L’ombre de la menace, Rachel Caine

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’ombre de la menace de Rachel Caine.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’un des thrillers les plus commentés sur les réseaux sociaux américains

La vie sans histoire de Gina vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial.
Le mari de Gina est condamné à mort. Elle est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était complice de son mari, du moins qu’elle couvrait sa folie meurtrière.
Victime de harcèlement, elle décide de fuir avec ses enfants. Mais, où qu’elle aille, quelqu’un dans l’ombre l’épie, l’obligeant sans cesse à changer d’identité et de vie.
Quatre ans ont passé. Gina vit à Stillhouse Lake, où elle commence enfin à baisser la garde. Jusqu’à ce qu’un cadavre de femme soit repêché du lac…

Archipel (11 septembre 2019) – 336 pages – Broché (20,99€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

Après en avoir entendu bien des louanges, j’attendais énormément de ce thriller, et je dois admettre ne pas avoir été déçue par la manière dont Rachel Caine a su construire un récit prenant et haletant qui pousse les personnages dans leurs retranchements ! Et cela commence dès le début de l’histoire où l’on assiste, impuissant, à la pulvérisation de la vie de Gina.

Mère de famille heureuse, elle était loin de se douter que son quotidien n’était que pur mensonge, un mensonge fabriqué de toutes pièces par l’esprit complètement dérangé de son mari. Un psychopathe froid, manipulateur et démoniaque dont le passe-temps favori était de kidnapper et de torturer minutieusement et méticuleusement des jeunes femmes avant de les tuer…

Accusée de complicité, quand son seul crime fut la naïveté, elle sera acquittée, mais à quel prix ? Conspuée, menacée et poursuive par des personnes déchaînées prêtes, du moins verbalement, à toutes les horreurs, Gina sera contrainte de fuir avec ses deux enfants. Mais comment se (re)construire quand vous passez votre vie à fuir, à craindre tout le monde, à vous réinventer une identité à chaque déménagement, à refuser de créer des liens avec de nouvelles personnes… ?

La force de ce roman est de plonger les lecteurs dans la vie de cette famille qui lutte, jour après jour, pour survivre malgré le passé et cette instabilité qui ne lui permettent pas de vivre une vie normale. Gwen est une véritable lionne qui fait de son mieux pour tenir éloigner ses enfants de toute la haine que sa famille suscite. Car si son mari est condamné à mort, la vindicte populaire n’en est pas pour autant apaisée… Entre le cyberharcèlement, les menaces de mort, de viol et de torture, Gwen ne peut relâcher son attention un seul instant sous peine de mettre en danger les siens.

Une situation d’autant plus intenable qu’elle affecte ses enfants de plus en plus perturbés par les règles de sécurité draconiennes imposées par leur mère, l’absence de repères, de racines et de liens sociaux. En protégeant leur vie coûte que coûte, Gwen les fait donc également souffrir… Alors peut-être que cette maison achetée à Stillhouse Lake pourrait être enfin leur foyer, un endroit calme où repartir de zéro. C’est en tout cas ce qu’elle espérait jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé près de chez elle !

À partir de là, le suspense monte crescendo, l’ombre de l’ex-mari psychopathe planant plus que jamais sur la vie de cette famille qui a tout fait pour briser ses chaînes. Ce meurtre est-il un pur hasard ou la preuve que Mel Royal n’en a pas fini avec les « siens ». Si tel est le cas, que veut-il, et surtout, comment s’y prend-il pour, depuis les murs de sa prison, continuer à propager le mal ?

Une question qui nous pousse, comme Gwen, à devenir parano au point de nous méfier de chacun des personnages qui évolue autour d’elle et de ses enfants. Qu’en est-il de ce sympathique gérant de l’école de tir où elle s’entraîne, de ce charmant voisin qui l’aide pour les réparations de sa maison et semble avoir noué de bonnes relations avec ses enfants… L’autrice sème, avec un certain talent, le doute dans l’esprit de ses lecteurs même si mes soupçons se sont révélés fondés. Cela ne m’a toutefois pas dérangée d’autant que je n’ai pas eu de certitude avant la fin du roman et que je n’avais pas anticipé certaines révélations dont l’une que j’ai trouvée particulièrement effroyable.

L’autrice prend le temps de poser son intrigue, ce qui nous permet d’entrer de plain-pied dans la psychologie de Gwen pour laquelle on développe rapidement une totale et sincère admiration. Malgré l’adversité, les dangers, les doutes, les tensions et parfois les reproches de ses enfants, elle ne baisse jamais les bras, et se refuse à s’enfermer dans le rôle de la victime. En découvrant, il y a quatre ans, la vérité sur son mari, elle a enterré sa vie d’avant, mais aussi cette passivité qui la caractérisait. Adieu Gina, la femme naïve et soumise, et bienvenue Gwen la battante !

Un changement d’autant plus remarquable que l’ombre de Mel est tenace et difficile à effacer. J’aurais apprécié que les passages et les confrontations avec ce diable à visage humain soient plus nombreux, mais bien qu’il soit en prison, sa présence se fait lourde et palpable. Si Gwen ne ressent que de l’horreur pour cet homme, la situation est plus ambivalente pour ses enfants, et notamment pour son fils. Celui-ci n’a pas eu la possibilité de faire le deuil de ce père aimant et doux que Mel s’évertuait à jouer… J’ai trouvé cette ambivalence des sentiments intéressante d’autant qu’elle soulève une autre question : est-il réellement souhaitable de cacher à l’enfant toutes les atrocités commises par son père ? Cela ne risque-t-il pas de le conforter dans une image faussée de son père avec, à terme, des conséquences difficiles à gérer ?

