L’ombre de la menace, Rachel Caine

Je remercie les éditions de l’Archipel pour m’avoir permis de découvrir L’ombre de la menace de Rachel Caine.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

L’un des thrillers les plus commentés sur les réseaux sociaux américains

La vie sans histoire de Gina vole en éclats lorsque la police découvre un corps sans vie pendu dans le garage familial.
Le mari de Gina est condamné à mort. Elle est acquittée. Mais l’opinion publique reste persuadée qu’elle était complice de son mari, du moins qu’elle couvrait sa folie meurtrière.
Victime de harcèlement, elle décide de fuir avec ses enfants. Mais, où qu’elle aille, quelqu’un dans l’ombre l’épie, l’obligeant sans cesse à changer d’identité et de vie.
Quatre ans ont passé. Gina vit à Stillhouse Lake, où elle commence enfin à baisser la garde. Jusqu’à ce qu’un cadavre de femme soit repêché du lac…

Archipel (11 septembre 2019) – 336 pages – Broché (20,99€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Sebastian Danchin

AVIS

Après en avoir entendu bien des louanges, j’attendais énormément de ce thriller, et je dois admettre ne pas avoir été déçue par la manière dont Rachel Caine a su construire un récit prenant et haletant qui pousse les personnages dans leurs retranchements ! Et cela commence dès le début de l’histoire où l’on assiste, impuissant, à la pulvérisation de la vie de Gina.

Mère de famille heureuse, elle était loin de se douter que son quotidien n’était que pur mensonge, un mensonge fabriqué de toutes pièces par l’esprit complètement dérangé de son mari. Un psychopathe froid, manipulateur et démoniaque dont le passe-temps favori était de kidnapper et de torturer minutieusement et méticuleusement des jeunes femmes avant de les tuer…

Accusée de complicité, quand son seul crime fut la naïveté, elle sera acquittée, mais à quel prix ? Conspuée, menacée et poursuive par des personnes déchaînées prêtes, du moins verbalement, à toutes les horreurs, Gina sera contrainte de fuir avec ses deux enfants. Mais comment se (re)construire quand vous passez votre vie à fuir, à craindre tout le monde, à vous réinventer une identité à chaque déménagement, à refuser de créer des liens avec de nouvelles personnes… ?

La force de ce roman est de plonger les lecteurs dans la vie de cette famille qui lutte, jour après jour, pour survivre malgré le passé et cette instabilité qui ne lui permettent pas de vivre une vie normale. Gwen est une véritable lionne qui fait de son mieux pour tenir éloigner ses enfants de toute la haine que sa famille suscite. Car si son mari est condamné à mort, la vindicte populaire n’en est pas pour autant apaisée… Entre le cyberharcèlement, les menaces de mort, de viol et de torture, Gwen ne peut relâcher son attention un seul instant sous peine de mettre en danger les siens.

Une situation d’autant plus intenable qu’elle affecte ses enfants de plus en plus perturbés par les règles de sécurité draconiennes imposées par leur mère, l’absence de repères, de racines et de liens sociaux. En protégeant leur vie coûte que coûte, Gwen les fait donc également souffrir… Alors peut-être que cette maison achetée à Stillhouse Lake pourrait être enfin leur foyer, un endroit calme où repartir de zéro. C’est en tout cas ce qu’elle espérait jusqu’à ce qu’un cadavre soit retrouvé près de chez elle !

À partir de là, le suspense monte crescendo, l’ombre de l’ex-mari psychopathe planant plus que jamais sur la vie de cette famille qui a tout fait pour briser ses chaînes. Ce meurtre est-il un pur hasard ou la preuve que Mel Royal n’en a pas fini avec les « siens ». Si tel est le cas, que veut-il, et surtout, comment s’y prend-il pour, depuis les murs de sa prison, continuer à propager le mal ?

Une question qui nous pousse, comme Gwen, à devenir parano au point de nous méfier de chacun des personnages qui évolue autour d’elle et de ses enfants. Qu’en est-il de ce sympathique gérant de l’école de tir où elle s’entraîne, de ce charmant voisin qui l’aide pour les réparations de sa maison et semble avoir noué de bonnes relations avec ses enfants… L’autrice sème, avec un certain talent, le doute dans l’esprit de ses lecteurs même si mes soupçons se sont révélés fondés. Cela ne m’a toutefois pas dérangée d’autant que je n’ai pas eu de certitude avant la fin du roman et que je n’avais pas anticipé certaines révélations dont l’une que j’ai trouvée particulièrement effroyable.

L’autrice prend le temps de poser son intrigue, ce qui nous permet d’entrer de plain-pied dans la psychologie de Gwen pour laquelle on développe rapidement une totale et sincère admiration. Malgré l’adversité, les dangers, les doutes, les tensions et parfois les reproches de ses enfants, elle ne baisse jamais les bras, et se refuse à s’enfermer dans le rôle de la victime. En découvrant, il y a quatre ans, la vérité sur son mari, elle a enterré sa vie d’avant, mais aussi cette passivité qui la caractérisait. Adieu Gina, la femme naïve et soumise, et bienvenue Gwen la battante !

Un changement d’autant plus remarquable que l’ombre de Mel est tenace et difficile à effacer. J’aurais apprécié que les passages et les confrontations avec ce diable à visage humain soient plus nombreux, mais bien qu’il soit en prison, sa présence se fait lourde et palpable. Si Gwen ne ressent que de l’horreur pour cet homme, la situation est plus ambivalente pour ses enfants, et notamment pour son fils. Celui-ci n’a pas eu la possibilité de faire le deuil de ce père aimant et doux que Mel s’évertuait à jouer… J’ai trouvé cette ambivalence des sentiments intéressante d’autant qu’elle soulève une autre question : est-il réellement souhaitable de cacher à l’enfant toutes les atrocités commises par son père ? Cela ne risque-t-il pas de le conforter dans une image faussée de son père avec, à terme, des conséquences difficiles à gérer ?

