Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

Ivy Wilde, tome 1 : Quand fainéantise rime avec magie, Helen Harper

Quand fainéantise rime avec magie: Ivy Wilde, T1 par [Helen Harper ]

Bon, soyons clairs : Ivy Wilde n’est pas une héroïne. C’est même la dernière personne que vous contacteriez si vous aviez besoin d’une aide magique, malgré ses talents. Si ça ne tenait qu’à elle, Ivy passerait ses journées affalée dans le canapé, devant la télé, paquets de chips en main, à papoter avec son familier félin jusqu’à ce que mort s’en suive. Mais quand elle se retrouve victime d’une erreur d’identité, elle est embarquée malgré elle à la Branche Arcane, le département d’investigation de l’Ordre Hermétique du Crépuscule d’Or. Les problèmes se multiplient quand un objet de valeur est volé au nez et à la barbe des représentants de l’Ordre ; et le fait d’être liée magiquement à l’Adeptus Exemptus Raphaël Winter ne fait qu’empirer la situation. Il a peut-être un regard couleur saphir et le corps d’un mannequin maillot de bain, mais pour Ivy, il représente tout ce qu’il y a de soporifique dans le boulot de sorcier. Et s’il l’oblige à retourner à la salle de sport, juré, elle le transforme en crapaud

MxM Bookmark (26 novembre 2018) – 344 pages – Broché (18€ ) – Ebook ( 5,99€)

AVIS

En pleine frénésie de fantasy urbaine, je me suis attaquée à ce roman dont la sublime couverture n’avait pas manqué d’attirer mon attention.

Ivy a été expulsée de l’Ordre, il y a maintenant quelques années… Pas traumatisée pour un sou, elle s’est donc forgé une vie à son image : cool et sans pression. Bon, il est vrai que son métier de chauffeur de taxi n’est pas toujours de tout repos, mais elle compense les aléas du métier par de longs tête-à-tête avec son canapé et des soirées endiablées avec sa télé. Mais parce que toutes les bonnes choses ont une fin, elle se retrouve, par un malheureux concours de circonstances, liée par magie à un membre de l’Ordre peu souriant et surtout, ô malheur, extrêmement travailleur !

Enfer et damnation, la voilà contrainte de l’épauler dans son travail jusqu’à ce que les effets du sort ne soient plus qu’un lointain et douloureux souvenir… Si Ivy se revendique fainéante et est partisane de la politique du moindre effort, au fil du roman, on s’aperçoit que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que la jeune femme est loin d’être le boulet qu’elle prétend être. Attendez-vous donc à découvrir une femme forte qui, sous couvert d’un amour immodéré pour les siestes, se révèle intuitive, pleine de surprises et très talentueuse sans oublier plutôt amusante puisqu’elle n’hésite jamais à dire, avec humour, le fond de sa pensée. On saluera également sa propension à élaborer des hypothèses parfois farfelues à partir d’un détail vestimentaire… Bref, un sacré personnage !

Un constat que Winter va très vite faire. Sa rencontre avec Ivy ne s’étant pas particulièrement bien déroulée, il se forge, dans un premier temps, une très mauvaise image de la jeune femme. Néanmoins, intelligent et bien plus gentil que son sérieux ne le laisse présager, il ne reste pas sur ses a priori et essaie de voir derrière les apparences… Il comprend ainsi rapidement que l’image de fainéante désinvolte et peu douée que veut ardemment se donner Ivy est bien loin de la vérité.

Les interactions entre les deux protagonistes sont plutôt amusantes : Ivy adore le taquiner et Winter, faisant progressivement tomber son masque d’impassibilité, ne manque pas non plus de répartie… De leur collaboration forcée naît donc une certaine complicité, voire un peu plus puisqu’un petit jeu de séduction s’instaure progressivement entre eux. Leur complémentarité s’impose également aux lecteurs : quand Winter se montre analytique et procédurier, Ivy compte sur ses intuitions et ses capacités magiques qu’elle a, d’ailleurs, de plus en plus de mal à cacher…

