Throwback Thursday Livresque #178 : couverture colorée

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, je ne pouvais opter que pour l’un de mes derniers coups de cœur : Peindre la pluie en couleurs d‘Aurélie Tramier.

Couverture Peindre la pluie en couleurs

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Ce livre aborde, entre autres, le thème du deuil et de la reconstruction, mais de manière tellement belle et émouvante qu’il en ressort beaucoup de lumière et de chaleur. D’ailleurs, lapsus révélateur, je ne peux m’empêcher d’écrire systématiquement Peindre la vie en couleurs à la place du titre original… Parce que plus que de pluie et de deuil, il s’agit ici d’une véritable ode à la famille, à l’amitié et aux liens forts que l’on peut développer même dans l’adversité.

Pour en apprendre plus sur Peindre la pluie en couleurs, n’hésitez pas à consulter ma chronique dont voici la conclusion :

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur

Et vous, quel titre auriez-vous choisi ?
Connaissez-vous ce roman ?

Peindre la pluie en couleurs, Aurélie Tramier

Morgane est directrice de crèche. Solitaire, fermée, elle ne supporte plus les enfants et rêve d’acheter une pension pour chiens. Tout vole en éclats lorsque sa sœur meurt dans un accident de voiture, lui laissant deux enfants en héritage. Eliott et Léa vont bousculer le quotidien de leur tante et faire ressurgir chez elle de douloureuses blessures profondément enfouie.

Marabout (27 mai 2020) – 336 pages – Broché (19,90€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Quant j’ai reçu la proposition de Babelio pour recevoir ce roman, je n’ai pas hésité très longtemps aimant beaucoup la ligne éditoriale de la collection La Belle Étoile qui m’avait déjà régalée avec Un métro pour Samarra et Je refuse d’y penser. Et je peux vous dire que mon empressement initial a été récompensé au-delà de toutes mes attentes, Peindre la pluie en couleurs ayant été un coup de cœur.

Une voiture, un arbre, des sirènes d’ambulance, il n’en faut pas plus pour faire voler en éclats le bonheur de toute une famille et priver deux enfants de leurs parents. Orphelins à l’âge de 10 et 6 ans, Eliott et sa petite sœur, Léa, seront donc recueillis par Morgane, cette tante un peu froide qui ne semble apprécier que son chien. Les débuts de cette cohabitation forcée sont maladroits et parfois tendus… Être une directrice de crèche consciencieuse et efficace ne fait pas de Morgane la parfaite maman à l’instinct inné pour répondre aux besoins des enfants ni même la personne le plus chaleureuse au monde. Il lui faudra donc apprendre à s’occuper de ces deux enfants, elle qui n’en voulait pas, tout en affrontant une mère bien décidée à récupérer ses petits-enfants quoi qu’il lui en coûte.

Malgré ce sujet du deuil en toile de fond, le roman n’est pas triste et pour moi qui suis très sensible au sujet de la mort que j’ai tendance à éviter, cela fait toute la différence. J’ai adoré la manière dont l’intrigue se focalise autour du travail de reconstruction sans pour autant occulter les moments de doute et le poids de l’absence. Derrière la perte, la vie n’est jamais loin, un joli message porté avec subtilité par ce roman, et de manière bien plus brute de décoffrage par un personnage secondaire que j’ai tout simplement adoré : un croque-mort qui croque la vie à pleines dents !

En dépit de son exubérance avec sa tendance à faire des entrées remarquées à base de chansons de Dalida lancées à tue-tête de son corbillard, cet homme n’est pas dénué d’une certaine sagesse, de celle que l’on apprend à l’école de la vie et qui enseigne l’humilité. Respirant la bonté et la bienveillance, il aidera, souvent sans le vouloir, Morgane à voir la vie sous un autre jour. Quant à Viviane, un membre du personnel de la crèche, elle se révélera un atout précieux pour Morgane qu’elle soutiendra et conseillera sans jamais la juger. Douce, gentille et avec un cœur d’ange, cette femme m’a beaucoup touchée d’autant qu’elle doit elle-même porter son propre fardeau…

Ces aides spontanées et désintéressées contrebalanceront la méchanceté de la mère de Morgane qui s’immisce dès qu’elle le peut dans l’éducation que son aînée donne à ses petits-enfants. Si j’ai détesté ce personnage que j’ai trouvé révoltant, il n’en demeure pas moins intéressant de par son évolution et dans la mesure où il permet de mettre en avant le poids des secrets, des incompréhensions et de ces injustices qui minent des familles.

Petit à petit, on lève donc le voile sur l’histoire familiale compliquée de Morgane marquée par les tensions entre elle et sa mère qui lui a toujours préféré sa sœur, Émilie. L’amour inconditionnel pour Émilie est d’ailleurs le seul point commun qu’elles partagent puisque Morgane a toujours adoré sa petite sœur et veillé farouchement à la défendre quitte à se sacrifier… Car si Morgane semble avoir le cœur desséché, c’est qu’elle porte un lourd secret et une croix dont elle a bien du mal à se départir. Dès le début de l’histoire, l’autrice évoque à demi-mot ce qu’a vécu par Morgane avant de nous dévoiler la vérité… Je vous laisserai le soin de découvrir le secret qui la ronge, mais je peux néanmoins vous dire que j’ai apprécié la manière dont Morgane réalise progressivement que là où elle ressent de la honte, il n’y a pas à en avoir, du moins pas de son côté, et que derrière son acte, se cache bien plus d’amour qu’elle ne pourrait l’imaginer…

D’ailleurs de l’amour et de beaux moments, il n’en manque pas dans ce roman dans lequel nos personnages apprennent à se connaître et à s’apprivoiser mutuellement. Il ne s’agit pas ici de remplacer des parents ou de venir combler un vide mais bien de développer une relation particulière empreinte d’amour, de confiance et de bienveillance. Une chose que Morgane, Eliott et Léa apprennent à faire main dans la main, à leur propre rythme. Tout ne sera pas facile, la perte de leurs parents affectant évidemment Eliott et Léa, mais les deux enfants trouveront leur place aux côtés d’une tante qui n’est finalement peut-être pas aussi froide qu’il n’y paraît. Quant à Morgane, solitaire depuis si longtemps, c’est un peu comme si elle avait tout à (ré)apprendre : à s’ouvrir, à sourire, à rire, à danser, à lâcher prise, mais surtout à se pardonner afin d’apprendre à aimer, la condition sine qua non pour offrir ce foyer chaleureux dont ont tellement besoin son neveu et sa nièce.

