Sous le regard de Laria (tome 1), Chloé Garcia

Couverture Sous le regard de Laria

Le royaume de Linaria a toujours vécu en paix, sous la bienveillance de la déesse Laria. Le couronnement d’Ystar, fils du Tiane, représentant divin de la déesse, approche. Tous se préparent et entament le long chemin pour célébrer cet événement.
De son côté, sa sœur Via a d’autres soucis en tête. De terribles cauchemars l’assaillent et de puissants pouvoirs se développent en elle. Serait-elle une anomalie ? Ou pire, un monstre ?
À l’est, l’Elfe Lildrille, au sang maudit à la naissance, est interdit d’assister à la cérémonie. Il ne pourra passer du temps avec Via, qu’il aime secrètement. Alors qu’il fuit pour la rejoindre, une guerre familiale intestine fait échouer tous ses plans et le transforme en criminel.
Plus au sud, indisposée par une jambe cassée, la reine Cassiopée se terre dans son antre. Une terrible tragédie remet en cause son amour pour la déesse, alors qu’un attentat meurtrier avorte la cérémonie de couronnement.
La paix en Linaria survivra-t-elle ?

AVIS

Ayant beaucoup apprécié son recueil de nouvelles Un grain de magie, j’étais curieuse de retrouver la plume de Chloé Garcia, cette fois-ci dans un roman, Sous le regard de Laria. Ici, la plume de l’autrice se veut plus incisive et âpre à l’image du royaume de Linaria, qui traverse une période trouble au grand dam du Tiane, le représentant de la déesse Laria et la personne régnant sur les huit régences du royaume. Il semblerait que le futur couronnement d’Ystar, son fils, ne fasse pas l’unanimité, le jeune homme n’étant pas reconnu pour ses qualités de politicien, son intelligence ou son sens de la mesure. Quant au Tiane, il craint un fils dont les pouvoirs sont nombreux et puissants…

Au fil des pages, on réalise néanmoins que le couronnement d’Ystar n’est que l’élément qui permet de mettre en lumière des tensions sous-jacentes entre les différents peuples constituant le royaume. Officiellement, humains, Elfes, Grèdes, Nains… vivent tous en paix, unis par le même amour pour la déesse Laria. Officieusement, la situation est bien différente, les rivalités, le racisme, l’esprit belliqueux et/ou l’envie de pouvoir de certains venant fragiliser et menacer l’harmonie du royaume. Difficile dans ces conditions d’assurer la paix comme va le découvrir le Tiane, qui doit gérer les dissensions entre les régents, la remise en question de son pouvoir, des fanatiques, un attentat meurtrier et même un enlèvement….

Malgré ses responsabilités, le Tiane n’est pas au centre de ce roman polyphonique qui nous offre une galerie de personnages variés et absolument fascinants ! Je ne suis pas certaine d’avoir déjà suivi des personnages aussi ambivalents qui exercent une telle emprise sur les lecteurs. Entre révulsion, attraction, mépris, sympathie, empathie, incompréhension… nos émotions et notre cœur sont mis à rude épreuve. Les personnages pour lesquels on développe un certain attachement sont parfois capables de nous décevoir ou de commettre des choses contestables, alors que des personnages antipathiques de prime abord révèlent parfois une sensibilité à fleur de peau qui émeut plus qu’elle ne le devrait au regard de leurs actes. Bien que certains personnages soient du bon côté, du moins par rapport aux valeurs morales de notre société, impossible, dans ce roman, de définir une ligne nette et claire entre le bien et le mal, entre les méchants et les gentils. Une absence de manichéisme qui m’a beaucoup plu et parfois déstabilisée, dans le bon sens du terme.

Je me suis ainsi surprise à être fascinée et révulsée à la fois par une relation étrange et malsaine, empreinte d’amour, de haine, d’attraction et de répulsion. Une relation qui met à nu des personnes complexes : l’une en quête de pouvoir et de reconnaissance, quitte à y perdre toute chance d’être aimée pour ce qu’elle est ; l’autre en quête d’un amour total et symbiotique, quitte à se diluer dans une relation asymétrique et un jeu de domination, dont malgré toute sa puissance, elle ne pourra jamais sortir indemne…

Des liens beaucoup plus doux m’ont également plu, ceux entre la fille cadette du Tiane, Via, et sa suivante Nandra, qui joue tour à tour le rôle de garde du corps, de confidente, d’amie, voire de mère, la mère de Via ayant été assassinée en raison de sa supposée trahison. De par sa discrétion, son ouverture d’esprit, sa soif d’apprendre, son amour des livres, sa curiosité et sa gentillesse, Via est un personnage intéressant et touchant que l’on prend plaisir à suivre, d’autant qu’elle se démarque nettement de son frère, être arrogant par nature, et de sa sœur, une pimbêche superficielle. Mais j’avoue avoir développé un attachement particulier envers Nandra qui fera de son mieux pour prendre soin de sa protégée et l’aider à surmonter les cauchemars qui hantent ses nuits et l’épuisent. La suivante n’est pas parfaite et commettra des erreurs, certaines guidées par une foi aveugle et non dénuée de superstition, mais elle est sincère et agit toujours en son âme et conscience, ce qui est loin d’être le cas de tout le monde. 

En plus d’avoir su proposer et développer des personnages complexes et nuancés, l’autrice dote certains d’entre eux d’une aura de mystère que ce soit Via et ses étranges cauchemars dont on aimerait découvrir la provenance et la signification, un mage apparu presque comme par magie, un elf habité par des voix goguenardes dont l’influence n’est pas anodine, une reine manipulatrice à l’ambition bien affirmée, une reine morte dont on aimerait percer les secrets, une autre qui se réveille d’un coma prête à se lancer dans la bataille, du moins en coulisse… Ainsi, le mystère est bien présent tout comme l’influence des femmes qui semblent ici puissantes, que ce soit au niveau de la transmission ou de l’exercice du pouvoir. Mon seul regret serait que les reines de ce royaume semblent avoir toutes sacrifié, du moins en partie, leur vie de famille et leurs liens avec leurs enfants au profit de leurs responsabilités. Mais cela serait hypocrite de leur reprocher alors que cette défaillance parentale est largement admise quand il s’agit de dirigeants masculins. Quoi qu’il en soit, j’ai apprécié de trouver dans ce roman des figures de femmes fortes, intelligentes et déterminées, dotées d’un sens politique aiguisé.

Au-delà des personnages, le roman peut s’appuyer sur un univers riche, précis et complexe travaillé avec soin et méticulosité, ce qui facilite le sentiment d’immersion et le plaisir que l’on prend à s’approprier un environnement unique et fascinant, qui ne semble pas dénué d’aspérités. La découverte de l’univers passe aussi par celle d’un système de magie, peut-être un peu flou au début du roman, mais qui se dévoile progressivement à nous, dans ses bons comme ses mauvais côtés. Pour ma part, j’ai apprécié, entre autres, cette idée de flux magiques et de magie liée directement à la planète, poussant certains à rechercher un équilibre et une utilisation modérée et réfléchie de la magie. Une préoccupation qui ne sera pas sans rappeler le souci d’écologie de notre propre réalité. Le modèle magique développé par l’autrice se révèle également intéressant par la manière dont il reproduit les inégalités sociales de tout système humain et favorise les classes sociales les plus aisées. Ainsi, quand Nandra doit se cantonner aux sortilèges de base, Ystar a bien plus de liberté et de pouvoir. Pratique pour aider les plus puissants et les plus riches à garder la mainmise sur les moins nantis…

La dimension religieuse est également présente sans être écrasante, le royaume étant organisé selon la doctrine de la déesse Laria, supposée déesse de l’amour et de la paix. Néanmoins, entre les fanatiques et ceux se défiant de son culte, il semblerait que la déesse ait plus tendance à diviser qu’à unir. J’ai trouvé cette déesse, qui semble étrangement silencieuse en cette période troublée, bien ambigüe et pas forcément très en accord avec la vision de bienveillance qu’on lui associe… À moins qu’imposer sa propre vision du monde puisse être considéré comme bienveillant ! Dans tous les cas, cette figure religieuse soulève des questions intéressantes quant à la foi, ses dérives et ce que certain(e)s sont prêt(e)s à faire pour défendre leurs croyances.

En conclusion, entre un univers riche et varié que l’on prend plaisir à s’approprier, une situation politique désastreuse, des luttes entre des peuples supposés en paix, des complots, les manipulations des uns et les mensonges des autres, des personnages à la psychologie aussi tortueuse que finement travaillée, sans oublier un système de magie fascinant et hautement contrôlé, les lecteurs ne devraient pas voir le temps passer ni les pages défiler. Un roman à conseiller aux amateurs de fantasy ou aux personnes souhaitant s’initier au genre à travers une histoire riche et complexe, mais facile d’accès.

Je remercie Chloé Garcia de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

Lalie – Le monde caché de Naturia (tome 1) , Myriam Lorenz

Couverture Lalie, tome 1 : Le monde caché de Naturia

Suite à un accident, Lalie, douze ans, perd connaissance et se retrouve dans une forêt qui ne ressemble en rien à celle de sa région.

Comment a-t-elle atterri là ? Comment repartir ? Pourquoi ne croise-t-elle aucun animal ? Aucun cri d’oiseau ou d’écureuil, pas même un petit insecte ou une araignée à l’horizon !

Heureusement que Lucas est là pour lui expliquer le fonctionnement de ce monde merveilleux, mais aussi très dangereux, qu’est celui de Naturia.

Vous êtes prêts à suivre les aventures de Lalie avec ce premier tome ? C’est parti !

Books on demand (21 avril 2021) – 172 pages – Papier (9,99€) – Ebook (2,99€)
Couverture : Élodie Perez

AVIS

Voici un roman jeunesse que j’ai lu d’une traite, ayant apprécié l’imagination et la plume immersive de l’autrice, qui raviront aussi bien les enfants à partir de 9/10 ans que les lecteurs plus âgés. Les premiers pourront d’ailleurs aisément s’identifier à une jeune héroïne attachante et non dénuée de caractère, qui va vivre une aventure merveilleuse et dangereuse à la fois !

Lalie, une adolescente de douze ans comme les autres, du moins en apparence, ne supporte pas sa belle-mère, une horrible sorcière ! Et ce n’est pas une expression : l’adolescente en est persuadée, Ophélia est une véritable sorcière qui a envoûté son père. Mais Lalie a d’autres priorités que démasquer sa marâtre quand, suite à un accident de voiture, elle découvre un autre monde !

