Le fleuve des rois, Taylor Brown

Couverture Le fleuve des rois

Un an après le décès de leur père, Lawton et Hunter entreprennent de descendre l’Altamaha River en kayak pour disperser ses cendres dans l’océan. C’est sur ce fleuve de Géorgie, et dans des circonstances troublantes, que cet homme ténébreux et secret a perdu la vie, et son aîné compte bien éclaircir les causes de sa mort.
Il faut dire que l’Altamaha River n’est pas un cours d’eau comme les autres : nombreuses sont ses légendes. On raconte notamment que c’est sur ses berges qu’aurait été établi l’un des premiers forts européens du continent au XVIe siècle, et qu’une créature mystérieuse vivrait tapie au fond de son lit.
Remontant le cours du temps et du fleuve, l’auteur retrace le périple des deux frères et le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe du roi de France Charles IX, qui prit part à l’expédition de 1564 au cœur de cette région mythique du Nouveau Monde.

Albin Michel (12 mai 2021) -464 pages – 22,90€
Traduction : Laurent Boscq

AVIS

Le roman s’intitule Le fleuve des rois, mais j’aurais presque eu envie de le renommer Le roi des fleuves. Il se dégage, en effet, une certaine majesté de l’Altamaha River, un fleuve de Géorgie que, pour ma part, je ne connaissais pas, mais dont j’ai découvert l’emprise qu’il a pu avoir et qu’il continue d’exercer sur les hommes. Est-ce habité par son esprit que l’auteur s’est lancé dans cette épopée ambitieuse ? Peut-être, l’important étant que les lecteurs se retrouvent très vite subjugués par ce fleuve, personnage à part entière du roman.

Un personnage auréolé de mystères et de légendes, empli de créatures dangereuses, un personnage inspirant et exigeant qui saura se montrer dur et implacable, tout en se retrouvant, paradoxalement, à la merci des hommes. Des hommes pas forcément respectueux de tout ce que cours d’eau spécial à leur offrir… D’une plume acérée, brutale parfois, mais d’une précision quasi chirurgicale, l’auteur nous permet d’appréhender les contours, les dangers et les richesses d’un cours d’eau qui a été le témoin silencieux de drames humains, comme celui vécu par des colons français du XVIe siècle. 

On découvre ainsi plus particulièrement le destin de Jacques Le Moyne de Morgues, dessinateur et cartographe au service de Charles IX, qui va prendre par à l’expédition de 1564 en direction du Nouveau Monde et de la Nouvelle France. Une terre d’espérance dont il est chargé de dessiner la flore, la faune, de cartographier les cours, les rivières et de restituer, à travers ses dessins, l’expérience vécue par lui et ses camarades… Mais les choses ne vont pas se dérouler comme prévu !

Entre des erreurs stratégiques ayant entraîné la méfiance, puis la défiance des autochtones pourtant accueillants de prime abord, une faune locale difficile à dompter, une mutinerie, une faim tenace et entêtante, l’arrivée d’autres conquérants… Le Moyne va devoir sortir de son rôle d’observateur et d’artiste non pas pour conquérir, mais simplement pour survivre. Il pourra heureusement compter sur une certaine capacité d’adaptation, une bonne intelligence des situations, et des appuis parmi les autres colons, ce qui ne l’empêchera pas de vivre, comme les autres, des moments extrêmement durs.

À ma grande surprise, c’est probablement le destin de cette colonie qui m’a le plus captivée ! Mélange de rêve et d’espoir, et de bêtises humaines, motivées comme toujours par l’appât du gain, cette aventure tourne progressivement au cauchemar, enseignant à des conquérants sûrs de leurs bons droits une dure et implacable leçon d’humilité. Dans une ambiance différente, bien qu’également assez sombre, nous suivons, dans le présent, deux frères réunis pour disperser les cendres de leur père, Hiram, et découvrons, en parallèle, des bribes du passé de cet homme taciturne, violent et renfermé.

Alors qu’il a eu à subir ses coups et sa rage, Lawton, l’aîné des deux frères, semble étrangement conserver une sorte de respect irrationnel pour ce géniteur mort, il y a un an, dans des circonstances étranges. D’ailleurs, l’expédition en kayak sur le fleuve afin de disperser les cendres de leur père dans l’océan, se transforme, du moins pour Lawton, en une quête de vérité, destinée à faire toute la lumière sur ce décès soudain. Mais si finalement, toutes les vérités n’étaient pas à bonnes à découvrir, et qu’à trop remuer la vase, les quelques lambeaux de bons souvenirs risquent de se désagréger ?

Alternant entre le passé du père et le présent des deux fils, l’auteur nous dépeint des relations familiales complexes, entre un père incapable de se détacher d’une vie qu’il rêve, mais que le fleuve ne semble pas prêt à lui donner, et deux fils avec lesquels il n’a jamais réussi à communiquer, du moins autrement que par fleuve interposé et par coups. Hiram, homme peu sympathique, arrive toutefois à susciter une certaine compassion, non par pour l’homme qu’il est devenu, mais pour l’être blessé qu’il a été. De fil en aiguille, on découvre ainsi chez lui une certaine fragilité tenue à distance par les excès de violence et le refus de se laisser bercer par les sentiments. Seul une femme, qui ne sera jamais la sienne, et l’Altamaha River semblent arriver à le renvoyer à sa propre humanité.

La relation entre Lawton et son cadet Hunter, quant à elle, oscille au rythme de leur avancée entre provocations, moments de complicité fraternelle, silence, non-dits et questionnements… Bien qu’unis par une même enfance compliquée auprès d’un père qui n’en a jamais vraiment été un, il semble y avoir une certaine distance entre eux, distance renforcée par le fantôme de leur père, par des personnalités diamétralement opposées et des vies très différentes. L’un est ainsi devenu soldat d’élite, et a fait de l’horreur son quotidien, quand l’autre est un étudiant qui se pose encore des questions sur son avenir et devenir. Cette expédition en kayak sera pour les deux, l’occasion, peut-être la dernière, de mettre les choses à plat ou, du moins, d’avancer et de tourner une page. 

En résumé, mêlant plongée dans les terres du Nouveau Monde, d’autant plus fascinante que basée sur des faits historiques réels, et exploration de l’âme humaine et de ses égarements, Le fleuve des rois nous propose une épopée historique, familiale et humaine ambitieuse, fascinante, poignante et exigeante. Une épopée, alternant entre présent et passé, dont le véritable héros est un personnage silencieux, mais bruyant à la fois, un personnage sur lequel on peut naviguer, mais dont on ne connaîtra jamais tous les secrets, et qui se trouve ici sublimé par la plume de Taylor Brown. Un auteur au pouvoir d’évocation immense qui arrive à faire renaître de ses cendres le passé et qui, avec brio, lie inextricablement nature et trajectoires humaines.

