Le jeu de l’assassin, Ngaio Marsh

Couverture Et vous êtes prié d'assister au meurtre de...

Six invités sont conviés par un excentrique collectionneur d’armes à participer à une murder party dans sa propriété campagnarde. Seulement, c’est un véritable cadavre qui est retrouvé à l’issue du jeu de rôles… La victime ? Charles Rankin, un quadragénaire aisé et coureur de jupons.
Parmi les coupables possibles ? Le maître des lieux, son majordome russe, un professeur d’origine russe, lui aussi, la maîtresse du défunt, son mari jaloux, la femme que Rankin devait épouser…

Parue en Grande-Bretagne en 1934, la première enquête de Roderick Alleyn, de Scotland Yard, aristocrate cultivé et élégant, est à savourer pour son humour à froid so british.

Archipoche (21 octobre 2021) – 260 pages – Papier (14€)

AVIS

Réédition d’un roman paru dans les années 30, Le jeu de l’assassin marque les débuts d’une série de cosy mystery que je prendrais plaisir à continuer, ayant apprécié la plume de l’autrice et son style assez particulier. Il se dégage, en effet, quelque chose de très théâtral dans la manière dont l’autrice met en scène les personnages, et plus particulièrement, son enquêteur et un journaliste qui, de fil en aiguille, va passer du stade d’invité à une murder party, à celui de suspect avant d’endosser le rôle d’assistant.

J’ai, en outre, été agréablement surprise par l’enchaînement des scènes qui m’a donné l’impression d’assister à une pièce de théâtre grandeur nature, avec des dialogues ciselés, précis et bien souvent relancés par un inspecteur assez insaisissable. Courtois, compréhensif, mais guidé par un instinct affûté et une intelligence froide, Alleyn est le genre de personnes dont il est quasiment impossible de deviner les pensées. Un côté insaisissable qui lui sera fort utile pour enquêter sur les dessous d’une murder party à l’issue mortelle, la personne jouant le rôle de la victime ayant été réellement assassiné.

Qui a pu tuer Charles Rankin, un coureur de jupon bien fait de sa personne, et pour quelle raison ? Est-ce l’un des six invités, l’hôte lui-même, un(e) domestique ou une personne de l’extérieur ? Pour le déterminer, Alleyn n’aura pas d’autre choix que de passer la scène du crime au crible, interroger chacun en essayant de gratter la surface pour comprendre les non-dits et les relations entre les personnes présentes, sans oublier de creuser la piste d’une société secrète russe et d’une arme du crime qui semble susciter les passions et cristalliser les tensions. La tâche est de taille, mais notre inspecteur pourra compter sur son flair de fin limier, son sang-froid et l’aide, entre autres, du cousin de la victime et participant à la muder party, un journaliste qui détonne parmi les autres invités.

Au fil des pages, on voit le duo se former selon une dynamique qui ne sera pas sans rappeler, dans une certaine mesure, celle du célèbre duo Sherlock/Watson, bien que nos deux comparses soient quand même bien moins impressionnants et doués. Mais comme le souligne Alleyn, une tête pensante n’a-t-elle pas toujours besoin d’un faire-valoir pour avoir l’impression de briller ? Si la pique peut-être blessante, elle est dite sans méchanceté et caractérise assez bien l’humour non dénué de dérision d’Alleyn, qui flirte entre le sarcasme et une froideur de bon aloi. D’ailleurs, Nigel ne s’en offusque guère et prend son rôle d’assistant au sérieux : s’il n’était pas proche de son cousin, il aimerait néanmoins en débusquer l’assassin. Et puis, un journaliste, comme un inspecteur, ça aime enquêter… Un point commun qui les rapproche dans leur manière assez froide de considérer la situation.

L’enquête en huis clos se révèle intéressante et dynamique, Alleyn sollicitant régulièrement les invités, parfois de manière peu conventionnelle, tout en prenant le temps de récapituler les faits et son avancée. J’ai apprécié le procédé qui m’a donné le sentiment de participer activement à l’enquête, voire à une murder part en raison du côté très théâtral de la plume de l’autrice et du scénario. Le suspense sans être intenable est, quant à lui, au rendez-vous, certains invités ayant un mobile, quand d’autres semblent cacher des informations et/ou réagir de manière suspecte. Le parti pris de l’autrice de ne pas développer outre mesure la psychologie de ses personnages leur confère, en outre, une certaine aura de mystère, puisque difficile de savoir qui est capable de quoi.

J’ai néanmoins regretté des personnages féminins assez clichés (le contexte historique et social n’aide pas), bien qu’une femme sorte heureusement du lot. Intelligente, indépendante, conductrice intrépide, voire chauffarde en puissance, et courageuse, Angela n’hésite pas à prendre des risques pour innocenter son amie et aider notre duo Alleyn/Nigel. J’ai d’ailleurs trouvé Angela plus intéressante que Nigel qui m’a semblé avoir tendance à subir les événements plutôt qu’à les anticiper. En ce sens, il respecte parfaitement son rôle de faire-valoir d’un inspecteur, peut-être pas brillant, mais intuitif et méthodique, qui aime ménager ses effets. 

J’ai douté jusqu’à la fin du ou de la coupable, éliminant et revenant régulièrement sur des suspects en fonction des raisonnements de l’inspecteur et de ses découvertes... Si j’aurais souhaité une fin plus flamboyante, je reconnais son réalisme notamment quant aux raisons expliquant un crime qui a transformé une soirée de jeu amusante en un véritable drame. Alors un petit conseil, réfléchissez-y à deux fois avant d’accepter de participer à une murder party et plongez-vous plutôt dans ce roman qui allie charme anglais, plume vive et dynamique, meurtre et enquête à la mise en scène très théâtrale !

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

L’adieu à Camille, Guy-Roger Duvert

Couverture L'Adieu à Camille

Installé depuis deux ans à la PJ de La Rochelle après avoir fui la capitale, le capitaine Gabriel Podilsky gère son deuil aussi bien que possible, ayant préféré s’aider de récentes technologies révolutionnaires là où d’autres se laissent tomber dans la dépression ou dans l’alcoolisme. Enclin aux relations conflictuelles, à la mauvaise foi et à un certain cynisme, ses rapports avec ses collègues se sont vite montrés compliqués, mais ne l’ont pas empêché de gagner une légitimité certaine sur place.

Lorsqu’on l’envoie enquêter sur la mort d’une actrice hollywoodienne venue tourner un long métrage international sur l’Île d’Aix, il n’est pas surpris d’y trouver des histoires de sexe, de drogue, de pouvoir et d’argent. Il l’est déjà beaucoup plus en découvrant que la même technologie dont il profite s’avère possiblement liée au meurtre. Il lui faut vite dénouer l’affaire, car pendant ce temps, les morts s’accumulent.

Auto-édité – (3 juin 2021) – 278 pages – 19,99€

AVIS

C’est toujours avec plaisir que je me lance dans un livre de Guy-Roger Duvert à la plume particulièrement visuelle et cinématographique, ce qui n’est guère étonnant, l’auteur étant également réalisateur. Un amour pour le septième art que l’on retrouve ici, car s’il situe son intrigue sur l’Île d’Aix, c’est au cœur du tournage d’une production hollywoodienne qu’il nous plonge avec un sens du réalisme plus que convaincant. Une production quelque peu mise à mal par le décès de son actrice principale qui, à défaut d’avoir été appréciée de son vivant par les membres du tournage, était douée devant une caméra.

Bête accident comme chacun semble le penser ou meurtre ? C’est pour le déterminer que le capitaine Gabriel Podilsky de la PJ de La Rochelle, et le lieutenant de gendarmerie Beltiers sont envoyés sur place. J’ai apprécié de découvrir aux côtés des deux enquêteurs les dessous d’un plateau de tournage, la hiérarchie nette et franche qui sépare les gros poissons du menu fretin, les différents corps de métier, le rôle de chacun, certains termes techniques, les tensions, les solidarités, les cancans… Mais ce qui fait tout le sel de cette enquête, en apparence classique, c’est la manière dont l’auteur nous place aux côtés du capitaine et de son coéquipier de circonstance qu’il aime à charrier. Mais rassurez-vous, ce dernier semble tout à fait capable de lui rendre la pareille.