L’autrice a opté pour une narration alternée entre Morgane et Eliott. Le procédé, en plus de rendre la lecture dynamique et quelque peu addictive, nous permet de nous sentir au plus proche de l’histoire et des personnages qui se sont révélés, pour la plupart, particulièrement attachants. Bien que ma vie soit différente de la sienne, je me suis parfois reconnue en Morgane avec sa maladresse dans les interactions avec autrui, sa difficulté à exprimer ses émotions, son amour inconditionnel pour son chien et son rêve d’ouvrir une pension pour chiens… Elle m’a donc beaucoup touchée comme l’adorable Léa qui est un petit rayon de soleil capable de chasser en un sourire tous les nuages. Léa possède une intelligence du cœur qui offre une belle bouffée d’oxygène à sa tante et à son frère, mais elle n’en demeure pas moins une petite fille qui a besoin d’être consolée la nuit, seul moment où elle semble laisser s’exprimer son propre chagrin.

Quant à Eliott, il se montre très mature pour son âge bien que la mort de ses parents le pousse à commettre des actes qui ne lui ressemblent pas et qui nécessiteront l’intervention bienveillante d’une professionnelle. Je l’ai trouvé adorable dans son envie de protéger sa sœur et de faire de son mieux pour la rendre heureuse. Cela offre d’ailleurs de très jolis moments de complicité entre les deux enfants. Entrant parfois en conflit avec Morgane et profitant des largesses de sa grand-mère même quand il comprend que ce n’est pas une bonne idée, Eliott n’en demeure pas moins un gentil garçon qui fait de son mieux pour affronter une situation difficile qui a chamboulé toute sa vie et fait voler en éclats ses repères. Il lui faudra donc un peu de temps pour s’ouvrir à sa tante et lui laisser une place dans son cœur…

À l’aide d’une plume simple et d’une grande fluidité, l’autrice sait toucher les lecteurs, énonçant avec une certaine délicatesse des vérités parfois difficiles tout en s’efforçant d’instiller beaucoup de lumière et de chaleur dans les cœurs. Il en résulte une belle lecture pleine d’émotion avec des phrases qui frappent, interpellent et sur lesquelles on prend le temps de réfléchir…

Difficile de résumer en quelques mots ce roman qui a tellement résonné en moi. Est-ce parce que j’ai retrouvé quelques similitudes entre Morgane et moi, que j’ai terminé ce livre pile la veille de mes 35 ans, son âge, ou que l’autrice a su se frayer une place jusque dans mon cœur ? Peu importe finalement puisque le résultat est là, un roman coup de cœur qui m’a fait pleurer, sourire et qui m’a insufflé un élan d’optimisme fou, moi à la pessimiste de nature. Un livre qui évoque la perte, la mort, la résilience, le pardon, la rédemption, la notion de famille, mais surtout la vie et la possibilité pour chacun de renaître de ses cendres. Touchant et émouvant, Peindre la pluie en couleurs est de ces romans que l’on n’oublie pas et que l’on porte haut dans son cœur.

Je remercie Babelio et la collection La Belle Étoile pour m’avoir permis de découvrir Peindre la pluie en couleurs d’Aurélie Tramier en échange de mon avis.

Un crocodile ? Quel crocodile ? de Beatriz Osés

Couverture Un crocodile ? Quel crocodile ?

À la mort de sa mère, Laura est obligée de quitter sa maison pour habiter chez sa tante. Lors d’une promenade, elle découvre, caché dans un étang, un crocodile étrange qu’elle seule semble capable de voir. L’animal la suit partout et prend sa défense en toutes circonstances. Il mord les mollets de la tante Daniela, mange le parapluie d’une voisine acariâtre…
Mais les choses se compliquent lorsque le crocodile invisible dévore le directeur de la nouvelle école de Laura.
Car si personne ne comprend ce qui s’est passé, tout le monde a bien vu le directeur disparaître devant Laura. Comment va-t-elle pouvoir s’expliquer?

Bayard Jeunesse (16 janvier 2019) – 208 pages – 9/12 ans
Papier (9,90€) – Ebook (6,99€) – Traduction : Karine Suhard-Guié

AVIS

Dans cette histoire complètement loufoque, l’autrice nous plonge dans la vie de Laura. La jeune fille n’a pas le temps de faire le deuil de sa mère qu’elle doit quitter le village de son enfance en Toscane pour aller vivre chez sa citadine de tante Daniela. Femme très occupée qui, de surcroît, n’avait jamais ressenti l’envie d’avoir un enfant, Daniela va faire de son mieux pour aider sa nièce, mais la communication est parfois un peu difficile…

La vie de Laura va néanmoins prendre un tournant inattendu quand elle va découvrir, lors d’une promenade dans un parc, un crocodile ! Mais attention, pas n’importe quel crocodile, un crocodile facétieux qu’elle est la seule et unique à voir. S’imposant comme son protecteur, l’animal va l’accompagner partout et veiller sur elle avec beaucoup d’attention et de soin.