Une question parmi tant d’autres, car en plus de nous divertir, ce thriller des plus efficaces a le mérite de nous faire réfléchir à différentes notions comme la responsabilité, le sentiment de culpabilité, la vengeance, le cyberharcèlement… Le déferlement de haine virtuelle contre Gwen et ses enfants est effrayant d’autant qu’il semble possible et plausible. On arrive à comprendre que les familles des victimes doutent de l’innocence de Gwen, après tout, contrairement aux lecteurs, ils ne la connaissent pas. Difficile alors pour eux d’imaginer qu’une femme ait pu vivre auprès d’un monstre durant des années sans le percer à jour, ou pire, l’aider. Même Gwen n’en revient toujours pas et ne se pardonne pas son aveuglement. Mais comment accepter toutes ces personnes qui, sous prétexte de venger des victimes dont elles se moquent éperdument, laissent parler leur violence, leur méchanceté, leur perversion, leur haine des femmes… Il n’y a définitivement pas qu’un monstre dans cette histoire !

À noter que ce roman se suffit à lui-même, mais la fin laisse entrevoir une suite que je lirai avec plaisir.

En conclusion, L’ombre de la menace porte particulièrement bien son nom puisque durant toute la lecture, on perçoit avec une grande acuité la présence de Mel Royal, un tueur en série qui, même derrière les barreaux, continue à phagocyter sa famille. Entre la présence vaporeuse de ce monstre et les menaces immondes émises par des personnes tout aussi malfaisantes que ce dernier, la vie de Gwen et de ses enfants est sur le fil du rasoir… Riche en rebondissements, en tension et en suspense, voici un thriller haletant dont votre cœur ne devrait pas sortir indemne !

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Caliéor, Julie Broly

COLIEOR-couv-une

Je remercie les éditions de la Remanence pour m’avoir permis de découvrir Caliéor de Julie Broly.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Sarah, jeune lilloise dynamique, fait ses premiers pas dans le journalisme. Au sein d’un célèbre magazine d’information, elle découvre la réalité d’un métier qu’elle s’imaginait plus trépidant et nourrit l’espoir de délaisser un jour son bureau pour vivre une mission de terrain digne de ce nom. Mais le temps passe, les rêves de Sarah s’envolent, elle sombre dans une mélancolie de laquelle elle ne sortira que le jour où elle se voit enfin confier un premier reportage. Calepin à la main, heureuse comme elle ne l’a pas été depuis longtemps, elle enchaîne les recherches, les enquêtes et les interviews sans imaginer à quel point l’une des rencontres qu’elle va faire va la bouleverser. Elle s’interrogera et cherchera des réponses, mais ses pensées finiront par la hanter et l’obsession prendra doucement le pas sur la raison, la poussant à des bien des choses.

LA REMANENCE (10 juillet 2019) – 280 pages – Broché (14€) – Ebook (5,99€)

AVIS

Tout juste embauchée dans un célèbre magazine lillois spécialisé dans la formation et l’éducation, Sarah déchante vite. Loin des grandes missions dont elle se rêvait investie, elle doit se contenter de travaux subalternes… Mais au bout de longs mois d’ennui, sa formatrice, Sonia, lui offre enfin la chance de montrer de quoi elle est capable. C’est donc avec beaucoup d’enthousiasme que Sarah s’acquitte de son premier dossier, un dossier qui la conduira dans les couloirs d’un lycée hôtelier… La jeune journaliste va alors faire une rencontre qui changera à jamais sa vie !

Caliéor est définitivement un roman atypique qui mélange, avec brio d’ailleurs, plusieurs genres. Dans la première partie, l’autrice aborde des thèmes forts qui ne parleront pas forcément à tous, mais qui n’en demeurent pas moins intéressants : les ambitions professionnelles et les désillusions face à la réalité derrière une carrière fantasmée, la quête d’identité sexuelle et la difficulté à accepter ses sentiments quand ils ne suivent pas la norme, l’amour et la différence entre amour et désir de possession, l’obsession, la folie…

L’originalité et la force de ce récit sont de faire porter toutes ces thématiques par un seul personnage, celui de Sarah. Sympathique au premier abord, un peu comme la gentille copine que l’on tente d’épauler face aux vicissitudes de la vie, le personnage se pare progressivement d’une certaine complexité. De fil en aiguille, son attirance, si ce n’est son coup de foudre, pour une personne qui n’aurait pas dû, selon ses critères amoureux, lui plaire, prend une tournure malsaine.

La rapidité et la violence des sentiments de la journaliste déroutent, interpellent, mettent mal à l’aise, mais ils ne paraissent jamais irréels ou surjoués. Il faut dire que l’autrice, d’une plume poétique et élégante, capture et retranscrit implacablement et avec réalisme les pensées, les pulsions et les émotions de Sarah. Non dénuées d’une certaine beauté dans un premier temps, ces dernières finissent par s’assombrir à mesure que l’amour devient obsession puis folie. 

Prête à tout pour obtenir l’objet de sa convoitise, Sarah se fourvoie ainsi dans les mensonges quitte à mettre en péril un avenir professionnel pour lequel elle s’est battue. La frontière entre fantasme et réalité se brouille jusqu’à faire perdre à la jeune femme tous ses repères, si ce n’est la tête... Un point de non-retour est franchi, symbolisé par une coupure franche et nette dans la narration.

À partir de là, le ton change, le récit s’accélère passant d’une phase quasi introspective à une phase emplie de tension et de suspense dans laquelle les dialogues priment et les échanges fusent. Le désir amoureux laisse place à quelque chose de plus prosaïque, et Sarah quitte le devant de la scène pour laisser la place à d’autres protagonistes dont la vie, du moins temporairement, se trouve inexorablement liée à la sienne. Je n’en dirai pas plus si ce n’est que j’ai apprécié ce changement de genre qui apporte surprise et dynamisme au récit.