Les deux sorciers collaborent donc main dans la main pour démasquer le responsable d’un vol avant de comprendre que l’affaire est peut-être plus sérieuse qu’il n’y paraît. L’enquête est intéressante et nous permet d’entrer de plain-pied dans les rouages de l’Ordre, une institution qui n’est pas exempte de défauts et de fruits pourris, mais qui n’est pas aussi obsolète qu’aime à le penser Ivy. Il faut dire qu’ayant eu maille à partir avec l’Ordre par le passé, elle n’est peut-être pas la plus objective comme n’hésite pas à lui prouver, avec un certain tact, Winter…

En plus de ce duo plein de charme qui fonctionne à merveille, l’autrice a introduit un personnage qui aurait dû me faire fondre, Brutus, un chat qui parle, ou du moins, qui peut énoncer quelques mots. Je ne me suis malheureusement pas attachée à ce dernier, peut-être parce que le voir ponctuer la plupart de ses interventions par « connasse » ne m’a pas vraiment amusée ni même fait sourire. Toutefois, la fin du roman me laisse entrevoir une évolution de mon ressenti sur ce chat qui, je l’espère, se révélera plus attachant et intéressant dans la suite de l’aventure.

Quant à la plume de l’autrice, elle se révèle efficace et fluide. On est vraiment dans une histoire légère et divertissante, ce qui se traduit par une certaine simplicité dans la narration, mais aussi beaucoup de dynamisme et de rythme dans le récit. Le roman se lit donc d’une traite et permet de se vider l’esprit auprès de deux personnages auxquels on s’attache beaucoup et dont on espère que l’attirance qu’ils semblent ressentir l’un pour l’autre débouchera sur une jolie relation.

En conclusion, si vous avez envie d’un roman de fantasy urbaine léger et facile à lire, Ivy Wilde est fait pour vous. L’univers n’est peut-être pas développé outre mesure, mais il y de la magie, de l’action, du mystère, du suspense et des protagonistes complémentaires dont on suit avec délectation les échanges toujours pleins d’humour. Je retrouverai donc avec plaisir la truculente et amusante Ivy dans ses autres aventures en espérant que sa complicité avec le beau Winter soit toujours aussi palpable et se mue en quelque chose de plus profond.

Retrouvez le roman sur le site des éditions MxM Bookmark.

InqEnqIncEnc : La bête de Tourrettes-sur-Loup (S.01 – épisode 2), S. de Sheratan

InqEnqIncEnc – Les Inquiétantes Enquêtes d’Incoming Encounters - S.01 – ép.02: La bête de Tourrettes-sur-Loup par [Sherdan de Sheratan]

Les présentations sont de courte de durée pour Denis Hurvoas, fraîchement accueilli par d’autres héritiers à l’agence paranormale Incoming Encounters. Rapidement, c’est une voix bien familière qu’il reconnaît au bout du fil du standard de l’agence. Le danger est palpable et la coïncidence troublante pour le nouvel enquêteur qui n’a peut-être pas signé un pacte si tutélaire

La Compagnie Littéraire (25 octobre 2019) – 70 pages
Ebook (1,99€) – Papier (5€)

AVIS

Ayant beaucoup apprécié l’épisode pilote qui nous permettait de faire la connaissance de Denis Hurvoas, je me suis attaquée à cette suite avec beaucoup de curiosité.

Correspondant de guerre devenu détective du surnaturel afin d’avoir une chance d’accéder à un héritage inattendu et colossal, Denis a à peine le temps de découvrir l’étrange agence de Philadelphie pour laquelle il va travailler qu’il doit retourner, accompagné de ses cousins,  en France pour mener une enquête. Et pas n’importe où, chez sa propre belle-mère partie en vacances avec sa femme et ses enfants ! La raison de ce départ précipité : la présence d’un rôdeur signalé par la très sympathique voisine.

L’enquête pour remonter les traces de ce rôdeur se révèle intéressante et empreinte d’un certain mystère. Quelle est la nature du danger ? Y a-t-il d’ailleurs un véritable danger ? Et le cas échéant, comment l’arrêter ? Des questions qui ne seront pas sans conséquence sur les relations entre Denis et ses cousins dont on commence, petit à petit, à découvrir les principaux traits de caractère. Le livre étant court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’auteur propose des personnages très différents les uns des autres et donc facilement identifiables.

