Films et séries en pagaille #3 (mars 2021)

Sur le modèle des articles Mini-chroniques en pagaille, j’ai décidé de tenter un nouveau type d’article : Films et séries en pagaille. Chaque fin de mois, je reviendrai rapidement sur les séries et films visionnés. Une expérience qui, je l’espère, me permettra de fixer un peu plus longtemps dans ma mémoire les œuvres vues…


Au niveau des séries, il y a du très bon comme du très mauvais. Quant aux deux films visionnés, sans être transcendants, ils se sont révélés tous les deux divertissants, et parfois, je n’en demande pas plus.

SÉRIES

  • WandaVision (Disney +)

WandaVision - Notre avis sur les deux premiers épisodes ! - LesComics.fr

Je remercie toutes les personnes qui ont pris le temps de partager leur avis sur cette série parce que sans elles, j’aurais peut-être abandonné au bout d’un ou deux épisodes, et cela aurait clairement été une grosse erreur. En effet, si les premiers épisodes sont étranges et quelque peu déstabilisants, on finit par retomber sur quelque chose de plus classique, qui nous fait alors prendre conscience de toute l’audace dont ont su faire montre les scénaristes.

Les épisodes en noir et blanc du début prenant tout leur sens, on réalise que loin de n’être qu’un hommage en même temps qu’une gentille satire des séries cultes qui ont marqué le paysage télévisuel occidental, ils ont une raison d’être et s’insèrent avec brio dans la trame narrative. Je préfère rester vague, mais dans cette série audacieuse, on évoque notamment le deuil et la manière dont chacun y fait face ou refuse d’y faire face. La thématique est bien traitée et offre tout un panel d’émotions allant du rire aux larmes du moins si, comme moi, vous avez la larme facile.

Mais loin de n’être qu’un soap jouant sur la corde sensible, WandaVision, c’est avant tout de l’audace, de l’action, des clins d’œil savoureux à d’autres séries, et beaucoup de mystère. À chaque épisode, on ne peut s’empêcher de se demander où veulent nous emmener les scénaristes et quelle sera l’issue d’une histoire dans laquelle le rêve semble se transformer progressivement en cauchemar. Pour ma part, j’ai adoré suivre la vie de Wanda, de sa famille et de ses voisins, une vie aux contours étranges qui pourrait cacher quelque chose de particulièrement tordu et des vérités surprenantes. Qu’est-on prêt à faire par amour ? Je ne sais pas pour vous, mais pour Wanda, j’aurais envie de répondre, beaucoup !

  • Deutsch Les Landes (Prime Video) : abandon

https://images-na.ssl-images-amazon.com/images/S/pv-target-images/f95b63a1e43c0b7a05346097badbf83e796f6591c14b78f97cf6eca5e21be14d._RI_V_TTW_.jpg

Deutsch Les Landes ou comment transformer une bonne idée en une bouillie infâme ! L’idée de cette maire qui vend une partie de son village à une entreprise allemande pour le sauver était pourtant bonne. En plus d’évoquer la précarisation de certains villages, avec notamment le désengagement de l’État, les scénaristes avaient toutes les clés en main pour nous offrir une comédie jouant sur les stéréotypes entourant les Allemands et les Français.

Quelque chose me dire d’ailleurs que c’était l’idée de départ. Dommage qu’on finisse par se retrouver avec un truc indigeste et lourd, et non avec une série travaillée en vue d’une diffusion. Des situations grotesques n’arrachant même pas un demi-sourire, et pourtant je suis bon public, des scénaristes qui n’ont pas compris que ce qui est drôle avec les stéréotypes, c’est de les utiliser pour les dénoncer et non les mettre en scène sans une once de second degré, des acteurs qui pour certains semblent clairement se demander ce qu’ils sont venus faire dans cette galère, un rôle de potiche mis en avant avec une pseudo intrigue amoureuse et un conflit mère/fille dont on se soucie comme d’une guigne…

Mais le pire reste probablement de voir que la production elle-même n’a jamais cru en ce projet : doublage complètement bâclé, des personnages allemands qui parlent français même en Allemagne sans aucune raison… avant au bout de quelques épisodes à se mettre à parler en allemand à des personnages français qui ne parlent pas cette langue, mais qui semblent comme par magie la comprendre subitement (Assimil n’a qu’à se rhabiller) ! Mais comme la magie a ses limites, nos villageois leur répondent bien sûr en français. Quitte à être dans le travail bâclé autant l’être jusqu’au bout, en se disant que de toute manière, au bout de quelques épisodes, il ne devrait plus y avoir beaucoup de téléspectateurs pour assister à la débâcle.

Bref, j’ai fait comme les producteurs : j’ai quitté le navire avant le naufrage !

FILMS

  • Mulan 2 (Disney +)

Mulan 2 : la mission de l'empereur. | Critique | Disney-Planet

Je n’avais jamais vu cette suite qui, disons-le clairement, si elle est sympathique n’est clairement pas indispensable. D’ailleurs, trois semaines après l’avoir vue, je n’en garde guère de souvenirs, si ce n’est que notre Mushu adoré se révèle ici bien égoïste.

De peur de perdre son statut, il n’hésite ainsi pas à mettre des bâtons dans les roues de Mulan et de son fiancé, mettant en péril leur future union. Mais rassurez-vous, comme on est dans un Disney, il sera bien sûr rattrapé par sa mauvaise conscience et son attachement à Mulan, qui nous semble bien moins flamboyante que dans le premier opus. Il faut dire qu’ici, il est quand même bien plus question d’amour et de sentiments que de guerre et de place à se faire parmi les hommes.

En d’autres mots, ce film se regarde très bien mais ne vous attendez pas à la force du premier ni à ses messages, notamment féministes. Je reconnais toutefois avoir apprécié de retrouver Mulan et de suivre le voyage de trois princesses qui se révèlent plutôt attachantes et dont on assiste à l’émancipation amoureuse. C’est mignon à souhait à défaut très inspirant !

  • Artemis Fowl (Disney +)

Artemis Fowl - film 2020 - AlloCiné

J’avais choisi sciemment de lire la BD avant de m’attaquer au film. Une erreur stratégique qui ne m’a pas permis de savourer le film autant que je l’aurais souhaité, n’ayant pas pu m’empêcher de faire des comparaisons tout au long du visionnage. Et je dois avouer avoir été particulièrement déstabilisée par le changement de ton de l’histoire. Si dans la BD, Artemis Fowl assume complètement son côté malfrat, dans le film, c’est loin d’être les cas puisqu’on retombe dans la figure classique du jeune héros qui combat un mystérieux ennemi. Les scénaristes ont, en outre, construit toute une légende autour de sa famille et de son père qui les transforme en gardiens de reliques et autres objets magiques plutôt qu’en voleurs.

Sans avoir lu la BD, cela ne m’aurait pas dérangée outre mesure, mais j’avoue ne pas avoir compris cette orientation. Pourquoi avoir occulté le côté anti-héros d’Artémis et ce faisant, annihilé ce qui faisait le sel et l’originalité de l’histoire ?

Je dois toutefois reconnaître que le tout est efficace et plaira aux enfants, adolescents et adultes en quête d’un film fantastique et divertissant, bourré d’action, et non dénué de personnages attachants, bien que classiques dans leur construction. Les effets spéciaux sont sympas, il y a quelques pointes d’humour et pas vraiment de temps mort, même si de rares scènes m’ont paru inutilement larmoyantes. Mais là, je ne sais pas si ça provient du scénario ou des jeunes acteurs pas forcément très à l’aise pour exprimer des émotions intenses, ce qui se traduit par une légère tendance à les surjouer. À l’inverse, j’ai adoré le jeu de Josh Gad qui incarne avec brio un nain géant plutôt facétieux et haut en couleur ! À lui seul, il incarne cette touche décalée qui permet d’atténuer un peu le ton trop sérieux que se donne le film, et qui me semble trancher avec la BD, et probablement, les romans.

En bref, j’aurais tendance à vous conseiller de regarder ce film en considérant qu’il a seulement été inspiré des romans Artemis Fowl, et non qu’il en est une fidèle adaptation, sous peine de ressentir une certaine déception.

Et vous, qu’avez-vous vu en mars ?
Connaissez-vous ces œuvres et/ou vous tentent-elles ?

