La nostalgie du sang, Dario Correnti

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir les épreuves non-corrigées de La nostalgie du sang de Dario Correnti.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une série de crimes sauvages bouleverse Bottanuco, une petite ville du nord de l’Italie. Des cadavres de femmes mutilées, des signes de cannibalisme, des aiguilles disposées comme dans un rituel magique et une mystérieuse inscription ensanglantée sur le lieu du crime : «ViVe». Alors que la police se perd dans des fausses pistes et que l’insaisissable meurtrier continue de frapper, deux journalistes enquêtent sur l’affaire : Marco Besana, un grand reporter menacé de retraite anticipée, et Ilaria Piatti, une stagiaire méprisée de la rédaction mais incroyablement douée pour traquer les coupables.
C’est Ilaria qui réalise qu’il pourrait s’agir d’un imitateur de Vincenzo Verzeni, le tout premier tueur en série italien à la fin du XIXe siècle. Qu’est-ce qui peut bien relier les victimes à ce tueur mort il y a plus d’un siècle ?
Une enquête à couper le souffle.

Albin Michel (29 mai 2019) – 528 pages –  Broché (22,90€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Samuel Sfez

AVIS

Avec ses chapitres courts et rythmés, et une alternance présent/passé efficace, La nostalgie du sang est un thriller entraînant qui happe l’attention des lecteurs dès les premières pages. À mesure que l’on remonte la piste d’un tueur en série sanguinaire qui a la fâcheuse tendance de massacrer le corps de ses victimes avant de s’adonner au cannibalisme, on retrace l’histoire du premier tueur en série qui a sévi en Italie au XIXe siècle, Vincenzo Verzeni. Deux tueurs, deux époques différentes, mais un même mode opératoire. A-t-on affaire à un simple copycat ou à un individu avec ses propres motivations et/ou névroses ?

Une question, parmi tant d’autres, que ne pourront que se poser les deux journalistes en charge de l’affaire, Marco Besana, spécialiste des affaires criminelles et Ilaria Piatti, une stagiaire à l’avenir incertain, son contrat ayant pris fin sans qu’aucune proposition d’embauche ne lui ait été proposée. Il faut dire qu’en ces temps de restrictions budgétaires, une stagiaire mal fagotée, assez maladroite et dépourvue du fameux papier rose ne suscite guère d’enthousiasme parmi la direction…

Heureusement que la pugnacité d’Ilaria, sa capacité de travail prodigieuse (miracle de la caféine ?), son intelligence et ses talents de déduction n’échapperont pas à Besana qui finira par la prendre sous son aile. Tout au long de leur collaboration, il aura à cœur de lui apprendre les ficelles du métier et surtout, la nécessité de prendre de la distance… Une chose difficile pour la jeune femme qui reste hantée par un événement traumatisant de son passé. Celui-ci explique probablement son appétence, frisant parfois l’obsession, pour les affaires criminelles et son envie presque maladive de rendre justice aux victimes.

Une envie qui va fortement guider sa pratique du journalisme et que seul le côté plus rationnel et froid de Besana viendra contrebalancer. C’est que pour faire face aux scènes de crime, au sang, à toute cette haine, cette violence et cette folie humaine qu’un journaliste d’investigation côtoie dans sa carrière, il faut s’endurcir et bien avoir la tête sur les épaules. Question de survie, ce que va intégrer notre apprentie journaliste qui, petit à petit, va arriver à mettre de côté sa sensibilité à fleur de peau ! La condition sine qua non pour réussir dans ce métier pour lequel elle semble prédestinée…

La dynamique autour du duo Besana/Ilaria est intéressante, leurs différences de vie et de caractère les rendant parfaitement complémentaires. Si on a bien le schéma typique du protagoniste bourru qui a roulé sa bosse et du bleu au passé tourmenté qui fait ses armes, j’ai trouvé que le duo dégageait une certaine fraîcheur, peut-être en raison de la personnalité très fille d’à côté, limite empotée, d’Ilaria. Grande gaffeuse dans l’âme, j’avoue d’ailleurs avoir pas mal ressenti d’empathie pour cette dernière d’autant que son histoire familiale ne peut laisser indifférente. Quant à Besana, on le voit évoluer grâce à cette femme qui lui fournit l’impulsion nécessaire pour remettre de l’ordre dans une vie personnelle partie en déliquescence. 

