Le corbeau d’Oxford : Une enquête de Loveday & Ryder, Faith Martin

Je remercie les éditions HarperCollins pour m’avoir permis de découvrir Le corbeau d’Oxford : une enquête de Loveday & Ryder de Faith Martin.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Oxford, 1960. Lorsque Sir Marcus Deering, un riche industriel de la région, reçoit plusieurs lettres de menace anonymes, il prend le parti de ne pas s’en inquiéter. Mais bientôt, un meurtre est commis, et les meilleurs éléments de la police d’Oxford sont mobilisés.
La toute jeune policière Trudy Loveday rêverait de participer à une affaire aussi importante, mais ses supérieurs coupent rapidement court à ses ambitions. Écartée de l’enquête et chargée d’assister le brillant mais peu amène Dr Clement Ryder, médecin légiste, sur une affaire classée, elle se retrouve pourtant très vite au cœur d’une énigme qui pourrait bien la mener sur la piste du mystérieux corbeau d’Oxford…

HarperCollins (13 novembre 2019) – 352 pages – Broché (14,90€) – Ebook (9,99€)
Traduction : Alexandra Herscovici-Schiller

AVIS

Trudy Loveday, policière stagiaire de presque 20 ans, n’est pas prise au sérieux par sa hiérarchie et ses collègues malgré son dynamisme et sa bonne volonté. Difficile de se faire une place en tant que femme dans une Angleterre des années 60 encore très patriarcale et pleine de « bons sentiments » envers le sexe faible. Entre une mère qui aurait rêvé sa fille en épouse et mère de famille comblées et un supérieur qui ne sait que faire d’elle, Trudy Loveday va donc devoir faire ses preuves ! Chose dont elle est bien consciente et qui est loin d’entamer sa motivation et son ambition, bien au contraire.

Et ça tombe bien, l’opportunité de montrer ce qu’elle vaut ne va pas tarder à arriver, et prendre la forme d’une collaboration avec le Dr Clement Ryder, un brillant chirurgien qui, en raison d’une maladie, s’est reconverti en coroner. Il profite de l’affaire du corbeau d’Oxford, qui s’est soldée par la mort d’un homme, pour encourager la police à enquêter de nouveau sur le décès, il y a presque cinq ans, d’une jeune femme que la victime aurait fréquentée. Une ancienne histoire qui, pour le docteur, sent le mensonge à plein nez et sur laquelle il est bien décidé à faire toute la lumière. Mais les deux affaires sont-elles vraiment liées ?

C’est que ce que vous découvrirez en dévorant ce roman, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont l’auteure imbrique les différents éléments de son récit. Elle pousse habilement les lecteurs à s’interroger sur cette histoire de corbeau qui menace un industriel anglais et l’exhorte à se racheter quand le pauvre bougre ne comprend pas de quoi on l’accuse. La seule chose qui lui vient à l’esprit est une vieille affaire pour laquelle sa responsabilité n’est pourtant pas directement engagée ! Non, décidément, cette histoire n’a pas de sens et serait même risible si elle n’avait pas de si graves et funestes conséquences…

En parallèle, on suit l’enquête de Trudy et du Dr Ryder qui fouinent dans les secrets bien gardés d’une riche famille anglaise qui pourrait être liée à l’assassinat perpétré par le corbeau. J’ai développé d’emblée une certaine sympathie pour ce docteur, un homme respecté, bien que craint, qui ne tombe jamais dans l’apitoiement malgré sa maladie qu’il s’évertue, contre vents et marées, à garder secrète. Intelligent, implacable, intraitable, consciencieux à l’extrême, épris de justice et de vérité, le portait n’est pas forcément celui d’un boute-en-train, mais derrière le côté dur et autoritaire, se cache un homme honnête, authentique et non dénué d’une certaine sensibilité.

Face à un homme avec une telle force de caractère, il fallait quelqu’un comme Trudy, une femme intelligente, volontaire, avec la tête sur les épaules, du répondant et une volonté de fer. Consciente de la nécessité de tenir tête au docteur et de ne pas se laisser marcher sur les pieds pour obtenir son respect, elle n’hésitera ainsi pas à affirmer son point de vue et à lui prouver que loin d’être une épine dans le pied comme le pense son supérieur, elle constitue un atout dans leur enquête commune.

Ce duo intergénérationnel, en plus d’être terriblement attachant, fonctionne à merveille et fait des étincelles, les deux protagonistes étant parfaitement complémentaires. Le docteur prend ainsi la jeune femme sous son aile tempérant son enthousiasme quand il lui fait perdre de vue la cohérence des indices tout en l’encourageant à prendre confiance en elle. Quant à Trudy, elle lui apporte ce dynamisme qui lui fait défaut et ce sang frais qui lui permet d’aborder les choses sous un angle nouveau.

Le roman se lit très vite, le suspense étant bien présent, la galerie de personnages variée et intrigante, l’histoire menée à bon rythme et la plume de l’autrice assez agréable, fluide et efficace pour vous donner envie de tourner les pages les unes après les autres jusqu’au dénouement tant attendu. J’avais anticipé l’identité du corbeau, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que je n’avais, en revanche, pas compris à quel point la situation était tordue et malsaine. Il y a des personnes vraiment prêtes à tout par amour, quel que soit le sens que l’on puisse donner à ce mot.

