Désenchantement : La malédiction de lady Walsh (tome 1), Lynn Viehl

Brillante détective privée spécialisée dans le domaine du surnaturel, Kit ne manque pas de perspicacité. Une qualité essentielle pour pouvoir aider sa nouvelle cliente, lady Diana Walsh, qui se pense victime d’une malédiction. D’après cette dernière, la première épouse de M. Walsh lui aurait jeté un sort depuis l’au-delà. Après enquête, Kit découvre en fait un complot de grande ampleur. Mais ses investigations sont mises à mal par la présence de Lucien Dredmore, un mage aussi puissant que séduisant.

J’ai lu (29 mars 2017) – 448 pages – 7,20€
Traduction : Tiphaine Scheuer

AVIS

Si j’apprécie les univers steampunk, je n’ai pas forcément le réflexe de chercher des romans nous y plongeant, alors je n’ai pas hésité une minute en découvrant Désenchantement. Et je n’ai pas été déçue par ce roman mêlant habilement steampunk, magie, enquête et romance. Les amateurs de steampunk pourront être un peu déçus que les machines et autres caractéristiques du genre ne soient pas plus présents, mais pour ma part, j’ai apprécié que l’autrice les utilise tout en veillant à ce que son intrigue ne se repose pas seulement sur ça. Bien au contraire, les touches de steampunk s’insèrent naturellement dans le récit et sont complétées par la présence en trame de fond de la magie, dont on découvre les contours au fil de la lecture.

Et de la magie, il en est question dans la vie de Kit qui tient une agence de désenchantement, une agence dont l’objectif n’est pas de tromper des sortilèges, mais de prouver à ses clients qu’ils sont victimes d’escrocs. Et pour ce faire, elle peut compter sur son talent de détective qui lui permet toujours de trouver la faille et de comprendre les mécanismes mis en place par les charlatans pour soutirer de l’argent à des gens trop crédules. Ses compétences, si elles sont appréciées par certains, le sont encore plus par Lucien, un mage-mort qui semble s’intéresser d’un peu trop près à elle. Cela ne serait pas dérangeant en soi si Kit ne se sentait elle-même pas aussi attirée par cet agaçant énergumène qu’elle fuit comme la peste, de peur de perdre ne serait-ce qu’une once de son indépendance et de sa liberté.

Mais devant le nid de guêpes dans lequel la jeune femme s’est fourrée en acceptant d’aider une cliente à trouver la source de ses tourments, Lucien devient le dernier de ses problèmes. Il pourrait d’ailleurs se révéler utile parce que Kit va devoir faire face à une situation dans laquelle même ses talents de détective risquent de ne pas suffire ! J’ai adoré la suivre dans son enquête qui va la contraindre à remettre en question toutes ses croyances si elle veut espérer survivre et sauver ceux qu’elle aime. Mais cela ne se fera pas sans heurt et le concours d’un mage-mort qui va devoir prendre sur lui pour faire entendre raison à notre tête de mule. Lucien est un personnage fascinant qui contient sa part de mystère, et dont on découvre les failles et le passé au fur et à mesure de la lecture. Je dois d’ailleurs dire qu’au-delà de son aspect ténébreux qui lui apporte beaucoup de charme, il a su me toucher et me donner envie de le voir réussir dans sa délicate entreprise de séduction…

La relation entre nos deux personnages n’est certes pas originale, mais elle est diablement efficace et rend la lecture particulièrement addictive, Kit étant bien décidée à nier cette alchimie qui existe entre eux et qui saute pourtant aux yeux. Je ferai l’impasse sur une ou deux scènes qui m’ont mise mal à l’aise pour me concentrer sur des échanges emplis de piquant et une tension physique indéniable. Lucien sait ce qu’il veut et s’il a laissé Kit le fuir pendant quelques années, il semble maintenant bien décidé à la confronter à ses propres sentiments. Y arrivera-t-il ? Il vous faudra lire le roman pour la savoir, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai adoré les voir s’affronter, jouer au jeu du chat et de la souris, avant de collaborer dans une enquête qui les dépasse.

J’ai d’ailleurs été très agréablement surprise par la tournure que prennent les événements, l’autrice ayant choisi une direction que je n’avais pas anticipée ! Je préfère rester vague pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais la mythologie mise en place autour de forces surnaturelles puissantes et pas toujours très bienveillantes m’a fascinée. Je ne m’attendais pas à un tel degré de profondeur ni de noirceur, Kit devant affronter une force froide et implacable qui la menace non seulement elle, mais aussi Lucien, ses amies et toute sa ville.

Je saluerai également la finesse avec laquelle est géré le dénouement final. L’autrice nous offre, en effet, un retournement de situation qui, s’il se révèle un peu frustrant en ce qui concerne la vie personnelle de Kit, s’avère intéressant pour intégrer à sa vie professionnelle une personne de sa famille. Une famille dont on découvre quelques secrets en cours de lecture et qui explique les capacités hors norme de Kit, des capacités dont elle n’avait, jusqu’à présent, pas vraiment conscience… Il faut dire qu’on s’était assuré pour elle qu’elle reste éloignée de la magie et de ses multiples dangers. Et au vu des événements, ça peut se comprendre !

Sous couvert de fiction et bien que ça reste léger, on évoque également le colonialisme avec un peuple soumis aux désidératas d’une couronne britannique plus adepte de la domination que de la conciliation. Ce point se révélera important et prouvera que remplacer un tyran par un autre, ce n’est pas la plus brillante des idées. J’aurais toutefois apprécié que cet aspect soit un peu plus développé parce que j’ai parfois eu un peu de mal à comprendre le système politique mis en place. Mais je reconnais que c’est avant tout en raison de ma tendance à pinailler sur des détails, car l’autrice donne assez de détails pour s’immerger dans son univers et ne plus avoir aucune envie de le quitter…

En résumé, La malédiction de lady Walsh a été une excellente surprise ! En commençant ce roman, je ne m’attendais pas à la richesse de l’univers ni à la profondeur de l’intrigue qui mêle avec brio quelques touches de steampunk, magie, enquête et romance. Impossible donc de s’ennuyer dans ce premier tome qui fait plus que poser les bases de la série, il nous offre une aventure/enquête immersive, palpitante et rythmée, de l’action, des personnages hauts en couleur et attachants, de l’humour et des interactions pleines de mordant. Addictif et passionnant !

L’Appel d’Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1), Guy-Roger Duvert

L'Appel d'Am-Heh (Les Chroniques Occultes t. 1) par [Guy-Roger Duvert, Mark Chac, Patrick Balou]

En 1934, Kristen, archéologue travaillant à la Miskatonic University, à Arkham, tente de faire reconnaître ses compétences dans un monde où les femmes restent méprisées.

Tout change le jour où elle reçoit un paquet envoyé d’Égypte, contenant une moitié de tablette aux inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Accompagnée de Milton Blake, un aventurier obéissant à un conclave occulte au sein de la Miskatonic, et de Howard Brixton, ancien espion britannique, elle s’engage dans une odyssée qui l’amènera des États-Unis en Égypte, puis en France et jusqu’en Allemagne nazie.

Mais cette course après un savoir occulte qui aurait dû rester enfoui ne risque-t-elle pas de les mener aux portes de la folie ?

Guy-Roger Duvert, réalisateur du long métrage “Virtual Revolution” et compositeur de nombreuses musiques de films, séries télé et jeux vidéos, est également l’auteur de la saga Outsphere, dont le premier tome a remporté le prix Amazon TV5 Monde en 2019, ainsi que des romans Backup, Virtual Revolution 2046 et Eschaton. L’Appel d’Am-Heh est le premier de ses romans à sortir du domaine de la science-fiction, pour lui préférer ceux du fantastique et de l’aventure pulp.

Auto-édité (2 mai 2021) – 319 pages – Papier (19,90€) Ebook (4,99€)

AVIS

Quand Guy-Roger Duvert m’a proposé de m’envoyer L’appel d’Am-Heh, je n’ai pas hésité une minute, appréciant beaucoup sa plume et son imaginaire. Et je dois dire que je ne le regrette pas ayant de nouveau passé un très bon moment de divertissement avec ce roman qui devrait combler les amoureux des aventures à la Indiana Jones.

Pour ma part, j’ai d’emblée ressenti cette impression, caractéristique du style de l’auteur, de quitter le confort de mon canapé pour m’immerger pleinement dans les décors qui prennent vie sous nos yeux. Des décors tour à tour fascinants, grandioses et emplis de mystère comme tout ce qui touche à l’Égypte ancienne. Si cette civilisation bien réelle, qui ne manque pas d’enflammer les esprits, est en trame de fond, l’auteur a choisi de la mêler à une autre civilisation, une civilisation dont on se surprend à rêver…

La question de l’existence ou non de cette civilisation sera un point de dissension dans le couple formé par l’aventurier Rick Nighy et Kristen, une archéologie et universitaire, qui se quitteront sur un échange tendu. Cela n’empêchera pas Rick de lui envoyer, depuis l’Égypte, la moitié d’une tablette comprenant des inscriptions semblant dater de l’époque archéenne. Une découverte capitale réalisée lors de la fouille d’un site archéologique connu de quelques-uns, mais protégé, de manière convaincante, du plus grand nombre. Cet envoi représente-t-il une formidable marque de confiance, un cadeau empoisonné et/ou une clé d’entrée pour Kristen, femme ayant des origines asiatiques dans un monde de l’archéologie dominé par les hommes, au cœur d’une Amérique des années 1930 peu encline à la diversité ?