En plus d’une relation assez sympathique et amusante à suivre, j’ai donc apprécié cette impression de suivre chaque étape de l’enquête, un peu comme si j’étais dans la tête de notre capitaine ! Une tête qu’il partage d’ailleurs avec Camille, son alter et ancienne collègue décédée en mission. Les alters sont des intelligences artificielles créées à partir du scan d’une personne vivante ou de souvenirs, avant d’être implantés. Certaines personnes peuvent également préférer se faire implanter une création originale répondant à ses attentes et à ses besoins, dans le respect de la loi et de certaines règles de déontologie. Un implanté communique via la pensée ou à voix haute avec son alter, qu’il peut faire taire et apparaître sur demande. Une possibilité que n’hésitera d’ailleurs pas à utiliser notre capitaine bien qu’en théorie, il ne soit pas autorisé à communiquer avec Camille durant son temps de travail.  Évidemment, ces intelligences artificielles ne sont pas figées dans le temps et évoluent au gré de leurs expériences, de leurs interactions, de leurs observations…

Ainsi si L’adieu à Camille est un roman policier classique au premier abord, il intègre quelques touches de science-fiction qui m’ont personnellement plu. Il faut dire que la science-fiction, c’est un genre dans lequel l’auteur excelle ! Il prouve ici qu’il est capable d’écrire des œuvres de science-fiction pure, mais aussi de mélanger habilement les genres pour proposer une histoire captivante et, comme toujours, porteuse de réflexion. Car, si l’entreprise Alter propose une technologie qui a de quoi faire rêver, bien qu’on regrettera une certaine inégalité d’accès en fonction de ses moyens, des questions quant aux limites et aux dangers de celle-ci ne manqueront pas d’être soulevées au cours de l’enquête.

Malgré les règles de sécurité instaurées, les alters ne peuvent-ils pas induire des pensées dangereuses chez leur hôte, voire des comportements immoraux et illégaux ? Moyen de lutte contre la dépression et les vices qui semble avoir fait ses preuves chez certains, ou outil qui tend à couper l’utilisateur d’autrui et à l’enfermer auprès d’une personne qui n’existe pas vraiment, mais dont la sphère d’influence est bien réelle ? Que l’on approuve ou non la conclusion du roman, force est de constater qu’elle soulève une réflexion pertinente, et dans une certaine mesure, vertigineuse quant aux implications pour l’humanité. Alors, si j’ai au début du roman souhaité qu’une telle technologie nous soit un jour proposée, j’avoue que ses potentiels dangers et détournements ont quelque peu freiné mon enthousiasme. Après tout, la manipulation est déjà bien assez présente dans les modèles économiques actuels sans qu’on ait besoin qu’elle soit directement implantée dans notre tête !

En ce qui concerne l’enquête, sorte de huis clos insulaire, je préfère rester vague, mais je peux néanmoins vous dire qu’elle se complexifie à mesure que l’on tourne les pages. La mort de l’actrice principale n’est pas le seul drame qui va venir entacher la production hollywoodienne et une île devenue bien menaçante… Entre les constatations d’usage, les interrogatoires, la plongée dans un monde à part avec ses codes, les vices de certains, les révélations et autres joyeuses découvertes… le capitaine et son coéquipier ne vont pas avoir le temps de s’ennuyer. Ni le lecteur d’ailleurs, car à peine une question survient qu’une autre se pose, le tout dans un climat étrange où le glamour est estompé par la mort, l’argent en trame de fond puisque drame ou pas « the show must go on », les petits arrangements avec la morale que l’on pense à la drogue ou à la présence d’un réalisateur connu pour ses comportements de prédateur sexuel… Mais que voulez-vous, il est « bankable » alors la santé physique et mentale des femmes avec lesquelles il travaille ne semble pas une priorité. Difficile de ne pas faire le lien avec une célèbre affaire impliquant un producteur américain. 

Si j’ai deviné l’une des révélations, mais pas le motif, cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à suivre le cheminement de pensées du capitaine, ses hypothèses, ses doutes, les ponts qu’il fait entre la situation sur place et sa vie personnelle… Un plaisir d’autant plus grand que le personnage est finalement bien plus sympathique que la description des débuts ne le laisse présager. Certes, il a tendance à mettre les gens à distance en se montrant cassant, mais son humour m’a fait sourire et sa relation avec Camille le rend assez touchant. On sent que derrière le côté bourru, se cache un homme qui a du mal à se pardonner la mort de sa coéquipière, mais qui ne cherche pas à explorer plus que cela ses sentiments et sa douleur. Quant à savoir si faire son deuil à l’aide d’un double virtuel de la personne que Camille fut est sain, chacun se fera sa propre opinion. Pour ma part, j’ai apprécié la lucidité du capitaine sur son alter et l’efficacité avec laquelle il utilise cette technologie.

Un point m’a semblé au départ peut-être un peu gros, mais après réflexion, je ne peux que reconnaître qu’en l’état actuel du monde, il est finalement assez réaliste ! C’est peut-être ce qui rend le dénouement aussi marquant avec cette impression qu’il y a au-dessus de la toile une araignée intouchable prête à étendre son influence. En ce qui concerne la plume de l’auteur, elle se révèle, comme toujours, très agréable et facile d’accès, ce qui rend la lecture aussi rapide que facile, d’autant que le roman ne souffre d’aucun temps mort ni de détails inutiles.

En conclusion, fidèle à son habitude, l’auteur nous propose un véritable page-turner, qualification qui tient autant à l’intrigue en elle-même, une enquête policière sur une île qui se complexifie au fil des pages, qu’à une plume fluide, immersive et agréable. Mais ce qui fait l’originalité de ce roman policier est sa touche de science-fiction qui, en plus de s’intégrer avec beaucoup de réalisme à l’intrigue, soulève des questions intéressantes quant aux intelligences artificielles, leurs bienfaits, leurs dangers et leurs limites, tout en nous poussant à nous demander si le véritable danger provient de la technologie en elle-même ou de l’utilisation que certains en font ou aimeraient en faire…

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Mini-chroniques en pagaille #39 : du beau, du tendre, du drôle et des toutous !

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


  • Vol à Venise, Géraldine Elschner et Anja Klauss (L’Élan vert)

J’ai craqué devant la couverture et les illustrations d’intérieur. Belles, festives et colorées, elles nous offrent un festival de couleurs à la hauteur de l’une des fêtes et coutumes les plus connues au monde : le carnaval de Venise. Un événement auquel je n’ai jamais eu la chance de participer, contrairement à trois corbeaux qui profitent de l’occasion pour se déguiser et se mêler à la foule. Après tout, corbeau ou homme, qui peut faire la différence dans cet amas de couleurs, de tissus et de déguisements ?

Si la fête bat son plein, elle est interrompue par un vol : le « prince de Venise » s’est fait dérober sa couronne qu’il avait pris le soin de faire sertir de diamants et de pierres précieuses à l’occasion du carnaval. Rien n’est trop beau pour être le roi de la fête et certainement pas des dépenses superflues qui viennent appauvrir encore plus la population.

Devant l’agitation qui s’empare de la foule, nos invités d’un genre un peu spécial décident d’intervenir. Un voleur déguisé en corbeau qui doit faire face à trois corbeaux déguisés en humains, en voilà une rencontre inattendue et pleine de piquant, d’autant que ceux-ci ne semblent guère pressés de rendre son bien au prince. 

Alors si le lecteur s’amuse de la situation, le prince de Venise ne la goûte guère, parce que se faire voler sa couronne, c’est déjà désagréable, mais par deux fois, ça devient franchement vexant et frustrant ! Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais sachez seulement que nos corbeaux ont une très bonne raison d’agir de cette manière. On appréciera d’ailleurs la morale et la fin, toutes deux dignes d’une bonne fable…


  • La cabane de Nils, Robbe De Vos et Charlotte Severeyns (versant sud) :

La cabane de Nils par De Vos

Nils, comme tous les enfants de son âge, a de l’imagination et aime inventer des navires qu’il peuple de pirates. Mais Nils ressent également le silence, le silence de la forêt comme symbole du poids de l’absence… Heureusement, le jeune garçon a son endroit secret rien qu’à lui, une cabane dans laquelle l’attend le souvenir de ce grand-père qu’il aimait et aime tant.

Avec beaucoup de tendresse et de douceur, autant au niveau du fond que de la forme, cet album jeunesse évoque la question du deuil et offre aux enfants un joli message quant à la force des souvenirs qui, s’ils ne viennent pas combler l’absence, nous rappellent qu’en chacun de nous vivent les personnes disparues.