Une question parmi tant d’autres, car en plus de nous divertir, ce thriller des plus efficaces a le mérite de nous faire réfléchir à différentes notions comme la responsabilité, le sentiment de culpabilité, la vengeance, le cyberharcèlement… Le déferlement de haine virtuelle contre Gwen et ses enfants est effrayant d’autant qu’il semble possible et plausible. On arrive à comprendre que les familles des victimes doutent de l’innocence de Gwen, après tout, contrairement aux lecteurs, ils ne la connaissent pas. Difficile alors pour eux d’imaginer qu’une femme ait pu vivre auprès d’un monstre durant des années sans le percer à jour, ou pire, l’aider. Même Gwen n’en revient toujours pas et ne se pardonne pas son aveuglement. Mais comment accepter toutes ces personnes qui, sous prétexte de venger des victimes dont elles se moquent éperdument, laissent parler leur violence, leur méchanceté, leur perversion, leur haine des femmes… Il n’y a définitivement pas qu’un monstre dans cette histoire !

À noter que ce roman se suffit à lui-même, mais la fin laisse entrevoir une suite que je lirai avec plaisir.

En conclusion, L’ombre de la menace porte particulièrement bien son nom puisque durant toute la lecture, on perçoit avec une grande acuité la présence de Mel Royal, un tueur en série qui, même derrière les barreaux, continue à phagocyter sa famille. Entre la présence vaporeuse de ce monstre et les menaces immondes émises par des personnes tout aussi malfaisantes que ce dernier, la vie de Gwen et de ses enfants est sur le fil du rasoir… Riche en rebondissements, en tension et en suspense, voici un thriller haletant dont votre cœur ne devrait pas sortir indemne !

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Sur la route de Nosy Komba, Delphine Gosset

Je remercie Lucca éditions de m’avoir permis de découvrir Sur la route de Nosy Komba de Delphine Gosset.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

La vie d’Elizabeth et du zoo de sa ville est paisible… Enfin, jusqu’au jour où Odile Panier resurgit dans l’existence de la jeune fille et prend la direction dudit zoo. Ses directives mettant en danger le bien-être des animaux et surtout celui de Pierre, son lémur noir préféré, Elizabeth fera tout pour lui mettre des bâtons dans les roues. Oui, tout : même se rendre à Madagascar et tenter une expérience folle en enfreignant plein de lois !

Lucca éditions en codiffusion avec Hikari Éditions (9 novembre 2018)
Broché
– 288 pages (14€) – À partir de 10 ans
Illustratrice : Mélanie Rebolj

AVIS

Après Le Trésor de Sunthy que j’avais beaucoup apprécié, j’étais curieuse de découvrir une autre parution des éditions Lucca, une curiosité qui a été largement récompensée si l’on considère l’excellent moment de lecture passé auprès d’Elizabeth.

Elizabeth est une jeune fille de 15 ans qui a une passion originale pour une adolescente de son âge : les primates, et plus particulièrement, les lémuriens qu’elle aime observer durant son temps libre. Mais les choses se compliquent quand une femme odieuse, menteuse et opportuniste prend la tête du zoo qui, jusque-là, l’accueillait pour ses séances d’observation.

Faisant fi du bien-être et de la sécurité des pensionnaires, Odile Panier provoque un véritable chaos autour d’elle entreprenant des changements afin de rendre la structure rentable et attractive à la manière… d’un cirque ! Une logique purement mercantile qui ne peut s’appliquer à un zoo, les animaux n’étant pas une vulgaire marchandise comme les autres, mais des êtres dotés de besoins spécifiques et de sensibilité. Bien sûr, l’autrice n’idéalise pas les zoos, ce que j’ai apprécié, mais elle démontre néanmoins le rôle que ce genre d’établissements joue dans la protection et la préservation de certaines espèces animales.

Devant les actes odieux de la nouvelle directrice, Elizabeth ne peut rester indifférente a fortiori quand elle s’attaque à Pierre, un lémurien étant mis au ban de son groupe lors des périodes de reproduction. Bien décidée à le sauver du triste sort qui l’attend, elle prend alors une décision qui va la conduire sur les routes de Madagascar, mais aussi sur celles de son passé….

Ce roman est une pure merveille de sensibilité, d’intelligence et d’émotions. À travers l’histoire d’Elizabeth, l’autrice nous parle de la richesse du monde animal et plus particulièrement de celui des primates. Du haut de mes trente-quatre ans, j’ai été émerveillée devant la diversité des espèces existantes et fascinée par leur intelligence, leurs spécificités, leurs comportements, leurs utilisations plus ou moins conscientes d’outils, leurs interactions, leurs méthodes de communication, leurs modèles d’organisation sociale…

Ce roman est une petite mine d’informations qui devrait ravir tous les lecteurs, car l’autrice explique les choses de manière claire, simple, passionnante et avec un tel enthousiasme qu’on ne peut qu’entrer de plainpied dans ce monde animal qu’elle met à la portée de tous. Après avoir terminé ce roman, difficile de ne pas approuver le Great Ape Project destiné à offrir des droits fondamentaux aux grands singes tout en espérant qu’un jour, ces droits soient étendus à d’autres animaux. L’autrice évoque également des scientifiques, certains connus comme Jane Goodall et d’autres peut-être un peu plus confidentiels du grand public ainsi que des expériences comme le test du miroir de Gordon Gallup nous prouvant, si besoin en est, que les animaux n’ont pas fini de nous surprendre.

Voici donc un roman de vulgarisation scientifique efficace et réussi d’autant que loin de se cantonner à cet aspect, Delphine Gosset a réussi le tour de force de nous offrir une aventure riche en péripéties, en rebondissements et en émotions. Page après page, on apprend ainsi à découvrir Elizabeth, son passé marqué par la disparition de sa mère puis plus tard par celle de son père, son entourage que ce soit sa tante aussi touchante qu’exaspérante, son ami Arthuro, un animalier l’ayant prise en affection, un étudiant tout aussi passionné qu’elle, son compagnon d’enfance, Konrad, un « choucas des tours » plutôt attendrissant… Une galerie de personnages haute en couleur que j’ai adoré voir évoluer et interagir.