À moins que ce ne soit un peu de tout ça… Quoi qu’il en soit, Kristen voit en cette tablette la chance de pouvoir enfin faire ses preuves et prouver que, comme son respecté et défunt père, elle est tout à fait capable de partir sur le terrain. Si ses espoirs de mener elle-même une expédition sont quelque peu douchés, elle obtiendra néanmoins la permission de se lancer à la recherche de Rick disparu, et de l’autre moitié de la tablette, tout en découvrant au passage l’existence d’un comité secret au sein de son université.

Dans cette mission, elle sera accompagnée du détective Milton Blake, mandaté par le comité, un homme assez mystérieux qui ne quitte jamais ses gants, et par un ami de ce dernier, Howard Braxton, un ancien espion britannique qui a gardé tous les réflexes de sa profession. Un trio plutôt inattendu, mais qui au fil des péripéties, nous prouvera sa parfaite complémentarité. En effet, trouver la seconde moitié de la tablette va se révéler plus ardu que prévu, cette relique d’une ère éloignée déchaînant les passions, et c’est un euphémisme. Notre trio va donc devoir évoluer dans des sables mouvants et faire face à de multiples dangers, certains qui ne manqueront pas de vous faire trembler. Ces péripéties seront l’occasion pour l’auteur de déployer tout son talent pour retranscrire l’intensité des scènes d’action et en restituer à la perfection la dynamique. J’ai ainsi eu l’impression de participer aux combats, de visiter des endroits fascinants, mais dans lesquels je n’aurais guère eu envie d’être piégée, et d’assister à des événements surnaturels, prémisses de l’arrivée d’un plus grand danger…

Car si le roman est parsemé d’ennemis terrestres qui se battent avec des armes traditionnelles, il est également empli de dangers bien plus pernicieux et au potentiel de destruction inégalable et inimaginable. L’auteur mêle ainsi réalité en transposant son récit dans une période historique précise, et imaginaire en parant son histoire d’une bonne dose de mythologie et d’occulte. Un occulte qui se cristallise ici autour de la tablette mais qui fait partie intégrante du monde, ce dont Milton Blake est bien conscient puisqu’il en a déjà payé le prix fort. Kristen, quant à elle, n’a pas d’autre choix que de s’ouvrir à cette idée perturbante, la jeune femme ayant été témoin de phénomènes étranges qui ne laissent que peu de doute sur l’existence du surnaturel.

Je n’en dirai pas plus pour vous laisser le plaisir de la découverte, mais j’ai apprécié toute la mythologie déployée autour des Grands Anciens et d’Am-Heh, un dieu peut-être mineur, mais majeur au regard du danger qu’il fait planer sur le monde. Néanmoins, ce sont les liens entre Kristen et la tablette qui se révèlent les plus intrigants, celle-ci semblant avoir une influence grandissante sur l’archéologue, ce qui ne sera d’ailleurs pas sans conséquence sur ses capacités… Il y a également quelque chose de mystérieux au fait que contrairement aux autres personnes qui ont eu le malheur de toucher la tablette, Kristen ne semble pas sombrer dans la folie à son contact, un contact dont elle a de plus en plus besoin. Mais la jeune femme est-elle vraiment immunisée contre le pouvoir de la relique ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’avoue m’être laissée surprendre par une révélation qui m’a poussée à revoir l’intrigue sous un autre jour, avant d’en déduire que oui, finalement, c’était quelque chose de palpable, à défaut d’être facilement identifiable !

Comme à son habitude, l’auteur propose une aventure rythmée sans temps mort qui, ici, transcende les frontières qu’elles soient surnaturelles ou plus terrestres, l’action se déroulant entre Égypte, Allemagne, États-Unis et France. Ajoutons à cela une écriture vive, immersive et dynamique qui pousse à tourner les pages à vitesse grand V, d’autant que plus on avance dans la lecture, plus l’action s’intensifie et la vérité se précise… pour le meilleur et pour le pire. Les personnages vont ainsi être poussés dans leurs retranchements et vont devoir abandonner leur scepticisme pour certains, leurs préjugés pour d’autres, ou encore faire face à  une vérité dangereusement occultée, soit par réelle ignorance, soit par facilité, voire un peu des deux.

Si j’ai trouvé les personnages assez bien dessinés pour être aisément identifiables et reconnaissables, sans pour autant être clichés, j’aurais peut-être apprécié d’en apprendre plus sur eux et d’avoir une connaissance plus fine de leur personnalité. Ce n’est pas un défaut en soi puisque clairement ici, on est plus dans le mystère et l’action que l’introspection, mais j’imagine que cela amenuise un peu le sentiment de proximité que l’on peut ressentir pour eux. Par conséquent, si j’ai aimé l’expertise, le courage, la force de caractère et la volonté de Kristen de s’imposer dans un monde d’hommes, la détermination et la droiture de Milton, et le côté sympathique et caméléon de Howard, en plus de son esprit cartésien dans lequel je me retrouve (et qui m’aurait probablement coûté la vie dans ce roman), aucun personnage ne se révèle terriblement attachant. Cela ne m’a pas empêchée de prendre un immense plaisir à suivre leurs péripéties, à trembler pour eux et à avoir envie que tout se termine le mieux possible pour chacun. Mais si vous avez déjà lu l’auteur, vous savez déjà que le monde des Bisounours, ce n’est pas sa tasse de thé. Alors attendez-vous à une fin qui vous donnera des sueurs froides et qui vous poussera à réclamer à cor et à cri  la suite !

Les héros sont charismatiques, intéressants et complémentaires, chacun apportant quelque chose à l’intrigue, mais j’ai également été sensible à l’un des méchants, pas à son comportement et à son aveuglement face aux conséquences de son projet, mais à ses motivations que l’on peut sans peine comprendre ! J’ai d’ailleurs été agréablement surprise de la subtilité avec laquelle l’auteur fait se côtoyer deux grandes menaces : l’une surnaturelle et finalement encore assez mystérieuse à la fin de ce premier tome, et l’autre réelle et issue de notre propre Histoire. À cet égard, un Allemand m’a beaucoup touchée et apporte cette nuance que certains semblent oublier quand l’on évoque l’une des pires périodes de notre passé pas si lointain.

Avec ce premier tome d’une série que je suivrai avec plaisir, l’auteur nous prouve son talent pour lier fiction et réalité et ainsi construire une œuvre complète, à la croisée des genres, rythmée, mystérieuse, fascinante, addictive, fantastique mais réaliste à la fois. Une œuvre qui devrait plaire aux aventuriers dans l’âme, aux Indiana Jones de cœur et à toutes les personnes passionnées par l’Égypte ancienne et les histoires mêlant enquête et occulte.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman, que vous retrouverez sur Amazon, en échange de mon avis.

Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet, Federico Saggio

Couverture Lululand, tome 1 : Lululand Ultraviolet

Dans un futur proche où l’humanité a été contrainte de masquer un soleil devenu trop agressif derrière une épaisse masse nuageuse artificielle…

Un amnésique s’éveille dans une ruelle, pourchassé par des humains revenus au stade animal – et qui en veulent à sa viande.

Bien vite, il réalise que ses souvenirs lui ont été volés, dans un monde où la mémoire est désormais le moyen de contrôle premier.

Independently published (10 mai 2020) – Papier (12,99€) – Ebook (4,99€)

AVIS

J’ai retrouvé avec plaisir la plume de Federico Saggio toujours aussi imagée, immersive et parfois non dénuée de brutalité, un peu comme pour faire écho à ce futur apocalyptique dans lequel il nous plonge. Un futur que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un protagoniste qui se réveille privé de mémoire, mais le corps meurtri par les séances de torture, et l’esprit alangui par de puissants psychotropes. Une fois libéré de sa chambre d’hôpital aux allures de cellule de prison, il se lance sur les traces de son passé afin de se retrouver et d’accomplir cette mission de Cerbère qu’on attend de lui…

Cerbère, un concept qu’il va progressivement s’approprier, et qui sera l’un des nombreux éléments qui vont lui faire comprendre que la vie de l’ancien Benedict n’est peut-être pas celle que le Benedict du présent aurait vraiment envie de vivre. Mais a-t-il vraiment le choix ? Peut-il s’émanciper d’un système répressif et violent suivant un dogme dans lequel le Soleil a été déclaré ennemi d’État, et au sein duquel aucune liberté n’est accordée en dehors de celle de produire en fonction du rôle qui vous a été assigné. Et pour s’en assurer, les moyens mis en place sont plutôt radicaux !

Retrouver sa place de Cerbère et s’assurer de la pérennité du système ou lutter contre cette vie pour laquelle Benedict ressent de plus en plus de dégoût ? Il lui faudra choisir, d’autant que la résurgence d’anciens souvenirs commence à lui faire prendre conscience de certaines vérités, sur lui, mais aussi sur son ancienne fonction… Entre doutes sur la véracité de ses souvenirs et découverte d’un monde d’horreur où l’humanité est réduite à l’état de charognard et de corps sans vitalité, notre protagoniste va être poussé dans ses retranchements, jusqu’à enfin se révéler à lui-même et aux lecteurs.