Ceux qui restent, Josep Busquet (scénariste) et Alex Xöul (illustrateur)

Couverture Ceux qui restent

Un soir, le jeune Ben part sauver un royaume magique d’un terrible danger, de la même manière que Wendy et ses frères suivirent Peter Pan. Mais ce qui ressemble à un rêve d’enfant se transforme en cauchemar pour ses parents. Ben a disparu. Ses parents préviennent la police mais personne ne peut imaginer la réalité : leur enfant affronte mille dangers dans son royaume imaginaire. Mais un jour, il revient. Parents, police et psys pensent que Ben nie la réalité de ce qu’il a vécu. Avant de disparaître à nouveau. Seule une association regroupant des parents qui vivent les mêmes turpitudes pourra sans doute leur venir en aide…

Éditions Delcourt (21 mars 2018) – 128 pages – 19,99€

AVIS

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui se passait pour les parents de tous ces jeunes héros transportés dans d’autres mondes pour vivre de grandes et épiques aventures ? Pour ma part, oui, trouvant parfois même dommage que les auteurs occultent complètement les parents comme s’ils étaient une donnée négligeable. Alors quand j’ai vu cette BD qui donnait enfin la parole aux parents de jeunes héros, je n’ai pas hésité une seconde pour la lire.

L’auteur nous plonge dans la vie d’un couple dont le fils, Ben, a disparu sans laisser de traces, si ce n’est une chambre désordonnée, un peu comme si une mini-tempête s’y était abattue. Ils auront néanmoins le bonheur de retrouver leur fils sain et sauf avant que ce dernier ne disparaisse une nouvelle fois, puis une autre. Or, si lors de la première disparition, le couple a pu bénéficier d’un certain élan de solidarité, les choses se compliquent par la suite. De parents que l’on prend en compassion, ils passent à suspects ! Comment se fait-il que leur fils disparaisse comme par magie ? Et si, c’était de leur faute et que la prochaine fois, le petit Ben ne réapparaissait pas ? Cette suspicion, parfois teintée de malveillance, est entretenue par un journaliste qui se fait le devoir de calomnier ce couple déjà bien désemparé par la situation… Teigneux et vindicatif, il se comporte bien plus comme un harceleur en manque d’audimat que comme un professionnel respectable.

Mais les Hawkins ne sont pas seuls, et ils obtiendront l’aide d’une association d’un genre spécial, une association venant en aide aux parents d’enfants aventuriers et leur offrant un espace d’échanges, d’entraide et de libre parole. Car si notre couple a longtemps douté des propos fantasques de Ben qui parle de créatures étranges et de magie, ils finissent par accepter la vérité : leur fils ne ment pas et ses aventures ne sont pas issues de son imagination. Mais le monde n’est pas prêt à l’entendre et il va leur falloir ruser devant les absences répétées de leur fils sous peine d’attirer de nouveau l’attention de la police, et de devoir encore répondre à des questions dérangeantes.

Au fil des pages, les émotions et les états d’âme de ces deux parents deviennent les nôtres : détresse devant cette situation qu’ils ne maîtrisent pas et qu’ils ne comprennent pas, tristesse de voir leur enfant unique préférer vivre mille aventures plutôt que rester à leurs côtés, angoisse à l’idée de tous les malheurs qui pourraient arriver à leur petit garçon, sentiment de vide… Une situation d’autant plus angoissante que le temps s’écoule différemment pour Ben qui semble ne grandir et vieillir que très très lentement. Encore une chose difficile à expliquer et à gérer lors de ses réapparitions. Mais au-delà de la douleur, certains sentiments plus sombres et violents apparaissent, notamment pour le père de Ben atterré par l’égoïsme de son fils, qui ne semble pas conscient du mal qu’il fait tout autour de lui et de la situation délicate dans laquelle il place sa propre famille.

Une réaction qui nous presque comme une étape essentielle d’un processus de deuil qu’il faudrait entamer, car plus le temps passe, plus le sentiment que Ben ne retrouvera jamais sa place au sein de sa famille s’impose à nous. Mais ses parents sont-ils prêts à l’accepter ou vont-ils se laisser consumer par l’attente et l’espoir en un futur meilleur ? J’ai adoré la délicatesse et la sensibilité avec lesquelles l’auteur répond à cette question. Je n’en dirai pas plus, mais ne vous attendez pas à une ambiance et à une conclusion à la Disney, l’auteur faisant primer avant tout le réalisme. Cela n’en rend d’ailleurs les tourments et l’histoire des Hawkins que plus émouvants. Au fil des pages, on en vient naturellement à occulter tout le côté fiction et fantastique pour ne garder que l’aspect émotionnel et la détresse d’un couple à la dérive, qui ne souhaite rien d’autre que retrouver une vie de famille « normale ».

Si cet ouvrage se concentre essentiellement sur les oubliés des histoires fantastiques pour enfants, les parents, il évoque également brièvement les jeunes héros : courageux et vaillants quand il s’agit d’affronter des monstres et sauver des mondes, mais égoïstes et aveugles à la douleur des leurs dans leur propre réalité. À cet égard, la fin est particulièrement frappante, nous donnant le sentiment que si les parents sont les premières victimes, certains enfants le sont tout autant, prisonniers d’une vie d’exploits à laquelle ils ont par la suite des difficultés à renoncer. Hélas pour eux, toutes les bonnes choses ont une fin et quand l’innocence de l’enfance, clé pour d’autres mondes, s’évanouit, que leur restent-ils ? Sous le prisme de la fiction, on aborde ainsi avec subtilité le fameux Syndrome de Peter Pan et la délicate question du passage à l’âge adulte…

Quant à l’ambiance graphique, elle participe pleinement à la force des émotions qui nous assaillent durant notre lecture. La douceur des couleurs, loin de les compenser, souligne la douleur de l’absence et le poids des doutes. J’aime d’ailleurs beaucoup la couverture avec le contraste entre ses teintes chaleureuses et le vide dans laquelle elle nous plonge. N’est-il pas triste de voir un parc sans vie comme il est triste de voir des parents privés des éclats de rire et des sourires de leur enfant ?

En conclusion, avec beaucoup de délicatesse et de poésie, l’auteur répond à une question bien souvent occultée : que se passe-t-il pour les parents des enfants de romans et de contes qui partent vivre mille et une aventures sans se retourner ? Comment font-ils face à la situation et le peuvent-ils seulement ? À travers une ambiance graphique belle et pesante à la fois, le quotidien bouleversé d’un couple prend vie sous nos yeux, nous permettant de ressentir au plus près le poids de l’absence et ses conséquences. Beau et touchant, Ceux qui restent est un ouvrage que je ne peux que vous recommander.

Alana et l’enfant vampire, Cordélia #PLIB2021

Couverture Alana et l'enfant vampire

Alana en a marre. Ses parents et sa sœur sont encore partis gérer des conflits vampiriques sans elle ! Heureusement, sa meilleure copine Oli est là pour lui changer les idées : elle est persuadée que Joâo, le nouvel élève de leur classe, est un vampire ! Se pourrait-il qu’elle ait raison ? Et s’il leur révélait quelque chose d’encore plus terrible ?
Pour Alana, c’est l’occasion de prouver à sa famille qu’elle est capable de mener à bien une mission, malgré malgré ses déficiences physiques.

Scrineo (18 juin 2020) – Papier (14,90€) – Ebook (7,99€)
À partir de 12 ans – #ISBN9782367408651

AVIS

Dès le début, j’ai su que l’histoire me plairait, une question de connexion qui se fait ou non avec une plume et un style. Or, celle de Cordelia est indéniablement très agréable et puis, il y a quelque chose de très touchant et de naturel dans la manière dont s’exprime Alana, notre jeune héroïne.

Du haut de ses treize ans, Alana aimerait que ses parents lui fassent assez confiance pour l’emmener durant certaines de leurs missions de médiation entre les humains et les vampires. Un vœu pieux puisque c’est sa sœur aînée Alexia qui a leurs faveurs. Pour preuve, les voilà tous les trois partis pour une mission à Berlin, la laissant sous la surveillance de sa grand-mère. Alana adore son aïeule, là n’est pas la question, mais est-ce vraiment trop demander qu’on oublie sa dernière petite erreur et qu’on lui donne enfin l’occasion de faire ses débuts dans le monde très secret des médiateurs ?

Mais il faut parfois faire attention à ce que l’on souhaite… Et si le petit nouveau du collège, quelque peu taiseux et mystérieux, était un vampire et la preuve qu’une loi vampirique avait été brisée en même temps qu’un tabou ? Pour en avoir le cœur net, une petite enquête s’impose. Et comble de chance, Alana pourra compter sur l’aide d’Oli, sa meilleure amie et fan inconditionnelle de vampire. Les deux amies vont devoir faire preuve de courage, de débrouillardise et d’une certaine intelligence pour faire face à une situation bien plus dangereuse que prévu.