Elizabeth est un modèle de courage et de maturité, mais elle n’en demeure pas moins une adolescente de quinze ans avec ses incertitudes, ses premiers émois amoureux, ses décisions parfois impulsives… C’est donc un personnage réaliste et attachant dont on suit avec intérêt l’évolution et les péripéties. Il faut dire qu’en partant à l’aventure à Madagascar, elle ne s’attendait pas à traverser, entre deux paysages à vous couper le souffle, toutes ces zones de turbulences. Mais sur la route la menant à Nosy Komba, elle pourra heureusement compter sur le soutien d’Arthuro avant d’être soutenue par ses proches et ses deux nouveaux amis qui feront un joli pont entre présent et passé. Je préfère ne pas en dire plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ces deux personnages m’ont beaucoup touchée…

Aux côtés de ces personnages, on découvre à travers quelques courts chapitres qui lui sont consacrés, le père d’Elizabeth, Léo. On perçoit, très vite, avec force et émotion l’amour qu’il vouait à sa fille bien que son métier le conduisant à observer les lémuriens dans leur milieu d’origine l’ait tenu bien trop souvent éloigné de sa fille. Même disparu prématurément dans de mystérieuses circonstances, cet homme intelligent, gentil, sensible et fascinant imprègne de sa forte présence tout le roman. Pas besoin de chercher très loin pour comprendre de qui Elizabeth a hérité son esprit passionné ! Cette incursion dans le passé de Léo met également en lumière un autre personnage bien différent de lui. D’aucuns pourraient regretter un certain manque de nuances dans l’expression de sa personnalité, mais ayant déjà pu côtoyer des arrivistes prêts à tout pour arriver à leurs fins, je trouve, hélas, le personnage crédible…

Destiné aux enfants à partir de dix ans, le roman se révèle accessible grâce, entre autres, à l’alternance de chapitres courts, une écriture immersive, simple mais travaillée, la présence de nombreux dialogues fluidifiant le récit… À cela s’ajoutent des illustrations de Mélanie Rebolj qui, en plus d’apporter beaucoup de cachet au roman, permettent aux lecteurs de complètement s’immerger dans le récit et de mieux se représenter les personnages et les animaux évoqués.

 

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À noter également que bien que ce ne soit pas le sujet central du récit, le thème du handicap physique et mental est également abordé. J’ai trouvé que cela était fait de manière plutôt positive dans la mesure où l’autrice ne joue pas sur le pathos, mais montre des personnages entourés qui avancent dans la vie avec entrain et une certaine joie.

En conclusion, Sur la route de Nosy Komba est un très bel ouvrage que je conseillerais à tous les curieux, amoureux des primates ou non, qui aiment apprendre en se divertissant. À travers une adolescente passionnée, d’une grande maturité et d’une force de caractère à toute épreuve, Delphine Gosset nous offre un ouvrage de vulgarisation scientifique accessible et immersif. De la France à Madagascar, attendez-vous à découvrir un monde animal fascinant et varié et à vibrer d’émotions à mesure que le passé et le présent d’Elizabeth se rejoignent dans une aventure riche et mouvementée.

À lire et à relire à tout âge !

Retrouvez le roman sur le site de Lucca éditions.

L’affaire Birdie Barclay – Une enquête d’Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HarperCollins de m’avoir permis de découvrir L’affaire Birdie Barclay de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1896 : Sherlock Holmes fait une fois de plus les gros titres, et résout des affaires pour la crème de la crème de la société londonienne. Mais dans les quartiers mal famés de la ville, loin du confort de Baker Street, le détective privé William Arrowood doit faire face à des cas tout aussi difficiles et beaucoup moins bien rémunérés. Arrowood ne porte pas Sherlock Holmes dans son cœur, et revendique une méthode de travail radicalement différente.
Aussi, lorsque M. et Mme Barclay font appel à lui et son assistant Norman Barnett pour retrouver leur fille Birdie, déficiente mentale, Arrowood est persuadé qu’il ne mettra pas longtemps avant de mener à bien son enquête. Mais les choses se compliquent lorsque leurs recherches se transforment en enquête pour meurtre, alors qu’un de leurs témoins est retrouvé assassiné…

HarperCollins (9 mai 2019) – 420 pages – Poche (7,90€)

AVIS

Il semblerait qu’Arrowood n’ait pas vraiment de chance avec ses clients. Après la jeune Française dans le tome 1, c’est maintenant un couple inquiet pour sa fille déficiente mentale qui l’engage sans pourtant se montrer tout à fait honnête avec lui. Mais qu’à cela ne tienne, Arrowood a déjà fait preuve, par le passé, d’une certaine capacité à déterrer la vérité…

Reprenant le même schéma narratif que dans le premier tome, l’auteur fait traverser Arrowood et Barnett par une série d’épreuves autant physiques qu’intellectuelles. Ils vont ainsi devoir donner de leur personne pour accéder à la vérité, celle-ci semblant enterrée sous une grosse couche de mensonges. Qui croire alors : les Barclay qui certifient que leur fille est retenue contre son gré et que son mari, un fermier souffrant également d’un certain retard intellectuel, l’empêche de les voir ou la famille Ockwell qui explique ne faire que respecter le choix de Birdie de rester éloignée de ses parents qui ne l’ont jamais bien traitée ?

À moins que, comme son enquête le laisse supposer, la vérité tienne un peu des deux… Ce qui est certain, c’est que Birdie n’est pas heureuse dans cette famille de fermiers ayant vécu différents revers de fortune. Malheureusement, l’omertà étant de mise dans le village où se situe la ferme des Ockwell, notre détective éprouve quelques difficultés à obtenir des témoignages et des réponses à ses questions. Mais entre menaces et agressions, il semble de plus en plus urgent de faire toute la lumière sur cette enquête d’autant qu’elle se complexifie avec la disparition inquiétante de la seule personne ayant accepté de parler à Arrowood… 

Bien que nous quittions les bas-fonds de Londres, l’auteur nous plonge de nouveau dans un univers sombre où la saleté du corps rejoint celle de l’esprit. Car cette enquête évoque un sujet complexe qui m’a révoltée: la condition des personnes avec des troubles de l’apprentissage et/ou des troubles mentaux. Des « imbéciles » et des « idiots » en d’autres termes si l’on s’en tient au vocable en cours en cette fin d’époque victorienne.