L’enquête, quant à elle, est dans la lignée des bons thrillers, c’est-à-dire rythmée, efficace et sous tension. Le parallèle entre notre tueur en série et un tueur d’anthologie fait monter la pression et apporte pas mal de suspense. Mais petit à petit, l’auteur brouille les pistes et nous laisse entrevoir une autre réalité, celle d’une personne dérangée qui ne suit aucun agenda si ce n’est le sien. Devant l’accumulation des meurtres et cette impression d’un tueur tellement passe-partout qu’il en devient insaisissable, une certaine parano finit par s’installer… Après tout, le monstre pourrait se cacher en n’importe qui, du gentil beau-frère qui cache un secret, à cet individu que l’on ne remarque que lorsqu’il est trop tard.

L’anxiété monte d’un cran, notamment pour nos deux journalistes qui, en progressant dans leur enquête, flirtent avec le danger. Cette tension croissante mettra le cœur des lecteurs à rude épreuve, mais elle permettra également à un personnage de vraiment se révéler. À cet égard, j’ai apprécié son évolution, mais j’ai quelque peu regretté qu’elle donne lieu à une fin qui aurait mérité d’être un peu plus développée… Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier la tournure prise par les événements, l’auteur nous prouvant qu’il n’y a pas besoin de tomber dans le spectaculaire pour marquer les lecteurs et leur offrir une fin solide.

Si l’intrigue est parfaitement calibrée pour offrir un moment de lecture prenant et immersif, peut-être un peu trop au regard de certains détails sur le cannibalisme, elle permet également de faire un rapide état des lieux d’une Italie en pleine mutation, et du métier de journaliste qui a connu, notamment en raison de l’avènement des réseaux sociaux et d’internet, de profonds changements. À côté de cette nostalgie du sang qui réunit nos deux journalistes, il y a donc aussi cette nostalgie d’un certain journalisme d’investigation qui a laissé progressivement sa place à un journalisme de l’instantanéité dans lequel on se doit d’être sur tous les fronts, tout le temps, quitte à faire passer la qualité et l’authenticité de l’information au second plan.

Autre point intéressant de cette enquête dans laquelle notre duo tirera son épingle du jeu par rapport à des forces de police dépassées par la psyché de notre tueur en série, les sauts dans le passé qui permettent de se rendre compte de l’évolution des méthodes d’investigation criminelles qui, au fil du temps, sont devenues de plus en plus scientifiques, précises et fiables.

En conclusion, porté par deux journalistes très différents, mais parfaitement complémentaires et attachants, La nostalgie du sang est un thriller efficace, plein de tension et rythmé qui joue avec habilité sur l’alternance présent/passé, et sur la ressemblance entre deux tueurs en série séparés par les années, mais réunis par une même soif de sang. En plus d’une enquête menée tambour battant qui vous réservera quelques sueurs froides et vous fera tourner les pages avec entrain, l’auteur fait également le pari réussi d’apporter une certaine profondeur à son récit en l’ancrant dans une Italie où modernité et tradition se côtoient, et dans laquelle le métier de journaliste a connu de profondes mutations… pour le meilleur et pour le pire.

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Albin Michel.

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Premières lignes #79 : La nostalgie du sang, Dario Correnti

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Après une interruption de quelques semaines, voici un nouvel article Premières lignes autour du prochain thriller que je compte lire : La nostalgie du sang de Dario Correnti.