Le roman étant relativement court, je préfère ne pas m’appesantir sur les différentes péripéties, mais je peux néanmoins vous dire que vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’autrice vous proposant une aventure menée tambour battant dans laquelle les scènes d’action, parfois stressantes, s’accompagnent de révélations, notamment sur le monde obscur des vampires. Étant fascinée par ces créatures de la nuit, j’ai apprécié la version que nous en propose Cordélia, mais c’est surtout cette idée d’un groupe d’humains pacifiant aussi bien les relations entre vampires et humains qu’entre vampires qui m’a plu. Je n’ai pas donc eu de mal à comprendre Alana et son envie viscérale de perpétuer la tradition familiale en devenant, à son tour, médiatrice. Un métier, pas forcément de tout repos, mais gratifiant et pourvoyeur de sensations fortes ainsi que de cette impression de participer à quelque chose d’important : la paix entre les humains et les vampires.

Or, si Alana est pleine de bonne volonté et de détermination, elle doit faire face aux préjugés des adultes qui, au lieu de l’écouter et de tenter d’identifier la source de ses douleurs chroniques, préfèrent voir en elle une adolescente fainéante. Plus facile de juger que d’accompagner… Faute de soutien, Alana a donc fini par considérer ses douleurs comme une fatalité avec laquelle composer. J’avoue avoir été assez révoltée par la situation même si, fort heureusement, Oli lui offre cette oreille attentive dont Alana a besoin. C’est d’ailleurs Oli qui évoque en premier cette notion de douleurs chroniques, permettant ainsi à notre héroïne de mettre des mots sur ses maux.

Parler de douleurs chroniques dans un roman jeunesse me semble plutôt novateur, tout comme la manière dont l’autrice offre la possibilité à son lectorat de s’identifier à des personnages différents de ceux qu’on a l’habitude de voir dans la littérature jeunesse : personnages racisés, porteurs d’un handicap, appartenant à la communauté LGBT+… Une diversité, reflet de notre société, qui manque cruellement à l’heure actuelle dans la littérature et qui, je l’espère, inspirera d’autres auteur(e)s, d’autant qu’elle est abordée ici avec beaucoup de naturel et de justesse. Adolescente, j’aurais adoré avoir à ma portée ce genre de livres, mais je dois avouer, que même en tant qu’adulte, je l’ai trouvé inspirant.

Bien qu’elle ne soit pas l’héroïne du roman, Oli est un personnage que j’ai particulièrement apprécié. De fil en aiguille, elle en vient à se confier sur la raison pour laquelle elle préfère ce diminutif à son prénom, Olympes : ne se sentant ni particulièrement femme, ni particulièrement homme, elle ne souhaite utiliser un prénom qu’elle juge un peu trop féminin. Une confidence qui s’accompagne, dans le roman, d’un changement de pronom à l’évocation d’Oli qui n’est alors plus elle, mais iel. Pour ma part, j’ai trouvé le procédé intéressant d’autant qu’il permet aux lecteurs de se familiariser avec un pronom que l’on commence à voir, notamment sur les réseaux, mais qui ne me semble pas encore connu de tous…

Les thématiques abordées sont intéressantes et la galerie de personnages variée, mais j’ai peut-être regretté que le roman ne soit pas plus étoffé, bien que cela reste purement subjectif. J’aurais ainsi apprécié d’en appendre plus sur Joâo, le nouvel élève, qui se révèle finalement encore très mystérieux, mais aussi sur la formation de médiatrice d’Alana… Alors même si l’épilogue nous permet de faire le point sur la situation de chacun et apporte toutes les réponses aux questions que l’on pourrait se poser, je garde l’espoir qu’un jour Cordélia ressente le besoin de redonner vie à ses personnages….

En conclusion, Alana et L’enfant vampire fut une lecture divertissante et rythmée qui ravira les lecteurs appréciant les histoires fantastiques, les vampires et les romans menés tambour battant. Mais c’est également un roman plein d’intelligence qui, sous couvert de fiction, aborde des thématiques importantes, du handicap invisible à la notion de genre, et donne toute sa place à la diversité, permettant enfin aux adolescents de suivre des personnages auxquels ils peuvent s’identifier.

La coiffeuse enchantée, tome 1 : Derrière le miroir, Alee Toad

Couverture La coiffeuse enchantée, tome 1 : Derrière le miroir

Violette vit seule avec son frère Luke. Pour ses vingt-deux ans, il lui offre le cadeaux qu’elle attendait depuis longtemps : une coiffeuse ancienne. Depuis, ses nuits sont très difficiles, du bruit se fait entendre dans le miroir sans qu’elle ne comprenne ce que c’est. Prenant son courage à deux mains, elle va chercher à comprendre se qui se passe.

Est-ce que derrière le miroir se cacherait un monde inconnu ?

AVIS

Le résumé et le titre m’ont tout de suite intriguée, mais malheureusement, ils ne furent pas à la hauteur de mes attentes. S’il y avait quelques idées intéressantes, l’histoire reste bien trop superficielle à mon goût, et les sentiments des protagonistes bien trop survolés pour provoquer en moi une quelconque émotion.

Nous découvrons ainsi une jeune femme qui vit avec son frère Luke. Encore affectée par la mort de leur père, il y a moins d’un an, Violette peut néanmoins compter sur le soutien de son grand frère dont elle est très proche. Pour son vingt-deuxième anniversaire, ce dernier lui offre cette coiffeuse ancienne qui la faisait rêver et pour laquelle elle économisait. Une magnifique attention qui saura la toucher, mais qui lui ouvrira également la porte d’un monde inattendu, et lui permettra de faire la plus étrange des rencontres…

Au début du roman, il se dégage un mystère et un suspense que j’ai adorés. Quelle est la nature de ces coups que Violette entend à heure fixe durant la nuit ? Fruit de son imagination ou réalité difficile à appréhender ? Une fois la réponse apportée, on attend avec impatience de voir vers quels horizons l’autrice va nous emmener. Toutefois, l’intérêt vis-à-vis de ce monde inconnu qui s’offre à nous retombe assez vite puisqu’il n’est pas vraiment exploité. Alors qu’il y aurait eu matière à nous émerveiller et à nous faire découvrir un monde différent avec ses propres codes et règles, l’autrice se cantonne à nous en proposer quelques facettes, toutes liées à l’amour et à la notion d’âme sœur.

Nous sommes dans une romance paranormale, alors il semble normal que l’aspect amour soit développé, mais cela n’empêche pas de proposer derrière un univers qui se tient et qui a un minimum de consistance. Ce manque de développement de l’univers m’a frustrée d’autant que je n’ai même pas pu me raccrocher à la romance puisqu’elle ne m’a ni convaincue ni touchée. J’ai compris le souhait de l’autrice de nous montrer comment une jeune femme qui ne croit pas en l’amour va revoir sa position, mais j’aurais apprécié que cela soit fait avec plus de subtilité et de vraisemblance. Pour moi, il n’y a pas assez d’interactions et de moments de complicité pour expliquer l’émergence d’un quelconque sentiment amoureux entre deux personnages qui se connaissent finalement très peu.

Cela est d’autant plus dommage qu’en faisant l’impasse sur des détails inutiles et répétitifs, l’autrice aurait probablement pu approfondir des points présentant un réel intérêt pour la romance et l’intrigue. Le fait de ne pas avoir cru un seul instant en la force des sentiments des deux protagonistes nuit quelque peu à la fin qui, du coup, semble tomber à plat alors qu’avec une romance convaincante, j’aurais pu y voir le symbole d’un amour qui transcende les frontières et qui vaut tous les sacrifices. Toutefois, et même si ça n’a duré que le temps de quelques pages, je reconnais avoir été touchée par le choix cornélien qui se présente à notre héroïne.

Une héroïne qui m’a paru quelque peu égoïste et immature du haut de ses vingt-deux ans, et dont la relation avec son frère m’a laissée quelque peu dubitative, et c’est un euphémisme. Très proche de mon frère, les belles relations fraternelles me touchent toujours beaucoup, mais ici, j’ai eu le sentiment qu’en voulant nous prouver que Luke et Violette sont unis comme les doigts de la main, l’autrice tombe dans une surenchère malsaine. Les marques d’affection entre frère et sœur ne me gênent pas, mais là, on va un peu loin à mon goût d’autant que le caractère surprotecteur de Luke se rapproche bien plus de celui d’un petit ami, de surcroît jaloux et possessif, que de celui d’un frère. On comprend que l’abandon de leur mère dès leur plus jeune âge, et la mort récente de leur père les aient rapprochés, mais cela ne justifie pas une relation aussi étouffante. Heureusement, au fil du roman, l’autrice opère une nette évolution de ce côté qui fera du bien autant à Luke qu’à Violette qui retrouveront une relation plus saine.