La psychiatrie actuelle n’est pas exempte de défauts, mais celle de l’époque est emplie de préjugés, parfois raciaux, d’inepties et de violence, ce qui ne devrait pas manquer de vous faire réagir. Et que penser de la manière dont sont traitées les personnes souffrant de problèmes mentaux ou de retard intellectuel par la société, les employeurs ou pire, leur propre famille. Je ne peux pas développer ce sujet sans vous ôter une bonne partie de l’intérêt de l’enquête, mais je peux vous dire que certaines actions m’ont vraiment mise en colère surtout quand l’on sait qu’elles sont plus que crédibles… L’Homme est capable d’une telle cruauté pour des motifs tellement terre à terre qu’on en vient à se demander s’il peut vraiment se considérer comme un « animal évolué ».

En parlant d’actions qui m’ont chagrinée, je pourrais sans aucun problème ajouter celles d’Arrowood. Dans le premier tome, il m’avait déjà semblé parfois borderline, mais ici, il a carrément franchi la frontière entre ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas. Je pense notamment à une scène qui m’a laissée sans voix devant sa violence. Même en gardant à l’esprit qu’Arrowood a agi de la sorte dans l’optique de sauver une personne des griffes de son bourreau, je ne peux pas approuver son comportement tout comme je ne peux approuver son égoïsme.

Arrowood est la tête pensante, et à ce titre, il se permet clairement d’envoyer son fidèle Barnett au casse-pipe à sa place sans aucun scrupule tout comme il n’hésite pas à employer le jeune Neddy pour des missions dangereuses.. Si on ajoute à cela, sa tendance à foncer tête baissée sans se soucier des répercussions, bien souvent tragiques, pour les autres, le détective m’a régulièrement déplu, voire fortement exaspérée… C’est peut-être la raison pour laquelle même ses célèbres diatribes contre Sherlock Holmes qui m’avaient tellement plu dans le premier tome m’ont laissée indifférente ou presque.

En revanche, j’ai apprécié l’évolution d’Ettie, la sœur du détective, qui s’affirme de plus en plus. Elle aime ainsi rappeler à son frère qu’avant de vivre avec lui, elle a elle-même, en tant qu’infirmière en Afghanistan, connu des situations difficiles, de celles qui vous changent à jamais. Voici donc une femme forte qui, entre deux actions pour sauver des femmes démunies ou malmenées par la vie, n’hésite pas à s’impliquer dans l’enquête de son frère quitte à se jeter dans la gueule du loup.

Quant à Barnett, s’il commence à accepter la terrible épreuve qu’il a dû affronter dans le premier tome s’ouvrant enfin à ses amis, on sent de plus en plus chez lui une certaine violence. Une force plus brute et bestiale que celle d’Arrowood qui donne parfois le sentiment qu’un débordement de plus de son patron pourrait le faire exploser et le pousser à retrouver certains réflexes d’antan. C’est, dans tous les cas, un personnage complexe que j’ai, de nouveau, pris grand plaisir à suivre appréciant la manière dont il nous narre les situations toujours périlleuses dans lesquelles son patron les embarque. La seule chose dont je lui saurais gré serait de nous épargner certains détails comme les pets d’Arrowood… Les mentionner ou deux fois permet aux lecteurs de se rendre compte de la grossièreté du personnage, mais à la longue, ça finir par lasser, voire irriter.

En conclusion, avec en toile de fond, le traitement abject des personnes souffrant de troubles mentaux et/ou intellectuels en cette fin d’époque victorienne, Mick Finlay nous offre de nouveau une enquête prenante, immersive et diablement bien menée dans une Angleterre loin d’être exemplaire dans le fonctionnement de ses institutions et dans la morale de ses citoyens. L’affaire Birdie Barclay est donc un honnête deuxième tome qui souffre néanmoins de l’antipathie, plus ou moins exacerbée, que l’un de ses protagonistes provoque chez le lecteur. Un point qui ne m’a pas permis d’apprécier autant ce tome que le premier, mais qui ne gênera pas tout le monde, question de sensibilité…

NB : il s’agit d’un tome 2 qui peut se lire indépendamment du premier tome, les deux enquêtes n’étant pas liées. Mais afin d’avoir une image précise de l’évolution des relations entre les personnages, je ne peux que vous conseiller de commencer par le tome 1 d’autant que ce dernier m’a semblé meilleur…

Retrouvez le roman sur le site des éditions HarperCollins.

Arrowood, Mick Finlay

Je remercie les éditions HaperCollins pour m’avoir permis de découvrir Arrowood de Mick Finlay.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1895 : Londres a peur. Un tueur terrorise la ville. La police, débordée, arrive à un point de rupture. Tandis que les bourgeois désemparés se tournent vers Sherlock Holmes, dans les quartiers surpeuplés du sud de Londres, les gens s’en remettent à un homme qui méprise Holmes, sa clientèle fortunée et ses méthodes de travail voyeuristes. Cet homme, c’est Arrowood – psychologue autodidacte, ivrogne occasionnel, et détective privé. Quand un homme disparaît mystérieusement, Arrowood et son comparse Barnett se lancent dans une mission de taille : capturer Mr Cream, le malfrat le plus redouté de la ville.

HarperCollins (février 2019) – 352 pages – Poche (7,90€)

 

AVIS

L’un analyse les indices et fait des déductions, l’autre lit les émotions et en tire des conclusions. Deux approches assez différentes pour deux personnages qui semblent quelque peu incompatibles, du moins, si l’on se fie à la haine qu’Arrowood voue à Sherlock Holmes bien qu’il soit fort probable que ce dernier ne connaisse même pas l’existence de ce détective des bas-fonds de Londres.

