Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

All eyes on us, Kit Frick

All Eyes on Us

Pretty Little Liars meets People like Us in this taut, tense thriller about two teens who find their lives intertwined when an anonymous texter threatens to spill their secrets and uproot their lives.

PRIVATE NUMBER: Wouldn’t you look better without a cheater on your arm?

AMANDA: Who is this?

The daughter of small-town social climbers, Amanda Kelly is deeply invested in her boyfriend, real estate heir Carter Shaw. He’s kind, ambitious, the town golden boy – but he’s far from perfect. Because behind Amanda’s back, Carter is also dating Rosalie.

PRIVATE NUMBER: I’m watching you, sweetheart.

ROSALIE: Who IS this?

Rosalie Bell is fighting to remain true to herself and her girlfriend – while concealing her identity from her Christian fundamentalist parents. After years spent in and out of conversion « therapy », her own safety is her top priority. But maintaining a fake straight relationship is killing her from the inside.

When an anonymous texter ropes Amanda and Rosalie into a bid to take Carter down, the girls become collateral damage – and unlikely allies in a fight to unmask their stalker before Private uproots their lives.

PRIVATE NUMBER: You shouldn’t have ignored me. Now look what you made me do..

Blackstone Audio, Inc. – 04 juin 2019 – 10h26 minutes

AVIS

C’est en parcourant le catalogue Audible Stories que je suis tombée sur ce thriller young adult dont le résumé m’a tout de suite intriguée.

Et je dois dire que j’ai trouvé la lecture aussi entraînante que révoltante ! L’autrice, à travers cette histoire aborde, entre autres, le thème de l’homophobie et comment celle-ci peut contraindre une jeune fille à devoir mentir à sa famille afin de ne pas être rejetée. Rosalie aime les filles. Dans un monde idéal, cela n’aurait aucune importance, mais dans le monde de l’adolescente, cela change tout et fait de sa vie un véritable enfer.

Les parents de la jeune fille, membre d’une communauté chrétienne fondamentaliste, l’ont élevée dans l’idée qu’une jeune fille bien n’a pas le droit d’éprouver de l’amour pour une autre fille. Jamais. Obsédés par cette idée, ils n’ont ainsi pas hésité à inscrire Rosalie de force à une thérapie de conversion quand l’adolescente leur a avoué son homosexualité. Un comportement indigne de parents aimant et d’une violence psychologique indescriptible pour Rosalie. L’autrice n’entre pas dans les détails, mais l’on sent que cette expérience a profondément marqué l’adolescente qui, pour ne pas revivre cet enfer, préfère leur cacher sa relation avec sa petite amie, Paulina, en simulant une histoire d’amour avec le beau et riche Carter.

Comment ne pas être révolté devant des parents qui traitent leur fille comme une malade qui aurait besoin d’être guérie d’un mal insidieux la détournant du droit chemin et de la parole de Dieu ? Alors que des parents sont censés aimer leurs enfants inconditionnellement, ceux-ci n’aiment leur fille que sous condition d’hétérosexualité ! Rosalie pourrait partir, les parents de sa petite amie étant prêts à l’accueillir, mais ce n’est pas facile pour une adolescente de devoir rompre avec les siens, même intolérants, et surtout, d’abandonner sa petite soeur dont elle est très proche… Car elle ne se fait pas d’illusions, si elle vit son homosexualité au grand jour, ses parents l’enverront de nouveau en thérapie de conversion et la rayeront de leur vie si elle arrive à s’échapper de leur emprise. Pire, ils l’empêcheront de voir sa soeur…

Carter, cet héritier d’un empire de l’immobilier plutôt sympathique, représente alors un bon moyen pour Rosalie de pouvoir continuer à voir Paulina tout en faisant croire à ses parents qu’elle est « guérie ». Mais, le beau et riche Carter a déjà une petite amie, Amanda, qui est bien décidée à passer le reste de sa vie avec ce dernier quitte à fermer les yeux sur ses incartades. Après tout, Rosalie n’est pas la première et ne sera pas la dernière fille avec laquelle son petit ami passera quelques bons moments. La situation aurait donc pu rester ainsi si une personne ne s’amusait pas à menacer de dévoiler les petits secrets des deux adolescentes… 

De fil en aiguille, on en vient à se poser des questions sur la réelle motivation de ce harceleur fort peu courageux qui se cache derrière l’anonymat, et dont les menaces par sms se font de plus en plus pesantes. Devant l’ampleur de la situation, les deux adolescentes finissent par travailler main dans la main afin de l’identifier et de le faire tomber. En effet, si Rosalie ne peut pas le laisser dévoiler sa relation avec Paulina à ses parents sous peine de retourner en thérapie de conversion à laquelle elle ne résistera pas psychologiquement, Amanda, quant à elle, ne peut pas le laisser s’immiscer dans son couple.

Ses parents ne sont plus aussi fortunés que par le passé et de sa future union avec Carter dépend leur situation financière. J’ai été bien plus touchée par la vie de Rosalie, mais force est de constater qu’Amanda n’a pas non plus une existence des plus joyeuses. Derrière son apparente superficialité, son physique de rêve et sa popularité, elle subit une certaine pression familiale, notamment de la part de sa mère bien décidée à profiter des atouts physiques de sa fille pour garder son ancien train de vie et asseoir son statut social. Amanda m’a parfois agacée par son obsession pour Carter, mais on comprend que c’est plus celle de sa mère que la sienne…. Heureusement, au gré des épreuves et des coups durs, elle dévoile une vulnérabilité qui la rend attachante. Elle évolue, s’affirme et commence à entrevoir que sa vie n’est pas irrémédiablement liée à son goujat de petit ami et qu’elle n’a pas à porter l’avenir de ses parents sur ses épaules…

J’ai également apprécié l’évolution de la relation entre Amanda et Rosalie. Elles ne deviennent pas les meilleures amies au monde, mais elles développent une forme de respect et d’amitié. Il faut dire qu’elles devront apprendre à compter l’une sur l’autre, la traque du harceleur anonyme se révélant bien plus ardue et périlleuse que prévu d’autant qu’elles ne peuvent pas vraiment s’appuyer sur leurs parents… Comme souvent dans les thrillers young adult, j’ai rapidement deviné l’identité du coupable, mais je n’avais pas anticipé ses motivations. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains sont prêts à tout, même au pire, pour se libérer d’une cage qu’ils ont pourtant forgée eux-mêmes.