Si comme moi, les belles relations familiales vous touchent, vous devriez être émus devant la force des liens unissant cet enfant à son grand-père disparu, et la manière dont Nils va passer du silence au sourire, grâce à son imagination, ses souvenirs et le réconfort apporté par la nature. Une nature omniprésente et particulièrement mise en valeur par les illustrations grand format qui nous donnent un certain sentiment de quiétude.

Un album à conseiller à tous, et notamment aux adultes souhaitant aborder avec douceur et délicatesse la question du deuil avec des enfants, et la beauté des relations grands-parents/enfants.


  • Des enquêtes au poil : panique dans le nid (Castor romans)

Des enquêtes au poil : Panique dans le nid par Lambert

Voici un livre jeunesse non dénué d’humour qui devrait ravir les jeunes lecteurs à la recherche d’une petite enquête à mener auprès d’un duo complice, complémentaire et plutôt attachant : l’inspecteur Oslo et son assistante de choc, Miss Kiss. Preuve qu’un chat et un chien peuvent travailler patte dans la patte sans s’aboyer et se miauler dessus à tout va.

Il faudra d’ailleurs bien le talent conjugué de ces deux fins limiers, (Miss Kiss, pardonnez-moi l’emploi de ce terme) pour découvrir l’identité du malotru qui a osé s’attaquer à l’arbre de Mme Tourterelle, mettant ainsi éhontément en danger ses enfants.

Une enquête qui sera, pour Oslo, l’occasion idéale de faire un pied de nez à son très exaspérant collègue, un berger allemand du nom de Rex, avec lequel il est en compétition…

L’enquête, rondement menée, mais pas forcément par celui que l’on pense, ne manquera pas de faire sourire les enfants, leur apprendre quelques informations instructives sur le monde animal, et leur faire travailler leur sens de la déduction. Et pour ceux qui se lanceraient dans la lecture ou qui seraient moins à l’aise avec l’exercice, les autrices ont eu la bonne intelligence d’insérer un petit résumé en chaque début de chapitre…

Les jeunes et moins jeunes lecteurs seront, en outre, séduits par les jolies illustrations ainsi que la rondeur très cartoonesque des visages. On a d’ailleurs un peu l’impression d’être plongé dans un sympathique, bien que très court dessin-animé.

En bref, amusant et coloré, voici un petit livre parfait pour un moment de divertissement léger et plein de charme.


  • Le meilleur resto du monde de Dorothée de Monfreid (École des loisirs)  :

Une couverture bleue avec deux chiens attablés comme des humains, il ne m’en a pas fallu bien plus pour me donner envie de lire cet adorable album jeunesse. Que se passe-t-il quand des toutous fins gourmets décident spontanément en une belle journée, probablement d’automne, d’ouvrir un restaurant dans la forêt ? Vous donnez votre langue au chat ? Pas prudent devant notre assemblée de canidés, mais passons…

Il se passe une jolie aventure dans laquelle nos amis à quatre pattes vont se répartir les rôles pour ouvrir ce restaurant en plein air dont ils rêvent. Mais, n’ont-ils pas oublié un petit détail ? Pas de panique, fin gourmet ne signifie pas hôte difficile, et une solution va être trouvée pour que définitivement, Le resto Zaza soit le meilleur resto du monde !

Au fil des plages, les enfants apprécieront de voir les chiens travailler patte dans la patte pour faire de leur rêve un peu fou, une réalité. En plus de cette jolie histoire qui ne manque ni de mordant ni d’originalité, l’auteure plonge les jeunes lecteurs dans une ambiance colorée et douce qui s’assombrit à mesure que les heures passent, exactement comme dans la réalité. À la fin de la journée, un joli bleu nuit nous plonge au cœur de la nuit, un peu comme s’il invitait les enfants à gagner le confort de leur lit…

En bref, voici un tendre et amusant album jeunesse laissant une belle place à la nature et à l’amitié.


Et vous, aimez-vous les histoires avec des animaux ?
L’un de ces albums vous tente-t-il ?

Désenchantement : La malédiction de lady Walsh (tome 1), Lynn Viehl

Brillante détective privée spécialisée dans le domaine du surnaturel, Kit ne manque pas de perspicacité. Une qualité essentielle pour pouvoir aider sa nouvelle cliente, lady Diana Walsh, qui se pense victime d’une malédiction. D’après cette dernière, la première épouse de M. Walsh lui aurait jeté un sort depuis l’au-delà. Après enquête, Kit découvre en fait un complot de grande ampleur. Mais ses investigations sont mises à mal par la présence de Lucien Dredmore, un mage aussi puissant que séduisant.

J’ai lu (29 mars 2017) – 448 pages – 7,20€
Traduction : Tiphaine Scheuer

AVIS

Si j’apprécie les univers steampunk, je n’ai pas forcément le réflexe de chercher des romans nous y plongeant, alors je n’ai pas hésité une minute en découvrant Désenchantement. Et je n’ai pas été déçue par ce roman mêlant habilement steampunk, magie, enquête et romance. Les amateurs de steampunk pourront être un peu déçus que les machines et autres caractéristiques du genre ne soient pas plus présents, mais pour ma part, j’ai apprécié que l’autrice les utilise tout en veillant à ce que son intrigue ne se repose pas seulement sur ça. Bien au contraire, les touches de steampunk s’insèrent naturellement dans le récit et sont complétées par la présence en trame de fond de la magie, dont on découvre les contours au fil de la lecture.

Et de la magie, il en est question dans la vie de Kit qui tient une agence de désenchantement, une agence dont l’objectif n’est pas de tromper des sortilèges, mais de prouver à ses clients qu’ils sont victimes d’escrocs. Et pour ce faire, elle peut compter sur son talent de détective qui lui permet toujours de trouver la faille et de comprendre les mécanismes mis en place par les charlatans pour soutirer de l’argent à des gens trop crédules. Ses compétences, si elles sont appréciées par certains, le sont encore plus par Lucien, un mage-mort qui semble s’intéresser d’un peu trop près à elle. Cela ne serait pas dérangeant en soi si Kit ne se sentait elle-même pas aussi attirée par cet agaçant énergumène qu’elle fuit comme la peste, de peur de perdre ne serait-ce qu’une once de son indépendance et de sa liberté.

Mais devant le nid de guêpes dans lequel la jeune femme s’est fourrée en acceptant d’aider une cliente à trouver la source de ses tourments, Lucien devient le dernier de ses problèmes. Il pourrait d’ailleurs se révéler utile parce que Kit va devoir faire face à une situation dans laquelle même ses talents de détective risquent de ne pas suffire ! J’ai adoré la suivre dans son enquête qui va la contraindre à remettre en question toutes ses croyances si elle veut espérer survivre et sauver ceux qu’elle aime. Mais cela ne se fera pas sans heurt et le concours d’un mage-mort qui va devoir prendre sur lui pour faire entendre raison à notre tête de mule. Lucien est un personnage fascinant qui contient sa part de mystère, et dont on découvre les failles et le passé au fur et à mesure de la lecture. Je dois d’ailleurs dire qu’au-delà de son aspect ténébreux qui lui apporte beaucoup de charme, il a su me toucher et me donner envie de le voir réussir dans sa délicate entreprise de séduction…

La relation entre nos deux personnages n’est certes pas originale, mais elle est diablement efficace et rend la lecture particulièrement addictive, Kit étant bien décidée à nier cette alchimie qui existe entre eux et qui saute pourtant aux yeux. Je ferai l’impasse sur une ou deux scènes qui m’ont mise mal à l’aise pour me concentrer sur des échanges emplis de piquant et une tension physique indéniable. Lucien sait ce qu’il veut et s’il a laissé Kit le fuir pendant quelques années, il semble maintenant bien décidé à la confronter à ses propres sentiments. Y arrivera-t-il ? Il vous faudra lire le roman pour la savoir, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré les voir s’affronter, jouer au jeu du chat et de la souris, avant de collaborer dans une enquête qui les dépasse.

J’ai d’ailleurs été très agréablement surprise par la tournure que prennent les événements, l’autrice ayant choisi une direction que je n’avais pas anticipée ! Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais la mythologie mise en place autour de forces surnaturelles puissantes et pas toujours très bienveillantes m’a fascinée. Je ne m’attendais pas à un tel degré de profondeur ni de noirceur, Kit devant affronter une force froide et implacable qui la menace non seulement elle, mais aussi Lucien, ses amies et toute sa ville.