J’ai de nouveau beaucoup apprécié cet épisode qui tranche quelque peu avec le ton du précédent. On y retrouve la même atmosphère fantastique teintée de mystère, mais le récit se pare d’une aura bien plus dramatique et personnelle. Alors que Denis s’interroge sur ce drôle de hasard qui l’a conduit chez sa belle-mère, il fait de surprenantes et dévastatrices découvertes sur sa famille ! Et si toutes ces dernières années avaient été bâties sur un tissu de mensonges ou, du moins, sur un château de cartes qui s’effondre sans qu’il ne puisse rien y faire ?

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que l’auteur malmène sans vergogne son protagoniste n’hésitant pas à mettre sa vie sens dessus dessous. Notre héros arrivera-t-il à remonter la pente et faire face à cette révélation qu’il n’aurait jamais pu anticiper ou imaginer ? Une question qui ne manquera pas de vous titiller et de vous donner envie de vous jeter sur la suite !

Pour ma part, je commence vraiment à m’attacher à Denis, ce qui explique peut-être la raison pour laquelle l’épreuve qu’il doit affronter m’a tellement peinée et révoltée. J’oscille donc entre l’espoir que les choses s’arrangent vite pour lui et l’envie que l’auteur continue à lui faire vivre moult péripéties et à malmener son petit cœur de la plus atroce des façons. Oui, je suis parfois une lectrice un peu sadique…

Quant à la plume de l’auteur, elle se révèle de nouveau fluide, dynamique et très immersive. On appréciera également l’ambiance particulière du livre, alternant entre la douceur d’une ville ensoleillée du sud de la France et la froideur d’une créature qui sèmera désordre et chaos à Tourrettes-sur-Loup et, surtout, dans la vie de Denis ! Mais les apparences sont parfois trompeuses, et le vrai monstre n’est pas forcément celui que l’on pense…

En conclusion, si l’épisode pilote posait les bases de l’univers, cette première enquête entre dans le vif du sujet en nous plongeant dans une intrigue sans temps mort qui marquera les premiers pas officiels de Denis en tant que détective de l’étrange et du surnaturel. Mais cet épisode, c’est aussi celui d’une révélation fracassante qui apporte une dimension dramatique parfaitement maîtrisée au récit et une dynamique familiale intéressante dont on hâte de découvrir les implications pour notre héros.

Merci à La Compagnie Littéraire pour cette lecture.

Les cicatrices, Claire Favan

Les cicatrices : le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre (HarperCollins) par [Favan, Claire]

Centralia, État de Washington. La vie d’Owen Maker est une pénitence. Pour s’acheter la paix, il a renoncé à toute tentative de rébellion.
En attendant le moment où il pourra se réinventer, cet homme pour ainsi dire ordinaire partage avec son ancienne compagne  une maison divisée en deux. Il est l’ex patient, le gendre idéal, le vendeur préféré de son beau-père qui lui a créé un poste sur mesure. Un type docile. Enfin, presque. Car, si Owen a renoncé à toute vie sociale, il résiste sur un point : ni  le chantage au suicide  de Sally ni  les scènes qu’elle lui inflige quotidiennement  et qui le désignent comme bourreau aux yeux des autres ne le feront revenir sur sa décision de se séparer d’elle.
Mais, alors qu’une éclaircie venait d’illuminer son existence, Owen est vite ramené à sa juste place. Son ADN a été prélevé sur la scène de crime d’un tueur qui sévit en toute impunité  dans la région, et ce depuis des années. La police et le FBI sont sur son dos. L’enfer qu’était son quotidien n’est rien  à côté de la tempête qu’il s’apprête à affronter.

HarperCollins (4 mars 2020) – 368 pages – Broché (20€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Afin d’étayer mon avis, j’ai évoqué certains points qui, sans être des spoilers, peuvent vous mettre sur la piste de certaines révélations. Je vous invite donc à lire ma chronique plus tard si vous souhaitez lire ce roman avec un maximum d’effet de surprise.

Retrouvé à moitié mort, il y a de nombreuses années, Owen, incapable de se souvenir de son passé, s’est bâti une nouvelle vie, celle un homme serpillère qui endure stoïquement les frasques d’une ex-femme complètement dérangée qui refuse de reconnaître leur séparation. Crises de jalousie et de démence, pression psychologique, violences physiques, menaces et tentatives de suicide rythment ainsi son quotidien.