On suit avec beaucoup d’intérêt les actions des personnages, partagé entre l’envie de les voir réussir et celle étrange et perturbante d’échouer. Cela provient probablement de l’ambiguïté qui se dégage de Sarah dont la folie nous tétanise, mais dont la fragilité nous émeut. Toutefois parce que la vraie vie nous rappelle tristement, chaque année, le danger de confondre amour, obsession et désir de possession, on en vient très vite à espérer qu’éclate la vérité…

Bien que la première partie puisse parfois un peu tourner en rond, ce qui semble normal si l’on considère que les pensées de Sarah sont entièrement tournées vers une et seule personne, le roman se lit tout seul. J’ai été complètement happée et séduite par l’originalité du récit, et la manière dont l’autrice réussit à nous faire entrer dans la tête de son héroïne et à nous faire ressentir la force de cette folie qui, peu à peu, gangrène son esprit.

Mon seul petit bémol proviendrait d’un personnage intervenant dans la deuxième partie, son manque de professionnalisme m’ayant quelque peu gênée même si l’autrice a su l’utiliser pour faire avancer son intrigue nous prouvant que rien n’a été laissé au hasard dans cette histoire.

En conclusion,  Julie Broly nous propose ici un texte atypique et d’une rare intensité qui questionne, à travers une héroïne poussée dans ses retranchements et ses sentiments, aussi bien les espoirs au travail que l’identité sexuelle et le rapport complexe et parfois dévoyé à l’amour. Entre amour et désir, l’obsession fait sa dramatique et inexorable entrée… Mais quand l’envie de posséder se substitue à celui d’aimer, le pire finit par arriver !

Découvrez le roman sur Place des libraires.

L’amour de ma vie, Clare Empson

L'Amour de ma vie (GRAND PUBLIC) par [Empson, Clare]

Je remercie les éditions Denoël de m’avoir permis de découvrir L’amour de ma vie de Clare Empson.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Catherine ne parle plus. Ni à son mari, ni à ses enfants, ni aux médecins, pas même à sa meilleure amie. Elle a été témoin d’une scène terrible et depuis plus un mot. Pourtant, du fond de sa bulle, Catherine se souvient…

Elle se souvient de Lui, Lucian, l’amour de sa vie rencontré à la fac. À cette époque, elle s’était laissé entraîner dans son cercle d’amis, privilégiés et hédonistes. Difficile d’oublier leur rupture, aussi : en une nuit, tout a volé en éclats. Elle l’avait quitté, détruisant leur vie à tous les deux. Sans qu’il n’y comprenne rien.

Elle se souvient surtout de leurs retrouvailles, quatre mois plus tôt : le hasard les a réunis, comme pour leur offrir une seconde chance. La passion a ressurgi immédiatement. Toutefois, impossible d’éviter la question essentielle : pourquoi? Pourquoi Catherine s’était-elle enfuie, cette nuit-là?

Une plongée sombre au cœur du silence, des secrets et des non-dits d’une histoire d’amour.

Denoël (13 juin 2019) – 448 pages – Broché (22,90€) – Ebook (16,99€)
Traduction : Jessica Shapiro 

AVIS

Avec L’amour de ma vie, attendez-vous à rester scotché à votre lecture et à passer par tout un tas d’émotions !

Cette histoire, c’est celle de l’amour avec un grand A, celle de la passion qui fait perdre la tête, qui enivre et tourne à l’obsession. L’autrice, en alternant les points de vue entre Catherine et Lucian, et en nous faisant naviguer entre trois époques différentes, nous permet de nous approprier leur tragique amour, et les événements qui ont conduit à une fin qui ne devrait pas vous laisser de marbre.

Pour ma part, j’ai assez vite anticipé la fin parce que j’ai ressenti la même montée en puissance du drame que dans Gatsby le magnifique. Sans comparer les deux romans qui sont très différents, j’ai trouvé qu’avec L’amour de ma vie, l’autrice arrivait avec beaucoup de talent à insuffler une aura dramatique et belle à la fois à son récit. À mesure que l’on tourne les pages, la tension gagne en intensité et provoque un sentiment d’oppression qui s’accentue avec les sauts dans le présent auprès d’une Catherine rendue muette par le choc. Ayant assisté à une scène tragique, elle s’est ainsi murée dans le silence… Elle respire, elle pense, elle comprend, mais elle ne peut pas parler pour le plus grand désarroi des siens.

Au fil des pages, on comprend que les racines de ce silence sont bien plus profondes qu’il n’y paraît. Ce silence provient avant tout de l’accumulation de non-dits, de sentiments refoulés, de honte, de culpabilité qui, année après année, ont poussé Catherine dans ses retranchements. Le choc n’a été que l’élément déclencheur faisant basculer une femme dans une prison dont elle est la seule à détenir la clé même si sa famille et sa meilleure amie essaient, du mieux qu’ils le peuvent, de la soutenir. Catherine, dont les mots ne franchissent plus la bouche, se souvient pourtant ! Retranchée dans ses souvenirs, elle décide alors de remonter le fil du temps et de raconter à Lui, son cher Lucian, tout ce qu’il représente pour elle, tout ce qu’elle n’a pas pu lui dire, tout son amour. Et nous, lecteurs, on est pris dans un puissant maelström d’émotions qui nous frappe de plein fouet. Malgré les quelques longueurs en fin de roman, je n’ai ainsi pas pu lever mes yeux du roman, pas un seul instant.

Je ne suis pas très fan des histoires d’amour, mais la relation entre Catherine et Lucian, c’est tellement plus que cela. C’est beau, fort et intense, mais c’est aussi la rencontre de deux âmes qui étaient faites pour se rencontrer, communier et ne jamais se quitter ! C’est peut-être la raison pour laquelle je n’ai pas toujours réussi à comprendre les réactions et les décisions de Catherine qui, en optant systématiquement pour la fuite devant les problèmes, a fait bien plus de mal que de bien. Mais parce que sa sensibilité m’a touchée, j’ai aussi compris ses sentiments, cette culpabilité et cette honte qui, pendant de très longues années, l’ont contrainte à vivre dans le passé sans profiter du présent.