Tout au long du récit, l’autrice joue avec nos nerfs, nous met sur de fausses pistes, nous pousse à douter et fait monter la tension crescendo. Cela rend la lecture assez addictive tout comme le travail réalisé sur la psychologie des deux héroïnes qui est, pour moi, le point fort de ce roman. L’enquête est intéressante, mais elle permet surtout de mettre en lumière des thématiques fortes : l’affirmation de soi, l’extrémisme religieux, l’homophobie, le poids des injonctions familiales et sociétales, les parents défaillants, l’alcoolisme, l’amour, l’amitié…

Si les parents des deux adolescentes sont défaillants, il existe néanmoins quelques adultes responsables et plus ouverts même si leur rôle reste assez minime dans l’intrigue. On appréciera également la manière dont l’autrice souligne avec subtilité l’importance de se faire aider quand on appartient à la communauté LGBT+ et que l’on se sent menacé. J’ai également trouvé très touchante et inspirante Rosalie qui va réussir à se libérer de ses parents grâce, entre autres, à son courage, sa force de caractère et l’aide d’une association et de certaines personnes. Un joli message d’espoir qui, je l’espère, apportera un peu de réconfort aux personnes victimes d’homophobie.

Dans ce roman, il est question de fanatisme religieux, mais l’autrice montre également qu’il est possible de concilier foi et homosexualité comme l’ont très bien compris les parents de Paulina qui ont soutenu leur fille dès l’annonce de son homosexualité. De la même manière, si Rosalie rejette une foi qui la contraindrait à renier ce qu’elle est et ses sentiments, elle développe sa propre relation à Dieu, une relation empreinte d’amour et de tolérance. Je ne suis pas croyante, mais si je l’étais, c’est le genre de foi vers laquelle je me tournerais.

Quant à la partie audio, je l’ai trouvée plutôt convaincante : les narratrices trouvent le ton juste pour nous faire ressentir toutes les émotions de Rosalie et d’Amanda, mais également la pression quotidienne qu’elles subissent, chacune pour des raisons bien différentes. Le niveau d’anglais m’a, en outre, semblé plutôt abordable, le vocabulaire demeurant relativement simple et ancré dans le quotidien.

En bref, sous couvert d’une enquête pleine de tension et auréolée d’un certain mystère et suspense, l’autrice aborde ici des thèmes importants comme l’homophobie et la difficulté pour des jeunes filles de se libérer de leurs chaînes afin de se construire un avenir à l’image de leurs rêves et non des attentes de leurs parents et de leurs communautés. Haletant, révoltant et émouvant à la fois, All eyes on us est un roman avec un beau message de tolérance qui ouvre également une réflexion pleine de justesse sur la nécessité de laisser chacun vivre sa sexualité et choisir la vie qui lui convient sans préjugé ni a priori.

Ecouter All eyes on us gratuitement sur Audible Stories (le roman existe également en version papier).

 

 

J. de Laurent Moulin

Nouvelle policière – collection Rouge – finaliste du prix Zadig 2019 – de Laurent Moulin

Trois cadavres découverts à quelques heures d’intervalle. Trois meurtres signés de la même main. Voilà qui va donner des sueurs froides au Commandant Lavrieux surtout lorsqu’il s’aperçoit que les preuves semblent désigner un coupable inattendu : le Maire de la ville !

Trois cadavres sont découverts par la Gendarmerie à divers endroits de la ville : un entrepreneur très en vue, une retraitée fouineuse et un agent municipal au passé trouble. Trois morts sur lesquels est retrouvée une signature identique : une plume d’oie et une carte de visite marquée d’un J. en lettres de sang.

Quel point commun y a-t-il entre ces trois personnes ? En existe-t-il seulement un ?

Ex Aequo éditions (26 février 2020) – 6€ – Ebook (1,99€)

AVIS

Trois personnes assassinées le même jour suivant le même mode opératoire ! La gendarmerie a-t-elle affaire à un tueur en série ? Qu’est-ce qui peut bien relier les victimes entre elles alors qu’a priori, elles n’ont rien en commun ? De fil en aiguille, un fil conducteur émerge et conduit les enquêteurs tout droit dans le bureau du maire, un personnage peu amène et pas vraiment décidé à collaborer…

À travers cet élu, l’auteur évoque quelques-unes des dérives du pouvoir politique : conflit d’intérêts, corruption, volonté farouche de rester au pouvoir au détriment d’un vrai engagement et d’actions concrètes… Sont également dénoncés les médias et leur légère tendance à tomber dans le sensationnalisme, rendant leur travail parfois plus proche de celui de charognard que de journaliste. Mais je vous rassure, on est loin de la diatribe virulente, ces critiques étant amenées avec une certaine finesse, et surtout, justesse…

J’ai néanmoins peut-être regretté que cette subtilité fasse quelque peu défaut dans la résolution de l’enquête. Tout va très vite, ce qui n’est pas gênant en soi puisque l’on est dans un format court, mais l’auteur a utilisé un procédé que je ne goûte guère dans les livres policiers… Il donne, en effet, la parole au tueur pour qu’il explique son plan de A à Z ainsi que ses motivations. Je trouve cela un peu lourd préférant nettement découvrir et comprendre ces points au fil de l’intrigue. Lire un compte rendu précis les détaillant rend le tout bien moins percutant et m’a presque donné l’impression d’être dans un de ces comics où le grand méchant expose, non sans fierté, son plan au grand jour… Cela reste toutefois très personnel et certains lecteurs accueilleront favorablement le fait que tout leur soit expliqué en détail par le coupable. 

