Cycle du Kimet, tome 1 : L’Ordre du Faucon, Sébastien Morgan

Couverture Cycle du Kimet, tome 1 : L'Ordre du Faucon

Un récit « Dark Fantasy » dans une Egypte fantastique

Le royaume du Kimet sombre de plus en plus dans le chaos, alors que les Hyksos se sont unifiés et fondent sur la civilisation. Adorateurs d’un Dieu jaloux et cruel, ces nomades ne reculent devant rien pour supplanter la civilisation kimetienne.

A quelques heures de Thèbes, au cœur d’une oasis luxuriante, Yvannia, Grande Prêtresse de Bastet dirige la Maison des Plaisirs. Ce temple de la prostitution sacrée, accueille les nobles, hommes ou femmes, en quête de sensations fortes.

En y assurant la sécurité, Kynya, la mercenaire nubienne, avait décidé de terminer sa vie dans la luxure et l’intrigue. Pourtant le destin en décidera autrement et la belle au corps d’ébène sera obligée de reprendre sa lame pour affronter les horreurs vomies par le désert. Va-t-elle réussir à percer les mystères de l’Ordre du Faucon, cet ordre de mage dont l’ultime message pourrait décider du destin du royaume ?

AVIS

Je remercie Lire à la folie pour cette nouvelle lecture commune et nos multiples échanges autour des personnages et de l’histoire. Des échanges qui ont rendu cette lecture encore plus passionnante.

Quand l’auteur m’a proposé ce roman, j’ai un peu hésité parce que le résumé mentionne une Maison des Plaisirs et que je craignais que le roman flirte un peu trop avec l’érotisme à mon goût. Mais au fil de ma lecture, j’ai réalisé que mes craintes étaient infondées, car mis à part deux ou trois scènes, on est plus sur des allusions et des regards que des moments érotiques purs. L’auteur offre, en outre, une véritable exaltation des sens quand d’autres se contentent d’une litanie de vulgarités. Mais cela n’a rien d’étonnant, la Maison des Plaisirs n’étant pas un lieu de débauche, mais un temple dans lequel les prostituées sont des prêtresses respectées, écoutées et admirées, dont le rôle dépasse de loin le seul assouvissement du plaisir charnel. D’ailleurs, à l’heure où le royaume du Kimet est menacé par une horde de nomades, ce sont leurs talents de guérisseuses qui sont sollicités.

Il faut dire que l’auteur nous plonge en plein conflit entre deux forces, l’une vive, dangereuse et pernicieuse, et l’autre presque endormie par des années de prospérité. Alors que jusqu’à présent les Hyksos se contentaient d’exactions limitées, les voilà réunis sous la bannière d’un même chef, un chef bien décidé à imposer la foi d’un dieu unique cruel qui veut asservir et détruire la civilisation Kimet. Bien que cette idée d’un polythéisme menacé par l’arrivée d’une religion monothéiste soit classique, puisque de toute manière issue de notre propre histoire, j’ai apprécié la manière dont l’auteur l’amène, d’autant que l’influence de notre Dieu Scorpion est bien palpable. En tant que lecteur, on ressent donc pleinement cette menace de l’obscurantisme qui plane sur le royaume du Kimet, quand sa noblesse reste sourde à la réalité préférant profiter des plaisirs de la vie.

Mais d’autres personnes, comme Souti, n’ont guère ce luxe. Dernier survivant de l’Ordre des Faucons, un ordre religieux décimé par les nomades, il est choisi pour mener à bien une mission de la plus haute importance : remettre un petit cylindre à Pharaon. Il n’en connaît pas le contenu, mais il fera tout pour être à la hauteur de la foi qu’on a placée en lui et du sacrifice des siens pour sauver le royaume du Kimet. Bien que j’ai hâte d’en apprendre plus sur ce personnage, j’ai admiré sa foi, sa ténacité et son courage devant l’adversité et les épreuves.