Je remercie les éditions Albin Michel et Léa pour cette lecture réalisée dans le cadre du Picabo River Book Club.

Premières lignes #93 : Porc braisé, An Yu (rentrée littéraire 2020)

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Le principe de ce rendez-vous initié par Ma lecturothèque est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre.


Cela fait des mois que je ne vous ai pas proposé d’article Premières lignes ! Une grossière erreur que j’ai décidé de réparer aujourd’hui avec les premières lignes d’un roman de la rentrée littéraire dont j’adore la couverture et dont le résumé m’interpelle : Porc braisé d’An Yu.

Porc Braisé par [An Yu]

Un matin d’automne, Jia Jia pousse la porte de la salle de bains de son opulent appartement de Pékin et découvre son mari sans vie dans la baignoire. Il a laissé pour elle, sur le lavabo, le dessin énigmatique d’un homme poisson. Cette étrange figure aquatique ne cessera dès lors de la hanter. Perdue et sous le choc, Jia Jia déambule dans la ville, boit plus que de raison, et noue peu à peu une relation avec un barman, Leo, susceptible de lui donner l’amour qu’elle croyait impossible. Libérée d’un mariage asphyxiant, Jia Jia se redécouvre, renoue avec sa passion pour la peinture et affronte son passé et toutes ces choses que ceux qu’elle aime ont trop longtemps tues. Une odyssée intérieure qui la mènera jusqu’aux plateaux du Tibet et cet autre monde auquel elle aspire et qui la terrifie.

PREMIÈRES LIGNES

Le foulard orange de Jia Jia glissa sur son épaule et tomba dans la baignoire. En sombrant, il prit une nuance plus foncée, et vint se poser sur la tête de Chen Hang, tel un poisson rouge. Quelques minutes plus tôt, elle avait fait irruption dans la salle de bains, un foulard différent sur chaque épaule, pour savoir lequel son mari préférait, mais elle l’avait trouvé écroulé dans la baignoire à demi remplie, la tête en avant, le postérieur sortant de l’eau.
« Oh, c’est charmant ! Tu essaies de te laver les cheveux ?  » avait-elle lancé.
Pourtant ce n’était pas son genre de faire pareille blague. Était-il possible qu’un homme adulte se noie dans sa baignoire ? Elle avait alors pris son pouls et passé la main sous son nez pour vérifier qu’il respirait. Puis elle l’avait interpellé, était entrée dans l’eau, l’avait saisi par le torse afin de le relever pour qu’il soit au moins dans le bon sens. Impossible de le faire bouger, il était aussi rigide qu’un robot cassé.

Et vous, ce roman vous tente-t-il ?

Top Ten Tuesday #181 : 10 livres d’auteurs étrangers à découvrir

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français sur le blog Frogzine. »


Comme toujours, avec ce genre de thème, Livraddict a été mon plus grand soutien puisqu’il m’a suffi de piocher dans la carte des auteurs lus mise à disposition sur le site. L’un des petits plus qui fait de Livraddict mon site préféré en matière de gestion de livres.

Pour le moment, j’ai lu des auteurs de 43 nationalités différentes, ce qui est déjà pas mal, mais qui pourrait être mieux… Voici donc 10 livres d’auteurs étrangers à découvrir.

ALLEMAGNE

Le ciel de Darjeeling nous offre un beau voyage en Inde dans une plantation de thé… Au programme, un beau moment d’évasion et beaucoup d’émotions !

Couverture Le ciel de Darjeeling

Cornouailles, 1876. Après la mort de son père, Helena, 16 ans, se retrouve dans la misère. Un jour, un inconnu lui fait une offre. Aussi riche que séduisant, Ian Neville lui propose de l’épouser et d’assurer l’éducation de son jeune frère. Mais il y met une condition : qu’elle accepte de le suivre en Inde, où il gère une vaste plantation de thé au pied de l’Himalaya.
En se donnant à son mystérieux bienfaiteur, la jeune femme a conscience de faire un saut dans l’inconnu. Mais l’espoir de ne manquer de rien, le cadre de vie somptueux de Darjeeling et le charme de son époux ont raison de ses réticences.
Jusqu’au jour où, Ian étant en voyage, Helena reçoit la visite d’un homme qu’elle avait rencontré lors d’un bal en Angleterre. Leurs retrouvailles éveillent en elle des questions sur le passé de Ian, dont celui-ci n’a jamais rien voulu lui dire. Pourquoi ignore-t-elle tout de son ascendance ? Cessera-t-il un jour d’être un étranger à ses yeux ?
Un voyage initiatique et sensuel aux confins de l’Inde millénaire


AUSTRALIE

Une vie entre deux océans m’avait laissé un avis mitigé en raison d’un personnage dont je n’ai pas supporté l’égoïsme. Mais je garde en tête un décor atypique, un phare !

Couverture Une vie entre deux océans

Après avoir connu les horreurs de la Grande Guerre, Tom Sherbourne revient en Australie. Aspirant à la tranquillité, il accepte un poste de gardien de phare sur l’île de Janus, un bout de terre sauvage et reculé. Là, il coule des jours heureux avec sa femme, Isabel. Un bonheur peu à peu contrarié par leurs échecs répétés pour avoir un enfant. Jusqu’au jour où un canot vient s’échouer sur le rivage. À son bord, le cadavre d’un homme, ainsi qu’un bébé, sain et sauf. Pour connaître enfin la joie d’être parents, Isabel demande à Tom d’ignorer les règles, de ne pas signaler « l’incident ». Une décision aux conséquences dévastatrices…

BELGIQUE

Si j’avais trouvé l’écriture de l’autrice puissamment évocatrice, j’ai regretté une tendance à tomber dans la surenchère. La Vraie Vie n’en demeure pas moins une lecture qui m’a fortement marquée.

Couverture La vraie vie

Un huis-clos familial noir. Un roman initiatique drôle et acide. 
Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. Une découverte.

Le Démo est un lotissement comme les autres. Ou presque. Les pavillons s’alignent comme des pierres tombales. Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère, est transparente, amibe, craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glace. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.

CHILI

Une écriture qui frappe, des critiques formulées avec brio et une atmosphère qui immerge… Le vieux qui lisait des romans d’amour est un roman puissant que je ne peux que vous recommander.

Couverture Le vieux qui lisait des romans d'amour

Lorsque les habitants d’El Idilio découvrent dans une pirogue le cadavre d’un homme blond assassiné, ils n’hésitent pas à accuser les Indiens de meurtre. Seul Antonio José Bolivar déchiffre dans l’étrange blessure la marque d’un félin. Il a longuement vécu avec les Shuars, connaît, respecte la forêt amazonienne et a une passion pour les romans d’amour. En se lançant à la poursuite du fauve, Antonio José Bolivar nous entraîne dans un conte magique, un hymne aux hommes d’Amazonie dont la survie même est aujourd’hui menacée.