Et puis il y a cet événement survenu il y a quinze ans et qui a conduit Catherine, pourtant éperdument amoureuse de Lucian, à le quitter du jour au lendemain sans aucune explication. J’ai assez vite deviné ce qui s’était réellement passé, ce qui ne m’a pas empêchée d’attendre avec impatience que l’autrice lève le voile sur cet événement qui marque la fin du couple Lucian/Catherine, et le début, pour les deux anciens amoureux, d’une longue descente aux enfers.

C’est totalement injuste de ma part, parce que personne n’a le droit de blâmer quelqu’un pour sa réaction face à un tel événement, mais j’ai parfois été frustrée par la manière dont Catherine se voile la face s’enfermant dans un rôle de coupable quand elle n’était que victime. Cela m’a tellement révoltée que j’ai attendu avec impatience, et une certaine crainte, que l’autrice mette enfin les mots sur un acte abominable et encore bien trop courant. À cet égard, j’ai apprécié la manière dont elle aborde ce sujet difficile, c’est fait avec sensibilité et intelligence. Elle laisse le temps qu’il faut à son héroïne d’accepter la dure vérité, de se réconcilier avec elle-même et de remonter à la surface.

Malgré des révélations qui ne m’ont pas surprise, j’ai trouvé que le roman dégageait pas mal de suspense. Il faut dire que dans le milieu assez malsain dans lequel évolue Lucian, on a ce sentiment qu’une étincelle pourrait vite déclencher un incendie. Entouré depuis des années de ses quatre meilleurs amis, Lucian vit en autarcie dans un monde de luxe et de fête où l’argent et l’alcool coulent à flots. Dès le départ, on sent qu’il y a quelque chose qui cloche, comme si les liens étroits entre ces amis phagocytaient leur chance de bonheur.  Si certains personnages sont finalement plutôt sympathiques à l’instar de Henry et de sa jeune épouse, une ancienne hôtesse de bar taïwanaise qui m’a beaucoup touchée, l’un des personnages respire la malhonnêteté, la jalousie, l’envie, la méchanceté… Car tout ce qui brille n’est pas d’or, Lucian finira par découvrir que le diable peut parfois se cacher parmi les siens. Mais n’est-ce pas trop tard ?

En conclusion, L’amour de ma vie est un roman qui se lit tout seul, la narration alternée et les allers-retours entre passé et présent étant plutôt efficaces pour tenir en haleine les lecteurs. Mais ce sont surtout la force des sentiments entre les deux protagonistes et la diversité des thèmes abordés (l’amour, l’amitié, le bonheur, la manipulation, la jalousie, les non-dits, le silence, le poids du passé, de la honte, de la culpabilité…) qui font de ce roman un véritable page-turner dont la lecture devrait vous retourner et susciter en vous de multiples émotions.

Feuilletez un extrait du roman sur le site des éditions Denoël.

Les Rats de Hamelin, Jean-Christophe Chaumette

Je remercie Évidence éditions de m’avoir permis de découvrir Les Rats de Hamelin de Jean-Christophe Chaumette dans le cadre du Crazy Books Day.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Chargé de fournir aux États-Unis une arme révolutionnaire, John Dougherty se heurte à deux difficultés majeures : Eli Weisman, le seul scientifique capable de doter des robots de combat d’un cerveau efficace, est un pacifiste cocaïnomane réticent à aider les militaires ; et Paul Teofinua, favori des élections présidentielles à venir, rêve de désarmement mondial.
Tandis que Dougherty et Weisman, tous deux convaincus d’œuvrer pour le bien commun, s’opposent sans relâche, Paul Teofinua se rapproche de la victoire finale.
Mais la menace qui plane réellement sur l’humanité n’est ni celle imaginée par John Dougherty le nationaliste ni celle redoutée par Eli Weisman l’antimilitariste. Personne n’est capable de la prévoir.

Évidence éditions – 456 pages – Broché (19,99€) – Ebook (7,99€)

AVIS

Aimant beaucoup la légende du joueur de flûte de Hamelin, le titre du roman m’a tout de suite donné envie de découvrir l’histoire proposée par un auteur que je ne connaissais que de nom, Jean-Christophe Chaumette. S’il m’a fallu la fin du roman pour vraiment comprendre le choix du titre, je le trouve très pertinent.

Cette histoire, je l’ai dévorée très vite happée par l’écriture de l’auteur qui est un parfait équilibre entre fluidité, précision et immersion. On sent une parfaite maîtrise de la langue et une volonté de coller au plus près de l’intrigue, des personnages et de leur vie mouvementée. Car je peux vous dire qu’avec Les Rats de Hamelin, vous ne risquez pas de vous ennuyer, l’auteur réservant à ses personnages moult péripéties et aventures, plus ou moins agréables, mais toujours imprévisibles.

Très rythmé, les actions s’enchaînant rapidement, ce roman nous plonge dans la vie de personnages très différents autant en termes d’idéaux que de personnalité. Quand John Dougherty est prêt à tout pour s’assurer de la suprématie des États-Unis sur le reste du monde, Eli Weisman est, quant à lui, un scientifique pacifique et passablement accro à la drogue, le seul moyen qu’il a trouvé pour faire taire ce terrible cauchemar qui hante ses nuits depuis son enfance. Victime d’un abject chantage, Eli est néanmoins contraint de collaborer avec Dougherty afin de mettre son extrême intelligence au service de l’armée américaine.

L’enjeu est de taille : révolutionner l’art de la guerre en s’appuyant sur la robotique pour maximiser les pertes chez l’ennemi tout en limitant les morts du côté américain. Si l’idée d’une armée de robots a d’abord laissé sceptique Forrester, le gradé s’est vite rangé du côté du progrès… Même s’il semble moins dangereux et extrême que Dougherty, Forrester reste profondément attaché à son pays quitte à prendre quelques largesses avec la morale pour le protéger des dangers, quelle qu’en soit leur nature.