La révélation frappant l’un de nos protagonistes à la fin de la nouvelle m’a, en revanche, convaincue. Un petit coup de théâtre efficace à l’instar de la plume de l’auteur qui, en plus de se révéler agréable, est plutôt fluide. On prend donc un plaisir certain à suivre le déroulement de l’enquête et à découvrir les différents personnages, certains se montrant plus agréables que d’autres. J’ai ainsi trouvé le maire vers lequel se portent les soupçons particulièrement antipathique au point d’espérer que l’auteur, Directeur de cabinet, n’a jamais eu, dans le cadre de ses fonctions, à côtoyer ce genre d’olibrius. Un grossier personnage qui va néanmoins apprendre que sa position sociale et politique ne lui donne pas tous les droits, et que l’on récolte ce que l’on sème…

À l’inverse de cet homme, j’ai beaucoup apprécié l’un des gendarmes, Kévin Guercin. Tout jeune diplômé, on sent à quel point il est motivé par son travail et possède déjà une belle conscience professionnelle. Très impliqué dans l’enquête, il compensera son manque d’expérience par une volonté à toute épreuve et un certain sens de la déduction. Kévin est donc un jeune gendarme plein de potentiel, ce dont semble être conscient son supérieur, le Commandant Antoine Lavrieux, qui n’hésitera pas à lui faire confiance et à l’écouter sans a priori ni un ostentatoire mépris pour sa jeunesse, ce qui n’est finalement pas si courant.

Quant à l’enquête en elle-même, je préfère rester vague, le livre étant court, mais l’auteur introduit un certain suspense, notamment avec la présence sur les lieux des meurtres, d’une plume d’oie et d’une carte de visite signée d’un J. ensanglanté. On essaie de comprendre la signification ou la symbolique de ces indices tout en suivant avec intérêt les révélations concernant les victimes et leurs relations avec le maire. La grossièreté et le manque d’empathie de l’élu font de lui le coupable idéal, mais les choses sont-elles vraiment aussi simples ?

Teintée d’un certain cynisme (réalisme ?), notamment sur le monde politique, J. est une sympathique nouvelle policière qui devrait plaire aux lecteurs souhaitant lire une enquête rondement menée.

Je remercie Laurent Moulin pour m’avoir envoyé, via le site Simplement pro, sa nouvelle en échange de mon avis.

Retrouvez l’ouvrage sur le site des éditions Ex-AEquo.

TAG : une enquête à mener dans votre bibliothèque

Détective, Chercher, L'Homme, Recherche

Repérée sur le blog Thé, lectures et macarons, l’enquête concoctée par Fondant Grignote a tout de suite titillé ma curiosité. Je me suis donc permise, à mon tour, de la reprendre.

1) Un livre dont le titre commence par l’initiale de ton nom de famille : Cœur de loup de Katherine Rundell, un roman que je garde pour le prochain Cold Winter Challenge.

Couverture Coeur de loup

2) Un livre dont l’auteur a un prénom qui commence par la même lettre que toi (ou le même prénom que toi, encore mieux) : Le Petit Chaperon-Loup d’Audrey Calviac. Un livre jeunesse d’une autrice que j’apprécie beaucoup, et pas seulement parce qu’elle porte le même prénom que moi…

Couverture Le petit chaperon-loup

3) Un livre qui a un joli titre, selon toi : Aristote et Dante découvrent les secrets de l’univers de Benjamin Alire Saenz. Je trouve que ce titre a quelque chose de très poétique.

4) Un livre dont le titre contient un mot que tu ne connais pas : Le Passageur d’Andoryss.

Couverture Le passageur, tome 1 : Le coq et l'enfant

5) Un livre dont le titre forme une phrase complète : Animalcolm : La vie animale est un combat sauvage de David Baddiel… Tout un programme !

Couverture Animalcolm : La vie animale est un combat sauvage

6) Un livre à la couverture très réussie : Les tribulations de Lady Eleanor Grant de J. James. Difficile de ne pas craquer devant cette couverture !

Couverture Les tribulations de Lady Eleanor Grant, tome 1 : La première reine

7) Un livre au titre très petit : Requiem d’Alexandra V. Bach et Arnaud Armant. Un ouvrage qui dort depuis bien trop longtemps dans ma PAL…

Couverture Requiem

8) Un livre au titre très long : Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup. C’est le titre farfelu qui m’avait poussée à découvrir ce roman dont je garde un bon souvenir.

Couverture Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire

9) Un livre minuscule, mais pas le moins épais : j’ai beaucoup cherché pour cette consigne et à part une bible de voyage offerte par une amie, je n’ai trouvé que l’édition miniature de The 7 habits of highly effective people.

Amazon.fr - Seven Habits of Highly Effective People [Miniature ...

10) Le livre le plus grand, mais pas le plus épais : Les amants papillons de Benjamin Lacombe. Très fin, ce livre n’en demeure pas très grand au point de ne pas pouvoir entrer dans ma bibliothèque…

Couverture Les amants papillons

Et vous, connaissez-vous ces livres ?
Certains vous tentent-ils ?

Si vous reprenez ce TAG/enquête, n’hésitez pas à mettre vos réponses ou vos liens en commentaire, je les lirai avec plaisir.