Avoir un crocodile comme fidèle animal de compagnie, ça, c’est original ! Mais pas forcément discret quand celui-ci a tendance à avaler les personnes qui contrarient la jeune fille. Et ce n’est pas le directeur de sa nouvelle école qui vous dira le contraire… Une enquête sur cette étrange disparition, qui sera accompagnée d’autres cas, va être alors lancée. Le pauvre inspecteur en charge de l’enquête n’y comprend rien : pas d’indice à se mettre sous les dents, une histoire abracadabrantesque de crocodile invisible, des disparitions soudaines et inexplicables… Le lecteur, s’il s’amuse de la situation, éprouve néanmoins un peu de peine pour cet adulte plongé dans un monde de perplexité.

À mesure que Laura s’attache à son crocodile, elle reprend un certain goût à la vie d’autant que, dans le même temps, elle se lie d’amitié avec un garçon japonais de son âge victime de harcèlement scolaire en raison de sa nationalité. Mais pas d’inquiétude, notre crocodile a bon cœur et n’a pas besoin de savoir parler pour expliquer sa manière de penser aux petits caïds qui se moquent du nouvel ami de Laura. De fil en aiguille, les deux ou plutôt les trois nouveaux amis en viennent à prendre une décision un peu folle : retourner dans la maison familiale de Laura. Commence alors pour eux un voyage mouvementé dans un train dont les membres d’équipage ne ressortiront pas indemnes.

L’histoire, non dénuée d’un certain humour, nous entraîne dans une course folle et décalée à l’aventure, entre rencontre avec un personnage atypique, confrontation avec la bêtise humaine qui n’attend pas les années, voyage mouvementé durant lequel vaillance et débrouillardise seront nécessaires… Il se passe donc toujours quelque chose dans ce petit livre rythmé qui devrait plaire aux jeunes lecteurs et aux adultes appréciant de se perdre dans le joli imaginaire de l’autrice. L’écriture, quant à elle, se révèle simple, percutante et dynamique.

En conclusion, Un Crocodile ? Quel crocodile ? offre une réflexion subtile et bien amenée sur le deuil, la difficulté d’accepter une perte et les différents stades par lesquels on passe face à une tragédie. De la colère à l’acceptation, les sentiments de Laura vont évoluer au gré de l’aventure jusqu’à ce qu’elle accepte de laisser partir son nouvel ami qui, d’une certaine manière, veillera toujours sur elle… Une jolie histoire qui, derrière un enchevêtrement d’actions irréalistes et plutôt amusantes, se révèle bien plus profonde qu’il n’y paraît.

Throwback Thursday Livresque #164 : l’un de vos premiers livres

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Je pense que mes premiers livres lus en totale autonomie étaient des albums du Père Castor que j’adorais. Mais pour ce thème que j’ai librement interprété, j’ai préféré choisir l’un des premiers livres chroniqués sur le blog qui, à la base, était consacré aux cosmétiques maison et aux bougies. Il s’agit de Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig.

1540-1

Cela fait longtemps que Julie ne croit plus aux contes de fées. Caissière dans un supermarché, elle élève seule son petit Lulu, unique rayon de soleil d’une vie difficile. Pourtant, un jour particulièrement sombre, le destin va lui sourire. Ému par leur situation, un homme les invite dans sa maison du bord de mer, en Bretagne. Tant de générosité après des années de galère : Julie reste méfiante, elle n’a pas l’habitude. Mais pour Lulu, pour voir la mer et faire des châteaux de sable, elle pourrait bien saisir cette main qui se tend…  » Un hymne à l’espoir qui sonne juste comme une expérience vécue… Un livre poignant, où le malheur n’a pas le dernier mot.  » Le Figaro Magazine Cet ouvrage a reçu le Prix Maison de la Presse

J’ai vu plusieurs fois sur FB des lecteurs commencer ce roman en pensant se lancer dans une lecture légère et/ou joyeuse. Il me semble donc préférable de souligner que c’est loin d’être le cas. S’il y de beaux moments et une vraie note d’espoir, l’histoire n’en demeure pas moins difficile avec un événement qui ne devrait pas manquer de vous marquer et vous toucher. Au-delà du retournement de situation, je dois confesser avoir eu un avis assez mitigé sur ce roman pourtant encensé…

Pour en apprendre plus, n’hésitez pas à lire ma chronique de Juste avant le bonheur dont voici la conclusion :

En résumé, Juste avant le bonheur d’Agnès Ledig n’a pas été la révélation à laquelle je m’étais attendue. Je n’ai pas eu le coup de cœur que les commentaires élogieux vis-à-vis de ce roman me laissaient espérer. Il s’agit toutefois d’ un livre que je vous invite à lire pour vous forger votre opinion et découvrir la plume sans conteste plaisante de l’auteure.

Et vous, connaissez-vous ce roman ?
Qu’en avez-vous pensé ?

Préférer l’hiver, Aurélie Jeannin

À distance du monde, une fille et sa mère, recluses dans une cabane en forêt, tentent de se relever des drames qui les ont frappées. Aux yeux de ceux qui peuplent la ville voisine, elles sont les perdues du coin. Pourtant, ces deux silencieuses se tiennent debout, explorent leur douleur et luttent, au coeur d’une Nature à la fois nourricière et cruelle et d’un hiver qui est bien plus qu’une
saison : un écrin rugueux où vivre reste, au mépris du superflu, la seule chose qui compte.
Dans un rythme tendu et une langue concise et précise qui rend grâce à la Nature jusqu’à son extrémité la plus sauvage, Aurélie Jeannin, dont c’est le premier roman, signe un texte comme une mélancolie blanche, aussi puissant qu’envoûtant.