En conclusion, en plus de nous offrir une enquête rythmée, prenante et immersive dans une Angleterre des années 60 ne manquant pas de charme, bien qu’ayant des progrès à faire en matière d’égalité des sexes, l’autrice introduit un duo d’enquêteurs particulièrement attachant, complémentaire et complice dont on prend plaisir à suivre les échanges et les investigations. Parce que rien ne pourra entraver l’enthousiasme et l’ambition de Trudy et la volonté du Dr Ryder de faire triompher la justice et la vérité, quelque chose me dit que nous n’avons pas fini d’entendre parler de ce duo de choc !

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins

Chambre 1002, Chrystine Brouillet

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Je remercie les éditions Ramsay de m’avoir permis de découvrir Chambre 1002 de Chrystine Brouillet.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hélène, chef montréalaise mondialement connue, se rend à New York afin d’y recevoir un prestigieux prix culinaire. Sur le chemin du retour, la tragédie frappe : elle est retrouvée inconsciente à la suite d’un brutal accident de voiture. Simple malchance ou acte prémédité ? Les enquêteurs travaillent à éclaircir le mystère, mais les pistes demeurent floues autour de cette femme apparemment sans ennemis ni malice. Hélène, plongée dans un profond coma, est veillée par ses amies les plus proches qui, après plusieurs semaines passées sans observer de progrès, mettront en place une ingénieuse stratégie aromatique pour tenter de ramener à la vie celle qui était le pilier de leur groupe.

Ramsay (01/10/2019) – 340 pages – Broché (19,90€) – Ebook (6,99€)

AVIS

Hélène, chef montréalaise, est victime d’un accident de la route lors de son retour de New-York où elle s’était rendue pour recevoir un prix culinaire. Dans le coma, elle est incapable de répondre aux questions des enquêteurs qui s’orientent pourtant rapidement vers la piste criminelle, ce qui n’étonnera guère les lecteurs qui connaissent très vite le coupable de ce terrible accident. Ne vous attendez donc pas à un thriller ou à une enquête menée tambour battant, l’auteure nous offrant plutôt ici un joli roman sur l’amitié avec un grand A. Le genre d’amitié qui soulève des montages et qui combat sans relâche la mort pour apporter de la vie là où ne reste qu’un corps inanimé allongé dans un lit d’hôpital.

Hélène sera donc veillée par ses meilleures amies partagées entre Paris et Montréal. Ces dernières ne cesseront pas un seul instant de penser à elle et de tout faire pour avoir la chance de retrouver leur dynamique et créative amie, le pilier de leur groupe. Pour ce faire, elles vont mettre en place des séances d’aromathérapie avec l’espoir que les bons mets cuisinés qu’elles feront sentir à leur amie dans le coma puissent éveiller sa mémoire olfactive et susciter chez elle quelques réactions.

Un espoir un peu fou ? Peut-être, mais tellement en accord avec la personnalité d’Hélène qui a voué sa vie à la gastronomie et à la bonne nourriture. Une solution gourmande et généreuse à son image donc ! Avec la complicité d’une partie du corps médical dont l’infirmière en chef pleine de gentillesse, de sensibilité et d’empathie, les séances aromathérapie pourront se mettre en place avant de devenir, de fil en aiguille, un vecteur de partage et de rencontre comme sait si bien l’être la cuisine…

De rencontres, il en sera d’ailleurs question dans ce roman mettant en scène de nombreux personnages, ce qui pourra se révéler un peu déstabilisant en début de lecture. Il y a bien sûr les amies d’Hélène, Marie son ancienne professeure d’arts plastiques qui l’a prise sous son aile à son adolescence, Ornella l’amie d’enfance, Justine une créatrice de parfums, Viviane, journaliste… Des femmes très différentes, mais complices et unies comme les doigts de la main ! Chacune réagira différemment à l’annonce de l’accident d’Hélène, mais toutes seront là pour elle. Julius, le neveu fainéant et profiteur, sera quant à lui, le seul personnage détestable du roman et la seule personne dans la vie d’Hélène qui ne sait pas l’apprécier à sa juste valeur.

Petit à petit, d’autres personnages viendront se greffer à l’histoire et se révéleront, pour la plupart, très attachants. J’ai ainsi été plus particulièrement touchée par un clown travaillant dans l’hôpital où est hospitalisée Hélène, mais aussi par un ancien chef ayant perdu son odorat qui saura retrouver goût à la vie grâce à sa rencontre avec son voisin, chocolatier et éleveur d’abeilles… À travers son récit et une galerie de personnages étoffée, diverse et variée, l’autrice aborde avec sensibilité et délicatesse de nombreux thèmes : l’amitié, la solidarité, la générosité, l’amour, la résilience, l’espoir, les secondes chances, les retrouvailles, l’homosexualité, la convoitise, l’avidité et la cupidité…

Chambre 1002 offre également une immersion savoureuse dans le monde de la gastronomie et de la gourmandise. Il est ainsi question de passion culinaire, de mets des plus simples ou exotiques aux plus raffinés, de goûts et de saveurs, de mariages d’épices et d’arômes, de papilles en extase, de senteurs et d’odeurs, de l’art de s’oublier et de se retrouver dans les délices de la bonne chère… Les gourmands devraient donc être ravis de voir leurs papilles sollicitées d’autant que quelques recettes sont distillées par-ci par-là. Et bonne nouvelle, pas besoin d’avoir les talents culinaires d’Hélène pour les réaliser, ces dernières semblant plutôt accessibles !