Je saluerai également la finesse avec laquelle est géré le dénouement final. L’autrice nous offre, en effet, un retournement de situation qui, s’il se révèle un peu frustrant en ce qui concerne la vie personnelle de Kit, s’avère intéressant pour intégrer à sa vie professionnelle une personne de sa famille. Une famille dont on découvre quelques secrets en cours de lecture et qui explique les capacités hors norme de Kit, des capacités dont elle n’avait, jusqu’à présent, pas vraiment conscience… Il faut dire qu’on s’était assuré pour elle qu’elle reste éloignée de la magie et de ses multiples dangers. Et au vu des événements, ça peut se comprendre !

Sous couvert de fiction et bien que ça reste léger, on évoque également le colonialisme avec un peuple soumis aux désidératas d’une couronne britannique plus adepte de la domination que de la conciliation. Ce point se révélera important et prouvera que remplacer un tyran par un autre, ce n’est pas la plus brillante des idées. J’aurais toutefois apprécié que cet aspect soit un peu plus développé parce que j’ai parfois eu un peu de mal à comprendre le système politique mis en place. Mais je reconnais que c’est avant tout en raison de ma tendance à pinailler sur des détails, car l’autrice donne assez de détails pour s’immerger dans son univers et ne plus avoir aucune envie de le quitter…

En résumé, La malédiction de lady Walsh a été une excellente surprise ! En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à la richesse de l’univers ni à la profondeur de l’intrigue qui mêle avec brio quelques touches de steampunk, magie, enquête et romance. Impossible donc de s’ennuyer dans ce premier tome qui fait plus que poser les bases de la série, il nous offre une aventure/enquête immersive, palpitante et rythmée, de l’action, des personnages hauts en couleur et attachants, de l’humour et des interactions pleines de mordant. Addictif et passionnant !

L’Appel d’Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1), Guy-Roger Duvert

L'Appel d'Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1) par [Guy-Roger Duvert, Mark Chac, Patrick Balou]

En 1934, Kristen, archéologue travaillant à la Miskatonic University, à Arkham, tente de faire reconnaître ses compétences dans un monde où les femmes restent méprisées.

Tout change le jour où elle reçoit un paquet envoyé d’Égypte, contenant une moitié de tablette aux inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Accompagnée de Milton Blake, un aventurier obéissant à un conclave occulte au sein de la Miskatonic, et de Howard Brixton, ancien espion britannique, elle s’engage dans une odyssée qui l’amènera des États-Unis en Égypte, puis en France et jusqu’en Allemagne nazie.

Mais cette course après un savoir occulte qui aurait dû rester enfoui ne risque-t-elle pas de les mener aux portes de la folie ?

Guy-Roger Duvert, réalisateur du long métrage “Virtual Revolution” et compositeur de nombreuses musiques de films, séries télé et jeux vidéos, est également l’auteur de la saga Outsphere, dont le premier tome a remporté le prix Amazon TV5 Monde en 2019, ainsi que des romans Backup, Virtual Revolution 2046 et Eschaton. L’Appel d’Am-Heh est le premier de ses romans à sortir du domaine de la science-fiction, pour lui préférer ceux du fantastique et de l’aventure pulp.

Auto-édité (2 mai 2021) – 319 pages – Papier (19,90€) Ebook (4,99€)

AVIS

Quand Guy-Roger Duvert m’a proposé de m’envoyer L’appel d’Am-Heh, je n’ai pas hésité une minute, appréciant beaucoup sa plume et son imaginaire. Et je dois dire que je ne le regrette pas ayant de nouveau passé un très bon moment de divertissement avec ce roman qui devrait combler les amoureux des aventures à la Indiana Jones.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti cette impression, caractéristique du style de l’auteur, de quitter le confort de mon canapé pour m’immerger pleinement dans les décors qui prennent vie sous nos yeux. Des décors tour à tour fascinants, grandioses et emplis de mystère comme tout ce qui touche à l’Égypte ancienne. Si cette civilisation bien réelle, qui ne manque pas d’enflammer les esprits, est en trame de fond, l’auteur a choisi de la mêler à une autre civilisation, une civilisation dont on se surprend à rêver…

La question de l’existence ou non de cette civilisation sera un point de dissension dans le couple formé par l’aventurier Rick Nighy et Kristen, une archéologie et universitaire, qui se quitteront sur un échange tendu. Cela n’empêchera pas Rick de lui envoyer, depuis l’Égypte, la moitié d’une tablette comprenant des inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Une découverte capitale réalisée lors de la fouille d’un site archéologique connu de quelques-uns, mais protégé, de manière convaincante, du plus grand nombre. Cet envoi représente-t-il une formidable marque de confiance, un cadeau empoisonné et/ou une clé d’entrée pour Kristen, femme ayant des origines asiatiques dans un monde de l’archéologie dominé par les hommes, au cœur d’une Amérique des années 1930 peu encline à la diversité ?

À moins que ce ne soit un peu de tout ça… Quoi qu’il en soit, Kristen voit en cette tablette la chance de pouvoir enfin faire ses preuves et prouver que, comme son respecté et défunt père, elle est tout à fait capable de partir sur le terrain. Si ses espoirs de mener elle-même une expédition sont quelque peu douchés, elle obtiendra néanmoins la permission de se lancer à la recherche de Rick disparu, et de l’autre moitié de la tablette, tout en découvrant au passage l’existence d’un comité secret au sein de son université.

Dans cette mission, elle sera accompagnée du détective Milton Blake, mandaté par le comité, un homme assez mystérieux qui ne quitte jamais ses gants, et par un ami de ce dernier, Howard Braxton, un ancien espion britannique qui a gardé tous les réflexes de sa profession. Un trio plutôt inattendu, mais qui au fil des péripéties, nous prouvera sa parfaite complémentarité. En effet, trouver la seconde moitié de la tablette va se révéler plus ardu que prévu, cette relique d’une ère éloignée déchaînant les passions, et c’est un euphémisme. Notre trio va donc devoir évoluer dans des sables mouvants et faire face à de multiples dangers, certains qui ne manqueront pas de vous faire trembler. Ces péripéties seront l’occasion pour l’auteur de déployer tout son talent pour retranscrire l’intensité des scènes d’action et en restituer à la perfection la dynamique. J’ai ainsi eu l’impression de participer aux combats, de visiter des endroits fascinants, mais dans lesquels je n’aurais guère eu envie d’être piégée, et d’assister à des événements surnaturels, prémisses de l’arrivée d’un plus grand danger…

Car si le roman est parsemé d’ennemis terrestres qui se battent avec des armes traditionnelles, il est également empli de dangers bien plus pernicieux et au potentiel de destruction inégalable et inimaginable. L’auteur mêle ainsi réalité en transposant son récit dans une période historique précise, et imaginaire en parant son histoire d’une bonne dose de mythologie et d’occulte. Un occulte qui se cristallise ici autour de la tablette mais qui fait partie intégrante du monde, ce dont Milton Blake est bien conscient puisqu’il en a déjà payé le prix fort. Kristen, quant à elle, n’a pas d’autre choix que de s’ouvrir à cette idée perturbante, la jeune femme ayant été témoin de phénomènes étranges qui ne laissent que peu de doute sur l’existence du surnaturel.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié toute la mythologie déployée autour des Grands Anciens et d’Am-Heh, un dieu peut-être mineur, mais majeur au regard du danger qu’il fait planer sur le monde. Néanmoins, ce sont les liens entre Kristen et la tablette qui se révèlent les plus intrigants, celle-ci semblant avoir une influence grandissante sur l’archéologue, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur ses capacités… Il y a également quelque chose de mystérieux au fait que contrairement aux autres personnes qui ont eu le malheur de toucher la tablette, Kristen ne semble pas sombrer dans la folie à son contact, un contact dont elle a de plus en plus besoin. Mais la jeune femme est-elle vraiment immunisée contre le pouvoir de la relique ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’avoue m’être laissée surprendre par une révélation qui m’a poussée à revoir l’intrigue sous un autre jour, avant d’en déduire que oui, finalement, c’était quelque chose de palpable, à défaut d’être facilement identifiable !