HarperCollins (8 janvier 2020) – 240 pages – Broché (17€) – Ebook (10,99€)

AVIS

Préférer l’hiver, c’est l’histoire d’une rencontre avec une mère et sa fille, mais c’est surtout la connexion immédiate et viscérale avec une plume, un style, une puissance et une poésie dans les mots qui vous happe, vous touche, vous broie et vous noie sous un faisceau de sensations. Les mots coulent de source dans une valse lente, rigoureuse et implacable au rythme de l’hiver, du temps qui passe, de la rudesse de la vie avec son lot de souvenirs, certains heureux, d’autres plus tristes et emplis d’une mélancolie de tous les instants.

Comment supporter le deuil d’un enfant ? Comment accepter que dans un instinct contre-nature, la vie vous arrache une part de vous et renverse l’ordre établi… Un enfant enterre ses parents et non l’inverse… Ce deuil des morts, accompagné de celui des vivants, est puissant et douloureux, mais l’autrice l’évoque toujours avec une retenue salvatrice qui permet aux lecteurs de ne pas sombrer dans la tristesse.

Préférer l’hiver, c’est aussi un huis clos entre une mère et sa fille réunies par le destin, à moins que ce ne soit par le chaos inébranlable de la vie. Ces deux femmes partagent cette même douleur et ce même vide intérieur qui les poussent à trouver un peu de paix dans la quiétude d’une vie coupée de tous. La relation entre la mère et la fille est forte et distante à la fois, les silences ayant autant de poids que les mots. Deux vies qui, malgré quelques frictions, se juxtaposent sans jamais entrer en collision !

Si c’est l’autrice qui nous fait entrer dans l’intimité feutrée de ces deux femmes, c’est bien grâce à la fille que nous apprenons à les connaître. À travers son regard non dénué d’un certain recul, la mère nous apparaît comme une femme hors du temps qui vit à son propre rythme, un rythme effréné que seul un esprit aguerri peut suivre. Intelligente, voire brillante, cette femme semble difficile à cerner dans toute sa complexité ! Elle offre néanmoins une sorte de présence dans l’absence venant autant renforcer le sentiment de solitude de sa fille que le combler…

Quant à la narratrice, sans que l’on s’attache vraiment à elle, elle se dévoile à nous sans fard ni faux-semblant. Mêlant bribes de présent et de passé, elle nous narre ainsi son histoire comme elle le ferait dans un journal intime. Au fil des pages, s’égrènent ses pensées, ses réflexions, ses observations, ses manques, ses blessures physiques et morales, et sa vie dans cette forêt, loin de tout, dans laquelle elle prélève ce dont elle a besoin avec parcimonie et une conscience aigüe de ce qui l’entoure.

La nature prend d’ailleurs une certaine place dans cette histoire lui conférant un aspect nature writing qui, contre toute attente, m’a beaucoup plu. Cela tient probablement au style poétique et immersif de l’autrice. J’ai ainsi parfois eu le sentiment d’entrer dans cette cabane au milieu des bois, et de partager les silences et les douleurs de cette mère et de sa fille dont la relation transcende les liens du sang pour atteindre quelque chose de bien plus fort et puissant…

Deux femmes, une forêt, une cabane, la nature, la végétation, la vie animale… Le masculin est presque exclu de cette vie et quand il apparaît, il nous semble plus nuisible que bienfaiteur. Pour autant, le mâle n’est pas rejeté, mais simplement effacé : plus de mari, plus de fils, plus de futur… juste la vie et l’importance du moment présent.

Il ne se passe rien dans ce récit et tellement de choses à la fois pour celui qui sait écouter. Même le silence de la cabane et de la forêt est comblé par tous ces petits bruits qui permettent de se raccrocher à la vie et de s’ancrer dans une terre pas toujours très tendre, mais dépourvue de cette cruauté bien humaine prompte à frapper et à acculer les plus faibles, plus par avidité et méchanceté que par nécessité. Mais faibles, ces femmes ne le sont pas. Elles affrontent ensemble, comme elles le peuvent, les coups durs de la vie, et ont fini par se créer une vie bien à elles, hors des considérations mercantiles de nos sociétés, loin du brouhaha de la ville et de sa vacuité.

Frappée par l’écriture de ce roman et la poésie qui l’entoure, j’aurais envie de le conseiller à tous, mais je pense néanmoins que sa narration particulière et son rythme ne conviendront pas à tous les lecteurs. N’hésitez donc pas à en lire un extrait avant de vous lancer et de partir à la rencontre de ces deux femmes qui devraient s’imprimer durablement dans votre esprit.

En conclusion, Aurélie Jeannin nous propose un magnifique texte aussi fort et fascinant que la nature qui entoure deux femmes blessées, mais non brisées, dont on suit la vie avec une respectueuse attention. Un rythme calme et intense à la fois pour un huis clos mère/fille, une réflexion sur la nature, le temps qui passe, la solitude, la famille, le deuil, la résilience et la nécessité de vivre l’instant présent sans pour autant se couper de son passé, aussi difficile soit-il. N’est-ce d’ailleurs pas la condition sine qua non pour choisir, en pleine conscience, de préférer l’hiver sans se perdre dans ses frimas ?

Magnifique dans sa singularité, voici un premier roman foudroyant et d’une poésie à la portée quasi philosophique !

Merci aux éditions Harper Collins pour cette lecture.