En parallèle de Souti, nous suivons d’autres personnages tous plus ou moins liés par les fils du destin. Parmi ceux-ci, j’ai particulièrement apprécié Kynya, une ex-mercenaire nubienne assurant la sécurité de la Maison des plaisirs dirigée par Yvannia, Grande Prêtresse de Bastet. Mais les événements vont la contraindre à reprendre la lame, ce qui ne sera pas pour lui déplaire. Car si elle répugne dorénavant à semer la mort autour d’elle, elle nourrit, en revanche, une certaine ambition et espère bien, en assurant sa mission, placer ses premiers pions sur l’échiquier du pouvoir. Ce personnage présente l’avantage de prouver qu’on peut être une femme, être forte, être courageuse, tout en étant sympathique ET ambitieuse. Kynya brise donc tous les clichés autour des femmes ambitieuses bien souvent présentées sous un jour défavorable, si ce n’est comme de véritables garces. Et rien que pour ça, je dis un grand merci à l’auteur, d’autant qu’en plus d’être forte physiquement et psychiquement, elle est également dotée d’une bonne dose de lucidité sur les limites du royaume du Kimet. Après tout, aucun pays n’est parfait…

Si Kynya est très vite devenue mon personnage préféré, j’ai aussi apprécié la Grande Prêtresse, bien que j’aie le sentiment qu’il nous faudra attendre le deuxième tome pour que son rôle prenne de l’ampleur. En effet, le roman étant relativement court, l’auteur n’a pas pu forcément creuser chaque personnage, ce qui ne m’a pas empêchée d’apprécier leur variété, leurs forces et faiblesses, ainsi que leur construction. J’ai, en outre, été agréablement surprise par Pharaon qui s’est révélé plus profond que je ne le pensais. Loin du dirigeant faible et alangui par une vie de nanti que je pensais, on le découvre bien conscient des dangers à sa porte et de sa relative impuissance. Et je dis relative, car le souverain peut compter sur sa magie, mais aussi des soutiens qu’ils soient anciens ou nouveaux.

Tous les personnages ne sont néanmoins pas sympathiques ou des modèles de bravoure, l’un d’entre eux n’hésitant pas à trahir, trahir son peuple, trahir son père, trahir toute une civilisation. Alors qu’on aurait pu craindre le cliché du parfait méchant, celui du genre à agir sans même savoir pourquoi, notre homme sait pourquoi il agit. Pour l’avènement d’un jour nouveau où le Dieu qui l’a choisi et qu’il a choisi régnera sur le royaume du Kimet. Et ce jour-là, il est bien décidé à être à ses côtés et à s’imposer. Ce personnage, antipathique comme vous vous en doutez, m’a pourtant plu, car en plus d’être machiavélique, il m’a paru dépassé par les événements. On sent qu’il s’est lancé dans quelque chose dont il n’a pas mesuré toute l’étendue. Il y a même chez lui une certaine naïveté à croire qu’il peut jouer avec des forces surnaturelles sans finir par en payer les conséquences. D’ailleurs, est-ce lui qui joue avec des forces supérieures ou ce sont ces mêmes forces supérieures qui se jouent de lui ?

Pour le découvrir, il ne vous reste qu’à vous laisser tenter par ce premier tome qui pourra frustrer les amateurs de romans de fantasy classique, car s’il est passionnant et sans temps mort, on peut avoir le sentiment de ne pas entrer dans le fond des choses. Ainsi, j’aurais aimé en apprendre plus sur certains personnages ou sur tout ce qui touche à la magie. Mais cela ne nuit aucunement au plaisir que l’on prend à se plonger dans cet univers sombre dans lequel personne n’est à l’abri d’un véritable massacre. Attendez-vous d’ailleurs à quelques scènes dures où des membres sont tranchés et toute notion de pitié oubliée. Mais fidèle à lui-même, Sébastien Morgan ne tombe jamais dans le sensationnalisme ou le gore pour le gore, chaque scène d’action étant millimétrée et pensée pour s’insérer dans une trame d’ensemble, et nous démontrer avec force la bestialité d’ennemis bien décidés à écraser ceux qui se mettent sur leur chemin. Le roman se pare également d’une bonne dose de trahison, chaque peuple, même ouvert d’esprit, pouvant contenir des brebis galeuses prêtes à céder à l’appel d’idéaux bien moins nobles que ceux défendus par leur dirigeant.