Et les menaces ne manquent pas entre les pays hostiles aux Etats-Unis et cette menace intérieure, repérée avant tout le monde par Dougherty, qui se fait de plus en plus pesante. Elle prend la forme d’un candidat à la présidence qui semble, comme par miracle, conquérir le cœur des Américains et même de ceux qui devraient le haïr : les industriels de l’armement. Paul Teofinua a, en effet, basé son programme sur le désarmement nucléaire, un objectif qui ne rencontre pas la levée de boucliers à laquelle on aurait pu s’attendre. Quel est donc le secret de cet homme qui arrive à faire accepter l’inacceptable à la plus grande nation du monde et à ses industriels ?

Prophète des temps modernes qui œuvre pour le bien de l’humanité ou dangereux personnage qui menace la grandeur des États-Unis en l’affaiblissant comme le pense Dougherty ? Et derrière cet écran de respectabilité que rien ne semble pouvoir entacher malgré une vie privée passée au crible, Paul Teofinua est-il vraiment l’homme qu’il prétend être ? Non, si l’on se fie à sa fille aînée qui ne reconnaît plus son propre père depuis sa rencontre avec un docteur et ses méthodes de guérison alternatives qui ont conduit un père de famille mourant à se transformer en un combattant acharné pour la paix…

L’auteur a réussi à faire de Paul Teofinua un personnage fascinant car très difficile à appréhender. Il intervient très peu dans le roman, mais il l’imprègne de son aura et laisse son ombre planer, une ombre qui se veut tout à tour synonyme d’espoir et de danger. Le mystère et le suspense autour de cet homme sont probablement ce qui m’a le plus tenue en haleine et fait tourner les pages avec cette envie irrépressible de faire tomber le masque, si masque il y a… On ne peut donc s’empêcher de formuler différentes hypothèses pour expliquer le comportement de cet idéaliste et son envie de dénucléarisation qui remet totalement en cause l’équilibre du monde. Quel est son véritable objectif, la paix ou quelque chose que personne n’aurait pu anticiper ni même imaginer ?

Une question qui nous obnubile jusqu’à la fin et quelle fin ! Après le premier choc et un « mais c’est quoi ce délire ?  » qui ne manquera pas de vous traverser l’esprit, on ne peut que se dire que l’auteur a su nous balader de la première à la dernière ligne. À la manière d’un prestidigitateur, il a veillé à détourner notre attention pour mieux nous éblouir par une fin totalement inattendue et choc ! Il m’a fallu quelque temps pour la digérer et j’ai été aidée en cela par un des meilleurs épilogues que j’ai pu lire. Avec subtilité et à travers la voix de l’un de ses personnages, l’auteur arrive à nous faire comprendre son cheminement de pensée et à induire une réflexion sur le nucléaire, l’état du monde, la nature humaine et sa propension à la destruction. Je n’en dirai pas plus sous peine de gâcher la puissance de la fin et du message, mais je peux néanmoins vous dire qu’avec une telle conclusion, je ne suis pas prête d’oublier cette histoire.

Au-delà de la fin, le roman ne manque pas d’atouts : des citations de chansons qui rythment le récit et participent à l’ambiance, une plongée dans les arcanes des services secrets et de ces organisations travaillant dans l’ombre pour le bien d’un pays, la présence de la technologie et la révolution que celle-ci engendre dans les guerres et les questions éthiques que cela soulève, une petite immersion dans la culture polynésienne, une critique sous-jacente de l’hégémonie américaine et des comportements parfois plus que discutables de cette puissance… Des points qui apportent une richesse indéniable à l’intrigue.

À cela s’ajoute l’alternance de points de vue bien maîtrisée qui nous fait entrer de plain-pied dans la vie des personnages principaux, mais aussi secondaires, Eli ayant la chance d’être soutenu par des amis qui, chacun à leur manière, l’aideront à faire face à une situation qui va vite le dépasser. Il faut dire que l’auteur a su insuffler à son récit cette ambiance complotiste qui pousse certains personnages dans leurs retranchements. Dans cette histoire pleine de rebondissements où les rôles s’inversent vite, difficile en effet d’anticiper les événements ce qu’apprendront à leurs dépens certains protagonistes… À cet égard, j’ai été plus qu’horrifiée par un homme, qui n’en porte que le nom, dont les pensées et les exactions font froid dans le dos d’autant qu’elles sont basées sur une idéologie qui a fait beaucoup de victimes et qui continue à gangréner les esprits.

En conclusion, à la croisée du thriller, du roman d’action et de science-fiction, Les Rats de Hamelin est un roman très cinématographique qui vous offrira un bon divertissement empli de suspense, d’action et de rebondissements. En plus d’une intrigue immersive qui vous tiendra en haleine, les événements s’accélérant à mesure que l’on approche du dénouement, le roman pose les bases d’une réflexion pleine de justesse sur l’homme et sa capacité de destruction…

Retrouvez le roman sur le site d’Évidence éditions.

La nostalgie du sang, Dario Correnti

Je remercie Babelio et les éditions Albin Michel pour m’avoir permis de découvrir les épreuves non-corrigées de La nostalgie du sang de Dario Correnti.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une série de crimes sauvages bouleverse Bottanuco, une petite ville du nord de l’Italie. Des cadavres de femmes mutilées, des signes de cannibalisme, des aiguilles disposées comme dans un rituel magique et une mystérieuse inscription ensanglantée sur le lieu du crime : «ViVe». Alors que la police se perd dans des fausses pistes et que l’insaisissable meurtrier continue de frapper, deux journalistes enquêtent sur l’affaire : Marco Besana, un grand reporter menacé de retraite anticipée, et Ilaria Piatti, une stagiaire méprisée de la rédaction mais incroyablement douée pour traquer les coupables.
C’est Ilaria qui réalise qu’il pourrait s’agir d’un imitateur de Vincenzo Verzeni, le tout premier tueur en série italien à la fin du XIXe siècle. Qu’est-ce qui peut bien relier les victimes à ce tueur mort il y a plus d’un siècle ?
Une enquête à couper le souffle.