Un monde différent du nôtre où même en pleine forêt, on ne croise aucun animal et où aucun bruit ne vient rompre le silence. Heureusement pour elle, Lucas, qui semble avoir son âge, la découvre et la prend sous son aile, lui dévoilant un monde qu’elle n’aurait jamais imaginé croiser ailleurs que dans ses rêves. Un lieu féérique et dangereux où il n’est pas conseillé de sortir la nuit, mais où on trouve des youpamis, une créature entre le porc-épic et le caméléon, et même des dragons, du moins le fils d’une dragonne. La mythologie autour des dragons m’a particulièrement intéressée, notamment avec cette idée de sacrifice maternel qui, avec les dragons, prend une tout autre dimension.

Toutes les bonnes choses ayant une fin, les déambulations dans un monde magique y compris, Lalie finit par se réveiller dans une chambre d’hôpital… Aurait-elle rêvé ? Je ne répondrai évidemment pas à cette question, puisque j’ai pris plaisir à découvrir la manière dont l’autrice joue sur le doute de l’héroïne, avant de nous dévoiler, sans trop nous faire attendre, la réponse. Pour ma part, j’ai adoré suivre Lalie qui se montre attachante, courageuse, mais également mature, déterminée et réfléchie.

Si elle est décontenancée par tout ce qui lui arrive, sa curiosité prend vite le pas sur ses doutes ou la menace d’une belle-mère manipulatrice, pour laquelle elle n’éprouve que méfiance. La jeune fille se fait-elle des idées sur Ophélia qu’elle soupçonne de cacher sa véritable nature ? Pour le découvrir, il vous faudra lire le roman, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié le mystère entourant cette belle-mère, digne d’un bon conte. La propre mère de l’adolescente semble également cacher des choses et devient étrangement nerveuse dès que Lalie évoque la magie ou le surnaturel…

Bien que leur présence ne soit pas centrale, les adultes ne sont donc pas absents de ce roman, ce que j’ai apprécié. Quant aux amis de Lalie, ils se révèlent tous les deux sympathiques, mais très différents l’un de l’autre. En plus d’être adorable, prévenant et bienveillant, Lucas m’a touchée en raison de son histoire familiale, une histoire qui ne semble néanmoins pas l’affecter outre mesure. Il faut dire qu’il n’a pas forcément les mêmes critères de bonheur qu’un humain lambda. Quant à Éléonore, la meilleure amie de Lalie dans notre monde, elle se révèle plutôt sympathique. En amie fidèle, elle est prête à épauler Lalie dans ses recherches, malgré l’incongruité de la situation.

L’amitié tient une place importante dans ce roman, ce qui devrait plaire aux jeunes lecteurs. Mais l’autrice évoque également, sans lourdeur et avec une intelligence certaine, une problématique à laquelle beaucoup d’enfants et adolescents ont été ou seront un jour confrontés : le harcèlement scolaire, et plus particulièrement, le cyberharcèlement et ses conséquences. Plus que la thématique en elle-même, c’est la manière dont l’autrice l’aborde qui m’a convaincue et le message qu’elle fait passer quant au caractère néfaste de la vengeance. À cet égard, Éléonore fait preuve d’une maturité qui semble faire défaut à bien des adultes, refusant de répondre à la méchanceté par la méchanceté. J’ai, en outre, été impressionnée par la faculté de l’autrice à nous faire ressentir de la compassion pour un adolescent passé de bourreau à victime en un instant…

Les chapitres se déroulant dans notre monde ne manquent pas d’attrait, l’autrice les nimbant d’une bonne aura de mystère, mais c’est le monde caché de Naturia qui a exercé sur moi la plus forte attraction, au point de ne pas vouloir le quitter. J’ai ainsi pris plaisir à découvrir et à évoluer dans cet univers magique où l’émerveillement n’est jamais loin, malgré les dangers !

En conclusion, enfants, adolescents et adultes devraient apprécier de se laisser prendre par la main par une jeune héroïne courageuse, mais pas intrépide, qui, sans le vouloir, vient peut-être de réveiller des secrets bien enfouis… pour le meilleur et pour le pire. Rythmé, auréolé de mystère, non dénué de suspense, et abordant sous couvert de fiction des thématiques importantes, ce premier tome nous offre une aventure palpitante, entre magie, émerveillement et dangers. Vivement la suite !

Je remercie Myriam Lorenz de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

 

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, B.B. Alston

 

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles - kit presse

Amari Peters sait trois choses :
1. Son frère Quinton a disparu.
2. Personne ne semble s’en inquiéter.
3. La disparition de Quinton est liée à son travail.

Quand elle trouve dans le placard de son frère une invitation à se rendre au mystérieux Bureau des affaires surnaturelles, Amari n’hésite pas. Et voilà qu’elle est reçue par un ascenseur parlant et rencontre une dragon-garou qui devine ses émotions !
Dans l’espoir de retrouver Quinton, Amari accepte de travailler pour le Bureau, dont la mission est de réguler le monde surnaturel. Elle fait alors une découverte qui va bouleverser sa vie. Son frère était un célèbre agent chargé de traquer les magiciens, considérés comme les ennemis du Bureau. Désormais, c’est à la jeune fille de prendre la relève.

Bayard Jeunesse (22 septembre 2021) – 15,90€ – 528 pages
Traduction : Sidonie Van Den Dries

AVIS

Amari et le Bureau des affaires surnaturelles est le genre de livre écrit pour les enfants qui plaira également aux adolescents et aux adultes, par son originalité, ses thématiques sous-jacentes, ses petits airs de Men in Black, et sa jeune héroïne courageuse. Une héroïne qui leur rappellera la personne qu’ils ont probablement rêvé d’incarner dans leurs rêves d’enfants les plus fous.

Car avec ce roman, l’auteur s’adresse directement à l’imagination des lecteurs de tout âge, leur offrant une magnifique aventure empreinte d’amitié et d’humour et emplie de créatures diverses et variées. Vous pensiez votre voisine inoffensive, si ce n’est sa tendance à mettre son nez dans vos affaires ? Grave erreur, mes amis, c’est probablement une horrible sorcière au nez crochu, à moins que ce ne soit une fourmi géante à taille humaine ? Ainsi, les apparences sont bien souvent trompeuses comme le découvrira Amari, une jeune fille de 12 ans qui va être propulsée, de manière fort surprenante, dans un monde dont elle n’avait pas conscience de l’existence…

Néanmoins, déterminée à intégrer le Bureau des affaires surnaturelles afin de retrouver son frère Quinton disparu depuis six mois dans le cadre de ses fonctions d’agent du Bureau, Amari ne se laisse pas déstabiliser par ce monde surnaturel qui se dévoile à elle, ni par toutes les révélations sur son frère, qui lui avait caché tout un pan de sa vie. L’adolescente, propulsée dans un monde étrange et excitant à la fois, devra également affronter sa propre nature : elle se croyait banale, elle se découvrira magicienne, ce qui ne sera pas sans conséquence sur sa formation, les magiciens étant considérés comme de redoutables criminels à éliminer… Déjà victime de racisme et de harcèlement dans son école humaine, en raison de ses origines afro-américaines et de son milieu social, Amari est maintenant confrontée aux préjugés entourant les magiciens. Des préjugés qui rendent son intégration au sein du Bureau des affaires surnaturelles bien difficile, certains se faisant un plaisir de lui nuire, de se moquer d’elle, et de tenter de saboter ses efforts !

Elle pourra heureusement compter sur sa camarade de chambre Elsie, une dragonne-garou, avec laquelle elle nouera une sincère amitié, ainsi que sur Dylan, membre d’une célèbre famille et jumeau d’une véritable pimbêche ! Les trois se lanceront sur la piste de Quinton et de Maria, sœur de Dylan, mais surtout coéquipière de Quinton, les deux formant le très célèbre duo VanQuish. J’ai adoré suivre Amari dans son enquête d’autant que l’on sent à quel point retrouver son frère est important pour elle, les deux ayant toujours été très proches. Quelques révélations, dont l’une que je n’avais pas anticipée, devraient en outre vous surprendre, l’auteur jouant avec brio sur le jeu des apparences et des idées préconçues qui déforment le voile de la vérité…

Entre un puissant, énigmatique et dangereux ennemi, les faux-semblants, les mystères, les secrets, les préjugés et la méchanceté, sans oublier les dangers bien réels avec des attaques violentes de créatures cauchemardesques, les lecteurs et Amari n’ont pas le temps de s’ennuyer ! J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur ne ménage pas sa jeune héroïne, la mettant devant des situations difficiles et la poussant très régulièrement dans ses retranchements. Mais loin de se laisser décourager par les épreuves et cette haine qu’on lui témoigne, Amari nous prouve, page après page, son courage, son intelligence, sa débrouillardise, et son sens aigu de la famille, de l’amitié et de la justice. Elle fait également montre d’une certaine noblesse d’âme en ne cherchant pas à se venger des personnes qui la harcèlent quand ses pouvoirs, dont elle découvre progressivement l’étendue, le lui permettraient…. 

L’auteur a donc réalisé un très beau travail sur son héroïne qui se révèle forte, mais pas infaillible, qui derrière sa pugnacité, connaît parfois des périodes de doute, et qui affronte avec courage les préjugés tout en les surmontant grâce à sa bravoure et à ses actes. Une héroïne inspirante et attachante que l’on voit évoluer au fil de l’aventure et des dangers et qui gagne progressivement confiance en elle. Amari apprend également à se détacher de l’ombre d’un frère protecteur, mais parfois un peu étouffant par sa perfection, pour s’affirmer et prendre toute la mesure de son propre potentiel.

Les pages ont une légère tendance à se tourner toutes seules comme par magie, ce qui s’explique aussi bien par une intrigue menée tambour que par le style particulier de l’auteur. Ainsi, si certains éléments se révèlent assez classiques, B. B. Alston y ajoute sa touche personnelle, un mélange de fantaisie, de sensibilité, d’humour et de positivité, qui donne envie de se plonger corps et âme dans son imaginaire et son univers. Pour ma part, j’ai adoré m’approprier, aux côtés d’Amari, les codes de ce monde surnaturel caché au commun des mortels, arpenter le Bureau des affaires surnaturelles, en découvrir les différents départements, les spécialités de chacun, rencontrer différents personnages, certains franchement antipathiques, d’autres ouverts d’esprit, sympathiques et prêts à évoluer. En plus des humains, les différentes créatures qui peuplent le récit ne manquent pas non plus d’intérêt, même si ce sont les ascenseurs hauts en couleur que l’on rencontre au détour des pages qui ont eu ma préférence. Il faut dire qu’entre la reine des blagues et le roi des snobs pas si snob que cela, l’auteur a veillé à ce qu’on ne regarde plus jamais un ascenseur de la même façon ! 