En conclusion, L’Ordre du Faucon est un premier tome qui pose les bases d’un univers de fantasy sombre dans lequel une horde de nomades cruels et sanguinaires menace la pérennité du royaume du Kimet, en plus d’imposer par la force la foi en un Dieu unique et malveillant. Entre des personnages très différents, mais complémentaires, l’action omniprésente, les complots et les trahisons, vous devriez apprécier de vous laisser porter par l’imaginaire luxuriant d’un auteur qui allie avec talent concision, précision et sens de l’immersion !

Je vous invite à découvrir l’avis de Lire à la folie.

Sigurd, Federico Saggio

Plongez-vous dans l’univers mythologique scandinave !

Sigurd, dernier représentant d’une lignée issue de l’union d’Odin, roi des Ases, et d’une mortelle, est confié à la mort de ses parents à Mîme, le plus grand Artisan-Forgeron des Nibelungen. Ce dernier est censé l’éduquer dans l’espoir qu’il puisse un jour accomplir la tâche qui lui est échue : tuer le dragon Fafnir, reprendre le trésor maudit au nom des Ases et enfin le protéger de sa vie.
Quant à Sigurd, ce sont d’autres ambitions, d’autres rêves qui l’animent. Le Feu d’Odin coule dans ses veines, il veut vivre ! Quel dommage que les Dieux ne l’entendent pas de cette oreille… car il n’est pas de plaisir plus savoureux pour les Ases, que d’assister à la déchéance d’un mortel qui se débat avec les affres de la destinée.

Auto-édition (9 juin 2020) – 246 pages – Broché (14,99€)

AVIS

C’est la superbe couverture et la promesse d’une plongée dans la mythologie scandinave qui m’ont donné envie de découvrir ce roman que j’ai dévoré en deux soirées, complètement séduite par la très belle plume de l’auteur, alliance de brutalité, d’élégance et de poésie. Un mélange efficace et hypnotique qui sied à merveille à l’atmosphère sombre de ce roman dans lequel l’auteur n’hésite pas à faire couler le sang et à arracher des viscères.

Âmes sensibles s’abstenir donc même si la beauté de la plume de l’auteur permet aisément de passer outre l’éventuel dégoût pour savourer toute la quintessence et l’étrange splendeur de ces scènes crues et intenses. Parce que dans ce roman, il y a du beau derrière le drame, de l’espoir derrière le malheur, et de la magnificence derrière la vie d’un protagoniste qui se veut bien plus antihéros que héros, à moins qu’il ne se situe à la lisière des deux.

Federico Saggio semble s’être particulièrement investi dans la psychologie de son protagoniste qui ne manquera pas de susciter en vous des émotions ambivalentes, mais toujours d’une grande intensité : exaspération devant son mépris affiché envers ceux qu’il considère comme inférieur à lui soit tout le monde, empathie durant les rares moments où sa carapace se fissure, compréhension devant sa soif d’en apprendre plus sur ses origines, dégoût devant sa bestialité et sa propension à se laisser guider par ses instincts en dépit de toute notion de bien et de mal…

Il y a d’ailleurs quelque chose de presque naïf dans le comportement de Sigurd qui tue sans se poser de question, un peu comme un enfant volerait le jouet d’un autre avant qu’on ne lui apprenne les règles de la vie en société. Il faut dire que jusqu’à présent, Sigurd n’a pas vraiment eu de contact avec l’extérieur et que ses interactions se sont limitées à celles avec son tuteur, un homme méprisant et quelque peu maltraitant. Cela n’excuse pas ses exactions, mais permet d’un peu mieux comprendre cette figure de la mythologie scandinave dont l’auteur nous propose ici une interprétation tourmentée et fascinante.