Albin Michel (29 mai 2019) – 528 pages –  Broché (22,90€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Samuel Sfez

AVIS

Avec ses chapitres courts et rythmés, et une alternance présent/passé efficace, La nostalgie du sang est un thriller entraînant qui happe l’attention des lecteurs dès les premières pages. À mesure que l’on remonte la piste d’un tueur en série sanguinaire qui a la fâcheuse tendance de massacrer le corps de ses victimes avant de s’adonner au cannibalisme, on retrace l’histoire du premier tueur en série qui a sévi en Italie au XIXe siècle, Vincenzo Verzeni. Deux tueurs, deux époques différentes, mais un même mode opératoire. A-t-on affaire à un simple copycat ou à un individu avec ses propres motivations et/ou névroses ?

Une question, parmi tant d’autres, que ne pourront que se poser les deux journalistes en charge de l’affaire, Marco Besana, spécialiste des affaires criminelles et Ilaria Piatti, une stagiaire à l’avenir incertain, son contrat ayant pris fin sans qu’aucune proposition d’embauche ne lui ait été proposée. Il faut dire qu’en ces temps de restrictions budgétaires, une stagiaire mal fagotée, assez maladroite et dépourvue du fameux papier rose ne suscite guère d’enthousiasme parmi la direction…

Heureusement que la pugnacité d’Ilaria, sa capacité de travail prodigieuse (miracle de la caféine ?), son intelligence et ses talents de déduction n’échapperont pas à Besana qui finira par la prendre sous son aile. Tout au long de leur collaboration, il aura à cœur de lui apprendre les ficelles du métier et surtout, la nécessité de prendre de la distance… Une chose difficile pour la jeune femme qui reste hantée par un événement traumatisant de son passé. Celui-ci explique probablement son appétence, frisant parfois l’obsession, pour les affaires criminelles et son envie presque maladive de rendre justice aux victimes.

Une envie qui va fortement guider sa pratique du journalisme et que seul le côté plus rationnel et froid de Besana viendra contrebalancer. C’est que pour faire face aux scènes de crime, au sang, à toute cette haine, cette violence et cette folie humaine qu’un journaliste d’investigation côtoie dans sa carrière, il faut s’endurcir et bien avoir la tête sur les épaules. Question de survie, ce que va intégrer notre apprentie journaliste qui, petit à petit, va arriver à mettre de côté sa sensibilité à fleur de peau ! La condition sine qua non pour réussir dans ce métier pour lequel elle semble prédestinée…

La dynamique autour du duo Besana/Ilaria est intéressante, leurs différences de vie et de caractère les rendant parfaitement complémentaires. Si on a bien le schéma typique du protagoniste bourru qui a roulé sa bosse et du bleu au passé tourmenté qui fait ses armes, j’ai trouvé que le duo dégageait une certaine fraîcheur, peut-être en raison de la personnalité très fille d’à côté, limite empotée, d’Ilaria. Grande gaffeuse dans l’âme, j’avoue d’ailleurs avoir pas mal ressenti d’empathie pour cette dernière d’autant que son histoire familiale ne peut laisser indifférente. Quant à Besana, on le voit évoluer grâce à cette femme qui lui fournit l’impulsion nécessaire pour remettre de l’ordre dans une vie personnelle partie en déliquescence. 

L’enquête, quant à elle, est dans la lignée des bons thrillers, c’est-à-dire rythmée, efficace et sous tension. Le parallèle entre notre tueur en série et un tueur d’anthologie fait monter la pression et apporte pas mal de suspense. Mais petit à petit, l’auteur brouille les pistes et nous laisse entrevoir une autre réalité, celle d’une personne dérangée qui ne suit aucun agenda si ce n’est le sien. Devant l’accumulation des meurtres et cette impression d’un tueur tellement passe-partout qu’il en devient insaisissable, une certaine parano finit par s’installer… Après tout, le monstre pourrait se cacher en n’importe qui, du gentil beau-frère qui cache un secret, à cet individu que l’on ne remarque que lorsqu’il est trop tard.

L’anxiété monte d’un cran, notamment pour nos deux journalistes qui, en progressant dans leur enquête, flirtent avec le danger. Cette tension croissante mettra le cœur des lecteurs à rude épreuve, mais elle permettra également à un personnage de vraiment se révéler. À cet égard, j’ai apprécié son évolution, mais j’ai quelque peu regretté qu’elle donne lieu à une fin qui aurait mérité d’être un peu plus développée… Cela ne m’a pas empêchée d’apprécier la tournure prise par les événements, l’auteur nous prouvant qu’il n’y a pas besoin de tomber dans le spectaculaire pour marquer les lecteurs et leur offrir une fin solide.

Si l’intrigue est parfaitement calibrée pour offrir un moment de lecture prenant et immersif, peut-être un peu trop au regard de certains détails sur le cannibalisme, elle permet également de faire un rapide état des lieux d’une Italie en pleine mutation, et du métier de journaliste qui a connu, notamment en raison de l’avènement des réseaux sociaux et d’internet, de profonds changements. À côté de cette nostalgie du sang qui réunit nos deux journalistes, il y a donc aussi cette nostalgie d’un certain journalisme d’investigation qui a laissé progressivement sa place à un journalisme de l’instantanéité dans lequel on se doit d’être sur tous les fronts, tout le temps, quitte à faire passer la qualité et l’authenticité de l’information au second plan.

Autre point intéressant de cette enquête dans laquelle notre duo tirera son épingle du jeu par rapport à des forces de police dépassées par la psyché de notre tueur en série, les sauts dans le passé qui permettent de se rendre compte de l’évolution des méthodes d’investigation criminelles qui, au fil du temps, sont devenues de plus en plus scientifiques, précises et fiables.

En conclusion, porté par deux journalistes très différents, mais parfaitement complémentaires et attachants, La nostalgie du sang est un thriller efficace, plein de tension et rythmé qui joue avec habilité sur l’alternance présent/passé, et sur la ressemblance entre deux tueurs en série séparés par les années, mais réunis par une même soif de sang. En plus d’une enquête menée tambour battant qui vous réservera quelques sueurs froides et vous fera tourner les pages avec entrain, l’auteur fait également le pari réussi d’apporter une certaine profondeur à son récit en l’ancrant dans une Italie où modernité et tradition se côtoient, et dans laquelle le métier de journaliste a connu de profondes mutations… pour le meilleur et pour le pire.