« Une série de crimes sauvages bouleverse Bottanuco, une petite ville du nord de l’Italie. Des cadavres de femmes mutilées, des signes de cannibalisme, des aiguilles disposées comme dans un rituel magique… Alors que la police se perd en fausses pistes et que l’insaisissable meurtrier continue de frapper, deux journalistes s’emparent de l’affaire : Marco Besana, un grand reporter menacé de retraite anticipée, et Ilaria Piatti, une stagiaire méprisée de la rédaction mais incroyablement douée pour traquer les coupables.
C’est Ilaria qui réalise qu’il pourrait s’agir d’un imitateur de Vincenzo Verzeni, le tout premier tueur en série italien de la fin du XIXe siècle. Mais qu’est-ce qui peut bien relier les victimes à ce tueur mort il y a plus d’un siècle ?
Best-seller en Italie, cette enquête à couper le souffle est portée par un duo de journalistes sensationnel et déjà légendaire. »

PREMIÈRES LIGNES

9 décembre

« Je veux au moins cinq mille signes », martèle Besana tout en actionnant les essuie-glaces.
Il remarque que ce n’est pas de la pluie qui tombe sur son pare-brise, car une couche blanche s’est déjà formée sur les bords. Manquait plus que la neige. Il met son clignotant et serre à droite. Son article, il l’écrira sur une aire d’autoroute. Il ne peut pas risquer de rester bloqué sur la rocade de Milan ce soir.
« Fais-moi confiance, putain », ajoute-t-il, toujours au téléphone.
Sans trop savoir si ce « putain » s’adresse au camion qui vient de lui couper la route ou à ce rédacteur en chef qui fait toujours des histoires, comme si c’était lui qui payait le papier.
Puis ça coupe. Plus de batterie. Il a encore oublié son chargeur de voiture.
Il se gare, bondit de son siège, claque la portière. Un peu voûté, il se précipite vers l’entrée du bar, se protégeant la tête sous son sac à dos.
« Sale temps, hein ? » lui lance une fille assise derrière la caisse.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Que pensez-vous de ces premières lignes ?

De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

Je remercie les éditions Albin Michel et Babelio pour m’avoir permis de découvrir les épreuves non-corrigées de De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques.

Albin Michel (2 mai 2019) – 496 pages – Broché (21,90€) – Ebook (14,99€)

TRAILER

 

AVIS

De bonnes raisons de mourir est un roman captivant et prenant, non pas par son originalité, l’auteur reprenant les grands ressorts d’un bon thriller, mais par le lieu de l’action, l’Ukraine, et plus particulièrement, la ville fantôme de Pripiat vidée de ses habitants à la suite de l’incident nucléaire de Tchernobyl.

La date du 26 avril 1986 est profondément ancrée dans la mémoire collective, mais les personnes non directement impactées ont depuis repris le cours de leur vie sans autre désagrément qu’une éventuelle crainte relayée dans un coin de leur cerveau. La situation est bien différente pour toutes ces personnes qui vivent, elles, avec le fantôme de Tchernobyl qui hante leur histoire familiale, mais aussi leur vie actuelle. Entre les enfants nés avec des infirmités, les cancers qui continuent à se déclarer plus de trente ans après le drame et ces radiations qui font partie de la vie des individus condamnés à vivre près d’un monstre toujours aussi menaçant, la page Tchernobyl n’est définitivement pas tournée pour tout le monde…

Et ce n’est pas l’inspecteur Melnyk et sa jeune collègue, Galina Novak, fraîchement sortie de l’académie de police, qui diront le contraire, tous les deux ne rêvant que d’une chose : s’éloigner de Pripiat et de toutes ces radiations dont il est bien difficile de véritablement se prémunir. Mais pour cela, ils vont devoir retrouver un terrifiant meurtrier qui n’a pas hésité à mutiler et exposer sa victime, un citoyen russe du nom de Léonid Sokolov, sur la façade d’un immeuble. L’enquête, déjà intrigante, va prendre de l’ampleur quand on établira un lien avec le meurtre de la mère de Léonid assassinée en même temps que sa voisine, trente ans plus tôt, lors de la terrible nuit où la centrale a explosé. Difficile alors de ne pas être pétri de curiosité quant à l’identité de ce tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle !

Léonid Sokolov s’est-il brûlé les ailes en s’approchant trop près de l’identité du tueur de sa mère ? Son père, Vektor Sokolov, un homme puissant et fortuné, en est convaincu, et est bien décidé à arrêter une bonne fois pour toutes cet assassin qui s’acharne sur sa famille. Déplorant l’inefficacité des autorités locales, il engage alors un policier russe, Alexandre Rybalko né à Pripiat, pour mener à bien sa vendetta. Le policier s’était promis de ne jamais retourner dans la ville de son enfance, mais ses jours étant comptés, il finit par accepter la proposition afin de pouvoir offrir, grâce à la promesse d’une énorme somme d’argent une fois sa mission accomplie, une vie meilleure à sa fille. Un dernier cadeau d’un père négligent qui n’a pas toujours fait les meilleurs choix dans sa vie…

Nous suivons donc alternativement le policier ukrainien aidé de sa collègue, et le policier russe qui agit à titre personnel et, bien souvent, en dehors des clous. Les deux enquêteurs se rapprochent, d’abord séparément puis en collaborant, de ce tueur répugnant qui se plaît à mettre en scène ses méfaits de manière particulièrement macabre. Prend-il un malin plaisir à mutiler les corps de ses victimes ou ses actes suivent-ils des motivations plus profondes ? Une question, parmi d’autres, qui vous tiendra en haleine et qui vous fera tourner avec avidité ces presque cinq cents pages que je n’ai, pour ma part, pas vu défiler. Il faut dire que l’action est au rendez-vous, les révélations fracassantes et bouleversantes, et les péripéties s’enchaînent sans vous laisser le temps de reprendre votre souffle !

En plus du rythme, j’ai beaucoup aimé la manière dont l’auteur a su construire des personnages complexes dont on découvre, petit à petit, les faiblesses, les qualités, les attentes, les espoirs… Bien qu’imparfaits, les deux policiers se révèlent donc profondément humains et touchants. Melnyk essaie de composer avec cette Ukraine dans la tourmente et en proie à la corruption, la misère, la violence, la guerre... Honnête dans une société malade qui fait de cette qualité une excentricité, il reste droit quoi que cela puisse lui en coûter que ce soit dans sa vie professionnelle ou familiale. C’est ainsi qu’en travaillant dans des zones à risque, il devient paria auprès de sa propre femme, et qu’en refusant de participer aux magouilles, petites ou grandes, il ne peut apporter à son fils l’aide matérielle dont il aurait tellement besoin…

Ce policier m’a beaucoup touchée, mais c’est bien Rybalko qui apporte la plus grande densité dramatique à l’histoire. En choisissant quelqu’un qui n’a rien à perdre, Vektor Sokolov s’est assuré le support d’une machine de guerre qui nous apparaît pourtant vulnérable. Devant le peu de temps qu’il lui reste à vivre, Rybalko en vient à faire le point sur son passé, le traumatisme de Tchernobyl, son engagement en Tchétchénie qui l’a profondément marqué, et ses nombreux manquements en tant que père et mari. Une introspection tardive sans complaisance qui, en plus d’être touchante, ajoute au sentiment d’urgence que l’on ressent tout au long de la lecture, un peu comme si un compte à rebours était enclenché et qu’on en percevait le tic-tac ininterrompu. Rybalko permet également à l’auteur d’évoquer le racisme en Ukraine et auprès de certains groupes d’individus qui ne voient pas d’un bon œil qu’un métis ose s’immiscer dans leurs affaires…

Grâce à un style entraînant, vif et immersif, Morgan Audic arrive, en outre, à retranscrire à la perfection l’ambiance sordide et mortifère de Tchernobyl et de ses environs. Au passage, attestant d’un travail de recherche pointilleux, il en profite pour donner des informations qui sont tellement surréalistes qu’on en vient à espérer qu’elles ne soient que le fruit de son imagination : des visites guidées des environs de la centrale d’une indécence folle, des zones protégées qui sont des paniers percés, des objets contaminés qui font le tour du globe…