CHINE

Que d’émotions avec Le chat bonheur, un très touchant album jeunesse sur la dévotion d’un chat envers un maître qui est loin de la mériter. La fin/morale est triste et belle à la fois.

Couverture Le chat bonheur

Echigoya, jeune héritier, dilapide les biens familiaux au jeu. Lorsqu’il se retrouve dans la misère, il demande à son chat adoré de le tirer d’affaire. Ce dernier lui rapporte alors une pièce d’or… Mais Echigoya continue de gaspiller sans se rendre compte que ses actions pourraient avoir des conséquences funestes.

CORÉE DU SUD

L’une de mes premières incursions dans le monde de la littérature coréenne et de loin la plus marquante. Nos jours heureux parle de mort, de peine de mort et de rédemption… Bouleversant !

Couverture Nos jours heureux

Yujeong a le coeur en miettes lorsque sa tante Monica, qui est religieuse, la prend par la main et l’emmène à la Maison d’arrêt de Séoul visiter un condamné à mort. Rien ne semble pouvoir rapprocher une jeune désespérée de bonne famille d’un triple meurtrier, et pourtant… Au fur et à mesure de leurs rencontres, ils vont se raconter avec sincérité leurs « vraies histoires », affronter les ténèbres et découvrir les lumières éblouissantes au sein de ces ténèbres, réparer leurs âmes meurtries. Ce roman bouleversant nous parle de la force de l amour, de pardon et de rédemption.

ESPAGNE

Que de bons souvenirs avec Une mère, un roman de vie et de famille.

Couverture Une mère

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.
Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

INDE

Je ne suis  pas fan des zombies, mais j’ai adoré Alice au pays des Morts-Vivants et la manière dont l’auteur s’est approprié l’histoire pour proposer un récit cohérent et plus profond qu’il n’y paraît.

Couverture Alice au pays des morts-vivants, tome 1

Pays des Morts, Inde. Du monde d’hier, il ne reste rien, juste les armes, nécessaires à la survie. Depuis qu’un virus a réduit la quasi-totalité de l’humanité à l’état de zombies, le Comité Central règne sur cette partie du globe. L’instrument de son pouvoir : son armée, Zeus.
Alice, quinze ans, vit dans une communauté restée indépendante et libre. Pour toute école, elle n’a connu que celle du combat. Mais elle y excelle. Lors d’une patrouille, elle surprend un mort-vivant portant des oreilles de lapin roses qui sort subitement de terre, puis qui disparaît. Des rumeurs parlent d’un réseau souterrain où les Mordeurs se réfugient.
Sans l’ombre d’une hésitation, elle s’engouffre à sa suite. Et chute…

RÉPUBLIQUE DOMINICAINE

The Poet X est un roman poignant écrit en vers qui évoque, entre autres, le besoin d’une adolescente de trouver sa place dans une famille puritaine avec une mère obsédée par la foi et une société machiste s’appropriant le corps des femmes…

Couverture Signé Poète X

Harlem. Xiomara a 15 ans et un corps qui prend plus de place que sa voix : bonnet D et hanches chaloupées. Contre la rumeur, les insultes ou les gestes déplacés, elle laisse parler ses poings. Étouffée par les préceptes de sa mère (pas de petit ami, pas de sorties, pas de vagues), elle se révolte en silence. Personne n’est là pour entendre sa colère et ses désirs. La seule chose qui l’apaise, c’est écrire, écrire et encore écrire. Tout ce qu’elle aimerait dire. Transformer en poèmes-lames toutes ses pensées coupantes.

Jusqu’au jour où un club de slam se crée dans son lycée. L’occasion pour Xiomara, enfin, de trouver sa voix.

TURQUIE

Cette chose étrange en moi est un roman riche qui offre une fresque familiale et historique fascinante. Ne vous fiez pas à son épaisseur, il se dévore tout seul…

Couverture Cette chose étrange en moi

Comme tant d’autres, Mevlut a quitté son village d’Anatolie pour s’installer sur les collines qui bordent Istanbul. Il y vend de la boza, cette boisson fermentée traditionnelle prisée par les Turcs.
Mais Istanbul s’étend, le raki détrône la boza, et pendant que ses amis agrandissent leurs maisons et se marient, Mevlut s’entête. Toute sa vie, il arpentera les rues comme marchand ambulant, point mobile et privilégié pour saisir un monde en transformation. Et même si ses projets de commerce n’aboutissent pas et que ses lettres d’amour ne semblent jamais parvenir à la bonne destinataire, il relèvera le défi de s’approprier cette existence qui est la sienne.
En faisant résonner les voix de Mevlut et de ses amis, Orhan Pamuk décrit l’émergence, ces cinquante dernières années, de la fascinante mégapole qu’est Istanbul. Cette «chose étrange», c’est à la fois la ville et l’amour, l’histoire poignante d’un homme déterminé à être heureux.

Et vous, connaissez-vous certains de ces romans ?
Appréciez-vous de lire de la littérature étrangère et/ou d’un autre pays en particulier ?

La gitane aux yeux bleus, Mamen Sánchez

L’inspecteur Manchego approcha le smartphone dernière génération de son oreille, en retenant sa respiration. Il entendit une voix nasale, sur un bruit de fond rythmique, une sorte de lamentation ou de prière, et les accords d’une guitare. Il ne comprit pas un traître mot de ce que disait l’interlocuteur – c’était en anglais –, mais il devina qu’il ne s’agissait pas d’un appel au secours, on n’y sentait aucune peur.
– Qu’est-ce qu’il dit ? demanda-t-il.
– Textuellement : « Papa, laisse-moi faire. Je maîtrise la situation. »

En bon Espagnol, l’inspecteur Manchego a tout de suite identifié d’où provenait le message : d’une boîte de flamenco. Pas de quoi s’alarmer, donc, quand un riche éditeur londonien, flanqué d’un interprète, vient, très inquiet, lui annoncer que son fils, la trentaine, bien sous tous rapports, a disparu à Madrid depuis plusieurs semaines, après ce dernier fameux appel.
Enlevé ? Séquestré ? Blessé ? Tué ? Mais non, il y a forcément une femme là-dessous.
En fait, surtout une exquise gitane aux yeux bleus – ça c’est curieux – et face à une tribu de Grenade au grand complet, le jeune Atticus a-t-il la moindre chance ? Non, bien sûr…comme on va le voir au fil de ses irrésistibles aventures.