En résumé, avec Amari et le Bureau des affaires surnaturelles, c’est tout un nouveau monde qui se dévoile à nous ! Un monde de dangers et de possibles, un monde unique, fascinant et merveilleux, laissant entrevoir de riches et mouvementées péripéties pour une jeune héroïne attachante et courageuse, qui offre un beau modèle de résilience aux personnes victimes de harcèlement, de préjugés et de racisme… Touchant, non dénué d’humour, rythmé, et empli de mystères et de créatures en tout genre, voici un roman qui ravira tous les lecteurs friands d’aventure et de surnaturel.


Je remercie Babelio et les éditions Bayard jeunesse pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis. Je remercie d’autant plus la maison d’édition qu’elle m’a fait la surprise d’un très sympathique kit presse comportant une bougie, un badge, un carnet et des lunettes 3D.

 

Un grain de magie, Chloé Garcia

Un grain de magie par Garcia

Dans ce recueil, la magie prend toutes les formes et toutes les couleurs. Vaisseaux conscients, êtres nocturnes étranges, créatures légendaires, mondes imaginaires extravagants, artefacts redoutables ou encore musique céleste, tout y passe ! Un grain de magie invite à rêver et à accompagner des personnages attachants, dont les aventures uniques font ressentir allégresse, tristesse, espoir ou quiétude.

Histoires de familles, quêtes insolites, complots politiques, tranches de vie étonnantes ou enquêtes policières, chaque nouvelle se veut l’écho de ce que nous traversons, aussi bien dans notre quotidien que dans nos questionnements intérieurs.

La magie vit en toutes choses et ne demande qu’à s’exprimer.

LE LYS BLEU (26 octobre 2020) – 15,20€ (papier) – 7,99€ (ebook)

AVIS

Je n’accepte plus les recueils de nouvelles en SP parce que ce sont des ouvrages extrêmement chronophages à chroniquer et que j’en ai déjà une ribambelle dans ma PAL personnelle. Je n’ai néanmoins pas résisté à l’invitation de l’autrice à découvrir ce recueil dont le titre m’a d’emblée charmée : Un grain de magie. Tentant, mais énigmatique, à l’image d’un recueil qui se dévoile à nous page après page.

Dès les premières lignes, le style de l’autrice m’a conquise : fluide, élégant, poétique, imagé et extrêmement immersif. Derrière des mots que l’on sent choisis avec soin, l’autrice nous offre un peu d’elle-même, de sa capacité indéniable à titiller l’âme humaine, à sonder les cœurs, à faire émerger des sujets de société derrière un imaginaire riche et varié.

Dans ce recueil, il est question de contrées lointaines et imaginaires, de lieux inconnus que l’on s’approprie pourtant sans peine grâce à des descriptions concises, mais pointues qui nous débarrassent du superflu pour nous recentrer sur l’essentiel. Au fil des nouvelles, nous croisons des créatures du Petit Peuple, des fées protectrices qui luttent pour protéger les êtres humains, des fantômes victimes de maltraitance, des vaisseaux d’un genre spécial, des êtres de légende en détresse mais pas sans pouvoir, et même un tapis volant !

Les histoires sont variées, mais elles ont toutes en commun de nous faire voyager, de provoquer des remous en nous, de l’émotion à l’état brut, de l’émerveillement, de la révolte, de la surprise, chaque chute étant particulièrement inattendues. Adorant les nouvelles à chute je peux d’ailleurs vous dire que j’ai été ravie de me laisser berner, surprendre ou emporter vers des directions que je n’avais pas envisagées ! Cerise sur le gâteau, des titres bien souvent inspirés qui jouent avec brio sur les mots.

Mais la plus grande force de ce recueil, du moins pour moi, est la manière dont l’autrice réussit à parler du monde actuel à travers un monde imaginaire, tout en veillant à offrir un moment de lecture divertissant et entraînant. Sous couvert de fiction, des thématiques sociétales fortes sont ainsi abordées avec beaucoup de subtilité et de délicatesse : obscurantisme, peur de l’autre, violences conjugales, tromperie, avidité, mais aussi amour sincère et inconditionnel, amitié, dévotion, tendresse… Le tout enrobé d’une bonne dose de magie, parfois de science-fiction, et toujours de poésie et d’évasion !

En résumé, mélange de poésie et de réalisme, de noirceur humaine et de magie, ce recueil est un enchantement qui ravira ceux et celles en quête de nouvelles sublimement écrites qui, sous couvert d’imaginaire, n’oublient pas de toucher directement le cœur des lecteurs.

Si vous voulez en apprendre plus sur ce beau recueil, je vous propose un petit avis sur les douze nouvelles qui devraient vous prouver la magie des mots et d’un imaginaire puissant et débordant… 


La magie d’Ela : alors qu’un village est en pleines festivités, un massacre de moutons est découvert. Il n’en faut pas plus pour mettre un terme aux réjouissances, rendre furieux les commerçants et pousser Ela, la fille du chef du village, a quitté le réconfort de la forêt pour mener l’enquête… De l’héroïne douce et proche de la nature, mais pas reconnue à sa juste valeur par les villageois, à l’ambiance de ce village peut-être pas aussi paisible qu’il n’y paraît, en passant par la présence de différentes formes de magie, j’ai tout apprécié dans cette nouvelle. La confrontation de la magie blanche, à travers la magie de la musique, à celle de la magie noire se révèle également très intéressante, quand la chute ne devrait pas manquer de vous surprendre !


Deus ex machina : si les batailles spatiales ne sont pas ma tasse de thé, bien que l’autrice maîtrise à merveille les scènes d’affrontement, j’ai beaucoup aimé la nature des Dieux qui protègent ici les humains et leur apportent un appui technique et matériel dans la lutte contre leurs opposants. En plus d’être intéressante, la nature de ces Dieux implique un sujet de SF que j’apprécie particulièrement… De nouveau, la chute est excellente et m’a complètement prise de court ! Avec un certain cynisme, j’ajouterai qu’elle est une réalité bien réelle pour certains grands acteurs de l’économie mondiale.


Un monde par fée : dans cette nouvelle beaucoup plus longue que les précédentes, l’autrice nous offre une vision originale des fées, bien différente de celle propagée par Disney et les contes. Ici, les fées sont laides, ne peuvent guère voler longtemps et dépendent de leur double humain. Ainsi, chaque fée est assignée, dès sa naissance, à un humain qui lui assure, sans même le savoir, sa protection. Mais là où beaucoup de fées ne voient en leur hôte qu’un moyen de survivre et une source d’énergie, notre protagoniste a noué une relation particulière avec Arthur, l’adolescent qui l’abrite, tout comme elle l’avait fait avec sa première humaine… Alors si elle ne peut pas dévoiler sa présence à son protégé, un adolescent intelligent et adorable, elle veille sur lui et ses nuits.

Néanmoins, un évènement lugubre risque de tout remettre en question, et pousser certaines fées à se retourner contre les humains jugés mauvais, dominateurs et vindicatifs ! En plus de l’ambiance que j’ai adorée, alternance de beau et de laid, l’intérêt de cette nouvelle réside dans les questions qu’elle soulève, notamment sur la peur qui pousse à la haine et à toutes les velléités de violence. Il est, en outre, intéressant de voir comment certains utilisent ce sentiment universel pour contrôler les masses, bien que la révélation finale nous entraîne vers un terrain assez différent, qui donnera tout son sens au titre !

Quant à l’héroïne, je l’ai beaucoup aimée. Différente de la plupart de ses congénères, elle aime sincèrement son jumeau humain et prend un vrai plaisir à veiller sur lui dans l’ombre, en profitant de sa lumière. Mais ce que j’ai préféré, c’est sa capacité à réfléchir par elle-même, à ne pas se laisse submerger par le climat ambiant de peur et à rester fidèle à sa nature bienveillante et aimante. Une nature qui ne l’empêchera pas de prendre une décision radicale, car après tout, que ne ferait-elle pas pour protéger Arthur ?


Cocon protecteur : profitant de la disparition de son père, Ryn retourne sur cette planète aride qu’elle avait fuie, pour une pause bien méritée entre collègues… Empreinte d’une certaine mélancolie, cette courte nouvelle marque principalement par la jolie relation nouée entre notre héroïne blessée par son passé et des missions difficiles, et son compagnon ailé. En trame de fond, une thématique difficile dont la noirceur est compensée par la tendresse certaine unissant ces deux amis. Ainsi notre dragon est prêt à tout pour alléger le cœur de son amie, quitte à prendre une décision éthiquement discutable. À la fin, une question s’impose : est-ce vraiment dans l’oubli que l’on se reconstruit ?


Solde de tout conte : courte, mais intense, j’ai adoré cette nouvelle qui nous transporte en Arabie auprès d’un conteur qui rêve de gloire et de fortune. Mais si son public est très réceptif, l’homme étant doué pour faire monter le suspense et ménager ses effets, les choses ne vont pas se passer comme prévu... Méfiez-vous des feux magiques et des trésors qu’ils protègent ! Certains ne sont pas toujours ce qu’ils paraissent être.


Les enfants de Dana : privés de Terre car certains n’avaient pas respecté les règles établies par la Déesse Dana, les Grim’Oires n’en demeurent pas moins un peuple joyeux et apprécié des membres du Petit Peuple qu’ils conseillent avec plaisir. Un moyen détourné de continuer à veiller sur les êtres humains tout en respectant la volonté de Dana… Mais les visites du Petit Peuple se tarissent et les Grim’Oires d’habitude si insouciants découvrent la déprime, d’autant que leur déesse ne semble plus répondre à leurs appels. Comme d’habitude, la chute est bien trouvée et nous permet de comprendre ce que traversent les Grim’Oires, qui vont devoir faire face à une surprenante vérité.


Chaque couleur a sa place : nous voici plongés dans une société où après des années à expérimenter, on doit choisir une seule et unique couleur qui déterminera les aliments que l’on peut manger, la couleur de sa propre peau et de celle de son partenaire. Une vie conditionnée par la couleur donc… Je n’ai pas tout de suite compris où l’autrice voulait nous embarquer avec notre narratrice, jeune femme en décalage avec les siens, et qui cherche un exutoire dans la passion des corps. Mais je dois admettre que j’ai apprécié le parallèle entre fiction et réalité, nous rappelant que certains combats sont loin d’être gagnés !