J’ai adoré cette idée de progresser en même temps que Benedict dans ce monde dévasté où quand les cannibales ne menacent pas de vous manger, c’est le système tout entier qui menace de vous engloutir. On découvre les choses en même temps que lui, ce qui ne manque pas d’attiser fortement la curiosité. Bien que l’on ne puisse qu’être horrifié par l’état du monde, on n’en reste pas moins curieux de découvrir la réalité derrière les écrans, non pas de fumée, mais de scènes enregistrées apportant un semblant de vie au-delà des rues sales, des silhouettes décharnées, de l’absence de lumière naturelle…

Je ne me suis pas attachée à Benedict, parce que ce n’est pas forcément un homme de sentiments, mais j’ai compati à son sort, à la manière dont sa vie lui a été doublement volée, et à cette impression d’avoir été plongé en enfer sans autre forme de procès. Comme lui, j’ai également été révulsée par la surveillance constante à laquelle il est soumis : chacune de ses paroles et chacun de ses faits et gestes sont enregistrés et rapportés par l’intelligence artificielle de son domicile à laquelle il est constamment lié par un implant… Dans ces conditions, difficile de ne pas comprendre ses désidératas de rébellion !

Au-delà du mystère entourant l’histoire de Benedict et la brutalité de ce monde, l’intérêt du roman réside également dans toutes ces questions qu’il soulève autour de la mémoire, qu’elle soit musculaire ou neuronale, de la personnalité et de ce qui fait de nous ce que nous sommes. Est-on encore soi-même quand on est privé de mémoire et de tous ces souvenirs qui forgent une personnalité ? Quel crédit peut-on accorder à ses propres souvenirs dans un monde où il est possible de les changer, de vous en implanter de nouveau, en somme de vous façonner à votre insu ? Vaut-il la peine de vivre une vie dans laquelle on vous fait endosser un rôle au détriment de votre propre personnalité, allant jusqu’à la déliter complètement ?

D’ailleurs, ce système dans lequel on joue impunément avec la vie et la personnalité des gens révèle ses limites, certains esprits n’étant pas faits pour être formatés et vivre une vie dénuée de spontanéité. Une réalité qui va s’imposer autant à Benedict qu’à un jeune homme qu’il va plus ou moins prendre sous son aile. Un duo formé sur le tard que l’on a hâte de retrouver dans la suite de la série, ce premier tome se terminant sur une grosse révélation et une scène laissant présager de nouvelles péripéties mouvementées.

En conclusion, avec Lululand Ultraviolet, l’auteur nous transporte dans un futur apocalyptique où le soleil est masqué et l’humanité déchue et contrôlée soit par ses bas instincts soit par un système oppressif et dictatorial. Un système que l’on apprend à découvrir à travers les yeux d’un amnésique, qui va progressivement renouer avec son passé avant de se forger son propre avenir. Entre mystère, action et un jeu maîtrisé entre souvenirs et réalité, voici un premier tome que vous aurez bien du mal à lâcher.

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé ce livre, que vous pourrez trouver sur Amazon, en échange de mon avis.

 

L’Inconnu de la forêt, Harlan Coben

L'Inconnu de la forêt par Coben

Vous ne savez rien de lui, il est pourtant votre seul espoir.
Le maître incontesté du thriller vous emmène en balade sur le chemin d’une nouvelle insomnie… Prenez garde à ne pas vous perdre.

WILDE.
SON NOM EST UNE ÉNIGME, TOUT COMME SON PASSÉ.

Il a grandi dans les bois. Seul.
Aujourd’hui, c’est un enquêteur aux méthodes très spéciales.

VOUS IGNOREZ TOUT DE LUI.

Il est pourtant le seul à pouvoir retrouver votre fille et cet autre lycéen disparu.
Le seul à pouvoir les délivrer d’un chantage cruel. D’un piège aux ramifications inimaginables.

Mais ne le perdez pas de vue.

CAR, DANS LA FORÊT, NOMBREUX SONT LES DANGERS ET RARES SONT LES CHEMINS QUI RAMÈNENT À LA MAISON.

Belfond (15 octobre 2020) – 432 pages – Broché (21,90€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Roxane Azimi

AVIS

Reçu dans le cadre d’une masse critique spéciale Babelio, ce roman devait être chroniqué sous forme d’une lettre adressée à la personne de notre choix…

Coucou Fab,

Confinement oblige, je ne vais pas pouvoir te parler dimanche chez papa du dernier Coben que j’ai lu. Et comme tu n’aimes pas trop les mails et que j’en ai marre du téléphone qui semble être devenu une extension de mon oreille ces derniers mois, je ressors ma plus belle plume (oui, je vends du rêve) et une feuille pour t’envoyer une petite lettre.

D’habitude, c’est plutôt avec papa que je parle livre, mais comme tu sembles avoir apprécié le roman de l’auteur que je t’ai offert à Noël, je me suis dit que celui-ci pourrait également te tenter. Je ne sais pas si tu te souviens, mais je t’avais expliqué que ce qui fait le charme d’Harlan Coben et qui rend ses romans si addictifs, c’est sa manière de proposer des intrigues percutantes qui se lisent vite et bien ! Et L’inconnu de la forêt ne déroge pas à la règle puisque j’ai profité d’un jour férié pour le lire d’une traite ou presque. Alors on ne retrouve pas forcément le suspense haletant qui fait également la marque de fabrique de l’auteur, mais cela n’ôte en rien le plaisir que l’on prend à se plonger dans son esprit parfois tortueux… Si le suspense n’est pas ce qui caractérise ce roman, la tension est, quant à elle, bien présente jusqu’à devenir presque étouffante dans la dernière ligne droite durant laquelle les événements s’enchaînent et les révélations pleuvent. Je me suis d’ailleurs laissée surprendre par le fin mot de cette histoire, plus complexe qui n’y paraît, qui mêle avec brio politique, dérives des médias et des réseaux sociaux, disparition et harcèlement scolaire.

D’ailleurs, tu te souviens d’Anthony et sa bande ? Eh bien, l’auteur nous en propose ici une version encore plus démoniaque. À côté de Cash et de ses potes, l’équipe de harceleurs de notre primaire et du collège fait bien pâle figure ! La victime de ces énergumènes aussi riches que décérébrés ? Une pauvre fille du nom de Naomi qui semble porter son statut de victime et de punching-ball sur sa figure et jusque dans le moindre de ses gestes. Mais le souffre-douleur disparaît une fois avant d’être retrouvé puis de disparaître à nouveau. Fugue, encore un jeu idiot d’une adolescente prête à tout pour être enfin acceptée par ses bourreaux ou le pire, cette fois, est-il à craindre ? Si les policiers ne semblent pas prendre l’affaire très au sérieux, la question de sa sécurité se pose quand un autre adolescent disparaît à son tour. Les deux affaires sont-elles liées ?

Si tu veux le savoir, il va te falloir lire le roman que je te prêterai volontiers une fois qu’on pourra se voir. Mais dans ma grande mansuétude, je vais quand même t’en dire un peu plus, notamment sur un personnage énigmatique comme on les aime, Wilde. Sa psychologie n’est pas développée outre mesure, mais je sais que cela ne te dérange pas et puis, vu son histoire personnelle, ça semble plutôt cohérent. En effet, Wilde est un enfant des bois, un enfant retrouvé dans la forêt sans que jamais personne n’ait jamais pu retrouver les siens ou retracer les premières années de sa vie. Privé de mémoire et de passé, Wilde s’est donc développé, une fois la civilisation retrouvée, comme il l’a pu. Une histoire particulière dont il garde des traces comme un cauchemar récurrent et l’impossibilité de nouer des liens sociaux avec autrui. Alors il a bien eu un meilleur ami, décédé depuis, et se sent proche du fils de ce dernier, pour lequel il joue le rôle de tonton, mais difficile pour lui de s’enfermer dans des relations conventionnelles… Un homme sans attache, mais attachant, que l’on prend plaisir à suivre et que l’on aimerait beaucoup retrouver dans d’autres aventures.

Et c’est cet homme énigmatique qui va mener l’enquête autour de la disparition de Naomi suite à la demande d’une avocate pénaliste et animatrice télé septuagénaire, elle-même sollicitée par Matthew, son petit-fils et filleul de Wilde. Hester m’a un peu fait penser à mamie, avant qu’une araignée lui grignote la mémoire, par son humour, sa pugnacité, son mordant et son sens de la répartie. Une mamie badass que tu devrais autant apprécier que moi, même si je pense que tu seras peut-être un peu moins sensible que je l’ai été à sa vie personnelle, entre l’envie d’être proche de son petit-fils et les papillons qui s’éveillent grâce à un certain chef de police… En revanche, je ne doute pas que tu sois touché par sa difficulté à faire le deuil d’un fils trop tôt décédé…

En plus de l’enquête pour retrouver les deux adolescents disparus, l’une paria et l’autre star du lycée, il y a un aspect plus politique dans ce roman, un point qui ne semble pas avoir convaincu tous les lecteurs bien que, pour ma part, je l’ai trouvé intéressant, surtout si l’on considère l’élection américaine qui vient de se terminer. On retrouve d’ailleurs ce côté opposition franche et farouche entre deux hommes politiques, l’un présenté comme le diable en personne, un anarchiste capable de mettre l’Amérique à genoux, et l’autre comme un fervent patriote, prêt à tout pour protéger son pays. Mais Rusty Eggers est-il aussi dangereux que Saul Strauss semble le penser ? Une bonne question avec, en sous-texte, une autre à laquelle Machiavel a déjà répondu, la fin justifie-t-elle les moyens ? Jusqu’où peut-on aller pour défendre ses idéaux et son pays ?