L’autrice nous brosse ici le portrait d’un homme dévasté dont l’attitude de victime peut exaspérer et donner envie de le secouer pour qu’il réagisse et mette fin à toute cette folie. Mais si Owen m’a parfois agacée par sa passivité, j’ai également compris ses difficultés à se sortir de la situation intenable dans laquelle son ex-femme et sa belle-famille l’ont enfermé. Son envie de reprendre les rênes de sa vie se confronte ainsi à la peur viscérale d’avoir le suicide de son ex-femme sur la conscience…

Sa vie va néanmoins prendre une tournure encore plus dramatique quand son ADN va être trouvé sur la scène de crime d’un tueur en série qui n’avait plus fait parler de lui depuis des années. Sous le joug d’une ex-femme hystérique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents et réalistes, et suspecté par un agent du FBI retors et enfermé dans le carcan de ses certitudes et de ses espoirs, Owen perd pied ! Il pourra heureusement compter sur le soutien de la petite étincelle de bonheur qui a récemment fait irruption dans sa vie, Jenna, une policière qui croit en lui et en son innocence…

Intense, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce thriller qui joue à merveille sur les faux-semblants, les apparences et les mensonges. L’autrice pousse les lecteurs dans leurs retranchements jouant avec leur empathie et leurs émotions pour mieux les tromper et les détourner de la vérité. Avec elle, les victimes deviennent bourreaux et les bourreaux finissent par être victimes de leur propre ignominie. La vengeance est donc au cœur de cette histoire et prend des proportions inimaginables, du moins, pour un esprit sain.

La survie du corps signifie-t-elle automatiquement celle de l’esprit ou y a-t-il un seuil d’horreur et de douleur à partir duquel l’âme humaine se perd pour emprunter des chemins tortueux ? Une question, parmi tant d’autres, qui vous viendra à l’esprit à mesure que des scènes d’une grande violence prennent vie sous vos yeux. Alors que l’autrice n’entre pas forcément dans les détails, elle arrive à nous faire ressentir toute la souffrance et le désespoir des victimes d’un être abject qui n’hésite pas à kidnapper, à torturer et à violer pour assouvir ses plus bas instincts. Si certaines femmes vacillent rapidement, d’autres survivent des années et offrent cette résistance qui excite et stimule tellement leur bourreau.

Suivre la captivité de ces femmes réduites à l’état d’objet sexuel se révèle difficile, mais je n’ai jamais eu le sentiment que l’autrice tombait dans la surenchère. D’ailleurs, bien que je sois sensible, j’ai trouvé le livre supportable à l’exception, peut-être, d’une scène de torture qui m’a fait quelque peu vaciller par son réalisme. Mais je l’ai trouvée bien amenée pour faire ressentir aux lecteurs le degré de haine atteint par un personnage. À cet instant, on a la certitude que son esprit est brisé et qu’il a atteint un point de non-retour. Est également soulevée la question de l’éducation et de l’impact qu’un être pervers et malsain peut avoir sur un esprit en construction…

Le roman, alternance de points de vue et de chapitres courts, se lit très rapidement d’autant que l’autrice arrive à ménager son suspense jusqu’à la fin et à doser sa tension de manière à la rendre constante. À chaque fois que l’on pense avoir touché du doigt le dénouement final, elle relance l’intérêt du lecteur en apportant un nouvel éclairage sur l’intrigue, l’enquête ou les personnages. Bien que j’aie anticipé certains rebondissements, j’ai apprécié d’être transportée dans une histoire complexe dont il est bien difficile de dénouer tous les fils avant d’avoir tourné la dernière page.