Une nouvelle ère : les amoureux du mythe arthurien se régaleront avec cette nouvelle qui nous permet de retrouver des personnages de légende (la Dame du Lac, Viviane, Merlin, Morgane…), certains en proie à de terribles dangers. Il faut dire que les anciennes croyances et traditions ne font guère faire le poids face à la montée du christianisme et à un Arthur qui semble s’être détourné de son célèbre mentor… Mais si le véritable danger ne provenait pas de la foi en un dieu unique ? En plus de cette ambiance Petit Peuple à laquelle je suis très sensible, les réflexions quant à la religion ne manquent pas d’intérêt, nous rappelant que ce qui pose problème, ce sont bien plus les hommes que les croyances…


La vie en bleu : Teora adore la mer, qui le lui rend bien. Néanmoins son père ne semble pas partager son enthousiasme, ce qui la chagrine… Un chagrin qui se transforme en colère quand il l’oblige à lui remettre un étrange artefact lumineux qu’elle a trouvé lors d’une balade avec son ami, un dauphin. Tous les éléments sont mis en place pour que l’on devine rapidement le secret derrière l’appétence de la jeune fille, tout juste devenue adulte, pour la mer. Néanmoins, on se laisse prendre au jeu de cette nouvelle, aux allures de conte, teintée de sel et de mystère.


Avec ou sang : scientifique dans l’âme et spécialiste des maladies du sang, notre héroïne se méfie des Vagabonds, surnommés les Crochus, supposés avoir une maladie de sang nécessitant des transfusions. Si des volontaires se font un plaisir de leur fournir le sang nécessaire, elle, elle ne peut s’empêcher de douter de ces personnes arrivées il y a deux ans, et qui refusent de répondre à ses questions. Élucubrations d’une scientifique qui passe trop de temps enfermée à faire ses expériences, divagations d’une femme encore marquée par son agression ou propos pleins de bon sens ?

Une rencontre devrait lui permettre d’y voir plus clair… Si la fin m’a moins emballée que dans d’autres rebelles, j’ai adoré le climat de doute et de confusion instauré par l’autrice. Les pensées de l’héroïne nous semblent friser la paranoïa, avec peut-être cette peur de l’inconnu qui rend méfiant, mais d’un autre côté, on ne peut que s’interroger sur la véritable nature des Crochus. Qui sont-ils véritablement ? Des vampires ? Des êtres dangereux ? Et qui est ce petit garçon qui s’est entiché de notre scientifique ? Impossible de s’attacher à la narratrice à la pensée trop froide, mais impossible de ne pas succomber à cette nouvelle qui ferait un excellent épisode de série.


La puissance de l’amour : avec cette nouvelle, l’autrice prouve qu’on peut faire court mais puissant et émouvant. Une mère regarde ses enfants, regrettant de les voir s’enfoncer dans un puits de tristesse : la petite dernière, asservie de cauchemars craint l’obscurité, l’aîné se perd dans les jeux vidéos. Pourtant, cette mère aimante est là, phare sans lumière mais pilier fidèle et aimant… La chute est terrible et la vérité dévoilée apporte son lot d’émotions et de colère, rappelant le sort révoltant que trop de femmes connaissent encore. C’est la nouvelle qui m’a le plus touchée et suscité en mois le plus d’émotions.


Suer sang et eau : ravie de son séjour en Provence où elle participe aux vendanges, notre protagoniste, amatrice de romans, semble avoir l’imagination fertile, au point de donner aux paroles de son patron une bien étrange signification… à moins que… Jouant habilement sur la couleur du vin et celle du sang, sur la volonté d’une jeune fille de se protéger du soleil et sur le mythe du vampire, l’autrice nous propose ici une nouvelle à l’ambiance soignée et à la chute digne d’un film d’horreur. Et rappelez-vous, gardez-vous bien d’être trop curieux, la vérité pourrait bien vous faire l’effet d’un coup de pioche en pleine tête !

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé ce recueil en échange de mon avis.

Steam Sailors, tome 1 : L’Héliotrope, E.S. Green #PLIB2021

Couverture Steam Sailors, tome 1 : L'Héliotrope

Il fut un temps où les Alchimistes nourrissaient le Haut et Bas-Monde de leurs inventions merveilleuses, produits de magie et de science. Un temps de machines extraordinaires, de prodiges électriques et d’individus aux pouvoirs fantastiques. Une époque révolue depuis que les Industriels ont éradiqué les Alchimistes et leur formidable savoir. Pourtant, on raconte qu’à l’aube de leur disparition, ils auraient caché leur fabuleux trésor dans une cité secrète…

Quatre siècles après la Grande-Fracture, les habitants du Bas-Monde traversent une ère obscure et rétrograde, tandis que le Haut-Monde, figé depuis l’extinction des Alchimistes, demeure inaccessible et fait l’objet de tous les fantasmes. Originaire du Bas-Monde, Prudence vit en paria car elle voit l’avenir en rêves. Une nuit, son village est attaqué par des pirates du ciel. Enlevée et enrôlée de force à bord de l’Héliotrope, un navire volant à la sinistre réputation, la jeune orpheline découvre un nouvel univers, celui du ciel et des pirates. Prudence fait la connaissance des membres de l’équipage, qui ne tardent pas à lui révéler leur secret : ils détiennent un indice, menant à une série de « clefs » disséminées dans le monde, qui permettait de retrouver la cité des Alchimistes…

Gulf stream éditeur (11 juin 2020) – 384 pages – Papier (17€) – Ebook (10,99€)
#ISBN9782354887759

 

AVIS

Steam Sailors était le roman des 5 finalistes du PLIB 2021 qui me tentait le plus, et sans grande surprise, je l’ai adoré, de la première à la dernière ligne. Quel plaisir de vivre cette aventure trépidante aux côtés d’une bande de pirates et de leur jeune captive qui se révèlera pleine de ressources !

Prudence, 15 ans, n’a pas une vie facile dans le Bas-Monde qui, depuis la Grande-Fracture ayant conduit à la disparition des Alchimistes, vit sous le joug de l’obscurantisme, tout en rêvant en secret à ce Haut-Monde inaccessible et fantasmé. Alors, si elle ne goûte guère d’être enlevée par des pirates du ciel, elle réalisera très vite que ce malencontreux évènement n’est peut-être pas aussi dramatique que cela. Certes, ses nouveaux compagnons n’auraient pas hésité à la jeter par-dessus bord si elle ne s’était pas montrée utile, mais ils ne la méprisent pas et ne craignent pas sa différence… Or, pour cette jeune fille, possédante des dons surnaturels, cela signifie beaucoup.

J’ai adoré suivre l’évolution de la relation entre Prudence et les pirates, bien loin de la relation captive/geôliers que l’on aurait pu attendre. Nos pirates sont bruyants, coupent des gorges sans sourciller, pillent avec entrain, arrosent leurs soirées de rhum, ont un langage fleuri, mais loin d’être des brutes assoiffées de sang et d’or, ils se révèlent prévenants à leur manière, savants, amusants, fidèles, respectueux de leur code d’honneur, taquins… Je me suis donc beaucoup attachée à cette bande de joyeux drilles : au capitaine plutôt mystérieux, implacable, mais courtois, à Petrus et son côté secret, bougon et la manière dont il sort souvent de ses gonds pour exprimer une inquiétude qu’il se refuse à nommer, à Ezekiel et son exubérance teintée d’espièglerie, à Gareth et sa gentillesse, à Sergeï et sa bonhomie… Chaque pirate possède sa propre personnalité, permettant aux lecteurs de très vite les différencier les uns des autres, et de se sentir bien parmi eux, malgré leur vie emplie de dangers et de pillages.

D’ailleurs, Prudence elle-même prendra ses habitudes et trouvera sa place à bord de l’Héliotrope, personnage à part entière du roman. J’ai adoré me promener à ses côtés dans les couloirs du navire, en parcourir les coins et recoins, tomber sur des trappes et des passages secrets, découvrir les instruments et différentes machines… Le roman se pare ainsi de sympathiques et convaincantes touches de steampunk, qui se retrouveront même dans des endroits inattendus ! En plus de ce navire qui a la particularité d’évoluer dans les airs, j’ai apprécié d’assister à l’évolution et à l’émancipation de Prudence qui trouvera auprès des pirates quelque chose qu’elle n’avait jusqu’alors fait qu’effleurer…

Loin d’être une petite chose frêle et fragile, malgré son apparence physique, Prudence surprend par sa force de caractère, sa tendance à foncer dans la mêlée pour soigner ses camarades, sa détermination et son courage à toute épreuve, dignes des plus grands pirates. Pas étonnant donc qu’elle se forge avec naturel et simplicité une place dans le cœur des pirates, qui lui témoigneront leur confiance et, peut-être encore plus important, leur respect. Au gré des péripéties, la jeune fille prendra de plus en plus confiance en elle et en ses dons surnaturels que je vous laisserai le plaisir de découvrir. L’autrice fait, en outre, planer une certaine aura de mystère sur ce personnage dont on ne connaît pas encore toute l’étendue des pouvoirs, mais qui semble promis à un grand destin.

Qui dit pirates, dit chasse au trésor et à ce niveau, les lecteurs sont particulièrement gâtés ! Je vous laisserai le plaisir de la découverte, mais il est question ici d’un peuple disparu, d’une citée cachée, d’un trésor oublié, d’une langue qui n’est plus parlée, d’indices à trouver et à décrypter… Le tout dans un univers original que l’on découvre avec plaisir au fil des escales sur différentes îles suspendues. Pour ma part, j’ai été captivée par l’univers développé par l’autrice, par cette dichotomie entre terre et ciel, par les multiples dangers qui attendront les membres de l’équipage dont fait maintenant partie notre héroïne, et par ce sens de l’amitié et de l’honneur si présent à bord du navire.

Quant à la plume de l’autrice, fluide, immersive et rythmée, elle sied à merveille à cette aventure menée tambour battant et non dénuée de mystère ! L’action est également bien présente avec des scènes de bataille réalistes, des opérations d’infiltration, des abordages, des parties endiablées d’un jeu que je n’aimerais personnellement pas tester, tenant à mes membres et à mon nez… Des scènes plus douces permettent néanmoins de souffler un peu et de vivre de beaux instants de complicité et de franche camaraderie, tout en nous offrant des informations utiles pour mieux comprendre les personnages, leur passé et les liens les unissant. En plus d’offrir une dynamique intéressante, cette alternance entre action et scènes plus calmes, mais jamais ennuyeuses, présente également l’avantage de nous rappeler la complexité de nos pirates du ciel, capables de massacrer des gens, mais aussi d’offrir à une jeune orpheline la chance d’être enfin elle-même.