Comme à son habitude, l’auteur propose une aventure rythmée sans temps mort qui, ici, transcende les frontières qu’elles soient surnaturelles ou plus terrestres, l’action se déroulant entre Égypte, Allemagne, États-Unis et France. Ajoutons à cela une écriture vive, immersive et dynamique qui pousse à tourner les pages à vitesse grand V, d’autant que plus on avance dans la lecture, plus l’action s’intensifie et la vérité se précise… pour le meilleur et pour le pire. Les personnages vont ainsi être poussés dans leurs retranchements et vont devoir abandonner leur scepticisme pour certains, leurs préjugés pour d’autres, ou encore faire face à  une vérité dangereusement occultée, soit par réelle ignorance, soit par facilité, voire un peu des deux.

Si j’ai trouvé les personnages assez bien dessinés pour être aisément identifiables et reconnaissables, sans pour autant être clichés, j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur eux et d’avoir une connaissance plus fine de leur personnalité. Ce n’est pas un défaut en soi puisque clairement ici, on est plus dans le mystère et l’action que l’introspection, mais j’imagine que cela amenuise un peu le sentiment de proximité que l’on peut ressentir pour eux. Par conséquent, si j’ai aimé l’expertise, le courage, la force de caractère et la volonté de Kristen de s’imposer dans un monde d’hommes, la détermination et la droiture de Milton, et le côté sympathique et caméléon de Howard, en plus de son esprit cartésien dans lequel je me retrouve (et qui m’aurait probablement coûté la vie dans ce roman), aucun personnage ne se révèle terriblement attachant. Cela ne m’a pas empêchée de prendre un immense plaisir à suivre leurs péripéties, à trembler pour eux et à avoir envie que tout se termine le mieux possible pour chacun. Mais si vous avez déjà lu l’auteur, vous savez déjà que le monde des Bisounours, ce n’est pas sa tasse de thé. Alors attendez-vous à une fin qui vous donnera des sueurs froides et qui vous poussera à réclamer à cor et à cri  la suite !

Les héros sont charismatiques, intéressants et complémentaires, chacun apportant quelque chose à l’intrigue, mais j’ai également été sensible à l’un des méchants, pas à son comportement et à son aveuglement face aux conséquences de son projet, mais à ses motivations que l’on peut sans peine comprendre ! J’ai d’ailleurs été agréablement surprise de la subtilité avec laquelle l’auteur fait se côtoyer deux grandes menaces : l’une surnaturelle et finalement encore assez mystérieuse à la fin de ce premier tome, et l’autre réelle et issue de notre propre Histoire. À cet égard, un Allemand m’a beaucoup touchée et apporte cette nuance que certains semblent oublier quand l’on évoque l’une des pires périodes de notre passé pas si lointain.

Avec ce premier tome d’une série que je suivrai avec plaisir, l’auteur nous prouve son talent pour lier fiction et réalité et ainsi construire une œuvre complète, à la croisée des genres, rythmée, mystérieuse, fascinante, addictive, fantastique mais réaliste à la fois. Une œuvre qui devrait plaire aux aventuriers dans l’âme, aux Indiana Jones de cœur et à toutes les personnes passionnées par l’Égypte ancienne et les histoires mêlant enquête et occulte.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.

Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet, Federico Saggio

Couverture Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet

Dans un futur proche où l’humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle…

Un amnésique s’éveille dans une ruelle, pourchassé par des humains revenus au stade animal – et qui en veulent à sa viande.

Bien vite, il réalise que ses souvenirs lui ont été volés, dans un monde où la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Independently published (10 mai 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Federico Saggio toujours aussi imagée, immersive et parfois non dénuée de brutalité, un peu comme pour faire écho à ce futur apocalyptique dans lequel il nous plonge. Un futur que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un protagoniste qui se réveille privé de mémoire, mais le corps meurtri par les séances de torture, et l’esprit alangui par de puissants psychotropes. Une fois libéré de sa chambre d’hôpital aux allures de cellule de prison, il se lance sur les traces de son passé afin de se retrouver et d’accomplir cette mission de Cerbère qu’on attend de lui…

Cerbère, un concept qu’il va progressivement s’approprier, et qui sera l’un des nombreux éléments qui vont lui faire comprendre que la vie de l’ancien Benedict n’est peut-être pas celle que le Benedict du présent aurait vraiment envie de vivre. Mais a-t-il vraiment le choix ? Peut-il s’émanciper d’un système répressif et violent suivant un dogme dans lequel le Soleil a été déclaré ennemi d’État, et au sein duquel aucune liberté n’est accordée en dehors de celle de produire en fonction du rôle qui vous a été assigné. Et pour s’en assurer, les moyens mis en place sont plutôt radicaux !

Retrouver sa place de Cerbère et s’assurer de la pérennité du système ou lutter contre cette vie pour laquelle Benedict ressent de plus en plus de dégoût ? Il lui faudra choisir, d’autant que la résurgence d’anciens souvenirs commence à lui faire prendre conscience de certaines vérités, sur lui, mais aussi sur son ancienne fonction… Entre doutes sur la véracité de ses souvenirs et découverte d’un monde d’horreur où l’humanité est réduite à l’état de charognard et de corps sans vitalité, notre protagoniste va être poussé dans ses retranchements, jusqu’à enfin se révéler à lui-même et aux lecteurs.

J’ai adoré cette idée de progresser en même temps que Benedict dans ce monde dévasté où quand les cannibales ne menacent pas de vous manger, c’est le système tout entier qui menace de vous engloutir. On découvre les choses en même temps que lui, ce qui ne manque pas d’attiser fortement la curiosité. Bien que l’on ne puisse qu’être horrifié par l’état du monde, on n’en reste pas moins curieux de découvrir la réalité derrière les écrans, non pas de fumée, mais de scènes enregistrées apportant un semblant de vie au-delà des rues sales, des silhouettes décharnées, de l’absence de lumière naturelle…

Je ne me suis pas attachée à Benedict, parce que ce n’est pas forcément un homme de sentiments, mais j’ai compati à son sort, à la manière dont sa vie lui a été doublement volée, et à cette impression d’avoir été plongé en enfer sans autre forme de procès. Comme lui, j’ai également été révulsée par la surveillance constante à laquelle il est soumis : chacune de ses paroles et chacun de ses faits et gestes sont enregistrés et rapportés par l’intelligence artificielle de son domicile à laquelle il est constamment lié par un implant… Dans ces conditions, difficile de ne pas comprendre ses désidératas de rébellion !

Au-delà du mystère entourant l’histoire de Benedict et la brutalité de ce monde, l’intérêt du roman réside également dans toutes ces questions qu’il soulève autour de la mémoire, qu’elle soit musculaire ou neuronale, de la personnalité et de ce qui fait de nous ce que nous sommes. Est-on encore soi-même quand on est privé de mémoire et de tous ces souvenirs qui forgent une personnalité ? Quel crédit peut-on accorder à ses propres souvenirs dans un monde où il est possible de les changer, de vous en implanter de nouveau, en somme de vous façonner à votre insu ? Vaut-il la peine de vivre une vie dans laquelle on vous fait endosser un rôle au détriment de votre propre personnalité, allant jusqu’à la déliter complètement ?

D’ailleurs, ce système dans lequel on joue impunément avec la vie et la personnalité des gens révèle ses limites, certains esprits n’étant pas faits pour être formatés et vivre une vie dénuée de spontanéité. Une réalité qui va s’imposer autant à Benedict qu’à un jeune homme qu’il va plus ou moins prendre sous son aile. Un duo formé sur le tard que l’on a hâte de retrouver dans la suite de la série, ce premier tome se terminant sur une grosse révélation et une scène laissant présager de nouvelles péripéties mouvementées.

En conclusion, avec Lululand Ultraviolet, l’auteur nous transporte dans un futur apocalyptique où le soleil est masqué et l’humanité déchue et contrôlée soit par ses bas instincts soit par un système oppressif et dictatorial. Un système que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un amnésique, qui va progressivement renouer avec son passé avant de se forger son propre avenir. Entre mystère, action et un jeu maîtrisé entre souvenirs et réalité, voici un premier tome que vous aurez bien du mal à lâcher.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

L’Inconnu de la forêt, Harlan Coben

L'Inconnu de la forêt par Coben

Vous ne savez rien de lui, il est pourtant votre seul espoir.
Le maître incontesté du thriller vous emmène en balade sur le chemin d’une nouvelle insomnie… Prenez garde à ne pas vous perdre.

WILDE.
SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul.
Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu.
Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables.

Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Belfond (15 octobre 2020) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Roxane Azimi

AVIS

Reçu dans le cadre d’une masse critique spéciale Babelio, ce roman devait être chroniqué sous forme d’une lettre adressée à la personne de notre choix…

Coucou Fab,

Confinement oblige, je ne vais pas pouvoir te parler dimanche chez papa du dernier Coben que j’ai lu. Et comme tu n’aimes pas trop les mails et que j’en ai marre du téléphone qui semble être devenu une extension de mon oreille ces derniers mois, je ressors ma plus belle plume (oui, je vends du rêve) et une feuille pour t’envoyer une petite lettre.

D’habitude, c’est plutôt avec papa que je parle livre, mais comme tu sembles avoir apprécié le roman de l’auteur que je t’ai offert à Noël, je me suis dit que celui-ci pourrait également te tenter. Je ne sais pas si tu te souviens, mais je t’avais expliqué que ce qui fait le charme d’Harlan Coben et qui rend ses romans si addictifs, c’est sa manière de proposer des intrigues percutantes qui se lisent vite et bien ! Et L’inconnu de la forêt ne déroge pas à la règle puisque j’ai profité d’un jour férié pour le lire d’une traite ou presque. Alors on ne retrouve pas forcément le suspense haletant qui fait également la marque de fabrique de l’auteur, mais cela n’ôte en rien le plaisir que l’on prend à se plonger dans son esprit parfois tortueux… Si le suspense n’est pas ce qui caractérise ce roman, la tension est, quant à elle, bien présente jusqu’à devenir presque étouffante dans la dernière ligne droite durant laquelle les événements s’enchaînent et les révélations pleuvent. Je me suis d’ailleurs laissée surprendre par le fin mot de cette histoire, plus complexe qui n’y paraît, qui mêle avec brio politique, dérives des médias et des réseaux sociaux, disparition et harcèlement scolaire.

D’ailleurs, tu te souviens d’Anthony et sa bande ? Eh bien, l’auteur nous en propose ici une version encore plus démoniaque. À côté de Cash et de ses potes, l’équipe de harceleurs de notre primaire et du collège fait bien pâle figure ! La victime de ces énergumènes aussi riches que décérébrés ? Une pauvre fille du nom de Naomi qui semble porter son statut de victime et de punching-ball sur sa figure et jusque dans le moindre de ses gestes. Mais le souffre-douleur disparaît une fois avant d’être retrouvé puis de disparaître à nouveau. Fugue, encore un jeu idiot d’une adolescente prête à tout pour être enfin acceptée par ses bourreaux ou le pire, cette fois, est-il à craindre ? Si les policiers ne semblent pas prendre l’affaire très au sérieux, la question de sa sécurité se pose quand un autre adolescent disparaît à son tour. Les deux affaires sont-elles liées ?

Si tu veux le savoir, il va te falloir lire le roman que je te prêterai volontiers une fois qu’on pourra se voir. Mais dans ma grande mansuétude, je vais quand même t’en dire un peu plus, notamment sur un personnage énigmatique comme on les aime, Wilde. Sa psychologie n’est pas développée outre mesure, mais je sais que cela ne te dérange pas et puis, vu son histoire personnelle, ça semble plutôt cohérent. En effet, Wilde est un enfant des bois, un enfant retrouvé dans la forêt sans que jamais personne n’ait jamais pu retrouver les siens ou retracer les premières années de sa vie. Privé de mémoire et de passé, Wilde s’est donc développé, une fois la civilisation retrouvée, comme il l’a pu. Une histoire particulière dont il garde des traces comme un cauchemar récurrent et l’impossibilité de nouer des liens sociaux avec autrui. Alors il a bien eu un meilleur ami, décédé depuis, et se sent proche du fils de ce dernier, pour lequel il joue le rôle de tonton, mais difficile pour lui de s’enfermer dans des relations conventionnelles… Un homme sans attache, mais attachant, que l’on prend plaisir à suivre et que l’on aimerait beaucoup retrouver dans d’autres aventures.

Et c’est cet homme énigmatique qui va mener l’enquête autour de la disparition de Naomi suite à la demande d’une avocate pénaliste et animatrice télé septuagénaire, elle-même sollicitée par Matthew, son petit-fils et filleul de Wilde. Hester m’a un peu fait penser à mamie, avant qu’une araignée lui grignote la mémoire, par son humour, sa pugnacité, son mordant et son sens de la répartie. Une mamie badass que tu devrais autant apprécier que moi, même si je pense que tu seras peut-être un peu moins sensible que je l’ai été à sa vie personnelle, entre l’envie d’être proche de son petit-fils et les papillons qui s’éveillent grâce à un certain chef de police… En revanche, je ne doute pas que tu sois touché par sa difficulté à faire le deuil d’un fils trop tôt décédé…

En plus de l’enquête pour retrouver les deux adolescents disparus, l’une paria et l’autre star du lycée, il y a un aspect plus politique dans ce roman, un point qui ne semble pas avoir convaincu tous les lecteurs bien que, pour ma part, je l’ai trouvé intéressant, surtout si l’on considère l’élection américaine qui vient de se terminer. On retrouve d’ailleurs ce côté opposition franche et farouche entre deux hommes politiques, l’un présenté comme le diable en personne, un anarchiste capable de mettre l’Amérique à genoux, et l’autre comme un fervent patriote, prêt à tout pour protéger son pays. Mais Rusty Eggers est-il aussi dangereux que Saul Strauss semble le penser ? Une bonne question avec, en sous-texte, une autre à laquelle Machiavel a déjà répondu, la fin justifie-t-elle les moyens ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre ses idéaux et son pays ?

Cette dimension politique permet également à l’auteur de présenter les failles du système judiciaire américain qui nécessite parfois de bafouer les droits des uns, plus particulièrement s’ils ne sont ni blancs ni riches, pour garantir l’ordre et un pseudo-sens de la justice. Dans cette optique, même des victimes peuvent finir par choisir d’endosser le rôle de bourreau par confort personnel et volonté de préserver leur confort matériel et leurs acquis sociaux. Une nouvelle preuve que contrairement à une vision binaire et simpliste de la vie défendue par certains, la réalité est bien plus complexe et teintée de gris, chacun d’entre nous étant du capable du meilleur comme du pire… 

Je vais m’arrêter là parce qu’il y a des chances que pendant que tu lis cette lettre, Éva et Émeric aient déjà mis le salon sens dessus dessous et qu’une dizaine de mini-drames autour de doudous sournoisement subtilisés se soient déjà joués. Mais si les petits monstres te laissent un peu de temps, tu sais vers quel livre te tourner…

Je remercie Babelio et les éditions Belfond de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le jardin des mensonges, Amanda Quick

Couverture Le jardin des mensonges

Ursula Kern fait face à la pire crise de sa carrière, et de son existence. Son employée et amie Anne est retrouvée morte et la police conclut à un suicide. Mais Ursula ne peut y croire : des indices probants lui font soupçonner un meurtre. Elle décide donc de mener l’enquête en remplaçant Anne sur son lieu de travail. « Une folie ! » la met en garde Slater Roxton, un riche archéologue qui lui impose sa présence troublante pour résoudre cette sombre affaire. Entre un assassin à débusquer et Slater, dont la personnalité énigmatique cache un tempérament ardent, Ursula comprend vite qu’elle court au-devant de grands dangers…

J’ai lu (31 octobre 2018) – 376 pages – Poche (7,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si j’apprécie la collection Aventures et passions des éditions J’ai lu, c’est le titre du roman qui m’a poussée à le lire puisqu’il contenait le mot jardin tiré au sort dans le cadre du Challenge 1 mot, des titres. Comme toujours avec cette collection, j’ai passé un bon moment de détente, mais je dois concéder, à regret, que je n’ai pas forcément ressenti les petits papillons que d’autres romances historiques m’ont procurés. La faute, probablement, à une histoire qui manque peut-être d’un peu de peps…

L’enquête au cœur du récit est intéressante, mais pas trépidante, surtout si comme moi, vous aimez les romans policier. Même chose du côté de la romance en trame de fond qui ne s’est pas révélée aussi piquante et mordante que je l’aurais souhaité. Or, ce sont les échanges passionnés et les réparties qui fusent qui déterminent l’attachement que je peux ressentir envers des personnages et leur histoire d’amour. Mais cela n’ôte rien à la maîtrise avec laquelle Amanda Quick tisse sa toile autour de ses personnages, les poussant progressivement et inexorablement à se rapprocher… 

Ursula est une femme admirable qui, après un scandale ayant entaché gravement sa réputation, a dû rebondir et se réinventer une vie à son image et à la hauteur de ses talents. Entrepreneuse dans l’âme, intelligente et travailleuse, elle a ainsi monté une agence de secrétariat qui connaît son petit succès et bénéficie d’une certaine reconnaissance. Rien donc ne la prédisposait à se lancer dans une enquête policière si ce n’est la mort de son amie et employée, Anne. La thèse officielle parle de suicide, mais Ursula en est persuadée, Anne a été assassinée !