En plus d’une intrigue efficace qui ne souffre d’aucun temps mort, Claire Favan offre une galerie de personnages variée que l’on sent, pour la plupart, au bord du gouffre : certains en raison de leurs illusions les enfermant dans un enfer personnel et/ou professionnel, d’autres parce qu’ils sont véritablement en enfer ou, à l’inverse, parce qu’ils n’ont jamais su profiter de leur liberté retrouvée. Nul besoin de murs pour être emprisonné…

En conclusion, Les cicatrices est un thriller particulièrement efficace qui vous plongera sans douceur et avec un réalisme déconcertant dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et de sa perversité. Souffrance, mensonges, faux-semblants et personnages sur le fil du rasoir sont au cœur d’une intrigue complexe dont on suit avec attention et un certain effroi le déroulement. Une seule certitude, n’en ayez aucune !

Merci aux éditions HarperCollins pour cette lecture.

Meurtre au manoir des fées, Delphine Biaussat

Couverture Meurtre au manoir des fées

Lors d’une nuit d’orage au manoir des fées, Charlotte d’Endora est assassinée. À trop vouloir causer du mal à tous ceux qui l’entourent, les suspects sont nombreux.
L’auteur de ce crime est-il son mari fou amoureux d’elle mais à la personnalité explosive ? Sa pire ennemie qu’elle n’avait plus vue depuis des années ? Un ex petit-ami qu’elle a autrefois manipulé ? Son ancienne souffre-douleur ? Une jeune femme qui protège ceux qu’elle aime contre vents et marées ? Une hôtesse qui tuerait ses clients jugés trop « incorrects » ? Un commissaire qui ne cache pas son mépris pour elle ? Ou alors une personne encore inconnue…
Caroline, une des résidentes du manoir, va faire une rencontre surprenante qui va chambouler aussi bien l’enquête que ses propres croyances. Le réel va se mêler à l’irréel.

Évidence Éditions (24 février 2018) – 184 pages – Broché (11,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Mes envies d’un huis clos policier prenant et  bien mené n’ont malheureusement pas été satisfaites avec ce roman dont le scénario m’a paru manqué de consistance. J’ai également regretté une certaine maladresse dans la plume de l’autrice. Bien que l’on sente qu’il y ait une réelle volonté de bien faire, le phrasé manque de liant et le style m’a paru parfois assez enfantin avec une légère tendance aux dialogues creux.

Mon amour des belles plumes n’a donc pas été satisfait ni celui des personnages bien construits. Le roman est assez court, ce qui pourrait expliquer le choix de l’autrice de rester très en surface de la psychologie de ses personnages qui manquent cruellement de relief. Pire, ils se révèlent aussi exaspérants que caricaturaux : la pimbêche qui a tout ce qu’elle veut mais qui reste méchante, la fille consciente de son physique avantageux, l’ami ancien amant, la super bonne copine trop parfaite, la copine effacée, l’inspecteur sûr de lui et goguenard… Une galerie de personnages pour laquelle je n’ai développé aucun attachement et dont les mésaventures ne m’ont guère passionnée.

Dommage parce que l’autrice avait de bonnes idées, notamment en reprenant un schéma classique de roman policier qui marche toujours et en le teintant d’une pointe de fantastique. L’aspect fantastique qui aurait pu rendre le récit un peu plus palpitant n’est toutefois pas exploité outre mesure, ce qui m’a quelque peu frustrée. Il est vrai que l’apparition d’un inattendu et énigmatique personnage apporte une pointe de frisson en début de roman et un certain mystère, mais en absence d’enjeux réels autour de ce dernier, l’effet s’estompe assez vite. Je n’ai donc ressenti aucune envie de découvrir qui avait bien pu commettre le meurtre de l’un des occupants du manoir des fées d’autant que la solution semble plutôt évidente. Je n’ai pas non plus vraiment été impressionnée par les talents d’enquêteur du commissaire Renot qui ne semble d’ailleurs pas disposé à nous éblouir de son esprit de déduction…

J’ai toutefois apprécié le lieu de l’intrigue, ce manoir dont on sent l’atmosphère si particulière tout comme une révélation que je n’avais pas anticipée, mais qui s’accorde à merveille à cette bâtisse. L’alternance des points de vue est également assez bien maîtrisée.  Mais c’est la plongée dans le passé de l’un des personnages qui m’a probablement le plus marquée. On y découvre une histoire d’amour contrariée à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment leur mot à dire quant au choix de leur futur époux…

En résumé, si la couverture et le résumé étaient prometteurs, ce roman n’a malheureusement pas tenu toutes ses promesses que ce soit en termes d’intrigue, de personnages ou de style. Les amateurs de romans policiers et ceux appréciant les récits fantastiques resteront probablement sur leur faim, mais les lecteurs souhaitant une enquête rapide à lire et facile à suivre pourraient peut-être trouver leur bonheur.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture.