En conclusion, par son manque de profondeur autant au niveau de l’univers et de l’intrigue que des sentiments, Derrière le miroir n’a pas su me convaincre ni même éveiller mon intérêt. Je pense néanmoins que le livre pourra plaire à certain(e)s adolescent(e)s et jeunes adultes à l’âme romantique qui n’ont pas forcément besoin d’une relation réaliste et approfondie pour succomber au plaisir d’une histoire d’amour entre deux personnes qui n’auraient jamais dû se rencontrer, et qui vont devoir apprendre à composer avec leurs différences. Pour ma part, je ne lirai pas la suite ayant besoin d’un peu plus de maturité dans l’écriture, mais si le résumé vous intrigue, n’hésitez pas à vous forger votre propre opinion.

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence Éditions.

Mini-chroniques en pagaille #28

Mini-chroniques en pagaille

Plus détaillées qu’un simple commentaire, mais moins développées qu’une chronique, les mini-chroniques me permettent de partager succinctement mon avis sur certaines de mes lectures que je n’ai pas eu le temps ou l’envie de chroniquer de manière plus classique.


Pour cet article mini-chroniques en pagaille, j’ai décidé de vous parler de quatre nouvelles qui, bien que très différentes, m’ont toutes plu.

  • Diplomatie alien, Vincent Ferrique :

Galaxie, Étoiles, Infinity, Cosmos

Un héros se meurt, mais heureusement son fils, Junior, est là pour reprendre la relève et défendre l’humanité du danger extraterrestre qui se dessine. C’est, du moins, ce qu’espérait le paternel parce que dans les faits, notre apprenti héros se pose bien plus en objecteur de conscience et en pacifiste assumé qu’en fier soldat prêt à guerroyer à bord du vaisseau de son père, l’archéon.

Mais cette rébellion, ne risque-t-elle pas d’avoir des répercussions ? En l’envoyant exterminer tout un peuple, le Sénat reproduisait-il seulement la tendance bien humaine à tuer et à s’approprier les ressources d’autrui ou faisait-il preuve d’un sain esprit de conservation ? Pour la savoir, il vous faudra découvrir cette nouvelle qui n’est pas dénuée de rythme ni même d’humour, certains jurons valant leur pesant d’or.

Pour ma part, j’ai apprécié le voyage et la chute qui nous prouve qu’il vaut mieux parfois apprendre à choisir ses combats et à réfléchir avant d’agir. Quant à notre apprenti héros qui ne semble en faire qu’à sa tête, on en vient à se dire qu’il n’était peut-être pas le meilleur choix pour préserver l’humanité. Comme quoi, l’héroïsme, ce n’est pas une affaire de famille !

  • Juste un visage, Rose P.Katell :

Film, Cinéma, Bobine, Rétro

Dans cette nouvelle, on suit un acteur, Eder, en pleine désillusion sur son métier à une époque où « jouer » consiste seulement à prêter ses traits et son corps à des techniciens, qui les capturent avant de les faire travailler pour vous.

Une omniprésence de la technologie qui marque la mort du métier d’acteur tel que des générations l’ont connu, plus personne, ou presque, ne semblant désirer voir de vrais acteurs sur scène ou à l’écran.

Malgré son succès et les encouragements de son manager et ami, Eder ne se sent donc pas à sa place, lui qui rêve d’être enfin jugé sur son talent et non plus sur son physique, son plus gros atout et sa plus grande malédiction… Alors que tout semble perdu, une opportunité inattendue s’offre à lui !

Empreinte de mystère et de questionnements sur la beauté et le physique dans une société qui les portent aux nues, cette nouvelle m’a plu par sa portée et la profondeur d’un personnage que l’on condamne à une superficialité qu’il abhorre. Quant à la fin, elle marque par la manière radicale dont Eder décide de redevenir acteur de sa vie…

Retrouvez les deux nouvelles dans le webzine L’Indé Panda n°8, disponible gratuitement sur Amazon et Kobo 

  • Le Kroc, Anthony Lamacchia

Dernier pensionnaire d’un orphelinat, Alan est bien décidé à quitter cet endroit terrifiant, parce que si personne ne vient l’adopter, l’autre alternative n’est guère réjouissante… Toutefois, un problème se pose : s’enfuir le jour est impossible en raison du personnel médical, et s’enfuir la nuit par la forêt est impossible, sauf à vouloir affronter un danger mortel.

Mais Alan n’a pas dit son dernier mot et avec son fidèle ami imaginaire, une peluche répondant au nom de Charlie, il fomente un plan qui va malheureusement le conduire tout droit dans la gueule du loup, ou ici, du Kroc. Créature terrifiante qui hante la nuit les couloirs de l’orphelinat, le Kroc pourrait symboliser les peurs infantiles, et notamment celle bien connue du noir, sauf qu’il semble bien réel…

Durant cette courte et intense nouvelle, nous suivons la lutte pour la survie d’un enfant qui, armé seulement de son courage et de l’aide de son ami imaginaire, va devoir affronter de terribles dangers, dont l’un qui nous prouve que la monstruosité peut prendre bien des apparences. Pour ma part, j’ai aimé me plonger dans cette ambiance horrifique qui gagne en intensité à mesure que l’on s’approche d’un dénouement, certes pas fondamentalement original, mais diablement efficace.

Quant au style de l’auteur, j’en ai apprécié la fluidité et le côté très immersif. On saluera également la manière dont est gérée la montée en puissance de la tension, de l’angoisse et du suspense, qui donne presque envie de se cacher sous sa couette afin de ne pas être saisi par le Kroc. 

  • Passage, Sam Kolchak

Lyon, France, Ruelle, Tour

Si la société actuelle est déjà frappée de jeunisme, en 2050, le concept prend une tout autre dimension puisque les gens, à partir d’un certain âge, sont tout bonnement éradiqués ! Une solution radicale à laquelle un septuagénaire est bien décidé à échapper. Pour ce faire, il compte sur l’aide d’une personne mystérieuse, à supposer qu’elle existe réellement et qu’elle n’appartienne pas au domaine des légendes urbaines !

L’auteur nous plonge en plein Lyon et le monde secret des traboules qui, comme elles l’ont déjà fait par le passé, offrent un sauf-conduit aux personnes traquées injustement pour des raisons complètement absurdes. Ici, il n’est donc point question de tourisme, mais d’une lutte acharnée pour la survie d’un homme qui va jouer le tout pour le tout afin de continuer à exister.

Si j’ai apprécié le titre qui semble loin d’avoir été choisi au hasard, j’ai surtout pris plaisir à me laisser happer par cette nouvelle menée tambour battant. Notre fuyard va ainsi vivre, en un temps très court, moult péripéties dans ce qui sera, pour lui, l’aventure de la dernière chance. Rythmée et non dénuée de tension, cette nouvelle devrait vous tenir en haleine et vous surprendre par sa chute que j’ai trouvée plutôt bien amenée.

Retrouvez les deux nouvelles dans le webzine L’Indé Panda n°10, disponible gratuitement sur Amazon et Kobo 

Et vous, certaines de ces nouvelles vous tentent-elles ?

Désagréable attirance, Laura Scala

Désagréable Attirance: 1. La Famille Millicent par [Scala Laura]

Angèle de l’Esprit Saint n’a rien d’une dame. Elle n’en a pas les manières, elle ne souhaite pas se marier, ni côtoyer la noblesse dont elle fait partie, et sa réputation a été compromise. Aussi, lorsqu’elle reçoit la demande en mariage d’un Duc, qu’elle ne connaît ni d’Ève ni d’Adam, elle n’a aucune intention de se laisser faire. Elle le lui dit clairement, mais Oscar ne se laisse pas démonter. Ni par ça, ni par les tentatives d’assassinat contre sa futur femme. Car voyez-vous, les humains ne sont pas les seuls à roder sur Terre.

Auto-édition – 195 pages -Prime Reading – Ebook (2,99€)

AVIS

Ayant envie de lire des romances historiques en ce moment, j’ai emprunté cet ebook dont la couverture reprend certains codes du genre. En cours de lecture, il m’est toutefois apparu qu’on était bien plus dans un roman fantastique avec des secrets et des zones d’ombre que dans une romance pure. Cela ne m’a pas dérangée, mais je préfère le préciser pour que les lecteurs en quête d’une histoire centrée principalement sur les sentiments amoureux ne soient pas déçus.