J’ai adoré voir planer l’ombre de Sherlock Holmes dans le récit. Le célèbre détective n’intervient pas, mais on entend régulièrement parler de ses exploits, ce qui a ravi la fan de l’œuvre de Sir Arthur Conan Doyle en moi. Mais la manière dont tout le monde s’extasie devant le célèbre détective a tendance à rendre complètement fou Arrowood qui est loin de partager le même enthousiasme. Faisant preuve d’une mauvaise foi à toute épreuve, il se complaît donc, à la moindre occasion, à décrédibiliser Sherlock Holmes qu’il considère, dans le meilleur des cas, comme extrêmement chanceux, et dans le pire, comme complètement incompétent !

Une vision que je ne partage pas mais qui m’a fait sourire ayant parfois l’impression de voir un enfant refusant d’admettre la vérité : le talent de Sherlock Holmes est sans commune mesure avec le sien. Cela ne l’empêche pas d’avoir de temps en temps quelques affaires à se mettre sous la dent comme celle que lui confie une cliente d’origine française qui souhaiterait retrouver son frère. Une enquête, à première vue, assez banale si ce n’est que le jeune Français travaillait dans l’établissement d’un homme peu fréquentable avec lequel Arrowood et son assistant, Barnett, ont déjà eu maille à partir. C’est donc en marchant sur des œufs et en espérant que le ciel ne leur tombe pas sur la tête que les deux comparses vont se lancer à la recherche de Thierry, ou de Terry pour les Anglais.

Suivant l’un après l’autre les indices qui se trouvent sur leur route, Arrowood et Barnett vont finir par se trouver devant un tableau d’ensemble peu cohérent qui va mettre leur patience à rude épreuve d’autant que leur cliente semble ne pas avoir été complètement honnête avec eux… Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient pour le plus grand bonheur des lecteurs qui tournent alors avec avidité les pages les unes après les autres. On se laisse donc volontiers porter par l’histoire qui met à nu aussi bien les agissements d’un horrible personnage et de ses complices, pas tous forcément très volontaires, que d’un groupe défendant ses idéaux politiques de manière plutôt radicale. Cet aspect politique est finalement assez peu présent, mais je l’ai trouvé très intéressant puisqu’il évoque une partie sombre de l’histoire britannique.

Bien construit, ce roman se lit très vite d’autant qu’en plus d’une l’intrigue prenante, il ne manque pas d’atouts : une plume immersive mais très accessible, une narration à la première personne à travers la voix chaleureuse de Barnett, de nombreux dialogues qui sonnent très « vrais »…. Il faut dire que, page après page, l’auteur nous plonge avec talent dans cette Angleterre victorienne en se concentrant non pas sur le Londres des beaux quartiers, mais sur le Londres de Jack L’éventreur, une ville gangrénée par la misère extrême, la crasse, la méfiance vis-à-vis des étrangers, la prostitution, la corruption, l’alcool, la violence… Un tableau assez sombre dans lequel se fond à merveille Arrowood qui, lui-même, n’est pas exempt d’une certaine crasse au sens propre du terme puisque ce dernier n’est pas un acharné de l’hygiène, qu’elle soit corporelle ou de vie. Mais c’est vrai qu’à cette époque, c’est loin d’être le seul…

Passionné par la psychologie, domaine dans lequel il évolue en autodidacte, Arrowood est un peu la tête pensante du duo quand il s’agit d’élaborer des plans et de faire des liens entre des individus et des événements. Ses talents bien que réels restent, néanmoins, moins spectaculaires que ceux de Sherlock Holmes, ce qui les rend peut-être plus réalistes. Sans être foncièrement désagréable, ce n’est pas un personnage pour lequel j’ai développé énormément de sympathie même s’il m’a parfois touchée notamment par l’affection qu’il porte à Neddy, un gamin des rues que j’ai, pour ma part, adoré. Courageux et volontaire, cet enfant fait de son mieux pour subvenir aux besoins de sa famille tout en vouant une sincère admiration à Arrowood, une admiration que notre détective tend trop souvent à exploiter à mon goût…

J’espère retrouver le jeune garçon dans le deuxième tome tout comme Ettie, la sœur du détective qui possède une certaine force de caractère. À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’évolution du personnage qui, je l’espère, prendra encore plus d’importance par la suite. Si Arrowood ne m’a guère impressionnée par sa lecture des émotions, j’ai été assez époustouflée par la manière dont Barnett n’hésite pas à se lancer dans la bataille quitte à donner de sa personne. Et puis il m’a beaucoup touchée pour une raison que je vous laisserai le soin de découvrir par vous-mêmes.

Chose intéressante, la relation entre Arrowood et Barnett me semble beaucoup plus équilibrée que celle entre Holmes et Watson. Bien que fidèle à Arrowood, Barnett, conscient des forces et faiblesses du détective, l’admire, mais ne l’idolâtre pas, ce qui lui permet d’émettre les réserves nécessaires pour leur propre sécurité. Et c’est probablement ce relative équilibre dans les rapports entre les deux comparses ainsi que leur totale complémentarité qui rendent leur relation/collaboration efficace, réaliste et intéressante…

En conclusion, à travers une enquête rythmée et prenante, l’auteur nous plonge avec un réalisme désarmant dans les bas-fonds de Londres soulevant, au passage, la vase qui semble étouffer la ville. Les apparences pouvant être trompeuses, il faudra bien à Arrowood, entre deux diatribes contre Sherlock Holmes, tout son talent pour démêler le vrai du faux, et à son fidèle associé, Barnett, tout son courage pour concrétiser des plans parfois un peu risqués… Voici un livre que je recommande à tous les amateurs d’enquêtes policières se déroulant dans cette Angleterre victorienne à l’atmosphère si particulière.