 

Élite – Au fond la classe, Abril Zamora

Paula souffre parce qu’elle ne peut parler à personne de son amour impossible. Janine garde un lourd secret qui la mettrait en danger si elle le révélait. Gorka, son ami obsédé par le sexe, tombe amoureux de la personne qu’il ne faut pas et Mario. Le redoublant habitué à harceler les autres, se retrouve pour la première fois victime de chantage. María Elena que tout le monde la Mèche, après avoir perdu ses cheveux suite à des problèmes émotionnels, porte une triste histoire de famille, derrière sa façade glamour.

Tous ont de sérieux problèmes mais à la fin de l’année scolaire, lors de la fête du lycée, un drame survient…

Marina est trouvée morte au bord de la piscine. L’inspectrice en charge de l’enquête reçoit un mystérieux journal intime, remplis de phrases haineuses à propos de l’adolescente assassinée. Quelqu’un la détestait et tout indique que l’auteur de ce journal était dans la même classe que la victime. Les cinq protagonistes, Melena, Janine, Mario, Paula et Gorka, se verront mêlés d’une manière ou d’une autre à l’affaire.

Connue pour sa belle carrière d’actrice et réalisatrice au cinéma, au théatre et à la télévision, ABRIL ZAMORA est aussi LA SCÉNARISTE DE LA SÉRIE ÉLITE, dont elle offre aujourd’hui une prolongation dans ce roman inédit.

Hachette Romans (22 janvier 2020) – 306 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
Traduction : Axelle Demoulin – Nicolas Ancion

AVIS

J’ai lu ce roman après un roman de dark fantasy, et je dois dire que niveau violence, Élite n’a rien à lui envier ! Certes, nous ne sommes pas dans de sanguinolents combats épiques, mais la violence est omniprésente dans le récit : stigmatisation systématique des personnes jugées comme « grosses », entendez mettant un 40, coups bas, harcèlement, abandon parental, agressions physiques, solitude, dénigrement… Il ne fait pas bon d’être lycéen à Las Encinas.

Cette violence atteint son paroxysme avec l’assassinat d’une élève, Marina. Qui a bien pu commettre cet odieux acte et pour quel motif ? Ce meurtre suscite moult questions et introduit un certain suspense bien que j’aurais apprécié que l’enquête soit peut-être un peu plus palpitante puisqu’elle se révèle finalement accessoire… J’ai néanmoins apprécié la manière dont le récit oscille entre une narration à la troisième personne, des extraits haineux d’un journal intime dont on ne connaît pas tout de suite le ou la propriétaire, et les pensées des différents personnages.

Ces derniers sont variés à défaut d’être très attachants : un beau gosse dans la beauté extérieure ne cache pas la laideur intérieure, un ado obsédé du sexe qui se révèle toutefois bien plus sensible qu’il n’y paraît et qui fait preuve d’une vraie dévotion à l’égard de sa meilleure amie, une fille qui couche avec un ami en s’imaginant être au lit avec le garçon qui l’intéresse vraiment, une lycéenne montrée du doigt pour son physique, mais qui garde la tête haute…

Les personnages évoluent dans un milieu favorisé, ce qui m’a donné parfois l’impression qu’ils étaient complètement déconnectés de la réalité. Entendre, par exemple, une lycéenne se plaindre des différences de classe en soulignant les stigmatisations qu’elle subit parce que ses parents ne sont que des nouveaux riches, ça peut légèrement mettre les nerfs à vif, et donner envie de conseiller à la demoiselle de se plonger dans quelques ouvrages de référence pour saisir la véritable notion de lutte des classes…

Cela ne veut pas dire que le désœuvrement de certains n’est pas réel et poignant. Je pense notamment à Melina dont la mère, ancienne mannequin qui rêve de renouer avec la gloire, se montre maltraitante d’abord psychologiquement, puis physiquement. Voir la lycéenne plonger dans l’enfer de la drogue est difficile d’autant que dans ses moments de lucidité, elle n’est pas dénuée d’un certain recul et d’une réelle capacité de réflexion, notamment sur son milieu et ses semblables. De la même manière, difficile de ne pas ressentir un minimum d’empathie pour la victime qui apparaît finalement très peu, mais qui permet à l’autrice de montrer que les apparences sont parfois trompeuses et que derrière le glamour peuvent se cacher des personnes en souffrance.