 

Top Ten Tuesday #175 : les 10 derniers thrillers lus et/ou écoutés

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Ces dernières semaines, notamment durant le confinement, j’ai enchaîné les thrillers que ce soit en version papier ou audio. Je vous propose donc la liste des dix derniers thrillers lus et/ou écoutés. Tous ont été de belles découvertes et m’ont offert d’intenses et angoissantes heures de lecture !

  • Les thrillers chroniqués :
    • Une héroïne aveugle, un fétichiste qui fait froid dans le dos et qui nage en eaux troubles, une enquête rythmée… Le fétichiste est un thriller assez original à la tension parfaitement maîtrisée.
    • Avec Les cicatrices, on fait un saut dans la noirceur, le triturage de méninges et des scènes parfois très dures. Un thriller psychologique où la violence côtoie la démence !
    • Quant à Thin air, on change de ton avec un thriller qui se déroule sur Mars… Le mélange SF et thriller a bien fonctionné sur moi même si j’ai parfois regretté certaines longueurs. Vous pouvez retrouver ma chronique sur le site eMaginarock.

Couverture Le fétichiste Couverture Les CicatricesCouverture Thin Air

  • Ceux que j’ai dévorés sans laisser de trace : 

Couverture La veuveCouverture Am stram gram... / Am stram gramCouverture Promenez-vous dans les bois... pendant que vous êtes encore en vie

Couverture Tension extrêmeCouverture Dernière escaleCouverture Le pacte interdit

Couverture Ames soeurs

Et vous, appréciez-vous les thrillers ?
Quel est le dernier livre du genre que vous avez lu ?

Ivy Wilde, tome 1 : Quand fainéantise rime avec magie, Helen Harper

Quand fainéantise rime avec magie: Ivy Wilde, T1 par [Helen Harper ]

Bon, soyons clairs : Ivy Wilde n’est pas une héroïne. C’est même la dernière personne que vous contacteriez si vous aviez besoin d’une aide magique, malgré ses talents. Si ça ne tenait qu’à elle, Ivy passerait ses journées affalée dans le canapé, devant la télé, paquets de chips en main, à papoter avec son familier félin jusqu’à ce que mort s’en suive. Mais quand elle se retrouve victime d’une erreur d’identité, elle est embarquée malgré elle à la Branche Arcane, le département d’investigation de l’Ordre Hermétique du Crépuscule d’Or. Les problèmes se multiplient quand un objet de valeur est volé au nez et à la barbe des représentants de l’Ordre ; et le fait d’être liée magiquement à l’Adeptus Exemptus Raphaël Winter ne fait qu’empirer la situation. Il a peut-être un regard couleur saphir et le corps d’un mannequin maillot de bain, mais pour Ivy, il représente tout ce qu’il y a de soporifique dans le boulot de sorcier. Et s’il l’oblige à retourner à la salle de sport, juré, elle le transforme en crapaud

MxM Bookmark (26 novembre 2018) – 344 pages – Broché (18€ ) – Ebook ( 5,99€)

AVIS

En pleine frénésie de fantasy urbaine, je me suis attaquée à ce roman dont la sublime couverture n’avait pas manqué d’attirer mon attention.

Ivy a été expulsée de l’Ordre, il y a maintenant quelques années… Pas traumatisée pour un sou, elle s’est donc forgé une vie à son image : cool et sans pression. Bon, il est vrai que son métier de chauffeur de taxi n’est pas toujours de tout repos, mais elle compense les aléas du métier par de longs tête-à-tête avec son canapé et des soirées endiablées avec sa télé. Mais parce que toutes les bonnes choses ont une fin, elle se retrouve, par un malheureux concours de circonstances, liée par magie à un membre de l’Ordre peu souriant et surtout, ô malheur, extrêmement travailleur !

Enfer et damnation, la voilà contrainte de l’épauler dans son travail jusqu’à ce que les effets du sort ne soient plus qu’un lointain et douloureux souvenir… Si Ivy se revendique fainéante et est partisane de la politique du moindre effort, au fil du roman, on s’aperçoit que les choses sont bien plus complexes qu’il n’y paraît et que la jeune femme est loin d’être le boulet qu’elle prétend être. Attendez-vous donc à découvrir une femme forte qui, sous couvert d’un amour immodéré pour les siestes, se révèle intuitive, pleine de surprises et très talentueuse sans oublier plutôt amusante puisqu’elle n’hésite jamais à dire, avec humour, le fond de sa pensée. On saluera également sa propension à élaborer des hypothèses parfois farfelues à partir d’un détail vestimentaire… Bref, un sacré personnage !

Un constat que Winter va très vite faire. Sa rencontre avec Ivy ne s’étant pas particulièrement bien déroulée, il se forge, dans un premier temps, une très mauvaise image de la jeune femme. Néanmoins, intelligent et bien plus gentil que son sérieux ne le laisse présager, il ne reste pas sur ses a priori et essaie de voir derrière les apparences… Il comprend ainsi rapidement que l’image de fainéante désinvolte et peu douée que veut ardemment se donner Ivy est bien loin de la vérité.