En conclusion, De bonnes raisons de mourir est un thriller captivant et intelligemment construit qui nous immerge dans une Ukraine en proie à la tourmente et sur laquelle plane le fantôme de Tchernobyl qui se révèle peut-être finalement le plus terrible meurtrier de ce récit. Entre corruption et violence, Morgan Audic nous offre une enquête palpitante portée par deux enquêteurs complexes et complémentaires dont on suit chaque mouvement avec intérêt et appréhension. Voici donc un thriller à l’ambiance aussi sombre et glauque qu’immersive que je vous conseille si vous avez envie d’une histoire rythmée mêlant habilement fiction et réalité.

 

Premières lignes #77 : De bonnes raisons de mourir, Morgan Audic

Premi!èr-1

Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je voulais vous présenter les premières lignes d’un roman que j’ai dévoré et dont je vous reparle bientôt : De bonnes raisons de mourir de Morgan Audic.

De bonnes raisons de mourir

« Un cadavre atrocement mutilé suspendu à la façade d’un bâtiment. Une ancienne ville soviétique envoûtante et terrifiante. Deux enquêteurs, aux motivations divergentes, face à un tueur fou qui signe ses crimes d’une hirondelle empaillée. Et l’ombre d’un double meurtre perpétré en 1986, la nuit où la centrale de Tchernobyl a explosé…Morgan Audic signe un thriller époustouflant dans une Ukraine disloquée où se mêlent conflits armés, effondrement économique et revendications écologiques. »

PREMIÈRES LIGNES

_ C’est vraiment le pire endroit où mourir, déclara l’officier Galina Novak.
Au nord, vers la frontière biélorusse, des nuages noirs gonflaient à l’horizon, déversant des averses froides sur les forêts de Polésie. Novak sortit un paquet de cigarettes de sa poche et la tapota nerveusement sur un genou.
_ Vous pensez que c’est un meurtre ?
Surpris par la question, le capitaine Joseph Melnyk décrocha un instant son regard de la route et le tourna vers sa passagère. Cheveux blonds soigneusement domestiqués en une queue de cheval stricte, visage juvénile, uniforme flambant neuf au look vaguement américain… une fois de plus, il songea que la jeune femme, tout juste sortie de l’académie de police, ne semblait pas à sa place dans l’habitacle miteux de sa vieille Lada de service.
_ Vous pensez que quelqu’un a tué ce type ? insista-t-elle.
Melnyk haussa les épaules.
_ Inutile de s’en faire toute une histoire. Je te parie qu’il s’agit d’un touriste qui a fait une crise cardiaque, ou d’un vieil ivrogne qui est tombé d’un balcon. Ça sera réglé en moins de deux heures. Pas la peine d’imaginer le pire.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Vous tente-t-il ?

Découvrez les premières lignes des autres participants :

La Chambre rose et noire
Au baz’art des mots
Chronicroqueuse de livres
Les livres de Rose
Lady Butterfly & Co
Le monde enchanté de mes lectures
Cœur d’encre
Les tribulations de Coco
La Voleuse de Marque-pages
Vie quotidienne de Flaure
Ladiescolocblog
Selene raconte
Pousse de gingko
La Pomme qui rougit
Chat’Pitre
La Booktillaise
The Cup of Books
Prête-moi ta plume
Le Parfum des Mots
Les lectures d’Emy
Songes d’une Walkyrie
Shury lecture
Aliehobbies
Entre deux lignes
Rattus Bibliotecus
Figures de style
Ma petite médiathèque

Comment l’hypnose a changé ma vie, Messmer

Je remercie Babelio et les éditions Michel Lafon pour m’avoir permis de découvrir Comment l’hypnose a changé ma vie de Messmer.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