À travers ce livre, l’autrice aborde des thèmes parfois difficiles dont l’un qui se révèle assez rare en littérature adolescente alors qu’il me semble important : le VIH et la peur que ces trois lettres peuvent susciter. Il est également question d’amour, de sexualité, d’amitié, de trahison, de drogue, d’argent, d’image et d’acceptation de soi dans un milieu formaté où aucune place n’est laissée à l’erreur et à la différence… Des sujets divers et variés qui devraient parler aux adolescent(e)s et aux jeunes adultes. Si le ton du livre se révèle assez sombre, l’autrice a heureusement veillé à distiller par-ci, par-là quelques notes d’espoir. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin qui introduit un peu de lumière dans l’obscurité…

En résumé, bien qu’il m’ait fallu quelques pages pour m’habituer à la narration protéiforme et au style plutôt original de l’autrice, Élite fut, dans l’ensemble, une lecture intense et prenante que ce soit en raison des différentes thématiques abordées ou des comportements destructeurs et autodestructeurs auxquels on assiste. Élite ou une plongée mouvementée dans la vie de lycéens fortunés pour lesquels argent ne semble pas rimer avec épanouissement !

À noter que ce roman revient sur les événements de la saison 1 de la série Élite que je n’ai pas encore visionnée…

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Connaissez-vous la série ?

Merci à NetGalley et à Hachette Romans pour cette lecture.

Le chapardeur des cœurs, Melinda Metz

Nouvelle mission pour MacGyver, le cupidon félin ! Après avoir aidé sa maîtresse à trouver l’amour, il repère un nouveau cœur en détresse, celui de Briony,  » cat-sitter  » venue s’occuper de lui.
La jeune femme est désemparée : la veille, elle s’est enfuie en abandonnant son fiancé au pied de l’autel. Et, désormais, il lui faut gérer les escapades de l’intrépide matou.
Toujours prompt à partir en cavale, Mac a en effet pris l’habitude d’aller se promener dans une résidence pour personnes âgées dirigée par Nathan, un célibataire qui doit faire face à un problème de taille…
Quelqu’un a décidé de couler son établissement. Et si MacGyver démasquait le coupable ? Et aidait ainsi Nathan à enfin regarder Briony

l’Archipel (février 2020) – 336 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Catherine Duras

AVIS

Le chapardeur des cœurs fait suite à Un amour de chat dans lequel nous avions fait la connaissance de MacGyver, un chat très spécial qui a réussi, entre autres, à réunir Jane et David. Mais on dirait bien que notre minet n’a pas fini de jouer les cupidons ! Car c’est maintenant de la cousine de Jane, Briony, dont il doit s’occuper.

Après avoir quitté son fiancé au pied de l’autel, la jeune femme se réfugie chez Jane et David afin de faire le point sur sa vie tout en jouant la pet-sitter. Mais ce que Briony ne savait pas, c’est que si Dougy est un chien tout à fait ordinaire, MacGyver est loin d’être un chat comme les autres. C’est un chat-entremetteur, réparateur des cœurs et trouveur d’âme sœur. Accessoirement, c’est un petit filou fugueur et cleptomane qui use et abuse de sa ruse légendaire pour aider ces pauvres deux pattes bien incapables d’être heureux sans ses plans ingénieux.