En conclusion, Chambre 1002 est un roman généreux aux allures de feel good (voire feel food) dans lequel amitié et plaisirs de la table sont intrinsèquement liés. Si vous êtes en quête d’une lecture émouvante emplie de belles valeurs et mettant en scène des personnages variés et attachants, ce livre devrait vous plaire, et vous donner envie de vous réunir avec vos proches autour d’un bon repas. Une ode à l’amitié et à la gastronomie à déguster sans modération !

Retrouvez le roman chez votre libraire/en ligne sur Place des libraires.

À bout de nerfs, James Barnaby

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir À bout de nerfs.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Angelica, une Américaine de 25 ans, travaille comme fille au pair à Londres. Un soir, en rentrant du pub où elle a l’habitude de retrouver son ami Jim, elle découvre avec horreur que le père de famille a mis fin à ses jours après avoir abattu sa femme et ses deux petites filles.

Sous le choc, la jeune femme accepte alors l’étrange offre d’emploi que lui a dénichée Jim dans les petites annonces : un poste de nurse richement rémunéré dans un château en Écosse. Ils se rendent tous les deux sur place, sont reçus par un couple excentrique qui embauche aussitôt la jeune femme et lui confie la garde de leurs deux enfants pour vingt-quatre heures. Jim reste avec son amie pour lui tenir compagnie. L’orage gronde, quand soudain, l’électricité est coupée, plongeant le sinistre manoir dans l’obscurité. Lorsque la lumière revient, Jim et les enfants ont disparu…

Harcelée par les enquêteurs qui la soupçonnent d’être impliquée dans l’enlèvement des petits, Angelica commence à se poser des questions. Qui est vraiment Jim ? Est-il victime, ou auteur de ce rapt ? Cherche-t-il à la manipuler ? A moins qu’un danger plus grand encore ne la menace…

Éditions De Borée (10 octobre 2019) – 405 pages – Broché (20,50€) – Ebook (4,99€)

AVIS

Dans la vie, il y a les chanceux et les poissards. Et vu les circonstances, on peut raisonnablement penser qu’Angelica appartient à la seconde catégorie.

Cette Américaine de vingt-cinq ans doit d’abord faire face au massacre de la famille anglaise pour laquelle elle travaillait comme fille au pair avant d’affronter la suspicion de la police écossaise l’accusant de l’enlèvement des deux enfants de ses nouveaux employeurs, un couple d’Écossais. Ce qui s’annonçait comme un nouveau départ suite au drame londonien se révèle donc une nouvelle épreuve d’autant que la jeune femme n’est pas au bout de ses peines…

En parallèle, nous suivons une affaire d’escroquerie financière d’envergure internationale qui prend ses racines en Israël. Le flou entourant l’entreprise dans le collimateur des autorités, TradeOption, et la complexité de ses montages financiers nécessiteront l’intervention de professionnels spécialisés dans la traque des dérives financières que ce soit le Lahav 433, sorte de FBI Israélien, ou l’agent Sleuth du FBI.

Ce dernier a une motivation toute personnelle d’intervenir, Angelica étant sa nièce. C’est donc sans hésiter qu’il se rend en Angleterre et en Écosse où il finira par découvrir que les malheurs de sa nièce semblent inextricablement liés à cette fraude financière qui met en émoi son contact israélien. Mais quel est le lien entre les deux affaires et comment aider sa nièce qui se retrouve dans une situation bien fâcheuse ? N’est-il d’ailleurs pas trop tard ?

James Barnaby nous propose une enquête passionnante et rondement menée qui nous fait voyager entre Israël, Angleterre et Écosse, pays dont il a su retranscrire l’atmosphère si particulière. C’est donc dans une ambiance étouffante, teintée de folklore et de légendes locales, que l’on suit l’enquête qui se révèle bien plus complexe qu’il n’y paraît. Mais quand l’argent entre en jeu, n’est-ce pas toujours le cas ?

Il faudra donc toutes les bonnes volontés pour avancer ! Et ce n’est pas l’agent Sleuth qui vous dira le contraire. Désespéré par la police locale bien plus encline à accuser sa nièce d’enlèvement qu’à tenter de faire toute la lumière sur cette étrange histoire, il enquêtera  de son côté se fiant à son flair, son expertise et ses contacts. Si j’ai apprécié ce personnage très humain qui fait de son mieux pour venir en aide à sa nièce, j’ai regretté un manque d’éclat. J’aurais ainsi souhaité qu’il nous épate un peu plus, son rôle restant finalement accessoire. Mais on peut comprendre que ses liens avec Angelica ne lui permettent pas d’avoir l’objectivité nécessaire pour mener à bien, et de manière détachée, des investigations.