Les interactions entre les deux protagonistes sont plutôt amusantes : Ivy adore le taquiner et Winter, faisant progressivement tomber son masque d’impassibilité, ne manque pas non plus de répartie… De leur collaboration forcée naît donc une certaine complicité, voire un peu plus puisqu’un petit jeu de séduction s’instaure progressivement entre eux. Leur complémentarité s’impose également aux lecteurs : quand Winter se montre analytique et procédurier, Ivy compte sur ses intuitions et ses capacités magiques qu’elle a, d’ailleurs, de plus en plus de mal à cacher…

Les deux sorciers collaborent donc main dans la main pour démasquer le responsable d’un vol avant de comprendre que l’affaire est peut-être plus sérieuse qu’il n’y paraît. L’enquête est intéressante et nous permet d’entrer de plain-pied dans les rouages de l’Ordre, une institution qui n’est pas exempte de défauts et de fruits pourris, mais qui n’est pas aussi obsolète qu’aime à le penser Ivy. Il faut dire qu’ayant eu maille à partir avec l’Ordre par le passé, elle n’est peut-être pas la plus objective comme n’hésite pas à lui prouver, avec un certain tact, Winter…

En plus de ce duo plein de charme qui fonctionne à merveille, l’autrice a introduit un personnage qui aurait dû me faire fondre, Brutus, un chat qui parle, ou du moins, qui peut énoncer quelques mots. Je ne me suis malheureusement pas attachée à ce dernier, peut-être parce que le voir ponctuer la plupart de ses interventions par « connasse » ne m’a pas vraiment amusée ni même fait sourire. Toutefois, la fin du roman me laisse entrevoir une évolution de mon ressenti sur ce chat qui, je l’espère, se révélera plus attachant et intéressant dans la suite de l’aventure.

Quant à la plume de l’autrice, elle se révèle efficace et fluide. On est vraiment dans une histoire légère et divertissante, ce qui se traduit par une certaine simplicité dans la narration, mais aussi beaucoup de dynamisme et de rythme dans le récit. Le roman se lit donc d’une traite et permet de se vider l’esprit auprès de deux personnages auxquels on s’attache beaucoup et dont on espère que l’attirance qu’ils semblent ressentir l’un pour l’autre débouchera sur une jolie relation.

En conclusion, si vous avez envie d’un roman de fantasy urbaine léger et facile à lire, Ivy Wilde est fait pour vous. L’univers n’est peut-être pas développé outre mesure, mais il y de la magie, de l’action, du mystère, du suspense et des protagonistes complémentaires dont on suit avec délectation les échanges toujours pleins d’humour. Je retrouverai donc avec plaisir la truculente et amusante Ivy dans ses autres aventures en espérant que sa complicité avec le beau Winter soit toujours aussi palpable et se mue en quelque chose de plus profond.

Retrouvez le roman sur le site des éditions MxM Bookmark.

InqEnqIncEnc : La bête de Tourrettes-sur-Loup (S.01 – épisode 2), S. de Sheratan

InqEnqIncEnc – Les Inquiétantes Enquêtes d’Incoming Encounters - S.01 – ép.02: La bête de Tourrettes-sur-Loup par [Sherdan de Sheratan]

Les présentations sont de courte de durée pour Denis Hurvoas, fraîchement accueilli par d’autres héritiers à l’agence paranormale Incoming Encounters. Rapidement, c’est une voix bien familière qu’il reconnaît au bout du fil du standard de l’agence. Le danger est palpable et la coïncidence troublante pour le nouvel enquêteur qui n’a peut-être pas signé un pacte si tutélaire

La Compagnie Littéraire (25 octobre 2019) – 70 pages
Ebook (1,99€) – Papier (5€)

AVIS

Ayant beaucoup apprécié l’épisode pilote qui nous permettait de faire la connaissance de Denis Hurvoas, je me suis attaquée à cette suite avec beaucoup de curiosité.

Correspondant de guerre devenu détective du surnaturel afin d’avoir une chance d’accéder à un héritage inattendu et colossal, Denis a à peine le temps de découvrir l’étrange agence de Philadelphie pour laquelle il va travailler qu’il doit retourner, accompagné de ses cousins,  en France pour mener une enquête. Et pas n’importe où, chez sa propre belle-mère partie en vacances avec sa femme et ses enfants ! La raison de ce départ précipité : la présence d’un rôdeur signalé par la très sympathique voisine.

L’enquête pour remonter les traces de ce rôdeur se révèle intéressante et empreinte d’un certain mystère. Quelle est la nature du danger ? Y a-t-il d’ailleurs un véritable danger ? Et le cas échéant, comment l’arrêter ? Des questions qui ne seront pas sans conséquence sur les relations entre Denis et ses cousins dont on commence, petit à petit, à découvrir les principaux traits de caractère. Le livre étant court, la personnalité de chacun n’est pas développée outre mesure, mais cela ne m’a pas dérangée d’autant que l’auteur propose des personnages très différents les uns des autres et donc facilement identifiables.

J’ai de nouveau beaucoup apprécié cet épisode qui tranche quelque peu avec le ton du précédent. On y retrouve la même atmosphère fantastique teintée de mystère, mais le récit se pare d’une aura bien plus dramatique et personnelle. Alors que Denis s’interroge sur ce drôle de hasard qui l’a conduit chez sa belle-mère, il fait de surprenantes et dévastatrices découvertes sur sa famille ! Et si toutes ces dernières années avaient été bâties sur un tissu de mensonges ou, du moins, sur un château de cartes qui s’effondre sans qu’il ne puisse rien y faire ?

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que l’auteur malmène sans vergogne son protagoniste n’hésitant pas à mettre sa vie sens dessus dessous. Notre héros arrivera-t-il à remonter la pente et faire face à cette révélation qu’il n’aurait jamais pu anticiper ou imaginer ? Une question qui ne manquera pas de vous titiller et de vous donner envie de vous jeter sur la suite !