Nous découvrons ainsi la très libre d’esprit Angèle de L’Esprit Saint en bien fâcheuse position. Attaquée sournoisement par des vampires, elle sera heureusement sauvée, elle et ses parents, par un loup-garou et ses amis ! De quoi faire perdre la raison à une fille de bonne famille, même si cette bonne famille n’est issue que de la petite noblesse. Mais loin d’être choquée par les événements, Angèle regrette juste de ne pas avoir eu à portée de main une arme pour se défendre ! Car loin d’être une dame du monde, c’est une jeune femme aguerrie et habituée aux attaques de vampires. Une histoire de sang parfumé et particulièrement alléchant, semblerait-il…

Mais cette attaque est finalement le cadet de ses soucis, le vrai problème étant le Duc Oscar de Millicent qu’elle n’a jamais rencontré et qui a eu l’outrecuidance de la demander en mariage ! Escortée jusqu’à son château par l’un de ses sauveurs, qui se révèle être le frère du Duc, Angèle est bien décidée à se débarrasser de cet encombrant fiancé. Mais arrivée sur place, elle va comprendre que les choses ne sont pas aussi simples, et que le Duc est peut-être le plus dangereux de ses ennemis. D’ailleurs, il émane de lui quelque chose de particulier, une différence sur laquelle elle a du mal à mettre le doigt et qui la rend mal à l’aise. Ne parlons pas non plus du passe-temps préféré de ce « gentleman »… Et puis, pourquoi diantre, cet homme fortuné et bien de sa personne, souhaiterait à tout prix l’épouser, elle qui lui est d’un rang inférieur et qui ne dispose pas d’une grande fortune ?

En plus de la question de ses motivations, l’autrice laisse planer un certain mystère sur la nature du Duc même s’il suffit d’avoir lu quelques romans de fantasy urbaine pour tout de suite la deviner. Cela semble tellement évident que l’ignorance d’Angèle et de Rodolphe, le frère du Duc, sur ce point m’a laissée quelque peu perplexe. Mais il faut bien avouer qu’en ce qui concerne Oscar, Rodolphe fait preuve d’un aveuglement à toute épreuve. J’ai néanmoins apprécié le jeu mis en place autour du Duc qui se veut tour à tour charmant, du moins avec les femmes qui ne s’opposent pas à lui, et dangereux. Un double visage qu’il va progressivement laisser tomber jusqu’à vraiment se dévoiler…

Rodolphe, en comparaison, nous apparaît bien plus gentil et serviable, peut-être un peu trop parfois… Il m’a ainsi semblé bien moins charismatique que son frère, ce qui ne m’a pas empêchée de l’apprécier d’autant qu’au fur et à mesure de l’histoire, il gagne en consistance ! Et puis, il y a quelque chose d’attendrissant et de touchant dans la manière dont il essaie de protéger Angèle des attaques de vampires et, dans une certaine mesure, de la goujaterie de son frère. J’ai d’ailleurs apprécié la relation qui se noue progressivement entre ce loup-garou et notre héroïne au fort caractère, qui nous réservera une petite surprise…

Loin d’être une potiche qui accepte son sort sans sourciller, Angèle est une jeune femme déterminée et pleine de répondant qui sait aussi bien manier le poignard que sa langue. Certaines de ses répliques m’ont ainsi beaucoup amusée et m’ont rendu le personnage tout de suite fort sympathique ! Une scène nous prouve également qu’elle n’a pas froid aux yeux… J’ai, en outre, trouvé intéressante sa relation avec ses parents qui, sans être parfaits, sont là pour elle. À cet égard, la mère m’a agréablement surprise parce que si elle aurait aimé que sa fille aime les belles toilettes, elle se révèle également fière de sa capacité à se défendre.

Et se défendre, c’est un peu le quotidien d’Angèle depuis son enfance, ce qui explique probablement l’esprit d’acier qu’elle s’est forgée et qui la rend si difficile à manipuler, chose que n’apprécie guère le Duc. Le combat qu’ils mènent l’un contre l’autre rythme le récit tout comme les découvertes que l’on fait progressivement, et qui nous apportent un certain éclairage sur le passé de chacun. À mesure que les zones d’ombre se lèvent, le roman gagne en intensité et finit par totalement nous happer d’autant que la plume de l’autrice se révèle aussi fluide qu’agréable.

Quant aux sentiments amoureux, ils sont bien présents, mais comme dit en début de chronique, ils ne sont pas, du moins pour moi, au cœur du récit. Cela ne nuit en rien au plaisir que l’on prend à les voir naître et se développer bien que les choses avancent peut-être un peu vite d’un coup. Mais cela correspond finalement à la personnalité des protagonistes, l’un réservé, respectueux et pourtant capable de passion, et l’autre qui, une fois une décision prise, fonce sans trop se poser de questions. En ce qui concerne les relations entre les personnages, l’autrice nous épargne, à mon grand soulagement, l’enquiquinant triangle amoureux et la guimauve… Elle m’a d’ailleurs surprise en partant dans une direction assez différente de celle que j’avais imaginée en lisant le résumé.

En conclusion, si le roman aurait pu être un peu plus développé sur certains points, il m’a permis de passer un moment de détente divertissant et sans prise de tête. J’ai ainsi apprécié cette plongée mouvementée dans la vie d’une héroïne bien décidée à se débarrasser d’un encombrant fiancé sur lequel plane une entêtante aura de mystère et de danger. Entre les manipulations, les menaces surnaturelles, les secrets de famille et les réparties cinglantes, vous ne devriez pas vous ennuyer !

Disponible gratuitement dans le cadre de l’offre Prime Reading d’Amazon.

Le jeu, Jean-Christophe Chaumette

Le jeu

Ils ne s’étaient pas retrouvés depuis dix ans et le jeu allait les réunir une nouvelle fois. Ils avaient décidé de tout oublier, de se retirer hors du monde, hors du temps, pour une dernière partie. Ils pensaient éprouver plus de frissons, plus d’émotions et plus de plaisir qu’ils n’en avaient jamais connu. Mais ils n’avaient pas compris toutes les règles du jeu…

Évidence Éditions (16 octobre 2020) – 260 pages – Broché (16€) – Ebook (7,99€)

AVIS

La couverture a tout de suite attiré mon attention, mais c’est le titre, aussi court qu’énigmatique, qui m’a donné envie de me plonger dans ce roman que j’ai trouvé extrêmement bien construit et plutôt intelligent. D’une plume simple, mais efficace, l’auteur nous plonge dans les arcanes d’un jeu déroutant, car si les règles nous sont expliquées progressivement, on se rend compte, petit à petit, que plus qu’un jeu, il s’agit d’un piège.

Un piège dans lequel sont tombés plusieurs amis qui, dix ans après leur dernière rencontre, sont réunis pour une nouvelle partie étalée sur plusieurs semaines. On aurait pu s’attendre qu’après toutes ces années, les questions autour de la vie privée de chacun fusent, mais que nenni. Une fois les banalités d’usage débitées, la partie peut commencer. Et, quelle partie !

Les amateurs de jeu de rôle devraient apprécier de se plonger dans ce roman, mais, pour ma part, ce que j’ai adoré, c’est le suspense, le mystère et l’angoisse que l’auteur distille et insuffle à son récit. On sait très vite que quelque chose de grave et de dramatique est arrivé durant la partie. On connaît aussi rapidement l’identité du coupable, du moins du coupable désigné, mais restent en suspens la question de la nature du drame, puis plus tard, les raisons qui ont pu pousser quelqu’un, en apparence calme et sympathique, à de telles atrocités.

De quel mal a-t-il été frappé pour en arriver là ? Je resterai assez vague pour ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture, mais j’ai apprécié le machiavélisme avec lequel l’auteur pousse ses personnages dans leurs retranchements, jusqu’à leur faire atteindre leur point de rupture. Se pose ainsi la délicate question de la responsabilité… Le Mal a-t-il toujours été là, tapi dans le noir sous des couches de civilité et de gentillesse, ou c’est le jeu, dans toute sa perversité qui l’a créé, à moins que la réponse soit encore bien plus terrifiante que cela…

Le jeu est un mot qui se part bien souvent d’innocence, mais il peut également révéler une réalité bien plus sombre et plonger certaines personnes dans les affres de la tourmente et de l’addiction. En effet, si les adultes qui nous sont présentés en début d’ouvrage nous semblent tous très différents les uns des autres, ils ont tous en commun d’être complètement obnubilés par le jeu. Dès leur arrivée chez l’un des participants, toutes leurs pensées et leurs actions sont tournées vers un seul et même objectif : le jeu.