J’ai, en revanche, beaucoup apprécié Angelica, une femme forte, indépendante et courageuse qui fait face aux épreuves sans jamais se lamenter et avec un certain aplomb ! En plus d’avoir la tête sur les épaules, elle possède aussi beaucoup d’empathie, une certaine imagination et une vraie capacité d’adaptation, des qualités qui expliquent peut-être l’excellent contact qu’elle entretient avec les enfants. Des enfants qu’elle fait d’ailleurs passer avant tout !

Bien que le roman fasse un peu plus de quatre cents pages, on ne voit pas le temps passer, l’auteur apportant beaucoup de rythme et de dynamisme à son récit. D’une plume fluide et immersive, il nous fait naviguer avec simplicité dans les méandres de la finance, mais aussi dans ceux de l’esprit humain prompt à toutes les extrémités pour s’enrichir… Grâce à des personnages variés, et pour certains plutôt excentriques et énigmatiques, il veille également à semer le doute dans l’esprit des lecteurs qui ressentent alors la même perplexité que l’agent Sleuth face à cet embrouillamini.

Qui est vraiment Jim, l’ami d’Angelica, qui l’a plus ou moins convaincue d’entrer au service du couple écossais et comment expliquer sa double personnalité ? Que penser de ce laird excentrique, débonnaire et haut en couleur qui semble bien prendre à la légère l’enlèvement de ses enfants ? Quelle est la véritable envergure de la fraude orchestrée par TradeOption et comment est-elle liée au drame londonien et à l’enlèvement des deux enfants en Écosse ? Qu’en est-il de cette action de crowdfunding lancée pour payer la rançon des enfants ? Vraie démarche ou nouvelle manière d’extorquer de l’argent à de naïfs contributeurs ? Les questions ne manquent pas et les révélations, du moins pour certaines, ne devraient pas manquer de vous surprendre…

En bref, finance, magouilles et appât du gain offrent ici un tango endiablé à l’issue duquel ne reste que la vision de personnes prêtes à beaucoup, certaines au pire, pour conserver leurs acquis et s’enrichir. Suspense, tension, mensonges, révélations choquantes, faux-semblants et jeux de dupe sont donc au rendez-vous de ce thriller mêlant avec beaucoup de charme folklore local et dure réalité… L’argent n’a pas d’odeur ? Peut-être, mais elle a ici le goût du sang !

Retrouvez le roman sur la boutique en ligne des éditions de Borée.

Mortelle tentation, Christophe Ferré

Mortelle tentation par [Ferre, Christophe]

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir Mortelle tentation de Christophe Ferré.

RÉSUMÉ

Connaît-on vraiment la personne avec qui l’on partage sa vie ? Dans un coin sauvage des Pyrénées, le cadavre d’une jeune femme est retrouvé entièrement nu. Peter, un ancien international de rugby aujourd’hui architecte d’intérieur, est parti randonner en solitaire à cet endroit, mais il est injoignable depuis le jour du meurtre. D’abord inquiète qu’il ait croisé la route de l’assassin, Alexia, sa femme depuis plus de vingt ans, découvre avec effroi qu’il connaissait la victime… Et si Peter avait quelque chose à se reprocher ? Et s’il était en réalité le meurtrier ? C’est en tout cas ce que semble penser la police…Quand l’homme que vous aimez est accusé du pire, la confiance et la passion vacillent… Déchirée entre l’amour et le doute, Alexia doit faire éclater la vérité.

Archipel (9 octobre 2019) – 384 pages – Broché (22€)

AVIS

Emballée par le résumé et la promesse d’un bon thriller domestique comme je les aime, je me suis lancé avec enthousiasme dans ma lecture. Malheureusement, si le roman possède quelques atouts, ils n’ont pas suffi à compenser ses faiblesses. Mon avis sera donc mitigé…

Alors que l’on découvre le cadavre nu d’une jeune femme dans les Pyrénées, Peter, parti seul en randonnée, ne donne plus de signe de vie à sa femme… Les deux affaires sont-elles liées ? L’intuition d’Alexia lui souffle que c’est bien le cas, mais reste une question en suspens : son mari a-t-il croisé la route d’un prédateur ou est-ce lui le prédateur ? Et si après tout, son tendre et aimant Peter n’était pas le mari et père parfait qu’elle pensait ?

Christophe Ferré, que je découvre avec ce roman, a repris les codes assez classiques du genre, ce qui ne m’a pas dérangée les trouvant toujours aussi efficaces. C’est donc sans surprise que j’ai rapidement identifié le coupable du meurtre, mais cela ne m’a pas empêchée d’avoir été complètement happée par le suspense et la tension que l’auteur insuffle à son récit. Il faut dire que tout est mis en place pour faire douter les lecteurs, à commencer par les deux époux tout aussi instables l’un que l’autre.

J’ai ainsi été dubitative de la rapidité avec laquelle Alexia, qui se dit amoureuse de son mari comme au premier jour, en vient aussi rapidement à le soupçonner. Pas très réaliste ni très convaincant, mais vous verrez que cette femme n’est pas la personne la plus cohérente qui existe… Quant à son mari, difficile de porter crédit à ses dires, ses explications pour justifier son absence et son silence étant aussi changeantes qu’abracadabrantesques. Ce n’est plus à un ex-professionnel du sport qu’on a affaire, mais à un véritable scénariste !