Cette dimension politique permet également à l’auteur de présenter les failles du système judiciaire américain qui nécessite parfois de bafouer les droits des uns, plus particulièrement s’ils ne sont ni blancs ni riches, pour garantir l’ordre et un pseudo-sens de la justice. Dans cette optique, même des victimes peuvent finir par choisir d’endosser le rôle de bourreau par confort personnel et volonté de préserver leur confort matériel et leurs acquis sociaux. Une nouvelle preuve que contrairement à une vision binaire et simpliste de la vie défendue par certains, la réalité est bien plus complexe et teintée de gris, chacun d’entre nous étant du capable du meilleur comme du pire… 

Je vais m’arrêter là parce qu’il y a des chances que pendant que tu lis cette lettre, Éva et Émeric aient déjà mis le salon sens dessus dessous et qu’une dizaine de mini-drames autour de doudous sournoisement subtilisés se soient déjà joués. Mais si les petits monstres te laissent un peu de temps, tu sais vers quel livre te tourner…

Je remercie Babelio et les éditions Belfond de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Le jardin des mensonges, Amanda Quick

Couverture Le jardin des mensonges

Ursula Kern fait face à la pire crise de sa carrière, et de son existence. Son employée et amie Anne est retrouvée morte et la police conclut à un suicide. Mais Ursula ne peut y croire : des indices probants lui font soupçonner un meurtre. Elle décide donc de mener l’enquête en remplaçant Anne sur son lieu de travail. « Une folie ! » la met en garde Slater Roxton, un riche archéologue qui lui impose sa présence troublante pour résoudre cette sombre affaire. Entre un assassin à débusquer et Slater, dont la personnalité énigmatique cache un tempérament ardent, Ursula comprend vite qu’elle court au-devant de grands dangers…

J’ai lu (31 octobre 2018) – 376 pages – Poche (7,40€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Si j’apprécie la collection Aventures et passions des éditions J’ai lu, c’est le titre du roman qui m’a poussée à le lire puisqu’il contenait le mot jardin tiré au sort dans le cadre du Challenge 1 mot, des titres. Comme toujours avec cette collection, j’ai passé un bon moment de détente, mais je dois concéder, à regret, que je n’ai pas forcément ressenti les petits papillons que d’autres romances historiques m’ont procurés. La faute, probablement, à une histoire qui manque peut-être d’un peu de peps…

L’enquête au cœur du récit est intéressante, mais pas trépidante, surtout si comme moi, vous aimez les romans policier. Même chose du côté de la romance en trame de fond qui ne s’est pas révélée aussi piquante et mordante que je l’aurais souhaité. Or, ce sont les échanges passionnés et les réparties qui fusent qui déterminent l’attachement que je peux ressentir envers des personnages et leur histoire d’amour. Mais cela n’ôte rien à la maîtrise avec laquelle Amanda Quick tisse sa toile autour de ses personnages, les poussant progressivement et inexorablement à se rapprocher… 

Ursula est une femme admirable qui, après un scandale ayant entaché gravement sa réputation, a dû rebondir et se réinventer une vie à son image et à la hauteur de ses talents. Entrepreneuse dans l’âme, intelligente et travailleuse, elle a ainsi monté une agence de secrétariat qui connaît son petit succès et bénéficie d’une certaine reconnaissance. Rien donc ne la prédisposait à se lancer dans une enquête policière si ce n’est la mort de son amie et employée, Anne. La thèse officielle parle de suicide, mais Ursula en est persuadée, Anne a été assassinée !

Elle décide donc de se lancer sur la piste de son meurtrier et trouve un soutien inattendu en la personne d’un client et riche archéologue, Slater. Ce gentleman se refuse à la laisser prendre des risques inconsidérés et met donc ses ressources financières, son personnel de maison et son intelligence à son service. Surprise dans un premier temps, Ursula ne peut qu’accepter cette aide inespérée, son enquête la mettant dans des situations délicates, voire franchement dangereuses. Être une excellente patronne, secrétaire et sténographe ne vous prédispose pas, en effet, à affronter la mort de près, comme notre intrépide héroïne va le découvrir.

De fil en aiguille, on remonte la piste du meurtrier d’Anne avant de comprendre que la jeune femme, trop téméraire pour son propre bien, s’est probablement lancée dans une affaire bien trop importante pour elle, et qu’elle en a payé le prix fort. Et si derrière l’ambiance feutrée des salons, les jardins luxuriants et merveilleusement entretenus d’une lady et les apparences d’un monde aristocratique policé, la réalité était bien plus sordide ? Drogue, prostitution, manipulation, chantage… Il n’y a pas à dire, l’aristocratie anglaise n’a rien à envier aux petits voyous des bas-fonds de Londres. Mais à trop jouer avec le feu, ne risque-t-on pas de se brûler et de tomber sur plus fort et sournois que soi ?

J’ai apprécié de suivre nos personnages dans leurs investigations, mais je n’ai jamais ressenti les frissons d’une traque ou le suspense d’une bonne histoire policière. On est dans une enquête assez convenue qui bénéficie d’un bon rythme, mais qui n’a pas su me tenir en haleine d’autant qu’à mesure que l’on apprend à connaître la personnalité de la victime, l’envie de découvrir son assassin s’amenuise. Évidemment, un meurtre se doit d’être puni, mais Anne ne se révèle pas assez sympathique pour qu’on ait envie qu’Ursula prenne des risques pour lui rendre justice.

Car, à l’inverse d’Anne, on se prend rapidement d’affection pour Ursula qui se montre courageuse, peut-être un peu trop au goût de Slater qui préférerait la savoir à l’abri dans son bureau qu’en plein milieu d’une enquête pour meurtre. Mais malgré ses craintes, il veille à ne jamais se montrer directif ou autoritaire, ce qui ne l’en rend que plus sympathique. Ainsi, il respecte et admire la pugnacité et la force de caractère d’Ursula, ces qualités faisant vibrer le cœur de cet homme sur lequel plane un certain mystère savamment entretenu par l’autrice. Nous sommes dans une romance, vous vous doutez donc qu’il y aura un rapprochement entre les deux partenaires, mais c’est fait avec beaucoup de naturel et de tact. Complices et complémentaires, Ursula et Slater semblent faits pour s’entendre sans néanmoins que l’un soit une pâle copie de l’autre ou que leurs sentiments amoindrissent leur personnalité.

Leur entente ne fait donc aucun doute, mais n’empêchera pas certains petits malentendus et autres incompréhensions. Il faut dire qu’Ursula, échaudée par son premier mariage, et Slater, encore affecté par une épreuve traumatisante, ne sont pas les personnes les plus expressives et expansives qu’il soit. Heureusement, leur attirance physique et intellectuelle sera assez forte pour les pousser l’un vers l’autre, sans oublier le petit coup de pouce de la mère de Slater, certaine qu’Ursula est la femme qu’il faut à son fils.

En plus de ce joli duo plein de tendresse, j’ai apprécié les personnages secondaires qui ne prennent pas une place prépondérante dans l’intrigue, mais qui possèdent cette touche d’originalité qui intrigue et éveille la curiosité des lecteurs. Slater, malgré les ragots de la presse sur ses prétendues pratiques sexuelles déviantes, se révèle être un cœur tendre qui n’a pas hésité à embaucher, sur demande de sa mère, des comédiens ratés, ou en attente de représentations, pour leur éviter l’écueil de la rue. D’ailleurs, si ses employés sont amusants et hauts en couleur, ils ne correspondent pas vraiment à l’image que l’on peut se faire du personnel de maison d’un riche gentleman… Mais cette largesse de cœur, dont il se défend, ne doit pas faire oublier que Slater peut également se révéler être un redoutable ennemi pour ceux qui le menacent ou qui tentent de s’en prendre à l’élue de son cœur. Maniant aussi bien la diplomatie que la force brute, voici un personnage complexe, énigmatique, mais aussi terriblement attachant que ce soit dans sa prévenance envers Ursula ou son manque de confiance en lui quand il s’agit de son droit à être aimé.

En conclusion, Le jardin des mensonges est une romance historique, sous fond d’enquête policière, qui devrait ravir les amateurs de jolies histoires d’amour et de duos complices et complémentaires que l’on prend plaisir à suivre dans leurs péripéties et leurs échanges. Agréable et sympathique à lire, voici un roman qui offre un bon moment de divertissement alternant entre action et tendres sentiments.

The Mystery of Alice, Lee Bacon

An enthralling and inventive thriller, only on Audible

Thirteen-year-old Emily Poe has been given the opportunity of a lifetime: A chance to attend the exclusive Audyn School in Manhattan. But to win the scholarship, she has to pass a test like nothing she’s ever experienced before: A nearly bare room, a set of strange clues, a locked door. And a mysterious organization – the Leopold Foundation – that’s watching her every move.

But the real test has just begun. Despite the strange circumstances – in a new house, at a new school – Emily instantly bonds with fellow scholarship winner Alice Wray.

And then Alice goes missing.