Il faut dire que leur maître de donjon, extrêmement consciencieux et engagé dans son rôle, s’est assuré d’avoir l’entière et totale attention, si ce n’est dévotion, des participants… Des participants qui n’attirent guère la sympathie des lecteurs, mais qui n’en demeurent pas moins fascinants par leur propension à chercher dans le jeu un exutoire ou, pour certains, quelque chose de bien moins anodin. Mais à trop se perdre dans l’irréel et l’imaginaire, ne risque-t-on pas d’y perdre son âme ? Pour le savoir, il faudra vous plonger dans le roman, mais je peux néanmoins vous dire que la tournure que prennent les événements ne devrait pas manquer de vous captiver et de provoquer en vous un certain sentiment de danger.

En effet, l’auteur ne tombe pas dans le gore, mais il y a définitivement quelque chose qui prend à la gorge dans cette histoire où semble flotter l’ombre du Mal… L’angoisse monte crescendo et nous laisse dans l’expectative d’une fin que l’on pressent diabolique et qui s’est révélée à la hauteur de mes attentes.

Au-delà de l’ambiance qui plonge doucement vers l’horreur, le roman met également en avant le lien étroit entre chaque joueur et le personnage qu’il s’est construit dans le jeu, ce que j’ai trouvé très intéressant et assez révélateur sur la personnalité et les attentes de chacun. Des attentes qui diffèrent d’ailleurs fortement d’un joueur à l’autre puisque l’auteur nous offre une galerie variée de personnages entre un psychiatre plein de suffisance, une femme oisive et plutôt méchante, un homme toléré pour ses capacités hors du commun dans le jeu, mais méprisé par les autres dans la vraie vie, un hôte aimable à la réussite évidente, un maître de donjon assez énigmatique qui semble presque auréolé de toute-puissance… Des êtres et des parcours de vie assez différents qui s’effacent devant l’impératif du jeu… pour le meilleur et pour le pire. 

En conclusion, avec intelligence, et sans un certain sens de la mise en scène, l’auteur nous plonge dans les arcanes d’un jeu, peut-être moins innocent qu’il n’y paraît… Roman où l’ambiance s’épaissit à mesure que les pages défilent, Le jeu est surtout un récit dans lequel aucune place n’est laissée au hasard, car si la vie n’est qu’un jeu, celui-ci est particulièrement machiavélique et bien pensé ! Aucun moyen d’y échapper, mais rappelez-vous que ce n’est qu’un jeu…

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Éléonore et les Démagicatrices, Loreleï Plume

Couverture Éléonore et les démagicatrices

À la mort de sa grand-mère, Éléonore, une jeune fille de dix-huit ans, découvre une boite qui change sa vie à jamais : une démagicatrice.
Celle-ci l’entraine dans un monde magique totalement inconnu, régi par une reine despotique.
Accueillie par une famille de sorciers qui l’aide à développer ses pouvoirs, elle se lie d’amitié avec Axel, Jérémy et Topaze.
Tout bascule lorsque Opale, la sœur de ce dernier, disparait mystérieusement.Qui a pu enlever cette jeune femme au-dessus de tout soupçon ? Pourquoi ?
À quatre, ils décident de mener l’enquête qui les entrainera dans les confins du royaume sorcier.

Auto-édition – (29 août 2020) – 402 pages – Papier (17€) – Ebook (5,99€)
Couverture : Christophe Ribbe Schrib

AVIS

Parce que je ne résiste jamais à une belle couverture et que le titre a tout de suite attiré mon attention, je me suis lancée avec grande curiosité dans ce roman qui m’a fait passer un moment de lecture des plus dépaysants. En effet, l’autrice a réalisé un travail absolument colossal et incroyable sur la construction de son univers qui m’a fait penser à Harry Potter. Pas dans son essence, bien que monde réel et monde des sorciers se côtoient également, mais plus dans cette impression que le monde qui se déploie sous nos yeux est bien réel. Loreleï Plume n’a ainsi rien laissé au hasard, son univers ayant été pensé avec soin dans ses moindres détails. De son histoire, à ses règles sociétales, en passant par ses spécificités, tout sonne vrai, réaliste et réalisable alors même que l’on parle magie, fées et sorcellerie !

Dans le monde des sorciers, on peut voyager à bord d’un coussin volant, bien que ce ne soit définitivement pas le moyen de locomotion le plus sûr, les cirques n’ont pas besoin d’animaux en chair et en os pour vous offrir des spectacles à vous couper le souffle, tenter de faire le ménage au moyen de son esprit dans une esthétique très Disney à portée de main pour certains, créer une bulle protectrice, un jeu d’enfant pour d’autres… En d’autres termes, vous en prenez plein les yeux à la moindre occasion sans pour autant ne jamais douter de l’existence de ce monde que vous ne pourrez que rêver d’explorer, du moins pour quelques heures ou quelques jours.

Car si ce monde magique est formidable pour les plus nantis et les voyageurs temporaires, c’est surtout un monde cruel dans lequel la royauté tient son peuple d’une main ferme et autoritaire, n’hésitant pas à exploiter les plus pauvres et à les faire vivre dans un climat de peur constant. Et c’est dans ce monde injuste et menaçant qu’Éléonore et Axel vont être brutalement plongés ! Après le décès de sa grand-mère, Eléanore va, en effet, découvrir que, pour la protéger, cette dernière lui avait caché la vérité sur sa nature et son héritage familial. Elle se pensait normale, elle se découvre sorcière et la reine légitime d’un royaume gangréné par la dictature. Si son identité est une réelle surprise pour elle, elle la met surtout en danger de mort... Prudent ou pas, la voilà donc contrainte de quitter sa vie d’humaine pour embrasser son destin. Elle pourra heureusement compter sur Axel, un protecteur, pour l’accompagner dans ce monde des sorciers aussi menaçant qu’attirant et excitant. 

Si le départ est précipité, le duo possède de précieux alliés sur place : les membres d’une famille soudée que l’on prend plaisir à découvrir et pour laquelle on se prend vite d’affection. Les journées, puis les mois passent donc entre découverte d’un monde dont Eléanore et Axel doivent s’approprier l’Histoire et les codes sociaux et sessions d’entraînement pour apprendre à maîtriser leur pouvoir respectif. Mais, entre la peur de la jeune fille d’être démasquée et la disparition d’un membre de la famille, les choses se compliquent et obligeront les différents protagonistes à prendre des chemins différents avant, peut-être, de mieux se retrouver. Comme avec La septième fée, j’ai été surprise que l’autrice choisisse de séparer le groupe, mais je concède que le choix est judicieux et permet moult rebondissements, entre scènes d’action, enquête policière, suspense, danger, mystère et tension !

On suit donc alternativement les différents personnages et l’on tremble pour eux, car ils vont devoir affronter des situations périlleuses qui ne les laisseront pas indemnes et qui les feront tous évoluer. Si l’autrice prend le temps de poser son intrigue, créant peut-être un sentiment de langueur dans la première partie du roman, les choses s’accélèrent jusqu’à atteindre un point de tension extrême dont l’issue m’a surprise et quelque peu choquée, mais dans le bon sens du terme. Avec la couverture, je m’étais attendue à une histoire gentillette, mais si vous pouvez vous attendre à de jolis moments de tendre amitié et de belle complicité, il y a aussi de la violence et des scènes assez difficiles, dont l’une qui m’a terriblement peinée. Bravo donc à l’autrice d’avoir osé emprunter des chemins inattendus qui apportent une certaine complexité et noirceur à une intrigue dont la magie nous enchante, mais dont la vérité sociétale nous dégoûte. Corruption, violence policière, misère, travail forcé, injustice, stigmatisation, complot… Sorciers et humains ne sont peut-être pas aussi différents que cela en fin de compte…

La situation sociale, humaine et politique du monde des sorciers nous révolte, mais elle convient parfaitement à la reine en place qui s’est assurée de la soumission de ses sujets. Elle ne voit donc pas d’un très bon œil l’arrivée d’une rivale, a fortiori désignée par la magie elle-même. Prête à tout pour conserver sa place et son pouvoir, elle s’engage alors dans une lutte sans merci, où tous les coups sont permis, mais Eléanore est-elle en mesure de faire face au danger ? Arrivera-t-elle à faire taire ses doutes afin de s’approprier cette place de reine qui lui revient de droit ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais ce qui est certain, c’est que la jeune fille évolue grandement et gagne en maturité. Il faut dire qu’en quelques mois, elle a découvert la magie, l’amitié, le sentiment d’appartenance, l’excitation de la découverte, mais elle a aussi dû affronter la peur, la douleur et la trahison. Tout autant d’expériences qui l’ont rendue plus forte en même temps que très consciente de ce que son statut de reine légitime implique autant pour elle que pour ses amis et sa famille de cœur.