 » L’invisible, l’impalpable a une réalité, une énergie. « 

 » Je m’appelle Éric Normandin, mais en 1995 j’ai décidé de me faire connaître sous le nom de Messmer, en hommage à l’un des plus célèbres pionniers de la science de l’hypnose. Je suis né en 1971 et j’ai grandi à Saint-Césaire, une petite ville du Québec, dans une famille plus atypique qu’on pourrait le croire. Quarante-sept ans plus tard, je parcours la planète en exerçant le métier de fascinateur. Je crois au pouvoir de l’esprit. Grâce à lui, j’ai réalisé ce que j’ai longtemps cru impossible : faire découvrir l’hypnose au public, tout en le divertissant.
Lorsque j’ai enfin écouté et apprivoisé – en pleine conscience – la puissance de l’esprit, j’ai su, après bien des détours et des déconvenues, prendre les meilleures décisions pour réaliser mes rêves… Puisse mon livre vous aider à réaliser les vôtres.
Je suis Messmer et voici mon histoire. « 

Michel Lafon (24 janvier 2019) – 237 pages – Broché (18,95€) – Ebook (13,99€)

AVIS

Ne regardant quasiment pas la télé et jamais les émissions de divertissement, je confesserai être passée à côté du phénomène Messmer. En revanche, l’hypnose est un sujet qui m’intéresse beaucoup ayant eu l’occasion de tester l’hypnose ericksonienne dans le cadre médical. Si malheureusement, cela n’a pas vraiment eu d’impact sur mes phobies, je reste persuadée de la puissance et du bien-fondé de cette science.

J’étais donc très curieuse d’en apprendre plus sur la manière dont l’hypnose a pu changer, pour le meilleur, le destin d’une personne. Et je dois dire que je ne regrette pas du tout ma curiosité. Dès les premières lignes, Messmer arrive à créer une vraie complicité avec le lecteur lui narrant sa vie, de sa prime jeunesse à l’homme médiatique qu’il est devenu, comme il le ferait à un ami. Une convivialité dans le style d’écriture qui rend la lecture très agréable et surtout très rapide même pour les personnes qui, comme moi, ne lisent quasiment jamais d’autobiographies.

Les pages défilent sans que jamais ne pointe l’ennui. Bien au contraire, on prend beaucoup de plaisir à découvrir la vie de cet homme dont ici transparaît toute la gentillesse, la simplicité, la débrouillardise, mais surtout la pugnacité et la capacité de travail. Quand Messmer raconte certains épisodes de sa vie et notamment la manière dont il a réussi enfant à hypnotiser un camarade, on a presque l’impression que c’est facile. Il reçoit de son grand-père un étrange et mystérieux grimoire que je rêve de feuilleter au demeurant, il le lit, l’étudie, s’entraîne et ça marche.

Mais au fil des pages, on se rend compte que si l’homme semble avoir des dispositions naturelles, ses talents d’hypnotiseur sont avant tout le fruit de beaucoup de travail. Hypnotiser et fasciner les foules, c’est un travail personnel de longue haleine qui ne semble d’ailleurs jamais terminé. Messmer est, en effet, toujours à l’affût de nouveaux moyens de passionner ses spectateurs, et de développer ses capacités. Que ce soit en hypnotisant une salle entière en un claquement de doigts, ou presque, marquant ainsi un record mondial ou en essayant d’exploiter tous les sens pour offrir un spectacle multisensoriel, Messmer ne se repose jamais sur ses lauriers. C’est peut-être l’une des clefs du succès de cet homme qui fascine au sens propre comme au sens figuré.

Pour ma part, je n’ai jamais eu l’occasion d’assister à l’un de ses spectacles, mais s’il met sur scène ne serait-ce qu’une parcelle de l’énergie mise dans ce livre, le spectacle s’annonce grandiose ! J’ai d’ailleurs apprécié que l’auteur évoque certains moments forts/anecdotes de ses shows et de ses passages à la télé, certains se révélant amusants et d’autres empreints d’émotions. Cela permet, en outre, d’offrir aux personnes n’ayant jamais assisté à l’une de ses représentations, un petit aperçu de ce qu’il est capable de faire. Et même en gardant à l’esprit que l’hypnose n’a rien de magique, ses capacités ont de quoi faire rêver et impressionner !