Mais quel plaisir de retrouver MacGyver ! Un chat amusant, facétieux et haut en couleur auquel on ne peut que s’attacher et avoir envie d’assister dans sa lourde tâche de rompre la solitude sentimentale des humains qui l’entourent. Et le travail ne manque pas : sa nounou semble désemparée devant le tournant pris par sa vie, Nathan, directeur de maison de retraite, se noie dans son travail, un amateur de sardines voit le cœur de sa belle ravir par le nouveau bellâtre de la maison de retraite…

Comme dans Un amour de chat que l’on n’a pas besoin d’avoir lu pour comprendre cette histoire, l’autrice nous présente une galerie de personnage variée et terriblement attachante. Les résidents de la maison de retraite, en plus de ne pas avoir la langue dans la poche, se révèlent amusants et d’une énergie communicative. Entre les amitiés, les amours, les incompréhensions et les petites jalousies, le troisième âge ne semble pas de tout repos !

L’attachement des résidents à Nathan, directeur et co-propriétaire de la maison de retraite Les Jardins, met du baume au cœur d’autant que cet attachement est réciproque. Nathan traite, en effet, avec beaucoup de douceur, de respect et d’égard les nombreuses personnes sous sa responsabilité. Peut-être un peu trop si l’on considère que toute sa vie tourne autour de la maison de retraite et de sa famille sur laquelle il veille avec beaucoup d’abnégation. Mais l’arrivée de Briony va tout changer. Bien qu’elle ne lui ait pas fait une bonne première impression, il va vite tomber sous son charme et réaliser, petit à petit, qu’il est peut-être temps pour lui de laisser la place à une femme dans sa vie bien remplie.

Briony est une jeune femme gentille et attachante que l’on prend plaisir à voir évoluer tout au long du roman. D’abord incapable de prendre une seule décision sans les conseils d’au moins une personne, elle va prendre confiance en elle et apprendre à dompter ses crises d’angoisse. Au gré des péripéties, des rencontres et des conversations à cœur ouvert, Briony réalisera ainsi qu’elle est capable de prendre ses propres décisions et de choisir la vie qui lui convient et non pas celle tracée par ses parents aimants, mais surprotecteurs.

Cette prise de conscience sera d’ailleurs l’occasion pour l’autrice d’aborder des thèmes comme les relations familiales, le poids de l’éducation sur la construction de la personnalité de chacun et l’importance de laisser les enfants faire leurs propres erreurs… Côté famille, Nathan ne sera pas non plus épargné avec un père ayant fui ses responsabilités, une mère fragile psychologiquement et une sœur quelque peu culottée…

Le rapprochement entre Briony et Nathan est assez rapide, mais semble naturel tellement l’alchimie entre les deux personnages saute aux yeux. J’ai beaucoup aimé la manière dont l’autrice construit cette idylle pleine de tendresse, de douceur et d’humour même si, comme vous le verrez, les choses ne seront pas toujours si simples… Entre les mensonges par omission de Briony sur les circonstances l’ayant conduite à poser sa valise chez sa cousine et la menace qui plane sur la maison de retraite, le couple va devoir affronter quelques épreuves.

En plus des facéties de MavGyver, de l’amitié et de l’amour si présents dans le récit, l’histoire se pare, en effet, d’une petite dimension policière avec une enquête pour déterminer qui est derrière les actes de sabotage dont la maison de retraite est victime. Des odeurs pestilentielles, une machine de sport devenue folle… Quelque chose ne tourne pas rond ! Mais Nathan ainsi que ses employés et les résidents sont bien décidés à faire toute la lumière sur cette affaire avant qu’elle ne mette en danger la pérennité des Jardins que personne n’a envie de quitter.

Si l’on devine assez rapidement le fin mot de l’histoire, du moins en partie, puisque je n’avais pas anticipé l’une des révélations, cette enquête et les actes de sabotage apportent un peu de mystère, de tension et de suspense. Cela démontre également avec force la solidarité et l’entraide qui existent au sein des Jardins ; une institution qui devrait servir de modèle à toutes les maisons de retraite qui existent.

En conclusion, MacGyver nous revient toujours aussi drôle, ingénieux, impertinent et facétieux dans une histoire teintée de mystère, mais surtout pleine de douceur, de tendresse, d’amour et d’amitié. Le chapardeur des cœurs, c’est un petit rayon de soleil dans votre quotidien et la promesse de découvrir un récit porté par des personnages hauts en couleur et terriblement attachants que l’on aimerait beaucoup avoir comme amis dans la vraie vie.

Merci aux éditions de l’Archipel pour cette lecture.