L’image contient peut-être : texte qui dit ’LIRE EN THEME FÉVRIER 2020 UN LIVRE D'UN AUTEUR’

Le noir entre les étoiles, Stefan Merrill Block

Dix ans après une terrible tuerie dans son lycée, Oliver Loving est toujours plongé dans un coma profond. Brisée par le drame, sa famille s’est désunie : son père, Jed, un artiste raté, a trouvé refuge dans l’alcool, et sa mère, Eve, s’obstine à garder espoir, refusant que son fils soit débranché. Quant à Charlie, leur cadet qui se rêve écrivain, il a quitté le Texas pour vivre librement son homosexualité à New York et fuir l’ombre pesante de son grand frère. Mais lorsqu’un nouvel examen révèle chez Oliver les signes d’une activité cérébrale, tous trois se retrouvent à son chevet, dans l’espoir d’avoir enfin une réponse à toutes leurs questions.

Après le succès d’Histoire de l’oubli, Stefan Merrill Block signe un roman bouleversant sur la famille, la fin de vie et la résilience. Alternant subtilement les points de vue, Le noir entre les étoiles interroge de manière intime l’expérience du traumatisme et aborde une question essentielle : qu’est-ce qu’une vie digne d’être vécue ?

Albin Michel (5 février 2020) – 448 pages – Broché (22,90€) – Ebook (15,99€)
Traduction : Marina Boraso

AVIS

Il y a dix ans, Hector Espina ouvre le feu dans le lycée d’une petite ville du Texas faisant plusieurs morts et un blessé grave. Pas vraiment vivant, mais pas tout à fait mort, Olivier Loving est, depuis ce drame, plongé dans le coma. Une vie en suspens, entre l’espoir d’une mère qui refuse de lâcher prise et le dépit du corps médical qui a arrêté de croire à un potentiel miracle, du moins, jusqu’à ce qu’un examen vienne semer le doute…

Derrière ce drame qui relance l’éternel débat américain sur la libre circulation des armes, l’auteur aborde avec beaucoup de sensibilité et de retenue, cette question délicate de la vie et de la fin de vie, de l’acharnement thérapeutique, et de cet amour familial qui, sans le vouloir, dévie et flirte dangereusement avec la maltraitance... Garder espoir malgré les avis médicaux pessimistes et se raccrocher au moindre geste, même automatique, semble terriblement humain, mais quand devient-il nécessaire d’accepter l’inacceptable et de laisser partir un corps qui abrite les derniers fragments et vestiges d’une vie qui n’est plus ?

Il n’y pas de réponse idéale ou toute faite, chaque situation étant différente… Mais plus les pages défilent, plus on en vient à se demander ce qui serait le pire : que le corps d’Olivier ne soit qu’une coquille maintenue artificiellement en vie depuis une décennie ou que l’esprit de l’adolescent ait été présent, même par intermittence, dans cette prison de chair et de sang infranchissable dans laquelle il aurait été emmuré vivant et impuissant… Et si Olivier pouvait faire entendre sa voix, que préférait-il : qu’on le maintienne en vie coûte que coûte ou qu’on le laisse enfin partir ? Une question qui hante le lecteur et qui, petit à petit, vient faire son chemin dans le cœur de sa famille…

L’auteur n’émet jamais de jugement de valeur sur tel et tel comportement, mais fait défiler sous nos yeux le passé et le présent d’une famille touchée par un drame dont il est bien difficile de se relever. Il alterne ainsi les points de vue et les époques nous permettant de prendre toute la mesure des douleurs, des désillusions, des espoirs, des secrets, des peines, des doutes, des forces et des faiblesses de personnes ni pires ni meilleures que les autres… La famille Loving n’était pas une famille foncièrement heureuse, mais elle n’était pas non plus malheureuse. Juste une famille américaine moyenne vivant dans une ville entachée par un racisme latent et toléré…

La tuerie du 15 novembre, en plus d’avoir endeuillé des familles, a marqué la mort d’une ville entière devenue ville fantôme. Certaines personnes ont ainsi instrumentalisé ce lugubre événement pour distiller haine, peur et rancœur envers les non-blancs qui ont fini par quitter cette terre inhospitalière… L’origine du tueur a donc servi de détonateur à une situation déjà explosive et marquée par de fortes tensions entre la communauté blanche et la communauté hispanique. Mais n’est-ce pas trop facile et réducteur d’imputer un acte aussi barbare que l’assassinat prémédité de personnes sans défense à l’origine ethnique d’une personne ? Quelle est la vraie raison de ces meurtres ? Y en a-t-il vraiment une ? Le drame aurait-il pu être évité ? Quelques questions, parmi d’autres, qui vous feront tourner les pages rapidement d’autant que l’auteur distille au compte-gouttes les informations permettant de recoller les morceaux du puzzle.

En parallèle, grâce à des retours dans le passé, on apprend à mieux connaître Olivier, un bon fils proche de sa mère, un adolescent timide, sensible, réservé, poète et quelque peu rêveur. Lors des passages qui lui sont consacrés, l’auteur s’adresse à lui avec un « tu » qui donne corps à cet adolescent, jamais devenu homme, qui nous semble déjà loin… Se dévoile aussi sa famille, une famille qui s’est délitée sous le poids de la douleur : un père dont le coma de son aîné a aggravé l’alcoolisme, une mère dévouée mais centrée sur le fils qui lui échappe sans considérer celui qui lui reste, et un frère, Charlie, dont la tentative d’émancipation à New York ne semble pas lui avoir apporté la paix à laquelle il aspirait. Mais comment prendre de la distance avec l’histoire familiale quand sa seule ambition dans la vie est de la retranscrire dans un roman ?