Retrouvez/feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions HarperCollins.

L’Agence Pendergast – Le Prince des ténèbres, Christophe Lambert

J’avais déjà repéré L’Agence Pendergast de Christophe Lambert autant pour la couverture que le résumé. J’ai donc été ravie de voir qu’il faisait partie des vingt livres disponibles dans le cadre du Challenge NetGalley. Merci aux éditions Didier jeunesse et à NetGalley pour ce très bon moment de lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’Agence Pendergast est une organisation très secrète cachée sous Ellis Island. Sa spécialité est de repérer et d’intercepter grâce à ses supers agents chaque créature paranormale qui arrive dans le flot des immigrants. Sean Donovan, un jeune voleur de rue, filou et intrépide, pourrait bien être la nouvelle recrue de l’Agence et faire équipe avec Joe l’Indien cogneur et Célia la liseuse de cartes.

Didier Jeunesse (3 avril 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

New-York, fin du XIX e siècle, Sean, 15 ans, pickpocket plutôt doué, détrousse un homme sans se rendre compte que celui-ci était sous bonne surveillance ! Le voilà donc avec un Indien à ses trousses qui semble bien décidé à reprendre l’objet subtilisé à son ami. Mais ce qui aurait pu n’être qu’une situation bien fâcheuse pour l’adolescent va se transformer en une étrange et fabuleuse opportunité.

L’homme détroussé, M. Pendergast, se révèle être à la tête d’une agence spéciale qui traque et gère de manière, plus ou moins définitive, les êtres surnaturels qui n’ont pas vraiment envie de côtoyer pacifiquement les humains. Et coup de chance pour Sean, il aurait bien besoin de ses talents dans sa lutte acharnée contre le mal !

Bien que voleur et opportuniste, Sean est un personnage auquel je me suis tout de suite attachée. Il faut dire qu’élevé depuis son plus jeune âge par un mafieux pas vraiment du type conciliant et chaleureux, il ne peut que toucher le lectorat. J’ai, en outre, apprécié que malgré son activité de pickpocket, il ne soit pas sans foi ni loi et suive son propre code moral : pas de veuves, pas de démunis… parmi les personnes qu’il vole. Une déontologie qui ne va pas plaire, mais alors pas du tout, à son « protecteur ». Dans ces conditions, sa rencontre avec l’Agence se révèle quelque peu providentielle, qu’il accepte de le reconnaître ou non.

Sean évolue au fil de l’intrigue et de ses rencontres avec les autres membres de l’Agence Pendergast qui se révèlent tous, chacun à leur manière, attachants. Le directeur qui a donné son nom à l’organisation semble avoir bon cœur au grand dam de Célia, une jeune femme au fort caractère, qui aimerait bien que son patron soit un peu plus méfiant…  Mais l’agence ne serait pas l’agence sans ce vieil excentrique, accompagné de son fidèle chien, qui veille à proposer des armes et autres gadgets originaux, et plus ou moins fiables, pour aider les agents à traquer et maîtriser les créatures qui hantent les rues de New York.

Quant à Joe l’Indien, bien qu’il ait une présence indéniable, ce n’est pas le plus accueillant des membres. Il faut dire que sa relation avec Sean étant partie sur de mauvaises bases, les interactions entre les deux personnages vont donner lieu à quelques étincelles et de nombreux échanges de piques. Ils ne s’aiment pas, et ils ne s’en cachent pas ! Au-delà de cette relation qui ne manque pas de piquant, l’auteur aborde avec subtilité et efficacité un sujet plus sérieux : les préjugés. Ses parents ayant été tués par des Indiens, Sean se méfie de ceux-ci et plus particulièrement de Joe qu’il n’hésite d’ailleurs pas à affubler de surnoms ridicules. Mais au fil des péripéties, et grâce à Célia, il va finir par comprendre que ses idées ne sont que des préjugés qui ne reflètent en rien la réalité.

En plus des personnages, j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir le bestiaire mis en place dans le roman, l’auteur n’hésitant pas à mélanger des êtres issus de différentes époques. Les centaures côtoient ainsi les sorcières, vampires et autres charmantes créatures ! Un mélange explosif pour une ville qui n’est pas consciente d’abriter une faune diverse et variée, et pas forcément des plus conciliantes. Heureusement que l’Agence veille au grain et s’assure de garder la situation sous contrôle.

Le livre étant à destination des enfants, les chapitres sont relativement courts, et le récit mené tambour battant. Pris dans l’action, on suit donc sans ennui et avec beaucoup de plaisir les (més)aventures de Sean qui va devoir affronter, en plus de son terrible père adoptif, une créature aussi fascinante que dangereuse. Les adultes regretteront peut-être que l’histoire aille un peu trop vite, mais cela ne m’a pas dérangée appréciant la manière dont l’auteur a su concilier concision et immersion. Les descriptions sont ainsi relativement succinctes, mais assez parlantes pour nous immerger complètement dans l’histoire. Les quelques illustrations distillées par-ci par-là tout au long du roman rendent, quant à elles, l’expérience de lecture encore plus immersive.

En conclusion, riche d’un bestiaire étoffé qui mêle allègrement des créatures venant de différentes périodes et cultures, ce roman plante le décor d’une série qui s’annonce pleine d’action, de magie, d’humour et de rencontres palpitantes. Alors n’hésitez pas à pousser les portes de l’Agence Pendergast, et venir à la rencontre de ses truculents agents !

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Didier Jeunesse.

Chaos, Robert de Rosa

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir Chaos et je remercie l’auteur pour sa dédicace.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

1999 : année de l’éclipse totale de soleil. Une catastrophe s’abat sur Clermont-Ferrand et sa région. Une épidémie surgie du passé, la peste, affole la population. À la peur s’ajoutent le désordre et les comportements irrationnels encouragés par la crainte de l’an 2000. Mais quand la contamination est maîtrisée, on constate que les morts de quatre victimes sont des meurtres. Le commissaire Marcel Broust et ses adjoints Des Cartes et Spinoza, assistés de la jeune stagiaire Framboise Sagan, passent du rôle d’assistants sanitaires à ceux d’enquêteurs criminels. Leur les amènera à découvrir les agissements d’un parti politique extrémiste, d’une secte promouvant un Ordre Nouveau, de francs-maçons transfuges et de pseudo-chevaliers du Temple.