Chronicling every surprising twist and turn of her search through her own private video diary, Emily sets out to find the truth behind Alice’s disappearance. Soon she’s drawn deep into the inner circle of the Audyn School’s elite, the Nobility, who each have secrets of their own. As clues and lies mount, Emily must sort truth from fiction to solve the Mystery of Alice before it’s too late.

Audible Originals (2 mai 2019) – 6 heures et 24 minutes

AVIS

Écouté en anglais, j’ai beaucoup apprécié ce thriller young adult que je regrette de ne pas avoir écouté de manière plus rapprochée puisque j’ai laissé passer plusieurs semaines avant de le terminer, plus par manque de temps que d’envie.

Après une invitation inattendue de la part d’une fondation caritative dont elle n’avait jamais entendu parler et un test passé de justesse, Emily intègre une prestigieuse école et y retrouve Alice rencontrée lors de l’épreuve de sélection. Très vite, les liens entre les deux adolescentes se resserrent jusqu’à ce qu’Alice préfère passer son temps avec le groupe le plus huppé de l’école… Une énième histoire d’amitié entre adolescentes qui se termine avant d’avoir eu le temps de véritablement compter ?

On aurait pu le croire jusqu’à ce qu’Alice disparaisse mystérieusement ! Emily se lance alors dans une enquête pour retrouver son ancienne amie avant de réaliser qu’elle ne la connaissait peut-être pas aussi bien que cela. Dans sa délicate entreprise, elle pourra heureusement compter sur l’aide de Nathan, à moins que ce dernier n’ait joué un rôle dans la disparition d’Alice… Les soupçons sur ce petit génie de l’informatique se font, en effet, de plus en plus nombreux à mesure qu’Emily découvre son obsession pour l’adolescente disparue. Elle n’aura alors pas d’autre choix que de se tourner vers les nouveaux amis d’Alice qui semblent aussi s’inquiéter de sa disparition et qui sont prêts à l’aider à la retrouver.

Je dois dire que j’ai été particulièrement happée par la tension et l’aura de mystère que l’auteur arrive à insuffler à son récit. Plus les pages défilent, plus on a l’impression de nager dans le noir ! Le suspense monte crescendo jusqu’à ce qu’Emily finisse par enfin découvrir la vérité… Une vérité que je n’avais pas anticipée, et que j’ai trouvée glaçante et quelque peu machiavélique au regard de l’âge des protagonistes. La dernière partie du roman se pare ainsi d’une noirceur qui m’a surprise et qui apporte une tout autre dimension à ce roman qui m’a captivée du début à la fin.

En plus d’un suspense bien amené et surtout géré avec constance, j’ai apprécié Emily qui se révèle aussi intelligente que courageuse et tenace. Elle ne comprend pas ce qui se passe, mais fera de son mieux pour retrouver Alice alors même que cette dernière l’a délaissée sans culpabilité, préférant bénéficier de la popularité et de l’argent de ses nouveaux amis. Si je n’ai pas apprécié Alice outre mesure, certaines révélations la concernant permettent d’un peu mieux comprendre ses agissements… Quant à Nathan, c’est un personnage ambigu dont on appréciera la personnalité avenante et la générosité, mais dont on craindra le côté maniaque, le poussant à enfreindre la vie privée de ses amies.

Les protagonistes sont assez jeunes, mais pour ma part, je n’ai pas trouvé cela dérangeant. Si on occulte un petit tic de langage d’Emily qui la rend d’ailleurs très réaliste, et des personnages secondaires qui manquent peut-être de profondeur selon les critères d’un adulte, Lee Bacon a réussi à mettre en place un roman qui peut plaire à un large public. J’ai ainsi pris un plaisir certain à enchaîner les sessions d’écoute et à me laisser emporter par l’enquête d’Emily qui, de fil aiguille, va finir par se demander si Alice a vraiment envie d’être retrouvée… Emily va aussi devoir gérer ses nouvelles amitiés à mesure qu’une autre se détériore. Une situation qui ne devrait pas manquer de parler à la plupart des lecteurs.

Contrairement à d’habitude, je ne vais pas détailler les sujets évoqués sous peine de vous spoiler, mais je peux néanmoins vous dire que l’auteur offre une petite critique bien sentie des nouvelles technologies et de leurs dérives, mais aussi des médias et du caractère malsain de certains mouvements populaires sur les réseaux sociaux. À cet égard, les réactions médiatiques m’ont choquée parce que plutôt réalistes…

Quant à la partie audio, je l’ai trouvé extrêmement vivante et dynamique, ce qui facilite grandement la compréhension et joue un rôle important dans l’envie de connaître le fin mot de l’histoire. J’ai également apprécié la manière dont Emily s’adresse directement à nous puisque l’histoire que l’on écoute est censée être la restitution de son journal intime entièrement filmé, la jeune fille ne lâchant jamais sa caméra. Un procédé original et diablement efficace pour créer une connivence entre nous et l’adolescente et nous donner le sentiment d’être au cœur de l’action !

En bref, voici un roman que je ne peux que conseiller aux jeunes adolescents en fonction de leur niveau d’anglais, aux personnes souhaitant se lancer dans un thriller sans craindre de tomber sur des scènes gores ou, tout simplement, aux adultes avides de découvrir une histoire pleine de tension et de suspense au sein d’une école où les amitiés ne sont pas ce qu’elles paraissent être.

Écoutez gratuitement le livre sur Audible stories

Héritages – Nina, Bénédicte Gourdon, Stéphanie Hans

Héritière d’un don surnaturel qui lui donne le pouvoir de guérison, Nina mène la vie normale d’une jeune femme moderne. Endeuillée par la disparition de son fiancé mort dans un accident, qu’elle n’est pas parvenu à sauver, elle hésite à accepter l’héritage de ce don magique. Jusqu’au jour où elle se découvre la proie d’un complot et réalise que l’accident dans lequel a péri son fiancé n’était pas le fruit du hasard. Elle comprend alors qu’elle a de puissants ennemis que son pouvoir semble particulièrement intéresser, et manifestement prêts à tout pour lui nuire. Ce thriller fantastique est le premier album du duo féminin Stéphanie Hans et Bénédicte Gourdon.

Dupuis (06 janvier 2011) – 56 pages – 14,50€

AVIS

La mention d’un don surnaturel, en plus d’une couverture intrigante, a suffi à me convaincre de me plonger dans cette BD que j’ai beaucoup appréciée.

L’entrée en matière est superbe avec une planche qui résume à elle seule la manière dont l’illustratrice réussit, page après page, à mettre en lumière les événements les plus importants, mais aussi tous ces petits détails qui nous font retenir notre souffle. Car suspense, tension et révélations ne manqueront pas de rythmer votre lecture !

En effet, si l’histoire aurait pu être un énième récit fantastique de sorcellerie, l’autrice nous propose un très efficace thriller fantastique qui nous plonge dans la vie de Nina, une femme qui possède, au bout des doigts, le pouvoir de guérir. Un pouvoir dont elle ne semble néanmoins pas mesurer toute l’étendue, mais aussi tout ce qu’il implique, jusqu’à ce qu’un événement dramatique la conduise sur les traces d’un passé trop longtemps ignoré.

J’ai adoré suivre Nina sur le chemin de la vérité, un chemin qui sera loin d’être un long fleuve tranquille puisqu’il sera parsemé d’embûches, de découvertes et d’une révélation fracassante ! À cet égard, j’ai été agréablement surprise de l’identité de la personne responsable des malheurs de Nina. J’ai craint, en début d’histoire, un antagoniste manichéen et stéréotypé agissant pour de vains motifs quand j’ai découvert un ennemi qui a bien su cacher son jeu et peaufiner des années durant son plan machiavélique. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que la quête de pouvoir est un aphrodisiaque très fort qui pousse à bien de terribles exactions…

Chose intéressante, le grand méchant de l’histoire, qu’on ne peut que condamner, dégage néanmoins une fragilité dans le regard que le talent de l’illustratrice restitue à merveille. Cela ne le rend pas attachant, mais lui apporte une certaine humanité qui, pour ma part, m’a étrangement touchée, un peu comme si à travers les illustrations, on pouvait s’approprier son débat intérieur entre raison et sentiments, entre velléité de perpétrer ses ambitions et culpabilité devant une trahison injustifiable et impardonnable !

Si j’ai trouvé le rythme de ce thriller haletant et la tension constante au point de me pousser à tourner les pages avec avidité, j’ai regretté que nous soit proposé un one-shot plutôt qu’une duologie. À la fin de ma lecture, j’ai ainsi eu le sentiment qu’il y aurait eu matière à approfondir la mythologie liée aux pouvoirs de Nina autour desquels flotte un certain flou. J’aurais également apprécié d’en apprendre plus sur une société secrète liée étroitement à la vie et au destin de Nina ainsi que sur un homme magnétique qui ne laissera pas la jeune femme indifférente.

Ce personnage introduit beaucoup de mystère, mais j’avoue avoir été quelque peu surprise et décontenancée par ce qui va se passer entre lui et Nina au regard du drame vécu par cette dernière… Mais je reconnais que c’est plus là un jugement de valeur de ma part qu’une quelconque critique sur le déroulé de l’histoire d’autant que chacun réagit à sa manière devant une épreuve.