Elle décide donc de se lancer sur la piste de son meurtrier et trouve un soutien inattendu en la personne d’un client et riche archéologue, Slater. Ce gentleman se refuse à la laisser prendre des risques inconsidérés et met donc ses ressources financières, son personnel de maison et son intelligence à son service. Surprise dans un premier temps, Ursula ne peut qu’accepter cette aide inespérée, son enquête la mettant dans des situations délicates, voire franchement dangereuses. Être une excellente patronne, secrétaire et sténographe ne vous prédispose pas, en effet, à affronter la mort de près, comme notre intrépide héroïne va le découvrir.

De fil en aiguille, on remonte la piste du meurtrier d’Anne avant de comprendre que la jeune femme, trop téméraire pour son propre bien, s’est probablement lancée dans une affaire bien trop importante pour elle, et qu’elle en a payé le prix fort. Et si derrière l’ambiance feutrée des salons, les jardins luxuriants et merveilleusement entretenus d’une lady et les apparences d’un monde aristocratique policé, la réalité était bien plus sordide ? Drogue, prostitution, manipulation, chantage… Il n’y a pas à dire, l’aristocratie anglaise n’a rien à envier aux petits voyous des bas-fonds de Londres. Mais à trop jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler et de tomber sur plus fort et sournois que soi ?

J’ai apprécié de suivre nos personnages dans leurs investigations, mais je n’ai jamais ressenti les frissons d’une traque ou le suspense d’une bonne histoire policière. On est dans une enquête assez convenue qui bénéficie d’un bon rythme, mais qui n’a pas su me tenir en haleine d’autant qu’à mesure que l’on apprend à connaître la personnalité de la victime, l’envie de découvrir son assassin s’amenuise. Évidemment, un meurtre se doit d’être puni, mais Anne ne se révèle pas assez sympathique pour qu’on ait envie qu’Ursula prenne des risques pour lui rendre justice.

Car, à l’inverse d’Anne, on se prend rapidement d’affection pour Ursula qui se montre courageuse, peut-être un peu trop au goût de Slater qui préférerait la savoir à l’abri dans son bureau qu’en plein milieu d’une enquête pour meurtre. Mais malgré ses craintes, il veille à ne jamais se montrer directif ou autoritaire, ce qui ne l’en rend que plus sympathique. Ainsi, il respecte et admire la pugnacité et la force de caractère d’Ursula, ces qualités faisant vibrer le cœur de cet homme sur lequel plane un certain mystère savamment entretenu par l’autrice. Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc qu’il y aura un rapprochement entre les deux partenaires, mais c’est fait avec beaucoup de naturel et de tact. Complices et complémentaires, Ursula et Slater semblent faits pour s’entendre sans néanmoins que l’un soit une pâle copie de l’autre ou que leurs sentiments amoindrissent leur personnalité.

Leur entente ne fait donc aucun doute, mais n’empêchera pas certains petits malentendus et autres incompréhensions. Il faut dire qu’Ursula, échaudée par son premier mariage, et Slater, encore affecté par une épreuve traumatisante, ne sont pas les personnes les plus expressives et expansives qu’il soit. Heureusement, leur attirance physique et intellectuelle sera assez forte pour les pousser l’un vers l’autre, sans oublier le petit coup de pouce de la mère de Slater, certaine qu’Ursula est la femme qu’il faut à son fils.

En plus de ce joli duo plein de tendresse, j’ai apprécié les personnages secondaires qui ne prennent pas une place prépondérante dans l’intrigue, mais qui possèdent cette touche d’originalité qui intrigue et éveille la curiosité des lecteurs. Slater, malgré les ragots de la presse sur ses prétendues pratiques sexuelles déviantes, se révèle être un cœur tendre qui n’a pas hésité à embaucher, sur demande de sa mère, des comédiens ratés, ou en attente de représentations, pour leur éviter l’écueil de la rue. D’ailleurs, si ses employés sont amusants et hauts en couleur, ils ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on peut se faire du personnel de maison d’un riche gentleman… Mais cette largesse de cœur, dont il se défend, ne doit pas faire oublier que Slater peut également se révéler être un redoutable ennemi pour ceux qui le menacent ou qui tentent de s’en prendre à l’élue de son cœur. Maniant aussi bien la diplomatie que la force brute, voici un personnage complexe, énigmatique, mais aussi terriblement attachant que ce soit dans sa prévenance envers Ursula ou son manque de confiance en lui quand il s’agit de son droit à être aimé.

En conclusion, Le jardin des mensonges est une romance historique, sous fond d’enquête policière, qui devrait ravir les amateurs de jolies histoires d’amour et de duos complices et complémentaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties et leurs échanges. Agréable et sympathique à lire, voici un roman qui offre un bon moment de divertissement alternant entre action et tendres sentiments.

The Mystery of Alice, Lee Bacon

An enthralling and inventive thriller, only on Audible

Thirteen-year-old Emily Poe has been given the opportunity of a lifetime: A chance to attend the exclusive Audyn School in Manhattan. But to win the scholarship, she has to pass a test like nothing she’s ever experienced before: A nearly bare room, a set of strange clues, a locked door. And a mysterious organization – the Leopold Foundation – that’s watching her every move.

But the real test has just begun. Despite the strange circumstances – in a new house, at a new school – Emily instantly bonds with fellow scholarship winner Alice Wray.

And then Alice goes missing.

Chronicling every surprising twist and turn of her search through her own private video diary, Emily sets out to find the truth behind Alice’s disappearance. Soon she’s drawn deep into the inner circle of the Audyn School’s elite, the Nobility, who each have secrets of their own. As clues and lies mount, Emily must sort truth from fiction to solve the Mystery of Alice before it’s too late.

Audible Originals (2 mai 2019) – 6 heures et 24 minutes

AVIS

Écouté en anglais, j’ai beaucoup apprécié ce thriller young adult que je regrette de ne pas avoir écouté de manière plus rapprochée puisque j’ai laissé passer plusieurs semaines avant de le terminer, plus par manque de temps que d’envie.

Après une invitation inattendue de la part d’une fondation caritative dont elle n’avait jamais entendu parler et un test passé de justesse, Emily intègre une prestigieuse école et y retrouve Alice rencontrée lors de l’épreuve de sélection. Très vite, les liens entre les deux adolescentes se resserrent jusqu’à ce qu’Alice préfère passer son temps avec le groupe le plus huppé de l’école… Une énième histoire d’amitié entre adolescentes qui se termine avant d’avoir eu le temps de véritablement compter ?

On aurait pu le croire jusqu’à ce qu’Alice disparaisse mystérieusement ! Emily se lance alors dans une enquête pour retrouver son ancienne amie avant de réaliser qu’elle ne la connaissait peut-être pas aussi bien que cela. Dans sa délicate entreprise, elle pourra heureusement compter sur l’aide de Nathan, à moins que ce dernier n’ait joué un rôle dans la disparition d’Alice… Les soupçons sur ce petit génie de l’informatique se font, en effet, de plus en plus nombreux à mesure qu’Emily découvre son obsession pour l’adolescente disparue. Elle n’aura alors pas d’autre choix que de se tourner vers les nouveaux amis d’Alice qui semblent aussi s’inquiéter de sa disparition et qui sont prêts à l’aider à la retrouver.

Je dois dire que j’ai été particulièrement happée par la tension et l’aura de mystère que l’auteur arrive à insuffler à son récit. Plus les pages défilent, plus on a l’impression de nager dans le noir ! Le suspense monte crescendo jusqu’à ce qu’Emily finisse par enfin découvrir la vérité… Une vérité que je n’avais pas anticipée, et que j’ai trouvée glaçante et quelque peu machiavélique au regard de l’âge des protagonistes. La dernière partie du roman se pare ainsi d’une noirceur qui m’a surprise et qui apporte une tout autre dimension à ce roman qui m’a captivée du début à la fin.