Ce facteur rêve explique peut-être, en partie, l’engouement du public pour cet hypnotiseur que les spectateurs plébiscitent n’hésitant pas, pour certains, à assister plusieurs fois au même spectacle. Chose étonnante de prime abord, mais qui prend tout son sens quand l’on sait que Messmer interagit de manière importante avec le public. Chaque représentation, même si elle suit une trame rigoureuse et pensée de A à Z, est donc influencée par les personnes présentes dans la salle jusqu’à devenir unique… Et puis il y a cet amour du public que l’on perçoit à travers les mots de Messmer, et qui doivent certainement faciliter la relation de confiance qu’il entretient avec ses spectateurs prêts à repousser, avec enthousiasme et en toute confiance, les limites de leur esprit.

Dans ce livre, j’ai découvert un homme fascinant et passionnant, mais aussi quelqu’un de simple et d’accessible malgré sa profession et ses capacités peu communes. Une impression renforcée par les anecdotes qu’il partage sur son enfance, sa vie professionnelle qui n’a pas toujours été celle qu’on lui connaît, l’influence et l’importance de sa famille dans sa vie, les rencontres qui ont marqué sa carrière, la difficulté de mener de front vie de famille et carrière internationale… Sont également insérées quelques photos qui nous offrent une petite plongée dans l’intimité de l’auteur. Alors que l’on aurait pu craindre de tomber dans le voyeurisme avec cette sensation de feuilleter les pages d’un magazine people, Messmer a réussi à partager des moments significatifs de sa vie tout en gardant une certaine retenue.

Comment l'hypnose a changé ma vie, Messmer

La seule chose qui pourrait décontenancer les lecteurs avec cet ouvrage, c’est l’absence d’explications concernant l’hypnose et ses différentes techniques. Pour ma part, cela ne m’a pas dérangée, le sujet étant tellement vaste qu’il aurait fallu bien plus d’un seul livre pour en faire le tour.

En conclusion, que vous soyez fan de Messmer ou non, je ne peux que vous inviter à vous laisser tenter par cette autobiographie qui vous permet de découvrir l’homme derrière l’artiste. Avec simplicité et beaucoup de convivialité, il vous narre les principales étapes de sa vie et tous ces moments et rencontres qui lui ont permis de devenir l’un des meilleurs hypnotiseurs au monde. Messmer, parfait exemple du self-made-man, inscrit ici sa légende, et ne semble pas prêt de s’arrêter en si bon chemin.

 

Premières lignes #68 : Une vie de chat, Yves Navarre

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette édition, je vais vous présenter les premières lignes d’un livre qui ne pouvait que me tenter : Une vie de chat d’Yves Navarre.

Voici un roman de chat écrit par un chat. Oui, les chats savent écrire. Parce qu ils savent se taire, observer, écouter et donner le meilleur d eux-mêmes. Le chat Tiffauges écrit donc ici le roman de sa vie. Il dit « je », ce qui est en principe le privilège des humains, bipèdes, doués de Raison. Il dit aussi Tiffany, sa première épouse ; Abel, son maître, écrivain de métier, un obstiné qui écrit toujours le même roman et qui, malgré tout, contre vents et marées, persiste et signe.
Inattendu, vif, alerte, souvent drôle, parfois poignant, ce roman, écrit par le chat Tiffauges, est un chant d amour, et d humour, à ses épouses et à son maître. C est aussi et surtout, un chant de tous les jours, une vie de chat, rien qu une vie de chat, et ce n est pas rien…

PREMIÈRES LIGNES

Je m’appelle Tiffauges. Je suis un chat. J’écris. Comme si quelqu’un pouvait écrire à ma place. C’est moi. Je suis je. Le chat. Un chat. C’est à prendre ou à prendre, pas d’alternative. Vous avez encore le choix et abandonner ce livre. Vous êtes libre. Voici ma vie. Et ma mort. Je m’appelle Tiffauges. J’écris.