Entre une femme qui change d’avis comme de chemise pensant « l’homme de sa vie » innocent pour le déclarer coupable trois phrases plus loin, et un homme se déclarant innocent, mais n’arrêtant pas d’enchaîner mensonge sur mensonge, on en vient à se demander où se situe exactement la vérité, mais surtout à qui se fier… Ce couple, tout comme la plupart des autres personnages au demeurant, se révèle donc assez exaspérant avec une mention spéciale pour le parfait mari, devenu le parfait suspect, qui n’hésite pas à se lancer dans un petit viol conjugal histoire d’assouvir son appétit sexuel d’ogre. Quitte à être suspecté de meurtre et être traqué par la police autant faire les choses en grand !

Si ces deux personnages exaspèrent, on se surprend néanmoins à suivre leurs mésaventures et l’enquête avec une certaine curiosité. Qui a bien pu tuer la jeune femme et pourquoi ? Notre ex-sportif beau gosse à qui tout réussit ne cache-t-il pas des zones d’ombre comme une petite tendance au meurtre ? Ce bonheur conjugal étalé à la face du monde depuis plus de vingt ans est-il aussi solide qu’Alexia le pense ? Tout autant de questions qui vous tiendront en haleine et vous pousseront à tourner les pages rapidement d’autant que l’auteur a opté pour des chapitres courts et dynamiques qui apportent une certaine fluidité à la lecture.

J’ai donc dévoré le roman en deux séances de lecture malgré des personnages antipathiques, un comportement d’adolescente transie d’amour oscillant entre idiotie et naïveté qui ne sied guère à une avocate supposée avoir la tête sur les épaules, certaines répétitions, des propos manquants parfois de naturel, et des révélations qui pèchent peut-être par leur manque de réalisme. Le scénario m’a ainsi donné le sentiment d’un film à l’américaine avec des rebondissements quelque peu improbables bien que très cinématographiques.

En bref, voici un thriller que l’on peut qualifier de page-turner par la vitesse avec laquelle on le dévore, mais qui souffre de certaines maladresses pouvant rendre la lecture parfois agaçante.

Découvrez un extrait sur le site des éditions de l’Archipel.
Retrouvez le roman chez votre libraire ou sur Place des libraires.

Qui ment ? Karen M. McManus

Profitant d’une offre promotionnelle dans le cadre de mon abonnement Amazon Prime, j’ai téléchargé gratuitement ce livre audio.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Dans un lycée américain, cinq adolescents sont collés : Bronwyn (l’élève parfaite), Addy (la fille populaire), Nate (le délinquant), Cooper (la star du baseball) et Simon (le gossip boy du lycée). Mais Simon ne ressortira jamais vivant de cette heure de colle…

Et les enquêteurs en sont vite sûrs, sa mort n’est pas accidentelle. Dès lors qu’un article écrit par Simon contenant des révélations sur chacun d’eux est découvert, Bronwyn, Addy, Nate et Cooper deviennent les principaux suspects du meurtre.

Audible Studios (30 mars 2018) – 10 heures et 3 minutes – 19,95€
Narratrice : Leïlou Bellisa

AVIS

J’ai écouté ce roman il y a plusieurs mois, mais j’en garde un souvenir très positif. Il faut dire que téléchargé sur Audible sans grande conviction, j’ai été dès les premiers chapitres happée par l’histoire. Quelques élèves sont collés quand l’un d’entre eux s’écroule avant de définitivement quitter la scène. Qui a bien plus le tuer et comment s’y est-il pris ?

J’ai deviné dès le début de l’histoire le meurtrier parce que la mise en scène m’a rappelé un autre roman lu il y a deux ou trois ans. Mais sans cette précédente lecture, je n’aurais probablement pas vu venir la révélation finale ! Cela ne m’a nullement empêchée d’apprécier la manière dont l’autrice nous immerge dans cette vie lycéenne auprès de personnages peut-être stéréotypés, mais qui deviennent, au fil des pages, assez attachants ou du moins, intéressants.

Je n’ai pas adhéré à toutes les personnalités comme celle de la fille parfaite et bien lisse qui se laisse dicter sa vie entière par son petit ami supposé aussi parfait qu’elle. Je sais que ça arrive, mais je ne peux pas comprendre comment on peut en arriver là surtout à un âge aussi jeune. La popularité et l’envie d’être en couple justifient-elles vraiment qu’on annihile sa propre personnalité au point de ne même plus savoir ce que l’on aime ou n’aime pas ? Une question que l’autrice va subtilement soulever grâce à ce personnage agaçant en début de roman, mais qui va, petit à petit, se détacher de sa vie d’avant pour enfin apprendre à s’aimer et à avancer par elle-même.