Cette personnalité ambivalente explique peut-être l’étrange attraction que Sigurd a su exercer sur moi et qui m’a poussée à suivre ses aventures sans pouvoir détourner les yeux malgré ses accès de violence, son arrogance, et cette douce folie meurtrière qui semble, peu à peu, le consumer… Les pages se tournent à une vitesse folle devant notre envie d’en savoir plus, toujours plus, sur ce personnage auréolé d’une bonne dose de mystère et de danger. On suit donc la tête pleine de questions et la boule au ventre Sigurd dans sa mission confiée par les Dieux dont il est le descendant : tuer Fafnir et récupérer le trésor perdu des Nibelungen.

Néanmoins, Sigurd n’est pas homme à se laisser dicter sa conduite par qui ou quoi que ce soit. Épris de liberté, il a bien d’autres objectifs comme celui de se forger sa propre légende, ce qui le conduira à faire différentes rencontres, plus ou moins sympathiques, à lutter contre la faim et le froid, à survivre à de dangereuses créatures, à faire une alliance avec un prince, à tuer encore et encore, parfois à son insu, victime d’horribles hallucinations…

Mais si la légende de Sigur, fils de Sieglinde, fils de Sigmund, commence à s’étendre, une réalité s’imposera à notre héros : on ne peut pas jouer avec la patience des Dieux indéfiniment et en toute impunité ! Cette liberté revendiquée par Sigurd, n’est-elle finalement pas qu’une douce illusion dans un monde façonné par les Dieux ? Le libre arbitre existe-t-il réellement ou s’efface-t-il devant la volonté et les desseins divins ? Et dans ce cas, si tout est écrit d’avance, pourquoi lutter contre sa destinée ?

Au-delà des questions intéressantes autour de la notion de liberté, de destin et d’héritage familial soulevées par l’auteur, j’ai adoré suivre la déchéance de Sigurd qui va devoir tomber très bas avant de se relever et de pouvoir viser le ciel ! Les faits d’armes vont donc alterner avec des moments moins reluisants pour lesquels même le très fier Sigurd aura bien du mal à retirer de la gloire… Au cours de son voyage, il fera également des rencontres qui le pousseront dans ses retranchements, lui permettront d’évoluer, et, parfois, de gagner un peu en humanité.

Je pense notamment à sa rencontre avec un homme au physique disgracieux, mais à la grande bonté, qui m’a beaucoup touchée. Cet homme nous prouve que les apparences sont parfois trompeuses et que la vraie beauté ne se voit pas sur un visage. Sigurd s’ouvrira également à des sentiments nouveaux qui, dans un premier temps, le déstabiliseront avant de le pousser à reprendre sa destinée en main, non pas pour satisfaire les caprices des dieux, mais pour répondre aux élans de son cœur et de son désir.

Je ne me suis pas attachée au personnage, bien qu’il m’ait parfois étrangement touchée, mais son évolution est intéressante et sa personnalité assez complexe pour me donner envie de le voir vaincre ses adverses qu’ils soient humains ou non. À cet égard, l’auteur nous offre une sympathique plongée dans la mythologie scandinave avec des créatures fantastiques qui font froid dans le dos et des dieux que l’on connaît tous au moins de nom (Odin, Loki…). Connaissant peu cette mythologie, j’avais un peu peur d’être perdue, mais ce ne fut pas le cas, le roman se révélant très accessible même pour les néophytes !