En conclusion, roman d’aventure et de piraterie, avec des touches parfaitement maîtrisées de steampunk, Steam Sailors se révèle particulièrement percutant, divertissant et immersif. En plus d’un univers fascinant, qui se dévoile à nous progressivement, l’autrice nous propose une passionnante quête de trésor, empreinte d’une belle aura de légende et de magie, qui liera étroitement une jeune fille rejetée par tout le monde à une bande de pirates recherchés par beaucoup. Des pirates hauts en couleur auxquels on s’attache et dont on partage avec un plaisir non dissimulé la vie trépidante à bord de Héliotrope, personnage à part entière dont l’essence imprègne indéniablement les pages du roman. Membres de la flotte royale, tremblez, quant aux autres, sautez à bord de ce navire de légende pour suivre au plus près les dangereuses et périlleuses aventures d’une bande de pirates, qui a fait du ciel son élément, et de leur nouvelle recrue aux dons surnaturels.

Black Blade, tome 1 : Froid brûlant, Jennifer Estep

Couverture Black Blade, tome 1 :  Froid brûlant

« Visitez Cloudburst Falls, la ville la plus magique d’Amérique ! »

Cloudburst Falls est le seul endroit au monde où les magicks – des gens dotés de pouvoirs –, et les êtres surnaturels peuvent vivre au grand jour. Des Familles rivales, véritables mafias aux facultés redoutables, dirigent la cité, assurant la protection des quartiers qu’ils se sont octroyés.

Et moi dans tout ça ? J’essaie d’éviter les ennuis. Après tout, squatter le sous-sol de la bibliothèque municipale et ne jamais sortir sans l’épée en sang-fer qui a appartenu à ma mère sont des risques suffisants. Mon CV parle pour moi : voleuse hors pair, rien ne me résiste. Pas le choix, je dois me faire discrète. Et s’il n’y avait que ça… J’ai un autre don, très convoité, qui pourrait me mettre en danger.

Un jour, j’assiste à un règlement de comptes. Le sexy Devon de la Famille Sinclair est sur le point de se faire tuer, et je n’ai que deux options : rester dans l’ombre et le laisser mourir, ou m’exposer pour lui sauver la vie. Bon, ben, j’ai dû me planter. Les Familles ont assassiné ma mère, et on dirait bien que je vais finir comme elle…

Éditions Alter Real (3 septembre 2021) – Ebook (5,99€) – Papier (19,90€)
Traduction : Annabelle Blangier

AVIS

J’ai lu le premier tome de la série Black Blade dans le cadre d’un blog tour organisé par Between dreams and reality en partenariat avec les éditions Alter Real qui, par son intermédiaire, m’ont permis de lire la version numérique du roman. Je les en remercie même si, contrairement aux autres participantes, je n’ai guère été enthousiasmée par ma lecture, malgré quelques bonnes idées… 


Attirée par la couverture et le résumé, j’ai eu envie de découvrir Black Blade avant de très vite déchanter. Le roman n’est pas mauvais en soi, mais je me suis ennuyée presque durant toute ma lecture, et ça, c’est rédhibitoire. Parce qu’ouvrir sa liseuse en soupirant d’avance n’est jamais très agréable, la lecture fut laborieuse et source d’une certaine exaspération devant une intrigue pleine de potentiel, mais qui manque de caractère en raison de personnages caricaturaux, et un certain manque de profondeur. J’ai ainsi eu l’impression de toujours rester à la surface des choses... Il est possible que mon ressenti provienne en partie de l’âge des personnages, mais appréciant beaucoup la littérature YA, cette explication ne me convainc guère, d’autant que même la mère de la Famille, pourtant plus âgée, ne brille pas par sa complexité ni, en dernière partie de roman, par sa cohérence.

Dommage parce que l’héroïne avait du potentiel. Encore affectée par le meurtre de sa mère, elle vit une vie assez isolée entre ses vols, que nous appellerons sobrement missions pour Mo, et le lycée qu’il l’oblige à fréquenter. Une vie routinière, mais dangereuse, qui va prendre un tout autre tournant quand Lila va intervenir dans une tentative d’assassinat, sauvant le fils de la dirigeante de l’une des deux Familles qui contrôlent la ville. Le début des ennuis parce que s’il y a une chose que toute personne sensée sait, c’est qu’il vaut mieux rester éloigné des conflits entre les Familles sous peine d’y laisser sa peau. Et Lila le sait mieux que personne…

Contrainte de servir de garde du corps à Devon, Lila va découvrir que sa vie de voleuse de choc était finalement bien plus sûre que celle de protectrice d’un jeune homme qui, en plus de la tenter terriblement, semble avoir une cible sur le dos. La relation entre les deux personnages ne m’a pas intéressée le moins du monde, mais je reconnais avoir apprécié la manière dont Lila va découvrir la vie au sein d’un manoir quand elle s’était habituée à la solitude. Si la plupart des personnages m’ont laissée de marbre, même cette héroïne qui possède pourtant un bagage émotionnel intéressant, je me suis beaucoup attachée à un pixel. Oscar se montre d’emblée très agressif et irascible avec Lila, mais il va progressivement abaisser ses barrières pour nous dévoiler ses blessures et les raisons de son comportement. Il a su toucher une corde sensible en moi qui m’a poussée à guetter ses trop rares apparitions.

L’intrigue ne m’a pas convaincue, les personnages mériteraient, du moins pour moi, d’être retravaillés, et le côté Roméo et Juliette d’une histoire liant deux personnages secondaires est tellement peu exploité qu’il m’a juste fait lever les yeux au ciel, mais le roman n’est pas dénué de certains atouts. À commencer par un univers divisé entre mortels, au doux surnom de péquenauds, monstres et magicks, à savoir des personnes avec des pouvoirs magiques. J’ai apprécié de découvrir la mythologie liée à cet univers et les formes de pouvoir qui existent. Lila possède ainsi deux pouvoirs, l’un de vision et l’autre de transfert, une capacité rare et donc à cacher aux yeux des autres. Mais ce n’est pas la seule à posséder un pouvoir unique qu’il est préférable de ne pas ébruiter sous peine de faire l’objet de bien dérangeantes attentions…

En plus de la magie, j’ai aimé tout le folklore lié aux monstres et aux droits de passage, une tradition que Lila veille à respecter scrupuleusement, ce qui n’est pas le cas de tous. L’ambiance presque mafieuse avec deux Familles qui règnent et s’affrontent sans relâche pour le pouvoir, l’argent et la magie ajoute, en outre, une dimension dramatique intéressante. Ainsi, si les Sinclair font de leur mieux pour contrer la tyrannie des Draconi, ceux-ci semblent néanmoins avoir une petite longueur d’avance, d’autant qu’ils sont prêts à tout pour s’imposer, et que leur dirigeant est un homme impitoyable et vicieux à l’extrême.

À cet égard, on peut dire que les capacités de Lila, sa force et son intelligence seront un atout indispensable pour le salut des Sinclair, une Famille dans laquelle elle est entrée à son corps défendant, mais qui pourrait lui offrir quelque chose qu’elle n’osait pas vraiment espérer. Et puis, au fil des péripéties, Lila va découvrir qu’elle ressemble peut-être bien plus à sa mère qu’elle ne le pensait. Une mère dont elle n’a pas encore fait le deuil, mais qui lui a appris tout ce qu’elle sait, et qui lui a transmis une certaine force de caractère. Car si Lila est une voleuse émérite, elle est également une combattante de talent ! 

Quant à la plume de l’autrice, elle est fluide et plutôt agréable. Ce qui ne m’a pas convaincue, c’est une certaine tendance à la superficialité et aux facilités, et un manque de subtilité dans la manière de donner les informations sur l’univers et l’héroïne, comme si l’autrice avait eu du mal à les rattacher naturellement à l’intrigue principale. Ce sentiment s’estompe néanmoins à mesure que défilent les pages.

En conclusion, Black Blade ne m’a pas apporté ce que je recherchais en raison d’une certaine superficialité dans le traitement des personnages, des facilités, des longueurs et des clichés rendant l’histoire peu concluante, du moins pour moi. Néanmoins, force est de reconnaître que l’univers est intéressant avec une cohabitation entre humains, monstres et magicks, et une guerre impitoyable entre deux grandes Familles, Une guerre dans laquelle va être plongée bien malgré elle notre héroïne et qui va la contraindre à sortir de sa solitude et d’une certaine manière, l’aider à se révéler à elle-même. Pour ma part, je ne poursuivrai pas la série, mais n’hésitez pas à vous faire votre propre opinion, d’autant que malgré quelques maladresses dans la narration, la plume de l’autrice n’en demeure pas moins assez fluide, et que le roman semble bien noté sur Livraddict.

La Ville sans Vent (tome 1), Eleonore Devillepoix #PLIB2021

Couverture La Ville sans Vent, tome 1

À dix-neuf ans, Lastyanax termine sa formation de mage et s’attend à devoir gravir un à un les échelons du pouvoir, quand le mystérieux meurtre de son mentor le propulse au plus haut niveau d’Hyperborée.
Son chemin, semé d’embûches politiques, va croiser celui d‘Arka, une jeune guerrière à peine arrivée en ville et dotée d’un certain talent pour se sortir de situations périlleuses. Ca tombe bien, elle a tendance à les déclencher…
Lui recherche l’assassin de son maître, elle le père qu’elle n’a jamais connu. Lui a un avenir. Elle un passé.
Pour déjouer les complots qui menacent la ville sans vent, ils vont devoir s’apprivoiser.

Hachette Romans (3 juin 2020) – 448 pages – Broché (18€) – Ebook (4,99€)
#ISBN9782017108443

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune et nos échanges autour d’un roman que nous avons toutes les deux apprécié. 

Une cité-État fascinante mais non dénuée de dangers… témoin de la naissance d’un duo inattendu ! 

En plus d’être absolument splendide, la couverture vous laisse déjà entrevoir l’architecture d’un univers foisonnant construit avec un soin du détail impressionnant. J’ai ainsi été subjuguée, si ce n’est émerveillée par l’imagination et la minutie de l’autrice qui nous plonge dans les rues et les décors si particuliers d’Hyperborée. Une cité-État construite à la verticale, chaque niveau témoignant du niveau de richesse de ses habitants. Si l’idée n’a rien d’original en soi, on ne peut que saluer la manière dont l’autrice se l’est appropriée et l’a développée pour nous en proposer quelque chose d’absolument fascinant et enchanteur.