Pour ma part, je commence vraiment à m’attacher à Denis, ce qui explique peut-être la raison pour laquelle l’épreuve qu’il doit affronter m’a tellement peinée et révoltée. J’oscille donc entre l’espoir que les choses s’arrangent vite pour lui et l’envie que l’auteur continue à lui faire vivre moult péripéties et à malmener son petit cœur de la plus atroce des façons. Oui, je suis parfois une lectrice un peu sadique…

Quant à la plume de l’auteur, elle se révèle de nouveau fluide, dynamique et très immersive. On appréciera également l’ambiance particulière du livre, alternant entre la douceur d’une ville ensoleillée du sud de la France et la froideur d’une créature qui sèmera désordre et chaos à Tourrettes-sur-Loup et, surtout, dans la vie de Denis ! Mais les apparences sont parfois trompeuses, et le vrai monstre n’est pas forcément celui que l’on pense…

En conclusion, si l’épisode pilote posait les bases de l’univers, cette première enquête entre dans le vif du sujet en nous plongeant dans une intrigue sans temps mort qui marquera les premiers pas officiels de Denis en tant que détective de l’étrange et du surnaturel. Mais cet épisode, c’est aussi celui d’une révélation fracassante qui apporte une dimension dramatique parfaitement maîtrisée au récit et une dynamique familiale intéressante dont on hâte de découvrir les implications pour notre héros.

Merci à La Compagnie Littéraire pour cette lecture.

Les cicatrices, Claire Favan

Les cicatrices : le nouveau thriller de la plus machiavélique des autrices du genre (HarperCollins) par [Favan, Claire]

Centralia, État de Washington. La vie d’Owen Maker est une pénitence. Pour s’acheter la paix, il a renoncé à toute tentative de rébellion.
En attendant le moment où il pourra se réinventer, cet homme pour ainsi dire ordinaire partage avec son ancienne compagne  une maison divisée en deux. Il est l’ex patient, le gendre idéal, le vendeur préféré de son beau-père qui lui a créé un poste sur mesure. Un type docile. Enfin, presque. Car, si Owen a renoncé à toute vie sociale, il résiste sur un point : ni  le chantage au suicide  de Sally ni  les scènes qu’elle lui inflige quotidiennement  et qui le désignent comme bourreau aux yeux des autres ne le feront revenir sur sa décision de se séparer d’elle.
Mais, alors qu’une éclaircie venait d’illuminer son existence, Owen est vite ramené à sa juste place. Son ADN a été prélevé sur la scène de crime d’un tueur qui sévit en toute impunité  dans la région, et ce depuis des années. La police et le FBI sont sur son dos. L’enfer qu’était son quotidien n’est rien  à côté de la tempête qu’il s’apprête à affronter.

HarperCollins (4 mars 2020) – 368 pages – Broché (20€) – Ebook (12,99€)

AVIS

Afin d’étayer mon avis, j’ai évoqué certains points qui, sans être des spoilers, peuvent vous mettre sur la piste de certaines révélations. Je vous invite donc à lire ma chronique plus tard si vous souhaitez lire ce roman avec un maximum d’effet de surprise.

Retrouvé à moitié mort, il y a de nombreuses années, Owen, incapable de se souvenir de son passé, s’est bâti une nouvelle vie, celle un homme serpillère qui endure stoïquement les frasques d’une ex-femme complètement dérangée qui refuse de reconnaître leur séparation. Crises de jalousie et de démence, pression psychologique, violences physiques, menaces et tentatives de suicide rythment ainsi son quotidien.

L’autrice nous brosse ici le portrait d’un homme dévasté dont l’attitude de victime peut exaspérer et donner envie de le secouer pour qu’il réagisse et mette fin à toute cette folie. Mais si Owen m’a parfois agacée par sa passivité, j’ai également compris ses difficultés à se sortir de la situation intenable dans laquelle son ex-femme et sa belle-famille l’ont enfermé. Son envie de reprendre les rênes de sa vie se confronte ainsi à la peur viscérale d’avoir le suicide de son ex-femme sur la conscience…

Sa vie va néanmoins prendre une tournure encore plus dramatique quand son ADN va être trouvé sur la scène de crime d’un tueur en série qui n’avait plus fait parler de lui depuis des années. Sous le joug d’une ex-femme hystérique, en proie à des cauchemars de plus en plus violents et réalistes, et suspecté par un agent du FBI retors et enfermé dans le carcan de ses certitudes et de ses espoirs, Owen perd pied ! Il pourra heureusement compter sur le soutien de la petite étincelle de bonheur qui a récemment fait irruption dans sa vie, Jenna, une policière qui croit en lui et en son innocence…

Intense, c’est le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce thriller qui joue à merveille sur les faux-semblants, les apparences et les mensonges. L’autrice pousse les lecteurs dans leurs retranchements jouant avec leur empathie et leurs émotions pour mieux les tromper et les détourner de la vérité. Avec elle, les victimes deviennent bourreaux et les bourreaux finissent par être victimes de leur propre ignominie. La vengeance est donc au cœur de cette histoire et prend des proportions inimaginables, du moins, pour un esprit sain.

La survie du corps signifie-t-elle automatiquement celle de l’esprit ou y a-t-il un seuil d’horreur et de douleur à partir duquel l’âme humaine se perd pour emprunter des chemins tortueux ? Une question, parmi tant d’autres, qui vous viendra à l’esprit à mesure que des scènes d’une grande violence prennent vie sous vos yeux. Alors que l’autrice n’entre pas forcément dans les détails, elle arrive à nous faire ressentir toute la souffrance et le désespoir des victimes d’un être abject qui n’hésite pas à kidnapper, à torturer et à violer pour assouvir ses plus bas instincts. Si certaines femmes vacillent rapidement, d’autres survivent des années et offrent cette résistance qui excite et stimule tellement leur bourreau.