J’ai donc apprécié cette immersion dans la mythologie scandinave qui n’a rien à envier à la mythologie grecque : relations familiales complexes et incestueuses, drames, dieux désinvoltes quant au sort des mortels… Il n’y a pas à dire, on ne s’ennuie pas avec les dieux et leurs caprices, a fortiori quand on suit les aventures de l’un de leurs descendants qui semble bien décidé à suivre dorénavant sa propre voie et à délivrer l’objet de ses désirs de son triste sort.

Y arrivera-t-il ? Il faudra lire le deuxième tome pour le savoir, mais ce qui est certain, c’est qu’après une période de doute, on sent chez notre héro/antihéros un regain de confiance et une détermination à toute épreuve qui risque fort bien de sceller son destin, un destin qui sera, sans aucun doute, épique ! Ne nous reste plus qu’à attendre que le scalde Federico Saggio nous narre la suite des exploits de Sigurd, fils de Sieglinde, fils de Sigmund !

Je remercie l’auteur de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

Sang Rancune, Jordan Breton

Sang Rancune est un roman qui mêle dark fantasy et romance dans un monde où les monstres les plus ignobles ne sont peut-être pas les créatures mortelles qui rôdent dans les bois, arpentent les campagnes et se dissimulent à la faveur de la nuit.

Léna est la fille du seigneur le plus puissant de l’Empire, mais cela ne l’a pas mise à l’abri des pires horreurs. Ohën, lui, est né Fange, mais a réussi à inscrire son nom en lettres de sang à côté de ceux des assassins les plus célèbres du monde. Leurs univers sont opposés, mais que reste-t-il de leurs différences lorsque jugement, naissance et préjugés sont laissés de côté ?

Jordan Breton (28 janvier 2020) – 420 pages – Broché (15,90€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Ohën, assassin dont la réputation n’est plus à faire, accepte avec son complice de longue date, Fëir, un juteux contrat, mais les choses ne se passent pas comme prévu. Alors qu’il devait kidnapper Léna après avoir exécuté son frère et son père, un puissant souverain, il finit par l’arracher aux griffes d’une impitoyable et très douée tueuse. Blessé, il s’enfuit avec la jeune femme en se gardant bien de lui avouer la véritable raison de sa présence providentielle dans sa chambre… Si Léna se doute rapidement que son sauveur n’est pas celui qu’il prétend être, elle consent néanmoins à le suivre d’autant que les créatures et autres truands à leurs trousses semblent représenter une menace bien plus importante.

Commence alors pour le duo un voyage des plus mouvementé. Entre les attaques de goules désireuses de faire payer à Ohën sa tromperie et celles de mercenaires très remontés contre notre assassin, Ohën et Léna ne sont pas au bout de leur peine ! Les amateurs d’action devraient être ravis, l’auteur nous offrant de très convaincantes et immersives scènes de combat où l’hémoglobine coule à flots, et les morts sont légion. J’ai apprécié le rythme effréné de cette histoire qui ne souffre d’aucun temps mort. Nos deux protagonistes mènent une lutte de chaque instant pour survivre dans cet univers violent où seuls l’argent et le pouvoir comptent. On ressent donc un certain sentiment d’urgence et de tension qui donne envie de tourner les pages, et de découvrir le destin de deux personnes que tout oppose, mais qui vont finir par se rapprocher.

Les débuts sont pourtant difficiles, chacun voyant l’autre sous le prisme de ses propres préjugés sans oublier certains comportements, de part et d’autre, qui agacent et frustrent. Ainsi, Ohën ne supporte pas le caractère de Léna qu’il voit comme une petite princesse pourrie gâtée quand cette dernière ne goûte guère son air goguenard et son humour grivois de fort mauvais aloi… J’ai adoré la manière dont Léna remet à sa place son prétendu sauveur lui assénant ses vérités que cela lui plaise ou non. L’auteur a réussi habilement à transformer des propos graveleux qui auraient eu de quoi irriter n’importe quelle femme, et n’importe qui avec un minimum d’empathie, en une manière de dénoncer très justement les violences physiques et verbales faites aux femmes, les dernières sous couvert « d’humour ». C’est tellement rare dans la fantasy que je tenais à le souligner !