Le dialogue entre les différents membres de cette famille n’est pas toujours aisé, mais l’on comprend que chacun d’entre eux a sa propre manière d’affronter la situation. Entre dévotion quasi obsessionnelle et comportements compulsifs, fuite ou apparente indifférence, les réactions sont variées et parfois déroutantes pour le témoin extérieur… Si j’ai ressenti un profond sentiment d’empathie pour cette famille,  je ne me suis pas sentie reliée à elle, peut-être parce que l’auteur garde une certaine distance avec ses personnages. Cela se traduit par une narration puissante, poétique, imagée, mais qui ne verse jamais dans le pathos ni dans le sentimentalisme. Cette distanciation volontaire m’a semblé nécessaire pour supporter une histoire qui peut se révéler intense et difficile même si la lumière n’est jamais loin de l’obscurité.

En conclusion, en alternant les points de vue et en faisant des allers-retours réguliers entre présent et passé, Stefan Merrill Block nous offre un texte d’une profonde humanité mettant en parallèle les espoirs et les désillusions d’une famille dispersée par le drame et la dislocation d’une ville gangrénée par la haine et la méfiance. La résilience, le questionnement autour de la notion de vie et de fin de vie, les relations familiales, le racisme… sont au cœur d’une histoire émouvante et puissante qui devrait vous faire réfléchir et vous toucher au plus profond de vous-mêmes. Intense, poétique et brutal à la fois, voici un roman que je ne suis pas prête d’oublier !

Picabo River Book Club

Merci aux éditions Albin Michel et à Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du groupe FB Picabo River Book club.

 

Croquettes & cie, Marie Colot – Florence Weiser

Appréciant la plume de Marie Colot découverte dans Je ne sais pas et Deux secondes en moins, je n’ai pas hésité à emprunter Croquettes et Cie dont le résumé me faisait très envie.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Quand Savanna arrive à l’école toute triste parce que son chien, Bestiole, est gravement malade, Mademoiselle Coline a une nouvelle fois une idée farfelue. L’institutrice propose d’installer le panier de Bestiole au pied du tableau noir et de lui offrir une convalescence digne de ce nom…

Alice (14 septembre 2017) – 9/12 années – 80 pages – Broché (11,50€)

AVIS

Savanna est triste. Et pour cause, son adorable teckel est malade, très malade au point de devoir envisager d’abréger sa vie pour lui éviter de souffrir. Mais avant le rendez-vous tant redouté chez le vétérinaire, son amoureux Elvis, ses petits camarades et leur super institutrice, Mademoiselle Coline, vont faire de leur mieux pour offrir à Bestiole les plus beaux derniers jours qu’un compagnon à quatre pattes puisse espérer.

Avec la complicité de l’enseignante, les enfants vont ainsi veiller sur lui : un joli panier au pied du tableau noir dans lequel se reposer, des séances de jeu en prenant garde de ne pas trop le fatiguer, d’autres animaux de compagnie avec lesquels jouer, des tonnes et des tonnes de câlins, de caresses, de bisous et d’attention… En d’autres termes, le bonheur !

20191029_112523-1.jpg

Ayant dû il y a quelques mois accepter de me séparer de mon fidèle Gribouille atteint également d’une tumeur, j’ai ressenti énormément d’émotions à la lecture de cette histoire. J’ai bien sûr partagé la tristesse de Savanna à l’idée de se séparer de ce compagnon qui lui a tant apporté, mais j’ai également été transportée par tout cet amour, cette joie, cette tendresse, ces beaux instants de jeu et de vie…

Les enfants n’oublient pas que Bestiole ne sera bientôt plus avec eux, mais ils choisissent de se concentrer sur le beau et le positif plutôt que sur la douleur. Cet élan de solidarité et d’amour rend la lecture très émouvante d’autant que l’autrice ne tombe jamais dans le pathos ! Il faut dire qu’elle a su insuffler une bonne dose d’humour à son récit. Cela passe autant par la maîtresse bienveillante aux expressions hilarantes et aux méthodes éducatives qui feraient rêver n’importe quel enfant que la spontanéité et la fraîcheur des échanges entre les enfants…

Du choix des couleurs à la rondeur des traits, Florence Weiser, à travers ses illustrations tout en douceur, souligne et renforce la tendresse et la sensibilité qui se dégagent de l’histoire. À cet égard, j’ai adoré une illustration en pleine page de Bestiole dont on perçoit toute la sérénité et le bien-être… Une image qui représente finalement à merveille l’essence de ce drôle et touchant roman.

20191029_112609-1.jpg

Voici donc un ouvrage jeunesse que je recommande à toutes les personnes qui ont eu la chance de côtoyer un animal et la peine de devoir lui dire au revoir. Quant aux enfants, ils pourront juste voir dans ce récit une très belle histoire d’amitié ou ils pourront y puiser la force de surmonter leur chagrin, car si Marie Colot aborde le thème difficile du deuil animal, elle le fait avec humour, justesse et sensibilité.

Midnight Sun, Trish Cook

MIDNIGHT SUN édition avec affiche du film en couverture (Bloom) par [Cook, Trish, Demoulin, Axelle, Ancion, Nicolas]

J’avais acheté ce roman sur un coup de tête et ai profité d’un challenge pour le faire sortir de ma PAL.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Je fais un rêve récurrent. Je suis à la plage et le soleil chauffe ma peau. Mais ce n’est que ça : un rêve. Je ne peux pas m’exposer au soleil. Le moindre rayon pourrait m’être fatal. Alors je suis obligée de passer mes journées enfermée chez moi. En dehors de ça, je suis une fille normale. Je joue de la guitare, j’aimerais devenir astrophysicienne et… j’ai un énorme crush pour Charlie Reed. Il passe devant ma fenêtre tous les jours depuis des années. La seule ombre au tableau, c’est qu’il ne sait même pas que j’existe. Jusqu’au jour où je le rencontre pour de vrai. Mon histoire d’amour ne durera peut-être pas longtemps, mais elle n’en sera pas moins extraordinaire.