Quant à ses amis, ils ont également dû consentir à des sacrifices, certains très lourds, et pour se protéger et pour protéger Eléanore, seule capable de rétablir la lumière dans un royaume plongé dans les ténèbres. Parmi les différents protagonistes, j’ai été plus particulièrement touchée par Jérémy qui, en décidant d’aider la jeune fille, a pris une décision courageuse : celle de quitter une famille maltraitante qui ne pensait qu’à l’exploiter afin de faire tourner l’affaire familiale. Alors que son pouvoir est, dans son monde, déconsidéré, il se révélera un atout majeur pour l’enquête dans laquelle il se lance… Si j’ai développé au fil des pages mes préférences, chaque personnage semble avoir un rôle important à jouer, nous donnant l’impression que comme avec l’univers, l’autrice a pris le temps de bien penser en amont sa galerie de personnages, et la manière de faire converger les histoires et péripéties de chacun.

Autre atout de ce roman, l’écriture de Loreleï Plume qui se révèle aussi fluide qu’agréable. Le choix des mots semble étudié avec attention et le soin apporté aux détails rend le roman particulièrement immersif. Je pense néanmoins que les lecteurs habitués aux textes qui vont droit au but pourront être un peu décontenancés par la manière dont l’autrice prend le temps de développer le contexte, les décors et les différentes actions. Pour ma part, loin de me gêner, cela a nettement contribué au plaisir que j’ai pris à me plonger dans ce roman que je conseillerais à tous les lecteurs ayant envie de découvrir un monde magique particulièrement bien pensé, dont le côté enchanteur ne doit pas faire oublier la noirceur et la complexité.

Magie, amitié et action pour une intrigue aux différentes ramifications, dont l’issue est incertaine, mais la tension constante et l’héroïne incandescente !

Je remercie l’autrice de m’avoir envoyé son roman en échange de mon avis.

 

La Chose au fond du sac – tome 1 : La découverte, Luce Basseterre #PLIB2021

Léna ne mène pas exactement une vie normale. Déjà, elle vit dans une famille décomposée et recomposée et ce n’est pas toujours facile de s’y retrouver quand on a quatre frères et sœur. En plus ils viennent tout juste d’emménager chez leur grand-père. Mais ce n’est pas que ça : Léna a aussi la particularité d’entendre les pensées des autres. Et lorsqu’une voix étrange qui semble venue de la vieille maison voisine commence à l’appeler, Léna et sa famille ne sont pas au bout de leurs surprises !

Au loup Éditions (1 avril 2020) – 128 pages – Ebook (3,99€) – Papier (12,50€)
À partir de 9 ans – Illustration de couverture : Artemisia #ISBN791093950884

AVIS

Suite au décès de son beau-père, Léna, ses trois frères, sa sœur et leur mère emménagent chez le père du défunt. La situation, déjà difficile en soi, prend une tournure inattendue quand Léna se met à attendre une voix qui ne cesse de l’appeler... Ne vous y trompez pas, ce qui est étrange pour Léna, ce n’est pas d’entendre une voix, ça, elle en a l’habitude, mais c’est plutôt d’entendre une voix dont elle n’arrive pas à identifier le propriétaire. Et si la voix venait de la Malvoisin, cette immense demeure voisine abandonnée ? Une hypothèse que la jeune fille est bien décidée à vérifier, mais pour cela, il va lui falloir s’aventurer dans cette maison inquiétante et quelque peu inhospitalière…

Les lecteurs devraient adorer suivre Léna dans ses péripéties qui l’amèneront à faire une étrange et surprenante découverte, dont je préfère taire la nature pour vous laisser le plaisir de la surprise. Je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la référence de l’autrice à un célèbre auteur connu pour son imaginaire angoissant et horrifique. D’ailleurs, si le roman n’est pas effrayant, il pourrait néanmoins susciter quelques frissons chez les jeunes lecteurs, du moins, dans un premier temps. Car plus on progresse dans l’intrigue, plus on se prend d’affection pour la Chose découverte par Léna entre les murs de la Malvoisin, un lieu qui semble parfait pour les amateurs d’Urbex.

L’autrice a un talent certain pour éveiller la curiosité des lecteurs de tout âge : en plus du mystère planant autour des capacités particulières de Léna et de la présence de la Chose dans un lieu abandonné, nous comprenons assez rapidement que le grand-père n’est peut-être pas qu’un simple papy appréciant de s’occuper de son jardin. Policier des forces spéciales à la retraite, il semblerait qu’il ait encore quelques relations et que son âge ne l’empêche nullement de se jeter dans l’action, voire dans la gueule du loup. Mystérieux et badass, voici un grand-père qui ne devrait pas manquer de vous surprendre ! Si j’ai adoré le personnage, il m’a néanmoins décontenancée par son rejet primaire de la Chose. Mais j’imagine que devant l’inconnu, a fortiori de nature surnaturelle, il peut s’avérer délicat de rester stoïque d’autant que l’on sent ce grand-père très protecteur envers sa famille.

En jouant sur le mystère et une force surnaturelle dont on se languit de percer tous les secrets, l’autrice s’assure de l’attention de ses lecteurs qui, immergés dans le récit, seront bien incapables de le quitter avant d’en lire la dernière ligne. Mais il faudra attendre la suite pour obtenir des réponses à toutes ces questions que l’on prend plaisir à se poser tout au long de ce premier tome qui ne manque ni de suspense ni d’action ! Ce qui rend également la lecture aussi prenante et passionnante, c’est la place accordée à la famille et à la force des liens familiaux, notamment dans une famille recomposée comme celle de Léa. Ainsi, tous les enfants n’ont pas le même père ou la même mère, ce qui demande un petit temps d’adaptation aux lecteurs et complique parfois un peu l’organisation du foyer. Mais cela ne change en rien la vie de cette famille qui connaît, comme toutes les autres, des moments de douleur et de bonheur, de tension et de partage… En tant qu’adulte, j’ai trouvé intéressant que l’autrice évoque un schéma familial peut-être pas « traditionnel », mais de plus en plus courant. 

Si, en outre, je me suis beaucoup attachée à Léna qui s’est révélée plutôt amusante, intelligente, débrouillarde et téméraire, j’ai aussi apprécié d’apprendre à connaître ses frères et sa sœur, tous très différents les uns des autres. Entre une grande sœur responsable qui doit jouer le rôle de nounou bien malgré elle, un frère qui semble en colère contre la terre entière, mais qui ne manque pas de courage, un autre bien plus peureux, et un petit frère adorant manger et enquiquiner ses aînés par ses questions incessantes et sa faculté à se mettre dans leurs pattes… Léna peut se targuer d’avoir une famille variée et haute en couleur !

En ce qui concerne les adultes, on appréciera que, contrairement à d’autres romans jeunesse, ils ne soient pas complètement mis de côté même si l’on sent que la maman est débordée entre son deuil, son travail et ses turbulents enfants, et que son ex-mari est un gentil boulet déconnecté de la réalité. Ma seule petite frustration provient de Mamie Gé que l’on voit peu, mais qui m’a paru être une femme originale et plutôt ouverte d’esprit. C’est d’ailleurs la seule personne au courant de la capacité de Léna à entendre des voix. Un talent rare que la jeune fille doit encore apprendre à maîtriser afin de ne plus se laisser parasiter par les pensées de chacun et ne plus subir de bien douloureuses migraines. La révélation faite en fin d’ouvrage nous laisse espérer une réelle évolution de ce côté-là…

En conclusion, du mystère, un jeu subtil sur la peur de l’inconnu et de la différence, de l’action, une famille haute en couleur, une héroïne vaillante qui possède un don inhabituel, un imaginaire mêlant monde réel et surnaturel, une plume fluide et immersive… Voici tout autant d’éléments qui devraient permettre aux jeunes lecteurs et aux adolescents de se plonger avec délice dans ce premier tome rythmé dont la fin laisse entrevoir une suite riche en péripéties… Quant aux adultes, ils devraient également apprécier cette aventure menée d’une main de maître par une autrice qui nous propose son propre mythe, celui de la Chose ! Un mythe que, pour ma part, j’ai hâte d’approfondir, la Chose ne semblant pas encore nous avoir livré tous ses secrets.