J’ai, en revanche, apprécié le rôle de la meilleure amie dont le côté léger et libertin cache une femme de caractère et d’action bien décidée à aider Nina à se relever du drame qu’elle traverse. Ses interventions m’ont parfois semblé un peu brutales, moi qui suis plutôt une adepte de la douceur et de l’empathie, mais vu les circonstances, difficile de le lui reprocher. J’ai également trouvé Chloé d’une fidélité à toute épreuve surtout si l’on considère le manque de transparence de Nina qui, par crainte du rejet, ne s’est jamais confiée sur ses dons surnaturels…

Cette peur du rejet explique peut-être la raison pour laquelle Nina n’a pas essayé d’en apprendre plus sur ses pouvoirs, se contenant de les avoir en elle avant que les circonstances l’obligent à remonter les sources d’un don de guérison qui s’apparente parfois à une malédiction. Cette BD pose d’ailleurs, comme son titre le laisse supposer, une réflexion intéressante sur la notion d’héritage. Doit-on forcément accepter un destin imposé par sa filiation ou ne peut-on pas le reconnaître tout en décidant de choisir sa propre voie ? Chacun se fera sa propre opinion, mais ce qui est certain, c’est que Nina n’aura pas d’autre choix que de répondre à cette question en mesure de changer sa vie à jamais !

En conclusion, Héritages est un thriller fantastique particulièrement bien mené qui, en plus d’interroger la notion d’héritage, un fardeau autant qu’une force, nous plonge dans la vie d’une femme aux dons surnaturels qu’elle va devoir, plus que jamais, s’approprier afin de faire face à de terrifiantes révélations et d’être en pleine mesure de choisir son futur. Une enquête palpitante, entre ombre et lumière, sur les traces d’un héritage familial lourd de conséquences… Mon seul bémol est cette impression que si la fin conclut bien l’histoire, elle a, du moins pour moi, des allures de commencement même si je comprends que l’autrice ait préféré se concentrer sur le choix de Nina, et les circonstances l’ayant conduite à le prendre, que sur l’après.

La belle-mère, Sally Hepworth

La belle-mère par [Sally Hepworth, Maryline Beury]

Avocate appréciée pour son dévouement, Diana se bat pour améliorer le sort des réfugiés, mais elle se montre froide et distante, sinon blessante, envers les siens. Ce dont souffre Lucy, sa belle-fille, qui rêvait de trouver en elle une mère de substitution.

Dix années ont passé, et Diana vient de mourir. Elle se serait suicidée. Mais, à l’autopsie, nulle trace d’un cancer… Qu’est-il donc arrivé à Diana, dont le testament a été modifié peu de temps avant sa mort ?

Avec ce suspense psychologique, dans la lignée des succès de Liane Moriarty, Phoebe Morgan ou B.A. Paris, Sally Hepworth livre le portrait glaçant d’une famille en apparence harmonieuse. En apparence seulement

l’Archipel – 360 pages – Broché (21€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Maryline Beury

AVIS

Je commence toujours les thrillers des éditions de l’Archipel les yeux fermés, certaine de passer un bon moment de lecture. Et La belle-mère n’a pas échappé à la règle, bien au contraire ! Cette histoire m’a bluffée par sa justesse et son intelligence, l’autrice ayant su dépeindre à la perfection les méandres de l’âme humaine et ces différences de caractère qui finissent par engendrer d’interminables et inextricables problèmes de communication.

Si la mort de Diana soulève des questions, notamment quand la première thèse du suicide est écartée par la police, c’est, pour ma part, toute la partie psychologique qui m’a passionnée et donné envie de tourner les pages les unes après les autres. Car tout le génie de l’autrice réside dans sa capacité à partir du décès suspect de cette matriarche d’une famille fortunée pour délier les fils de tensions et de problèmes familiaux résidant, pour beaucoup, dans son intransigeance. En voulant le meilleur pour ses enfants, Diana a ainsi fini par instaurer, entre elle et eux, une infranchissable et délétère barrière…

Grâce à une narration alternée redoutable d’efficacité, jouant entre les époques et les personnages, l’autrice nous permet de mieux appréhender la vie de Diana jusqu’à son décès, mais aussi celle de sa belle-fille dont le présent se retrouve quelque peu bouleversé par la mort de cette belle-mère qu’elle a longtemps rêvée en mère de substitution. C’est d’ailleurs peut-être le point de départ des problèmes relationnels entre les deux femmes : Diana avait des qualités, mais l’instinct maternel et la chaleur humaine n’en ont jamais fait partie quand c’est tout ce qu’attendait d’elle Lucy… Mais peut-on vraiment reprocher à une personne de ne pas répondre à l’image fantasmée que l’on avait d’elle ?

Avec un titre comme La belle-mère, je m’étais attendue à découvrir une horrible marâtre bien décidée à punir la femme qui avait osé lui voler son fils. Mais c’était bien mal connaître l’autrice que de penser qu’elle tomberait dans un schéma aussi éculé ! Diana était tout sauf une femme méchante et possessive. C’était une femme altruiste et droite dans ses bottes avec une véritable éthique de vie dont certains devraient s’inspirer. Elle a toujours tout fait pour que ses deux enfants ne soient pas des « gosses de riches » qui se la coulent douce en comptant sur la fortune familiale, mais des adultes responsables et généreux capables de jouer un rôle positif dans la société comme elle le faisait elle-même avec son association venant en aide aux réfugiés.

Si l’intention était louable, l’intransigeance de Diana vis-à-vis de ses principes n’était pas forcément quelque chose de facile à vivre pour les siens d’autant que sa réserve naturelle pouvait aisément passer pour de la froideur… Je me suis prise d’affection presque immédiatement pour cette femme, peut-être parce que j’ai compris sa pudeur, sa manière de penser et ses difficultés à exprimer ses émotions. Et mon attachement n’a cessé de croître à mesure que l’on découvre ses blessures, les épreuves traversées, son engagement humanitaire et son amour sincère pour son mari, Tom. Un personnage jovial qui m’a parfois agacée par sa propension à laisser sa femme endosser le mauvais rôle… Mais cela a au moins permis à l’autrice de pointer les inégalités encore bien perceptibles entre ce que l’on attend d’une femme et d’un homme ou d’une grand-mère et d’un grand-père.

Malgré mon affection profonde pour Diana, j’ai parfois été décontenancée, voire choquée, par certaines de ses maladresses, mais surtout par son refus obtus de prêter de l’argent à ses enfants quand ces derniers en avaient vraiment besoin. Il y a une grande différence entre éduquer ses enfants pour qu’ils deviennent des adultes responsables et les laisser s’engluer dans leurs problèmes, a fortiori quand on passe son temps à s’occuper de parfaits inconnus… C’est le problème avec les positions extrêmes, elles finissent par nous couper des autres et faire plus de mal que de bien ! Un point soulevé ici avec force, vigueur et beaucoup de justesse.

Profondément humaniste, mais parfois inhumaine avec les siens, Diana est donc un personnage complexe dont j’ai adoré découvrir la psychologie, le travail de l’autrice étant d’une finesse remarquable et d’une profondeur rarement rencontrée dans un thriller. D’ailleurs, à la fin de ma lecture, j’ai vraiment eu l’impression d’avoir connu Diana et d’avoir, comme sa famille, dû faire mon deuil. Je crois que c’est la première fois que ça m’arrive et c’est assez déstabilisant, surtout au regard de la révélation finale qui m’a donné le sentiment d’un immense gâchis qui aurait pu être évité si seulement…

La démarche de l’autrice de mettre en parallèle la vie de Diana et celle de sa belle-fille m’a surprise au début, mais je l’ai trouvée intéressante, notamment pour lever le voile sur la mince frontière qui existe entre haine et amour, entre défiance et compréhension… Je reconnais toutefois que face à Diana, Lucy m’a semblé faire un peu pâle figure d’autant que je n’ai pas pu m’empêcher de la trouver assez injuste avec sa belle-mère. Beaucoup de ses griefs relèvent, pour moi, plus de ses propres attentes et projections que du comportement de Diana, certes un peu froide et intransigeante, mais pas cette horrible mégère dépeinte par Lucy.

Toutefois, au fil de l’intrigue, j’ai appris à apprécier Lucy que ce soit en raison de sa dévotion envers sa famille, ses émotions à fleur de peau ou de la manière dont elle a su faire le premier pas malgré ses blessures et ses espérances déchues… On sent à quel point, il était important pour elle d’entretenir des liens forts avec sa belle-mère de manière à combler l’absence pesante de sa propre mère. Cette belle-fille, qui aurait tant aimé redevenir simplement une fille, a donc su me toucher et me donner envie d’en apprendre plus sur elle, son passé et sa personnalité.

La relation passionnante entre Lucy et Diana, faite de déceptions et de malentendus, mais aussi de petits moments de compréhension mutuelle, rythme ce roman qui soulève également des thématiques fortes : la difficulté de s’intégrer dans un nouveau pays, la famille, les principes qui enferment au lieu de guider, l’argent et la manière dont il peut fausser les rapports humains, la maladie, le suicide, la maternité et le désir de maternité non assouvi qui peut finir par vous couper de tout et même de vous-même… Tout autant de thématiques importantes qui s’imbriquent naturellement à l’histoire venant renforcer l’effet hypnotique qu’elle peut avoir sur les lecteurs.