Mercure de France (4 juin 2020) – 304 pages – Broché (21,80 €) – Ebook ( 15,99 €)
Traduction : Judith Vernant

AVIS

Quand Babelio m’a proposé de découvrir ce roman, je n’ai pas hésité une minute, le résumé m’ayant tout de suite intriguée. Et très vite, j’ai compris que l’auteure allait me faire passer un bon, non, un excellent moment de lecture auprès de personnages hauts en couleur !

Atticus, fils prodigue d’un ponte de l’édition anglaise, est envoyé par son père en Espagne afin de fermer la revue Librarte, un gouffre financier. Mais avant de pouvoir tourner la page de ce retentissant et désagréable échec commercial, il doit licencier en bonne et due forme les cinq employées à temps plein. Une mission pas très agréable, mais en apparence assez simple, qui va toutefois prendre un tournant quelque peu inattendu ! Les cinq femmes travaillant pour la revue ne sont, en effet, pas décidées à partir sans tenter de sauver leur outil de travail dont elles ont toutes, pour des raisons différentes, besoin. Et pour ce faire, elles ont fomenté un plan aussi audacieux que loufoque.

Est-ce que ce plan a quelque chose à voir avec la disparition d’Atticus qui conduira son père à solliciter l’inspecteur Manchego ? Je vous laisserai le soin de le découvrir, mais ce qui est certain, c’est que vous pouvez vous attendre à être embarqué dans une aventure complètement extravagante qui ne manquera pas de vous surprendre et de vous arracher de nombreux sourires et éclats de rire. Je me suis ainsi beaucoup amusée à remonter la trace d’Atticus, l’auteure ne ménageant pas ses effets de surprise et multipliant les situations rocambolesques durant lesquelles les différences culturelles entre Anglais et Espagnols sont mises en avant avec beaucoup de charme et d’humour. Quand le flegme britannique et le côté hautain et guindé de l’aristocratie anglaise rencontrent la flamboyance et la chaleur espagnole, cela fait quelques étincelles ! Certains dialogues et échanges valent ainsi leur pesant d’or et me resteront probablement longtemps en tête… Le trait est parfois forcé et flirte avec la caricature et les clichés, mais ça semble complètement assumé et fait sans excès, ce qui rend le tout savoureux à souhait.

Le rôle de l’inspecteur volontaire, mais avec un côté un peu boulet, apporte aussi pas mal de comique à l’histoire d’autant que Manchego ne fait rien pour qu’on ait envie de le considérer avec sérieux. Vous auriez l’idée vous en tant que policier d’engager un cambrioleur pour éviter de passer par une voie plus classique, mais plus longue, ou d’aller acheter des cotons-tiges pour faire un test ADN ? Beaucoup d’humour, de bonne humeur et de légèreté donc dans ce roman qui est loin d’être un banal roman policier, la disparition d’Atticus ne servant que de prétexte à une intrigue pleine de mordant dans laquelle l’amitié revêt une place primordiale. Je parle d’amitié au singulier, mais elles sont pourtant plurielles, Berta, Soleà, María, Asunción et Gaby étant très proches. Ces femmes ont des parcours professionnels et personnels très différents, mais elles ont pourtant réussi à aller au-delà de leurs différences pour développer une jolie complicité.

Cette galerie de femmes au tempérament varié est probablement l’atout charme de ce roman puisqu’il est impossible de ne pas se prendre d’affection pour ces dernières et de leur souhaiter le meilleur. J’ai toutefois eu un peu de mal avec María qui m’a semblé considérer avec une certaine nonchalance des actes discutables sur le plan moral et pénal même si on lui accordera des circonstances atténuantes. J’ai eu, à l’inverse, un coup de cœur pour Berta, la patronne de la revue qui veille avec beaucoup de bienveillance sur les autres femmes de son équipe. Le traitement que lui réserve l’auteur m’a vraiment séduite et m’a même donné quelques papillons dans le ventre ayant trouvé cette femme très touchante dans sa relation avec un autre protagoniste.

Tout au long du roman, on apprend donc à connaître ces femmes, ce qui est également l’occasion pour l’auteur d’aborder, sans pathos et avec une certaine douceur, une multitude de sujets : l’amitié, l’amour, l’adultère, la trahison, le mensonge, le pardon, le désir de maternité non assouvi, la maltraitance physique et psychologique, les secrets de famille, la famille… En ce qui concerne la famille, les lecteurs auront, tout comme Atticus, l’occasion de découvrir celle de Soleà. Une expérience plutôt inoubliable ! Exubérants, chaleureux et accueillants, les membres de la famille de la jeune femme ne manquent ni de présence ni de panache même si c’est probablement la grand-mère qui m’a le plus marquée et touchée. Difficile donc de ne pas succomber au charme de cette grande famille, et ce n’est pas Atticus qui vous dira le contraire.

Issu de l’aristocratie anglaise qui considère toute forme de démonstration affective comme un signe de vulgarité, notre jeune Anglais aurait pu être tenté de prendre la poudre d’escampette devant toutes ces embrassades et effusions tellement peu anglaises. Mais de fil en aiguille, on le découvre de plus en plus attaché à des us et des coutumes très éloignés de ses habitudes, mais qui le rapprocheront d’une certaine jeune femme au regard envoûtant. L’évolution d’Atticus se révèle spectaculaire bien que plus amusante que crédible, l’auteur jouant habilement avec cette idée de « l’amour qui transforme » pour la pousser à son paroxysme. Pour ma part, j’ai apprécié ce changement, mais je ne vous cacherai pas que l’Atticus version anglaise, qui ne se déplaçait jamais sans sa bouilloire et son Earl Grey (bon du Twinings, mais personne n’est parfait) me plaisait plutôt bien. N’envisageant pas une journée sans mes trois tasses de thé réglementaires, je ne suis peut-être pas très objective sur ce point…

En plus d’avoir proposé une intrigue complètement loufoque et une truculente galerie de personnages, l’auteure multiplie les références littéraires et fait même intervenir, sous une forme inattendue, un auteur classique de fantasy qui a ici quelques tendances au voyeurisme. Les amoureux des livres, a fortiori s’ils aiment le thé et rire, devraient donc trouver leur bonheur avec ce roman qui se lit tout seul ou presque.

Il faut dire que Mamen Sánchez réussit à attiser l’intérêt des lecteurs dès les premières pages que ce soit grâce à une plume fluide et légère pleine d’humour ou l’alternance entre présent et passé qui ne peut que donner envie de comprendre les tenants et les aboutissants de la disparition d’Atticus. Les pages défilent donc toutes seules avant de nous offrir une conclusion à la hauteur de personnages hauts en couleur et des péripéties pleines de surprises d’un Anglais qui n’est peut-être pas aussi froid et guindé qu’il le pensait. Et si le bonheur n’était finalement pas dans le thé ?