Découvrez un extrait du roman sur le site des éditions Albin Michel.

Demain, Guillaume Musso

Je n’ai jamais lu Guillaume Musso, mais le résumé de Demain m’intriguant, je n’ai pas trop hésité avant d’emprunter l’audiobook. Je recherchais un livre facile à suivre pendant mes séances de Diamand Painting, et cette histoire a parfaitement fait le travail.

ALERTE…

Si j’ai apprécié ma lecture, c’est d’abord parce que je m’y suis attelée sans rien en savoir ou presque. Si vous voulez savourer pleinement l’intrigue, je vous conseille donc de faire de même, et de lire cette chronique plus tard.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Elle est son passé…
… il est son avenir.

Emma vit à New York. À trente-deux ans, elle continue à chercher l’homme de sa vie. Matthew habite Boston. Il a perdu sa femme dans un terrible accident et élève seul sa petite fille.
Ils font connaissance grâce à Internet et, désireux de se rencontrer, se donnent bientôt rendez-vous dans un restaurant de Manhattan. Le même jour à la même heure, ils poussent chacun à leur tour la porte de l’établissement, sont conduits à la même table et pourtant… ils ne se croiseront jamais.
Jeu de mensonges ? Fantasme de l’un ? Manipulation de l’autre ?
Victimes d’une réalité qui les dépasse, Matthew et Emma vont rapidement se rendre compte qu’il ne s’agit pas d’un simple rendez-vous manqué…

AVIS

L’auteur joue habilement sur deux tableaux, le fantastique avec un échange par mail entre deux personnages, Emma et Matthew, vivant à un an d’intervalle, et le thriller. Ce dernier point m’a d’ailleurs agréablement surprise ! Je ne m’attendais pas à ce que les événements prennent un tournant aussi sombre et tordu dans la deuxième partie du livre. Alors que l’on suit un homme luttant désespérément pour garder pied après la mort accidentelle de sa femme, on découvre que cette épouse idéalisée n’était pas la personne qu’il croyait connaître et aimer.

Kate, la parfaite chirurgienne, mère et épouse aimante, n’est en fait qu’une image que l’auteur va, petit à petit, mettre en pièces et ceci, de manière assez subtile. Les découvertes sur la défunte se font par petites touches et, mises bout à bout, forment le portrait d’une femme brillante, mais à la personnalité sombre et machiavélique. C’est une personne entière, capable d’un amour total confinant indéniablement à la folie. On en vient donc à trouver ses actes abjects et horribles tout en arrivant à comprendre, sans accepter, les raisons l’ayant conduite à agir de la sorte. L’auteur pose donc la question de savoir jusqu’où on peut aller par amour à travers une histoire qui se révèle plus complexe qu’au premier abord. 

Autre atout du roman, le suspense qui est bien dosé et présent du début à la fin du livre. Plus on avance dans l’intrigue, plus les choses se complexifient et s’intensifient au point de rendre la lecture ou, pour moi, l’écoute prenante. Il est juste dommage que l’auteur finisse par tomber parfois dans l’excès avec des scènes convenues qui vous rappelleront probablement des films américains.

J’ai, dans tous les cas, adoré suivre les échanges entre Emma et Matthew à travers leurs mails même si j’aurais aimé que l’auteur nous donne un peu plus d’explications sur la possibilité pour ces deux personnages de communiquer à travers le temps. Mais passer sous silence les explications techniques et scientifiques permet à l’auteur de se focaliser principalement sur les interactions humaines et sur ce point, c’est plutôt réussi.

Les personnages sont tous très différents les uns des autres et possèdent leurs propres faiblesses, toutes plus ou moins liées à ce besoin d’amour irrépressible. Je n’ai néanmoins réussi à m’attacher qu’à Emma qui se révèle fragile, mais aussi très forte, capable de soulever des montagnes quand cela s’avère nécessaire. Pour autant, ce n’est pas une super héroïne et elle va devoir s’appuyer sur l’aide d’un adolescent, un as de l’informatique. La seule chose qui m’a dérangée avec Emma, c’est sa manière horripilante d’appeler son ami par un surnom ridicule que je trouve, pour un adolescent mal dans sa peau, plutôt malvenue… En lisant le livre, cela m’aurait déplu, mais entendre ce surnom répété à de multiples reprises a fini par sérieusement m’agacer.

Quant à la plume de l’auteur, sans faire d’étincelles, elle est efficace et permet à chacun de se faire une image précise des personnages, de leur personnalité et de leurs espoirs. J’aurais peut-être apprécié qu’il prenne le temps de mieux poser le décor à travers des descriptions un peu plus précises et étoffées, mais c’est une question de goût. Je suis certaine que les personnes aimant les récits allant droit au but apprécieront le fait que l’auteur ne se perde pas en détails inutiles. Le récit est donc rythmé et prenant d’autant que l’alternance des points de vue et la découverte d’informations inattendues donnent envie de connaître le fin mot de l’histoire.

En bref, d’une plume vivante et vive, Guillaume Musso nous propose ici une histoire où l’amour et la folie sont au cœur de tout. Mais ce qui fait le charme du récit, c’est la manière dont il a su mélanger efficacement deux genres, le fantastique (voire la science-fiction) et le thriller, afin d’offrir un récit au suspense prenant et quelque peu addictif.

Et vous, avez-vous lu/écouté ce roman ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Au cœur de la folie, Luca D’Andrea

Couverture Au coeur de la folie

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Au cœur de la folie de Luca D’Andrea.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Italie, hiver 1974. À bord d’une Mercedes crème, Marlene fuit à travers le Sud-Tyrol. Elle laisse derrière elle son mari, Herr Wegener, et emporte les saphirs qui lui avaient été confiés par la puissante mafia locale. Alors que, devenu fou, il retourne la région pour la retrouver, Marlene prend un mauvais virage et perd connaissance dans l’accident. Simon Keller, un Bau’r, un homme des montagnes, la recueille et la soigne. Marlene se remet petit à petit dans un chalet isolé, hors de portée de poursuivants pourtant infatigables, et fait un jour la connaissance de Lissy, le grand amour de Simon Keller.