D’ailleurs, l’évolution des personnages est le grand atout de ce roman puisque tous vont gagner en consistance au fil de l’intrigue, et se dévoiler à nous dans toute leur complexité, leurs doutes et leurs espoirs quant à un futur quelque peu assombri par cette affaire de meurtre. C’est qu’au cours de l’enquête, les secrets de chacun vont s’ébruiter avec des conséquences plus ou moins graves selon les cas et les situations : quid de l’entrée à une grande université, comment affronter le regard des autres sur sa sexualité, comment prouver son innocence quand on vient d’une famille pauvre et défaillante et qu’on est déjà engagé dans des activités illicites, comment passer de la popularité au rejet total…

Derrière cette histoire de meurtre, sont donc abordés des thèmes variés et forts : l’homosexualité et la peur du rejet, la délinquance, les familles défaillantes, l’alcoolisme, la quête d’identité et la difficulté de trouver sa place, le poids des secrets, la jalousie et l’envie, la pression scolaire, le harcèlement et les dégâts parfois conséquents que peuvent engendrer les rumeurs et dénonciations notamment quand elles sont propagées par les réseaux sociaux et les nouvelles technologies…

Au-delà de ces thématiques actuelles, mais pas forcément joyeuses, l’autrice offre également aux lecteurs quelques moments de douceur et de tendresse notamment entre une grand-mère et son petit-fils qu’elle encourage à s’accepter tel qu’il est sans craindre le jugement d’autrui. Et puis il y a cette histoire d’amour naissante entre deux personnages que tout oppose : personnalité, milieu social, culture, vision de la vie…

Malgré leurs différences, ils vont toutefois se rapprocher et nouer une certaine complicité qui va se transformer en quelque chose de bien plus fort. Je ne suis pas fan des histoires d’amour surtout quand elles suivent le schéma classique du bad boy et de l’intellectuelle, mais ici, j’ai trouvé la romance touchante et très réaliste. On sent que l’attirance entre les deux adolescents n’est pas récente et que malgré leurs différences, ils sont faits pour être ensemble. La complicité entre les deux est palpable au point de m’avoir donné envie d’un happy end ou du moins, d’un possible futur à deux.

En conclusion, si vous êtes à la recherche d’un thriller young adult prenant Qui ment est fait pour vous. Sous couvert d’une enquête intéressante sur le meurtre d’un jeune homme loin d’être un modèle de respectabilité, l’autrice aborde des thématiques variées et actuelles qui devraient parler aux adolescents mais aussi aux lecteurs plus âgés. Bien menée et terriblement addictive, voici une histoire que je ne peux que vous recommander.

Du sang sur la neige, Serge Camaille

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir Du sang sur la neige de Serge Camaille.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Jeune citadine à la vie trépidante, s’est installée dans une maison coupée du monde, non loin du village de Courgoul, dans les monts d’Auvergne. à vrai dire, elle n’a pas eu le temps ni le choix pour s’adapter à cette nouvelle vie. Un jour, le téléphone qui sonne. La gendarmerie. Luc, son mari, a eu un accident. Il est dans le coma. Plusieurs semaines déjà qu’il s’était isolé dans cette maison pour écrire son premier roman. Pourquoi son mari a-t-il tout quitté soudainement ? Et comment a-t-il pu avoir un accident de voiture, lui d’habitude si prudent ? Et si finalement elle ne connaissait pas si bien que cela l’homme qu’elle a épousé ? Lorsqu’une inconnue frappe à sa porte en pleine nuit, Claire ne se doute pas qu’elle vient de faire entrer le malheur dans son foyer…

Éditions De Borée (10 octobre 2019) – 267 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Bien que peu coutumière des romans ruraux, je me suis plongée avec curiosité dans ce roman qui nous transporte dans un village d’Auvergne. En tant que stéphanoise, c’est une région qui ne m’est pas inconnue, mais si certains noms de villes m’ont parlé, j’en ai découvert bien d’autres. J’ai d’ailleurs fortement apprécié ce sentiment de faire un peu de tourisme depuis mon canapé.

Un sentiment qui n’est hélas pas partagé par Claire qui vient d’emménager avec sa belle-mère et son beau-fils dans une maison reculée bien loin du confort de sa vie de citadine. La situation est d’autant plus difficile à vivre pour elle que cette vie à la campagne est avant tout le choix de son mari, un éminent professeur et addictologue qui a décidé de tout plaquer pour se terrer dans ce coin perdu afin de se consacrer à son roman. Sans son accident de voiture l’ayant conduit dans le coma, sa femme, son fils et sa mère n’auraient d’ailleurs dû le rejoindre que plus tard…

Alors que tout semble déjà bien sombre pour cette famille, une succession d’évènements dramatiques et étranges vient la frapper de plein fouet. Tout commence par cette femme qui demande de l’aide en pleine nuit suite à un accident de voiture, puis il y a le sabotage de la voiture de Claire, cette personne mystérieuse qui lui ressemble et qui rend visite à son mari, des menaces, des découvertes surprenantes et ce mari sur lequel on finit par se poser de nombreuses questions…

D’ailleurs, cet homme idéal dont la réputation est dorénavant bien établie, Claire, qui l’a épousé très rapidement, le connaît-elle vraiment. À mesure que l’on progresse dans l’intrigue et que le voile commence doucement à se lever, on ne peut qu’en douter. Simple victime d’un dramatique, mais banal accident de voiture, ou Luc a-t-il été victime d’une vengeance ? Pourquoi ce besoin soudain d’isolement et cette envie de troquer des écrits scientifiques plébiscités pour un projet de roman, une bluette de surcroît ? Tout autant de questions qui vous tiendront en haleine et vous pousseront à tourner les pages avec avidité. Il faut dire que l’auteur sait faire monter la pression et manie plutôt bien l’art du mystère et du suspense.