Hachette Romans (21 mars 2018) – 252 pages – Broché (15,90€)

AVIS

Midnight Sun est un roman qui me sort quelque peu de mes habitudes de lecture puisqu’il mêle deux thèmes que je ne lis guère, la romance et la maladie. Néanmoins, à ma grande surprise, je l’ai lu d’une traite complètement happée par l’histoire de Katie.

Incapable de s’exposer aux rayons du soleil sous peine de dommages fatales, cette jeune fille est atteinte de la maladie des enfants de la lune. Malgré cette situation difficile, elle garde un optimisme à toute épreuve et ne tombe jamais dans l’apitoiement. Entre sa passion pour la musique, les activités avec son père, dont elle est très proche, ses cours en ligne et les visites de sa meilleure amie, elle a de quoi occuper ses journées, ou plutôt ses nuits, puisque son rythme de vie est plus proche de celui du vampire que de l’adolescent lambda.

Et puis il y a Charlie Reed ! Un garçon qui ne connaît pas son existence, mais qu’elle aime depuis de nombreuses années, et qu’elle observe chaque jour depuis la fenêtre de sa chambre. Quand les séances d’observation feront place à une réelle rencontre, Katie va paniquer avant de se laisser porter par les événements, et nouer une relation avec son prince charmant. Mais quel avenir espérer quand vous avez une épée de Damoclès au-dessus de votre tête ?

Une question que l’on ne peut que se poser, mais qui ne nous empêche pas de suivre avec beaucoup de tendresse l’évolution de la relation entre Katie et Charlie. Touchants, chacun à leur manière, ils tracent leur route main dans la main, Katie entrevoyant grâce à son petit ami cette liberté qui lui faisait tant défaut, et Charlie renouant avec une passion qu’un bête accident lui avait fait perdre de vue. Toutes les bonnes choses ont malheureusement une fin et un moment d’inattention remet en cause un bonheur tout juste effleuré….

Si la dernière partie du roman possède une certaine gravité qui m’a d’ailleurs fait verser quelques larmes, j’ai trouvé que l’autrice arrivait à se focaliser sur la vie plutôt que sur la maladie et la mort. Et cet exploit provient avant tout de la personnalité avenante et de la force de caractère de Katie qui accepte la situation avec une certaine sagesse et beaucoup de courage. Elle espère le meilleur pour ceux qu’elle risque, tôt ou tard, de quitter, que ce soit pour son père qui a tout abandonné pour elle, sa meilleure amie ou Charlie qui a su lui apporter des moments de tendresse et d’amour infinis. C’est donc, comme son père, avec un certain désespoir, mais aussi beaucoup d’émotions qu’on laisse la jeune fille prendre son envol et faire de ses derniers instants les meilleurs de sa vie.

Malgré le thème de la maladie en filigrane, le roman se lit tout seul même pour les personnes qui, comme moi, tendent à éviter le sujet : la plume de l’autrice est fluide, les dialogues non dénués d’humour, la dynamique entre Katie et les trois personnes de sa vie intéressante, il n’y a aucun pathos mais beaucoup d’émotions, les personnages se révèlent attachants… À cet égard, si seule la personnalité de Katie est réellement développée, je n’ai pas pu m’empêcher de ressentir beaucoup d’affection pour son père qui, bien que très protecteur, se révèle très touchant. Ayant déjà perdu sa femme, il a formé une bulle protectrice autour de sa fille, mais il finira pas accepter qu’une prison, même dorée, reste une prison. Quant à Charlie, j’aurais aimé en apprendre plus sur lui, mais je l’ai trouvé parfait même quand la vérité que Katie lui a cachée finira pas lui exploser en plein visage. Je ne sais pas comment j’aurais réagi à sa place, mais il affronte la situation avec beaucoup de courage et de dignité.

À noter que l’autrice a pris quelques libertés avec la maladie de Katie comme elle l’explique elle-même. Cela ne m’a pas dérangée outre mesure puisque nous sommes avant tout dans une œuvre de fiction, mais les personnes connaissant bien la maladie des enfants de la lune pourraient en être déstabilisées.

En conclusion, belle et touchante, voici une romance que je ne peux que vous conseiller si vous appréciez les personnages attendrissants qui, face aux caprices de la vie et à l’adversité, avancent main dans la main pour se créer des moments forts qui n’appartiennent qu’à eux. Malgré la maladie et cette question de la perte de l’autre, il ressort ainsi beaucoup de positivité et d’optimisme de ce roman qui vous donnera, une fois la dernière page tournée, envie de profiter de chaque instant comme si c’était le dernier.

Découvrez un extrait sur le site des éditions Hachette.

Throwback Thursday Livresque #133 : Deuil

J’ai décidé de participer à un nouveau rendez-vous autour du livre : le Throwback Thursday Livresque. Imaginé par Bettie Rose Books, le principe est de partager chaque semaine sa lecture autour d’un thème mensuel qui sera décliné chaque semaine. Depuis peu, les liens de participation sont à déposer sur My-books.


Pour ce thème, j’ai eu envie de vous parler d’une lecture assez récente : Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites de Kristan Higgins :

La personnalité n’est pas une question de poids.

Avant de mourir, la jeune Emerson, obèse morbide gravement malade, remet une enveloppe à ses deux meilleures amies Marley et Georgia, 34 ans, et leur fait promettre de suivre ses instructions. Elles découvrent qu’il s’agit de «  La liste de choses à faire quand elles seraient minces  », rédigée à 18 ans au camp d’amaigrissement où elles avaient formé leur trio.
Décidées à relever le défi lancé par leur défunte amie, les deux jeunes femmes vont devoir apprendre à surmonter leurs peurs et leurs complexes. Marley parviendra-t-elle à se délester de la culpabilité qui la ronge depuis la mort de sa sœur jumelle  ? Georgia saura-t-elle trouver les ressources pour s’opposer à sa famille qui ne cesse de la rabaisser  ? Munies de leur to-do list, elles sont prêtes à tout  oser  !