Tendre, rocambolesque et pétillant, plus qu’un roman, une bouffée d’oxygène et de légèreté pour un beau voyage plein de saveurs entre Madrid et Grenade !

Je remercie Babelio et les éditions Mercure de France pour m’avoir envoyé ce roman en échange de mon avis.

Coup de vent, Mark Haskell Smith

Je remercie Léa et les éditions Gallmeister de m’avoir permis de découvrir, dans le cadre du Picabo River Book Club, Coup de vent de Mark Haskell Smith.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

À quoi sert d’avoir dix millions de dollars en devises variées si, comme Neal Nathanson, on se trouve perdu en mer à bord d’un voilier en train de sombrer ? Strictement à rien, sauf à en brûler un sac ou deux dans l’espoir fou d’attirer l’attention. Sauvé in extremis, Neal se réveille attaché au garde-fou d’une navigatrice en solitaire, méfiante et bien décidée à entendre son histoire. Neal lui parle alors de Bryan, un jeune loup de Wall Street qui a réussi à détourner un magot conséquent avant de s’enfuir dans les Caraïbes. Bien sûr, la banque qui l’employait a lancé des enquêteurs à sa poursuite, avant que les clients spoliés ne s’aperçoivent (enfin) que les traders sont des voleurs. C’est ainsi que Neal, accompagnée d’une pro de la finance, la très douée Seo-yun, s’est retrouvé en charge de récupérer l’argent. Simplement, il n’était pas le seul.

Coup de vent est une folle course-poursuite sanglante dans les Caraïbes, aux rebondissements multiples et à l’humour féroce.

Éditions Gallmeister (5 septembre 2019) – 256 pages – Broché (22€) – Ebook (14,99€)
Traduction : Julien Guérif

AVIS

De l’argent à gogo, personne ne crache dessus, mais avouons que cela ne sert pas à grand-chose quand d’une part, ce n’est pas le vôtre, et que d’autre part, vous êtes à la dérive, sans avoir mangé depuis plusieurs jours, perdu en pleine mer. Neal a heureusement la chance d’être secouru par Chloé, une navigatrice qui fait le tour du monde en solitaire. Néanmoins la demoiselle, pas ravie d’avoir de la compagnie pour un sou, va vouloir en apprendre plus sur son histoire avant d’éventuellement le détacher… C’est qu’on n’est jamais trop prudent !

Le rescapé raconte alors la série d’événements qui l’a conduit à cette situation dramatique, et cela commence par la mission donnée par son employeur, InterFund, de retrouver Bryan LeBlanc. Jeune loup de Wall Street promis à un brillant avenir, celui-ci a pourtant tout plaqué en détournant, au passage, quelques millions de dollars. Une broutille dans l’univers de la finance de haut niveau, mais une broutille qui peut faire voler en éclats la réputation de InterFund.

Pour mettre la main sur le fuyard, Neal sera accompagné de Seo-yun, directrice du département des opérations de change et supérieure directe de Bryan, avant d’être rejoint par un ancien policier. Mais le trio n’est pas le seul sur la piste du délinquant en col blanc…

C’est une véritable course contre la montre que nous propose ici l’auteur ! C’est qu’il n’y a pas de temps à perdre puisqu’il faut retrouver l’argent avant que LeBlanc ne disparaisse à jamais. Question de réputation ! Et à Wall Street, la réputation, c’est important. Avec un cynisme féroce qui frappe fort, Mark Haskell Smith nous dresse le portrait d’un capitalisme sans morale ni loi si ce n’est celle du plus fort. Entre un trader qui se fait la malle avec des millions et une banque qui exploite et ruine sans vergogne les « petits », qui est véritablement le criminel ?

Loin de n’être qu’un forfait commis par simple appât du gain, l’acte de LeBlanc revêt, dans une certaine mesure, un aspect militant. Car contrairement à ses anciens collègues, ce n’est pas l’envie de se baigner dans l’argent, les femmes et les substances illicites qui le motive, mais celle d’exploiter et de mettre à nu les rouages et les failles d’un système profondément injuste, immoral et inégalitaire. Cela ne fait pas de lui un Robin des Bois des temps modernes, notre homme étant bien moins altruiste, mais on arrive à comprendre les raisons de son geste…

Un geste qui va être à l’origine d’une série d’événements dont le lecteur est bien incapable de prévoir l’issue. Il faut dire que l’auteur nous balade d’un bout à l’autre de son roman entre situations inattendues, revirements de situations spectaculaires, tension, suspense, personnages atypiques au comportement parfois imprévisible et bien souvent douteux… On ne s’ennuie pas un instant avec cette histoire menée tambour battant !

L’alternance des points de vue apporte également un dynamisme appréciable. On suit ainsi différents personnages : le presque trop sage Neal, l’homme étant un modèle de droiture qui tranche avec le milieu de requins dans lequel il évolue, la très sensuelle Seo-yun qui, au fil de l’aventure, laisse tomber son masque d’impassibilité pour s’ouvrir avec une certaine frénésie aux plaisirs de la chair, Piet un homme qui, malgré une petite taille due à une anomalie génétique, possède une présence certaine, LeBlanc dont on découvre le passé et sa relation complexe avec son père… Toute une galerie de personnages variée et haute en couleur qui offre une diversité fort appréciable que ce soit en matière d’origine socio-culturelle, d’ethnie, d’orientation sexuelle… 

La psychologie des personnages est bien travaillée, le ton empreint d’un humour mordant et efficace, et les thèmes abordés intéressants : les excès du capitalisme et les limites de la financiarisation de l’économie, la quête de sens et du bonheur, la morale et ce que l’on est prêt à faire pour de l’argent, la pression de la réussite, le poids des médias… Tous les éléments sont donc mis en place pour vous faire passer un très bon moment de lecture et vous rappeler qu’argent et bonheur ne font pas forcément bon ménage…

En conclusion, l’auteur nous propose ici une fable des temps modernes dressant le portrait d’un homme, ni ange ni démon, qui dans une sorte de vendetta personnelle, a sacrifié un avenir prometteur, mais vide de sens, pour s’opposer à un système financier fou et hors de contrôle. Avec un cynisme à toute épreuve, l’auteur nous transporte dans une valse ininterrompue et rythmée d’événements entre courses-poursuites sur terre et mer. Endiablé et cynique à souhait, voici un roman que vous n’êtes pas prêts de lâcher !

