour que les doutes les assaillent… Si j’ai pu excuser Connor en raison de son âge et de son besoin de reconnaissance paternelle, j’ai eu bien plus de mal à comprendre les autres personnages. J’ai d’ailleurs ressenti un tel sentiment d’injustice et d’indignation devant certains comportements et certaines paroles que j’ai eu envie de jeter mon livre par la fenêtre. Preuve de l’attachement que j’ai développé pour Gwen…

Il faut dire qu’elle m’a profondément touchée, émue, bluffée et époustouflée ! Oubliez la femme effacée et soumise que Melvin a épousée. Accueillez plutôt la personne qu’elle est devenue : une femme courageuse bien décidée à se battre comme une lionne pour mettre définitivement hors circuit le prédateur qui menace sa vie, mais surtout, celle de ses deux enfants. L’autrice nous brosse ici le portrait d’une mère courage que l’on a qu’une envie : voir sortir vainqueur de son combat à mort avec un être abject qui prend plaisir à détruire et à massacrer des femmes, mais aussi sa propre « famille ». Je mets des guillemets, car avec un tel monstre, il est peu probable que ce mot ait une quelconque signification…

En plus de celui de Gwen, on suit également les points de vue de ses deux enfants et de Sam, ce qui apporte beaucoup de dynamisme au roman même si je dois avouer que ce sont les passages consacrés à Gwen qui m’ont le plus tenue en haleine. Pour autant, il reste intéressant de découvrir la perception des choses de chacun, et notamment de Connor qui semble assez renfermé sur lui-même, une faille que son père n’hésitera pas à exploiter de la plus abjecte des manières. Lanny, quant à elle, m’a parfois fait penser à Gwen dans sa manière de protéger Connor. Elle se montre parfois maladroite, mais difficile de ne pas ressentir les liens forts qui l’unissent à son frère. Si l’adolescente a vécu des choses inimaginables, elle est également confrontée à des problématiques bien plus communes comme l’amour. Il sera ainsi question d’homosexualité, un sujet traité ici avec beaucoup de simplicité et de naturel.

Le souvenir de Sam s’était un peu estompé depuis ma lecture du premier tome, mais j’ai apprécié de retrouver cet homme dont la vie a également été brisée par Melvin, l’assassin et le tortionnaire de sa sœur. Aussi déterminé que Gwen à lui régler son compte, il se révélera un précieux allié que ce soit grâce à ses différents talents ou son réseau. En plus de sa personnalité et de son envie manifeste de protéger Lanny et Connor, j’ai apprécié la relation assez complexe et ambivalente qu’il a développée et nouée avec Gwen. Une relation qui sera mise à mal par des événements qui semblent gagner en intensité et en noirceur à mesure que les pages défilent…

Comme dans L’ombre de la menace, l’autrice a ainsi réussi à créer un climat d’angoisse qui monte crescendo jusqu’au dénouement final tant attendu et redouté à la fois. Melvin, simple homme que l’on peut arrêter, ou figure démoniaque dont l’aura funeste planera toujours au-dessus des siens ? Une question qui nous pousse, comme les personnages, à être tout le temps sur nos gardes, comme si le serpent pouvait nous frapper à chaque instant. Au-delà de ce tueur en série effrayant et dénué de sentiments, nous découvrons également la perversion humaine sous sa forme la plus brute, celle qui exploite la violence et les vices les plus immondes des hommes pour se faire de l’argent. C’est peut-être d’ailleurs le plus effrayant dans cette histoire, parce que si les tueurs en série ne sont pas légion, le phénomène dénoncé par l’autrice semble bien plus conséquent et d’une telle horreur qu’on en vient à questionner le fondement de notre humanité…. Et si après tout, Melvin n’était pas le plus effrayant des monstres ?