Suivre la captivité de ces femmes réduites à l’état d’objet sexuel se révèle difficile, mais je n’ai jamais eu le sentiment que l’autrice tombait dans la surenchère. D’ailleurs, bien que je sois sensible, j’ai trouvé le livre supportable à l’exception, peut-être, d’une scène de torture qui m’a fait quelque peu vaciller par son réalisme. Mais je l’ai trouvée bien amenée pour faire ressentir aux lecteurs le degré de haine atteint par un personnage. À cet instant, on a la certitude que son esprit est brisé et qu’il a atteint un point de non-retour. Est également soulevée la question de l’éducation et de l’impact qu’un être pervers et malsain peut avoir sur un esprit en construction…

Le roman, alternance de points de vue et de chapitres courts, se lit très rapidement d’autant que l’autrice arrive à ménager son suspense jusqu’à la fin et à doser sa tension de manière à la rendre constante. À chaque fois que l’on pense avoir touché du doigt le dénouement final, elle relance l’intérêt du lecteur en apportant un nouvel éclairage sur l’intrigue, l’enquête ou les personnages. Bien que j’aie anticipé certains rebondissements, j’ai apprécié d’être transportée dans une histoire complexe dont il est bien difficile de dénouer tous les fils avant d’avoir tourné la dernière page.

En plus d’une intrigue efficace qui ne souffre d’aucun temps mort, Claire Favan offre une galerie de personnages variée que l’on sent, pour la plupart, au bord du gouffre : certains en raison de leurs illusions les enfermant dans un enfer personnel et/ou professionnel, d’autres parce qu’ils sont véritablement en enfer ou, à l’inverse, parce qu’ils n’ont jamais su profiter de leur liberté retrouvée. Nul besoin de murs pour être emprisonné…

En conclusion, Les cicatrices est un thriller particulièrement efficace qui vous plongera sans douceur et avec un réalisme déconcertant dans les plus sombres recoins de l’âme humaine et de sa perversité. Souffrance, mensonges, faux-semblants et personnages sur le fil du rasoir sont au cœur d’une intrigue complexe dont on suit avec attention et un certain effroi le déroulement. Une seule certitude, n’en ayez aucune !

Merci aux éditions HarperCollins pour cette lecture.

Meurtre au manoir des fées, Delphine Biaussat

Couverture Meurtre au manoir des fées

Lors d’une nuit d’orage au manoir des fées, Charlotte d’Endora est assassinée. À trop vouloir causer du mal à tous ceux qui l’entourent, les suspects sont nombreux.
L’auteur de ce crime est-il son mari fou amoureux d’elle mais à la personnalité explosive ? Sa pire ennemie qu’elle n’avait plus vue depuis des années ? Un ex petit-ami qu’elle a autrefois manipulé ? Son ancienne souffre-douleur ? Une jeune femme qui protège ceux qu’elle aime contre vents et marées ? Une hôtesse qui tuerait ses clients jugés trop « incorrects » ? Un commissaire qui ne cache pas son mépris pour elle ? Ou alors une personne encore inconnue…
Caroline, une des résidentes du manoir, va faire une rencontre surprenante qui va chambouler aussi bien l’enquête que ses propres croyances. Le réel va se mêler à l’irréel.

Évidence Éditions (24 février 2018) – 184 pages – Broché (11,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Mes envies d’un huis clos policier prenant et  bien mené n’ont malheureusement pas été satisfaites avec ce roman dont le scénario m’a paru manqué de consistance. J’ai également regretté une certaine maladresse dans la plume de l’autrice. Bien que l’on sente qu’il y ait une réelle volonté de bien faire, le phrasé manque de liant et le style m’a paru parfois assez enfantin avec une légère tendance aux dialogues creux.

Mon amour des belles plumes n’a donc pas été satisfait ni celui des personnages bien construits. Le roman est assez court, ce qui pourrait expliquer le choix de l’autrice de rester très en surface de la psychologie de ses personnages qui manquent cruellement de relief. Pire, ils se révèlent aussi exaspérants que caricaturaux : la pimbêche qui a tout ce qu’elle veut mais qui reste méchante, la fille consciente de son physique avantageux, l’ami ancien amant, la super bonne copine trop parfaite, la copine effacée, l’inspecteur sûr de lui et goguenard… Une galerie de personnages pour laquelle je n’ai développé aucun attachement et dont les mésaventures ne m’ont guère passionnée.

Dommage parce que l’autrice avait de bonnes idées, notamment en reprenant un schéma classique de roman policier qui marche toujours et en le teintant d’une pointe de fantastique. L’aspect fantastique qui aurait pu rendre le récit un peu plus palpitant n’est toutefois pas exploité outre mesure, ce qui m’a quelque peu frustrée. Il est vrai que l’apparition d’un inattendu et énigmatique personnage apporte une pointe de frisson en début de roman et un certain mystère, mais en absence d’enjeux réels autour de ce dernier, l’effet s’estompe assez vite. Je n’ai donc ressenti aucune envie de découvrir qui avait bien pu commettre le meurtre de l’un des occupants du manoir des fées d’autant que la solution semble plutôt évidente. Je n’ai pas non plus vraiment été impressionnée par les talents d’enquêteur du commissaire Renot qui ne semble d’ailleurs pas disposé à nous éblouir de son esprit de déduction…

J’ai toutefois apprécié le lieu de l’intrigue, ce manoir dont on sent l’atmosphère si particulière tout comme une révélation que je n’avais pas anticipée, mais qui s’accorde à merveille à cette bâtisse. L’alternance des points de vue est également assez bien maîtrisée.  Mais c’est la plongée dans le passé de l’un des personnages qui m’a probablement le plus marquée. On y découvre une histoire d’amour contrariée à une époque où les femmes n’avaient pas vraiment leur mot à dire quant au choix de leur futur époux…

En résumé, si la couverture et le résumé étaient prometteurs, ce roman n’a malheureusement pas tenu toutes ses promesses que ce soit en termes d’intrigue, de personnages ou de style. Les amateurs de romans policiers et ceux appréciant les récits fantastiques resteront probablement sur leur faim, mais les lecteurs souhaitant une enquête rapide à lire et facile à suivre pourraient peut-être trouver leur bonheur.

Merci à Évidence éditions pour cette lecture.