En effet, une fois les premières pages dévorées, il s’avère bien difficile de relâcher le roman d’autant que reste, en suspens, le mystère autour de la mort de Diana. Pourquoi a-t-elle menti sur son cancer du sein ? Si elle ne s’est pas suicidée, qui aurait pu vouloir la tuer ? Et pourquoi ? Il suffit de plonger dans la vie de sa famille pour se rendre compte que les potentiels coupables et les motifs ne manquent pas… Le suspense est donc là, diffus, mais bien présent…jusqu’à ce que l’horrible vérité finisse par éclater. L’enquête autour du décès de Diana n’est pas digne d’une grande série policière, mais sert plutôt à découvrir la vie de deux femmes très différentes, mais peut-être pas aussi incompatibles qu’il n’y paraît. Pour ma part, j’ai apprécié le cheminement de la pensée de l’autrice qui nous pousse à revoir nos relations avec autrui et à tenter de faire abstraction de nos projections pour se concentrer sur l’essentiel.

En conclusion, si vous êtes en quête d’un thriller glauque avec des meurtres à vous glacer le sang, ce roman risque de ne pas satisfaire vos appétits. Mais si vous avez envie de vous lancer dans une lecture subtile qui, sous couvert d’un décès suspect, vous plonge dans les arcanes de la pensée humaine et au cœur d’une famille complexe, La belle-mère devrait vous plaire. Entre suspense, malentendus, rancune, secrets de famille et thématiques fortes, attendez-vous à rester suspendus à ce roman jusqu’à la dernière ligne. Un thriller à la psychologie fine à lire de toute urgence !

Merci aux éditions de l’Archipel de m’avoir envoyé La belle-mère en échange de mon avis.

Écrit dans le sang, Edmonde Permingeat

Couverture Écrit dans le sang

La jeune Maya, une rousse sulfureuse, tombe en panne un soir d’été devant la grille de la Giraudière, un manoir perdu en pleine campagne tarnaise. Elle y est accueillie.
Mais, à peine installée dans cette étrange demeure où vit la famille Rascol, la « belle aux yeux de chatte » va jouer de sa séduction pour exacerber tous les conflits latents. Aucun membre de cette grande fratrie n’échappera à son emprise.
Quelques jours plus tard, elle disparaît de façon subite et inexpliquée… Avec les taches de sang laissées sur le tapis et les murs, sa chambre a tout d’une scène de crime.
Qu’est-il advenu de Maya ?
Une intrigue psychologique où jalousie et vengeance distillent un suspense angoissant.

L’Archipel (9 juillet 2020) – 456 pages – Broché (20€) – Ebook (14,99€)

AVIS

L’autrice nous plonge d’emblée dans un prologue super intrigant avec des airs d’Indiana Jones, version criminelle ! Extrait d’un roman fictif, son intérêt prendra tout son sens dans la suite de l’histoire et offre une belle mise en abyme que j’ai, pour ma part, appréciée... Puis nous découvrons, petit à petit, les différents membres de la famille Rascol réunis pour les vacances dans le manoir familial, demeure permanente pour l’un, propriété secondaire pour les autres. La famille va accepter d’héberger provisoirement Maya, une jeune femme dont la voiture est tombée en panne près du manoir, sans se douter de l’engrenage infernal dans lequel elle a mis le doigt.

Mais ne vous laissez pas tromper par cette bonne action, le portrait de famille des Rascol étant loin de faire rêver. Le grand-père, maintenant décédé, était un pilleur de tombe, voire pire, qui ne s’est jamais occupé de ses trois fils. L’aîné, Stéphane, écrivain raté, est cynique et méchant quand le cadet, Frédéric se révèle arrogant et imbu de lui-même dénigrant avec force jusqu’à ses propres enfants pas assez bien pour lui et sa brillante carrière. On aurait pu prendre ces derniers en pitié, mais ils ne se montrent pas non plus sous un jour favorable : Hugo, le beau gosse de service ne pense qu’à s’amuser et ne supporte pas qu’une fille lui préfère un autre, et sa jumelle, Marion, est jalouse à l’extrême et possessive. Des caricatures de gosses de riche nés avec une cuillère dans la bouche à qui tout est dû même s’il est vrai que Marion semble avoir travaillé dur pour réussir son agrégation… Un concours qui lui est passé sous le nez, ce qu’elle aura du mal à digérer.

Heureusement que le dernier des trois frères Rascol, Clément, semble bien plus sympathique, bienveillant et débonnaire au point qu’on se demande comment il arrive à côtoyer ses frères. Sa femme est adorable et aimante, et son fils surdoué, étudiant en médecine, attire, du moins dans un premier temps, la sympathie. Je me suis ainsi reconnue dans sa timidité maladive et ce sentiment de n’être pas à sa place parmi les gens de son âge. Toutefois, sa vision bien trop poussée de l’amour courtois a fini par m’agacer… On peut traiter avec respect les femmes sans les mettre sous cloche et se montrer cucul la praline.

Quant à Maya, elle s’est révélée détestable et manipulatrice bien que j’aie apprécié de suivre ses pensées couchées dans les pages de son journal intime. Cette jeune femme énigmatique aurait pu apporter une certaine dose de suspense, sa présence dans le manoir apparaissant rapidement comme suspecte, mais il n’est pas difficile de comprendre ses motivations… Sa disparition soudaine, dans des circonstances suspectes, soulèvera néanmoins quelques questions chez les lecteurs : que lui est-il arrivé ? Pourquoi tout ce sang ? Est-elle morte ? Si oui, qui l’a tuée ? Où est son corps ? Si des gens sensés auraient tout de suite appelé la police pour faire le point sur cette inquiétante disparition, les Rascol préfèreront opter pour une solution plus radicale. Mais avec une famille aussi perturbée et dysfonctionnelle, on ne s’étonnera de rien..

En d’autres mots, si vous avez besoin de vous attacher aux personnages d’un roman pour apprécier votre lecture, vous risquez ici d’avoir du mal… À cela s’ajoute un point encore plus problématique pour moi : le manque de nuance. Tous les personnages, ou presque, sont caricaturaux à l’extrême et manquent cruellement de complexité. Il en ressort des comportements invraisemblables et peu crédibles, le tout accompagné d’énormes coïncidences et de grosses ficelles que l’on voit venir à des kilomètres à la ronde. Ce manque de subtilité et de finesse m’a frustrée d’autant que le roman possède quand même quelques atouts et des idées intéressantes.

L’écriture de l’autrice est fluide et agréable, ce qui rend la lecture rapide malgré un suspense quasiment inexistant pour les personnes ayant l’habitude de lire des thrillers. Je reconnais toutefois m’être complètement laissée berner par le retournement de situation final qui apporte un certain cachet au roman… J’ai, en outre, apprécié la présence omniprésente de la littérature que ce soit dans les références littéraires que l’on rencontre au fil des pages, cette idée d’écriture comme catharsis qui me plaît beaucoup ou encore, la figure de l’écrivain raté, cynique et désabusé…

À cet égard, si j’abhorre la littérature élitiste défendue par Stéphane qui exclut, au lieu de rassembler les lecteurs autour de l’amour des livres, je reconnais que certains de ses propos ne manquent pas de pertinence. Je pense, par exemple, à ces scènes de sexe devenues omniprésentes dans les livres comme si c’était un moyen en vogue de s’assurer du succès d’un ouvrage. D’ailleurs, comme pour illustrer les propos de notre écrivain et le faire enrager un peu plus, Écrit dans le sang contient pas mal de coucheries bien que l’autrice n’entre pas dans les détails. À défaut de m’avoir pleinement convaincue (on tombe de nouveau dans la surenchère), ces scènes de sexe ont au moins le mérite de mettre en lumière l’un des aspects de la personnalité ambivalente de Maya que je vous laisserai le soin de découvrir…

Malgré mon absence d’attachement aux personnages, il n’en demeure pas moins que j’ai eu envie de faire toute la lumière sur leurs secrets, leurs petites affaires, leurs mensonges et autres trahisons. Parce que si Maya a mis le feu aux poudres en distillant ses mensonges et son venin, elle n’a pas eu besoin de faire grand-chose pour embraser une famille déjà encline à l’hypocrisie, à la jalousie, aux faux-semblants et à la méchanceté. Ce n’est finalement qu’une allumette qui a mis le feu à une forêt viciée et aride ! De fil en aiguille, on en vient donc à découvrir toute la perfidie des personnages et leur manque cruel de morale. Seuls Clément, sa femme et son fils semblent avoir une conscience, mais cela sera-t-il suffisant pour les protéger du danger qui plane sur le manoir et leur vie ? La vengeance est bien souvent aveugle et froide, et ne fait que très rarement la distinction entre les gentils et les méchants, les coupables et les innocents…

En conclusion, malgré un prologue qui annonçait un roman empli de tension et de suspense avec une histoire prenante de vengeance,  Écrit dans le sang n’a pas répondu à mes attentes. Si l’idée de plonger dans les affres et les petits secrets d’une famille complètement dysfonctionnelle était plaisante, la mise en œuvre m’a semblé manquer de crédibilité et de subtilité. Entre les personnages caricaturaux dont les comportements extrêmes paraissent peu probables, la succession de meurtres digne d’un slasher movie et l’absence de réel suspense, l’amoureuse des thrillers psychologiques en moi n’a pas été comblée. Le roman possède néanmoins quelques atouts : une écriture simple et facile à lire, des réflexions intéressantes autour de la littérature, un retournement de situation inattendu qui donne un peu plus de profondeur au récit… Comme d’habitude, si le livre vous intrigue, je vous invite donc à vous forger votre propre opinion d’autant qu’il semble avoir reçu un accueil plutôt favorable sur le net.