Découvrez un extrait du roman sur le site d’Au loup Éditions.

Les hommes de nuit 1 : La rose, Marie L’Or Viollet

Les hommes de nuit 1 - La rose

1700 : Marie est une belle jeune femme, élevée par son père veuf. Il est libraire et a tout appris à sa fille. Mais ils doivent quitter l’Angleterre pour honorer un étrange contrat. Son père s’est engagé auprès d’un personnage singulier venu d’un autre continent pour restaurer sa bibliothèque. Après une longue et éprouvante traversée, elle va rencontrer Nicolas…

Évidence Éditions (17 juillet 2020) – 336 pages – Papier (17€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Appréciant les romances historiques, la couverture et la mention de l’année 1700 dans le résumé m’ont donné envie de découvrir ce roman qui fut malheureusement une lecture en demi-teinte…

SI j’ai apprécié une certaine originalité dans le récit, il y a quelques points qui m’ont chagrinée comme le mélange des genres hasardeux et parfois maladroit qui m’a donné l’impression que l’autrice n’avait pas réussi à choisir entre romance historique et roman de bit-lit dont elle reprend certains clichés. On oscille donc entre passé simple et vocabulaire vulgaire, ce qui donne un résultat plutôt saugrenu. Il m’a ainsi été difficile de rester stoïque devant des phrases du style « Il fallait qu’il baisât…« . Je peux me tromper, mais il me semble peu probable qu’en 1700, le verbe baiser ait déjà ce sens. Je ne dis pas qu’on ne peut pas mélanger les genres, mais pour moi, il y a un travail d’harmonisation à faire sur ce texte pour que le tout possède une certaine cohérence.

J’ai également regretté que le contexte historique ne soit pas mieux exploité puisque concrètement, à part les robes, la réception des mondains (et encore…) et la naïveté de Marie sur les choses de l’amour, cette histoire aurait aussi bien pu se passer en 1700 qu’en 1900 ou à notre époque. Je pense que cela provient principalement du fait que les personnages évoluent en vase clos et qu’on n’a donc pas particulièrement l’occasion d’évoquer le contexte historique de l’époque. De la même manière, j’ai eu l’impression que le bébé recueilli par Marie en début de roman n’a eu qu’un seul rôle, être une source de quiproquo avec Nicolas. Le reste du temps, il fait surtout de la figuration. Une petite facilité scénaristique qui m’a quelque peu frustrée tout comme la romance éclair puisqu’il ne faudra pas bien longtemps pour que Nicolas soit obsédé par Marie et que Marie tombe sous son charme.

Et le terme obsédé n’est pas utilisé au hasard, notre héros ayant bien du mal à se contrôler en la présence de la jeune ingénue qu’il désire tant faire « sienne ». Possessif et brutal dans ses réactions, Nicolas n’est pas un personnage que j’ai apprécié outre mesure d’autant que malgré sa nature de vampire lui ayant permis de voir passer les siècles, il se comporte bien souvent comme un adolescent en pleine crise. C’est d’ailleurs le roi du claquage de porte ! Si cela n’excuse en rien son comportement qui m’a donné bien souvent envie de le punir en le privant de dessert (donc de Marie), on peut toutefois comprendre qu’il soit chamboulé par ces nouveaux sentiments qui s’offrent à lui, lui qui n’a jamais rien ressenti pour une femme si ce n’est de la tendresse pour Lucie, la seule autre femme vampire. Il va donc devoir apprendre à se maîtriser tout en essayant de comprendre les raisons de la tempête intérieure à laquelle il doit faire face.

Quant à Marie, elle se révèle gentille et assez courageuse, mais elle m’a parfois exaspérée par sa naïveté. Certes, elle a toujours vécu en autarcie avec son père partageant son temps entre la lecture et son travail à la librairie familiale, mais l’autrice pousse quand même l’image de jeune femme naïve à son paroxysme… Heureusement, Marie n’est pas qu’une jeune ingénue, c’est également une femme passionnée par les livres. C’est d’ailleurs là la raison de sa présence dans la demeure de Nicolas où elle s’occupe, à la place de son père décédé, de classer les livres et de restaurer ceux qui en ont besoin. J’ai beaucoup aimé découvrir la manière dont Marie restaure les livres, mais c’est surtout la passion avec laquelle elle le fait et en parle qui m’a le plus séduite. Dans ces moments-là, on ressent pleinement la femme passionnante et passionnée qu’elle peut être. Un caractère flamboyant qu’elle ne réserve pas qu’aux livres puisque Nicolas sera loin de la laisser insensible malgré ses emportements qui l’exaspèrent…

La romance ne m’a pas convaincue parce que principalement basée sur une attraction physique quasi animale, mais je pense qu’elle pourra plaire aux lecteurs qui n’ont pas besoin que les personnages apprennent à se connaître avant de tomber amoureux. Pour ma part, la manière dont Nicolas répète toutes les deux lignes « mon ange » m’a donné des envies de meurtre et les questionnements incessants de Marie sur les sentiments de Nicolas à son égard m’ont fatiguée, mais j’ai, en revanche, apprécié tous les à-côtés qui ont rendu le livre rapide et facile à lire. Le style de l’autrice, malgré le problème énoncé en début de chronique, reste agréable et plutôt fluide. Il n’y a pas de longueurs inutiles même si on pourrait noter une certaine redondance dans le déroulement des faits, la relation entre nos amoureux alternant entre moments câlins/érotiques, malentendus et claquages de porte.

En plus du rythme et de la relation unique et touchante entre Nicolas et deux loups qui ne manquera pas de ravir les amoureux des animaux, ce qui fait la force de ce roman est l’aura de mystère dont l’autrice a su l’entourer. On pourrait croire que tout a été dit et fait sur le mythe du vampire, mais l’autrice réussit à apporter, et c’est le cas de le dire, du sang frais ! Il existe ainsi un certain flou autour du premier vampire, Luc, créé par Dame Nature qui est d’ailleurs ici personnifiée par une vraie femme, une idée qui m’a bien plu. Mais le vrai mystère concerne sa femme Lucie qui est la seule et unique femme vampire existante sur Terre et ceci depuis la nuit des temps. Les vampires ont bien essayé de transformer d’autres femmes pour se trouver des compagnes, mais chaque tentative s’est soldée par un retentissant échec, Luc n’arrivant pas à se souvenir du processus exact pour accomplir ce petit miracle. Cela explique la raison pour laquelle Lucie est unique et importante, mais aussi pourquoi Nicolas est terrifié à l’idée de ne jamais trouver la solution pour transformer Marie au risque de la perdre dans un futur plus ou moins proche. Certains événements lui feront d’ailleurs prendre pleinement conscience de la fragilité de son âme sœur…

Trouvera-t-il le moyen de donner au monde une seconde femme de nuit ? Pour le savoir, il vous faudra lire le roman, mais j’ai apprécié la touche de tension que cette question soulève tout comme j’ai adoré le couple Luc et Lucie qui se révèle assez touchant. On sent à quel point le mari et la femme s’aiment et seraient prêts à tout l’un pour l’autre. Attendez-vous également à une petite révélation de leur côté même si je l’avais assez vite anticipée… Au-delà de ce couple attendrissant, on découvre d’autres hommes de nuit, dont l’un qui semble également rattrapé par le virus de l’amour. Ce sera d’ailleurs le protagoniste que l’on suivra dans le deuxième tome. Si je préfère, en général, suivre les mêmes personnages d’un tome à l’autre, je reconnais que l’autrice a réussi à attiser ma curiosité et à me donner envie de découvrir cette nouvelle histoire d’amour qui s’annonce plutôt mouvementée…

En conclusion, on pourra regretter quelques maladresses dans la narration qui donnent l’impression que l’autrice n’a pas réussi à choisir quelle tonalité donner à son roman, mais ce premier tome de la série Les hommes de nuit reste une lecture fluide et agréable qui plaira probablement aux lecteurs appréciant les personnages tourmentés par leurs sentiments, les grandes et belles bibliothèques dans lesquelles on rêverait de se perdre et les romances vampiriques auréolées d’un certain mystère.

Je remercie Évidence Éditions de m’avoir envoyé la version numérique de ce roman en échange de mon avis.