Entre huis clos des sommets et traque mafieuse en Italie, Au cœur de la folie nous entraîne dans une spirale de frayeur, à la suite de personnages d’une noirceur fascinante.

  • Broché: 448 pages
  • Editeur : Denoël (11 octobre 2018)
  • Collection : Sueurs froides
  • Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza
  • Prix : 21.90€

AVIS

Deuxième roman de la collection Sueurs froides qui me tombe entre les mains et deuxième lecture haletante ! Ne connaissant pas Luca D’Andrea, je ne savais pas à quoi m’attendre, mais je peux d’ores et déjà vous dire que j’ai accroché à sa plume aussi nerveuse qu’immersive. L’auteur joue sur la longueur des phrases, sur celle des chapitres, sur l’intensité du suspense et de l’angoisse… Bref, il joue avec allégresse et talent avec nos nerfs !

On fait ici la connaissance de différents personnages dont Marlene qui, après avoir dérobé de précieux saphirs dans le coffre-fort de Herr Wegener, son richissime, puissant et criminel mari, s’enfuie au volant de sa voiture. Elle avait tout prévu pour commencer une nouvelle vie avec un mystérieux personnage nommé Klaus. Mais un grain de sable vient enrayer la machine, un accident de voiture qui la mettra sur la route et la protection d’un Bau’r, un homme des montagnes, nommé Simon Keller. L’homme attire d’emblée la sympathie notamment par la manière dont il s’occupe de Marlene sans poser de questions, mais avec beaucoup de gentillesse.

En parallèle, on suit Herr Wegener qui, fou de rage, est bien décidé à retrouver l’impudente et à lui faire payer son affront. Il est, bien sûr, blessé par la trahison de sa femme qu’il aimait, mais le vol des saphirs le met également dans une position fort délicate vis-à-vis d’une puissante organisation, le Consortium. Marlene, en volant les pierres précieuses, n’a pas pris toute la mesure de son geste, son vol lançant une machine inébranlable, une arme à visage humain pour lequel la notion d’irrémédiable est non négociable : l’Homme de Confiance. Et ça, Herr Wegener va l’apprendre de la pire des manières…

En plus de son mari et de l’Homme de Confiance qui sont à ses trousses, la fuyarde doit également faire face à un autre danger, celui-ci beaucoup plus sournois dans la mesure où il faudra un certain temps avant qu’il montre son vrai visage. Et c’est cet aspect du récit qui m’a poussée à tourner les pages les unes à la suite des autres. On sent assez vite qu’il y a quelque chose de louche, de malsain, des phrases sibyllines, des comportements teintés d’irrationnel, une obsession étrange… Mais l’auteur fait taire les doutes de Marlene et des lecteurs en montrant également l’autre face du danger, les moments de douceur, la complicité, la gentillesse, une certaine forme de sagesse… Au bout d’un certain temps néanmoins, l’angoisse monte progressivement et inexorablement jusqu’à devenir asphyxiante, à l’image de cette vie en huis clos dans le maso où Marlene a trouvé refuge. Je suis assez frustrée de ne pouvoir développer ce point sans vous gâcher le plaisir de la découverte, mais je peux vous dire que si vous aimez les situations non linéaires et les personnages ambivalents, vous allez vous régaler.

À travers des sauts dans le passé, l’auteur nous permet de mieux appréhender ses différents personnages qui, comme vous le verrez, ont tous eu une enfance assez difficile, soit teintée de pauvreté soit de violence, voire des deux. Même si cela n’excuse pas le comportement de chacun, cela permet toutefois de se rendre compte du poids de l’enfance dans la vie de ces adultes… Malgré la découverte de son passé qui nous éclaire sur ses choix de vie, je n’ai pas ressenti beaucoup d’affection pour Marlene. J’ai, par contre, été très touchée par Simon Keller, un homme qui a connu son lot de souffrances et de solitude. Son amour inconditionnel et intemporel pour sa sœur décédée ne pourra qu’émouvoir avant de finir par inquiéter…

Malgré ses plus de 400 pages, le roman se lit rapidement, l’alternance des points de vue, la présence d’allers-retours dans le passé, et les nombreux dialogues donnant un certain rythme au récit et une certaine puissance à la narration. À cela s’ajoute une écriture nerveuse, tout en relief, qui s’accorde parfaitement au décor dans lequel se déroule l’histoire, le Sud-Tyrol, une partie de l’Italie que je ne connaissais pas vraiment. L’auteur a su utiliser l’aura de mystère et de danger qui se dégage de l’endroit pour stimuler l’imagination des lecteurs. Il n’hésite pas ainsi à parsemer son récit d’allusions à des créatures fantastiques et aux fameux contes des frères Grimm qui, dans leur version première, ne sont pas forcément des plus rassurants… Le tout concourt à maintenir une pression constante sur le lecteur qui veut absolument savoir ce qui va tomber sur la tête de Marlene. On alterne, en effet, entre moments doux et moments plus tendus, mais on garde toujours cette sensation que tout peut s’emballer d’un moment à l’autre, comme si après le calme, ne pouvait s’abattre que la tempête. Et cette sensation diffuse de danger est aussi angoissante qu’addictive !

En conclusion, tempête intérieure et tempête extérieure se mêlent et s’entremêlent pour nous offrir un récit haletant et totalement immersif. À travers une plume nerveuse et redoutable, Luca D’Andrea nous parle du poids de l’enfance, de la vie et de la mort, d’espoir, mais aussi de folie, de cette folie qui semble être au cœur des hommes, des pires comme des meilleurs. Alors si vous avez envie d’une histoire qui vous tiendra en haleine du début à la fin, et qui vous fera naviguer en eaux troubles, vous avez trouvé le livre qu’il vous faut.

Et vous, envie de feuilleter ou d’acheter le roman ?