Il me faudra beaucoup de solitude pour y arriver. Une discipline de chat. Pas trop de morale, je la leur laisse, à eux, les bipèdes qui, en principe, se tiennent debout sur les pattes arrière par curiosité et pour voir plus loin. Et parce qu’ils savent ouvrir les portes des réfrigérateurs, ils se croient tout permis. Ils se croient tout. Si le roman de moi vire à la fable, ce sera dommage.

Des circonstances de ma naissance, je ne peux m’en tenir qu’à ce que j’ai entendu dire maintes fois. Qui peut faire autrement ?

Et vous, connaissez-vous ce livre ? Vous tente-t-il ?

Premières lignes #64 : Jiazoku, Maëlle Lefèvre

Premi!èr-1

J’ai décidé de participer au rendez-vous Premières lignes, initié par Ma lecturothèque, dont le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Pour cette session, j’ai eu envie de vous présenter les premières lignes d’un livre qui me tente depuis que j’en ai entendu parler et que j’espère bientôt prendre le temps de découvrir :

Jiazoku (A.M. ROM.FRANC) par [Lefèvre, Maëlle]

Kabuchiko, le quartier le plus dangereux de Tokyo, territoire des yakusas. Daisuke, membre du redoutable clan Kobayashi, dirige un vaste réseau de mères porteuses vouées à approvisionner de riches chinois en mal d’enfants.

Kei, qui a été conçu pour un couple de Shanghaiens, n’a pas connu ses parents, morts accidentellement avant sa naissance. Il a grandi entre l’affection de sa mère porteuse et la défiance de Daisuke, qu’il considère comme son père. Jusqu’au jour où ce dernier lui révèle le secret de sa naissance et l’existence de sa soeur, restée en Chine. Kei entreprend dès lors de partir pour Shanghai, décidé à relier le fil de ses origines. Jiazoku : de « jia » en chinois et « kazoku » en japonais, deux mots qui signifient « famille ».

Sur fond de trafics et d’exploitation humaine, Maëlle Lefevre, dix-neuf ans, explore dans ce premier roman émouvant l’amour idéal qui unit parents et enfants.

PREMIÈRES LIGNES (hors prologue)

— Tu n’en as plus pour longtemps, n’est-ce pas ?
Bo redressa la tête, décolla un instant ses lèvres de sa paille orange fluo et cessa de siroter son lait de soja. Elle plongea ses yeux vides de toute expression dans le regard navré de Guan Yin et baissa de nouveau la tête, sa frange noire et proprement taillée cachant une partie de ses sourcils froncés.
Guan Yin ne voulut pas l’importuner davantage et soupira en fermant les yeux quelques secondes. Elle tendit une nouvelle fois la main vers son verre de hoppy et en but une longue gorgée avant de se tourner vers le visage triste de son amie. Ne sachant pas trop quoi dire, elle se perdit dans la contemplation muette du bar en acajou aux allures vintage, noyé dans une lueur rougeâtre.
Il n’y avait plus beaucoup de monde à cette heure-ci et le serveur aux traits fins que Guan Yin trouvait plutôt à son goût était désormais seul pour s’occuper des différentes tables.
— Arrête de le fixer comme ça, grogna soudain Bo, il va finir par te remarquer…
Guan Yin éclata de rire, manquant recracher sa gorgée de hoppy.
— Si seulement c’était le cas… Je ne suis plus capable d’attirer l’attention de qui que ce soit… Regarde-moi ! s’écria-t-elle, en tirant sur son T-shirt délavé et trois fois trop grand pour elle. Je ne ressemble plus à rien, Bo… Depuis la naissance de ma fille…

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?