Alors que sa vie va à vau-l’eau, Claire pourra heureusement compter sur son sympathique voisin qui sera un peu sa lumière dans les ténèbres. Ce dernier fera de son mieux pour la soutenir que ce soit en lui servant de chauffeur, en l’écoutant ou en participant activement à l’enquête dans laquelle elle se lance au mépris du danger et des menaces. Le fait qu’il soit profondément attaché à son chien a dû également contribuer à la sympathie ressentie pour cet homme sans lequel Claire aurait probablement craqué, sa belle-mère semblant quelque peu dépassée par les événements.

Si j’ai eu un peu de mal à me sentir attachée émotionnellement à notre héroïne qui m’a paru parfois un peu trop brusque, voire quelque peu égocentrique, j’ai, en revanche, complètement compati à sa situation et eu envie, comme elle, de faire toute la lumière sur son mari et cette menace qui pèse sur sa famille. Une menace qui prendra une forme contraignant la police à prendre très au sérieux le problème.

À partir de là, Claire reste un peu sur le côté et l’on suit le travail des policiers. Je dois dire que j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman puisque l’auteur nous fait vivre l’enquête de l’intérieur aux côtés de personnages avenants et très professionnels. Les policiers font de leur mieux avec les cartes qu’ils ont en main et les moyens dont ils disposent. Et dans cette France rurale de 1980 en plein épisode neigeux, ce n’est pas une sinécure !

Ce retour dans le passé, loin des avancées technologiques qui font maintenant partie de notre vie et dont on est devenu quelque peu dépendant, est d’ailleurs intéressant puisqu’en absence de téléphone portable et de GPS, tout devient soudainement plus lent, compliqué et contraignant. Il se dégage ainsi un charme presque suranné de ce roman qui nous plonge dans une enquête à l’ancienne où la police compte autant, voire plus, sur la coopération entre les services et les régions que sur la technologie même si les caméras dévoilent déjà ici leur intérêt. Le petit clin d’œil au détective Quim Vargas, créé par l’un des amis de l’auteur m’a, en outre, bien plu et donné envie de le découvrir dans l’une de ses enquêtes. Quelque chose me dit que lui et sa secrétaire doivent être plutôt du genre haut en couleur !

Quant à la fin, je vous laisse le soin de la découvrir, mais je l’ai appréciée dans la mesure où elle répond à toutes nos questions et qu’elle permet de revoir le roman sous une autre perspective, rien n’étant tout blanc ni tout noir dans cette histoire. Cela ne veut pas dire qu’on accepte certains comportements délictueux et immoraux, mais on arrive au moins à les comprendre… Le seul petit bémol, mais vous savez que j’aime pinailler, est une réaction qui m’a paru assez peu crédible.

En conclusion, d’une plume fluide et immersive et avec un sens indéniable de la mise en scène et du suspense, Serge Camaille nous propose ici un voyage mouvementé et immersif dans le passé et le monde rural. Rythmé et plein de tension, ce roman, plus complexe qu’il n’y paraît, vous offrira une enquête dont on prend plaisir à suivre le fil en plus d’une réflexion intéressante sur des sujets comme la famille, la morale, la déontologie et la vengeance…

Retrouvez le roman sur le site des éditions De Borée.

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L’ombre de la menace, Rachel Caine

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’ombre de la menace de Rachel Caine.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’un des thrillers les plus commentés sur les réseaux sociaux américains

La vie sans histoire de Gina vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial.
Le mari de Gina est condamné à mort. Elle est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était complice de son mari, du moins qu’elle couvrait sa folie meurtrière.
Victime de harcèlement, elle décide de fuir avec ses enfants. Mais, où qu’elle aille, quelqu’un dans l’ombre l’épie, l’obligeant sans cesse à changer d’identité et de vie.
Quatre ans ont passé. Gina vit à Stillhouse Lake, où elle commence enfin à baisser la garde. Jusqu’à ce qu’un cadavre de femme soit repêché du lac…

Archipel (11 septembre 2019) – 336 pages – Broché (20,99€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

Après en avoir entendu bien des louanges, j’attendais énormément de ce thriller, et je dois admettre ne pas avoir été déçue par la manière dont Rachel Caine a su construire un récit prenant et haletant qui pousse les personnages dans leurs retranchements ! Et cela commence dès le début de l’histoire où l’on assiste, impuissant, à la pulvérisation de la vie de Gina.

Mère de famille heureuse, elle était loin de se douter que son quotidien n’était que pur mensonge, un mensonge fabriqué de toutes pièces par l’esprit complètement dérangé de son mari. Un psychopathe froid, manipulateur et démoniaque dont le passe-temps favori était de kidnapper et de torturer minutieusement et méticuleusement des jeunes femmes avant de les tuer…

Accusée de complicité, quand son seul crime fut la naïveté, elle sera acquittée, mais à quel prix ? Conspuée, menacée et poursuive par des personnes déchaînées prêtes, du moins verbalement, à toutes les horreurs, Gina sera contrainte de fuir avec ses deux enfants. Mais comment se (re)construire quand vous passez votre vie à fuir, à craindre tout le monde, à vous réinventer une identité à chaque déménagement, à refuser de créer des liens avec de nouvelles personnes… ?