En plus d’un suspense bien amené et surtout géré avec constance, j’ai apprécié Emily qui se révèle aussi intelligente que courageuse et tenace. Elle ne comprend pas ce qui se passe, mais fera de son mieux pour retrouver Alice alors même que cette dernière l’a délaissée sans culpabilité, préférant bénéficier de la popularité et de l’argent de ses nouveaux amis. Si je n’ai pas apprécié Alice outre mesure, certaines révélations la concernant permettent d’un peu mieux comprendre ses agissements… Quant à Nathan, c’est un personnage ambigu dont on appréciera la personnalité avenante et la générosité, mais dont on craindra le côté maniaque, le poussant à enfreindre la vie privée de ses amies.

Les protagonistes sont assez jeunes, mais pour ma part, je n’ai pas trouvé cela dérangeant. Si on occulte un petit tic de langage d’Emily qui la rend d’ailleurs très réaliste, et des personnages secondaires qui manquent peut-être de profondeur selon les critères d’un adulte, Lee Bacon a réussi à mettre en place un roman qui peut plaire à un large public. J’ai ainsi pris un plaisir certain à enchaîner les sessions d’écoute et à me laisser emporter par l’enquête d’Emily qui, de fil aiguille, va finir par se demander si Alice a vraiment envie d’être retrouvée… Emily va aussi devoir gérer ses nouvelles amitiés à mesure qu’une autre se détériore. Une situation qui ne devrait pas manquer de parler à la plupart des lecteurs.

Contrairement à d’habitude, je ne vais pas détailler les sujets évoqués sous peine de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur offre une petite critique bien sentie des nouvelles technologies et de leurs dérives, mais aussi des médias et du caractère malsain de certains mouvements populaires sur les réseaux sociaux. À cet égard, les réactions médiatiques m’ont choquée parce que plutôt réalistes…

Quant à la partie audio, je l’ai trouvé extrêmement vivante et dynamique, ce qui facilite grandement la compréhension et joue un rôle important dans l’envie de connaître le fin mot de l’histoire. J’ai également apprécié la manière dont Emily s’adresse directement à nous puisque l’histoire que l’on écoute est censée être la restitution de son journal intime entièrement filmé, la jeune fille ne lâchant jamais sa caméra. Un procédé original et diablement efficace pour créer une connivence entre nous et l’adolescente et nous donner le sentiment d’être au cœur de l’action !

En bref, voici un roman que je ne peux que conseiller aux jeunes adolescents en fonction de leur niveau d’anglais, aux personnes souhaitant se lancer dans un thriller sans craindre de tomber sur des scènes gores ou, tout simplement, aux adultes avides de découvrir une histoire pleine de tension et de suspense au sein d’une école où les amitiés ne sont pas ce qu’elles paraissent être.

Écoutez gratuitement le livre sur Audible stories

Héritages – Nina, Bénédicte Gourdon, Stéphanie Hans

Héritière d’un don surnaturel qui lui donne le pouvoir de guérison, Nina mène la vie normale d’une jeune femme moderne. Endeuillée par la disparition de son fiancé mort dans un accident, qu’elle n’est pas parvenu à sauver, elle hésite à accepter l’héritage de ce don magique. Jusqu’au jour où elle se découvre la proie d’un complot et réalise que l’accident dans lequel a péri son fiancé n’était pas le fruit du hasard. Elle comprend alors qu’elle a de puissants ennemis que son pouvoir semble particulièrement intéresser, et manifestement prêts à tout pour lui nuire. Ce thriller fantastique est le premier album du duo féminin Stéphanie Hans et Bénédicte Gourdon.

Dupuis (06 janvier 2011) – 56 pages – 14,50€

AVIS

La mention d’un don surnaturel, en plus d’une couverture intrigante, a suffi à me convaincre de me plonger dans cette BD que j’ai beaucoup appréciée.

L’entrée en matière est superbe avec une planche qui résume à elle seule la manière dont l’illustratrice réussit, page après page, à mettre en lumière les événements les plus importants, mais aussi tous ces petits détails qui nous font retenir notre souffle. Car suspense, tension et révélations ne manqueront pas de rythmer votre lecture !

En effet, si l’histoire aurait pu être un énième récit fantastique de sorcellerie, l’autrice nous propose un très efficace thriller fantastique qui nous plonge dans la vie de Nina, une femme qui possède, au bout des doigts, le pouvoir de guérir. Un pouvoir dont elle ne semble néanmoins pas mesurer toute l’étendue, mais aussi tout ce qu’il implique, jusqu’à ce qu’un événement dramatique la conduise sur les traces d’un passé trop longtemps ignoré.

J’ai adoré suivre Nina sur le chemin de la vérité, un chemin qui sera loin d’être un long fleuve tranquille puisqu’il sera parsemé d’embûches, de découvertes et d’une révélation fracassante ! À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’identité de la personne responsable des malheurs de Nina. J’ai craint, en début d’histoire, un antagoniste manichéen et stéréotypé agissant pour de vains motifs quand j’ai découvert un ennemi qui a bien su cacher son jeu et peaufiner des années durant son plan machiavélique. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que la quête de pouvoir est un aphrodisiaque très fort qui pousse à bien de terribles exactions…

Chose intéressante, le grand méchant de l’histoire, qu’on ne peut que condamner, dégage néanmoins une fragilité dans le regard que le talent de l’illustratrice restitue à merveille. Cela ne le rend pas attachant, mais lui apporte une certaine humanité qui, pour ma part, m’a étrangement touchée, un peu comme si à travers les illustrations, on pouvait s’approprier son débat intérieur entre raison et sentiments, entre velléité de perpétrer ses ambitions et culpabilité devant une trahison injustifiable et impardonnable !

Si j’ai trouvé le rythme de ce thriller haletant et la tension constante au point de me pousser à tourner les pages avec avidité, j’ai regretté que nous soit proposé un one-shot plutôt qu’une duologie. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment qu’il y aurait eu matière à approfondir la mythologie liée aux pouvoirs de Nina autour desquels flotte un certain flou. J’aurais également apprécié d’en apprendre plus sur une société secrète liée étroitement à la vie et au destin de Nina ainsi que sur un homme magnétique qui ne laissera pas la jeune femme indifférente.

Ce personnage introduit beaucoup de mystère, mais j’avoue avoir été quelque peu surprise et décontenancée par ce qui va se passer entre lui et Nina au regard du drame vécu par cette dernière… Mais je reconnais que c’est plus là un jugement de valeur de ma part qu’une quelconque critique sur le déroulé de l’histoire d’autant que chacun réagit à sa manière devant une épreuve.

J’ai, en revanche, apprécié le rôle de la meilleure amie dont le côté léger et libertin cache une femme de caractère et d’action bien décidée à aider Nina à se relever du drame qu’elle traverse. Ses interventions m’ont parfois semblé un peu brutales, moi qui suis plutôt une adepte de la douceur et de l’empathie, mais vu les circonstances, difficile de le lui reprocher. J’ai également trouvé Chloé d’une fidélité à toute épreuve surtout si l’on considère le manque de transparence de Nina qui, par crainte du rejet, ne s’est jamais confiée sur ses dons surnaturels…

Cette peur du rejet explique peut-être la raison pour laquelle Nina n’a pas essayé d’en apprendre plus sur ses pouvoirs, se contenant de les avoir en elle avant que les circonstances l’obligent à remonter les sources d’un don de guérison qui s’apparente parfois à une malédiction. Cette BD pose d’ailleurs, comme son titre le laisse supposer, une réflexion intéressante sur la notion d’héritage. Doit-on forcément accepter un destin imposé par sa filiation ou ne peut-on pas le reconnaître tout en décidant de choisir sa propre voie ? Chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que Nina n’aura pas d’autre choix que de répondre à cette question en mesure de changer sa vie à jamais !

En conclusion, Héritages est un thriller fantastique particulièrement bien mené qui, en plus d’interroger la notion d’héritage, un fardeau autant qu’une force, nous plonge dans la vie d’une femme aux dons surnaturels qu’elle va devoir, plus que jamais, s’approprier afin de faire face à de terrifiantes révélations et d’être en pleine mesure de choisir son futur. Une enquête palpitante, entre ombre et lumière, sur les traces d’un héritage familial lourd de conséquences… Mon seul bémol est cette impression que si la fin conclut bien l’histoire, elle a, du moins pour moi, des allures de commencement même si je comprends que l’autrice ait préféré se concentrer sur le choix de Nina, et les circonstances l’ayant conduite à le prendre, que sur l’après.