Picabo River Book Club

 

Mes pas dans les tiens, Fioly Bocca

Couverture Mes pas dans les tiens

Je remercie les éditions Denoël pour m’avoir permis de découvrir Mes pas dans les tiens de Fioly Bocca.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Alma a trente-cinq ans et tient une petite librairie à Bologne. Alors qu’elle est en vacances avec une amie dans une ferme du Piémont, elle fait la connaissance de Bruno, un moniteur d’équitation. Transportés par la magie du paysage, ils tombent amoureux. Mais au bout de quelques mois Bruno décide de mettre fin à leur relation, au désespoir d’Alma.
Frida est une psychiatre de cinquante-cinq ans. Après la mort de son mari dans un bombardement en Syrie, elle abandonne son cabinet et part sur les traces de ceux qui l’ont connu.
Alma et Frida vont se rencontrer sur le chemin de Compostelle. Malgré la froideur de Frida, elles apprécient la compagnie l’une de l’autre et décident de marcher ensemble, Alma racontant son amour perdu, Frida se taisant, murée dans sa douleur. Les deux femmes sont très différentes et elles ne savent pas encore que partager la souffrance et l’épuisement peut parfois engendrer des miracles.

  • Traduction : Anaïs Bouteille-Bokobza

Éditions Denoël (8 nov 2018) – 192 pages – 21€ (broché) – Ebook disponible

AVIS

Après Au cœur de la folie, nouvelle incursion dans la littérature italienne, mais cette fois-ci dans un registre bien différent…

Mes pas dans les tiens est un roman qui touche et qui frappe le cœur. Malgré les sujets abordés, bien souvent difficiles, ce qui marque, c’est toute cette poésie qui se dégage des pages et de la rencontre fortuite, mais presque évidente, de deux âmes en peine.

Nous faisons ainsi la connaissance d’Alma et de Frida, deux femmes très différentes qui vont se rencontrer par hasard sur le chemin de Compostelle. L’une, jeune et expansive, est une spécialiste des mots, quand l’autre, plus âgée et réservée, s’occupe des maux de l’esprit. Un duo que rien ne disposait à se rencontrer, mais qui va finir par marcher ensemble…

Très vite, en plus de partager ses pensées dans son carnet, Alma se met à nue devant Frida, ancienne psychiatre. Elle lui narre sa rupture avec Bruno, cet homme qu’elle a tant aimé, qu’elle aime toujours tellement, mais que la distance et les peurs lui ont pris. Quant à Frida, elle écoute patiemment et avec bienveillance cette femme qui partage la même douleur qu’elle, celle d’un amour perdu. Sauf que pour Frida, la séparation est irrémédiable…

Ces deux femmes m’ont touchée, voire bouleversée, surtout Frida dont la mort brutale de ce mari qu’elle aimait de manière inconditionnelle marque presque la fin de sa propre vie. L’autrice a réussi le tour de force de nous faire ressentir toute sa peine et son besoin de retourner sur les lieux de vie de son mari sans tomber dans le pathos. Même une hypersensible comme moi qui pleure systématiquement quand il est question de deuil n’a pas versé de larmes. Frida a perdu l’amour de sa vie, mais elle a également eu la chance rare de vivre l’amour avec un grand A, celui qui vous pousse à aimer l’autre entièrement, avec ses qualités et ses défauts. Elle a toujours respecté les valeurs de son mari et son besoin d’aider les autres quitte à le laisser partir loin d’elle. Une très belle preuve d’amour si ce n’est la plus belle…

L’empathie que l’on développe pour Frida, mais aussi pour Alma, est exacerbée par la manière dont l’autrice nous fait naviguer entre le présent et leur passé, quelques mois avant le début du pèlerinage. À mesure que l’on découvre leur vie et les circonstances qui les ont poussées à marcher (marcher pour oublier, marcher pour se rappeler, marcher pour se retrouver…), on ne peut que se sentir proche d’elles et espérer qu’elles arrivent à surmonter cette douleur qui leur broie le cœur.

À cet égard, les rencontres, bien souvent fugaces mais toujours pleines de sens, leurs échanges et confidences, mais aussi tous ces kilomètres qu’elles avalent les uns après les autres, leur seront d’une grande aide. Un peu comme si en marchant, elles reprenaient progressivement goût à la vie et se rendaient compte que se perdre dans les méandres du passé n’était pas un moyen pour survivre au présent. Cela ne signifie pas oublier ce qui fut, mais plutôt gagner assez en sérénité pour envisager ce qui sera… Une chose qui aurait semblé impossible aux deux femmes avant de se lancer sur le chemin de Compostelle, un voyage ou plutôt une quête autant physique que mentale.

À travers l’histoire d’Alma et de Frida, Fioly Boca nous parle de la vie et de la mort, de l’amour, du deuil, mais aussi de la reconstruction de soi, de la renaissance, de cette impression qu’un point est parfois le début d’une nouvelle histoire. D’une plume lumineuse et poétique, l’autrice dépeint avec force et précision, des couleurs, des sensations, des émotions, des moments fugaces de bonheur, d’autres plus longs de malheur. C’est parfois sublime, parfois nostalgique et triste, mais c’est toujours poignant et plein de vérité !

Quant à la fin, sans entrer dans les détails, elle m’a semblé parfaite. Elle comporte cette touche d’espoir et d’optimisme qui prouve que la vie peut toujours apporter des surprises à condition de lui en laisser la chance… A noter également, les multiples références littéraires qui, en plus de ravir les lecteurs, enrichissent à merveille le récit.

En conclusion, Mes pas dans les tiens nous offre un récit poignant mettant en scène deux femmes aux histoires aussi uniques que banales, la séparation et la mort ayant en commun une certaine universalité. Avec délicatesse et poésie, Fioly Boca nous invite aux côtés de ses personnages à faire un voyage dont la richesse et la profondeur se dévoilent au fil des pages. Belle, forte et touchante, laissez-vous emporter par cette rencontre riche en émotions !

Et vous, envie de feuilleter ou de craquer pour Mes pas dans les tiens ?

B.O.A tome 1 : Loterie Funeste, Magali Laurent

Je remercie les Éditions de Mortagne et Babelio pour m’avoir permis de découvrir B.O.A : funeste loterie de Magali Laurent.

PRÉSENTATION ÉDITEUR

Une loterie inhumaine. Six immortels à gagner. Dans un monde post-apocalyptique, l’humanité a été réduite à quelques milliers d’individus. Les humains sains sont réduits à l’état de bétail-ouvrier dans des camps de travail ou à celui de citoyen de seconde zone vivant dans la misère à Liberté, une terre promise aujourd’hui totalement dénaturée, dirigée par les B.O.A*. Dans ce monde, quand les citoyens achètent des billets pour la loterie annuelle, ce n’est pas pour gagner de l’argent. Les BOA espèrent remporter des Sacs à sang. Des esclaves. Des êtres humains auxquels ils pourront s’abreuver pour subsister. Jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais, cette année, la loterie est différente : six adolescents sont en jeu, rendus immortels par un processus révolutionnaire. Destinés à offrir leur sang à leurs futurs propriétaires, ils sont condamnés à souffrir éternellement, car même la mort ne pourra les délivrer. S’ils résistent, ils seront transformés en créatures terrifiantes. En Charognards. Des bêtes voraces. S’ils obéissent, ils seront perdus pour toujours. *B.O.A : nommés ainsi en référence aux groupes sanguins, ces êtres, qui n’ont plus qu’une infime part d’humanité, doivent s’abreuver de sang humain pour survivre.