La force de ce roman est de plonger les lecteurs dans la vie de cette famille qui lutte, jour après jour, pour survivre malgré le passé et cette instabilité qui ne lui permettent pas de vivre une vie normale. Gwen est une véritable lionne qui fait de son mieux pour tenir éloigner ses enfants de toute la haine que sa famille suscite. Car si son mari est condamné à mort, la vindicte populaire n’en est pas pour autant apaisée… Entre le cyberharcèlement, les menaces de mort, de viol et de torture, Gwen ne peut relâcher son attention un seul instant sous peine de mettre en danger les siens.

Une situation d’autant plus intenable qu’elle affecte ses enfants de plus en plus perturbés par les règles de sécurité draconiennes imposées par leur mère, l’absence de repères, de racines et de liens sociaux. En protégeant leur vie coûte que coûte, Gwen les fait donc également souffrir… Alors peut-être que cette maison achetée à Stillhouse Lake pourrait être enfin leur foyer, un endroit calme où repartir de zéro. C’est en tout cas ce qu’elle espérait jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé près de chez elle !

À partir de là, le suspense monte crescendo, l’ombre de l’ex-mari psychopathe planant plus que jamais sur la vie de cette famille qui a tout fait pour briser ses chaînes. Ce meurtre est-il un pur hasard ou la preuve que Mel Royal n’en a pas fini avec les « siens ». Si tel est le cas, que veut-il, et surtout, comment s’y prend-il pour, depuis les murs de sa prison, continuer à propager le mal ?

Une question qui nous pousse, comme Gwen, à devenir parano au point de nous méfier de chacun des personnages qui évolue autour d’elle et de ses enfants. Qu’en est-il de ce sympathique gérant de l’école de tir où elle s’entraîne, de ce charmant voisin qui l’aide pour les réparations de sa maison et semble avoir noué de bonnes relations avec ses enfants… L’autrice sème, avec un certain talent, le doute dans l’esprit de ses lecteurs même si mes soupçons se sont révélés fondés. Cela ne m’a toutefois pas dérangée d’autant que je n’ai pas eu de certitude avant la fin du roman et que je n’avais pas anticipé certaines révélations dont l’une que j’ai trouvée particulièrement effroyable.

L’autrice prend le temps de poser son intrigue, ce qui nous permet d’entrer de plain-pied dans la psychologie de Gwen pour laquelle on développe rapidement une totale et sincère admiration. Malgré l’adversité, les dangers, les doutes, les tensions et parfois les reproches de ses enfants, elle ne baisse jamais les bras, et se refuse à s’enfermer dans le rôle de la victime. En découvrant, il y a quatre ans, la vérité sur son mari, elle a enterré sa vie d’avant, mais aussi cette passivité qui la caractérisait. Adieu Gina, la femme naïve et soumise, et bienvenue Gwen la battante !

Un changement d’autant plus remarquable que l’ombre de Mel est tenace et difficile à effacer. J’aurais apprécié que les passages et les confrontations avec ce diable à visage humain soient plus nombreux, mais bien qu’il soit en prison, sa présence se fait lourde et palpable. Si Gwen ne ressent que de l’horreur pour cet homme, la situation est plus ambivalente pour ses enfants, et notamment pour son fils. Celui-ci n’a pas eu la possibilité de faire le deuil de ce père aimant et doux que Mel s’évertuait à jouer… J’ai trouvé cette ambivalence des sentiments intéressante d’autant qu’elle soulève une autre question : est-il réellement souhaitable de cacher à l’enfant toutes les atrocités commises par son père ? Cela ne risque-t-il pas de le conforter dans une image faussée de son père avec, à terme, des conséquences difficiles à gérer ?

Une question parmi tant d’autres, car en plus de nous divertir, ce thriller des plus efficaces a le mérite de nous faire réfléchir à différentes notions comme la responsabilité, le sentiment de culpabilité, la vengeance, le cyberharcèlement… Le déferlement de haine virtuelle contre Gwen et ses enfants est effrayant d’autant qu’il semble possible et plausible. On arrive à comprendre que les familles des victimes doutent de l’innocence de Gwen, après tout, contrairement aux lecteurs, ils ne la connaissent pas. Difficile alors pour eux d’imaginer qu’une femme ait pu vivre auprès d’un monstre durant des années sans le percer à jour, ou pire, l’aider. Même Gwen n’en revient toujours pas et ne se pardonne pas son aveuglement. Mais comment accepter toutes ces personnes qui, sous prétexte de venger des victimes dont elles se moquent éperdument, laissent parler leur violence, leur méchanceté, leur perversion, leur haine des femmes… Il n’y a définitivement pas qu’un monstre dans cette histoire !

À noter que ce roman se suffit à lui-même, mais la fin laisse entrevoir une suite que je lirai avec plaisir.

En conclusion, L’ombre de la menace porte particulièrement bien son nom puisque durant toute la lecture, on perçoit avec une grande acuité la présence de Mel Royal, un tueur en série qui, même derrière les barreaux, continue à phagocyter sa famille. Entre la présence vaporeuse de ce monstre et les menaces immondes émises par des personnes tout aussi malfaisantes que ce dernier, la vie de Gwen et de ses enfants est sur le fil du rasoir… Riche en rebondissements, en tension et en suspense, voici un thriller haletant dont votre cœur ne devrait pas sortir indemne !