Les joutes verbales entre les deux personnages ne manqueront pas de vous faire sourire d’autant que chacun dans leur style, il possède une langue bien pendue et acérée. Mais ce que j’ai préféré, c’est assister à l’évolution de leur relation que j’ai trouvée bien amenée et surtout très réaliste. Venant de deux milieux radicalement différents, Ohën et Léna auraient pu ne rien avoir en commun, mais la douleur, la rancune et la violence dépassent les simples clivages de classe. Ainsi, être bien née ne signifie pas être privilégiée et avoir une douce vie comme le passé de Léna, qui se dévoile progressivement à nous, l’en atteste. Quant à Ohën, à mesure que l’on découvre toutes les épreuves qu’il a traversées, on arrive à mieux comprendre le personnage qu’il est devenu et la carapace qu’il s’est construite. Tué ou être tué, un leitmotiv qui s’est très vite imposé à lui et à son ami d’enfance et qui a impacté profondément sa vision du monde et de la valeur d’une vie humaine.

Ohën est un personnage torturé et complexe qui cache en son sein une force obscure, puissante et mystérieuse qu’il lutte pour maîtriser même si cette dernière se révèle un atout précieux contre ses ennemis… Le jeune homme lutte également contre lui-même, déchiré entre ses réflexes hérités d’une vie à la dure où il a dû lutter pour simplement vivre, et sa conscience qui commence à s’éveiller. Il évolue en cours d’aventure et se montre de plus en plus humain, ce qui s’explique autant  par un événement traumatisant qui le pousse à revoir certains souvenirs sous un autre jour que la présence bénéfique de Léna dans sa vie. Bien que j’aie regretté une certaine passivité du personnage en début de roman, Léna n’en demeure pas moins une femme de caractère qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Elle affronte avec beaucoup de courage, et un certain stoïcisme, les épreuves qui se présentent à elle quand elle aurait pu baisser les bras à de nombreuses reprises.

En plus du duo, on découvre, à travers les souvenirs d’Ohën, son meilleur ami, Fëir. Difficile de ne pas développer un certain attachement pour cet homme qui nous est décrit comme réfléchi et motivé par l’envie d’une vie simple loin du sang et de la violence. La relation entre Ohën et Fëir dépasse largement le cadre de l’amitié. Ils ont traversé tellement d’épreuves ensemble et subi tellement d’affronts que plus que des amis, ils sont devenus des frères de sang ! Le sang est un élément omniprésent dans leur vie, les deux amis l’ayant beaucoup fait couler, d’abord par obligation, puis pour servir leurs propres intérêts et leur propre enrichissement. Une soif d’or, pas vraiment partagée par Feïr, que le duo va payer très lourdement…

Les romans de fantasy peuvent parfois se révéler fouillis et ardus à appréhender, mais ce n’est pas le cas ici. Alternant entre dialogues et plongées dans les pensées de ses protagonistes, l’auteur trouve le ton juste pour rendre son histoire très accessible et plutôt addictive. Un point qui rend ce roman parfait pour les personnes souhaitant découvrir la fantasy même si les amateurs du genre devraient également apprécier le voyage. Quant à la fin, je l’ai trouvée parfaite pour conclure une histoire d’amour, de sang et d’amitié.

En conclusion, grâce à deux protagonistes complémentaires et à la forte personnalité, une narration dynamique et entraînante, et une plume aussi fluide qu’immersive, l’auteur plonge ses lecteurs dans une histoire haletante où se mêlent habilement mensonges, secrets, action, trahison, sang, quête de sens, amitié et amour. Si vous avez envie d’un bon roman de dark fantasy très accessible et bien écrit, Sang rancune devrait vous plaire et vous faire vibrer au rythme des péripéties qui ne manqueront pas de s’enchaîner et de vous tenir en haleine.

Merci à l’auteur pour cette lecture.
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