Une fascination qui pousse les lecteurs à rêver de parcourir, à dos de tortue si possible, cette ville mais pas vraiment à y poser ses valises. Car si Hyperborée est indéniablement majestueuse, la ville est également le symbole d’une politique inégalitaire et profondément injuste : quand le premier niveau se débat dans la fange et est phagocyté par la pègre, le septième niveau, celui des mages, se caractérise par l’aisance et la complaisance devant l’insalubrité et la misère des moins lotis et nantis.

Une situation intolérable, bien que largement tolérée, mais qui pourrait évoluer suite à la nomination du jeune mage Lastyanax au poste de ministre du Nivellement, suite à la mort de son mentor qui occupait jusqu’alors ce poste. Néanmoins, les espoirs du jeune mage vont vite être revus à la baisse, son avis étant loin d’être entendu et écouté et ne suscitant guère l’enthousiasme de ses pairs. Mais c’est surtout une découverte surprenante qui va le déstabiliser et le pousser à mettre les pieds dans un engrenage qui risque fort bien de lui coûter plus que sa carrière. En effet, contrairement à ce qu’il pensait, son mentor n’est pas mort naturellement, mais a été assassiné. Il ne lui en faut pas plus pour se lancer dans une enquête afin de faire toute la lumière sur ce meurtre !

Les débuts des ennuis et de la preuve que son mentor n’était peut-être pas aussi insouciant et indolent qu’il le pensait. En parallèle, il doit assurer le tutorat de son apprentie, Arka, une jeune fille de treize ans dont l’orthographe tend quelque peu à le froisser, mais qui possède bien d’autres talents, du genre de ceux qui vous permettent de rester en vie ! Et quand on habite à Hyperborée, ce n’est clairement pas à négliger. Si j’ai été déçue, dans un premier temps, de la froideur avec laquelle Lastyanax considère son apprentie, je dois avouer que j’ai été convaincue de l’évolution de leur relation que l’autrice a su gérer d’une main de maître.

J’ai, en effet, adoré ce lien quasi fraternel, empreint de pudeur, de défiance et d’affection, qui se développe au fil des pages avec beaucoup de naturel et de réalisme. N’étant pas les personnes les plus expansives et sentimentales qui existent, les deux personnages prendront un certain temps à s’apprivoiser, mais ils finiront par se trouver plus de points communs qu’ils ne le pensaient, dont l’un que je n’avais pas anticipé… Voici donc une relation maître/apprentie qui ne manque pas de saveur et qui prouvera qu’associer un esprit vif et intelligent à la débrouillardise et à un bon instinct de survie, ce n’est jamais une mauvaise idée !

Une histoire complexe et immersive, plus sombre qu’il n’y paraît, qui suscite émotions et interrogations ! 

L’attention portée à l’univers est indéniable, et le rythme qui monte crescendo ne manquera pas de maintenir votre esprit éveillé et en ébullition. Il faut dire que l’intrigue est tout simplement foisonnante que ce soit au niveau des différents personnages que l’on rencontre, des péripéties, des scènes d’action, des secrets, des différents mystères qui apportent tension et suspense... Pour ma part, j’ai adoré les nombreuses questions qui me sont venues à l’esprit tout au long de ma lecture, notamment sur les capacités hors norme d’Arka, la personne qui semble veiller sur elle en secret et ses motivations, les jeux de pouvoir pour s’emparer d’Hyperborée (dirigée par un souverain obsédé par d’anciennes ennemies et pas vraiment conscient du véritable danger), l’identité du meurtrier du mentor de Lastyanax et celle du père d’Arka… Intuitivement, des connexions s’établissent, des hypothèses se dégagent, mais il reste tellement de zones d’ombre que l’on finit par se laisser porter par les événements, en espérant simplement que notre cœur et les personnages n’y laissent pas (trop) de plumes.

Car loin d’être une gentillette histoire, La ville sans Vent, c’est avant tout un roman dans lequel différents fils s’entremêlent pour tisser une toile complexe dont il est bien difficile d’appréhender tous les enjeux. Si vous aimez les histoires de famille compliquées, de complot, de politique, de campagne de haine pour détourner l’attention des habitants des vrais enjeux et ennemis, et vous perdre dans les faux-semblants et les secrets, vous allez adorer votre lecture. En ce qui me concerne, j’ai vécu à 100% chaque chapitre, chaque révélation, chaque doute, chaque blessure, l’autrice ayant un talent certain pour nous embarquer émotionnellement dans son récit.

Je me suis laissé parfois surprendre, j’ai souvent été bluffée par l’imaginaire de l’autrice, j’ai eu quelques bouffées d’angoisse devant des scènes où nos héros sont clairement en mauvaise position, j’ai été révoltée par certaines actions et complètement soufflée, même si dégoûtée serait plus juste, par le plan machiavélique d’un être qui se révèle fin stratège. Ses actions sont glauques à souhait, mais force est de reconnaître leur implacabilité et la manière dont elles permettent de se jouer du destin tout en se basant sur ce dernier. Il y a du génie, assurément. Dommage pour nos protagonistes qu’il soit utilisé contre eux !

Un duo parfaitement complémentaire, mais des personnages secondaires manquant de profondeur…

Mais rassurez-vous, Lastyanax et Arka ont de la ressource et nous prouveront leur complémentarité. J’ai fini par m’attacher au jeune mage qui se révèle plus nuancé qu’au premier abord, peut-être en raison du décalage entre son milieu d’origine très modeste, et celui bien plus huppé auquel il a accédé grâce à sa formation de mage et son poste de ministre. On sent qu’il veut bien faire, mais il emploie des moyens parfois contestables, et se laisse trop facilement détourner. Imparfait, mais intelligent, travailleur et doté d’une certaine fragilité, il a touché une corde sensible en moi.

Étrangement, alors que j’ai trouvé Arka très courageuse et ai adoré son impertinence et sa tendance à foncer tête baissée, je n’ai pas réussi à m’attacher à cette dernière, l’autrice ne partageant pas vraiment ses émotions. La jeune fille n’en demeure pas moins touchante dans la naïveté avec laquelle elle se lance à la recherche de son père, seul et unique vestige d’une famille idéalisée qui n’a jamais vraiment existé. Ce personnage est pour moi celui qui soulève le plus de questions que ce soit directement ou indirectement, et par conséquent, celui qui apporte le plus de tension, de mystère et de suspense à l’intrigue. On sent qu’il y tout un enjeu autour de sa personne, mais il faudra attendre la dernière partie du roman pour en saisir la teneur. Attendez-vous d’ailleurs à être surpris et à plus d’un titre ! L’autrice a frappé fort avec ce personnage qui va devoir affronter des vérités inattendues et plutôt perturbantes. Heureusement pour elle, elle a l’esprit combatif et peut compter sur ses nombreux talents.

Nous suivons plus particulièrement le mage et son apprentie forte tête et aimant à problèmes, mais le panel de personnages est assez varié. Toutefois, j’ai trouvé qu’on restait très en surface de la psychologie des personnages secondaires. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure, l’univers étant d’une telle richesse et complexité qu’il contrebalance ce point, mais j’ai été frustrée par la manière dont est gâché le potentiel d’une mage, Pyrrha. Ce personnage permet à l’autrice d’aborder l’inégalité entre les sexes dans une cité où celles-ci sont cantonnées à un rôle traditionnel et subalterne. Mais là où Pyrrha aurait pu aider à faire avancer les choses, elle se contente d’être désagréable, geignarde, égoïste et versatile… Dommage donc que la cause féminine doucement ébauchée soit sacrifiée en cours d’intrigue sans que l’on ne sache vraiment pourquoi. On notera également des tentatives avortées et peu convaincantes de sentiments amoureux…

En résumé, ce premier tome déploie sous nos yeux un univers incroyable, complexe et d’une grande richesse, mis en valeur par la plume immersive, fluide et rythmée d’une autrice dont je salue l’imaginaire foisonnant. On prend ainsi un plaisir certain à découvrir, au fil des pages et des rebondissements, les dessous et les dangers pernicieux qui menacent une cité peut-être pas aussi bien protégée qu’elle ne le pensait. Entre mensonges d’État, faux-semblants, manipulation, magie, malédiction, secrets de famille, amitié et enquête, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Lire l’avis des Blablas de Tachan

Ivy Wilde, tome 3 : S.O.S. fantômes en détresse, Helen Harper

Couverture Ivy Wilde, tome 3 : S.O.S. fantômes en détresse

Si quelqu’un peut comprendre ce que reposer en paix veut dire, c’est bien Ivy. Enfin, « se » reposer en paix, en tout cas.

Tout juste remise sur pied après son affrontement macabre avec un nécromancien, Ivy est de nouveau plongée dans un monde de mystère, d’aventure, et de désastre imminent. C’est pas de sa faute : apparemment, elle est désormais la seule personne au monde à pouvoir communiquer avec les morts. Et malheureusement pour elle, ils ont la langue bien pendue et une grosse liste de réclamations.

Quand, en échange de son aide, les fantômes lui apprennent qu’un tueur en série assassine discrètement des sorcières, Ivy ne peut pas rester sans rien faire. Elle risque cependant de s’attirer plus d’ennuis qu’elle ne l’imagine… et c’est sans parler du dîner en costard prévu chez les parents de Winter…

AVIS

Avis Tome 1 : Quand fainéantise rythme avec magie – Avis tome 2 : Meurtre, magie et télé-réalité

Je râle souvent contre les séries de bit-lit et d’urban fantasy à rallonge, mais je n’aurais pas été contre quelques tomes supplémentaires, adorant Ivy Wilde et sa fausse fainéantise. Mais puisque toutes les bonnes choses ont une fin, je me suis plongée avec plaisir dans cet ultime tome, en me faisant la promesse de ne pas attendre trop longtemps pour lire la nouvelle bonus.

Si j’ai apprécié ce tome, j’ai peut-être été un peu déçue de son côté très classique et presque trop sage par rapport à un deuxième tome, dont la tension montait crescendo jusqu’à se faire suffocante. Ici, alors que l’autrice évoque un tueur en série de sorcières particulièrement calculateur et sans cœur, je n’ai jamais ressenti d’angoisse particulière ni cette peur viscérale qu’il arrive quelque malheurs aux personnages. J’ai néanmoins suivi avec intérêt l’enquête d’Ivy et de Raphaël sur les traces de ce meurtrier qui voue une haine féroce aux sorcières, des êtres qu’il accuse de tous les maux et qu’il traque méthodiquement et avec un certain machiavélisme, voire professionnalisme. Vous verrez, en effet, qu’il a pensé à tout et qu’il ne laisse aucune place au hasard !