  • Broché: 460 pages
  • Editeur : Mortagne (11 avril 2018)
  • Prix : 15€
  • Autre format : ebook

AVIS

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois dire que je suis complètement sous le charme de la couverture qui a d’ailleurs contribué à mon envie de lire B.O.A, un roman qui se déroule dans un monde post-apocalyptique au sein duquel l’espèce humaine a été, en grande partie, décimée par un virus. Virulent, celui-ci transformait les personnes infectées en des Charognards, des bêtes animées d’une soif insatiable de sang ayant perdu leur humanité. Les plus riches ont cependant pu se procurer le premier antidote mis sur le marché, un antidote qui les condamnera à devenir eux-mêmes des buveurs de sang. Nommées BOA, ces personnes ont gardé leur âme humaine, mais comme des vampires, ont besoin de sang pour survivre. Et ce sang, ils vont le trouver chez les humains sains puisqu’une partie de la population a bénéficié d’un second vaccin…

Après quelques périodes de trouble, les BOA et les humains sains, qui ont fini par se regrouper, ont trouvé un compromis afin de créer un semblant de paix sociale. Mais cet équilibre, qu’on pourrait presque qualifier de la terreur, ne se fera pas sans quelques sacrifices : des êtres humains sains sont ainsi enfermés dans des Celliers, dès leur plus jeune âge, afin de fournir les BOA en sang. Nommés Sacs à sang comme certains nommeraient « sac à puces » un corniaud trouvé sur le bord de la route, ces êtres sont voués à une vie d’esclave rythmée par le travail, le sport et les « dons » du sang. En plus de leurs conditions de vie matérielles très difficiles, tout est fait pour qu’aucune relation entre les Sacs à sang ne se développe les enfermant ainsi dans une profonde solitude…

Oxana et son frère jumeau Alexandre, qui vivent tous les deux dans un Cellier, échappent quelque peu à cette solitude grâce à la très grande complicité qui les unit. La jeune femme est le premier personnage que l’on découvre ce qui peut expliquer que c’est celui que j’ai préféré suivre dans le roman d’autant que j’ai adoré sa personnalité. Courageuse voire parfois un peu trop impulsive pour sa propre sécurité, elle ne se laisse pas détruire par la vie qu’on lui impose dans le Cellier. Malgré les moments de doute et de découragement, elle va de l’avant et garde cet esprit de combativité que j’apprécie tellement. Et puis, j’ai adoré la manière dont son frère et elle se protègent mutuellement même si j’ai parfois été un peu gênée par leur grande proximité physique. J’imagine que les conditions dans lesquelles ils ont grandi expliquent cette relation quelque peu ambigüe qui pousse d’ailleurs Alexandre à se montrer jaloux d’un BOA, Kael, faisant partie de la résistance.

Kael est un personnage intéressant dans la mesure où il se rebelle contre l’ordre établi et refuse purement et simplement de réduire des êtres humains à l’état de Sacs à sang ! Cela m’a rassurée de voir que tout le monde dans cette société n’est pas indifférent au sort réservé à ces êtres humains condamnés à n’être que le garde-manger des BOA. J’ai donc compris sans peine l’envie de Kael de remédier à cette ignominie en rendant leur liberté à toutes ces personnes sacrifiées au nom de l’intérêt commun. Alors qu’on ne le voit pas beaucoup dans ce premier tome, Kael est pourtant un personnage qui m’a extrêmement touchée d’autant qu’on apprend, petit à petit, à découvrir son sens du sacrifice et de l’honneur… J’ai ainsi eu beaucoup de peine pour lui que ce soit en raison de sa relation avec son père ou son impossibilité de révéler un pan entier de sa vie à son plus jeune frère qu’il aime et protège du mieux qu’il peut de la violence de leur père.

Magali Laurent exploite donc parfaitement le thème de la famille à travers des liens fraternels forts, des relations parents/enfants dysfonctionnelles voire franchement cruelles, mais elle n’en oublie pas pour autant de donner une large place à l’amitié. En effet, si le début du roman se concentre sur Oxana et son frère, l’auteure introduit en cours de route d’autres personnages qui seront réunis par les plans machiavéliques de M. Wolfe. Propriétaire des Celliers et de la société à l’origine d’une loterie destinée à gagner des Sacs à sang, cet homme est la quintessence de ce qu’il peut y avoir de pire chez une personne : calculateur, obsédé par l’appât du gain, dénué d’empathie et de morale, violent, manipulateur, méchant voire franchement dérangé notamment dans sa volonté de créer sa propre version de La Belle et la Bête (le happy end en moins)… J’aime les méchants bien cruels et sadiques et de ce côté, je peux dire que l’autrice a répondu à mes attentes pour le plus grand malheur de ses personnages d’ailleurs. Notre tordu de service, alias le psychopathe que personne n’a envie de croiser, a ainsi prévu pour fêter les vingt-cinq ans de sa loterie d’offrir, par lots de deux, six individus rendus immortels par un nouveau procédé révolutionnaire.

Un sort révoltant et peu enviable qui aura au moins l’avantage de permettre à Oxana et à Alexandre de rencontrer Kim, Sam, Cléo et Denys. Tous les six vont apprendre à se connaître et à se faire confiance malgré leurs différences. Une réelle solidarité va donc se former au sein du groupe même si, comme dans la vraie vie, certaines affinités vont plus se développer que d’autres. Dans tous les cas, j’ai pris plaisir à suivre les interactions entre les différents protagonistes qui finissent par devenir amis. Une petite révolution pour ces jeunes gens qui, à part Oxana et Alexandre, n’ont eu que la solitude comme compagnon… Mon seul regret concerne Kim et Sam qui m’ont parfois donné l’impression de faire de la figuration. Je croise donc les doigts pour que l’auteure leur offre un peu plus de visibilité dans le second tome.