En conclusion, machination, mensonges, révélations, tension qui monte crescendo jusqu’à vous enserrer le cœur, lutte à mort pour la survie, personnages à la psychologie parfaitement travaillée… Tout autant d’éléments qui rendent la lecture de L’ombre de l’assassin hypnotique et glaçante à la fois. Si vous avez envie d’un roman dans lequel un combat sans merci s’engage entre une mère courage et un monstre sans cœur, ce thriller psychologique addictif est fait pour vous. Mais prenez garde aux monstres tapis dans l’ombre… de l’assassin.

Découvrez un extrait de L’ombre de l’assassin sur le site des éditions de l’Archipel.

Le jardin des mensonges, Amanda Quick

Couverture Le jardin des mensonges

Ursula Kern fait face à la pire crise de sa carrière, et de son existence. Son employée et amie Anne est retrouvée morte et la police conclut à un suicide. Mais Ursula ne peut y croire : des indices probants lui font soupçonner un meurtre. Elle décide donc de mener l’enquête en remplaçant Anne sur son lieu de travail. « Une folie ! » la met en garde Slater Roxton, un riche archéologue qui lui impose sa présence troublante pour résoudre cette sombre affaire. Entre un assassin à débusquer et Slater, dont la personnalité énigmatique cache un tempérament ardent, Ursula comprend vite qu’elle court au-devant de grands dangers…

J’ai lu (31 octobre 2018) – 376 pages – Poche (7,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si j’apprécie la collection Aventures et passions des éditions J’ai lu, c’est le titre du roman qui m’a poussée à le lire puisqu’il contenait le mot jardin tiré au sort dans le cadre du Challenge 1 mot, des titres. Comme toujours avec cette collection, j’ai passé un bon moment de détente, mais je dois concéder, à regret, que je n’ai pas forcément ressenti les petits papillons que d’autres romances historiques m’ont procurés. La faute, probablement, à une histoire qui manque peut-être d’un peu de peps…

L’enquête au cœur du récit est intéressante, mais pas trépidante, surtout si comme moi, vous aimez les romans policier. Même chose du côté de la romance en trame de fond qui ne s’est pas révélée aussi piquante et mordante que je l’aurais souhaité. Or, ce sont les échanges passionnés et les réparties qui fusent qui déterminent l’attachement que je peux ressentir envers des personnages et leur histoire d’amour. Mais cela n’ôte rien à la maîtrise avec laquelle Amanda Quick tisse sa toile autour de ses personnages, les poussant progressivement et inexorablement à se rapprocher… 

Ursula est une femme admirable qui, après un scandale ayant entaché gravement sa réputation, a dû rebondir et se réinventer une vie à son image et à la hauteur de ses talents. Entrepreneuse dans l’âme, intelligente et travailleuse, elle a ainsi monté une agence de secrétariat qui connaît son petit succès et bénéficie d’une certaine reconnaissance. Rien donc ne la prédisposait à se lancer dans une enquête policière si ce n’est la mort de son amie et employée, Anne. La thèse officielle parle de suicide, mais Ursula en est persuadée, Anne a été assassinée !

Elle décide donc de se lancer sur la piste de son meurtrier et trouve un soutien inattendu en la personne d’un client et riche archéologue, Slater. Ce gentleman se refuse à la laisser prendre des risques inconsidérés et met donc ses ressources financières, son personnel de maison et son intelligence à son service. Surprise dans un premier temps, Ursula ne peut qu’accepter cette aide inespérée, son enquête la mettant dans des situations délicates, voire franchement dangereuses. Être une excellente patronne, secrétaire et sténographe ne vous prédispose pas, en effet, à affronter la mort de près, comme notre intrépide héroïne va le découvrir.