De Borée (juin 2019) – 320 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,90€)

AVIS

Chaos est un roman policier que j’ai trouvé prenant et plutôt original. L’auteur commence par nous plonger au XIVe siècle avant de nous ramener en 1999 dans un Clermont-Ferrand en proie à une épidémie de peste. Un fléau dont l’Europe s’était débarrassée, mais que la grande curiosité de trois enfants a fait réapparaître. Le lien entre le passé et le présent nous apparaît assez vite évident et plutôt bien amené à tel point que j’ai rêvé de pouvoir intervenir dans le roman afin d’éviter la catastrophe. L’auteur a, en outre, fait preuve d’une certaine audace, du moins pour la lectrice que je suis, avec un choix scénaristique qui m’a prise de court…

Il est juste un peu dommage que l’épisode de peste, qui apporte pas mal de tension au récit, soit assez vite endigué bien qu’on comprenne, en fin de lecture, que l’auteur a su jouer de métaphore… Une fois le calme revenu et les citoyens rassurés, les autorités doivent faire face à quatre décès non imputables à la peste. Le commissaire Marcel Broust, ses adjoints Des Cartes et Spinoza ainsi que la jeune stagiaire, Framboise Sagan, se lancent alors sur la piste des responsables de ces meurtres en apparence indépendants les uns des autres. Mais est-ce vraiment le cas ou un lien peut-il être établi entre les victimes ?

Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais je peux d’ores et déjà vous dire que les policiers vont avoir du pain sur la planche avec des tensions entre différents ordres, un prophète du nom de Savonarole qui, fort heureusement, n’a pas le même talent que le célèbre prédicateur pour soulever les foules, des personnes aux idées nauséeuses… L’auteur arrive donc à tenir en haleine ses lecteurs en leur offrant une intrigue prenante dont on a hâte de détricoter les fils qui, comme vous le verrez, tissent une toile bien plus complexe qu’il n’y paraît.

L’enquête, en plus d’être intéressante, est également l’occasion de soulever de nombreux sujets et des questions quasi philosophiques : la religion et ce besoin viscéral de croire en quelque chose, l’exploitation abjecte de la misère humaine, la financiarisation à outrance de l’économie, le racisme, l’obscurantisme, la solitude des plus âgés, l’hypocrisie… Tout autant de sujets qui apportent une certaine richesse et profondeur au récit, mais qui pourront décontenancer les amateurs de thrillers à l’américaine qui tendent plutôt à jouer sur le rythme et des rebondissements bien souvent spectaculaires. Pour ma part, j’ai apprécié les différentes réflexions étayant le roman d’autant que la plume tout en finesse de l’auteur les rend très accessibles. Pas de longueurs donc, mais la sensation d’être plongé dans une histoire pensée de A à Z pour offrir une expérience de lecture agréable et enrichissante.

L’auteur a donc joué la carte de la réflexion mélangée à l’action sans oublier de faire un vrai travail sur ses personnages qui se révèlent plutôt atypiques et complémentaires : une jeune femme impulsive, mais pas casse-cou, au passé mouvementé qui n’a pas sa langue dans sa poche, un policier mettant sa passion de la photographie au service de son métier, un scientifique contrarié… Cette équipe de policiers ne peut donc que marquer les esprits et donner envie de la suivre dans ses investigations. J’ai néanmoins un peu regretté de ne pas avoir lu les deux premiers tomes de la série puisqu’on sent qu’il y a un passif entre le commissaire et ses deux adjoints et que leurs précédentes aventures les ont rapprochés et soudés.

Si cela ne m’a pas empêchée de suivre avec intérêt l’enquête et les interactions entre les personnages, j’ai parfois eu l’impression d’être la petite nouvelle qui débarque… Une position qui m’a heureusement permis de me sentir assez proche de la stagiaire qui s’intègre avec naturel à l’équipe bien qu’il lui faille un peu de patience pour amadouer le commissaire Broust. Un peu plus sur la réserve que ses adjoints, ce policier est celui avec lequel j’ai eu le moins d’affinité même si, de fil en aiguille, j’ai fini par l’apprécier. Et puis il était en concurrence avec un amateur de chats et n’avait donc objectivement aucune chance d’être le premier à me séduire.

En conclusion, sous fond d’épidémie de peste, au sens propre comme au sens figuré, Robert de Rosa nous offre un roman immersif, non dénué d’une certaine profondeur, qui mélange avec subtilité et intelligence enquêtes, réflexions et action. Un cocktail détonant mis en valeur par une jolie plume sans oublier le charme de ce retour mouvementé à la fin des années 90 et l’arrivée à la fois crainte et attendue de l’an 2000 !

Retrouvez ce roman sur les sites des éditions De Borée.

L’inconnue de Queen’s Gate, Anne Martinetti

Je remercie les éditions De Borée de m’avoir permis de découvrir L’inconnue de Queen’s Gate d’Anne Martinetti.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

A 20 ans, Beth devient cuisinière pour l’aristocratique famille Hewes : une chance pour cette jeune femme dégourdie et créative. Un soir, alors qu’elle est discrètement sortie fumer dans le jardin, elle découvre le corps d’une inconnue poignardée avec un kriss malais appartenant à Lord Hewes. Rajiv, le valet indien de la famille et amant de Beth, fait un coupable bien commode : n’est-ce pas lui qui a offert l’arme du crime au maître de maison ? Doutant de tous, naviguant dans les milieux interlopes de la prostitution et des suffragettes, Beth ne pourra compter que sur sa ténacité pour sauver Rajiv et faire la lumière sur cette sombre histoire.