Bien que l’enquête reste très classique dans son fond, elle a au moins le mérite de permettre à Ivy d’exploiter son nouveau talent : la communication avec les morts ! Un petit effet secondaire de sa rencontre avec un jeune nécromancien dans le tome précédent. Des fantômes, en veux-tu en voilà pourrait être le nouveau crédo de la pauvre Ivy qui doit entendre sans relâcher leurs jérémiades et se faire houspiller de manière plus ou moins véhémente. Mais vous connaissez Ivy maintenant, une fois le choc passé face à ses nouvelles capacités, elle reprend du poil de la bête et fait ce qu’elle sait faire de mieux, remettre à leur place les impudents. Cela ne l’empêchera pas de les aider quand elle le peut, notre sorcière ayant un bon cœur. Pour ma part, j’ai beaucoup apprécié le fantôme d’une jeune fille qui a vu son cercle de sorciers décimé et celui de l’Ipsimus qui a permis à l’Ordre d’être l’organisation que nous connaissons. Autoritaire, méprisant et colérique, au fil des pages, on finit néanmoins par s’attacher à cette figure de l’Ordre que j’aurais adorée voir un peu plus…

Ce tome, mené tambour battant, ne manque pas d’action, mais il permet également de constater l’évolution de la relation entre Raphaël et Ivy qui sont plus proches, complices et complémentaires que jamais. Si l’efficacité du duo sur le plan professionnel ne fait aucun doute, on apprécie également de voir à quel point, ils forment un beau couple au quotidien. On s’amusera, en outre, de l’influence qu’ils ont l’un sur l’autre : grâce à Ivy, notre sorcier a appris la flexibilité, la diplomatie et la nécessité de savoir parfois transgresser les règles, et grâce à Raphaël, Ivy a gagné un certain sens des responsabilités et une relative tempérance. Mais ce qui fait le charme de nos amoureux, c’est aussi la manière dont ils continuent à se taquiner et à se moquer gentiment des défauts de l’autre qu’ils acceptent sans réserve. Helen Harper nous brosse donc le portrait d’un couple amoureux ayant su développer une relation touchante et saine, ce qui n’est pas si courant…

Bien que la série soit terminée, j’ai le sentiment qu’il y a encore matière à faire vivre d’autres (més)aventures à Ivy, d’autant qu’un grand changement s’annonce autour d’elle. Alors si je n’ai pas vu de communication autour d’une reprise de la série, j’en serais ravie même si je ne suis pas certaine que Brutus, notre félin au vocabulaire peu châtié, soit d’accord pour qu’on vienne de nouveau interrompre ces sacro-saintes siestes ! Après tout, s’il a choisi d’être le familier d’Ivy, c’est bien pour une raison : sa supposée fainéantise…

En conclusion, bien que cette conclusion manque peut-être un peu de flamboyance, elle n’en demeure pas moins fidèle à ce qui fait le charme de la série : de l’humour, des personnages attachants, de l’amour, beaucoup d’action, de la magie et des tas d’ennuis ! Si vous en quête d’un roman qui vous fera sourire et passer quelques heures de divertissement sans prise de tête, Ivy Wilde devrait vous plaire.

Chamane (tome 1) : Héritage, Rachel Dubois

Héritage: Chamanes T.1 par [Rachel Dubois]

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une ado la plupart du temps effacée, un peu boulotte et boutonneuse. Elle aura bientôt seize ans, âge auquel elle sera une adulte selon les lois de son monde. Que les humains au milieu desquels elle se dissimule n’en n’aient aucune conscience lui importe peu car elle n’est pas plus humaine que boulotte et boutonneuse ! Sandra est une Chamane, un être magique et puissant.

En plus de manipuler certaines formes de magies ancestrales, elle partage son corps avec son Once dont elle peut prendre la forme à volonté. La jeune femme n’a plus que quatre mois à se terrer avant de pouvoir revendiquer sa terre comme sienne, mais quatre mois ça peut être très long, surtout lorsque trois Léopards adolescents, le Prince des Lions de Catalunya et un ennemi énigmatique prennent sa vie et sa Terre comme terrain de jeu.

Il ne fait pas bon d’être une mineure isolée dans le monde impitoyable des Chamanes. La jeune Panthère des neiges va devoir dire adieu à sa seule amie, la solitude, créer des liens et des alliances, découvrir l’amour, affronter des ennemis puissants et surtout survivre à son héritage ! Parfois les apparences sont trompeuses et les secrets de famille pesants…

Bienvenue dans la vie de Sandra Neve, une Chamane presque comme les autres humaines…

Auto édition (20 avril 2021) – 270 pages – Broché (15€) – Ebook (4,50€)

AVIS

J’avais déjà repéré ce roman, mais je reconnais que c’est sa nouvelle couverture, que je trouve sublime, qui m’a poussée à franchir le pas. Et si certains points m’ont parfois chagrinée, je reste globalement satisfaite de cette lecture plutôt immersive et prenante.

Mais il est vrai que j’aurais probablement accroché encore plus à l’histoire avec des personnages plus âgés ou, du moins, peut-être un peu plus matures et moins jaloux et possessifs. Mais le vrai point qui m’a gênée, parce qu’à mon sens facilement évitable, c’est la présence de répétitions qui au bout d’un moment deviennent pesantes. À intervalles (trop) réguliers, on entend donc Sandra se lamenter sur son imbécile et arrogant voisin, Greg, et ledit Greg sur cette insignifiante, moche et voisine pas du tout à son goût. Je comprends que, par ses répétitions, l’autrice insiste sur le rapprochement inattendu entre deux adolescents qui n’ont pourtant, à première vue, aucun atome crochu, mais j’aurais aimé un peu plus de subtilité. Si ces répétitions ont mis mes nerfs à rude épreuve, elles ont néanmoins le mérite de nous permettre de mieux comprendre Greg.

En plus de devoir vivre avec sa double nature d’humain/léopard acquise relativement récemment, et qu’il essaie encore de dompter, l’adolescent doit faire face à des sentiments et des émotions qu’il ne maîtrise pas et qu’il ne comprend absolument pas. Il n’aime pas Sandra, qui ne correspond pas à ses critères de la petite amie idéale, mais il ne peut s’empêcher de la regarder et de penser à elle. Et tout ça, à cause de son léopard complètement fasciné par la jeune fille au point d’obliger Greg à passer ses nuits sur le toit de celle-ci, afin d’être certain qu’elle soit en sécurité.

L’adolescent, pour ne pas entrer en conflit avec la part animale en lui joue le jeu, mais il en est profondément ennuyé ! À sa place, je l’aurais été pour moins que ça. Quelque peu antipathique au début de l’histoire, notamment en raison de son obsession de la beauté au détriment de la personnalité, Greg finit par évoluer et ouvrir les yeux sur ce que son léopard tente de lui faire voir depuis un certain temps. Cela n’ôte en rien la gravité du harcèlement qu’il a fait vivre deux années durant à Sandra, mais cela prouve que même les imbéciles peuvent changer.

Quant à Sandra, adolescente et chamane capable de se transformer en panthère, je n’ai pas développé d’attachement viscéral pour elle, l’autrice insistant plus sur sa personnalité de combattante que sur ses émotions. J’ai néanmoins été impressionnée par sa détermination, sa bravoure et la manière dont elle lutte vaillamment pour garder la maîtrise d’un territoire qui semble faire des envieux. Elle doit d’ailleurs travailler d’arrache-pied pour cacher le décès de sa grand-mère jusqu’à son seizième anniversaire où aura lieu sa Révélation, et donc son passage à l’âge adulte selon les lois de son monde. Or, si elle attend avec impatience cette majorité, c’est que c’est le seul moyen d’empêcher un adulte de s’emparer d’elle et de son territoire… Dans sa lutte pour son indépendance, elle pourra compter sur le soutien inattendu d’un nouveau venu, Fabio, le seul et unique héritier des Lions de Catalunya. Un soutien bienvenu, les attaques de créatures cauchemardesques se multipliant et laissant craindre à la jeune fille qu’une personne essaie de s’emparer de cette terre qui lui revient de droit.

J’ai apprécié la relation de confiance et la complicité qui s’installe progressivement entre les deux personnages. Ainsi, Sandra aide, sans même le réaliser, Fabio à retrouver ce sentiment de lien et d’appartenance que la mort de sa compagne lui a fait perdre. Quant à Fabio, il se révèle être une épaule stable et attentive sur laquelle s’appuyer et prouve à l’adolescente que les combats n’ont pas toujours à être menés en solitaire. Or pour une fille aussi seule que Sandra qui, depuis le décès de sa grand-mère, n’avait personne avec laquelle échanger sur les dangers de son monde, cela change tout !

À cet égard, ce premier tome nous offre une immersion intéressante dans un monde où le surnaturel s’invite. Sans entrer dans les détails pour vous laisser le plaisir de la découverte, je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié d’en apprendre plus sur le passé de certains personnages, sur les liens parfois très surprenants qui les lient, sur la conception assez particulière de la filiation chez les chamanes, sur l’histoire ténébreuse et mouvementée de ces êtres fascinants capables de se métamorphoser, sur leurs pouvoirs mais surtout sur ceux de Sandra… Pour ma part, j’ai apprécié que par mesure de précaution et pour garder un avantage sur ses ennemis, Sandra ne fasse pas étalage de ses talents. Cela nous permet de les découvrir au fur et à mesure et de réaliser à quel point l’adolescente est puissante et dangereuse. Ainsi, sa magie, couplée à une force d’esprit phénoménale et des capacités de combattante prodigieuses, fait d’elle une arme létale dont ses ennemis devraient se méfier.

Au-delà de ce monde qui s’offre à nous, l’autrice nous réserve également quelques surprises, avec notamment des secrets de famille qui ne devraient pas manquer de vous surprendre, et vous pousser à reconsidérer toute l’histoire et la mythologie des chamanes sous un autre angle. Car si certains sont prêts à tout, même à la trahison pour gagner en pouvoir et en influence, d’autres sont également capables du plus dur et cruel des sacrifices pour la sécurité des leurs… J’ai ainsi été touchée par certaines révélations dont les conséquences sont bien concrètes pour Sandra, Greg, Fabio, mais aussi tous les personnages secondaires qui habitent ce tome et qui se révèlent attachants. Je pense plus particulièrement à la cousine de Sandra qui va évoluer auprès d’elle et réaliser, grâce à l’un des cousins de Greg, que si les hommes peuvent être exaspérants, certains peuvent également se révéler attirants… Entre Greg et Sandra, et Danaë et Luc, il y a un côté romance ennemies to lovers qui n’a pas été pour me déplaire !