De fil en aiguille, on remonte la piste du meurtrier d’Anne avant de comprendre que la jeune femme, trop téméraire pour son propre bien, s’est probablement lancée dans une affaire bien trop importante pour elle, et qu’elle en a payé le prix fort. Et si derrière l’ambiance feutrée des salons, les jardins luxuriants et merveilleusement entretenus d’une lady et les apparences d’un monde aristocratique policé, la réalité était bien plus sordide ? Drogue, prostitution, manipulation, chantage… Il n’y a pas à dire, l’aristocratie anglaise n’a rien à envier aux petits voyous des bas-fonds de Londres. Mais à trop jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler et de tomber sur plus fort et sournois que soi ?

J’ai apprécié de suivre nos personnages dans leurs investigations, mais je n’ai jamais ressenti les frissons d’une traque ou le suspense d’une bonne histoire policière. On est dans une enquête assez convenue qui bénéficie d’un bon rythme, mais qui n’a pas su me tenir en haleine d’autant qu’à mesure que l’on apprend à connaître la personnalité de la victime, l’envie de découvrir son assassin s’amenuise. Évidemment, un meurtre se doit d’être puni, mais Anne ne se révèle pas assez sympathique pour qu’on ait envie qu’Ursula prenne des risques pour lui rendre justice.

Car, à l’inverse d’Anne, on se prend rapidement d’affection pour Ursula qui se montre courageuse, peut-être un peu trop au goût de Slater qui préférerait la savoir à l’abri dans son bureau qu’en plein milieu d’une enquête pour meurtre. Mais malgré ses craintes, il veille à ne jamais se montrer directif ou autoritaire, ce qui ne l’en rend que plus sympathique. Ainsi, il respecte et admire la pugnacité et la force de caractère d’Ursula, ces qualités faisant vibrer le cœur de cet homme sur lequel plane un certain mystère savamment entretenu par l’autrice. Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc qu’il y aura un rapprochement entre les deux partenaires, mais c’est fait avec beaucoup de naturel et de tact. Complices et complémentaires, Ursula et Slater semblent faits pour s’entendre sans néanmoins que l’un soit une pâle copie de l’autre ou que leurs sentiments amoindrissent leur personnalité.

Leur entente ne fait donc aucun doute, mais n’empêchera pas certains petits malentendus et autres incompréhensions. Il faut dire qu’Ursula, échaudée par son premier mariage, et Slater, encore affecté par une épreuve traumatisante, ne sont pas les personnes les plus expressives et expansives qu’il soit. Heureusement, leur attirance physique et intellectuelle sera assez forte pour les pousser l’un vers l’autre, sans oublier le petit coup de pouce de la mère de Slater, certaine qu’Ursula est la femme qu’il faut à son fils.

En plus de ce joli duo plein de tendresse, j’ai apprécié les personnages secondaires qui ne prennent pas une place prépondérante dans l’intrigue, mais qui possèdent cette touche d’originalité qui intrigue et éveille la curiosité des lecteurs. Slater, malgré les ragots de la presse sur ses prétendues pratiques sexuelles déviantes, se révèle être un cœur tendre qui n’a pas hésité à embaucher, sur demande de sa mère, des comédiens ratés, ou en attente de représentations, pour leur éviter l’écueil de la rue. D’ailleurs, si ses employés sont amusants et hauts en couleur, ils ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on peut se faire du personnel de maison d’un riche gentleman… Mais cette largesse de cœur, dont il se défend, ne doit pas faire oublier que Slater peut également se révéler être un redoutable ennemi pour ceux qui le menacent ou qui tentent de s’en prendre à l’élue de son cœur. Maniant aussi bien la diplomatie que la force brute, voici un personnage complexe, énigmatique, mais aussi terriblement attachant que ce soit dans sa prévenance envers Ursula ou son manque de confiance en lui quand il s’agit de son droit à être aimé.

En conclusion, Le jardin des mensonges est une romance historique, sous fond d’enquête policière, qui devrait ravir les amateurs de jolies histoires d’amour et de duos complices et complémentaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties et leurs échanges. Agréable et sympathique à lire, voici un roman qui offre un bon moment de divertissement alternant entre action et tendres sentiments.