Éditions De Borée (20 juin 2019) – 284 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Devenue, du moins temporairement, cuisinière à tout juste 20 ans chez une famille d’aristocrates, les Hewes, Beth se distingue nettement des autres domestiques de la maison. Elle n’a pas eu la chance de recevoir une instruction lui permettant, par exemple, de savoir lire, mais cela n’entache en rien ses ambitions professionnelles. Intelligente, sûre d’elle, dotée d’un sacré sens pratique et d’une bonne capacité à garder la tête froide en toute occasion, Beth est un personnage auquel on s’attache d’emblée séduit autant par son franc-parler que sa personnalité de battante.

Une personnalité qui lui sera fort utile pour faire face à une découverte macabre dans le jardin de ses employeurs. Une inconnue assassinée chez des aristocrates bien établis ? So shocking pour la bonne société londonienne ! Cela explique peut-être la rapidité avec laquelle le maître de maison laisse arrêter son fidèle valet indien que les preuves semblent bizarrement accabler. Pratique après tout, l’affaire résolue rapidement, les chances que le scandale s’ébruite s’amenuisent. Tellement pratique et rapide d’ailleurs que Beth, qui partage régulièrement la couche de Rajiv, décide de mener sa propre enquête. Quittant dès qu’elle le peut sa cuisine qui l’occupe quand même pas mal, il faut dire que la jeune femme aime son métier, elle récoltera certains indices et prendra même un mystérieux homme en filature jusqu’à Buckingham Palace ! Mais à trop s’exposer, ne se met-elle pas en danger ?

En parallèle de son envie d’innocenter son amant et de tous ces petits plats qu’elle prépare avec amour dès le levé du jour, elle s’inquiète également pour la famille Hewes. Entre un employeur toujours en goguette, une Lady pleine de secrets et dont l’engagement en faveur des suffragettes n’est pas sans danger, une jeune fille de 12 ans aux étranges confidences, un jeune homme qui se noie dans la luxure et le jeu, servir cette famille d’aristocrates n’est pas une sinécure, loin de là.

L’immersion dans le quotidien de Beth et les petits secrets de ses employeurs est l’aspect du roman qui m’a le plus intéressée, l’autrice nous offrant une critique assez fine de cette aristocratie anglaise de la fin du XIXe siècle engluée dans des principes qu’elle propage doctement, mais qu’elle est bien loin de suivre. Ce n’est pas M. Hewes et son addiction au sexe tarifé avec des beautés « exotiques » qui vous dira le contraire… Mme Hewes n’est pas non plus la dernière pour accepter de vivre dans une hypocrisie permanente. Alors qu’elle est fermement engagée dans un mouvement visant à assurer aux femmes des droits dont celui de vote, son combat s’arrête là où commence la différence de classe. Autre époque, autre idée…

Heureusement pour elle, grâce à son solide sens des réalités et à un certain cynisme, Beth n’est pas dupe et comprend fort bien que pour améliorer ses conditions de vie, elle ne pourra que compter sur son travail et son talent. C’est peut-être cette acuité dans la perception des choses de la vie qui font d’elle une femme en avance sur son temps qui sait tirer partie de chaque opportunité pour avancer et s’imposer. En femme de son époque qui a bien compris les règles du jeu pour les « petites gens », elle accepte donc avec un détachement assez perturbant de subir certains affronts ou, du moins, de parler sans émotions de ceux du passé. C’est là qu’on se dit que même s’il y a encore beaucoup de combats à mener, les droits des femmes en Europe ont quand même bien avancé…

La dénonciation d’une époque, de ses inégalités, de ses travers et cette montée en puissance du féminisme qui ne se fera pas sans heurts sont des sujets qui m’ont particulièrement plu, car ils sont très bien intégrés à l’histoire. Le ton très actuel rend, en outre, les propos accessibles et plutôt fluides, ce qui devrait plaire aux lecteurs ayant un peu peur des récits dans lesquels le contexte historique revêt une place primordiale. Le roman se lit donc très vite d’autant que la plume de l’autrice est simple et agréable, et les dialogues plutôt entraînants et réalistes. 

L’enquête, quant à elle, n’est pas inintéressante, mais elle reste peut-être un peu trop en surface des choses pour les amateurs du genre. D’ailleurs à ma grande surprise, si Beth se lance bien sur la piste du véritable meurtrier, cela est loin de totalement l’accaparer. Elle se contentera, avec ses moyens et le temps dont elle dispose, de récolter des indices et de faire certaines connexions. Ses apports à l’enquête seront donc utiles, mais il faudra également le travail d’investigation d’une journaliste têtue qui ne manque pas de courage, et les intuitions d’un inspecteur pour découvrir les tenants et aboutissants d’un meurtre bien plus complexe qu’il n’y paraît. Sous fond de corruption, la résolution de cette enquête passera ainsi par la découverte d’une pratique abjecte et révoltante qui ne pourra que vous pousser à vous interroger sur la bassesse et la noirceur de l’âme humaine.

Ce premier tome étant le premier d’une série, le traitement de certains personnages, à l’instar de Ravij, reste assez superficiel alors que l’on sent un véritable potentiel à exploiter, notamment en ce qui concerne son passé sur lequel plane de grandes zones d’ombre. Attendant avec impatience d’en apprendre plus sur les personnages, j’espère donc bientôt lire la suite des aventures culinaires et criminelles de Beth, une redoutable cuisinière et une graine d’enquêtrice.

En conclusion, les lecteurs friands d’enquêtes historiques se déroulant dans la bonne société anglaise de la fin du XIXe siècle devraient être ravis d’en retrouver l’ambiance si particulière. À travers un meurtre auréolé d’un certain mystère, l’autrice nous offre une héroïne attachante et combative, une enquête rythmée, et une plongée mouvementée et passionnante dans les méandres d’une classe sociale obnubilée par les conventions, le prestige et l’argent…

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