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

All eyes on us, Kit Frick

All Eyes on Us

Pretty Little Liars meets People like Us in this taut, tense thriller about two teens who find their lives intertwined when an anonymous texter threatens to spill their secrets and uproot their lives.

PRIVATE NUMBER: Wouldn’t you look better without a cheater on your arm?

AMANDA: Who is this?

The daughter of small-town social climbers, Amanda Kelly is deeply invested in her boyfriend, real estate heir Carter Shaw. He’s kind, ambitious, the town golden boy – but he’s far from perfect. Because behind Amanda’s back, Carter is also dating Rosalie.

PRIVATE NUMBER: I’m watching you, sweetheart.

ROSALIE: Who IS this?

Rosalie Bell is fighting to remain true to herself and her girlfriend – while concealing her identity from her Christian fundamentalist parents. After years spent in and out of conversion « therapy », her own safety is her top priority. But maintaining a fake straight relationship is killing her from the inside.

When an anonymous texter ropes Amanda and Rosalie into a bid to take Carter down, the girls become collateral damage – and unlikely allies in a fight to unmask their stalker before Private uproots their lives.

PRIVATE NUMBER: You shouldn’t have ignored me. Now look what you made me do..

Blackstone Audio, Inc. – 04 juin 2019 – 10h26 minutes

AVIS

C’est en parcourant le catalogue Audible Stories que je suis tombée sur ce thriller young adult dont le résumé m’a tout de suite intriguée.

Et je dois dire que j’ai trouvé la lecture aussi entraînante que révoltante ! L’autrice, à travers cette histoire aborde, entre autres, le thème de l’homophobie et comment celle-ci peut contraindre une jeune fille à devoir mentir à sa famille afin de ne pas être rejetée. Rosalie aime les filles. Dans un monde idéal, cela n’aurait aucune importance, mais dans le monde de l’adolescente, cela change tout et fait de sa vie un véritable enfer.

Les parents de la jeune fille, membre d’une communauté chrétienne fondamentaliste, l’ont élevée dans l’idée qu’une jeune fille bien n’a pas le droit d’éprouver de l’amour pour une autre fille. Jamais. Obsédés par cette idée, ils n’ont ainsi pas hésité à inscrire Rosalie de force à une thérapie de conversion quand l’adolescente leur a avoué son homosexualité. Un comportement indigne de parents aimant et d’une violence psychologique indescriptible pour Rosalie. L’autrice n’entre pas dans les détails, mais l’on sent que cette expérience a profondément marqué l’adolescente qui, pour ne pas revivre cet enfer, préfère leur cacher sa relation avec sa petite amie, Paulina, en simulant une histoire d’amour avec le beau et riche Carter.

Comment ne pas être révolté devant des parents qui traitent leur fille comme une malade qui aurait besoin d’être guérie d’un mal insidieux la détournant du droit chemin et de la parole de Dieu ? Alors que des parents sont censés aimer leurs enfants inconditionnellement, ceux-ci n’aiment leur fille que sous condition d’hétérosexualité ! Rosalie pourrait partir, les parents de sa petite amie étant prêts à l’accueillir, mais ce n’est pas facile pour une adolescente de devoir rompre avec les siens, même intolérants, et surtout, d’abandonner sa petite soeur dont elle est très proche… Car elle ne se fait pas d’illusions, si elle vit son homosexualité au grand jour, ses parents l’enverront de nouveau en thérapie de conversion et la rayeront de leur vie si elle arrive à s’échapper de leur emprise. Pire, ils l’empêcheront de voir sa soeur…

Carter, cet héritier d’un empire de l’immobilier plutôt sympathique, représente alors un bon moyen pour Rosalie de pouvoir continuer à voir Paulina tout en faisant croire à ses parents qu’elle est « guérie ». Mais, le beau et riche Carter a déjà une petite amie, Amanda, qui est bien décidée à passer le reste de sa vie avec ce dernier quitte à fermer les yeux sur ses incartades. Après tout, Rosalie n’est pas la première et ne sera pas la dernière fille avec laquelle son petit ami passera quelques bons moments. La situation aurait donc pu rester ainsi si une personne ne s’amusait pas à menacer de dévoiler les petits secrets des deux adolescentes… 

De fil en aiguille, on en vient à se poser des questions sur la réelle motivation de ce harceleur fort peu courageux qui se cache derrière l’anonymat, et dont les menaces par sms se font de plus en plus pesantes. Devant l’ampleur de la situation, les deux adolescentes finissent par travailler main dans la main afin de l’identifier et de le faire tomber. En effet, si Rosalie ne peut pas le laisser dévoiler sa relation avec Paulina à ses parents sous peine de retourner en thérapie de conversion à laquelle elle ne résistera pas psychologiquement, Amanda, quant à elle, ne peut pas le laisser s’immiscer dans son couple.

Ses parents ne sont plus aussi fortunés que par le passé et de sa future union avec Carter dépend leur situation financière. J’ai été bien plus touchée par la vie de Rosalie, mais force est de constater qu’Amanda n’a pas non plus une existence des plus joyeuses. Derrière son apparente superficialité, son physique de rêve et sa popularité, elle subit une certaine pression familiale, notamment de la part de sa mère bien décidée à profiter des atouts physiques de sa fille pour garder son ancien train de vie et asseoir son statut social. Amanda m’a parfois agacée par son obsession pour Carter, mais on comprend que c’est plus celle de sa mère que la sienne…. Heureusement, au gré des épreuves et des coups durs, elle dévoile une vulnérabilité qui la rend attachante. Elle évolue, s’affirme et commence à entrevoir que sa vie n’est pas irrémédiablement liée à son goujat de petit ami et qu’elle n’a pas à porter l’avenir de ses parents sur ses épaules…

J’ai également apprécié l’évolution de la relation entre Amanda et Rosalie. Elles ne deviennent pas les meilleures amies au monde, mais elles développent une forme de respect et d’amitié. Il faut dire qu’elles devront apprendre à compter l’une sur l’autre, la traque du harceleur anonyme se révélant bien plus ardue et périlleuse que prévu d’autant qu’elles ne peuvent pas vraiment s’appuyer sur leurs parents… Comme souvent dans les thrillers young adult, j’ai rapidement deviné l’identité du coupable, mais je n’avais pas anticipé ses motivations. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que certains sont prêts à tout, même au pire, pour se libérer d’une cage qu’ils ont pourtant forgée eux-mêmes.

Tout au long du récit, l’autrice joue avec nos nerfs, nous met sur de fausses pistes, nous pousse à douter et fait monter la tension crescendo. Cela rend la lecture assez addictive tout comme le travail réalisé sur la psychologie des deux héroïnes qui est, pour moi, le point fort de ce roman. L’enquête est intéressante, mais elle permet surtout de mettre en lumière des thématiques fortes : l’affirmation de soi, l’extrémisme religieux, l’homophobie, le poids des injonctions familiales et sociétales, les parents défaillants, l’alcoolisme, l’amour, l’amitié…

Si les parents des deux adolescentes sont défaillants, il existe néanmoins quelques adultes responsables et plus ouverts même si leur rôle reste assez minime dans l’intrigue. On appréciera également la manière dont l’autrice souligne avec subtilité l’importance de se faire aider quand on appartient à la communauté LGBT+ et que l’on se sent menacé. J’ai également trouvé très touchante et inspirante Rosalie qui va réussir à se libérer de ses parents grâce, entre autres, à son courage, sa force de caractère et l’aide d’une association et de certaines personnes. Un joli message d’espoir qui, je l’espère, apportera un peu de réconfort aux personnes victimes d’homophobie.

Dans ce roman, il est question de fanatisme religieux, mais l’autrice montre également qu’il est possible de concilier foi et homosexualité comme l’ont très bien compris les parents de Paulina qui ont soutenu leur fille dès l’annonce de son homosexualité. De la même manière, si Rosalie rejette une foi qui la contraindrait à renier ce qu’elle est et ses sentiments, elle développe sa propre relation à Dieu, une relation empreinte d’amour et de tolérance. Je ne suis pas croyante, mais si je l’étais, c’est le genre de foi vers laquelle je me tournerais.

Quant à la partie audio, je l’ai trouvée plutôt convaincante : les narratrices trouvent le ton juste pour nous faire ressentir toutes les émotions de Rosalie et d’Amanda, mais également la pression quotidienne qu’elles subissent, chacune pour des raisons bien différentes. Le niveau d’anglais m’a, en outre, semblé plutôt abordable, le vocabulaire demeurant relativement simple et ancré dans le quotidien.

En bref, sous couvert d’une enquête pleine de tension et auréolée d’un certain mystère et suspense, l’autrice aborde ici des thèmes importants comme l’homophobie et la difficulté pour des jeunes filles de se libérer de leurs chaînes afin de se construire un avenir à l’image de leurs rêves et non des attentes de leurs parents et de leurs communautés. Haletant, révoltant et émouvant à la fois, All eyes on us est un roman avec un beau message de tolérance qui ouvre également une réflexion pleine de justesse sur la nécessité de laisser chacun vivre sa sexualité et choisir la vie qui lui convient sans préjugé ni a priori.

Ecouter All eyes on us gratuitement sur Audible Stories (le roman existe également en version papier).