Pourquoi ce choix ?

Le deuil est le point de démarrage de cette histoire qui va conduire deux jeunes femmes à apprendre à s’aimer et à se réapproprier leur vie malgré leurs complexes. L’autrice arrive à nous faire passer un bon moment de lecture malgré la présence en filigrane d’Emerson, une jeune femme récemment victime de son poids, que ce soit celui affiché sur la balance ou celui que la société fait peser sur les personnes n’entrant pas dans les cases…

La mort d’Emerson, un événement triste, est ici traitée avec une certaine sensibilité et sans pathos, l’autrice nous offrant avant tout un récit sur la tolérance, l’acceptation de soi et l’importance de faire ce dont on a envie, la vie étant trop courte pour se perdre dans le jugement des autres.

Une lecture pleine de positivité que je ne peux que vous recommander ! Pour en apprendre plus, n’hésitez pas à lire ma chronique dont voici ma conclusion :

Si vous avez envie d’une comédie romantique portée par des protagonistes terriblement attachants qui, tout en parlant de sujets importants, arrive à porter un message de tolérance et à vous offrir un moment de lecture léger et agréable, ce roman est fait pour vous. Au programme, rires, amitié, amour, seconde chance et acceptation de soi !

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?
Quel titre auriez-vous choisi ?

Double 6, Emmanuel Trédez

Je remercie NetGalley et les éditions Didier jeunesse pour cette lecture.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Hadrien est porté disparu. On le soupçonne d’avoir fugué. Deux policiers font irruption dans sa classe et mènent une série d’interrogatoires auprès des collégiens.
Car Hadrien est un véritable mystère. Personne ne connaît le secret de ce garçon aux multiples facettes… Tantôt effacé, tantôt bagarreur, excellent élève le lundi et mauvais le mardi, il semble avoir réussi à se mettre tout le monde à dos. Sa petite amie elle-même ne comprend rien à ce garçon qui lui envoyait des poèmes avant de la repousser brutalement… Est-il vraiment celui qu’il prétend être ? Sa disparition pourrait bien bouleverser toutes les certitudes de ses proches ! Fugue, enquête, double jeu…

Didier Jeunesse (9 mai 2019) – 9/12 ans – 160 pages – Broché (12€) – Ebook (9,99€)

AVIS

Double 6, double je… Un adolescent, deux personnalités !

Quand deux agents de police accompagnés de la grand-mère d’Hadrien débarquent dans la classe du collégien, ses camarades apprennent sa disparition. Fugue ou événement plus grave ?

Il faut faire vite afin de retrouver le jeune homme, sain et sauf de préférence. Les policiers entreprennent donc une série d’interrogatoires et recueillent les confidences des élèves les plus susceptibles de leur donner des informations sur le disparu : son meilleur ami, un camarade de foot, sa petite amie, et même son « ennemi » avec lequel il a eu récemment maille à partir.

De ces interrogatoires menés avec beaucoup de délicatesse, se dresse le portrait d’un adolescent énigmatique et tout en contradictions. Charmeur un jour, distant le lendemain, très doux tout en étant capable d’une grande violence, plein d’assurance quand il s’agit de faire rire ses camarades, mais victime d’une attendrissante timidité lors de ses interventions en classe… Difficile de savoir que penser de cet adolescent, sorte de version collégienne de Dr. Jekyll and Mr. Hyde.

Ce double jeu pimente la lecture puisque l’on ne peut s’empêcher de former un certain nombre d’hypothèses pouvant expliquer une telle inconstance et un comportement aussi déroutant. Un suspense renforcé par les interrogatoires qui nous donnent l’impression d’assister à une vraie enquête policière. Puis la vérité se lève sur Hadrien, un adolescent aux multiples facettes qui se dévoile à nous dans toute sa sensibilité.

Et de la sensibilité, il y en a dans ce joli roman qui est pour l’auteur l’occasion d’aborder différents sujets comme la famille, le deuil et la manière dont chacun y fait face, les premiers sentiments amoureux et cette question obsédante du premier baiser qui a hanté et hantera encore de nombreuses personnes, la confiance en soi, la pression parentale qui place la réussite scolaire au centre de tout quitte à faire peser un poids bien trop lourd sur les épaules d’adolescents en construction, les mensonges et leurs conséquences…

Des sujets qui parleront aux jeunes lecteurs qui, je n’en doute pas, arriveront sans peine à s’immerger pleinement dans le récit et à s’identifier aux différents personnages et aux problématiques qu’ils rencontrent. Pour ma part, même en tant qu’adulte, j’ai pris plaisir à suivre le mystère qui entoure Hadrien d’autant que la plume de l’auteur m’a séduite. Simple afin de rester accessible au public visé, les 9/12 ans, elle n’en demeure pas moins agréable et rythmée.

Cerise sur le gâteau, le roman est entrecoupé d’haïkus, ces poèmes japonais à la structure si reconnaissable qui, derrière leur brièveté, cachent une grande intensité. Poète dans l’âme, Hadrien se révélera plutôt doué dans ce domaine, un talent dont il fera profiter sa bien-aimée. Ce trait de sa personnalité ne pourra que séduire les amoureux des mots, ses compositions ne manquant ni de justesse ni d’humour.

En conclusion, grâce à un personnage intrigant à la personnalité complexe, l’auteur plonge ses lecteurs, petits et grands, dans une histoire prenante qui alterne habilement entre mystère et réflexions pertinentes autour de l’adolescence…

Lire un extrait du roman sur le site des Éditions Didier Jeunesse.