En ce qui concerne la plume de l’autrice, je l’ai trouvée agréable. En alternant entre différents points de vue, tout en veillant à dynamiser la narration par de nombreux dialogues vivants et réalistes, Rachel Dubois rend son histoire facile et rapide à lire. À noter que si la première partie permet de s’approprier le monde de Sandra et d’apprendre à connaître les personnages, le rythme s’intensifie et la tension monte crescendo jusqu’à un final plutôt explosif et des événements qui m’ont (agréablement) surprise par leur dureté.

En conclusion, ce premier tome d’une série prometteuse nous permet de nous approprier un univers possédant une mythologie intéressante et de découvrir une galerie de personnages variés et complémentaires, dont une héroïne déterminée à protéger son héritage à ses risques et périls. Entre l’amour, l’amitié, l’action, les trahisons, les secrets de famille et les révélations, vous ne devriez pas vous ennuyer, a fortiori si vous aimez les histoires dans lesquelles la magie se mêle au monde réel… pour le meilleur et pour le pire.

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis ainsi que pour sa dédicace et le marque-page.

 

L’Empire d’écume, tome 1 : La Fille aux éclats d’os, Andrea Stewart

Couverture L'Empire d'écume, tome 1 : La Fille aux éclats d'os

Dans un empire contrôlé par la magie d’os, Lin, la fille de l’empereur, va devoir lutter pour réclamer son droit au trône.
Sur toutes les îles de l’Empire, on prélève sur chaque enfant un éclat d’os derrière l’oreille, lors d’un rituel trop souvent mortel. Depuis son palais, l’empereur utilise ces précieux fragments pour créer et contrôler de redoutables chimères animales, les concepts, qui font régner la loi. Mais son autorité vacille et partout la révolte gronde.
Sa fille, Lin, a été privée de ses souvenirs par une étrange maladie et passe ses journées dans l’immense palais plein de portes closes et de noirs secrets. Pour regagner l’estime de son père, elle décide de se lancer dans le périlleux apprentissage de la magie d’os.
Une magie qui a un prix… Alors que la révolution vient frapper aux portes du palais, Lin devra décider jusqu’où elle peut aller pour reconquérir son héritage… et sauver son peuple.

AVIS

Je remercie Les Blablas de Tachan pour cette lecture commune que nous avons dévorée.

Il faut dire dire que nous avons toutes les deux apprécié cette histoire offrant un univers riche et complet, une galerie de personnages variés, une entêtante aura de mystère et des révélations savamment orchestrées. J’ai ainsi adoré me plonger la tête la première dans la vie de personnages pour lesquels on développe plus ou moins d’attachement et d’affection en fonction de ses propres affinités. Pour ma part, je n’ai pas été convaincue par un duo d’amantes qui permet de montrer à quel point des différences de milieu socioculturel, d’opinions et de statut peuvent séparer les individus, mais dont le traitement final m’a semblé bâclé. À l’inverse, j’ai été séduite par deux personnages à la psychologie finement travaillée : Lin, l’héritière de l’empereur, et Jovis, un contrebandier.

Les deux ont des vies très différentes, mais les deux ont en commun d’être en quête de quelque chose : Lin de son passé, la jeune femme ayant oublié une bonne partie de sa vie ; Jovis de sa femme étrangement disparue. J’ai été très touchée par la quête de souvenirs de Lin qui fait de son mieux pour se rappeler son passé et ainsi satisfaire un père exigeant, secret et manipulateur, qui manie le bâton et la carotte comme personne. Courageuse et déterminée, la jeune fille évolue au fil de ses découvertes jusqu’à commencer à s’émanciper d’un père qui n’en porte que le nom, celui-ci ne semblant éprouver pour elle qu’une attention sous condition. Bien qu’au début un peu froide, parce que dénuée de passé, Lin possède en elle ce petit quelque chose qui donne envie de la voir réussir dans sa quête de vérité, d’autant que petit à petit, elle réalise que le règne de son père est celui de l’injustice et de l’horreur. Chose qu’elle est bien déterminée à changer et pour cela, une seule solution : prendre le trône de force. Mais avant, elle va devoir apprendre à maîtriser cette magie d’os dont l’empereur ne semble pas pressé de révéler les secrets. Après tout, si le savoir est une arme, il est bien décidé à la garder pour lui !

L’empereur est probablement le personnage qui possède la plus grande aura de mystère dans ce roman ; il fait tout en secret et suivant un schéma que lui seul semble connaître. Méfiant et, disons-le clairement tordu, il n’hésite pas à manipuler Lin et son fils adoptif pour faire naître en eux une rivalité haineuse et ainsi pousser Lin dans ses retranchements. Une situation déjà inacceptable en soi, mais dont on saisit toute l’horreur à mesure que l’on progresse dans l’intrigue, et que les rouages d’un plan malsain se mettent en place. Attendez-vous à des révélations choquantes et la preuve irréfutable que certains sont prêts à tout, même au pire, pour atteindre leur objectif !

Jovis est le deuxième personnage qui m’a le plus intéressée, ayant été émue par les sentiments profonds qui le poussent à retrouver une femme depuis trop longtemps disparue. Si sa carrière de contrebandier l’a plus ou moins contraint à une vie dangereuse et solitaire, il va finir par se lier d’amitié avec une créature dont il est bien difficile d’identifier la nature. Cela fait d’ailleurs partie du charme de Mephi qui va prendre de plus en plus de place dans la vie de Jovis, au point de lui devenir indispensable. Les deux vont nouer une tendre et belle complicité parfois mise en danger par les événements et des rencontres désagréables, mais solidifiée par la certitude absolue qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre. En plus d’être diablement attachant, Mephi va également nous prouver que son rôle ne se limite pas à celui de l’ami qui vient rompre une pesante solitude. Je n’en dirai pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir de la découverte, mais ce qui est certain, c’est que la rencontre entre Jovis et Mephi va bouleverser leur vie à jamais, et permettre à Jovis de quitter son statut de loup solitaire pour celui de protecteur…

Un rôle qui semble plus qu’indispensable dans ce monde soumis à la dureté d’un empereur qui, sous couvert de protéger la population du possible réveil d’anciens dieux, les soumet et leur impose une vie placée sous le signe de la peur et de la mort. Ainsi, chaque individu se voit prélever lors de ses 8 ans un éclat d’os derrière l’oreille. Ceux qui ont la chance de survivre à cette opération doivent ensuite vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, car à tout moment, cette partie d’eux-mêmes, qui leur a été arrachée, peut servir à alimenter un concept. Une idée qui aurait pu avoir son charme si elle ne signifiait pas perdre son essence et sa vie au profit d’une créature créée par l’empereur…

Cette idée de concept soulève un certain nombre de questions d’ordre éthique et moral. Mais j’avoue avoir été fascinée, bien qu’horrifiée, par le processus de création que l’on découvre en grande partie grâce à Lin, et à ses recherches qui l’amèneront à faire de surprenantes découvertes. Certains concepts sont soumis à des ordres simples et limités, mais d’autres, comme les hauts concepts de l’empereur, nous offrent un bon aperçu de la puissance de la magie d’os ! Ces hauts concepts, capables d’autonomie et de développer leurs propres programmes et compétences, brouillent clairement la frontière entre créatures et créateur. Les concepts ne sont ainsi pas forcément des entités sans âme, ce que nous apprendrons de manière plutôt surprenante.

Le roman possède un certain nombre d’atouts : une galerie de personnages variés et facilement identifiables, un système de magie fascinant et révoltant à la fois, une aura de secret et de mystère qui titille grandement la curiosité des lecteurs, et les pousse à formuler mille et une hypothèses, une révolution en marche avec ce que cela implique de complots et de trahisons… Mais le roman peut également s’appuyer sur une narration alternée efficace et mise en valeur par une plume aussi fluide qu’agréable. Sans se perdre dans des détails inutiles, l’autrice réussit à proposer une œuvre immersive dans laquelle on se plonge tête baissée, et dont on prend un plaisir immense à découvrir les tenants et aboutissants. Que ce soit au sein d’un palais aux multiples portes closes, en mer, sur une île mystérieuse auréolée de secrets, dans l’antre de révolutionnaires prêts à renverser le système, mais pas tous très clairs quant à leur objectif final… on ne s’ennuie jamais ! Cela explique probablement que les chapitres s’enchaînent à vitesse grand V et que l’on arrive bien trop tôt à la dernière ligne.

D’ailleurs, si je suis impatiente d’avoir la suite entre les mains, j’ai apprécié que l’autrice termine ce premier tome en nous donnant la sensation d’avoir tourné une page, et d’être prêts à en commencer une autre. Il reste de nombreuses questions en suspens, que ce soit sur le potentiel retour de dieux endormis, le destin des personnages, ou la manière dont leur existence risque à un moment ou à un autre de se télescoper, mais on ne termine pas le roman frustré. On regrettera seulement une dernière partie de roman quelque peu précipitée, les révélations et les événements s’enchaînant à une vitesse folle sans être vraiment développés. Ainsi, si j’ai apprécié la manière dont la tension monte crescendo jusqu’à atteindre une intensité à couper le souffle, j’aurais préféré que certaines choses soient un peu plus approfondies, et que l’autrice prenne le temps de finaliser une bataille épique entre deux êtres dont l’existence est étroitement liée, mais pas pour les raisons que l’on pense…

En conclusion, L’Empire d’écume est un très bon roman de fantasy qui déploie sous l’oeil attentif et curieux des lecteurs un univers riche, complet et implacable dans lequel on s’immerge avec fascination, et dont on appréhende progressivement les contours, les dangers et les secrets. Rythmé, passionnant et non dénué de surprises, voici un roman que je ne peux que vous conseiller si vous avez envie de découvrir une magie puissante et délétère, et de vous plonger dans une aventure qui vous donnera l’impression d’être un pion entre les mains d’un empereur manipulateur, et d’une autrice à l’imagination vive et acérée. Entre manipulation, trahisons, révolution, fausses vérités et surprenantes révélations, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Découvrez l’avis des Blablas de Tachan