A l’inverse, Cléo est un personnage que l’auteure met en avant ce qui peut s’expliquer par le fait que sa vie a été très différente de celles de ses nouveaux amis. En effet, bien qu’ayant vécu toute son enfance et son adolescence enfermée dans un appartement, elle a été relativement choyée. Élevée pour servir avec excellence son futur propriétaire BOA sans jamais penser par elle-même, rien ne l’avait préparée à affronter la vie à l’extérieur qui se révèle bien différente de l’image d’Épinal qu’on lui avait fait miroiter. Alors que l’on aurait pu craindre une jeune pimbêche capricieuse, on découvre une personne déboussolée qui doit remettre en question tout ce en quoi elle croyait. Son univers s’effondre, mais elle ne se lamente jamais et ne se transforme pas soudainement en Cruella d’enfer, ce qui la rend très attachante. Derrière une apparente perfection, Cléo se révèle pétrie de doutes et de fêlures ! Mais je vous rassure, l’auteure ne tombe pas dans le cliché de la petite fille riche car, déboussolée ou non, Cléo fait face avec détermination aux épreuves que sa nouvelle vie met devant elle…

Comme souvent dans les romans destinés à un public relativement jeune, il y a de la romance ce qui, en général, a le don de m’agacer. Mais fort heureusement, l’auteure a réussi à rendre cet aspect crédible et surtout intéressant. J’ai donc aimé voir Cléo affronter des sentiments qui lui étaient jusqu’à maintenant complètement étrangers… Cela apporte une certaine crédibilité à cette jeune femme qui se pensait froide, calculatrice et dénuée d’émotions. Cela va nous permettre également de nous attacher à un autre protagoniste qui, aux côtés de Cléo, va progressivement apprendre à accepter sa propre vulnérabilité. J’ai, néanmoins, été plus sceptique face à l’attraction bien trop rapide entre deux autres protagonistes. Ce sera d’ailleurs là, pour moi, le seul vrai point négatif du roman.

Enfin, si j’ai autant insisté sur les personnages et leurs interactions, c’est que ce sont, pour moi, les deux grands points forts de ce roman. C’est parce qu’on s’attache aux personnages qu’on a tellement envie de découvrir ce qui va leur arriver. Et cet attachement passe, en partie, par la narration alternée parfaitement maîtrisée par l’auteure ainsi que par la présence de nombreux dialogues. Ceux-ci, en plus d’apporter du dynamisme à l’histoire, nous donne presque l’impression de participer aux conversations entre les personnages. A cela s’ajoute une plume fluide qui, sans fioritures ou longues descriptions, plonge directement le lecteur au cœur de ce récit mené tambour battant !  Tenu en haleine dès le début de l’histoire, le lecteur s’attache tellement aux personnages, qu’il en vient à ne plus vouloir les quitter et à souffrir à leurs côtés quand ils découvrent à quel point leur existence n’est qu’un tissu de mensonges, et que leur bourreau est prêt à tout pour les soumettre. En ce qui concerne la fin, elle ne peut que vous donner envie de vous jeter sur le tome deux avec un sentiment mêlé d’excitation à l’idée de retrouver nos six amis et de crainte quant au devenir de chacun…

En conclusion, sans être une grande amatrice de dystopies, j’ai été complètement séduite par l’univers presque visqueux imaginé par l’auteure. Elle a su nous offrir une histoire revisitant de manière originale le mythe des vampires ce qui devrait ravir les lecteurs appréciant ces créatures assoiffées de sang. Mais ce qui fait la force de ce roman, c’est la galerie de personnages hauts en couleur que l’on apprend à connaître et dont on ne peut que partager la colère et le sentiment d’injustice. Alors si vous avez envie d’une lecture rythmée et addictive qui vous fera passer par mille émotions, Loterie funeste devrait vous offrir de belles heures de lecture ! Pour ma part, je suis impatiente de lire le tome 2 dont vous découvrirez un extrait en fin d’ouvrage…

B.O.A. 02 : Couples maudits par [Magali Laurent]

Site de l’auteurePage FB de l’auteure

Et vous, envie de craquer pour ce roman ? Vous pouvez le commander dans votre librairie préférée ou sur des sites comme Amazon

 

 

Top Ten Tuesday #77 : 10 pays 10 livres

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« Le Top Ten  Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire prédéfini. Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et est repris en français pour une 2e édition sur le blogue Frogzine. »


J’ai décidé de transformer le thème de la semaine (10 livres à lire pour découvrir le monde) en 10 pays 10 livres. Je vous propose donc de voyager, à travers la littérature, dans 10 pays. Et pour m’aider, j’ai utilisé la carte des auteurs lus disponible sur chaque profil Livraddict.

Capture

  • Turquie : Cette chose étrange en moi. Entre modernité et tradition, Orhan Pamuk vous offre une fresque historique et familiale à déguster sans modération.

index

  • Chili : Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepúlveda. A travers l’histoire d’un « vieux » bourru qui érige la lecture comme dernier rempart contre la bêtise humaine, l’auteur nous offre un texte engagé sur la déforestation, la colonisation…

Couverture Le vieux qui lisait des romans d'amour

  • Mexique : Les quatre accords toltèque de Miguel Ruiz. Livre de développement personnel, je pense qu’il pourra aider certains lecteurs d’autant que l’auteur fait preuve d’une certaine originalité dans la manière d’aborder la vie.

Couverture Les quatre accords toltèques

  • Côte d’Ivoire : je lis peu de littérature africaine (à cet égard, la carte Livraddict est parlante), mais j’avais apprécié le recueil Chimères de verre de Grâce Minlibé.

Couverture Chimères de verre

  • Inde : Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire de Vikas Swarup. Peu de souvenirs de ce roman si ce n’est que j’avais passé un très bon moment de lecture, ce qui est en soit suffisant pour que je vous conseille de vous laisser tenter par cette histoire aussi loufoque que son titre.

Couverture Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire

  • Australie : Une vie entre deux océans de M.L. Stedman. Découvert dans le cadre d’un challenge lecture, ce roman aborde l’envie d’être mère et le poids des mensonges. J’avais regretté certaines longueurs et une héroïne assez égoïste, mais ce roman semble plaire à beaucoup de lecteurs… Je serais donc curieuse de connaître votre avis sur celui-ci.

Couverture Une vie entre deux océans

  • Chine : L’art de la guerre de Sun Tzu. Classique qui semble particulièrement connu même hors de Chine, ce livre mérite à mon sens d’être lu au moins une fois dans sa vie.

Couverture L'art de la guerre : Les treize articles

  • Russie : Alexandre ou la vie éclatée d’Alexis Varlamov. Il se dégage de ce roman une atmosphère particulière empreinte de vie et de mélancolie à l’image d’Alexandre et de son existence mouvementée.

Couverture Alexandre ou la vie éclatée

  • Brésil : L’Aliéniste. A défaut d’avoir lu l’œuvre original, j’ai apprécié cette adaptation graphique qui questionne la science et la notion de folie…

Couverture L'aliéniste (comics)

  • Norvège : L’expédition de Monica Kristensen. Si vous aimez les grands espaces, les ambiances glacées et les huis clos oppressants, ce roman devrait vous plaire.

Couverture L'expédition

Avez-vous apprécie ce mini-tour du monde en 10 livres ? Les romans présentés vous tentent-ils ?