 

Élite – Au fond la classe, Abril Zamora

Paula souffre parce qu’elle ne peut parler à personne de son amour impossible. Janine garde un lourd secret qui la mettrait en danger si elle le révélait. Gorka, son ami obsédé par le sexe, tombe amoureux de la personne qu’il ne faut pas et Mario. Le redoublant habitué à harceler les autres, se retrouve pour la première fois victime de chantage. María Elena que tout le monde la Mèche, après avoir perdu ses cheveux suite à des problèmes émotionnels, porte une triste histoire de famille, derrière sa façade glamour.

Tous ont de sérieux problèmes mais à la fin de l’année scolaire, lors de la fête du lycée, un drame survient…

Marina est trouvée morte au bord de la piscine. L’inspectrice en charge de l’enquête reçoit un mystérieux journal intime, remplis de phrases haineuses à propos de l’adolescente assassinée. Quelqu’un la détestait et tout indique que l’auteur de ce journal était dans la même classe que la victime. Les cinq protagonistes, Melena, Janine, Mario, Paula et Gorka, se verront mêlés d’une manière ou d’une autre à l’affaire.

Connue pour sa belle carrière d’actrice et réalisatrice au cinéma, au théatre et à la télévision, ABRIL ZAMORA est aussi LA SCÉNARISTE DE LA SÉRIE ÉLITE, dont elle offre aujourd’hui une prolongation dans ce roman inédit.

Hachette Romans (22 janvier 2020) – 306 pages – Broché (15,90€) – Ebook (10,99€)
Traduction : Axelle Demoulin – Nicolas Ancion

AVIS

J’ai lu ce roman après un roman de dark fantasy, et je dois dire que niveau violence, Élite n’a rien à lui envier ! Certes, nous ne sommes pas dans de sanguinolents combats épiques, mais la violence est omniprésente dans le récit : stigmatisation systématique des personnes jugées comme « grosses », entendez mettant un 40, coups bas, harcèlement, abandon parental, agressions physiques, solitude, dénigrement… Il ne fait pas bon d’être lycéen à Las Encinas.

Cette violence atteint son paroxysme avec l’assassinat d’une élève, Marina. Qui a bien pu commettre cet odieux acte et pour quel motif ? Ce meurtre suscite moult questions et introduit un certain suspense bien que j’aurais apprécié que l’enquête soit peut-être un peu plus palpitante puisqu’elle se révèle finalement accessoire… J’ai néanmoins apprécié la manière dont le récit oscille entre une narration à la troisième personne, des extraits haineux d’un journal intime dont on ne connaît pas tout de suite le ou la propriétaire, et les pensées des différents personnages.

Ces derniers sont variés à défaut d’être très attachants : un beau gosse dans la beauté extérieure ne cache pas la laideur intérieure, un ado obsédé du sexe qui se révèle toutefois bien plus sensible qu’il n’y paraît et qui fait preuve d’une vraie dévotion à l’égard de sa meilleure amie, une fille qui couche avec un ami en s’imaginant être au lit avec le garçon qui l’intéresse vraiment, une lycéenne montrée du doigt pour son physique, mais qui garde la tête haute…

Les personnages évoluent dans un milieu favorisé, ce qui m’a donné parfois l’impression qu’ils étaient complètement déconnectés de la réalité. Entendre, par exemple, une lycéenne se plaindre des différences de classe en soulignant les stigmatisations qu’elle subit parce que ses parents ne sont que des nouveaux riches, ça peut légèrement mettre les nerfs à vif, et donner envie de conseiller à la demoiselle de se plonger dans quelques ouvrages de référence pour saisir la véritable notion de lutte des classes…

Cela ne veut pas dire que le désœuvrement de certains n’est pas réel et poignant. Je pense notamment à Melina dont la mère, ancienne mannequin qui rêve de renouer avec la gloire, se montre maltraitante d’abord psychologiquement, puis physiquement. Voir la lycéenne plonger dans l’enfer de la drogue est difficile d’autant que dans ses moments de lucidité, elle n’est pas dénuée d’un certain recul et d’une réelle capacité de réflexion, notamment sur son milieu et ses semblables. De la même manière, difficile de ne pas ressentir un minimum d’empathie pour la victime qui apparaît finalement très peu, mais qui permet à l’autrice de montrer que les apparences sont parfois trompeuses et que derrière le glamour peuvent se cacher des personnes en souffrance.

À travers ce livre, l’autrice aborde des thèmes parfois difficiles dont l’un qui se révèle assez rare en littérature adolescente alors qu’il me semble important : le VIH et la peur que ces trois lettres peuvent susciter. Il est également question d’amour, de sexualité, d’amitié, de trahison, de drogue, d’argent, d’image et d’acceptation de soi dans un milieu formaté où aucune place n’est laissée à l’erreur et à la différence… Des sujets divers et variés qui devraient parler aux adolescent(e)s et aux jeunes adultes. Si le ton du livre se révèle assez sombre, l’autrice a heureusement veillé à distiller par-ci, par-là quelques notes d’espoir. À cet égard, j’ai particulièrement apprécié la fin qui introduit un peu de lumière dans l’obscurité…

En résumé, bien qu’il m’ait fallu quelques pages pour m’habituer à la narration protéiforme et au style plutôt original de l’autrice, Élite fut, dans l’ensemble, une lecture intense et prenante que ce soit en raison des différentes thématiques abordées ou des comportements destructeurs et autodestructeurs auxquels on assiste. Élite ou une plongée mouvementée dans la vie de lycéens fortunés pour lesquels argent ne semble pas rimer avec épanouissement !

À noter que ce roman revient sur les événements de la saison 1 de la série Élite que je n’ai pas encore visionnée…

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Connaissez-vous la série ?

Merci à NetGalley et à Hachette Romans pour cette lecture.